Public Finance — 1 June 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CFP 2016-06-01
Quebec — Committees
Le Président (M. Girard) : Mme la
députée de Pointe-aux-Trembles.
Mme Léger :
Alors, M. le Président, moi, j'aurais un amendement, j'apporterais un
amendement. Est-ce que je peux vous le lire, l'amendement?
Le Président (M. Girard) : Vu que
c'est déjà un amendement, on ne peut pas amender l'amendement.
Le Président (M. Girard) : Donc, ça
sera un sous-amendement?
Mme Léger : Non. Ça serait un
autre amendement qui s'en viendrait.
Président (M. Girard) :
Donc, on va statuer sur cet amendement-là et ensuite on va déposer le vôtre.
Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Massé : Oui. Bonjour, tout le monde. Merci, M. le Président, pour ce
début d'après-midi. Alors, je vais à mon tour essayer de bien saisir pourquoi
le ministre a fait le choix, d'une part, d'élargir... J'ai bien entendu que
c'était sous la suggestion de la
Protectrice du citoyen, mais la Protectrice du citoyen, c'est une chose, mais
pourquoi la
partie gouvernementale,
le gouvernement a décidé d'élargir juste un petit peu mais pas à l'ensemble des
concitoyens? Parce que, pour ma part,
dans ma compréhension de la commission Charbonneau — j'en faisais un peu état hier, M. le
Président — dans
ma compréhension de la commission
Charbonneau, ce que les recommandations viennent nous dire, c'est que, si nous
voulons atteindre nos objectifs,
c'est-à-dire de permettre aux divulgateurs d'actes répréhensibles de sentir à
tout moment qu'ils sont protégés par
les lois, qu'ils sont protégés de toutes représailles, bien, il faut que l'exercice
qu'on mène soit un exercice qui ne confonde pas les gens.
Et je
reprendrais, par exemple... et là je vais citer pour bien que le ministre
saisisse ma préoccupation, que ce n'est pas parce que je suis une
emmerdeuse mais plutôt parce que j'ai vraiment à coeur qu'on envoie un message
clair à la population du Québec. Je cite,
par exemple, à la page 110 du rapport de la commission Charbonneau, où les
commissaires nous disent, en parlant
de la Loi concernant la lutte contre la corruption, hein, qui est déjà un
premier morceau de ce puzzle-là, disent :
«La plus importante de ces limites est la portée de la loi — donc, de la Loi concernant la lutte contre
la corruption. [Cette loi] est une loi de type sectoriel, qui vise
uniquement le secteur des marchés publics. De tels types de lois ont l'avantage d'être relativement simples à
concevoir, puisqu'elles visent un secteur [...] bien [particulier] — "bien délimité", pardon. Elles tendent cependant — et c'est ça, le fort du propos — à s'accumuler, puisque chaque secteur génère
une loi spécifique, ce qui est
susceptible de créer un cadre juridique complexe et difficile à comprendre, et
peut à terme décourager les personnes [à] s'en prévaloir.»
Alors,
j'aimerais donc que le ministre nous l'explique. Au-delà de dire que c'était la
suggestion de la Protectrice du
citoyen, j'ai besoin d'un petit mieux comprendre pourquoi il s'est arrêté en si
bon chemin, alors qu'on comprend que l'intérêt
public pour le ministre signifie les fonds publics, signifie l'administration
publique. Mais là on élargit un petit peu
au privé, et ce que je veux comprendre, c'est : Pourquoi s'être arrêté
juste là et ne pas avoir englobé l'ensemble des secteurs d'activité au
Québec?
Le Président (M. Girard) : Merci. M.
le ministre.
Leitão : Bon. M. le Président, ce qu'on essaie de faire ici, et je
pense que ce qu'on avait réussi à faire avec cet amendement, donc en ajoutant
l'expression «à l'égard des organismes
publics», c'est que ça permet de
viser tous les actes répréhensibles qui concernent le trésor public, qui
concernent les organismes publics.
Comme j'ai
dit hier — je
pense que c'était hier que je l'ai dit — ce
qui se passe entre compagnies privées dans
le cadre des contrats entre compagnies privées, les relations
de compagnie, il y une compagnie X avec la compagnie Y, il y a d'autres
lois, il y a un autre encadrement légal là-dessus. Ce qu'on fait ici, c'est de s'assurer que les
contrats publics, que les relations
entre le secteur public défini largement et les entreprises avec lesquelles l'État fait affaire... d'établir un cadre
qui permet justement de viser tous les actes
répréhensibles qui pourraient survenir entre ces entreprises-là et l'État et
les employés des organismes publics
aussi. Donc, ça vise le secteur privé et ça vise le secteur public mais en ce
qui concerne les contrats publics.
Le Président (M. Girard) : Mme la
députée.
Massé : Oui. Merci. Donc, je comprends — et je pense que, là, vous venez de
clairement l'affirmer — que, pour vous, la
protection des divulgateurs, c'est seulement en ce qui a trait à ce qui touche
le trésor public, les finances publiques,
l'argent des gens. À mon sens, le bien commun est beaucoup plus large que ça.
D'ailleurs, plusieurs... bien, quelques personnes, pas plusieurs, mais j'en
étais, sont venues durant les audiences nous rappeler que, lorsqu'on parle
d'intérêt public, bien, il n'y a pas juste une question d'argent, c'est
beaucoup plus large que ça, l'intérêt public.
Et là je vais
essayer d'y aller d'exemples pour bien comprendre, parce que moi aussi, j'ai un
amendement que j'ai compris, là — je suis allée valider avec le
secrétaire — que ce
n'est pas le bon moment pour le présenter, mais un amendement qui vise à
ne pas créer deux classes de citoyens et de citoyennes. Alors, quand on parle
d'intérêt public, à mon sens, on ne peut pas
parler seulement du trésor public. Pourquoi? Je prendrais un exemple. Par
exemple, on a cru bon protéger les
parcs, nos parcs, etc. Il y a des lois qui les protègent. Bien, dans ces
parcs-là, il y a des entreprises privées, des pourvoiries qui
correctement utilisent nos espaces communs, notre bien commun, qui va dans le
sens de l'intérêt commun parce qu'on peut y
participer, tout le monde, mais comment on va protéger les citoyens et
citoyennes qui travaillent dans ces pourvoiries-là si toutefois il y a
des malfaiteurs dans ces pourvoiries-là? C'est notre bien commun.
Un autre exemple d'intérêt commun, prenons les
résidences pour personnes âgées. Oui, c'est vrai, il y en a plusieurs qui sont dans le sens défini par les
amendements du ministre, soit conventionnées soit sous la loi de la santé et
des services sociaux, mais il y a des
résidences privées qui sont des entreprises privées qui accueillent des aînés
chez eux. Ces résidences-là, qui
prennent soin de nos plus vulnérables, parfois même — bien, tiens! on va complexifier la chose — parfois même offrent des chambres de répit
au système de santé et de services sociaux. C'est quoi? L'employé va dire : Moi, quand je suis dans la chambre
18, là je suis protégé, puis, quand je suis dans la chambre 22, je ne le suis
plus.
Alors, je réitère que mon objectif ici, c'est de
m'assurer que ce que nous allons mettre de l'avant ne sera pas tellement
compliqué, exactement comme l'avait bien vu la commissaire.
Et la
commissaire ne l'a pas inventé, M. le
Président, la commissaire s'est
informée dans les bonnes pratiques à travers
le monde pour voir qu'est-ce qui fait
qu'une loi de protection des lanceurs d'alerte ou des dénonciateurs des actes
répréhensibles... qu'est-ce qui fait que
cette loi-là atteint ses objectifs, et un des éléments, c'est qu'il ne faut pas
que ce soit trop compliqué et,
surtout, il ne faut pas que le dénonciateur se dise : O.K. Là, je peux-tu
y aller, je ne peux-tu pas y aller?
Je suis-tu protégé, je ne suis-tu pas protégé? Et là ça relève-tu des marchés financiers, ça relève-tu de l'UPAC,
ça relève... Non. Le dénonciateur, en son
âme et conscience, de bonne foi, dit : Il me semble qu'il y a
quelque chose qui ne
marche pas là-dedans. Et donc on a à offrir au peuple québécois,
il me semble, les chemins les plus facilitants pour que la personne ne se dise pas, en bout de
ligne... dans l'intérêt du public, ne dise pas en bout de ligne : Bien,
écoutez, je ne le sais pas, ça fait
que j'aime mieux garder ça pour moi. Et, dans le fond, ce qu'on sait,
c'est de dire : Je vais me trouver une autre job. C'est ça qui
arrive.
Alors donc, ma
question au ministre : Dans les exemples que j'ai amenés, moi, je ne lui
demande pas une définition, comment
dire, validée par Le petit Robert de c'est quoi, l'intérêt public, mais est-ce que,
pour lui, il fait une différence importante entre le Trésor — et là je reprends volontairement ses
paroles — et plus
largement... le trésor public, pardon, et, plus largement, disons, le
bien commun, pour l'englober, là, l'intérêt public?
Le Président (M. Girard) : M. le
ministre.
Leitão : Bien, écoutez, ce que je vais essayer de faire, c'est de...
Plusieurs des questions que vous posez vont être répondues si jamais on arrive à l'article 3. Si jamais on arrive à
l'article 5, toutes ces définitions vont devenir beaucoup plus claires.
Ce qu'on fait
ici, à l'article 1, parce que c'est là qu'on est, au début, donc, on met la
table, et je vais le relire, parce que
je pense que c'est très clair : «La
présente loi a pour objet de faciliter la divulgation d'actes répréhensibles — et
on va définir plus tard c'est quoi,
un acte répréhensible — commis
ou sur le point d'être commis à
l'égard des organismes publics
et d'établir un régime de protection contre les représailles.» Donc, je pense
que c'est assez clair et c'est assez vaste.
Quand j'ai
dit tantôt qu'on est concernés ici par le trésor public, en fin de compte, ce que j'aurais dû dire, ce que je voulais dire, c'est «le secteur public», donc les relations de l'État
avec les compagnies avec qui on a affaire, que ce soit dans la construction, que ce soit dans n'importe
quel autre domaine où nous avons des liens avec des entreprises
pour qu'elles nous fournissent des services, ou des biens, ou quoi que ce soit.
Et, encore une fois, un acte répréhensible, il y a une
définition un peu plus tard qui est bien exhaustive aussi. Alors, vraiment,
loin de nous, là, l'intention de complexifier les choses. Au contraire, ce qu'on essaie de faire ici d'abord,
c'est : on n'enlève rien à personne, mais on ajoute un mécanisme additionnel pour non seulement faciliter la
divulgation, mais aussi, en même
temps, protéger les personnes qui
divulguent, qu'elles soient nos employés qui remarquent quelque chose
qui n'est pas conforme ou que ce soient les employés des entreprises avec qui
nous faisons affaire.
Donc, loin de
nous de vouloir les complexifier. Au contraire, on veut simplifier les choses
en donnant des pouvoirs accrus au Protecteur du citoyen.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. Mme la députée.
Massé : Oui. Bien, moi, je
pense que, si on ne veut pas complexifier les choses, on pourrait vraiment
les décomplexifier en disant :
Mais, dans le fond, peu importe la question que vous avez, peu
importe le lien que vous avez avec un
contrat public, un trésor public ou quoi que ce soit, si vous avez un doute
qu'il est en train de se poser quelque
chose, se poser des gestes qui risquent d'avoir un impact sur le bien commun,
l'intérêt public, bien, allez voir la Protectrice du citoyen, et elle
départagera de cela au lieu de remettre à chacune des personnes la responsabilité
de départager ça.
Et là
j'entends bien ce que vous dites, et c'est pour ça que je vous dis, M. le ministre, que vous vous êtes arrêté en
si bon chemin, puisque ce que vous me dites, c'est exactement
ce que j'avais bien compris, c'est-à-dire que sont couverts, sont protégés les
lanceurs d'alerte ou les personnes — ils ne sont pas obligés
d'avoir un lien d'emploi, ça, j'ai bien compris — mais
qui font une divulgation d'actes répréhensibles face à une organisation, un organisme publics qui soit offrent
des services publics ou ont des contrats avec l'appareil public, et donc c'est
ce lien-là qui détermine si je suis ou non protégé.
Je vais
ramener un autre exemple pour vous montrer que, si on veut