Institutions — 17 August 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2017-08-17
Quebec — Committees
Dans ce sens-là, on sera d'accord avec
la recommandation de la commission pour élaborer de nouvelles dispositions
qui visent à renforcer la
loi sur l'accès,
mais on va réclamer aussi qu'il y ait le maintien des institutions
indépendantes publiques dont l'expertise et la mission sont de veiller
au respect des intérêts et des droits de la population.
niveau de la documentation, pour nous c'est une nécessité, l'obligation de
documenter. Donc, on appuie la modification
qui vise à rendre obligatoire la diffusion proactive de l'information à tous
les organismes publics et d'en préciser la portée. On pense qu'il y a
une carence au plan de l'imputabilité à cet égard, et ça doit être corrigé.
Vous retrouverez à la
page 5 de notre avis, donc, notre recommandation qui stipule qu'outre
l'obligation de documenter le processus
décisionnel de l'administration publique — recommandation n° 6 de la
commission — il y ait
aussi une obligation législative qui vise à
prévoir et à documenter tout processus d'évaluation de l'atteinte des objectifs
des politiques puis des programmes publics.
Dans notre avis, on
cite l'exemple de la
loi sur la réforme de la santé et des services sociaux,
qui avait des objectifs bien précis. Ça fait
que, quand on dit : «Vise à documenter pour être en mesure d'évaluer»,
pour nous, c'est majeur.
Assujettir
les partenaires privés. On sait que, de plus en plus, l'État fait affaire avec
des partenaires privés dans sa
gestion publique, qu'il y a même constitution de filiales d'entreprises
publiques dont certaines échappent aux règles de transparence établies par la loi, bien qu'elles soient tributaires de
fonds publics. Le rapport du Vérificateur général de 2014 avait
d'ailleurs souligné l'opacité des processus des contrats en PPP.
Donc,
notre organisation appuie l'idée que toute organisation dont le financement
repose en grande
partie sur l'État doit
rendre des comptes au public, notamment sur l'utilisation des sommes reçues.
C'est le sens de la recommandation que vous retrouvez dans l'encadré.
niveau de la restriction au droit d'accès, on doit renforcer le principe de
divulgation maximale. On doit adopter une
nouvelle approche en matière de restrictions au droit d'accès pour que celles-ci
soient à la fois limitées en nombre, simples, claires et définies
restrictivement. Notre expérience, lors de diverses demandes d'accès, puis on
pourra vous l'illustrer dans la période de questions, nous a amenés à constater
que le refus automatique semble la norme pour plusieurs
organismes ou ministères et que le nombre de motifs qu'ils peuvent invoquer à
cette fin est beaucoup trop étendu.
Donc, on va être tout à fait en accord avec une
modification qui rendrait le refus à la fois facultatif et qui serait dépendant
plus d'une justification qui est basée sur la notion de préjudice. Le fait de
rendre des restrictions facultatives permettrait
à la commission d'évaluer la justesse du refus, puis ça enverrait aussi,
également, un message que l'accès doit devenir
la norme. Donc, on appuie la recommandation 4 de la commission, qui vise à
revoir l'ensemble des restrictions énoncées dans la loi.
niveau de la protection des renseignements personnels, la notion de
consentement est au coeur de la protection du droit à la vie privée. Il est généralement aussi reconnu que le
consentement donné doit être précis, clair et éclairé, et qu'il ne vaut pas que pour l'utilisation... et
qu'il ne vaut, pardon, que pour l'utilisation déclarée. On fait référence ici,
entre autres, à une décision de la
Cour suprême, Aubry contre Éditions Vice-Versa. À l'heure du numérique, puis on
sait que le numérique fera
partie des
stratégies économiques dans les prochaines années, la quantité d'informations
amassées, les modalités prévues en lien avec l'utilisation de ces
données ainsi que la complexité de la terminologie utilisée pour obtenir un consentement rendent parfois
celui-ci illusoire. La notion de consentement est trop souvent mal comprise par la majorité
des gens, qui n'ont pas toujours les outils adéquats pour saisir et analyser pleinement ce à quoi ils consentent.
vous donne un exemple éloquent, qui est le Dossier santé Québec. Bien, on sait
que c'est un dossier qui est en croissance,
je ne parle pas juste financièrement, au niveau du cumul des données dans le
Dossier santé Québec. D'ailleurs, la
commission y fait beaucoup référence en termes d'exemples, en termes de
problématiques qui ont été soulevées. Bon,
ses finalités... Il y a une bonne fin en
soi, mais beaucoup de renseignements personnels à divers acteurs du réseau, et
on sait que c'est basé, tout ça, sur le consentement implicite des
personnes. Pour nous, ça devrait être un consentement explicite, on l'a revendiqué à l'époque où il y a eu des modifications
législatives, en 2008. On l'a réitéré en 2009, au moment de la création du DSQ. Et, à notre avis — vous retrouvez ça à la page 10 de notre
mémoire — ça
serait primordial, dans le cas du Dossier santé Québec, qu'un
consentement explicite soit obtenu et réitéré sur une base périodique.
Au niveau de la
protection des renseignements sensibles, et je termine avec ça, on est en
accord avec les recommandations que la commission présente et avec le fait
qu'un renseignement personnel, et particulièrement un renseignement sensible,
ça ne pourrait pas être recueilli, même avec le consentement d'une personne, à
moins que le renseignement ne soit
strictement nécessaire au sens de la loi. On fait référence aussi aux
renseignements sensibles qui ont le potentiel d'être utilisés à des fins
discriminatoires ou des renseignements qui touchent, là... des renseignements génétiques ou biométriques. D'ailleurs, au
fédéral, on a adopté une
loi sur cette question-là, la loi S-201. On pense
que le Québec devrait s'en inspirer,
c'est le sens de notre recommandation, parce qu'elle n'a pas la portée que
celle qui est prévue au fédéral, afin
que soit interdite sans équivoque l'imposition de mesures disciplinaires,
discriminatoires en lien avec les données génétiques des personnes.
je conclus en vous disant que, bien, le rapport quinquennal, comme je le disais
en introduction, je pense qu'il a le mérite de poser les vrais enjeux dans un
contexte qui évolue, une société en évolution, et de tout mettre en oeuvre,
finalement, pour rendre proactive cette
loi-là, qu'elle soit prépondérante en termes d'accès. Et, si on doit
restreindre, pour certains motifs, ou
faire des dérogations, bien, ça devrait faire l'objet de commissions
parlementaires ou de consultations publiques
afin que la population soit en accord avec des restrictions à un droit
fondamental qu'est l'accès à l'information. Je vous remercie.
Le Président (M.
Ouellette) : Merci, Mme Chabot. Mme la ministre.
Mme de
Santis : Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour, Mme Chabot, Me
Léger et Mme Goulet. Merci d'être ici avec nous aujourd'hui. Merci pour
votre mémoire.
première question touche la recommandation n° 2 de la Commission
accès à l'information. Vous dites que
vous êtes d'avis qu'il devrait y avoir des consultations en plus si on veut
mettre... si on veut «déroguer» à la
Loi sur l'accès et à la
loi sur le privé. Maintenant, vous savez très bien que,
quand une loi vient devant l'Assemblée nationale, aujourd'hui, il y a des consultations
particulières chaque fois qu'un projet de loi est déposé. S'il y a, dans un
projet de loi, une dérogation à la
Loi sur l'accès, est-ce que ces consultations particulières, à ce moment-là, ne
devraient aussi servir pour que les
personnes qui ne sont pas d'accord avec la dérogation viennent se présenter et
présenter leurs points de vue? Alors, est-ce qu'on n'a pas déjà en place
un processus qui permet la discussion publique de telles dérogations?
Mme Chabot (Louise) : Bien, je vous
dirais...
Le Président (M. Ouellette) : Mme
Chabot.
Chabot (Louise) : Merci de
la question. Deux choses qui ont fait en sorte qu'on a retenu les
recommandations de la commission,
c'est, la première, comme je le disais : à partir du moment où on a une
loi sur l'accès à l'information, il y a des règles. Et actuellement,
bon, on présente un avis dans le cadre non pas d'un projet de loi, mais d'un
rapport quinquennal. À partir du moment où ce sera projet de loi, où on a des
règles d'accès à l'information, on dit que toute dérogation, bien, devrait être
convenue par une commission parlementaire. C'est la première recommandation.
Mais, à
partir du moment où on aura ce pacte-là social entre nous, des règles, bien,
s'il arrive d'autres dérogations ou
si on veut restreindre, bien là, ça devrait faire l'objet d'une consultation
publique, puis d'une consultation publique — ce n'est
pas obligé de prendre la forme d'une commission parlementaire — pour
s'assurer que les citoyens, les personnes, les gens savent à quoi on
voudrait pouvoir déroger ou restreindre en termes de principes d'accès à l'information
ou de renseignements personnels. Je pense que c'est ça, l'esprit,
c'est que ça ne devrait pas se faire juste par réglementation ou par disposition
législative.
Mme de
Santis : Je comprends bien.
Alors, si une disposition qui fait la dérogation à la
Loi sur l'accès se
retrouve dans un projet de loi et il y a les consultations particulières, ça, ça répondrait aux critères. Je comprends ça. Mais, si on ne le
retrouve pas dans un projet de loi, que c'est ailleurs, vous voulez à ce moment-là qu'il y ait des consultations spécifiques.
Mme Chabot
(Louise) : Oui, puis
d'associer l'opinion publique. Il y a toutes sortes de moyens maintenant
pour que l'opinion publique puisse
donner son avis. On serait tous étonnés — puis
d'ailleurs on a fait l'exercice, nous, à la centrale,
puis je suis certaine qu'on le ferait plus largement sur certaines questions — de la
méconnaissance des gens envers ces lois-là
ou ces principes-là qui sont importants. C'est quand on est en situation
de faire une demande d'accès, parfois,
que c'est là qu'on voit que les dérogations ou les restrictions peuvent
être plus nombreuses qu'on pensait. Puis on pense que, dans ce sens-là,
ça mérite que l'opinion publique soit saisie des dérogations.
Mme de
Santis : Vous apportez plusieurs
éléments à notre connaissance dans votre mémoire. En particulier, vous
dites qu'une bonne
partie de la population
est fonctionnellement analphabète, O.K., malheureusement, c'est un
constat que vous faites. En plus,
vous parlez du consentement explicite. Vous savez, chaque fois que la
personne clique sur le Net pour avoir
accès à l'application, etc., ça, c'est un consentement explicite. Mais je
me demande la valeur de ce consentement
explicite.
Vous dites
aussi que vous êtes inquiets des risques de couplage de données, de comparaison
et d'appariement de fichiers de renseignements personnels pouvant permettre de dresser des profils sur les individus
et possiblement sur certains groupes
d'individus, qui pourraient mener directement ou indirectement, vous dites, à une forme de
discrimination. Moi, je vais encore plus loin : à la perte de
liberté de choix, au vol d'identité et à beaucoup d'autres résultats.
Maintenant,
moi, j'aimerais entendre de vous... Parce que c'est vrai, vous faites ces
constats-là, et moi, je vous dis
qu'un consentement explicite comme «je clique» n'est pas nécessairement un consentement éclairé. La personne ne sait pas exactement à quoi ils ont donné leur accord, etc. Moi, je
vous demande, à vous : Est-ce que vous pouvez me dire qu'est-ce
qu'on devrait faire spécifiquement pour qu'on réponde à cette inquiétude que
vous avez et que j'ai?
Mme Chabot
(Louise) : Bien, je vais
laisser mes deux collègues vous répondre. Je vais vous donner une
réponse : sur le consentement explicite, on a travaillé très fort là-dessus, particulièrement
dans le cas des renseignements personnels en lien avec la santé et services sociaux. L'exemple parfa