Institutions — 26 April 2023 (43rd Legislature, 1st Session)

CI 2023-04-26

Quebec — Committees

Institutions — 26 April 2023 (43rd Legislature, 1st Session)

CI 2023-04-26

Quebec — Committees

(Onze heures vingt-neuf minutes)

La Présidente (Mme Garceau) : Bonjour

à tous et à toutes. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la

Commission des institutions ouverte.

La commission est réunie afin de procéder à

l'étude du volet Relations internationales et Francophonie des crédits

budgétaires du portefeuille Relations internationales et Francophonie pour

l'exercice financier 2023‑2024. Une enveloppe de 1 h 30 min

a été allouée pour l'étude de ces crédits.

Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des

remplacements?

La Secrétaire : Oui, Mme la

Présidente. Mme Boivin Roy (Anjou—Louis-Riel) est remplacée par M. Caron (Portneuf);

M. Lemieux (Saint-Jean), par M. Poulin

(Beauce-Sud); Mme Schmaltz (Vimont), par M. Girard

(Lac-Saint-Jean); Mme Maccarone (Westmount—Saint-Louis), par Mme Setlakwe

(Mont-Royal—Outremont); M. Zanetti

(Jean-Lesage), par M. Cliche-Rivard (Saint-Henri—Sainte-Anne).

La Présidente (Mme Garceau) : Merci

beaucoup. Nous allons procéder à une discussion d'ordre général par blocs d'échange, incluant les questions et

réponses. La mise aux voix de ces crédits sera effectuée à la fin du temps

qui leur est alloué, soit vers 13 heures.

Je suis

maintenant prête à reconnaître une première intervention de l'opposition officielle

pour un premier bloc d'échange. Mme la députée de Mont-Royal—Outremont, la parole est à vous.

Mme Setlakwe : Merci, Mme la

Présidente. Permettez-moi de commencer par des salutations d'usage. Donc, je

vous salue, Mme la Présidente, Mme la secrétaire, toute l'équipe technique de

soutien, mes collègues au gouvernement, salutations à vous tous, Mme la

ministre, évidemment, et toute votre équipe, ça me fait plaisir d'être ici puis d'entamer un échange sur un sujet

passionnant, mes collègues à l'opposition, les recherchistes, mon

recherchiste, avec qui j'ai le plaisir de travailler depuis plusieurs mois, M.

Mercier.

Donc, je vais prendre quelques instants pour des

remarques préliminaires, puis ensuite on embarquera dans le... dans le vif du

sujet. Simplement mentionner que... Puis, vous en conviendrez, il se passe

beaucoup de choses dans le monde, et ce n'est pas... c'est loin d'être...

d'être tout positif. Franchement, il y a des... de nombreuses crises depuis...

suite à la pandémie, qui était déjà assez tumultueuse. Il y a une apparence de

déstabilisation de l'ordre mondial que nous

connaissons, un effritement des institutions démocratiques, une augmentation de

tensions et de conflits armés entre nations, c'est... encore cette

semaine. On n'en revient pas, de ce qu'on voit, une crise environnementale qui

affecte les quatre coins de la planète, des attaques, des atteintes aux droits

de la personne, sans oublier les enjeux habituels d'accès à la nourriture, à

des soins de santé, des services en éducation qui touchent particulièrement les

personnes vulnérables. Malheureusement, le temps qu'on a aujourd'hui ne nous

permettra pas d'aborder tous ces enjeux-là, mais je trouvais intéressant quand

même de les souligner.

Donc, sans plus tarder, je commencerais avec mes

questions. Je suis certaine qu'on va avoir des échanges intéressants et

fructueux ce matin. Les relations internationales, c'est certainement un

portefeuille intéressant, puis le Québec a un rôle à jouer.

Donc, débutons, si vous me permettez, par

quelques questions au sujet de l'Organisation internationale de la

Francophonie, l'OIF, comme on l'appelle, sur laquelle le Québec peut... joue un

important rôle. Et on doit maintenir ce rôle important là. D'ailleurs, l'OIF,

c'est une fierté pour le Québec. C'est un lieu, un forum idéal pour faire

valoir notre leadership en matière de promotion, protection, apprentissage de

la langue française. Rappelons que le Québec est l'un des principaux bailleurs

de fonds de l'OIF et est considéré comme un de ses membres les plus actifs. La

francophonie est le seul forum international où le Québec est un partenaire à

part entière. Donc, le Québec, je le répète,

peut et doit jouer un rôle de premier plan au sein de la francophonie.

D'ailleurs, vous y étiez en novembre. Vous avez eu la chance d'entamer

votre mandat avec un voyage en Tunisie.

Donc, le Québec, selon nous, doit exercer son

poids diplomatique et influencer directement les décisions dans ses champs de

compétence. Québec peut et doit continuer de jouer un rôle de premier plan au

sein de la francophonie dans une panoplie de domaines, que je ne nommerai pas.

Mais c'est donc un forum très, très important pour le Québec.

Abordons la

nomination de Mme Caroline St-Hilaire au poste d'administratrice de l'OIF.

Après certains mois, là, de rumeurs que Québec l'envoyait à un poste de

déléguée du Québec à Barcelone, Mme St-Hilaire atterrit à l'OIF.

Mme St-Hilaire, elle a un curriculum vitae intéressant. Que ce soit au niveau

de sa formation, de ses différents postes, des fonctions qu'elle a occupées...

Elle a d'ailleurs été... bien, elle a aussi été candidate pour la CAQ dans

Sherbrooke. Donc, elle a une longue expérience. On peut donc considérer qu'elle

semble posséder les qualifications nécessaires pour accéder au poste. Donc, je

ne suis pas ici pour questionner les compétences de Mme St-Hilaire, mais, tout de même, je rappelle, et je cite le

premier ministre : «Les nominations partisanes et les cadeaux aux petits

amis, c'est terminé.» Fin de la citation. Pourtant, votre gouvernement a

fait des nominations questionnables. Dans certains cas, vous n'y étiez pas, mais, tout de même, il faut les souligner. Ce

n'est pas... ce n'est pas en termes de compétence, mais en termes de

partisanerie. On peut penser à Denis Dolbec, Catherine Loubier, Valérie

Noël-Létourneau, par exemple. Au sein de

l'OIF, les anciens numéros deux... Mme Catherine Cano a démissionné en octobre

2020, et, un peu plus tard, c'était le... c'était au tour de M. Geoffroi

Montpetit d'être remercié de ses services. Donc, vraiment, il se passe

des choses à l'OIF.

Moi, ce que

j'aimerais savoir, là, puis c'est là où je m'en vais sur ma question,

c'est : Pouvez-vous nous parler, là, du cheminement qui a mené à la

nomination de Mme St-Hilaire? On aimerait savoir, avoir une explication du

processus, du nombre des candidats rencontrés. Quel était le processus, donc,

finalement?

La Présidente (Mme

Garceau) : Mme la ministre, la parole est à vous.

Mme Biron : Merci

beaucoup, Mme la Présidente. Moi aussi, je voudrais faire quand même quelques

salutations d'usage. Ce sont mes premiers crédits à vie dans ce siège. J'ai

déjà été assise sur les banquettes arrière pour

surveiller, justement, les gens comme moi qui donnaient des explications sur

l'ensemble de nos dossiers. Madame... Nous sommes tous des nouveaux,

hein, nous arrivons tout frais, tout neufs. Je regarde le député de Saint-Henri—Sainte-Anne,

que je félicite pour son élection. Alors, travaillons donc ensemble dans la

joie et l'allégresse pour ces crédits-là.

Je suis ravie que la

députée de Mont-Royal—Outremont

débute par le dossier de l'OIF, parce que c'est vraiment un des dossiers que

j'ai pris à bras-le-corps dès que je suis arrivée en fonction. Je savais que

j'irais très, très rapidement à Djerba, en Tunisie, pour le Sommet de la

Francophonie et que j'étais accompagnée du premier ministre du Québec. C'est

quand même une opportunité intéressante et c'est un geste aussi. Ça veut dire

que la francophonie, c'est important pour nous. J'avais noté, dans l'espace de

l'Organisation internationale de la Francophonie, que le Québec, qui est un membre de plein droit... Et

vous avez bien fait de le souligner. Nous sommes de plein droit, c'est-à-dire que nous avons un vote de plein droit à l'OIF. Et

c'est la seule organisation internationale où nous avons ce privilège,

et ce qui veut dire que notre vote vaut celui du Canada.

Je trouvais qu'on

n'était pas assez présents à l'OIF et j'ai partagé cette réflexion-là avec le

premier ministre. J'ai dit : L'OIF ouvre un bureau dans la... dans la

capitale... en fait, en Amérique du Nord, et ce bureau-là sera dans la capitale

québécoise. Et la déléguée, qui a été nommée par la secrétaire générale de

l'OIF, vient du Djibouti. Je n'avais aucun problème avec cette idée qu'elle

vienne de Djibouti. C'est tout à fait normal que l'OIF soit représentée, que

l'ensemble des 88 pays membres de l'OIF soient représentés au sein... partout

sur le territoire. Mais je notais que le Québec n'était nulle part, nulle part

sur le territoire, nulle part dans le bureau de direction. Alors, j'ai dit au premier

ministre : Il nous faut une place, il faut que le Québec, au même

titre

que le Canada, soit représenté dans

l'Organisation internationale de la Francophonie. Je vous rappelle que le

Québec est le seul État, peut-être avec Haïti, qui parle français. Nous

sommes une goutte d'eau francophone dans un océan entouré d'anglophones. Alors,

nous avons un travail important à faire dans ce sens.

Nous avons rencontré,

moi et le premier ministre, la secrétaire générale de l'OIF et nous lui avons

fait part de cet enjeu-là. Je croyais qu'elle évoluerait tranquillement et

qu'on aurait tranquillement une place au sein de l'OIF, mais le mandat du

numéro deux, de l'administrateur de l'OIF, venait à échéance en mars dernier,

et la secrétaire générale a choisi, et elle est souveraine dans ce sens, de ne

pas renouveler le siège du... le mandat de Geoffroi Montpetit, qui était nommé

par le Canada. Elle nous a demandé, au Québec et au Canada, de formuler une

liste de noms pour nommer un nouveau numéro deux.

À ce moment-là, moi,

j'ai demandé à mes collaborateurs de nous arriver avec une série de noms qui

pourraient se qualifier pour ce poste-là. Le Canada a également choisi, a fait

sa propre liste. Et je tenais à ce que nous travaillions main dans la main avec

le gouvernement du Canada, parce que, quand même, nous sommes sur le même

continent, et le Canada est toujours... travaille... est quand même un pays

bilingue et a sa place au sein de l'OIF. J'ai eu

des contacts avec la ministre des Relations internationales, des Affaires

étrangères, et nous avons convenu de notre liste.

nom de Caroline St-Hilaire faisait

partie d'une liste de noms que mes

collaborateurs ont mis en place, et j'étais particulièrement intéressée par son

nom, essentiellement à cause de son passé politique. Je trouvais qu'elle

représentait à la fois, bien, le Québec mais également le Canada. Elle a siégé

à la Chambre des communes. Elle a dirigé la quatrième ville en importance au

Québec. Elle a des qualités de communication. L'OIF traverse une période assez

difficile. J'estimais que c'était la candidate parfaite pour ce rôle.

Maintenant, le Canada avait également soumis quelques noms, et ces noms-là...

En fait, c'est le Canada qui a soumis les noms à la secrétaire générale de

l'OIF et c'est la secrétaire générale qui a fait le processus de nomination,

c'est-à-dire qu'elle a fait différentes entrevues pour arriver à la conclusion

que la meilleure représentante à l'OIF était Caroline Montpetit.

Je pense que le

Québec peut être fier, fier de deux choses : d'abord, d'avoir aussi

rapidement pris sa place au sein de l'Organisation internationale de la

Francophonie, et fier d'avoir quelqu'un comme Caroline Montpetit... Caroline

St-Hilaire, qui est une... qui est très douée, et qui a beaucoup d'entregent,

et qui va aider, justement, tout le processus d'assainissement et de

transparence au sein de l'OIF.

Setlakwe : Merci, Mme la ministre. Donc, rapidement, juste pour

préciser, je ne remettais pas en doute la prérogative de la secrétaire, là, Mme

Mushikiwabo, mais c'est juste... on était quand même étonnés de la rapidité

avec laquelle le processus s'est... s'est bouclé. Et puis, moi, ce que

j'aimerais savoir, juste rapidement... Est-ce que... Il y en avait combien, de

candidats qui ont été considérés pour le poste?

Mme Biron : Du

côté du Québec ou du côté...

Setlakwe : Généralement, ce que vous savez à cet égard-là.

Mme Biron : Ah!

il y en a eu plusieurs. Il y en a eu plusieurs chez nous, au Québec, mais il y

en a eu plusieurs également du côté du Canada. J'ai eu quelques échanges, comme

je vous ai dit, avec la ministre des Affaires étrangères du Canada. Ils ont, de

leur côté aussi, formulé leur liste. Le nombre de noms... Et c'est le Canada...

Moi, j'ai soumis un nom, et le Canada a soumis un nom, si bien que la

secrétaire générale, au final, avait un choix entre deux et peut-être plus,

parce que c'est ce que le Canada et le Québec ont proposé, mais un autre membre

de l'OIF aurait pu, du coup, fournir un autre nom, là. Il arrive... Il peut

arriver des situations extérieures. Mais ce processus-là s'est fait dans les

règles de l'art. Et je pense que... Mais vous disiez : J'ai été surprise

que ça se passe aussi rapidement. Moi aussi, moi aussi. Je pensais que c'était

beaucoup plus long.

Setlakwe : Merci. Donc, juste pour clarifier là-dessus rapidement,

Québec a soumis un nom, le Canada a soumis un nom, ça, on l'avait lu, mais il y

avait plusieurs candidatures en amont qui avaient été considérées.

Mme Biron : Oui,

oui, bien sûr.

Setlakwe : Oui. Combien, à peu près?

Mme Biron : Bien,

en fait... Ça, c'est de l'ordre privé. Je dirais qu'on a eu différentes listes,

différents noms qui sont arrivés. Je pense que ce qui compte, c'est le nombre

de noms qu'on a soumis, et on n'en a soumis qu'un seul.

Setlakwe : Merci. Encore sur l'OIF, en mars dernier, la secrétaire

générale a resserré son emprise sur l'OIF juste avant l'arrivée de Mme

St-Hilaire comme administratrice, qui, rappelons-le, est le deuxième poste en

importance au sein de l'organisation : retrait de la responsabilité

directe sur les représentations de l'organisation réparties dans le monde;

retrait des responsabilités en Europe, en Afrique, en Asie et le continent

américain; elle a procédé à des nominations discrétionnaires au sein du bureau

de l'administratrice; retrait des services juridiques, retirés de

l'organigramme; toutes questions sur le volet politique et diplomatique des

représentations sont gérées uniquement par le cabinet de la secrétaire. Selon

ce qui a été rapporté, l'ensemble de ces décisions semblent avoir été faites

sans consultation. C'est assez étonnant, là. Ça s'est fait juste avant que Mme

St-Hilaire arrive.

Moi,

j'aimerais avoir votre réaction par rapport à ça. Est-ce que... On ne vous a

pas beaucoup entendue. Êtes-vous... êtes-vous inquiète? Est-ce que vous

avez résisté? Est-ce que... Tu sais, généralement, êtes-vous inquiète de ce

rôle réduit? Comment... Quelle est votre réaction par rapport aux décisions ou

à ce que Mme Mushikiwabo a imposé?

Mme Biron : D'abord,

je vais préciser que le rôle n'est pas réduit. Ce n'est pas tout à fait ça qui

s'est passé. La secrétaire... Je voudrais préciser que les fonctions de

Caroline St-Hilaire, le pouvoir de Caroline St-Hilaire est exactement le même

que celui de Geoffroi Montpetit. Il n'y a pas eu d'affaiblissement de la tâche

ou des pouvoirs de Caroline St-Hilaire. Plus encore, le rôle de Caroline

St-Hilaire est même... a une plus-value, parce qu'elle a un rôle politique que

la secrétaire générale entend bien utiliser.

J'ai eu une

conversation avec la secrétaire générale à la suite de la publication de ces

informations-là, et elle m'a garanti que le

contrat était le même. J'ai même contre-vérifié avec d'autres ressources que

nous avons au ministère des Relations internationales et de la

Francophonie pour m'assurer que c'était bien le cas, et c'est le cas.

Oui, l'organigramme a

été changé. Je pense que c'est de notoriété publique qu'il y a différentes

difficultés de gouvernance au sein de l'Organisation internationale de la

Francophonie. Ça a été mis au jour à plusieurs reprises. Et il y a un travail

d'assainissement des finances de l'OIF, d'assainissement aussi de la

gouvernance, de la façon de fonctionner au sens très large. On ne fait pas

d'omelette sans casser d'oeufs. Alors, oui, l'organigramme a été revu, et ça

fait

partie de ce processus. La secrétaire générale est motivée et déterminée à

rendre l'OIF plus transparente, plus fluide, à ce que les programmes soient

également mieux structurés. J'ai-tu une horloge, moi?

Setlakwe : Donc, juste rapidement, vous n'avez pas été... Je comprends

que vous lui avez parlé. Elle vous a

rassurée. Et elle a justifié ces changements de quelle façon, là? Comment elle

a justifié les changements qu'elle avait faits? Puis j'essaie de voir...

Elle retire, mais elle dit : Ça va être le même pouvoir. Est-ce que...

Elle ne vous a pas consultés en amont, premièrement.

Mme Biron : Bien, qu'est-ce qui vous dit qu'elle retire? Vous

tenez d'où ces informations-là, qu'elle retire du pouvoir de Caroline

St-Hilaire?

Setlakwe : Ah! donc, ce qu'on a lu dans les médias, ce n'était pas

exact. Moi, je me fie à ce que j'ai lu dans

les médias parce que moi, je ne suis pas

partie aux discussions. Donc là, je

vous pose la question : Vous avez été consultés en amont?

Mme Biron : Moi,

j'ai vérifié au sein de l'OIF, mais nous avons également des équipes qui sont

spécialisées en francophonie, et j'ai fait

les vérifications auprès de ces gens-là. J'ai vérifié également le contrat de

Caroline St-Hilaire. Et ce que je comprends, c'est que les pouvoirs de

Caroline St-Hilaire sont exactement les mêmes pouvoirs que ceux de Geoffroi

Montpetit.

Setlakwe : Merci. Vous me rassurez. Vous me rassurez. Toujours sur

l'OIF, on a entendu parler d'un climat toxique et, même, je pense que c'était

il y a deux semaines, on a appris que les employés avaient été sondés, et il y

avait... il y en avait plusieurs qui avaient manifesté qu'ils avaient été

témoins, victimes de harcèlement. C'était assez

choquant. Et la réaction qui est sortie, c'était un employé du... ou un

directeur du bureau qui est venu minimiser, on a lu ça, là, dans Le Devoir ,

qui est venu minimiser les résultats de ce sondage. Moi, je me serais attendue,

pour une organisation comme l'OIF, qu'il y ait une prise de position ferme et

qu'on mette des actions en place de façon immédiate

pour ce genre de comportement qui n'est aucunement toléré au Québec. Comment

vous, vous avez vécu ça, cette... Comment vous avez reçu ces

informations-là?

Mme Biron : Le harcèlement au travail, à l'OIF, c'est

tolérance zéro, harcèlement de toutes sortes, psychologique, sexuel,

de... Quelles que soient les allégations de harcèlement, c'est tolérance zéro.

Je me suis également

entretenue sur ce sujet avec la secrétaire générale, qui m'a expliqué qu'il y

avait un processus en cours pour mettre en place une politique zéro harcèlement

et que ce travail se faisait de concert avec l'administrateur, Geoffroi

Montpetit, depuis 2020. La pandémie est arrivée. Les employés sont partis

travailler en télétravail. La politique a

été mise sur la glace. Quand les employés sont revenus, on a décidé de

retravailler, de reprendre ce chantier. Et c'est dans ce contexte-là que

le sondage aurait été envoyé aux employés.

Les résultats, ceux

qui ont été transmis, m'apparaissent accablants. La secrétaire générale était

du même avis que moi là-dessus. Maintenant, Geoffroi Montpetit a été... dans le

contexte, a perdu son poste, c'est-à-dire que son contrat n'a pas été

renouvelé. Ce sondage s'est retrouvé dans l'espace public. Je tiens...

La Présidente (Mme

Garceau) : Mme la ministre, je suis vraiment... Excusez, c'est juste

qu'on déborde au niveau du temps, là.

Mme Biron : Ah!

il n'y a pas de souci. Mais c'est parce que c'est un sujet qui me passionne,

parce que je trouve ça épouvantable qu'il y ait du harcèlement. Et ce que la

secrétaire générale m'a dit, c'est qu'elle était pour mettre en place une

politique pour que ce type de comportement cesse.

La Présidente (Mme

Garceau) : Merci beaucoup. Merci pour l'échange. Et donc maintenant je

suis prête à reconnaître une première intervention de M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.

La parole est à vous.

Cliche-Rivard : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci à tous et

toutes d'être présents aujourd'hui. Mme la Présidente, je n'ai pas beaucoup de

temps, donc je vais y aller quand même simplement, et je demanderais la même

chose du côté ministériel pour qu'on puisse poser le plus de questions

possible. Donc, c'est possible que je vous

regarde de temps en temps pour rappeler à une prochaine question, dans le

respect, bien sûr, du droit de la ministre de répondre à ces questions.

On était sur l'OIF.

Je vais rester sur l'OIF quelques minutes. Je vais commencer avec l'extrait

d'un

article : C'est ce qu'on fait... en fait, une citation : «C'est

ce qu'on fait, généralement, quand on ne tient pas nos promesses. On dit aux gens : "Je dois te le rendre,

je t'en dois une", a opiné la députée des Chutes-de-la-Chaudière Martine

Biron en se rendant à la rencontre avec son chef. Selon elle, son

gouvernement doit trouver un moyen de compenser les électeurs de la Rive-Sud de

Québec, en colère depuis que le gouvernement Legault a décidé de tirer un trait

sur la

partie autoroutière du projet de

troisième lien. Mme Biron a évoqué que l'ascenseur doit remonter pour les

résidents déçus et frustrés de Lévis.»

Alors, parlant

d'ascenseur, la nomination de Mme St-Hilaire à l'OIF, est-ce que c'était

vraiment pour services rendus dans Sherbrooke? Est-ce que vous en deviez une à

votre ancienne candidate?

Mme Biron : Merci

pour la question quand même assez savoureuse. Passer par Chutes-de-la-Chaudière

pendant l'étude des crédits des Relations internationales, c'est vraiment une

première, et je l'apprécie. Bien sûr, je comprends

la question. Je crois que... Je pense que le député fait un lien avec une

nomination partisane. Je comprends... C'est ce que je comprends. Une

nomination partisane, M. le député, à mon avis, c'est quand on nomme quelqu'un

d'incompétent à un poste important simplement parce que c'est un ami du parti.

Je pense qu'il y a des partis politiques qui se sont spécialisés dans l'art des

nominations partisanes, avec la définition que je vous donne. Moi, j'ai suggéré

le nom de quelqu'un de compétent à un poste important et je n'ai pas... je ne

suis pas intervenue dans le processus d'entrevue qui a mené à la nomination de

Caroline St-Hilaire. Mais, même si je l'avais nommée, je vous dirais que nous

avons une personne compétente à un poste important, et ce n'est pas moi qui

l'ai nommée.

M. Cliche-Rivard :

Merci. Vous vous êtes prononcée clairement contre le concept

d'intersectionnalité, donc, du féminisme

intersectionnel. Comme votre ministère finance des organisations de solidarité

internationale féministes qui font la promotion du concept

d'intersectionnalité, pouvez-vous les rassurer aujourd'hui devant nous que vous

n'allez pas couper leur financement?

Biron : Vous êtes vraiment formidable.

Chutes-de-la-Chaudière, la condition féminine, tout est là. D'abord, je

ne me suis pas prononcée contre l'intersectionnalité. Nous avons une stratégie

concernant la condition féminine, et il y a,

dans Rebâtir la confiance , dans cette stratégie, plusieurs actions qui

touchent l'intersectionnalité. Et on parle de collecte de données, on

parle de projets pilotes, et j'ai bien l'intention de donner suite à ces

actions-là. Et je ne le fais pas à contrecoeur.

Je le fais parce que j'y crois puis je pense que plus on est documenté, mieux

on prend des décisions. Alors, dans ce contexte-là, je pense qu'il n'y a

pas vraiment d'enjeu, là, et je pense qu'on est capables d'évoluer et de parler

ensemble.

Moi, ce qui m'intéresse surtout, c'est que nos

citoyens comprennent ce qu'on fait. Alors, quand on parle du concept de l'intersectionnalité, bien, on peut

parler du concept d'universalisme, de matérialisme, mais ce qu'on veut, c'est,

essentiellement, avoir l'équité

hommes-femmes partout sur le terrain, sur les... sur la scène internationale et

également chez nous.

M. Cliche-Rivard : Merci pour votre

réponse et vos compliments, quand même. Merci. Je voudrais savoir c'est quoi, la position du ministère ou de la

ministre, en fait — vous dites, tout à l'heure, là, on est nouveaux,

effectivement — sur

le conflit palestinien, notamment en vue du 75e anniversaire de la Nakba,

et je voudrais vous tendre la main pour

qu'on puisse, ensemble, à l'Assemblée nationale, reconnaître l'anniversaire,

une fois pour toutes, par une motion, mais, d'ailleurs, voir votre

ouverture sur la question.

Mme Biron : Bon, le conflit

palestinien est un conflit israélo-palestinien qui date de longue date. J'ai

quand même une certaine inquiétude sur ce qui se passe en Israël. Je pense que

la situation se radicalise. Nous avons des... nous,

aux Relations internationales, en relations internationales, beaucoup d'intérêt

à ce qui se passe au Moyen-Orient. C'est à peu près la seule région où

nous n'avons pas de bureau, une des rares régions où nous n'avons pas de

bureau. Et j'aimerais ça qu'on soit présents au Moyen-Orient.

Israël, je ne vous cacherai pas, est dans nos

cartons. Nous réfléchissons à cette idée. Est-ce que c'est la meilleure? Je ne

sais pas. Le contexte politique est particulier. Je pense qu'il faut toujours

monitorer ça et s'assurer que les Québécois qui sont sur place soient toujours

en sécurité. Alors, je ne me prononcerai pas sur l'issue ou sur les meilleures

façons de régler ce conflit-là, mais je vous dirais qu'on a quand même des

intérêts au Moyen-Orient.

M. Cliche-Rivard : Mais vous seriez

ouverte à ce qu'on commémore le 75e anniversaire de la Nakba à l'Assemblée

nationale.

Mme Biron : Je ne veux pas me

prononcer sur cette question-là.

Mme Biron : Je pense qu'on pourra y

réfléchir. Quand vous déposerez votre motion, on pourra regarder ça ensemble

puis on déterminera ce qu'on fait.

M. Cliche-Rivard : Donc, ce n'est

pas non, mais à suivre.

Biron : Je ne ferme pas de porte, mais je ne les ouvre pas

très grandes non plus. Je vous dis : Amenez-nous votre...

l'information, puis on va la regarder, puis on va converser. Je pense que c'est

ça, l'idée, c'est d'être capables de se parler.

M. Cliche-Rivard : Tout à fait. Et

ça, je suis d'accord avec vous. Je vous amène sur un autre dossier dans la

région. Je veux savoir, parce que ça concerne... et c'est très préoccupant pour

une grande

partie de Québécois et Québécoises,

quelles sont les actions concrètes que vous faites pour mettre de la pression

pour le retour de Raif Badawi au Québec.

Mme Biron : J'aimerais ça vous poser

une question, si c'est possible, pour le bien-être de notre...

M. Cliche-Rivard : Bien là, je suis

quand même dans... de reddition de comptes. On pourra se poser toutes les

questions que vous voulez, là, mais...

Mme Biron : Oui, mais quel est le

lien entre les crédits et...

M. Cliche-Rivard : Bien, les

relations internationales, vos politiques, comment vous dépensez les sommes, où

est-ce que votre énergie se place dans vos relations avec le gouvernement

canadien sur cette question-là. Donc, je pense que la question est très directe,

Mme Biron : Bien,

je pense qu'au Québec on a fait quand même beaucoup d'efforts, là. Je pense

qu'on appuie la situation de M. Badawi ainsi

que de sa femme, qui est Québécoise reconnue. Le gros problème de

M. Badawi, c'est que ce n'est

pas un citoyen canadien. Alors, la situation, elle est là. C'est beaucoup entre

les mains du gouvernement fédéral. Il y a eu des discussions à plusieurs

reprises et des émissaires canadiens qui ont été envoyés là, mais, bon, je ne

peux pas parler de ce que fait le Canada. Mais c'est...

M. Cliche-Rivard : Non, mais vous.

Mme Biron : Bien, nous, écoutez, on

fait pression sur le gouvernement fédéral depuis très longtemps sur cet

enjeu-là et on est en contact assez serré avec la femme de M. Badawi. Je pense

que...

M. Cliche-Rivard : Donc, c'est une

priorité, quand même, de mettre tous les efforts pour qu'il puisse venir

rejoindre sa famille, sa fille, notamment.

Mme Biron : Bien, je souhaite ça. Je

souhaite ça de tout coeur, qu'il puisse retrouver sa femme et ses enfants. Je

pense que le Québec... Écoutez, je ne sais pas combien de motions on a adoptées

à ce sujet-là, mais on en a adopté plus d'une. Alors, je pense que le poids du

Québec et l'appui du Québec est là pour le retour de M. Badawi, mais la

situation, elle est complexe, et vous le savez mieux que moi, je pense.

M. Cliche-Rivard : Je ne sais pas.

Je vous amène sur Haïti.

M. Cliche-Rivard : Question sur la

situation en Haïti : Si le Canada décidait de débarquer en Haïti, comme il

l'a souvent fait, et d'une manière qui n'est pas conforme aux volontés du

peuple haïtien, quelle sera votre position? Par exemple, personne ne veut que

le Core Group décide à la place des Haïtiens. Donc, est-ce que le Québec

appuierait une mission non sollicitée d'Haïti en Haïti, une mission canadienne?

Mme Biron : Haïti, c'est un sujet

qui me préoccupe vraiment parce que... Et les gens autour de moi savent qu'il y

a un peu... Au Conseil des ministres, mon voisin de droite, c'est Lionel

Carmant, qui est d'origine haïtienne, et nous discutons souvent d'Haïti. J'en

parle également à l'étranger. J'ai eu une conversation assez longue avec l'ambassadeur du Canada aux Nations unies, Bob Rae, sur cette question-là. Et, dès que je peux avoir une

conversation avec des gens qui ont moindrement un peu de compétence ou de

compréhension du dossier, je le fais. C'est un problème. Et j'étais à Djerba, aussi, quand il y a eu une rencontre avec

le premier ministre Justin Trudeau, la communauté haïtienne, la

délégation haïtienne ainsi que la ministre des Affaires étrangères.

Il y a quatre crises en Haïti : la crise

politique, une crise humanitaire, une crise sécuritaire, une crise sanitaire. C'est épeurant, ce qui se passe en Haïti. Les

gangs de rue sont en train d'avaler la police nationale. Il n'y a pas de

leadership fort pour ramener un semblant d'ordre. Le président est dans

une situation où il n'y a pas de leadership, et on se demande ce qui va

arriver.

Moi,

j'aimerais trouver des... une solution. Mais envoyer une délégation, c'est peut-être

une idée, mais, d'abord et

avant tout, je veux m'assurer de la sécurité de toute personne qui mettra le

pied en Haïti.

Nous avons des leviers limités pour aider Haïti

dans la situation où elle est actuellement, mais nous essayons quand même. Nos organisations internationales de

solidarité internationale sont là, gardent le contact via, notamment, des... via des collègues locaux, là. En fait, il y

a des gens, des Haïtiens qui travaillent avec nos organisations de solidarité

internationale pour essayer d'apporter un peu de baume et de mieux-être. On

avait, au point de départ, quand la crise a commencé, mis un peu d'argent, mais

on s'est rendu compte que l'argent ne se rendait pas au bon endroit. Alors, ça devient... Ce n'est pas un problème simple.

Puis ce n'est pas moi qui le dis. Ça se dit sur la scène internationale. Il y a

des gens beaucoup plus instruits que moi sur la question haïtienne qui disent

que le problème est particulièrement complexe.

M. Cliche-Rivard : Et je note et

j'en profite, moi aussi, pour envoyer toute ma solidarité envers la situation

que vit le peuple haïtien.

Je change de continent. Et je voudrais vous

entendre, quand même, sur la crise suite au mouvement indépendantiste en

Catalogne et je voudrais vous entendre sur l'emprisonnement de prisonniers

politiques. Quelle est la vision du

ministère des Relations internationales sur des emprisonnements politiques, le

mouvement indépendantiste?

Mme Biron : Bien, je vous dirais que

le Québec n'a pas vraiment l'habitude de s'ingérer dans les affaires politiques

internes des autres nations. Dans le cas de la situation de la Catalogne, je

pense que ça se qualifie. Je pense que les affaires internes de l'Espagne sont

les affaires internes de l'Espagne.

Mais les principes, les grands principes de

démocratie, pour nous, ont une valeur fondamentale. Et nous avons un bureau,

nous, en Catalogne, et je vous dirais que nous suivons les choses de près. Nous

suivons la situation politique de près, mais nos intérêts en Catalogne sont

beaucoup plus commercials et culturels que politiques. Et je pense qu'il faut laisser... On n'aimerait pas,

nous, au Québec, que d'autres pays s'ingèrent dans nos affaires politiques.

M. Cliche-Rivard : Mais

reconnaissez-vous qu'il s'agit là de prisonniers politiques?

Mme Biron : Je

préférerais laisser les affaires internes... Je préférerais laisser l'État

espagnol régler ses affaires internes.

M. Cliche-Rivard : Merci. On vous...

Est-ce que vous vous sentez interpelée par la lutte aux paradis fiscaux et à

l'évasion fiscale? Et est-ce que vous comptez faire quelque chose sur ce

sujet-là au cours de votre mandat? Le précédent gouvernement libéral avait

quand même déposé un plan d'action paradis fiscaux, plan d'action pour assurer l'équité fiscale. Allez-vous le mettre à

jour? Parce qu'il date de 2017. Et, si oui, quel est votre plan pour lutter

contre l'évasion fiscale?

Mme Biron : Je vous invite à

réserver votre question pour les crédits du ministre des Finances. Je pense

qu'il en aura très long à vous dire à ce sujet.

Caron : ...petit rappel au règlement et à la pertinence. À

plusieurs reprises, notre collègue... Je comprends que ces questions puissent

être intéressantes, mais, dans le cadre du bon déroulement de nos travaux, qui

est l'étude de crédits, j'aimerais qu'on... que les questions soient plus

pertinentes avec le sujet.

Cliche-Rivard : ...la ministre a questionné la pertinence de ma

question. J'ai répondu, et elle a répondu à la question tout de suite

après considérant la pertinence. Donc, je pense qu'elles sont très pertinentes.

La Présidente (Mme Garceau) : Je

vais... je vais juste vous... Merci. Et merci pour votre intervention. Évidemment, la question de la pertinence doit être

interprétée de façon très large. C'est ça, la règle. Donc, nous allons

continuer.

M. Cliche-Rivard : Merci. Le

journaliste américain Evan Gershkovich a récemment été arrêté en Russie. Je sais que c'est une question qui doit vous toucher

particulièrement. On sait que la Russie réprime la dissidence et la liberté

d'expression. Alors, quelle est votre réaction, à

titre d'ancienne journaliste,

à cette arrestation?

Mme Biron : Je pensais que c'était

la ministre des Relations internationales et de la Francophonie qui était

questionnée, mais ça va me faire plaisir de discuter avec vous. Si vous le

voulez, on peut aller prendre un café après, puis je vous...

M. Cliche-Rivard : J'aimerais ça.

Mme Biron : Comme ancienne

journaliste, je peux vous élaborer mon opinion, parce que j'ai des opinions,

bien sûr, là-dessus, comme ancienne journaliste. Mais, comme ministre des

Relations internationales, écoutez, je... je condamne de toutes mes forces, de

toute mon énergie la situation en Russie. Ce que les Russes font, c'est

inadmissible et c'est de la répression pure. Et je pense qu'autant les

journalistes que les citoyens... Les citoyens se font eux aussi enfermer pour... pour un tweet, pour une conversation,

pour un appel téléphonique. C'est épouvantable.

Et je pense que ce n'est pas juste l'ancienne

journaliste qui parle. Je pense que la ministre des Relations internationales

et les États qui... qui luttent, justement, contre ce genre de répression

doivent tous condamner la situation en

Russie au sens large, pas seulement l'emprisonnement des journalistes mais

également l'emprisonnement des citoyens.

M. Cliche-Rivard : Merci. Je vais y

aller avec une dernière question. Je voudrais vous parler de tribunal international de justice climatique et

environnementale. L'idée d'un tel tribunal, similaire à la Cour pénale

internationale, circule depuis un bout dans le monde, quand même. Ce

projet de juridiction devrait permettre, s'il est adopté, de traduire en

justice les États et les entreprises qui ne respectent pas les normes de

pollution et les émissions établies au niveau

mondial par des protocoles internationaux. J'ai l'ambition que le Québec

devienne un champion de la diplomatie climatique. J'espère que vous

aussi. Que pensez-vous de cette idée?

Mme Biron : Je fais mes premiers

pas, je dirais, politiques au niveau environnemental, quoique je suis le dossier depuis longtemps. J'ai... j'ai participé,

en décembre, à la COP15 sur la biodiversité. C'était ma première COP. Ça a été,

pour moi, une expérience intéressante avec notre émissaire... notre émissaire à

l'environnement, Jean Lemire, qui fait un travail formidable pour

nous aux Relations internationales. Et ça nous a permis, quand même, d'arriver

à des conclusions intéressantes et des accords historiques sur la protection de

la biodiversité. Alors, je pense que le chemin est bon.

Le ministre de l'Économie, le ministre de

l'Environnement, moi-même ainsi que le premier ministre, on est vraiment très

sensibilisés, et nous voulons... Vous savez, sur la scène internationale,

l'enjeu de trouver des façons...

Mme Biron : C'est l'heure de prendre

votre pilule?

Mme Biron :

C'était une blague. C'était une blague. C'était une blague qui se voulait

sympathique.

La Présidente (Mme Garceau) : Si

vous me permettez, il reste uniquement une minute.

Mme Biron : Il me reste une minute?

La Présidente (Mme Garceau) : Oui.

Mme Biron : OK. Bien, ce que je

voulais dire, c'est que, sur la scène internationale, dans les échanges que

j'ai avec des entrepreneurs, avec des politiciens, quels qu'ils soient... Excusez-moi,

j'ai un petit fou rire, là. Mais, quels qu'ils soient, il y a un désir profond

de trouver des moyens plus verts. La décarbonation de nos sociétés, c'est vraiment un enjeu et ça fait

partie des discussions

de tous les moments. Alors, on n'est pas tout seuls dans ce bateau-là,

mais on est là, puis je vois qu'il y a d'autres sociétés qui sont dans la même

situation.

M. Cliche-Rivard : Bien, merci

beaucoup. Je vous rassure, là, ma santé va très bien. Et j'accepte l'offre du

café volontiers. Je dois m'éclipser dans une autre étude de crédits.

Mme Biron : Oui, je comprends.

M. Cliche-Rivard : Et je voulais

vous remercier fondamentalement pour l'échange. Merci.

Mme Biron : Moi aussi. Merci.

La Présidente (Mme Garceau) : Merci

beaucoup. Donc, je suis prête à reconnaître, pour une deuxième intervention,

Mme la députée de Mont-Royal—Outremont. La parole est à vous.

Mme Setlakwe : Poursuivons notre

discussion sur le climat à l'OIF. Vous aviez commencé à me répondre. Je

voudrais juste remettre en contexte. Le sondage qui avait été fait à la demande

du comité du personnel avec l'accord de la secrétaire, Mme Mushikiwabo, a

notamment révélé que 44 % des employés pensent avoir été victimes de harcèlement moral au travail et 9 %, de

harcèlement sexuel. Vous avez reconnu l'importance d'une tolérance zéro. C'est

tolérance zéro au Québec, au Canada. Ça devrait être tolérance zéro au sein

d'une organisation comme l'OIF. Mais les affirmations subséquentes où M. Pham a

affirmé que seulement la moitié des employés avaient répondu aux questions et

que donc... Tu sais, comme, il divisait en deux, là, les résultats. Donc,

suivant un raisonnement, il fallait, tu

sais, diviser les pourcentages par deux. Il a conclu que les allégations de

harcèlement moral devraient être ramenées à 22 % et celles de

harcèlement sexuel, à 4,5 %. Et il n'a pas voulu envisager la possibilité

que ces proportions puissent se maintenir advenant un élargissement du bassin

de répondants, et encore moins qu'elles augmentent.

Moi, j'ai été

vraiment déçue de cette réaction-là. J'aurais aimé entendre la nouvelle

administratrice, Mme St-Hilaire. J'aurais aimé vous entendre. Ça donne

l'apparence que ce n'est pas si important que ça, cet enjeu-là de climat sain.

Donc, j'aimerais vous entendre, Mme la ministre, vraiment là-dessus. Tu sais,

spécifiquement, avez-vous donné des instructions à l'organisation? En avez-vous

donné à Mme St-Hilaire? Avez-vous parlé de ça avec la ministre des Affaires étrangères

fédérale, qui... Sauf erreur, il me semble, elle, elle a coupé le financement

de façon temporaire à l'OIF en réaction à cette situation de climat toxique. Et

avez-vous mis des solutions de l'avant?

Mme Biron : Je le répète, le

harcèlement de toute sorte, qu'il soit sexuel, qu'il soit psychologique, est

absolument inacceptable. J'ai eu une conversation avec la secrétaire générale à

la suite de la publication de ce sondage dans les médias et je lui ai expliqué

que c'était inadmissible. Elle a... Elle m'a expliqué que son organisation avait engagé un processus sérieux justement pour

se doter d'une politique pour... d'une marche à suivre, d'une feuille de route pour que les employés, s'ils se sentent

agressés ou harcelés, puissent procéder, et qu'on s'en occupe de façon

confidentielle.

Ce processus-là a débuté avant la pandémie. Il a

été mis sur la glace pendant la pandémie, parce que les employés ont tous

travaillé en télétravail. Et, si vous vous rafraîchissez un peu la mémoire,

vous saurez qu'en France le confinement a

été particulièrement long et complexe, et que les citoyens ont été en

télétravail pendant une assez longue période de temps. Ce n'est qu'au

retour de la pandémie des employés qu'on a repris le travail pour doter l'OIF

d'une politique contre le harcèlement et... le harcèlement psychologique et

sexuel et d'un processus. Ce processus-là est en cours. Et c'est Geoffroi

Montpetit, l'ancien administrateur, numéro deux de l'Organisation

internationale de la Francophonie, qui

pilotait ce dossier-là. C'est lui, d'ailleurs, qui a décidé de faire le sondage

au sein de l'organisation, et, très franchement, je trouve que c'est une

excellente idée. Ça permet de savoir exactement ce qui se passe. Ça permet de poser un diagnostic sur ce qui se passe à

l'intérieur de l'organisation. Et la secrétaire générale a quand même souligné

son engagement à doter l'organisation d'un processus.

Mme Setlakwe : C'est rassurant, on

l'espère, pour la suite des choses. Continuons sur la francophonie dans le monde de façon plus... plus générale. Comme

vous le savez, évidemment, là, la francophonie, elle est en croissance dans

le monde. Le français se classe en cinquième position des langues les plus

parlées dans le monde avec plus de 300 millions de locuteurs. Si cette

dernière information présente des résultats positifs pour le français dans le

monde, il en est tout autrement au Canada et, dans une

certaine mesure, au Québec, mais principalement à Montréal. On reconnaît qu'il

y a un enjeu de protection, évidemment, et promotion de la langue. Est-ce que

vous prenez note de ce qui se fait de mieux ailleurs en termes de protection et

promotion du français? Et quelles sont les leçons que vous avez retenues et que

vous avez partagées avec vos collègues au Conseil des ministres pour faire le

pont avec la situation ici?

Mme Biron : D'abord,

évidemment, les discussions au Conseil des ministres sont secrètes. Mais, oui,

écoutez, on a un groupe de travail présidé par le ministre responsable de la

Langue française, Jean-François Roberge, et

on travaille sur les actions à poser. Bien évidemment, moi, mon rôle à

titre de

ministre des Relations internationales, c'est cette portion-là. Quand je

vais à l'étranger, je parle toujours du fait que le Québec est un État

francophone, et que nous sommes dans une

situation précaire, et qu'il y a un déficit, particulièrement dans la grande

région de Montréal, et qu'il faut y voir.

On parle beaucoup de

découvrabilité. On parle beaucoup de plateformes numériques en français. Ce qui

se passe à l'OIF, c'est quand même 88 États, et c'est 312 millions de

locuteurs francophones dans le monde, et c'est un marché de plus de

1 milliard de... de personnes. C'est donc... Pour chaque dollar qu'on

investit dans la francophonie, c'est 2,18 $ qui reviennent en retombées.

Alors, c'est important, ce qui se passe, d'investir dans la francophonie. Et

même des pays non francophones veulent rentrer dans l'OIF parce qu'ils y voient

le potentiel.

Alors, je pense

qu'entre francophones il faut faire un effort. Et souvent une des choses que je

dis à mes interlocuteurs de la francophonie à l'étranger, c'est : Ayons

donc un biais francophone, essayons donc de faire des affaires ensemble entre francophones, parce que c'est notre première

langue, et je pense que, sur la scène internationale comme ici, au Québec, nous devons nous solidariser

pour essayer de s'encourager et de s'assurer que la francophonie perdure.

Setlakwe : Merci, Mme la ministre. Toujours sur le français, mais avec

l'angle de la science.

Malgré les bonnes nouvelles sur la santé du français

dans le monde, de récentes études nous apprennent que l'usage du français en

science recule dramatiquement. Entre 1995 et 2019, le pourcentage d'articles

savants publiés en anglais est passé de

64 % à plus de 90 % à l'échelle mondiale. Le français, quant à lui, a

régressé d'un peu moins de 10 % à 1 %. Ce sont des chiffres alarmants

et inquiétants, vous en conviendrez avec moi. Avez-vous pris connaissance de ce

dossier? En avez-vous parlé dans vos rencontres, dans vos... au Sommet

de la Francophonie, à Djerba, par exemple?

Mme Biron : Je

suis vraiment ravie de cette question-là, parce qu'on est vraiment dans la...

Mme Biron : Oui,

bien, elles sont toutes pertinentes, je dirais, mais, celle-là, je l'aime un

peu plus, parce que la découvrabilité, c'est un enjeu, c'est comment est-ce

qu'on préserve le français. Puis je le vois en Afrique. Il y a une tendance,

surtout chez les jeunes, parce qu'ils sont sur les sites Internet, etc. Alors,

c'est une priorité importante d'essayer de voir si on ne pourrait pas mettre en

oeuvre, avec les États francophones, à l'ère du numérique, des produits culturels

en français. Est-ce qu'on pourrait fonctionner avec une plateforme? Comment

est-ce qu'on peut s'assurer que, quand on google, par exemple... que le produit

qui arrive soit francophone? Les plateformes comme Netflix, par exemple, si on

arrive... Est-ce que le produit francophone ne pourrait pas arriver en premier?

Alors, vous avez

raison. À Djerba, j'en ai discuté, notamment avec le président Cassis, de

Suisse. J'en ai discuté aussi avec les Français. Est-ce qu'on ne pourrait pas

faire quelque chose ensemble et essayer de voir où ça nous mène? Et est-ce

qu'on pourrait mettre en place des plateformes ou utiliser, par exemple, des

plateformes... puis là je lance des idées un peu en l'air, est-ce qu'on

pourrait utiliser les plateformes de TV5? Et est-ce qu'on pourrait... Comment

est-ce qu'on pourrait travailler pour s'assurer que les contenus francophones

soient plus présents sur le Web ou sur les plateformes numériques?

Setlakwe : Spécifiquement — bien, désolée, je ne voulais

pas vous couper la parole — j'étais

plus sur la littérature scientifique. Première conséquence, là, c'est

l'inégalité dans l'accès aux connaissances pour les communautés; deuxième,

l'inégalité d'accès, à l'international, à la publication savante pour les

chercheurs et les scientifiques; une troisième, l'infériorisation des objets de

recherche associés au français. Tu sais, les statistiques, les données que j'ai

énoncées précédemment, là, dans le monde scientifique et le déclin du français,

c'était... ça portait vraiment sur la science.

Mme Biron : Est-ce

que vous savez que c'est l'année de la francophonie scientifique?

Setlakwe : Alors, c'est pertinent d'en parler. C'est quand même...

Mme Biron : Quand

même, hein?

Setlakwe : Quand même, oui.

Biron : Ce n'est quand même pas rien. Et il y a un sommet

qui s'en vient en octobre, puis, honnêtement, je pense que je... je vais

m'assurer que vous êtes invitée.

Setlakwe : Parce que...

Mme Biron :

Bien, ce serait intéressant qu'on puisse... Bien non, mais ce serait bien qu'on

puisse travailler ensemble sur cet enjeu-là. Et c'est vrai que c'est un

problème. Moi même, quand je me rends compte qu'il y a beaucoup d'études scientifiques qui ont été faites par des francophones

puis qui sont publiées en anglais... Alors, je pense qu'effectivement on devrait se poser cette

question-là. Et puis je... je vais m'assurer qu'on puisse ouvrir le débat

là-dessus et que vous soyez invitée à participer.

Setlakwe : C'est noté. C'est enregistré, c'est filmé. C'est important

qu'on... qu'on s'y attarde, parce que, si on

ne le fait pas, que les chiffres continuent à s'en aller dans le mauvais sens,

bien, ça va devenir moins pertinent, parce que le français ne sera

vraiment plus présent dans le monde scientifique. Ça fait que, là, on n'en

parlera plus. Il faut poser des gestes. Donc là, ce que j'entends, c'est que

vous allez travailler sur le dossier. Vous n'avez pas nécessairement des

solutions à proposer dans l'immédiat, mais ça va être un thème sur lequel vous

allez travailler.

Mme Biron : Oui,

puis, plus que ça, j'ajouterais que ça démontre aussi l'importance de

l'Organisation internationale de la Francophonie. C'est que nous, on peut faire

notre bout de chemin, mais on a quand même une organisation internationale qui

est en place. Et je pense que c'est un levier. C'est une façon de communiquer

avec 87 autres États, et on ne devrait pas s'en priver. La chaise vide en

francophonie, ça ne devrait pas être une option. Il faut qu'on soit là, qu'on

soit là pleinement et qu'on joue un rôle dans un contexte où on veut s'assurer

que la langue française puisse traverser le temps et qu'on la préserve. Je me

répète, en Amérique, nous sommes inondés d'anglophones. Il faut travailler fort

pour préserver notre langue au Québec.

Setlakwe : On s'entend là-dessus. Et d'ailleurs le Parti libéral du

Québec a toujours prôné un rôle fort, une présence forte, et soutenue, et

accrue au sein de l'OIF. Donc, on se... on se rejoint là-dessus. Je l'ai

mentionné d'emblée, à quel point c'est important que le Québec doit continuer à

occuper l'espace et à influencer les décisions qui se prennent sur ce forum-là.

Au sujet de vos... de

vos missions puis de ce qui est prévu au budget, le budget de dépenses du

portefeuille Relations internationales et Francophonie s'établit à

158 millions en 2023-2024, mais c'est 8 millions de moins que la

dépense probable 2022-2023. 10,7 millions sera ajouté au Fonds de suppléance

afin de tenir compte des mesures annoncées

dans le budget. Ça se décline en trois programmes, là : Direction et

administration, dépense du programme s'établit à 21 millions; 2,

Affaires internationales, dépense du programme s'établit à 107,5, en baisse de

5 millions; programme 3, Condition féminine, 29,3, en baisse de

2 millions. Les orientations sont de promouvoir les intérêts, la culture, les valeurs et l'identité du Québec sur

la scène internationale, augmenter la force de frappe économique du Québec

sur les marchés internationaux, renforcer la coordination de l'action

internationale du gouvernement du Québec... au Québec et à l'étranger,

augmenter la performance de l'action internationale.

Donc, considérant

l'ampleur des enjeux internationaux et les orientations que votre gouvernement

a mises de l'avant, comment vous expliquez la baisse dans les budgets?

Mme Biron : Je

ne vois pas une baisse, moi, dans nos...

Setlakwe : Bien, s'il n'y en a pas, juste nous le confirmer, là. Mais

on...

Mme Biron :

Bien oui, c'est ça.

Setlakwe : Je crois qu'il y a eu... il y a eu une baisse. Il n'y a pas

eu une hausse.

Mme Biron : Bien, écoutez, on a eu une somme additionnelle,

dans le dernier budget, de 7 millions de dollars, qui est une

hausse de 5 %. Notre budget global est de 135 millions et demi. Puis,

très honnêtement, j'étais contente, parce

que vous voyez bien la situation avec l'inflation, et tout ça. L'argent, là, ça

ne sort pas par les oreilles. Alors, il y a des... il y a des missions très importantes, comme l'éducation, la

santé, qu'il faut financer, mais les relations internationales, c'est

également très important.

Et on a fait un

virage économique lors du dernier mandat. Et ma plus grande fierté, c'est que

ça... Je voulais pérenniser ce qu'on appelle l'équipe économique au sein de mon

ministère, et ça, ça me prenait 5 millions de plus. Alors, j'ai réclamé ce

5 millions là. Je l'ai obtenu. Alors, on peut pérenniser notre équipe

économique au sein du ministère des Relations internationales. Et c'est une

équipe qui est très solide puis qui performe très bien. Nos cibles le montrent,

de ventes fermes. Ça fonctionne très bien. Et on a une enveloppe

supplémentaire, on a un 2 millions de plus pour, justement, faire rayonner le

Québec à l'étranger.

Et, comme vous avez

pu certainement le constater lors du dernier mandat, ça a été beaucoup plus

difficile d'occuper le terrain. Alors, on fait un effort supplémentaire pour

mettre les bouchées doubles cette fois-ci, parce que la diplomatie internationale, c'est beaucoup des relations humaines face

à face. Alors, on a les moyens, disons. Écoutez, on en prendrait un peu

plus, ça, c'est sûr, mais, honnêtement, on a les moyens de nos ambitions, et de

reprendre ce flambeau-là, et de tisser et d'élargir, en fait, nos forces de

frappe sur la scène internationale.

Mme Setlakwe : Juste pour... Merci.

Juste pour élaborer un peu plus sur votre vision... sur votre vision... Comment

je peux formuler? Moi, je lisais avec intérêt la chronique de Michel David en

novembre dernier. Vous êtes la nouvelle ministre des

Relations internationales, c'est votre premier mandat, mais votre gouvernement

a déjà fait un mandat où, je pense, vous étiez perçue comme étant... tu sais,

avoir une visée économique, puis vous l'avez mentionné. Mais le rôle du

ministère des Relations internationales et de la Francophonie n'est pas lié

seulement aux résultats économiques, aux retombées économiques. C'est un aspect

important, mais il faut que le Québec... Puis là je... tu sais, je vais citer

Michel David, là : «La diplomatie dite d'influence y apparaissait

presque comme une note de bas de page.» Et il y a même, à la fin, puis, moi, ça

m'avait fait sursauter : «Ça n'exclut évidemment pas de faire des

affaires, mais il n'est pas nécessaire de se cantonner dans un rôle de commis

voyageur.»

Comment vous avez réagi à ça? Puis quelle est

votre vision? Oui, l'économie, c'est important, mais tout le reste, c'est le

Québec qui prend sa place, qui assure une diplomatie d'influence sur les

sujets, puis il y en a... il y en a plein. Vous n'avez pas besoin que je cite

Paul Gérin-Lajoie, là. Mais on a compétence chez nous sur une panoplie de

domaines. On a compétence aussi à l'étranger. Donc, j'aimerais vous entendre

sur... Comment vous réagissez à ce commentaire-là? Puis, vous, comment

vous vous positionnez comme nouvelle ministre.

Mme Biron : Vous devriez lire le

début de la chronique, parce que, si je me souviens bien, il me félicitait. Il

disait que c'était rafraîchissant de me voir arriver, mais...

La Présidente (Mme Garceau) : Mme la

ministre, je suis désolée de vous interrompre, c'est juste parce que le temps est déjà écoulé. Donc, juste peut-être,

dans quelques secondes, si vous pourriez répondre à la question. Merci.

Biron : OK. Oui, on agit en économie, mais on agit

également en culture, en éducation, en immigration, en environnement. Ce

qui est de compétence chez nous est de compétence partout. Ça va?

La Présidente (Mme Garceau) : Merci

beaucoup pour cet échange. Et donc maintenant je suis prête à reconnaître un membre du gouvernement pour un

premier bloc d'échange. Donc, Mme la députée de Laval-des-Rapides, la

parole est à vous.

Mme Haytayan : Merci. Bonjour, Mme

la Présidente. Bonjour, Mme la ministre, chers collègues de la Commission des institutions, de la banquette gouvernementale, membres de

l'opposition et du cabinet du MRIF ainsi que du ministère des Relations

internationales et de la Francophonie. Bonjour. Je suis très heureuse de

pouvoir participer pour la première fois à l'étude des crédits Relations

internationales aujourd'hui en tant qu'adjointe gouvernementale de la ministre

des Relations internationales et de la Francophonie. C'est un plaisir de siéger

avec vous aujourd'hui ici sur un dossier

aussi stratégique de la Commission des institutions, de la CI. C'est un

privilège de pouvoir questionner la ministre des Relations

internationales et de la Francophonie sur des sujets d'intérêt en tant qu'élue.

Alors, débutons avec votre vision des relations

internationales. Lors de votre passage, le 3 février dernier, à la tribune

du Conseil des relations internationales de Montréal, du CORIM, où j'ai

d'ailleurs eu la chance de vous accompagner, vous avez édicté votre vision des

relations internationales, qui repose sur la doctrine Gérin-Lajoie. Lors de votre conférence qui s'intitulait Avoir de

l'ambition pour faire rayonner le Québec sur la scène internationale,

votre vision des relations internationales se déclinait en trois axes :

premièrement, la diplomatie économique; deuxio, la diplomatie d'influence; et,

en troisième lieu, la diplomatie identitaire.

Comme votre mandat débute à peine, on est à...

on vient de dépasser les six mois, il serait intéressant de prendre le temps de

développer sur chacun de ces axes qui dicteront vos actions pour les prochaines

années. J'ai donc deux questions qui en

découlent, en rafale. Comment interagissent-ils, les axes, les uns avec les

autres? Et comment chacune de ces trois formes de diplomatie se

matérialise-t-elle sur le terrain, ici et sur la scène internationale?

Mme Biron : Bien, d'abord, merci

beaucoup, Mme la députée. Vous êtes mon adjointe gouvernementale. Je vous ai chargée également de la diplomatie

municipale. Vous travaillez avec beaucoup d'entrain et de professionnalisme.

Je tiens à le souligner, à vous remercier. Et cette question, elle est tout à

fait agréable à entendre parce qu'elle rejoint passablement ce que la députée

de Mont-Royal—Outremont voulait

savoir.

Alors, bien sûr, la doctrine Gérin-Lajoie, qui a

été énoncée en 1965, je le répète, dit en une phrase que ce qui est de compétence ici, au Québec, est de

compétence partout. Alors, oui, j'ai imaginé ma vision des relations

internationales, et elle repose sur ces trois axes, mais je la mettrais

sur deux piliers, si vous voulez, d'abord, le premier pilier qu'est la

diplomatie économique.

Le gouvernement de la CAQ a décidé de faire un

virage économique au cours du dernier mandat, et on a décidé que c'était un des

moyens pour enrichir le Québec, c'est-à-dire que le premier ministre a demandé

à l'ensemble de ses ministres de contribuer à l'enrichissement du Québec, à

diminuer l'écart économique, notamment avec

l'Ontario, mais également avec le reste du Canada. Et, moi, ma mission, c'est

de le faire au niveau international. Et je le fais de concert avec Investissement

Québec International mais aussi avec nos... nos propres équipes, alors que nous

nous sommes dotés d'un sous-ministériat économique, au sein des Relations

internationales, qui fonctionne plutôt bien. Alors, nous en sommes là. Nous avons...

Nous souhaitons augmenter nos exportations et augmenter les investissements

ici, au Québec, et, quand on regarde les cibles, on se rend compte que ça

fonctionne plutôt bien.

Le deuxième pilier de notre action est surtout

ce que j'appellerais la diplomatie identitaire. En fait, tout ça est chapeauté par la diplomatie d'influence, parce

que, pour faire des relations, il faut quand même se déplacer, rencontrer les

gens. Et le travail, par exemple, que font mes collègues à Investissement

Québec International, c'est un travail beaucoup plus économique. Le mien est beaucoup plus politique.

Alors, je travaille à créer des liens diplomatiques dans

différents champs d'intervention, nos champs de compétence à nous, au Québec,

pour être capables de faire les affaires. En

fait, je suis comme un peu un chef d'orchestre. Je passe les dossiers

économiques aux gens de l'Économie, je passe

les dossiers d'immigration aux gens de l'Immigration, les relations avec

l'enseignement supérieur, par exemple, la mobilité des étudiants, je

fais affaire avec l'Éducation supérieure.

La diplomatie

identitaire, en fait, c'est, essentiellement, ce que nous sommes, nous, les

Québécois. On a parlé amplement de la

francophonie. Je pense qu'il faut travailler là-dessus. Je suis ministre

responsable de la Condition féminine et de la Lutte contre la transphobie et

l'homophobie. Alors, ce sont également des enjeux que je discute sur la

scène internationale, parce que nous croyons à une plus grande équité ici.

Alors, francophonie, droit des hommes, culture, la culture. Nous faisons

beaucoup d'échanges culturels, et il y a énormément d'intérêt pour ce qui se

fait en culture au Québec, pas seulement en Europe. On a... on a en tête la

France, mais, quand on va en Asie, on se rend compte qu'il y a également

beaucoup, beaucoup d'intérêt. Nos cirques, par exemple, on les voit beaucoup en

Asie, et le théâtre également. Alors, il y a vraiment un gros travail qui se

fait à ce niveau-là.

L'enjeu, je vous

dirais, de la pénurie de main-d'oeuvre nous interpelle. Alors, bien sûr, nous

souhaitons une immigration francophone, mais nous avons des projets, notamment,

en Amérique du Sud. On se demande si on ne pourrait pas, par exemple, franciser

en amont, dans des pays comme au Mexique ou en Colombie, là, où on vient tout

juste d'ouvrir un bureau, pour pouvoir travailler... ou, en fait, avoir une

immigration francophone dans les champs de compétence ou, en fait, dans les

endroits où on a besoin de plus en plus de personnel.

Alors,

essentiellement, c'est tout à fait ça, diplomatie économique. La diplomatie

d'influence, c'est le liant, si vous voulez,

et la diplomatie identitaire, c'est ce que nous sommes, nous, les Québécois.

Et, comme vous savez, ne serait-ce que par notre langue, nous avons quand même,

en Amérique du Nord, une certaine particularité, et je pense qu'il faut la

faire valoir un peu partout dans le monde, même chose aux États-Unis, qui est

notre principal partenaire d'affaires. Bien, il y a un intérêt très

certain pour ce qu'on fait au niveau culturel et... et aussi au niveau de

l'immigration au Québec.

Haytayan : Merci. Poursuivons avec vos nombreuses missions à l'international.

Depuis le début de votre mandat, vous êtes hyperactive. C'est, à tout le moins,

un adjectif qu'a utilisé une journaliste pour vous décrire, et c'est vrai. On vous a vu aller aux États-Unis,

à New York, Washington, en France, en Belgique, en Afrique, Sénégal, Côte d'Ivoire, Tunisie, en Indo-Pacifique, Corée

du Sud, Singapour, Japon, Indonésie, et j'imagine que d'autres missions

sont prévues prochainement. Mes questions en trois temps : Pouvez-vous

nous expliquer, Mme la ministre, à quoi servent ces missions? Pourquoi est-ce

important pour vous de vous déplacer autant? Et qu'est-ce que ça vous apporte

d'aller sur le terrain?

Mme Biron :

Merci beaucoup pour ces... ces questions. La pandémie, ça a été difficile sur

nos relations internationales. On a été obligés d'interrompre beaucoup de nos

relations. Il y a des choses qui se sont faites, par exemple, par Zoom, par

Teams. Bon, c'est efficace. On a réussi à faire des choses. On a quand même

créé des liens. On a signé des ententes. On a réussi à faire avancer notre

projet... notre virage économique. On a commencé à arrimer davantage nos façons

de faire et à se préparer, à se réorganiser. Mais c'est bien évident que, le

fait qu'on n'ait pas voyagé, parce que la

diplomatie demande que l'on voyage, qu'on fasse des missions à l'étranger, on a

reculé un peu. Alors, il fallait rattraper ce temps perdu et surtout

marquer le coup que nous étions ouverts.

Et la députée de Mont-Royal—Outremont faisait

référence à cette chronique de Michel David, excellente chronique, où il disait

que la diplomatie d'influence reprenait ses droits, et c'est tout à fait vrai.

Il faut être là. Il faut être capables de créer des liens diplomatiques. Et

nous avons cette chance-là, nous, au Québec, parce que nous avons un réseau

infranational unique au monde. Il y a des réseaux similaires peut-être en

Flandre, je pense, notamment, ou même en Bavière, mais ce sont beaucoup plus

des réseaux économiques. Et l'économie, ce n'est pas suffisant. Il faut créer

des liens diplomatiques. Alors, ça, c'est important de reprendre la route, et

il fallait aussi marquer le coup.

La première mission

que j'ai faite, c'est aux États-Unis. C'est notre principal partenaire

d'affaires. Alors, je me devais de le souligner à grands traits. Je partais

pour Djerba, pour le Sommet de la Francophonie, qui est une priorité, mais nous

avons des liens profonds et émotifs, je dirais, avec la France. Alors, le

deuxième endroit où je suis allée, c'est en

France, pour le souligner. Et nous avons une quasi-ambassade en France. Alors,

le cousin français, il est là. C'est un partenaire important. Alors,

c'était nécessaire que je fasse ce voyage-là.

Djerba, bien, on en a

amplement parlé aujourd'hui. Je pense que ça a été intéressant pour beaucoup de

relations bilatérales, parce qu'au-delà de ce qui se passe avec l'OIF nous

multiplions, dans ce type de sommet, les relations bilatérales. Ça m'a permis

de créer des liens avec des ministres au Sénégal, des ministres en Côte

d'Ivoire, le président, notamment, en

Suisse, le premier ministre du Luxembourg, qui est un sympathique premier

ministre, que j'ai accueilli ici, à

Montréal. Alors, nous avons davantage de relations. Et la Belgique, la Belgique

est particulièrement intéressée à faire affaire avec le Québec et tisse

des liens. Il y avait beaucoup de ministres, présidents qui étaient sur place.

Alors, c'est un peu ce que j'ai fait. Alors, je pense que c'est nécessaire de

reprendre ce chemin-là.

y a aussi, dans nos relations diplomatiques et à l'international, un

réalignement. On a vu la guerre en Ukraine. On voit ce qui s'est passé en

Chine. Il y a une géopolitique qui nous oblige à revoir nos façons de faire, et

c'est un peu ce que nous faisons. Alors, il faut aller voir sur le

terrain, ne pas être naïfs, prendre compte de la situation politique mais de la

situation économique des différentes régions que nous occupons et faire un

travail. Et nous sommes en train de

travailler, justement, là-dessus pour voir quels sont les endroits où il y a eu

du mouvement. Est-ce qu'on devrait mettre

un peu plus d'énergie dans certains États, moins dans d'autres? C'est un peu...

exactement le travail que nous faisons. Et j'espère que, dans les

prochaines semaines, prochains mois, on sera capables d'arriver avec un

portrait assez large de la situation.

Mme Haytayan : Merci.

Mme la Présidente, terminons avec les régions et les relations internationales.

On le sait, notre gouvernement est le gouvernement des régions. Nous sommes un

gouvernement qui collabore avec nos villes et nos municipalités, car nous

sommes d'avis que ce sont des acteurs de premier plan pour nos citoyens et nos

citoyennes, et qu'on gagne à travailler main dans la main. Parfois, on a

l'impression que les relations internationales, c'est loin du monde, c'est loin des gens. Est-ce que vous comptez faire en

sorte de rapprocher les relations internationales de toutes nos belles

régions au Québec? Et, si oui, comment?

Mme Biron : ...Mme mon adjointe et

députée de Laval-des-Rapides que vous prêchez pour votre paroisse. Et vous

faites bien de me poser une question qui est directement en lien avec les

fonctions que... que vous occupez.

D'abord, je voudrais dire que nous avons

34 représentations dans 19 pays du monde. Alors, nous sommes quand

même bien déployés. Je... je travaille sur ce réseau-là. Mes prédécesseurs, les

gouvernements du passé, ont également... ont livré des batailles pour que ce...

pour donner des muscles à ce réseau-là, pour le rendre plus performant, et il faut le reconnaître à travers le

temps. Il y a eu beaucoup de travail qui a été fait sur la scène

internationale, et je pense que mon gouvernement doit continuer ce

travail-là dans le même esprit que les gouvernements l'ont fait à travers le

temps.

La Présidente (Mme Garceau) : Excusez,

Mme la ministre, je vais devoir vous interrompre parce que le temps est terminé pour ce bloc d'intervention.

Donc, je vais maintenant reconnaître, pour le dernier bloc d'intervention,

Mme la députée de Mont-Royal—Outremont.

Mme Setlakwe : Merci. Je vais

vouloir qu'on... qu'on parle d'Haïti. Je... Ça a été abordé avec mon collègue

du deuxième groupe d'opposition. Mais, avant d'y arriver, juste parler de

chiffres sur certains volets. Bien là, ce n'est pas en Haïti, mais c'est pour

l'Afrique. Votre gouvernement a présenté sa Stratégie territoriale pour

l'Afrique Cap sur la relance : une

action concertée et durable sur le continent africain. Suite à votre

investissement de 54 millions sur cinq ans, quels sont les

résultats concrets que vous avez constatés?

Mme Biron : L'Afrique, c'est...

C'est vraiment intéressant, ce qui se passe en Afrique, parce que... Puis je

suis allée après les fêtes. Je suis allée au Sénégal et je suis allée en Côte

d'Ivoire. Au Sénégal, j'ai rencontré le président

ainsi que la ministre des Relations internationales. Même chose... Je n'ai pas

rencontré le président en Côte d'Ivoire, mais j'ai quand même rencontré

la ministre... En fait, j'ai rencontré plusieurs ministres quand je suis allée en Côte d'Ivoire. J'ai... j'ai rencontré des

ministres de l'Éducation, ministre de l'Enseignement technique, ministre

des Relations internationales.

La raison pour laquelle j'énumère tous ces

titres-là, c'est que l'Afrique est dans une situation où elle veut développer

sa classe moyenne. C'est difficile, en Afrique, de... La pauvreté est

importante. Et, dans les différents... Dans ces deux États-là, on souhaite

créer... avancer pour se créer une classe moyenne. Et ils veulent faire affaire

avec le Québec, avec l'expertise du Québec,

et ça passe, notamment, par le réseau de nos cégeps, donc, l'enseignement

supérieur. Comme je vous ai dit tout à l'heure, mon travail à moi, c'est de

jouer un peu le chef d'orchestre, de créer ces liens diplomatiques et de faire

le lien avec mes vis-à-vis au Conseil des ministres dans... en l'occurrence, la

ministre de l'Enseignement supérieur. Et le réseau des cégeps a accepté de

faire un travail à ce niveau-là.

Il y a deux façons de le faire. D'abord, on peut

envoyer différents professeurs à l'étranger pour former dans des domaines qui... qui les intéressent,

c'est-à-dire du travail technique, de l'enseignement technique. Et l'autre

solution, c'est de les faire... faire venir des cohortes ici. Et ces

États-là ont les moyens de... de payer pour leurs citoyens, parce que c'est une

volonté de créer une classe moyenne.

Alors, moi, je trouve que c'est une bonne idée

de faire venir, par exemple, des cohortes ici, qu'on pourrait, par exemple, éduquer, soit préposés aux

bénéficiaires, ou en menuiserie, ou, en fait, dans le domaine de la

construction. Ils peuvent faire leurs stages ici pendant une certaine

période de temps. Ça apaise notre pénurie de main-d'oeuvre. Et ensuite, si les

perspectives sont intéressantes pour eux, ils retournent dans leur pays. J'ai

senti beaucoup d'ouverture et d'intérêt en Afrique sur cette question-là.

Alors, nous avons fait des ententes qui... et nous allons de l'avant sur cet

aspect-là.

Mme Setlakwe : Merci. Il faut voir

des résultats aussi.

Mme Biron : ...vous avez raison. Je

suis d'accord.

Mme Setlakwe : Au niveau de... En

réponse, nous, à nos... à nos questions, on a reçu un cahier avec une

ventilation, là, de... C'est la question RP-04, là, État d'avancement et

bilan détaillé faisant état des retombées de la politique internationale. On a remarqué qu'au niveau stratégie Amérique

latine et Antilles, qui inclut Haïti, construction de sociétés durables,

tu sais, on est juste à 4,7 millions, comparativement... Bon, pour

l'Europe, on peut comprendre aussi, là, le 28,5, mais, tu sais, il y a quand même

une disparité, dans les chiffres, importante. Puis là il y a une crise grave en Haïti. Tu sais, on remarque... Le 10,1,

ça, c'était l'Indo-Pacifique, versus 4,4 millions en Afrique et le

4,7 millions que j'ai mentionné

pour la stratégie Amérique latine et Antilles, qui inclut... qui inclut Haïti.

Comment vous justifiez cette... cette ventilation?

Mme Biron : Vous me parlez

d'Haïti, hein, c'est ça, spécifiquement.

Mme Setlakwe :

Bien là, en amont, c'était plus une explication de... des montants qui sont

investis dans ces trois stratégies-là, là, Amérique latine et Antilles, Afrique

et Indo-Pacifique. Pourquoi, dans certains cas, c'est 4 millions puis,

dans l'autre cas, c'est 10 millions? Qu'est-ce... qu'est-ce qui justifie

cette... cette disparité?

Mme Biron : C'est des choix.

Bien, je peux peut-être ventiler ça puis vous... prendre la question en

délibéré. Bien, c'est sûr qu'il y a des

choix. Puis on regarde un peu c'est quoi... En fait, dans les relations

internationales, quand on investit de l'argent, en fait, c'est un...

c'est une... c'est une route à deux chemins. Alors, quand on investit, on veut faire affaire et recevoir, et c'est la même chose

pour les pays qui font affaire avec nous quand... quand... Ils veulent aussi

avoir leur part du gâteau. Alors, c'est un chemin de cette façon-là.

Alors, comment est-ce qu'on détermine? Ce sont

des choix, des choix politiques et des choix aussi pour les intérêts du Québec.

Nous avons des objectifs, nous, qui sont, bien sûr, sociaux, mais nous avons

aussi des priorités, comme : Quelles sont les possibilités économiques?

Ensuite, est-ce qu'il y a des aspects culturels? Est-ce qu'on peut avoir un

certain intérêt pour l'immigration? Alors, nous y allons avec nos priorités, et

c'est comme ça qu'on crée... qu'on décide qu'on investit davantage.

Je vous donne un exemple. En Indo-Pacifique, si

on prend cette région-là, ce qui s'est passé en Chine, qui a fermé ses portes

pendant la pandémie, ça a créé une autoroute pour les pays qui étaient autour,

en Indo-Pacifique. Je pense à la Corée du Sud, je pense à Singapour. On parle

du Vietnam. On n'y est pas, mais on voit qu'on fait de plus en plus affaire

avec le Vietnam. Alors, il y a eu des augmentations des... de nos échanges

économiques avec ces pays-là compte tenu de la géopolitique.

Alors, ça, c'est un travail qu'on doit faire

constamment pour s'assurer qu'on fait affaire avec les bonnes personnes aux

bons endroits et qu'on a à coeur, en fait, le développement du Québec. Alors,

c'est ça, notre priorité. Et c'est comme ça qu'on choisit d'investir plus à un

endroit et moins à un autre. Bon, évidemment, nous avons aussi l'aide

internationale. Ça fait

partie quand même aussi de nos priorités, et on fait

des choix qui sont équivalents.

Mme Setlakwe : Merci. Revenons

sur Haïti. Ça ne sert à rien de refaire... de... un exposé de l'état de la situation. On va s'entendre que... Puis vous l'avez

fait tout à l'heure. Vous avez mentionné que c'était une crise multidimensionnelle

puis qu'elle est complexe. Mais on a... Selon moi, on a tardé, au Québec, à

réagir. Et c'est... Tu sais, moi, dans

l'opposition, j'ai amené la motion. Je suis très heureuse qu'on l'ait adoptée à

l'unanimité. C'était... c'était... Il était le temps qu'on le fasse,

qu'on pose un geste. Haïti souffre énormément. Les Haïtiens souffrent

énormément là-bas et ici.

Vous savez comme moi qu'on a une diaspora très

importante. C'est la deuxième diaspora en importance au Québec après... après

Miami. Et là j'ai reçu votre réponse. Tu sais, je vous ai écrit une lettre.

J'ai même signé une lettre ouverte avec ma collègue députée de Bourassa-Sauvé

pour essayer de voir. Bien, je comprends que c'est le fédéral qui a le gros bout du bâton, mais là, Québec, étant donné tous

les liens qu'on a, étant donné l'importance de la diaspora, étant donné la gravité de la situation

dans laquelle ils se trouvent... Tu sais, on parle de... de prêter assistance

à un peuple en danger. On est là, là.

Alors, j'aimerais vous entendre. Comment se

fait-il qu'on n'ait pas posé des gestes concrets? En fait, précision, parce que

vous m'avez répondu à la lettre, mais, en la lisant, j'ai... mon premier

réflexe, c'est de dire : Bien... bien,

aujourd'hui, est-ce que la réponse est à la hauteur de ce qui se passe? Parce

que c'est des... c'est des chiffres, ou

c'est des programmes, ou des financements qui existent, que vous avez

mentionnés dans votre lettre, depuis 2015-2016. Je comprends qu'il y a

des liens puis qu'il y a une aide au fil des ans.

Tu sais, vous parlez de changements climatiques.

Puis moi-même, je suis sensible à ça. Il y a un problème de déforestation

là-bas. C'est un de leurs enjeux majeurs. Bien là, le feu est pris. Les gangs

occupent, quoi, la moitié... la moitié du... Les enfants ne sortent pas pour

aller à l'école. Les femmes se font violer. Vous avez vu comme moi le rapport

du BINUH, la famine, l'eau potable, le choléra. Je pourrais continuer, là. Je

pense que vous comprenez. On est à la même

place, j'imagine, sur la gravité de la situation. Je me dis : Québec

peut-il en faire plus, Mme la ministre, dans ses champs de compétence

pour aider directement la population qui souffre là-bas?

Mme Biron : On a un point commun,

Mme la députée, ça nous inquiète beaucoup, ce qui se passe en Haïti. Moi aussi,

ça m'inquiète profondément. Puis je cherche toujours une façon d'en faire plus.

Ça me fait un peu... Ça me fait mal de

savoir... C'est l'autre État francophone d'Amérique, hein? Haïti, c'est...

C'est notre ami, Haïti. On connaît tous des gens d'origine haïtienne au

Québec. Moi-même, j'ai beaucoup d'amis d'origine haïtienne. Et ça me... ça me

fait souffrir, ce qui se passe.

J'ai reçu

votre lettre. Puis, vous avez raison, vous m'avez donné quatre propositions.

Puis, bon, là, je regardais ça. Je me disais : Comment est-ce qu'on

pourrait agir? Bon, d'abord, la violence faite aux femmes, c'était votre premier point dans votre lettre, et vous

parliez... Bon, dans toute situation de guerre, le viol et les agressions

sexuelles répétées, c'est une arme de guerre épouvantable. Je pense

qu'il faut dénoncer et essayer de toutes nos forces d'empêcher ça.

Nous, dans la mesure de nos possibilités, nous

avons l'Association québécoise des organismes de coopération internationale,

l'AQOCI, qui est en... qui est en lien constant avec Haïti. Ils font une

différence sur le terrain. Je ne peux pas envoyer des Québécois de l'AQOCI sur

place. C'est trop dangereux. Et je pense qu'il faut s'assurer de la sécurité de

nos citoyens. Par contre, ce que l'AQOCI a fait, c'est embaucher ou mandater

sur place des gens d'Haïti. Le canal est ouvert. Et ce n'est pas parfait, mais

au moins on sait ce qui se passe puis au moins on est

capables de pouvoir relayer l'information soit à nos partenaires au niveau

fédéral soit au niveau de l'ONU, où on a des... on a quand même des contacts

répétés. Alors, ça, c'est le premier aspect, puis je réponds au premier point

de votre lettre.

Deuxième point, c'était sur l'éducation. Vous

disiez : Il y a un climat de terreur, vous avez tellement raison, que

finalement les enfants ne vont pas à l'école. Puis c'est vrai. Vous avez

dit : On les prive d'un droit fondamental. Et vous suggérez que

l'éducation... proposez l'éducation numérique à distance. Il y en a, de

l'éducation qui se fait à distance, mais

l'accès à Internet n'est pas là pour tous. Alors, on est dans une situation où

on peut en faire un bout. Bien, quand je vous lis, je me dis :

Qu'est-ce qu'on pourrait faire de plus? Tu sais, on... on se dit toujours ça,

qu'est-ce qu'on pourrait faire de plus, mais il y a une limite dans... dans ce

que vous proposez, puis je vous le dis honnêtement et à coeur ouvert.

Changements climatiques, vous... là, vous en

avez parlé aussi dans votre... Vous dites : Il y a un grave problème de déforestation, un plan vert

transversal doit être mis en place, et Québec peut aider. Oui, c'est vrai, mais

ce n'est pas simple quand on sait que les gens doivent couper des arbres

pour se chauffer. On est dans une situation extrême

en Haïti. Et je ne veux pas démolir ce que... vos suggestions, mais je les

prends en compte en me disant : Oui, on... Qu'est-ce qu'on peut

faire, tu sais, comme, jusqu'où on peut aller?

Puis je suis troublée par ce qui se passe. Puis,

quand on envoie de l'argent, on veut s'assurer que l'argent se rende au bon

endroit. Puis ça, on a eu des revers là-dessus. On a envoyé de l'argent, puis

ça s'est ramassé dans les mains des gangs de

rue. Alors, ce n'est pas qu'on ne veut pas envoyer de l'argent, mais il faut

trouver des voies de passage.

Puis, quand

je vous disais qu'il y a quatre crises, là, c'est... c'est sérieux, là.

Politique, tu n'as pas de leadership. Alors, tu t'adresses à qui? Ta

police est en débandade parce que, qu'est-ce que tu veux, les groupes de rue...

Puis je pense que le rapport international parlait de deux... deux gangs de

rue, les G9 et les G-Pèp, là, qui... qui sont armés jusqu'aux dents. C'est...

On parle de AK-47... En fait, ces gens-là sont réellement armés et ils sont en

train de démolir la police nationale. Alors,

imaginez les citoyens. C'est... c'est sauve ta peau si tu peux, là. C'est une

situation épouvantable. La situation humanitaire est effrayante, la

sécurité et tout l'aspect sanitaire.

Alors, moi, je suis contente qu'on puisse garder

le contact ouvert, c'est-à-dire qu'on... via nos organisations de solidarité

internationale. Ça, je pense que c'est essentiel. J'essaie de voir aussi, avec

notre diaspora à nous, nos leaders, l'élite haïtienne qui est ici, au Québec,

ou sur la... au Canada, comment est-ce qu'on peut intervenir. Alors, c'est...

Ce n'est pas un problème simple puis ce n'est pas juste moi qui le dis. Puis

moi, mes leviers, je trouve qu'ils sont

petits. Je me tiens au courant avec la ministre des Relations... des Affaires

étrangères pour voir exactement où ils agissent. Bien, le gouvernement

du Canada a quand même fait certains pas, mais, tant qu'il n'y a pas de

leadership politique, c'est difficile.

Mme Setlakwe : Je comprends. On

parlait de la diaspora. Ce que je mettais de l'avant dans... dans ma lettre,

c'est... ça avait été discuté avec des membres de la diaspora, certains

leaders. Je vous entends, là. Ce n'est rien de simple. Est-ce que la voie de

passage, ce serait une intervention... une intervention militaire, une

intervention menée par le fédéral? Est-ce que vous en avez discuté avec la

ministre?

Mme Biron : Je ne le sais pas, c'est

quoi, la solution. Je vais...

Mme Setlakwe : Est-ce que vous avez

rencontré le président Fritz Alphonse Jean, qui était au Québec la semaine

dernière?

Mme Biron : Je pense qu'il est à mon

agenda. Je dois le rencontrer prochainement. J'ai... j'ai bien sûr parlé de la

situation d'Haïti avec Mélanie Joly. J'étais là, à Djerba, quand elle a

rencontré la délégation haïtienne. Je les ai rencontrés, moi aussi.

Comme je vous ai dit un petit peu plus tôt, j'ai

eu une longue conversation sur Haïti avec l'ambassadeur du Canada à l'ONU, et

je pense qu'il en sait un peu plus long que moi là-dessus. Quelle est la

meilleure solution? Je sais qu'il y a eu des

discussions, notamment, entre les États-Unis et le Canada. Le Canada a un...

certainement un rôle à jouer en Haïti, mais, moi, dans mon niveau de

compétence, c'est difficile pour moi de répondre. Je ne le sais pas, qu'est-ce

qui est la meilleure solution pour Haïti, vraiment.

La Présidente (Mme Garceau) : Merci.

Merci, Mme la ministre. C'est tout le temps que nous avons.

Mme Setlakwe : ...gardez-les en tête

de vos... tu sais, de... C'est un dossier prioritaire. Portez la voix. Merci.

La Présidente

(Mme Garceau) : OK. On doit terminer. Merci beaucoup à tous pour

cet échange très intéressant.

Donc, le temps alloué à l'étude du volet

Relations internationales et Francophonie des crédits budgétaires du

portefeuille Relations internationales et Francophonie étant presque écoulé

maintenant, nous allons maintenant procéder à la mise aux voix des crédits. Le

programme 1, intitulé Direction et administration, est-il adopté?

Des voix : Sur

division.

Présidente (Mme Garceau) :

Sur division. Le programme 2, intitulé Affaires internationales, est-il

adopté?

Des voix : Sur division.

La Présidente (Mme Garceau) : Sur

division.

En terminant, je dépose les réponses aux

demandes de renseignements de l'opposition.

Compte tenu de l'heure, la commission suspend

ses travaux jusqu'à 15 heures, où elle entreprendra l'étude du volet

Conseil exécutif des crédits budgétaires du portefeuille Conseil exécutif.

Merci et bonne fin de journée.

(Fin de la séance à 13 heures)

Document details

CollectionQuebec — Committees
CitationCI 2023-04-26
Typecommittee
Volume / chapterfr travaux-parlementaires commissions ci-43-1 journal-debats CI-230426
Languageen
Formathtml
SourcePROVINCIAL
Identifierb9d92ffe378b0aeed1da7cd978de18472dc01684

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