Institutions — 15 May 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CI 2019-05-15
Quebec — Committees
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41e législature, 1re session (20 mai 2014 - 23 août 2018)
40e législature, 1re session (30 octobre 2012 - 5 mars 2014)
39e législature, 2e session (23 février 2011 - 1 août 2012)
39e législature, 1re session (13 janvier 2009 - 22 février 2011)
38e législature, 1re session (8 mai 2007 - 5 novembre 2008)
37e législature, 2e session (14 mars 2006 - 21 février 2007)
37e législature, 1re session (4 juin 2003 - 10 mars 2006)
36e législature, 2e session (22 mars 2001 - 12 mars 2003)
36e législature, 1re session (2 mars 1999 - 9 mars 2001)
35e législature, 2e session (25 mars 1996 - 21 octobre 1998)
35e législature, 1re session (29 novembre 1994 - 13 mars 1996)
34e législature, 3e session (17 mars 1994 - 17 juin 1994)
34e législature, 2e session (19 mars 1992 - 10 mars 1994)
34e législature, 1re session (28 novembre 1989 - 18 mars 1992)
33e législature, 2e session (8 mars 1988 - 9 août 1989)
33e législature, 1re session (16 décembre 1985 - 8 mars 1988)
32e législature, 5e session (16 octobre 1984 - 10 octobre 1985)
32e législature, 4e session (23 mars 1983 - 20 juin 1984)
32e législature, 3e session (9 novembre 1981 - 10 mars 1983)
32e législature, 2e session (30 septembre 1981 - 2 octobre 1981)
32e législature, 1re session (19 mai 1981 - 18 juin 1981)
31e législature, 6e session (5 novembre 1980 - 12 mars 1981)
31e législature, 5e session (24 octobre 1980 - 24 octobre 1980)
31e législature, 4e session (6 mars 1979 - 18 juin 1980)
31e législature, 3e session (21 février 1978 - 20 février 1979)
31e législature, 2e session (8 mars 1977 - 22 décembre 1977)
31e législature, 1re session (14 décembre 1976 - 23 décembre 1976)
30e législature, 4e session (16 mars 1976 - 18 octobre 1976)
30e législature, 3e session (18 mars 1975 - 19 décembre 1975)
30e législature, 2e session (14 mars 1974 - 28 décembre 1974)
30e législature, 1re session (22 novembre 1973 - 22 décembre 1973)
29e législature, 4e session (15 mars 1973 - 25 septembre 1973)
29e législature, 3e session (7 mars 1972 - 14 mars 1973)
29e législature, 2e session (23 février 1971 - 24 décembre 1971)
29e législature, 1re session (9 juin 1970 - 19 décembre 1970)
28e législature, 5e session (24 février 1970 - 12 mars 1970)
28e législature, 4e session (25 février 1969 - 23 décembre 1969)
28e législature, 3e session (20 février 1968 - 18 décembre 1968)
28e législature, 2e session (20 octobre 1967 - 20 octobre 1967)
28e législature, 1re session (1 décembre 1966 - 12 août 1967)
27e législature, 6e session (25 janvier 1966 - 18 avril 1966)
27e législature, 5e session (22 octobre 1965 - 23 octobre 1965)
27e législature, 4e session (21 janvier 1965 - 6 août 1965)
27e législature, 3e session (14 janvier 1964 - 31 juillet 1964)
27e législature, 2e session (21 août 1963 - 23 août 1963)
27e législature, 1re session (15 janvier 1963 - 11 juillet 1963)
26e législature, 2e session (10 novembre 1960 - 10 juin 1961)
26e législature, 1re session (20 septembre 1960 - 22 septembre 1960)
25e législature, 4e session (18 novembre 1959 - 18 mars 1960)
25e législature, 3e session (19 novembre 1958 - 5 mars 1959)
25e législature, 2e session (13 novembre 1957 - 21 février 1958)
25e législature, 1re session (14 novembre 1956 - 21 février 1957)
24e législature, 4e session (16 novembre 1955 - 23 février 1956)
20e législature, 1re session (7 octobre 1936 - 12 novembre 1936)
18e législature, 2e session (10 janvier 1933 - 13 avril 1933)
18e législature, 1re session (3 novembre 1931 - 19 février 1932)
17e législature, 2e session (8 janvier 1929 - 4 avril 1929)
16e législature, 4e session (11 janvier 1927 - 1 avril 1927)
16e législature, 3e session (7 janvier 1926 - 24 mars 1926)
16e législature, 1re session (17 décembre 1923 - 15 mars 1924)
15e législature, 4e session (24 octobre 1922 - 29 décembre 1922)
15e législature, 3e session (10 janvier 1922 - 21 mars 1922)
15e législature, 2e session (11 janvier 1921 - 19 mars 1921)
15e législature, 1re session (10 décembre 1919 - 14 février 1920)
14e législature, 3e session (21 janvier 1919 - 17 mars 1919)
14e législature, 2e session (4 décembre 1917 - 9 février 1918)
14e législature, 1re session (7 novembre 1916 - 22 décembre 1916)
13e législature, 4e session (11 janvier 1916 - 16 mars 1916)
13e législature, 3e session (7 janvier 1915 - 5 mars 1915)
13e législature, 2e session (11 novembre 1913 - 19 février 1914)
13e législature, 1re session (5 novembre 1912 - 21 décembre 1912)
12e législature, 4e session (9 janvier 1912 - 3 avril 1912)
12e législature, 3e session (10 janvier 1911 - 24 mars 1911)
12e législature, 2e session (15 mars 1910 - 4 juin 1910)
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(27 novembre 2018 au 13 octobre 2021)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
mercredi 15 mai 2019
Vol. 45 N° 39
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 21,
Loi sur la laïcité de l’État
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
11 h 30
12 h
12 h 30
13 h
15 h
15 h 30
16 h
16 h 30
17 h
17 h 30
18 h
Intervenants par tranches d'heure
11 h 30
Bachand, André
Jolin-Barrette, Simon
Lachance, Stéphanie
12 h
Bachand, André
Skeete, Christopher
Lecours, Lucie
David, Hélène
Robitaille, Paule
Zanetti, Sol
Bérubé, Pascal
12 h 30
Bachand, André
Jolin-Barrette, Simon
Lévesque, Mathieu
Robitaille, Paule
13 h
Robitaille, Paule
Bachand, André
David, Hélène
Zanetti, Sol
Bérubé, Pascal
15 h
Bachand, André
Jolin-Barrette, Simon
Skeete, Christopher
David, Hélène
15 h 30
David, Hélène
Bachand, André
Zanetti, Sol
Bérubé, Pascal
Jolin-Barrette, Simon
16 h
Bachand, André
Jolin-Barrette, Simon
Lévesque, Mathieu
David, Hélène
Zanetti, Sol
16 h 30
Zanetti, Sol
Bachand, André
Bérubé, Pascal
Jolin-Barrette, Simon
17 h
Jolin-Barrette, Simon
Bachand, André
David, Hélène
Robitaille, Paule
Zanetti, Sol
Bérubé, Pascal
17 h 30
Bachand, André
Jolin-Barrette, Simon
Skeete, Christopher
Zanetti, Sol
David, Hélène
18 h
David, Hélène
Bachand, André
Zanetti, Sol
Journal des débats
11 h 30 (version révisée)
(Onze heures trente-quatre minutes)
Le Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! Bienvenue. Ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouverte. Je vous
souhaite, bien sûr, la bienvenue encore une fois et je vous demande, comme vous
le savez bien, de bien éteindre la sonnerie de vos appareils électroniques.
La commission est réunie afin de
poursuivre les consultations particulières et audiences publiques sur le projet
de loi n° 21,
Loi sur la laïcité de l'État.
Avant de débuter, Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire
: Oui, M.
le Président. M. Lafrenière (Vachon) est remplacé par M. Skette
(Sainte-Rose); M. Lamothe (Ungava) est remplacé par Mme Dansereau
(Verchères); M. Martel (Nicolet-Bécancour) est remplacé par M. Tardif
(Rivière-du-Loup—Témiscouata); Mme Anglade (Saint-Henri—Sainte-Anne) est
remplacée par Mme <David ( Marguerite-Bourgeoys)...
Le Président (M. Bachand) :
...avant de débuter,
Mme la secrétaire,
y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire
: Oui,
M. le Président. M. Lafrenière (Vachon) est remplacé par M. Skeete
Sainte-Rose);
M. Lamothe (Ungava) est remplacé par
Mme Dansereau
(Verchères);
M. Martel (Nicolet-Bécancour) est remplacé par
M. Tardif
(Rivière-du-Loup—Témiscouata);
Mme Anglade (Saint-Henri—Sainte-Anne)
est remplacée par
Mme > David (Marguerite-Bourgeoys); M. Fontecilla
(Laurier-Dorion) est remplacé par M. Zanetti (Jean-Lesage); et M. LeBel
(Rimouski) est remplacé par M. Bérubé (Matane-Matapédia).
Auditions
(suite)
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Ce matin, nous allons entendre le Mouvement
laïque québécois, de même que Les avocats et notaires de l'État québécois.
Cela dit, je souhaite la bienvenue aux représentants
du Mouvement laïque québécois et je vous invite à débuter votre présentation
d'une durée de 10 minutes. À vous la parole. Merci.
Mouvement laïque québécois (MLQ)
Mme Jobin (Lucie) :
Bonjour. M. le ministre, Mmes et MM. les députés, M. le Président, merci de
nous accueillir, nous, les représentants du Mouvement laïque québécois. Vous
avez à mon côté M. Daniel Baril, vice-président du Mouvement laïque, et,
de l'autre côté, Mme Danielle Payette, ex-membre du C.A. du MLQ, mais
aussi la plaignante dans la cause de la prière à Laval, qui a été gagnée au
Tribunal des droits de la personne en 2006, ce qui a permis d'aller plaider la
cause de la prière à Saguenay et de la gagner en Cour suprême en 2015. Alors,
c'est une longue histoire, et Mme Payette en est l'instigatrice. Alors,
cette cause a permis justement qu'on puisse aller jusqu'à la Cour suprême.
Le Mouvement laïque québécois est le seul
organisme de la société civile spécifiquement fondé sur la revendication de
l'État, un objectif démocratique pour lequel il milite depuis près 38 ans. Il
est issu de l'Association québécoise de l'application du droit à l'exemption de
l'enseignement religieux, l'AQADER. Le MLQ a réclamé depuis 1980 la
déconfessionnalisation du système scolaire, et nous avons déposé des mémoires
en ce sens lors de tous les dépôts de projets de loi qui touchaient à la fois
l'éducation et toutes les institutions publiques. Au cours des années, nous
avons obtenu aussi de nombreux avis de la Commission des droits de la personne
et des droits de la jeunesse favorables à nos positions et dans le dossier de
la déconfessionnalisation scolaire et de l'abolition des prières municipales,
comme je vous le citais tout à l'heure.
Le Mouvement laïque représente l'opinion
de tous les citoyens favorables à une vision républicaine de la laïcité, qu'ils
soient croyants ou incroyants. Il représente à travers le Québec plus de 400
membres.
Le Mouvement laïque accueille
favorablement le projet de loi n° 21. Et nous
considérons que, grâce à lui, les libertés fondamentales devront maintenant
s'exercer dans le respect de la laïcité, et en plus ce sera inscrit dans la
charte des droits de la personne. Alors, ça nous fera avancer d'un grand pas,
là laïcité.
Alors, j'invite maintenant M. Daniel
Baril à vous préciser nos attentes et notre appréciation du projet de loi.
M. Baril
(Daniel) : Merci. Alors, M. le Président, M. le ministre, le
mémoire que nous vous présentons est fondé essentiellement, pour la majeure
partie du contenu, sur le jugement de la Cour suprême sur les prières à
Saguenay obtenu par le Mouvement laïque québécois, comme on vient de le dire,
et c'est un jugement historique et unanime. C'est le jugement qui a été le plus
loin dans la définition de ce que doit être la neutralité religieuse de l'État
et qui doit... en fait, qui marque une évolution, même, dans la pensée de la
Cour suprême.
Dans ce jugement, on dit clairement et à
répétition que la neutralité doit être en fait et en apparence. Ce sont deux
mots essentiels, et on est très heureux de les retrouver dans le projet de loi,
à l'article 3, où on dit qu'effectivement la neutralité doit être réelle et
apparente. La neutralité apparente dans ce jugement de la Cour suprême, il est
évident que ça inclut les lieux et les personnes qui y travaillent, ce n'est
pas seulement les institutions comme entités abstraites. On parle d'espace
public neutre à l'intérieur duquel tous doivent avoir les mêmes droits,
bénéficier des mêmes droits, un espace public libre de contraintes, de
pressions et de jugement. Donc, ce sont les lieux et les personnes qui y
travaillent.
Le jugement de la Cour suprême rejette
d'ailleurs la laïcité dite ouverte en disant que la neutralité réelle et
apparente cadre mal avec la notion de neutralité réelle. Alors, la neutralité
bienveillante, c'est de la complaisance, donc un parti-pris à l'égard de la
religion plutôt que de la véritable neutralité.
On est heureux de voir que, dans le projet
de loi, ça s'applique pour l'essentiel au domaine scolaire, ce qui était absent
du projet de loi n° 60, que nous avions également appuyé, le projet de loi
n° 60 qui incluait les fonctionnaires. Ici, on n'a pas les fonctionnaires.
Maintenant, on a les enseignants. Alors, finalement, en bout de ligne, ce qu'on
va vous demander, c'est le projet de loi n° 60 plus 21.
• (11 h 40) •
On pense également que la neutralité
réelle et apparente doit prioritairement, essentiellement, surtout s'appliquer
dans les milieux les plus multiculturellement... ou multireligieux,
multiethniques. Sinon, si ce n'était qu'à Saguenay, là, ça n'aurait pas grande
portée. Donc, <contrairement à ce que...
M. Baril
(Daniel)T : ...On pense
également que la neutralité
réelle et apparente doit prioritairement,
essentiellement, surtout
s'appliquer dans les milieux les plus multiculturellement ou multireligieux,
multiethniques. Sinon, si ce n'était qu'à Saguenay, là, ça n'aurait pas grande
portée. Donc, > contrairement à ce que nous disait... Nous sommes trois Montréalais,
Montréalaises. Contrairement à ce que nous disait notre mairesse, hier, on
pense que la diversité n'est pas que religieuse, et ça n'implique pas la rue,
là, dans le projet de loi, et que c'est dans les milieux les plus diversifiés
religieusement que la neutralité apparente doit être une réalité, sinon on va
avoir un affichage multireligieux et non pas de la réelle neutralité.
Maintenant, des précisions qu'on
demanderait à apporter dans le projet de loi, dans les définitions d'abord. Quand
on parle de séparation de l'État et des religions, on aimerait qu'il soit
précisé, tel que formulé dans le jugement de la Cour suprême, qu'il s'agit dans
ce cas-là de la stricte autonomie de l'État par rapport aux religions, parce
que ça peut être interprété, ça peut être compris comme étant l'indépendance de
la religion par rapport aux lois civiles, ce qui n'est pas le cas. Et c'est un
courant qui est très fort au Canada, aux États-Unis, où on dit que la liberté
de... la séparation de l'Église et de l'État, en fait, ça veut dire que l'État
n'a pas à intervenir dans les affaires des religions. Ce n'est pas le cas. La Cour
suprême parle de stricte autonomie de l'État face aux religions. C'est une
précision qui serait importante à apporter.
Même chose pour le principe de neutralité.
On nous réfère à ce moment-là à la
Loi sur la neutralité religieuse où il est
dit que le personnel des organismes publics doit voir à ne pas favoriser ni
défavoriser aucune conviction religieuse. Mais, dans cette loi, ce devoir de
neutralité n'incombe qu'au personnel, alors que la Cour suprême nous dit que la
neutralité réelle exige que l'État ne favorise ni ne défavorise aucune
religion. Donc, c'est plus <que les simples... > que les seuls
employés, c'est l'ensemble de l'État.
Pour être encore plus précis, on fait
nôtre la recommandation de Mme Fatima Houda-Pepin, qui demandait, en fait,
c'est une formulation qu'on trouve très heureuse, très pertinente, d'ajouter à
la loi que «toute personne a droit à la neutralité religieuse de l'État». En
fait, ce droit, c'est un corollaire du droit à la liberté de conscience du
citoyen face à son État et à ses services publics.
Séparation de l'Église et de l'État, ça
implique qu'au niveau du citoyen, en fait, de l'individu, séparation du croyant
et du citoyen, O.K.? Et même cette distinction est faite dans le jugement de la
Cour suprême. Au paragraphe 74 quand la Cour suprême dit que «la
neutralité est celle des institutions de l'État, [et] non celle des individus»,
eh bien, dans la phrase qui précède, on dit que... bon, le juge précise qu'«un
espace public neutre ne signifie pas l'homogénéisation des acteurs privés qui
s'y trouvent». Ensute, on dit que ça concerne l'État.
Alors, il nous paraît... en fait, c'est
clair qu'il y a une distinction ici entre l'acteur privé, qui est soit le
citoyen qui vient bénéficier de l'État soit la personne qui donne le service,
et le représentant de l'État. Il nous paraît étonnant que même la Commission
des droits de la personne cite de façon tronquée ce paragraphe pour en fausser
le sens. Il y a une distinction à faire entre l'acteur privé et le représentant
de l'État.
Et, même si, enfin, le représentant ou
tout agent de l'État est tenu, évidemment, d'être neutre dans ses gestes, dans
ses décisions, dans son action, l'ensemble du jugement a pour effet de dire que
ceci ne le dispense pas du devoir de respecter la neutralité apparente. De
toute façon, c'est deux choses, mais qui ne sont pas contradictoires et qui se
complètent.
C'est d'ailleurs de neutralité apparente
qu'il est question dans le rapport Bouchard-Taylor, là, qu'on ne sait plus
comment nommer. Quand on parle de proscrire les signes religieux pour les
personnels en autorité coercitive, c'est de neutralité apparente dont il est
question. Mais pourquoi cette neutralité devrait être le lot seulement des
agents en autorité coercitive? Ce principe-là n'est pas du tout présent dans le
jugement de la Cour suprême. C'est qu'on fait à ce moment-là de la laïcité un
principe d'autorité policière. Ça n'a aucun rapport. Ce n'est pas un fondement
de la laïcité, ça, l'autorité coercitive.
Et est-ce qu'on a des preuves probantes
pour les policiers, un policier qui porterait des signes religieux, qu'il
appliquerait la loi différemment? Non. Pourquoi on n'applique pas le même
raisonnement aux autres personnels de l'État, les fonctionnaires qui ont pour
responsabilité d'appliquer la loi, qui représentent, en fait, l'autorité de
l'État? Ce sont les fonctionnaires qui mettent en application l'autorité de
l'État. Et, bon, M. Bouchard change d'argument concernant les enseignants.
Alors, on ne sait pas <sur quoi... > d'où sort cette idée
d'autorité coercitive.
Si on demande que ce soit proscrit pour
les fonctionnaires, ça va encore plus de soi pour les enseignants. Nous, on
voudrait que ça soit l'ensemble du personnel des écoles qui soit assujetti à la
proscription de signe religieux, écoles primaire, secondaire et collégial.
Hier, M. Guy Rocher est venu vous dire que les cégeps sont par définition des
institutions laïques. Donc, appliquez la
Loi sur la laïcité au cégep.
Même chose pour les écoles <privées.
Au nom de la...
M. Baril
(Daniel) : ...pour les enseignants. Nous, on voudrait que ça
soit l'ensemble du personnel des écoles qui soit assujetti à la proscription de
signes religieux, écoles primaires, secondaires et collégiales. Hier, M. Guy
Rocher est venu vous dire que les cégeps sont, par définition, des
institutions
laïques. Donc, appliquez la
Loi sur la laïcité aux cégeps.
Même chose pour les écoles > privées.
Au nom de la mission éducative et au nom du financement public, la loi devrait
également s'appliquer à ce secteur, et le même raisonnement vaut pour les
garderies et centres de la petite enfance.
Sur la clause de droits acquis, on pense
que le principe de laïcité devrait être universellement respecté pour
l'ensemble des employés, peu importe la date d'entrée en fonction du personnel
ou de la personne en question.
Sur le recours aux clauses dérogatoires,
bon, nous ne sommes pas des juristes, là, mais on peut vous dire que le
Mouvement laïque s'est battu pendant 25 ans contre l'application des clauses
dérogatoires dans les lois de l'éducation pour protéger la confessionnalité.
Et, dans ce cas, c'était pour brimer les libertés de conscience et l'égalité
des religions des usagers de l'école publique. Donc, on brimait clairement des
droits pour protéger des privilèges accordés à deux religions.
Ici, la clause dérogatoire, en fait, elle
vise à assurer les mêmes services à tout le monde. Elle vise à assurer une
apparence de neutralité à la fois dans les faits et dans l'apparence, à
l'institution publique de... bien, dans ce cas-ci, malheureusement réduite à
l'école, mais c'est une condition nécessaire à l'exercice de l'égalité des
droits, la reconnaissance de l'égalité des religions. Et, bon...
Le Président (M. Bachand) :
Malheureusement, M. Baril, je vais devoir vous interrompre pour la période
d'échange.
M. Baril
(Daniel) :
...le temps est épuisé,
j'y reviendrai aux questions. Je vous remercie de votre attention.
Le Président (M. Bachand) :
Vous allez pouvoir vous reprendre. Il y a une belle période d'échange qui s'en
vient. Alors, M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Mme Jobin, Mme Payette et M. Baril, bonjour et bienvenue à
l'Assemblée nationale. Merci pour votre présence dans le cadre de nos travaux
sur l'étude du projet de loi n° 21.
D'entrée de jeu, je voudrais qu'on
revienne sur la question des prières des conseils municipaux. La Cour suprême,
dans Mouvement laïque québécois, disait, bon, c'est interdit de faire une
prière. Je voudrais savoir : Si on fait le comparatif avec les
enseignements de la Cour suprême dans ce dossier-là, sur le fait que,
supposons, un enseignant porte un signe religieux ou une personne en situation
d'autorité, là, un juge, un policier, un agent correctionnel, est-ce que vous
faites une comparaison entre le fait de... pour respecter la liberté de
conscience des individus, de ne pas faire de prière dans un conseil municipal
et le fait pour un agent de l'État de ne pas porter de signes religieux? Est-ce
que, pour vous, l'apparence, c'est aussi important que le fait de faire un
geste positif par l'expression?
M. Baril
(Daniel) : En fait, on peut établir des distinctions. Il y a
des nuances à faire, effectivement. La prière est un geste plus prosélyte, là,
que le simple fait d'afficher sa croyance religieuse. Par contre, on peut
penser... le vêtement, là, je ne suis pas le premier à venir vous le dire,
c'est un langage, tu sais. Alors, on affiche sur des vêtements nos convictions,
nos appartenances religieuses. Ce n'est pas plus acceptable que... C'est sûr
que faire prier les gens, c'est vraiment une activité d'engagement, là, qu'on
impose au public. Ce n'est pas le cas pour un fonctionnaire ou un enseignant
qui ne ferait que porter un signe religieux, mais ça n'a pas plus sa place, là.
Il y a des distinctions à faire, mais l'apparence est brimée, est remise dans
ce cas-là, là, dans les deux cas, de la même façon.
M. Jolin-Barrette :
Donc, pour vous, le fait de porter un signe religieux, ça porte atteinte à
l'apparence de neutralité de l'État.
M. Baril
(Daniel) : Tout à fait.
M. Jolin-Barrette : O.K.
Et donc à la liberté de conscience des gens qui bénéficient du service public
par le fonctionnaire qui porte le signe religieux.
M. Baril
(Daniel) : D'une certaine façon, oui. En fait, quand on va
chercher un service public, on n'a pas à se faire dire par la personne qui est
là quelles sont ses convictions religieuses. On ne va pas là pour ça. Ça n'a
aucun sens. C'est-à-dire, ça n'a aucun rapport avec l'emploi qu'il occupe. Et
en plus, <si on veut... > si les institutions publiques sont, par définition,
laïques, et là la loi va le dire clairement, il y a une contradiction. Je viens
chercher un service dans une institution qui est dite laïque et je me fais
servir par un employé religieux. Je ne lui ai pas demandé, moi, ses
convictions.
Et puis, si on le permet à certains
groupes religieux, il faut s'attendre à ce que d'autres vont revendiquer, là.
Et puis les t-shirts «athée» peuvent apparaître ou les t-shirts avec «Jésus est
mon sauveur». C'est exactement la même chose. Et ce n'est pas parce que
présentement <il y a... > certaines religions font preuve d'une
retenue... Les athées ne demandent pas ça, en passant. Personne ne demande
d'afficher, dans les écoles, ses convictions chez les athées, là. On respecte
tous une certaine gêne, O.K.? On demande la même petite gêne de la part de
l'ensemble des croyants.
• (11 h 50) •
M. Jolin-Barrette : O.K.
Vous savez, on a recours aux dispositions de dérogation dans le cadre du projet
de loi, notamment parce que le gouvernement considère que c'est aux élus de <l'Assemblée
nationale de déterminer de quelle façon vont s'organiser...
M. Baril
(Daniel) : ...une certaine gêne,
O.K. On demande la même
petite gêne de la part de l'ensemble des croyants.
M. Jolin-Barrette :
O.K. Vous savez, on a recours aux
dispositions de dérogation dans
le cadre du
projet de loi,
notamment
parce que le
gouvernement
considère que c'est aux élus de > l'Assemblée nationale de déterminer de
quelle façon vont s'organiser les rapports dans notre société entre l'État et
les religions. Je sais que vous l'avez abordé durant votre allocution, mais je
voudrais préciser. Donc, vous êtes en faveur que le législateur ait recours aux
dispositions de dérogation dans le cadre du projet de loi n° 21?
M. Baril
(Daniel) : C'est-à-dire qu'on ne s'y
oppose pas. Il y a des arguments pour, et puis on laisse aux juristes le soin
de déterminer. Il y a plusieurs niveaux ou plusieurs justificatifs, mais on
pense que l'argument de ceux qui s'opposent au nom de brimer les libertés fondamentales,
on pense que ça ne tient pas la route, là. Il n'y a pas de droit fondamental à
exprimer ses croyances religieuses en tout temps et en tout lieu. Le droit à la
liberté de religion, c'est le droit d'adhérer à une religion, d'en pratiquer le
culte et de transmettre sa religion. Ce n'est pas le droit de la démontrer, de
l'afficher de façon démonstrative en tout temps et en tout lieu. Ça n'existe
pas, là, ce droit.
Même dans la convention universelle des
droits de l'homme, là, ça ne va pas jusqu'à dire que... même si on parle du
droit d'en faire la démonstration publique, ça ne veut pas dire dans les institutions
publiques, hein, on s'entend. Ça veut dire : Vous avez le droit de faire
des processions sur la rue, peut-être même des prêches dans les parcs, mais ce
n'est pas le droit d'afficher n'importe où, et surtout dans les institutions
publiques, sa religion. Et, si on accepte ce qui n'est même pas obligatoire par
la religion, imaginez comment on va refuser ensuite ce qui est plus prescrit
par la religion, c'est-à-dire la pratique du rituel? Alors, on va revenir aux
prières dans les écoles.
M. Jolin-Barrette : O.K.
La disposition de dérogation a déjà été utilisée par des gouvernements
précédents, notamment par M. Ryan, dans le cadre de certaines religions,
pour protéger. Qu'est-ce que vous pensez de la... bien, en fait, si on compare,
là, l'utilisation qu'on fait de la disposition de dérogation par rapport à ce
qui a été fait dans le passé, notamment avec l'exemple de M. Ryan?
M. Baril
(Daniel) : Bien, comme je le mentionnais,
dans ce cas de la confessionnalité scolaire, c'était clairement pour protéger
des privilèges discriminatoires de deux religions. C'était pour brimer...
c'était pour empêcher l'application de l'égalité des religions. Alors, toutes
les religions n'avaient pas droit aux mêmes services, à la même qualité
d'enseignement. Nous, on a connu... Moi, j'ai été enseignant, même, <pour...
> dans la période, là, de l'exemption de l'enseignement religieux. Donc,
il y avait des élèves retirés de la classe parce qu'ils n'étaient pas
catholiques ou pas pour... bien, j'étais dans le secteur catholique. Parce
qu'ils n'étaient pas catholiques, donc, on les retirait. Et on était au tout
début du service, là, d'enseignement moral. Et c'était vraiment discriminatoire
pour les élèves. C'est à ça que servait la clause dérogatoire. C'était pour
empêcher l'exercice en pleine égalité des droits à l'école de la part des
élèves au nom de privilèges confessionnels. Là, il y avait vraiment une attaque
à la liberté de religion et à la liberté de conscience.
M. Jolin-Barrette : O.K.
Pouvez-vous me donner votre opinion sur le fait que, dans le projet de loi
n° 21, le gouvernement vient inscrire clairement que c'est la laïcité de
l'État qui va s'appliquer, et non pas uniquement la neutralité religieuse de
l'État?
M. Baril
(Daniel) : Excusez-moi, là, j'ai été distrait.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Dans le fond, ce que je vous disais, c'est : Pouvez-vous nous expliquer
comment vous envisagez ça, le fait que le gouvernement, dans le cadre du projet
de loi n° 21, vient inscrire la laïcité de l'État avec quatre principes
plutôt qu'uniquement la neutralité religieuse de l'État et l'impact du fait
qu'on vienne inscrire la laïcité de l'État dans la Charte des droits et
libertés de la personne?
M. Baril
(Daniel) : C'est toujours ce que nous avions demandé. On
demandait depuis 38 ans, là, une déclaration du principe de la laïcité dans une
loi. Après ça, plus tard, je pense que c'était pendant le débat sur le projet
de loi n° 60, on a dit :Bon, c'est dans la Charte des droits et
libertés que ça devrait aller. C'est ce qui est fait maintenant. On en est très
satisfaits.
Maintenant, le principe de neutralité,
c'est insuffisant. On l'a dit au projet de loi n° 62 sur... la
Loi sur la
neutralité religieuse de l'État, qui était en fait une coquille vide, sinon que
de proscrire le visage voilé pour les services publics. On était d'accord avec
cet élément-là, mais la neutralité n'était pas définie. Et la simple neutralité
peut être comprise, comme on le fait en Ontario, par exemple, comme étant une
disposition qui permet à tout le monde, là, d'exposer sa religion. Par exemple,
au Parlement de l'Ontario, on va réciter <de façon... > par
alternance, là, pas tous les jours, mais une après l'autre, 10 ou 12 prières.
Ils pensent respecter la neutralité de cette façon-là, alors que la neutralité
dans le concept de laïcité, ça commande d'exclure la religion de <l'espace
civique. Sinon, ce qu'on a en Ontario...
M. Baril
(Daniel) : …on va réciter de façon… par alternance, là, pas à
tous les jours, mais une après l'autre, dix ou 12 prières. Ils pensent
respecter la neutralité de cette façon-là, alors que la neutralité, dans le
concept de
laïcité, ça commande d'exclure la religion de > l'espace
civique. Sinon, ce qu'on a en Ontario, c'est de la multiconfessionnalité. C'est
un préjugé favorable, comme nous dit la Cour suprême, qui ne cadre pas avec la
neutralité réelle et apparente.
La laïcité, c'est la stricte séparation
des religions et de l'État comprise dans le sens de la stricte autonomie de
l'État de sur les religions. Là, ici, on a quelque chose d'assez complet, mais,
comme je vous mentionnais, on aimerait certaines précisions qui le rendraient
encore plus clair, c'est-à-dire <que… > la stricte autonomie, comme
je viens de le dire, comme le stipule la Cour suprême, et éventuellement, même,
comme le disait Mme Fatima Pepin, inscrire le droit à la neutralité
religieuse.
M. Jolin-Barrette : O.K.
Donc, inscrire un droit positif dans le cadre de la loi.
Il y a plusieurs personnes qui sont venues
nous dire que l'État québécois et l'État canadien étaient déjà laïques. Moi, je
n'ai recensé nulle part, dans les textes de loi canadiens ou québécois, une
référence à la laïcité. C'est la première fois qu'on l'inscrit dans nos lois,
le recours à la laïcité. La ville de Montréal prétend que l'État québécois, il
est déjà laïque et que la ville de Montréal est déjà laïque.
Je voudrais vous entendre là-dessus, sur
les propos de la ville de Montréal, et sur la nécessité de l'inscrire dans le projet
de loi n° 21.
M. Baril (Daniel) :
Moi, je sursaute chaque fois que j'entends ça, là. En fait, oui, il y a une
certaine laïcité de fait parce qu'il n'y a pas de religion d'État au Canada ni
au Québec, parce qu'il y a eu de la jurisprudence qui dit, que, bon… parce
qu'il y a une charte qui dit qu'on a droit à la liberté de conscience, que les
religions sont égales. Mais <ça donne, l'application… > ça
donne des applications dans toutes les directions, là. On l'a vu avec les
jugements qui se sont rendus en Cour suprême, mis à
part celui sur Saguenay. Le
kirpan à l'école, par exemple, le port de signes religieux dans la GRC, même si
ça ne s'est pas rendu en Cour suprême, contrairement à ce que plusieurs
soutiennent, là, mais c'est quand même accepté dans un État supposément laïque.
Non, ce n'est dit nulle part. La
Constitution canadienne est fondée sur la reconnaissance de la suprématie de
Dieu. Bon, notre jugement qu'on a obtenu dit : Bon, bien, c'est un
préambule qui ne peut pas venir nier les droits qui sont dans la charte. D'accord,
mais il y a une claire contradiction.
Ce que Mme Valérie Plante dit, il y a
déjà une… la laïcité est déjà là, mais elle s'oppose à ce qu'on la rende
formelle. Je ne comprends pas la logique. On ne comprend pas la logique de ça,
là. Si elle est déjà là, bon, bien, rendons-la plus formelle. Ce qui est clair
va être encore plus clair et ça va éviter des dérives du type
multiconfessionnalité, parce que c'est vers ça que son opinion va, là. C'est
l'affichage multiconfessionnel dans les institutions publiques plutôt que
l'affichage de neutralité religieuse. Alors, non, il n'y a pas de
loi sur la
neutralité, sinon, on…
M. Jolin-Barrette : O.K.
Je vous remercie. Je sais que j'ai des collègues qui veulent poser des
questions.
Le Président (M. Bachand) :
Merci. Mme la députée de Bellechasse, s'il vous plaît.
Mme Lachance : Merci, M.
le Président. Merci, mesdames, merci, monsieur, merci d'être là aujourd'hui
pour participer à ce débat. J'ai pris connaissance de votre mémoire et je vous
écoutais tout à l'heure, et, si j'ai bien compris, vous trouvez que nous
n'allons pas assez loin en ce qui a trait au cadre de l'éducation. D'ailleurs,
ou plutôt aussi, lorsque je lis, en page 5 de votre mémoire, et je vous
cite : «Il nous a toujours paru nécessaire que le principe de la laïcité
s'applique prioritairement au domaine scolaire et nous accueillons plus que favorablement
les dispositions du projet de loi qui concernent les écoles primaires et
secondaires.»
Donc, j'aimerais que vous m'expliquiez pourquoi,
selon vous, la laïcité doit commencer dans l'école.
• (12 heures) •
Mme Payette (Danielle) :
Je suis enseignante. Pourquoi la laïcité doit être appliquée d'abord et avant
tout dans les écoles? Parce que l'enfance se passe à l'école, parce que la
structure du cerveau se passe à l'école, parce qu'on veut que nos élèves soient
élevés et éduqués dans un milieu laïque libre de toute influence religieuse puis
parce qu'aussi, ce que je trouve, ce que le Mouvement laïque aussi… on en a
discuté, bien entendu, c'est qu'en ce moment, étant donné qu'il n'y a pas de
balises, il n'y a pas de loi, c'est comme si le gouvernement et les écoles
cautionnent la <discrimination faite envers les femmes…
Haut de la page
12 h (version révisée)
< Mme Payette (Danielle) :
...le
Mouvement laïque aussi, on en a discuté, bien entendu, c'est qu'en
ce moment, étant donné qu'il n'y a pas de balise, il n'y a pas de loi, c'est
comme si le gouvernement et les écoles cautionnent la > discrimination
faite envers les femmes, parce que, oui, ce sont les femmes qui sont visées,
Mme David en a souvent parlé, mais les religions discriminent les femmes.
C'est pour ça que le projet de loi vise principalement les femmes. Et des
enseignantes, oui, il y a des enseignantes voilées qui vont être touchées par
ce projet de loi.
Donc, je ne comprends pas qu'un
gouvernement puisse cautionner une discrimination envers les femmes. C'est
comme si on disait : Ah! oui, on sait que ça existe, mais on ferme les
yeux. Ce n'est pas grave, ça ne nous regarde pas. Oui, ça nous regarde, ça
regarde l'éducation de nos enfants. Je pense que c'est primordial que la
laïcité soit vécue dans nos écoles, dans les institutions scolaires primaires,
secondaires, collégiales, la petite enfance aussi. Je ne sais pas si...
Le Président
(M. Bachand) : M. le député de Sainte-Rose, s'il vous
plaît.
M. Skeete : Merci, M. le
Président. Je trouve ça intéressant, le point que vous venez juste de faire. Ce
matin, j'ai eu la chance de lire la sortie de Mme Houda-Pépin dans son article,
et je voudrais... je ne sais pas si vous avez eu la chance de le voir, mais
elle fait le lien direct entre le mouvement féministe et les religions. Et elle
termine pour dire : Bref, je ne connais pas une religion féministe.
Mme Payette (Danielle) :
Bien non, il n'y a pas de religion féministe, c'est impossible, c'est une
antithèse <, c'est..> . Même si les femmes — bon, je vais
parler encore des musulmanes parce que j'en ai discuté
beaucoup — souvent se disent féministes, c'est impossible. C'est
impossible parce que tu ne peux pas être féministe <puis être... > avoir
une idéologie qui ne te met pas au même niveau qu'un homme. Ça ne se peut pas.
Dans mon livre à moi, c'est incohérent. Puis, de toute façon, toutes les
religions sont sexistes ou discriminatoires envers les femmes.
M. Skeete : Donc, on ne
vise pas seulement une religion, selon vous.
Mme Payette (Danielle) :
Bien non, toutes les religions.
M. Skeete : C'est toutes
les religions.
Mme Payette (Danielle) :
Toutes les religions. Là, comme je vous dis, moi, j'ai parlé du voile parce que
c'est ce qui est vu souvent à l'école, quoiqu'il y a un enseignant aussi qui
porte une kippa. Par contre, ce qu'il faut voir aussi avec le projet de loi...
puis on n'a pas à sauter aux barricades, parce que les gens qui sont déjà en
fonction vont garder leurs postes.
Le Président
(M. Bachand) : Mme la députée de Les Plaines, s'il vous
plaît.
Mme Lecours (Les Plaines) :
Merci. Combien me reste-t-il de temps?
Le Président
(M. Bachand) : 1 min 30 s.
Mme Lecours (Les Plaines) :
1 min 30 s. Rapidement. Merci beaucoup, dans un premier temps,
d'être ici aujourd'hui, de vous exprimer. Je veux juste... Il y a une phrase
que vous avez dite à quelques reprises dans votre présentation : La
laïcité doit être en faits et en apparence, j'ai bien compris ça, parce
qu'effectivement c'est, je pense, une
partie du nerf de ce projet de loi là.
Je vais vous amener juste un petit peu
ailleurs parce que vous en parlez peu. Au début, vous avez dit que l'essentiel
est dans le milieu scolaire, mais j'aimerais vous entendre également sur la
nécessité pour les représentants de la loi, donc les policiers, les policières,
de ne porter aucun signe religieux.
M. Baril
(Daniel) : Bon, pour nous, ça va de soi, là, ça va de soi pour
tout employé de l'État. Et eux, en plus, ils ont un costume. Et en plus dans...
Allez voir le Code de déontologie des policiers du Québec, c'est dans la Loi
sur la police au Québec, ils ont un devoir, déjà, de réserve sur tout ce qui
concerne la religion. Déjà là, on pourrait se servir du code de déontologie
pour empêcher le port de signes religieux chez les policiers.
D'une part, oui... Mais c'est que,
l'autorité coercitive, pour nous, ce n'est pas un argument de laïcité, ça,
O.K.? C'est un représentant de l'État, c'est un... il applique la loi, mais
l'autre fonctionnaire, il applique la loi, également, même si le fonctionnaire
n'a pas le pouvoir de nous emprisonner, vous voyez? Il applique l'autorité de
l'État, point final. Et, si l'État se dit neutre et laïque... bon.
Le Président
(M. Bachand) : En terminant, parce que je dois passer la
parole à d'autres députés.
M. Baril
(Daniel) : Bon, donc, oui, je pense que...
Le Président (M. Bachand) :
O.K., merci beaucoup. Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys, s'il vous plaît,
merci.
Mme David : Oui, bonjour
à vous trois, qui me font me rappeler toutes sortes de périodes de ma vie,
M. Baril, Mme Jobin et Mme Payette.
Écoutez, votre mémoire, même si vous savez
que je ne loge pas exactement au même endroit que vous sur plusieurs aspects du
mémoire, je dois au moins reconnaître votre immense engagement dans cette
question de la laïcité. Je n'ose pas vous demander si vous êtes là depuis les
débuts, 38 ans, mais vous êtes... La réponse, ça a l'air d'être oui.
Mme Jobin, M. Baril, en tout cas, je pense, ça fait un <joyeux
bout de temps...
Mme David : ...pour
plusieurs
aspects du mémoire, je dois, au moins, reconnaître votre immense
engagement
dans cette
question de la
laïcité. Je n'ose pas vous demander si
vous êtes là depuis les débuts, 38 ans, mais vous êtes... la réponse, ça a
l'air d'être oui, Mme Jobin, M. Baril? E
n tout cas,
pense, ça fait un > joyeux bout de temps qu'on se connaît < et que..> .
Ce sont donc de profondes convictions qui vous animent, et vous n'avez
jamais... peut-être, madame, ça ne fait pas 38 ans que vous êtes dans ça, mais...
Ce n'est pas si loin que ça? Mais coudon!
Alors, c'est peut-être ma première question,
parce que ça vous anime depuis vraiment très, très, très longtemps, cette
question de laïcité, de laïcité qui a commencé par les écoles confessionnelles
et non confessionnelles, et puis qui se poursuit, et qui se modernise,
j'imagine, dans votre réflexion. Alors, qu'est-ce qui, quand vous vous levez le
matin puis vous demeurez convaincus au point de vous réunir, d'écrire des
mémoires, qu'est-ce qui vous anime le plus ou qui vous dérange le plus dans
cette question de la laïcité ou non-laïcité?
Mme Payette (Danielle) :
Liberté de conscience.
Mme Jobin (Lucie) : Moi
aussi, c'est le droit à la liberté de conscience. Puis, comme Daniel Baril,
j'ai été aussi enseignante pendant de nombreuses années. Et, au début, c'était
un petit peu compliqué, le droit à l'exemption, c'est arrivé par après, par la
suite, pour les enseignants. Pour les enfants, bien, ça a été la bataille de
l'AQADER, l'association québécoise, qui a permis que les enfants soient
exemptés de l'enseignement religieux, sinon, avant, ils étaient dans le
corridor. Moi, j'ai vécu, les enfants dans le corridor. Alors, déjà, je
trouvais ça difficile. Pour les enseignants, avoir quelqu'un qui fait ton enseignement
religieux à ta place, ça aussi, on subit de la discrimination, et tout ça.
Alors, tu sais, ça a été ce que j'ai vécu dès le début de ma carrière
d'enseignante.
Par la suite, bien, on a pu s'organiser,
c'est sûr, mais il faut toujours faire des... Il aurait fallu faire des
compromis, ce qu'on a fait des fois, mais à notre grand dam. Par la suite, avec
le MLQ, quand on a pris le taureau par les cornes avec l'amendement à la Loi
constitutionnelle pour l'article...
M. Baril
(Daniel) : 93.
Mme Jobin (Lucie) :
...93, alors, on a fait
partie de la coalition de la déconfessionnalisation, ça
a été une longue bataille aussi. Là, on l'a obtenue avec Mme Marois en
1998, ils ont amendé, finalement, l'Acte de l'Amérique du Nord britannique,
c'est devenu linguistique. Mais là la bataille n'était pas finie. Ensuite, le
cours ECR. Alors, c'est ça, il y a toujours quelque chose qui nous tient en
haleine.
Mme David : Alors, j'ai
l'impression que ça va durer aussi longtemps que vous allez pouvoir durer.
À la page 8, vraiment, vous avez des
perles sémantiques que je trouve tellement intéressantes que je ne peux pas
m'empêcher de les souligner. Ce n'est pas pour vous critiquer, c'est pour vous
entendre. Peut-être que j'ai trop travaillé, dans ma vie, avec les mots qui
doivent avoir du sens. Et peut-être ce n'est pas voulu, mais peut-être que
c'est voulu. Je ne peux vraiment pas m'empêcher de vous poser la question.
À trois reprises, paragraphe... le 2.3.,
là,«laïcité en fait et en apparence», premier paragraphe, deuxième paragraphe,
vous dites trois fois l'expression «religieusement neutre», «religieusement
impartial», «religieusement neutre» encore dans le troisième paragraphe. C'est
quand même extraordinaire, pour un mouvement laïque, de référer aussi souvent
au mot «religieusement». Donc, expliquez-moi <quel est... > pourquoi
cet adjectif devient emblématique de la neutralité pour vous?
M. Baril
(Daniel) : Bien, parce qu'on parle de neutralité religieuse, on
ne parle pas neutralité politique ou de neutralité sexuelle, là, si on pouvait
employer un terme du genre.
Mme David : Oui, mais on
parle justement de neutralité religieuse, mais vous ne le dites pas «neutralité
religieuse», vous dites «religieusement neutre».
M. Baril
(Daniel) : Écoutez, je suis prêt à
réviser, là, la rédaction, mais on parle de neutralité religieuse.
Mme David : Non, non,
mais, écoutez, les mots ont un sens. Alors, je trouve que ça met en condensé
hyperconcentré l'ensemble de nos débats ici : On est Dieu et mon Droit,
religieusement neutre, religieusement impartial. Alors, ça nous dit... et
le prochain sujet, ça nous dit un peu les déchirements du Québec aussi par
rapport à toute cette question-là. On a des pour, on a des contre. Et même
dans... puis je ne dis pas ça pour vous piéger, c'est... peut-être vous y avez
pensé, à cette expression-là, puis vous dites : Ça s'applique exactement.
Moi, je m'en fais mon interprétation, elle n'est peut-être absolument pas celle
que vous avez, mais je tenais à le souligner.
• (12 h 10) •
Mais on voit le même déchirement pour...
et là je n'irai pas dans des choses juridiques, je ne suis pas juriste, moi
aussi, vous le savez. Mais, quand même, vous prenez le Mouvement laïque
québécois contre Saguenay. C'est cité dans de nombreux mémoires qu'on a reçus,
puis vous avez raison, la Commission des droits de la personne et des droits de
la jeunesse l'utilise aussi abondamment. Et vous avez une interprétation pour
parler <de la neutralité... > de la laïcité en apparence, la
neutralité apparente, mais la Commission des droits de la personne l'utilise
dans un tout autre sens en disant <justement que...
Mme David :
...vous avez raison, la
Commission des droits de la personne et des
droits de la jeunesse l'utilise aussi, abondamment. Et vous avez une
interprétation pour parler de la
neutralité... de la
laïcité en
apparence, la
neutralité apparente, mais la
Commission des droits
de la personne l'utilise dans un tout autre sens, en disant > justement
que «l'espace public neutre ne signifie pas l'homogénéisation des acteurs
privés qui s'y trouvent. La neutralité est celle des institutions et de l'État,
non celle des individus.» Et vous dites : Attention, il n'y a pas que ça
là-dedans. Donc, encore dans ce jugement, on retrouve le déchirement des
valeurs qui nous animent les uns et les autres.
M. Baril (Daniel) : Le Commission des
droits de la personne, dans son mémoire, cite 11 fois le jugement MLQ
contre Saguenay, mais jamais sur la question de neutralité apparente <,
non, mais..> . Et ce que j'ai dit tout à l'heure, ici, on a le paragraphe
complet d'où la commission tire sa phrase «la neutralité et celle des institutions
[...] de l'État, [et] non celle des individus». Pris tout seul comme ça, là,
c'est un sophisme, ça, là, dire que la laïcité, c'est les institutions, ce
n'est pas l'individu. Oui, les institutions n'existent pas sans les individus
qui sont là, qui représentent l'État, qui y travaillent, plusieurs sont venus
vous le dire, là, bon. Alors, l'individu qui est là doit faire preuve de
neutralité dans ses gestes, dans ses décisions, dans ses actes, c'est la
neutralité réelle, mais ça ne le dispense pas de la neutralité apparente.
Mme David :
Mais c'est le grand débat sur...
M. Baril (Daniel) : Mais, regardez, le
paragraphe complet, Mme David...
Mme David :
Oui, oui, oui, je le sais, je l'ai, le paragraphe complet, je suis d'accord.
M. Baril (Daniel) : Donc, l'individu
dont il est question, c'est l'individu privé. La Cour suprême fait la
distinction, comme on dit, là, dans les paragraphes qui précèdent, entre le
citoyen et le croyant.
David : Mais vous êtes d'accord qu'il y a quand même beaucoup de gens
qui ont la prétention — je commence à parler comme un avocat — <qui
ont la prétention > de dire que la laïcité de l'État n'est pas la même
chose que la laïcité de l'individu et que, donc...
M. Baril (Daniel) : On ne parle pas de
la laïcité de l'individu, là, on parle de la laïcité de l'État.
Mme David :
Oui, c'est ça, exactement.
M. Baril (Daniel) : L'individu, dans son
geste, doit faire preuve... doit traiter sans distinction, sans discrimination,
tous les usagers.
Mme David :
Et que la neutralité de l'individu serait différente de la neutralité de
l'État. Mais vous opposez une approche différente en disant que l'individu,
étant un employé de l'État, donc, ça s'applique automatiquement à lui. Et,
là-dessus, ma prochaine question. Vous allez quand même assez loin parce qu'à
un moment donné j'ai dit... Bon, vraiment, vous le dites très clairement. D'ailleurs,
j'apprécie le côté assez, même, transparent et candide de votre mémoire parce
que vous dites les choses assez clairement. Finalement, tout le monde devrait
s'abstenir de porter un signe religieux dès que tu es employé de l'État. Et
vous allez même jusqu'au collège et à l'université.
Alors
là, ça, c'est la première fois qu'un mémoire parle de collèges et universités
précisément. Puis vous savez quand même, alors vous avez une petite réserve, que
les universités, vous ne pouvez pas l'imposer vraiment, mais vous dites :
Mon Dieu que ça serait bien! Pourquoi ça serait bien, à la limite, que tout ça,
tous ces gens-là soient soumis?
M. Baril (Daniel) : Au nom du principe
de neutralité de l'État, madame, neutralité réelle et apparente. Et les cégeps
sont des institutions laïques. Pourquoi ils ne sont pas dans la loi? Les
universités, bon, on a dit qu'il serait souhaitable que les universités
laïques... elles sont toutes laïques, là, présentement, même Laval et
l'Université de Montréal, là, les facultés de théologie n'ont plus de chartes
confessionnelles. Alors, on est dans des institutions laïques par définition.
l'Université de Montréal, un recteur a retiré le crucifix dans le hall
d'honneur. Ça n'a pas fait de vagues. Personne, même... Il n'y a pas eu de
consultations, même pas à l'assemblée universitaire, parce qu'on considérait
que c'était une institution laïque. Alors, si on le retire des murs, est-ce
qu'on permet après ça au personnel de revêtir des tenues religieuses? Il y a
quelque chose qui ne va pas, là, il y a une contradiction. Bon, on sait que la loi
ne pourrait probablement pas s'appliquer aux universités, mais on pense que les
universités devraient volontairement appliquer... s'inscrire dans cette
approche parce que ce sont des institutions laïques.
Le Président (M. Bachand) : Mme la députée
de Bourassa-Sauvé, s'il vous plaît.
Mme Robitaille :
Oui. On a une jeune femme qui excelle en droit, elle est très bonne, elle a
fait son Barreau, elle a terminé, elle a eu les meilleurs scores et veut
devenir procureur de la couronne, mais elle porte un voile. Pourquoi cette
jeune femme-là, qui est brillante et qui connaît le droit criminel d'une façon
magnifique, pourquoi cette femme-là ne pourrait pas devenir procureur de la
couronne? Chicanez-vous pas, là.
M. Baril (Daniel) : Bien là, vous
avancez un cas hypothétique, là, mais pourquoi...
Mme Robitaille :
Non, mais ce n'est pas hypothétique, c'est...
M. Baril (Daniel) : Elle aura le choix,
madame, elle aura le choix. Tous les porteurs ou les porteuses de signes
ostentatoires nous disent qu'elles le portent par choix. Bon, bien, si c'est un
choix, vous avez le choix de l'enlever, vous avez le choix entre votre
profession ou d'afficher votre religion.
Mme Robitaille :
Mais, pour elle, c'est...
M. Baril (Daniel) : Pourquoi elle
n'aurait pas le droit? Elle a le droit d'être procureur de la couronne, mais on
lui demande de ne pas afficher ses <convictions religieuses...
M. Baril
(Daniel)T : ...tous les porteurs ou les porteuses de signes
ostentatoires nous disent qu'elles le portent par choix. Bon, bien, si c'est un
choix, vous avez le choix de l'enlever ou vous avez le choix entre votre
profession
ou d'afficher votre religion.
Mme Robitaille : Mais,
pour elle, c'est...
M. Baril
(Daniel)T : Pourquoi elle n'aurait pas le droit? Elle a le
droit d'être procureure de la couronne, mais on lui demande de ne pas afficher
ses > convictions religieuses. D'ailleurs, ça serait contraire au code,
aussi, de la magistrature, là. La loi ne s'applique pas aux juges directement parce
que... Écoutez, il y a des éléments, là, qui viennent de m'échapper, mais les
procureurs, en fait, la magistrature ont leur propre code, là, et ce serait
contraire.
Mme Robitaille : Mais
c'est
partie de son identité. Elle vous dira, elle, que c'est
partie de son
identité.
M. Baril
(Daniel) : Mais oui, l'identité. Mon identité n'est pas moins
profonde que l'identité de tous les croyants de la terre, madame, mais je
n'affiche pas mon identité religieuse de façon ostentatoire n'importe où,
n'importe quand. Ce n'est pourtant pas compliqué, ce principe-là, hein?
L'identité des croyants, mais oui, l'identité profonde. Est-ce que leur
identité est plus profonde que celle des autres?
Une voix
: ...
M. Baril
(Daniel) : Non, non.
Une voix
: ...
Le Président (M. Bachand) :
S'il vous plaît! Mais, désolé, le temps est dévolu maintenant à M. le député de
Jean-Lesage.
M. Zanetti : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup pour votre présence ici. Quel danger court le Québec
si on n'interdit pas les signes religieux?
M. Baril
(Daniel) : Ah! on court un immense danger, pauvre monsieur.
Quel danger? Allez voir dans les États où la laïcité n'existe pas, vous allez
avoir une idée du danger, là.
M. Zanetti : Alors, le
Québec serait comme quel État?
M. Baril
(Daniel) : Et puis il n'est pas nécessaire que...
Le Président (M. Bachand) :
...une personne à la fois parce qu'on veut tous vous entendre correctement. M.
le député.
M. Zanetti : Donc, vous
parlez d'autres pays. Alors, le Québec serait comme quel autre pays, s'il
n'interdisait pas les signes religieux?
M. Baril
(Daniel) : Il n'est pas nécessaire d'avoir sous les yeux des
cas de conversions, là, pour dire : Il y a un effet tangible des signes
religieux, O.K.? Il n'y a personne qui... Il n'y a pas un musulman qui va se
convertir au sikhisme parce que le policier porte un turban. Il n'y pas un
élève juif qui va se convertir à l'islam parce que l'enseignante porte un
hidjab. Bon, par contre, il y a, oui, des élèves, des enfants musulmans qui
disent à leur mère : Pourquoi, maman, tu ne portes pas le hidjab,
puisqu'on est musulmans? Ça, vous en avez eu, des exemples comme ça, là, tu
sais. Ce n'est pas une conversion, là, mais c'est l'effet de l'affichage
ostentatoire d'une conviction religieuse sur l'enfant qui est normalisé, une
certaine pratique qui, comme on l'a dit, va être discriminatoire envers les
femmes et qui la normalise.
On a des principes de base dans notre
société, l'égalité des sexes, la neutralité de l'État, ça va en être un, et on
demande qu'il soit respecté.
Le Président (M. Bachand) :
...de Jean-Lesage, s'il vous plaît.
M. Zanetti : Donc,
essentiellement, le danger qu'on court, c'est une normalisation de pratiques
sexistes. Est-ce que je <relate... > résume bien vos propos?
M. Baril
(Daniel) : C'en est une.
Mme Jobin (Lucie) : Ça
serait une...
M. Baril
(Daniel) : C'en est une.
Mme Jobin (Lucie) : Mais
ce n'est pas la seule non plus.
M. Baril
(Daniel) : Mais vous dites que vous êtes d'accord avec la
laïcité de l'État, mais vous êtes contre le fait que la neutralité soit
visible. C'est ça. Ceux qui refusent l'interdiction des signes religieux dans
les institutions publiques refusent la neutralité apparente.
M. Zanetti : J'ai...
Excusez.
M. Baril
(Daniel) : C'est aussi clair que ça.
Le Président (M. Bachand) :
M. le député, oui, en terminant.
M. Zanetti : Oui. Bon,
alors, je ne suis pas très satisfait de votre réponse quant aux dangers.
Peut-être que, si on avait plus de temps, vous auriez pu m'en dire plus.
M. Baril
(Daniel) : Bien, vous parlez...
M. Zanetti : Est-ce que
vous considérez... Je m'excuse. Est-ce que vous considérez qu'on libère une
femme en lui interdisant de porter ce qu'elle veut porter?
Mme Jobin (Lucie) : Ce
n'est pas une question de libérer cette personne-là, c'est que, si elle veut
travailler dans la fonction publique comme enseignante ou autre, son signe
religieux, elle doit le laisser à la maison. Nous, ce n'est pas un droit de
porter un signe religieux, c'est un droit de liberté de religion, mais la
liberté de religion n'inclut pas nécessairement le droit de porter des signes
religieux, ce que M. Baril a expliqué. Puis, dans le cadre de l'ONU, c'est
ça aussi.
Mme Payette (Danielle) :
Puis c'est un privilège. Je m'excuse.
Mme Jobin (Lucie) : C'est
un... Oui.
Mme Payette (Danielle) :
C'est un privilège aussi, de travailler pour l'État. On devrait remercier
l'État parce que... Moi-même, je suis très heureuse de travailler comme
enseignante. Puis vous disiez : Si la femme... est-ce qu'elle va se sentir
plus libérée? S'il y en avait 10 %, des femmes, qui sont obligées
d'enlever leur voile, et qui l'enlèvent, et qui se sentent plus libres,
justement, en disant : Oh! c'est vrai, je suis capable de travailler sans
mon voile, eh bien, tant mieux, on en aura eu 10 %.
Le Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup.
Mme Payette (Danielle) :
Peut-être qu'on va aller vers ça aussi.
Le Président (M. Bachand) :
M. le député de Matane-Matapédia, vous avez la parole, s'il vous plaît.
• (12 h 20) •
Bérubé
M. le Président, bienvenue au Mouvement laïque québécois, qui, je reconnais, a
une expertise exceptionnelle dans la durée sur ces enjeux-là. Et vous avez
persévéré et vous avez été parfois entendu, hein? En tout cas, comme
représentant du Parti québécois, moi, je suis assez fier qu'on ait été les
premiers à vouloir légiférer sur ces questions. On a eu des débats. D'ailleurs,
ce qu'on avait proposé va aller <davantage dans le sens de ce que vous...
Bérubé
...qui je reconnais une expertise exceptionnelle dans la durée sur ces
enjeux-là. Et vous avez persévéré, et vous avez été parfois entendu. E
tout cas, comme
représentant du
Parti québécois, moi, je suis
assez fier qu'on ait été les premiers à vouloir légiférer sur ces
questions.
On a eu des débats, d'ailleurs, ce qu'on avait proposé va aller > davantage
dans le sens de ce que vous proposez aujourd'hui.
Ceci étant dit, on se rejoint sur plusieurs
points, surtout lors de la dernière discussion que vous avez eue avec mon collègue
de Québec solidaire, trois enjeux où le gouvernement ne va pas et où on
souhaite aller, et je vais vous demander les raisons pour lesquelles vous, vous
êtes en accord.
Les écoles privées. Ça, c'est un avantage
qu'on accorde aux écoles privées, de ne pas être assujetties à la loi. Ça,
c'est un cadeau exceptionnel. Plusieurs intervenants sont venus nous le dire,
Gérard Bouchard et d'autres, là, on est en train de faire la compilation, c'est
assez unanime. Les éducateurs et éducatrices de garderie et de CPE, nous, on
considère que c'est des personnes en autorité aussi. Et la CAQ a fait un
sondage, puis ils étaient heureux du résultat, puis ils se sont dépêchés à le
rendre public, disant : Les gens sont en accord avec nos positions, mais ils
avaient oublié d'enlever CPE. Et là on a vu qu'il y avait un appui de plus de 60 %
pour les CPE, mais ils ne le mettent pas dans leur loi. Alors, ça, c'est un
petit oubli. Et il y a le cours d'éthique et culture religieuse qui doit être
aboli ou complètement réformé. Je suis intervenu en Chambre, on a demandé ça au
ministre. Il nous a dit qu'il allait le réformer. S'il pouvait préciser sa
réelle volonté puis son échéancier d'ici la fin du projet de loi, c'est le
genre de chose qui me ferait plaisir. J'envoie ça comme une bouteille à la mer,
mais ça fait plusieurs fois, ça fait plusieurs bouteilles, là.
Donc, éducateurs en garderie, CPE,
pourquoi vous pensez que c'est essentiel?
M. Baril
(Daniel) : Pour les mêmes raisons qu'à l'école. Les intervenants
en CPE, en fait, les éducatrices, les éducateurs ont une autorité sur l'enfant,
ils sont un modèle, puis on pense que ce n'est pas la place pour faire...
L'enfant des âges garderie est encore plus susceptible d'être influencé dans sa
formation par les adultes qui sont autour de lui.
Bérubé
Dois-je comprendre que, contrairement aux enseignants qui sont venus nous voir
hier, que la liberté de conscience des enfants doit primer sur celle des
enseignants?
M. Baril
(Daniel) : Bien sûr. Bien sûr. Comme Guy
Rocher le disait, c'est l'essentiel < de..> .
Bérubé
Pourquoi vous pensez que les écoles privées ne devraient pas être assujetties?
M. Baril
(Daniel) : Non.
Bérubé
Je le sais, mais je le dis.
Des voix
: Ha, ha, ha!
M. Bérubé : Pourquoi vous
pensez qu'ils ne les ont pas assujetties? C'est-u une position historique
défendue par des groupes, ça, les écoles privées elles-mêmes?
M. Baril
(Daniel) : À ma connaissance, non, mais la
Loi sur la neutralité religieuse < s'applique...> , pour ce qui est
du visage découvert, s'applique aux écoles privées. Donc, l'État se garde le
droit de réglementer, légiférer sur ce secteur, sur des questions... en
principe, en tout cas, c'est dans une
loi sur la neutralité religieuse, on peut
interdire le visage voilé. Bien, je pense que la légitimation...
Bérubé
Ils se sont gardé le droit de ne pas le faire dans ce cas-ci.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Alors, merci encore une fois pour votre contribution.
C'est très apprécié.
Je vais suspendre les travaux pour quelques
instants afin de permettre au prochain groupe de prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 23)
(Reprise à 12 h 26)
Le Président (M. Bachand) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Merci beaucoup. La commission reprend ses
travaux.
Je souhaite la bienvenue aux représentants
des avocats et notaires de l'État québécois. Je vous rappelle que vous disposez
de 10 minutes de présentation, et puis, par après, nous aurons une période
d'échange avec les membres de la commission. Alors, Me Dion, bienvenue. Je vous
laisse la parole, s'il vous plaît.
Les avocats et notaires de l'État québécois (LANEQ)
M. Dion
(Marc) : Alors, merci pour cette invitation. Bonjour, M. le
ministre. Bonjour, M. le Président. Bonjour, chers parlementaires. Alors, je me
présente, Marc Dion, je suis le président de l'association des avocats et
notaire de l'État québécois depuis 2017 et je suis accompagné de notre vice-président,
André Gauvin, également élu depuis 2017.
Alors, très brièvement, en ce qui me
concerne, un peu pour me situer, je connais très bien notre organisation. Je
suis avocat depuis 1987, au ministère de la Justice depuis 1989, dont les 20
quelques dernières années au contentieux de la Procureur générale du Québec à Montréal.
Alors, au fil des années, j'ai travaillé en synergie avec l'ensemble des
collègues dans le réseau justice et j'ai également été à l'Agence du revenu au
début de ma carrière. Au ministère de l'Environnement, j'ai fait du conseil, du
litige, mais pas de législation.
Alors, à la lecture de notre mémoire, vous
aurez compris que notre contribution au débat est modeste, mais nous la jugeons
nécessaire. L'exercice de la démocratie est susceptible de provoquer une
certaine friction entre les droits individuels et collectifs, certes.
Fondamentalement, légiférer constitue un travail d'équilibrage de ces droits
ainsi que des obligations des individus et, assurément, l'exercice d'une
discrétion, notamment dans les règles et les valeurs sous-jacentes qui nous
gouvernent tous. Le projet de loi n° 21 n'y échappe évidemment pas.
Celui-ci démontre les considérations
éminemment politiques des choix et des décisions que s'apprêtent à prendre les
parlementaires. Notre organisation, constituée d'avocates, d'avocats et de
notaires oeuvrant au sein de l'État, a une tradition de neutralité dans les
débats politiques. Par conséquent, nous ne prendrons pas position sur
l'opportunité comme telle du projet de loi. Cependant, dans un souci de
cohérence, nous jugeons nécessaire de commenter le projet de loi en regard des
avocats, avocates et notaires qui y sont soit exclus, soit visés.
En fait, je pourrais tout de suite sauter
à la conclusion et je la ferai, mais j'apporterai certaines précisions. En ce
qui nous concerne, pour une question de cohérence et pour une question
d'uniformité, soit que le projet de loi vise l'ensemble des avocats et notaires
ou soit qu'il les exclut tous.
Au moment où on se parle, suivant le projet
de loi tel qu'il est rédigé, il y a environ... c'est parce qu'on a des avocats
qui font du droit civil, il y a certains avocats qui font et civil et pénal.
Alors, il y a un certain flottement, là, mais, au niveau des chiffres, disons
qu'on aux environs d'entre 600 et 700 avocats qui seraient visés, avocats et
notaires, et, dépendamment des fonctions, entre 400 et 500 qui ne le sont pas.
Alors, je prends quelques instants pour
décrire un peu là où on est situés comme avocats. Nous avons 1 189 avocats
dans notre association et 78 notaires répartis dans six unités de négociation :
fonction publique, Agence du revenu, Autorité des marchés financiers, Autorité
des marchés publics, Régie de l'énergie et Investissement Québec, la plus
grosse unité étant celle de la fonction publique. Nous avons décrit, dans notre
mémoire, les différents endroits où nous sommes dans l'appareil gouvernemental.
En fait, nous sommes partout, dans tous les ministères, et, à l'Agence du
revenu, dans tout ce qui s'appelle litiges, législation, conseil. Et la
structure est semblable dans les autres organisations.
• (12 h 30) •
Je ne décrirai donc pas dans le détail le
travail que les avocats et notaires font, mais je crois important, pour bien <situer
notre...
Haut de la page
12 h 30 (version révisée)
< M. Dion (Marc) :
...dans tout ce qui s'appelle litige,
législation, conseil. La structure
est semblable dans les autres
organisations.
Je ne décrirai donc pas dans le détail
le travail que les avocats et notaires font, mais je crois
important,
pour bien > situer notre intervention, de parler du rôle et des
particularités de fonction uniques des avocats et notaires. L'État de droit est
à la base d'une saine démocratie. Elle implique que la règle de droit
s'applique à tous de la même façon. La justice constitue donc l'un des piliers
de notre société démocratique, et, forcément, notre système de justice doit
inspirer confiance à la société. Plusieurs facteurs influenceront la confiance
du public en la justice, dont évidemment celui de son administration.
Et c'est particulièrement à ce stade <que
la... > de l'administration de la justice que les avocats et notaires
sont des acteurs incontournables du milieu de la justice. Ils doivent
contribuer à la préservation de la confiance de la population à l'égard <de
l'administration publique... > de l'administration de la justice <,
je m'excuse> . Les avocats sont des officiers de justice et ils oeuvrent
au service public. Et ce sur quoi je veux attirer votre attention, c'est que,
fondamentalement, dans l'exercice de leurs fonctions à
titre de représentants
de l'État, ils doivent agir avec objectivité, impartialité, neutralité, sans
motifs illégitimes ou motivations partisanes, et évidemment tout cela dans le
cadre de l'intérêt public de la population en général. Ce sont les principes
tirés de l'enseignement de nos tribunaux au fil des années.
Très
sommairement, j'ai dit : Je ne
décrirai pas les fonctions, mais nous sommes les plaideurs de l'État, les
légistes de l'État et les conseillers de l'État dans toute la sphère
d'activité, dans toutes les affaires publiques de l'État, au niveau civil, et
au niveau administratif, et parfois pénal dans certains cas.
Pour nous, les avocats et notaires jouent
donc un rôle primordial dans les affaires publiques. Ils contribuent à ce que
celles-ci soient administrées conformément à la loi, ils participent au
fonctionnement du système de justice de manière à ce que le public reconnaisse
que le système est juste et équitable dans son fonctionnement. Les multiples
devoirs et responsabilités font des avocats l'une des clés de voûte de notre
système de justice. Leur rôle dans ce système et au sein de l'État contribue à
maintenir les garanties essentielles dans un État de droit. Alors, les acteurs
du système de justice que sont les avocats et notaires en font les gardiens de
la cohérence et de la sécurité juridique nécessaires au bon fonctionnement de
l'État. De par leurs particularités de fonction, ils ont donc un rôle unique
dans notre système de justice et ils participent au contrôle de la légalité de
l'action gouvernementale.
Alors, sur la base de ces considérations,
et comme on l'a souligné en introduction, nous ne prenons pas position sur
l'opportunité politique du projet de loi, mais on considère nécessaire de faire
des commentaires concernant les avocats visés et non visés. On ne revient pas
sur le détail. Si vous avez des questions, on est ici pour ça. Donc, je le
disais, on a entre 600 et 700 avocats, dépendamment des fonctions qui sont
exercées, qui seraient visés par le projet de loi et environ 500 qui ne le sont
pas. J'en fais la liste, et, ce sur quoi je veux attirer votre attention pour
dire que, d'un point de vue d'uniformité, c'est soit qu'on vise tout le monde
ou personne en fonction de l'objectif visé par le projet de loi, c'est que... J'ai
donné des exemples. Nous avons des avocats à l'Agence du revenu. Bon,
66 avocats sont aux volets fiscal et civil. Ces gens-là, ils sont dans une
structure, un peu comme moi qui est au bureau du Procureur général, dans une
structure, dans une machine où il y a des légistes, des plaideurs, des
conseillers. Alors, les plaideurs à l'Agence du revenu, je donne ça comme
exemple, peuvent être dans la même salle de cour qu'un avocat du Procureur
général. L'un pourrait porter un signe religieux, l'autre non. Alors, pour
nous, pour une question d'uniformité, c'est tous ou personne. Dans la même
salle de cour, les deux avocats < de...> , soit celui de l'Agence du
revenu et du Procureur général, pourraient être dans un même dossier sur une
disposition législative qui est contestée, par exemple. Donc, le Procureur
général intervient dans le dossier où est le procureur de l'Agence du revenu.
Encore une fois, un pourrait avoir un signe religieux, l'autre pas.
Et, si on pousse un peu plus loin le
raisonnement, si le litige devant le tribunal est, par exemple, un contribuable
qui s'est vu refuser un crédit d'impôt pour un don, que ça soit un organisme
religieux, de bienfaisance, communautaire, eh bien, il pourrait encore une fois
avoir quelqu'un de l'Agence du revenu qui, lui, pourrait porter un signe
religieux, qui pourrait être de nature différente de celui que pourrait porter
le contribuable qui conteste la décision, alors que l'avocat du Procureur
général ne pourrait porter aucun signe religieux. Alors, pour nous, pour une
question de cohérence, c'est tout le monde ou c'est personne.
Le Président (M. Bachand) : Maître, avant de céder la parole au ministre, j'aurais besoin
d'un consentement pour ajouter 10 minutes <, pardon,> à la
séance de travail. Consentement. Merci. M. le <ministre, s'il vous
plaît...
M. Dion (Marc)T :
…conteste la décision alors que l'avocat du procureur
généralement ne
pourrait porter aucun
signe religieux. Alors, pour nous, pour une
question
de cohérence, c'est
tout le monde ou ce n'est personne.
Le Président
(M. Bachand) :
Merci beaucoup,
maître. Avant de céder la parole au
ministre, j'aurais besoin d'un
consentement
pour ajouter 10 minus… 10 minutes, pardon, à la séance de travail. Consentement.
Merci.
M. le > ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci,
M. le Président. Me Dion, Me Gauvin, bonjour. Merci d'être présents pour
participer aux consultations particulières sur le projet de loi n° 21. D'entrée
de jeu, je comprends la position des avocats et des notaires de l'État québécois.
En lien avec l'opportunité politique du projet de loi, vous ne pouvez pas
commenter favorablement ou défavorablement. Puis vos commentaires se limitent uniquement
au fait dire est-ce que nos membres sont visés ou non. Alors, je ne vous
poserai pas de question sur l'opportunité d'adopter le projet de loi. Je ne
vous poserai pas de question non plus sur des questions juridiques, notamment
le recours aux dispositions de dérogation. Je ne vous placerai pas dans cette situation-là.
Cela étant dit, dans le cadre du rapport Bouchard-Taylor,
les deux cosignataires du rapport recommandaient que les procureurs de la
couronne soient visés par l'interdiction du port de signes religieux. Ce que je
voudrais savoir de vous, c'est dans quelle mesure les avocats et les notaires
de l'État québécois ont un rôle similaire, qui s'apparente à celui des
procureurs de la couronne.
M. Dion (Marc) :
Sommmairement, pour avoir lu Bouchard-Taylor, évidemment, avant de venir ici,
nous sommes tous des avocats de l'État. Que ce soient des procureurs de la
couronne qui travaillent au volet criminel ou pénal ou que ce soient des
avocats qui travaillent au niveau du volet civil, c'est-à-dire nous, les
avocats et notaires le l'État québécois, nous sommes tous des avocats. Il n'y a
que le champ d'activité qui diffère.
Ce que je pourrais rajouter, c'est qu'au
niveau des fonctions exercées, je devance peut-être les questions, je suis un
petit peu au courant des questions qui se sont posées ici ces derniers jours, au
niveau du travail effectué, en fait, si je prends le volet litige, on pourra
regarder aussi, si vous voulez, le volet de conseil et/ou le volet de législation,
mais, au niveau du litige, on représente l'État dans toute la sphère civile, de
ce dans quoi l'État est impliqué dans le système de justice. Donc, ça veut dire...
on prend des injonctions, entre autres, pour fermer les écoles qui ne
respecteraient pas la
Loi sur l'instruction publique, une entreprise qui ne
respecte pas la
Loi sur la qualité de l'environnement, une entreprise qui ne
respecte pas la réglementation sur l'alimentation, donc les épiceries, on fait
fermer des bars qui ne respectent pas la réglementation.
On est aussi dans tous les dossiers de
droit social où, par exemple, une victime prétendue d'acte criminel réclame des
sommes en vertu du régime d'indemnisation des victimes d'actes criminels, dans
des dossiers d'aide sociale, des dossiers de pension alimentaire, des cas
d'indemnisation à la Société de l'assurance automobile, des refus ou des
diminutions de versement. Dans des dossiers d'immigration. Je pense que, comme
ministre de l'Immigration, vous devez être au courant. On est dans les dossiers
où on va refuser, par exemple, ou révoquer des certificats de sélection pour
des immigrants économiques, des cas de parrainage. Bref, on est partout. On est
au niveau des poursuites au niveau fiscal. Parfois, <c'est des… > ça
peut être des dizaines de millions de dollars qui sont réclamés à une personne.
On est aussi en accompagnement des ministres en commission parlementaire en ce
qui concerne les légistes.
Et je reviens un peu sur ce que je disais tantôt,
pour une question d'uniformité, on peut avoir sur un même projet de loi un
avocat qui va représenter le ministre du Revenu et un avocat qui va représenter
le ministre des Finances. Le projet de loi, tel que rédigé, fait en sorte que l'un
est assujetti aux signes religieux, et l'autre, pas. Celui qui ne l'est pas, c'est
celui de l'Agence du revenu. C'est la même chose dans un cas où un conseiller
va rencontrer un individu pour lui dire : On ne fait pas droit à ta
demande, à ta demande de permis, par exemple. L'avocat du ministère de la
Justice ne pourra pas porter de signe religieux, mais celui de l'Agence du
revenu, qui annoncerait à un contribuable qu'il ne fait pas droit à une demande
ou dans le cadre d'une opinion qui est rendue, lui, il pourrait porter un signe
religieux. Alors, pour nous, c'est tous ou personne.
• (12 h 40) •
Alors, on me dira au niveau du volet
coercition, je… C'est clair que, sauf exception pour certains avocats, on n'est
pas dans des dossiers de droit criminel. Ce que je peux dire au <niveau
de notre…
M. Dion (Marc) :
...on me dira,
au niveau du volet Coercition, je... c'est clair que,
sauf exception, pour certains avocats, on n'est pas dans les dossiers de droit
criminel. Ce que je peux dire,
au > niveau de notre définition de
fonction, c'est qu'on représente les autorités devant les tribunaux, et ça, c'est
une réflexion que, si on me donne le...
Le Président (M. Bachand) :
Merci, maître. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Donc, c'est donc dire que vous nous invitez à de la cohérence au niveau des
avocats et notaires de l'État québécois qui seront visés. Vous nous dites :
Tout le monde ou pas pantoute.
Sur la question des procureurs de la
couronne, ils exercent, et vous me direz si je me trompe, la prérogative du
Procureur général en matière criminelle et pénale. Et vous, vous exercez les
prérogatives du Procureur général en matière civile, en matière administrative,
en matière pénale, notamment, aussi. C'est bien ça?
Donc, c'est comme si le chapeau du
Procureur général ou le chapeau de l'État québécois se divise en deux. Donc,
d'un côté, vous avez le criminel, et, de l'autre côté, il y a tous les autres
juristes de l'État. Est-ce que je comprends bien? C'est ça, la réalité?
M. Dion (Marc) :
C'est exact, M. le ministre, vous avez tout à fait raison. En fait, le
Procureur général, ultimement, porte deux chapeaux : le criminel et le
civil <, alors..> . Et c'est sûr qu'au niveau de la cohérence
pourquoi on... Si vous visez un groupe, vous en visez un autre, mais seulement
en partie, si la volonté politique est de faire en sorte que la justice, quand
l'État est impliqué, soit traitée de façon cohérente au niveau de
l'interdiction <chez... > pour certaines fonctions de porter des
signes religieux, pour nous, il y a effectivement une question de cohérence. Ce
que je pourrais... oui?
M. Jolin-Barrette :
Bien...
M. Dion (Marc) :
Ce que je pourrais juste rajouter, c'est que c'est évident que, dans le système
de l'administration de la justice, on dit souvent, c'est un dicton connu plus
particulièrement des avocats : La justice ne doit pas seulement être
faite, mais paraître l'être. Donc, elle peut être faite, mais, si elle ne
paraît pas l'être <pour... > pour le justiciable, elle n'est pas
nécessairement faite, même si elle l'est, faite. Donc, quand je faisais
référence à l'aspect de l'impartialité, ça, la Cour suprême l'a dit, les
avocats de l'État doivent être impartiaux, bon.
On me posera la question : Est-ce que
le fait de porter un signe religieux rend la personne plus partiale, moins
impartiale? Je ne répondrai pas à la question directement. Je dirai que,
subjectivement, certaines personnes diront nécessairement que ça envoie un
message, pour d'autres, nécessairement, ça n'en envoie pas. Ça campe peut-être
un peu la position des deux camps. Nous ne répondrons pas à cette question-là
parce que ça relève du choix politique. Mais c'est une réflexion qu'on considère
important de devoir faire à la commission.
Le Président (M. Bachand) :
Merci, maître. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Deux
questions que j'ai, mais ce que vous venez de dire, c'est quand même important.
Vous dites : Dans le système de justice, ce qui est important, c'est le fait
notamment de rendre justice, mais qu'il y ait apparence de justice aussi. Tout
notre système de droit, tout notre système de justice est basé là-dessus :
l'apparence de justice, notamment, pour avoir la confiance du public dans les
institutions, notamment, et dans la justice au sens large, à travers tous les
acteurs de la justice, notamment dans la magistrature, mais notamment à ceux
qui font appliquer la loi, notamment les avocats qui sont chargés de
l'application de la mission de l'État.
Et donc ce que vous dites notamment, c'est
le fait que, sur un critère subjectif, donc, le citoyen, qu'il soit prévenu ou
qu'il soit un justiciable devant la cour qui fait valoir ses droits, lorsqu'il
se retrouve — et pas nécessairement uniquement devant la
cour — <lorsqu'il se retrouve > en interaction avec un
avocat de l'État, qu'il soit en matière criminelle et pénale ou de matière
civile, cet avocat-là représente l'État. Et, d'un point de vue subjectif, de la
part du justiciable, il pourrait y avoir une apparence aussi de neutralité qui
ne serait pas rencontrée, si jamais il y avait port de signe religieux.
M. Dion (Marc) :
<C'est... > Oui, bien, en fait, vous résumez ce que
j'ai dit. Effectivement, subjectivement, on peut certes penser... puis j'ai eu
ces discussions-là aussi, évidemment, avec une
partie des gens qu'on représente.
C'est clair que, pour certaines personnes, les signes religieux n'auront
probablement pas d'impact sur la perception que la personne peut avoir face au
représentant de l'autorité qui est l'avocat quand il est face au justiciable.
Pour d'autres, poser la question, c'est y répondre, c'est : Oui, ça va
avoir un impact. Bon, maintenant...
M. Jolin-Barrette : J'ai
une dernière question avant de céder la parole. Je sais que j'ai des collègues
qui <veulent poser des questions...
M. Dion (Marc) :
...personne peut avoir face au représentant de l'autorité qu'est l'avocat quand
il est face au justiciable. Pour d'autres, le...poser la question, c'est y
répondre, c'est : Oui, ça va avoir un impact. Bon,
maintenant...
M. Jolin-Barrette :
J'ai une dernière question avant de céder la parole, je sais que j'ai des
collègues qui > veulent poser des questions, juste qu'on revienne sur
l'exemple du droit criminel tout à l'heure. Dans le cadre d'un litige, là, dans
un procès criminel <qui... > où c'est un procureur de la couronne,
un procureur aux poursuites criminelles et pénales qui porte les accusations
qu'il chapeaute, dans l'éventualité où la défense dépose une requête pour
contester la constitutionnalité de l'infraction criminelle, qui vient défendre
la position du Procureur général ou du Directeur des poursuites criminelles et
pénales? Est-ce que c'est un constitutionnaliste du bureau des plaideurs du
Procureur général en matière civile?
M. Dion (Marc) :
Oui, ça va être un avocat du bureau du Procureur général du Québec. Il peut
venir de Montréal ou de Québec, <on a... > le Procureur général du
Québec a un bureau à Montréal et à Québec. Il peut être aussi accompagné d'un
avocat qui a une spécialisation en droit constitutionnel, qui est ici, au 1200,
route de l'Église, au siège social du ministère de la Justice.
Donc, c'est pour ça aussi, dans nos
statistiques, il y a des gens qui sont flottants, il y a des gens qui ont un
rôle hybride. Il y en a qui font du conseil, il y en a qui font du conseil et
du litige, et c'est pour ça... en tout cas, dans certains cas, pour une
question de cohérence, certains sont visés, certains ne le sont pas, pour nous,
c'est tout ou c'est rien, de notre point de vue.
M. Jolin-Barrette :
Mais, juste pour bien comprendre, là...
M. Dion (Marc) :
...vous avez raison, dans la même salle de cour, <ça... > vous avez
un avocat civiliste et un avocat criminaliste qui représentent l'État dans un
dossier de droit criminel, oui.
M. Jolin-Barrette : O.K.
Ça, ça veut... <En... > Donc, en résumé, ça signifie qu'un accusé
qui subit son procès en matière criminelle pourrait se retrouver à la fois avec
un procureur de la couronne, mais également un procureur du Procureur général
en matière civile, spécialisé, notamment, en droit constitutionnel, <qui
venait... > qui viendrait débattre d'une question dans le cadre du procès
criminel, donc des gens qui relèvent à la fois du secteur civil et à la fois du
secteur criminel de l'État québécois. C'est ça?
M. Dion (Marc) :
C'est exact. Et, pour <compliquer... > compléter votre pensée,
parce que j'imagine que c'est ce qui pouvait venir, si un procureur de la
couronne est poursuivi pour poursuite abusive ou un exercice illégitime de ses
fonctions, s'il est poursuivi au niveau civil, c'est l'avocat du Procureur
général qui va représenter le procureur de la couronne.
M. Jolin-Barrette :
Parfait, je vous remercie.
Le Président (M. Bachand) : Merci. M. le député de Chapleau, s'il vous plaît.
M. Lévesque (Chapleau) :
Merci beaucoup, M. le Président. Donc, bonjour, Me Dion, Me Gauvin , chers
collègues. J'aimerais que vous me parliez un peu de l'importance du devoir
d'indépendance, d'impartialité et de neutralité pour les avocats et les
notaires de l'État, donc de cette importance-là dans votre fonction.
M. Dion (Marc) :
Comme je l'ai dit plus tôt, les tribunaux ont mentionné à plusieurs reprises,
et il est sorti un ouvrage très intéressant d'ailleurs l'automne passé
là-dessus, d'une ancienne sous-ministre au niveau du gouvernement fédéral,
Justice, <c'est... > ça fait partie, je dirais, de façon
intrinsèque, et c'est fondamental, je l'ai mentionné plus tôt, que nos
fonctions soient exercées en suivant les règles de droit qui sont établies,
évidemment. <Quand... > Comme je le disais, on participe aux
contours de la légalité de l'action gouvernementale. On fait
partie de ce qu'on
appelle le tout cohérent au niveau de la loi et de son application. On ne peut
pas le faire avec partisanerie. On ne peut pas le faire avec des motifs
illégitimes, c'est source de contestations, évidemment, devant les tribunaux.
On ne peut pas faire ça. Oui, il faut être impartial, il faut être neutre, il
faut agir avec objectivité. <C'est... > Ça fait
partie de nos
obligations fondamentales comme avocats de l'État.
On n'est pas là pour défendre une
partie
en particulier. On n'est pas là pour défendre un parti politique. On est là
pour faire en sorte que les règles de droit qui s'appliquent à l'État
s'appliquent indépendamment de la personne avec qui l'avocat de l'État va
traiter, que ça soit dans une poursuite, que ça soit dans un conseil, que ça
soit dans un refus d'autorisation, que ça soit même au niveau de la
législation. L'avocat doit dire... et par la suite les choix se font, mais ça
n'est pas l'avocat qui va faire le choix législatif, évidemment et ultimement.
Mais ce sont des devoirs importants, impartialité et réserve aussi. Évidemment,
je ne peux pas aller représenter le ministre de l'Environnement dans une
poursuite pour faire fermer l'entreprise avec un insigne de Greenpeace. Même si
j'aime beaucoup Greenpeace, je ne pourrais pas, comme avocat qui représente
l'État, me présenter avec <un... > cet insigne-là. C'est une <manifestation,
disons, expresse, dans...
M. Dion (Marc) :
...je ne peux aller représenter le
ministre de l'Environnement dans une
poursuite pour faire fermer
l'entreprise avec un insigne de Greenpeace.
Même si j'aime
beaucoup Greenpeace, je ne pourrais pas, comme avocat qui
représente
l'État, me présenter avec cet insigne-là. C'est une > manifestation,
disons, expresse dans ce cas-ci de notre devoir de réserve.
• (12 h 20) •
M. Lévesque (Chapleau) : Merci.
J'aimerais peut-être vous amener un petit peu loin. Est-ce que, justement, ces
devoirs là d'indépendance, d'impartialité, de neutralité que vous avez, ça doit
se traduire par une apparence d'indépendance, d'impartialité ou de neutralité
ou vous êtes un peu indifférent que le juriste ou les juristes de l'État
apparaissent neutres ou non?
M. Dion (Marc) :
Mais là vous tombez sur un terrain qui est peut-être glissant un peu pour nous,
mais, comme je le disais, je n'irais pas prendre une injonction pour faire
fermer une entreprise qui ne respecte pas la réglementation environnementale avec
un insigne de Greenpeace, et ceci dit sans aucune opinion négative de
Greenpeace. Avoir l'insigne représenterait une certaine forme de partialité,
peut-être. Alors, oui, c'est important que cette impartialité-là, pour nous,
elle se manifeste.
M. Lévesque (Chapleau) :
...entreprise autre qu'environnementale? Est-ce que vous iriez avec un signe de
Greenpeace dans une autre entreprise?
M. Dion (Marc) :
Je m'excuse, je n'ai pas bien...
M. Lévesque (Chapleau) :
Vous donnez l'exemple d'une entreprise environnementale. Mais, si vous alliez
dans une autre entreprise complètement autre, auriez-vous Greenpeace?
M. Dion (Marc) :
Bien, je veux dire, le devoir d'impartialité, il s'applique toujours, peu
importe le justiciable ou le citoyen avec lequel l'avocat de l'État a à traiter,
peu importe. Ce n'était qu'un exemple. On pourrait les multiplier.
M. Lévesque (Chapleau) :
Les apparences ont une importance, une signification pour vous. C'est bien ça?
M. Dion (Marc) :
Tout à fait.
M. Lévesque (Chapleau) :
Merci. Pas d'autre question. Merci beaucoup.
Le Président (M. Bachand) : Rapidement. Ça va? Merci beaucoup. Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys,
s'il vous plaît.
Une voix
: ...
Le Président (M. Bachand) :
Ah! bien, désolé. Mme la députée de Bourassa-Sauvé, s'il vous plaît. Désolé.
Mme Robitaille : Bonjour.
Merci. Merci d'être ici. <Bien, on s'entend... > Bien, d'entrée de
jeu, je voulais juste clarifier, on s'entend qu'un tee-shirt de Greenpeace puis
un turban sikh, ça ne symbolise pas tout à fait la même chose.
M. Dion (Marc) :
Ça projette probablement deux idées différentes, oui, vous avez raison.
Mme Robitaille : L'identité
religieuse et puis autre chose, peut-être.
M. Dion (Marc) :
Oui, ça représente deux identités différentes. J'ai entendu régulièrement
devant la commission : Un signe, ça parle. C'est évident qu'un signe, ça
parle. Quand on arrive, par exemple, je prends le domaine où moi, j'ai été plus
présent, dans une salle de cour, une toge avec un rabat, ça parle. Oui, les
signes parlent. Maintenant, comme je le disais plus tôt, subjectivement, qu'est-ce
que ça peut signifier pour l'un ne veut pas nécessairement dire la même chose
pour l'autre.
Mme Robitaille : Dites-moi,
Me Dion, en ce moment, là, dans la fonction publique, combien d'avocats que
vous représentez portent des signes religieux?
M. Dion (Marc) :
Je ne pourrais pas répondre à votre question parce que nous n'avons pas fait de
sondage sur la chose. Je ne pourrais pas vous dire.
Mme Robitaille : Vous ne
savez pas?
M. Dion (Marc) :
Je ne pourrais pas vous dire, je n'ai pas fait de sondage là-dessus. S'il y en
a, écoutez, moi, je suis dans cette association-là depuis... dans... Je suis
dans l'exécutif syndical depuis 2011. J'ai continué à travailler comme avocat
au bureau du Procureur général quand même, mais, pendant toutes ces années-là,
d'après moi, si j'ai... cinq doigts d'une main, j'en ai assez pour penser que
ça ne dépasse probablement pas cela. Mais ce n'est qu'une appréciation
personnelle avec les discussions que j'ai pu avoir avec les gens, mais c'est
limité.
Mme Robitaille :
Dites-moi maintenant comment ça fonctionne. Vous êtes à l'emploi du
gouvernement depuis plusieurs années.
M. Dion (Marc) :
Mme Robitaille : Depuis
combien de temps?
M. Dion (Marc) :
30 ans.
Mme Robitaille : 30 ans.
Comment ça fonctionne? Si quelqu'un pose sa candidature pour être avocat, là,
au sein de la Régie de l'énergie, par exemple, ou une autre régie ou une autre
commission, le fait qu'il ait un signe religieux, est-ce que ça change quelque
chose?
M. Dion (Marc) :
Si la personne pose sa candidature, je suis peut-être assez mal placé pour vous
parler de ça parce que je ne suis pas un représentant d'employeur. Je n'ai
jamais procédé à d'embauche comme avocat dans la fonction publique.
Mme Robitaille : En ce
moment, là, quelqu'un qui pose sa candidature, j'imagine que ça va être d'abord
ses compétences qui vont être prises en considération?
M. Dion (Marc) :
Ça va toujours être ses compétences, nécessairement. <Ça prend... > Pour
être un avocat au ministère de la Justice, ça prend un bac en droit, ça prend
un permis d'exercice du <Barreau du Québec. Ça prend une certaine...
Mme Robitaille :
...d'abord ces compétences qui vont être prises en considération.
M. Dion (Marc)T :
Ah! Ça va
toujours être ses compétences,
nécessairement, ça
prend... Pour être un avocat au
ministère de la Justice, ça prend un bac
en droit, ça prend un permis d'exercice du > Barreau du Québec, ça prend
une certaine expertise. Si on demande, par exemple, des civilistes ou des
criminalistes... pas des criminalistes, mais des fiscalistes < ou...>
oui.
Mme Robitaille : Donc,
s'il porte une kippa, il ne sera pas exclu des candidatures. Ça, vous pouvez
dire maintenant...
M. Dion (Marc) :
Bien, à ma connaissance, non. Non.
Mme Robitaille :
Pourquoi? Pourquoi il ne sera pas exclu maintenant?
M. Dion (Marc) :
Bien, parce que, je veux dire, écoutez, en droit, il n'y a absolument rien qui
empêche... il n'y a rien qui prévoit cette exclusion-là.
Mme Robitaille : O.K. Pourquoi,
vous pensez? Pourquoi?
M. Dion (Marc) :
Bien là, si vous me demandez une opinion d'avocat, je...
Mme Robitaille : Oui, une
opinion d'avocat.
M. Dion (Marc) : ...même si je suis avocat, je ne suis pas ici pour émettre des
opinions d'avocat comme tel, mais je ne vois pas sur quelle base la personne
qui a suivi son cours, qui a la spécialité... Ce sera à l'employeur à décider
ce qu'il fait, mais moi, je ne vois pas sur quelle base on pourrait lui dire...
Mme Robitaille : Donc, si
je comprends bien, maintenant, on n'a pas de problème, si la personne est
compétente, à l'engager, puis on pense qu'il va bien faire son travail, même
s'il porte une kippa ou un turban sikh.
M. Dion (Marc) :
Bien, je ne vois pas, légalement, actuellement, la façon dont on pourrait faire
cette chose-là. Par ailleurs, tout ce que je peux vous dire, c'est que c'est
clair que, pour nous, on revient au principe de base. Le principe de base,
bien, c'est qu'on doit être impartial dans les actes qu'on pose, on doit être objectif.
Mme Robitaille : Ce qui
est important, c'est ça.
M. Dion (Marc) :
Alors, est-ce qu'à un moment donné... Je reviens un peu à ce que je disais, tu
sais. Si la personne se présente dans la cour, comme je donnais l'exemple plus
tôt, et puis elle s'est vu refuser son certificat de sélection, et que cette
personne-là a un signe religieux et elle voit le représentant de l'autorité qui
est là, qui, lui, porterait un autre signe religieux, qui est différent, est-ce
qu'elle pourrait penser, soit objectivement ou subjectivement, mais je préfère
le côté subjectif de la chose, qu'il n'y a pas impartialité de la part de la
personne qui est là pour venir lui dire : Tu n'as pas le droit < de> ,
par exemple, d'obtenir ton certificat de sélection comme immigrant économique?
Regardez, ça, on rentre dans toute la
sphère politique du dossier dans laquelle nous, on ne s'aventure pas, mais la réflexion
m'apparaît importante, relativement à savoir, dans l'administration de la
justice, comme acteurs que sont les avocats, est-ce qu'il doit y avoir un
devoir de réserve. C'est ce qui est débattu chez vous, les parlementaires, en
regard de la façon dont nous devrions nous comporter.
Mme Robitaille : Ce que
je comprends, c'est qu'en ce moment, qu'on porte ou non un signe religieux, ça
n'empêchera pas, si on est compétent, notre impartialité. Donc, en ce moment, c'est
comme ça, et il n'y a pas de problème.
M. Dion (Marc) :
Je dis juste... pour nous, on dit : Justice ne doit pas seulement être
faite, mais doit sembler l'être. C'est aussi important que d'être fait parce
que la justice, elle peut être faite, mais, si la personne a la perception qu'elle
ne l'a pas été, rendue, pour différentes raisons, on échappe peut-être le rôle
qu'on doit avoir, c'est-à-dire de mettre en place un système de justice en
lequel les gens ont confiance. C'est ça que je dis.
Mme Robitaille : Dans le
projet de loi, j'essaie... Puis vous avez fait... vous avez essayé d'expliquer,
dans votre mémoire, là, qui est visé par la loi et qui ne l'est pas. Est-ce que
vous voyez une logique, dans le projet de loi, à savoir quel avocat <devrait
porter... > pourrait porter un signe religieux puis ceux qui ne peuvent
pas porter de signe religieux? Est-ce qu'il y a une logique là-dedans?
• (13 heures) •
M. Dion (Marc) :
Moi, je le vois plutôt < comme...> , et je le dis en tout respect
pour les légistes qui ont travaillé sur le projet de loi, je pense que ça
m'apparaît être, pour <ceux qui ne le sont pas... > ceux qui ne
sont pas visés, plus un oubli qu'autre chose parce que, comme je l'expliquais
dans l'exemple plus tôt... et ça s'applique aussi à nos avocats de l'Autorité
des marchés financiers. Tout le volet civil n'est pas visé. Mais ce sont des
gens qui vont devant les tribunaux de la même façon que moi, j'y vais, et ils
s'en vont dans le cadre de la réglementation des marchés financiers. Parfois, c'est
pour retirer des permis d'exercice, par exemple, à des courtiers d'assurance, c'est
pour des pamphlets... pour des actions mises en bourse qui ne sont pas
conformes. Toutes ces choses-là, à l'origine, c'était le ministère de la
Justice, parce que l'Autorité des marchés financiers, à l'origine, c'était <l'Inspecteur
général des institutions financières, et tout ça était...
Haut de la page
13 h (version révisée)
< M. Dion
(Marc) :
...par exemple, à des courtiers d'assurance,
c'est pour des pamphlets pour des actions mises en bourse qui ne sont pas
conformes. Toutes ces choses-là, à l'origine, c'était le
ministère de la
Justice parce que
l'Autorité des marchés financiers, à l'origine,
c'était > l'Inspecteur général des institutions financières, et tout ça
était centralisé au ministère de la Justice. L'État s'est tentacularisé en
mettant place des sociétés d'État, mais ça demeure des mandataires de l'État.
Donc, pour nous, à la base, c'est l'État. Je suis un avocat de l'État, que je
sois à l'Autorité des marchés financiers, ou à l'Agence du revenu, ou au ministère
de la Justice. Donc, c'est pour ça que nous, on dit : Il faut, dans un
souci d'uniformité, que tout le monde ou personne ne soit visé.
Mme Robitaille : Mais
donc vous ne voyez pas de logique là-dedans, c'est plus un oubli<,
c'est..>.
M. Dion
(Marc) : Écoutez, la logique que je vois,
c'est qu'on veut viser les avocats, manifestement, parce qu'au premier chef on
inclut dans le projet de loi le procureur général, le directeur des poursuites
pénales, les procureurs de la Couronne, tous les avocats du ministère de la
Justice, mais les avocats du ministère de la Justice, ils sont partout dans
l'appareil gouvernemental. Ils sont au ministère de l'Éducation, ils sont au ministère
de la Santé, ce sont des avocats, à l'origine, du ministère de la Justice, mais
qui sont délégués dans différents ministères. Alors, ce qu'on vise, c'est la
justice. Alors, si on vise la justice, la justice ce n'est pas que le ministère
de la Justice, c'est aussi les procureurs qui sont à l'Agence du revenu, qui
sont dans les unités d'accréditation qu'on représente.
Le Président (M. Bachand) : Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys, s'il vous plaît.
Mme David : Oui, parlons
d'un aspect, justement, des signes religieux. Vous savez, dans le projet de loi,
qu'il est nommément et expressément fait question de... vous faites état des
signes autant invisibles que visibles. Là, je parle au juriste en même temps <,
je parle à..> . Quelqu'un quelque part, chez vous, il y aura une autorité
compétente quelque part qui devra appliquer la loi, comme toutes les lois, et
donc, la loi concernant le port de signes religieux, il y a quand même... Vous
dites : Ça devrait être tout le monde ou personne, mais il y aura des
gens, en tout cas, dans la loi, là, c'est ce qui est proposé, certaines
catégories de juristes.
Comment vous voyez ça la question du port
de signes invisibles autant que visibles? Vous avez beaucoup parlé de
l'apparence. L'invisible, jusqu'à preuve du contraire, ne se fait pas très
apparente par définition, même.
M. Dion
(Marc) : Je pense que je vais vous répondre comme un avocat.
Une voix
: ...
M. Dion
(Marc) : C'est parce qu'ils se confondent souvent. Écoutez, le
droit, c'est souvent, et j'étais pour dire «avant tout», une question de gros
bon sens. Il y a un principe en droit qui dit que la loi n'a que faire des
petites choses. Quand j'ai fait de la poursuite pénale au ministère de
l'Environnement, on nous l'appliquait souvent, on nous arrivait avec certains
dossiers puis on disait : Bon, voici notre rapport d'enquête, et
pourriez-vous prendre une poursuite? Non, parce que c'était insignifiant, tu
sais. C'était un cas plutôt d'avis, de réprimande, d'avis d'infraction, mais
pas de poursuite pénale. On dit : La loi n'a que faire des petites choses.
Le gros bon sens, pour moi, c'est que je
vais vous dire bien franchement que, si j'ai un porte-bonheur qui est une croix
que ma grand-mère m'aurait léguée à sa mort puis que je garde dans ma poche,
bien, le gros bon sens, c'est que je ne pense pas que mon ministre ou mon sous-ministre,
qui est l'autorité en chef au ministère de la Justice, vienne fouiller dans mes
poches le matin pour voir si j'ai une croix. De mon point de vue, de toute
façon, si je l'avais dans mes poches, en dessous de ma toge, dans une salle de
cour, je ne pense pas qu'il y a grand monde qui va la voir.
Le Président (M. Bachand) : M. le député de Jean-Lesage, s'il vous plaît.
M. Zanetti : Oui, je vous
remercie. Je comprends que vous ne voulez pas vous positionner sur le fond de
l'affaire, néanmoins, bon, c'est ce qui m'intéresse le plus, et je pense que
c'est ce qui est le plus important. Face à un projet de loi injuste, est-il
préférable qu'il s'applique à tout le monde ou à personne?
M. Dion
(Marc) : C'est parce que, dans votre question, il y a la
prémisse de l'injustice. Si je réponds par un oui ou par un non, je prends
position politiquement et je n'ai pas le mandat de me prononcer politiquement
sur la justice ou le caractère approprié du projet de loi qui est devant...
M. Zanetti : ...purement
théorique, mais je comprends, là, parce qu'elle se pose dans un contexte. C'est
quoi, la justice?
M. Dion
(Marc) : La justice? En <peu de mots, la...
Une voix
: ...et du
projet
de loi qui est devant nous.
M. Zanetti :
...purement théorique, mais
je comprends, là,
parce qu'elle se
pose dans un contexte. C'est quoi, la justice?
M. Dion
(Marc) :
La justice? En > peu de mots, la justice,
c'est un corpus de règles que l'on met en place pour tous et qui s'applique à
tous, de façon égale pour tous, sans compromis. Une manifestation
expresse : si un policier se fait arrêter sur la route en état d'ébriété,
son collègue doit l'arrêter. Si le policier sur la route rencontre un individu,
c'est moi, il doit m'arrêter, si c'est un politicien, il doit m'arrêter, si
c'est une femme ou un homme d'affaires, il doit l'arrêter aussi. La justice
s'applique de la même façon pour tous.
M. Zanetti : Donc, dans
la perspective dans laquelle vous vous placez, il n'y a pas de loi injuste.
M. Dion
(Marc) : Les lois sont votées par nos parlementaires. Les juges
sont là pour appliquer les lois. Les avocats sont là pour représenter les
parties qui considèrent qu'elles ont raison dans le cadre du litige qui est
devant la cour. Est-ce que des choses ont pu être injustes dans le passé?
Écoutez, bien, sans risquer de me tromper, mais, encore là, là, j'émets une
opinion politique, mais qui ne concerne pas le projet de loi, la fin de
l'interdiction de l'avortement, est-ce qu'à l'époque où c'était interdit,
c'était injuste? De mon strict point de vue personnel, c'est quelque chose qui
méritait d'être modifié.
M. Zanetti : ...pour
votre générosité. Je trouve qu'on ne philosophe pas assez souvent à l'Assemblée
nationale. C'est un beau moment. Merci.
Le Président (M. Bachand) :
Merci, M. le député de Jean-Lesage. M. le député de Matane-Matapédia, s'il
vous plaît.
Bérubé
Merci, M. le Président. Alors, au Parti québécois, on utiliserait davantage le
vocable de «légitime» pour ce projet de loi. Ça nous apparaît légitime de
débattre de ces questions, d'en mesurer la justesse, l'application. J'avoue
que, pour nous, ça a été une surprise, de voir que les dispositions de la loi
allaient au-delà des procureurs. C'est ce qui était prévu initialement. Donc,
ma compréhension, c'est que l'ensemble des avocats et notaires de l'État, les
juristes de l'État sont visés. C'est bien ça?
M. Dion
(Marc) : Oui.
Bérubé
C'est votre compréhension, également, bon. C'est une surprise. Donc, on n'a pas
eu beaucoup de réflexions là-dessus. On attendait votre visite pour être
éclairés. Ce que vous nous dites, c'est que soit on applique à tout le monde de
façon claire, si on applique seulement à une partie, pourquoi? Et, en ce sens,
bon, je ne tirerai pas grand-chose de votre appréciation du projet de loi.
Pouvez-nous nous réitérer en quoi il serait important d'inclure tout le monde
ou de n'inclure personne dans les juristes de l'État?
M. Dion
(Marc) : Bien, comme je l'ai dit d'entrée de jeu, c'est une
question de cohérence et d'uniformité. Je reviens toujours au même exemple.
Dans une même salle de cours, vous allez avoir un avocat de l'Agence du revenu,
qui est un avocat-membre de notre association, vous allez avoir un avocat du
bureau du Procureur général, du contentieux. L'un porterait un signe religieux,
l'autre pas. Pour nous, <c'est... > il y a un problème d'uniformité.
C'est tous ou personne.
Bérubé
Je vous concède qu'il y a là un enjeu de cohérence qui ne s'applique pas qu'au
domaine de la justice. C'est la même chose pour le domaine de l'éducation. Je
note que le secteur public sera assujetti, pas le secteur privé dans le domaine
scolaire. Je note que, dans une école, les enseignants vont être assujettis,
mais pas les responsables du service de garde dans la même école.
M. Dion
(Marc) : Je vous ai entendu le dire à quelques reprises.
Bérubé
C'était juste, hein? Les directeurs sont là, mais pas les psychologues
scolaires. Il y a même quelqu'un qui nous a dit hier que toute personne qu'elle
rencontrera dans l'école est une personne significative. Ça, c'est un autre
qualificatif qui s'ajoute. Alors, ce que je retiens, moi, des échanges jusqu'à
maintenant, c'est qu'il y a un enjeu de cohérence, pour le gouvernement, de
nous expliquer pourquoi on applique parfois la loi à certains corps de métier,
parfois pas. Et j'imagine que, dans l'étude détaillée, on va en apprendre
davantage. Là, on pourra questionner le ministre là-dessus, l'intention du
législateur. Mais je retiens de votre intervention un souci de cohérence.
Pourquoi, dans une même cour, certaines personnes seraient assujetties et
d'autres non? Bon, on ne connaît pas la raison pour l'instant. Mais j'en prends
note. Et, quand j'aurai la réponse, je vais vous la faire parvenir. Pas d'autre
question, Votre Honneur.
Le Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup.
Bérubé
Pas d'autre question, Votre Honneur.
Le Président (M. Bachand) :
Merci, M. le député. Merci beaucoup, messieurs, de votre contribution.
La commission suspend ses travaux jusqu'à
15 heures. À plus tard.
(Suspension de la séance à 13 h 10)
Le Président (M. Bachand) :
...ses travaux jusqu'à 15 heures. À plus tard.
(Suspension de la séance à
13 h 10)
Haut de la page
15 h (version révisée)
(Reprise à 15 heures)
Le Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! Merci beaucoup. Alors, s'il vous
plaît! Merci.
La Commission des institutions reprend ses
travaux. Je demande bien sûr à toutes les personnes présentes dans la salle de
bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
Nous poursuivons donc les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 21,
Loi sur
la laïcité de l'État.
Cet après-midi, nous allons entendre,
entre autres, la centrale des syndicats nationaux, M. Patrick Taillon, M. Pierre
Bosset et l'association des policières et policiers du Québec.
Nous allons donc débuter avec les
représentants de la centrale des syndicats nationaux. Je vous rappelle que vous
avez 10 minutes pour votre présentation. M. le président, s'il vous plaît, et
bienvenue.
Confédération des syndicats nationaux (CSN)
M. Létourneau
(Jacques) : Oui, bonjour. Alors, bonjour, tout le monde. M. le
ministre, gens de l'opposition, les députés, ça nous fait extrêmement plaisir
d'être avec vous cet après-midi pour commenter le projet de loi n° 21
sur la laïcité de l'État. La CSN, c'est une organisation syndicale qui
représente 300 000 travailleuses, travailleurs à travers le Québec, tant
dans le secteur privé que le secteur public. <On est représentants... > On
représente à peu près toutes les catégories d'emploi et on est présents partout
sur le territoire, à travers le Québec, notamment dans des conseils centraux.
Alors, ce n'est pas la première fois que
la CSN se prononce sur le débat concernant la laïcité de l'État. Je ferais même
un petit clin d'oeil à l'histoire. La CSN, ça a été la Confédération des
travailleurs catholiques canadiens de 1921 à 1960, et la CSN s'est
déconfessionnalisée à la fin des années 50 pour devenir la Confédération des
syndicats nationaux. Et j'avais déjà expliqué, dans d'autres commissions
parlementaires sur cette question-là, notamment aux gens du Parti québécois
quand ils étaient au pouvoir, que la CSN avait procédé à une
déconfessionnalisation tranquille, qui s'était inscrite dans le processus de la
Révolution tranquille, et que, contrairement à d'autres sociétés où on a abordé
cette question-là de façon plus républicaine, nous, on croyait que la société
québécoise était capable de faire les transitions toujours en respectant les
droits fondamentaux, notamment des travailleuses et des travailleurs.
Alors, évidemment, plus récemment, la CSN
s'est prononcée, notamment en 2013, peut-être rapidement rappeler, avec la
charte des valeurs du Parti québécois, dans la foulée de la commission
Bouchard-Taylor. À l'époque, on se rappelle, on voulait étendre l'interdiction
notamment des signes religieux à l'ensemble des travailleuses et travailleurs
du secteur public. À l'époque, moi, je venais d'arriver à la présidence. On
avait fait un débat quand même assez serré, parce que vous pouvez imaginer
qu'il y a autant d'opinions autour d'une table syndicale qu'il peut y en avoir
dans la société québécoise sur cette question-là, et on avait travaillé à une
ligne de compromis qui rejoignait essentiellement le consensus de
Bouchard-Taylor en y ajoutant les enseignantes et les enseignants et les gens
qui travaillaient dans les CPE et les services de garde en milieu scolaire.
Et la CSN avait été la seule organisation
syndicale, à l'époque, à mettre de l'avant le principe d'une clause grand-père,
parce que, devant l'imminence de l'application de la charte des valeurs, on
s'était dit : Notre première responsabilité comme organisation syndicale,
c'est de défendre le droit au travail, c'est de défendre les travailleuses, les
travailleurs. Donc, si jamais on applique la charte, bien, protégeons au moins
ceux et celles qui sont déjà en emploi, même si on trouvait que le principe de
la clause grand-père n'était pas un principe qui était parfait parce qu'on
pouvait éventuellement se retrouver avec deux classes de travailleuses et de
travailleurs dans le secteur public.
Alors, la CSN a refait ce débat-là
l'automne dernier, évidemment avec l'arrivée de la CAQ au pouvoir et l'annonce
du projet de loi n° 21, où là on a compris un peu comment le gouvernement
en place avait l'intention d'amener ce débat. C'est notre instance confédérale,
c'est la même instance, en 2013 et en 2018, qui a débattu de la question. Donc,
notre conseil confédéral, c'est notre instance décisionnelle entre les congrès.
Alors, on a des représentants de régions, on a des représentants de nos
fédérations professionnelles. Et notre conseil confédéral a longuement débattu,
encore une fois, de ce qui était sur la table. Et on a pris la position qui est
présentée dans le mémoire, c'est-à-dire contre l'interdiction des signes
religieux pour l'ensemble des personnels et des travailleuses et travailleurs
qui sont à l'emploi de l'État.
Et je vous dirais que ce débat-là a été
aussi un gros débat, mais il y a peut-être trois grands principes qui ont
traversé la réflexion à la CSN, qui nous ont amenés à conclure de cette
façon-là. D'abord, évidemment, le Québec, c'est une société ouverte, c'est une
société qui partage des valeurs de démocratie et d'intégration. Et, tout au
long de ce débat-là, nous, on a <toujours dit : Il faut
absolument...
M. Létourneau
(Jacques) : ...peut-être trois grands principes qui ont
traversé la réflexion à la CSN, qui nous ont amenés à conclure de cette
façon-là. D'abord,
évidemment, le
Québec, c'est une
société
ouverte, c'est une
société qui partage des valeurs de démocratie et d'
intégration.
Et tout au long de ce débat-là, nous, on a > toujours dit : Il faut absolument
s'assurer que la question de la laïcité de l'État ne contrevienne pas à cet
esprit d'ouverture sur le monde, surtout dans un contexte de mondialisation où
il y a beaucoup de mouvement entre les pays, pas juste sur le plan économique,
mais sur le plan de l'immigration. Donc, on a abordé la question en respectant
ce principe.
Celui du droit au travail. Le droit au
travail, vous savez, la fonction d'une organisation syndicale, c'est de
défendre le droit au travail des travailleuses et des travailleurs. Alors, à
partir du moment où on introduit des interdictions par rapport aux signes
religieux, c'est sûr que ça nous interpelle directement sur notre
responsabilité à l'endroit des travailleurs et des travailleuses que nous
représentons, peu importent les catégories d'emploi qui sont touchées par le
projet de loi, dans la mesure où, à partir du moment où pendant 50 ans dans le
secteur public, on a accepté effectivement qu'une travailleuse ou un
travailleur porte un signe religieux, qu'on contrevienne à un principe comme
celui du droit au travail en introduisant une loi qui viendrait interdire le
port des signes religieux et de discriminer les travailleuses et les
travailleurs, c'est clair pour nous que c'est quelque chose qui est
fondamental.
Et c'est clair aussi que, je l'ai dit
tantôt, on avait défendu le principe de la clause grand-père à l'époque pour
protéger les travailleurs et les travailleuses qui sont en emploi. Et là, à la
lecture du projet de loi, on va peut-être vouloir des précisions parce qu'à
partir du moment où le gouvernement irait de l'avant avec ce projet nous, on
veut s'assurer que le principe de la clause grand-père soit rattaché à la
personne et non au poste que la personne détient parce qu'il peut y avoir
effectivement du mouveme