Culture and Education — 29 March 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CCE 2022-03-29
Quebec — Committees
(Quinze
heures trente-cinq minutes )
La Présidente (Mme
Guillemette) : Donc, votre attention, s'il vous plaît. Ayant constaté
le quorum, je déclare la séance de la Commission de la culture et de
l'éducation ouverte.
La commission est
réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 96
sur la langue officielle et commune du Québec, le français.
Donc, Mme la
secrétaire, est-ce que nous avons des remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. M. Allaire (Maskinongé) sera
remplacé par M. Lévesque (Chapleau); M. Chassin
(Saint-Jérôme), par M. Martel (Nicolet-Bécancour); Mme Foster
(Charlevoix—Côte-de-Beaupré),
par M. Jacques (Mégantic); Mme Rizqy (Saint-Laurent), par M. Barrette
(La Pinière); Mme St-Pierre (Acadie), par M. Birnbaum (D'Arcy-McGee);
et Mme Dorion (Taschereau), par Mme Ghazal (Mercier).
La Présidente (Mme
Guillemette) : Merci, Mme la secrétaire. Donc, aujourd'hui, nous en
sommes à l'article 84 du projet de loi et nous poursuivons l'étude de
l'amendement proposé par Mme la députée de Mercier. Donc, est-ce qu'il y a des commentaires et d'autres discussions pour
l'amendement de Mme la députée de Mercier? Oui, Mme la députée.
Mme Ghazal : Oui,
Mme la Présidente. Oui, donc, je me rappelle la dernière fois, quand on a
quitté, en fait, pour mon amendement qui
ajoute le fait qu'il y ait une bonne connaissance, à l'article 141, texte
amendé de l'article 141 de la charte, c'est ça, donc, l'article 141,
à l'article 84 du projet de loi, qu'il y ait une bonne connaissance
de la langue officielle chez les hauts dirigeants. Les autres dirigeants, etc.,
ça, ça reste le même, là, puis un des éléments qui était important et les
questionnements que j'avais, puis je pense aussi que ma collègue avait les
mêmes questionnements, c'est comment
l'appliquer. Parce que la loi actuelle, ce qu'elle demande, c'est que les
programmes de francisation ont pour
but la généralisation de l'utilisation du français à tous les niveaux de
l'entreprise. Comment? Par la connaissance de la langue officielle chez
les dirigeants. Et ça, visiblement, ce n'était pas respecté.
Donc, moi, une des
questions que j'avais pour le ministre, je ne sais pas s'il peut me donner la
réponse, c'est : Comment est-ce que l'OQLF s'en assurait? Je suis allé
vérifier les formulaires qui sont complétés, là, c'est des formulaires avec des
questions, puis il suffit juste que l'entreprise coche oui, non, mettre des
commentaires, puis une des questions... je
ne l'ai pas, là, maintenant devant moi, mais, de mémoire, la façon que c'était
formulé, c'est : Est-ce qu'il y
a vraiment une question? C'est ça. Ça dit : Connaissance du français. Pour
chacun des énoncés suivants — ça,
c'est dans les formulaires qui sont complétés par l'entreprise — cochez
oui ou non selon la situation de votre entreprise. Puis la
question 6.3 de ce formulaire : «Tous les membres du personnel et de
la direction de votre entreprise sont capables d'accomplir leurs tâches en
français, et ce, quel que soit le niveau de connaissance requis.» Donc, ici, on
ne dit pas «bonne connaissance», il faut
qu'il ait une connaissance, et là, oui, non, «sinon préciser ci-dessous le
nombre de personnes qui ne sont pas
capables d'accomplir leurs tâches en français et les catégories d'emploi
concernées.» Puis là l'entreprise doit dire le nombre de personnes, puis
c'est quelles catégories.
Supposons que ça a
été complété pour une entreprise comme Couche-Tard... tu sais, je ne vais pas
prendre Air Canada, vu que ça ne s'applique pas encore. En tout cas,
Couche-Tard, par exemple. Donc, normalement, le haut dirigeant, si ma mémoire est bonne, bien, il faudrait que son nom...
bien, pas son nom, mais que la fonction, le plus haut dirigeant, le P.D.G. de l'entreprise, une
personne, bien, lui, il fait
partie de la réponse : non, n'a pas une
connaissance.
Il y a une autre
question, c'est : «Votre entreprise met en place les mesures...» Non, ça,
c'est plus sur le fonctionnement. Donc, à
part le formulaire, est-ce qu'il y
avait d'autres façons pour l'OQLF de s'assurer que la disposition actuelle, là,
sans mon amendement, était respectée? Parce que ça ne l'était pas. Est-ce que,
par exemple, si la personne de l'OQLF
rencontrait le haut dirigeant ou le formulaire faisait... c'était le seul
document que... sur lequel se basait
l'OQLF pour dire : O.K. cette disposition de la loi est respectée ou
non... Est-ce que le ministre est au courant de l'applicabilité de cette
disposition de la loi?
M. Jolin-Barrette :
Bien, en fait, bien entendu, lorsqu'ils analysent la situation
linguistique, le tout est regardé. L'OQLF peut accompagner... il peut y avoir
un échange entre l'entreprise et l'OQLF. L'objectif est de faire en sorte qu'il y ait généralisation du français,
puis là l'OQLF accompagne l'entreprise, notamment. Si, au niveau de...
Le fait de ne pas être capable de tenir une rencontre en français, le fait de
ne pas être capable de communiquer en français
avec les employés, bien, il y a cette démarche d'accompagnement là avec le
programme de francisation. Donc, c'est fait en collaboration avec
l'OQLF.
Mme Ghazal : Mais
est-ce que le ministre est au courant... En fait, comment explique-t-il le fait
qu'il y ait des hauts dirigeants qui ne parlent pas français au Québec
alors qu'ils sont soumis au processus de francisation?
M. Jolin-Barrette : Bien,
ils sont dans une démarche de francisation. Dans le fond, l'objectif, là,
lorsque vous êtes avec le programme de francisation, c'est la généralisation au
sein de l'ensemble de l'entreprise. Bien entendu qu'il y a des gens, ça
va arriver qu'ils ne parlent pas français, qu'ils occupent des emplois et qui
ne parlent pas français. Ça arrive fréquemment. Il y a certains hauts
dirigeants également qui ne parlent pas français. L'objectif d'avoir un
programme de francisation, c'est justement de les amener à la généralisation de
l'utilisation du français. Mais, bien entendu, il y aura toujours des
situations où une personne pourrait être embauchée et elle ne parle pas
français, mais l'objectif avec la
loi 101, avec le programme de francisation, c'est justement d'amener la
personne à pouvoir éventuellement tenir une conversation en français, à
communiquer avec les employés en français également.
Mme Ghazal : Puis là, est-ce
que c'était bien réussi?
M. Jolin-Barrette : Bien,
comment je pourrais dire, à l'impossible nul n'est tenu. L'important, c'est les
efforts puis les démarches de francisation qui sont amenés avec le programme de
francisation dans les entreprises. Mais, pour certaines personnes, vous le
savez, pour certaines personnes, c'est plus dur d'apprendre une autre langue,
tout dépendant à quel âge on commence, tout ça, mais l'important, c'est que les
efforts sont faits puisqu'il y a des mesures qui soient prises dans
l'entreprise pour la généralisation de l'utilisation du français, donc que les
moyens nécessaires soient pris pour y arriver. Mais là, ce qu'on le fait avec
votre amendement, c'est qu'on envoie un signal encore plus clair, de dire qu'on
veut que les dirigeants aient une bonne connaissance du français.
Mme Ghazal : Mais, je veux
dire, je comprends, là, qu'à l'impossible nul n'est tenu, puis c'est vrai qu'il
y a des gens qui ont plus de facilité avec les langues que d'autres. Mais
concrètement, sur le terrain, là, qu'est-ce qui doit être fait? Moi, je pense
qu'il devrait y avoir aussi un... pas juste un... des efforts qui soient faits
ou des résultats de moyens, c'est-à-dire qu'uniquement les moyens soient pris,
mais qu'il y ait aussi un résultat. Et là, moi, je sais que c'est moi qui propose l'amendement pour qu'il y ait
une bonne connaissance, puis là on s'adresse aux hauts dirigeants, mais
il y a aussi la question des moyens. En ce moment, est-ce que... dans la loi
actuelle, c'est quoi les moyens qui sont
mentionnés et qui sont pris par l'OQLF pour s'assurer qu'il y a un résultat?
Parce qu'en ce moment, ça ne l'est pas. J'ai peut-être...
Mme Ghazal : Oui, Excusez. Oui, O.K.
M. Jolin-Barrette : Bien, en
fait, d'une part, lorsque vous avez une situation d'entreprise où il n'y a pas
la généralisation de l'utilisation du
français, le programme de francisation, il est là pour accompagner, à tous les
niveaux de l'organisation, la
généralisation de l'utilisation du français. Ça veut dire au niveau des
employés, au niveau des cadres, au niveau des cadres supérieurs
également.
Là, vous,
vous me dites : Quelle est... de quelle façon on va arriver avec un
résultat, avec l'obligation de résultat? Exemple, pour le haut dirigeant
qui ne parle pas français, bien, dans le fond, il va être dans le cadre du
programme de francisation avec un plan pour faire en sorte qu'il puisse
développer des compétences langagières en français. Mais à votre question — est-ce
que ça va arriver qu'au Québec il y a encore des dirigeants qui ne parlent pas
le français? — oui,
ça va arriver au moment de l'inscription, de l'analyse de la situation
linguistique, mais l'OQLF va être là pour
accompagner les entreprises à tous les niveaux, pour faire en sorte justement
de développer les compétences langagières,
pour amener la généralisation de l'utilisation du français. Et par la suite,
bien, on crée Francisation Québec justement pour intervenir sur les
milieux de travail à tous les niveaux également. Donc, c'est un tout.
Tu sais, si vous partez du principe que vous
dites : Bien, écoutez, moi, demain matin, je veux que tout le monde parle
français 100 %, ce n'est pas une situation qui est possible, là, parce
qu'il y a toujours des gens qui n'ont pas
toutes les aptitudes linguistiques. Mais, par contre, l'important, c'est
qu'elles soient, ces personnes-là, dans le cadre du programme de
francisation, pour qu'à tous les niveaux... C'est la façon dont la charte, elle
est construite.
Mme Ghazal : Je ne dis pas
demain matin, je veux dire, cet article-là existe. Là, je n'ai pas devant moi
c'est quoi, les dates, là. Je pense qu'il a a été modifié en 2012, cet
article-là, ou... à moins que je me trompe, mais il existe depuis 1967, cet
article-là, qui demande la connaissance du français. Et c'est donc... ce n'est
pas demain matin. Par exemple, les
entreprises qui ont leur siège social au Québec : Alimentation
Couche-Tard, BCE Inc., ça, c'est... Bell Canada, Lightspeed Commerce inc.,
Groupe SNC-Lavalin, Rio Tinto Alcan, est-ce que ça... Si, par exemple, les
hauts dirigeants, je pense qu'il y en a beaucoup là-dedans qui ne parlent pas
français, il y a en ce moment dans le programme de francisation qui
existe depuis je ne sais pas combien de temps, il existe un programme de
francisation, qui demande... qui est en train de les accompagner pour suivre
leurs cours? On dirait que c'est juste récemment que, tout d'un coup, les hauts
dirigeants au Québec ont commencé à prendre
des cours quand c'est sorti dans les médias après l'affaire Michael Rousseau.
Par exemple, M. Brian Hannasch,
c'est ça, de Couche-Tard, il est là depuis 2014, le siège social est au Québec.
Est-ce que dans le programme de francisation que l'OQLF avait, il y
avait un programme d'accompagnement de M. Brian, depuis 2014?
M. Jolin-Barrette :
Bien, je ne peux pas vous parler d'un cas particulier comme ça,
cependant... dans le fond, la responsabilité est sur l'entreprise. L'office est
là pour accompagner à travers le programme de francisation qui est développé
par l'entreprise, et il faut qu'à tous les niveaux ça soit généralisé. Ça veut
dire que, pour les hauts dirigeants, pour les
cadres, pour les cadres subalternes, il faut qu'ils soient dans leur démarche
de francisation, d'accompagnement, de généralisation de l'utilisation du
français
Mme Ghazal : Est-ce que l'OQLF
était au courant, avant que ça ne sorte dans les médias, que tous ces hauts
dirigeants, notamment M. Hannasch, ne parlent pas français alors qu'ils
sont là depuis presque 10 ans?
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, ça, je ne peux pas vous répondre spécifiquement à cette question-là,
mais il y a un suivi qui est fait de la part
de l'OQLF à chaque fois qu'il y a une inspection. À chaque fois qu'il y a un
suivi...
Mme Ghazal : Comment c'est
fait?
M. Jolin-Barrette : ...je n'aurais
pas dû dire «inspection», j'aurais dû dire «suivi» de la part de l'OQLF, bien, il y a des répondants à l'OQLF, et puis les
entreprises, leur programme de francisation est suivi par l'OQLF. Donc,
il y a les rappels qui sont faits, il y a l'accompagnement qui est fait
également, et, ultimement, il pourrait y avoir un pouvoir d'ordonnance si
jamais le programme de francisation n'est pas rempli.
Mme Ghazal : Parce que la façon
que ça fonctionne dans les entreprises, par exemple, le fameux formulaire qui doit être rempli à une certaine fréquence,
souvent, c'est... il y a une personne, comme le ministre l'a dit, le répondant,
des fois, c'est des gens dans les ressources humaines, quand il y a un comité
de francisation, cette personne-là siège sur
le comité de francisation pour l'entreprise. Et quand l'OQLF arrive, bien,
l'OQLF ne peut pas parler de cette question-là, j'imagine, à n'importe
qui. C'est : il y a un répondant puis, après ça, il peut y avoir une
visite d'entreprise, etc. Ma question,
c'est : Est-ce que les hauts dirigeants sont rencontrés par l'OQLF ou on
se fie sur ce que le répondant nous dit? Oui, il parle français, c'est
terminé?
M. Jolin-Barrette : L'OQLF
peut faire le suivi du programme de francisation avec les personnes concernées,
puis l'OQLF a les outils pour faire les vérifications nécessaires.
Mme Ghazal : Puis
avec les résultats qu'on a vus, est-ce que le ministre est satisfait de la
façon que c'est fait par l'OQLF à date?
M. Jolin-Barrette : Bien, je...
Oui. Je vous dirais que...
M. Jolin-Barrette : Bien, je
vous dirais que vous prenez certaines situations de certaines personnes, mais, dans la très forte majorité des entreprises, elles
sont conformes et il y a une sensibilité, justement pour les hauts dirigeants,
à connaître et à parler le français et à s'améliorer en français aussi.
Alors, vous savez, c'est comme dans toute chose, il y a quelques situations problématiques, puis il faut travailler avec
ces entreprises là, il faut les accompagner, justement, mais la très
grande majorité se conforme. Puis il y en a beaucoup qui obtiennent leur
certificat de francisation aussi, rapidement.
Bien, vous le savez, dans quelques cas comme dans toute chose, il y en a que ça
demande un petit peu plus d'effort.
Mme Ghazal : C'est
exceptionnel? C'est exceptionnel, ces cas-là qui sont sortis dans les médias?
M. Jolin-Barrette : Bien, ça
demande plus d'effort pour certaines entreprises.
Mme Ghazal : Pour les plus
grosses?
M. Jolin-Barrette : Je ne
pourrais pas vous dire ça.
Mme Ghazal : Mais on n'a pas de
données sur ça? Parce que, moi, j'ai déjà travaillé dans une entreprise moyenne, là, où... puis c'était plus que
50 employés, moins que 100. Ça m'est déjà arrivé où le propriétaire, là,
le haut dirigeant — ce
n'était pas une entreprise sur les marchés publics, là, à la bourse — ne
parlait pas le français quand il y avait des réunions d'employés. Ça se
passait... il parlait en anglais. Ça, est-ce que c'est exceptionnellement...
Puis c'était très difficile, là, pour lui, pour parler. Il y avait comme un
autre, un peu plus bas, qui, après ça, complétait puis parlait en français. Est-ce que, ça, c'est accepté par l'OQLF,
alors que la disposition ici le dit qu'il faut qu'il y ait une connaissance
du français des dirigeants?
M. Jolin-Barrette : Oui, et...
M. Jolin-Barrette :
Bien, oui...
M. Jolin-Barrette : Ce que l'on
souhaite, là, c'est qu'au niveau du marché du travail il y ait une
généralisation complète de l'utilisation du français. Ça va arriver, là, qu'il
y ait des gens qui ne parlent pas français, qui
sont chefs d'entreprise, là, mais il faut les amener à développer leurs
compétences langagières, puis les programmes de francisation sont là.
Prenez quelqu'un qui est né ici, qui n'a pas eu les aptitudes pour apprendre le
français, qui est allé dans un autre cursus
puis qui démarre une entreprise, crée beaucoup d'emplois, tout ça, bien, l'OQLF
va l'accompagner dans le programme de francisation pour son entreprise à
tous les niveaux, incluant les hauts dirigeants. Dans un monde idéal...
Mme Ghazal : Donc,
on accepte... Donc, dans le fond, c'est difficile à appliquer, ça. Parce que
si, par exemple, depuis 2014, l'OQLF est en train d'accompagner le haut
dirigeant d'un Couche-Tard... Je prends l'exemple parce que c'est ça...
C'est ce que vous... c'est ce que le ministre me dit, on n'est pas capable de
le savoir exactement comment c'est en train
de se passer dans cette entreprise. Ça, je comprends, mais il va y en avoir
d'autres, ce n'est pas une exception.
M. Jolin-Barrette : Il y a des
suivis qui sont faits, là.
Mme Ghazal : Donc, il y a un
suivi, et c'est impossible.
M. Jolin-Barrette : Il y a des
suivis qui sont faits, mais...
Mme Ghazal : Est-ce que, par
exemple, il y a une exception et on accepte que cet article-là ne soit pas respecté, parce que, qu'est-ce que vous voulez,
c'est très, très difficile? Est-ce que c'est accepté? Est-ce que c'est... dans
le fond il y a une tolérance?
M. Jolin-Barrette : Non, il n'y
a pas de tolérance.
Mme Ghazal : O.K., ce n'est pas
toléré.
M. Jolin-Barrette : Les moyens
doivent être mis en oeuvre pour atteindre l'objectif qui est prévu par la loi, soit la généralisation de l'utilisation du
français à tous les niveaux, puis, sinon, l'entreprise n'a pas son certificat.
L'approche, là, de l'OQLF, c'est
vraiment l'accompagnement, les suivis, l'accompagnement, les suivis avec les
entreprises, justement pour qu'ils
soient toujours dans leur démarche de francisation. C'est une situation où on
réussit de plus en plus à amener puis à envoyer le message... Puis
surtout dans le projet de loi n° 96, il faut faire le
lien avec toutes les mesures, là. Votre amendement, il est bon parce que,
justement, il fait le pont aussi avec le fait que les travailleurs, on vient
consacrer leur droit fondamental de travailler en français, on leur donne des
recours aussi. Donc, voyez-vous, ça va mettre
de la pression encore plus aussi, au delà du programme de francisation, pour
faire en sorte que les travailleurs ont des recours pour travailler en
français aussi. Donc, c'est une série de mesures qui permet de transformer et
d'amener les outils pour amener encore plus la généralisation du français à
l'intérieur de l'entreprise.
Mme Ghazal : Mais
est-ce que... Je veux dire, sur papier, c'est bon, mais, dans la vraie vie, là,
sur le plancher, là, dans une entreprise, j'ai... mon anglais, par
exemple, n'est pas très bon, je le bafoue, mais j'ai quand même des compétences
puis j'ai envie de progresser au sein de l'entreprise. Mais si je veux monter,
là, au plus haut échelon de l'entreprise que
je peux, tout se passe... Les réunions, quand il y a le plus haut dirigeant de
l'entreprise, il est unilingue anglophone — dans
ces réunions-là, qu'est-ce que vous voulez, il n'y a pas un traducteur qui est
là tout le temps — ça
se passe en anglais. Donc, implicitement, sans que ça soit dit, sans que
ça soit écrit... Moi, si je veux, par exemple, monter dans cette entreprise-là, ou l'employé qui veut monter puis qui a
les compétences, mais son... la seule compétence qui lui manque, c'est
l'anglais, donc ça va venir mettre un frein sur son ambition à cette
personne-là de progresser. Ça va être pas
mal plus elle qui va aller prendre des cours d'anglais puis essayer de
l'améliorer que le haut dirigeant. Ça, c'est dans la vraie vie.
Maintenant, l'OQLF, ce que le ministre me dit,
c'est que... va accompagner l'entreprise, mais quand ça fait 10 ans que le haut dirigeant ne la parle pas,
la réalité, c'est que ça va être toléré parce qu'on n'est pas pour mettre à la
porte le haut dirigeant. Ça va être les gens autour de se conformer à cette
réalité puis à cette situation qui n'est pas hypothétique
et qui n'est pas uniquement les cas qu'on a vus dans le Journal de Montréal,
là, puis dans les médias. C'est des cas qui existent partout.
Donc,
l'employé qui ne parle pas très bien le français, il ne va pas aller porter
plainte même si le processus de la loi no 96 lui est très, très
facilité, puis ça devient facile. Ce qu'il va faire, c'est qu'il va prendre sur
lui d'apprendre la langue s'il a l'ambition
d'augmenter... de monter les échelons dans l'entreprise puis de pouvoir faire
partie du cercle intime du haut
dirigeant, et le haut dirigeant, bien, ça se passe en anglais. C'est ça, la
vraie vie. Donc, il y a une tolérance de la part de l'OQLF de
dire : Bien, qu'est-ce que vous voulez, on ne peut pas dire... Le haut
dirigeant, ça fait 10 ans qu'on
l'accompagne, ça ne marche pas. On fait quoi? C'est tout le monde autour dans
l'entreprise en bas de l'échelon qui va se conformer à lui. Il n'ira
pas... l'OQLF, là, il ne va pas aller se plaindre, là. C'est ça, la vraie vie.
Jolin-Barrette : La réponse à cette question-là, c'est : Non.
Mme Ghazal : Non, quoi? À quelle
question?
Jolin-Barrette : Non. Non,
ça ne marchera pas comme ça. Dans le passé, malheureusement, ça a peut-être
été ça, hein? Ça a peut-être été ça. Bien, ça a été ça aussi, on va...
Mme Ghazal : C'est ça en ce moment.
M. Jolin-Barrette : ...on va le
dire. Bien, ça change, ça change. Les gens sont de plus en plus conscientisés, et, surtout, le message du projet de loi n° 96 et les outils qu'il y a à l'intérieur du projet loi n° 96 visent à faire en sorte de transformer le marché du travail et
que ça se passe en français. Prenons les bureaux de comptables à Montréal, prenons les bureaux d'avocats à Montréal. La
situation que vous avez illustrée, c'est des situations qui se sont avérées.
Pourquoi? Bien, parce que peut-être que les outils n'étaient pas là.
Alors, ce n'est pas honteux, ce n'est pas un
handicap, ce n'est pas un frein à avoir une carrière, et avoir une carrière
remplie de succès, de vouloir travailler en français au Québec. Le projet loi n° 96, c'est ce qu'il fait, il assure aux travailleurs le droit de travailler en
français. Lorsqu'on parle de travailleurs, là, on parle de cadres aussi. Donc,
toute personne à l'intérieur d'une entreprise au Québec a le droit de
travailler en français et a le droit d'avoir une carrière florissante en
français. Puis il faut, comment dire, sortir du spectre où est-ce qu'on dit :
Bien, si vous voulez réussir dans la vie, il
faut absolument que vous réussissiez en anglais, ça va se passer en anglais.
Non. Ce qu'on fait, c'est qu'on va changer le marché du travail. Ça part
dès le cégep, pour dire et d'envoyer un message : Vous pouvez réussir en français. Ça ne veut pas dire de ne pas apprendre
l'anglais, ça ne veut pas dire de ne pas être bilingue, ça ne veut pas dire
de ne pas être trilingue, mais, au Québec,
on a le droit de travailler en français. C'est le message et c'est les outils,
ils sont à l'intérieur du projet de loi n° 96.
Mais, si vous me dites : Est-ce qu'il y a
un examen de français qui est passé au haut dirigeant, puis, si, après deux
ans, il ne parle pas parfaitement français, il est mis dehors, la réponse,
c'est non. Ce n'est pas l'objectif qui est souhaité, parce qu'on veut amener à
changer les mentalités, à démontrer l'importance de parler français. Là, avec
les outils qu'on a dans le projet de loi n° 96, c'est
un tout qui va faire en sorte de changer le visage du marché du travail, à
Montréal notamment.
Mme Ghazal : Donc, pour un
travailleur ou un cadre, là, un professionnel qui a de l'ambition unilingue francophone, ce que le ministre lui offre avec le
projet de loi n° 96, c'est un message et des outils pour qu'il
puisse réussir sa carrière en français seulement dans un monde où les
hauts dirigeants Alimentation Couche-Tard, Bell Canada, Lightspeed Commerce, SNC-Lavalin, Rio Tinto Alcan — ça,
c'est d'autres entreprises à compétence fédérale, mais ça a été voté,
donc je vais les nommer : Air Canada, Banque de Montréal, Banque
Laurentienne du Canada... Oui?
M. Jolin-Barrette : Là, ça a été
voté, mais le projet de loi n'est pas sanctionné. Sanctionnons le projet de
loi, adaptons le projet de loi, puis laissez-nous travailler. C'est ça que je
vous dirais. Pour les entreprises de juridiction fédérale, on s'en vient, l'OQLF est prêt, là. Mme Galarneau a déjà
indiqué très clairement qu'il y avait un plan lorsqu'on va accueillir
les entreprises de juridiction fédérale, puis Mme Galarneau a même écrit à
Air Canada pour offrir à Air Canada de les accompagner dans leur démarche de
francisation.
Mme Ghazal : On n'est pas capable de
le faire pour les...
M. Jolin-Barrette : On est
proactifs, on est proactifs.
Mme Ghazal : On n'est pas capable de
rendre les hauts dirigeants des entreprises qui ont leur siège social au Québec francophone, j'ai hâte de voir comment
est-ce qu'on va réussir avec les entreprises fédérales. Parce que, moi, j'ai
proposé cet amendement-là en me disant qu'il faut qu'ils aient une bonne
connaissance pour les hauts dirigeants, mais
la loi actuelle, ce qu'elle dit, c'est qu'il faut qu'ils aient une connaissance
du français pour les dirigeants. Donc, le changement, oui, ça amène un message, mais, moi, c'est les moyens aussi
qui m'importent, et j'avais envie d'entendre le ministre sur des moyens plus précis. Est-ce que c'est, par exemple,
si... On tolère ça combien de temps, 10 ans, 15 ans, que cet
article-là ne soit pas respecté, l'article qui demande que les hauts dirigeants
aient une bonne connaissance du français?
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est pour
ça que votre...
Mme Ghazal : On les accompagne, on
les accompagne, on les accompagne des années, des années et des années, puis, qu'est-ce que vous voulez, il n'a
pas de talent, là, le haut dirigeant, en langues, là, puis il n'est pas capable
de parler le français, donc ça se passe en anglais. Donc, les gens
autour, les employés qui veulent monter, ils n'ont pas le choix, c'est eux qui
vont apprendre, eux et elles qui vont apprendre le français... l'anglais s'ils
sont ambitieux.
Jolin-Barrette : Non, la réponse à cette question-là, c'est que ce
n'est pas exact, et les outils à la disposition des entreprises, des
travailleurs, de l'OQLF, vont permettre d'inverser les tendances et de changer
les choses. Et surtout,
je vous le dis, il y a beaucoup d'entreprises... là, vous me nommez quelques
cas d'exemples, mais il y en a des milliers et des dizaines de milliers,
d'entreprises, au Québec. La loi est claire, votre amendement vient bonifier
ça, vient rendre ça encore plus clair. Puis on accompagne les entreprises, et
la généralisation de l'utilisation du français, elle est amenée à tous les
niveaux de l'entreprise.
Mais si vous
me dites : Écoutez... Bien, je vous dirais... Est-ce que votre approche,
c'est de dire : Deux ans, le haut dirigeant, il ne parle pas parfaitement
français, donc je vais le mettre dehors? C'est-tu ça que vous me proposez?
Mme Ghazal : Moi, je pose la
question : Comment est-ce qu'on va régler ça? La réalité, c'est que vous
allez avoir une tolérance, l'OQLF va avoir une...
M. Jolin-Barrette : Non.
Mme Ghazal : En fait, ma
question : Est-ce qu'on a des données? Parce qu'on dit : Beaucoup
d'entreprises, des exceptions... Est-ce qu'il y a des données sur quand les
cocher oui, cocher non, là? Parce que l'OQLF a ça, c'est vraiment un formulaire dans lequel c'est clair.
Est-ce qu'il y a des dirigeants qui ne parlent pas français? Là, j'imagine,
avec mon amendement, peut-être qu'on va changer la question dans le formulaire,
ça va être «bonne connaissance des hauts dirigeants», ou je ne sais pas comment
l'OQLF va faire ça. Est-ce qu'on a des données ou des chiffres de l'OQLF sur le nombre... sur toutes les
entreprises, au Québec, combien il y a d'entreprises où les hauts dirigeants
sont unilingues anglophones? Est-ce qu'on a la donnée?
M. Jolin-Barrette : Bien, il y a
77 %, quasiment 78 % des entreprises qui sont inscrites à l'office
qui sont certifiées, donc il y a 20 % qui sont en programmes de
francisation, notamment, pour différents niveaux, là.
Mme Ghazal : Pour différentes
raisons. Ce n'est pas nécessairement parce que le haut dirigeant n'est pas...
M. Jolin-Barrette : Exactement. Mais
il faut changer les comportements, puis c'est ça qu'on fait.
Mme Ghazal : Mais pour les hauts
dirigeants, est-ce qu'on a l'information? Est-ce que c'est quelque chose...
sans l'avoir maintenant, est-ce que c'est quelque chose qu'on peut avoir?
M. Jolin-Barrette : Il faudrait que
je vous revienne.
Mme Ghazal : Très bien. D'ailleurs,
j'ai cette question-là puis j'en ai une autre aussi, que j'avais déjà posée,
que j'attendais aussi une réponse, de la part du ministre, c'était sur un autre
sujet, c'était sur le fait qu'on a arrêté de demander des interprètes, on a arrêté
d'utiliser, dans le système d'éducation, des interprètes, qu'on allait chercher
des interprètes, des interprètes du ministère de la Santé et Services sociaux.
Est-ce qu'il y a une réponse à ça?
M. Jolin-Barrette : Je n'ai pas de
réponse, mais on fait le rappel puis on va vous revenir. Mais vous devriez
peut-être poser la question à mon collègue à l'Éducation. Mais je vous reviens.
Mais on est prêts à voter sur votre amendement.
Mme Ghazal : O.K. Moi, je suis en
train de réfléchir sur un amendement pour les moyens, les moyens, parce que
juste dire des outils, puis un message, concrètement, comment est-ce que l'OQLF
s'en assure?
Jolin-Barrette : Bien, l'OQLF a déjà tous les moyens actuellement.
Ils font les suivis, l'accompagnement. Puis l'idée, là, ce n'est pas de
taper sur la tête des entreprises, là, l'idée, c'est de les accompagner pour
changer les comportements. Et je ne me
souviens plus de l'expression, là, mais quand on veut amener un cheval à boire,
il ne faut pas le pousser à boire. C'est ça, un truc comme ça, il faut
l'amener à avoir soif.
La Présidente (Mme Guillemette) : Il
faut l'amener à la rivière.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
Mme Ghazal : L'amener à la rivière,
c'est ça? Ah oui, l'amener à avoir soif?
M. Lévesque (Chapleau) : ...à
l'abreuvoir, mais on ne peut pas le forcer à boire.
M. Jolin-Barrette : C'est ça,
exactement.
Mme Ghazal : C'est ça, merci.
M. Jolin-Barrette : M. le député de
Chapleau...
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
cher député.
Mme Ghazal : J'ai
juste des... Il me reste juste deux minutes?
La Présidente (Mme Guillemette) :
Oui.
Ghazal : J'ai deux questions
pour l'équipe. Combien est-ce qu'il y a d'entreprises où les hauts dirigeants
sont unilingues francophones? Et aussi, il y a eu combien d'entreprises qui ont
reçu des amendes à cause que les hauts dirigeants ne se conforment pas ou des
amendes par rapport aux programmes de francisation?
Jolin-Barrette : Je vais les prendre en délibéré puis je vais vous
revenir quand je vais avoir les informations.
Présidente (Mme Guillemette) : D'autres interventions sur l'amendement de Mme la
députée de Mercier? Non. Donc, est-ce que l'amendement est adopté?
Mme Ghazal : Vote par appel nominal,
s'il vous plaît.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci.
Vote par appel nominal. Mme la secrétaire, s'il vous plaît.
La Secrétaire : Veuillez répondre
pour, contre ou abstention. Mme Ghazal (Mercier)?
La Secrétaire : M. Jolin-Barrette
(Borduas)?
M. Jolin-Barrette : Pour.
La Secrétaire : M. Lévesque
(Chapleau)?
M. Lévesque (Chapleau) : Pour.
La Secrétaire : M. Jacques
(Mégantic)?
La Secrétaire : M. Émond
(Richelieu)?
La Secrétaire : M. Lemieux
(Saint-Jean)?
La Secrétaire : M. Poulin
(Beauce-Sud)?
La Secrétaire : M. Martel
(Nicolet-Bécancour)?
La Secrétaire : Mme David
(Marguerite-Bourgeoys)?
La Secrétaire : M. Barrette
(La Pinière)?
La Secrétaire : M. Birnbaum
(D'Arcy-McGee)?
La Secrétaire : Et Mme
Guillemette (Roberval)?
Présidente (Mme Guillemette) : Abstention. Donc, l'amendement est
adopté. Donc, est-ce qu'il y a des interventions sur l'article 84 amendé?
Madame...
Mme Ghazal : Bien,
oui, oui, s'il vous plaît, est-ce que c'est possible de suspendre un peu?
La Présidente (Mme
Guillemette) : Oui, oui, on peut suspendre quelques instants.
Oui, nous allons
suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à
16 h 03)
La Présidente (Mme Guillemette) : Donc, nous pouvons reprendre les travaux. Nous en
sommes à l'article 84 amendé. Est-ce qu'il y a des interventions?
Mme la députée de Mercier.
Mme Ghazal :
Je l'ai annoncé lors de ma discussion avec le ministre, je suis contente que...
premièrement, que cet amendement-là ait été adopté, mais, pour la question de
moyens, j'ajoute un autre amendement qui va être sur Greffier sous peu.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Parfait, merci, donc, nous allons suspendre quelques
instants, le temps de recevoir l'amendement.
(Suspension de la séance à
16 h 05)
La Présidente (Mme
Guillemette) : La commission reprend ses travaux, donc, sur un
amendement de Mme la députée de Mercier. Donc, Mme la députée de Mercier.
Mme Ghazal : Merci, Mme la Présidente. Donc, l'article 84 du projet de loi est
modifié par l'ajout de l'alinéa suivant :
L'article 141 de
cette charte est modifié par l'ajout, à la fin du premier... du
paragraphe 1°, de :
«L'office rencontre
en personne, une fois tous les cinq ans, les hauts dirigeants de l'entreprise
pour s'assurer de leur bonne connaissance de la langue officielle.»
Donc,
je ne vais pas... Mon objectif, ce n'est pas d'ajouter plus de temps à tout
expliquer. Je pense que le ministre comprend très bien. Ça ne dit
pas : On va mettre dehors tous les hauts dirigeants qui ne parlent pas
français, là, même si ça fait 10 ans ou
20 ans, là. Ce qu'on dit, c'est uniquement qu'au lieu que ça soit... parce
que le seul moyen que je vois actuellement
qu'a l'OQLF, c'est de parler avec le répondant de l'entreprise, le répondant de
l'entreprise qui va lui dire... qui va répondre à la question, par
exemple, de l'inspecteur, il va lui dire : Oui, il parle français, ou non,
puis ça se termine là, juste pour s'assurer qu'il y a eu une discussion. Puis
c'est un moyen pour aussi envoyer un message aux dirigeants en parlant avec des
représentants du gouvernement du Québec par la personne de l'OQLF en lui
disant : Bien, voilà, je voulais que...
voir si vous parlez français etc., puis c'est très important, est-ce que...
comment est-ce qu'on peut vous accompagner, etc., et que ça ne soit pas
seulement le répondant, mais que le haut dirigeant puisse avoir cette
discussion avec les gens de l'OQLF.
Je sais que, par exemple,
pour... Je pense, c'est Air Canada... L'OQLF a écrit une lettre, si ma mémoire
est bonne, aux dirigeants d'Air Canada pour les rencontrer ou pour leur
dire : On vous invite fortement, puisque la loi va être changée, de vous
soumettre à la Charte de la langue française, et tout ça. Puis il n'y a pas eu
de réponse, puis ils ont dit : Non, non, non, on fait nos affaires de
notre côté, ne vous inquiétez pas. Donc, ça serait bien que les gens de l'OQLF aussi rencontrent les hauts dirigeants au
lieu que ce soit par lettre, et tout ça. Voilà. Donc, c'est un moyen très
simple, très pratique, puis je suis certaine que le ministre est ouvert.
La Présidente
(Mme Guillemette) : Merci, Mme la députée. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Oui, bien, écoutez, je comprends l'objectif, mais, déjà, à 53, là, c'est
déjà prévu qu'il y a un rapport à tous les 12 mois sur le suivi de la
situation linguistique, là, mais, juste vous dire, là, il y a près de
3 000 entreprises au Québec qui sont inscrites à l'OQLF. Si on les
rencontre, puis si on rencontre tous les hauts dirigeants de chacune des
entreprises, vous comprendrez que je ne pense pas que toutes les ressources de
l'OQLF devraient être mises là-dessus. Ils
en ont beaucoup à couvrir. Lorsqu'il y a un enjeu, l'OQLF intervient, mais je
ne pense pas que d'imposer une
obligation statutaire de rencontrer tous les hauts dirigeants des entreprises
systématiquement... Ça vient beaucoup
alourdir le processus, là. Il y a déjà un rapport sur la mise en oeuvre du
programme de francisation au sein de l'entreprise. L'OQLF est déjà en
mesure d'identifier quand il y a des situations problématiques.
Mme Ghazal : L'OQLF
rencontre déjà les répondants de l'entreprise. Donc, en plus, aujourd'hui, avec
les moyens technologiques, on n'est pas obligé de le rencontrer, puis de
prendre un café, puis de souper avec, là. Ça peut être juste : Oui,
bonjour, monsieur, comment ça va, depuis 2014, on attend que votre français
progresse, est-ce que vous avez besoin d'aide, etc., comment ça se passe, les
réunions? C'est-à-dire que cette rencontre-là pourrait être faite en même temps
que les rencontres, de toute façon, qui ont lieu aux cinq ans, je pense, avec
les entreprises. Ce n'est pas une rencontre supplémentaire.
M. Jolin-Barrette : Je
comprends, mais ça alourdit beaucoup le processus, puis ce qu'on veut...
M. Jolin-Barrette : Bien, pour
l'OQLF, notamment. Ce qu'on veut, c'est être efficaces. Puis, vous savez, on
donne beaucoup de ressources à l'OQLF, mais on veut aussi que... puis on leur
donne beaucoup de responsabilités, notamment, au niveau des 25-49,
l'accompagnement, la responsabilité aussi. Alors, c'est sûr que votre point, il
est intéressant, mais c'est déjà couvert par le rapport qui est fait
annuellement. Puis le répondant de l'entreprise, en francisation, s'il y a un
enjeu, il est en mesure de communiquer des informations. Puis l'OQLF, elle peut
toujours aussi rencontrer au besoin les
gens, les hauts dirigeants. Donc, c'est déjà inclus, mais d'en faire une
obligation statutaire aux cinq ans, moi, je trouve que ça alourdit
beaucoup de processus. Ça manque de flexibilité. Puis, si on veut mettre les
ressources aux bons endroits, je ne suis pas sûr que...
Mme Ghazal : C'est
où, les bons endroits? Parce que c'est vraiment très important. La culture
organisationnelle, incluant la langue parlée dans son entreprise,
découle d'en haut. Contrairement à la richesse, qui ne percole pas, elle,
jusqu'au bas de la société, dans une entreprise, le haut dirigeant, sa façon de
penser, elle percole jusqu'au plus bas. Pour avoir travaillé très, très
longtemps dans les entreprises, c'est très important. Puis, je pense, c'est la
même chose dans un conseil des ministres, dans un gouvernement, etc., les hauts
dirigeants, comment ils réfléchissent, comment ils pensent à tous les niveaux,
là, on parle de la langue française, mais à tous les niveaux, descend. Et je
peux vous assurer que ce qu'il dit a un impact partout au sein de l'entreprise.
Donc, si on veut que tout le monde au sein de l'entreprise
puisse travailler en français, il faut commencer par le haut de la pyramide.
Donc, c'est un excellent investissement,
parce que, si vous me dites que l'OQLF, elle a d'autres choses à faire plus
importantes, je me demande c'est quoi, si ce n'est pas les hauts
dirigeants dans l'entreprise?
M. Jolin-Barrette : Bien, en
fait, c'est une série de mesures. Puis je vous dirais... Vous dites :
Selon mon expérience... Je suis d'accord avec vous... Votre expérience remonte
avant le dépôt du projet de loi n° 96, à moins que vous me confiiez continuer à occuper un autre emploi, mais je ne le
crois pas. Mais le projet de loi n° 96 va avoir les outils
justement pour changer... puis donner des outils aux travailleurs pour faire
respecter leur droit de travailler en français.
Mais, quand vous me dites : Est-ce qu'on doit consacrer toutes les
ressources de l'OQLF à faire ça et un suivi qui est fait par l'OQLF?,
mais il faut accompagner sur l'affichage, il faut accompagner sur la langue du
travail dans l'organisation. Donc, ça rentre
déjà... mais créer cette obligation statutaire là aux cinq ans, moi, je trouve
que ça alourdit beaucoup le processus, puis je ne voudrais pas que
l'OQLF se concentre uniquement là-dessus. Ça en fait partie, mais je ne veux
pas que toutes les ressources soient mises uniquement sur cette question-là.
Mme Ghazal : Je suis vraiment
étonnée, parce que, si on veut... Si le ministre est très ambitieux dans... Quand il s'exprime, là, sur la langue parlée, la
langue au travail dans les entreprises, il semble très, très, très ambitieux,
mais encore faut-il mettre tous les moyens en place pour réaliser cette
ambition. Puis, si rencontrer le haut dirigeant un cinq minutes une fois aux cinq ans, ça peut être dans la même
rencontre que, déjà, l'OQLF doit faire avec des gens dans l'entreprise, si ça, c'est des ressources
gaspillées, je ne sais pas comment est-ce qu'on va atteindre l'ambition du
ministre d'envoyer un message incroyable puis de changement de culture. C'est
le cinq ans qui dérange le ministre? Si c'est écrit «au besoin»...
Jolin-Barrette : Moi, je pense qu'il faut... Bien, votre
proposition, c'est de mettre «au besoin»? Bien, suspendons quelques
instants.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci.
Donc, nous allons suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à 16 h 14)
Présidente (Mme Guillemette) : Donc, la commission reprend ses travaux sur la
discussion de l'amendement de Mme la députée de Mercier. M. le
ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. Bien,
écoutez, l'OQLF peut déjà le faire, de rencontrer les hauts dirigeants dans le
suivi de leurs programmes de francisation. Donc, c'est déjà comme ça.
Ghazal : Puis ça, c'est déjà comme ça. Cet outil-là, c'est quoi, c'est
dans leurs façons de faire ou c'est écrit quelque part?
Jolin-Barrette : Pour vérifier l'application du suivi du processus de
francisation, ils peuvent rencontrer... ils peuvent mettre en place les mesures
de... faire les vérifications nécessaires.
Mme Ghazal : Et
ils rencontrent les hauts dirigeants à quelle fréquence?
Jolin-Barrette : Ils peuvent les rencontrer si nécessaire.
Mme Ghazal : Les
20 % qui ont un programme de francisation, est-ce que, dans ces 20 %
là que ce n'est pas terminé, là, ils n'ont
pas eu leur certificat parce qu'il y a des recommandations ou il y a des
non-conformités... Est-ce que... C'est quoi, le pourcentage dans ces 20 %
où l'OQLF rencontre le haut dirigeant? Est-ce que c'est systématique?
Jolin-Barrette : Bien, je n'ai pas le détail de ça, non, mais parce
que, notamment, aussi, ça arrive que le haut
dirigeant, supposons, le principal dirigeant, c'est celui également qui est
répondant pour l'OQLF aussi, donc, ce niveau de détail là. Mais ce que je peux
vous dire, c'est qu'avec les outils qu'il y a dans le projet de loi n° 96
ça va permettre justement de faire en sorte d'amener les gens à avoir
une généralisation de l'utilisation du français, incluant les hauts dirigeants,
puis votre amendement a contribué à ça également.
Mme Ghazal : Moi, je... Le ministre a été très, très...
beaucoup plus virulent quand on parlait de l'exemplarité de l'État,
quand on parlait de la langue parlée pour l'apprentissage du français pour les
immigrants. Là, je le sens un peu plus sur les freins par rapport à cette
question-là. Moi, c'est ce que je ressens. Ce n'est vraiment rien, à tous les cinq ans, que l'OQLF, pour qui le ministre se vante
constamment qu'il a donné beaucoup de moyens, beaucoup de ressources... On va avoir les crédits budgétaires.
Il va s'en vanter sans arrêt en disant tous les outils, en les énumérant.
Et là prendre cinq minutes sur Teams, Zoom, n'importe quelle façon, pour
rencontrer le haut dirigeant pour envoyer un vrai message de façon
individualisée, il trouve que c'est beaucoup trop de travail, c'est mettre les
ressources à la mauvaise place. Je le trouve beaucoup plus frileux quand il
s'agit de demander des petites choses pour les hauts dirigeants dans les
entreprises et je trouve ça bien dommage, parce que ce n'est pas comme ça, ce
n'est pas avec ce manque d'ambition qu'on va
pouvoir changer la culture dans les entreprises au Québec, et ce n'est pas...
Ça ne va pas, du jour au lendemain, changer, c'est vrai...
M. Lévesque
(Chapleau) : Mme la Présidente, je pense... rappeler à l'ordre la
députée.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
M. le député. Donc, Mme la députée, je vous demanderais d'être prudente
dans vos propos. Les discussions se passent bien présentement.
Mme Ghazal :
Bien, ça se passe bien depuis le début.
La Présidente (Mme Guillemette) : Donc,
on a des belles discussions cordiales. Donc, je vous cède la parole.
Mme Ghazal :
Oui, oui, mais je ne comprends pas pourquoi est-ce que le ministre... Je le
sens, c'est ce que je... Je vais parler au «je». Je sens qu'il manque de sa
verve et de sa fermeté pour protéger la langue française quand il s'agit de
prendre un peu de temps des hauts dirigeants des entreprises, et il y en a
beaucoup, beaucoup plus. Là, on n'a pas les
chiffres exactement, mais il y en a beaucoup, surtout à Montréal, beaucoup plus
que quelques exceptions, là, où les
hauts dirigeants, même ceux qui ont leur programme de francisation, qui ne
parlent probablement pas le français, même ceux qui ont leur programme
de francisation, puisque je l'ai déjà vu.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
Mme la députée. M. le ministre, ça va? Donc, d'autres interventions sur
l'amendement de Mme la députée de Mercier? S'il n'y a pas d'autre intervention,
je vais mettre l'amendement aux voix. Est-il adopté?
La Présidente
(Mme Guillemette) : Par appel nominal. Mme la secrétaire, s'il
vous plaît.
Secrétaire : Mme Ghazal (Mercier)?
La Secrétaire :
M. Jolin-Barrette (Borduas)?
M. Jolin-Barrette :
Contre.
La Secrétaire : M. Lévesque
(Chapleau)?
M. Lévesque
(Chapleau) : Contre.
La Secrétaire :
M. Jacques (Mégantic)?
La Secrétaire : M. Émond
(Richelieu)?
La Secrétaire : M. Lemieux
(Saint-Jean)?
La Secrétaire :
M. Poulin (Beauce-Sud)?
La Secrétaire : M. Martel
(Nicolet-Bécancour)?
La Secrétaire :
Mme David (Marguerite-Bourgeoys)?
La Secrétaire :
M. Birnbaum (D'Arcy-McGee)?
La Secrétaire : M. Barrette
(La Pinière)?
La Secrétaire : Et
Mme Guillemette (Roberval)?
La Présidente (Mme Guillemette) : Abstention.
Donc, nous retournons à la discussion sur l'article 84 amendé. Est-ce qu'il y a des interventions sur
l'article 84 amendé? S'il n'y a pas d'intervention, je vais mettre
l'article aux voix. Est-ce que l'article 84, amendé, est adopté?
Présidente (Mme Guillemette) : Donc, l'article 84
amendé étant adopté, nous passons à l'article 85. M. le ministre,
voulez-vous nous en faire la présentation, s'il vous plaît?
M. Jolin-Barrette :
L'article 143
de cette charte est modifiée :
1° dans le troisième alinéa :
a) par la
suppression de «, tous les vingt-quatre mois, dans le cas où l'entreprise
emploie moins de cent personnes, et»;
b) par le remplacement de «, dans le cas où elle
emploie cent personnes ou plus» par «. Lorsqu'un comité de francisation
est institué au sein de l'entreprise, il lui incombe de voir à la rédaction de
ce rapport»;
2° par l'ajout, à la fin, de l'alinéa
suivant :
«L'entreprise diffuse son programme de
francisation et les rapports sur sa mise en oeuvre auprès de son personnel.»
Commentaires :
L'article 85 du projet
de loi propose de modifier l'article 53 de la Charte de la langue
française de façon complémentaire avec l'introduction de l'article 138.1
de la charte par l'article 80 du projet loi pour préciser les
responsabilités du comité de francisation que pourrait avoir été tenu de former
l'entreprise.
De plus, l'article 85 ajoute un alinéa à
l'article 143 afin de prévoir la diffusion du programme de francisation
auprès des employés d'une entreprise, de même que celle des rapports sur la
mise en oeuvre.
Présidente (Mme Guillemette) : Merci, M. le ministre. Des
interventions? Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Dans ce cas-ci, je dirais, le ministre retrouve sa verve et sa
fermeté puisque, là, ça prend 12 mois pour être sûr qu'on envoie un
rapport. Or, c'est sûr que le ministre n'est pas sans
savoir que les entreprises trouvent que ça revient vite, 12 mois. Quand on
est jeune, 12 mois, c'est long dans notre
vie. Plus on vieillit, 12 mois, plus ça passe vite, on le sait, hein, Mme
la Présidente. On aime ça que... On voudrait que ça passe plus
lentement, mais ça passe très vite, 12 mois.
Donc, revenir aux 12 mois pour toutes les
entreprises, parce que, là, j'ai compris que toutes celles qui avaient un
programme de francisation, ce ne sont plus seulement celles de
100 personnes ou plus, c'est tout le monde, donc, auquel sera soumis...
qui seront soumis à la loi 101, donc c'est les 25 et plus, si je comprends
bien, alors, si je ne me trompe pas, et que ce sont les entreprises qui ont
25 employés et plus, pourquoi on passe de 24 à 12?
La Présidente (Mme Guillemette) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : En fait,
puis la députée de Mercier va être, je suis convaincu, d'accord avec moi, c'est
pour assurer un suivi plus régulier des
mesures en matière de programme de francisation, pour faire un meilleur suivi. Puis,
honnêtement, le suivi qui est demandé, là, c'est un document d'environ
13 pages avec, justement, des cases à remplir, tout ça. Alors, ce n'est
pas très... Ce n'est pas très volumineux, là.
Mme David : Pourquoi, en 2013,
vous étiez aussi frileux pour, justement, ne pas alourdir les entreprises, et
puis là le dégel est vraiment complet? C'est comme le réchauffement climatique,
là, c'est vraiment... Il n'y a plus de limite à ce qu'on impose aux
entreprises, mais on parle d'entreprises qui peuvent avoir 26 employés,
27, 28. Ça revient vite tous les ans, faire même 12 pages, parce que
12 pages, ça peut paraître court, cocher, cocher, puis ça peut paraître long à cause de toutes les vérifications
qu'il faut qu'on fasse. Qu'est-ce qui se passe tant que ça pour qu'il y ait
une si grosse différence entre un an et deux ans?
M. Jolin-Barrette : Bien, je
vous dirais, pour mieux accompagner les entreprises aussi, pour être sûr
d'avoir un impact sur le marché du travail, il faut s'assurer de changer
rapidement et d'apporter les correctifs requis. Puis, honnêtement, vous le
savez, comme la lutte aux changements climatiques, chaque année compte. Alors,
nous, on ne nie pas la lutte... le
réchauffement de la planète. Il faut lutter contre le réchauffement climatique.
Alors, on fait la même chose. On ne nie pas le déclin du français.
Alors, on agit.
Mme David : Mais, à la limite,
pourquoi pas six mois, quatre mois, trois mois?
M. Jolin-Barrette : Bien là,
vous m'auriez dit : Vous ambitionnez, M. le ministre.
Mme David : Bien, je trouve,
vous ambitionnez même à 12, parce que moi, je ne suis pas chef d'entreprise,
mais on sait que les choses reviennent vite, là. Et la fédération québécoise du
commerce de détail, d'ailleurs, dit que les politiques publiques devraient être
faites de façon à favoriser une certaine agilité, mais là à peu près tous
trouvent que c'est intense, là, à tous les ans.
M. Jolin-Barrette : Je
comprends, mais, vous savez, à l'intérieur d'une année, il peut se passer beaucoup
de choses, puis c'est important
d'avoir un suivi régulier puis faire en sorte également de pouvoir avoir les
outils pour accompagner...
Mme David : Puis qui dit
annuellement dit deux fois plus qu'aux 24 mois. On se comprend, c'est...
aux ans, c'est deux fois plus de
paperasse qu'à tous les deux ans pour l'OQLF. Donc, il faut que l'OQLF...
Encore une fois, là, si on additionne, puis peut-être que je le ferai à
un moment donné, tout ce qu'on leur demande, ça va être digne d'une immense...
un ministère à eux tous seuls.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais
juste vous dire, là, pour les entreprises, là, de 100 employés et plus,
c'est déjà aux 12 mois actuellement.
Là, du fait... On vient harmoniser tout le monde à 12 mois. On prend les
meilleures pratiques.
Mme David : Oui, mais c'est
parce que...
M. Jolin-Barrette : Il faut
arriver...
Mme David : ...100 et plus, on
comprend qu'il y a un département de ressources humaines...
M. Jolin-Barrette : Oui, mais
on parle de 12 pages.
Mme David : 26 employés, ce
n'est pas gros, là.
M. Jolin-Barrette : Oui,
mais, honnêtement, si... Dans une entreprise de 26 employés, c'est encore
beaucoup plus facile à atteindre parce que vous avez moins de personnel.
Les directives vont beaucoup plus rapidement de la haute direction vers les
employés. Puis on va être en mesure, justement, avec Francisation Québec, avec
l'OQLF, d'accompagner d'une façon très serrée les entreprises. Ce qu'on veut,
dans le fond, puis ce que vous souhaitez avec moi,
c'est la transformation du marché du travail pour que ça se passe en français.
Alors, il faut être vigoureux là-dedans, il faut accompagner, il faut
soutenir à tous les jours, là.
Mme David : Vous
avez raison, accompagner, accompagner, accompagner, mais ça va vous prendre, en
pleine pénurie de main-d'oeuvre, une armée de gens pour accompagner, là,
c'est...
M. Jolin-Barrette :
Mais, vous savez, ce qui est intéressant, là, c'est qu'il y a un momentum
pour amener des changements en matière de la
langue française, puis c'est motivant de venir travailler à l'OQLF ou de venir
travailler au futur ministère...
Mme David :
Mais il n'y en a plus, d'employés, nulle part.
M. Jolin-Barrette :
Oui, mais, vous savez, les employés, maintenant, peuvent choisir des
emplois qui les intéressent. Puis, au Québec, il y a beaucoup de gens qui
valorisent la langue française. Alors, moi, je suis convaincu qu'en matière de
recrutement Me Champagne va réussir à combler rapidement tous ces postes.
Mme David :
Je vous souhaite vraiment la lune, M. le ministre, parce que c'est...
M. Jolin-Barrette :
Mais avouez que c'est stimulant comme défi.
Mme David :
Bien, tous les employeurs disent : Nous embauchons, superstimulant,
venez avoir du plaisir. Tout le monde dit ça en ce moment. Alors, je ne suis
pas sûre que la langue française attire tant que ça des jeunes en particulier,
qui vont se précipiter pour aller surveiller des entreprises, pas sûre que ça
va les exciter tant que ça.
M. Jolin-Barrette :
Pas surveiller, pas surveiller, accompagner des entreprises.
Mme David : Accompagner et surveiller
parce qu'il y a quand même une loi qui va avec... Donc, 12 mois, vous
trouvez que ça...
Jolin-Barrette : C'est raisonnable.
Mme David :
Puis comment vous allez, justement, accompagner les organismes économiques? Là,
je pense à tous les programmes de...
J'apprends le français, ou tout ça, qui travaillent avec des petites
entreprises. Peut-être, vous allez me
dire : C'est des plus petites encore, celles-là, des moins de 25, mais, ça
aussi, il va falloir accompagner, financer tous les gens, comme vous
dites, de bonne volonté qui veulent aider à la francisation.
Jolin-Barrette : C'est un travail de collaboration avec plusieurs
organismes, effectivement.
Mme David :
Alors, je ne vous ferai pas changer d'idée sur les délais. Je le sais, Mme la
Présidente, quand il tient à son idée. O.K., je n'ai pas d'autre intervention.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Pas d'autre commentaire? Donc, est-ce qu'il y a
d'autres commentaires sur l'article 85? Donc, s'il n'y a pas d'autre commentaire,
je vais mettre aux voix l'article 85.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Adopté sur division. Donc, 86. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : «144.1. L'entreprise qui prévoit ne pas avoir complété la mise en oeuvre
d'un programme de francisation dans le délai qui y est prévu peut en
demander la prolongation à l'office.
«La demande doit être
transmise à l'office au plus tard trois mois avant l'expiration du délai.»
L'article 44.1
de la Charte de la langue française que propose l'article 86 du projet loi
permet à l'office de prolonger le délai à
l'intérieur duquel la mise en oeuvre d'un programme de francisation doit être
complétée. Il précise, de plus, le délai minimal dans lequel la demande
de prolongation doit être transmise à l'office.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
M. le ministre. Des commentaires sur cet article? Mme la députée de
Marguerite-Bourgeoys.
Mme David :
Question : Est-ce que l'OQLF est ouverte et compréhensive face à ce genre
de demande là?
M. Jolin-Barrette : Oui. En fait,
actuellement, administrativement, c'est ce qui se passe, et là on vient
conférer le pouvoir véritablement à l'office.
Mme David :
Puis il faut qu'il fasse trois mois... Il faut que, trois mois avant, ils
sachent qu'ils ne sont pas prêts... qu'ils ne seront pas prêts puis...
M. Jolin-Barrette : Bien,
honnêtement, pour qu'il y ait une certaine prévisibilité, pour amener l'office
à les accompagner aussi pour, déjà, donner la possibilité, donc, ça amène de la
flexibilité, là, le trois mois.
David : O.K., ce qui est intéressant, Mme la Présidente, c'est ce qui
n'est pas modifié aussi. Alors, je n'éveillerai pas le ministre à des choses
qui ne sont pas modifiées parce que je trouve qu'il en modifie déjà pas mal, mais il y a quand même des articles fort
intéressants dans la charte actuelle qui parlent de toutes sortes de
conditions. Je dis juste ça comme ça.
Mais 144.1, donc, trois mois avant l'expiration du délai, mais ce n'est pas,
donc, impossible, dans la pratique
actuelle, qu'il y ait acquiescement de l'office à une demande
d'expiration, moyennant des explications, j'imagine, valables. O.K., ça
va, Mme la Présidente.
Jolin-Barrette : Voulez-vous qu'on modifie autre chose dans le projet
de loi?
Mme David :
Non, monsieur.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Merci, Mme la députée. Donc, d'autres commentaires sur
l'article 141 introduit par l'article 86? Donc, je vais mettre aux
voix l'article 86. Est-il adopté?
La Présidente (Mme
Guillemette) :
L'article 86 étant adopté, M. le ministre,
présentez-nous, s'il vous plaît, l'article 87.
Jolin-Barrette :
L'article 146 de cette charte est modifié par
l'ajout, à la fin du deuxième alinéa, de la phrase suivante : «Lorsqu'un
comité de francisation est institué au sein [d'une entreprise], il lui incombe
de voir à la rédaction de ce rapport.»
Commentaires :
L'article 87 du projet loi propose de modifier l'article 146 de la
Charte de la langue française de façon complémentaire avec
l'introduction de l'article 138.1 de la charte par l'article 80 du
projet loi pour préciser les responsabilités du comité de francisation que
pourrait avoir été tenu d'informer l'entreprise.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
M. le ministre. Des commentaires sur cet article? Pas de commentaire.
Donc, je vais mettre aux voix l'article 87. Est-il adopté?
La Présidente (Mme
Guillemette) :
L'article 87 étant adopté, M. le ministre,
l'article 88, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui. «146.1. Lorsque l'office estime, après examen du rapport qu'une
entreprise lui remet...» Pardon. «Lorsque l'office estime, après examen
du rapport qu'une entreprise lui remet en vertu du deuxième alinéa de
l'article 146, que l'utilisation du français n'est plus généralisée à tous
les niveaux de l'entreprise, il lui ordonne d'élaborer et de mettre en oeuvre
un plan d'action pour remédier à la situation.
«Avant d'ordonner
l'élaboration et la mise en oeuvre d'un plan d'action, l'office doit notifier
par écrit à l'entreprise le préavis prescrit par l'article 5 de la
Loi sur
la justice administrative et lui accorder un délai d'au moins 15 jours
pour présenter ses observations».
Commentaires :
L'article 146.1 de la Charte de la langue française que propose
l'article 88 du projet de loi confère à l'office le pouvoir d'ordonner à
une entreprise d'élaborer et de mettre en oeuvre un plan d'action lorsqu'il
constate que l'utilisation du français n'est plus généralisée à tous les
niveaux de cette entreprise. Le plan d'action doit permettre de remédier à la
situation.
Avant
d'ordonner à une entreprise d'élaborer et de mettre en oeuvre un tel plan,
l'office doit lui donner l'occasion de présenter ses observations dans
un délai d'au moins 15 jours.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci, M. le ministre. Des interventions sur cet article?
Donc, les discussions étant terminées, M. le ministre,
l'article 146.2.
M. Jolin-Barrette :
Oui. «Le plan d'action doit être soumis à l'approbation de l'office dans
les deux mois de la date de réception de la
décision de l'office prévue au premier alinéa de l'article 146.1. Les
dispositions de la présente
section concernant le programme de
francisation s'appliquent au plan, compte tenu des adaptations nécessaires.»
Commentaires :
L'article 146.2 de la Charte de la langue française que propose
l'article 88 du projet de loi précise le délai dont dispose l'entreprise
pour soumettre son plan d'action à l'office. Il prévoit que, pour le reste, les
dispositions relatives aux programmes de francisation s'appliquent au plan,
compte tenu des adaptations nécessaires.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
M. le ministre. Des interventions sur cet article? Donc, s'il n'y a pas
d'intervention, je vais mettre aux voix l'article 88. Est-il adopté?
La Présidente (Mme Guillemette) :
L'article 88
étant adopté, je passe à l'article 89, s'il vous plaît. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Cette charte est modifiée par l'insertion, après l'article 148, de ce
qui suit :
«Francisation dans certaines autres entreprises
«149. L'office,
après consultation de Francisation Québec, détermine annuellement, dans les
secteurs d'activités qu'il choisit,
les entreprises assujetties à la
Loi sur la publicité légale des entreprises
(chapitre P-44.1) qui emploient au moins cinq personnes, sans être visées à l'article 139, auxquelles
il [fournira] de mettre en place les services d'apprentissage du
français fournis par Francisation Québec conformément au
chapitre VIII.2
du
titre I.
«L'office avise l'entreprise concernée de
l'offre qui lui est faite et du délai dont elle dispose pour l'accepter et, le
cas échéant, pour convenir avec Francisation Québec des modalités selon
lesquelles ces services seront fournis. L'office transmet une copie de cet avis
à Francisation Québec.»
Je vais vous
lire le commentaire à 149 :
L'article 89 du projet de loi propose
l'introduction, dans le
chapitre V du
titre II de la Charte de la langue française, d'une
section III
relative à la francisation dans les entreprises assujetties à la
Loi sur
la publicité légale des entreprises qui emploient au moins cinq personnes sans
toutefois en employer, pendant plus de six mois, au moins 25.
Cette
section comporte les articles 149 et
L'article 149 de la charte confère à
l'office la responsabilité de déterminer, à chaque année, celles de ces
entreprises auxquelles il offrira de mettre en place les services
d'apprentissage du français fournis par Francisation Québec. Préalablement à
cette détermination, l'office doit consulter Francisation Québec.
L'article 149 prévoit de plus les avis que
l'office doit transmettre à l'entreprise à laquelle il offre de mettre en place
des services de francisation et à Francisation Québec.
Les dispositions de l'article 149 entreront
en vigueur un an après la sanction du projet de loi, ainsi que le prévoit le
paragraphe 3° de l'article 201.
Présidente (Mme Guillemette) : Merci. Donc, oui, des
interventions. Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Oui. Alors là,
écoutez, on tombe dans un
chapitre qui m'intéresse beaucoup, parce que, là, on
ne parle plus des grandes entreprises, on parle des toutes petites, cinq à 25.
C'est beaucoup, beaucoup de petites, petites entreprises au Québec, ça, c'est
beaucoup de monde. Est-ce que c'est à ce genre de programmes là qu'il
s'applique, J'apprends le français... à ce genre de petites entreprises?
M. Jolin-Barrette : Bien,
J'apprends le français, ça peut être des entreprises qui sont un peu plus que
cinq employés, aussi, où est-ce qu'ils leur mettent un macaron puis ils leur
disent : On vient vous donner... Bien, en fait, souvent, c'est un étudiant
qui vient, puis ils discutent en français, puis tout ça. Oui, entre autres, ça
pourrait, mais là l'objectif, c'est de cibler certains secteurs. Vous avez...
supposons, une année, on vise, supposons, le textile, le manufacturier; une
autre année, les entreprises de proximité, le commerce. L'objectif est de faire
en sorte que Francisation Québec, avec l'OQLF, dans son action, va faire en
sorte de cibler des secteurs stratégiques, justement, annuellement, pour
dire : Bien, écoutez, nous, on veut vous offrir de la francisation parce
que, dans ce secteur-là, ça a un impact, alors voici, on vous offre les
services de Francisation Québec.
Mme David : Donc,
typiquement : centres-ville, boutiques, 10, 15 employés. Quelqu'un... Et
ça, vous avez dû faire la mécanique de ça parce que, là, on ajoute un joueur,
si je comprends bien, qui va s'appeler Francisation Québec, qui n'existe pas,
qui va travailler avec l'office. Mais c'est l'office qui consulte Francisation
Québec et qui détermine quels secteurs, ou quelles rues, ou quels quartiers, ou
quels angles de commerces, quelles sortes de commerces elle va aller voir?
Est-ce que vous pouvez m'expliquer un peu la mécanique?
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est
surtout certains secteurs d'activité. Tu sais, ça pourrait être effectivement,
vous avez raison, le secteur commercial, le secteur de services, supposons, les
grands magasins, supposons, ou...
Mme David : Bien, ils vont
avoir plus que 25 employés, ceux-là, les grands, là.
M. Jolin-Barrette : Oui, vous
avez raison, vous avez raison. Ça pourrait être des boutiques puis ça pourrait
être des plus petites entreprises. L'objectif... Dans le fond, désormais,
Francisation Québec s'occupe du contenu, de pouvoir donner les cours, la
francisation, tout ça. Et ça se fait en collaboration avec l'OQLF qui...
L'OQLF, elle, a la connaissance, le nombre de plaintes sur le terrain,
l'accompagnement des entreprises. Donc, l'OQLF, qui est dans une démarche de
francisation d'une entreprise, va pouvoir offrir à l'entreprise, lui
dire : Écoutez, j'ai un partenaire qui s'appelle Francisation Québec, ils
sont spécialisés, eux, en matière de francisation. Puis l'objectif de
Francisation Québec, on va le voir plus
tard, c'est d'avoir une sorte de guichet unique pour regrouper les services,
pour faciliter, un, à la fois pour les personnes qui veulent apprendre le
français, mais, deux, également, pour les entreprises, qu'elles ne
puissent cogner qu'à une seule porte.
Mme David : Puis ça, ça va... on
parle de toute la francisation aussi, là. C'est comme le guichet unique de ce
que font à la fois les commissions scolaires, des organismes communautaires. On
sait que...
Jolin-Barrette : Et le ministère de l'Immigration, avec leurs
professeurs, dans les universités et les cégeps.
David : Et le ministère de l'Immigration, les enseignants membres du
syndicat des enseignants de l'État du Québec,
c'est tout ce monde-là, Francisation Québec. On n'en a pas encore parlé
beaucoup. Ça s'en vient, hein, c'est ça?
Jolin-Barrette : Ça s'en vient. L'idée, c'est de maximiser les
différentes ressources.
Mme David :
Oui. Et c'est un organisme... Parce
qu'on parle de gouvernance, beaucoup. Après, on va parler de
gouvernance, l'OQLF, le ministre, le ministère, le commissaire. Francisation
Québec, ce n'est pas encore clair dans ma tête, là.
Jolin-Barrette : Ça va être une direction au sein du ministère de
l'Immigration.
Mme David : De
l'Immigration?
Jolin-Barrette : Oui. Puis pourquoi est-ce qu'on l'a mis là? Parce
que, beaucoup, Francisation Québec, c'est
notamment pour franciser les personnes immigrantes, les accompagner. Bien
entendu, ils vont offrir des services de francisation aussi aux
personnes, au Québec, qui veulent améliorer leurs compétences langagières en
français. Mais il était tout à fait logique que ce soit au sein du ministère de
l'Immigration parce que, un, ce sont eux qui ont l'enveloppe financière en matière de francisation, pour beaucoup. Ils
collaborent déjà avec les centres de services scolaires, collaborent aussi avec le ministère du Travail.
Puis là actuellement il n'y aura pas d'enjeu entre les deux ministères, c'est
le même titulaire, donc...
Mme David : Mais
ça ne durera pas longtemps.
M. Jolin-Barrette : Ça, je ne sais pas, ce
n'est pas moi qui décide. Mais je trouve qu'il y a une belle complémentarité
actuellement.
Mme David : Mais,
si je comprends bien, c'est cette division... C'est parce que Francisation
Québec va être un organisme qui va relever d'un ministère mais qui va avoir sa
propre indépendance? Ce ne sont pas... Ce n'est pas une division au MIFI?
Jolin-Barrette : Oui, c'est une direction au sein du ministère de
l'Immigration.
Mme David : Donc,
ça va être vraiment des fonctionnaires. Ce n'est pas comme l'OQLF, qui n'est
pas une direction, c'est...
M. Jolin-Barrette :
Non, ça va être sous la responsabilité du ministre de l'Immigration.
Mme David : Oui,
mais vous, vous avez l'OQLF sous votre responsabilité.
Jolin-Barrette : Oui.
David : Mais ce n'est pas...
vous n'êtes pas dans un lieu physique, avec l'OQLF au troisième étage puis
vous au cinquième étage, là. Alors que Francisation Québec est plus près, en
termes de gouvernance, de...
M. Jolin-Barrette : Ça relève du ministre de l'Immigration,
vous avez raison. Dans le fond, ce n'est pas une entité indépendante,
c'est...
Mme David : Ce
n'est pas une société d'État non plus. Quand j'étais ministre de la Culture,
j'en avais 12, là. Disons, la Société de la Place des Arts...
Jolin-Barrette : Exactement.
Mme David : ...ils n'étaient pas logés au ministère de la
Culture. Francisation Québec va avoir une proximité plus grande...
Jolin-Barrette : ...va être au sein du ministère de l'Immigration, ça va
être...
Mme David : C'est
une direction?
Jolin-Barrette : C'est une direction à l'intérieur d'un
sous-ministériat.
Mme David : Donc,
il va y avoir un sous-ministre adjoint, disons?
Jolin-Barrette : Qui est responsable, oui. Dans le fond, c'est vrai,
vous avez raison, à l'Immigration, ce sont des sous-ministres adjoints. Et donc
le sous-ministre adjoint, à l'intérieur de son sous-ministériat, il va y avoir
une de ses directions qui va s'appeler Francisation Québec, qui va être chargée
de la francisation.
Mme David : Et
qui va... plus officiellement que maintenant? Parce que vous le dites que le
MIFI, déjà, quand même... Mais le ministère de l'Emploi est très impliqué aussi
à donner de l'argent pour la francisation dans les entreprises.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais l'enjeu, puis
la Vérificatrice générale, là, l'a dit dans son rapport, je pense, c'est en
2017... ça constitue un enjeu, le fait qu'il y ait vraiment plusieurs portes...
Mme David : C'est
vrai.
Jolin-Barrette : ...où les entreprises et où les personnes immigrantes
vont cogner. Ça fait que l'idée, avec
Francisation Québec, c'est de fédérer tout le monde. Puis le ballon est porté
par Francisation Québec. Donc, c'est très clair, on va avoir une porte
d'entrée pour la personne immigrante qui veut trouver des cours de
francisation : appelle Francisation
Québec, Francisation Québec va lui offrir un clés-en-main, voici, vous êtes
dans telle région. Francisation Québec va avoir des partenaires,
notamment les centres de services scolaires, qui font un bon travail en matière
de francisation également, ou un organisme
communautaire dont les professeurs sont payés par le ministère de
l'Immigration, ou, dans un cégep, les professeurs, également, sont payés
par le ministère de la Francisation... de l'Immigration, ou dans des
universités, où ils louent des locaux pour les cours de francisation.
Même chose,
l'entreprise, elle, qui souhaite avoir des ressources... Parce que là, actuellement,
oui, il y a le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale qui met de
l'argent, sauf que, des fois, il y a des trucs au ministère de l'Immigration aussi. Ça fait que ça va permettre
de consolider le tout, puis, comme État, on va parler d'une seule voix.
Tu sais, ça va être beaucoup plus clair pour le citoyen physique et le citoyen
corporatif qui dit : Là, là, où est-ce que je m'en vais? Moi, supposons, j'accueille des travailleurs étrangers
temporaires, là, dans mon entreprise, je veux les garder, je veux qu'ils
immigrent au Québec, ça fait que j'investis puis j'ai besoin d'outils pour les
franciser. J'appelle 1 800 Francisation
Québec, Francisation Québec dit : Parfait, on s'en occupe, on va venir
dans votre entreprise, on va vous trouver les ressources nécessaires
pour le faire.
Mme David :
Puis, en ce moment, je le sais, parce que, comme on dit, une chatte y perd ses
chatons, là, c'est... Je pense qu'il n'y a
pas un ministre responsable de la Langue française qui a compris vraiment tous
les méandres, et puis il fallait toujours parler à la collègue à
l'Immigration ou le collègue... Puis, même à ça, pour avoir visité à peu
près... autant organismes communautaires, centres de services scolaires,
universités, collèges, chacun a ses règles de fonctionnement,
c'est payé un petit bout par le MIFI, un petit bout par le collège, le collège
fournit l'accompagnement, genre,
tuteurs. En tout cas, je vous dis, c'est un organigramme assez inimaginable,
des organismes communautaires qui en
font beaucoup, de francisation, puis, je pense, c'est très, très important
aussi, parce qu'ils font aussi de la socialisation et d'autres choses.
Tous ces gens-là, tout l'argent va transiter par cette direction-là?
Jolin-Barrette : Bien, en fait, il faut savoir que, déjà, dans le
budget du ministère de l'Immigration, là, quand vous regardez les...
Mme David :
Mais il y a des transferts fédéraux aussi.
Jolin-Barrette : Bien, c'est ça, mais j'y arrive. Dans le fond, il y a
l'entente Canada-Québec de 1991, où il y a
beaucoup d'argent qui est transféré au MIFI. Puis d'ailleurs c'est à l'époque
où j'étais ministre de l'Immigration que la totalité de la somme a été
versée là...
Mme David :
Je le savais que vous iriez là. Oui, parce qu'on vous avait laissé beaucoup,
beaucoup d'argent dans la cagnotte pour que vous puissiez faire ça.
Jolin-Barrette : Non, c'est une attribution des sommes. C'est un choix
gouvernemental de prendre cet argent-là puis de dire : Ça s'en va...
Mme David :
Et de ne pas le mettre dans le fonds consolidé.
Jolin-Barrette : Exactement.
Mme David :
Parce que vous pouviez vous permettre ça, parce que le fonds consolidé avait
plein d'autre argent.
Jolin-Barrette : Ah! bien là, ça, c'est un...
Mme David :
Alors, c'est pour ça que je vous voyais venir avec ça. On parlait de
Francisation Québec.
Jolin-Barrette : C'est un
autre sujet. Mais, juste pour vous dire, au moment du budget, là, déjà, le
ministère de l'Immigration, dans ses crédits, transfère de l'argent à
Enseignement, à ministère de l'Emploi puis ministère de la Santé aussi, donc,
déjà. Ça fait que le ministère de l'Immigration est un gros contributeur, puis
l'argent, aussi, qu'il reçoit aussi du fédéral, notamment, puis l'argent bleu,
aussi, que le ministère de l'Immigration met, si je peux dire, l'argent du
gouvernement du Québec, fait en sorte de, justement... Les ressources sont là.
Donc, c'est logique que ça soit coordonné par le ministère de l'Immigration.
Mme David : O.K. Donc, ça, ce n'est
pas créé encore, on le crée avec cette loi-ci...
M. Jolin-Barrette : On le crée avec
cette loi-ci, exactement.
Mme David : ...cette nouvelle
direction du ministère. Qui est un sous-ministériat?
M. Jolin-Barrette : C'est à
l'intérieur d'un sous-ministériat. Donc, vous avez, supposons... Au ministère
de l'Immigration, il y a quatre sous-ministres adjoints, et, à l'intérieur du
mandat francisation, il va y avoir une direction qui va être francisation ou
Francisation Québec.
David : Et, de ce que vous
avez connu intimement, puisque vous étiez vous-même ministre de l'Immigration,
vous pouvez témoigner et nous assurer qu'il va y avoir une efficience nettement
accrue de fonctionner comme ça?
M. Jolin-Barrette : Bien,
clairement, parce que, moi, à l'époque où j'étais là, on se trouvait toujours
dans une situation où... à référer les citoyens au centre des services
scolaires, ou à l'Enseignement supérieur, ou... Donc là, ça va vraiment être
une coordination, puis on va établir des partenariats très clairs avec les
différentes entités, puis ça va être une porte d'entrée pour les employeurs,
une porte d'entrée pour les apprenants.
Mme David : Ce qui est intéressant,
dans votre organigramme qu'on est en train de construire, là, c'est vraiment une architecture, là, c'est que c'est
l'OQLF qui va consulter Francisation pour lui dire : Où est-ce que c'est
que tu penses qu'on devrait aller, l'an prochain ou dans... faire un plan
quinquennal, peut-être? On fait la rue Sainte-Catherine, à Montréal, en 2023‑2024 — je
donne un exemple fictif — on
fait tous les petits commerces de 25 et plus, parce que là... ou de...
C'est ça, là, on parle de 25 et plus... Non. Francisation, dans cet article-là,
c'est...
M. Jolin-Barrette : Bien, dans le
fond, c'est 5-25...
Mme David : C'est 5-25, c'est ça.
M. Jolin-Barrette : ...sauf que,
pour le temps qu'il y ait entrée en vigueur de 25-49, donc 25-49...
Mme David : Ça va être trois ans.
M. Jolin-Barrette : ...rentre en
vigueur dans trois ans, en attendant, Francisation Québec va faire 5-49.
David : 49. Alors, c'est
deux... Parce que l'OQLF ne relèvera pas du ministre de l'Immigration, il va
relever du ministre de la Langue française.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
Mme David : Donc, il va falloir
quelque part que, si ça ne s'entend pas, les... en dessous, les deux ministres
s'entendent entre eux pour décider de...
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est
l'office qui détermine qu'est-ce qu'on fait, supposons, cette année. Bien, conséquemment, du fait que c'est Francisation
Québec qui va offrir le service aux gens en francisation, on les consulte.
On travaille en équipe.
Mme David : O.K. Puis il faut que
cette équipe-là... il ne faut pas que Francisation Québec réponde : Écoute,
je n'ai plus d'employés, je n'ai pas de
monde, je n'ai pas d'argent, oublie ça, tes petites entreprises, là, je n'ai
pas d'argent. Ça, à ce moment-là, les deux ministres ont un problème.
Mais, quand ça va arriver, là, que l'OQLF va appeler des petites entreprises,
là, on est encore dans le plus petit, là, on est dans le six, sept, huit, qui
facture quoi? Comment ça marche pour les
employés? Est-ce qu'il faut que l'employeur les rende disponibles? Ça, j'ai lu
des affaires, en disant : On est
deux sur le plancher, s'il y en a un qui fait des cours de français, l'autre,
il ne pourra jamais répondre aux clients pour leur vendre des souliers.
Comment vous avez réfléchi à ces arguments-là ou ces craintes-là?
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est
clair qu'on... il n'y a pas personne qui va arriver puis qu'on ferme le magasin
pour dire : O.K., là, c'est les cours
de français, là. Francisation Québec va être là pour offrir la francisation qui
peut se faire sur l'heure de travail, ou pour offrir des cours le soir,
en dehors des périodes, ou pour développer des outils aussi en matière d'utilisation du français au
travail. L'important, c'est de donner les outils à l'employeur, aussi. Puis on
est dans une situation où il faut rendre accessible la francisation puis on est
prêts à aller sur les lieux de travail, donc l'objectif c'est d'offrir les
différentes possibilités aux employeurs.
Mme David : Mais est-ce que
l'employeur va avoir une marge de manoeuvre pour négocier, discuter,
dire : Tu arrives dans ma plus haute saison, là, j'ai vraiment de la
misère à te libérer mes employés; je suis d'accord, mais peux-tu revenir dans
deux mois, on peut-tu s'entendre que la saison, pour moi, c'est janvier,
février, mars puis que l'été, là, j'opère une
terrasse dehors, ou je ne sais pas quoi? Parce qu'il est bien dit :
«L'office avise l'entreprise concernée de
l'offre qui lui est faite et du délai dont elle dispose pour l'accepter et, le
cas échéant, pour convenir avec Francisation Québec des modalités selon
lesquelles ces services seront fournis.» Il y a une place à la discussion,
là-dedans.
M. Jolin-Barrette : Mais, bien
entendu, la démarche, là, de cet article-là, c'est de dire : Écoutez, on
permet à l'OQLF de cibler des secteurs stratégiques, puis, avec Francisation
Québec, l'OQLF vient puis dit : Bien, écoutez, on constate, supposons, qu'il y a des lacunes en matière de francisation,
on veut vous aider, on veut vous accompagner. On s'assoit autour de la table
puis on y va. Mais c'est sûr que, si on est dans une situation où, je ne sais
pas, là, c'est des cabanes à sucre, là...
Mme David : Bien, voilà, ça, c'est
un bel exemple.
M. Jolin-Barrette : O.K. Bon, ça
fait que, là...
Mme David : Ils arrivent au mois
d'avril en disant : On te francise maintenant.
Jolin-Barrette : Bien, c'est
ça. Bien, il y a le gros bon sens.
Puis, l'objectif, là, n'est pas de faire en sorte de mettre des bâtons dans les
roues des entreprises, là. Ce n'est pas l'objectif de la francisation, là. Ils
ne débarqueront pour dire : O.K., on arrête de faire couler les
érables puis on commence la francisation.
Mme David : On fait couler la langue
française.
Jolin-Barrette : C'est ça. Alors oui, bien entendu, ça va être en
fonction de la disponibilité des entreprises. Puis ça ne veut pas dire
que ça va être sur les lieux de travail, là. L'idée, c'est d'accompagner les
gens, d'offrir un clés-en-main, aussi, aux entreprises, aussi.
Mme David : Puis qui va payer pour
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait,
il y a beaucoup de subventions, déjà, de la part du MTS. C'est possible
également de prendre le 1 % dédié à la formation de la main-d'oeuvre en
matière de francisation. Donc, ça va être à développer,
à savoir s'il y a des frais qui sont chargés par Francisation Québec ou non,
une tarification. Mais l'objectif est de faire ça au plus faible coût
possible. Puis c'est sûr que, pour les personnes qui suivent les cours,
supposons, de français, l'objectif, c'est toujours la gratuité, là.
Mme David : Puis vous savez, on va
voir tout à l'heure... Si je vous pose toutes ces questions-là, c'est que si,
pour une raison ou pour une autre, l'entente ne fonctionne pas, il va y avoir
des pénalités, si je ne me trompe pas, et même des... ils ne pourront pas avoir
de contrat avec le gouvernement, et tout ça, donc c'est quand même assez
pénalisant si ça se rend là.
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est
parce que l'objectif, c'est de dire : Écoutez, c'est un secteur d'activité
qui est ciblé, il y a des lacunes, là, il y
a des lacunes dans votre entreprise, là, on constate véritablement qu'il y a un
problème, on vous offre de vous aider, on vous accompagne, tout ça.
L'entreprise, on souhaite qu'elle dise : Bien oui, là, tu sais, on va
trouver des modalités, et tout ça. Mais, si l'entreprise refuse de collaborer
pleinement, dit : Bien, écoutez, je rejette ça du revers de la main,
d'accord, c'est le choix de l'entreprise, bien, à ce moment-là, l'État ne contracte
avec cette entreprise-là.
Mme David : Mais vous avez dû parler
assez avec l'OQLF pour qu'ils vous disent : Écoutez, ça n'arrive à peu
près jamais, là. Ils ont quand même 50 ans d'expérience avec des
entreprises de toutes les... de toutes les tailles. Ça, ce n'est pas
nécessairement nouveau, nouveau pour eux, là, d'aller offrir... Moi, je connais
plus des programmes comme J'apprends le français, qui sont vraiment, comme vous
dites, des étudiants. Bon, on a des chiffres là-dessus, il y a quand même eu,
en 2017, 900 jumelages, là. Ça fonctionnait très bien. Je reposerai la
question pourquoi ce n'est plus financé, mais ils doivent avoir une expérience.
Est-ce qu'il y a des refus motivés? Est-ce qu'il y a eu des... qu'il y a
vraiment des entreprises qui disent : Nous, merci, mais non merci, comme
on dit?
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, c'est sûr que ça peut arriver, mais c'est un nouvel article, là, qu'on
amène. Alors, l'idée, c'est de faire en sorte vraiment de pouvoir avoir les
outils pour franciser le marché du travail. Honnêtement, je verrais
difficilement pourquoi un clés-en-main serait refusé. Puis l'offre va être
adaptée, que ça soit... la francisation, ça peut être en
ligne, en personne, sur les lieux de travail, en dehors aussi. Alors, on est
vraiment dans un mode d'accompagnement, là. Il n'y a rien de coercitif
là-dedans, là.
Mme David :
Vous parlez de souplesse là-dedans, là. Il pourrait y avoir plusieurs
modalités. Parce qu'à l'article 150, auquel on arrive, là, l'entreprise
est tenue de permettre aux personnes à son emploi de pouvoir, bon, se
franciser. Ça peut être bon, aussi, parce que l'employé qui voudrait être
francisé, son employeur ne va pas dire non. Mais c'est là que se pose la
question : Bien, qui le paie? L'employeur pourrait dire : Bien là, ça
va me coûter une fortune, je n'aurai plus personne sur le plancher, qu'est-ce
que je fais? Au secours! Mais l'employé... Je comprends l'esprit, qu'un
employeur ne peut pas empêcher un employé de pouvoir avoir accès à ces
services-là, mais il faut voir dans la mécanique.
M. Jolin-Barrette :
Bien, ce n'est pas nécessairement sur les heures de travail, là.
M. Jolin-Barrette :
Il ne faut pas comprendre, les services de Francisation Québec, que ça se fait
sur les heures de travail. Tu sais, ça peut se faire, si l'employeur est
d'accord, aussi, mais on ne forcera pas les entreprises à libérer leurs
employés.
Mme David :
Mais ils ne sont pas soumis à la loi 101, on va le dire vite de même,
là, les cinq à 25, disons.
M. Jolin-Barrette :
Bien, ils sont soumis...
Mme David :
Ils sont soumis à la loi 101, mais pas à la francisation de leur
entreprise au même
titre que les articles dont on vient de parler, là. Alors, est-ce
que c'est toujours à partir de la bonne volonté ou le pire qui peut arriver,
c'est ce que vous avez dit, c'est l'employeur dit : Ah! bien non, j'ai
d'autres chats à fouetter.
M. Jolin-Barrette :
Moi, ça ne m'intéresse pas, je ne participe pas...
Mme David : Ou il ne retourne pas les
appels ou, enfin, je ne sais pas, il y a une gradation dans la résistance, là.
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est une procédure
qui est adaptée. Puis ça rejoint un peu la proposition de politique gouvernementale
du Parti libéral, en 2011, en matière de francisation, qui disait :
«L'Administration n'accorde ni contrat,
ni subvention, ni avantage, quelle qu'en soit la valeur, à une entreprise
assujettie aux [entreprises] 135 à 154 de la charte, si cette entreprise
ne possède pas d'attestation d'inscription, ou si elle n'a pas fourni, dans le
délai prescrit, l'analyse de sa situation linguistique, ou si elle n'a pas
d'attestation d'application [du] programme ni de certificat de francisation, ou
si son nom figure sur la Liste des entreprises non conformes au processus de
francisation publiée sur le site Web de l'Office québécois de la langue
française.»
Mme David :
Vous voyez que le Parti libéral protège la langue française?
M. Jolin-Barrette :
Bien, des fois, ça se gâte dans l'application. C'est pour ça qu'on le met
dans la loi.
Mme David :
Bien, vous aviez votre prédécesseure qui disait qu'on avait juste à bien
appliquer la loi 101 puis on n'avait
pas besoin de changer. En 2018, la ministre responsable de la langue française
qui disait : Non, non, non, on ne changera pas la loi 101;
déjà, si on l'appliquait, ça serait bien.
M. Jolin-Barrette :
Mais ça, c'était avant qu'on connaisse toutes les études de l'OQLF, qui ont
été rendues publiques. Puis vous avez vu, on a eu le véritable portrait.
Mme David : Bon, mais vous avez quand
même des belles déclarations à l'effet que la loi 101, déjà appliquée,
ça aurait fait beaucoup le job, comme on dit.
M. Jolin-Barrette :
Mais honnêtement on n'aurait pas eu le plaisir de passer tout ce temps-là
ensemble.
Mme David :
Ah! bien là, on vient de changer de registre, là, M. le ministre. Donc,
parlez-moi, parce que je ne veux pas perdre la chance de parler de ce programme
que je connais bien, J'apprends le français. Il est arrivé des affaires, une
pandémie, mais on y est presque, là, avec vos cinq à 25, là, puis là, même,
cinq à 49, le temps que la... Bon, il y en a qu'il y a cinq employés, je suis
sûre, dans les gens qu'ils aident. Pourquoi... Oui, c'est l'angle mort de la francisation, c'est vraiment l'angle mort,
aller chez un nettoyeur, un dépanneur. Je ne peux pas imaginer que ce genre
de programme là — puis
je ne veux pas personnaliser avec un programme, mais celui-là est vraiment
intéressant — ne
puisse pas être... rentrer dans le grand bateau ou le grand navire de la langue
française.
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait,
l'important, c'est, pour nous, qu'on passe par l'OQLF et par Francisation
Québec, d'avoir une offre standardisée pour aller directement avec les
entreprises. Avant que Francisation Québec soit créée, je
comprends que ça avait des bénéfices, ce programme-là, mais là on va vraiment
avoir une stratégie d'intervention concertée. Puis, je pense que c'est le rôle
de l'État aussi d'agir à ce niveau-là.
Mme David :
Bien, je ne suis pas nécessairement en désaccord avec vous, mais ça veut dire
que vous êtes même prêts à aller dans les zéro à cinq employés?
M. Jolin-Barrette : Tout à fait. Puis on a un
article qui prévoit que toute entreprise peut faire appel à Francisation
Québec, peu importe le nombre.
Mme David : Oui,
mais là peut-être qu'ils ne le savent pas. Écoutez, là, déjà que, s'il y a deux
employés, puis ils essaient de joindre les
deux bouts, je ne suis pas sûre qu'ils se lèvent le matin en connaissant tous
ces détails-là. Alors, il faut aller vers eux, très souvent.
Mais ça veut dire,
vous pourriez être prêts à prendre un modèle comme celui-là, c'est du... c'est
pas mal du un pour un, là, on a... Et vous
pourriez, si je peux plaider pour la valeur de nos étudiants, disons,
universitaires, peut-être même collégial... d'utiliser des jeunes. Vous
dites : Plein de jeunes vont vouloir travailler pour l'OQLF. Ça pourrait
être une belle opportunité, ça, à contrat, d'aller s'asseoir avec quelqu'un qui
possède une franchise de dépanneur ou de nettoyeur et passer deux heures par
semaine à parler français. Je veux dire, vous n'êtes pas obligé d'envoyer
toujours un fonctionnaire de l'État pour faire ça. Il y a moyen d'avoir cette
souplesse, d'aller chercher des clientèles pour qui c'est une belle expérience
aussi de franciser des toutes petites entreprises. C'est pour ça que je... On
est tellement rendus pas loin de ça, en parlant des cinq à plus, que, je me
dis, ça serait formidable, tant qu'à faire, d'utiliser toute la main-d'oeuvre.
Puis des étudiants, ça peut être de la très belle main-d'oeuvre, vous le savez.
Vous avez été étudiant vous-même, vous auriez pu aller franciser quelqu'un dans
votre environnement.
Jolin-Barrette : Effectivement.
Mme David : Donc...
parce que là, vous dites quelque chose d'important, c'est la phrase la plus
importante : c'est à l'État de prendre
ces responsabilités-là. On pourrait déléguer, mais que ça reste sous le chapeau
de Francisation Québec, mais qu'ils aillent même vers les tout petits
qui ne sont pas nécessairement visés par les dispositions dont on parle
maintenant. Mais on ne les oubliera pas au passage.
Jolin-Barrette : On ne les oubliera pas. Ça, je pense que c'est
important d'agir à tous les niveaux, au niveau des différentes entreprises.
Mme David : Parce que déjà appeler ça «entreprise», c'est
peut-être un grand mot, pour avoir deux employés, là. Mais les gens le
remarquent, quand ils rentrent dans un commerce puis qu'on ne leur parle pas du
tout français.
Jolin-Barrette : Mais une personne qui fait des affaires, c'est une
entreprise.
Mme David : O.K. On est tous des entrepreneurs, Mme la
Présidente, parce que je pense qu'on fait une affaire, là.
Jolin-Barrette : Bien, pas actuellement.
Mme David : Bien,
on fait...
Jolin-Barrette : Bien, vous ne faites pas commerce.
Mme David :
...une affaire d'État. O.K. Ça va, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Ça va? Donc d'autres commentaires sur
l'article 149? Les discussions étant terminées, M. le ministre,
présentez-nous l'article 150.
M. Jolin-Barrette : C'est vrai, c'est vrai.
«L'entreprise qui met en place des services d'apprentissage du français fournis
par Francisation Québec est tenue de permettre aux personnes à son emploi qui
ne sont pas en mesure de communiquer en français de recevoir ces
services.
«L'article 137.1
s'applique à ces personnes, compte tenu des adaptations nécessaires.»
Commentaires :
L'article 150 de la Charte de la langue française que propose
l'article 89 du projet de loi complète l'article 149 de la charte et
prévoit que l'entreprise qui met en place les services fournis par Francisation
Québec doit permettre aux personnes à
son emploi qui ne sont pas en mesure de communiquer en français de recevoir ces
services.
Enfin, l'article 150,
par un renvoi à l'article 137.1, protège les employés bénéficiant de ces
services des sanctions ou des représailles dont ils pourraient faire l'objet
pour s'en être prévalus.
dispositions de l'article 150 entreront en vigueur un an après la sanction
du projet de loi, ainsi que le prévoit le paragraphe 3° de
l'article 201.
Présidente (Mme Guillemette) : Merci, M. le ministre. Des commentaires sur cet
article? Donc, s'il n'y a pas de
commentaire, je vais mettre aux voix l'article 89, mais, avant de ce
faire, je veux savoir si vous avez des commentaires
sur les intitulés de l'article 89. Et, s'il n'y a pas de commentaire, je
vais mettre l'article 89 aux voix. Est-ce qu'il est adopté?
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci.
L'article 89 étant adopté, M. le ministre, l'article 90, s'il vous
plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
L'article 151
de cette charte est modifié par le remplacement, dans le premier alinéa,
de «responsable de l'application de la présente loi» par «de la Langue
française».
L'article 90 du
projet de loi modifie l'article 151 de la Charte de la langue française
par concordance avec l'article 144 du projet de loi qui établit le
titre
de ministre de la Langue française.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Merci. Des commentaires sur cet article?
Mme David :
Bien, je vais quand même prendre quelques minutes pour souligner que...
La Présidente
(Mme Guillemette) : Allez-y, Mme la députée.
Mme David : Ah!
Excusez, je n'ai pas... j'étais trop pressée de souligner que le ministre...
La Présidente
(Mme Guillemette) : L'enthousiasme vous a...
Mme David :
...que le ministre aura donc un
titre à partir de... presque de maintenant,
parce qu'un jour la loi, on verra bien, mais
aura un aboutissement. Mais c'est ici qu'on dit officiellement qu'il y aura un
titre de ministre de la Langue française et non plus responsable de la
Langue française, et je sais que ça fait toute une différence.
M. Jolin-Barrette :
Effectivement, la personne qui sera choisie aura ce
titre à la sanction de
la loi.
Mme David : Ça
veut dire qu'elle a un ministère qui va avec. Ça veut dire que... ça veut dire
plusieurs choses, rentrer le
titre de ministre dans l'appareil étatique.
M. Jolin-Barrette :
Et ça signifie que ce ministre-là va avoir les outils pour agir.
Mme David :
Mais c'est ça que ça veut dire, oui.
M. Jolin-Barrette :
Et je pense que c'est important.
La Présidente (Mme Guillemette) :
C'est un beau signal, si je peux me permettre.
Mme David :
Ça m'étonne que Camille Laurin, à l'époque, n'ait pas revendiqué ce
titre-là, ce ministère-là. Mais c'était plus compliqué, à l'époque, aux
ministères d'État puis les...
La Présidente
(Mme Guillemette) : M. le ministre.
Mme David :
Vous n'êtes pas obligé de commenter.
M. Jolin-Barrette : Non, non, mais j'allais
faire un commentaire historique, là, mais je vais... je vais le retenir.
Non, non, c'était positif, là.
La Présidente
(Mme Guillemette) : Ça va?
M. Jolin-Barrette :
Je vais vous le dire, effectivement, il y avait des ministères d'État. Mais
ils se sont rendu compte que, finalement, des
ministres sans portefeuille avec des grandes missions, bien, peut-être que dans
le fonctionnement du Conseil des ministres, c'était préférable d'avoir
un portefeuille aussi, parce qu'ils se retrouvaient sans nécessairement
d'équipe, tout ça. Mais ils ont reproduit ça à l'époque, en 2001, quand
M. Landry est devenu premier ministre.
Mme David :
Je pense que Camille Laurin a moins aimé ça après la loi 101.
M. Jolin-Barrette :
C'est ce que j'ai lu, c'est ce que j'ai lu.
Mme David :
On a lu la même chose, M. le ministre.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci.
Donc, d'autres commentaires sur l'article 90? S'il n'y a pas d'autre
commentaire, je vais mettre l'article aux voix. Est-ce que l'article 90
est adopté?
Présidente (Mme Guillemette) : Merci, tout le monde.
Donc, l'article étant adopté, je mets... M. le ministre, présentez-nous
l'article 91, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui. Cette
charte est modifiée par l'insertion, après l'article 151, de ce qui suit :
«Respect du processus de francisation,
sanctions, exemptions et formulaires.»
Commentaires :
Par concordance avec l'article 89 du projet de loi qui propose
l'introduction, dans le paragraphe... pardon,
dans le
chapitre V, d'une
section III comprenant les
articles 149 et 150, l'article 91 du projet de loi propose de
faire des articles 151.1 à 154 de la charte... de la charte... de la
section IV de ce chapitre.
La Présidente (Mme Guillemette) : Des
commentaires?
Présidente (Mme Guillemette) :
Donc, s'il n'y a pas de commentaire, je vais mettre aux voix
l'article 91. Et comme c'est un intitulé, est-ce qu'il y a des
commentaires sur l'intitulé? Pas de commentaire. Donc, est-ce que
l'article 91 est adopté?
La Présidente (Mme Guillemette) :
L'article 91
étant adopté, M. le ministre, l'article 92, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
L'article 151.1 de cette charte est modifié par le remplacement de «Commet
une infraction est passible des peines
prévues à l'article 205 l'entreprise qui ne respecte pas» et de «146» par
respectivement, «Une entreprise est tenue de respecter» et «146.2».
Commentaires : L'actuel
article 151.1
de la Charte de la langue française a pour objet de préciser clairement qu'il y
a une commission d'une l'infraction lorsqu'une entreprise fait défaut de
respecter les obligations découlant du programme de francisation.
Comme les articles 177 et 205 de la charte
que proposent respectivement les articles 113 et 114 du projet de loi
remplacent les actuelles dispositions pénales de la charte par des dispositions
ou en cas de manquement, l'office pourra d'abord intervenir par une ordonnance
de nature administrative enjoignant de se conformer à la Charte ou de cesser d'y contrevenir et que c'est seulement en
cas de manquement à une telle ordonnance qu'il sera possible d'entreprendre des poursuites pénales. Il y a lieu
de remplacer les dispositions de l'article 151.1 qui constituent
l'infraction. Ainsi, si une
entreprise ne respecte pas les obligations qui lui incombent dans le cadre d'un
programme de francisation, l'office pourra l'enjoindre à respecter
l'article 151.1.
L'article 92 remplace aussi un renvoi à
l'article 146 par un renvoi à l'article 146.2 par concordance avec
l'introduction des articles 146.1 et 146.2 proposés par l'article 88
du projet de loi.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
M. le ministre. Donc, des commentaires sur cet article?
Mme David : C'est bien à
l'article 92, là, 151.1?
La Présidente (Mme Guillemette) : Oui,
tout à fait.
Mme David : O.K. J'annonce que
j'aurai un amendement à l'article 93.
Présidente (Mme Guillemette) : Le suivant, mais pour
l'article 92, il n'y a pas de commentaires? Donc, je mets aux voix
l'article 92. Est-il adopté?
Présidente (Mme Guillemette) : Donc, l'article étant
adopté, je... nous allons passer à l'article 93. M. le ministre, je
vous laisse nous le présenter.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Et à 93... Je vais vous lire 152 en premier, puis il y a 152.1 dans l'article
aussi, alors :
«152.
L'office publie et tient à jour la liste des entreprises pour lesquelles il a
refusé de délivrer une attestation ou dont il a suspendu ou annulé une
attestation ou un certificat.»
Commentaires :
L'article 152 de la
Charte de la langue française que propose l'article 93 du projet de loi
prévoit la publication par l'office d'une liste des entreprises non conformes.
Présidente (Mme Guillemette) : Merci. Donc, des commentaires sur
l'article 152 introduit par l'article 93? Donc, si...
Mme David : En
fait, je comprends que 152... On n'est pas à 152.1, là, on est à 152.
La Présidente (Mme Guillemette) : Non,
non, c'est le suivant.
Mme David : C'est juste qu'il publie
et tient à jour la liste des entreprises?
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
Mme David : Alors, non, ça va.
La Présidente (Mme Guillemette) : Parfait.
Merci. Donc, les discussions étant terminées, nous passons à
l'article 152.1 introduit par l'article 93. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui.
«L'Administration ne peut conclure un contrat avec une entreprise à laquelle
s'appliquent les dispositions de la
section II ou lui octroyer une
subvention lorsque cette entreprise ne possède pas d'attestation d'inscription,
n'a pas fourni, dans le délai prescrit, l'analyse de sa situation linguistique,
ne possède pas d'attestation d'application de programme ni de certificat de
francisation ou si son nom figure sur la liste prévue à l'article 152.
«Elle ne peut non plus conclure un contrat avec
une entreprise à laquelle s'applique la
section III ou lui octroyer une
subvention, lorsque cette entreprise, selon le cas :
«1° a refusé l'offre qui lui a été faite en
vertu de l'article 149, à moins que, par la suite, elle n'ait convenu de
mettre en place les services d'apprentissage du français fournis par
Francisation Québec;
«2° fait défaut de respecter les modalités convenues
avec Francisation Québec.
«Les premier
et deuxième alinéas n'ont pas pour effet d'empêcher Francisation Québec de
conclure un contrat avec une telle entreprise lorsqu'il a pour objet la
fourniture de services d'apprentissage du français.»
Commentaires :
L'article 152.1 de la
Charte de la langue française que propose l'article 93 du projet de loi prévoit que l'Administration ne peut conclure un
contrat ou octroyer une subvention à une entreprise dont le nom figure
sur la liste prévue à l'article 152.
Il prévoit la même sanction pour l'entreprise
qui, selon le cas :
Un, emploie
au moins 25 personnes pendant six mois lorsque, selon le cas, elle n'a pas
d'attestation d'inscription auprès de
l'office; elle n'a pas fourni l'analyse de sa situation linguistique dans le
délai imparti; ne possède pas d'attestation d'application de programmes
de francisation; ne possède pas de certificat de francisation;
Deux, est assujettie à la
Loi sur la publicité
légale des entreprises et emploie au moins cinq personnes sans employer 25 personnes ou plus pendant six
mois lorsque, selon le cas : elle a refusé l'offre qui lui a été faite par
l'office de mettre en place des
services d'apprentissage du français fournis par Francisation Québec; elle a
fait défaut de respecter les modalités convenues avec celles-ci.
Et enfin, le
dernier alinéa de l'article 152.1 précise que ces règles n'ont pas pour
effet d'empêcher Francisation Québec de fournir ses services à de telles
entreprises.
dispositions des deuxième et troisième alinéas de l'article 152.1
entreront en vigueur un an après la sanction du projet de loi, ainsi que
le prévoit le paragraphe 3° de l'article 201.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
M. le ministre. Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Je déposerais un
amendement parce que, là, je trouve le ministre bien, bien, bien sévère.
L'article tel qu'il existe actuellement dans la
charte, c'est : «Commet une infraction et est passible des peines prévues
à l'article 205 l'entreprise qui ne respecte pas les obligations», bon, et
là, c'est : L'entreprise «est tenue de respecter». Puis, après ça, on a du
droit nouveau, je dirais, c'est-à-dire des alinéas, 152, 152.1, «ne peut
conclure de contrat». C'est assez sévère, je dirais, et donc j'essaie bien
humblement... On a réfléchi à ça, de... Vous avez peut-être reçu l'amendement,
je le lirai.
La Présidente (Mme Guillemette) : L'amendement
est aux écrans présentement.
David : D'apporter un peu de douceur, au moins une étape
supplémentaire, un peu de... un petit quelque chose qui est moins...
moins raide, je dirais.
La Présidente (Mme Guillemette) : Vous
pouvez nous le présenter puis, après, on verra si on suspend pour en prendre
connaissance ou...
Mme David : Tout à fait.
La Présidente (Mme Guillemette) : Présentez-nous
l'article, s'il vous plaît.
Mme David : Donc, l'article
L'article 152.1 de la Charte de la langue française, introduit par
l'article 93 du projet de loi, est modifié par :
1° l'insertion — insertion,
il y a une faute d'orthographe, excusez — dans son premier alinéa, des
mots «si son nom figure sur la liste prévue à l'article 152 ou» après le
mot — et
non pas le «mon» — «subvention»;
2° l'insertion — encore la même faute
d'orthographe — dans
son premier alinéa, des mots «après avoir acheminé un avis écrit demandant à
l'entreprise de se conformer aux dispositions de la présente loi dans un délai
de 30 jours» après le mot «lorsque»; et
3° la suppression, dans son premier alinéa, des
mots «ou si son nom figure sur la liste prévue à l'article 152» après le
mot «francisation»;
4° par le
remplacement de son deuxième paragraphe par «après avoir acheminé un avis écrit — c'est
là qu'est la douceur — demandant à l'entreprise de se conformer
aux modalités convenues avec Francisation Québec dans un délai de
30 jours, fait défaut de respecter ces modalités.»
Alors, dans les commentaires, on peut donc
lire : «L'administration...» C'est... ça se lirait ainsi, l'article :
«L'Administration ne peut conclure un contrat avec une entreprise à laquelle
s'appliquent les dispositions de la
section II ou lui octroyer une
subvention si son nom figure sur la liste prévue à l'article 152 lorsque
après avoir acheminé un avis écrit demandant à l'entreprise de se conformer aux
dispositions de la présente loi dans un délai de 30 jours cette entreprise
ne possède pas d'attestation d'inscription, n'a pas fourni, dans le délai
prescrit, l'analyse de sa situation linguistique, ne possède pas d'attestation
d'application de programme ni de certificat de francisation.
«Elle peut non plus conclure un contrat avec une
entreprise à laquelle s'applique la
section III ou lui octroyer une
subvention lorsque cette entreprise, selon le cas :
«1° a refusé l'offre qui lui a été faite en
vertu de l'article 149, à moins que, par la suite, elle n'ait convenu de
mettre en place les services d'apprentissage du français fournis par
Francisation Québec, et
«2° — la nouveauté — après
avoir acheminé un avis écrit demandant à l'entreprise de se conformer aux
modalités convenues avec Francisation Québec dans un délai de 30 jours,
fait défaut de respecter ces modalités.»
Et ça reste identique après :
«Les premier et deuxième alinéas n'ont pas pour
effet d'empêcher Francisation Québec de conclure un contrat avec une telle
entreprise lorsqu'il a pour objet la fourniture de services d'apprentissage du
français.»
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci, Mme la députée.
Mme David : Alors,
essentiellement, c'est d'ajouter un peu de transition en envoyant un avis
écrit, comme pour dire : C'est sérieux,
on t'a envoyé un avis écrit pour te conformer. Tu ne te conformes toujours pas,
et là je pense qu'on peut agir. Alors, on ajoute l'étape de l'avis écrit
qui demande à l'entreprise de se conformer, ce qui n'existe pas, donc, dans le... dans l'article 152.1
actuel. Donc, dans l'article actuel, premièrement, l'entreprise refuse l'offre.
Ça, O.K., on ne le change pas. Puis,
deuxièmement, «fait défaut de respecter les modalités», bien, c'est là qu'on
met un petit quelque chose après avoir acheminé un avis écrit, elle fait
toujours défaut de respecter.
Alors, c'est essentiellement une étape de plus
pour lui dire : C'est sérieux, là, si... on t'a envoyé un avis écrit... On
fait de la législation, on sait qu'avec les juristes, là, il y a souvent des
avis écrits, là, qui doivent être envoyés, puis... Alors là, «aux modalités
convenues avec Francisation Québec dans un délai de 30 jours», si elle fait
toujours défaut de respecter ces modalités, là, on passe au bâton vraiment, là,
c'est-à-dire, il n'y a plus de contrat qui va être conclu.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci, Mme la députée. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. Bien,
je comprends l'objectif de la députée de Marguerite-Bourgeoys de rajouter,
supposons, le délai de 30 jours, mais, juste pour bien vous expliquer,
parce que ce qui est proposé par la députée de Marguerite-Bourgeoys, ça
ressemble beaucoup à ce qui est déjà dans la loi, puis je vais juste tenter de
le vulgariser.
Dans le fond, l'article 152.1 arrive en
bout de course lorsque l'entreprise, supposons, elle ne possède pas d'attestation d'inscription, n'a pas fourni sa
situation linguistique dans le délai, ne possède pas d'attestation
d'application du programme ni de certificat de francisation où son nom
figure, à l'article 152.
Pour en
arriver là, là, pour que 152.1 s'applique, là, dans un premier temps, on a
l'entreprise. L'entreprise est tenue, supposons, de faire l'analyse de
sa situation linguistique. L'entreprise fait défaut de le faire, O.K.? Là,
l'OQLF prend le téléphone ou se déplace en
personne, dit : Monsieur, madame, vous devez nous produire votre analyse
de la situation linguistique. L'entreprise dit non. L'OQLF rappelle,
elle dit : Écoutez, on vous rappelle qu'en vertu de la Charte de la langue française, vous devez produire votre
situation linguistique. L'entreprise, supposons, met ça dans la
filière 13. Deux semaines après,
un mois après, l'OQLF rappelle, elle dit : Écoutez, on veut vous
accompagner, on veut vous aider. Avez-vous besoin d'aide, tout ça?
Réponse : Non, ça ne m'intéresse pas. Là, l'OQLF se retourne, dit, et là
on va le voir un peu plus loin dans le
projet de loi : Écoutez, j'ai l'intention de vous émettre une ordonnance
pour que vous me produisez l'analyse de la situation linguistique...
M. Jolin-Barrette : Un peu plus
loin. Mais là je vous explique juste le cheminement.
Donc, là, quand l'OQLF fait ça, elle dit :
Écoutez, entreprise, dans 15 jours, là, en vertu de la
Loi sur la justice administrative, j'ai l'intention de rendre
telle décision. Je vous avise, là, que je vais rendre une ordonnance pour
que vous me produisiez votre analyse de la situation linguistique. Supposons
qu'il n'y a rien qui se passe du côté de l'entreprise, au bout de 15 jours, l'OQLF
prend l'ordonnance. L'ordonnance, c'est un acte mandatoire qui dit à
l'organisme : Produisez-moi, dans les tant de jours, votre analyse
de la situation linguistique.
Après ça, supposons
que l'entreprise ne produit toujours pas l'analyse de la situation
linguistique, là, à ce moment-là, il peut y avoir une poursuite pénale. Mais,
avant de se rendre là, une poursuite pénale, et donc pas de possibilité de
contracter avec l'État, notamment parce qu'ils n'ont pas fourni leur procédure,
tout ça... Ça fait que, voyez-vous, avant d'arriver à ce processus-là, c'est
plus que 30 jours, parce que dans le fond, au départ, l'OQLF va contacter l'entreprise, va dire : Écoutez,
vous devez nous transmettre ça. On va l'accompagner s'il y a un délai
supplémentaire, s'il y a des questions, tati, tata. Donc, vraiment, tout
le processus, ça va être de l'accompagnement tout le long, tout le long, tout
le long.
À un moment donné,
s'il n'y a vraiment pas de collaboration de la part de l'entreprise, préavis de
15 jours avant l'ordonnance — là,
ils sont rendus, là — préavis
de 15 jours. Là, ça laisse un deux semaines à l'entreprise pour dire :
Ah! bien, je ne pensais pas que c'était si sérieux que ça, supposons, ou :
Je l'ai oublié, ou tout ça. Là, l'OQLF va suspendre son préavis, supposons,
d'ordonnance s'il y a collaboration. Sinon, ordonnance : Dans les
30 jours, vous me transmettez votre
analyse de la situation linguistique. Et là, si c'est fait, bien, l'OQLF va
retirer son ordonnance. Mais, si jamais ce n'est pas respecté, là, la
poursuite pénale arrive en bout de compte. Ça fait que...
Mme David :
...la
partie du 15 jours?
Jolin-Barrette : Ordonnance?
Jolin-Barrette : La
partie du 15 jours, elle est à l'article...
Mme David :
Parce que ça me dit quelque chose, mais c'est... vous comprenez que c'est une
architecture compliquée, là, parce que...
M. Jolin-Barrette : Attendez, je vais vous dire ça. Donc, l'avis de 15 jours pour le
préavis... Voilà,
article 177.
Jolin-Barrette : Donc qui est introduit par l'article 113, 113 du
projet de loi qui introduit l'article 177.
Jolin-Barrette : 113.
Mme David :
Oui, mais qui introduit lequel, là?
La Présidente (Mme
Guillemette) : 177.
M. Jolin-Barrette :
L'article 177, dernier alinéa, donc :
«Avant de rendre une telle ordonnance, l'office, lorsque l'article 5 de la
Loi sur la justice administrative s'applique, notifie par écrit à l'auteur du
manquement un préavis d'au moins 15 jours mentionnant les dispositions de
la présente loi à l'encontre desquelles le manquement aurait été commis, les
autres motifs qui paraissent justifier l'ordonnance, la date projetée pour sa
prise d'effet et la possibilité pour l'auteur du manquement de présenter
ses observations.»
Mme David :
Puis ça, ça s'applique aux cas de figure de 25 à 10 000 employés?
Jolin-Barrette : Bien, en fait, pour toute personne qui est en
contravention avec la charte.
Mme David :
Mais même nos petits de cinq employés?
Jolin-Barrette : Oui, oui.
Mme David :
Mais qui ne font pas ce qu'on leur demande à eux autres. Évidemment, là...
Jolin-Barrette : Non, non, mais...
Mme David :
...on ne leur demande pas la même chose que 100 et plus.
M. Jolin-Barrette : Exactement. Si... Dans le fond, pour l'entreprise de six employés,
elle, ce n'est pas l'ensemble... ce n'est pas la totalité de la Charte
de la langue française qui s'applique, il y a certains chapitres qui ne
s'appliquent pas à elle. Donc, c'est sûr que les chapitres qui ne s'appliquent
pas à l'entreprise de six employés ne peuvent pas prendre un pouvoir
d'ordonnance contre...
Mme David :
Des articles qui ne s'appliquent pas à eux.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
Mme David : Mais, si des articles
s'appliquent à eux et que tout ça est arrivé, j'imagine que l'OQLF prend des
notes quand, étape un, il a refusé; étape deux, il n'a pas rappelé...
M. Jolin-Barrette : Exactement.
Mme David : ...étape trois, il ne
répond plus; étape quatre... puis là on arrive à l'ordonnance. Il y a cette ordonnance qui est envoyée, celle-là est assez
semblable, quelle que soit la taille de l'entreprise, c'est 15 jours pour
dire : Là, on vous a avertis, on a le dossier, on a noté...
M. Jolin-Barrette : Sachez qu'on va
émettre une ordonnance.
Mme David : Puis vous avez
15 jours pour réagir.
M. Jolin-Barrette : Exactement, pour
nous présenter vos observations, vous conformer ou appeler l'OQLF.
David : Puis... et là arrive
le dernier paragraphe, qui dit : «Les premier et deuxième alinéas n'ont
pas pour effet d'empêcher
Francisation Québec de conclure un contrat avec une telle entreprise lorsqu'il
a pour objet la fourniture de services d'apprentissage du français.»
M. Jolin-Barrette : Mais parce
que...
David : ...que l'employeur
se réveille puis il dit : Non, non, non, O.K., O.K., O.K., je vais
contracter avec vous, Francisation Québec. Ça, qu'est-ce que ça fait par
rapport à l'ordonnance qui a été envoyée, ça? Ça...
M. Jolin-Barrette : Mais, dans le
fond, c'est un pouvoir qui permet de dire : Dans le fond, parce que vous n'avez pas le droit d'avoir de contrat, tant que
vous n'avez pas transmis ce que vous deviez transmettre, avec l'État, un contrat avec l'État... sauf que, dans ce cas-ci,
Francisation Québec fait
partie de l'État. Ça fait que, dans le fond, puisque
vous contractez avec Francisation Québec
pour avoir des services de l'État, ça, c'est permis de le faire. C'est comme
une exception, une exclusion pour justement permettre la conclusion de
la francisation.
Mme David : Mais, admettons,
dans votre cas de figure, que la personne qui n'a pas réagi à toutes les étapes
préliminaires, là, par téléphone, par en personne, puis que, là, l'ordonnance
arrive... — c'est
ça qu'on appelle une ordonnance, là?
M. Jolin-Barrette : Oui, une
ordonnance.
Mme David : ... — et il
a 15 jours pour faire ce qu'on lui demande de faire, c'est-à-dire...
M. Jolin-Barrette : Mais il a
15 jours pour faire ses observations...
M. Jolin-Barrette : ...ou
pour transmettre les documents. Tu sais, exemple, là, l'entreprise, supposons,
elle reçoit son préavis d'ordonnance, là, puis elle dit : O.K. là,
je comprends, là, je vais les transmettre.
Mme David : Donc, il faut que,
15 jours, l'office ait reçu ça.
M. Jolin-Barrette : Bien,
ou au moins pour présenter ses observations. Tu sais, peut-être qu'il y a une
situation qui est hors du contrôle, là. Je ne sais pas, là, l'entreprise, il
est arrivé un événement fortuit, puis ils ont changé de haute direction,
supposons, une nouvelle administration.
M. Jolin-Barrette : Hein, on voit ça
des fois sur les...
Mme David : On est en train de
gérer des presque en faillite ou, je ne sais pas, ils sont...
M. Jolin-Barrette : C'est
ça, exactement, puis là, la nouvelle administration arrive, elle dit :
Écoutez, on est là, on vient d'arriver, l'OQLF va peut-être attendre
avant de... finalement, en contact, puis là elle voit que c'est une équipe sérieuse, dit : Ah! parfait, nous, on va se
conformer, on vous envoie ça, ça va nous prendre 20 jours, bien, l'OQLF va
pouvoir suspendre son préavis d'ordonnance aussi pour dire : O.K., on est
en voiture.
Mme David : Donc, il y a ce
pouvoir-là du côté de l'OQLF si l'OQLF juge qu'il y a des circonstances
atténuantes.
M. Jolin-Barrette :
Exactement. Tu sais, dans le fond, là, nous, on ne veut pas y aller avec le
bâton, là, mais on veut toujours amener les gens à se conformer, tout ça. Mais
ultimement le pouvoir d'ordonnance est là pour dire : Là, ça s'arrête,
puis voici ce qui va s'appliquer.
Mme David :
Donc, ce que vous me dites, c'est mon amendement laisse... L'essence de mon
amendement, se retrouve à l'article que... l'article 177.
M. Jolin-Barrette :
Oui, parce qu'il y a déjà un préavis d'ordonnance qui est donné, notamment
de 15 jours, mais c'est surtout aussi à
l'article 152.1, là, de l'article 93, là, on est dans une situation
où l'avis d'ordonnance va arriver, et l'entreprise aura eu l'occasion de
se conformer. Elle va avoir eu tous les délais. Ça fait que votre de
30 jours, il est déjà plus large que le 30 jours, là.
Mme David : Mon 30 jours est
plus large que le vôtre? C'est le contraire, votre 30 jours est plus large
que le mien.
M. Jo