Culture and Education — 6 September 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CCE 2017-09-06
Quebec — Committees
vais faire quelques recommandations ou quelques suggestions de réflexion, sans
mettre en cause le fait que, je trouve,
ce projet de loi va dans la bonne direction, en tout cas selon la compréhension que j'en ai et les discussions que j'ai
eues. Évidemment, on verra où est-ce que ça mène ensuite.
première préoccupation que j'ai, c'est tout simplement la formulation
de la «commission scolaire compétente», qui a été placée dans l'article 2, je crois. Actuellement, dans la
Loi sur
l'instruction publique, l'évaluation doit être faite par la commission scolaire ou à sa demande, et ces quatre mots magiques, «ou
à sa demande», permettent à une commission
scolaire de déléguer, si elle a un surplus,
à une autre entité sa tâche de supervision ou d'accepter un rapport venant d'un
professionnel externe, par exemple. Ici, on a perdu cette porte ouverte et on
est à la commission scolaire compétente uniquement.
On a eu déjà hier toutes sortes de suggestions différentes, à la fois des
demandes des parents et des propositions, par exemple, de la Fédération des établissements d'enseignement privés, qui aimeraient se choisir les uns les autres, ou
d'autres commissions scolaires, ou
d'autres intervenants. Moi, je connais aussi des orthopédagogues qui m'ont déjà
parlé de s'ouvrir un bureau de consultation et de suivi pour l'apprentissage
en famille. Alors, je pense que ça va être important de laisser cette
possibilité-là, là, avec un amendement dans le projet de loi.
je dirais que l'argument qui me tient plus à coeur pour soutenir ça, au-delà de
ce que je viens de dire, c'est que j'ai
eu, en tant que chercheuse, un accès privilégié dans les commissions scolaires
et auprès des intervenants, et ils me parlent
sous le couvert de l'anonymat. Alors, ils me disent des choses qu'ils ne disent
pas à leur patron ou à leur employeur, et
j'ai constaté de grands malaises, d'importants préjugés, des refus et des
rejets sérieux de cette responsabilité-là. Et, quand c'est de l'ordre du conflit de valeurs ou du
conflit d'intérêts qui est perçu, d'objections professionnelles, je pense que
c'est quelque chose qui ne se force
pas. Des mesures administratives, ça peut être imposé, mais une relation
d'accompagnement envers une famille,
des enfants, ça ne se force pas si on n'y croit pas, si on n'est pas intéressé
à cette forme d'éducation. Et, pour
certains acteurs du milieu scolaire, on les a entendus hier, le modèle idéal,
c'est l'école, c'est le Programme de formation
de l'école québécoise. Il y a une certaine, je dirais presque, naïveté parfois
quant aux faiblesses de ce système-là, des
enfants qui sont moins bien desservis par ce système, des écueils qu'on
rencontre. Il y a encore beaucoup de défis, là, avant qu'on fasse réussir tous les enfants au niveau de l'instruction, de la socialisation et
de la qualification, là. On a des chiffres, régulièrement, qui nous font
sauter.
Alors, si ces
personnes-là sont vraiment convaincues que l'école à la maison, on est
contre... Et j'ai entendu ça : Nous, notre commission scolaire, on est
contre, ça devrait être illégal, ils devraient aller en
prison. Ce genre de discours là, ça ne se modifie pas à l'aide d'une formation.
Alors, je trouve que ça va être important de permettre que les commissions scolaires se passent le ballon
si désiré, qu'elles aient le choix d'accepter ou non cette responsabilité-là et
que d'autres intervenants puissent émerger,
qui, eux, seraient passionnés par ces nouvelles approches là et voudraient se
développer une expertise.
Un autre
point que je trouve important, c'est la participation démocratique des
parents éducateurs à la gouvernance de
cette pratique qui les concerne. Il y
a plein de décisions qui vont être à
prendre au niveau de la gestion des ressources, du personnel, des décisions de procédure. Et je sais que, dans notre
beau système scolaire, on encourage énormément
la participation des parents. On a des conseils d'établissement. On a les organismes de participation des parents, le conseil des
commissaires, le comité de parents, la Fédération des comités de parents. On
parle d'une représentation dans le système
scolaire d'environ un parent pour
70 enfants. Alors, ça fait beaucoup. J'ai fait le calcul à la page 23, là, ça
fait 15 000 parents impliqués dans le système scolaire pour gérer, demander de la transparence,
transmettre des idées. Au niveau de l'apprentissage en famille, avec la
table de concertation, qui est déjà un très beau pas en avant, et je pense qu'il
y a beaucoup de gens heureux de ce
premier espace de discussion et d'intercompréhension, bien, on aura
probablement quatre associations
représentées, ce qui ferait un ratio d'un parent pour 500 enfants. Ici, on
dit qu'on en a actuellement environ
2 000 et on s'attend à ce qu'il y en ait plus. Donc, on a un pour 70, un
pour 500. À quelque part, je pense qu'il y a un manque d'équité.
Et, si vous
regardez l'analyse, vous verrez que les pouvoirs sont également différents. La présence
des jeunes n'est pas là, alors que, dans les conseils d'établissement d'écoles
secondaires, il y a des adolescents qui viennent dire leur réalité. Là, ici, on n'aura pas cette chance-là qui sera
donnée à nos jeunes scolarisés à la maison, qui pourraient venir participer
à un tel exercice démocratique. Alors, c'est une préoccupation que j'ai.
Un autre
point que je voulais soulever, c'est la question du calendrier de mise en
oeuvre de tout ça. Vous allez voir
que c'est en lien avec ce que j'ai déjà dit. En ce moment, on prévoit que le
couplage des données avec la RAMQ, là, devrait
se faire incessamment, dès que le projet de loi sera accepté, je crois, ou que
les ententes seront signées, ce qui fait que, dès le printemps ou l'été, on
aurait des listes d'enfants. Il y aurait une loi et un règlement qui seraient
déposés et mis en oeuvre. Et là je me
demande : Mais à quel moment est-ce que s'est passée l'appropriation de
ces changements-là par les principaux
intéressés, autant du milieu scolaire que des parents, juste de digérer, de
s'informer et d'être formés? Et, si, en
plus, on parle de gens qui ne sont pas actuellement dans les commissions
scolaires, mais qui sont dans des écoles privées ou dans d'autres
organisations, il y a vraiment quelque chose à organiser.
Alors, je
voudrais juste recommander au ministre, aux gens qui réfléchissent à la
question de prendre un moment pour
revoir ce calendrier-là, s'assurer qu'on ne met pas la charrue avant les
boeufs, comme on dit au Québec, et qu'on ne créera pas un état de crise, de crise dans les familles qui se
sentent tout d'un coup prises, tu sais, coincées à faire des choses, et de crise dans les commissions scolaires
qui vont tout d'un coup voir apparaître 400 enfants dans leurs commissions scolaires, dont ils ne connaissaient
pas l'existence et qu'il faudrait suivre, mais on n'a personne pour les suivre puis personne qui veut le faire. Alors, il
y a peut-être un rythme à se donner pour que ça se fasse harmonieusement,
en commençant par certaines priorités.
Et ça sera mon dernier point. Au niveau des
priorités, la recherche aux États-Unis nous a montré que les cas vraiment prioritaires au niveau de l'apprentissage
en famille sont les cas de parents qui ne choisissent pas ce projet-là pour
un projet d'apprentissage, mais plutôt pour
isoler des enfants qui vont subir de la maltraitance impunément. Et en fait les
études ont montré que, la plupart du temps,
ces parents-là étaient déjà connus soit au niveau des antécédents judiciaires
soit au niveau de la protection de la
jeunesse, et l'enfant était à l'école, et, au moment où ils se font coincer par
la DPJ — bien, aux États-Unis, c'est un autre
service — c'est à
ce moment-là que, pour se défiler, ils vont peut-être déménager, retirer
l'enfant de l'école et continuer sous le couvert du «homeschooling».
Alors, c'est
assez possible, je pense, avec une certaine communication, de lever les
drapeaux et de protéger rapidement
ces enfants-là parce que, là, on parle de torture, de décès, de
sous-alimentation, d'abus sexuels, évidemment. Alors, je pense que, si on cible bien, grâce aux connaissances que la
recherche nous donne, les cas les plus prioritaires, les plus graves, ça permettra de lever le pied sur
les autres qui ne sont pas aussi inquiétants, où, bon, il peut y avoir des conditions pas idéales, mais où ce n'est pas des
situations d'urgence comme ça. Donc, je pourrai... Bien, vous allez le lire
dans mon mémoire, là, il y a des mesures qui ont été suggérées, qui sont mises
en place dans certains États américains. C'est en développement actuellement, là, des petites mesures précises
qui suggèrent une façon de procéder pour protéger ces enfants-là.
Alors,
ça fait le tour de mes points prioritaires. Je vais simplement conclure en
disant que, oui, on a un grand défi de
concilier des intérêts, des tensions, des visions différentes. Certains vont
considérer que ce projet de loi là va trop loin ou pas assez loin. Mais je crois que, dans l'intérêt des enfants, et pas
seulement ceux qui apprennent en famille, mais tous les enfants du
Québec, il ne faut pas se priver de cet espace qui sert à l'expérimentation
pédagogique, où on trouvera peut-être des
solutions pour nos enfants qui sont sur les bancs d'école grâce à des approches que les parents vont
expérimenter. C'est aussi la soupape
à l'expression de certaines différences, qu'elles soient culturelles, qu'elles
soient religieuses, qu'elles soient
pédagogiques. C'est un espace qui, je crois, doit être respecté et ne pas
devenir une copie conforme de l'école après un bâillonnement à l'extérieur de l'institution, et c'est aussi un
espace où toute l'institution peut apprendre à inclure ces personnes qui sont exclues ou qui se sont exclues
et comprendre pourquoi notre système scolaire ne répond pas à leurs besoins.
Alors, je nous souhaite bonne chance dans ce
beau défi.
Présidente (Mme Rotiroti) : Merci beaucoup, Mme Brabant. Alors, on va passer à la période
d'échange. Alors, M. le ministre, vous disposez de 19 minutes.
M. Proulx : Merci beaucoup, Mme la Présidente.
D'abord, bonjour à toutes et à tous. Très heureux de vous retrouver aujourd'hui. Mme Brabant, merci de votre présentation. Je suis très heureux d'avoir l'occasion de vous entendre ici. J'ai eu l'occasion, moi, déjà, de
vous rencontrer et je sais que vous avez eu la chance de collaborer et de
discuter de la question avec des gens de l'équipe.
Alors, merci,
d'abord, de votre participation. Merci de nous offrir la possibilité de
bénéficier de votre expertise. Votre
propos est clair, et ça nous permet, un, d'en apprendre davantage,
mais aussi de comprendre cette réalité-là. Moi, je suis très heureux qu'on l'ait, cet espace-là, pour
en discuter. On ne l'avait jamais eu avant. Je le disais hier, puis ce n'est
pas péjoratif de le dire ainsi, j'ai l'impression
que c'est un débat ou une question qu'on aurait pu régler avant, dans le temps,
lorsqu'on discutait d'accessibilité. Bon, on ne l'avait pas fait. Là, il est
temps de le faire, mais je pense qu'on a la maturité
pour avoir cette réflexion-là et cette discussion-là. Il y a des choses qui
m'intéressent et m'interpellent. Et, vous le savez, je porte une attention particulière à la recherche et à ses
applications. Alors, pour moi, c'est important de vous entendre.
D'abord, au niveau des mots, j'ai utilisé hier, souvent, «enseignement à la maison».
C'est dans ce sens-là que le projet
de loi est inscrit. Et je vais opter
pour un nouveau vocabulaire, soyez-en assurés. Vous m'avez convaincu tous et
toutes. Il faut nommer les choses telles qu'elles
sont, pas pour jouer avec les mots ou pour changer nos façons de faire, mais je pense qu'il faut bien exprimer ce qui se
passe dans les domiciles lorsqu'on fait cet apprentissage à la maison, comme
vous l'avez défini. Alors, hier, les parents
nous ont donné des propositions. Vous nous en donnez aujourd'hui. En tout cas, on va
tenter de ne pas s'y perdre, mais de parler, tous et toutes, de la même chose.
J'avais, bien
entendu, des questions, notamment sur votre recommandation 4, parce
que... Et je vais m'y retrouver, dans
votre mémoire. Je m'en excuse, je l'avais sous la main, et là
j'ai perdu ma page. Vous parliez tout
à l'heure... Et j'ai déjà
utilisé des mots semblables ou, en
tout cas, exprimé le même sentiment
dans un autre projet de loi. On peut mettre des règles. On peut mettre des contraintes. On peut obliger les gens à
agir d'une façon ou d'une autre. Mais on ne peut pas forcer la collaboration et on ne peut surtout pas forcer les gens à avoir
l'envie, l'ouverture et même le goût ou le désir de travailler ensemble.
Alors, on peut faire bien des affaires, mais on ne peut pas tout faire.
Et là-dessus
c'est une des raisons pour laquelle vous dites : Bien, pourquoi
vous n'ouvrez pas cette réflexion ou vous
n'avez pas cette réflexion ensemble, sur l'opportunité de ne pas voir seulement
notre tracé habituel ou notre chemin habituel
qu'est la commission scolaire compétente, pour aller vers autre chose? Est-ce
que ça peut être une autre commission
scolaire qui peut s'intéresser à la question? Est-ce que ça pourrait être des accompagnateurs
autorisés? C'est ce que vous dites.
Je pense que c'est un peu ce qui était dit hier par les parents. Bien, c'est
certain que, lorsque... Et moi, je n'aime pas voir les limites avant de voir les possibilités, mais il n'en demeure
pas moins que, lorsqu'on se pose des questions comme celles-là, il faut
voir ce que ça veut dire.
Alors, qui
sont ces accompagnateurs potentiels à qui nous pouvons, comme société,
faire confiance, là? À qui nous
pouvons confier cette responsabilité de voir à cet accompagnement, à la mise en place de ce plan d'apprentissage, à
cette nécessité d'avoir une collaboration entre les familles et l'État? Parce qu'inévitablement on pourrait penser à plein de
gens. Tous les cas ne sont pas les mêmes. Mais il n'en demeure pas moins que,
nous, il faut tracer une ligne. Alors, si ce n'est pas dans la loi, c'est dans un règlement,
mais, dans un cas comme celui-là, s'il faut donner une autorité compétente,
inévitablement, à mon avis, ça doit passer par la loi. Alors, peut-être nous donner
des exemples de ce que ça veut dire, «un accompagnateur autorisé», et comment
les choses pourraient être faites différemment du chemin habituel que nous
connaissons.
Brabant (Christine) : Bien,
je pense que, déjà dans les commissions
scolaires, il y a des endroits où ça
se passe bien. Alors, on peut déjà
tabler sur ça, là. Il y a des endroits qui sont facilement identifiables, où un intervenant ou deux se sont
lancés dans le projet, se sont formés, ont suivi ce dossier-là pendant quelques
années et ont une belle expertise, là, qui s'est développée. Ils sont partis de
zéro, mais, des fois, c'est des gens qui avaient déjà une ouverture à l'école
alternative, qui avaient une spécialisation en évaluation des apprentissages et
qui sont à jour, là, dans les connaissances en éducation, assez pour être
sensibles à ça.
Mais vous
entendez bien que je parle de la personne qui a fait la démarche. Ce n'est pas
la commission scolaire nécessairement.
En fait, souvent, ce qu'ils me disent, les intervenants, c'est : Je n'ai
pas eu d'appui de ma commission scolaire
ou j'ai juste la chance qu'ils ne me mettent pas des bâtons dans les roues.
Alors, à ce moment-là, la personne qui mérite cette
autorisation, que ça soit dans la commission scolaire, ou dans un bureau privé
qu'elle s'ouvrira, ou en partage, pour
plusieurs commissions scolaires, c'est cette personne qui a comme une
qualification, là, du même ordre que d'autres définitions professionnelles, là, ou d'autres cartes de compétence. Et
je me dis que, ces personnes-là, si elles font déjà la démonstration qu'elles ont une expérience,
qu'elles sont appréciées, on pourrait leur reconnaître... Mais, pour toutes
les autres à venir, il y aurait peut-être un
minimum de formation à laquelle elles devraient se plier pour obtenir cette
certification, tout simplement.
Et, comme
l'AQED le faisait remarquer, c'est très précieux quand il y a des parents qui
eux-mêmes ont vécu un parcours
d'apprentissage en famille avec leurs enfants. Les enfants sont rendus vieux.
Ces mamans-là sont pleines d'expériences et de connaissances, connaissent les approches spécifiques à
l'apprentissage en famille. Parce que c'est ça qu'on oublie des fois, c'est que l'apprentissage en famille et
l'école, c'est des milieux différents qui ont des forces et des faiblesses
différentes et qui... C'est
l'intérêt, justement, là, que ça ne soit pas la même chose. Mais ça veut dire
que nos gens qu'on forme pour l'école
ne savent pas comment tu fais quand tu as six enfants d'âges différents en même
temps à superviser dans la journée. Qu'est-ce
que tu fais quand tu as un enfant qui est démotivé, et puis c'est le seul? Tu
ne peux pas lui dire d'aller jouer avec
les autres parce qu'il est tout seul. Puis comment on le motive? Plein de
questions comme ça. Donc, ces mamans-là, si, en plus, elles ont une qualification d'enseignante, ce qui est le
cas des fois, ou d'orthopédagogue, c'est des ressources très, très précieuses, là, puis peut-être qu'il y
en a qui se cherchent du travail maintenant que leurs enfants sont grands.
Alors, ce serait...
Donc, c'est
ça, il faut faire une espèce de définition de profil de compétence et de
formation qui fait que la personne, si
elle a une formation plus scolaire, va aller fréquenter les milieux
d'apprentissage en famille, rencontrer des familles, peut-être dans une espèce de stage, là, tu sais,
avant d'avoir un pouvoir discrétionnaire sur l'avenir de ces enfants-là. Et, à l'inverse, bien, ceux qui sont juste dans
l'apprentissage en famille, peut-être qu'ils ont besoin d'une mise à jour sur
certains aspects.
Proulx : Vous avez tout à
fait raison de dire qu'il y a des endroits où les choses se passent très bien,
parce que, dans les faits, on en
reçoit les échos, et il y a effectivement des commissions scolaires où des gens
habitent et participent réellement dans une relation de collaboration
avec les gens. Ma question, ma réflexion, en tout cas celle qui sera faite par les collègues à l'Assemblée nationale aussi,
j'imagine, c'est de se dire : Bien, nous, on a un défi d'autorité. Il faut
déléguer ces pouvoirs-là à des gens. Actuellement, ce sont nos
commissions scolaires. On veut bonifier cet encadrement, le transformer. Bon, il y a une réflexion à faire,
mais j'entends très bien et je suis sensible, là, à cette question-là de voir
les choses différemment. Et ce n'est
pas un désaveu à l'égard de ces organisations qui sont les commissions
scolaires. Je le dis, il faut avoir
cette réflexion-là. Si on est pour améliorer les choses de part et d'autre,
bien, faisons en sorte d'être capables de le faire. Alors, je me laisse
un point d'interrogation.
Vous avez parlé du calendrier. Ça m'interpelle
aussi. Je souhaite, bien entendu, que les choses soient faites correctement. J'entends bien ce que vous dites à
cet égard-là. Je pense qu'on pourra avoir des réflexions, peut-être des
choses qu'on peut faire différemment. Mais j'entends et je reçois qu'il ne faut
pas... Un jour ou l'autre, il faut que les encadrements
évoluent et se modifient si on croit que c'est nécessaire, mais je comprends
très bien que la mise en oeuvre de
tout ça a parfois ses limites. On a beau être parfois impatient, il faut que
les choses se fassent correctement. Je l'entends très bien.
Là où je
voulais vous entendre et discuter avec vous, réfléchir à haute voix, comme
j'aime le faire, avec vous, c'est sur
toute cette question qui, à mon avis, est centrale et qui va nous permettre, je
pense, d'atterrir plus doucement dans un dossier comme celui-là, c'est
la question de la progression des apprentissages, de la nécessité d'un suivi de
l'évaluation. Ça va faire partie, ça, des réflexions.
Certains qui
sont, je vais dire, fermés ou réfractaires au modèle vont dire : Ça n'a
pas de bon sens, il n'y en a pas, on n'est
pas capables de suivre les jeunes. D'autres, très ouverts, vont dire :
Bien, nous, on veut un modèle complètement éclaté,
on ne veut rien savoir des examens, on ne veut rien savoir des évaluations,
on ne veut pas vivre dans un modèle comme
celui-là. On avait hier... Je pense que les collègues et moi partageons
avec, j'imagine, beaucoup de gens le fait qu'un jour ou l'autre certains des enfants, et peut-être la plupart d'entre eux, un jour ou l'autre, vont vouloir retrouver le chemin d'une institution scolaire, parce qu'inévitablement, si on voudra obtenir un
métier, une diplomation, une qualification, devenir professionnel, il y
a un passage obligé.
Alors, ça
nous préoccupe, ça, cette question-là du suivi des apprentissages. On veut
faire confiance, mais vous l'avez dit
tout à l'heure, si, dans les priorités, on veut travailler dans l'ordre des
choses, bien, il faut travailler avec ceux dont le développement global est compromis ou en compromission. Et, dans
ce contexte-là, j'isole les deux, je suis très à l'aise avec le fait... Et moi, je veux dormir en paix en me disant que,
le soir, on ne laisse personne dans la compromission et je veux être capable de dire : Bien, on
fait confiance, mais j'aimerais ça être capable de trouver la clé pour qu'on
s'entende sur, bien, c'est normal qu'il y ait une réflexion sur le suivi
des apprentissages.
Mais comment
on fait pour se satisfaire tous ensemble que ce n'est pas le modèle de l'école,
mais quand même les parents ont
conscience de ça, et l'État a acquitté sa responsabilité envers eux de
s'assurer que, dans un modèle différent, les enfants continuent
d'apprendre?
Brabant (Christine) : Bien, on a la chance que d'autres se soient posé
la question avant nous. Moi, j'aime bien référer aux notions développées
par l'ONU et les comités spéciaux qui ont travaillé sur le droit à l'éducation,
la définition du droit à l'éducation de
l'enfant. Ils en sont venus à mettre en équilibre des notions comme
l'adaptabilité de l'éducation,
l'acceptabilité de l'offre éducative et évidemment une certaine efficacité du
système scolaire. Mais l'adaptabilité et l'acceptabilité, quand ils arrivent en
équilibre, ça nous dit que l'éducation de base qu'on peut, en toute bonne
conscience, oser imposer à tous, à tous les enfants, ou offrir à tous les enfants
se résume à quelques grandes compétences ou quelques grandes caractéristiques. Alors, on parle de littératie, de
numératie et de résolution de problème. C'est les trois grandes compétences cognitives dont on
connaît les impacts sur le marché de l'emploi, sur la capacité de vivre en
société, de se débrouiller dans un monde moderne.
Alors,
ces trois choses-là ne sont pas à compromettre, il peut y avoir un rythme
différent, mais il faut qu'on voie que le parent travaille sur ces
aspects-là avec son enfant ou qu'il l'a en tête, là, que ça va venir à un
moment donné. Et il y a des outils pour ça,
là, il y a des outils modernes. Ensuite, une fois que ça, c'est assuré, on
recommande qu'il y ait une
possibilité d'adapter le reste du programme aux intérêts de l'enfant, à
l'adaptation culturelle, à des modifications du programme, là, en fonction de
tous ces éléments-là, mais à condition qu'il reste une diversité, qu'il reste
une ouverture. Mais ça ne sera pas la
même pour tout le monde, hein? Un enfant qui va passer 20 heures par
semaine à pratiquer son violon va
peut-être faire un petit peu moins d'histoire, mais, bon, si c'est notre
prochain Stravinski ou... ce n'est peut-être pas une mauvaise chose.
Mais
il faut qu'il reste une diversité, et l'élément qui est souvent nommé aussi,
c'est : il faut former l'enfant pour être un bon membre de sa communauté d'abord, de sa famille et de sa
communauté, parce qu'on a besoin de la famille et de la communauté. L'enfant n'est jamais un citoyen du monde, là, tant
qu'il n'est pas adulte, mais il faut aussi lui donner les moyens d'en sortir. Alors, c'est là qu'on
introduit la langue seconde, par exemple, ou la langue du pays, si ce n'est
pas sa langue maternelle, ou, à l'inverse,
celui qui est d'ici pourrait vouloir protéger sa langue d'origine ou de son
pays d'origine.
Alors,
cette question d'avoir deux langues, de bien connaître le système de
fonctionnement, là, de sa société, être capable de connaître un petit peu le... avoir un jugement scientifique
sur les informations qu'on reçoit, c'est des aspects comme ça, là, qui vont venir enrichir l'expérience
de l'enfant. Mais, bon, il n'y a pas d'éducation idéale, là, on ne connaît
pas de procédure parfaite, là. Il n'y a
personne qui peut faire une poursuite comme à l'hôpital pour dire : Vous
n'avez pas suivi la procédure. Chaque enfant n'a pas son mode d'emploi,
justement.
Donc,
il faut s'en tenir, heureusement ou malheureusement, à certains critères assez vagues comme ceux-là, mais je pense
que ce que je viens de vous nommer donne quand même des assises. Tu
sais, ce n'est pas n'importe quoi, n'importe quand et rien du tout, là.
M. Proulx :
Désolé pour ces travaux qui, malheureusement, sont hors de notre contrôle, en tout cas, au niveau du bruit.
qui est certain, et, je pense, vous l'avez dit d'entrée de jeu, je pense
sincèrement qu'on est à la bonne place en misant sur... vous l'avez qualifié de
supervision, de contexte ou d'état d'esprit de supervision, puis je pense
qu'on est effectivement à la bonne place parce que c'est de cette
façon-là qu'on va réussir, j'espère et je le souhaite, mais je le pense
aussi, à intéresser des parents à se joindre au réseau scolaire pour avoir
cette collaboration-là et réussir ce mode de vie, parce que c'est ce que
c'est aussi, d'abord.
Deuxièmement,
ce que j'entends aussi de ce que vous me dites, c'est : il est important
qu'à la base de cette relation entre
l'État, le milieu scolaire et des parents éducateurs il y ait... nous, on l'a
appelé plan d'apprentissage, mais qu'il y ait cette relation basée sur,
d'abord, une présentation des objectifs du parent, une présentation des
apprentissages qu'on souhaite faire dans un laps de temps x, et par la suite
comment nous, je vais le dire ainsi, comment nous souhaitons... «évaluer» est
le terme mal utilisé malheureusement, parce qu'il est utilisé à toutes les
sauces, mais comment on veut s'assurer des
apprentissages et des acquis de nos enfants. Parce que, vous l'avez dit à la
fin, dans le fond, la priorité et une des raisons pour laquelle cet
élément se retrouve dans ce projet de loi, pour moi, c'est qu'établissements
illégaux, apprentissage à la maison, sans-papiers sont des opportunités, pour
certains, de soustraire des enfants à une démarche éducative. Et là on ne fait
pas notre travail si on laisse des enfants de côté, si on n'utilise pas tous
les moyens à notre disposition pour les protéger.
Comme
je le disais hier aux représentants de l'AQED, moi, je ne peux pas penser me
coucher le soir en sachant que, le
lendemain, il va venir se présenter un jeune adulte pour me dire que «vous avez
failli à votre tâche». Tu sais, on a une
responsabilité quand on est assis ici, là, c'est celle-là et, pour moi, ça,
c'est très important. Alors, c'est dans ce contexte-là qu'on cherche ce
juste équilibre.
peut-être en terminant, au niveau de cette priorité, pour protéger ces enfants
vulnérables, ceux pour qui il y a possibilité
de compromission du développement global, où il y a compromission, sans aller à
la torture, il y a d'autres éléments
qui peuvent nous amener à la compromission du développement global de l'enfant.
Vous faites référence dans votre
mémoire, que j'ai vu rapidement ce matin, au projet de loi n° 99. On tente
de faire cet équilibre-là. Moi, c'est ce que je souhaitais, qu'on ne puisse pas arriver seuls avec un outil, mais pas
avoir tout ce qu'il faut pour être capables de créer ce contexte-là
favorable. Est-ce que vous pensez que l'équilibre que nous mettons en place est
le bon?
Mme Brabant
(Christine) : L'équilibre qu'on met en place ici, là, sans parler du
projet de loi n° 99?
M. Proulx :
Oui, bien, ici et ailleurs, mais pour faire en sorte d'avoir l'ensemble des
outils pour mettre notre priorité de
l'avant, c'est-à-dire s'assurer que tous et toutes sont bien protégés et que
leur droit, et le droit à l'éducation, est respecté.
Brabant (Christine) : Bien, je pense que ce qui manque, c'est
l'approche de soutien, là, qui, je crois, est peut-être dans les cartons pour le règlement ou le guide des bonnes
pratiques. Une des raisons qui fait que certaines familles restent en retrait, c'est
parce qu'elles ne voient pas d'avantage, de bénéfice pour leur enfant. Il n'y a
pas d'intérêt pour l'enfant d'aller rencontrer la commission scolaire si
c'est juste pour rendre des comptes, remplir la paperasse.
Alors,
à partir du moment où on offrira des services, du matériel, un réel
encouragement, du soutien, des réponses aux questions sans jugement, déjà je pense que le mot va se passer, puis
les familles vont se rendre compte que, bien, c'est comme aller voir le médecin ou c'est comme aller
demander à ton mécanicien un petit coup de main de temps en temps, faire vérifier ta voiture. Il n'y a rien de
menaçant là-dedans et même ça peut justement avoir un bénéfice pour l'enfant.
Alors,
je pense que ça, ça va être important. Parce que la rupture de collaboration,
elle est triste pour tout le monde, pour l'enfant, pour les parents et
pour le système scolaire qui se passe des parents, qui les oblige à quitter
pour faire autrement au lieu d'avoir réussi
à trouver un modus vivendi. Donc, c'est ça, c'est triste pour tout le monde. Je
pense que ces avantages-là pourraient aider à faciliter les choses.
puis, au niveau du DPJ,
je pense qu'il faut aussi être très, très prudents, qu'on sache... et c'est
difficile à dire, mais qu'on sache
hiérarchiser un peu les besoins. Je ne verrais pas qu'un enfant qui ne fait
pas... bon, qui est en retard, par
exemple, au niveau de la langue, de la littératie, se voit dans des situations
où on met en jeu l'équilibre de sa famille, là, la paix familiale, parce qu'il y a des rencontres trop fréquentes par le
travailleur social, puis là on inquiète la mère, et tout ça, surtout sachant qu'il y a des enfants du système
scolaire qui n'ont pas les acquis du primaire à 15 ans. Il ne faut pas
l'oublier, ça, hein? Il y a des enfants du système scolaire qui... Ah!
c'est terminé?
Présidente (Mme Rotiroti) : Oui. Merci, Mme Brabant. C'est
terminé pour le côté du gouvernement, mais on passe à l'opposition
officielle. Alors, M. le député de Lac-Saint-Jean, vous disposez de
14 minutes.
M. Cloutier :
Je vous remercie, Mme la Présidente. Alors, merci pour votre présentation.
Vous
avez dit tout à l'heure que vous jugez que le projet de loi choisit... ce qui
nous est présenté est une approche modérée,
mais je me questionne sur notre capacité, justement, à juger de savoir le degré
d'intervention du gouvernement, considérant que tout est à faire dans le
règlement. Et j'ai l'impression qu'à
part le plan qui sera déposé à la
commission scolaire on ne connaît pas le niveau d'intervention, on ne
sait pas les évaluations, la fréquence des évaluations,
comment va se faire le suivi d'apprentissage, on ne sait pas qui va le faire,
on ne sait pas si ça va varier d'une commission
scolaire à l'autre. Bref, quant à moi, tout est à faire. C'est la lecture que
je fais de ce qui nous est déposé. Dans
le fond, tout ce qu'on a, c'est un projet de loi qui ouvre la discussion, et
qui entend les intervenants, et qui ensuite va trancher des enjeux plus
délicats sur, justement, l'évaluation des apprentissages, les personnes
attitrées pour l'accompagnement, etc.
Puis
même, dans le mémoire que vous nous présentez, vous proposez aussi des
exclusions — peut-être
que vous pourrez nous en dire davantage, là — sur des gens qui pourraient avoir commis,
par le passé, des infractions criminelles, et tout ça, à mon avis, va tout être discuté dans le règlement. Ça fait
que c'est pour ça que j'ai de la difficulté, moi, à ce stade-ci, de
parler d'une approche qui est modérée, considérant que tout est à faire.
Alors, peut-être
qu'il y a des choses que je saisis mal, mais j'aimerais ça vous entendre là-dessus.
Mme Brabant
(Christine) : Bien, je pense que cette modération se lit justement
dans l'absence de certaines contraintes dans
le projet de loi. Si on avait voulu avoir une approche de contrôle, on aurait
mis dans la loi... on aurait pu
mettre : L'enfant doit suivre... le parent doit suivre le programme de
formation à la lettre et faire toutes les évaluations ministérielles. Ce n'est pas là, dans le projet de
loi. En tout cas, je n'ai pas l'impression que ça s'enligne pour ça dans le
règlement. Et, de la même façon, on n'a pas
non plus fait un projet de loi qui serait dans l'approche d'aucune interaction,
de dire : Le parent fera un avis
d'intention, comme en Ontario, et on a la présomption qu'il fait bien son
travail jusqu'à ce qu'on reçoive un
signalement. Ça aurait pu être ça, le projet de loi. Ça, ça aurait été une
approche «aucune interaction».
L'approche de
contrôle aussi, comme je viens de vous dire, on ne l'a pas. Alors, étant donné
que ces balises extrêmes là ne sont pas là,
moi, je considère qu'on est dans la modération. Et si on regarde ce qui se fait
ailleurs dans le monde, les gens qui choisissent cette approche-là, pour
avoir une certaine cohérence de la philosophie d'intervision, supervision, on
parle d'évaluation par portfolio, d'un rapport des activités des enfants. Ça,
c'est des choses que j'ai entendues, qu'il y avait une certaine ouverture ici,
là, de la part du ministre à ces pratiques-là.
présentation du programme et des objectifs, c'est prévu dans le projet de loi.
On ne dit pas déjà quels seront les
critères, mais on dit qu'il y aura présentation. Donc, vous voyez qu'on est
dans un milieu, on n'est pas dans un extrême ni dans l'autre. On a mis des balises, mais, tu sais, elles ne sont pas
complètement radicales. Même chose pour l'évaluation de la progression, ça fait
partie de l'approche de
supervision. Alors, c'est écrit, ça fait
partie de cette approche-là, même
chose pour l'avis de professionnels. On
parle quand même d'une rencontre avec les professionnels et, pour terminer,
là... c'est ça, des évaluations flexibles.
Donc,
voilà, ma réponse est justement dans ce qui n'est pas dans le projet de loi et
ce qui est ouvert, ce qui est annoncé.
Cloutier : Vous faites référence à l'approche de supervision, vous
dites. À quel
article vous faites référence, du projet de loi?
Brabant (Christine) : Ça, c'est la catégorisation, que je vous ai
présentée à la page 9 de mon mémoire.
M. Cloutier :
Oui, mais ce n'est pas ce que la loi dit.
Brabant (Christine) : La loi parle vraiment d'un projet
d'apprentissage, d'une évaluation de la progression, de rencontres
avec des professionnels.
Ici, on parle de la commission scolaire. Elle parle quand même d'une éducation
qui doit être appropriée. Donc, il y a quand
même, là, des balises qui devront être respectées par tous les règlements à
venir, là.
Cloutier : Oui, bien, c'est là que je veux en venir, tu sais. À mon
point de vue, la formulation, elle est
suffisamment large et générale, de l'alinéa c, pour permettre
éventuellement un règlement qui serait plus restrictif que ce que
pourrait donner l'impression d'un libellé plus large. C'est ça que j'essaie de
vous dire, c'est que je vois...
Mme Brabant
(Christine) : ...
Brabant (Christine) : Parce que je ne crois pas... Parce que, quand on
parle d'évaluer la progression, on ne parle
pas d'évaluer le niveau, par exemple. Tu sais, quand on est... Dans le langage
de l'éducatif, il y a vraiment des termes bien choisis, là. «Une éducation appropriée», ce n'est pas «une
éducation conforme au programme». Alors, ces choix de termes sont très,
très bien circonscrits, là, par rapport à ce qu'un milieu scolaire ou des
parents pourraient entendre.
M. Cloutier :
C'est intéressant d'avoir votre point de vue, justement, de la lecture du
libellé de l'article. Ma lecture,
c'est qu'il est suffisamment large pour éventuellement, par exemple, prévoir
qu'il pourrait y avoir, je ne sais pas, moi,
trois rencontres annuelles avec le responsable de la commission scolaire, une
évaluation périodique de l'apprentissage scolaire. Puis sincèrement, à
ce stade-ci, moi, je ne sais pas ce qu'il va y avoir dans le règlement, je n'en ai aucune espèce d'idée, puis peut-être que,
malgré le choix des mots qui, selon vous, semble vouloir indiquer une
certaine forme d'ouverture et de souplesse... ne se traduira pas
nécessairement. Peut-être que ce sera le cas, là, mais le libellé actuel, à mon point de vue, est suffisamment large et général
pour éventuellement avoir des restrictions qui ne seraient peut-être pas... qui ne permettraient
pas, en bout de course, de conclure que c'est une approche mitoyenne. Ça,
c'est mon interprétation.
Maintenant,
vous nous suggérez aussi... Est-ce que vous proposez d'inclure dans la loi des
motifs d'exclusion à l'école en famille ou vous suggérez plutôt que ces
exclusions-là se retrouvent dans le projet de règlement?
Brabant (Christine) : Je suis pas assez versée en droit pour vous dire
lequel est le meilleur véhicule, mais, par exemple, les suggestions...
les pratiques qui sont en place en Arkansas, c'est, c'est ça : un parent
qui a déjà eu un historique de crime
violent, ou un autre membre de la maisonnée, quand c'est présent, cette
famille-là, cette maisonnée, ce ménage n'a pas droit d'instaurer un
contexte d'apprentissage en famille.
Alors,
est-ce que ça doit être inscrit dans une loi, est-ce que ça doit être inscrit
dans un règlement, est-ce que ça doit être le DPJ ou... Je ne sais pas.
Cloutier : Est-ce qu'il existe des exclusions, au moment où on se
parle? Est-ce que tous les parents peuvent décider de choisir la formation à la maison sans égard à toute forme
d'accusation criminelle? Oui?
Brabant (Christine) : C'est un droit qui est reconnu par les chartes,
la Constitution, tout ça. Alors, un droit, c'est très difficile de le
restreindre, là. Pour perdre un droit, il faut vraiment avoir commis quelque
chose de grave.
M. Cloutier :
...proposez de faire, par contre, vous nous proposez de restreindre le droit.
Mme Brabant
(Christine) : Oui, mais je parle de choses très graves aussi, là.
Cloutier : Je sais, mais justement j'essaie de comprendre l'état
actuel des choses par rapport à ce que vous nous suggérez de faire. Ce
que vous dites, c'est : Il y a l'expérience internationale qui semble
démontrer qu'il y a des limitations qui
existent ailleurs, aux États-Unis entre autres, et vous pensez qu'on devrait
s'inspirer de ces pratiques-là pour qu'il y ait aussi une forme
d'exclusion, au Québec, pour des crimes graves. C'est bien ça?
Mme Brabant
(Christine) : Oui. C'est une réflexion à poser.
Cloutier : Vous en faites une recommandation ou c'est plutôt sous forme de
réflexion que vous le faites dans votre mémoire?
Mme Brabant
(Christine) : J'ai fini ça un peu tard, pour être bien honnête, et
comment je l'ai formulé...
M. Cloutier :
...aux antécédents judiciaires.
Mme Brabant
(Christine) : Si vous l'avez, voulez-vous me la lire?
Brabant (Christine) : O.K. Inclure les mesures légales et
réglementaires qui sont susceptibles de contribuer à repérer... Oui, j'ai recommandé de
l'inclure : Interdiction de pratiquer l'apprentissage en famille en
présence de certains antécédents judiciaires; l'élaboration d'un système
d'alerte; et les rencontres de suivi annuel.
Les rencontres de suivi
annuel, c'est minimal, là, mais c'est parce qu'il paraît que ces familles-là...
on se rend compte qu'il n'y a pas
d'éducation qui se passe. Alors, juste de se... Quand on rencontre des familles
où c'est le cas, ça peut tout de suite lever un drapeau à cet effet-là,
Mais peut-être que je suis allée loin. En fait,
je voulais que ça soit réfléchi, parce que je ne suis pas certaine qu'il y a eu
les discussions nécessaires et... En fait, c'est ça, c'est que, selon moi, ça
prend des juristes, là, pour regarder jusqu'où on peut aller dans ça,
mais je trouvais ça important qu'on soit sensibilisés à ça.
Cloutier : Mais je pense qu'évidemment c'est une préoccupation qui est
tout à fait juste, et malheureusement on
peut penser que ça pourrait arriver. Je ne prétends pas que c'est déjà arrivé,
mais ça pourrait certainement... Il faut au moins se poser la question
de savoir...
Est-ce que
vous savez si ces restrictions-là... Vous avez cité des cas aux États-Unis.
Est-ce que vous savez si ça existe ailleurs?
Brabant (Christine) : Il y a des États où c'est complètement interdit
pour tous, là. Bien, l'Allemagne, par exemple, là, la fréquentation
scolaire est obligatoire pour tous.
M. Cloutier : Aucune formation en
famille n'est possible. C'est ça?
Brabant (Christine) : Non, et les défenseurs de cette option se
plaisent à dire que c'est une loi qui remonte à Hitler, du temps des
jeunesses hitlériennes, où tous les enfants devaient aller à cette école, à
cette formation. Mais aujourd'hui ça reste
interdit, sauf qu'il y a quand même 600 à 1 000 enfants qui vivent
cette expérience-là mais clandestinement, et c'est en croissance quand
même. Alors, pour moi, ce n'est pas la meilleure solution, là.
Je veux
revenir à la question de l'interdiction du droit, là, de pratiquer cette
option-là. Ce qui pourrait être assez simple,
je crois, c'est juste cette entente avec le DPJ pour qu'il y ait une
communication lorsqu'une famille qui a fait l'objet d'interventions pourrait choisir cette option-là.
Et ce qui est recommandé, là, c'est plutôt un suivi plus intensif, un suivi
particulier. Ce n'est pas une interdiction,
en fait. Je suis peut-être allée trop loin, là. Ce n'est pas un retrait du
droit, mais, quand on parle de
mesures de protection de l'enfance, de retrait des enfants de la famille, et
tout ça, là, on ne dit pas que ces familles-là n'ont plus le droit de
faire ce choix-là, mais ils sont suivis de plus près, il y a plus de
vérifications.
Cloutier : Mais quand même les exemples que vous citez sont quand même
assez éloquents, là. Une interdiction
de pratiquer l'AEF si trouvé coupable, dans les cinq ans précédents, de viol,
d'enlèvement, ça m'apparaît être des crimes suffisamment graves pour se poser
de sérieuses questions. Mais merci de soulever cette réflexion avec nous.
On verra si c'est retenu dans le projet de loi
avec des amendements potentiels ou dans un projet de règlement éventuel, mais ce sont des vrais enjeux. Puis
peut-être, M. le ministre, ça sera intéressant d'avoir un avis du ministère de
la Justice sur ces enjeux de restriction, mais c'est vrai qu'il y a là
un élément qui doit être réfléchi. Je vous remercie.
Mme Brabant (Christine) : Ça me fait
plaisir.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Alors, on va passer du côté de... le deuxième groupe de l'opposition. Alors, M.
le député de Chambly, vous avez neuf minutes.
Roberge : Merci, Mme la Présidente. Donc, je salue tous les membres. Merci beaucoup pour votre présentation. Je
pense que les experts et les
chercheurs au Québec qui connaissent bien ce dossier-là, il n'y en a pas des tonnes. Donc, merci pour votre éclairage.
J'ai plusieurs
questions pour vous, pendant qu'on vous a. Selon vos
recherches ou ce que d'autres ont fait comme recherches, est-ce que vous
savez s'il y a une distribution régionale? En général, au Québec, les gens qui
font l'école à la maison, ou l'AEF, est-ce que
c'est davantage en milieu urbain, en milieu rural ou davantage... même, on pourrait même dire, milieu urbain, on pourrait dire les
endroits?
Brabant (Christine) :
J'avais fait une étude, un portrait sociodémographique, justement,
en 2004, alors ça date quand même
pas mal, là, mais, à ce moment-là, il y
avait une répartition à peu près
égale entre les villes, les villages, les petites villes et les
banlieues, alors rural et urbain. Il y avait aussi la présence de groupes dans
toutes les régions administratives du
Québec, et, bon, ces gens-là qui ont participé à l'étude sont peut-être
davantage des gens actifs, présents, des
leaders, mais où il y a leaders, il y a... Tu sais, où il y a un chef, il y a
aussi des Indiens, là. Donc, je pense que c'est assez représentatif
d'une répartition assez large.
Roberge : D'accord. Parce que la question suivante, c'est pour voir...
Bon, ils sont répartis, disons, à la grandeur du Québec, les gens qui font l'AEF, autant dans les grands centres qu'à
l'extérieur. Maintenant, combien il y en a à peu près? Bon, selon les chiffres
que vous nous donnez à la page 27, ça dit 1 772, mais après il y a
toujours le bémol, mais il y en a pas
mal plus qui sont clandestins. Là, on regarde un peu dans une boule de cristal
en sachant que les clandestins sont
par défaut clandestins, mais, si le chiffre officiel est de 1 772, vous pensez que le nombre réel, c'est quoi,
2 000, 3 000?
Mme Brabant
(Christine) : Moi, avec mes
réserves de chercheuse, je me suis appuyée sur deux données pour essayer de faire une estimation. Une, c'est un sondage qui a été fait au
sein de l'AQED, où ils demandaient à leurs membres : Êtes-vous inscrits ou pas
inscrits? Puis c'était 50 % qui
étaient inscrits. Et, l'étude dont je viens de vous parler, j'ai posé la
même
question, et là c'était 40 %. Je ne me souviens plus
si c'était 40 % d'inscrits ou de non-inscrits, mais en tout cas on est dans les mêmes eaux.
Alors, c'est pour ça que prudemment, quand on en
a à peu près... je pense qu'aujourd'hui c'est à peu près 2 000 d'inscrits, bien, je me dis qu'il pourrait y en avoir deux autres milles, mais
on peut se tromper royalement, là. Puis, bon, les associations ont
souvent tendance, et ça, c'est partout, là, à gonfler un petit peu les chiffres
pour donner de l'importance au mouvement,
alors que les administrations scolaires ont tendance à les diminuer pour
montrer qu'ils sont en contrôle. Bon, j'y vais dans, encore une fois,
une approche modérée.
M. Roberge : O.K. Ça a de l'air
juste des chiffres, mais c'est parce que ça a un impact sur la réflexion où est-ce qu'on s'en va. Supposons qu'on arrive à
3 500 divisés par 72 commissions scolaires, c'est à peu près
50 élèves par commission scolaire, considérant, comme vous dites,
qu'ils sont répartis à la grandeur du Québec. Donc, on pourrait penser qu'il y
a peut-être des commissions scolaires qui en ont 70, d'autres qui en ont 30,
mais ça mène à à peu près 50 élèves par commission scolaire.
Parce que je
poursuis sur les discussions qu'on a eues hier avec les représentantes de
l'AQED, qui disaient : Bien, pourquoi
former dans chaque commission scolaire quelqu'un s'il n'y a pas suffisamment
d'élèves? Donc là, en gestion de
ressources humaines, posons-nous la question : Est-ce que ça vaut la peine
dans une commission scolaire de développer une expertise ou une connaissance, une façon d'interagir pour à peu près
50 élèves par commission scolaire? Puis on peut supposer que souvent ce n'est pas
50 familles. Il peut y avoir 25, 30 familles pour 50 élèves, là,
souvent, il y a plus qu'un enfant. Donc là, déjà, on peut se poser la
question.
Ensuite,
l'autre question, c'est : régionalement, donc par territoire de
commission scolaire, supposons qu'il y a 50 élèves, après ça on peut se demander : Sur ce
territoire-là, est-ce qu'on confie ça à la commission scolaire ou on confie
ça à un autre organisme? D'après ce que je
comprends, vous avez un biais, en tout cas un avis favorable pour confier ça à
un autre organisme que la commission scolaire, considérant que les gens qui
font — je
viens tout le temps pour dire «l'école à la maison» — l'AEF...
M. Roberge :
...bon, enfin, ceux qui ne font pas l'école à l'école ont peut-être eu un
litige avec la commission scolaire.
Donc, on dit : On veut le donner ailleurs. Mais ce n'est pas magique, là,
ça va dépendre qui on met dans l'ailleurs. Puis là, honnêtement, je m'en
inquiète un petit peu. Là, je suis à la page 20 de votre mémoire,
recommandation n° 4 : «Remplacer,
dans le paragraphe n° [4] de l'article 2 du projet de loi,
l'expression "commission scolaire compétente" par
"accompagnateur autorisé"...» Donc, ça pourrait être une commission
scolaire ou quelqu'un d'autre.
Comment on choisit? Dans un milieu donné, on va
dire à Montréal ou à... on va dire Trois-Rivières, qu'à Trois-Rivières c'est la commission scolaire, mais, sur la rive nord de
Montréal, c'est l'accompagnateur autorisé. Qui décide ça?
Brabant (Christine) : Je pense que ça prend un choix réciproque,
c'est-à-dire qu'il y a des commissions scolaires qui vont lever la main, qui
vont dire : Nous, on aime ça, on a quelqu'un, et on veut le faire, et,
regardez, il y a des gens qui
viennent nous voir qui sont satisfaits. Ça peut être une expertise régionale
qui sera partagée par plusieurs commissions
scolaires. Les autres vont être contentes de s'en débarrasser, puis ils vont
dire plus gentiment de lui confier à la
hauteur de son expertise les enfants de son territoire. À d'autres endroits, il
pourrait n'y avoir personne d'intéressé, et là quelqu'un en privé va
accepter de faire le tour du Québec pour aller rencontrer ces régions-là.
C'est vrai qu'on ne peut pas imaginer tout de
suite ce qui n'est pas là. Il y a comme une période de créativité, d'adaptation qui va être nécessaire pour se donner
le droit de lever la main ou de ne pas la lever, en cohérence avec ce que je disais tantôt, là. Alors, moi, mes
recherches ont porté principalement sur trois régions : Lanaudière,
l'Estrie et la région de Québec, la Capitale-Nationale, et, dans chacune, il y
avait une commission scolaire plus leader, qui avait de l'initiative, quelqu'un de passionné. Alors, ça
pourrait... Et moi, je suis beaucoup en faveur d'une gestion régionale, donc
plus large que la commission scolaire, pour
qu'il y ait une mise en commun des effectifs, parce qu'il peut y en avoir un
petit peu moins à un endroit ou un petit peu
plus, mais au total que ça fasse un nombre d'enfants suffisant pour déployer
des ressources, une expertise et pour que
justement ça vaille la peine de mettre quelqu'un à temps plein sur le dossier
et qu'il prenne du temps pour développer du matériel et pour rencontrer
les familles.
Je pense
qu'au nombre d'enfants qu'on a au Québec en ce moment, on ne peut pas penser
faire ça par commissions scolaires,
mais régionalement ça pourrait être intéressant. Et puis, si on y ajoute des
dispositifs de participation parentale, de participation des jeunes pour assurer la transparence, la prise de
décision locale pour les problèmes locaux, comme on fait dans une commission scolaire ou dans un conseil d'établissement,
bien là, ça fait des régions qui vont être bien vivantes puis où le
phénomène va bien se développer.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Il vous reste encore 1 min 30 s, M. le député.
M. Roberge : Je pense que l'idée de le faire régionalement est
très intéressante. Par contre, il va falloir réfléchir à ça concrètement, là,
parce que ça ne pourra pas tout être dans le règlement. Comme le dit mon
collègue, il va falloir donner des
balises dans la loi, définitivement. Et j'ai l'impression que le projet de loi
pose des questions mais n'apporte pas des réponses. Il va falloir le
faire.
Puis
je vous le dis, je partage juste ma réflexion avec vous, je m'inquiète vraiment
avec le fait de dire : Ah! bien, on
va le faire avec telle commission scolaire parce qu'il y a quelqu'un qui est
bon là-dedans puis qui aime ça. Si on personnalise quelqu'un, c'est à cause de Jacques ou de
Françoise, bien, qu'est-ce qu'on fait si cette personne-là tombe en congé de
maladie? Tu sais, on s'appuie sur une
personne plutôt que sur un organisme, une structure qui est crédible, puis là
cette personne-là démissionne, tombe
malade ou on ne sait pas quoi. Là, le système régional s'effondre parce qu'on
s'appuyait sur quelqu'un. Je trouve ça dangereux.
De la même
manière, ça va être très, très, très important qu'on se questionne sur comment
on choisit les gens qui coordonnent
cette structure régionale là. Parce que de la même façon, puis vous l'avez bien
dit dans votre mémoire puis vous
l'avez exprimé ici, que c'est une erreur de le confier à des gens qui
disent : «Moi, je suis contre l'éducation à la maison, confiez-moi ça, je suis contre, je vais tout faire
pour qu'il n'y en ait pas», bien, si on le confie à quelqu'un qui, de l'autre
côté, en fait une religion : «Moi, je
suis pour, le système québécois, c'est pourri, ça, il faut les sortir, puis
l'important, là, c'est que moi, je suis vraiment favorable à l'école à
la maison, tout sauf le réseau scolaire», bien, on va aller à l'autre extrême. Si on choisit des gens qui, au départ,
n'importe quoi est mieux que l'école traditionnelle, ils vont peut-être
accepter n'importe quoi. Il y a vraiment un danger du balancier. Puis on
est forts sur le balancier au Québec.
On avait un
très mauvais système, je pense que le statu quo n'était pas tenable, puis le
ministre fait bien, là, de faire
quelque chose. Mais, si on va à l'autre extrême, on va se retrouver dans
10 ans à vouloir corriger les erreurs de 2017. Puis il y a un danger à ça. Donc, il va falloir
vraiment, vraiment être très créatifs dans le dépôt des amendements, parce
que, d'après moi, il faut que ça soit dans
les amendements, que ça ne soit pas dans le règlement. Mais les questions que
vous soulevez sont d'une grande pertinence. Merci beaucoup.
Présidente (Mme Rotiroti) : Merci, M. le député de
Chambly. Alors, merci beaucoup, Mme Brabant, pour votre
contribution à la commission.
Je suspends
quelques instants pour permettre à l'Association éducative juive pour
l'enseignement à la maison de prendre place.
(Suspension de la séance à 10 h 33)
Présidente (Mme Rotiroti) : Alors, bonjour. Je souhaite la bienvenue à l'Association éducative
juive pour l'enseignement à la maison. Merci d'être là. Vous allez voir,
sur vos bureaux vous avez l'interprétation simultanée qui va se faire pendant la présentation. C'est des écouteurs qui vont vous traduire dans l'oreille
ce qui est dit. Mais, de qu'est-ce que je
comprends, vous allez faire moitié en français, moitié en anglais. Sentez-vous
bien à l'aise. Si vous voulez la faire toute en anglais, vous pouvez le
faire aussi.
Alors, je
dois vous rappeler que vous avez 10 minutes pour faire votre présentation,
et par la suite on va passer à une
période d'échange entre les élus. Alors, je vous demanderais de vous
identifier, de vous présenter ainsi que les gens qui vous accompagnent,
et vous pouvez commencer tout de suite votre exposé. Alors, la parole est à
vous.
M. Ekstein
(Abraham) : Merci, Mme la Présidente. M. le ministre, mesdames et
messieurs. En premier, je tiens à vous remercier de nous avoir invités à
participer à cette commission parlementaire.
Je me présente,
je ne suis pas la réincarnation de Rabbi Jacob, mais bien Abraham Ekstein,
membre du conseil d'administration de
l'Association éducative juive pour l'enseignement à la maison; à ma gauche,
M. Max Lieberman; à ma droite, Mme Yitty Hirsch, mère de famille et
membre de notre association, et M. Jacob Maman.
Et je vous
prie d'excuser la piètre qualité de mon français. Je vais commencer mon exposé
en vous expliquant qui nous sommes.
Je vous exposerai ensuite notre positionnement par rapport au projet de loi. Et
finalement nous vous proposerons certains amendements.
Nous sommes
des Juifs hassidiques orthodoxes. Nos origines sont plus que millénaires. Notre
histoire en est une de lutte
constante pour assurer notre survie en tant que peuple, pour préserver notre
culture, nos traditions, notre religion et notre langue, le yiddish, parlée presque uniquement par les Juifs
hassidiques. L'éducation a toujours été au coeur de notre vie en société. Faut-il le rappeler, le
peuple juif a été le premier à mettre en place un système d'éducation
obligatoire, et ce, même avant les Grecs.
C'est
uniquement grâce à notre système éducatif que nous avons pu survivre à ce jour.
Cette éducation, quoique religieuse,
que nous donnons à nos enfants depuis des siècles n'est pas que religieuse.
Elle comprend notamment des notions de
droit, de logique, résolution de problèmes, d'histoire, lesquelles contribuent
à la formation de l'esprit critique nécessaire pour faire face à la vie.
C'est dans ce contexte que, pour nous, l'éducation de nos enfants est vitale.
préservation de notre culture religieuse dans un milieu majoritairement laïque
exige que la transmission de nos croyances
à nos enfants soit encore plus rigoureuse, vous l'aurez compris. Cependant, au
cours des siècles, les communautés hassidiques
ont accepté par nécessité l'enseignement que l'on appelle séculier, considéré
comme un outil permettant de suivre
la survie de nos communautés mais surtout assurant notre intégration dans les
sociétés où nous avons élu domicile. Notre
principale question existentielle devient alors : En fait-on assez pour
s'assurer que notre culture est correctement transmise de génération en génération et en même
temps que nos enfants deviennent des citoyens productifs et respectueux
de la loi?
C'est à ces
défis qu'ont été confrontés nos ancêtres, peu importe sous quels cieux ils ont
vécu, et c'est toujours, ici, au
Québec, en 2017, notre principal défi, la seule différence étant notre
conviction que les Québécois partagent avec nous et comprennent ce fort
instinct de survie qui habite toute minorité qui tente de préserver sa culture
et sa langue.
Comment
relevons-nous ces défis? Jugez par vous-mêmes. Le décrochage scolaire est
presque inexistant dans nos
institutions d'enseignement, comme la criminalité d'ailleurs. Nous payons nos
impôts, nous créons des entreprises, et
donc des emplois, la prévalence de l'assistance sociale n'est pas, à notre
connaissance, au-dessus de la moyenne québécoise. Donc, nos enfants deviennent des citoyens responsables,
et l'on peut conclure que l'enseignement qui leur est donné ne les
empêche pas de fonctionner dans un monde moderne.
C'est dans ce
contexte que nous avons adopté un programme d'enseignement à la maison qui
s'avère pour nous le meilleur moyen pour
réconcilier la transmission de nos valeurs religieuses et l'enseignement
nécessaire au bon fonctionnement dans
la société. Nous sommes très fiers que le ministre de l'Éducation ait récemment
cité en exemple le travail qui est
fait par notre communauté avec la précieuse collaboration de la commission
scolaire English-Montréal, assurant
ainsi le succès de notre projet. Les amendements que nous proposons au projet
de loi ont pour l'objectif d'assurer la pérennité de ces importants
acquis.
D'entrée de jeu,
nous donnons notre fort appui au projet de loi n° 144. Nous reconnaissons
à l'État le devoir de s'assurer que tous les enfants apprennent au
minimum les matières obligatoires prévues dans le régime pédagogique québécois
et saluons la volonté du législateur de mieux encadrer l'enseignement à la
maison.
Ainsi, nous
sommes sensibles au changement proposé à la définition du type d'enseignement
que doit recevoir l'enfant qui est
inscrit au programme d'enseignement à la maison. La notion d'enseignement approprié
est plus adéquate que celle qu'elle
remplace et respecte la spécificité des différentes communautés, tout en
assurant l'acquisition de contenus qui
sont jugés essentiels à la vie en société. Ce principe, pour nous, est
fondamental. Il exigera de la souplesse de la part du gouvernement dans la rédaction des règlements
et de la part des commissions scolaires dans l'application des normes
qui régiront l'enseignement à la maison.
À la base, nous croyons que le projet de loi met
à la disposition du ministre plusieurs outils lui permettant de trouver et rejoindre les parents et de les sensibiliser
au respect de l'obligation de la fréquentation scolaire. De plus, nous croyons que le gouvernement devrait privilégier
une responsabilisation des parents au lieu de s'en prendre aux institutions
de notre communauté.
Dans ce contexte, l'imposition d'une amende
draconienne à des institutions ou organismes qui peuvent être religieux, mais aussi des refuges de sans-abri ou
de décrocheurs, parce qu'ils accueillent entre leurs murs des enfants qui
ne remplissent pas leurs obligations de
fréquentation scolaire, n'apparaît pas opportune et va au-delà des objectifs
poursuivis par le ministre. À nos
yeux, nos institutions sont les principaux acteurs dans notre démarche. Elles
représentent le meilleur moyen
permettant d'offrir aux parents le soutien nécessaire pouvant assurer le
succès. Il serait donc contre-productif de les exposer à de tels
risques.
Si le législateur juge malgré tout impératif de
maintenir ces dispositions, nous croyons qu'il faudrait alors introduire des mesures plus souples et malléables,
lesquelles sont l'objet de propositions d'amendement contenues dans notre mémoire. Elles permettront au ministre non
seulement de faire respecter la loi, mais surtout de s'assurer que ce sont
les institutions récalcitrantes, celles qui refusent de coopérer avec lui, qui
seront exposées aux conséquences prévues.
Ceci dit,
c'est véritablement l'article 14, qui porte sur les perquisitions sans
mandat à l'identification des enfants, qui
nous apparaît le plus problématique. Nous croyons que l'obtention d'un mandat
de perquisition devrait s'appliquer pour
toute mesure d'intervention régie par l'article 478 de la
Loi sur
l'instruction publique, sauf exception pour des situations d'urgence,
quand la vie est mise en danger.
Sans discuter
plus profondément des enjeux constitutionnels reliés à cette question et que
vous retrouvez dans le mémoire que nous avons soumis, nous croyons que
ce pouvoir de perquisition sans mandat n'est absolument pas nécessaire, car, même si certaines institutions
étaient récalcitrantes à coopérer avec le gouvernement, elles ne sont pas
pour autant clandestines. Elles ont une adresse civique, un permis municipal
d'occupation. Ce n'est pas à cause des quelques
heures de plus que requerra l'obtention du mandat que la preuve disparaîtra ou
que les enfants seront soudainement
soumis à un danger justifiant une intervention intempestive.
Donc, encore
ici, le gouvernement dispose déjà, grâce aux autres mesures prévues
dans le présent projet de loi, des
moyens dont il a besoin pour atteindre ses objectifs sans avoir à verser
dans ce qui pourrait mener à des situations d'abus
de pouvoir. Ajouter l'obligation d'obtenir un mandat de perquisition ne fera
qu'augmenter la légitimité de l'acte et nous protégerait d'un
signalement, avec tout respect, malicieux, fait dans le but de nous harceler.
Et nos
craintes ne sont pas sans fondement. Nous avons pu observer l'année dernière,
lors de l'intervention de la DPJ dans
la communauté de Vizhnitz, une démonstration de force qui n'était absolument
pas nécessaire et qui a été faite au
détriment des enfants, qui ont été traumatisés par la présence dans l'école des
policiers et des caméras. Car, en
effet, des négociations étaient déjà en cours entre cette communauté et
les autorités gouvernementales pour régulariser leur situation.
Nous
demeurons évidemment convaincus de l'intention bienveillante du ministre
à notre égard, mais l'histoire récente
nous enseigne que cela n'est pas suffisant au moment où les forces politiques
ou la pression médiatique forcent la main
du gouvernement. Il faut éviter que ne se répète pareil scénario.
Nos deux demandes assureront ainsi la protection de notre institution religieuse contre des possibilités d'abus de pouvoir et permettront une relation de mutuelle confiance,
le succès du programme d'enseignement à la maison, tout en permettant au ministre
d'atteindre ses objectifs.
Enfin, nous voudrions également que notre droit
à l'école à la maison soit spécifiquement reconnu comme découlant des droits prévus dans les chartes, ceci afin de rappeler aux
corps politiques de notre société que l'enseignement à la maison n'est pas une faveur, un cadeau, un
privilège qui est accordé à un groupe minoritaire, mais bien un mécanisme
mis en place par le législateur québécois afin de s'assurer que la
Loi sur l'instruction
publique respecte les droits protégés par les chartes.
Nous avons
confiance en la sagesse de la société
québécoise, qui a toujours
défendu les droits des minorités. Nous croyons
que ce projet de loi, une fois adopté, nous permettra
d'atteindre nos objectifs communs. Merci de nous avoir permis de
prendre la parole devant vous, honorables députés.
Présidente (Mme Rotiroti) : Merci beaucoup, M. Ekstein. Et je dois vous dire que votre
français est très bon. Alors, on va
passer à la période d'échange et on va aller du côté du gouvernement. Alors, M. le ministre, vous disposez de 21 minutes.
M. Proulx : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Vous me permettrez d'abord de saluer, messieurs, madame, votre
présence à l'Assemblée nationale. Je suis très heureux de vous avoir ici aujourd'hui.
J'ai eu l'occasion de vous rencontrer, vous
et d'autres membres de la communauté et des autres communautés de la grande
famille juive ici, au Québec, et, dans le contexte d'un projet comme celui-là,
je pense qu'il était important que vous soyez présents. Vous avez manifesté
l'intérêt d'y participer, et je vous en remercie.
Deuxièmement,
je veux saluer... puis vous l'avez noté, je vous en remercie, mais je veux
aussi saluer encore une fois le
travail qui a été fait avec la commission scolaire English-Montréal School
Board, parce que ça n'est même pas... Et il faut se le rappeler, Mme la
Présidente, hein, ça vient d'un conflit, à la base, et au début les gens ne
s'entendaient pas, et une façon de
travailler ensemble a été développée. Pour certains, même, ce n'était pas le
choix initial, mais aujourd'hui on se retrouve dans la situation où on
est obligés de faire le constat qu'avec cette collaboration entre la communauté — émanant notamment de la communauté — qui travaille très bien avec leurs enfants,
et la commission scolaire, il y a une façon de travailler qui fonctionne
pour vous.
Et là-dessus,
je le sais, puis sans trop m'avancer parce que je n'ai pas tous les détails, et
vous pourrez nous en parler dans
quelques instants, mais, lorsqu'on parle avec la commission scolaire, Mme la Présidente,
ce qu'on nous dit, c'est que, sur une
base volontaire, plusieurs vont même passer les examens, hein, ils vont faire
des évaluations pour voir où ils en
sont rendus dans leur cheminement, et les résultats sont bons. Ce qu'on me dit,
c'est que la progression des apprentissages est là. Alors, dans ce contexte-là, rien n'est parfait, ici comme
ailleurs, mais je voulais saluer le travail qui est fait avec vous
et avec la commission scolaire, qui a pris ce dossier-là, c'est le cas de le
dire, à bras-le-corps et qui s'en occupe au quotidien.
C'est intéressant également de vous avoir avec
nous parce que la situation diffère d'autres. Les raisons pour lesquelles, dans ce cas-là précisément... puis je pense qu'il faut aussi parler de l'école ensuite, mais les
raisons qui vous ont amenés, ou qui
vous amènent, ou qui font en sorte que certains choisissent les apprentissages
à la maison, pour le dire correctement,
diffèrent. Mais c'est important de se rappeler que le point commun de tout ça,
c'est qu'à
titre de parents, comme
éducateurs, vous avez le droit de faire des choix différents, dans la mesure... Et ça, c'est la norme, je pense,
qu'on s'est donnée dans la société,
c'est de s'assurer tous et toutes que les enfants aient un projet éducatif qui est mis de l'avant pour éviter
de compromettre leur développement global, rappelant qu'il y a un droit à l'éducation.
Vous avez
fait état d'un historique, celui de la communauté, et je l'ai bien entendu et je l'ai réécouté,
parce que nous en avons déjà parlé. Il y a des mythes, aussi, qu'il faut
finir par faire tomber. Ce n'est pas vrai que c'est tout le monde,
dans votre communauté et dans les communautés, qui refuse ou
n'accepte pas un enseignement séculier. Ce n'est pas vrai. Par contre, et je pense qu'on en a déjà
parlé ensemble, et je peux m'avancer en le disant ici, il est important
de faire ce cheminement, cette
démarche, et il va falloir aussi faire davantage avec l'enseignement séculier. Je pense que vous en êtes conscients, et je peux, je pense, le
dire ainsi, qu'il y a du travail qui
se fait également chez vous, de réflexion, à cet égard-là. Alors, moi, je salue
qu'il y ait de l'ouverture à cet égard-là. Que les choses prennent un peu plus
de temps que pour d'autres, c'est une affaire, qu'il y ait ouverture à
constater que nous sommes aujourd'hui dans une époque différente et que les
choses doivent évoluer différemment, je vois ça d'un bon oeil.
J'aurais
voulu, moi, vous entendre plus spécifiquement sur la relation que vous avez
avec le ministère de l'Éducation. Et
Mme Barcelo est ici, et puis je trouve que c'est une belle occasion
d'avoir cet échange-là avec vous, parce qu'il y a beaucoup d'efforts qui ont
été faits par le ministère, et moi, je souhaitais ça, puis j'en ai fait
également. Il y a, je pense, une
relation différente avec les communautés. Et, dans ce contexte-là, j'aurais
voulu savoir comment les choses évoluent actuellement. Parce que
certains pensent qu'on ne se parle jamais, d'autres vont dire qu'on est
toujours sur votre dos, ou qu'il y a des
inspections à temps complet, ou que c'est la DPJ en tout temps. Alors, j'aurais
aimé vous entendre nous dire si les
choses avaient évolué, si aujourd'hui le contexte était favorable à des
améliorations, à des modifications, à une meilleure compréhension de ce
que vous souhaitez lorsque vos enfants sont à l'école.
M. Ekstein
(Abraham) : C'est évidemment ce que je peux dire, que c'est dommage que ce type de relation que
nous avons aujourd'hui avec le ministre et le ministère n'était pas le cas dans
les années dernières parce qu'il y avait beaucoup de méconceptions, beaucoup de mésententes, de
fausses informations. Et nous avons crié pour une chance de s'asseoir, de se parler, d'avoir des communications, de s'entendre que ce n'est pas le cas ici de communautés
qui refusent l'éducation.
C'est toujours un argument de niveau d'éducation,
de limites d'heures, limites d'après certaines problématiques culturelles, mais ce n'est jamais
le cas de refus d'éducation. Donc, bien
sûr que je peux dire qu'aujourd'hui c'est tout un autre univers,
on a la chance de parler avec vous, M.
le ministre, et avec les représentants du ministre. M. Maman va parler
sur les relations qu'il a avec la commission scolaire English-Montréal, qui est
partie de ses...
Maman (Jacob) : En effet,
notre relation, comme on l'a discuté auparavant, est excellente avec la
commission scolaire, et c'est ça, je
crois, qui permet la réussite du programme qu'on a commencé avec eux. Il y a
une ouverture d'esprit, il y a de la
communication, il y a de la flexibilité. On s'arrange pour que les choses
marchent, il n'y a aucun problème qu'on
n'a pas été encore capables de résoudre. À chaque fois qu'une situation s'est
présentée, on s'est assis, on a discuté, on a trouvé les limites de notre côté, les limites de leur côté, et on
est arrivés à un consensus, et on a fait fonctionner les choses.
Donc, un
exemple simple. Il y a des rencontres bisannuelles entre la commission
scolaire, les représentants de la commission
scolaire et les parents qui offrent... qui font la scolarisation à la maison
avec leurs enfants pour les évaluations de portfolios de leurs enfants. En temps normal, l'évaluation se fait à la
commission scolaire, un parent prend rendez-vous avec la commission scolaire, se présente et fait évaluer son dossier.
Nous avons proposé à la commission scolaire si leur représentant pouvait venir dans la communauté
rencontrer les parents dans des centres de la communauté afin de faciliter
les échanges, afin que les parents soient
plus confortables. Ils ont accepté, et nous avons eu plusieurs de ces
rencontres, et toutes ces rencontres
ont été extraordinaires, de tous les côtés. Les parents se sentent en confiance, se sentent respectés.
Les consultants qui viennent de la
commission scolaire sont heureux de voir comment les parents sont engagés, veulent que ça fonctionne. Et donc c'est cette ouverture,
cette communication, cette flexibilité qu'on a trouvée avec la commission
English-Montréal qui permet que ça fonctionne.
M. Proulx : J'aurais voulu que
vous nous expliquiez, dans le fond, la... parce qu'indépendamment de cette... bien, pas indépendamment, je comprends comment
fonctionne cette relation, mais, avant de passer la parole à mon collègue
de D'Arcy-McGee, qui avait également des
questions pour vous, j'aurais voulu savoir ce que c'est, une journée type d'un
enfant qui est dans ce programme avec la
commission scolaire. J'aurais voulu entendre ce... que vous puissiez nous
raconter le quotidien d'un de ces enfants, par exemple.
M. Maman
(Jacob) : Donc, je dirais
qu'il n'y a pas d'enfant type. On prend chaque enfant pour ce qu'il est et pour
les besoins qu'il a. En tant que centre de soutien, nous offrons des services
en fonction des besoins des enfants. Donc,
c'est sûr qu'à la base ce sont des institutions religieuses, donc les enfants
passent un certain nombre... à faire les études religieuses. Il y a cette conception que les études religieuses
veulent dire de la prière. La prière représente peut-être 5 % à 10 %
du temps que les enfants passent dans nos établissements. C'est réellement...
c'est des études, des études qui leur
permettent d'acquérir des connaissances, qui leur permettent de développer des
stratégies et donc qui sont bénéfiques à leur enseignement séculier également.
Également,
donc... et, en fonction du besoin de chaque enfant, nous recevons des demandes
en fonction des parents, donc. Nous
sommes autorisés à faire trois catégories de choses : nous faisons du
tutorat pour les enfants, nous faisons de
l'aide aux devoirs et nous faisons de la préparation aux examens. Et donc ce
sont les trois choses pour lesquelles nous aidons les enfants et leurs parents. Et donc, selon les demandes de
chacun, ça diffère. Je pense que Mme Hirsch serait plus apte à répondre
comment ça se passe à la maison pour elle.
Mme Hirsch
(Yitty) : Pour ma famille,
je suis mère de six enfants, trois d'entre eux sont scolarisés à la maison,
et ça me donne une liberté d'adapter le programme
aux besoins spécifiques de mes enfants, qui est vraiment incroyable.
L'apprentissage est devenu un projet familial, c'est une
partie de chaque
moment de notre vie quotidienne familiale.
Mes enfants
ont exprimé des intérêts aux différents sujets. Je pourrais suivre un
curriculum autour de ce thème. Comme, il y a quelques mois, nous avons
exprimé un intérêt à l'exploration du thème spatial, alors j'ai construit des leçons de lecture, de maths, de sciences autour de
ce thème, nous sommes allés en famille au musée de l'espace, à Ottawa,
au Planétarium. Puis c'était la fête de Purim, mais les enfants ont choisi de
se déguiser comme astronaute.
Alors, il y a
des connexions entre notre vie familiale, notre culture et la matière qu'ils
apprennent en maths, en lecture et en sciences, qui fait une intégration
vraiment forte et vraiment «relatable» pour les enfants.
M. Proulx : Bien, écoutez, merci. Bien, merci. Je sais que mon
collègue de D'Arcy-McGee avait quelques questions pour vous, et ça me
fait plaisir de lui céder la parole. Je termine en vous disant merci de votre
présence aujourd'hui.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Merci, M. le ministre. Alors, M. le député de D'Arcy-McGee, il vous reste
presque 10 minutes.
M. Birnbaum :
Merci, Mme la Présidente. M. Ekstein, M. Maman, Mme Hirsch,
M. Lieberman, ça m'a fait plaisir, comme mes collègues, de vous accueillir à l'Assemblée nationale. Nous
avons eu des opportunités de travailler ensemble, et j'espère qu'elles
vont se multiplier.
Je veux
poursuivre nos discussions sur l'expérience à la maison. Dans un premier temps,
je trouve ça important de nous
rappeler collectivement que la tâche devant nous tous, et on est reconnaissants
de voir qu'on a des gens qui veulent travailler avec nous là-dessus,
c'est de trouver ce juste équilibre entre le droit très reconnu au Québec,
comme dans presque chaque juridiction
occidentale, de la scolarisation à la maison... Qu'on se rappelle, quand
quelques intervenants nous parlent du
fait qu'il faut faire copie conforme avec l'école et quand on soupçonne qu'il y
ait des gens qui préféreraient que cette option n'existe pas, que c'est
très bien encadré dans la loi, que ça fait consensus au Québec.
Alors, à
quelque part, il y a cette obligation mais qui doit aller évidemment de pair
avec l'obligation et quelque chose
qui fait le consensus au Québec, c'est-à-dire que l'accès à l'éducation est un
incontournable et l'acquisition des concepts
d'un sens de citoyenneté, la responsabilisation de chaque enfant est aussi
notre devoir collectif. Et ces deux choses doivent être équilibrées et elles sont inscrites
dans les lois devant nous. Et ce qu'on essaie de faire avec ce projet de loi,
c'est de nous assurer qu'on a trouvé le
juste équilibre qui respecte ce consensus ainsi que nos obligations de
respecter le droit de la
scolarisation à la maison. Et je répète — il y a plein de jurisprudence des hautes
instances des tribunaux — qu'on ne parle pas de
produire copie conforme, on parle de l'importance d'assurer que nos jeunes, peu
importe leur diversité, soient scolarisés de façon digne, accessible et
équitable.
Bon,
j'aimerais vous inviter d'en parler davantage sur le plan très pratique, et
j'inviterais peut-être Mme Hirsch d'élaborer,
de nous parler de comment cet équilibre est atteint, comment, en donnant des
exemples très spécifiques, vous avez commencé à le faire, que vos
enfants vivent cette expérience. Et je vous invite... I would
invite you to make particularly reference to how your children are learning
French. Voilà une priorité qui est partagée par les Québécois non francophones de toutes origines, dont la
communauté juive dans toute sa diversité, dont je fais
partie aussi. Alors,
je vous invite d'élaborer sur l'expérience de vos trois enfants en nous donnant
quelques exemples et peut-être en faisant référence à l'enseignement du
français langue seconde particulièrement.
Mme Hirsch
(Yitty) : Bien sûr. Moi,
j'habite au quartier de Mile End à Montréal. Si vous le connaissez, alors, c'est un quartier vraiment diversifié. Les
enfants jouent dans la ruelle avec des enfants plutôt francophones. Mes enfants
très jeunes ne parlent pas encore français.
Le plus grand, un peu mieux, et la plus grande parle vraiment
fluide. Alors, ils font
partie de
cette société québécoise. Ils ont des interactions avec les
autres enfants francophones, et ça leur donne une chance de vraiment
utiliser des habiletés qu'ils reçoivent à la maison auparavant de l'enseignement
à domicile.
Enseigner le
français, c'est le plus grand défi pour les mères dans notre communauté.
L'anglais, les mathématiques, les
sciences, c'est beaucoup plus facile. La grande majorité des mères dans
notre communauté sont diplômées
secondaires à Québec. Un grand nombre
ont aussi complété des diplômes d'études collégiales, et encore d'autres, comme
moi, ont poursuivi des études
universitaires. Alors, nous avons l'expérience, nous avons les qualifications.
On travaille très bon ensemble. Il y
a beaucoup de collaboration. Nous partageons des idées. Quand moi, j'enseigne
aux enfants de mes amies le français,
l'anglais et les mathématiques, elles enseignent à les miens la musique et
l'art. Alors, il y a de la collaboration. On partage des ressources. Le
soutien de la commission scolaire est vraiment inestimable.
Alors, pour moi,
comme mère, c'est vraiment une expérience incroyable. Je trouve que je suis
vraiment impliquée dans l'éducation de mes enfants. Je fais
partie de leur
expérience. C'est une expérience familiale. Les enfants travaillent ensemble
avec moi et mon mari. Je trouve aussi que mes enfants, vraiment, ont des
opportunités qu'il n'y a pas au même niveau
dans l'école pour poursuivre leurs propres intérêts. J'ai un garçon de
huit ans qui est vraiment intéressé au sujet de l'architecture. Alors, à l'école, il ne pourrait pas vraiment
poursuivre au même niveau qu'il peut à la maison. Parce que moi, je peux
personnaliser les matières à son intérêt, de ce sujet comme l'architecture,
pour lui.
M. Lieberman (Max) : Juste pour
répondre, vous êtes... votre question : Comment nous enseigne la langue française?, juste une réalité : dans notre communauté,
80 % nés à New York comme moi, Abraham est né en Argentine, mais
80 %... parce que, dans notre société, après nos mariages, les hommes aller vivre... I'm going to switch in English. It's easier. They go live close
with the family of the wife. It's easier if you have bigger families. So being
that, we have... That's the only...
The notion that English is our language, it's just because I was born in
Brooklyn, but my language at home and
our language is Yiddish. Our second language, being in New York, is English,
but, being in Québec, for my kids
that were brought up here, it's French. So, that's just...
Birnbaum : Merci. Je crois
que c'est une précision qui est importante parce que, dans toute notre
diversité comme communauté juive
mondiale, voilà une de nos façons traditionnelles de s'adapter. Dans un premier
temps, c'est l'importance primordiale
de l'éducation, mais, dans la diaspora mondiale, c'est notre façon, d'apprendre
la langue du pays où on se trouve, et c'est intéressant d'entendre que
ça se poursuit avec vos enfants.
Maintenant, je suis curieux de savoir comment ça
se manifeste, le lien avec EMSB sur le plan hebdomadaire, chaque semaine. Pouvez-vous nous donner quelques
exemples où peut-être vous étiez à la recherche d'une façon de mieux
enseigner un tel programme, ou quand il
s'agissait de l'évaluation? Comment ça se manifeste, votre lien avec vos
intermédiaires de la commission scolaire?
Mme Hirsch
(Yitty) : À ce moment, nous
avons deux rendez-vous annuels avec
un représentant de la commission scolaire.
Alors, la première fois, c'était encore... je l'ai fait deux fois cette année,
là, dernière. La première fois, c'était une expérience à découvrir qu'est-ce que c'est, ce rendez-vous. À la
deuxième fois, au mois de juin, je suis arrivée au centre, il y avait des mères avec des gros cartons
pleins de projets, de livres et de travaux que les enfants ont faits. Nous
avons mieux compris combien démontrer la
progression de l'éducation de nos enfants. Alors, ces rendez-vous sont
vraiment, vraiment importants parce
que ça nous donne la chance de discuter le progrès de nos enfants et de parler
à un professionnel.
Il y a
aussi l'évaluation à la fin de l'année. Alors, ma fille plus grande, de
11 ans, a été évaluée pendant trois semaines par la commission scolaire, une semaine en
français, une semaine en anglais et puis une autre semaine en mathématiques.
C'étaient vraiment des évaluations
rigoureuses, et les résultats, comme le ministre a dit, étaient vraiment bons.
Alors, ça donne pour moi, parent,
l'assurance que ce que je fais à la maison, les résultats que nous voulons voir
à la fin de l'année... Alors, évaluer
les enfants, c'est vraiment la meilleure façon d'avoir une méthode de savoir si
les enfants font la progression. L'évaluation
ensemble, avec les rendez-vous biannuels et le portfolio, ça nous fait
confortables que les enfants vont avoir le succès comme les enfants dans
le régulier école.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Merci beaucoup. Il reste quelques secondes, M. le député de D'Arcy-McGee.
Birnbaum : Bon, juste le temps de vous remercier et de reconnaître le
fait que vous êtes en train de chercher le juste équilibre comme
partenaires avec nous, et c'est apprécié. Merci.
Présidente (Mme Rotiroti) : Merci beaucoup. Alors, on va passer
du côté de l'opposition officielle. Alors, M. le député de
Lac-Saint-Jean, vous avez 14 minutes.
Cloutier : Merci, Mme la Présidente. Merci pour votre présentation.
Peut-être poursuivre sur le... Moi
aussi, j'essaie de comprendre comment ça fonctionne concrètement puis à partir
de quel matériel scolaire, quel
régime pédagogique vous essayez de suivre, mais peut-être juste nous
expliquer... Vous avez six enfants, il y en a trois que vous avez décidé
d'enseigner à la maison.
Mme Hirsch
(Yitty) : Les trois plus grands, oui.
M. Cloutier :
Les trois plus grands parce que les autres sont...
Mme Hirsch
(Yitty) : Les trois autres sont très petits.
M. Cloutier :
O.K. Mais vous allez choisir le même modèle, le modèle dans...
Hirsch (Yitty) : Je crois que oui, même tout petit. J'ai un petit
garçon de quatre ans, et il est devenu
partie de l'expérience quand nous avons fait le projet de l'exploration
spatiale. Alors, il chantait les noms des planètes. Parce qu'il est aussi à la maison, alors il devient
partie de l'expérience même s'il n'a pas encore l'âge de la scolarisation à la
maison. Il a juste quatre ans. Alors, quand
mes autres enfants vont grandir, je crois que je vais choisir la même façon de
les scolariser.
M. Cloutier :
Est-ce que justement c'est le cas de tous les Juifs hassidiques orthodoxes?
Est-ce que tous les Juifs hassidiques décident de faire l'expérience?
Hirsch (Yitty) : Moi, je suis allée à une école communautaire
hassidique, et nous avons suivi le programme, et j'ai reçu mon diplôme d'études secondaires du Québec. C'était mon
expérience comme enfant. Moi, j'ai choisi, comme beaucoup d'autres mères de la communauté, d'essayer ce modèle-là. Comme
je l'ai expliqué précédemment, ça nous donne plus de flexibilité d'adapter le programme à l'unique intérêt de nos
enfants et aux spécifiques besoins de nos enfants. Comme parents, ça, c'est ce que nous voulons, une
éducation vraiment personnalisée aux habiletés et aux besoins de mes enfants.
Cloutier : C'est quoi, la proportion, à votre avis, dans la
communauté, de parents qui décident de garder les enfants à la maison?
Ekstein (Abraham) : Si je peux intervenir, il y a deux différentes
communautés hassidiques à Outremont. Pour
un «outsider», il n'y a pas de grandes différences, mais ce sont des nuances
très petites entre deux communautés. Je
suis de communauté Satmar. Comme je l'ai dit dans notre mémoire, historiquement on ne... On voit cette école qui
a été prise en cour pour les forcer
de se conformer à la loi. Historiquement, il y a de 50 à 60 années que cette
école a fonctionné ici sans recevoir,
évidemment, un sou du gouvernement, et nous étions
l'objet d'ententes hors cour avec le gouvernement
pour se conformer, et tous les enfants se
conforment maintenant. Mais il y a d'autres communautés
hassidiques qui ont toujours une accréditation, comme j'imagine que vous le
savez. Il y a d'autres écoles privées hassidiques qui ont un permis du gouvernement. Donc, il y a un choix. Il est possible que des
parents qui font la scolarisation à la maison avec quelques
enfants vont envoyer les autres enfants aux écoles qui ont un permis.
Cloutier : Donc, dans
l'autre modèle que vous venez de mentionner, il y a un suivi... En fait, ça
mène à la diplomation, ça donne l'octroi d'un diplôme d'études
secondaires. Il y a d'autres modèles au sein de la communauté?
Ekstein (Abraham) : Oui, bien sûr. Bien sûr, parce que c'est possible,
par exemple, comme pour enfants de 13 années...
ou de 13 ans, 14 ans, de s'inscrire à une autre école communautaire
qui a un permis et d'obtenir le diplôme. Je ne dis pas que ça va... this will happen every time, mais c'est
toujours possible pour quelques... Le but de scolarisation dans la maison, c'est d'assurer qu'il y a cette
possibilité, si l'enfant fait le choix ou si le parent des enfants fait le
choix, de le réintégrer à une autre
école qui a le permis, et prenne en compte la réalité culturelle. Il y a des
écoles juives hassidiques qui ont des
accréditations où il est possible pour des parents de faire le choix de
réintégrer de l'école à la maison à l'école avec accréditation pour obtenir le diplôme, et, même avec la
scolarisation à la maison, si les enfants vont passer les examens, ils
pourront obtenir le diplôme. Donc, c'est possible, toujours.
Lieberman (Max) : Ma fille, cette année, elle allait à l'école à la
maison, mais, après la fin de l'année, elle allait... went to another school
to take the exams, the Québec exams, and she passed it, she passed the exams.
M. Cloutier :
L'obtention du diplôme d'études secondaires?
M. Lieberman (Max) : She was now in the 10th grade, oui.
M. Cloutier : Puis quel âge a votre
fille?
M. Lieberman (Max) : 15 ans.
Cloutier : 15 ans. Donc, elle a 15 ans puis elle a obtenu
son diplôme d'études secondaires.
M. Lieberman (Max) : Répétez.
Cloutier : J'ai dit : Votre fille a 15 ans et elle a passé
les examens pour obtenir son diplôme d'études secondaires.
M. Lieberman (Max) : Oui.
Exactement, oui.
M. Cloutier : Secondaire IV,
vous dites?
M. Lieberman (Max) : ...dans la
prochaine année, je pense, oui.
M. Cloutier : Je veux juste...
Cloutier : C'est ça, ce sont les examens ministériels de
secondaire IV. Puis on parle de votre fille parce que vous l'avez
mentionnée, mais c'est un exemple de l'enfant qui décide de s'inscrire
éventuellement au cégep? C'est pour ça qu'elle veut obtenir son diplôme d'études
secondaires? Est-ce que c'est ça?
M. Lieberman (Max) : Oui,
exactement. Elle n'a pas besoin d'aller à l'université.
M. Cloutier : O.K. Puis
l'enseignement à la maison, au niveau du matériel scolaire qui est offert par
le English-Montréal, est-ce que vous êtes satisfait de l'accompagnement que
vous recevez, du matériel scolaire qui est
offert? Est-ce que c'est un choix qui est donné aux parents, entier, ou, au
contraire, vous achetez... je ne sais pas si vous l'achetez, ça doit dépendre du matériel et de la commission
scolaire, mais vous avez du choix, c'est ça? J'essaie de comprendre, là,
ce que vous suivez, dans le fond, comme formation.
M. Maman (Jacob) : Si je peux y
répondre?
M. Maman
(Jacob) : Actuellement,
donc, on est toujours dans le processus d'apprentissage, nous et la commission
scolaire, sur les meilleures méthodes à
adopter. Je parlais récemment avec des représentants de la commission scolaire
English-Montréal où ils m'informaient que, bon, il a été établi l'année
dernière que, pour chaque enfant qui est scolarisé
à la maison, la commission scolaire recevrait une somme de 1 000 $.
Mais ce qu'ils ont appris, c'est que cette somme était uniquement versée
pour des ressources humaines, au moment où on se parle. Ça veut dire : on
avait peut-être 700 jeunes d'inscrits,
donc ils ont reçu à peu près 700 000 $, mais qu'en fin d'année, le
fait qu'ils n'avaient pas utilisé toute cette somme d'argent en
ressources humaines, une
partie des sommes ont dû être reversées au ministère.
Et donc ça, on trouve ça un peu désolant,
dans le fait qu'on aimerait qu'il y ait plus de flexibilité avec les sommes
d'argent qui sont versées aux
commissions scolaires pour qu'ils puissent l'utiliser selon les besoins qu'ils
ont pour ce programme. Ça veut dire
faire l'acquisition de matériel, faire l'acquisition de toutes sortes de... que
ce soient des licences informatiques, que ça soit même des ordinateurs,
tout ce qui serait nécessaire à l'amélioration du système.
Et donc, en
ce moment, c'est uniquement les ressources humaines qui sont payées, et donc ce
sur quoi on travaille actuellement,
c'est que leurs consultants sont à rédiger des programmes spécifiquement pour
nos enfants qui suivent le programme
d'enseignement à la maison avec un matériel didactique, mais que, pour le
moment, nous devrons nous fournir nous-mêmes, car ils n'ont pas encore
cette autorisation d'utiliser les fonds pour faire des acquisitions.
Cloutier : Puis vous parlez d'enseignement à la maison, mais est-ce
qu'il y a aussi... est-ce que les enfants ont des périodes en groupe
d'enseignement ou si c'est vraiment de l'enseignement individualisé par
famille?
M. Maman (Jacob) : Non. Donc, en tant que centre de soutien scolaire, nous sommes autorisés
à faire trois choses à la base. Nous sommes autorisés à faire du
tutorat, donc les enfants vont avec un tuteur. Deux, trois, quatre enfants maximum vont travailler
avec un tuteur. On fait de l'aide aux devoirs, donc il va y avoir un certain
nombre d'enfants qui viennent avec
leur propre matériel. Il y aura une personne ressource qui sera présente, et
ils pourront se référer à cette personne
ressource pour de l'aide dans ce qu'ils accomplissent. Et il y a la préparation
aux examens. Donc, nous, on a choisi,
avec la commission scolaire — pour le moment, on appelle ça un projet
pilote — de faire
passer aux enfants des examens à la
fois, comme Mme Hirsch a dit, pour savoir où nous en sommes dans notre progrès,
mais en même temps pour permettre à
la commission scolaire de voir le niveau de nos enfants afin qu'ils puissent
mieux réajuster les besoins qu'on a
dans notre communauté. Et donc c'est un travail d'équipe afin de s'entraider à
donner de meilleurs résultats aux enfants.
Ekstein (Abraham) : Si je peux intervenir, quelque chose, je pense,
qu'il importe... Soyons honnêtes ici. Quand nous étions en cour sur la
démarche de nos enfants, on était très anxieux sur la possibilité de tous les
parents de notre communauté de donner
l'enseignement à la maison parce qu'il y a des parents qui ont des difficultés,
qui ont des problèmes, problèmes
économiques ou problèmes... des enfants, et c'est pourquoi nous avons lutté
pour avoir ce droit de soutien scolaire dans nos institutions, qui a été permis pour l'entente hors cour que
nous avons faite avec le gouvernement, pour permettre justement à ces parents de se conformer. Il y a
toutes sortes de niveaux de parents qui ont besoin de plus d'aide de leur
centre communautaire, qui ont moins de besoins d'aide.
Cloutier : Mais ça fonctionne comment? Il y a des jeunes qui prennent
l'autobus, qui se retrouvent dans un lieu x, et c'est là qu'on offre le
tutorat? À chaque jour? C'est-u comme ça que ça fonctionne?
M. Maman
(Jacob) : Essentiellement, les enfants sont dans nos centres
communautaires le matin pour leur enseignement religieux, et certains vont
rester une heure, deux heures, dépendamment des besoins de chaque enfant. Comme on a dit, chaque enfant est différent, et
les parents vont nous faire des demandes différentes en fonction des besoins
de leurs enfants. Donc, ils vont rester une heure, deux heures de plus. Dans
certains cas, pas du tout, ils vont entrer directement à la maison et
travailler avec leurs parents parce qu'ils n'ont pas besoin nécessairement de
notre soutien.
M. Cloutier :
Est-ce qu'il y a plusieurs centres communautaires? Vous dites que...
M. Maman (Jacob) : Oui. Il y a plusieurs centres communautaires du fait qu'il y a, comme
M. Ekstein a expliqué, différentes communautés à l'intérieur de la
grande communauté hassidique dans Outremont, si vous voulez.
Cloutier : Donc, il s'agit juste de voir comment ça marche. Il y a-tu
un endroit où on retrouve, je ne sais pas, moi, 300 jeunes le matin,
ou c'est des petits centres communautaires? Parce que vous parliez d'un ratio
de trois, quatre élèves par tuteur.
M. Maman (Jacob) : Si on prend un des centres, il y a 230 jeunes, disons, qui sont
présents dans le centre, mais ce
n'est pas tous les 230 jeunes qui, un jour x, vont avoir du soutien
scolaire. Ça veut dire que c'est une, deux fois par semaine, une heure à la fois. Donc, il va y avoir
une certaine rotation des élèves qui vont avoir droit au soutien. Ce n'est
pas constant.
M. Cloutier :
Ce n'est pas tous les jours, de huit à midi.
M. Maman
(Jacob) : Ce n'est pas tous les jours, ce n'est pas tous les élèves.
Ekstein (Abraham) : Et on peut imaginer qu'avant des examens, tous les
jours, ils vont en avoir, des besoins intensifs d'aide pour passer leurs
examens.
M. Maman (Jacob) : Parce qu'en fin d'année, lorsqu'on fait les préparations d'examen, oui,
là, c'est les plus gros groupes, et là on fait une préparation aux
examens. Donc là, c'est des mises en situation,
des pratiques, et donc là c'est un peu plus volumineux. Il y a beaucoup
plus de monde, oui.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Ça va, M. le député? Il vous reste encore une
minute, oui.
Cloutier : Oui, je ne suis pas sûr que je comprenne parfaitement
comment ça fonctionne. Il faudrait que j'aille vous visiter, mais je
vous remercie de votre...
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Bon, il y a une invitation qui est lancée.
M. Cloutier :
Mais j'irais, sincèrement. J'essaie de comprendre. Merci.
Présidente (Mme Rotiroti) : Alors, M. le ministre et M. le
député de Lac-Saint-Jean, peut-être... Probablement, M. le député de Chambly, vous voulez participer?
Il y aurait une rencontre avec les gens de la communauté, une visite du
centre.
M. Roberge : Je ne veux pas me
vanter, mais je suis déjà allé.
La Présidente (Mme Rotiroti) : Parfait. Alors, l'invitation est
lancée. Alors, M. le député, il vous reste encore une minute. M. le
député?
M. Roberge :
Bien, vas-y, finis ton temps. Je vais y aller après.
Cloutier : Non, non, j'étais juste curieux d'entendre mon collègue
nous expliquer le fonctionnement, mais à vous la parole.
Présidente (Mme Rotiroti) : Parfait. Alors, merci beaucoup, M.
le député. Alors, M. le député de Chambly, vous disposez de neuf
minutes.
Roberge : Merci beaucoup, Mme la Présidente. D'abord, merci de votre
présentation, c'était très, très clair. Merci d'être venus. On a des gens de... Le père, le directeur de
l'académie, la maman à la maison. Donc, c'est très bien, on a une pluralité de réponses. Tantôt, je disais
qu'on a tendance à voir le balancier au Québec, là : on va trop d'un côté,
puis là, ah! on fait fausse route, on donne
un sévère coup de barre puis on s'en va à l'autre côté. 10 ans plus tard,
on dit : Voyons donc, c'est l'extrême!
J'ai
l'impression que vous êtes en train d'essayer d'arrêter le balancier au milieu.
Je ne porterai pas un jugement sur ce
qui se faisait il y a 10 ans, mais je vois vraiment votre communauté...
puis par votre démarche, par l'entente que vous avez prise, la main tendue, les réponses directes que vous donnez
ce matin, un effort de main tendue pour trouver un terrain d'entente. Puis je vous remercie pour cette ouverture. Des
fois, les gens disent, à tort, que vous vivez reclus. Il y a une différence entre vivre en communauté
puis vivre en marge de la société. Je ne pense pas que vous vivez en marge
de la société puis je tiens à le dire ce matin devant tout le monde.
J'ai eu cette chance
d'aller visiter l'académie, et de rencontrer aussi la personne de la commission
scolaire English-Montréal qui fait le lien, puis de voir que tout le monde est
en train d'essayer de trouver un terrain d'entente. On est en train d'essayer de le trouver. Je ne prétends pas qu'on a
trouvé encore, là, exactement, là, la meilleure des formules, mais tout le monde est à la recherche d'une
solution pour les enfants. Puis, quand on cherche, on trouve, donc j'ai
confiance qu'on va finir par arriver à quelque chose qui va avoir bien
du bon sens.
J'ai
quelques questions pour vous pour éclaircir... Parce que, bien que je
m'intéresse à la situation, je suis très, très, très loin d'avoir toutes les réponses, donc on va profiter de
votre présence ce matin. La scolarité qui est offerte, soit à la maison ou à l'académie, est-elle différente
selon le genre, garçon ou fille? Est-ce que les deux ont le même programme
d'apprentissage? Moi, qu'ils soient assis
dans la même classe, ce n'est pas ça qui m'intéresse, là, qu'ils soient dans le
même local, mais est-ce qu'ils ont les mêmes apprentissages, les mêmes évaluations
et le même suivi académique?
Ekstein (Abraham) : Cette question est très importante. C'est
peut-être difficile durant deux minutes d'explorer toutes ces réalités. Mais, historiquement, les
garçons de notre communauté deviennent des hommes qui ont des responsabilités
religieuses plus importantes que les femmes.
Donc, il est plus important pour les garçons d'apprendre la vie quotidienne
religieuse, donc ils ont besoin de plus de
temps pour études religieuses que les filles. Donc, les filles, historiquement,
et c'est toujours le cas, ont une
éducation qu'on appelle séculière, qui est beaucoup plus... how should I... est
plus avancée. Et la grande majorité des filles de notre communauté
n'avaient aucun problème de se diplômer.
Et, comme M. Lieberman
l'a dit plus tôt, il y a aussi la réalité que ma femme, par exemple, est la
troisième génération ici, au Québec, et je
suis la première génération. Et c'est la même chose pour la grande majorité des
hommes hassidiques. Ils sont presque
tous des immigrants au Québec parce que, dans notre communauté, qui prend femme
prend pays. Donc, c'est la réalité,
c'est les mères de la communauté qui vont faire l'enseignement à la maison
parce qu'elles ont les capabilités que la grande majorité des hommes
n'ont pas. Je pense que ça pourrait répondre à votre question.
M. Roberge :
Je vous remercie de votre réponse, mais je vais peut-être clarifier ma
question. Je comprends que les hommes, selon la tradition, selon la
religion, ont davantage de responsabilités religieuses, donc ils étudient
davantage la religion. Mais je m'intéresse
aux programmes de formation de l'école québécoise, là, français, histoire,
maths, sciences, anglais, etc. Donc,
sur ce domaine-là, est-ce que les garçons et les filles ont une éducation
comparable et voient le même programme, si on met de côté l'enseignement
religieux?
M. Ekstein
(Abraham) : Je pense que le but... C'est sûr que le but est qu'ils ont
la même éducation et la même formation.
Si la question est : Comment était l'écart auparavant de toutes ces
démarches? Il y a des différences. Mais notre but, c'est de conformer
les garçons, les filles, tous les enfants à se conformer, à se diplômer ici, au
Québec. Et, même s'il y aurait des réalités
différentes pour certains groupes qui ont plus de difficultés pour se
conformer, ce nouveau projet de loi,
je pense, ne leur donnerait pas la chance d'espérer plus de temps, mais il
faudrait trouver une façon de se conformer, et nous sommes sûrs que ça
deviendra le cas.
M. Roberge :
C'est ce que j'ai compris en lisant les documents, les mémoires puis en
discutant avec vous. Vous dites :
Le but... Vous n'êtes pas rendus, mais vous êtes en train, en fait, de vous
conformer un peu davantage à chaque mois,
à chaque année, à ce qu'un maximum de jeunes puissent être diplômés à la fin.
Ce n'est pas tout le monde qui peut se
diplômer au Québec, là, on souhaite atteindre... Dans le fond, c'est de
développer le plein potentiel de chacun, mais que chacun développe son
plein potentiel puis soit diplômé quand il le peut.
contre, ce que je me demande, c'est : Comment vous arrivez à sélectionner des enseignants pour enseigner dans votre académie? Est-ce que ce sont tous des
gens qui font
partie de votre communauté, et alors est-ce que ce sont des hommes ou des femmes, puisque vous dites que
les hommes ont des responsabilités différentes? Donc, dans le fond, le
corps professoral de votre académie, pouvez-vous me le décrire?
M. Maman
(Jacob) : Donc, ce ne sont
pas des professeurs titulaires d'un brevet en éducation, pour la majorité,
mais ce ne sont pas également des membres
des communautés hassidiques. Ce sont des individus que nous choisissons par rapport à leur sensibilité aux valeurs de la
communauté, car c'est quelque chose de très important pour la communauté
de préserver et de protéger les enfants de
certaines choses pour lesquelles la communauté donne beaucoup d'importance.
Et donc nous sélectionnons des
professionnels, des gens qui sont... nous avons des comptables, nous avons des
personnes en administration, nous avons des gens qui font tous les spectres
professionnels, et qui viennent, et qui offrent un certain nombre d'heures par semaine de leur temps pour
venir être tuteurs et pour venir être surveillants de salle de devoirs dans
l'académie.
M. Roberge : Et ce que j'ai aimé dans votre présentation au
départ, c'est que vous dites que ça se passe très, très bien avec la commission scolaire English-Montréal en
ce moment. Ça prouve qu'en tout cas, à certains égards, il est possible de s'entendre avec des commissions scolaires. Ça ne
veut pas dire qu'il faut nécessairement faire du mur-à-mur puis dire que ça va être pareil à la grandeur du
Québec. Mais il ne faut pas non plus faire du mur-à-mur puis dire : C'est
impossible qu'une commission scolaire fasse correctement des choses avec des
parents qui veulent faire l'école à la maison.
Donc, on peut autant voir des contre-exemples à certains endroits que des
exemples à certains autres endroits, donc encore l'image du balancier ou
de jeter le bébé avec l'eau du bain. Il faut prendre garde à ça.
Ensuite,
l'idée de votre centre ou de votre académie, j'ai l'impression que ça ressemble
beaucoup à ce que réclament des
parents, c'est-à-dire d'avoir un lieu de référence des parents qui font l'école
à la maison parce qu'il y a l'expertise
des parents puis le désir de parents d'être,
dans certains cas, là, les responsables de l'apprentissage. Mais en même temps
certains qui font l'école à la maison, ou
l'école en famille, pardon, aimeraient ça avoir un centre de référence où il y
a des professeurs qui font un peu la
médiation entre ce qui se passe à la maison puis ce qui se passe à la commission scolaire. Je réfléchis à voix haute parce que,
d'un intervenant à l'autre, on trouve réponse à nos questions.
J'ai comme l'impression qu'on pourra peut-être
s'inspirer de ce que vous faites dans votre communauté pour reproduire le
modèle sans faire un copier-coller, parce que,
comme vous le dites si bien, ce n'est pas réglé. On est en train de trouver un
terrain d'entente, mais j'ai
l'impression que, dans deux, trois ans, quatre ans, il y aura
davantage de vos jeunes qui passeront les examens
puis qui seront diplômés. Voilà. Je vous remercie.
Présidente (Mme Rotiroti) : Merci. Merci, M. le député de Chambly. Malheureusement, il ne reste plus de temps. Alors, merci
beaucoup pour votre contribution.
Je vais suspendre quelques instants pour
permettre à la Centrale des syndicats du Québec de prendre place.
(Suspension de la séance à 11 h 31)
Présidente (Mme Rotiroti) : Alors, à l'ordre, s'il vous
plaît! Bonjour. Je souhaite la
bienvenue à la Centrale des syndicats du Québec. Bonjour, Mme Chabot, Mme Chabot — Nathalie — et
Mme Camerlain. Merci d'être là. Alors, vous
êtes des habitués. Je vous rappelle juste que vous avez 10 minutes pour
faire votre exposé, puis on passera à la période d'échange avec les élus
par la suite. Alors, je vous cède la parole, Mme Chabot. Merci.
Mme Chabot
(Louise) : Merci beaucoup.
Je ne sais pas si on est des habitués, mais on considère quand même toujours comme un privilège le
fait d'être invités en commission
parlementaire parce que
c'est un lieu démocratique pour faire
valoir les points de vue quand il
y a un projet de législation.
Ça fait que merci de l'invitation. Vous avez présenté les personnes. Mme Camerlain est vice-présidente, responsable, entre autres, des dossiers éducation primaire,
secondaire. Nathalie Chabot est conseillère aux dossiers à la CSQ.
Bien, bonne rentrée. C'est déjà fait depuis
quelques semaines, mais c'est quand même le dépôt d'une pièce législative dans
le cadre, quand même, de la rentrée scolaire.
Bien, sans
plus tarder, là, si vous avez parcouru notre mémoire, vous aurez constaté que,
de manière générale, on accueille très favorablement le projet de loi n° 144.
Ce qu'on accueille plus particulièrement favorablement, c'est la volonté de fournir des balises plus claires pour
renforcer le droit des enfants à recevoir une éducation complète, gratuite
et appropriée. Vous le savez, pour la CSQ,
mais on n'est pas les seuls, l'accès à l'éducation à tous les enfants, ça
rejoint l'une de nos valeurs
fondamentales, celle de l'égalité des chances. Mais vous aurez aussi constaté à
la lecture du mémoire qu'on ne s'est
pas limités à un strict examen du projet de loi. On a voulu aller au-delà puis
parler du terrain pour parler d'une application qui pourrait être
concrète du projet de loi.
Donc,
d'entrée de jeu, sur assurer la gratuité scolaire aux enfants sans papiers,
bien, on s'en réjouit, à la CSQ, là. Vous
n'êtes pas surpris d'apprendre qu'on a fait régulièrement des représentations
dans ce sens-là tant au ministre actuel qu'à ses prédécesseurs. Je pense que, pour le
droit des enfants, l'accès à la gratuité scolaire pour les enfants sans
papiers, c'est une grande avancée
qu'on salue. À l'heure actuelle, on débat de ce projet de loi là puis, comme
par hasard, il y a de nombreux
enfants sans papiers qui vont être attendus à l'école dès cette année. Ça fait
qu'on tient à souligner l'importance que
ces enfants puissent accéder à l'éducation gratuitement dès maintenant et que
les budgets soient alloués aux commissions scolaires pour s'assurer que
leur parcours se passe bien.
pose de nombreux défis, on le sait, hein, l'accueil des enfants sans papiers,
de francisation puis d'intégration, mais
je pense qu'on peut compter sur l'école publique, qui a, depuis tant d'années,
contribué à cette intégration-là pour nos enfants.
Donc,
pour nous, ça pose le défi, oui, des sans-papiers, mais tous les élèves,
finalement, issus de l'immigration ainsi que leurs parents. Donc, ce
qu'on va traiter va toucher l'ensemble des élèves issus de l'immigration
récente.
a des recommandations qu'on vous soumet si on veut s'assurer que le processus
d'accueil soit un succès. Pour nous,
il y a des conditions qui doivent être réunies. On va en évoquer quatre
particulièrement. Les ressources financières suffisantes octroyées pour répondre aux besoins toujours plus grands en
termes d'accueil et de francisation. Ça prend du personnel professionnel
et de soutien pour accueillir, guider et aider les enfants et leurs familles.
Ça, je pense qu'on ne le dira pas assez.
Puis je ne vous l'apprendrai pas, là, c'est tout un changement pour ces
enfants-là et leurs familles, hein,
tant de culture que de... ça fait qu'il faut donner les moyens pour que ça soit
une réussite. Et d'accorder les ressources de soutien, professionnelles nécessaires, bien, ça, ça va permettre au
personnel enseignant, dans leurs tâches, de se centrer sur l'enseignement auprès de ces enfants. Il faut
s'assurer aussi que... en troisième lieu, le personnel, il faut qu'il ait du
temps pour se concerter, qu'il ait le
matériel pédagogique puis les techniques informatiques adéquates — pas toujours évident, là, qu'on ait
tout le matériel nécessaire — et qu'il y ait de la formation en réponse
à leurs besoins.
faut se soucier aussi de la francisation des sans-papiers. Puis, pour les
parents, vous le savez, l'éducation des adultes est un lieu de formation extraordinaire, mais, pour ça, on en a
parlé au rendez-vous de l'éducation, je pense qu'un jour il va falloir
se résoudre à débloquer l'enveloppe à la formation des adultes puis à hausser
le financement.
scolarisation à la maison, bien, on ne peut pas parler de ça sans d'abord
réitérer un principe, pour nous, là, qui est bien important, puis c'est un principe qui est prévu dans la loi
aussi, là, c'est notre conviction sur la valeur de l'école publique comme lieu d'instruction de nos enfants.
C'est le meilleur lieu de scolarisation. Même si on ne connaît pas tout à
fait les raisons, là, qui poussent des
parents à faire le choix... Ça serait peut-être intéressant de mieux les
documenter, dans le libre choix des
parents, qu'est-ce qui les motive à choisir ou non l'école à la maison. Il y a
probablement des bonnes raisons comme
il y a des mauvaises raisons. On n'est pas là pour en juger. Ce n'est pas très
documenté. On sait aussi que ça va...
Il paraît que le nombre augmente peu à peu. Mais je pense qu'il faut prendre
soin que l'école publique fasse en sorte
que tous les enfants aient accès aux services. En tout cas, ça ne devrait pas
être une des raisons, le manque d'accès aux services dans l'école
publique... qui feraient défaut, pour dire aux parents que ça serait la raison
pour éduquer les enfants à la maison.
Donc,
cela dit, on voit d'un bon oeil la volonté de mieux baliser la scolarisation à
la maison pour s'assurer que les enfants
concernés reçoivent la meilleure éducation possible et que ce soit le cas pour tous, peu
importe l'endroit où ils vivent. Donc, éliminer les disparités au niveau
des commissions scolaires, ça nous apparaît des balises importantes. Chacun doit avoir une idée claire de ce qu'il doit
faire, les parents, la commission
scolaire et le ministère, et, à ce titre, le projet de loi vient préciser les rôles et responsabilités
de chacun, ce qui est une bonne chose.
Mais,
au-delà des aspects légaux, il y a d'autres conditions qui doivent être respectées.
Ça prend du personnel dans les commissions scolaires pour établir et entretenir le lien de collaboration avec les parents dans le but d'assurer un meilleur suivi. Il faut que le personnel puisse
aussi avoir tout ce qu'il a besoin pour réaliser son travail. Donc, le partage
de l'expertise en matière d'encadrement est à privilégier, les
suivis de dossiers de scolarisation à la maison — c'étaient d'ailleurs des recommandations du Protecteur du citoyen, si on se
rappelle bien, il n'y a pas longtemps — et l'identification des besoins de
formation, bien sûr, en collaboration avec le personnel concerné.
Vous
parlez d'une table de concertation qui serait mise en place. On trouve que
c'est une bonne recommandation.
Puis on sait qu'il y a du personnel qui a
acquis de l'expérience, puis ce serait une belle occasion pour que le personnel
puisse être représenté à cette table.
apporte un ajout, là. On va parler des bibliothèques. On sait que ça fait partie, en termes de soutien... que les bibliothèques scolaires puissent être mises à profit, que les
enfants puissent en bénéficier. Bien, là aussi, on va réitérer que... On est pour ça, là, mais, les bibliothèques scolaires, on réitère assez régulièrement qu'il faut aussi qu'elles soient bien
garnies puis surtout qu'il y ait le personnel, bibliothécaires et techniciens
en documentation, qui soit présent.
dernier objet du projet de loi, c'est se donner des moyens pour agir envers les
écoles illégales. Bien, on va être brefs, c'est deux choses, là.
L'école
qui contrevient à son obligation de... bien, à notre avis, ça ne devrait
pas être toléré. Je pense que nos écoles ont l'obligation de donner un programme éducatif qui respecte la
loi. Ça fait qu'à partir du moment où tu es illégal, bien, je pense que
le ministère doit tout mettre en oeuvre pour resserrer l'étau autour de ces situations-là.
Puis, deuxième chose,
on va le réitérer, dans le contexte où les écoles illégales sont bien souvent
des écoles ethnoreligieuses, je pense qu'on ne pourra pas passer cette occasion
de vous répéter qu'on trouve inacceptable de continuer
à financer les écoles privées confessionnelles. Pour nous, c'est le même
principe, l'école publique laïque, c'est ce qu'on doit soutenir
collectivement.
Vous parlez de
partage de renseignements aussi. On voulait aborder la question... bien, vous
inviter à la prudence, là. Je pense qu'on
peut comprendre qu'on a besoin d'information, mais le croisement des données... Je pense
qu'il faut avoir les informations... juste ce qui est nécessaire pour identifier l'enfant puis
identifier ses parents. Ça fait que c'est pour ça que je pense qu'il
faut bien définir ce qui va être nécessaire.
Ça fait que je conclus en vous
disant qu'on reconnaît l'apport du projet
de loi... du respect du droit
fondamental à une éducation gratuite,
complète et appropriée, peu importe le statut de l'élève et peu importe le lieu
d'enseignement ou les
distances.
Présidente (Mme Rotiroti) : Merci beaucoup, Mme Chabot. On va passer du côté du ministre.
Alors, M. le ministre, vous
disposez d'une vingtaine de minutes.
M. Proulx :
Merci, Mme la Présidente. Mme Chabot, mesdames, merci d'être ici aujourd'hui. Mme Chabot, vous avez dit
que, malgré le fait que... Et nous, on a eu l'occasion de se croiser à
quelques occasions, et on l'a fait également
dans le cadre des travaux de cette
commission, mais pour différents projets
de loi. Vous avez raison, c'est toujours
un privilège d'être ici. Moi, je dis souvent que c'est un des plus beaux
bureaux disponibles au monde. C'est un lieu qui est très inspirant. Ce ne sont pas les chaises, par exemple. Je suis d'accord avec vous. Je parlais de la table plus que des
chaises. Mais, très certainement, c'est vrai que c'est un privilège
d'être ici.
Puis,
depuis deux jours, c'est hyperintéressant, ce qu'on a la chance d'entendre et
les échanges que nous avons, parce
que nous discutons d'accessibilité puis d'égalité des chances. Vous avez mis le doigt dessus. Je pense que
c'est là notre intention. Bien sûr,
il y a des propositions, il y
a des opinions qui sont parfois
opposées, mais, dans les faits, je
pense qu'on va être capables ensemble
de trouver ce lieu commun, là, où on va pouvoir mettre les balises que nous
souhaitons, parfois de l'encadrement, plus souvent de la souplesse, mais surtout de garantir un droit pour
tous à l'éducation selon un mode qui diffère, parce que, bien
entendu, il y a le choix des parents qui compte également.
J'avais
quelques questions à l'égard de votre mémoire, parce que, dans le fond, vous l'avez dit vous-même, vous êtes un peu aussi à l'extérieur du
projet pour nous rappeler certaines choses et obligations. Et il y a une chose
qui a attiré mon attention notamment, c'est la recommandation 3, parce que vous
dites que «le ministère de l'Éducation et de
l'Enseignement supérieur s'assure de donner au personnel scolaire qui travaille
en francisation le matériel adéquat ainsi que la formation et le temps de concertation nécessaires». Alors, l'enjeu du temps, je le comprends. Ce n'est pas propre à ceux et celles qui travaillent en francisation.
On a déjà eu l'occasion de parler du temps qui est peu disponible, pour
les enseignants, enseignantes et pour le personnel scolaire, au
quotidien, pour se concerter, et autres.
Mais je voulais
parler de la formation et du matériel parce que, bien là, on fait surtout
référence à des classes d'accueil. D'ailleurs,
vous disiez tout à l'heure : On aura énormément d'enfants qui viendront dans nos écoles, ils
diffèrent des sans-papiers, pour lesquels nous traitons... Parce que,
dans les faits, puisqu'ils ont un statut, bien sûr, un statut en attente de demandeur d'asile, ils sont déjà prévus
dans nos règles budgétaires, donc on les considérera avec des papiers. Mais, p