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32e législature, 3e session (9 novembre 1981 - 10 mars 1983)

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31e législature, 4e session (6 mars 1979 - 18 juin 1980)

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39 e législature, 2 e session

(23 février 2011 au 1 août 2012)

Le mardi 13 septembre 2011 - Vol. 42 N° 16

Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé « La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 »

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Table des matières

Auditions (suite)

Centrale des syndicats du Québec (CSQ)

Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ)

Conseil du statut de la femme (CSF)

Chambre des notaires du Québec (CNQ)

Intervenants

M. Raymond Bernier, président

Mme Kathleen Weil

M. Yves-François Blanchet

M. Martin Lemay

M. Michel Pigeon

* Mme Sylvie Simoneau, CSQ

* Mme Nicole de Sève, idem

* M. Daniel Zizian, CREPUQ

* M. Denis Brière, idem

* Mme Lucie Guillemette, idem

* Mme Julie Miville-Dechêne, CSF

* M. Jean Lambert, CNQ

* Mme Sabina Watrobski, idem

* Mme Nathalie Parent, idem

* Témoins interrogés par les membres de la commission

Note de l'éditeur:

La commission a aussi siégé en matinée pour des consultations particulières sur le projet de loi n° 25, Loi visant à interdire la revente de billets de spectacle à un prix supérieur au prix annoncé par le vendeur autorisé. Le compte rendu en est publié dans un fascicule distinct.

Journal des débats

(Quinze heures vingt-deux minutes)

Le Président (M. Bernier): À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des relations avec les citoyens ouverte. Et je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.

La commission est réunie afin de tenir une consultation générale et des auditions publiques sur le document intitulé La planification de l'immigration au Québec pour la période 2012-2015 .

Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?

La Secrétaire: Oui, M. le Président. Alors, M. Blanchet (Drummond), le porte-parole de l'opposition officielle en matière d'immigration et de communautés culturelles, remplace Mme Poirier (Hochelaga-Maisonneuve) et M. Lemay (Sainte-Marie -- Saint-Jacques) remplace M. Cousineau (Bertrand).

Le Président (M. Bernier): Merci. Nous aurons l'occasion cet après-midi de recevoir la Centrale des syndicats du Québec, la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec, le Conseil du statut de la femme et la Chambre des notaires du Québec.

Auditions (suite)

Pour débuter, cet après-midi, nous recevons la Centrale des syndicats du Québec. Mme Sylvie Simoneau et Mme Nicole de Sève, je vous souhaite la bienvenue à la Commission des relations avec les citoyens. Vous avez 15 minutes pour votre présentation. Par la suite suivront des échanges avec les parlementaires. La parole est à vous, Mme Simoneau. Allez-y.

Centrale des syndicats du Québec (CSQ)

Mme Simoneau (Sylvie): Oui. Merci de nous avoir invités à présenter notre mémoire. La Centrale des syndicats du Québec représente 180 000 membres, dont un groupe de 13 000 nouvelles responsables en service de garde. Fait à noter, plusieurs de ces membres sont issus d'une immigration de première génération. De plus, 72 % des membres de la centrale sont des femmes.

C'est ma première expérience comme porte-parole à une commission parlementaire.

Le Président (M. Bernier): ...une présentation, madame.

Mme Simoneau (Sylvie): Je me sens comme une nouvelle venue en terre étrangère. Par contre, ma collègue Nicole de Sève a participé à de nombreuses commissions parlementaires. Elle a presque des racines ici. Nous vous ferons le plaisir de répondre aux questions suite à la présentation.

D'entrée de jeu, nous voulons souligner notre appréciation à la ministre Weil qu'elle ait renoncé à fixer des objectifs d'immigration par bassins géographiques.

L'intérêt de la Centrale des syndicats du Québec pour les questions relatives à l'immigration ne date pas d'aujourd'hui. Nous avons toujours soutenu que la politique québécoise d'immigration devait s'inscrire dans un projet collectif et englobant, soit celui de développer au Québec une société originale, pluriethnique, de langue française, démocratique, laïque et ouverte sur le monde. Tout un défi! Nous avons toujours plaidé pour que le Québec puisse obtenir la compétence exclusive sur l'ensemble de son immigration.

Depuis que le gouvernement québécois mène des consultations sur les niveaux d'immigration, la CSQ a toujours favorisé une croissance balisée et prudente de l'immigration, estimant que la société québécoise, et particulièrement le gouvernement, devait développer les politiques nécessaires pour améliorer notre capacité d'intégration sociale et économique, et de rétention des personnes immigrantes.

À la lecture des documents soumis à la consultation sur la planification de l'immigration, force est de constater que le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles accorde peu d'attention à l'analyse différenciée selon les sexes en ce qui concerne les statistiques et la compréhension de la réalité des femmes immigrantes. Pourtant, « selon l'Institut de la statistique du Québec, en 2009 environ [la moitié] des immigrants internationaux étaient de sexe féminin » .

Les femmes sont régulièrement prises avec le dilemme suivant: mettre en veilleuse leur cheminement professionnel pour assurer l'intégration de la famille et, ce faisant, mettre à plus tard, si besoin, l'acquisition de compétences nouvelles, notamment celle du français, ou le retour aux études. C'est pourquoi le gouvernement doit apporter une attention particulière à la situation des femmes immigrantes, et ce, sous l'angle de l'analyse différenciée des sexes.

Nous nous inquiétons aussi du silence du document gouvernemental sur l'accueil des personnes réfugiées ou en situation de détresse. Ce n'est pas parce que c'est une compétence partagée qu'il ne doit pas y avoir des mesures particulières. Depuis l'arrivée des conservateurs au pouvoir à Ottawa, nous observons un durcissement quant aux politiques concernant les demandeurs d'asile, et ce, au nom de la lutte au terrorisme. Cela a pour conséquence de diminuer le nombre de personnes qui obtiennent le droit d'asile. Nous souhaitons que le gouvernement du Québec rappelle au gouvernement fédéral ses responsabilités en matière d'accueil des personnes réfugiées ou en situation de détresse.

Encore une fois, le gouvernement accorde bien des mérites à l'immigration quant à la capacité d'influencer la situation démographique et économique du Québec. Cependant, la détermination des seuils d'immigration doit revêtir une dimension humaine fondamentale. L'immigration ne doit pas être la solution aux enjeux démographiques.

Selon les auteurs du livre Le remède imaginaire -- Pourquoi l'immigration ne sauvera pas le Québec? , de Benoît Dubreuil et Guillaume Marois, depuis 1971 l'immigration n'a vraiment pas permis de modifier l'âge moyen de la population, passant de 40 ans à 41 ans. Est-ce que la stratégie prônée par le MICC de maintenir annuellement entre 65 % et 75 % la part des personnes de moins de 35 ans dans l'ensemble des admissions sera la solution? On peut en douter si, parallèlement, le taux de fécondité de ces personnes devient sensiblement le même que celui du reste de la population québécoise.

Selon Dubreuil et Marois, « l'immigration à des niveaux raisonnables peut donc empêcher le déclin de la population d'une société, mais il est mathématiquement impossible qu'elle influence substantiellement son processus de vieillissement. Celui-ci est essentiellement déterminé par la fécondité passée, présente et future... »

Il nous semble que, la politique familiale, ce soit plutôt de ce côté que le Québec doit se tourner pour améliorer sa situation démographique. Des efforts sont fournis par le gouvernement, sauf que nous sommes toujours en attente de la création de nouvelles places en centre de la petite enfance. Les retraits préventifs des travailleuses enceintes ou qui allaitent sont de plus en plus contestés par le patronat québécois. De plus, on constate actuellement la croissance fulgurante des écarts entre les familles riches et les familles pauvres, dont les revenus stagnent depuis plus de 30 ans.

En conséquence, le rêve d'enfants pour régénérer la société québécoise est fortement contrecarré par le coût des frais familiaux. Le gouvernement québécois a toute la légitimité de vouloir améliorer la dynamique démographique du Québec, mais cela ne concerne pas seulement la société québécoise, ça concerne aussi l'immigration et toute la société.

** (15 h 30) **

Pour la CSQ, la question du français langue de travail est au coeur de ses préoccupations et de son action syndicale lorsqu'il s'agit d'intégration en emploi. Pour nous, s'il est important de recruter des personnes immigrantes francophones, il faut aussi adopter des mesures efficaces pour un bon apprentissage du français à toutes les personnes immigrantes. Le nombre de personnes ignorant le français admises annuellement est aujourd'hui plus important qu'auparavant.

Par rapport à une telle situation, il serait pertinent que le gouvernement se dote d'une méthode sérieuse pour évaluer les connaissances en français des candidates et des candidats. Dans la même veine, il serait primordial que le gouvernement évalue l'efficacité de ses investissements en francisation.

La CSQ reconnaît qu'au fil des années, le gouvernement a mieux ajusté les critères de sélection aux caractéristiques du marché du travail. Le MICC prépare des indicateurs socioéconomiques pour bien cerner la capacité réelle du Québec à accueillir et à intégrer en emploi des nouveaux arrivants, et ce, à la demande du Vérificateur général. Ce que nous avons constaté, à l'écoute des débats sur les crédits budgétaires du ministre, c'est que ces indicateurs ne seront prêts qu'en 2012 et s'appliqueront sur le plan stratégique 2012-2016. Il nous semble que c'est un délai bien long. Par contre, ces efforts rejoignent en

partie notre demande exprimée en 2007 alors que nous pressions le gouvernement d'éviter la déqualification des personnes immigrantes sur le marché du travail et le développement de situations dramatiques qui freinent leur intégration à la société québécoise.

Selon Emploi-Québec, d'ici 2014 près de 740 000 emplois seront disponibles, dont environ les deux tiers pour le remplacement du départ à la retraite et environ un tiers découlant de la croissance économique appréhendée. Encore une fois, il ne faut pas oublier que ce sont des prévisions. Le ministère souhaite que l'immigration contribue de façon marquée à pourvoir les emplois laissés vacants. Cela nous semble utopique, compte tenu de l'ensemble des facteurs à l'oeuvre sur le marché de l'emploi.

Ainsi, selon Dubreuil et Marois, « chaque année, le Québec admet en moyenne [...] 25 000 à 30 000 immigrants comptant se joindre à la population active. Ils pourront entrer en compétition pour les nouveaux emplois créés [par] les postes laissés vacants par les départs à la retraite. Mais ils ne seront pas les seuls. Ils seront en compétition avec [75 000] jeunes Québécois [et Québécoises] qui arrivent chaque année sur le marché du travail.

Ils rencontreront aussi [...] 300 000 chômeurs qui, [...] en pratique, sont à la recherche d'un emploi, de même que les 145 000 bénéficiaires de l'aide sociale sans contraintes sévères à l'emploi qui pourraient [...] réintégrer le marché du travail. » Il nous semble donc que c'est faire porter un lourd fardeau à l'immigration que de lui confier la tâche de pourvoir à notre supposée pénurie de la main-d'oeuvre.

Dans la même veine, ce n'est pas à l'immigration à combler les lacunes liées aux carences en formation professionnelle et technique au Québec. Le MELS a une responsabilité énorme en la matière. À peine 19 % des jeunes de moins de 20 ans entreprennent des études en formation professionnelle. En formation technique, le nombre de participations ne cesse de diminuer depuis 10 ans. À cela, il faut ajouter que le nombre d'inscriptions en formation continue au collégial a diminué de 66 % depuis 1991. La principale raison de cette diminution est le mode de financement de ce secteur de l'éducation pourtant névralgique pour relever le défi de la main-d'oeuvre qualifiée.

La

Loi sur l'accès à l'égalité en emploi dans des organismes publics est en vigueur depuis 2001. Dans son rapport soumis en mars 2009, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse signalait qu'en ce qui concerne les minorités visibles et les minorités ethniques très peu de progrès avaient été enregistrés. « Pour les minorité visibles, on observe une faible présence dans tous les réseaux et une quasi-absence dans les petites municipalités... »

Il y a péril en la demeure alors que les nouvelles orientations budgétaires du gouvernement Charest visent une réduction du personnel de la fonction publique et aussi du personnel administratif des réseaux de l'éducation, de la santé et des services sociaux. En effet, la loi n° 100 précise que la réduction des dépenses doit passer par une réduction des effectifs du personnel en privilégiant l'attrition, donc le non-remplacement d'une personne sur deux.

Devant un tel scénario, comment espérer faire respecter les principes de l'accès à l'égalité en emploi dans les services publics si les politiques budgétaires contrecarrent constamment les objectifs d'égalité de la société québécoise?

S'il y a une absurdité qui persiste dans notre système de sélection des personnes immigrantes, c'est bien le fait que ces dernières sont sélectionnées sur leurs compétences et leurs formations particulières et qu'une fois arrivées au Québec elles peinent à faire reconnaître les compétences en cette formation. Cette situation n'interpelle pas seulement le gouvernement. À cet égard, on doit admettre que des efforts louables ont été menés afin de conclure des ententes, notamment avec la France, sur la reconnaissance des acquis de compétences.

Toutefois, notre immigration n'est pas que française, et les corporations professionnelles et de nombreux établissements d'enseignement supérieur sont encore réticents à reconnaître les expériences de travail et les diplômes acquis à l'étranger. Cela a un effet majeur, entre autres sur le chômage des personnes issues de l'immigration maghrébine ou africaine.

En conclusion, la CSQ appuie l'intention gouvernementale de stabiliser le volume des admissions pendant la période 2012-2015 de manière à ce qu'en fin de période la moyenne annuelle s'établisse à 50 000 personnes.

La CSQ recommande au gouvernement: d'apporter une attention particulière à la situation des femmes immigrantes, et ce, sous l'angle de l'analyse différenciée selon les sexes; de placer la maîtrise du français au coeur de sa stratégie d'immigration; de définir des critères qui permettraient de mieux évaluer les connaissances en français des personnes immigrantes; d'évaluer l'impact de l'immigration sur la dynamique démolinguistique du Québec; de renforcer les investissements en francisation; d'étendre la Charte de la langue française aux entreprises de 10 employés et plus et que la loi prévoie des comités locaux de francisation et des ressources financières adéquates; d'améliorer l'accès à l'égalité en emploi dans les services publics; et, pour terminer, d'accorder au MICC les crédits nécessaires à la poursuite des objectifs en matière d'immigration.

Merci.

Le Président (M. Bernier): Merci, madame, de votre présentation, Mme Simoneau. Nous allons donc débuter les échanges avec les parlementaires. Mme la ministre.

Mme Weil: Oui. Alors, bonjour, Mme Simoneau. Et c'est Mme de Sève qui l'accompagne? Bonjour. Bienvenue.

Alors, vous évoquez beaucoup d'éléments, et je tiens à corriger certains éléments parce qu'il n'y a peut-être pas une connaissance fine de tout ce que le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles fait en matière des femmes immigrantes. Je vous dirais que c'est une priorité pour mon gouvernement, mais c'est aussi une priorité pour moi. J'ai eu l'occasion, depuis que je suis en poste, de rencontrer beaucoup d'organismes communautaires qui travaillent auprès des femmes, pour essayer de voir si nos programmes répondent vraiment aux besoins. Parce qu'évidemment il y a des enjeux, il y a des défis.

Je suis bien sensible à ça. Alors, je sens qu'on est sur la bonne voie. Mais, je pense, c'est important, surtout pour ceux qui nous écoutent, de savoir à quel point le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles prend très à coeur sa mission de s'assurer l'égalité des chances, évidemment, des femmes immigrantes et toute cette question, que vous évoquez, de l'analyse différenciée.

Donc, je vais profiter de vous dire, premièrement, des budgets consacrés aux femmes immigrantes. Le ministère a financé 61 organismes qui offrent des services d'intégration sociale, pour un budget total de 10,7 millions. Parce que je crois bien que vous mettez l'accent surtout sur la question de l'intégration des femmes. De cette somme, 1 048 805 $ ont été alloués à des organismes qui ont une approche plus spécifique envers les femmes: dépistage des problématiques de violence, information sur les services offerts et référence, au besoin, vers les organismes du réseau de la santé et des services sociaux.

Le ministère a également financé, à l'intérieur de ce budget, 10 organismes pour qu'ils offrent la séance Vivre ensemble au Québec, une formation qui contribue à sensibiliser les personnes issues de l'immigration aux valeurs communes de la société québécoise, en particulier l'égalité entre les femmes et les hommes. Et, du 1er avril 2010 au 31 mars 2011, 7 621 personnes ont participé à la formation, et l'objectif pour l'année 2011-2012 était de 8 000 personnes.

** (15 h 40) **

On a un programme qui s'appelle programme Action diversité. Le ministère attribue une somme globale de 557 803 $ à 18 projets proposant des activités de promotion relativement au principe d'égalité entre les femmes et les hommes, et des activités de sensibilisation aux problématiques de l'isolement des femmes, de l'intégration sociale, de l'accès à l'emploi, de la participation civique, de la discrimination et de la violence envers les femmes.

Il y a aussi le programme Défi Montréal, vagues 2 et 3, qui spécifiait que l'objectif précis, c'était de viser l'insertion socioprofessionnelle des femmes immigrantes ou d'intégration au marché du travail.

Il y a aussi, dans le cadre du Programme régional d'intégration, le volet 1. Le ministère a accordé un appui financier de 181 400 $ à un organisme qui a une approche plus spécifique envers les femmes. Dans le volet 2, l'entente conclue entre le ministère et la CRE de Montréal pour la période 2010-2011 attribue une somme de 50 000 $ à l'entrepreneuriat féminin.

Ensuite, on a le programme PRIIME, que vous connaissez peut-être. C'est un programme de subvention aux entreprises pour les inciter à engager des femmes issues de l'immigration. Et c'est un programme qui a des grands succès, avec des taux de rétention de 83 %. Ça, c'est avec Emploi-Québec.

Je suis en train de vous lister tout ce qu'on fait parce que je prends ça à coeur quand vous dites que le gouvernement, et mon ministère, n'est pas sensible à la question des femmes. Je peux vous le dire, c'est tout le contraire, tout le contraire. Mais évidemment j'apprécie tous les organismes qui ont des solutions concrètes pour aller plus loin. On peut toujours faire mieux, on peut toujours aller plus loin. Mais je pense que les intervenants doivent partir d'une même connaissance, d'une connaissance vraiment factuelle de tout ce qui est fait.

Évidemment, il y a beaucoup de choses qu'on fait qui ne sont pas connues de beaucoup d'intervenants, mais ceux qui travaillent dans le domaine, les organismes communautaires sont bien au fait de toutes les actions du gouvernement en cette matière.

Pour arriver à l'analyse différenciée selon les sexes, là aussi le MICC est un des leaders dans ce domaine. Et je vais vous lire d'ailleurs une lettre qui a été adressée... C'est le secrétaire général du ministère du Conseil exécutif, M. Gérard Bibeau, c'est le 19 août 2010, qui écrivait à la sous-ministre du MICC, et je cite: « Pendant ces trois années, plusieurs ministères se sont engagés à intégrer l'ADS dans un ou quelques projets. Toutefois, le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles est allé au-delà des projets et a entrepris une démarche de systématisation de l'intégration de l'ADS.

Je tiens à vous féliciter et je vous encourage à maintenir vos efforts en ce sens. Votre ministère représente ainsi un modèle en ce qui concerne la prise en compte de l'égalité entre les femmes et les hommes dans les décisions gouvernementales ayant un effet sur les concitoyennes et concitoyens. »

Je voudrais rajouter aussi qu'il y a eu des modifications à la Charte des droits et libertés en 2008 pour reconnaître l'égalité hommes-femmes. Dans le projet de loi n° 94 que, moi, je pilote, que j'ai déposé, on a rajouté aussi un amendement pour s'assurer que, lorsque les demandes d'accommodement raisonnable respectent notamment... donc on respecte la charte, mais notamment l'égalité entre les hommes et les femmes. Donc, je veux vous dire que...

Bon, je pourrais vous en dire plus, mais je tenais à rectifier, si vous voulez, le portrait que vous avez dressé par rapport à la sensibilité, l'énergie et les actions que met notre gouvernement vis-à-vis la reconnaissance de l'égalité entre les hommes et les femmes.

Pour ce qui est de la question de la francisation, bon, comme vous le savez... Vous dites qu'on n'a pas fait...

Bon, les réfugiés. Évidemment, les réfugiés, on est ici... Lorsqu'on fait la planification, c'est par rapport au 70 % de l'immigration qui est vraiment, globalement... qu'on appelle l'immigration économique. Mais les engagements du gouvernement du Québec envers les réfugiés demeurent... pleine et entière. Et donc l'engagement est là. Évidemment, il y a beaucoup d'investissement dans l'accueil, et l'intégration, et la francisation des personnes réfugiées, donc, parce que vous vous intéressez...

Nous accueillons depuis nombreuses années une moyenne de 1 800 personnes réfugiées qui sont prises en charge par l'État à chaque année. Et, selon l'Accord Canada-Québec sur l'immigration, on les accueille, et ils sont proportionnels à notre poids démographique au Canada.

Et on y tient. C'est une immigration importante pour nous. C'est une obligation qu'on a au niveau humanitaire, et je peux vous dire qu'on accorde toute l'importance. Moi, personnellement, j'accorde toute l'importance. Je rencontre souvent des organismes qui travaillent auprès des réfugiés. Mais on est ici dans un processus de planification qui touche, selon l'Accord Canada-Québec, la portion économique. Donc, ce n'est pas parce que... Et d'ailleurs c'est évoqué dans le document de consultation. On parle aussi du regroupement familial, qui est aussi un peu plus de nature humanitaire. Donc, ces engagements, on les prend au sérieux.

Pour la francisation, bien, je pense que peut-être vous auriez peut-être voulu corriger votre présentation parce que les études sont sorties cette semaine de l'Office de la langue française. Donc, moi, en tant que ministre de l'Immigration, évidemment, je trouve intéressant ce qu'on note là. C'est que depuis... Donc, pour la première fois, on voit qu'une majorité de personnes qui ont une tierce langue migrent, si on veut, vers le français, l'usage du français. C'est la première fois qu'on voit ça.

Ça fait 40 ans qu'on prévoit qu'éventuellement, un jour, il y aurait possiblement à Montréal une majorité de personnes d'une autre langue. Ça arrive dans toutes les grandes villes canadiennes, Toronto depuis déjà plusieurs années. Et c'est pour ça que le gouvernement, et notre gouvernement, on met tous les efforts envers la francisation, la sélection de personnes qui parlent français. Vous avez noté l'entente historique France-Québec.

Évidemment, c'est une entente qui va nous permettre d'aller chercher aussi des gens qui -- peut-être pas l'immigration permanente, mais c'est la mobilité de la main-d'oeuvre -- des gens qui vont venir travailler ici, puis ça va rajouter au dynamisme du français sur le territoire québécois en entier. C'est un élément important que vous avez souligné. Donc, alors, ça me permet...

Et, en francisation, je pourrais vous dire les millions qu'on a rajoutés aussi en francisation. Je vous dis qu'on le prend très au sérieux, et c'est pour ça qu'on a les résultats que note l'Office de la langue française. Donc, on commence le processus de francisation outre-mer, avec des centaines de partenaires partout dans le monde, des alliances françaises qui donnent des cours à l'étranger. On a le cours de francisation en ligne, qui est plus diversifié, qui est extrêmement innovateur et qui a gagné des prix pour son innovation.

Je vous dis tout ça parce que, depuis plusieurs années, on a mis en branle plusieurs stratégies. Parce que le Québec doit être très compétitif en matière d'immigration. Ce n'est pas le genre d'exercice où on peut rester assis sur nos mains et regarder le train passer, parce qu'on est en compétition avec tous les autres États du monde qui cherchent à combler leurs besoins démographiques. C'est vraiment à la marge. Et, comme vous l'avez souligné, et on le souligne aussi dans notre document de consultation, c'est surtout les personnes en âge de travailler et c'est la taille de la population.

C'est ça qu'on cherche à combler. Et donc, nous, on ne se fie pas... Bon, vous, vous parlez du Remède imaginaire , mais je vous dirais qu'il y a beaucoup d'autres littératures, beaucoup, beaucoup d'autres, qui auraient pu vous inspirer, mais, nous, on se fie sur les prévisions de l'Institut de statistique du Québec et Emploi-Québec. Et il y a une embellie, au niveau de la fécondité et aussi de taille de la population, grâce à l'immigration, qui nous permet de cibler, de viser une stabilisation à 50 000.

Donc, c'est un exercice sérieux, l'immigration, et qui est en continu, et ce n'est pas le genre d'exercice où on peut se fier, bon, à des recherches ici et là. Nous, on a nos recherches. Et justement vous parlez de la famille. Et c'est Luc Godbout qui a nommé le Québec le paradis des familles, parce qu'il y a des politiques familiales super intéressantes qui ont fait qu'on a cette embellie au niveau de la fécondité. Mais en même temps on ne peut pas juste se fier à ça. Il faut aussi avoir des stratégies pour attirer des immigrants ici. Il faut les franciser. Il faut chercher des gens qui parlent français.

Et je fais cette mise au point parce qu'on ne peut pas se consulter sur les orientations sans que je fasse cette mise au point. C'est important que les gens comprennent tout ce qui est fait et tous les efforts qui sont faits par le gouvernement pour réussir son immigration. C'est un enjeu important pour toutes les sociétés modernes. Et on sait qu'on a des défis, mais on se sent très, très capables de répondre à ces défis.

Alors là, je vous amène sur les orientations parce que, d'après vos commentaires, je pense que je sens un consensus par rapport aux orientations. Premièrement, l'orientation qui parle d'avoir une majorité de personnes qui parlent français, j'imagine que vous êtes en accord avec cette orientation?

Le Président (M. Bernier): Mme Simoneau.

Mme Simoneau (Sylvie): Oui. Oui, oui.

Mme Weil: Vous êtes en accord avec ça? Et aussi j'ai compris, par un de vos commentaires... Vous dites qu'on devrait tester la connaissance du français, exactement comme notre orientation. Donc, vous êtes en accord avec cette orientation qui parle d'augmenter le niveau de connaissance du français. Ça, c'est une nouvelle orientation. C'est la première fois qu'on inclut ça dans nos orientations. Jusqu'à date, ça cherche l'adhésion de 100 %, honnêtement, des intervenants. Donc, si je comprends bien, vous êtes en accord avec ça.

« Porter progressivement à 50 % la proportion des requérants principaux de la catégorie des travailleurs qualifiés détenant une formation dans des champs de compétence correspondant à des besoins exprimés sur le marché du travail. » Pour vous expliquer, en 2009, suite au rapport du Vérificateur général, une modification a été apportée à la grille de sélection, donc, pour s'assurer de répondre, justement... que les métiers, les emplois qu'on va chercher, les métiers et professions répondent aux besoins exprimés. Est-ce que vous êtes en accord avec cette orientation?

** (15 h 50) **

Le Président (M. Bernier): Mme Simoneau.

Mme Simoneau (Sylvie): Oui. Oui, je vais répondre. Au début, lorsque vous nous avez parlé des femmes, l'importance que vous accordez aux femmes immigrantes, nous constatons et nous sommes convaincues qu'il y a beaucoup de sommes qui sont injectées dans le système pour faciliter l'intégration. Ce que nous avons donné comme recommandation, c'est de porter une attention particulière à la situation des femmes. Nous n'avons pas dénoncé le fait qu'il n'y avait pas d'attention portée, qu'il n'y avait pas de somme injectée, mais de continuer à apporter une attention particulière.

Et, je le répète, là, on a cette sensibilité-là. On est une centrale qui représente 72 % de femmes puis une centrale aussi qu'il y a beaucoup de membres en éducation. Donc, c'est une de nos priorités. En lien avec les réfugiés, ma collègue va compléter.

Le Président (M. Bernier): Mme de Sève.

Mme de Sève (Nicole): Je comprends très bien l'ensemble de la présentation que vous venez de faire, Mme Weil, sauf que nous avons à réagir à un document qui nous a été déposé. Je me souviens de documents sur les niveaux d'immigration où il était question des personnes réfugiées et où il était question des femmes. Donc, ce que nous rappelions, c'est qu'on ne peut pas...

Je comprends votre objectif, là, c'est sur notre 70 %, sauf que, si vous voulez que les gens sachent ce que le gouvernement fait en matière d'immigration, particulièrement sur ces clientèles-là, ça aurait été intéressant de les retrouver aussi dans le document portant sur la planification de l'immigration. Je pense que ça, c'est important.

L'autre chose qui est, pour nous, intéressante, parce que, comme... Puis, je vous rappelle -- puis je pense que vous les avez d'ailleurs entendus -- notre commentaire sur l'analyse différenciée n'est pas seulement le propos de la Centrale des syndicats du Québec, ATF a fait la même chose, Action Travail des femmes, la Fédération des femmes du Québec a posé les mêmes enjeux, c'est-à-dire qu'il y a un ensemble de groupes de femmes au Québec qui croient que, même si vous avez reçu une félicitation, il y a encore beaucoup de travail à faire pour qu'on soit capable...

Et ce n'est pas la liste, là, de 180 000 $, 1 million à ci, à ça. Ce qui est difficile, c'est de savoir finalement quelle est la portée de cet argent-là, et ça, le Vérificateur général le soulignait aussi. Quelle est la portée? Est-ce qu'on est capable d'évaluer finalement l'effet de cette injection d'argent sur vraiment l'intégration, quand vous parlez des femmes, sur les progrès faits par des mécanismes d'intégration pour les femmes immigrantes ou pour les autres catégories?

Donc, on ne peut pas -- comment je vais dire? -- on ne peut pas prendre le document seulement comme vous l'avez fait parce que justement il y avait ces omissions-là. Vous nous les répétez, ça va, on ne met pas en doute le fait qu'il n'y ait pas des efforts. Ça, il y a une politique quand même nationale. Mais il ne reste pas moins que c'était une grande absence du document, et nous tenions à vous le souligner.

Le Président (M. Bernier): Mme la ministre.

Mme Weil: Bien, je réitère, là... Parce qu'on pourrait. Ça serait un document de 200 pages, hein? Parce que d'ailleurs, si vous allez sur notre site Web, je ne sais pas si vous êtes au courant de l'étude récente qu'on a faite sur la situation des femmes, deux études récentes qui font la documentation de la situation des femmes immigrantes. Et je vous invite à les regarder.

Mais, si je retiens votre message, c'est qu'on a une belle histoire à raconter. Il faudrait qu'on la raconte, qu'on trouve une façon de bien la raconter. Mais je vous dirais que ce serait un peu compliqué de le faire dans un dossier, dans un document de consultation vraiment sur les orientations par rapport à la sélection. Mais je retiens votre commentaire que c'est important et je suis tellement d'accord avec vous que la situation des femmes et les défis, hein... On appellera ça des défis parce que c'est sûr qu'il y a des défis à ce niveau-là.

Je rencontre des femmes partout sur le terrain, scolarisées, francophones, aptes, capables, énergiques, qui veulent, qui demandent juste à contribuer à la société québécoise, mais il y a des obstacles.

Alors, je retiens ce que vous dites. On va trouver des façons de mieux raconter cette histoire. On essaie de le faire. Mais c'est ce que je retiens de vos commentaires. Mais évidemment ici on est un peu limités dans cet exercice, parce que, même au niveau des réfugiés aussi, évidemment, tout ce qu'on voit dans notre document, c'est qu'on garde les proportions pareilles, on garde notre engagement envers les réfugiés, mais il n'y a pas des pages et des pages qui sont écrites là-dessus. Et je pense que c'est l'occasion ici, lors de ces consultations, donc... Ce n'est pas que je n'apprécie pas vos commentaires.

Je ne voulais pas que vous interprétiez mes commentaires dans ce sens. C'est plus pour les gens qui nous écoutent. J'essaie de leur donner le portrait de tout ce qu'on fait et de l'attention qu'on porte à ces questions.

Maintenant, par ailleurs, on a besoin d'autres occasions pour rencontrer les groupes qui représentent les femmes. Et, moi, je vais à la rencontre des femmes, des organismes qui représentent surtout les femmes immigrantes pour m'aider à aller encore plus loin parce que je suis sûre qu'on peut encore trouver des bonnes idées. Il y en a beaucoup. Déjà qu'on fait beaucoup de programmes intéressants. Mais on aura peut-être d'autres occasions pour creuser la question un peu plus loin.

Pour la question... Parce que, là, j'essaie vraiment d'avoir un peu l'opinion de tous et chacun qui viennent ici par rapport aux orientations. Si vous n'avez pas d'opinion sur certaines orientations, c'est correct, mais j'essaie de les faire systématiquement. Donc, pour le français, ça va. Une majorité... De maintenir annuellement entre 65 % et 75 % la part des personnes de moins de 35 ans, est-ce que vous avez une opinion là-dessus?

Le Président (M. Bernier): Une dernière réponse.

Mme de Sève (Nicole): Ce n'est pas parce qu'on les a passées une à l'autre. Ce qu'on a voulu vous souligner, c'est-à-dire ce sur quoi, nous autres, nous croyons qu'il était important d'intervenir... Mais je pense que vous pouvez savoir, dans le fait... dans le fond ou dans la structure du document, que, oui, notre priorité est à la langue, évidemment. Les mesures d'intégration, de francisation et l'âge, ça ne nous posait pas un problème. S'il y avait eu un problème, nous l'aurions soulevé.

Le Président (M. Bernier): Merci. M. le député Drummond.

M. Blanchet: M. le Président, je voulais laisser la parole à mon collègue parce que, dans quelques minutes, je dois partir.

Le Président (M. Bernier): Oui.

M. Blanchet: Ça fait que je donne ma parole à mon collègue parce que je dois partir dans deux minutes, malheureusement.

M. Lemay: C'est beaucoup me demander, M. le Président.

Le Président (M. Bernier): Bon, bien, malheureusement...

M. Blanchet: Cela dit...

Le Président (M. Bernier): M. le député de...

M. Blanchet: ...son talent exceptionnel.

Le Président (M. Bernier): Oui, moi aussi, j'en suis persuadé, M. le député de Sainte-Marie -- Saint-Jacques, qu'il possède un très bon talent. Allez-y, la parole est à vous.

M. Lemay: Merci. Merci, M. le Président. Je salue mes collègues de l'Assemblée, Mme la ministre et toute son équipe. Mesdames, bienvenue à l'Assemblée. Madame, votre présentation, c'était très bien, vous vous êtes très bien débrouillée. Donc, vous êtes ici chez vous. Alors, bravo, félicitations!

Peut-être quelques commentaires, d'entrée de jeu, sur ce que la ministre a dit. Elle dit que l'immigration ou les politiques mises en place par le gouvernement étaient... on pourrait en faire une belle histoire. Au-delà des cas d'immigration individuelle, ce n'est pas ce que le Vérificateur a pensé il y a un an ou deux, que ce n'était pas une très, très belle histoire. M. le Président, permettez-moi de vous dire que j'ai eu ce dossier-là il y a quelques années et je disais à l'époque que le gouvernement gouvernait à vue dans ce dossier-là.

Et c'est ce que le Vérificateur est venu dire il y a, quoi, un an maintenant, un an et demi. Pas d'analyse, pas d'étude, le nombre était aléatoire, sans qu'on puisse vraiment... Il n'y a pas une analyse qui venait justifier le nombre puis il n'y avait pas d'analyse qui venait nous informer de l'intégration, réussie ou non, des gens soit en emploi, soit en francisation, ou autres. Et le Vérificateur est venu nous le dire de façon très, très, très claire.

Donc, avant de dire que c'est une belle histoire, comme la ministre a dit, j'hésiterais peut-être un petit peu parce que le rapport du Vérificateur d'il y a deux ans a été un rappel à l'ordre assez clair et assez important au gouvernement.

Deuxième chose, Mme la ministre a également dit que maintenant les gens dont la langue maternelle française diminue de plus en plus à Montréal, que c'était... et que les gens qui ont une langue maternelle autre que le français et l'anglais augmentaient d'année en année. Bon, on a vu des chiffres dernièrement. M. le Président, la ministre dit: C'est la même chose à Toronto ou ailleurs. Je m'excuse, mais Montréal, ce n'est pas Toronto, à cet égard-là. Montréal est la métropole d'un État et la deuxième ville française. Est-ce que c'est encore le cas? Je ne le sais même pas, pour être très honnête.

Donc, ce n'est pas... La ministre nous dit oui. Bon, parfait, alors Montréal est encore la deuxième ville française. Pour combien de temps? Je ne sais pas.

Mais il reste que je pense que d'être inquiet des statistiques qui sortent, qui sont rendues publiques dernièrement, d'être inquiet, je crois que c'est tout à fait légitime. Est-ce que c'est remettre en question tout? Ce n'est pas ça, la question, à l'heure actuelle. Mais de ressentir une inquiétude sur la minorisation du fait français à Montréal, je pense que c'est légitime. Montréal est une ville majoritairement française, est une ville depuis 1860. C'est la première fois, là, qu'on voit une tendance inverse depuis une centaine d'années. Est-ce qu'on peut en être inquiet, est-ce qu'on peut s'interroger? Je crois que oui. Je crois que ne pas le faire serait, M. le Président, irresponsable.

Donc, Montréal n'est malheureusement pas, à cet égard-là, comme Toronto ou les autres villes au Canada, qui ont bien sûr aussi des défis d'intégration, et tout, la question n'est pas là, mais, pour ce qui est d'imposer le français, d'imposer le visage français de Montréal, le défi pour le Québec est tout autre. Il est, je vous dirais, M. le Président, incomparable, incomparable.

Pour en venir à nos... Une fois ceci étant dit, j'ai quelques questions, M. le Président, pour nos invitées. Peut-être, la première question et, je vous dirais, la question, peut-être, qui tue, d'entrée de jeu, et après ça on pourra passer à d'autres, mais vous dites, à la page 5: « ...une croissance balisée et prudente de l'immigration » , et vous soumettez, citations à l'appui, citations d'études... vous appuyez cette prudence-là, hein, avec des études qui ont été faites dernièrement.

Mais il reste que vous arrivez à la fin, en conclusion, et vous dites que « la CSQ appuie l'intention gouvernementale de stabiliser le volume des admissions » pour les périodes subséquentes. Donc, pour vous, 50 000... bon, passer de 55 000 à 50 000, donc, pour vous, c'est prudent, c'est le chiffre parfait, idéal. Avez-vous une réflexion là-dessus, à savoir: Est-ce que c'est 50 000? Et c'est sûr qu'en termes de nombre on pourrait en discuter longtemps, là, mais est-ce que 50 000, pour vous, est une croissance -- et là je prends vos termes -- est « une croissance balisée et prudente de l'immigration » ?

** (16 heures) **

Le Président (M. Bernier): Mme Simoneau.

Mme Simoneau (Sylvie): Oui. Bon, écoutez, vous avez mentionné que c'est la question qui tue. C'est ma première représentation, donc ma première et dernière, si je comprends bien.

Le Président (M. Bernier): On espère vous garder vivante, Mme Simoneau. Il ne faut pas se fier à lui.

Mme Simoneau (Sylvie): Concernant une immigration balisée et... oui, 50 000, ça convient, si on donne des mesures de francisation, si on donne de l'aide aux personnes, si on encadre tout ça. Quand on disait, les recommandations, de placer la maîtrise du français au coeur de sa stratégie, de permettre d'évaluer les connaissances en français, d'évaluer l'impact, si toutes ces conditions sont présentes, oui, 50 000, c'est un nombre qui peut être intéressant, en respectant les conditions qu'on a mises, les recommandations.

Le Président (M. Bernier): M. le député.

M. Lemay: Donc, je présume, M. le Président, que ces conditions-là sont remplies, à l'heure actuelle. Parce que vous dites: 50 000 à telle, telle, telle condition... On sait... Et là je ne veux pas vous faire parler, là, mais le rapport du Vérificateur l'a dit, ces conditions-là, à l'heure actuelle... Bien sûr, il y a eu peut-être quelques amendements, là, mais ces conditions-là ne sont pas tout à fait remplies, justement. Vous émettez, dans votre document, certains doutes sur la francisation, et d'autres. Donc, c'est pour ça, ma question, madame.

C'est que vous dites « prudente et balisée » , ce en quoi nous sommes totalement d'accord, vous émettez certaines réserves tout au long du document, citations à l'appui, et à la fin vous dites: 50 000 nous semble raisonnable. Donc, je suis obligé de penser que toutes les conditions sont remplies.

Le Président (M. Bernier): Mme Simoneau... Mme de Sève.

Mme de Sève (Nicole): Bon, ça ne veut pas dire que toutes les conditions... Je pense que Mme Simoneau vous a répondu un peu à cet égard-là. Par rapport à 55 000, même... Et, nous, nous sommes partis aussi de 2007, aussi, quand on l'avait fait, l'exercice, où, là, on allait encore plus loin et on avait dit: Arrêtons, arrêtons, là, essayons d'être capables d'évaluer. Puis il y a déjà des correctifs.

À l'époque, ce que nous avions dit, c'était: Ce n'est pas vrai qu'on peut continuer à avoir une immigration qui ne tient pas compte de la planification de la main-d'oeuvre d'Emploi-Québec à savoir quels sont les emplois qui puissent être comblés. On va arrêter de faire de nos immigrants des chômeurs instruits. Parce que c'était ça, la conséquence. Donc, changez vos critères. Donc, c'est dans ce sens-là.

Et, quand ma vice-présidente dit: Bien, si on renforce, si on accorde encore de meilleurs budgets au ministère, si on améliore la francisation...

Et, quand je dis « améliorer » , ce qui me fatigue, même dans le rapport du conseil que j'ai lu les faits saillants -- je n'ai pas eu le temps de tout me taper -- et qui me renvoie à notre propre mémoire, c'est ce qu'on... ce qu'on observe, c'est que, même en matière de francisation, les gens sont acceptés au Québec sous prétexte d'avoir une connaissance du français, puis on observe, et ça, c'est les groupes qui font de la francisation, qu'il y a un pourcentage, qui est toujours en croissance, de gens qui retournent pour suivre des cours de francisation parce qu'ils ont une connaissance du français mais ne sont pas capables d'oeuvrer, et notamment dans les métiers spécialisés, ne sont pas capables d'oeuvrer en français, ne sont pas capables de s'intégrer à la culture commune.

Donc, c'est dans ce sens-là, quand on dit de renforcer les investissements en francisation.

Nous reprenons de toute façon ce que dit le Vérificateur général quand lui-même questionne même les certificats d'immigration, quand il dit: Il y en a, on ne sait même pas s'ils ont eu une rencontre pour être capables d'être de sélection. Et je pense que ça, le Syndicat des professionnels du gouvernement, qui est membre du SISP, auquel nous adhérons, a clairement fait ressortir ces questions-là. Sauf qu'on peut bien vous dire aujourd'hui 42 000. Nous, ce qu'on disait, c'est que, là, il y a peut-être quelque chose... On n'est plus dans la fuite en avant. On est peut-être sur quelque chose de raisonnable.

On pense qu'il y a des difficultés, il y a des gros progrès, mais, si on donne ce coup de barre là, bien ce n'est pas utopique de penser qu'on pourrait le réaliser. Et, si ce n'est pas ça, bien la prochaine fois on reviendra avec 45 000. Mais pourquoi 42 000, 45 000, 51 000? On pensait que... Parce que, nous, on n'a jamais appuyé le 55 000, le 56 000, on a refusé ça, comme centrale. Donc, est-ce qu'on est capable aujourd'hui, à la lumière des éléments, de regarder ne serait-ce que le gouvernement applique sa propre stratégie en matière d'accès à l'égalité en emploi dans les organismes publics, hein?

Donc, tu sais, ça, si les conditions sont respectées... Moi, ça ne me dit rien, 1,8 million, là. Ce n'est pas vrai, là, qu'on me donne... C'est, si les conditions sont vraiment respectées, qu'il y a quelque chose, bien oui, pourquoi pas? On est capables, comme société, mais à la condition de le baliser.

Le Président (M. Bernier): Merci. M. le député.

M. Lemay: Oui. Bon, vous êtes un syndicat surtout présent dans les services publics, les CPE. Avez-vous écho... Parce qu'on entend souvent -- et à ma connaissance, en tout cas à l'heure actuelle, c'est une autre étude qui n'a pas été faite, là, on pourrait en nommer beaucoup, des études qui ne se font pas -- l'exigence de bilinguisme. Bon, moi-même, comme député, M. le Président, j'ai eu dans mon bureau plusieurs exemples de gens qui ont une formation. Et là je ne parle pas nécessairement de reconnaissance des acquis ou de diplômes.

Je parle de gens qui ont un français impeccable et qui à la première occasion se font dire, se font même blâmer, M. le Président, de ne pas parler l'anglais. Est-ce que, dans vos rangs, chez vos travailleurs, vos travailleuses, dans vos équipes, est-ce que vous avez vent de cette réalité-là?

Même si vous êtes dans les services publics, il reste que, je ne sais pas, peut-être qu'il y a des syndiqués dans l'Ouest de Montréal, en Outaouais ou ailleurs, là, mais est-ce que, pour vous et pour vos membres, cette exigence de bilinguisme est une réalité soit qui est là depuis longtemps, depuis très peu, qui commence ou qui n'est pas très présente dans vos rangs, chez vos membres?

Le Président (M. Bernier): Mme de Sève.

M. Lemay: Parce que, M. le Président, je m'excuse...

Le Président (M. Bernier): Allez-y.

M. Lemay: ...parce que ça, M. le Président, ça tue. Je parle bien, je ne veux pas être brutal après-midi, là, mais des gens qui on un certificat de sélection du Québec, qui ont une formation académique, qui parlent un excellent français, tel qu'exigé par le Québec, et qui à la première occasion se font dire: Malheureusement, je ne peux pas vous embaucher, je suis obligé de refuser votre candidature parce que votre anglais est insuffisant. Et, M. le Président, dans mon bureau, j'ai plusieurs cas de cette nature-là.

Le Président (M. Bernier): Mme de Sève.

** (16 h 10) **

Mme de Sève (Nicole): Nous n'avons pas ce problème-là, notamment au niveau de l'éducation primaire, secondaire. Ce n'est pas vrai, là, on n'a pas... Ce sont des règles d'embauche, ce sont des commissions scolaires linguistiques. Quand nos CPE sont francophones, la question ne se pose pas de la même manière. Elle peut se poser dans le réseau de la santé, toutefois. Vous n'êtes pas sans savoir qu'il y a une norme. Là, je ne l'ai pas avec moi. Si j'avais su que la question me serait posée, je serais arrivée avec ça.

Mais dans chaque région il doit y avoir un pourcentage ou un nombre de personnes, dans un centre hospitalier, qui soient bilingues ou en tout cas capables de répondre à des cas où la personne, elle est unilingue anglaise, pour toutes sortes de considérations humanitaires. Mais nous n'avons jamais eu, à notre connaissance, chez nous, à la centrale, de cas qui nous a été rapporté comme quoi c'était un handicap.

Toutefois, ce qu'on observe, c'est la tendance, au niveau des études supérieures, à créer des disciplines... Il y a même une cause qui vient d'être entendue, qui devait décider si la langue d'enseignement était la langue de travail, à savoir: Est-ce que je vais être obligé d'être bilingue pour pouvoir enseigner en sciences de la gestion? Il y a une cause qui a été... Je l'ai reçue ce matin, là, je n'ai pas eu le temps de toute la lire, la décision là-dessus. Donc, oui, ça peut commencer à arriver au niveau des études supérieures, cégep ou université, où là on peut commencer...

Et là c'est vrai qu'il y a des gens qui commencent à dire: Écoutez, là, je veux bien, là, que vous allez faire un certificat, ou une discipline, ou un cours qui va être en anglais, sauf que c'est moi qui l'enseignais avant en français. Là, je serais obligé d'avoir une connaissance de l'anglais. Parce que c'est une chose de pouvoir lire et de dire aux étudiants: Bien, vous avez ce texte-là à lire dans vos références. C'est une chose d'enseigner une matière. Il y a des subtilités dans l'enseignement. Ça fait que ça, je pense que, oui, on pourrait se retrouver avec des problématiques de cet ordre-là.

Est-ce qu'il y a une crise? Il n'y a pas de crise. Mais il y a une tendance qui se développe au nom justement de la mondialisation, au nom de la globalisation, au nom de l'internationalisation des échanges, la commercialisation des établissements d'enseignement supérieur. Il faut attirer des étudiants, puis on dit aux enseignants, bien... Oui, là, il peut y avoir quelque chose, mais pas au niveau primaire, secondaire, service de garde. Puis il faudrait voir, dans le réseau de la santé, si ça pose des difficultés particulières dans des régions comme le Bas-Saint-Laurent, Thetford Mines ou ailleurs.

Le Président (M. Bernier): Voulez-vous ajouter, Mme Simoneau?

Mme Simoneau (Sylvie): Oui. Par contre, la principale lacune... Les membres, ce qu'ils nous disent, particulièrement dans le réseau de l'éducation, c'est que, la francisation, les élèves qui sont intégrés dans les classes... Et on sait qu'il y a déjà des sommes qui sont allouées pour aider pour la francisation, mais ce n'est pas assez, suffisant. Il y a certains élèves qui n'apprennent pas au même rythme, et ces élèves-là sont intégrés dans une classe. C'est déjà assez difficile, la tâche est très lourde, imaginez un enfant, un étudiant qui ne comprend pas le français et qui doit suivre des cours.

Même s'il y a des sommes, parfois elles sont insuffisantes, et ça accentue la lourdeur de la tâche du personnel enseignant, et aussi, pour une classe, c'est encore plus difficile pour les collègues. Ça, c'est une problématique qu'on entend souvent.

Le Président (M. Bernier): Merci. M. le député.

M. Lemay: Suite au dernier commentaire de madame, nous recevons après vous la Conférence des recteurs et des principaux des universités, alors on pourra échanger avec eux sur cette question-là.

À la dernière consultation publique sur l'immigration, à laquelle j'ai eu l'honneur de participer, il y a un groupe, je ne sais pas si le groupe est inscrit cette année, mais qui nous a fait part de l'exigence de plus en plus forte en études supérieures, cette exigence-là, mais aussi l'impossibilité d'avoir, d'acheter des livres en français. Ça allait aussi loin que ça. Imaginez-vous qu'est-ce qu'on envoie, M. le Président, comme signaux à des gens dont on dit: Le français est important, le français est important.

Vous arrivez au Québec, vous devez apprendre le français, vous connaissez le français, et, dès qu'ils sont arrivés, s'ils ne parlent pas anglais, ils ne travaillent pas, ou ils vont peut-être refaire des études, et là la moitié des études se passent avec des documents en anglais. Bref, les messages envoyés ne sont pas très clairs. Je me mets à la place...

M. le Président, on peut aisément se mettre à la place d'une personne immigrante et, à un moment donné, essayer de saisir dans quelle société il est rendu exactement, là, où on clame sur tous les toits que le français est important, mais dans la vraie vie, là, ce n'est pas nécessairement les messages qui leur sont envoyés. Donc, je crois qu'on a, pas juste le gouvernement, on a tous... les organisations publiques et parapubliques ont des devoirs à cet égard-là.

J'aurais une dernière question, M. le Président.

Le Président (M. Bernier): Oui, oui, il vous reste environ deux minutes.

M. Lemay: Oui, c'est ça, ça passe toujours très vite. On sait tous que le gouvernement, tous partis confondus, essaie, les villes essaient d'avoir des politiques d'embauche qui sont sensibles, favorisent justement l'égalité, puis on se rend compte d'année en année que ça ne fonctionne pas autant qu'on aimerait. Avez-vous une explication à ce qui, en tout cas pour moi, est un mystère, malgré les efforts faits? Parce qu'il y a des efforts qui sont faits, il y a des sommes d'argent qui sont investies depuis nombre d'années dans les organismes publics, probablement dans l'entreprise privée également.

Ça semble être difficile à atteindre, les objectifs, appelons ça les objectifs de diversité, là, de la fonction publique ou... Avez-vous une ou deux réflexions?

Le Président (M. Bernier): Réponse.

Mme de Sève (Nicole): ...laisser Mme Simoneau compléter, je peux vous dire que, lorsque les programmes d'accès à l'égalité, notamment dans le réseau de l'éducation et de la santé collégiale, ont été mis en place, c'était sous Claude Ryan. À l'époque, il y avait des fonds. Oui, il y avait des fonds. Les commissions scolaires se sont engagées. Ils ont fait les analyses diagnostiques, ils ont posé leurs plans stratégiques. Là, je vais parler pour les commissions scolaires parce que c'est avec les collèges avec lesquels j'ai le plus travaillé.

Et, à partir du moment où il n'y a plus eu de fonds, bien les programmes restent, mais il n'y a plus... il n'y a pas d'argent pour aider. Alors, ça, c'est un problème. Là, aujourd'hui, ça se complexifie, puis je vais laisser Mme Simoneau expliquer à partir de la loi n° 100, mais, moi, j'ai vu, pour avoir négocié les programmes d'accès à l'égalité à la table de négociation gouvernementale, j'ai vu, quand il y avait de l'argent, qu'il y avait des efforts qui se faisaient dans les milieux.

À partir du moment où on a coupé les fonds pour permettre aux organismes, notamment les commissions scolaires, de soutenir, bien il ne s'est plus rien fait, là. Ce n'est pas... Puis là, bien, c'était autant... Pour les femmes, bien là, il y a une tendance dans l'éducation, mais, au niveau des minorités culturelles, au niveau de la présence autochtone, vous pouvez fouiller, il n'y avait pas d'argent.

Le Président (M. Bernier): Je vous accorde une minute. Allez-y.

Mme Simoneau (Sylvie): Oui, c'est dans le même sens. Même si on a une politique d'égalité, une politique d'embauche, si avec la loi n° 100 on n'a pas de nouveaux emplois qui sont créés, même qu'on fait des coupures, la politique ne donne absolument rien. On regarde, là, dans le milieu du réseau scolaire, de la santé, les départs à la retraite, les personnes dans l'administration ne sont pas remplacées. Ça fait qu'on aura beau avoir les politiques, mais on ne peut pas les appliquer, comme j'ai dit dans le rapport, il n'y a pas d'embauche, il y a des coupures. Ça fait que... Donc, ça vient...

Le Président (M. Bernier): Merci. Mme Simoneau, Mme de Sève, merci de votre participation à la Commission des relations avec les citoyens.

Je suspends quelques instants afin de permettre à la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec de prendre place.

(Suspension de la séance à 16 h 18)

(Reprise à 16 h 21)

Le Président (M. Bernier): À l'ordre, s'il vous plaît! Nous allons reprendre nos travaux. Nous avons le plaisir maintenant de recevoir la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec, représentée par M. Denis Brière, M. Daniel Zizian et Mme Lucie Guillemette. Bienvenue à la Commission des relations avec les citoyens. Nous sommes heureux de vous recevoir. Vous avez 15 minutes pour votre présentation. Par la suite suivront des échanges avec les parlementaires. Allez-y, M. Brière.

Conférence des recteurs et des principaux

des universités du Québec (CREPUQ)

M. Zizian (Daniel): M. le Président, Mme la ministre, Mmes, MM. les députés, alors je suis Daniel Zizian, président-directeur général de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec. Je suis accompagné de M. Denis Brière, qui est président du conseil d'administration de la CREPUQ et recteur de l'Université Laval, et de Mme Lucie Guillemette, membre du Comité des relations internationales de la CREPUQ et vice-rectrice aux études de cycle supérieur et à la recherche à l'Université du Québec à Trois-Rivières.

Nous souhaitons d'abord vous remercier de nous offrir l'occasion d'exprimer notre point de vue sur la planification de l'immigration au Québec pour la période 2012-2015. Dans un premier temps, M. Brière dressera un portrait de la contribution des universités à l'accroissement du nombre d'immigrants qualifiés et à leur intégration à la société québécoise. Par la suite, je présenterai quelques-unes des recommandations contenues dans le mémoire de la CREPUQ. Enfin, Mme Guillemette, M. Brière et moi-même serons à votre disposition pour répondre à vos questions et poursuivre le dialogue avec vous.

Alors, M. le Président, si vous voulez bien céder la parole à M. Brière, c'est lui qui poursuivra pour la présentation.

Le Président (M. Bernier): Allez-y, M. Brière.

M. Brière (Denis): Oui. Alors, M. le Président, Mme la ministre, Mmes et MM. les députés, c'est un plaisir d'être ici aujourd'hui.

Je tiens d'entrée de jeu à souligner que les universités souhaitent contribuer à l'atteinte des objectifs que le gouvernement se fixe en matière d'immigration en poursuivant leurs efforts pour faciliter le recrutement, l'accueil et l'intégration des étudiants étrangers et des professionnels immigrants dans la société québécoise.

Qu'il s'agisse d'assurer le dynamisme démographique, de renforcer la prospérité économique, de stimuler la vitalité du français, d'assurer l'ouverture du Québec sur le monde et sa diversité ou encore de poursuivre les efforts de régionalisation de l'immigration, les universités québécoises sont directement interpellées par ces enjeux identifiés par le gouvernement en matière d'immigration. Par leur présence sur l'ensemble du territoire, elles contribuent, les universités, à renforcer l'attractivité du Québec et de ses régions.

Ainsi, les universités accueillent chaque année plus de 25 000 étudiants étrangers, dont un nombre significatif en région. Selon diverses données, au terme de leurs études, entre 10 % et 20 % d'entre eux demeureront au Québec. Avec un diplôme reconnu, une bonne connaissance de la langue française et une intégration déjà largement entamée, ils réunissent des conditions idéales pour réussir avec succès leur entrée sur le marché du travail.

La présence d'un réseau universitaire reconnu constitue par ailleurs un facteur d'attraction pour les immigrants qui recherchent une société prospère, offrant des établissements d'enseignement de qualité au sein desquels eux-mêmes et leurs enfants pourront poursuivre leurs formations.

Les universités sont des instruments de francisation et d'intégration des nouveaux arrivants. Elles sont également d'importants employeurs de personnes immigrantes. Ainsi, par exemple, environ 36 % de nos professeurs-chercheurs sont nés à l'extérieur du Canada. Des étudiants étrangers occupent également un emploi sur les campus. Ils peuvent agir comme assistants d'enseignement ou de recherche ou occuper différents emplois de soutien.

Nos communautés universitaires sont ouvertes sur le monde non seulement en raison de la diversité d'origine des étudiants et des employés, mais aussi par l'internationalisation de nos formations universitaires: échanges d'étudiants, participation à des conférences internationales, contribution à des projets de recherche d'envergure internationale, et j'en passe. Pour ces raisons, les universités québécoises constituent des milieux riches en diversité culturelle. Cette richesse est particulièrement remarquable dans les villes universitaires de plus petite taille, où, sans la communauté universitaire, la diversité de la population serait moindre.

Les réalisations des universités en matière de recrutement, d'accueil et d'intégration des étudiants étrangers sont nombreuses. En amont, les universités déploient d'importants efforts pour amener un nombre de plus en plus grand d'étudiants étrangers à considérer le Québec comme une destination de choix pour effectuer leurs formations universitaires. Une fois au Québec, ces étudiants sont accueillis et encadrés tout au long de leurs parcours académiques, tant sur le plan des études que de la vie en société, et ce, afin de favoriser leur réussite, mais aussi de faciliter leur intégration à la société québécoise.

La liste des activités est longue et compte notamment des cours sur la culture et la société québécoise, des cocktails de bienvenue, de l'aide au logement et à l'installation, des visites guidées du campus et de la ville, des activités pour faciliter l'acclimatation à l'hiver, etc. Sur le plan académique, les établissements proposent entre autres des programmes de langue adaptés, des services d'appui à la communication écrite et du soutien à l'apprentissage. On offre également des programmes de jumelage ou de parrainage pour les étudiants étrangers, avec, dans certains établissements, des agents chargés du suivi personnalisé du cheminement de l'étudiant.

Les bureaux des étudiants étrangers proposent également un soutien administratif, notamment à l'aide pour compléter les formalités administratives, que ce soient certificat d'acceptation du Québec, CAQ, permis d'études, assurances, présence ponctuelle d'un commissaire à l'assermentation pour authentifier les documents nécessaires, et j'en passe.

Ceux qui choisiront de demeurer ici pourront ainsi entamer leurs démarches d'immigration avant la fin de leurs études et bénéficieront à cet égard du soutien de leurs universités. Ceux qui quitteront le Québec conserveront pour l'avenir un lien privilégié avec la société québécoise à travers les associations de diplômés, qui sont de plus en plus actives sur la scène internationale, et par les liens durables qu'ils auront noués avec leurs professeurs, leurs collègues étudiants et la société québécoise en général. Cette expérience demeurera pour toujours présente pour ces personnes, qui constitueront des ambassadeurs pour le Québec partout à travers le monde.

Il ne fait aucun doute que les universités apportent une contribution significative au rayonnement du Québec sur la scène internationale et à l'atteinte des objectifs que se donne le Québec en matière d'immigration. D'ailleurs, les universités situées en région constituent des vecteurs de la régionalisation de l'immigration.

Face aux nombreux défis que pose une immigration réussie pour le Québec, en termes quantitatifs et qualitatifs, les établissements universitaires croient qu'ils devraient être reconnus par le gouvernement comme des partenaires dans la mise en oeuvre, auprès de leurs clientèles, de la politique d'immigration.

Dans la mesure où les étudiants étrangers contribuent à l'atteinte des objectifs du MICC en matière de planification de l'immigration, les établissements attendent du gouvernement qu'il les soutienne davantage dans leurs efforts pour attirer, accueillir et intégrer les étudiants étrangers et les professionnels immigrants.

En donnant à ces universités les moyens d'accroître leurs efforts dans ce domaine, le Québec se donnera la capacité d'agir à la fois en amont, pour attirer davantage d'étudiants étrangers, et en aval, pour amener plus d'étudiants étrangers qui le souhaitent à s'installer au Québec au terme de leurs formations.

Dans un monde globalisé où l'anglais domine, attirer des étudiants étrangers désireux d'entreprendre un projet d'études universitaires pour lequel la langue d'enseignement est le français constitue un défi majeur. La réalité linguistique du Québec oblige à développer des approches qui ciblent des clientèles francophones ou francophiles, lesquelles exigent des efforts et des ressources beaucoup plus importants que ceux visant le marché anglophone, qui connaît une forte croissance naturelle.

Alors que les pays investissent massivement dans le recrutement d'étudiants à l'étranger, la promotion des études universitaires au Québec est largement sous-financée, et ce, dans un contexte où la concurrence s'intensifie. À cet égard, nous ne comprenons pas et nous déplorons la décision prise par le MELS, en mai dernier, de mettre fin au Programme pour l'internationalisation de l'éducation québécoise, le PIEQ, qui depuis sa dévolution à la CREPUQ, en 2004, a facilité les actions collectives de recrutement d'étudiants étrangers. Grâce à ce programme et aux efforts des universités, le nombre d'étudiants étrangers dans les universités québécoises a augmenté de 17 % entre 2008 et 2011.

De son côté, le MRI a également retiré, à partir de 2010-2011, son appui financier aux universités qui bénéficiaient d'un financement dans le cadre de la mesure 26 du plan d'action 2006-2009 découlant de la politique internationale du Québec du MRI. Cette mesure visait précisément à intensifier et mieux coordonner la promotion internationale de l'offre éducative afin d'attirer davantage d'étudiants étrangers.

Enfin, vous connaissez les mesures qui découlent de la loi n° 100 et qui imposent aux universités de réduire les dépenses de nature administrative, dont les déplacements et les frais de représentation.

Sur ce, M. le Président, je vous invite à céder la parole à M. Zizian, qui vous présentera nos principales recommandations. Merci de votre attention.

** (16 h 30) **

Le Président (M. Bernier): Merci, M. Brière. M. Zizian.

M. Zizian (Daniel): Merci, M. le Président. Comme le soulignait M. Brière, la contribution significative des universités québécoises en matière d'immigration découle des efforts de recrutement, d'accueil et d'intégration des étudiants étrangers menés par la CREPUQ et les universités.

Afin que les résultats à l'égard du recrutement d'étudiants étrangers soient encore plus significatifs, la CREPUQ recommande que le gouvernement accorde un soutien financier accru pour renforcer les efforts collectifs de la CREPUQ et des universités en matière de promotion et de recrutement à l'étranger et qu'il garantisse les sommes disponibles sur une période de trois ans afin de permettre une planification judicieuse des stratégies de recrutement international.

Une autre mesure susceptible de faciliter le recrutement d'étudiants étrangers est la simplification de leurs procédures d'immigration temporaire. Il faut savoir que dans un contexte concurrentiel le délai pour confirmer à un étudiant étranger son admission et l'obtention des documents exigés pour entrer au pays sont des facteurs très importants. Dans l'état actuel, les étudiants étrangers doivent se soumettre aux exigences des autorités d'immigration québécoises, puis à celles des autorités fédérales pour obtenir un permis d'études. Comme cette démarche s'échelonne au moins sur deux à trois mois, elle a des répercussions sur la venue effective de candidats dans nos universités.

La CREPUQ recommande donc que les autorités d'immigration québécoises et canadiennes examinent la possibilité, pour les ressortissants des pays de l'OCDE, d'effectuer simultanément la demande de CAQ pour études et celle du permis d'études délivré par les autorités fédérales.

Maintenant, de façon plus ciblée, les universités estiment que le recrutement aux cycles supérieurs, maîtrise, doctorat et postdoctorat, est essentiel pour appuyer le développement de la recherche au Québec. Compte tenu de l'environnement compétitif dans lequel évoluent les universités, le financement des étudiants étrangers aux cycles supérieurs constitue un enjeu important pour le recrutement des meilleurs candidats.

À cet égard, la CREPUQ recommande que le gouvernement accorde un soutien accru afin d'augmenter les aides financières disponibles aux étudiants étrangers qui poursuivent des études de deuxième cycle, de troisième cycle ou au postdoctorat dans une université québécoise.

Une imposante panoplie de services afin de favoriser l'intégration et la rétention des étudiants étrangers a été mise en place par les universités. M. Brière vous en a fait largement état. La mise en place et le maintien de ces services représentent des coûts importants pour les universités, pour lesquels elles ne sont aucunement compensées.

La CREPUQ recommande donc que le gouvernement accorde une aide financière afin de consolider les services d'accueil et d'intégration offerts aux étudiants étrangers.

Sur un autre plan, les universités se réjouissent de contribuer à la formation d'appoint des professionnels immigrants. Ainsi, depuis 2008, l'Université de Montréal en pharmacie, l'Université de Sherbrooke en psychologie, l'Université du Québec à Trois-Rivières pour la pratique des sages-femmes accueillent des cohortes de professionnels immigrants afin de leur permettre de mettre à niveau leurs formations.

Ces expériences ont permis de constater que l'accueil de ces étudiants entraîne inévitablement une hausse significative des coûts pour l'encadrement, tout particulièrement pour assurer le respect des exigences relatives à la connaissance de la langue française. On ne saurait sous-estimer les difficultés qui en découlent, car, même si les candidats s'expriment en français, leur vocabulaire est souvent insuffisant et leur maîtrise de la langue ne permet pas toujours la poursuite d'études universitaires.

De plus, leur méconnaissance de la réalité culturelle et sociale est susceptible de nuire à leur capacité de servir adéquatement leurs futures clientèles. Ces défis sont importants, compte tenu de leurs impacts sur la protection du public et la sécurité des patients. À cet égard, l'élaboration et la mise en place de cours spécialisés de niveau plus avancé afin de parfaire la maîtrise du français de la main-d'oeuvre immigrante est un pas dans la bonne direction qu'il serait souhaitable d'intensifier.

À cette fin, la CREPUQ souhaite entreprendre des discussions avec le gouvernement afin de trouver des moyens d'assurer un financement adéquat aux universités afin qu'elles élaborent et mettent en place des cours spécialisés de français avancé, adaptés à la profession et aux défis rencontrés par les candidats aux formations d'appoint.

Il faut également considérer les enjeux liés à la taille et à l'homogénéité de ces cohortes. En effet, lorsque la clientèle en formation d'appoint est importante et homogène sur le plan des compétences acquises et des besoins de formation, les universités sont en mesure d'offrir les formations requises. Cependant, après une première cohorte, si la clientèle devient insuffisante ou hétérogène, l'offre de formation d'appoint est alors susceptible d'engendrer des coûts importants pour les universités...

Le Président (M. Bernier): Je vous inviterais à conclure, M. Zizian, s'il vous plaît.

M. Zizian (Daniel): ... -- oui, je conclus, M. le Président -- qui devraient être compensées à cette fin.

La CREPUQ recommande donc que des compensations soient prévues pour les universités.

Vous l'avez compris, M. le Président, Mme la ministre, MM., Mmes les députés, les universités peuvent et souhaitent en faire davantage. Toutefois, ces défis, les universités ne seront pas en mesure de les relever sans un soutien financier adéquat de la part du gouvernement. Merci de votre attention.

Le Président (M. Bernier): Merci. Merci de votre présentation. Mme la ministre.

Mme Weil: Merci, M. le Président. Alors, bonjour et bienvenue. Merci pour votre mémoire parce qu'il y a vraiment... c'est une mine d'or au point de vue informations, idées, recommandations. Dans un premier temps, je vais transmettre votre mémoire à deux de mes collègues avec qui je travaille étroitement, la ministre des Relations internationales et la ministre de l'Éducation, parce que, vous le dites bien, on travaille ensemble, et il faut qu'on travaille, les trois ministères, ensemble avec vous, le réseau universitaire.

Je suis... C'est de l'oxygène, hein, quand je lis un mémoire comme le vôtre. C'est tellement passionnant, c'est tellement intéressant, c'est tellement la voie d'avenir pour le Québec. Et on le sait bien. On a juste à lire les journaux. À chaque fin de semaine il y a un

article sur ces étudiants étrangers qui viennent ici étudier dans nos universités, tant ici, au Québec, que partout dans le reste du Canada. Dans le Globe and Mail , à peu près toutes les fins de semaine il y a des articles là-dessus. Et tout le monde se positionne pour être compétitif.

Donc, j'ai des questions peut-être d'ordre général, puis ensuite j'ai quelques questions plus précises. Évidemment, la langue, moi, ce que j'ai lu, c'est que cette compétition, c'est beaucoup à cause de... et c'est vers les universités anglophones beaucoup, en Amérique du Nord. Et donc, vous, vous dites: Évidemment, c'est ça, le défi, comment attirer des étudiants de partout pour venir étudier en français. Mais je pense que c'est possible parce qu'on voit les nombres grandissants d'étudiants quand même qui viennent au Québec. Donc, vous faites quelque chose pour attirer, vous êtes capables de dénicher des jeunes étudiants qui parlent français.

C'est un peu comme le travail que, moi, j'ai à faire, que, nous, on a à faire au ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles, c'est de dénicher des personnes qui étudient, comme deuxième langue... Et on est toujours surpris, je l'apprends, un peu partout dans le monde, ça peut être au Japon, ça peut être en Irlande, des gens me disent: Non, non, non, il y a une université, un collège très spécial pour des gens qui étudient des... qui font de la littérature française, etc., que vous devriez cibler pour l'immigration. Donc, c'est un peu... votre défi, c'est notre défi aussi pour l'immigration.

Alors, j'aimerais peut-être vous entendre un peu plus là-dessus, les types de stratégie que vous pouvez développer pour attirer ces étudiants. Qu'est-ce que vous faites pour aller les repérer, ces étudiants, autant francophones, j'imagine, que peut-être d'autres qui ne sont pas nécessairement francophones?

D'ailleurs, j'ai une nièce de la République tchèque qui est venue étudier, qui a fait ses études à HEC parce que dans la République tchèque... Marie est d'origine tchèque, mais elle parle un français impeccable parce qu'elle a fait ses études dans un lycée français là-bas. Donc, ces gens, ces étudiants existent. Ils viennent ici. Elle a fait trois ans ou deux, deux années d'études aux HEC. Donc, il y en a beaucoup comme ça. Elle retourne en Europe. Mais ça crée ces têtes de pont finalement entre nos deux sociétés.

Le Président (M. Bernier): M. Brière? M. Zizian? M. Brière, allez-y.

** (16 h 40) **

M. Brière (Denis): Moi, je peux parler principalement, Mme la ministre, pour l'Université Laval parce que quand même je pense que les stratégies... Peut-être que Lucie pourra aussi compléter pour l'Université du Québec à Trois-Rivières, mais je pense que les stratégies sont à peu près toutes les mêmes, en fait, pour attirer les étudiants étrangers. C'est sûr que le côté financier est important, surtout aux deuxième et troisième cycles. Je pense que c'est crucial.

Au niveau du premier cycle, c'est sûr que c'est la notoriété de l'université, c'est nos 48 associations de diplômés qu'il y a à travers le monde, nos diplômés qui sont aussi à travers le monde en général, qui font en sorte, là, qu'on peut contracter nos ententes avec plusieurs universités dans le monde francophone. On en a au-dessus de 450. Et c'est sûr que le fait de travailler université versus université dans le monde francophone, ça, certainement, collabore à ça.

Et je suis un peu surpris. Parce que je les rencontre, les étudiants étrangers. Pas tous, là, parce qu'on en a quand même 4 000, et puis à tous les ans il y en a au moins 600 ou 700 nouveaux qui arrivent, mais, lorsqu'on rencontre ces gens-là, il y a beaucoup de bouche à oreille aussi. C'est surprenant. Moi, j'aurais pensé plus Internet, là. Non, non, mon cousin est venu à l'Université Laval. Dans la famille, il y a des gens qui connaissent l'Université Laval. Il y a un professeur qui vient de... qui a enseigné à l'Université Laval au cours d'échanges.

Et ces échanges d'étudiants là aussi, à l'étranger, comptent beaucoup. Il y a environ 800 à 900 étudiants par année de l'Université Laval qui font des stages à l'extérieur, donc ce contact à l'extérieur, naturellement, avec des jeunes, des jeunes qui parlent aux jeunes... Donc, le jeune est plus attiré vers l'Université Laval parce qu'il la connaît plus à travers ses pairs, quelqu'un qui est étudiant aussi. Alors, c'est sûr que de cette façon-là on peut mieux attirer les étudiants.

Il ne faudrait pas aussi négliger... Il y a des étudiants de d'autres langues qui viennent dans les universités francophones. On a une école de langues, nous, à l'Université Laval. Les gens viennent, et soit des francophiles des États-Unis, il y en a aussi quand même passablement... Il y a des Chinois, il y a des Japonais, il y a de toutes sortes de nationalités, mais surtout au deuxième, troisième cycle, où l'adaptation est peut-être un peu plus facile. Alors, c'est sûr que pour nous, aussitôt qu'ils arrivent à l'Université Laval, c'est un accompagnement, c'est un parrainage.

Je pense que la plus belle carte de visite qu'on peut avoir pour les étudiants étrangers, c'est vraiment le fait qu'on est bien organisé pour les accueillir, les soutenir et de faire en sorte qu'ils sont bien encadrés.

Le Président (M. Bernier): O.K., juste... Oui, Mme la ministre?

Mme Weil: Je veux laisser à mon collègue... Mais d'abord... J'ai quelques questions, mais je veux juste m'assurer que je laisse assez de temps à mon collègue qui, je vois...

Le Président (M. Bernier): Oui, oui, oui, je vais m'assurer de lui garder du temps.

M. Brière (Denis): Je m'excuse, Mme la ministre...

Le Président (M. Bernier): Mme Guillemette, vous voulez ajouter...

M. Brière (Denis): ...peut-être que Lucie voudrait tout simplement rajouter un...

Le Président (M. Bernier): Oui, allez-y, Mme Guillemette.

Mme Guillemette (Lucie): En complément d'information, Mme la ministre, vous avez raison de poser la question à savoir quelles sont les stratégies de recrutement dans nos universités puisque, comme le disait mon collègue, les stratégies, bien sûr, sont collectives, se ressemblent, mais ce qui peut faire la différence, c'est les pôles d'excellence, notamment en recherche, qui vont attirer des étudiants d'ailleurs, du Liban, parce qu'on a développé des pôles en technologie verte, en hydrogène, en développement durable, et on sait que les étudiants sont au fait, et surtout aux cycles supérieurs, et vont venir dans nos universités pour ces raisons-là.

Et effectivement les écoles internationales, les écoles de français dans les universités sont un lieu de passage où... Bon, j'entendais, pour la rentrée, des étudiants qui venaient d'Angleterre, qui venaient, bien sûr, de Chine et des États-Unis, et qui vont, certains, qui vont poursuivre dans des programmes dans notre université. Donc, on est en train de recruter, possiblement. Du moins, il y a un beau lieu de passage qui s'exerce, des étudiants qui vont faire une expérience, qui vont avoir une expérience universitaire et professionnelle au Québec.

Le Président (M. Bernier): Merci. Mme la ministre.

Mme Weil: Là, je veux vraiment en profiter pour vous poser des questions, faire un genre de brainstorming, parce qu'évidemment tout le focus de notre... beaucoup de notre focus, du gouvernement et de mon ministère, c'est ce programme PEQ, le Programme d'expérience québécoise, et en particulier ces étudiants, parce qu'ils sont jeunes, scolarisés, on est en train de les franciser, certains, bon, sont francophones, d'autres, par ces écoles-là, sont en train d'acquérir la langue, et donc ils deviendront, à tous égards, bon, des parlant français, éventuellement.

C'est de voir les stratégies qu'on peut développer tous ensemble. J'ai l'occasion souvent de parler avec les gens du milieu des affaires, parce que je pense qu'ils doivent être des partenaires incontournables dans cette aventure, trouver des stages, trouver des emplois pour permettre à ces jeunes de poursuivre leurs parcours, et le programme PEQ va quand même assez bien. En un an, c'est 1 255 certificats de sélection du Québec qui ont été accordés.

Qu'est-ce que vous voyez, qu'est-ce que vous proposeriez pour aller encore plus loin, pour augmenter cette proportion de CSQ, tant au niveau de l'encadrement par l'université, d'une part, la société aussi, la société d'accueil, par les organismes qui pourraient être là, les employeurs, les entreprises, le gouvernement? Comment vous voyez, à votre niveau, peut-être des stratégies pour encourager, pour aller plus loin avec ce programme PEQ?

Le Président (M. Bernier): M. Zizian, oui, allez-y.

M. Zizian (Daniel): Alors, Mme la ministre, le programme PEQ est effectivement un excellent programme pour inciter des étudiants qui veulent demeurer au Québec de le faire de façon plus facile. Alors, il faut les informer de la présence de ce programme-là. Ça demeure naturellement des décisions individuelles qui sont prises par les étudiants en question. Et, comme on le mentionnait tantôt, que ces étudiants-là demeurent ou retournent à

titre d'ambassadeurs, le Québec y gagne. Mais il y aurait lieu effectivement de mieux faire connaître le programme en amont pour que les étudiants puissent dès le départ, c'est-à-dire dès le départ, dès le début de leur processus d'admission, être au courant de ce programme-là et donc d'agir en conséquence.

Alors, nous, on peut informer les étudiants de l'existence de ce programme-là, de façon à ce qu'ils puissent en tenir compte, et c'est ce que l'on fait entre autres dans les missions collectives qui sont ou qui étaient, là, organisées par la CREPUQ, dans des missions où plusieurs universités vont dans des nouveaux marchés ou dans des marchés existants. Ils seraient en mesure, donc, à ce moment-là, de faire connaître ce programme aux étudiants potentiels.

Le Président (M. Bernier): Mme la ministre.

Mme Weil: Et comment vous voyez le rôle, peut-être, si ces étudiants décident de rester l'été -- c'est sûr qu'il y en a beaucoup qui vont rentrer chez eux, là, mais disons qu'il y en a qui peuvent décider de rester -- le rôle des entreprises, des employeurs, faire le lien, un pont avec eux pour trouver des emplois d'été?

Le Président (M. Bernier): M. Zizian.

M. Zizian (Daniel): Oui. À ce sujet, les universités font un travail d'intégration, comme on disait. La pierre d'achoppement, c'est l'entrée sur le marché du travail. Il faut que les employeurs donnent une chance à ces nouveaux diplômés là, étrangers, qui ont un diplôme québécois, qui sont intégrés à la société, d'avoir une première expérience de travail. Donc, la collaboration des entreprises est très importante. D'ailleurs, une des recommandations que l'on fait, c'est de faire une campagne de promotion à cet égard pour inciter les employeurs à engager des diplômés étrangers.

Le Président (M. Bernier): Merci. Mme la ministre.

Mme Weil: J'aurais des questions, d'autres questions techniques, mais je veux en profiter pour vraiment parler de nos orientations, donner un peu de temps à mon collègue aussi, votre ancien collègue.

Sur le volume, nous, on propose de stabiliser à 50 000. Vous avez beaucoup d'expérience avec la mobilité, généralement, hein, ce grand dossier de mobilité, des gens, des êtres humains qui depuis la nuit des temps changent de... changent et des fois reviennent à leur pays natal, donc vous êtes beaucoup là-dedans. On parle beaucoup de l'apport de ce capital humain qui vient enrichir les sociétés mutuellement, hein? Le diplôme qu'ils vont acquérir ici va être utile quand ils vont retourner dans leurs pays.

Mais, par rapport à l'immigration, donc, nous, on propose de stabiliser. Évidemment, c'est basé sur des études solides de l'Institut de statistique du Québec et sur des prévisions d'Emploi-Québec. Et l'idée, c'est que c'est un volume qui nous permet d'atteindre nos objectifs, autant au niveau démographique, dans le sens de personnes pour combler des emplois et avec l'accent sur une majorité de personnes qui parlent français. Que pensez-vous de cet objectif de 50 000?

Le Président (M. Bernier): M. Zizian.

M. Zizian (Daniel): Très honnêtement, Mme la ministre, ce n'est pas un élément qu'on a examiné à la CREPUQ. L'angle sous lequel on voulait faire des représentations, c'était à l'égard des cinq enjeux que vous avez identifiés: le dynamisme démographique, renforcer la prospérité économique, stimuler la vitalité du français, assurer l'ouverture du Québec, puis les efforts de régionalisation. Et vraiment on se sent interpellés par chacun de ces enjeux-là que vous avez identifiés. Mais on n'a pas examiné la question sous l'angle du niveau d'immigration pour les prochaines années.

** (16 h 50) **

Le Président (M. Bernier): Merci. Mme la ministre.

Mme Weil: Mais je peux présumer que vous êtes de ceux qui croient qu'il y a un enrichissement de par l'apport de ces personnes-là qui restent temporairement ou de façon permanente.

Le Président (M. Bernier): M. Brière.

M. Brière (Denis): Ah! c'est évident. Pour nous, c'est tellement important, c'est la raison pour laquelle on met tellement d'efforts pour attirer des étudiants étrangers. Maintenant, de mettre un quota, ou de mettre un plafond, ou quelque chose du genre, je ne pense pas que ça soit de notre ressort. Je pense que c'est ça que mon collègue a voulu vous transmettre.

Mais c'est sûr qu'au point de vue enrichissement, qu'on parle, par exemple, enrichissement sur le campus comme tel, moi, je dis qu'un étudiant québécois qui vient sur un campus où il y a beaucoup d'étudiants étrangers, c'est une expérience internationale en soi. C'est aussi très enrichissant pour ce lien-là, dont vous venez de faire référence, avec le milieu de travail. On a, à l'Université Laval, le bureau de placement étudiant.

D'ailleurs, on met un effort, depuis deux ou trois ans, additionnel pour les étudiants étrangers, pour mieux les intégrer au marché du travail, et, comme ambassadeurs, même s'ils retournent, plusieurs projets. Je vais vous en citer un. On ouvre une nouvelle faculté de foresterie à Kinshasa, présentement. Pourquoi l'Université Laval? Parce qu'on est impliqués là depuis plusieurs années et que nos gradués sont là. Alors, on forme des formateurs aussi.

Et ce sont des projets au niveau international, je pourrais vous en nommer plusieurs, mais qui vraiment émanent du fait qu'il y a des étudiants qui sont passés chez nous, retournent dans leurs pays, et qu'on a une relation vraiment privilégiée avec nos gradués.

Alors, c'est sûr que l'enrichissement, oui, pour la société québécoise en général mais aussi un enrichissement pour l'université comme telle. Je pense que chacun dans notre mission on se retrouve et on retrouve notre gain pour l'université au niveau formation et recherche et, ma collègue l'a dit tantôt, aux niveaux deuxième, troisième cycle. C'est extrêmement important, au niveau de la recherche, aux niveaux deuxième et troisième cycle, l'apport des étudiants étrangers.

Le Président (M. Bernier): Merci. M. le député de Charlesbourg.

M. Pigeon: Merci, M. le Président. Et bonjour à vous, messieurs mesdames. Alors, M. Brière, M. Zizian, Mme Guillemette, je suis bien sûr très heureux de vous voir cet après-midi. Et je voudrais tout d'abord dire que d'avance je me réjouis de ce qu'on pourrait appeler l'appui global de la CREPUQ aux objectifs du gouvernement concernant l'immigration. Vous venez de le dire, l'immigration, c'est une richesse, c'est un apport à la diversité. Ce sont des gens qui arrivent avec des nouvelles façons de voir. On a dit, on a même démontré à quel point l'immigration pouvait agir sur l'innovation. Et bien sûr, quand on parle à des universitaires et de recherche, on voit encore à quel point c'est vrai.

Et je me réjouis aussi de votre vision concernant l'université comme outil d'intégration. Donc, l'université non seulement est un endroit où on croit à la diversité, où on croit à l'innovation, où on croit à la richesse de l'immigration, mais c'est un lieu où on favorise en fait l'intégration.

Et, pour l'avoir vécu de façon personnelle, et j'aurais beaucoup d'exemples à donner, je connais des personnes formidables qui sont arrivées à Québec parlant à peine le français et qui maintenant sont des apports incroyables à la société québécoise, et donc, pour ça, là, je pense que c'est extrêmement important de souligner l'apport de l'université. Et, lorsque vous parlez comment on peut mieux travailler pour attirer les étudiants étrangers, je vous rejoins.

La question que j'allais vous poser est la suivante. Je vais développer légèrement, mais on vit, vous le savez dans un monde de ressources limitées, et les budgets doivent être équilibrés. Je suis sûr que M. le recteur sait que ce n'est pas facile d'équilibrer les budgets. C'est un peu la même chose au gouvernement du Québec, il n'y a rien de facile. Mais c'est important, on le sait. Quand on voit, je dirais, tout ce qui plane sur l'Europe actuellement, je pense qu'on se rend compte à quel point, donc, d'un point de vue budgétaire, il faut être prudent.

Ceci dit, il n'en reste pas moins que d'attirer des étudiants étrangers, c'est important. Et la question que j'allais vous poser, c'est comment, à la CREPUQ, toutes les universités ensemble, vous ne pourriez pas réfléchir à des moyens de travailler de façon, je dirais, un peu plus conjointe, de façon à faire des économies dans votre travail pour attirer les étudiants étrangers. Je vous vois sourire, vous allez me dire que vous le faites déjà, mais expliquez-moi un peu, dans ce sens-là, qu'est-ce qu'on peut faire pour trouver des moyens orignaux.

On se doit d'être créatif et de trouver les bons moyens pour faire des économies mais quand même attirer les étudiants étrangers, et j'aimerais entendre, là, ce que vous avez à dire à ce sujet-là.

Le Président (M. Bernier): C'est une question d'un ancien recteur, M. Zizian.

M. Zizian (Daniel): Merci, M. le Président. Merci de votre question, M. le député. Écoutez, il y avait un outil extraordinaire de concertation entre les universités, qui est le PIEQ, le Programme d'internationalisation de l'éducation québécoise, qui vient d'être aboli par le gouvernement. Sincèrement, on ne comprend pas. Outre les préoccupations d'équilibre budgétaire, qui sont très importantes, et on en est, et on comprend le gouvernement de vouloir atteindre l'équilibre budgétaire...

Mais ce programme-là, qui n'est pas un gros montant, là, qui était de l'ordre de 300 000 $, 400 000 $, les dernières années, on demandait que ce soit 500 000 $ par année pendant trois ans, ce montant-là permettait une concertation très importante, de la part des universités, pour le recrutement d'étudiants étrangers. Alors, il y avait 500 000 $ du gouvernement, que la CREPUQ administrait, les universités mettaient également un montant, et cela permettait de faire des missions en commun, plutôt que chacun aille développer un nouveau marché.

Je vous donne un exemple. Et là-dessus on se collait également sur la politique du ministère des Relations internationales. On donnait comme exemple le Brésil, le Brésil que le gouvernement considère comme un pays important en termes de développement. Bien, on a fait des missions conjointes pour diminuer les coûts et faire en sorte que plusieurs universités puissent aller recruter des étudiants au Brésil. Malheureusement, cet outil-là qu'on avait vient de disparaître, et on se pose la question, je vais vous dire, au niveau des vice-recteurs aux relations internationales de façon particulière, de voir comment on va pouvoir atténuer les impacts de cette décision.

Le Président (M. Bernier): Merci beaucoup. Nous allons donc passer du côté de l'opposition officielle. M. le député de Drummond.

M. Blanchet: Merci, M. le Président. M. le recteur, messieurs dames, bonjour. J'ai quelques points qui sont un peu dans différentes directions mais qui servent à nous donner un portrait plus précis. D'emblée, lorsqu'on parle d'immigration, on se retrouve souvent à parler des besoins économiques, des besoins démographiques. On finit par parler de l'immigration comme étant une denrée véhiculée d'un territoire à un autre et au détriment un peu de la notion de l'être humain, ce qui est moins le cas lorsqu'on a affaire à une université, où on sent que c'est un ensemble d'individus avec des valeurs, des besoins et une identité forte et propre.

Ma question ne réfère pas à des données récentes, mais je sais que ça existait comme phénomène. Les jeunes immigrants, incluant ceux qui sont formés à l'Université Laval, auraient ou auraient eu -- peut-être que ça s'est résorbé, vous pourrez me le dire -- davantage de difficultés à se trouver un emploi dans la région de Québec que ça ne se produirait, par exemple, dans la région de Montréal. Il y aurait une difficulté d'intégration économique même lorsqu'il y a une formation de complétée. Il y avait eu des reportages assez étoffés là-dessus, mais ça remonte quand même à plusieurs mois, sinon au-delà d'un an.

Est-ce qu'il y a eu des explications de trouvées à ce phénomène-là et des arrimages de faits entre les milieux économiques et vous pour que cet accueil qui est réussi au niveau académique ne débouche pas sur un échec au niveau économique?

Le Président (M. Bernier): M. Brière.

** (17 heures) **

M. Brière (Denis): Oui. Le portrait, je pourrais dire, a changé quand même de façon assez dramatique. Je vais vous expliquer pourquoi. C'est sûr que les besoins présentement par des compagnies, dans la région de Québec, sont énormes. Je vais nommer simplement CGI, d'accord, qui recrute en Tunisie, qui recrute un peu partout dans le monde. On a monté un programme spécial de stages, dès la première année, pour les gens en informatique qui vont faire des stages chez CGI. 85 % de ces étudiants-là se retrouvent chez CGI après qu'ils ont gradué. Alors, ça change en fonction des besoins, je vous dirais. Les besoins sont tellement criants que les gens n'ont pas d'autre choix.

Et, on l'a dit ici, Mme la ministre a fait allusion à ça aussi, c'est sûr que quelqu'un qui arrive à l'Université Laval, qui est un milieu français, s'adapte -- il y a une période de trois ans, quatre ans, cinq ans ou peut-être même plus, s'il fait des études graduées -- est quand même quelqu'un qui commence à être assez bien intégré. Il a passé quelques hivers. On fait tout le temps des farces là-dessus, là, mais il a passé quelques hivers ici, au Québec. Et ces gens-là sont très, très, très adaptés. Et le taux de rétention augmente à tous les ans.

Et je dois vous dire que ce sont les besoins qui le créent, ce taux de rétention là. Parce que, du personnel hautement qualifié, les statistiques le disent, tout est là. Oui, il y a des emplois qui sont disponibles, mais ces emplois disponibles vont être ouverts aux gens qui vont être bien qualifiés puis qui vont être bien formés. Ce n'est pas des emplois, là, qui ne demandent pas de spécialisation. Il y a plusieurs emplois.

Il y avait un chiffre, dans le reportage d'hier, que mon collègue me rapportait: 70 % des emplois sont des emplois qui vont être spécialisés, des emplois qui ont besoin de gens hautement qualifiés.

Alors, c'est ce portrait-là qui fait, dans le fond, un peu la différence avec peut-être il y a 10, 15 ou 20 ans, où l'économie était moins basée sur une spécialisation, basée sur des gens hautement qualifiés. Alors, comme on dit, les besoins, c'est la mère de toute invention, mais c'est la mère aussi de tout changement dans la société. Et ce qu'on fait, ce qu'on tente de faire -- parce qu'on a réalisé que le taux de rétention il y a environ cinq ou 10 ans était assez bas -- ce qu'on fait, c'est qu'on fait un maillage avec l'industrie.

On fait un maillage pas simplement avec l'industrie, mais avec le public, le parapublic et le privé, avec les étudiants étrangers, à travers notre bureau de placement, qui quand même est très reconnu. Et on fait plus d'efforts de ce côté-là pour vraiment arrimer les spécialités qu'on développe à l'Université Laval, et les étudiants étrangers, et les besoins du marché. Et ça fonctionne. Ce qu'on a réalisé il y a quelques années, c'est qu'un étudiant étranger qui gradue et qui ne se trouve pas d'emploi dans le premier six mois, ou allez même à un an maximum, il retourne soit dans son pays ou il va ailleurs.

Il peut aller dans la région de Montréal, il peut aller à Toronto, il peut aller ailleurs. Mais, s'il ne se trouve pas un emploi à l'intérieur de six mois ou un an, c'est la période critique qu'il faut vraiment essayer de faire ce lien-là avec le milieu de travail pour ne pas que ça se produise.

Le Président (M. Bernier): Merci. M. le député de Drummond.

M. Blanchet: Si je vous comprends bien, quoique, là, je confonds un peu votre rôle de recteur de l'Université Laval avec votre rôle à la CREPUQ, mais c'est typique à Québec, quand même, que ce pourcentage d'emplois occupés par des étudiants issus de l'immigration soit si élevé. Des emplois hautement qualifiés seraient plus caractéristiques à Québec parce qu'à Montréal il y a probablement beaucoup, il y a effectivement, en nombre brut, plus d'étudiants immigrants qu'à Québec.

M. Brière (Denis): Je ne suis pas en mesure, M. le député, de vraiment comparer, là. Je n'ai pas... À moins que, Daniel, tu aies des statistiques là-dessus.

Le Président (M. Bernier): ...vous voulez ajouter? Non? Ça va. M. le député.

M. Blanchet: ...mon autre question, dans le -- excusez-moi l'expression -- dans le marché de l'immigration étudiante, compte tenu de ce que sont nos préoccupations comme collectivité, préoccupations fortement axées, dans l'actualité, sur l'intégration... Parce que vous êtes ici, aujourd'hui, quelques jours à peine après la parution des études de l'Office québécois de la langue française qui confirmaient des chiffres qu'on connaissait depuis plusieurs années. Donc, la notion, la nécessité de francisation et les moyens qu'on déploie dans cette perspective-là, c'est un enjeu clair.

Or, est-ce qu'il y a des mesures, comment dire, de discrimination positive qui peuvent, doivent ou qui sont peut-être déjà en place pour maximiser le pourcentage de cette immigration étudiante qui idéalement restera, à la fin de l'exercice, qu'ils soient francophones d'emblée ou qu'ils aillent dans les universités francophones, comme outil d'intégration en français?

Le Président (M. Bernier): M. Zizian.

M. Zizian (Daniel): Alors, il y a un ensemble de mesures qui existent pour s'assurer du niveau de français des étudiants étrangers, soit à leur arrivée au Québec ou dès les premiers mois qu'ils sont ici, parce que, si on veut favoriser les chances de succès de ces étudiants-là, il faut qu'ils aient une connaissance intermédiaire de la langue française. Alors, les universités dans l'ensemble ont développé des écoles de langue, des cours de langue. Souvent, les universités accueillent les étudiants avant le début du trimestre, du semestre pour leur donner des cours de français d'appoint, pour leur permettre de réussir.

Il y a une mesure qu'on recommande, une recommandation que l'on fait. Il existe un programme actuellement pour faciliter l'apprentissage du français pour des gens qui font des demandes pour devenir immigrants au Québec et pour lequel il y a un remboursement de 1 500 $ pour des cours de français. On dit: Cette mesure-là devrait également s'appliquer pour des candidats à l'admission dans les universités, en autant qu'ils fassent une demande d'immigration à la fin de leurs études, donc qu'on puisse leur rembourser ces frais-là pour les inciter à apprendre le français.

Le Président (M. Bernier): Merci. M. le député.

M. Blanchet: ...une recommandation à l'effet -- vous le saurez sans que je la cherche -- que des ressources soient à votre disposition pour effectivement avoir des cours d'appoint pour maintenir, tout au long du processus d'apprentissage, l'apprentissage du français de façon plus soutenue. Si je comprends bien, présentement vous assumez ça, ou il n'y en a juste pas assez qui leur est offert?

M. Zizian (Daniel): Bien, en fait, on l'assume à partir des budgets réguliers de l'université. Il n'y a pas de budget dédié à l'accueil des étudiants étrangers, ou à la francisation, ou à l'offre de cours. Donc, ce sont à même les ressources des universités que ces sommes-là sont prises. Alors, c'est clair que, s'il y avait plus de moyens, on serait en mesure d'avoir des mesures d'accompagnement qui soient plus importantes auprès de ces étudiants-Là.

Le Président (M. Bernier): M. le député.

M. Blanchet: Vous vous trouvez à assumer à même vos budgets une responsabilité -- je le dis sans que ce soit une accusation, là -- une responsabilité qui serait relative à celle du ministère de l'Immigration, parce que vous avez le candidat à l'immigration somme toute idéal, jeune et qui sera hautement scolarisé, tout à fait disposé à s'intégrer économiquement, à fonder une famille au Québec, à y obtenir un revenu élevé facilitant son intégration économique, bref toute la séquence dans des conditions à peu près idéales, et il y a cet obstacle pour lequel vous n'avez pas de ressource spécifique.

Est-ce que ce ne serait pas un des meilleurs investissements à faire par le ministère pour maximiser les retombées positives de cette immigration potentielle, qui elle-même demande à venir dans nos universités?

Le Président (M. Bernier): Allez-y.

M. Zizian (Daniel): Alors, c'est un défi de la société québécoise d'accueillir les immigrants dans l'ensemble mais, en ce qui nous concerne, les étudiants étrangers et de favoriser leur réussite et leur intégration. Et, oui, on souhaiterait avoir un soutien financier plus important de la part du gouvernement dans son ensemble -- pour certains éléments, c'est le MELS, pour d'autres, c'est le MRI, pour d'autres, c'est le MICC -- de façon à contribuer le plus possible aux objectifs que le gouvernement se fixe à l'égard de l'immigration.

Le Président (M. Bernier): Merci. M. le député.

M. Blanchet: Avez-vous des données moyennes ou un portrait par rapport à la différence de coûts assumés par un étudiant, à

part le cas de la France, où il y a une entente de réciprocité? Mais un étudiant qui arrive de n'importe où au monde, qui s'inscrit dans une université québécoise paie éminemment plus, ce qui est un frein par rapport à différents types d'immigration. Est-ce que vous pouvez me donner un ratio? Est-ce que c'est 1,5 fois plus? Est-ce que c'est deux fois plus? Est-ce que c'est trois fois plus? Évidemment, il y a le cas spectaculaire de McGill. Mais quelle est la différence entre les frais de scolarité payés par un étudiant étranger qui vient étudier ici et un étudiant Québécois?

Le Président (M. Bernier): M. Zizian.

M. Zizian (Daniel): Oui. Alors, les étudiants étrangers paient les droits réguliers des étudiants Québécois, plus ce qu'on appelle les forfaitaires, les droits forfaitaires, qui sont établis par le ministère de l'Éducation de façon générale, sauf dans six disciplines qui ont été identifiées et pour des programmes particuliers. Mais de façon générale les droits de scolarité représentent environ 12 000 $ pour un étudiant étranger. Les droits forfaitaires sont récupérés par le gouvernement du Québec. Ces droits-là supplémentaires ne restent pas aux universités.

Ce sont des montants qui sont retournés au gouvernement du Québec. Au total, c'est de l'ordre de 100 millions de dollars, ces droits forfaitaires là, plus les droits réguliers, qui sont de l'ordre d'environ 35 millions, qui sont l'équivalent des droits québécois. Donc, ce 100 millions là revient au gouvernement du Québec et revient, dans le fond, dans le cadre des budgets qui sont attribués par le ministère des Finances et le Conseil du trésor aux universités.

Le Président (M. Bernier): Merci. M. le député.

M. Blanchet: Donc, vous dites: 12 000 $, droits de scolarité, et il y a un montant forfaitaire qui s'ajoute à ça, ou c'est le 12 000 $ qui, d'une moyenne, inclut tout?

M. Zizian (Daniel): Incluant les droits de base des étudiants québécois plus le forfaitaire, ça donne 12 000 $, donc, pour un étudiant étranger. Je parle...

** (17 h 10) **

M. Blanchet: ...locale, ce n'est pas exactement un bon deal, mais je comprends la dynamique, qui est particulière. Pouvez-vous me donner une idée de la fourchette de ce phénomène-là. Parce que, bon, on a le cas, qui est exemplaire, de McGill à 30 000 $. La fourchette, est-ce qu'il y a des cas où c'est à peine plus élevé que ce qu'on paie et d'autres cas où c'est encore plus faramineux que le 30 000 $?

Le Président (M. Bernier): M. Zizian.

M. Zizian (Daniel): Je m'excuse, je ne saisis pas bien votre question. La fourchette de droits de scolarité?

M. Blanchet: Oui, c'est ça. Parce que les étudiants étrangers paient... ils ne paient pas tous 12 000 $, là, on s'entend. C'est une moyenne, c'est une approximation, mais il y a des cas extrêmes, peut-être dans le pas cher, peut-être dans le cher...

M. Zizian (Daniel): En fait, au Québec? Bon, alors, au Québec, les droits forfaitaires sont fixés par le ministère de l'Éducation, donc ce sont les mêmes droits forfaitaires dans l'ensemble des universités. La gouvernement permet une fourchette de 10 % de plus que le montant des droits forfaitaires, que l'université est libre d'ajouter aux droits forfaitaires, 10 % que l'université conserve. Alors, ça, c'est au choix de l'université. Mais le droit forfaitaire par crédit, par unité de crédit, est fixé par le ministère de l'Éducation. Ce n'est pas un choix des universités.

M. Blanchet: Un étudiant de Hong Kong qui veut venir faire le M.B.A. de McGill à 30 000 $ va payer 30 000 $.

M. Zizian (Daniel): Écoutez, là, vous parlez d'un cas particulier parce que ce n'est pas...

M. Blanchet: ...ou précédent.

M. Zizian (Daniel): Oui, mais ce que je veux dire, c'est que ce n'est pas... Ça a été expliqué, puis je ne veux pas entrer dans ce débat-là, mais c'est un programme particulier qui peut exister à McGill comme il peut exister dans d'autres universités. On ne parle pas des programmes réguliers crédités, et reconnus, et financés par le ministère de l'Éducation.

Le Président (M. Bernier): Merci. M. le député.

M. Blanchet: C'est une proposition qu'on a faite, c'est pour ça que je vous le demande. J'avais rencontré des étudiants étrangers à l'UQTR et j'avais réalisé que, parmi les... Ils étaient quelques dizaines. J'ai demandé: Qui parle français? Bien, ils ont tous levé la main. J'ai demandé: Qui vient de l'Afrique francophone? Ils ont tous levé la main. Mais donc je me suis dit qu'effectivement il y avait là le bassin privilégié de l'immigration étudiante et je me suis...

Bien, en fait, j'ai fait une réflexion qui a abouti à une position qui a été adoptée, qu'un étudiant étranger qui vient au Québec, s'il est d'un pays francophone, il paie les mêmes droits de scolarité qu'un étudiant québécois. Et, s'il n'est pas francophone et qu'il reste au Québec quand même à la fin de ses études, il voit le supplément versé lui revenir sous forme de crédit d'impôt après la fin de ses études. Sans rentrer dans aucune espèce de notion de partisanerie, est-ce que c'est une mesure qui, au niveau de l'attrait que vous exercez sur les étudiants étrangers, serait significative?

Le Président (M. Bernier): M. Zizian.

M. Zizian (Daniel): Je pense qu'il faudrait élaborer plus sur la proposition puis faire des simulations pour voir ce que ça pourrait vouloir dire. Mais c'est clair qu'il y a, comme je le mentionnais tantôt, il y a un 100 millions de dollars qui provient des droits forfaitaires. Si les droits forfaitaires n'étaient plus chargés, il faudrait voir l'impact que ça a sur le financement des universités. Il faudrait, autrement dit, éviter de créer un problème en tentant de trouver une solution.

M. Blanchet: Il y aurait un appel plus intéressant par rapport aux étudiants. On attirerait davantage d'étudiants parce que les coûts seraient plus abordables. Le financement des universités est un débat en soi extrêmement complexe. La dernière fois qu'on s'était rencontrés, c'était à ce sujet-là, d'ailleurs. Mais, strictement en termes de processus d'attrait, de ce qui est ultimement quasiment le format idéal d'immigration, cette parité des coûts serait avantageuse, en termes d'attrait.

Le Président (M. Bernier): M. Zizian.

M. Zizian (Daniel): Écoutez, ce que je vous dirais, c'est que le marché des étudiants étrangers à travers le monde est un marché très compétitif. Alors, les mesures qui peuvent être mises de l'avant, il y en a de toutes sortes, que ce soient des bourses qu'on puisse attribuer, des exemptions de droits forfaitaires. Il y en a déjà un certain nombre qui sont offertes par le gouvernement. On pense que ces exemptions-là devraient être plus nombreuses, de façon à attirer les étudiants, particulièrement au deuxième et au troisième cycle. Alors, c'est un marché très compétitif.

Donc, les mesures qu'on peut mettre de l'avant pour attirer des étudiants étrangers sont des mesures que l'on reçoit positivement. Est-ce que la proposition qui est formulée est la bonne solution? Bien, je pense qu'il faudrait la regarder plus près, là. Ce n'est pas une mesure qu'on a examinée.

Le Président (M. Bernier): M. le député.

M. Blanchet: Effectivement, il y aura lieu, le cas échéant, de le regarder de plus près, le principe étant, bien sûr, que l'étudiant étranger qui vient étudier ici, qui n'est pas fra

Document details

CollectionQuebec — Committees
CitationCRC 2011-09-13
Typecommittee
Volume / chapterfr travaux-parlementaires commissions crc-39-2 journal-debats CRC-110913-2
Languageen
Formathtml
SourcePROVINCIAL
Identifierbc1b4a2ddb5ae8a838f4624491cdd94a97f408fe

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