Institutions — 23 January 2020 (42nd Legislature, 1st Session)
CI 2020-01-23
Quebec — Committees
Le présent mémoire
est le fruit d'une réflexion collective faite par le réseau en collaboration
avec les tables de groupes de femmes membres de ce réseau. Il vise à bonifier
ce projet de loi à l'aide de mesures structurelles pour une représentation
paritaire diversifiée et équitable pour les régions.
En premier lieu, le réseau souhaite rappeler que
les femmes du Québec font toujours face à une discrimination systémique
et qu'il demeure des inégalités persistantes, notamment en ce qui a trait à
l'accès des femmes au pouvoir. Nous voulons
une égalité différenciée, pluraliste et inclusive, notamment des femmes
autochtones, des femmes racisées, immigrantes,
des femmes de la diversité sexuelle, des jeunes femmes et des femmes vivant
avec un handicap. Nous défendons que
la sous-représentation des femmes dans les lieux de pouvoir est une tendance
qui ne saurait être démentie par les résultats d'une seule élection, celle de 2018. Nous constatons que le gouvernement
a manqué l'occasion d'envoyer un signal fort en faveur de l'égalité entre les femmes et les hommes, car le projet de
loi à l'étude ne comporte aucune mesure permettant véritablement de
corriger le déficit démocratique de la sous-représentation politique des
femmes.
Nous
croyons fermement qu'il faut enchâsser la parité dans le projet de
loi sur la
réforme du mode de scrutin pour que des
mesures structurelles en découlent et qu'ainsi une société égalitaire soit
réellement prônée et mise en valeur au
Québec. C'est pourquoi le Réseau des tables régionales de groupes de femmes du
Québec propose que la parité soit inscrite dans la Loi électorale du
Québec afin de lancer un message politique clair à la société.
Mme Gauthier (Marie-Andrée) : Afin de réellement favoriser la représentation
paritaire et diversifiée des femmes, la
mise en place d'un nouveau mode de scrutin doit être complétée par des mesures
structurelles contraignantes et incitatives qui donnent des résultats tangibles. Pour cette raison, nous proposons
que les partis soient tenus de présenter un minimum de 40 % de candidates aux sièges de circonscription et qu'ils poursuivent des efforts pour atteindre
50 % de candidates, que les
listes régionales des partis comportent une alternance obligatoire de
candidatures féminines et masculines, en commençant par une femme, que les partis soient tenus, dans
chaque région, de présenter un nombre de candidatures de personnes issues
des minorités ethnoculturelles équivalant à
la composition sociodémographique de
la région, et ce, tant pour les sièges de
circonscription qu'au sein des listes régionales, où ces candidats et
candidates devraient être positionnés en premier tiers de liste, que des
données sur l'origine ethnoculturelle des candidates et des candidats et des
élus soient intégrées aux différentes
statistiques existantes lors d'élections. En plus de ces mesures, les partis
devraient veiller au recrutement de candidates d'horizons divers,
notamment des femmes de la diversité sexuelle, des jeunes femmes, des femmes
monoparentales ou des femmes vivant avec un handicap.
ailleurs, la proposition gouvernementale interdit la double candidature, alors
que cette mesure pourrait pallier certains des obstacles systémiques que
doivent surmonter les candidates aux sièges de circonscription. Rappelons qu'il a été démontré qu'aux élections de 2018 les
femmes étaient plus nombreuses que les hommes dans les circonscriptions dites casse-gueule. La double candidature
permettrait à des candidates défaites au sein de circonscriptions quasi perdues
d'avance d'accéder à l'Assemblée nationale si leur parti remporte des sièges de
compensation. Par ailleurs, la double candidature permet d'augmenter l'impact
des mesures d'alternance femmes-hommes et d'inclusion des minorités
ethnoculturelles, puisqu'elle se répercute au niveau des circonscriptions.
Enfin, les partis
politiques sont des acteurs centraux de la démocratie représentative au Québec.
Il importe que les partis soient tenus à une
obligation de moyens, mais également de résultats. Ainsi, nous proposons :
que les partis soient tenus de se doter de deux plans d'action à
l'interne et faire rapport annuellement au DGEQ — donc, il y aurait un premier plan d'action qui prévoit des mesures
concrètes pour atteindre la parité et l'égalité entre les femmes et les hommes
au sein du parti et un deuxième plan
d'action pour atteindre une représentation équitable des minorités
ethnoculturelles; de plus, qu'à
compter de 40 % d'élues au sein d'un parti des bonifications financières
au fonctionnement des partis soient octroyées et versées dans un fonds
dédié à la réalisation du plan d'action en matière de parité et d'égalité; que,
lorsque le pourcentage des personnes élues issues des minorités
ethnoculturelles reflète la composition sociodémographique
du Québec, des bonifications financières au fonctionnement des partis seraient
octroyées — le
travail de notre regroupement en soutien aux femmes souhaitant accéder
aux postes de pouvoir nous a permis de constater que les ressources financières
insuffisantes constituent un obstacle, rappelons que les femmes ont toujours un
revenu inférieur aux hommes, l'écart étant
encore plus marqué entre les femmes racisées et les hommes blancs; afin de
pallier à cette discrimination
systémique qui pose un frein à la représentation des femmes, qu'à compter de
40 % de candidatures féminines
au sein d'un parti les candidates et les élus reçoivent un remboursement majoré
de leurs dépenses électorales.
Mme Gosselin
Pellerin (Audrey) : En deuxième lieu, le Réseau des tables partage la
préoccupation gouvernementale quant à la
représentation adéquate des régions à l'Assemblée nationale. Cela dit, nous
constatons que, selon les règles de
répartition des sièges de région proposées dans le projet de loi, quatre
régions, soit l'Abitibi-Témiscamingue, le
Bas-Saint-Laurent, la Côte-Nord et la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine,
n'auraient qu'un seul siège de compensation et la région du Nord-du-Québec n'en aurait aucun. Le nombre de sièges de
compensation pour ces régions nous apparaît insuffisant pour permettre
de corriger les distorsions du mode de scrutin majoritaire uninominal à un
tour. De même, elles sont insuffisantes, là,
pour assurer, là, une réelle expression de la volonté populaire. Ces cinq
régions n'auront donc pas véritablement
accès à un système électoral proportionnel mixte. De fait, le modèle proposé
instaurera une proportionnelle à deux vitesses, au détriment des régions
peu densément peuplées.
plus, la proposition gouvernementale instaure un système rendant impossible
pour ces régions la mise en place de
mesures structurelles permettant de favoriser une représentation juste des
femmes dans toute leur diversité. En effet, avec des listes régionales de partis ne comportant qu'une seule
personne, l'alternance femmes-hommes des candidatures est tout simplement irréalisable. Dès lors, le Réseau
des tables propose que chaque région administrative dispose d'un minimum
de deux sièges de compensation.
De surcroît, puisque
notre regroupement documente depuis maintes années les obstacles auxquels se
heurtent les femmes en politique, nous savons que plusieurs d'entre elles
affirment vouloir faire de la politique autrement. Cette autre politique s'incarne notamment dans des partis émergents qui,
à toutes fins pratiques, seraient exclus de l'Assemblée nationale en raison du seuil de 10 % proposé
dans le projet de loi. Ces femmes se présentant sous la bannière de ces partis
se retrouveraient donc elles aussi exclues
de cette instance. C'est pourquoi le Réseau des tables propose que le seuil
minimal d'attribution des sièges de compensation soit fixé à 3 %
des votes valides exprimés à l'échelle du Québec.
En troisième lieu, nous rappelons que la société
québécoise s'est maintes fois positionnée en faveur d'un changement du système électoral. De ce fait, nous affirmons
qu'un référendum portant sur un nouveau mode de scrutin ne nous apparaît
pas nécessaire. En outre, nous croyons que
l'échéancier référendaire mis de l'avant ne favorisera pas un exercice de
réflexion démocratique éclairé sur le mode de scrutin.
Mme Crevier (Linda) : En conclusion, le gouvernement a toutes les
données et les analyses en main pour mettre en place un mode de scrutin
respectueux des principes de reflet de la volonté populaire de représentation
paritaire et diversifiée, de pluralisme
politique et de représentation adéquate des régions. Il a l'occasion de
démontrer qu'au contraire des
gouvernements qui l'ont précédé il priorise l'intérêt de l'ensemble de la
population québécoise à celui de son parti et qu'il n'a pas peur d'effectuer une réforme ambitieuse et vitale pour
la santé démocratique au Québec. En définitive, cette réforme se doit d'être égalitaire et équitable pour toutes les
femmes, sinon elle ne fera que réaffirmer un déni de justice historique.
C'est pourquoi il est crucial de bonifier la proposition gouvernementale avec
les mesures susmentionnées, basé sur l'expertise de notre regroupement en
condition féminine et en soutien à l'action des femmes au pouvoir.
la suite de la mise en oeuvre de cette réforme, le Réseau des tables régionales
de groupes de femmes du Québec soutient
qu'il importerait de recourir à l'analyse différenciée selon les sexes afin
d'effectuer l'évaluation du mode de scrutin. Nous invitons d'ailleurs le gouvernement à bonifier cet instrument de
gouvernance reconnu depuis 1995 en y intégrant une perspective
intersectionnelle afin d'évaluer les répercussions du mode de scrutin sur les
femmes et les hommes d'horizons divers en tenant compte du genre et d'autres
facteurs identitaires tels que l'âge, les handicaps, l'orientation sexuelle,
l'orientation ethnique et le revenu.
Nous
vous remercions pour cette opportunité de porter les voix des femmes des
régions. Il est maintenant le temps de passer à l'action pour réellement
affirmer qu'au Québec nous voulons une société égalitaire.
Président (M. Bachand) : Merci infiniment de votre
présentation. Période d'échange qui va débuter, maintenant, avec Mme la
ministre, pour une période de 15 min 15 s. Mme la ministre.
Mme LeBel :
Oui, merci beaucoup, M. le Président. Bonjour, mesdames. Merci de votre
présence, merci de votre témoignage et merci, surtout, de votre mémoire,
qui est quand même très bien étoffé, assez complet, surtout sur les enjeux qui vous préoccupent le plus. Vous avez
abordé pas mal tous les sujets dans votre mémoire, mais peut-être que
je vais en mettre en lumière quelques-uns pour fins de compléter un peu votre
argumentaire et nous éclairer davantage.
Votre
regroupement regroupe 17 tables régionales, si je ne me trompe
pas, donc je comprends que... une table par région administrative
actuelle? Parfait. Vous avez également indiqué, dans votre mémoire, que, bien
que ce ne soit pas la position
traditionnelle ou historique de la CSQ, la répartition de 80 sièges de
circonscription et de 40 sièges régionaux vous apparaissait quand
même...
Mme LeBel :
Je ne suis pas à la bonne page? Non, je ne suis pas à la bonne page, pantoute,
excusez-moi. Oui, non, j'étais dans
la... J'ai passé... Qu'est-ce que vous pensez de la... Ma question, je
l'avais... Mais qu'est-ce que vous pensez de la répartition? Parce que vous mentionnez que, pour des questions de
proportionnalité... Je comprends parfaitement bien l'argumentaire de la proportionnalité et de la
représentation, c'est-à-dire que l'objectif d'un nouveau mode de scrutin est
d'avoir, naturellement, une représentation
plus proportionnelle à l'Assemblée nationale. Effectivement, compte tenu de
certains choix qui ont été faits de
garder l'identité régionale, de préserver l'identité régionale, qui est très
chère aux gens puis qui doit sûrement vous être véhiculée par vos 17
tables régionales, on a choisi de garder les 17 régions administratives. Il y a
nécessairement... On l'a dit d'entrée de jeu
et on ne s'en cache pas, chaque élément où on fait des choix, où on fait le
choix de mettre de l'avant un
principe plutôt qu'un autre a nécessairement un effet sur les autres principes.
Ce sont tous des vases communicants.
Vous prônez la diminution des régions administratives pour avoir une meilleure
représentativité à l'intérieur des régions ou d'avoir moins de régions?
Qu'est-ce que vous avez à dire là-dessus?
Mme Gosselin Pellerin (Audrey) : En fait, on ne propose pas... notre proposition ne va pas dans le sens de réduire le nombre de régions. Nous, ce
qu'on dit, c'est qu'on croit que chaque région administrative doit avoir un
minimum de deux sièges de compensation pour
que chaque région puisse avoir accès à la proportionnalité, à ce que soit
exprimé le pluralisme politique des électeurs et des électrices de
chacune de ces régions.
Mme LeBel : ...nécessairement soit une diminution du nombre de régions administratives ou une augmentation du
nombre d'élus à l'Assemblée nationale. Je veux dire, avez-vous anticipé l'effet
de ça? Parce que nous, on garantit des
sièges, dans le projet de loi, on garantit un siège de circonscription et un
minimum d'un siège de région par circonscription, à l'exception
d'Ungava. Donc, on a une certaine garantie. Cette garantie-là a des
conséquences sur d'autres aspects, c'est-à-dire
que, on l'a vu dans les journaux, ça fait en sorte que certaines régions
perdent des sièges. Donc, avez-vous envisagé
les conséquences? Parce que ce sont des vases communicants. Nous essayons de
trouver le mode de scrutin qui va rallier
le consensus le plus large possible, parce que l'objectif est qu'il soit
accepté et qu'il passe, ultimement, tous les tests, donc celui de
l'Assemblée et, plus tard, celui du référendum. Il y a des choix à faire. Il y
a des choix à faire. Naturellement, certains
choix affectent l'indice de proportionnalité, nous en sommes conscients, et
c'est pour ça qu'on discute avec les
groupes. On est en consultations pour trouver la meilleure zone possible mais
acceptable aussi par le plus grand nombre de gens possible pour se
donner la chance de franchir ce pas historique, je pense, pour la société
québécoise. Alors, avez-vous anticipé
l'effet que ça aurait? Et avez-vous discuté avec vos 17 tables régionales de
l'effet que ça aurait? Parce qu'il va
y avoir un effet. Le principe que vous mettez de l'avant est fort louable et
théoriquement vrai, mais on ne vit pas
juste dans la théorie, on vit dans la pratique. Donc, je voulais voir si vous
aviez discuté des effets et anticipé les effets de ça et quelle était la
réaction de vos membres, surtout.
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : Bien, ça a donné lieu à une discussion très riche,
chacune avait son mot à dire sur la
question. On est conscientes des conséquences qu'il pourrait y avoir pour
certaines régions. On est surtout conscientes qu'il pourrait y avoir des conséquences positives ou des gains pour
d'autres régions puis qu'au Québec, oui, l'objectif d'une réforme du mode de scrutin est d'être plus
proportionnel, mais c'est aussi, pour nous, une occasion d'être plus
égalitaire, plus diversifié, et donc
d'atteindre un pluralisme politique. Et, sur ce, nos 17 membres des 17 régions
administratives étaient d'accord que
l'objectif qu'on poursuivait avec nos propositions était d'avoir une société
plus égalitaire, plus diversifiée. Donc, pour nous, le fait d'avoir plus...
d'avoir deux sièges de compensation par région venait à assurer un pluralisme
politique qui convenait à l'ensemble de nos membres.
Mme LeBel :
O.K. Ce qui m'amène au seuil de 3 %, qui est un peu interrelié avec cette
même notion de pluralisme politique,
vous l'avez dit, on en a discuté, quand même, avec plusieurs groupes, hier, qui
nous... Bon, le seuil, présentement, de
discussion est fixé à 10 %, mais une discussion est ouverte sur ce
sujet-là. Certains nous ont proposé des seuils, bon, de 5 %, d'autres de 2 %. Alors, pourquoi
vous avez fixé à 3 %? Et qu'est-ce qui fait que... La majorité ont dit
5 %, même, d'ailleurs, hier, pour diverses raisons. Mais qu'est-ce
qui fait que vous avez choisi le nombre de 3 %? Pourquoi 3 %, dans
votre cas?
Mme Gosselin Pellerin (Audrey) : Bien, je pense qu'on partage avec toutes ces
organisations-là que le seuil de 10 % nous apparaît trop élevé, est
un trop grand frein au pluralisme politique. On a choisi 3 %, c'est le cas
du Mouvement Démocratie nouvelle aussi, on estime que c'est un seuil adéquat
pour vraiment permettre...
Mme LeBel :
5 % serait également adéquat, selon votre évaluation.
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : En fait, le plus important pour nous, c'est que plus
le seuil est élevé, moins les
résultats sont proportionnels, puis ça, c'est le DGEQ qui l'a dit dans un
rapport en 2007. Donc, pour nous, 3 %,
ça nous amène à atteindre notre objectif de pluralisme politique puis de
refléter la volonté populaire. Si le seuil est un frein, on n'aura pas le pluralisme politique. Donc,
10 %, pour nous, c'est trop; 3 %, c'est notre idéal, ça nous apparaît
plus adéquat; 5 %, c'est la mesure mitoyenne.
Mme LeBel :
Merci. Parlons de la double candidature un peu. Vous l'avez mentionné au
passage, mais, même si ce n'est pas
un élément qui est central à la notion de proportionnalité, on s'entend que ça n'a
pas d'effet sur la proportionnalité nécessairement. Qu'est-ce que vous
avez... Peut-être nous en dire un peu plus. Et pourquoi vous favorisez la
double candidature?
dois vous dire que, dans mes consultations préalables — parce que j'ai rencontré beaucoup de
personnes, et, dans certains
mémoires, d'ailleurs, c'est soulevé — ressort la notion de cohabitation d'élus,
comment on va organiser les gens qui sont élus par le mode de scrutin
traditionnel, c'est-à-dire à travers la porte de la circonscription, et ceux qui accèdent à l'Assemblée nationale à travers la
porte des listes, pour le dire comme ça. Une fois assis à l'Assemblée nationale, ce sont tous des députés dûment élus et
légitimement élus, avec la même légitimité — moi, j'y crois — avec les mêmes fonctions, avec la même autorité. Mais certains craignent la
cohabitation et, entre autres, je m'explique, le fait qu'un député de circonscription qui se
retrouverait à la fois sur la liste pourrait théoriquement avoir été battu dans
la circonscription, c'est-à-dire ne
pas avoir été choisi par les gens, et se retrouver, par le biais de la
redistribution, du calcul de redistribution, peu importe qu'on la prenne nationale, régionale — peu importe, là, ce n'est pas ça, mon
propos — se
retrouver à siéger dans la même région que l'adversaire contre qui il a
fait campagne, qu'ils se retrouvent donc à travailler ensemble pour la même région, mais un ayant été battu et
l'autre ayant accédé par la liste. Donc, est-ce que vous y voyez, vous,
peut-être, un enjeu? Et pourquoi vous préconisez tout de même la double
candidature malgré ces arguments-là?
Mme Gosselin Pellerin (Audrey) : En fait, nous, ce qu'on dit, c'est qu'on veut
éviter qu'il y ait une hiérarchie entre
les deux types de députés que ce système créerait. Selon nous, le fait, là, de
permettre la double candidature, on l'a mentionné, c'est inscrit dans notre mémoire, ça permettrait à des femmes
qui... on l'a vu en 2018, ça a été démontré, là, dans un
article de Noémi Mercier, qu'elles sont plus nombreuses dans les
circonscriptions casse-gueule. Ça leur permettrait, disons, de... ça
nous permettrait de pallier à cet obstacle systémique auquel elles sont
confrontées.
y a aussi le fait que les personnes, donc, qui seraient dans les... candidates,
candidats dans les sièges de région pourraient
donc faire campagne, puisqu'ils se présenteraient également pour des sièges de
circonscription, donc feraient campagne,
se feraient connaître par la population, ce qui pourrait éviter, là, l'aspect
où les gens disent que les députés de sièges de région ne seraient pas
connectés avec la population. Donc, on estime que, pour ça, ça viendrait
bonifier notre démocratie. Et puis on estime
que la population souhaite que les députés collaborent, et donc, dans ce
sens-là, on veut... même si des candidats s'opposent, bien, par la
suite, ils doivent, pour représenter la population, travailler ensemble.
Mme LeBel :
D'où le changement de culture qui sera nécessaire, par contre.
Mme Gosselin
Pellerin (Audrey) : Voilà. D'où faire la politique autrement.
Mme LeBel :
Je pense que c'est un des éléments clés d'une réforme du mode de scrutin tel
qu'on le propose, c'est d'avoir une mentalité, une façon de faire différente
dans le futur. Merci.
Parlons,
bon, de la parité, naturellement, qui est un des éléments qui vous tient le
plus à coeur... pas le plus, mais un des éléments qui vous tient très à
coeur. Vous nous suggérez... Bon, on parle des listes, de l'alternance sur les
listes, ça revient
dans plusieurs discussions qu'on a eues dans la journée d'hier. Vous
introduisez, par contre, un seuil minimal de 40 % de candidatures au niveau des sièges de circonscription. Par
rapport aux listes, on l'a vu hier,
on avait, bon, le rejet de la liste,
qui pourrait être la conséquence ultime, c'est-à-dire, tant qu'elle
n'est pas conforme, naturellement, on permettrait aux partis politiques, théoriquement, dans la discussion qu'on a eue hier... et je mets ça sur la table
pour fins de réflexion, on verra ce qu'on fera avec ça plus tard, mais
on pourrait permettre aux partis d'adapter leurs listes jusqu'à ce qu'elles
soient jugées conformes. Naturellement, il y a toujours une date limite à tout
Mais, en
matière de circonscriptions, députés de circonscription, on le sait,
la plupart ou la majorité des collègues sont
dans des partis politiques où on fonctionne avec un autre palier de démocratie,
qui est l'investiture. Donc, comment peut-on
leur permettre de garantir ça? Et quelle serait la conséquence de ne pas
respecter 40 %? Parce qu'à toute obligation
prend une conséquence. Donc, quelle serait
la conséquence? Et comment vous proposez que ça ne devienne pas un obstacle?
Parce qu'il faut quand même... Je suis pour des mesures les plus incitatives
possible, mais, encore une fois, je me dis, on
ne vit pas dans la théorie, on vit dans le vrai monde, là. Il faut les
recruter, ces femmes-là, et les difficultés de recrutement ne sont pas quelque chose
qu'il faut ignorer, non plus, malgré la bonne volonté de tout le monde.
Mme Gauthier (Marie-Andrée) :
Tout à fait. Bien, deux choses. La première, c'est pour ça qu'on prévoit... on propose, dans notre mémoire, qu'il y ait des
plans d'action qui soient associés à chacune des mesures. Donc, via un plan
d'action, il y aurait des mesures, avec le soutien financier adéquat, pour
réfléchir à ces questions. Puis on pense aussi que le DGEQ a une part de travail à faire ou de réflexion pour alimenter
la prochaine loi qu'on va avoir. On peut imaginer une période, entre le
projet de loi puis l'adoption de la loi, où le DGEQ pourrait contribuer aux
réflexions.
Chose certaine, pour nous, l'alternance
femmes-hommes dans les listes régionales est une mesure positive pour corriger une discrimination historique, une
discrimination systémique historique. Après, il faut trouver les bonnes mesures pour pallier à cette tendance. Est-ce que
le rejet de la liste est une option, pourrait être une option envisagée?
On n'a pas poussé nos réflexions plus loin sur le rejet.
Mme LeBel :
...liste, ça me va, parce qu'il y a plusieurs options qui nous viennent en
tête, et, sur la liste, bon... théoriquement,
au moment où on se parle, sur la liste, les partis politiques risquent d'avoir
plus de latitude. On verra les statuts de
chacun, puis je ne veux pas me mêler de ça, mais théoriquement. Mais, en
matière de circonscriptions, je voulais voir, qu'est-ce que vous... Est-ce que c'est le rejet de la candidature? Et de
quelle candidature? Parce que, s'ils atteignent 30%, 70 %
des hommes, quelles candidatures, quelles circonscriptions, quels
rejets, qui on rejette? Je veux dire... Et là on entre tous dans le droit de se présenter, le droit d'association. Je veux juste qu'on... Je veux qu'on soit clairs, je suis pour la
parité, naturellement, je veux dire, et c'est une des raisons, probablement, pour lesquelles je suis assise ici, mais il faut que ce soit faisable. Donc, je voulais juste voir par rapport aux circonscriptions, mais je comprends que la réflexion est à
pousser puis je respecte ça.
C'est parce
que je veux juste vous amener, peut-être, sur un autre point, où vous, vous parlez qu'à
compter de 40 % d'élues il y ait
une bonification financière accordée aux partis politiques. Là, on entre dans un domaine beaucoup plus délicat, parce que l'élection d'un
candidat, c'est le choix des citoyens. Et j'y vois une certaine... même si
c'est noble, et je trouve ça extrêmement louable, j'y vois une certaine forme d'iniquité pour les partis qui
auront fait tous les efforts, auront
présenté votre 40 % de candidatures, auront fait l'alternance sur les
listes mais n'auront pas atteint, pour toutes sortes de raisons, le 40 % d'élues que vous
préconisez. N'y voyez-vous pas une forme d'iniquité pour les partis qui auront
fait l'exercice et...
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : Non, nous,
on n'y voit pas une forme d'iniquité, c'est plutôt une façon de renforcer
les efforts vers l'égalité. Puis on pense que, quand le système va être
inclusif, quand le système va être à la lumière... à l'image des citoyennes du Québec, on pense qu'il va... on émet l'hypothèse
qu'il va y avoir plus de candidates qui vont se présenter au sein des
partis. L'idée est de changer le système. Le système, actuellement, ne permet
pas d'assurer une représentativité, une parité. On ne s'y retrouve
pas, en tant que citoyennes. Il n'y a pas de femmes en situation de handicap
visible, ou peu, ou très peu, il y a peu de
femmes racisées, il y a peu de femmes... Il y a peu de mesures, aussi, pour
conciliation famille-implication parlementaire. Toutes ces mesures... L'absence
de ces mesures-là fait en sorte qu'il n'y a
pas... on n'atteint... Comment on peut s'assurer qu'à long terme on va
systématiquement la Loi électorale pour corriger ces inégalités qui sont
historiques.
Donc, pour nous, les bonifications financières
viseraient à renforcer les efforts des partis, et, des femmes, comme je le
répète, on émet l'hypothèse qu'il y en aura, au sein des partis. L'idée est
de... Puis on peut, encore là, imaginer une
période où il y aurait ces bonifications financières là, puis après elles
pourraient s'estomper au fur et à mesure du temps avec une évaluation,
d'où l'idée d'un plan d'action qui a des mesures, du soutien financier, une
évaluation qui est prévue. C'est quelque chose de majeur que vous proposez comme projet de loi. L'idée, c'est
aussi de se donner les moyens de le mener à terme et à long terme.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Je me tourne maintenant vers l'opposition officielle pour une période de
10 min 10 s. M. le député de LaFontaine, s'il vous plaît.
M. Tanguay : Merci
beaucoup, M. le Président. Bienvenue. Bon matin, mesdames. Merci de participer à la discussion
dans le contexte du projet de loi n° 39.
Je vais aborder deux sujets puis je voudrai absolument
laisser du temps à ma collègue, M. le Président, avec votre permission, pour
poursuivre sur les mesures de parité et comment on peut atteindre ces objectifs
extrêmement importants. Mes deux points seront, d'abord,
sur le référendum et, le second, sur la proportionnelle à deux vitesses qui est
initiée par ce projet de loi là tel que rédigé.
Référendum.
L'entente signée par le premier
ministre en mai 2018 ne parlait pas
de référendum. L'entente — puis
je vous vois acquiescer — prévoyait que la dernière élection, c'était l'esprit. Certains
vont vous dire : Ah! on va vous plaider la lettre, mais l'esprit était clairement que l'engagement qui avait été
signé par le premier ministre était à l'effet que les dernières élections sous l'actuel système électoral,
c'étaient celles de 2018, puis, en 2022, ce serait sur le nouveau proportionnel
mixte, en ce sens-là. Donc, il y a eu volte-face du premier ministre et il y
aura un référendum. C'est ce qui est prévu.
Donc, de un,
vous le déplorez, vous dites : Il n'y a pas besoin de référendum, qu'on
respecte l'entente. Ce n'est pas la situation, ça ne sera pas le cas.
Deuxième élément aussi, et je vous cite, page 18 : «...la tenue
d'élections générales et référendaires simultanées ne favorisant pas un
exercice de réflexion démocratique éclairée sur le mode de scrutin.» J'aimerais vous entendre là-dessus pour que... Et
ça, là, à l'heure actuelle, là, c'est unanime, là. On me détrompera, là,
mais vous êtes le 10e groupe qu'on
entend, c'est unanime à l'effet qu'on ne peut pas tenir un référendum en même
temps qu'une élection. J'aimerais vous entendre là-dessus. Pourquoi ça
ne tient pas la route?
Mme Gauthier (Marie-Andrée) :
Ça ne tient pas la route parce que ça fait 50 ans que la société
québécoise réfléchit puis s'est positionnée
en faveur d'un changement du système électoral. Depuis 1970, il y a eu sept
consultations parlementaires ou
paragouvernementales qui ont eu lieu. De tous ces processus-là, il est ressorti
six rapports officiels, donc incluant celui de 2008 du DGEQ, qui, tous,
concluaient à la nécessité de remplacement du mode actuel. Donc, on ne voit pas pourquoi il faudrait encore une
fois aller en... bien, encore une fois aller en référendum, mais tenir un
référendum sur cette question-là, alors que la société québécoise s'est
déjà penchée sur la question.
Puis aussi les provinces qui ont tenu des
référendums n'avaient pas emprunté tout le parcours qu'on a là, actuellement, ni ne disposaient d'un historique
aussi long. Pour nous, il est important de respecter les processus citoyens
démocratiques qui ont déjà eu lieu par le passé, donc depuis 1970, et auxquels
ont largement participé la population, la société
civile, les groupes de femmes. Donc, pour nous, il n'est plus question de
répéter des choses qui ont déjà été faites, il faut maintenant passer à
l'action.
M. Tanguay : Sur
l'aspect de tenir une campagne électorale en même temps qu'un référendum, vous
dites que ce n'est pas une bonne réflexion
démocratique. En quoi ce n'est pas un bon exercice démocratique de faire les
deux en même temps?
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : Bien, parce qu'il y aura... il y a plusieurs enjeux
qui sont traités dans le cadre d'une élection, donc d'ajouter en plus un
référendum avec autant d'articles, autant de dispositions, il y aurait là toute
une éducation populaire à faire qui, un, a
déjà été faite puis, deux, les gens... ça pourrait apporter de la confusion. Et
donc on aurait une réforme du mode de scrutin qui n'aurait pas lieu, et
donc on n'aurait pas la parité non plus... qui serait pour les prochaines
élections. Pour nous aussi, la parité n'est pas un enjeu à mettre dans un
référendum.
M. Tanguay : Ah! tout à
fait. Et ça, ça a déjà été dit, effectivement. Ça a déjà été dit, vous y faites
écho. Effectivement, il y aurait moyen... Ça a même été proposé hier par le
groupe femmes et démocratie, à l'effet de dire : Bien, faites en sorte
qu'à tout le moins il y ait un plan A, c'est que l'on fasse des mesures
impératives pour la parité pour ce qui est des candidatures et, le cas échéant,
des femmes élues, mais sortez ça de la réforme du mode de scrutin et faites en
sorte, puisqu'on travaille sur la Loi électorale qui est ouverte devant nous,
que ça soit mis en place indépendamment du
mode de scrutin et indépendamment du référendum. S'il devait... Donc, je veux... Vous ne l'abordez pas directement, mais j'aimerais vous entendre là-dessus.
Si d'aventure il y a un référendum, évidemment, vous dites :
Ne le faites pas en même temps que l'élection. Vous n'avez peut-être pas
verbalisé cette approche-là, mais je prends pour
acquis que, vous, s'il y a un référendum, à ce moment-là, vous le voudriez
avant l'élection générale et non pas
après, l'autre bord des élections, parce que, là, il est clair que, là,
on retarderait le processus de mise en place, là. C'est ce que je comprends,
même si ce n'est pas rédigé dans votre mémoire.
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : Bien, dans le fond, notre proposition qui irait dans
ce sens-là, c'est que la campagne du
scrutin référendaire ne chevauche pas une élection générale, donc idéalement
avant, surtout dans le cadre d'un mandat du gouvernement actuel.
M. Tanguay : Et le scénario où ce serait après,
là, vous, là, c'est le pire des scénarios. Je veux dire, après le référendum, pour la mise en application après
les élections de 2022, pour vous, ce serait le pire des scénarios. J'en déduis
cela, là.
Mme Gauthier (Marie-Andrée) :
Parce que le pire des scénarios, ça serait de rester avec le système qu'on a actuellement, et donc après, ça ne serait vraiment
pas souhaitable, considérant tous les efforts qu'on a mis, à court terme,
pour participer à cette consultation, notamment.
M. Tanguay :
Merci beaucoup. Page 16 de votre mémoire, vous
dites : «...quatre régions n'auraient qu'un seul siège de compensation et une région n'en aurait
aucun.» C'est ce qui vous fait dire qu'il s'agit d'une proportionnelle...
le projet de loi n° 39, c'est une
«proportionnelle à deux vitesses», cinq régions n'auront pas véritablement
accès à un système électoral proportionnel mixte. Et là j'aimerais vous
entendre là-dessus. Donc, il y aura 17 régions administratives. Vous soulevez qu'il y a
des régions qui vont être pénalisées en termes de poids représentatif. Deux
choses l'une, est-ce qu'on diminue le
nombre de régions ou est-ce qu'on augmente le nombre de députés? Et ça, vous
allez me permettre... Puis je veux laisser du temps à ma collègue, là.
Ça, là, on touche au coeur d'un grief fondamental qui fait en sorte que, pour
nous, nous disons que ça ne tient pas la route. Il faut avoir la politique et
les systèmes électoraux de sa géographie.
va souvent citer l'Écosse, l'Écosse qui rentre 20 fois dans le Québec et
qui a 129 députés. Une fois qu'on a dit ça, ça peut marcher en Écosse, mais ça marche difficilement au Québec,
où on est 20 fois plus gros que l'Écosse et on a moins de députés. Une fois que j'ai dit
ça, ça, c'est mon argument, ce n'est pas le vôtre, je ne mets pas des mots
dans la bouche, mais vous avez ciblé
là une proportionnelle à deux vitesses, vous le verbalisez en ce sens-là, où
vous dites : Bien, ça ne tient pas la route, là, il faut faire
quelque chose, là.
Mme Gosselin Pellerin (Audrey) : Donc, effectivement, on estime que, pour
l'instant, dans les mesures proposées, ce
n'est pas toutes les régions, là, qui ont le même accès à la proportionnalité.
Cela dit, nous, on souhaite qu'il y ait l'élément proportionnel et qu'il soit implanté dans chaque
région, puis on estime qu'avec au moins un minimum de deux sièges de
compensation par région on peut exprimer le pluralisme politique. Mais
rappelons-nous, nous voulons également que
chaque région ait accès aux mesures qui permettent, là, d'accéder à la parité
femmes-hommes, donc que chaque région puisse avoir l'alternance
femmes-hommes sur les listes régionales de parti.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée de
Bourassa-Sauvé, pour 2 min 40 s.
Mme Robitaille :
2 min 40 s, O.K. Merci, M. le Président. Merci beaucoup. Merci,
mesdames, d'être ici aujourd'hui.
Écoutez,
je veux juste faire un petit «wrap-up», justement, sur la parité. Quand
on regarde le projet de loi, en fait, on parle de parité, grosso modo, à deux endroits, puis on répète la même chose à l'avant-dernier paragraphe du préambule et puis à l'article 259.0.4, qui, en fait, dit que les partis politiques devraient se donner des objectifs de parité et les énoncer au Directeur
général des élections mais sans devoir prendre aucun engagement.
Vous,
vous regardez ça puis vous nous dites : Bien, est-ce que
ce n'est pas juste cosmétique? On l'a entendu plus tôt, d'autres groupes de femmes nous ont dit :
C'est très, très timide. Vous, vous allez plus loin, vous nous dites :
«Or, nous constatons que le gouvernement a manqué l'occasion d'envoyer un signal fort en faveur de l'égalité
entre les [hommes] et les [femmes].» Vous êtes déçues de ce projet de
loi là en termes de parité?
Mme Crevier (Linda) : Bien
sûr, parce que ça fait... comme on
expliquait, l'historique démontre que la parité n'est pas là. En 2018, quelque chose est arrivé, donc c'est 42 %, on le félicite, mais est-ce qu'on va maintenir ça? Le fait que
ça a fonctionné... Il faut assurer qu'on ne fait pas de recul, qu'on avance,
qu'on aille vraiment pour une vraie égalité. Dans
la société, quand on travaille, on doit, justement, rendre compte. Il y a des façons
de faire, d'avoir des plans d'action et des façons de suivre l'évolution
de ça. Il y a d'autres pays qui sont dans ce processus-là, qui ont fait des
réussites, justement, à copier, donc c'est possible. C'est sûr qu'on voudrait
vraiment avoir quelque chose de plus dans la loi.
Mme Robitaille :
Vous nous dites : Plus structurant, incitatif, hein, pour avoir entre
40 % et 60 %, très important, mais vous allez encore plus loin.
On en a parlé hier, le Conseil du statut de la femme avait des positions un peu
différentes là-dessus, mais vous nous
dites : On devrait carrément donner... vous en parliez à la ministre tout
à l'heure, aller... en tout cas, inciter,
donner certain... En tout cas, comment vous disiez ça, bonifier financièrement
les partis qui ont 40 % de plus d'élues, de femmes? Pourquoi aller
aussi loin? Pourquoi aller plus loin que l'exercice démocratique, en fait,
serrer la vis, d'une certaine façon?
Le Président (M. Bachand) : Malheureusement, tout le temps a été fait, est
passé. Là, le député de Gouin a la parole. M. le député de Gouin, pour
2 min 32 s.
M. Nadeau-Dubois :
Oui, merci beaucoup, M. le Président. Bonjour, mesdames, merci d'être ici avec
nous aujourd'hui. J'ai peu de temps, je vais aller directement à ma question.
Vous proposez des mesures d'alternance pour les
listes — on est
bien d'accord avec vous là-dessus — des mesures incitatives et aussi des mesures
punitives pour ce qui est des
candidatures en circonscription. Mais votre première proposition, c'est
d'inscrire la parité dans la Loi électorale pour lancer un message politique. J'aimerais que vous nous parliez de
cette première recommandation là. Qu'est-ce que vous voulez dire par là?
Puis surtout quelle forme ça pourrait prendre, concrètement, dans le projet de
loi?
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : Bien, en
fait, concrètement, ça sera des
mesures structurelles contraignantes, incitatives, parce que, si... On
veut inscrire la parité dans la loi parce qu'au Québec les femmes font toujours
face à des discriminations systémiques : il y a des inégalités
persistantes qui demeurent, il y a des obstacles systémiques, par exemple la
socialisation sexiste, le poids inégal des responsabilités domestiques,
familiales ou de proche aidance, il y a un
financement d'investiture inaccessible pour plusieurs, il y a des difficultés
d'accès à des circonscriptions gagnables, il y a des traitements médiatiques inégaux, il y a des réseaux sociaux
insuffisants. Donc, voilà tous des exemples de discrimination systémique. Donc, quand il y a un système qu'il
faut changer, il faut qu'on ait une loi, il faut qu'on ait des mesures qui nous
permettent d'aller à la source du problème et, pour ce faire, il faut que la
parité soit inscrite dûment dans la loi.
M. Nadeau-Dubois :
Votre 12e recommandation, c'est de s'assurer qu'il y ait un minimum de
deux sièges de compensation par région. Si
pour atteindre... si pour remplir cette recommandation-là, si pour la
satisfaire, il fallait augmenter le nombre de
députés, disons, au total, à l'Assemblée nationale du Québec, est-ce que, pour
vous, il y aura un problème? Est-ce que vous avez un problème avec ça ou est-ce
que... En fait, est-ce que vous en avez parlé avec vos membres? Est-ce que
c'est quelque chose que vous êtes prêtes à envisager?
Mme Crevier (Linda) : Les
discussions, ce que je me souviens, c'est qu'on est à l'aise avec ça si on
était, justement, pour être capables de répondre aux besoins de la population
puis atteindre la parité.
M. Nadeau-Dubois :
Donc, pour vous, ce n'est pas un problème qu'il y ait, disons, 127, 128,
129 élus plutôt que 125?
Mme Crevier (Linda) : Non.
M. Nadeau-Dubois : Parfait.
Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Rimouski, s'il vous plaît.
M. LeBel :
Bonjour. C'était un peu ma question, parce qu'effectivement — moi, je viens du Bas-du-Fleuve — si on rajoute un député de plus, même
chose en Gaspésie, au bout de la ligne, c'est certain que ça va augmenter le
nombre de députés. Il ne faudrait pas aller chercher des députés de liste
ailleurs pour les amener dans le Bas-Saint-Laurent. Ce n'était pas ça, votre
idée?
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : L'idée
qu'on promeut, c'est le pluralisme politique. L'idée, c'est que les régions
aient accès à la proportionnelle.
M. LeBel : Non, je
comprends, mais, si... Je m'excuse,
mais parce que, si on demeure à 125 députés, c'est sûr que, si je
veux avoir un député de plus dans le Bas-du-Fleuve, il faut que j'aille le
chercher ailleurs. Et l'idée, ce n'est pas d'enlever ailleurs, c'est de
s'assurer qu'il y ait un pluralisme, et, pour ça, il faudra augmenter le nombre
de députés. On ne sera pas capables de passer à travers autrement.
Le référendum,
je veux juste revenir là-dessus. C'est certain que tout ça, c'est un changement
de culture énorme, là. Les circonscriptions vont être beaucoup plus grandes, les citoyens vont vouloir savoir
comment ça fonctionne. Tu sais, moi, chez
nous, je le dis souvent, là, moi, je suis à Rimouski,
j'ai le Haut-Pays de la Neigette, mais là je vais rajouter toute la région
des Basques, Trois-Pistoles, la région du Témiscouata à ma circonscription. Les
gens vont vouloir savoir comment ça
fonctionne. Une campagne référendaire pourrait servir à ça, à expliquer comme
il faut puis faire en sorte que le
Oui l'emporte. Et, pour ça, moi, comme député, j'ai un rôle à jouer, il
va falloir que j'y aille. Et là ce qu'on nous propose, c'est que les députés ne seraient pas... ne feraient pas... ne
pourraient pas faire
partie d'une campagne référendaire. Moi, il me semble qu'il faudrait un référendum, puis le
chef du Oui devrait être le premier ministre du Québec. À votre avis?
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : On n'a pas d'avis sur la question que le premier
ministre devrait... quel rôle le premier ministre devrait avoir.
Toutefois, ce qu'on sait, c'est qu'une campagne référendaire en même temps qu'une campagne électorale, ça va mener à de la
confusion, puis on ne va pas atteindre notre objectif de proportionnalité
et de parité, de société égalitaire diversifiée, donc, pour nous, il faut que
ce soit distinct.
M. LeBel : Merci. Je pense la
même chose.
Le Président (M.
Bachand) : Ça va, M. le député, oui? Mme la députée de
Marie-Victorin, s'il vous plaît.
Mme Fournier :
Merci beaucoup, mesdames. Votre présentation et votre mémoire sont très
complets mais aussi très clairs.
Je vais revenir
sur la question de la double candidature, parce que, présentement, ce n'est pas
dans le projet de loi, comme vous
l'avez bien mentionné. Je considère que ça peut peut-être être intéressant,
justement, de l'étudier, voir si on peut l'ajouter. Toutefois, vous avez
spécifié que vous étiez en faveur de la double candidature, notamment, bon, parce que ça va inciter davantage de femmes à se
présenter, notamment en limitant les barrières systémiques, et vous avez
également évoqué la question de la hiérarchisation
des candidats. Mais, dans ce cas-là, est-ce que vous croyez que ça devrait
être une disposition obligatoire? Parce que,
dès lors qu'on le permet mais que ce n'est pas obligatoire, il demeure une
certaine possibilité de hiérarchiser les candidats. Est-ce que vous avez
une position à cet effet?
Mme Gosselin Pellerin (Audrey) :
Bien, je m'avancerais pour dire que non, on n'a pas de position. On croit que
la double candidature doit être permise.
Mme Fournier : Mais, si ce
n'est pas obligatoire, vous ne pensez pas que ça peut entraîner les mêmes
effets que vous craignez?
Mme Gauthier (Marie-Andrée) :
Ça pourrait. Tu sais, il y a là des réflexions, je pense, qu'on pourrait... que
le DGEQ pourrait mener. Je pense que... Mais est-ce que... Si elle était
obligatoire, je pense qu'on ne serait pas opposées à cette option.
Mme Fournier :
O.K. Merci beaucoup.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup de votre présence ce
matin. C'est très apprécié.
Je vais suspendre les travaux quelques instants
pour demander au prochain groupe de prendre place. Et, avec l'expérience
qu'on a eue hier, parce que la commission
est très populaire, je vous demanderais de faire ça rapidement et, si possible,
dans la plus grande discipline et le silence, s'il vous plaît. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
10 h 17)
Le Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! Merci beaucoup. La
commission reprend ses travaux.
me fait plaisir, maintenant, d'accueillir les représentants de la Centrale des
syndicats du Québec. Comme vous savez, vous
avez 10 minutes de présentation, et après ça on aura un échange avec les
membres de la commission. Encore une fois, bienvenue, et la parole est à
vous.
Mme Éthier
(Sonia) : Merci. Bonjour, M. le Président, Mme la ministre,
membres de la commission. Alors, la CSQ est
fière de participer à ce rendez-vous historique que constitue cette commission
parlementaire. Alors, à ma droite, je
suis accompagnée de M. Mario Beauchemin, qui est vice-président à la
Centrale des syndicats du Québec, à ma gauche, M. Matthieu Pelard, qui est conseiller à l'action professionnelle,
et moi-même, présidente de la Centrale des syndicats du Québec.
Et, pour vous situer, la Centrale des syndicats du
Québec comporte 200 000 membres,
dont 125 000 proviennent du secteur de l'éducation et de l'enseignement
supérieur. Et ce qui est important de vous dire, c'est que nous représentons
quand même 75 % de femmes.
Alors,
tout d'abord, on tient à souligner cette démarche qui vise à modifier le mode
de scrutin actuel. Puis ce qu'il est important
de dire, c'est que c'est pour... La raison fondamentale, c'est pour que chaque
voix compte. Ce n'est pas la première fois
que la CSQ réfléchit à cette question.
À trois reprises, on a préparé des mémoires — le premier, c'est quand même en 1980 — et, à plusieurs reprises, on a consulté
nos membres, et, à chaque fois, les principes qui étaient importants pour les gens, nos membres, sont les suivants,
puis je pense que c'est important que je vous les dise : instaurer un
principe de votation simple,
réfléchir le plus possible... refléter la volonté populaire, viser la parité
entre les femmes et les hommes, favoriser l'équité de représentation
pour les minorités ethniques, accorder une voix politique aux Premières Nations,
traduire le pluralisme politique
de la société québécoise
et exprimer l'importance des régions dans la réalité québécoise.
Donc, à la lumière de
ces principes, vous pouvez constater que le projet de loi ne répond que
partiellement aux principes que nous
soutenons comme organisation. Et, en ce sens, on a 10 propositions à
soumettre au gouvernement pour modifier le projet de loi. Et la première
des choses, c'est qu'on veut vous exprimer notre déception à l'effet que le gouvernement ait renié sa promesse concernant
l'échéance de mise en vigueur du nouveau mode de scrutin en 2022, et, pour nous, c'est un recul et c'est une
déception. Et, pour nous, ça serait important quand même que le gouvernement
regarde s'il y a toujours possibilité de
tenir ce nouveau mode de scrutin en 2022 et à condition, évidemment, que le
DGEQ puisse organiser le tout. Sinon, on comprend que ce sera en 2026,
mais c'est vraiment très loin.
Donc, sur la première
question du projet de loi qui nous soumet, comme idée, les 125 sièges
répartis dans... et 96 sièges de
circonscription, la position historique de la centrale, ça a toujours
été 127 sièges et ça constitue une proportion de 60 %-40 % entre les sièges de
circonscription et les sièges de compensation. Donc, c'est légèrement différent
et ça pose peut-être quelques problèmes, comme on nous a... qu'on a
entendus, là, lors des interventions précédentes.
sur la question de la parité, prévue aux articles 259.0.4 et aussi dans
les considérants du projet de loi, ça ne permet pas d'avancer sur la voie de l'égalité de représentation à l'Assemblée
nationale. Et, pour nous, là, ce sont des voeux pieux, et ça n'oblige en
rien les partis d'assurer la parité entre les femmes et les hommes, et, pour
nous, c'est cosmétique. Donc, on a deux
recommandations, que vous trouvez aux pages 6 et 7 et qu'on a entendues
des différents intervenantes et
intervenants précédents : la parité, donc l'alternance entre les femmes et
les hommes, que ce soit obligatoire et d'avoir un plan d'action
obligatoire pour mettre en oeuvre des mesures concrètes.
un autre principe important pour nous, c'est celui de la représentation des
peuples autochtones. Mais on croit que cette
question devrait être soulevée dans le projet de loi et qu'en ce sens il leur
revient de faire leurs propres propositions, et vous retrouvez une
recommandation dans notre mémoire.
Et, pour
l'article 14, qui divise... la question du territoire en 17 régions
électorales, bien, pour nous, comme pour les
autres intervenants qui se sont exprimés sur cette question, à notre avis, ça
crée des distorsions au profit des partis les plus forts, donc, en plus du deuxième bulletin qui aurait un effet
moindre dans plusieurs régions. Pour corriger cette lacune, comme bien d'autres intervenants, nous pensons
qu'il faudrait avoir un minimum de deux députés de compensation de liste
par région et de réduire le nombre de régions électorales à 14. Et je passe la
parole à mon collègue.
M. Beauchemin
(Mario) : Merci. Bonjour, tout le monde.
Selon
nous, la méthode utilisée dans le projet
de loi n° 39 ne produit pas une
pleine compensation. La méthode du gouvernement du Québec exclut la moitié des sièges
de circonscription obtenus. Le projet de loi restreint ainsi la pluralité
des représentations parlementaires des régions en
limitant la compensation pour les partis n'ayant pas remporté de
circonscription, favorisant ainsi, selon nous, les partis établis. C'est
pourquoi nous recommandons que soient abolies les
primes aux vainqueurs régionaux et que le calcul de la compensation dans chaque
région se fasse en tenant compte de toutes les circonscriptions locales
emportées.
Par ailleurs, nous ne croyons pas non plus que
le seuil de 10 % soit nécessaire pour assurer plus de stabilité gouvernementale. La plupart des pays ont un seuil
variant entre 3 % et 5 %. Ce niveau permet l'établissement d'un
compromis entre les objectifs de pluralisme politique tout en limitant
l'émiettement de la représentation en de trop nombreuses formations politiques.
Dans sa forme actuelle, la proposition gouvernementale bloque l'accès à la
représentation parlementaire à des partis
qui pourraient avoir un niveau d'appui populaire national important. Donc, on
exclurait des partis qui pourraient
atteindre, là, sur le plan national, des taux de 8 % et même 9 %, ce
qui commence à être assez important. Par
ailleurs, nous croyons que le gouvernement a toute la... Donc, évidemment, on
propose — j'oubliais la
recommandation — de fixer
un seuil national d'accès à la représentation parlementaire entre 2 % et
5 %.
Nous croyons
par ailleurs que le gouvernement a toute la légitimité nécessaire pour adopter
cette loi sans la tenue d'un
référendum. En 2002, par exemple, pendant sept mois, le Comité directeur des
états généraux, sous le leadership de
M. Claude Béland, a rencontré plusieurs centaines de citoyens et de
citoyennes un peu partout au Québec. En 2003, le grand sommet des états
généraux, qui a eu lieu au Centre des congrès de Québec, a accueilli plus de 1 000 citoyens et citoyennes. Et, à la fin de cette conférence,
un verdict est tombé : ça prend un scrutin de type proportionnel. Entre
autres, en 2008, la direction
générale des élections du Québec concluait aussi à la nécessité de remplacer le
mode de scrutin actuel.
Comme d'autres intervenants et intervenantes
l'ont aussi dit, lors des dernières élections, 70 % des suffrages exprimés
sont issus des partis politiques signataires de l'entente transpartisane pour
la réforme du mode de scrutin. Et en 2019,
un sondage réalisé par Léger Marketing conclut que près de 70 % des
Québécois et des Québécoises tiennent à ce que le gouvernement respecte
son engagement à réformer le mode de scrutin.
Toutefois,
si le gouvernement devait tout de même tenir un référendum, nous
recommandons que celui-ci ne se tienne pas pendant la campagne
électorale de 2022 et que le référendum se tienne à l'intérieur d'une période
de 12 mois après l'adoption
de la loi à l'Assemblée nationale. En tenant un référendum en même temps que les élections générales, les
citoyens et les citoyennes seront davantage préoccupés par les
choix électoraux qu'ils auront à faire, et, entre autres, les journalistes seront davantage
accaparés par la campagne électorale, parce
que suivre deux campagnes avec des
enjeux très, très, très importants, c'est difficile, donc, à la fois pour
les citoyens et pour la couverture journalistique. Et je pense
qu'il faut prendre le temps de bien faire les choses et faire oeuvre de
pédagogie. Je prendrais l'exemple de la Colombie-Britannique,
en 2005, où ils ont obtenu un résultat positif, même si le seuil était établi à
60 %. Pendant un an, la population de cette province a pu suivre, dans les
médias et en direct, les travaux de l'assemblée citoyenne, s'éduquer avec elle
sur les différents modes de scrutin,
soupeser les options et se forger une opinion réellement informée. Nous pensons
aussi que, dans ce cadre-là, il faut permettre aux élus de l'Assemblée
nationale d'exercer un leadership pendant cette campagne référendaire.
À cet
égard, nous recommandons que les membres de l'Assemblée nationale, y compris
les chefs de partis politiques, puissent s'engager dans la campagne, et
que le Directeur général des élections du Québec fournisse à la population
québécoise les informations et les outils nécessaires à la compréhension de la
loi sur la réforme du mode de scrutin dans le cadre du référendum, et qu'il
s'assure que la question soit formulée dans un langage accessible. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Mme la ministre, s'il vous plaît.
Mme LeBel :
Oui, merci beaucoup, M. le Président. Merci de votre présentation. Encore une
fois, comme tous les autres groupes précédents, je dois dire, c'est des
présentations très bien étoffées. On voit que chacun d'entre vous, y compris vous, avez bien étudié les possibilités,
les différentes modalités, ce qui a sûrement dû vous amener à constater que,
quand on parle d'un système de scrutin mixte
compensatoire, comme on préconise de le faire, chaque modalité influence
une autre, donc ce sont des vases
communicants. On peut jouer dans le nombre de régions, on peut jouer dans le
nombre de compensations, on peut
jouer dans la formule, donc, on peut aller sur... on peut jouer dans le seuil.
Quand je dis «jouer», ce n'est pas de façon péjorative, je veux
dire, on peut ajuster ou augmenter, diminuer, on peut... bon, et à chaque fois
il va y avoir un effet sur plusieurs principes qui sont mis de l'avant dans ce
système-là.
Et je veux le
répéter parce que je veux que ce soit très clair que ce qu'on recherche de la
partie gouvernementale, et avec
certains de mes collègues qui sont plus particulièrement en faveur,
c'est-à-dire Québec solidaire et le Parti québécois, sur le mode de scrutin, et ma collègue, aussi, qui
est ici, c'est de trouver un équilibre, un équilibre entre tout ça. La
représentativité régionale est
extrêmement sensible et importante. La stabilité gouvernementale n'est pas un
principe non plus qu'il faut négliger.
On procède avec ce mode de scrutin là depuis de nombreuses années, hein? Le
mode de scrutin actuel, il est, je
pense... il n'est pas le champion, c'est peu dire, de la proportionnalité, mais
il a, à tout le moins, la qualité d'avoir... d'assurer des gouvernements majoritaires dans la grande
partie des
élections, ce qui, à mon sens, va être amené à changer parce qu'on a
déjà plusieurs partis politiques qui sont représentés à l'Assemblée nationale,
outre le fait qu'on est dans un mode traditionnel, un scrutin plus
traditionnel.
Mais, si je
dis ça d'entrée de jeu, c'est parce qu'il y a des effets sur chacun des choix
que, au final, on va être amenés à
faire, et chacun de ces choix-là sont faits en fonction d'un principe
particulier. La décision de franchir le Rubicon et de se diriger vers un
mode de scrutin compensatoire mixte, c'est d'avoir nécessairement l'objectif
d'avoir plus de proportionnalité. On
n'atteindra pas la proportionnalité pure, je pense que tout le monde en
convient, mais c'est d'avoir plus de
proportionnalité. Dans les choix actuels qui ont été faits, on coupe de moitié
la distorsion. Bon, d'aucuns diront que ce n'est pas suffisant, mais
nous coupons quand même de moitié la distorsion.
Ça m'amène à vous amener sur un de vos points
sur... Mais je comprends aussi le principe de la pluralité politique. Je comprends aussi le principe de l'équité
interrégionale et de la proportionnalité. Je le comprends. Certaines régions
avec qui je discutais... certains
représentants de certaines régions étaient prêts, au nom de l'identité
régionale, de sacrifier un peu de
proportionnalité, je peux vous le dire. Donc, c'est ça, les principes
s'affrontent constamment dans les choix, c'est ce que je veux vous dire.
on veut atteindre une meilleure proportionnalité ou une meilleure chance de
pluralité politique pour les régions, tel
que vous le prônez, ce n'est pas sorcier, il y a trois possibilités. Bien,
peut-être pas juste trois, mais il y en a trois grandes qui me viennent
en tête : celle que vous préconisez, c'est-à-dire de diminuer le nombre de
régions à 14, il y a aussi l'augmentation du
nombre de sièges à l'Assemblée nationale, avec tout ce qui en découle, les
budgets, l'argent public, mettre en
place... donc avec tout ce qui en découle, ou il y a une redistribution du
nombre de sièges différente, donc il risque d'y avoir des régions telles
que Montréal, la Montérégie, la Capitale-Nationale, entre autres, des régions
plus vastes ou plus nombreuses qui
pourraient perdre des sièges. Et déjà on le voit dans les calculs qui ont été
faits avec les faits, bien, Montréal,
entre autres, pourrait perdre des sièges, la Montérégie aussi, mais c'est le
minimum, si on veut. On est allés, nous, au minimum de la redistribution
pour avoir un effet proportionnel, donc, tout étant une question d'équilibre.
Vous
préconisez, vous, dans ce que... j'allais dire «dans ces trois solutions-là»,
la diminution du nombre de régions. Parfait. Je fonctionne comment et
quelle région je sacrifie en termes d'identité régionale?
Mme Éthier (Sonia) : Bien, écoutez, dans un premier temps, on n'a pas
réfléchi à l'idée de dire quelle région... bon, dans quelle région, là, ça, on n'est pas allés jusque-là. Mais
l'idée, c'est vraiment de dire, comme on l'a bien indiqué dans notre mémoire : Pour essayer d'avoir le
moins de disproportionnalité, on pense que ce serait la meilleure solution.
Vous avez donné l'idée... les trois possibilités, 14 régions, augmenter le nombre de sièges, le budget,
l'argent, oui, mais, écoutez, je
pense que les gens, les citoyennes, les citoyens, ce qu'ils veulent, c'est du changement. Je
pense que c'est important. On a eu
des sondages qui démontrent que, le mode
de scrutin actuel, les gens en sont
insatisfaits, et je pense qu'il faut
procéder à des changements. Et la question de diminuer le nombre de régions est
une avenue pour nous qui est correcte, là.
M. Pelard (Matthieu) : J'ajouterais aussi qu'on comprend bien l'aspect
«compromis» de manière à ne pas rater le
virage historique que le projet de
loi que vous amenez, Mme la ministre. Cependant, il est important que le compromis soit réalisé, et c'est pour ça que, dans notre
mémoire, on précisait qu'on était en accord avec la répartition des
80 sièges de circonscription et des 45 sièges régionaux.
Cependant, le nombre de régions doit refléter le nombre d'électrices et d'électeurs de manière à avoir une meilleure représentation à l'Assemblée nationale et de
représenter la diversité des opinions à l'intérieur du Québec.
La méthode de calcul
que vous amenez... certes, on a des effets de levier qui sont soit le nombre de
régions ou la compensation. Cependant, la méthode de calcul est difficilement
compréhensible, et de la clarté, de la facilité de compréhension est nécessaire pour croire dans les institutions. C'est
pour ça qu'on demande aussi une révision de la méthode de calcul pour
l'attribution des sièges compensatoires.
Mme LeBel : Parfait. Je vous amène sur la question du référendum.
Je sais que mon collègue d'en face va le faire aussi, mais j'en
profite quand même pour le faire. Outre le fait que, pour vous, le référendum
était une surprise, effectivement, et qu'on ne prône... Vous ne prônez pas la
tenue d'un référendum, pour moi, c'est bien compris. Mais, dans l'éventualité où il y en aurait un, vous nous
proposez de ne pas le faire en même
temps que la période électorale.
Peut-être juste élaborer sur les raisons pour lesquelles vous pensez qu'il ne
devrait pas se tenir en même temps que la période électorale, nous donner un
peu plus de... Quelles sont vos craintes ou quelles sont vos...
Parce que,
dans plusieurs cas, je vais vous le dire, hein, au Canada, ailleurs
aussi, même en Nouvelle-Zélande, ça s'est fait le... sur le mode de
scrutin s'est fait pendant une période électorale. Et les craintes qu'on ne
remporte pas ou que les gens n'aient pas une compréhension nécessaire pour voter correctement,
bien, ça ne fut pas le cas, là. En
Nouvelle-Zélande, ils ont approuvé le changement de mode de scrutin en même temps
qu'une élection, et ça s'est fait aussi ailleurs. Donc, ce n'est pas...
Je veux juste être sûre. Quelles sont vos craintes? Et comment on peut y
répondre, le cas échéant, si c'est possible de le faire?
Beauchemin (Mario) : J'ai avancé quelques arguments tout à l'heure,
mais moi, je pense qu'il faut se donner quand même, même si c'est arrivé en Nouvelle-Zélande... mais, tu sais,
si on regarde ailleurs au Canada, je pense que, si je ne me trompe pas, là, les deux dernières fois, en Colombie-Britannique
et au Nouveau-Brunswick, ils ne se sont pas donné les conditions
gagnantes pour que le Oui l'emporte.
Mme LeBel :
Il ne faudrait pas inférer du fait qu'un référendum est perdant, de notre point
de vue, que c'est parce que les citoyens n'ont pas compris, là. Je ne voudrais
pas qu'on...
M. Beauchemin
(Mario) : Non, ce n'est pas ça que je dis. Je dis qu'en même temps
qu'une campagne électorale il y a
beaucoup d'enjeux. L'enjeu de la réforme du mode de scrutin, c'est fondamental,
évidemment, dans notre démocratie, mais
il y a à peu près, quoi, une centaine d'autres enjeux qui sont en jeu,
justement, pendant une campagne électorale. Alors, les journalistes, pour informer la population, ils vont couvrir
quoi, davantage la campagne référendaire ou la campagne électorale?
plus, qui va mener la barque du camp du Oui ou du camp du Non pendant la
campagne électorale? Normalement, lorsqu'on
propose un projet de loi, les élus qui le proposent s'impliquent, exercent un
certain leadership, et là ce qu'on comprend, c'est que ça ne sera pas le
cas.
Donc,
pour nous, il faut se donner les conditions gagnantes, il faut faire les choses
correctement et prendre le temps. Et,
pendant la campagne électorale... La campagne électorale, c'est quand même
assez court pour faire oeuvre de pédagogie sur une question aussi
fondamentale.
Mme LeBel :
Donc, c'est le manque d'espace, dans le fond, que vous craignez.
M. Beauchemin
(Mario) : Entre autres choses, le manque d'espace et le fait que ça
ajoute beaucoup d'enjeux.
Mme LeBel :
O.K. Peut-être une autre des... bon, des notions que vous abordez, c'est la
notion de parité. Vous choisissez de nous
suggérer de le faire par le biais des listes, des listes qui sont les listes
régionales. Vous nous suggérez également de le faire par l'alternance.
Vous suggérez, donc, d'en faire une obligation. Quelle serait la conséquence du non-respect de cette obligation? Peut-être que
c'est mentionné dans votre mémoire, je m'en excuse, là, mais peut-être
nous le mentionner à haute voix, comment vous envisagez ça. Parce que, si on y
met une obligation, naturellement... j'ai
l'air de me répéter depuis ce matin, mais c'est une réalité, si on met une
obligation, encore faut-il une conséquence ou un incitatif. Donc, lequel
voyez-vous?
Mme Éthier (Sonia) : Bien, dans un premier temps, je pense que, quand on suppose, là, présentement, que les partis n'y arriveraient pas... je
pense que les partis auraient le
temps de se préparer et de trouver des candidates
pour se présenter aux élections. Ce
n'est pas comme si les gens se mettraient à... les partis commenceraient à
mettre en oeuvre cette obligation la
veille des élections, là, ou la veille de la présentation des candidates et
candidats. Je pense qu'effectivement c'est un changement de culture, et, pour nous, les partis peuvent y
arriver. Et je pense qu'avec les propositions qu'on fait, les deux
propositions, que l'alternance
femme-homme soit obligatoire et aussi que les partis politiques... on oblige
les partis politiques à fournir un
plan d'action qui prévoit la mise en oeuvre des mesures concrètes pour
l'atteinte de l'équité de représentation, ce sont des mesures qui feront
en sorte qu'on atteindra la parité.
Mme LeBel :
Bien, je suis d'accord avec vous sur votre argumentaire, mais, puis avec
beaucoup de respect, ce n'était pas le
fondement de ma question. C'est-à-dire que vous imposez... bien, vous nous
demandez de mettre des mesures beaucoup
plus fortes dans le projet de loi que celles qui sont proposées dans le projet
de loi actuel. Donc, vous demandez une
obligation d'alternance hommes-femmes sur les listes. Je ne sais pas si vous
demandez aussi qu'elles... que quelques-unes... que 50 % d'entre
elles commencent par des femmes, je ne l'ai pas vu, mais, en tout cas, allons-y
sur la... Donc, ça, vous ne le demandez pas,
mais vous demandez une alternance hommes-femmes sur les listes. Vous nous
demandez d'en faire une obligation,
donc qu'est-ce qui se passe si un parti politique ne le fait pas? Et comment
on... Et, dans la loi, si j'impose une
obligation dans une loi, il doit y avoir une conséquence. Ça peut être une
incitation financière, ça peut être une récompense s'ils le font, ça
peut être une punition, mais laquelle aviez-vous envisagée?
M. Pelard (Matthieu) : On n'a pas envisagé de sanction financière ou de
pénalité directement étant donné qu'on laisse au Directeur général
des élections l'applicabilité d'une
telle mesure. Cependant, ce qu'on peut affirmer, c'est que, sans mesure structurelle à l'intérieur d'un projet de loi pour garantir la parité femmes-hommes, on a bien vu, dans les autres
pays de la famille proportionnelle où des
mesures structurelles ont été mises en place, la bonification de femmes élues à
l'Assemblée nationale a été marquée par une augmentation de plus de 10 % par
rapport aux pays ayant un mode de scrutin différent de la proportionnelle mixte. Donc, c'est pour ça que cette
mesure-là va avec l'esprit de la
loi sur l'alternance des listes fermées
qui obligerait à avoir une présence paritaire sur les listes en plus de
respecter l'aspect fermé.
Donc, dans cette notion de parité, c'est sûr qu'il
faut discuter des conséquences, comme vous l'amenez, on est bien d'accord. Cependant, il y a assez d'experts qui se
sont exprimés sur le sujet, qui ont, bien entendu, formulé des recommandations
sur le type de conséquence, les modalités
d'application et la proportionnalité vis-à-vis des compensations financières.
Donc, vous avez assez de recommandations
pour aller de l'avant par rapport aux autres groupes qui sont intervenus un
petit peu tôt.
Mme LeBel :
Merci. Merci.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
LaFontaine, s'il vous plaît.
M. Tanguay :
Oui, merci beaucoup, M. le Président. Alors, bienvenue à votre Assemblée
nationale. Merci d'être avec nous pour discuter du projet de loi
n° 39.
Je vais laisser du temps, évidemment, à ma
collègue de poser quelques questions. Je vais y aller sur le référendum.
Vous le dites très clairement dans votre
mémoire et dans votre déclaration, et je vous cite, votre mémoire, à la page
4 : «...le gouvernement du
Québec a finalement renié sa promesse concernant l'échéance de la mise en
vigueur du nouveau mode de scrutin pour octobre 2022.» Fin de la
citation à la page 4.
Vous
dites également que mener une campagne référendaire en même temps qu'une
élection... Puis ce n'est pas sur le
point de Mme la ministre, qui disait : Bien là, est-ce à dire qu'on
laisserait entendre que les électeurs n'auraient pas compris? Ce n'est pas ça. Le point, c'est de
dire : Est-ce que le débat démocratique est optimal? Est-ce qu'on a les
garanties d'avoir les pour et les
contre? Et, dans une démocratie, le quatrième pouvoir, médiatique, on doit
faire en sorte que ça percole chez les gens, que les gens vont faire un choix
éclairé, et pour ça — on a
tous des vies extrêmement occupées — ils doivent avoir le temps nécessaire pour capter ça tantôt à la radio, tantôt à la
télévision, tantôt dans les journaux, sur les réseaux sociaux puis se faire une opinion. Il y a un
certain moment dans la journée, dans la semaine où l'action citoyenne se fait.
Et ce n'est pas anodin que de dire... bien,
de mettre une élection, donc, mon député, mes candidats, candidates locaux,
quel gouvernement je veux, sur quel enjeu on
en débat, et rajouter à ça une autre campagne référendaire. Le temps citoyen
de se questionner, bien entendu, n'est pas illimité.
j'ai trouvé un point intéressant. Lorsque vous aviez votre échange avec Mme la
ministre, vous avez dit que les
enjeux n'étaient pas les mêmes. Pensez à une période d'à peu près 34, 35 jours
où vous aurez des porte-parole tantôt du camp du Oui, tantôt du camp du
Non qui seront, pour la très, très grande majorité, nécessairement des
candidats, candidates pour leurs élections.
Bien, moi, comme candidat, je vous le dis, je ne me ferai pas, je crois, élire
sur une position où est-ce que je
suis d'accord ou pas avec le mode de scrutin. Les enjeux qui vont me permettre,
comme candidat, de me distinguer dans
ma circonscription ne sont pas... s'ils le sont, ça ne sera pas uniquement,
mais ça ne sera pas un élément prioritaire...
ce sera sur la santé, l'éducation, et ainsi de suite. Alors, même les
porte-parole vont de facto prioriser d'autres sujets que celui-là, et c'est ce que je trouvais intéressant dans ce que
vous apportiez comme réflexion au niveau du référendum.
ce que je comprends, donc, également, puis corrigez-moi si j'ai tort, c'est
que, vous, référendum, s'il y en a un, ce
sera avant, et le scénario qu'il y en ait un après, pour vous, ne devrait pas
être envisagé si on pense à un référendum. Est-ce que je vous ai bien
compris?
Mme Éthier
(Sonia) : Je vais partager la réponse avec mon collègue.
M. Tanguay :
Oui, je vous en prie.
Mme Éthier (Sonia) : Mais, en octobre 2018, nous avions, les organisations syndicales, rencontré la ministre,
et un point qui était très, très
important, M. le
Président, c'était d'avoir un
exercice pédagogique pour faire en sorte que les citoyennes et citoyens comprennent bien qu'est-ce que sera la réforme
du mode de scrutin et à quoi ils vont être mis devant, on va dire ça comme ça. Alors, je pense qu'il faut séparer les
affaires. Ce n'est pas au moment d'un référendum où la population va comprendre qu'est-ce que la réforme du mode de
scrutin et qu'est-ce que ça implique, c'est avant. Dès que le projet de
loi est adopté, il faut que le gouvernement donne les moyens au Directeur
général des élections et que le gouvernement fasse en sorte que les gens comprennent bien les changements. C'est un
changement de culture, c'est un
changement, et, en ce sens-là, je pense qu'il ne faut pas mélanger les
affaires. Un référendum, là, c'est oui ou non et avec une question, qu'on vous a... mon collègue vous a dit tout à l'heure, qui était fort complexe, là. Alors, il faut vraiment,
vraiment distinguer l'exercice de pédagogie qu'on va devoir faire au préalable.
Président (M. Bachand) : Mme la députée de
Bourassa-Sauvé, s'il vous plaît.
Mme Robitaille : Donc, si je comprends bien, vous dites :
Oui, on est déçus que le gouvernement veuille faire un référendum, ce n'est pas nécessaire.
Mais, si on doit faire un référendum, faisons-le bien, pas en même temps qu'une
campagne électorale. Il ne faudrait pas noyer la campagne référendaire dans la
campagne électorale. Et donc, pour bien
faire les choses, vous nous dites : Bien, il ne faudrait pas que les
députés, il ne faudrait pas que les chefs de parti s'assoient sur la clôture, on a un camp du Oui, un
camp du Non. Et là vous nous dites : Il faut s'assurer que les membres
de l'Assemblée
nationale, y compris les chefs de parti politique, donc y compris le chef du gouvernement, hein, puissent s'engager dans la campagne
électorale. Pourquoi c'est important pour vous?
M. Beauchemin
(Mario) : Bien, c'est tellement un changement fondamental à la fois
dans notre culture et dans notre processus
démocratique qu'on voit mal comment des personnes élues se tiennent sur les
lignes de côté pendant qu'on décide
de l'avenir du mode de scrutin au Québec. Pour nous, c'est fondamental que les personnes
élues, qui vont représenter la population, puissent prendre position et
défendre un camp ou l'autre.
Mme Robitaille : ...l'importance de ne pas faire ça dans une
campagne électorale. Parce que, comme mon collègue le disait, il y aura
d'autres enjeux.
M. Beauchemin
(Mario) : Exact. Oui.
Mme Robitaille : Donc, le chef du gouvernement, les chefs de
parti, bien, d'abord, eux doivent choisir leur camp. Ils doivent dire à la population
pourquoi ils sont pour, pourquoi ils sont contre, et clairement. C'est ça.
C'est ce que vous dites.
M. Pelard (Matthieu) : Pour nous, le pire scénario, c'est de ne pas avoir
une réforme du mode de scrutin de
manière à garantir l'ensemble des principes qu'on a revendiqués. Si le
référendum n'est pas défendu avec le minimum de conditions nécessaires, avec l'éducation, la pédagogie auprès de la population
et que l'ensemble des élus ne participent pas pour l'adoption de ce
référendum, la réforme du mode de scrutin tombera à l'eau. Et c'est pour ça
qu'on justifie l'importance que l'ensemble de la population, personnes élues,
et personnes citoyennes, et citoyens, s'implique dans la compréhension de
l'importance de cette méthode de scrutin.
Président (M. Bachand) : M. le député de LaFontaine,
oui.
M. Tanguay : Merci
beaucoup. Et, oui... Et, je vous
dirais, nous, vous savez, vous commencez à connaître, là, là où on loge, puis ça participe de notre
démocratie. Et moi, très clairement, comme candidat, je n'aimerais pas devoir
écourter le débat auquel j'aimerais
participer, moi, dans un camp, pour dire : Bien, écoutez,
cette réforme-là, voici pourquoi nous
croyons qu'il y a des écueils majeurs. Et moi, comme personnalité
qui veut me positionner publiquement, moi le premier... comme vous l'avez dit, pour le camp du Oui, le
camp du Non, on veut avoir le temps de faire le débat. Les gens décideront,
c'est la démocratie, on est démocrates. Mais
moi, je ne voudrais pas, et sur le point de ma collègue, que tous agissent
visière levée. Ce n'est pas anodin. On ne peut pas s'en laver les mains
puis dire : Bien, moi, je vais être neutre là-dedans. Vous pouvez le faire, mais l'on ne peut pas le
faire de façon systématique et avoir une formation politique
qui s'en laverait les mains. Alors,
il faut réellement embarquer dans le débat puis dire pourquoi on est pour puis
pourquoi on est contre, puis la population jugera. Et ça, bravo pour cet
éclaircissement-là.
Vous
dites, en page 6 de votre mémoire, dans
le haut, 3.2 : «À défaut d'une bonification de ces derniers — vous parlez des éléments à l'égard
desquels vous êtes critiques — la CSQ croit que le projet de loi n° 39 ne permettra pas de corriger les distorsions du
modèle actuel...» Fin de la citation.
Vous
référiez, un peu plus avant, au fait... et je veux bien vous comprendre, pour
vous, il y a une difficulté accrue due
au nombre de députés, vous augmenteriez le nombre de députés de 125 à 127. Et
j'aimerais vous entendre là-dessus, par rapport à la diminution du
nombre de régions. Et ça, c'est un argument qui revient, encore une fois,
l'immensité du territoire québécois est un
fait géographique et la densité de la population, là où sont les citoyens et la
représentativité effective. Alors,
j'aimerais vous entendre là-dessus, quant aux raisons nécessaires qui vous font
dire : Bien, si vous ne faites pas ces changements-là, on va passer
à côté de la représentation effective, et vous nous demandez donc de considérer
d'augmenter le nombre de députés et de diminuer le nombre de régions.
J'aimerais vous entendre là-dessus.
Mme Éthier (Sonia) : Bien, je vais réexpliquer un petit peu. C'était rapidement... la présentation, on a peu de temps. Mais, dans le fond, ce que je disais, à la page 5, c'est
qu'historiquement nous, on soutient que le territoire du Québec,
c'est 77 circonscriptions, 50 sièges
compensatoires régionaux pour 127 sièges. Ça, c'est la position qu'on a toujours
maintenue. Et on sait que les experts
s'entendent pour dire que le ratio 60-40 entre les sièges, ça, je l'ai dit rapidement,
là, c'est l'idéal, on va dire ça
comme ça. Mais la proposition que le gouvernement fait dans le projet de loi, qui est de 125
sièges, 80-45, là, bien, ça change un peu le ratio 64-36, là. Mais nous,
on se dit, bon, ça peut être un compromis qui soit acceptable, là, c'était quand
même près du 60-40, et c'est un peu ça qu'on vous exprime à la page 5.
quand on dit, à la page 6, qu'on croit que le projet de loi ne permettrait
pas de corriger les distorsions, bon, on
appuie la réforme du mode de scrutin, mais avec ce que ça veut dire, c'est avec les modifications, les propositions, les 10 propositions qu'on vous a faites,
notamment sur la parité, la question du 10 %, etc., là.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de Gouin,
s'il vous plaît.
M. Nadeau-Dubois : Merci, M. le Président. Merci à vous d'être ici
aujourd'hui. Merci de votre présentation, de votre mémoire. J'ai peu de temps, j'ai deux questions pour vous. Je
vais essayer d'être bref, puis j'espère que vous allez collaborer avec
moi pour qu'on soit capables de répondre aux deux questions.
D'abord,
sur la question du référendum, la ministre a donné, tout à l'heure, l'exemple
de la Nouvelle-Zélande, où il y avait
eu un référendum en même temps qu'une élection et que ça avait été un résultat
en faveur d'une réforme du mode de scrutin. La ministre n'a pas précisé,
par contre, que ce référendum-là avait eu lieu après le changement du mode de
scrutin. Il y a eu plusieurs élections menées sous le nouveau mode de scrutin avant
qu'un référendum soit gagné. Est-ce que ce genre de référendum de validation
pourrait être intéressant, selon vous, si jamais le gouvernement, là, gardait
le cap puis exigeait la tenue d'un référendum?
M. Beauchemin
(Mario) : Oui, nous, ça
faisait
partie de nos alternatives de favoriser un référendum
de validation.
M. Nadeau-Dubois : Si le gouvernement maintient son intention d'avoir 17 régions
électorales, vous souhaitez que ce soit diminué à 14. Nous aussi, c'est
une position qu'on a. Si par contre le gouvernement maintenait le cap avec 17 régions électorales afin qu'il y ait
un minimum de deux députés dans chaque région, seriez-vous prêts? Est-ce que
l'augmentation du nombre global de députés au Québec au-dessus
de 125 serait un compromis intéressant, selon vous?
M. Pelard
(Matthieu) : Je crois que le principe fondamental, c'est de respecter
la proportionnalité et d'avoir un meilleur
jeu de compensation par rapport à l'obtention des circonscriptions via le vote
majoritaire. Donc, le compromis qu'on
avait réalisé, c'était de manière à ne pas louper le virage historique de la
réforme, de faire un compromis sur le nombre de sièges de manière à avancer notre argumentaire sur le nombre de
régions. Si, bien entendu, il y a une augmentation du nombre de députés, bien entendu, on a un jeu de
compensation naturel qui va se faire vers les régions. Donc, c'est sûr que,
si des modifications majeures sont apportées
au projet de loi, on devra réexaminer à la fois le jeu de compensation et de
regarder si l'indice de Gallagher n'est pas disproportionné par rapport
au 60-40, comme Sonia Éthier l'a présenté.
Ce qui est important, je pense, de mentionner,
c'est... il ne faut pas oublier de rappeler les besoins des électrices et des électeurs des régions. Et, pour cela, il ne
faut pas diviser le nombre de sièges
de compensation de manière à ce que les
intérêts des électrices et des électeurs des régions ne soient plus représentés à l'Assemblée nationale. Et avec un
trop grand nombre de régions, c'est
exactement ce processus-là qui se déroule, et donc on vient diluer l'aspect
proportionnel de la représentation de la diversité des idées à
l'intérieur de l'Assemblée nationale.
Le Président (M. Bachand) : ...s'il vous
plaît.
M. LeBel :
Bonjour. Là-dessus, les intérêts des citoyens, c'est aussi d'avoir accès à leur
député, les intérêts des gens de la
Côte-Nord qui auraient une circonscription pour l'ensemble de la Côte-Nord. Les
intérêts aussi, c'est que leur député de
liste soit présent aussi dans leur région, qu'ils y aient accès, qu'ils peuvent
lui parler, qu'ils peuvent aller le rencontrer. C'est pour ça que, moi,
les 17 régions, je trouve ça important.
Mettons
qu'on jumelle la Côte-Nord puis le Saguenay, on va se ramasser, éventuellement,
avec trois députés de liste pour
l'ensemble de la région Saguenay et la Côte-Nord. Mettons que, là-dedans, dans
les trois, il y a deux... il y a des partis différents, la personne va vouloir... comment elle va faire pour couvrir
ça? Le citoyen, comment il va faire pour avoir accès à son député de liste? Ce qui pourrait arriver,
c'est que le député de liste va dire : Moi, mon rôle, ce n'est pas d'être
proche des citoyens, mon rôle, c'est
de légiférer. Et moi, je me tiens à l'Assemblée nationale, s'il veut me parler,
il appellera à Québec. Et là le
député de circonscription, lui, c'est lui, là, ou elle, la députée proche des
citoyens, avec un comté qui va couvrir toute la Côte-Nord. Vous voyez le
problème? C'est pour ça que les 17 régions, pour moi, c'est important
qu'il y ait un député de liste qui soit très
clairement, au moins — ce serait un compromis — au moins, lié à sa région puis qu'on parle
des régions administratives actuelles.
M. Pelard
(Matthieu) : Je comprends très bien l'argumentaire, l'important... du
principe qu'on a mentionné dans notre
mémoire, à la page 3, de maintenir le lien entre la députée ou le député
dans sa circonscription est essentiel. Et
c'est pour ça que le jeu compensatoire permet d'avoir à la fois une représentation
par l'obtention de la circonscription, mais
aussi de donner une variété de partis politiques et d'idéaux à l'intérieur même
d'une région. Et donc l'obtention de sièges compensatoires régionaux vient apporter une nuance de couleurs à
l'intérieur même d'une région. Donc, certains avantages de ce mode de
scrutin sont mentionnés comme étant la pluralité politique, et donc en ayant
plusieurs députés élus, cela permet d'avoir une variété de diversité d'idées
présentées à l'Assemblée nationale.
M. LeBel :
...mais mon citoyen de Blanc-Sablon, il va avoir accès quand à son député vert
de Jonquière? Tu sais, à un moment
donné, c'est un problème. C'est pour ça qu'à mon avis il faut garder les
17 régions et tranquillement aller vers l'idée qu'il faudra augmenter le nombre de députés. Dans nos régions, il
faut assurer qu'il y ait une proximité, sinon on va avoir deux genres de
députés.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée de
Marie-Victorin, s'il vous plaît.
Mme Fournier : Oui, merci. Dans votre présentation, vous avez
soumis, en fait, que le projet de loi ne permet pas d'atteindre une pleine compensation, notamment en
référence, je crois, à la prime au vainqueur qui est instaurée dans le projet
de loi. Le gouvernement soutient qu'il a
ajouté cette disposition dans le projet de loi pour assurer ou, du moins, pour répondre à l'argument d'une plus grande
instabilité à la suite d'une réforme du mode de scrutin. Toutefois, il y a
plusieurs groupes qui sont venus nous voir
et qui nous ont soumis que ce serait intéressant, au lieu d'avoir cette espèce
de prime au vainqueur qui favorise plus de gouvernements majoritaires, d'avoir
un encadrement plus serré, en fait, des
motions de censure, donc, qui permet de répondre directement à l'argument de
l'instabilité tout en conservant les côtés positifs de la réforme du mode de scrutin avec plus de gouvernements
minoritaires, plus de collaboration entre les partis politiques. Donc, est-ce que vous pensez que c'est
une alternative à la prime au vainqueur, le fait de pouvoir encadrer les
motions de censure?
M. Beauchemin
(Mario) : Oui, tout à fait.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Cela dit, je vous remercie
beaucoup de votre présentation ce matin.
Je vais suspendre les
travaux quelques instants. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
10 h 59)
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! Veuillez prendre siège, la commission va reprendre ses travaux.
Alors, je souhaite maintenant la bienvenue aux
deux représentants de la Fédération
autonome de l'enseignement. Comme
vous savez maintenant, vous avez 10 minutes de présentation, après ça on
aura un échange avec les membres de la commission. Merci beaucoup de
votre présence ce matin, et la parole est à vous.
M. Marois
(Alain) : Merci. Donc, bonjour, M. le Président. Mme la ministre, Mmes
et MM. les députés, mon nom est Alain
Marois, je suis enseignant en adaptation scolaire et vice-président à la vie
politique à la Fédération autonome de
l'enseignement. Je vous présente, à ma gauche, Mme Alice Lepetit,
conseillère syndicale à la vie politique.
La FAE représente plus de 45 000 enseignantes et enseignants
de tous les secteurs d'enseignement en commission scolaire ainsi que
près de 1 700 membres de l'Association de personnes retraitées de la
FAE et elle est présente dans sept régions du Québec, dont celles dans
lesquelles se trouvent les quatre plus grands pôles urbains du Québec.
François
Legault promettait, en septembre 2018, que les Québécoises et Québécois iraient
aux urnes en 2022...
Président (M. Bachand) :
...vous rappeler qu'on ne peut pas utiliser le nom de la personne, il faut
utiliser son titre. Alors, juste vous rappeler, pour ne pas...
M. Marois (Alain) : Ah! très
bien.
Le Président (M.
Bachand) : S'il vous plaît. Merci. Merci
infiniment.
M. Marois
(Alain) : Merci. Donc,
l'actuel premier ministre promettait, en septembre 2018, que les Québécoises
et Québécois iraient aux urnes en 2022 avec
un tout nouveau mode de scrutin proportionnel si la CAQ était élue. Je peux
nommer les partis politiques, oui? Le 25
septembre dernier, le gouvernement a fait un bout de chemin en déposant le
projet de loi n° 39.
La FAE
reconnaît que la proposition d'un système électoral mixte compensatoire
constitue une avancée sans précédent et
qu'elle répond en
partie à la très grande volonté de ses membres, qui
souhaitent que la composition de nos institutions démocratiques reflète
l'ensemble des votes exprimés par la population en tenant compte de la
diversité des courants politiques. Même si
ce projet de loi va dans la bonne direction, des améliorations doivent y être
apportées afin d'en renforcer la
proportionnalité, de favoriser le pluralisme politique et de mettre en place de
véritables mesures en faveur de la parité et de la diversité. De plus,
le fait de conditionner la mise en oeuvre du projet de loi à un référendum en
même temps que les prochaines élections générales préoccupe grandement la FAE,
qui y voit un risque important de faire tomber une réforme pourtant essentielle.
Dans un
système mixte compensatoire, l'objectif premier des sièges de compensation doit
être d'introduire une plus grande
proportionnalité. Pour ce faire, il doit disposer de suffisamment de sièges de
liste pour corriger les distorsions issues de circonscriptions uninominales. Avec seulement 36 % de sièges de
liste et leur répartition dans un nombre important de régions électorales, la capacité de contribuer
à une réelle compensation est limitée. En tenant compte que des régions n'auront qu'un seul siège de liste, nous pouvons
affirmer que cela donnera lieu à une proportionnalité à plusieurs vitesses
dans les différentes régions du Québec. Nous
proposons donc d'ajouter au minimum quatre sièges régionaux aux 45 actuellement
proposés afin d'assurer un minimum de sièges
de compensation par région, tout en maintenant le nombre de régions à 17.
Le projet de loi instaure par ailleurs une
modalité totalement nouvelle au regard des systèmes mis en place dans d'autres pays. Celle-ci consiste à ne tenir
compte que de la moitié des sièges de circonscription remportés par un parti
pour calculer le nombre de sièges de région auxquels il aura droit. Il s'agit
littéralement d'une prime au vainqueur qui
favorise les grands partis et réduit la capacité des sièges de région à
corriger la distorsion créée par le scrutin majoritaire. Il faut abolir cette prime au vainqueur en
retirant l'article 156 pour tenir compte de tous les sièges de
circonscription obtenus par un parti politique.
Le seuil
minimal de 10 % défini à l'échelle nationale pour pouvoir se qualifier à
la compensation constitue un autre obstacle
important à l'expression du pluralisme politique et à l'accès à la
représentation pour des tiers partis. Il faut tenir compte qu'il existe déjà un seuil minimal implicite
dans chacune des régions pour pouvoir se qualifier à la compensation, seuil qui sera encore plus élevé à cause du nombre
restreint de députés par région. Ainsi, nous proposons de réduire le seuil
national minimal à 3 %.
Mme Lepetit (Alice) : Pour la
FAE, qui représente 73 % de femmes, l'égalité de genre et la lutte contre toutes les formes de discrimination sont des
valeurs fondamentales. Ainsi, un mode de scrutin juste et équitable, pour nous,
doit assurer la représentation non seulement
de la diversité des idées politiques, mais aussi la diversité de la population.
Au Québec,
les femmes et plusieurs groupes de personnes demeurent sous-représentés au sein
de la députation actuelle. Pour
corriger ces inégalités qui sont systémiques, des mesures doivent être mises en
place afin de favoriser une plus
grande représentation des groupes qui sont historiquement marginalisés. Or, le
projet de loi n° 39 manque complètement la cible à cet égard. Du côté de la parité
femmes-hommes, le gouvernement propose un exercice de déclaration d'intention
de la part des partis politiques, mais aucun
mécanisme pour les inciter ou les contraindre à atteindre de véritables
résultats en matière de parité.
Or, que nous
montrent les expériences qui ont été mises en place dans d'autres pays? C'est
que l'égalité avance lorsque des
mesures sont mises en place. Celles qui semblent avoir le plus d'impact sont
les mesures structurelles qui sont intégrées
à même le système électoral. C'est ce que nous proposons dans notre
recommandation 5, à savoir l'obligation pour chaque parti politique de présenter des listes régionales
paritaires avec une alternance femmes-hommes et l'obligation de
présenter une femme en tête pour la moitié de ces listes.
Par ailleurs,
il est essentiel de favoriser la parité parmi les sièges de circonscription, et
c'est pourquoi la FAE propose de mettre en place des mesures incitatives
également afin de favoriser activement la parité femmes-hommes parmi l'ensemble
des candidatures présentées par les partis, que ce soit en circonscription ou
dans leurs listes régionales.
Du côté de la
diversité, c'est l'absence totale de mécanismes qui ressort de la proposition
actuelle du gouvernement. Pour la
FAE, la réforme du mode de scrutin doit pourtant prévoir des mécanismes visant
une plus grande représentation des personnes racisées et des personnes
issues de l'immigration récente. Notre recommandation 7 va dans ce
sens-là.
M. Marois
(Alain) : Le consensus en faveur d'un changement de mode de scrutin a
déjà été maintes fois constaté au
Québec. D'ailleurs, un document officiel mentionnait ce qui suit :
«L'appui à une réforme du mode de scrutin s'exprime de manière croissante au Québec, se traduisant de
différentes façons à travers des états généraux, des sondages favorables,
des rapports et des auditions en commission
parlementaire.» Ce document, c'est le cahier de résolutions adopté par la CAQ
en novembre 2015, dont la première
résolution est qu'un gouvernement de
la CAQ modifiera la Loi électorale afin de passer au mode de scrutin
proportionnel mixte. L'entente transpartisane de mai 2018, dont les partis
signataires représentent 72 % des votes obtenus lors des dernières
élections, est venue confirmer cette volonté de changement.
La FAE
soutient qu'un référendum d'adoption n'est pas nécessaire. À la place, la FAE propose la tenue d'un référendum de validation après trois élections avec le
nouveau mode de scrutin. Après avoir expérimenté les deux modes de scrutin,
l'électorat québécois serait en meilleure position pour faire un choix éclairé.
Il pourrait se prononcer sur un système qu'il connaît et dont il a pu évaluer
les impacts en matière de représentation et de gouvernance.
Par ailleurs,
la FAE s'oppose fermement à la tenue d'un référendum en même temps que les
prochaines élections générales. Cela
poserait un problème majeur en créant des conditions qui risquent de favoriser
le statu quo. Un référendum requiert un travail important d'information,
d'éducation et de mobilisation auprès de la population afin de favoriser la participation du plus grand nombre et la prise
d'une décision éclairée. Pour la FAE, si elle doit avoir lieu, une campagne
référendaire doit se tenir dans la
continuité de l'adoption du projet de loi, soit au plus tard un an après
l'adoption de la loi.
Mme Lepetit
(Alice) : Le 5 décembre
dernier, le gouvernement a déposé pas moins de 161 amendements à son projet de loi pour préciser les conditions
dans lesquelles se tiendrait ce fameux référendum d'adoption. Ces amendements
suggèrent des modifications majeures à la loi référendaire et posent un problème
non seulement pour le référendum en question, mais, plus largement, pourraient
avoir des conséquences importantes pour de futures consultations. Nous ciblerons,
ici, deux aspects qui nous semblent particulièrement préoccupants.
Premièrement, l'enjeu du non-positionnement des partis politiques
et du gouvernement lui-même dans le cadre de la campagne référendaire.
L'article 225.8, en effet, du projet de loi stipule qu'aucun membre de l'Assemblée
nationale ne pourra occuper un poste
de direction au sein des camps référendaires, incluant les chefs de parti et le
premier ministre lui-même.
Pour la FAE, il est au contraire essentiel que les personnes élues puissent s'impliquer
dans ce débat en siégeant au comité
directeur de l'un ou l'autre camp. Les partis doivent pouvoir mettre leurs
ressources organisationnelles et politiques à contribution dans ce grand débat, et
l'attention médiatique et publique envers le référendum n'en sera que
renforcée. Quant au premier ministre, comme principal artisan de la réforme, il
doit exercer un rôle de leadership en faveur de son adoption en siégeant au
comité directeur du Oui.
Deuxièmement, le gouvernement propose de limiter
considérablement les moyens attribués aux camps référendaires. Dans son
article 225.114, le projet de loi stipule que les
dépenses des camps référendaires ne pourront avoir pour effet de favoriser ou de défavoriser l'élection
d'une candidate ou d'un candidat, ce qui signifie qu'à partir du moment où la campagne référendaire débutera, les camps ne
pourront référer à aucun parti, ministre ou membre de l'Assemblée nationale. Pour la FAE, cela constitue une entrave
importante à la liberté d'expression.
Dans la même
logique, la subvention publique prévue pour chacun des camps
référendaires et la limite des dépenses autorisées représentent environ un tiers des montants accordés lors du référendum
de 1995. Comment considérer que ces montants seront suffisants pour mener une campagne d'envergure sur un enjeu aussi
complexe que celui de la réforme du mode de scrutin? En privant ainsi les camps référendaires de nombreuses
ressources à la fois financières, organisationnelles et politiques, ces règles référendaires risquent de favoriser
les porteurs du statu quo au détriment d'un débat véritablement équitable et de qualité.
M. Marois (Alain) : En
conclusion, la FAE voit dans ce projet de loi une occasion historique
d'améliorer nos institutions démocratiques et de s'attaquer au cynisme d'une
grande
partie de la population envers celles-ci. Nous souhaitons travailler en
faveur de ce changement, mais le gouvernement et les oppositions doivent faire
preuve d'ouverture pour apporter les
correctifs nécessaires pour que chaque vote compte, tout en renonçant à la
tenue d'un référendum en même
temps que les prochaines élections.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Mme la ministre,
s'il vous plaît.
Mme LeBel : Merci. Merci
beaucoup, M. le Président. Merci de votre présentation. C'est extrêmement intéressant. Vous
abordez plusieurs points, qui ont déjà été abordés, mais avec
des angles... mais c'est tout à fait correct, parce
que, souvent, chacun apporte un argumentaire ou un angle différent pour
certains des points.
Je vais brièvement
aborder la question du référendum, parce
qu'il y a d'autres points avec
lesquels je veux discuter avec vous,
puis c'est quand même très
bien étoffé sur diverses choses, mais
je veux en profiter pour peut-être... ça ne venait pas de vos propos, mais démystifier ce qui semble se dégager de
certaines conversations depuis le début, c'est-à-dire que les élus ne pourraient pas se positionner pour un
camp ou l'autre. Ce n'est pas ce que le projet de loi dit, présentement, les élus pourront se
positionner. D'ailleurs, le premier
ministre s'est déjà
positionné en disant qu'il allait voter en faveur, à une question,
je pense, d'un de vos collègues, M. le député de Gouin, à l'Assemblée
nationale, ou de la vôtre.
Mme LeBel : C'est votre collègue? Donc, je savais que
ça venait de votre côté. Mais donc c'est déjà positionné. Ce qu'on interdit, c'est qu'il fasse
partie du conseil d'administration, naturellement. C'est une des conséquences potentielles,
pas la seule, mais une
des raisons, c'est qu'on ne veut pas qu'il
y ait de confusion de dépenses entre
le système électoral
et le système... Et nécessairement, comme la période électorale sera, à
un certain moment donné, en même temps, bon, ça faisait
partie de... Mais je
veux juste démystifier le fait que les députés, les élus pourront se
positionner en faveur d'un camp ou de
l'autre. Ce n'est pas empêché, c'est de faire
partie du conseil
d'administration. Donc, je veux juste que ça soit clair.
Ceci étant
dit, je comprends très bien votre
argumentaire de l'espace pour discuter de la question. Encore une fois, même si ça... je comprends que ça ne nous apparaît
pas suffisant, mais il y a quand même quatre mois où le référendum
existera par lui-même avant que la campagne électorale arrive, je veux juste
aussi le mentionner. Je ne suis pas... Vous
pouvez être en désaccord, mais j'aime bien qu'on discute sur des bases qui ne
sont pas... qui sont celles qui sont dans le projet de loi. Mais, comme
je dis, ça, ce n'est pas votre discours, mais, comme ça découlait des
discussions précédentes, je pense qu'il fallait repositionner le débat.
Donc, si je comprends bien, vous considérez
qu'on devrait le faire un an avant les élections pour avoir... Juste, peut-être, élaborer un peu plus, mais
brièvement, parce que j'aurais beaucoup d'autres points à aborder avec vous,
mais je sais que mon collègue va le faire aussi, donc...
M. Marois
(Alain) : On dit qu'il doit être au plus tard un an après l'adoption
du projet de loi, s'il doit avoir lieu, mais nous, on considère d'entrée de jeu qu'il ne devrait même pas avoir
lieu, le référendum. On a tout en main, puis on doit se poser la question. Moi, je suis un peu étonné
d'entendre à quel point certaines personnes — puis je ne pense pas que c'est si généralisé que ça — tiennent à un référendum, parce qu'il y a
plein d'autres questions fort importantes, dans notre société, qui sont votées par les députés à tous les jours.
On n'a rien qu'à penser, présentement, à un débat qui continue de faire rage
sur mourir dans la dignité, où il y a des
amendements qui doivent être apportés en lien avec des décisions de cour, et on
n'a jamais consulté la population sur des enjeux de ce type-là, qui sont
des enjeux moraux pour lesquels la population est grandement touchée dans son
quotidien à tous les jours. Alors, pourquoi on parle de référendum pour une
question de structure démocratique, alors
qu'il y a plusieurs commissions de... commissions parlementaires, des auditions
publiques qui ont lieu depuis des
années et des années autour de la question et il y a un énorme consensus, chez
la population, de dire : Écoutez,
on veut que nos votes comptent? C'est assez clair, là, de manière simple, là,
on s'est donné des grands principes. Vous essayez, par ce projet de loi,
dans le fond, de rallier l'ensemble des principes. Puis je comprends
l'équilibre, vous l'avez expliqué dans la présentation précédente, là, que
c'est délicat. Mais en même temps le consensus autour de ces principes-là est très, très large, 72 % des gens qui ont
voté à la dernière élection ont voté pour des partis politiques qui
endossaient ces principes-là. Alors, pour nous, dès le départ, il ne devrait
pas y avoir de référendum.
Maintenant,
quand vous dites que quatre mois avant... il y aura eu quatre mois avant
l'élection, il n'en reste pas moins
qu'au moment où la campagne électorale va commencer, bien là, il va y avoir une
brisure. Puis il y a aussi toute la période de l'été, parce que, on
sait, notre campagne électorale va commencer à la fin de l'été, vers le mois
d'août, parce que les élections sont à date
fixe au mois d'octobre, donc on va avoir une période creuse où, pas plus que
pour l'élection, les gens vont
s'intéresser à la question. Donc, il va avoir une espèce de vide, tout à coup,
qui va se créer, puis on veut avoir du temps nécessaire puis que ça soit
l'enjeu primordial.
Je pense, ça
a été beaucoup évoqué que, quand on fait un... si on veut faire un référendum
sur cette question-là... il y en a qui
disent que c'est très compliqué, là, ça ne l'est pas tant, mais il faut quand
même prendre le temps d'expliquer à la population quels seront les
impacts des changements, comment ça va se faire, la question des députés de
liste versus un député de circonscription,
etc. Donc, ça prend quand même un certain temps, là, pour expliquer tout ça,
puis surtout, je vous dirais, éduquer
de manière neutre, là, ce qu'on demanderait au DGE de faire, la population,
plutôt que de subir les campagnes de peur, là, de certaines personnes
qui sont pour le statu quo.
Mme LeBel :
Certains de vos... ceux qui vous ont précédé, dans la livraison de leur
présentation, bon, nous ont présenté,
naturellement, plusieurs propositions d'améliorations du projet de loi selon
leurs points de vue. C'est toujours accueilli
avec beaucoup d'ouverture, je vous le garantis, toujours dans l'optique où je
dois trouver le point d'équilibre. Je n'aspire pas à plaire à tout le monde
dans ce dossier parce que ça sera difficile, mais à déplaire le moins possible,
disons que c'est mon objectif. Donc,
disons-le de cette façon-là, parce que j'y crois, et je pense qu'il faut
franchir ce pas historique, et je ne
voudrais pas que certaines des propositions de certains groupes soient des
«deal breakers», en bon français, et qu'ils fassent en sorte qu'on perde
le consensus nécessaire pour traverser et franchir le Rubicon.
Certains ont
dit : Nous sommes fermes sur les objectifs. Vous avez raison, les
objectifs sont connus. Les gens sont majoritairement en faveur de la
transformation de notre système électoral pour les raisons qu'on a mentionnées
précédemment. Mais le diable étant dans les détails, on n'est pas sur le
principe de franchir le pas, présentement, parce
que le projet de loi a quand même été présenté par notre gouvernement, et, vous
l'avez mentionné, c'est quand même une
avancée historique. Donc, si on a l'occasion de s'en parler aujourd'hui, c'est
qu'il y a quelque chose de positif qui a été fait, une action positive.
Je suis
rarement dans cet état-là, mais des fois je ressens le besoin de le repréciser,
parce que, quand on s'enlise dans les
détails, des fois on perd de point de vue,
un peu, l'élément principal, c'est-à-dire que la grande majorité d'entre nous, ici, autour de la table, sommes en faveur de franchir ce pas historique.
On cherche comment. On cherche comment le faire de la meilleure façon.
Vous nous proposez plusieurs points, je vais
dire, dans les modalités, les technicalités, là, qui ne sont pas sur les
principes, nécessairement, mais que les principes influencent. Est-ce qu'il y a
des points, dans ce que vous nous mentionnez — le
seuil, la double candidature, la parité, les quatre sièges régionaux, la
meilleure proportionnalité, la plus grande
pluralité — des
choses sur lesquelles vous êtes plus souples pour rallier tout le monde? Est-ce qu'il y a des endroits où vous
pourriez me dire : Bien, écoutez, on y tient, on pense que c'est l'idéal,
mais, si ça pouvait mettre... si ça met en danger le fait que je perde mon consensus — et le
consensus n'est pas juste ici, autour de la table, là — est-ce
que vous avez des éléments où vous êtes plus souples, où je pourrais avoir plus
de jeu, si vous me permettez?
M. Marois
(Alain) : J'aurais préféré
la question «est-ce qu'il
y a des éléments qui sont des
incontournables?» que les éléments sur
lesquels on a de la souplesse. Mais, je vous dirais, d'entrée de jeu, on a maintenu la question des 17 régions. On sait très bien, ça fait
longtemps qu'on travaille sur ces enjeux-là, on a collaboré à des travaux avec
le MDN, avec différents politicologues... politologues, plutôt, et on sait très
bien que la proportionnalité serait grandement
améliorée par un plus petit nombre de régions. D'ailleurs, le DGE, dans un
rapport, arrivait à la même conclusion.
Par contre,
on est conscients qu'au Québec, depuis que le système des régions a été
instauré en 1966 — ça
ne date pas d'hier, là, c'est
d'ailleurs la date de ma naissance, donc je peux en témoigner — la
question des régions, c'est devenu quelque chose d'un peu viscéral pour les gens, on l'entend régulièrement. Alors, nous, on a dit : Bon, bien oui, ce serait une bonne solution, de diminuer le nombre de
régions, mais on s'est plutôt ralliés sur le fait, entre autres, d'augmenter le nombre de
sièges de compensation dans les régions où il n'y en avait seulement
qu'un. Nous, on pense que c'est une solution. C'est sûr que ça va donner, d'une certaine façon, plus de poids, en
plus, à ces régions-là, mais on considère que les grands centres ont un
poids déjà important, puis ce n'est pas parce qu'il y aurait un siège de plus,
là, dans certaines régions qui sont plus
éloignées, avec moins de population, ça changerait. Donc, là-dessus, on a une
souplesse. Mais en même temps
on pense que, puisqu'on instaure un projet de loi pour modifier un régime... un
mode de scrutin, il faut en profiter pour essayer qu'il soit le meilleur
possible, puis la proportionnalité, pour nous, c'est un élément fort important.
Puis
l'élément qui, pour nous, devrait être retiré à tout prix, c'est la question
de la fameuse prime au vainqueur. Écoutez, dans aucun système, au monde, qu'on a
établi de mixte compensatoire, ça n'existe, une telle... je vais employer
le terme d'un
article du Devoir
cette semaine, «une telle astuce», là. Donc, ça, pour nous, là, ça, c'est clair
que ça doit être retiré.
Maintenant, pour le reste, par rapport à la
proportionnalité, bien, il y a différentes modalités. Vous l'avez expliqué
tantôt, là, qu'il y avait trois façons de voir ça. Nous, on a une flexibilité
là-dessus, puis vous avez raison qu'on coupe quand même de moitié l'indice de
distorsion, mais, s'il y a moyen de faire mieux, faisons-le maintenant.
Maintenant, au sujet de la parité aussi, c'est fort important
pour nous, on représente une grande majorité de femmes puis on... Pourquoi ne pas prendre la chance, pendant qu'on modifie
notre système de mode de scrutin, pour, avec un système de listes, créer une alternance hommes-femmes? Pour
nous, là, c'est un minimum. Je ne peux pas croire que les gens ici, là, de la commission, ne pourront pas s'entendre sur cet élément-là,
qu'au moins, minimalement, les listes soient en alternance
femmes-hommes, là, à 50-50. Ça, pour nous, c'est une évidence, là. Alors, voilà
des éléments de réponse, je dirais.
Mme LeBel : Parlons du seuil, du seuil. Vous le fixez... vous
le préconisez à 3 %. Il est à 10 %. Je comprends que, pour
vous, 10 %, ce n'est pas une option, mais certains, beaucoup, ont même dit
5 %. Est-ce que, pour vous, ça, il y a de
la souplesse, entre 3 % et 5 %? Est-ce que vous pensez que vos objectifs,
qui ont fait en sorte que vous avez choisi 3 %, pourraient être quand
même rencontrés, à tout le moins pas heurtés trop, par un seuil à 5 % ou
un peu plus élevé? Mais j'ai compris que c'était en bas de 10 %, ça, j'ai très
bien compris.
M. Marois
(Alain) : Dans notre
mémoire, on écrit que c'est de 3 % à 5 %. Donc, nous, on a choisi
3 %. On est un syndicat, on est habitués de négocier, donc on est
partis à 3 %. Mais on sait que, dans le monde, dans les systèmes comparables, on se situe, généralement, là... je pense que le chiffre exact, c'est quatre virgule quelque
chose, quand on fait une moyenne générale, là, donc entre 3 % et
5 %, là, pour nous, c'est raisonnable.
Mme LeBel : O.K. La double candidature, on n'a pas eu le temps
d'en discuter beaucoup, pouvez-vous nous donner un petit peu plus
de détails sur votre position?
M. Marois
(Alain) : Bien, pour nous,
la double candidature, ça a beaucoup d'impacts, entre autres, pour respecter
le pluralisme politique. On sait que, pour
un plus petit parti, de les obliger à la fois à présenter des députés de
circonscription et des députés de
liste, ça devient très exigeant. Et on ne souscrit pas du tout à l'idée, parce
qu'on a perdu une élection au niveau
d'une circonscription, qu'on ne vaut pas la peine. On le sait, là, les choix
des électeurs, là, en termes d'une élection, se font sur un paquet de
facteurs, puis un excellent candidat peut perdre, pour son parti, dans une circonscription,
mais il ne devrait pas pour autant être rejeté au niveau d'une liste régionale.
Donc, on devrait le permettre, mais ce serait au
libre choix. Il n'y a pas d'obligation, évidemment. Donc, les partis,
en fonction de leurs capacités à avoir des représentants tant au niveau des circonscriptions qu'au niveau des listes régionales, feraient le choix ou
non de présenter puis... voilà.
Mme LeBel : Bien, merci.
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Avant de passer la parole au député de LaFontaine, j'aimerais
qu'on fasse attention, peut-être, aux mots.
Vous avez utilisé le mot «astuce», alors, donc... «campagne de peur», juste
faire attention à l'utilisation des
mots. Et on ne peut pas citer un tiers pour des propos qui pourraient porter à
débat. M. le député de LaFontaine, s'il vous plaît.
M. Tanguay :
Mais, M. le Président, sur votre point, est-ce que je peux dire que le premier
ministre, dans ce dossier-là, a été astucieux?
Le Président (M. Bachand) : Il faut
juste faire attention, M. le député de...
M. Tanguay :
C'est une qualité, l'astuce.
Président (M. Bachand) : Ça dépend de qui le dit puis de quelle
façon qu'on le dit, alors faites attention, s'il vous plaît, s'il vous plaît.
M. Tanguay : Ah! là, je suis en train d'éconduire Mme la
ministre. Je vais m'arrêter parce que je ne veux surtout pas l'éconduire. Mais je pense que c'est une belle
qualité de notre premier ministre, ça, d'être astucieux, et en politique...
Et on a entendu la ministre
dire, un peu plus tôt, que le premier ministre a confirmé qu'il allait voter
oui, et, publiquement, il a dit qu'il allait
voter oui. Elle a dit que l'un des éléments qui faisaient en sorte, dans les amendements
déposés la veille du congé des fêtes, 160 articles, excusez du peu, les amendements
concernant le référendum... qu'il ne pouvait
pas être membre du C.A., mais on peut
ajouter aussi qu'il ne peut pas être un dirigeant, il ne peut pas présider
le camp du Oui, et c'est ce que lui interdirait la loi dans une campagne
électorale où il y aurait un référendum. Et, comme
l'on sait que le... Et elle ne pourrait pas le faire, et un des arguments
qu'elle a dits, c'est parce qu'il y aurait peut-être confusion dans les dépenses, dépenses
référendaires. Si le premier ministre était président du camp du Oui et en même
temps candidat dans son comté et chef
de son parti, il pourrait y avoir des problèmes quant à départager, bon, bien,
qu'est-ce qui relève d'une dépense référendaire puis qu'est-ce qui
relève d'une dépense électorale.
Bien, je pense que la
solution toute trouvée pour lui éviter cet écueil-là, c'est de séparer les deux
campagnes. Si le premier ministre trépigne,
a hâte d'en découdre, a hâte d'être le chef du camp du Oui, donnons-lui
l'occasion d'ouvrir sa plénitude et ses arguments qui vont rallier la
population derrière lui, parce qu'il en ferait un cheval de bataille et on pourrait le libérer, donc, d'écueils
administratifs qui, malheureusement, écueils administratifs, l'empêcheraient
d'être président du camp du Oui.
Alors, je pense qu'on répondrait, en toute bonne foi, à cette préoccupation
légitime là du premier ministre.
Vous dites donc très
clairement : Pas en même temps que les élections parce que ce n'est pas
une bonne idée. Et qu'on soit pour ou qu'on
soit contre, on s'entend là-dessus. En même temps qu'une élection, on n'aura
pas l'occasion de débattre pleinement
et de faire en sorte que la population, après les débats, puisse se faire une
idée puis voter dans le sens qu'elle
l'entend. Vous dites donc : Un référendum,
nécessairement... Vous dites : Un an, dans l'année suivant l'adoption
du projet de loi. Pour vous, il serait,
j'imagine... puis je ne veux pas vous mettre des mots dans la bouche, mais
corrigez-moi si j'ai tort, mais il serait non envisageable qu'il y ait
un référendum l'autre bord des élections générales de 2022.
M. Marois
(Alain) : Non, tout à fait, c'est clair, parce que, là, on vient... on
est en pleine commission, on fait les débats là-dessus, l'attention de la population est attirée sur le sujet. Un
coup que la loi est adoptée, moi, je pense qu'il faut donner le temps,
entre autres, au DGE de mettre en place des modalités d'éducation populaire par
rapport au contenu, que chaque camp se mette
en place et qu'on amorce, je vais le dire comme ça, là, les hostilités, là,
pour qu'il y ait vraiment un débat au Québec autour de la question, si
c'est le choix, évidemment, de l'Assemblée nationale de procéder par un
référendum.
M. Tanguay :
Oui. Et, en passant, puis je vous fais un clin d'oeil, vous avez dit «les
campagnes de peur de ceux qui
seraient contre». Bien, d'un autre côté, je ne vous dirais pas «les campagnes
d'angélisme de ceux qui seraient pour», aussi. Ça, ça se participerait d'un débat référendaire. Mais ce n'est
pas parce qu'on serait contre qu'on serait forcément de mauvaise foi. On
aurait des choses à dire, puis le peuple décidera dans son âme et conscience.
important, d'ailleurs, que vous verbalisez une autre proposition qu'un débat,
vous dites même : On devrait avoir... augmenté les ressources des
deux camps. Vous dites qu'il y a déjà, prévus dans la loi, des montants... recommandation 13 : «Que les fonds
publics affectés à chacun des deux camps ainsi que la limite des dépenses
autorisées soient augmentés [pour
qu'on ait] une véritable campagne...» J'aimerais vous entendre là-dessus,
parce qu'effectivement ce
n'est pas anodin et, on va se l'avouer, là, c'est assez complexe, et il va
falloir, durant une campagne référendaire, être
particulièrement efficaces pour aller rejoindre les gens puis s'assurer que
l'on ait les moyens d'expliquer les tenants et aboutissants.
Donc,
j'aimerais vous entendre là-dessus, sur, même, non seulement : N'allez pas
noyer ça dans une campagne électorale, sortez-le, et même... et
accordez-lui une importance accrue dans la pédagogie de la chose, en augmentant
les ressources financières. J'aimerais vous entendre là-dessus.
Mme Lepetit
(Alice) : Oui, bien, tout à fait. En fait, ce qu'on nomme, c'est que,
si le gouvernement décide d'aller de
l'avant avec un référendum, autant qu'il mette toutes les conditions possibles
pour que la place, en termes d'espace... donc qu'il n'y ait pas de chevauchement avec la campagne électorale,
comme vous l'avez nommé, donc qu'il n'y ait pas de problème de confusion dans les dépenses, que tous les partis puissent
prendre leur place dans ce débat-là également, que les militants, militantes des partis puissent s'investir aussi dans
la campagne référendaire, ce qui sera beaucoup plus compliqué si elle chevauche une campagne
électorale, et qu'on donne effectivement aux camps du Oui et du Non les
ressources nécessaires au niveau
financier. Parce que, comme on le nommait dans notre présentation, on est à peu
près à un tiers, là, en termes de
fonds publics, ce qui est prévu pour la campagne référendaire, par rapport à ce
qui avait été confié aux camps du Oui
et du Non lors du référendum de 1995. Donc, on a divisé par trois, à peu près,
et, au niveau des limites des dépenses permises aussi, on a divisé à peu
près par trois.
D'autres
modalités, là, dans les fonds... Par exemple, ce que prévoient les amendements,
c'est que les