Public Finance — 17 November 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CFP 2015-11-17
Quebec — Committees
(Dix heures huit minutes)
Président (M. Bernier) : À l'ordre, s'il vous plaît! Donc, ayant constaté le quorum, je déclare la
séance de la Commission des finances
publiques ouverte et, bien sûr,
je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre
la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
La commission
est réunie afin de poursuivre les consultations
particulières et les auditions
publiques dans le cadre de son
mandat d'initiative portant sur le phénomène du recours aux paradis fiscaux.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Le Secrétaire : Il n'y a
aucun remplacement, M. le Président.
Président (M. Bernier) : Ah! tout le monde est présent, c'est bien. Donc, bon matin à tous,
bienvenue aux parlementaires, bienvenue à nos invités également qui sont
ici présents.
Je vais vous
présenter, dans un premier temps, l'ordre du jour. Donc, ce matin, nous recevons l'Autorité des marchés financiers
et l'Association des banquiers canadiens. Cet après-midi,
nous entendrons la Banque Nationale du Canada,
la Banque Royale du Canada
et la Banque Scotia. Ce soir, nous accueillerons la Banque TD et la banque BMO
Banque de Montréal.
Donc, je vous
souhaite la bienvenue, à nos représentants des autorités financières : M. Louis
Morisset, Mme Anne-Marie Beaudoin,
M. Patrick Déry, M. Jean-François Fortin. Ça va? Donc, il s'agit simplement... quand vous prenez la parole, on va vous identifier, comme je
vous le mentionnais. Également, vous avez 15 minutes pour votre
présentation. Par la suite suivront les échanges avec les parlementaires.
Considérant
le sujet, qui est fort important, et que les parlementaires ont beaucoup
de questions, une réponse un peu plus brève serait
appréciée de la part de ceux qui vont répondre aux questions, de façon à
faciliter le nombre de questions. Nous avons une heure pour nos discussions.
Alors, merci. M. Morisset, la parole est à vous.
M. Morisset (Louis) : Alors, merci,
M. le Président. Bien, bonjour à tous les membres de cette commission.
Écoutez, je tiens tout d'abord à vous remercier
pour votre invitation. Il s'agit pour nous d'une opportunité de contribuer à vos travaux en vous présentant
certains aspects pertinents de la mission et du rôle de notre organisation au sein du secteur financier québécois.
L'Autorité des marchés financiers n'a évidemment pas de juridiction en matière fiscale, toutefois elle participe de plusieurs façons à la lutte à la criminalité
financière. Dans sa mission d'encadrement du secteur financier, l'autorité
offre sa pleine collaboration aux autorités
fiscales ainsi qu'au CANAFE, le Centre d'analyse des opérations et déclarations
financières, notamment par le partage de
renseignements pouvant être liés à l'évasion fiscale et au blanchiment
d'argent. De plus, elle veille à ce
que les exigences internationales imposées tant aux régulateurs qu'aux
institutions financières et autres entreprises assujetties soient
respectées.
Vous
comprendrez que les pouvoirs d'enquête, d'inspection et le partage
d'information de l'autorité se limitent aux infractions commises à l'égard des lois dont elle a la
responsabilité dans le cadre de sa mission de protection du public et d'efficience des marchés. Dans cette optique,
nous avons examiné les lois et règlements dont l'autorité a la responsabilité
ainsi que les activités menées en
application de ce cadre législatif dans le but d'identifier les interfaces que
celles-ci peuvent avoir avec le
phénomène du recours aux paradis fiscaux. Les quelques constats que nous
portons à cet effet sont examinés plus
loin. De plus, nous vous exposerons quels sont les pouvoirs de l'autorité en
matière d'enquête et d'inspection et ses pouvoirs en matière de partage
d'information, entre autres, auprès des autorités fiscales.
À
titre de régulateur intégré, les
responsabilités de l'autorité dans l'écosystème financier sont importantes et étendues. Elle encadre une industrie des services
financiers qui est composée notamment de plus de 65 800 individus et
près de 5 600 entreprises oeuvrant dans
les disciplines de l'assurance, des valeurs mobilières et de la planification
financière. Elle a aussi un rôle
central en matière prudentielle en encadrant les institutions de dépôt que sont
les coopératives de services financiers
comme le Mouvement Desjardins, les sociétés de fiducie et d'épargne et les
quelque 300 assureurs de charte québécoise et non québécoise. Elle
assure aussi la protection des consommateurs par son centre d'information, son assistance en matière de plaintes, ses services de
médiation, son fonds d'indemnisation des services financiers, son fonds d'assurance-dépôts et ses nombreuses actions en
matière d'éducation financière. L'autorité encadre aussi certains aspects
de la pratique des entreprises de services
monétaires qui offrent des services de change de devises, de transfert de fonds,
d'émission ou de
rachat de chèques de voyage, de mandats ou de traites, d'encaissement de
chèques ainsi que les guichets automatiques
privés. Pour réaliser ce mandat, l'autorité compte sur la collaboration de la
Sûreté du Québec et des différents corps policiers municipaux.
L'autorité a aussi
pour mandat de délivrer les autorisations aux entreprises qui souhaitent des
contrats... qui souhaitent conclure, pardon,
des contrats ou des sous-contrats publics. Dans l'exécution de ce mandat,
l'autorité est appuyée par le
commissaire associé aux vérifications au sein de l'Unité permanente
anticorruption. Vous noterez que ce dernier mandat sera transféré au
cours de la prochaine année sous la responsabilité du commissaire aux contrats
publics, une fonction qui sera créée à la
suite de l'annonce récente du ministre responsable de l'Administration
gouvernementale et de la Révision permanente des programmes et également
président du Conseil du trésor.
Alors,
comme je l'ai mentionné plus tôt, bien que l'autorité n'ait pas juridiction en
matière fiscale, certaines de ses
activités visant à contrer la criminalité financière peuvent également être
utiles aux autorités fiscales. Nous soulignons les exemples qui suivent à l'égard des institutions financières et des
émetteurs assujettis : d'abord, en matière de supervision des institutions financières; ensuite en ce qui a
trait à l'examen du respect de l'obligation d'un émetteur assujetti de déclarer
ses liens avec ses filiales importantes; et, enfin, en matière d'activités
d'enquête, de surveillance et d'inspection.
Premièrement,
en vertu des lois qu'elle administre, l'autorité peut notamment donner des
lignes directrices afin d'indiquer
aux institutions financières qu'elle supervise ses attentes en matière de
gestion saine et prudente et en matière de saines pratiques commerciales. À
titre d'exemple, la ligne directrice
sur la conformité indique clairement que l'autorité s'attend à ce que les institutions financières
disposent de mécanismes leur permettant de s'assurer que leurs activités sont
exercées en conformité aux lois, aux
règlements et autres encadrements auxquels elles sont assujetties. Aussi, la
ligne directrice sur la gestion des
risques liés à la criminalité financière indique ce qui est attendu des
institutions financières pour éviter et gérer les situations de fraude,
de blanchiment d'argent et autres activités de nature criminelle.
Deuxièmement,
par son rôle de régir l'information des porteurs de valeurs mobilières émises
par les personnes qui font
publiquement appel à l'épargne, l'autorité
encadre et exerce un suivi des activités de financement et de divulgation
des émetteurs assujettis. Pour ce faire,
l'autorité effectue des examens de conformité à la lumière des exigences de divulgation d'informations prévues par la
législation applicable en valeurs mobilières, évidemment. Cette législation,
de même que la réglementation qui en
découle, ne contient pas de disposition ou de modalité particulières prévoyant
une obligation spécifique de
divulgation visant directement le recours aux paradis fiscaux. Par conséquent,
l'autorité n'est pas appelée à effectuer des interventions à ce sujet
dans le contexte de ses examens de conformité. Toutefois, parmi l'ensemble des informations exigées par la
législation en valeurs mobilières, il pourrait être possible pour les autorités
fiscales d'y détecter le fait qu'un émetteur
assujetti ou une société du même groupe soit présent dans un paradis fiscal.
Nous référons particulièrement, dans ce cas,
à l'obligation pour un émetteur assujetti de décrire, dans ses prospectus ou
notices annuels déposés et accessibles
publiquement, les liens entre lui et ses filiales importantes, c'est-à-dire les filiales dont l'actif et
les ventes représentent au moins 10 % de l'actif total et des produits consolidés de
l'émetteur, et d'y indiquer spécifiquement son lieu de constitution ou
de prorogation et celui de ses filiales importantes.
Troisièmement,
l'objectif de l'autorité en matière de mise en application des lois dont elle a
la responsabilité, c'est de protéger le public et d'avoir un véritable
effet dissuasif sur la criminalité financière tout en agissant de manière à favoriser l'efficience des marchés. Plus
particulièrement en matière d'enquête, l'autorité peut, de sa propre initiative
ou sur demande, faire toute enquête lorsqu'elle a des motifs raisonnables de
croire qu'il y a eu manquement à l'une des lois qu'elle administre. À cette occasion, si l'autorité détecte des
informations pertinentes à de possibles infractions fiscales, elle communique directement ces informations à l'Agence du revenu du Québec. L'autorité croit également que l'établissement
de partenariats avec les corps policiers ainsi qu'avec les autres régulateurs
lui permet de mener une action plus
efficace. Ainsi, l'autorité a mis sur pied un système de coopération avec les
corps policiers en matière d'enquête et de renseignements. Des équipes spécialisées composées d'experts de la
Sûreté du Québec, de la GRC et de l'autorité travaillent ensemble dans le respect de leurs compétences
respectives dans le but de partager des renseignements sur des personnes
menant des activités illégales sur les
marchés financiers et dans le cadre d'enquêtes visant la répression de la
criminalité financière. De plus, dans le cadre du Programme d'actions
concertées contre les crimes économiques et financiers du gouvernement du Québec, l'autorité et l'Agence du
revenu ont mis en place des mécanismes encadrant le partage d'information, le tout dans le respect de leurs
missions et compétences respectives. C'est dans ce contexte que, si l'autorité
découvre des informations pertinentes à de
possibles infractions fiscales, elle les communique directement à l'Agence
du revenu.
ailleurs, l'autorité contribue à alimenter les fichiers de renseignements de
l'Agence du revenu. En application de
la
Loi sur l'administration fiscale, nous fournissons à l'Agence du revenu tout
renseignement que celle-ci indique lorsque ce renseignement est nécessaire à l'application ou à l'exécution
d'une loi fiscale. Ce transfert d'information est balisé par un plan d'utilisation des fichiers de
renseignements avalisé par la Commission
d'accès à l'information. Ainsi,
l'autorité fournit périodiquement à l'Agence du revenu des extractions
de ses bases de données et de ses registres.
Récemment, comme vous
le savez, le Parlement fédéral a adopté un projet de loi permettant au CANAFE
de partager des renseignements notamment
avec l'autorité et les autres régulateurs en valeurs mobilières. Le CANAFE est
l'unité du renseignement financier du Canada
qui a pour mandat de faciliter la détection, la prévention et la dissuasion
du blanchiment d'argent et du financement
des activités terroristes. Ce nouveau partage d'information constituera une
autre source utile de renseignements visant
à alimenter les enquêtes sous la juridiction de l'Autorité des marchés financiers.
L'autorité
est également l'un des 105 signataires de l'Accord
multilatéral portant sur la consultation, la coopération et l'échange d'informations, de l'Organisation
internationale des commissions de valeurs. L'accord vise à favoriser une
coopération optimale entre les régulateurs
mondiaux en valeurs mobilières dans le cadre d'infractions à la législation et à la réglementation en valeurs mobilières.
L'autorité est aussi
signataire d'un protocole international d'échange d'information et de
collaboration avec l'Association
internationale des contrôleurs d'assurance, et, en tant que signataires du
protocole, les contrôleurs peuvent échanger
de l'information pertinente et s'entraider, contribuant ainsi à la stabilité
financière et à une supervision rigoureuse des activités d'assurance
transfrontalières dans l'intérêt et la protection des consommateurs.
Cela me
conduit au dernier volet, portant sur nos pouvoirs en matière d'échange d'information d'enquête,
lesquels sont évidemment plus
amplement détaillés dans notre mémoire. Essentiellement, on retient le principe
que les renseignements recueillis
lors de nos enquêtes sont confidentiels mais qu'il est possible de les partager
en certaines circonstances. Ceci inclut
des communications d'information aux différents corps policiers et aux
autorités fiscales. À noter qu'il existe des limitations aux pouvoirs d'échange d'informations, notamment celles
obtenues de régulateurs étrangers en vertu d'ententes de coopération.
Alors, en
conclusion, comme je l'ai mentionné plus tôt, bien que l'autorité n'ait pas
juridiction en matière fiscale, elle
participe de plusieurs façons à la lutte à la criminalité financière.
L'autorité demeure évidemment disposée, dans le respect de ses pouvoirs dont elle est investie et des accords
internationaux auxquels elle est partie, à poursuivre sa collaboration avec l'Agence du revenu en
communiquant notamment avec elle suite à la découverte d'informations à
caractère fiscal, dont celles, entre autres, susceptibles d'être liées
au phénomène des paradis fiscaux.
Alors, sur ce, M. le Président, mes collègues et
moi sommes à votre disposition pour toute question.
Le Président
(M. Bernier) : Merci, M. Morisset, de votre présentation fort
intéressante. Nous allons donc débuter nos échanges avec les
parlementaires. M. le député de Pontiac, la parole est à vous pendant un
premier échange.
M. Fortin
(Pontiac) : Merci beaucoup, M. le Président. Merci à vous d'être avec
nous aujourd'hui. J'en profite pour
vous saluer et saluer l'ensemble des collègues, autant du côté ministériel que
du côté de l'opposition, qui participent aux audiences aujourd'hui.
Je veux, d'entrée
de jeu, vous dire, M. le Président, que, de notre côté, l'idée aujourd'hui
n'est évidemment pas de jeter le
blâme sur qui que ce soit, mais bien d'identifier le problème, de comprendre
les mécanismes qui sont utilisés dans les
paradis fiscaux et identifier des pistes de solution ou des modifications
possibles dans la réglementation et la législation du côté du Québec
afin d'améliorer le système.
Messieurs, madame, vous l'avez répété à
plusieurs occasions pendant votre intervention, vous n'avez pas de juridiction
directe en matière fiscale. Cependant, l'autorité est évidemment un partenaire
important qui contribue à tout ce qui est
fait en matière de lutte aux crimes financiers ici, au Québec. Et, encore là,
vous y avez fait allusion lors de
votre présentation, une des façons que vous contribuez, c'est évidemment en
fournissant de l'information à travers les
différentes enquêtes que vous entreprenez, grâce aux partenariats que vous
avez, que ce soit avec les groupes du Québec, comme la Sûreté du Québec, l'Agence du revenu du Québec, mais également
nos partenaires fédéraux, comme la GRC, comme le CANAFE, qui est un
groupe que je connais bien également.
Ce qu'il
serait intéressant pour nous de mieux comprendre, c'est... Une fois que vous
entreprenez une enquête, vous déterminez qu'il y a de l'information qui
pourrait être utile à un de ces corps, vous partagez cette information. Est-ce que vous avez une idée de ce qu'il en
arrive, de cette information-là? C'est-à-dire, comment est-ce que vous mesurez
l'efficacité de l'information que vous
partagez avec ces groupes-là? Pour eux, est-ce qu'eux vous reviennent
périodiquement par leur groupe de
liaison en disant : Écoutez, l'information que vous nous fournissez, que
ce soit dans un cas particulier ou au
sens plus large, nous est utile parce que x? Est-ce qu'il manque souvent
d'autres choses ou est-ce que vous avez des statistiques qu'ils tiennent
qui pourraient nous informer quant à l'utilisation qui est faite de ces
données-là par les différents corps avec lesquels vous faites affaire?
Le Président (M. Bernier) :
M. Morisset.
Morisset (Louis) : Merci
pour votre question. Merci, M. le Président. Écoutez, si vous me le permettez,
je vais commencer la réponse.
J'aimerais passer la parole, par la suite, à Jean-François Fortin, qui sera en
mesure de compléter.
Je peux vous
dire peut-être d'entrée de jeu que c'est... et il y a un exemple récent que je
peux utiliser. Dans un dossier de
Revenu Québec, Revenu Québec a poursuivi Agroterre, qui est une entreprise. Ça
a été annoncé le 28 septembre dernier.
Ils ont pris 58 chefs d'accusation, avec des amendes qu'ils réclament
d'au-dessus de 17 millions de dollars, et cette poursuite-là, prise par Revenu Québec, émane directement de
renseignements initiaux que nous leur avons fournis. Donc, pour répondre à votre question : Oui,
ça donne des résultats, puis je pense que le dossier d'Agroterre, qui est tout
récent, l'indique clairement.
Maintenant,
est-ce qu'on compile des statistiques? Pas à ma connaissance. On donne, disons,
généreusement de l'information, que
ce soit à Revenu Québec ou à d'autres partenaires, et on n'a pas nécessairement
toujours un retour, mais on peut le
voir dans les faits, qu'il y a des résultats concrets. Puis, encore une fois,
je trouvais que ce dossier d'Agroterre est un bel exemple, là, pour
indiquer que ce partage-là est efficace et fonctionne.
Si vous me le permettez, je pourrais demander à Jean-François
de compléter avec des éléments.
Le Président (M. Bernier) :
Oui. Allez-y, M. Fortin.
M. Fortin (Jean-François) : Merci, M. le Président. Merci, M. Morisset.
En fait, effectivement, pour compléter la réponse de M. Morisset,
il n'y a pas de statistique sur les suivis des dossiers qu'on peut avoir
transmis et référés à l'Agence du revenu du
Québec, mais je veux juste ouvrir une parenthèse avant : dans les
partenariats que nous avons avec les corps policiers, il y a un partenariat, entre
autres, avec la Sûreté du Québec et les procureurs de la couronne et il y en a
un également aussi qui s'appelle — l'acronyme anglophone — IMET, qui est avec la GRC et la Sûreté du
Québec, et là, oui, il y a un suivi
de dossiers très systématique qui se fait avec le système de gouvernance que
l'on s'est donné pour non seulement référer des dossiers à ces équipes
mixtes d'enquête en matière criminelle, mais également pour suivre les dossiers
jusqu'à éventuellement les poursuites qui peuvent être prises, encore une fois,
en matière criminelle par les procureurs de
la couronne. Donc, nous sommes partenaires de ces équipes mixtes là, et donc
nous faisons les suivis des dossiers.
Avec
l'Agence du revenu du Québec, il y a plusieurs exemples. L'exemple qui a été
mentionné par Louis Morisset est un
exemple récent qui est très révélateur, mais il y en a d'autres, cas où, par
exemple, dans les dossiers d'enquête, il pourrait y avoir des infractions à nos lois. Un cas classique serait des
chaînes à la Ponzi, par exemple, qui constitueraient des infractions en matière pénale à la
Loi sur les
valeurs mobilières mais qui pourraient aussi constituer des infractions aux lois fiscales, parce que les revenus générés
frauduleusement par ces gens-là, évidemment, ne seraient pas déclarés au
fisc. Et, dans ces circonstances-là, il y a des références qui se font, il y a
du partage d'information qui se fait avec l'Agence
de revenu du Québec et, oui, il y a un suivi qui n'est pas très formalisé en
termes de suivi de statistiques, mais clairement
il y a des suivis et il y a des canaux de communication qui sont ouverts avec
l'Agence de revenu du Québec qui, pour toutes sortes de raisons, ne sont
pas toujours bilatéraux, parce que le secret fiscal a ses particularités aussi.
Donc,
Revenu Québec a des limites à partager l'information avec nous, mais là on
n'est pas là-dedans aujourd'hui, on
est plus dans l'autre sens. Et nous, on partage beaucoup d'informations avec
Revenu Québec qui sont utiles dans le cadre de leurs enquêtes.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. Mme la députée de Bourassa-Sauvé.
de Santis : Merci, M. le Président. À mon tour, je salue tous les
participants à cette consultation. Merci de votre présence.
Quand
je regarde l'annexe A à votre mémoire, je vois que vous avez toute une
liste d'institutions sur lesquelles vous
avez la supervision. C'est très long. On sait très bien que les banques ne sont
pas sur cette liste, parce que les banques sont de juridiction fédérale, mais, à
part les banques, presque toute
autre institution financière est sous votre supervision. On passe beaucoup de temps maintenant à parler des
banques et comment les banques ont des succursales ou des filiales à l'étranger, et y compris des paradis fiscaux.
Maintenant, si on peut peut-être contrôler ce qu'on va faire avec les banques,
il y a toujours d'autres institutions financières qui existent qui acceptent
aussi le dépôt des fonds ou les transactions financières.
Maintenant,
est-ce que vous avez une connaissance quelconque des institutions financières
qui sont sous votre supervision qui
font
partie d'un même groupe — je ne parle pas seulement d'avoir des
filiales, mais qui font
partie d'un groupe — qui ont des présences dans des paradis
fiscaux? Parce qu'à un certain moment il faudra regarder ça. Si on ne
peut plus transiger à travers les banques, on va trouver d'autres moyens.
Le Président (M.
Bernier) : M. Morisset.
M. Morisset (Louis) : Bien, vous avez raison. D'abord, la liste des entités que l'on encadre,
elle est assez longue, et elles sont,
comme vous le voyez, de différentes natures, tant des bourses, des chambres de
compensation. Bref, l'ensemble, comme
vous l'avez dit, du secteur financier, à
part les banques, est d'une manière ou
d'une autre supervisé, conjointement avec nos collègues des autres
provinces, par l'Autorité des marchés financiers.
Dans
le cadre des travaux que l'on fait, un — encore
une fois, il faut que vous voyiez dans cette liste-là — nous
encadrons les organismes d'autoréglementation. Il y en a trois, mais celui
peut-être qui est le plus pertinent ici serait l'OCRCVM, qui est l'organisme d'autoréglementation qui encadre notamment
les courtiers en valeurs mobilières. Donc, nous, dans le cadre de nos travaux, d'abord on n'encadre pas directement
ces courtiers, ça se fait via le pouvoir qu'on a délégué à l'OCRCVM, et, disons, les différents lieux de localisation des
filiales ne sont pas... en fait, n'est pas spécifiquement identifié. Il n'y a pas, dans le fond, de...
comment je dirais, de disposition législative qui empêche d'établir des
filiales dans un lieu ou dans un autre. Alors, ce n'est pas un
aspect qui, à ma connaissance, est spécifiquement regardé par l'OCRCVM.
Par ailleurs, quand
on regarde, disons, l'ensemble des institutions financières — vous
l'avez mentionné tout à l'heure — on n'encadre pas les banques, par contre on
encadre une institution financière majeure au Canada, qui est le
Mouvement Desjardins, et les compagnies d'assurance, je l'ai mentionné
tantôt. Donc, nous avons pris des lignes directrices,
entre autres, sur la gestion du risque lié à la criminalité financière et, dans
cette ligne directrice là, nous évoquons nos attentes, au sein de ces institutions-là, sur le respect des lois et
de la réglementation qui leur est applicable, donc, qui n'est pas nécessairement des lois ou de la
réglementation sur lesquelles nous avons juridiction, mais qui s'applique à
leur réalité à elles.
si vous me le permettez, peut-être je pourrais demander à mon collègue Patrick
Déry, dont le travail est de superviser
de façon étroite les institutions financières au Québec, peut-être de vous
parler davantage du cadre qu'on a mis en place au niveau des lignes
directrices qui sont actuellement en vigueur.
Le Président (M.
Bernier) : M. Déry, la parole est à vous.
Déry (Patrick) : Oui. Merci. Ça me fait plaisir d'être avec vous ce
matin. C'est un sujet très sérieux et qu'on prend très au sérieux, à l'autorité. Pour compléter la réponse : Il
faut réaliser qu'à l'autorité nous sommes un régulateur intégré, la
fusion de cinq anciens organismes de réglementation.
secteur d'affaires que moi, je dirige, c'est l'équivalent de l'ancien
Inspecteur général des institutions financières, et, nous, notre rôle dans cette équipe-là, c'est de veiller à ce que les
compagnies — Desjardins,
compagnies d'assurance, etc. — soient pérennes, durent, honorent leurs
engagements à l'égard des consommateurs du Québec, et notre regard sur les activités de ces compagnies-là est
tourné vers l'avenir, essentiellement quels sont les systèmes en place, les contrôles en place, la qualité des personnes
en place pour s'assurer que ces compagnies-là détiennent du capital et aussi
respectent les règles pour être... je
dirais, encore là, lorsque les promesses qui ont été faites deviendront
exécutoires, ce qui est un petit peu
différent du mandat de mon autre collègue ici avec nous, M. Fortin, où, lui,
c'est vraiment de regarder est-ce
qu'il y a des lois qui ont été non respectées, est-ce qu'il y a matière à
poursuite et on est dans une activité qu'on appelle d'«enforcement». Je
ne connais pas le mot français; Jean-François?
M. Fortin (Jean-François) : Mise en
application des lois.
M. Déry
(Patrick) : Mise en application des lois. Donc, dans notre coffre à
outils, on a des outils différents, et celui
dont moi, je suis responsable, la
partie du coffre à outils dont moi, je suis
responsable, c'est l'encadrement prudentiel des institutions financières. Et nos lignes directrices qui concernent
la gouvernance, la gestion des risques, la conformité réglementaire, les lignes plus précises comme
celles sur la criminalité financière et le blanchiment d'argent, l'ensemble
de ces éléments-là sont développés avec une
vision de s'appliquer à l'ensemble des institutions financières qu'on
supervise.
Au niveau du
capital, il va y avoir des différences, évidemment les exigences pour une
institution de dépôt, un assureur-vie,
un assureur de dommages, ce n'est pas les mêmes réalités, mais, lorsqu'on
arrive dans des attentes à l'égard de la gouvernance, à l'égard des
systèmes en place, on a des ententes qui sont similaires pour toutes les
institutions financières qu'on supervise.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de Laval-des-Rapides.
M. Polo : Oui. Merci. Merci à nos
invités. Je tiens également à vous remercier, M. le Président, pour vos démarches également non seulement pour avoir nos
invités de ce matin, mais des différentes institutions financières qui
vont participer à l'exercice.
Ma question
pour vous, messieurs et madame, est basée sur l'information qui est recueillie
ou qui est disponible notamment à
travers les lois ou les règles en matière de valeurs mobilières et qui
pourraient servir justement aux autorités fiscales afin d'identifier si un émetteur est basé dans un paradis
fiscal. De quelle façon se fait cette communication entre l'information qui est recueillie à travers les règles
ou les lois en matière de valeurs mobilières et les autorités fiscales qui pourraient justement s'outiller ou utiliser ces
informations-là justement pour pousser encore plus loin leurs démarches
de recherche à ce niveau-là?
Le Président (M. Bernier) :
M. Morisset.
Morisset (Louis) : Merci, M.
le Président. Bien, comme je l'ai mentionné tout à l'heure, nous avons
différents mécanismes de partage proactif d'information. Je vous dirais
que, dans le doute, on envoie à Revenu Québec ou aux autorités fiscales l'information, et il est de leur ressort, par la
suite, de déterminer s'il y a lieu pour eux d'instituer une enquête ou
de nous revenir pour aller quérir davantage d'informations. Donc, dans le
doute, on leur envoie.
Je vous donne
un exemple. Nous avons, à l'autorité,
notre Centre d'analyse, de renseignements, évidemment c'est du renseignement, et puis, quand on a des
informations que l'on estime pourraient peut-être... puis là je dis bien
«peut-être», on n'est pas
maîtres de l'application des lois fiscales, mais qui pourraient peut-être
constituer une infraction fiscale ou du blanchiment d'argent ou... on envoie cette information de façon
proactive. Dans le cadre d'enquêtes spécifiques, lorsqu'on a des dossiers d'appropriation de fonds ou, comme
Jean-François le mentionnait tout à l'heure, des fraudes malheureuses à
la Ponzi, bien, on peut, tu sais, d'ores et déjà penser qu'il y aura des enjeux
fiscaux.
Alors, l'information est envoyée à Revenu Québec,
et les canaux de communication sont efficaces. Comme je vous dis, je
mentionnais le dossier Agroterre tantôt, c'est un exemple récent mais où on voit
très bien que, sans l'information initiale fournie par l'autorité, Revenu Québec
n'aura pas nécessairement été sur cette piste-là. Donc, on a une
approche qui est très proactive puis, encore
une fois, qui est plutôt, je dirais : dans le doute, on va fournir l'information, et ce sera à eux, tu sais,
de nous revenir, si nécessaire.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de Chapleau.
M. Carrière : Merci beaucoup,
M. le Président. À mon tour de saluer tous les gens ici présents.
Vous avez
parlé tantôt de l'accord multilatéral, là, de l'Organisation internationale des commissions de valeurs mobilières. J'aimerais ça vous
entendre peut-être expliquer un petit peu en quoi ça consiste. Puis vous avez
parlé des limitations auxquelles vous devez
faire face, et un peut peut-être expliquer en quoi consiste cet accord-là, c'est
quoi, les limitations, et qu'est-ce que vous auriez besoin ou quelconque aurait besoin pour aller plus loin
lorsque vous détectez, là, quelque chose qui semble illégal ou quelqu'un
qui a... avec une institution financière qui a recours à des paradis fiscaux.
Le Président (M. Bernier) :
M. Morisset.
Morisset (Louis) : Merci
pour votre question. Merci, M.
le Président. Écoutez, je vais, encore
une fois, si ça vous convient,
amorcer la réponse puis demander à Jean-François de poursuivre. Jean-François a
une implication directe à l'égard de cet accord-là.
En fait, j'ai mentionné, tout à l'heure, d'entrée
de jeu, deux accords : un qui vise évidemment le côté valeurs mobilières, un qui vise peut-être davantage le
côté assurances. Ce sont des accords qui sont extrêmement efficaces dans
le domaine qui est le nôtre, donc les
infractions à la législation, à la réglementation en valeurs mobilières. On a
des succès importants, que ce soit
ici, au Québec, ou ailleurs dans le monde, parce qu'on s'échange proactivement
de l'information entre régulateurs
mais liée à des infractions en valeurs mobilières. Je dirais, le principal
accroc, si on veut, ici, c'est que l'information qui est de nature
fiscale ou qui proviendrait d'autorités fiscales ne peut pas être transférée
aux autorités fiscales, justement. Il y a
une exclusion explicite dans ces accords-là, que ça doit se limiter, ce qui
m'apparaît par ailleurs légitime, là,
mais ça doit se limiter aux champs d'activité des régulateurs de valeurs
mobilières. Alors, c'est un accord qui est large mais dans l'exercice de
nos pouvoirs respectifs comme régulateurs de valeurs mobilières.
Peut-être,
Jean-François, tu peux compléter avec des exemples peut-être plus concrets,
mais, clairement, on ne peut pas obtenir de l'information en vertu de
cet accord-là et la transférer aux autorités fiscales. C'est spécifiquement
prohibé.
Le Président (M. Bernier) :
M. Fortin.
M. Fortin
(Jean-François) : Oui.
Merci, M. le Président. Merci, Louis. En fait, cet accord multilatéral est dans
le contexte de l'Organisation internationale des commissions de valeurs.
Patrick mentionnait tout à l'heure qu'on est
évidemment un régulateur intégré, à l'autorité, on ne fait pas que des valeurs
mobilières, mais cet accord vise notre fonction comme régulateurs en matière de
valeurs mobilières et il regroupe 105 signataires. Donc, c'est une entente
multilatérale entre chacun de ces signataires-là, et, en vertu de ce protocole d'entente, les signataires s'engagent à
se prêter mutuellement assistance en matière de valeurs mobilières. Donc,
dans un cas donné, on s'engage à répondre à
une demande. Donc, si nous sommes le régulateur qui fait la demande à un
régulateur étranger, il s'engage à, par
exemple, aller chercher de l'information, obtenir des témoignages dans un
contexte confidentiel, et l'information nous est transmise, et nous
avons l'obligation d'utiliser cette information uniquement pour les fins de la
mise en application des lois en matière de valeurs mobilières. Et on ne peut
pas dans ce contexte-là partager avec
d'autres autorités, notamment les autorités fiscales, parce qu'on serait en
contravention de nos engagements contractuels, dans un certain sens,
avec les autres signataires du protocole d'entente.
Donc, il y a
des limites au partage d'information qu'on peut faire de l'information qu'on
obtient en vertu de ce protocole
d'entente là, qui, dans notre domaine, est un protocole qui est extrêmement
efficace parce qu'on peut littéralement obtenir de l'information de façon très rapide de la part de nos
collègues régulateurs. Mais, encore une fois, il y a des limites sur
l'utilisation et le partage qu'on peut faire de cette information-là.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de Sainte-Rose.
M. Habel : Merci, M. le Président.
Permettez-moi de vous saluer puis de saluer toutes les personnes qui vous
accompagnent et l'Autorité des marchés financiers.
Au-delà des dispositions actuellement qui sont
en place, quels sont les moyens que vous proposeriez au gouvernement du Québec pour lutter contre les paradis fiscaux et les
planifications abusives? Qu'est-ce qu'on peut faire de plus en ce
moment? Qu'est-ce que vous ajouteriez à la législation actuelle?
Le Président (M. Bernier) :
M. Morisset.
M. Morisset (Louis) : Merci pour
votre question. Écoutez, nous avons évidemment réfléchi en amont de la présentation aujourd'hui. Il n'y a rien que l'on
voit que l'on pourrait faire de plus, au moment où on se parle, au sein de
l'autorité pour partager l'information.
Encore une fois, je pense qu'ici on parle d'un
phénomène, des paradis fiscaux, où plusieurs intervenants sont peut-être susceptibles d'y avoir recours. Je pense
que, dans notre champ de juridiction, ce que l'on tente de faire, c'est
de partager, comme je l'ai mentionné, le plus proactivement possible toute
information qui pourrait être jugée par les autorités
fiscales comme étant de l'information pertinente. Les moyens de communication
actuels sont efficaces, ils sont à différents
niveaux : de nos groupes d'enquête à leurs groupes d'enquête; de notre
Centre d'analyse et de renseignements à leur centre d'analyse et de
renseignements.
Donc, dans la
perspective du régulateur, évidemment, du secteur financier qui n'a pas
juridiction en matière fiscale, je
pense que le mieux que l'on puisse faire, c'est de partager proactivement cette
information, et j'estime que c'est ce qu'on fait actuellement. Donc, malheureusement, je n'ai pas de solution à vous
offrir quant au rôle que joue actuellement l'Autorité des marchés
financiers.
Président (M. Bernier) : Il reste peu de temps, mais je veux
juste me permettre une question. Vous pourrez compléter, M. Fortin. Est-ce que, dans le cadre des ententes que vous
avez actuellement, c'est déjà arrivé que vous n'avez pas ou vous ne pouviez pas
transmettre l'information à Revenu Québec au niveau fiscal par rapport aux
ententes auxquelles vous prenez part,
là? Est-ce que c'est déjà arrivé, là, que vous aviez une information par
rapport à vos opérations et que l'information ne pouvait pas être
transmise?
M. Fortin (Jean-François) : Le seul cas, puis je ne sais pas si c'est déjà
arrivé, le seul cas où ça aurait pu arriver, c'est si nous avions obtenu
l'information d'un autre régulateur en application du protocole d'entente dont
je vous mentionnais tout à l'heure, mais, si
c'était de l'information que nous avions obtenue en vertu de nos pouvoirs
d'enquête ici, au Québec, ça, il n'y aurait pas d'exception, on aurait
pu partager avec Revenu Québec.
Président (M. Bernier) : Donc, à votre connaissance, l'ensemble
des informations que vous recevez, vous le partagez avec...
M. Fortin
(Jean-François) : On peut le partager. On peut le partager.
Le Président (M.
Bernier) : Vous pouvez le partager.
M. Fortin (Jean-François) : Je voudrais juste peut-être compléter en lien sur...
en fait, c'est pour compléter la réponse de Louis, mais on n'a pas,
Louis le mentionnait, envisagé de choses qui pourraient être améliorées, mais peut-être que ça vaut la peine de mentionner qu'il
y a eu des choses qui ont été faites dans les dernières années, quand même. Puis, encore là, je vais ouvrir et je vais
faire une distinction entre l'évasion fiscale internationale avec les paradis
fiscaux.
Mais,
depuis l'adoption de la
Loi sur les entreprises de services monétaires, un des
objectifs précis de l'adoption de
cette loi-là était la lutte à l'évasion fiscale. Évidemment, on parle sur une
base domestique et locale, mais c'était l'un des objectifs, d'encadrer l'exercice des entreprises de services
monétaires. D'une part, en donnant des permis d'exercice à ces entreprises-là, un des objectifs était que,
ceux qui n'obtiendraient pas de permis, donc, il y aurait un certain nettoyage
qui pourrait être fait dans les activités,
et les entreprises qui agiraient de façon illégale, sans permis donc... il y
aurait des moyens de sanctionner ces
entreprises-là. Et nous, depuis l'adoption de cette loi-là, non seulement on
émet des permis d'exercice à ces
entreprises, mais on peut également inspecter les obligations de ces
entreprises-là. Et, dans le contexte de
ces activités-là, si nous constations de l'évasion fiscale ou du blanchiment
d'argent, qui n'est pas de notre responsabilité, nous ferions, encore une fois, soit une référence à Revenu Québec si on
est en matière d'évasion fiscale ou aux autorités policières si on est
en matière de blanchiment d'argent.
Le Président (M.
Bernier) : Merci.
M. Fortin
(Jean-François) : C'est quand même une loi qui a été adoptée récemment
qui a eu un impact.
Président (M. Bernier) : Merci. Nous allons passer du côté de
l'opposition officielle. M. le député de Rousseau.
M. Marceau :
Merci, M. le Président. Alors, bonjour, messieurs, bonjour, madame, merci
d'être là.
J'ai
plusieurs questions. Avant ça, je vais simplement dire à quel point j'ai du
respect pour le travail qui est fait à l'autorité. Je connais bien
l'institution et je sais qu'on est dans un contexte où il y a des... enfin, il
y avait d'anciens parlementaires et un ancien
gouvernement fédéral qui avaient l'intention de créer une agence unique. J'ai
entendu l'intervention de M. Morisset hier, et je voulais simplement
dire à cette commission à quel point j'ai apprécié cette intervention. Et je le félicite de continuer le
travail qu'il fait, là, pour maintenir la juridiction et la compétence du
Québec dans le domaine financier puis en particulier dans le domaine des
valeurs mobilières.
Alors,
cela ayant été dit, je vais passer à des questions plus directes et plus simples. Vous
avez rappelé au début de votre
intervention, M. Morisset, le fait que l'autorité administre, gère la loi n° 1,
la loi n° 1, là, qui était la loi en vertu de laquelle les gens qui veulent contracter avec
le gouvernement doivent montrer patte blanche. Peut-être
une question très simple : Est-ce qu'il est arrivé à ce jour que des entreprises voulant contracter
avec le gouvernement soient disqualifiées sur la base de blanchiment vers les paradis fiscaux ou d'opérations
douteuses que vous auriez détectées ou que l'UPAC aurait détectées?
Donc, des infractions de cette nature-là, est-ce que c'est arrivé?
Le Président (M.
Bernier) : M. Morisset.
M. Morisset (Louis) : Bien, merci beaucoup. Je ne crois pas que je suis en mesure... ou que
j'ai de l'information à cet égard-là.
Il y a eu des entreprises évidemment dont on a refusé l'autorisation, basés sur
de l'information qui provenait du
groupe de partenaires, donc l'UPAC, Revenu Québec, et ainsi de suite. Était-ce
en lien avec de l'évasion fiscale liée aux
paradis fiscaux? Je l'ignore. J'en doute. Mais était-ce en lien avec des
infractions aux lois fiscales? La réponse est oui. Donc, parmi le nombre d'entreprises à qui on a
refusé une autorisation, il y avait pour certaines d'entre elles des enjeux
de nature fiscale avec de l'information qui nous provenait de Revenu Québec.
Marceau : Le cas échéant, croyez-vous qu'on devrait... Je vais
le poser autrement : Y a-t-il quand même un soin particulier qui est mis par l'autorité pour examiner cette
dimension-là des dossiers de nos entreprises qui souhaitent contracter? Je dis ça, parce que, bon, on pense
que ça existe, en particulier dans le secteur de la construction, lequel est un
secteur pour lequel beaucoup de contrats existent avec le gouvernement.
Le Président (M.
Bernier) : M. Morisset.
Morisset (Louis) : Merci, M.
le Président. Bien, écoutez, encore une fois, la façon dont nous administrons
ce mandat-là... comme vous le savez, nous rendons les décisions, nous sommes en
quelque sorte la porte d'entrée des demandes
puis la porte de sortie des décisions. Le travail d'enquête se fait par l'UPAC
et les partenaires, et nous, au final, on
analyse ce travail-là, puis on interagit avec l'entreprise, on voit si les
mesures de gouvernance, les contrôles internes ont été renforcés, ainsi
de suite. Donc, je pense que c'est un mandat qui nous a permis assurément de
renforcer les entreprises québécoises qui contractent avec le gouvernement.
Maintenant,
encore une fois, tout le volet fiscal, les infractions fiscales, bien, écoutez,
c'est géré par l'UPAC avec les
partenaires impliqués, donc, encore une fois, je ne peux malheureusement pas
vous répondre de façon spécifique, là, sur cet élément-là.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député.
M. Marceau :
Je vais changer de sujet. Merci. Merci pour votre réponse. Deuxième
question. L'AMF encadre les planificateurs financiers et, entre autres,
1 121 cabinets, là, d'après les statistiques qui sont à la fin de
votre mémoire, également des entreprises de services monétaires, 931
entreprises. J'imagine et... bien, enfin, j'imagine qu'il y a une réglementation qui proscrit à nos cabinets ou à
nos représentants de recommander à leurs clients des stratagèmes d'évasion
fiscale ou des mécanismes qui leur permettent de contourner l'impôt.
Dans les
dernières années, y a-t-il eu des... Cette réglementation qui, j'imagine,
proscrit ça, est-ce qu'elle a permis, je ne sais pas, moi, d'enlever des permis à certains assujettis? Est-ce
qu'elle a permis de détecter des fraudes? Est-ce que vous êtes capables
de nous en dire un peu plus là-dessus?
Le Président (M. Bernier) :
M. Morisset.
M. Morisset (Louis) : Merci, M. le
Président. Bien, écoutez, encore une fois, je vais commencer puis je vais
peut-être céder la parole à Jean-François, qui a sûrement une perspective
là-dessus.
Si on
prend les entreprises de services monétaires — je pense que Jean-François y revenait tout à
l'heure — l'objectif
de cette loi-là, c'était la lutte au
blanchiment d'argent puis, à certains égards, à l'évasion fiscale. On sait tous
que des guichets automatiques privés,
en général... pas en général, mais parfois sont un peu l'apanage de gens qui
n'ont pas nécessairement des
activités très légitimes. Je pense que la mise en oeuvre de cette loi-là a eu
un effet bénéfique pour en quelque sorte faire disparaître certaines de
ces entreprises-là, et les autorisations qu'on leur donne nous permettent, en
tout cas, d'entrée de jeu, en travaillant
toujours avec la police, de vérifier les éléments de probité puis d'intégrité
de ces individus-là. Alors, je pense que ce qui a été fait au Québec
dans les dernières années a eu de l'impact.
Maintenant,
si on parle des cabinets de planification financière ou des courtiers et des
conseillers, je pense que c'est
important de garder à l'esprit ce qui est exigé par le CANAFE, hein : tout
transfert de fonds au-delà de 10 000 $ doit être déclaré aux
autorités... au CANAFE, en fait, et tout transfert, même inférieur à
10 000 $, vers des juridictions douteuses doit être déclaré
également. Alors, ce à quoi on référait tout à l'heure — Patrick
en parlait : par nos lignes directrices,
bien, écoutez, on veille, dans le cadre de nos inspections, à ce que le
programme de conformité au CANAFE soit
respecté. Donc, on a une entente de partenariat, si on veut, avec le CANAFE à
cet égard-là. Donc, nous, quand on débarque
chez un cabinet, bien, on a un formulaire, qui est le formulaire du CANAFE,
puis on s'assure que le programme est en place puis est robuste.
Donc, je pense qu'on est en complémentarité ici
aussi, dans notre travail d'inspection, avec les mesures qui existent et qui ont une certaine efficacité.
Encore une fois, si chaque transfert transfrontalier de plus de
10 000 $ est déclaré comme il se doit, je pense que les
autorités, bon, fiscales, ultimement, ont accès à une information qui leur est
utile.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député.
M. Marceau :
Oui. O.K., très bien. Mais peut-être plus clairement : Y a-t-il des cas,
donc, de cabinets, de représentants
qui se sont vu retirer leur permis parce qu'ils ont enfreint une réglementation
quant à l'évasion fiscale vers des paradis fiscaux? Est-ce que c'est
déjà arrivé, au Québec?
Le Président (M. Bernier) :
M. Morisset? M. Déry?
M. Morisset (Louis) : Bien, écoutez,
je vais permettre à mes collègues d'y répondre.
M. Déry
(Patrick) : Écoutez, je vais y aller de mémoire parce que je ne suis
pas directement impliqué dans ces dossiers-là.
Mais on a une autre ligne d'affaires qui s'occupe de la... on appelle ça la
distribution, c'est l'encadrement des individus puis des cabinets qui
offrent des produits et services financiers.
C'est arrivé,
puis c'est public, dans des décisions qui ont été rendues par les tribunaux,
des cas de personnes qui avaient
enfreint... des pratiques proscrites et qu'on a sanctionnées, qu'on a restreint
leur permis. On a mis des conditions à leur
permis, on a mis des amendes ou on leur a carrément retiré leur droit de
pratique. Donc, ça, c'est arrivé. Il y a des cas qu'on pourrait vous fournir, peut-être en parlant avec notre
collègue qui est responsable, là. Il pourrait vous donner des exemples.
Mais oui, ça arrive, ça arrive.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député.
M. Marceau :
O.K. Oui, ça serait intéressant. Puis, en même temps, je ne veux peut-être pas
vous le demander maintenant, mais je
soumettrais à votre réflexion que, s'il y a des pouvoirs qui vous manquent ou
des changements à la réglementation
qui vous permettraient d'être plus efficaces dans cette voie-là, sentez-vous
bien libres de les soumettre à la réflexion de la commission. C'est
clair que ce sont des enjeux qui nous intéressent, là, la façon, donc,
d'encadrer.
Je vais passer la parole à mon collègue de
Rosemont, M. le Président.
Président (M. Bernier) : Vous pouvez en tout temps additionner
par rapport au document que vous avez déjà soumis à la Commission des finances publiques sur le sujet, de façon à
ce qu'on puisse poursuivre nos réflexions et nos travaux.
M. le député de Rosemont.
M. Lisée : Merci, M. le
Président. Merci à tous d'être là. Deux ou trois questions.
Bien, d'abord, sur un certain nombre d'affaires
qui ont beaucoup occupé vos prédécesseurs. On a l'affaire CINAR, en 2000 : 122 millions de dollars
transférés aux Bahamas sans le dire au conseil d'administration. En 2006, la
firme Dominion Investments :
blanchiment d'argent de l'ordre de 1 milliard de dollars. L'affaire
Norbourg : 130 millions. L'affaire
Jean Lafleur aussi a mis à l'abri de l'argent au Belize. Earl Jones : 93
institutions financières étaient parmi son réseau.
Alors donc,
lorsque vous essayez de voir s'il y a une activité criminelle, est-ce que
l'utilisation de paradis fiscaux n'est pas un marqueur essentiel dans
votre recherche?
Le Président (M. Bernier) :
M. Morisset.
M. Morisset (Louis) : Merci, M. le
Président. Merci pour votre question. Bien, ça fait
partie clairement des éléments, lorsqu'on dispose de cette
information-là, que l'on va signifier aux autorités fiscales. Encore une fois,
le lieu de localisation des
entreprises où il y a du transfert d'argent, ça fait partie, surtout,
évidemment... Encore une fois, je ne reviendrai
pas sur ma réponse eu égard au CANAFE, mais c'est ce genre d'information là
justement qui se doit d'être rapporté
par les institutions au CANAFE. Mais il est clair que, dans le cadre de notre
rôle, c'est ce genre d'information là, si
on en est évidemment mis au parfum, si on en a connaissance, que l'on transfère
à Revenu Québec, sans aucun doute.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député.
M. Lisée : Votre difficulté,
c'est évidemment de voir la différence entre les criminels qui utilisent les
paradis fiscaux et les investisseurs qui les
utilisent dans le cadre de la légalité actuelle, qui, en certains cas, est très
«lax», est très ouverte. Les ententes
que le Canada a avec le Luxembourg ou les Bermudes font en sorte que ces
transferts-là sont permis par la
loi canadienne.
Vous avez dit
tout à l'heure qu'une de vos tâches, c'est de faire en sorte que, dans les
prospectus qui sont rendus disponibles
aux actionnaires, on indique... lorsque plus de 10 % de la valeur de
l'entreprise est à l'étranger, dans des paradis fiscaux.
Est-ce que vous avez observé une augmentation de
cette proportion-là au cours des dernières années?
Le Président (M. Bernier) :
M. Morisset.
Morisset (Louis) : Merci.
Merci pour votre question. Bien, effectivement, l'obligation, c'est de
divulguer les filiales importantes,
donc, avec les seuils dont j'ai mentionné tantôt. Non, je ne peux pas affirmer
ou confirmer qu'on a vu une
augmentation à cet égard-là dans les dernières années. Je pense que, si on en
revient à ce seuil, qui est quand même assez
élevé, je ne peux pas... je ne crois pas qu'il y a eu une augmentation marquée
de ce phénomène-là particulièrement.
M. Lisée : Vous pourriez
demander à vos statisticiens de suivre la courbe, ça nous serait utile.
M. Morisset (Louis) : On va le
faire.
M. Lisée :
Alors, vous avez beaucoup répondu que : Bon, bien, nous, on n'a pas cette
juridiction fiscale. Et puis on vous
croit puis on pense que vous faites tout ce qui est en votre pouvoir.
Cependant, dans cette salle, vous êtes probablement les meilleurs
observateurs de ce qui se passe dans les milieux financiers à Montréal. Et
est-ce qu'il est correct de dire qu'une
entreprise, une institution financière au Québec qui ne fait pas usage, dans le
cadre de la légalité, des paradis
fiscaux se met en situation concurrentielle défavorable face aux autres qui en
font usage pour faire baisser leurs taux d'imposition?
Le Président (M. Bernier) :
M. Morisset.
Morisset (Louis) : Bien,
c'est difficile, je pense... même si vous avez raison, on est assurément bien placés
pour voir ce qui se passe dans le marché,
c'est difficile de répondre à votre question parce
qu'ultimement les... comment je dirais, les avantages fiscaux se transposent
dans les résultats financiers, puis, les résultats financiers, ce n'est pas
tant notre rôle à nous de les analyser qu'aux investisseurs de les
juger, si je peux m'exprimer ainsi.
Donc, je
présume évidemment que les entreprises qui bénéficient de structures fiscales
agressives peuvent avoir de meilleurs
résultats financiers que d'autres et peuvent avoir un attrait peut-être
particulier auprès d'investisseurs, mais, nous, notre rôle, que ce soit
lorsque l'on vise des prospectus, lorsque l'on regarde de l'information
continue, c'est de s'assurer que les
exigences prescrites sont rencontrées. Le résultat que ça donne revient, dans
le fond, aux investisseurs et aux
marchés de le juger. Alors, vous avez raison, on a une très bonne perspective
sur ce qui se passe dans notre marché, mais
l'usage de ces filiales dans des pays puis les avantages fiscaux que ça peut
offrir, ce n'est pas là le focus de l'Autorité des marchés financiers.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de Beauce-Nord.
M. Lisée : Mais est-ce que ce
n'est pas là le...
M. Lisée : Ah! est-ce que
vous avez dit «Rosemont» ou...
Le Président (M. Bernier) : Beauce-Nord.
M. Lisée : Oh! Beauce-Nord.
Le Président (M. Bernier) : Vous
avez une... très perceptible.
Spénard : Merci, M.
le Président. Alors, à mon tour de
vous souhaiter la bienvenue, représentants de l'Autorité
des marchés financiers, principalement son président-directeur général, M.
Morisset.
C'est très intéressant, votre mémoire, que j'ai
lu assidûment, évidemment quand on voit tout de suite que les banques... à l'exception des banques, c'est un peu
agaçant, mais je reviens à Mme la députée de Bourassa, qui disait que, dans
l'annexe A, vous avez beaucoup, beaucoup, beaucoup de personnes ou de sociétés
qui ne sont pas sous votre juridiction,
mais sous votre encadrement. À l'intérieur de ça, êtes-vous en mesure
d'identifier combien il y en a qui ont un siège opérant dans un paradis
fiscal?
Le Président (M. Bernier) :
M. Morisset.
Morisset (Louis) : Je n'ai pas
la réponse à vous offrir aujourd'hui. On pourrait assurément le vérifier. Je
serais surpris qu'il y ait nombre d'entreprises qui aient un siège
social dans un paradis fiscal.
D'abord, si
je prends juste l'exemple des bourses, les 15 bourses que nous encadrons, bon,
un grand nombre, tu sais, d'entre
elles sont localisées au Canada,
partie du Groupe TMX; d'autres sont évidemment
des filiales : Alpha, par exemple, ou la Bourse de Montréal sont des filiales du Groupe TMX maintenant. Et
la plupart sont des grandes sociétés européennes; je pense à Eurex Deutschland, par exemple. Et
donc, cette vérification-là, on
pourrait la faire pour confirmer à la commission
cette information-là, mais je serais
très surpris qu'il y en ait véritablement qui aient un siège social. Est-ce qu'il y a, encore une fois, des
filiales, des... Possible, comme pour toute entreprise, mais, en termes, là, de localisation du siège social, je serais extrêmement surpris. Plusieurs de ces sociétés-là
sont américaines. Les plateformes d'exécution... par exemple, sont
presque toutes américaines.
Spénard : ...ou une
filiale directement dans un...
Morisset (Louis) : Bien,
encore une fois, on n'a pas nécessairement l'information sur l'ensemble du réseau de filiales de ces entreprises-là. Je faisais la remarque tout à l'heure par rapport aux sociétés cotées en bourse, encore une fois. Le seuil de divulgation est à 10 %, comme je l'ai mentionné tout à l'heure.
Alors, on ne dispose pas nécessairement de toute cette information-là.
Maintenant, justement, c'est de l'information.
Je présume que les autorités fiscales elles-mêmes doivent aller chercher... puis, dans le cadre des déclarations
d'impôt de ces entreprises-là, toute cette information-là doit être divulguée.
Donc, je présume que, dans le cadre fiscal, cette information-là est disponible
ou devrait l'être.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député.
Spénard :
On parle de transferts d'argent : au-dessus de 10 000 $, il faut
qu'ils soient déclarés aux autorités. En
bas de 10 000 $, il peut, si j'ai bien compris, passer sous le radar.
Il peut passer sous le radar, vous n'êtes pas obligé de le déclarer.
Mais ça, c'est 10 000 $ par jour, par 24 heures. Alors,
quelqu'un peut dire : Durant deux mois de temps, j'envoie 9 999,99 $ dans un paradis fiscal, 60 jours en ligne,
puis il vient de détourner 6 millions en dessous du radar. Est-ce
que c'est bien ça que je comprends?
Le Président (M. Bernier) :
M. Morisset.
Morisset (Louis) : Merci. Bien, écoutez, non, ce n'est pas bien ça que
vous comprenez. Je l'ai mentionné tout à l'heure...
Le Président (M.
Bernier) : Éclairez-nous.
M. Morisset (Louis) : ...en fait, tout transfert inférieur à 10 000 $ dans des
endroits douteux — les
paradis fiscaux sont d'emblée des
endroits douteux, je dirais, dans ce contexte-là — vont attirer l'attention et doivent attirer
l'attention des institutions
financières. Si vous me le permettez, je céderais la parole à Patrick Déry,
qui, évidemment, dans son rôle d'encadrement spécifique des institutions
financières, peut vous éclairer encore davantage.
Le Président (M.
Bernier) : M. Déry.
Déry (Patrick) : Merci. Puis je pense qu'à la lumière des questions
qu'on entend depuis quelques minutes ce
serait intéressant d'amener à votre attention le document qu'on a distribué ce
matin, qui vient de CANAFE, qui est la
Ligne directrice 2 . Puis je pense qu'honnêtement vous pourriez
considérer l'opportunité d'inviter ces gens-là, parce que, pour prendre une image, nous, comme
régulateurs financiers, on fait
partie des gens qui tenons le filet en place
pour attraper les infractions ou les
enjeux, mais ce n'est pas nous qui déterminons la grosseur des mailles du
filet, c'est d'autres joueurs, comme par exemple le CANAFE. Et, dans
cette ligne-là, nommément, c'est une ligne qui sert à donner des indications
aux institutions financières ou à toutes sortes d'organismes : les
sociétés et représentants d'assurance vie, courtiers
en valeurs mobilières, entreprises de services monétaires, comptables et
cabinets d'expertises comptables, secteur immobilier, les casinos. Ça
s'applique à un ensemble de joueurs dans l'économie qui touchent à des grosses
sommes d'argent qui peuvent être impliqués
de près ou de loin dans des transactions avec des juridictions qu'on pourrait
considérer... pas à nos standards en termes de partage d'information et
de rigueur du système fiscal, etc.
Dans
le document, ça donne, donc, des indications précises, puis vous en avez
quelques-unes aux pages 21 et suivantes. Je vous amènerais à la page 25, par exemple. Les opérations qui touchent
des comptes; il y a une qui dit nommément, là, des «dépôts fréquents de titres négociables au porteur dont les montants
se situent juste en dessous de 10 000 $». Ça, c'est un exemple. Dans vos systèmes informatiques,
mettez en place des marqueurs, pour reprendre l'expression. Si vous voyez
passer ce genre de transaction là fréquemment juste en dessous de
10 000 $, ça devrait vous alerter puis ça devrait peut-être être des transactions que vous
divulguez. Vous en avez une série, je ne les lirai pas devant vous ce matin
pour les... mais je vous assure qu'il
y a quand même dans ces encadrements-là un nombre de réponses intéressantes aux
questions que vous vous posez. Puis
peut-être qu'en invitant les gens qui sont responsables de ce morceau-là du
filet vous auriez des réponses qui satisfont davantage vos questions.
Spénard : C'est parce que vous nous avez parlé uniquement
d'évasion fiscale, et moi, je veux vous parler d'évitement fiscal. Et, pour moi, ça, c'est plus de l'évitement fiscal
que de l'évasion fiscale comme telle. Mais où vous situez-vous par rapport à l'évitement fiscal et
quels sont les signes qui peuvent vous paraître que l'évitement est abusif?
Est-ce que vous avez déjà regardé ça de votre côté?
Le Président (M.
Bernier) : M. Morisset.
M. Morisset (Louis) : Écoutez, peut-être que je l'ai mentionné tout à l'heure, je crois,
nous, on... bien, ce n'est pas notre juridiction de statuer sur ce qui
est légal ou non sur le plan fiscal, c'est le rôle de l'Agence du revenu, puis d'appliquer la loi fiscale ici, au Québec;
même chose pour la loi fiscale canadienne, par l'ARC. Mais, encore une fois, ce que l'on fait, c'est que,
dans les dossiers qui nous occupent dans notre champ de compétence, comme on
est évidemment conscients qu'il y a des ramifications
entre les transactions financières et des enjeux de nature fiscale, bien, on
fournit cette information-là aux
agences du revenu pour qu'elles déterminent, évidemment, s'il y a
lieu, s'il y a des... je
veux dire, s'il y a des infractions aux lois fiscales ou s'il y a
des éléments qui l'amèneraient à croire qu'une opération est fiscalement
trop agressive.
Alors, bref, encore
une fois, nous, nous ne pouvons déterminer... parce que ce n'est pas notre
rôle. Et on est 700 employés à
l'autorité, on n'est pas 10 000
comme à l'Agence du revenu. Dans le rôle qui est le nôtre, encore une fois,
je me répète, mais tout élément qui nous
apparaît douteux, qui nous apparaît particulier, on transfère cette
information-là puis on est, dans le
fond, au service de l'Agence du revenu, dans la limite de ce qu'on peut
faire — on l'a
expliqué plus tôt aujourd'hui — pour compléter, pour ajouter,
pour investiguer davantage, si nécessaire.
Donc,
bref, l'utilisation de filiales ou d'entreprises qui seraient localisées dans
des juridictions particulières, c'est aux autorités fiscales de
déterminer si c'est légitime ou non.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. Mme la députée de Gouin.
David (Gouin) : Merci, M. le Président. Messieurs, madame, bonjour. On
est contents de vous voir, pour toutes sortes de raisons, mais, entre
autres, parce que vous avez joué et vous continuez de jouer un rôle important
au Québec dans la lutte contre la corruption
et la collusion, qui a été le scandale des dernières années. Je prétends, moi,
que le scandale de l'évasion fiscale
va être le prochain. Et tant mieux. C'est important. On perd beaucoup, beaucoup
d'argent, au Québec, de l'argent qui
serait bien utilisé si l'État l'avait en sa possession, entre autres, pour nous
offrir des services publics.
Parmi les outils ou les possibilités, disons,
que certains proposent pour combattre les paradis fiscaux puis essayer de
s'assurer que personne ne se faufile entre les mailles du filet, il y en a qui
proposent d'avoir recours à un mécanisme de certification et à une liste noire, un peu sur le modèle de
ce que vous avez fait et vous faites encore, en matière de corruption et de collusion. Donc, ça voudrait
dire qu'une entreprise où il a été démontré que cette entreprise utilise
l'évasion fiscale ou un évitement fiscal
limite légale, mais c'est souvent profondément immoral, cette entreprise, donc,
ne recevrait pas de certification, ne
pourrait pas bénéficier de crédits d'impôt ou de subventions de la part de
l'État du Québec. Et j'aimerais vous
entendre là-dessus : Pensez-vous que ce dont je parle pourrait être un
mécanisme intéressant?
Le Président (M. Bernier) :
M. Morisset.
Morisset (Louis) : Merci, M.
le Président. Merci pour votre question. Bien, je pense que le parallèle que
vous tracez avec le mandat qui nous a
été confié en 2012 est un parallèle intéressant. Je pense que ça a eu un impact
positif. Le partenariat qui s'est
établi pour en arriver à offrir ces autorisations-là, à donner ces
autorisations aux entreprises a eu de l'impact positif.
Votre idée m'apparaît intéressante, par contre
il faudrait évidemment clarifier au niveau des autorités fiscales qu'est-ce qui est légal puis qu'est-ce qui ne
l'est pas, parce qu'aujourd'hui je pense que, quand on... encore une fois, si
je fais le parallèle ou je reviens au
parallèle que vous tracez, bien, les entreprises qui ont failli à leurs
obligations en vertu de certaines lois sont spécifiquement exclues, je
veux dire, elles n'auront pas d'autorisation.
Alors, je
pense qu'il faut, d'abord et avant tout, clarifier du point de vue des
autorités fiscales qu'est-ce qui est légal, qu'est-ce qui ne l'est pas,
puis, par la suite, un tel mécanisme pourrait évidemment être utile, je crois.
Le Président (M. Bernier) :
Mme la députée.
Mme David (Gouin) :
Et, si vous aviez à nous donner une opinion, parce que vous en avez
certainement compte tenu de votre longue expérience, vous tracez la
ligne où? Parce que je pense que la plupart des députés, on est un peu confrontés à tout ça : évitement fiscal,
évasion fiscale. On se rend compte, au fond, que l'évasion fiscale est un
fléau, on en convient, mais
l'évitement fiscal, quand il atteint certaines limites ou quand il s'approche
de la ligne de l'évasion fiscale, est tout autant un fléau, puis
peut-être plus, finalement.
Quant à
vous, avez-vous une opinion qui pourrait aider le législateur sur... l'endroit,
pardon, où on doit tracer la ligne?
Le Président (M. Bernier) :
M. Morisset.
Morisset (Louis) : Merci. Merci, M. le Président. Merci pour votre question. Je dirais que c'est
difficile pour nous d'exprimer
véritablement une opinion à cet égard-là en ce sens qu'on opère dans un régime
de droit, il faut que les règles
soient claires, et, quand les règles ne sont pas claires, bien, on a des gens
qui tentent évidemment de les contourner ou d'en tirer un
avantage.
Pour ma part,
comme président de l'autorité, si je peux m'exprimer ainsi, je pense que la
clarification de ce qui est légal et
de ce qui ne l'est pas, bien ça doit passer par là. Si je fais le parallèle
avec ce sur quoi on travaille, nous, au quotidien, bien, on a une réglementation qui est en place, on a des exigences qui sont, je
crois, claires, et il est possible pour
le régulateur, à ce moment-là, d'intervenir puis de déterminer si on est en
marge ou non de ces exigences-là. Je pense que, dans le domaine fiscal, il
y a beaucoup de zones grises et il
faudrait, d'abord et avant tout, je pense, clarifier ces zones
grises pour permettre une action plus efficace.
Mme David (Gouin) : Merci.
Président (M. Bernier) : Merci aux représentants de l'Autorité des marchés financiers, M. Louis Morisset, Mme Anne-Marie Beaudoin, M. Patrick Déry, M.
Jean-François Fortin, d'avoir participé aux travaux de la Commission des finances publiques.
Je vais
suspendre quelques instants afin de permettre à l'Association des banquiers
canadiens de prendre place et de permettre également de mettre en
fonction le service de traduction. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 12
Président (M. Bernier) : À l'ordre, s'il vous plaît! Donc, nous reprenons nos travaux. Donc, juste
avant de poursuivre, j'aurais besoin d'un consentement pour poursuivre
nos travaux jusqu'à 12 h 17. Ça va? Consentement?
Président (M. Bernier) : Oui. J'en étais persuadé. Nous avons le plaisir de recevoir ce matin l'Association des banquiers canadiens, représentée par M. Eric Prud'homme et M. Darren
Hannah. Je veux remercier M. Prud'homme de sa collaboration et des nombreux échanges que nous avons eus
ensemble et avec également le secrétaire de la commission parlementaire. Merci de votre appui et d'être ici, à la Commission des
finances publiques. Donc, sans plus tarder, vous avez 15 minutes pour votre présentation. Par la suite suivront les
échanges avec les parlementaires. La parole est à vous.
Prud'homme (Eric) : M. le Président, Mmes et MM. les membres de la Commission
des finances publiques, je m'appelle Eric Prud'homme, je suis directeur
général à la Direction du Québec de l'Association des banquiers canadiens. Je tiens d'abord à remercier la Commission des finances publiques d'avoir accordé à l'ABC l'occasion de contribuer à cette importante consultation sur l'évasion fiscale. L'ABC a déjà soumis un
mémoire en septembre dernier à ce sujet, et nous sommes ravis de pouvoir
en discuter les détails avec vous aujourd'hui.
S'est joint à
moi aujourd'hui mon collègue de l'ABC, Darren Hannah, vice-président, Finances, risques et politique prudentielle. M. Hannah a déployé des efforts considérables au nom de
l'ABC, travaillant sur des enjeux liés directement
aux efforts pancanadiens et internationaux de
lutte contre l'évasion fiscale, y compris la Norme commune de déclaration — NCD — de
l'OCDE et la loi FATCA des États-Unis. M. Hannah a comparu à ce sujet devant le comité
des finances de la Chambre des communes et devant le comité sénatorial des banques. Il a eu également
des entretiens directs avec le fisc
américain au sujet de la FATCA et de la NCD. Par ailleurs, au nom du
secteur bancaire, M. Hannah a déposé
un affidavit sur la FATCA devant la Cour
d'appel fédérale. Ainsi, il possède
une expertise considérable de ces enjeux. Nous serons ravis de répondre
à vos questions à la fin de notre présentation.
L'Association des banquiers canadiens représente
60 banques membres, soit des banques canadiennes ainsi que des filiales et des succursales de banques étrangères
exerçant des activités au Canada, et leurs 280 000 employés. L'ABC préconise l'adoption de politiques publiques
efficaces favorisant le maintien d'un système bancaire solide et stable au
profit des Canadiens et de l'économie
canadienne. Également, l'association encourage la littératie financière pour
permettre aux individus de prendre des décisions éclairées en matière de
finances et collabore avec les banques et les services de police en vue
d'aider à la protection des clients contre le crime financier et de
sensibiliser à la fraude.
Les banques ont une forte présence au Québec et
sont un moteur de croissance économique dans la province. L'apport des banques et des autres institutions de
dépôt dans le PIB du Québec est de 2,4 %. Les banques emploient plus
de 45 000 personnes au Québec. Les six
plus grandes banques ont versé environ 700 millions de dollars en impôt
provincial. Jusqu'en décembre 2014,
les banques ayant des activités dans la province ont autorisé
126 milliards de dollars en crédits aux entreprises québécoises,
dont 40 milliards aux PME.
En ce qui a trait à l'évasion fiscale et aux
recours aux paradis fiscaux, j'aimerais faire les rappels suivants.
Les banques
membres de l'ABC ne conseillent aucunement à leurs clients de recourir à l'évasion
fiscale, ni au Canada ni ailleurs.
Les banques du Canada respectent inconditionnellement les lois du pays et
celles des autres territoires où
elles exercent des activités, notamment les lois conçues afin de prévenir les
activités illégales telles que la fraude fiscale et le blanchiment d'argent. À
titre de contribuables, les banques paient
l'impôt sur leurs revenus au Canada et dans les territoires où elles exercent leurs activités. En vue de détecter les
cas possibles d'évasion fiscale et de les empêcher, les banques du Canada ont mis en place des régimes de
gouvernance et de conformité exhaustifs et multidimensionnels leur permettant de veiller à ce que les produits et les
services qu'elles offrent ne soient pas utilisés à des fins d'évasion fiscale.
Ces régimes prévoient plusieurs mécanismes,
notamment la règle «bien connaître son client», ainsi que des exigences
garantissant la prévention du blanchiment d'argent et du financement du
terrorisme, activités desquelles émanent les infractions principales liées à la
fraude fiscale.
Conformément
aux exigences législatives conçues afin de contrôler le blanchiment d'argent et
le financement du terrorisme, les
banques devront signaler au Centre d'analyse des opérations et déclarations
financières du Canada — CANAFE — toute opération effectuée ou potentielle où
il est raisonnable de suspecter un lien au blanchiment d'argent ou au
financement du terrorisme, signaler au CANAFE les opérations en espèces de
10 000 $ ou plus et les transactions
électroniques de fonds internationaux de 10 000 $ ou plus. En outre,
les banques doivent désormais soumettre tout rapport sur les transferts électroniques de fonds à l'Agence du
revenu du Canada, tenir des registres sur les comptes et sur l'usage de ces comptes, effectuer un suivi
continu des clients et des opérations et établir l'identité du client,
notamment les renseignements sur le
détenteur effectif. Dans le cas où une banque se doute qu'un compte sert à des
fins criminelles quelconques, elle veillera à sa fermeture.
Le régime de conformité de chaque banque est
encadré par les hauts dirigeants et par des comités du conseil d'administration avec pour objectif de surveiller
la gestion des risques et la conformité aux lois en vigueur, aux lois sur
les valeurs mobilières et aux autres règles
imposées par les organismes de réglementation. Afin de veiller à l'efficacité
des processus internes dans la détection de
l'évasion fiscale, les banques sont assujetties à un encadrement soutenu de la
part des autorités fiscales canadiennes
et du Bureau du Surintendant des institutions financières, l'organisme de
surveillance des banques au Canada. Par ailleurs, tous les employés de
banque doivent se conformer à un code de déontologie interne.
Outre les
exigences juridiques, les banques prennent ces responsabilités très au sérieux,
car l'évasion fiscale est mauvaise pour les affaires, et les
institutions financières de bonne réputation ne veulent pas y être associées.
Comme beaucoup
d'autres entreprises canadiennes, les banques orientent davantage leurs
activités vers la croissance,
élargissant leur présence à l'étranger grâce à des filiales bien ancrées dans
les quatre coins du monde. En livrant concurrence
sur les marchés mondiaux et en gagnant un revenu à l'extérieur du pays, les
banques non seulement soutiennent la
réputation du Canada à l'étranger, mais elles génèrent de grands avantages
économiques à domicile. Ces avantages comprennent des emplois hautement
qualifiés et très bien rémunérés, en plus de bénéfices plus importants qui se traduisent en dividendes pour les actionnaires
canadiens. Il est important de se rappeler que la plupart des Canadiens sont
actionnaires dans les banques du pays par
l'intermédiaire du Régime des rentes du Québec et du Régime de
pensions du Canada, du régime de
retraite de leur employeur, des REER, des fonds communs de placement et des investissements directs.
banques qui ont des succursales ou des filiales à l'étranger doivent mettre en oeuvre un programme de conformité
similaire au programme exigé au Canada pour détecter le blanchiment d'argent et le
financement du terrorisme. Les
banques utilisent le régime canadien de lutte contre le blanchiment d'argent
comme cadre de référence et lui superposent les politiques, les procédures et les règlements locaux afin de
s'assurer qu'elles respectent les lois des pays et territoires où elles
exercent des activités. Également, elles sont tenues de surveiller les
transactions. Si une institution financière suspecte
qu'un client effectue des activités douteuses, elle fermera son compte. Je tiens à
souligner que, si le client en question détient des comptes dans la
filière étrangère et au Canada, son cas sera traité par la banque de façon
globale.
L'ABC est
entièrement d'accord avec l'importance accordée par les dirigeants du G20 à la
transparence fiscale et à l'échange d'information comme moyens pour combattre l'évasion fiscale. Nous soutenons depuis longtemps
l'idée que le partage de renseignements entre les autorités fiscales conformément
aux lois de leur pays en matière de fiscalité est l'approche la plus
efficace pour lutter contre l'évasion fiscale à l'échelle internationale.
2 juin 2015, le Canada a signé l'Accord multilatéral entre autorités
compétentes, une étape importante vers la mise en oeuvre de la norme
commune de déclaration des renseignements fiscaux, de l'OCDE, en vue de
l'échange avec d'autres autorités fiscales.
Le Canada fait
partie des 90 territoires et plus qui, jusqu'à présent, se
sont engagés à mettre en oeuvre la
Norme commune de déclaration. La Norme commune de déclaration représentera un
processus d'échange mutuel de l'information sur les comptes détenus par
les contribuables dans d'autres pays. Ces efforts internationaux amélioreront considérablement la capacité des
gouvernements à traiter les enjeux liés à l'évasion fiscale. Une fois en oeuvre,
la NCD obligera tout individu et toute
entreprise à déclarer, à l'ouverture d'un compte et au moyen d'une
autocertification, le ou les pays où ils sont contribuables. Les
institutions financières devront évaluer la fiabilité de l'autocertification
conformément aux documents d'identification et autres documents à l'appui
fournis par le client dans le cadre du processus
usuel d'ouverture de compte auprès de l'institution. Lorsqu'un client est
considéré comme résident d'un autre pays
aux fins de l'impôt, les renseignements au sujet de son compte seront
communiqués aux autorités fiscales locales. À la fin de chaque année, les autorités fiscales de chaque pays
s'échangent automatiquement ces renseignements entre elles.
En complément
à la Norme commune de déclaration, l'OCDE a entrepris le projet de lutte contre
l'érosion de la base d'imposition et
le transfert de bénéfices. Ce projet comprend une série de 15 mesures conçues
afin de veiller à ce que les
bénéfices soient déclarés et, par conséquent, imposés dans le pays où ils ont
été réalisés. Ce projet est en développement. Toutefois, sa pierre angulaire sera un instrument multilatéral qui
normalisera les mesures adoptées par chaque pays en vue de mettre en
oeuvre ce projet. L'instrument multilatéral devrait être prêt à la fin de 2016.
Pour
conclure, M. le Président, nous tenons à rappeler que les banques canadiennes
ne conseillent aucunement à leurs
clients de pratiquer l'évasion fiscale. À
titre de contribuables, les banques
paient intégralement l'impôt sur leurs revenus au Canada et dans les
territoires où elles exercent des activités. Également, elles respectent
inconditionnellement les lois en
vigueur dans chacune de ces juridictions, notamment les lois conçues afin de
prévenir les activités illégales telles que le blanchiment d'argent et
l'évasion fiscale.
Finalement,
nous appuyons sans réserve l'élargissement de la portée des systèmes
intergouvernementaux d'échange de
renseignements fiscaux étant donné qu'il s'agit du moyen le plus efficace pour
cerner les cas d'évasion fiscale. L'Accord multilatéral entre autorités
compétentes et la Norme d'échange automatique de renseignements relatifs aux
comptes financiers en matière fiscale,
approuvés récemment par le gouvernement fédéral, représentent un important pas
dans cette direction.
Merci, mesdames et messieurs. Nous sommes
maintenant heureux de répondre à vos questions.
Président (M. Bernier) : Merci, M. Prud'homme. Merci de
votre présentation. Nous allons donc procéder aux échanges avec les parlementaires. Nous allons aller du côté
gouvernemental. M. le député de Pontiac, la parole est à vous.
M. Fortin
(Pontiac) : Merci, M. le Président. Merci, M. Prud'homme,
M. Hannah, d'être avec nous aujourd'hui. Et je pense qu'en tant que
commission nous avons apprécié votre réponse rapide à participer aux audiences.
Évidemment, la commission et ses membres ont
tenu à rencontrer vos membres également parce qu'ils ont eux-mêmes une perspective très précise sur ce qui
se passe à l'intérieur de leurs quatre murs, disons. Mais il y a une utilité,
une importance même à vous avoir ici
aujourd'hui. Je pense que vous êtes quand même privilégiés pour savoir ce qui
se passe dans l'industrie, c'est-à-dire pour
nous parler des tendances, pour nous parler des changements. Et, pour moi-même avoir travaillé dans une association
d'industries un peu similaire à la vôtre, disons, je sais que vous êtes les
experts en tout ce qui a trait aux données
de l'industrie. Donc, vous connaissez cette industrie-là mieux que quiconque
et vous pourrez peut-être nous éclairer
quant à certaines précisions. Je vous ai entendu pendant votre allocution et
dans votre mémoire et je n'ai aucun
doute que ce que vous dites est absolument vrai, que les banques respectent les
lois ici et ailleurs, dans tous les
pays dans lesquels ils opèrent, mais la réalité reste que plusieurs des banques
canadiennes ont des branches dans ce
qui sont considérés des paradis fiscaux un petit peu partout à travers la
planète, notamment dans les Caraïbes.
Ce que
j'aimerais savoir de vous en tant qu'association, c'est : Avez-vous une idée
de l'ampleur des opérations des
institutions canadiennes dans des pays qui sont considérés des paradis fiscaux?
Et, si vous avez suivi nos travaux un peu
au cours des dernières semaines — M. Prud'homme, je n'ai aucun doute que
vous l'avez fait — vous aurez
entendu des fiscalistes venir nous
parler de l'importance du problème, mais des règles internationales qui font en
sorte que plusieurs personnes qui ont
des avoirs dans des paradis fiscaux ramènent leur argent dans leurs pays
respectifs récemment. Est-ce que ces
mesures-là, cette réalité-là ont une incidence sur, disons, le niveau de succès
des institutions financières canadiennes qui opèrent dans des paradis
fiscaux?
Le Président (M. Bernier) :
M. Prud'homme.
Prud'homme (Eric) : Votre
question comprend plusieurs aspects. Alors, la première chose, il faut faire la
distinction entre paradis fiscaux et juridictions à faibles taux d'imposition.
Donc, à ce sujet-là, avec la permission de M. le président, je demanderais à
mon collègue de commenter.
M. Hannah
(Darren) : Sure. You've
touched on a number of points in there, and I'd like to touch on a number of them because a lot of what
you're talking about will be dealt with through the OECD's Common Reporting
Standard. The Common Reporting
Standard is designed to get at exactly the issue that you are raising. If there
are individuals who are tax residents
of one country but hold assets in another country, it will provide a mechanism
so that those assets and those individuals
are identified, that information is sent to their local tax authority and then
is transferred automatically among
tax authorities so that the tax authority in the country where the individual
is a tax resident will get information about
the accounts, about the transactions, and so forth, so that they can make an
assessment about whether or not that person
has paid tax. Ultimately, there has been recognition that to deal with this
issue it has to be dealt with on a multinational basis, a multilateral basis,
and I think you've heard that before, but it's true.
this is the mechanism to get us there, and it will ultimately get at what
you're talking about and it's coming very quickly. Canada is a signatory, so are... I
think we're up to 94 countries, including, frankly, every country I think
most of us have ever heard of. So, it's really going to be the tool that will
get us to address the issue that you've just described.
Le Président (M. Bernier) :
Mme la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme de Santis : Merci, M. le
Président. Bienvenue. Merci d'être là. Vous savez, la Barbade, c'est un pays
d'environ 400 kilomètres carrés et moins de 300 000 habitants. Les
cinq grandes banques canadiennes ont environ 17 filiales à la Barbade. On peut
se poser des questions particulièrement quand on sait aussi que la Barbade,
c'est le deuxième plus important récipiendaire — deuxième, après les États-Unis — des investissements canadiens. En 2014, c'était 71 milliards de dollars qui étaient à
la Barbade. Vous avez parlé des changements qui seront faits dans les années
à venir. On sait que peut-être
Singapour ne sera pas parmi ceux qui signent ces ententes-là. Est-ce qu'on va décider d'aller de la Barbade vers Singapour?
Vous savez,
la différence entre une planification d'évitement fiscal et l'évitement fiscal abusif,
c'est une très fine ligne. Est-ce que
les banques canadiennes font une vérification
diligente quelconque quand ils acceptent de participer dans des projets ou transactions où leurs services sont
demandés? Est-ce que les banques canadiennes... est-ce qu'elles demandent
pour des opinions juridiques pour leur dire
que, oui, ça, ça pourrait être une planification fiscale abusive et peut-être
on ne devrait pas y participer? Merci.
Le Président (M. Bernier) :
M. Prud'homme.
Prud'homme (Eric) : Au niveau
des vérifications et de l'encadrement juridique, les banques canadiennes, et je l'ai mentionné lors de notre
présentation, doivent bien identifier la personne avec laquelle elles font
affaire ou l'entreprise. Alors, c'est, un, d'abord, connaître son client.
Maintenant,
il existe des comités de gestion du risque au sein des conseils
d'administration et de la haute direction, il existe des comités de conformité à la réglementation. Les banques sont
hautement réglementées, je l'ai mentionné : le Bureau du Surintendant des institutions
financières du Canada, ligne directrice. Par ailleurs, les banques, et je l'ai
aussi mentionné, les banques ne
veulent pas être associées à des opérations douteuses, et de toute façon il
existe la
loi sur le recyclage des produits de la criminalité et du
financement du terrorisme, et elles doivent respecter différentes normes et différents rapports. Entre autres, par exemple,
pour les dépôts de... lorsque les transactions en argent de 10 000 $
ou plus, les virements internationaux
de 10 000 $ ou plus... alors il y a un rapport automatiquement qui
est fait au CANAFE. Ça, c'est une
chose. Lorsque les banques aussi vont ouvrir un compte de banque, elles doivent
s'assurer quelle sera l'utilité et à
quoi va servir ce compte de banque là. Alors, ça, d'une part, il y a un
encadrement à la base qui s'opère comme ça avec un système de conformité qui existe au Canada et un cadre, et pour
les opérations des banques à l'extérieur du Canada ce cadre-là sert de
référence à laquelle se greffent les lois du pays où les opérations sont
effectuées.
Avec la permission de M. le président, je
demanderais à mon collègue de compléter.
Le Président (M. Bernier) :
Mr. Hannah.
M. Hannah (Darren) : Sure. There is something I can say that, I think, will give you the
reassurance you're looking for.
my colleague mentioned in the opening remarks, clearly nobody wants to be... no
bank wants to be involved with money laundering or anything of the sort, and to give you an
example of how diligent they are... an
article was written recently by Mark Carney, current head of the
international Financial Stability Board, current governor of the Bank of
England, former governor of the Bank of Canada and, clearly, an
authority. In the article, he actually lamented that banks have become so cautious, so conservative, so concerned
about being diligent in their practices around AML that it's becoming
challenging to actually send money for legitimate commerce overseas. Banks take
this incredibly seriously.
Mme de Santis : I'm not talking about tax
evasion, money laundering, I'm talking about due diligence, obligations that a bank might have when it
agrees to participate in financial or business transactions. Is there any due diligence that is done? And what is the extent of that due diligence?
I said earlier, there is a fine line between «la planification fiscale et l'évitement fiscal abusif». It is a
very fine line. It's
very difficult for us to define it today. And we all agree that you are doing
your part to ensure that there is no money
laundering, that you know your client. I am not at all referring to that. So,
can we come now to what is much more difficult to comprehend and to
discuss, which is financial planning and abusive financial planning?
Une voix :
M. Prud'homme ou Mr. Hannah.
Prud'homme (Eric) : Oui.
Bien, au niveau des opérations, l'association n'est pas directement impliquée au niveau des
opérations. Et effectivement il y a en place des systèmes pour faire en sorte... avec les conseils
d'administration, avec la haute
direction, avec les spécialistes de la gestion du risque, pour ne pas être
associés à des opérations douteuses. Alors,
il y a une série d'outils qui vont être utilisés justement
pour ne pas être associés à des opérations douteuses et ce à quoi vous mentionnez. Et là je ne suis pas dans
une banque, mais j'imagine que ça peut faire
partie d'un des outils utilisés.
Le Président (M. Bernier) : M.
le député de Laval-des-Rapides.
Polo : Oui. Merci beaucoup, M. le Président. Je vais poser quelques questions
plus spécifiques au niveau des statistiques, au niveau des comptes qui
servent à des fins criminelles ou à des fins autres... ou, justement, à des
fins criminelles. Est-ce que vous avez des statistiques, au cours des dernières
années, justement, vu une augmentation de l'importance qui est donnée au traitement de ces
informations-là? Avez-vous des statistiques à nous donner à ce niveau-là?
Prud'homme (Eric) : Je n'ai
pas ces informations-là. Je n'ai pas ces informations-là. Peut-être que les
corps policiers seraient mieux placés...
Polo : Mais vos membres, c'est quand même des institutions
financières. Ma question, c'est plutôt : Est-ce que ces institutions financières vous
communiquent, par exemple, des statistiques sur le nombre de comptes qui sont
fermés dû à une utilisation pour des fins criminelles ou autres? Est-ce
que ces informations-là vous sont communiquées?
Prud'homme (Eric) : Ces
informations-là vont être communiquées en vertu de la
Loi sur le recyclage des
produits de la criminalité, et l'autorité,
c'est le CANAFE, le centre d'analyse des opérations et des transactions
financières.
Le Président (M. Bernier) :
O.K. M. le député.
Le Président (M. Bernier) :
O.K. Mr. Hannah.
M. Hannah (Darren) : I believe FINTRAC, the Financial
Analysis and Transactions Centre, periodically publishes data on the volume of suspicious
and large value transactions that are reported to FINTRAC. So, I would invite
you to perhaps discuss it with FINTRAC or just check some of their
publications. They have some of that information.
Le Président (M. Bernier) :
Thank you. M. le député de Chapleau.
Carrière : Merci, M. le Président. Merci d'être ici aujourd'hui
pour nous éclairer. Vous avez affirmé dans votre mémoire, là, et j'en suis, là, que les banques, vos membres, là,
ainsi que leurs succursales à l'étranger ne conseillent aucunement à leurs clients de recourir à l'évasion
fiscale ni au Canada ni ailleurs puis vous dites que les banques du Canada
respectent inconditionnellement les lois du
pays et celles des autres territoires où elles exercent des activités. Mais,
celles des autres territoires où elles exercent des activités, j'imagine que
les lois ne sont pas les mêmes qu'ici, les conditions ne sont pas les mêmes. Et on sait que les paradis
fiscaux existent. Donc, la personne qui a de l'argent et qui veut utiliser ces
paradis fiscaux là, ce que je comprends, ce
que vous nous dites, c'est qu'ils ne peuvent utiliser les banques canadiennes
vu les vérifications qui sont faites autant ici qu'à l'étranger. Ça, c'est ma
première question.
Et vous dites
aussi que, quand vous vous rendez compte que les gens, ils veulent faire des
transactions à des comptes à des fins
criminelles ou à des fins de paradis fiscaux, vous fermez leurs comptes
immédiatement. Il arrive quoi lorsque vous
fermez ces comptes-là? Est-ce que vous êtes tenus de dénoncer à Revenu Canada,
à Revenu Québec, ou à je ne sais qui d'autre, ou à la GRC? Et admettons
que c'est moi, là, puis vous mettez mon 10 millions dans un sac puis je
pars avec — tu
sais, je fais une blague, là — mais, je veux dire, il arrive quoi à ce
moment-là, là?
Le Président (M. Bernier) :
M. Prud'homme.
Prud'homme (Eric) : Alors,
écoutez, bien, d'abord, vous avez mentionné les banques, ici, canadiennes, là.
Quelqu'un entre dans une banque canadienne
puis demanderait d'ouvrir un compte
de banque à l'étranger dans un endroit où
une banque canadienne a des opérations à l'étranger. Ça ne fonctionne pas comme
ça. Alors, d'abord, il faut savoir identifier la personne, on l'a bien mentionné, là,
connaître son client, hein, s'assurer que, si la personne veut ouvrir un
compte ailleurs, il faut savoir avec
qui on fait affaire, quels sont ses objectifs,
est-ce que c'est des objectifs
qui sont légaux, qui sont licites,
et, bon, la banque canadienne pourrait faire un référencement, référer le
client éventuellement dans un
endroit ou dans une juridiction à faibles taux d'imposition où elle a des
opérations. Il y a des vérifications qui se font.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. Oui, Mr. Hannah.
M. Hannah (Darren) : I was just going to add, in reference
to your specific question around the operational... what will happen in respect of operations at a
bank level. I know you're going to be hearing from a number of witnesses
today who are bank-level experts on AML
procedures and I invite you to ask them because they can give you more details
than we can about how that operation rolls through.
M. Carrière :
Est-ce qu'il nous reste du temps?
Le Président (M.
Bernier) : Non, il ne nous reste plus de temps. J'ai juste une
petite question à poser.
Vous savez, le public
qui nous regarde a constaté, dans plusieurs cas, des situations qui sont difficilement
acceptables et quelle est la participation
des... Et je vous donne un exemple : le cas Porter, où il y a eu quand
même beaucoup d'argent transité vers
les paradis fiscaux. Est-ce que, par la suite, quand on constate ces choses-là,
les banques se réunissent et se
concertent pour apporter des modifications ou être capables d'apporter des
correctifs pour éviter ce genre de choses là? Et d'ailleurs vous avez mentionné que vous travaillez contre... la lutte
en ce qui regarde l'évasion fiscale, mais également versus le terrorisme. Donc, c'est important
d'avoir des suivis pour faire le cheminement et d'apporter les corrections si
on veut réellement être efficaces.
M. Prud'homme (Eric) : Bien, écoutez, premièrement, on ne peut pas
commenter sur des cas spécifiques, mais, de façon générale...
Président (M. Bernier) : Le but n'est pas de commenter un cas
spécifique. Le but, c'est de savoir s'il y a des mesures et des discussions qui sont prises par la suite pour apporter
des correctifs par rapport à la situation comme on vit.
M. Prud'homme (Eric) : Alors, bien, à la base, là, les banques, là,
respectent les lois au Canada, à l'étranger puis s'assurent de les respecter et elles font tout pour respecter, pour se
conformer. Il y a des comités de conformité pour être sûr qu'elles respectent les réglementations, et,
pour s'assurer justement que leur réputation soit intacte, tout est mis en
branle, puis aussi au niveau de la prévention
de la fraude pour faire en sorte qu'il n'y ait aucune opération douteuse aussi,
qu'elles ne soient associées à aucune
opération douteuse, donc, et des sommes importantes sont investies en ce sens-là.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député de Rousseau.
Marceau : Oui. Merci, M. le Président. Alors,
M. Prud'homme, M. Hannah, merci d'être là. Je vais aller tout
de suite aux questions.
veux vous parler du rôle des cartes de crédit. Il y a un texte qui avait été
publié sur le site Web de CBC News le 25 juin
2013 et qui raconte... Là,
je vais vous lire un petit paragraphe, là : «You can open an account in,
for example, a Caribbean
tax haven and you can get the bank that is handling that account to issue you a
credit card. In
effect, you're buying
with money that has been accumulated in a disguised corporation in a tax
haven.» Et là, plus loin, on
nous raconte, dans le fond, qu'il y
a moyen, dans le fond, de se servir d'un compte qui a été ouvert dans une filiale d'une
banque canadienne dans un paradis
fiscal, de s'en servir comme un compte de banque standard... bien, c'est-à-dire, d'avoir une carte de crédit, et,
à chaque mois, les achats qui ont été effectués au Canada,
au Québec sont payés par des fonds qui résident dans le compte
de banque dans le paradis fiscal.
Alors,
je voudrais vous entendre là-dessus : De quelle manière la réglementation canadienne, québécoise empêche ça?
Est-ce que c'est, d'après vous, un phénomène qui est
fréquent? En tout cas, CBC avait l'air de dire que c'était arrivé
de manière régulière. Maintenant,
moi, je n'ai pas de statistique là-dessus, mais j'aimerais bien vous entendre là-dessus.
Il me semble qu'il y a une faille dans nos
lois qui permet, donc, de dépenser de l'argent qui réside dans un paradis fiscal à l'aide
d'une carte de crédit.
Le Président (M.
Bernier) : M. Prud'homme.
M. Prud'homme (Eric) : Écoutez, malheureusement, dans toute la préparation que j'ai faite, je
n'ai malheureusement pas eu la
chance de lire l'article auquel vous faites référence.
ne pourrais pas commenter dans le détail des opérations les cartes de crédit. Par contre,
je vais me permettre de rappeler un
principe, c'est en vertu de... Vous le savez, vous avez été ministre des Finances, il revient
à l'individu de, lui, déclarer ses
sources de revenus à l'étranger à Revenu Canada, O.K.? Alors, la personne qui
ouvre un compte de banque et qui a
des revenus qui sont générés à l'étranger a la responsabilité de déclarer ça à
Revenu Canada. Ça, c'est un principe, là,
important. Donc, l'imposition est basée sur la résidence et non sur la
citoyenneté. Je ne réponds pas directement à votre question, on s'entend, mais, je pense, c'est
pertinent parce que vous parlez d'un Canadien qui aurait un compte de banque
ailleurs, dans une juridiction à faibles
taux d'imposition. Donc, je me permets d'amener cette précision-là. Je ne sais
pas si mon collègue veut ajouter.
Le Président (M.
Bernier) : Mr. Hannah.
M. Hannah (Darren) : Sure. The OECD's Common Reporting
Standard will take care of a lot of what you're talking
about because that individual, if they are Canadian residents and they have an
account in a foreign country, that resident
will be identified, and account information will be transferred to the local
tax authority and then, from there, transferred
to the Canadian tax authority. In addition, a credit card account is considered
an account under OECD's CRS, as it is
under FATCA, if you're carrying a positive credit balance. So, if somebody
tries to put, I don't know, $75,000 or
something on their credit card, carry a positive balance and then spend that
down, that's considered to be an account.
Le Président (M. Bernier) :
Thank you. M. le député de Rosemont.
M. Lisée :
Bonjour, M. Prud'homme. La Banque Royale, est-ce qu'elle est membre de
l'Association des banquiers canadiens?
Prud'homme (Eric) : Oui, la
Banque Royale est membre. Et d'ailleurs, sur notre site Internet, j'ai
mentionné, il y a 60 banques qui sont membres, et vous avez la
liste de toutes les banques qui sont membres chez nous.
M. Lisée :
D'accord. Très bien, très bien. Je vais vous citer deux choses différentes, et
vous allez me dire si vous voyez une contradiction. Alors, un
article
qui a été publié très largement en janvier dernier : «La Banque Royale du Canada [...] va devoir verser 35 millions de
dollars américains à la Community Futures Trading Commission [...] pour avoir élaboré un système de vente fictive de
produits dérivés avec ses filiales offshore situées au Luxembourg, aux Bahamas
et aux îles Caïmans afin de payer moins
d'impôt au Canada[...]. [...] [Dans] des documents consultés[...] — documents américains — la RBC
[a accepté de verser les 35 millions,] aurait effectué "des milliers
de transactions fictives qui ont eu
pour effet de manipuler la valeur de certains produits dérivés". [...]"Pendant
la période en cause, des employés de la Banque Royale ont structuré et exécuté [des milliers de transactions] qui
s'équivalaient et qui s'annulaient à tous égards, précise l'un des documents [américains]. [...]Il
s'agissait de transactions manipulatrices et trompeuses."» Ça, c'est un
document.
L'autre, je
vous cite. Vous avez dit tout à l'heure : «Les banques du Canada
respectent inconditionnellement les lois du pays et celles des autres
territoires où elles exercent des activités...» Est-ce que vous voyez la
contradiction?
Prud'homme (Eric) : Écoutez,
j'ai mentionné qu'on ne commente pas des cas spécifiques. Vous référez à un
cas spécifique, on n'est pas ici pour commenter.
M. Lisée :
Vous avez une banque qui admet avoir fraudé et qui, dans une entente conclue en
décembre dernier, remet
35 millions aux autorités américaines parce qu'elle a fraudé. Alors, ça,
là, ce n'est pas il y a 20 ans, là, c'est il y a moins d'un an. Alors, il est faux de dire qu'elles
respectent inconditionnellement les lois, puisque la Banque Royale admet
qu'elle n'a pas respecté la loi américaine.
Le Président (M. Bernier) :
M. Prud'homme.
M. Prud'homme (Eric) : Je dirais,
avec respect, M. le député, c'est votre interprétation.
M. Lisée : C'est mon
interprétation? Vous ne croyez pas la Banque Royale lorsqu'elle admet avoir
fraudé?
M. Prud'homme
(Eric) : Je vous l'ai dit,
je ne commenterai pas des cas spécifiques auxquels vous référez. Comme
association, je vais vous expliquer, on va vous donner les grands principes, et
c'est ce qu'on fait.
Le Président (M. Bernier) :
M. le député de Rousseau.
M. Marceau :
Peut-être une question technique mais qui m'intrigue. Il y a une époque, je ne
sais pas, moi, il y a 25 ans,
50 ans, où, quand on voulait faire un transfert de fonds, on prenait une
grosse enveloppe puis on mettait des billets de banque, on collait un timbre dessus, on mettait ça à la poste, puis
ça se rendait dans le pays, puis un jour il y a quelqu'un qui ouvrait l'enveloppe puis il disait :
Bien, il y a effectivement de l'argent. Aujourd'hui, après quelques touches sur
un clavier, le transfert est
effectué. On a des règles qui établissent un montant à partir duquel ça va être
rapporté aux autorités : 10 000 $.
Mais il me semble, là, de façon fort simple qu'un transfert de
10 000 $, quatre transferts de 2 500 $, 10 transferts
de 1 000 $, ça se ressemble pas mal en termes d'efforts qui sont à
effectuer par une personne.
Alors, la question que je vous pose,
c'est : Qu'est-ce qui empêche, dans la réglementation actuelle, de faire 10 transferts de 1 000 $? Puis qu'est-ce
qui arrive si quelqu'un fait, systématiquement, à tous les jours ou 10 fois par
jour, des transferts de
1 000 $? Je me doute bien qu'il y a un seuil de fréquence de
transferts qui va faire en sorte que la lumière va s'allumer, là, mais, d'une certaine manière, pour une personne qui a
un rythme de consommation normal, c'est assez simple d'éviter la règle
du 10 000 $, il me semble.
Le Président (M. Bernier) :
M. Prud'homme.
M. Prud'homme (Eric) : Alors, vous allez avoir des experts, là,
aujourd'hui, là, dans le domaine, mais, je peux vous dire, dans le cadre de la préparation, pour avoir relu quelques
fois la loi et les règlements, la
Loi sur le recyclage des produits de la criminalité, ce à quoi vous
faites référence, c'est... la loi traite de ces questions-là. Il y a des
dispositifs pour encadrer exactement
ces choses-là dans la... Je ne pourrais pas vous référer à la disposition
spécifique, mais la loi en tient compte, et sa réglementation aussi.
Le Président (M.
Bernier) : D'accord. Mr. Hannah?
M. Hannah (Darren) : Sure.
I would just add, there are two types of reporting — and
I think this may address part of your question :
there's large value transaction reporting that you're talking about, where
there's a dollar threshold and, over that threshold,
you report, but there's also suspicious transaction reporting, where it
is : what you are doing looks very unusual, it doesn't seem to fit
with your standard transaction pattern, it seems like something that is unusual. So, that's what tries to get at what
you're talking about, transactions that may be below the threshold but still
seem very odd.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député de Beauce-Nord.
Spénard :
Merci, M. le Président. Bienvenue, M. Prud'homme et M. Hannah. Ça me
fait plaisir de vous accueillir pour essayer
de nous éclairer un peu. On remarque que, dans les filiales des cinq grandes
banques, dans les paradis fiscaux,
vous êtes pratiquement partout et avec plusieurs succursales. Vous semblez
appeler ça non pas des paradis fiscaux, mais des pays à faibles taux
d'imposition; oui et non.
Moi,
ce que je veux en venir, c'est qu'il y a à peu près 300 milliards de
dollars canadiens qui sont actuellement dans les paradis fiscaux. J'imagine qu'ils transitent par quelque part,
j'imagine qu'ils sont déposés à quelque part, j'imagine que ce n'est pas juste virtuel sur un fil de
téléphone. Alors, quelle est l'implication, selon vous, là, de vos membres dans
ce 300 milliards de dollars là, qui dort dans les paradis fiscaux?
Le Président (M.
Bernier) : M. Prud'homme.
M. Prud'homme (Eric) : Alors, encore une fois, là, il faut faire la
distinction. Vous parlez de paradis fiscaux, c'est différent de juridictions à faibles taux d'imposition. Et, étant
donné qu'on rentre dans les technicalités puis on a un expert avec nous,
je passerais la parole, avec votre permission, M. le Président, à mon collègue
M. Hannah.
Le Président (M.
Bernier) : Mr. Hannah.
M. Hannah (Darren) : OK. So, Canadian banks, they operate
in 50 plus jurisdictions. What they do there, typically, it varies.
I think we discussed this earlier.
They may be doing some international financing through some of these markets. I think that you've heard this before, I think, from one of the
other witnesses, the Ministry of Finance, but it's a very competitive market,
international finance. So, what we try to do... banks try to make sure that
they can compete internationally. If they're
trying to compete for a transaction in a foreign country against a competitor
that comes from a lower tax jurisdiction, they have to be competitive in
that environment, so they have to try to offer terms that are competitive, and, in doing that, they're able to
get business that otherwise might not be available. That brings jobs back
to Canada, that brings dividends back to
Canada, that helps all Canadians. It helps grow the business, it helps grow the
institution and therefore it helps grow the economy.
Canada
is a trading nation, these are trading firms. It's very important for us, this
is how we grow.
Le Président (M.
Bernier) : Thank you. M. le député.
Spénard : Oui, je sais qu'il y a une compétitivité entre les
banques, je sais que les banques font beaucoup de financement international, mais, encore là, je ne
vous parle pas du financement international des banques ou de la compétitivité entre les banques, je vous parle de
Canadiens qui envoient de l'argent dans les paradis fiscaux, dont vous
êtes les mandataires de cet argent-là.
Vous
avez dit tantôt que, concernant la FATCA, aux États-Unis, qui va s'en venir
obligatoire avec les pays de l'OCDE, et tout, ça, ça va bien en autant que le
pays dans lequel est située la succursale... Si, je ne sais pas, les îles
Caïmans décident de ne pas signer cet
accord-là, alors, il n'y aura pas de divulgation parce que le pays ne
divulguera pas, et la banque qui est
là ou la succursale bancaire qui est là, elle ne divulguera pas non plus parce qu'elle ne sera pas obligée par le pays. Ce n'est pas une question de solidarité sociale, là, c'est une question
de : une banque, c'est : Suis-je obligée ou non? Si elle n'est
pas obligée, elle ne le fera pas.
Alors,
moi, j'aimerais vous entendre que... Est-ce
que, les banques, pour les pays qui
vont divulguer leurs choses... est-ce
qu'il va y avoir un mouvement...
comme un député a demandé tout à
l'heure, va-t-il y avoir un mouvement
vers Singapour, vers... je ne le sais pas? Comment les banques
réagissent à ça, à cette obligation-là?
Le Président (M.
Bernier) : M. Prud'homme.
M. Prud'homme (Eric) : C'est difficile de... Vous faites référence à des
approches, des opérations internationales. On
n'est pas au niveau des opérations, à l'association, là, alors on ne s'immisce
pas dans les décisions d'opération prises sur une base individuelle par
nos membres.
Le Président (M.
Bernier) : M. le député.
Spénard : O.K.
Vous dites que les décisions individuelles de vos membres, ça ne vous touche
pas, mais vous devez avoir, en tant
qu'association, un code d'éthique et vous devez avoir un code d'éthique qui
réglemente vos membres. Sinon, une
association qui n'a pas de code d'éthique pour réglementer leurs membres...
Moi, je me demande : Est-ce que
les banques conseillent des personnes pour faire de l'évitement? Il y a de
l'évitement fiscal abusif puis il y a aussi de l'évasion fiscale. Il faut que ces personnes-là soient conseillées par
vos membres, j'imagine. Alors, est-ce
que vous possédez un code
d'éthique que les banques respectent?
Le Président (M.
Bernier) : M. Prud'homme.
M. Prud'homme (Eric) : Alors, premièrement, puis je le mentionne à nouveau, là, les banques
ne donnent pas des conseils aux
particuliers pour faire de l'évasion fiscale, pas du tout, O.K.? Il
existe des produits au Canada pour la retraite,
pour les études des enfants. Les banques... 96 % de taux de bancarisation au Canada, donc 96 % des Canadiens
sont titulaires d'un compte de banque. Il va
y avoir des discussions entre les particuliers puis leurs banquiers puis qui
vont leur dire : Bien, écoutez,
il y a des outils intéressants qui existent pour épargner pour la retraite, par
exemple le CELI, par exemple les
REER. Alors, oui, il y a des discussions comme ça, mais les banques ne donnent
aucun conseil, pour faire l'évasion fiscale, à des particuliers.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député, dernière question.
Spénard : Ma dernière question : Dans quelle mesure
votre organisation se positionne contre les paradis fiscaux ou les pays
à faibles taux d'imposition, comme vous appelez?
Le Président (M.
Bernier) : M. Prud'homme.
M. Prud'homme (Eric) : Bien, je suis content que vous posiez la
question. Alors, nous, au niveau international, là, les démarches qu'on voit actuellement, alors le Canada, le
2 juin 2015, qui a signé l'accord multilatéral et la norme commune d'échange d'information, l'Association des
banquiers canadiens supporte ça pleinement, c'est un pas dans la bonne
direction, on est en faveur de ça.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. Mme la députée de Gouin.
David (Gouin) : Merci, M. le Président. Messieurs, bonjour. On est
contents de vous voir. Ça a pris un peu de temps avant que ça fonctionne, mais on est contents de vous voir.
Puis moi, j'aimerais ça qu'on rende simples des choses qui parfois, à
force de dire qu'elles sont compliquées... ça finit par être opaque.
Alors, moi, je vais
vous dire une chose simple pour M. et Mme Tout-le-monde, c'est qu'il n'y a pas
que la Banque Royale. En fait, les cinq
grandes banques que nous allons recevoir aujourd'hui et qui font
partie de vos
membres ont toutes des filiales dans
des paradis fiscaux, toutes. Il y en a qui en ont plus que d'autres, mais elles
en ont toutes. Alors, c'est sûr que
ça nous interroge, là. On peut bien appeler ça juridiction à faibles
impositions ou paradis fiscal, l'idée générale, c'est que, quand on s'en va dans un paradis fiscal ou une juridiction à
faible niveau d'imposition, c'est parce qu'on veut payer le moins d'impôt possible et que ça, ça fait
mal à nos services publics. Ça, là, je pense que tout le monde est capable
de comprendre ça.
question que je veux vous poser... Vous dites : Les filiales des banques
dans les paradis fiscaux seraient tenues aux mêmes obligations, tout le monde a les mêmes obligations. Moi, je
voudrais savoir si vraiment, là, les filiales des banques dans les paradis fiscaux sont tenues aux mêmes
obligations que leurs maisons mères au Canada — obligations fiscales, bien entendu.
Le Président (M.
Bernier) : M. Prud'homme.
M. Prud'homme (Eric) : Alors, d'abord, vous utilisez le terme «paradis
fiscaux», là. Mon collègue me corrigera, là, mais il n'y a plus de
juridictions qui sont qualifiées de paradis fiscal, selon la liste de l'OCDE.
Alors, ça, c'est une première chose.
Deuxième
chose, les banques canadiennes ont des opérations extraterritoriales, hein, on
l'a mentionné, dans plus de 50 pays, de façon à faire en sorte
qu'elles soient les plus compétitives possible. Le marché canadien, en termes
de croissance, est limité, hein? Alors, pour
permettre aux banques d'être compétitives par rapport aux banques au niveau international,
pour permettre, faire en sorte que l'action, la valeur de l'action prenne de la
valeur... Et, vous savez, c'est tous
les Québécois puis tous les Canadiens qui possèdent les actions
de banques. Qu'est-ce que ça veut dire? Bien, en 2014, c'est 14,8 milliards qui a été
versé en dividendes.
Qui est
actionnaire des banques, hein? C'est les régimes de retraite privés — les employeurs vont mettre de l'argent
là-dedans; la Régie des rentes du Québec; le
Régime de pensions du Canada; les REER; puis il y a les investissements directs. Ça fait que,
quand les banques ont des revenus et quand la valeur de l'action des banques
croît, bien, c'est tout le monde qui en bénéficie, puis, si tout le
monde en bénéficie, bien c'est bon pour la société.
Président (M. Bernier) : Merci. M. Prud'homme, l'OCDE,
présentement, a défini des nouvelles mesures à mettre en place en ce qui
regarde justement l'évasion fiscale et l'évitement fiscal. Ils font l'objet
d'ententes entre les 20 pays qui en
sont membres, et ces mesures devront entrer en vigueur dans les prochains mois
de façon, justement, à venir aplanir et diminuer et, si on veut,
anéantir même l'évasion fiscale et l'évitement fiscal.
Est-ce que
votre association collabore avec les gens de l'OCDE actuellement pour la mise
en application de ces mesures dans nos institutions bancaires
canadiennes?
Prud'homme (Eric) : Bien, on
supporte ça, ces mesures-là, bien sûr, et, en tant qu'association
professionnelle, lorsqu'on est consultés, on va participer puis on va
mettre à contribution les commentaires de nos membres.
Maintenant,
pour répondre spécifiquement à votre question, je demanderais à mon collègue si
lui a des commentaires à ajouter.
Le Président (M. Bernier) :
Mr. Hannah.
M. Hannah (Darren) : Sure. I think what you're referring to
is the Base Erosion and Profit Shifting Project, that
the OECD has under way, that will implement 15... they call them actions, that
are designed, as my colleague said, to better
align economic activity with where profit is recorded for the purpose of
taxation. We will probably comment on that
as the Department of Finance federally moves forward to implement it at a
national level, because what has to happen is, first, the agreement has to be structured internationally, and then
national regulations and legislation guidelines, and so forth, have to
be brought into place in order to give effect to that. It's really at that
point that the CBA, the Canadian Bankers
Association, interacts, it's to understand and work with the Government to
determine how that is to be implemented at a national level.
Le Président
(M. Bernier) : OK. Thank you. Thank you for your participation at this Committee. M. Prud'homme, merci de votre participation à la
Commission des finances publiques.
Nous allons
suspendre nos travaux jusqu'après la période des questions. Nous allons
reprendre cet après-midi à la salle
du Conseil législatif, si vous voulez prendre note. Nous allons transférer à la
salle du Conseil législatif nos travaux, cet après-midi, où nous allons recevoir, dans un premier temps, la
Banque Nationale du Canada. Merci. Merci de votre collaboration.
(Suspension de la séance à 12 h 9)
Président (M. Bernier) : Donc, à l'ordre, s'il vous
plaît! La commission
reprend ses travaux, et, bien sûr, je demande aux personnes présentes dans
la salle d'éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
Nous allons
poursuivre des consultations
particulières et les auditions
publiques dans le cadre du mandat
d'initiative portant sur le phénomène
du recours aux paradis fiscaux. Au départ, je demande le consentement pour dépasser l'heure prévue de fin des travaux, jusqu'à
19 h 15. Consentement? Consentement. Merci beaucoup.
Donc, nous
avons le plaisir... et je les remercie de leur présence et de leur collaboration ainsi que de leur patience, mais
vous comprenez que les événements internationaux
nous ont retardés dans nos travaux à la Chambre. Donc, nous recevons la Banque Nationale du Canada, représentée
par M. Jean Dagenais, premier vice-président, Finance; et M. Claude Breton, vice-président, Affaires
publiques et relations investisseurs. Merci beaucoup de votre présence, merci
de votre collaboration. La parole est à vous pour 15 minutes pour votre
présentation.
M. Dagenais (Jean) : M. le
Président, membres de la commission, bonjour. Mon nom est Jean Dagenais, premier vice-président, Finance, à la Banque
Nationale. Je suis accompagné de M. Claude Breton, vice-président, Affaires
publiques et relations investisseurs. Au
cours des prochaines minutes, nous aimerions vous dresser un portrait succinct
du rôle de la Banque Nationale et de sa
présence à l'international, vous présenter notre point de vue sur les paradis
fiscaux et finalement vous soumettre quelques idées relatives à
l'évasion fiscale.
D'abord, la
Banque Nationale a été créée en 1859 ici, à Québec, par des entrepreneurs et
pour des entrepreneurs. Cet élément fondateur fait toujours
partie de la
culture d'entreprises à la banque d'aujourd'hui. La Banque Nationale propose des services bancaires intégrés à une
clientèle de particuliers, de PME et de grandes entreprises. Elle mène ses
activités dans trois secteurs d'affaires : d'abord, le secteur
particuliers et entreprises, qui regroupe les activités du Service bancaire, de financement et
d'investissement offertes aux particuliers et aux entreprises ainsi que des
produits et services d'assurance;
ensuite, la gestion de patrimoine, qui propose des solutions de placement, de
services fiduciaires et d'autres
solutions de gestion de patrimoine; et enfin le secteur marchés financiers, qui
offre des services bancaires et des services de banque d'affaires à une
clientèle institutionnelle.
Aujourd'hui,
la Banque Nationale compte un actif de 216 milliards de dollars. La Banque
Nationale, c'est plus de 450
succursales bancaires au Canada et 100 bureaux de courtage de valeurs
mobilières. Géographiquement, nous fournissons des services bancaires d'assurance et de gestion de patrimoine de façon
étendue au Québec, au Nouveau-Brunswick et en Ontario. À cela s'ajoute une présence importante dans d'autres centres
métropolitains au Canada, comme à Winnipeg, Calgary ou Vancouver par exemple. Nous avons aussi développé au fil du
temps une expertise reconnue dans diverses industries. La banque exerce donc un leadership dans plusieurs domaines,
qu'il s'agisse du financement de films au Canada ou à Hollywood, de l'agriculture, de l'énergie, des infrastructures, de
financement gouvernemental, et bien davantage. Il s'agit donc d'un rôle
économique d'importance au Québ