Institutions — 8 March 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2016-03-08
Quebec — Committees
Le Président (M. Ouellette) :
Après avoir constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des
institutions ouverte. Et, s'il vous plaît, vous assurer que vos appareils électroniques
sont en mode silencieux afin de ne pas perturber nos travaux.
La commission
est réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 59,
Loi édictant la Loi concernant la
prévention et la lutte contre les discours haineux et les discours incitant à
la violence et apportant diverses modifications législatives pour
renforcer la protection des personnes.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Giguère (Saint-Maurice) remplace Mme Montpetit
(Crémazie); M. Hardy (Saint-François) remplace M. Tanguay
(LaFontaine); M. Lisée (Rosemont) remplace Mme Hivon
(Joliette); M. Rochon (Richelieu) remplace M. Leclair
(Beauharnois); et M. LeBel (Rimouski) remplace M. Marceau
(Rousseau).
Président (M. Ouellette) : Merci. Je vais vous souhaiter la plus cordiale des bienvenues en ce
mardi matin, de retour d'une semaine, je pense, très occupée, tout le
monde, en circonscription.
Donc, M. le député d'Argenteuil, M. le
député de Saint-Maurice, de Saint-François, d'Ungava,
Mme la députée de Montarville, M. le
député de Richelieu — un des
quatre Sylvain — Mme la
députée de Taschereau et Mme la ministre, lors de notre dernière séance sur le projet de loi n° 59, nous
avions entrepris l'étude du sous-amendement du député de Richelieu qui consistait à introduire les mots
«tenu de manière répétée» dans le deuxième... dans le troisième
paragraphe de l'amendement. Et je pense que,
si je me souviens bien, M. le député de Richelieu avait des informations à
transmettre à la commission et avait des commentaires à faire sur son
sous-amendement.
M. Rochon : Oui. Merci, M. le
Président. Bonne Journée internationale des femmes à toutes.
Alors, je rappelle ce sous-amendement que j'ai présenté à la commission à sa dernière séance. Il était à l'effet
de modifier l'amendement à l'article 1
de la loi proposée par l'article 1 du projet de loi en ajoutant,
dans l'alinéa introduit par le troisième paragraphe de l'amendement et
après les mots «deuxième alinéa», les mots «tenu de manière répétée» :
«Est un discours haineux, un discours visé au deuxième alinéa, tenu de manière
répétée».
Alors, ce sous-amendement, M. le Président, Mme la
ministre, s'inscrit dans le même
esprit que ceux que nous avons jusqu'ici soumis à la commission, à
savoir encadrer, restreindre la portée de ce projet de loi qu'une majorité d'experts — je
suis tenu de le répéter — qu'une
majorité d'experts qu'on a entendus estime être
liberticide, c'est-à-dire qu'il s'attaque à la liberté, à la liberté
d'expression au lieu de lutter contre l'intégrisme. Au lieu de lutter contre
l'islamisme radical, la loi qui naîtra de ce
projet si la ministre ne s'amende pas, elle risque, cette loi, d'être
instrumentalisée pour lutter contre
celles et ceux qui luttent contre ces dérives intégristes. On a encore une fois l'impression que la ministre veut ouvrir à la commission des droits de
la personne et de la jeunesse un beau gros bureau des plaintes. Le plaignant
n'a pas ou la plaignante n'a pas à être
exposé au rejet, à la détestation ou au dénigrement, elle n'a qu'à être
susceptible de l'être. Alors, le droit de s'exprimer librement, là, est
clairement menacé, M. le Président.
On a reçu, au
cours des derniers jours, un document rédigé par Antonin Miller, qui est
chroniqueur en sciences sociales, qui
dit de l'esprit de ce projet de loi qu'il est douteux : L'esprit de cette
loi «invite à mettre trop d'emphase sur le ressenti victimaire — écrit-il — dans
l'offense au détriment des faits, [au détriment] de la réalité, [au détriment]
du contexte[...]. C'est inadmissible»,
écrit-il. Je le trouve aussi. Nous le trouvons aussi. On se bat depuis des
semaines contre cela. Et on se heurte
à l'opinion de la ministre à l'effet que, justement, l'effet du discours compte
davantage que l'intention du discours. Il nous semble à nous que
l'intention du discours est bien plus importante.
Il ne faut pas oublier, M. le Président, que ce
projet de loi, il rend légitime toute dénonciation, même anonyme. «[Ça] risque — écrit M. Miller, que je citais
tantôt — de
donner lieu à beaucoup de plaintes d'intégristes et à des poursuites abusives pour "offense
victimaire" d'ordre religieux ou autre. [Ça] va engendrer — écrit-il
toujours — une
contamination du climat social...» Voilà pourquoi
il faut mieux encadrer, mieux préciser. Voilà pourquoi, à notre point
de vue, ce serait déjà une avancée que d'adopter ce sous-amendement qui
parlerait d'un discours haineux «tenu de manière répétée».
Président (M. Ouellette) : Merci, M. le député de Richelieu. Mme la députée de Montarville, on
n'avait pas eu le temps, justement, pour votre intervention lors de
notre dernière séance.
Mme Roy
(Montarville) : Merci beaucoup, M. le Président.
Naturellement, mon commentaire va porter uniquement sur le
sous-amendement du député de Richelieu. Ce qu'on veut faire ici, c'est rajouter
qu'on parle d'un discours haineux qui est un discours qui est tenu de manière
répétée. Je dois souligner, pour le bénéfice des gens qui nous écoutent, que ça fait exactement partie,
cette idée d'un discours qui est tenu de manière répétée, de ce que nous
tentions d'évoquer à l'effet que
l'endoctrinement des jeunes ne se fait pas de façon instantanée, mais c'est un
discours insidieux et c'est un
discours qui est répété, ça se fait de longue haleine, ce n'est pas une... La
radicalisation des jeunes ou de qui que ce soit n'est pas automatique
après uniquement une phrase ou un mot. Et, comme l'objectif de la loi est de
contrer la radicalisation, force est de
constater qu'on parle d'un discours ou de propos qui auraient été répétés à
plusieurs fois ou qui auraient servi
à laver le cerveau des personnes pour les amener à commettre quelque chose ou
les amener à se radicaliser, pour le
moins. Et l'idée de mettre «tenu de manière répétée», ça rejoint totalement
l'objectif que nous visions, qui était de contrer la radicalisation des jeunes. Alors, je pense qu'il y a toute
une nuance ici, dans le discours puis les propos que nous voulons
contrer.
Et je persiste à dire que ces propos que nous
voulons contrer, qui sont des propos qui sont tenus de manière répétée, sont aussi... pas les propos de n'importe
qui mais les propos des agents de radicalisation, des imams
autoproclamés, des prédicateurs
autoproclamés. Et de personne d'autre. Et c'est extrêmement important de le
souligner parce que, si on brime la liberté d'expression de façon
beaucoup plus générale, beaucoup plus large, c'est une trop grande atteinte à
la liberté d'expression de chacun. Et c'est la raison pour laquelle il faut
être plus spécifique, selon nous, et il faudrait ajouter — et j'y
tiens fortement — que ce
sont les propos de ces agents de radicalisation qu'il faut contrer, naturellement,
lorsque ces propos s'inscrivent dans tout ce
processus de radicalisation pour amener quelqu'un vers quelque chose,
vers un but très précis.
Et j'aimerais
souligner ici... J'avais pris une note il y a quelques semaines, puis on
n'avait pas eu l'occasion d'en parler,
mais que les fameux mots, hein, les mots pour le dire — il y avait une émission qui s'appelait comme
ça, d'ailleurs, à moins que je ne me trompe — les fameux mots que
nous devrions rechercher et retrouver dans cette loi là, ce sont vraiment... contrer des propos, mais des propos,
comme je le disais, qui ne viennent pas de n'importe qui et qui ne
viennent pas de n'importe où, mais des propos qui émanent de l'extrémisme
religieux, de l'intégrisme, de la...
Et ce que je
trouve intéressant, c'est que, lors de sa visite au pays, à Montréal, si je ne
m'abuse, il y a le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon,
qui y est allé d'une déclaration très intéressante lorsqu'il était à Montréal
et qui parlait — et c'est M. Ban Ki-moon qui parle — de la lutte à la radicalisation et à
l'extrémisme religieux. Alors, ça, moi,
ça m'a touchée parce que c'est exactement ce à quoi nous devons nous attaquer
avec ce projet de loi. Et j'aimerais beaucoup que nous puissions voir
ces mots qui, jusqu'à présent, ne sont pas présents dans ce projet de loi et
que nous réclamons depuis l'ouverture des
travaux, enfin depuis que la loi a été déposée, au mois de juin dernier. Et ces
mots-là ne sont toujours pas là, et pourtant c'est à ça qu'il faudrait
s'attaquer, à l'extrémisme religieux et à ce que ça amène.
Et je ne peux pas m'empêcher de faire un
parallèle. Aujourd'hui, c'est la Journée internationale des femmes, et il y
avait des images qui circulaient sur Internet sur la répression des femmes
aujourd'hui en Turquie, lors d'une manifestation,
cette oppression dont sont victimes les femmes, mais une oppression qui émane
d'un intégrisme religieux. Et,
partout à travers le monde, dans d'autres pays, on le voit. Et c'est une
réalité : on parle de charia, on parle de burqa, on parle de niqab. Et il n'y a personne qui va me faire
accroire ici aujourd'hui que ces femmes-là qui sont opprimées et qui
doivent se cacher de la tête aux pieds le
font de leur bon gré. Jamais, jamais
je ne croirai ça, M. le Président. On les a amenées à cette réflexion, mais
jamais de leur propre gré... jamais une femme ne voudrait se cacher de la tête
aux pieds de son propre gré si ce n'est que
pour se protéger elle-même d'un intégrisme religieux qui la sanctionnerait parce qu'on la verrait.
Et c'est la
raison pour laquelle, quand Ban Ki-moon parle de la lutte à la radicalisation
et à l'extrémisme religieux, c'est à
ça qu'il faut s'attaquer au Québec, à l'extrémisme religieux. Et, Dieu soit
loué, on est loin de voir ce qui se passe dans ces pays ici, mais il faut prévenir pendant qu'il en est encore
temps. Et j'espère que la ministre verra que les démarches qui sont faites
sont effectivement dans un but de prévenir ces dérives épouvantables que sont
la charia et compagnie.
Et il ne faut pas oublier, M. le Président,
qu'ici même en 2006 — moi,
je n'y étais pas, mais les collègues de l'Assemblée
nationale y étaient — ils ont
voté une motion contre l'adoption de la charia. Parce qu'il y a
actuellement de ces imams qui sont encore
ici, au Québec... Ils sont venus nous parler d'ailleurs. Il y en a un qui est
venu en commission parlementaire et
qui, lui, faisait
partie de ceux qui voulaient avoir l'instauration de la
charia au Québec : C'est une bonne chose, hein, les tribunaux islamiques au Québec, ça serait une bonne
chose. Non, ça serait horrible, il faut
se battre contre ça.
Et je pense
que l'occasion nous est donnée dans ce projet de loi de faire des choses précises contre
l'extrémisme religieux, l'islamisme radical. Et personne n'a le courage de
mettre ces mots-là dans un projet de loi actuellement au Québec.
C'est ce que je dénonce, c'est ce que je déplore. Parce qu'il
n'y a pas d'autre raison de faire une loi actuellement, il n'y en a pas
d'autre.
Hier, il y avait
les gens du SCRS qui nous donnaient des chiffres inquiétants sur des gens, des
jeunes qui ont été radicalisés, qui sont allés à l'étranger, qui sont à
l'étranger, certains qui sont revenus. On parle de 60 jeunes qui sont allés faire le djihad qui sont ici, au Canada, ils
sont revenus. Ces jeunes-là ont-ils un agenda? Ils sont là pour faire quoi?
Ils sont allés pour faire, on s'en doute,
là... enfin on fait plus que s'en douter, le SCRS nous confirme qu'ils sont
allés faire le djihad, donc la lutte
armée pour défendre des préceptes religieux radicaux, et ils sont revenus au
pays, ils sont ici, ils sont parmi
nous. Où sont-ils? J'imagine que les policiers les suivent à la trace, et je me
fie à la capacité et au professionnalisme des policiers québécois et
canadiens. Cependant, la problématique, elle existe.
Et c'est la raison pour laquelle j'aurais
souhaité de tout coeur qu'on voie dans cette loi que ces termes soient indiqués, qu'on lutte à l'extrémisme religieux,
comme le dit... et comme l'a si bien dit le secrétaire général des
Nations unies Ban Ki-moon, qu'on lutte
contre l'islam radical. Ce n'est que ça, le problème, il n'y en a pas d'autre,
et c'est la raison pour laquelle la loi avait été déposée en juin dernier, pour lutter
contre la radicalisation des jeunes. Et je vous rappelle que, cette radicalisation-là, elle est seulement
due à l'islam radical, il n'y a aucune autre radicalisation qui est problématique.
Alors, M. le
Président, je vous soumets que l'amendement «tenu de manière répétée»,
pardon, le sous-amendement, excusez-moi, «tenu de manière répétée»,
c'est un sous-amendement auquel nous souscrivons entièrement puisque la
radicalisation et l'endoctrinement — ou l'embrigadement, comme le
disait Me Julius Grey, à juste
titre — c'est un processus qui
se fait à force de préceptes insidieux mais aussi répétés. Alors, pour ces
raisons, nous voterons pour ce sous-amendement, M. le Président.
Le Président (M. Ouellette) : Merci,
Mme la députée de Montarville. Mme la députée de Taschereau.
Mme Maltais : Merci,
M. le Président. Alors, d'abord,
bonne Journée internationale des femmes. Il y a eu tout un débat
sur le féminisme la semaine dernière. Moi, j'ai comme opinion... je veux
simplement faire un commentaire laconique, qui parle.
Je suis
féministe depuis toujours et pour longtemps. Et j'ai pris la peine... Je ne
pensais pas... Je ne veux pas en parler
longtemps, mais je pense que ce commentaire se raccroche bien à ce que vient de
dire ma collègue de Montarville. Je la remercie de bien comprendre le
sens de notre amendement, qui est effectivement l'amendement du député de Richelieu, qui est : «Tenu de manière
répétée», pour qu'on distingue les incidents qui peuvent arriver dans une
société des gens qui véritablement veulent
radicaliser les jeunes, qui veulent entraîner des gens vers l'extrémisme
violent. Et, bon, ce terme-là nous a
été refusé, effectivement, la collègue de Montarville l'a rappelé. Mais nous,
nous avions proposé qu'on parle
d'extrémisme religieux. Hein, le mot «intégrisme religieux», «extrémisme
religieux» a été amené de façon régulière par les oppositions, et
jamais, jamais il n'y a d'appui de ce côté-là du gouvernement.
C'est
important, ce que vient de dire la collègue, parce qu'elle nous ramène à une
chose. On a parlé de féminisme. Le
féminisme, c'est l'appel à l'égalité entre les hommes et les femmes. Or, le
féminisme s'est mondialisé au fil du
temps. M. le Président, le féminisme,
c'est aussi de se dire que nous allons... Les acquis que notre société québécoise a eus, ils font l'envie de bien des femmes à travers
le monde maintenant, qu'on pense à l'équité salariale, qu'on pense
au partage du patrimoine familial, qu'on pense à... simple accès aux
professions, nous sommes... à l'accès à l'éducation. Ce sont des avancées dans
le monde.
Par contre, l'extrémisme religieux amène
systématiquement, là, à l'inégalité entre les hommes et les femmes. Et, peu importent les extrémismes, à part Raël, peut-être,
qui est une secte dont on peut s'amuser, ou le monstre du... pas le monstre, mais la religion du spaghetti volant, qui
existe, là, aussi. Je pense que ces gens ont le goût de s'amuser avec
le phénomène religieux. Il y a quand même
le fait que la montée du phénomène religieux, en général, amène un recul
des droits des femmes.
Alors, c'est
pour ça qu'aujourd'hui, Journée internationale des femmes, on peut se
dire : Bon, si on a le goût de célébrer les acquis, si on a le goût
de parler de ce qui reste à faire, on a le goût aussi de s'inscrire dans une
mouvance mondiale de défendons les droits des femmes partout. Et
l'extrémisme religieux, la radicalisation, qui sont la base, normalement, de ce qui a amené ce projet
de loi là, nous amènent à un recul
des droits des femmes immense. Il y a
des femmes qui n'ont plus le droit de sortir de la maison sans être
accompagnées de leurs hommes dans des pays où ils avaient le droit avant...
accompagnées d'un mari...
M. Boucher : M. le Président?
Le Président (M. Ouellette) :
Oui, M. le député d'Ungava.
M. Boucher : Bon, je
comprends que c'est un débat qui est
très intéressant, surtout aujourd'hui, en cette journée des femmes, mais j'aimerais, si possible, qu'on revienne à l'étude du sous-amendement comme tel, là, à savoir le texte qui nous est proposé aujourd'hui.
Le Président (M. Ouellette) : Mme
la députée de Taschereau.
Mme Maltais : Merci,
M. le Président. Vous avez bien compris, je suis tout à fait dans le sujet.
Alors, il y a, puisque je vais être plus explicite pour le collègue,
dans l'extrémisme, des discours tenus de manière soutenue, répétée, qui
font qu'on embrigade, qu'on endoctrine et que des sociétés en viennent à faire
reculer les droits des femmes.
L'extrémisme
religieux, c'est un discours tenu de façon répétée, ce n'est pas en une fois
qu'on fait reculer des droits, c'est
en plusieurs fois. On embrigade des sociétés,
on endoctrine des sociétés, on endoctrine des gens. On mélange le politique
et le religieux par un endoctrinement, par une façon de voir, par la charia.
Ça, c'est le portrait mondial.
Alors, nous,
au Québec, en déposant une loi comme celle-là, la
version... l'interprétation qu'en font une grande majorité de juristes... Une grande majorité de
gens impliqués dans le dossier de la laïcité, une grande majorité de
gens qui couvrent ce sujet depuis des années
considèrent qu'en faisant cela on encourage au lieu de museler l'extrémisme
religieux. Puis je vais vous lire, M. le Président, à l'appui de ce que vient
de dire notre collègue, je vais relater un fait, puis je vais passer d'un texte
de Pierre Trudel, qui a été paru, à un texte de François Doyon, qui ramène à un
texte de Denise Bombardier. Et ce chemin-là
va montrer exactement pourquoi ces mots-là, «tenu de manière répétée», sont
pertinents.
Pierre Trudel, mercredi le 2 mars, il nous
écrit ceci : «Pratiquement tous ceux qui se sont exprimés lors de la commission parlementaire ont mis en garde contre les graves violations de
la liberté d'expression qu'on retrouve dans le projet de loi n° 59
sur la prévention du discours haineux.
«Devant pareil tollé, la
persistance du gouvernement à vouloir le faire adopter surprend.
«Certes, la ministre
y a apporté des modifications. Pour l'essentiel, la principale modification a été d'inclure dans le texte
du projet de loi une définition de ce qui constitue du discours
haineux.
La définition proposée se lit comme suit — bon,
évidemment, il n'y avait pas les derniers amendements, là, je vais enlever en
lisant les mots qui doivent être enlevés :
«"Est un
discours haineux le discours [...] qui, aux yeux d'une personne raisonnable,
est d'une virulence et d'un extrême
tel qu'il est susceptible d'exposer ce groupe à [...] au rejet, à la
détestation [et] au dénigrement [...] notamment pour que ce groupe soit
perçu comme étant illégitime, dangereux ou ignoble."
«La simple
lecture de cette définition permet de constater que ce qui est considéré comme
du discours haineux en droit canadien, ce n'est pas n'importe quel
propos critique qui hérisse les gens.
«Ce n'est pas
n'importe quel discours ou éditorial critiquant un groupe protégé contre la
discrimination qui est un propos haineux.
«Il faut que le propos atteigne à un seuil élevé
de gravité dans l'esprit d'une personne raisonnable.
«Sauf que,
dans la société québécoise actuelle,
il s'en trouve plusieurs pour crier au discours haineux dès qu'un
commentaire les choque.
«Dans un tel
contexte, il paraît irresponsable de mettre à la disposition de ceux qui ont du
mal à tolérer des propos avec lesquels ils sont en désaccord, un
mécanisme de plaintes aussi commodément disponible pour faire taire les
opinions qui leur déplaisent.
«Par exemple,
il y a quelques jours, certains qualifiaient de discours haineux un commentaire
publié dans ce journal par Denise Bombardier et portant sur des
événements survenus au cégep de Maisonneuve.»
Effectivement,
et là je reviens... Je l'ai appris sur le blogue de François Doyon, quelqu'un
m'a envoyé... Je ne connais pas ce
François Doyon, je ne connais pas ses blogues, mais je sais qu'il a posté un commentaire d'Odile Jouanneau, dont le
nom est connu maintenant parce
qu'elle a gagné une plainte au
Conseil de presse contre Djemila Benhabib suite à une accusation de
plagiat. Mme Benhabib se défend et dit : Je n'ai pas voulu plagier,
si j'ai plagié. Mme Jouanneau dit :
Non... Alors, je n'irai pas sur cette accusation-là. Mais qu'a posté
Mme Jouanneau? Alors, elle a posté d'abord l'article La
direction du collège de Maisonneuve rétablit les faits . Collège de Maisonneuve, c'est un débat qu'on a déjà établi. Elle a posté... Elle écrit à la Direction du cégep : «J'attends vos commentaires au sujet de la mise au point de la direction, et aussi celle du
syndicat des profs.» Mais ensuite elle ajoute : «Aussi, si ça vous tente
de dénoncer Denise Bombardier pour incitation à la haine, je suis partante!» En
postant un beau grand sourire.
Denise
Bombardier, pour un article... Elle est partante pour l'attaquer pour
incitation à la haine. Eh, quand on lit l'article de Denise Bombardier, excusez-moi, là, on tombe à terre. C'est loin de l'incitation
à la haine. Mais la personne, elle,
l'interprète comme incitation à la haine. C'est la démonstration exacte du
problème du projet de loi n° 59, mais c'est aussi la démonstration de ce
qui pourrait nous éviter ça avec «tenu de manière répétée». Déjà, ça nous
aiderait à encadrer le problème.
Mais voici
une démonstration éclatante faite par Pierre Trudel du problème du fait de
légiférer contre le discours haineux
et de ne pas vouloir l'encadrer. Parce
que plus ça va,
plus on essaie d'encadrer, moins on a de réponses. Alors, M. le Président,
je vais lire ce que dit ensuite Pierre Trudel :
«On [a] beau lire et relire cent fois le propos
de Mme Bombardier, il est difficile d'imaginer comment une personne
raisonnable pourrait y voir quelque chose qui se rapproche de la définition de
propos haineux que nous avons reproduit plus haut.
«Mais, si le
projet de loi 59 était devenu loi, rien n'empêcherait une personne de
traîner la commentatrice devant la Commission des droits de la
personne», avec anonymat à la dénonciatrice.
Alors, M. le Président, il y a un délai d'un an à la Commission des droits de la personne et des droits
de la jeunesse avant le traitement d'une plainte. Alors, Denise
Bombardier vivrait avec cela pendant un an au-dessus de sa tête. Je, personnellement, vivrais, comme collègue
de l'Assemblée nationale, avec des dénonciations de propos haineux.
Parce qu'imaginez-vous donc que, toute la semaine, j'ai vu sur Facebook, sur
Twitter des commentaires disant... particulièrement
de M. Charkaoui, le Collectif québécois contre l'islamophobie et de sa
gang disant : Agnès Maltais fait du
discours haineux — bien, je
viens de me nommer, excusez-moi, M. le Président. La députée de Taschereau fait
du discours haineux. Je ne fais pas de
discours haineux, je commente un projet de loi. Mais, vous voyez, ça dit
exactement ce pour quoi Pierre Trudel
dit : Attention! et pourquoi la petite, toute petite balise que nous donne
le député de Richelieu nous permettrait, à tout le moins, de nous sortir
du phénomène de l'attaque constante contre les gens qui ont des propos avec
lesquels les gens sont en désaccord. C'est vraiment le problème.
Alors, je félicite le député de Richelieu.
J'espère que cet amendement... sous-amendement sera accepté, M. le Président.
Le Président (M. Ouellette) :
M. le député de Richelieu, vous allez sûrement avoir des commentaires sur les
commentaires de votre collègue.
M. Rochon : Brièvement, M. le Président — je vais vous surprendre — brièvement. Écoutez, je me réjouis de
voir la seconde opposition souscrire à ce sous-amendement. Je crois que nous
partageons la même volonté de ne pas manquer notre cible, hein?
je reviens au document de réflexion que nous soumettait il y a quelques jours M. Antonin Miller, chroniqueur
en sciences sociales. Il écrit dans ce document qu'«au Québec, nous avons [...]
connu notre grande époque des noirceurs avec les dérives imposées jadis par la
religion catholique et sa collusion avec le pouvoir politique. Faut-il encore souligner — poursuit-il — à tous la toxicité des pouvoirs répressifs
d'un régime politico-religieux obscurantiste lorsqu'il a la possibilité
de s'imposer à toute une collectivité? Il suffit de se renseigner sur l'état de
la liberté de conscience et d'expression lorsqu'elle est interdite dans
certains pays du monde[...]. C'est tout à fait ce que nous ne voulons pas comme modèle de société. Un appel au retour de
l'obscurantisme politico-religieux nous revient sous la pression de
l'islam qui s'implante de plus en plus au Québec et ailleurs. Or, il faut le
dire, ce culte religieux a comme étendard celui de soumettre les infidèles à
ses propres règles.»
Passer
le projet de loi n° 59, en faire une loi — c'est moi, là, c'est une parenthèse dont je
suis l'auteur — sans modifier profondément ledit projet de
loi — et
je poursuis le texte de M. Miller — ça équivaudrait «à octroyer
un accommodement déraisonnable pour plaire
aux intégristes religieux[,] leur [donner] plus de pouvoir afin qu'ils
puissent imposer plus facilement leurs croyances et leurs règles aux citoyens
de notre société démocratique».
le Président, j'espère — je disais vouloir être bref, je vais tenir ma promesse — voir la ministre souscrire à ce sous-amendement tout à fait raisonnable :
«Est un discours haineux, un discours visé au deuxième alinéa», nous
souhaitons que soit ajouté «tenu de manière
répétée». «Tenu de manière répétée». Encore une fois, nous craignons vivement
que ce projet de loi n° 59 ouvre à la commission des droits et
libertés de la personne et de la jeunesse un énorme bureau des plaintes, hein, où toute personne se sentira
vexée, ostracisée, dénigrée pour le moindre petit mot de travers. C'est
pour ça qu'il est important de parler d'un discours tenu de manière répétée.
Voilà, M. le Président.
Le Président
(M. Ouellette) : Commentaires, Mme la ministre, avant que...
Mme Vallée :
Oui, certainement. Dans un premier temps, je veux souhaiter aux collègues une
très belle journée internationale de
la femme, je pense qu'on est tous et toutes portés par cette même volonté d'en
arriver à l'égalité pour tous et pour toutes.
ce qui est de l'amendement... du sous-amendement, pardon, qui est présenté,
dans un premier temps, je pense qu'il
est important quand même de recadrer une petite chose, là, c'est-à-dire que je
reviens encore avec Whatcott, mais il ne faut pas oublier que, dans
l'arrêt Whatcott, on nous explique clairement que, lorsque vient le temps
d'interdire les discours haineux, les moyens
de défense comme la véracité, la motivation ou la continuation de l'acte
n'étaient pas des éléments qui sont
requis. Donc, la répétition d'un propos n'est pas nécessaire en soi pour
constituer un discours haineux.
Et pourquoi, pourquoi
c'est comme ça? Parce qu'un discours haineux, des propos haineux qui sont
forts, on s'entend, là, un propos haineux, c'est un propos qui est fort, qui
est quand même d'un certain extrême, dès qu'il est prononcé, un propos de cette teneur-là, une fois, c'est une fois de
trop. Et le caractère répétitif, le problème que ça pose... Dans la définition d'ajouter le caractère
répétitif, ça nous amène un élément arbitraire dans l'évaluation de ce qu'est
ou ce que n'est pas un discours haineux. À partir de combien de fois le propos
est-il un propos haineux? Est-ce que c'est deux
fois? Est-ce que c'est quatre fois? Est-ce que c'est 10 fois? Est-ce qu'on
ne place pas, en insérant la proposition de notre collègue... Et je
comprends ce qui est visé et je comprends qu'on cherche à éviter que ne soient
déposées des plaintes manifestement frivoles
et non fondées à l'encontre de ceux et celles qui ont manifesté un désaccord
avec une opinion, manifesté une opinion dissidente. L'objectif n'est pas
de venir pénaliser ceux et celles qui manifestent une dissidence, loin de là. Mais ajouter le caractère répétitif dans la
définition amènerait un élément d'arbitraire qui pourrait donner lieu à des décisions... à des évaluations
contradictoires qui pourraient porter atteinte à l'objectif même du projet de
loi. Donc, ce qui pourrait être un élément que nous pourrions peut-être étudier
un petit peu plus loin, ce serait de voir, au niveau des sanctions, au niveau des décisions, est-ce que le
caractère répétitif ne devrait pas être considéré et pris en
considération.
L'autre élément que
je souhaite rectifier, évidemment le projet de loi, tel qu'il est rédigé, ne
permet pas à des individus de déposer des
plaintes au tribunal. Ils vont saisir la commission des droits de la personne
et de la jeunesse, qui a tout le
loisir de rejeter une dénonciation qui est frivole, qui est vexatoire. Donc,
cet élément-là demeure. Il est possible de dénoncer quelque chose qui est manifestement frivole et vexatoire et qui
vise, d'une certaine façon, à bâillonner quelqu'un qui souhaite
simplement exprimer une décision dissidente.
Alors,
je vous explique le tout, mais, pour ce qui est de l'ajout du caractère
répétitif, je crois, et à la lumière des enseignements de la Cour
suprême puis à la lumière du potentiel arbitraire que cela viendrait ajouter,
je pense qu'il est peut-être délicat
d'incorporer ce sous-amendement, bien que je comprends très bien ce qui anime
notre collègue et ce que visent nos
collègues des oppositions. Parce que l'objectif, encore une fois, je vais le
dire, le redire et le redire, ce n'est pas
d'empêcher le discours d'opinion, bien au contraire. Les discours des gens, de
ceux et celles qui chroniquent parfois sont difficiles, parfois sont
cinglants, mais on ne veut pas les empêcher. Elles ont toute leur place dans
une société libre et démocratique.
Le Président
(M. Ouellette) : Commentaires sur les commentaires de la
ministre, M. le député de Richelieu.
M. Rochon :
M. le Président, moi, je ne remets pas du tout, pas du tout, pas du tout, là,
en question la bonne foi de la ministre. Je
la crois, là, quand elle dit qu'elle ne veut pas museler le discours d'opinion.
Sauf que nous pensons que ce sera
l'effet pervers de son projet de loi, même si ce n'est pas l'intention qui
fonde ce projet de loi. Et quel climat social ce gros bureau des plaintes à la commission des droits de la personne et de
la jeunesse créera-t-il au Québec? Elle n'a pas de craintes à ce propos?
Je lui adresse la question, M. le Président.
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la ministre.
Mme Vallée :
Nous aurons la chance... J'espère, un jour, nous aurons la chance de nous
rendre aux articles qui portent sur
la commission des droits de la personne, mais, non, je crois que nous
pouvons... Et est-ce qu'il y a lieu d'ajouter certaines balises quant aux dénonciations?
Peut-être. On pourra les étudier ensemble. Mais il y a déjà au projet de loi
des mesures qui permettent de rejeter des
dénonciations qui s'avéreraient frivoles et non fondées. Parce que je suis
consciente, tout comme vous, que certaines personnes pourraient tenter
d'utiliser à mauvais escient les dispositions, comme on le voit à travers
d'autres dispositifs.
Et c'est pour ça d'ailleurs, c'est pour ça
d'ailleurs que la définition est si importante, pour définir ce qu'est le discours haineux, pour venir vraiment encadrer ce
discours-là. Et nous nous inspirons, nous nous sommes inspirés d'une série de dispositions législatives qui existent.
D'ailleurs, la semaine dernière... il y a deux semaines, on a eu la
chance de répondre à une question qui avait été inscrite au feuilleton par
votre collègue de Taschereau. Nous avons déposé la liste des législations, des
législatures qui ont encadré ce type de discours là, notamment dans le
Commonwealth et aussi dans l'espace... au
Canada. Il y a quand même
un certain nombre de législations qui existent et qui encadrent le tout.
Et on
s'inspire, évidemment, des décisions de la Cour suprême. Parce qu'encore la Cour suprême est venue...
a analysé certaines dispositions et est
venue indiquer les paramètres à l'intérieur desquels il est possible d'encadrer
le discours haineux pour éviter,
justement, que l'on porte atteinte à la liberté d'expression. Et la Cour
suprême... Et c'est pour ça qu'on se
colle et que je reviens avec l'affaire Whatcott, parce qu'il s'agit là des enseignements
de la Cour suprême. Et je me dis :
Bien, il est peut-être important de se coller sur ce qui a été considéré comme
étant correct et légitime dans une société libre et démocratique. L'objectif n'est pas d'aller au-delà de ça, pas du
tout. Et c'est pour ça que la définition, elle s'inspire justement de ce que l'on retrouve dans les arrêts
de la Cour suprême, afin d'éviter d'aller au-delà de ce qui est considéré
valable.
Et je
comprends qu'on souhaite... Et les sous-amendements, certains des sous-amendements
présentés par nos collègues visent à
resserrer davantage, mais, sur ce sous-amendement-ci, le caractère répétitif
pourrait nous amener vers de
l'arbitraire. Parce que deux fois, c'est répété, quatre fois, c'est répété, six
fois, huit fois... C'est cet encadrement-là qui est quand même laissé à
l'appréciation.
Le Président (M. Ouellette) :
Il vous reste 10 secondes, Mme la députée de Taschereau.
Mme Vallée :
10 secondes...
Mme Maltais : Je
dirais que répéter, c'est deux fois.
Le Président (M. Ouellette) : Mme
la ministre.
Mme Vallée : C'est?
Répéter, c'est deux...
Mme Maltais : C'est déjà mieux qu'une fois, par rapport à cette loi-ci.
Ça, je trouve ça arbitraire, une seule fois. C'est ça,
mon problème.
Mme Vallée : Mais un
propos haineux qui correspond à la définition qui est présentée peut avoir des
effets malgré qu'il n'ait été prononcé qu'une fois, des effets qui peuvent être
tout aussi dommageables. Et c'est ça...
Mme Maltais : Pas
par rapport à la radicalisation, pas par rapport à la radicalisation.
Le Président (M. Ouellette) : M.
le député de Richelieu.
M. Rochon : Voilà une autre
dimension sur laquelle nous ne nous entendons pas, nous et la ministre, M. le Président.
Elle parle de l'effet du discours sur la personne, le groupe ou la personne qui
reçoit ce discours, alors que nous, nous souhaiterions nous attarder davantage
à l'intention.
Le Président (M. Ouellette) : Mme
la ministre.
Mme Vallée : Avec respect, M. le Président, je comprends
qu'on a parlé d'intention, on en a parlé à plusieurs reprises avec le député de Richelieu dans nos échanges
passés, et il est très clair que l'intention et puis... que l'intention,
ce n'est pas un élément qui est requis au niveau de la constitutionnalité du
terme. Et l'effet, c'est que, justement, on va ostraciser le groupe d'une façon... Et ce groupe-là pourra éventuellement, en raison de cette ostracisation, devenir victime de violence. Alors, il y a le discours haineux, il y a
le discours incitant à la violence, mais le discours haineux peut amener
de la violence à l'égard de ces gens-là, de ce groupe-là.
l'intention, bien, on apporte une défense. Et là je crois que nous viendrions à
l'encontre même de ce que vous souhaitez
stopper, parce que certaines personnes pourraient s'approprier, je veux dire, cet élément de défense et prétendre que le discours ne visait pas, n'avait pas comme objectif de porter
atteinte à ces gens-là mais qu'il était motivé par un autre dessein, spirituel, intellectuel. Et là on ouvre
une porte à une défense qui pourrait faire l'affaire de ceux et celles
qu'on tente... à qui s'adresse ce discours-là.
Parfois,
lorsqu'on souhaite encadrer d'une certaine façon, il faut aussi voir l'effet
inverse et, en en faisant... bien, en en
faisant une infraction d'intention, dans
le fond — c'est ce que vous souhaitez, c'est ce que l'opposition souhaite — on dénature l'aspect civil de l'encadrement du
discours haineux, parce que c'est bien dans ce contexte-là que nous
sommes, et on amène de l'eau au moulin à
ceux et celles qui voudraient justifier la tenue de leurs discours par d'autres
éléments. Ça peut aussi... ça pourrait avoir l'effet inverse de ce que l'on
souhaite.
Le Président
(M. Ouellette) : M. le député de Richelieu.
M. Rochon : M. le
Président, je ne souhaite pas tant
voir la ministre ébranlée par nos multiples requêtes à
l'effet qu'elle assouplisse son projet de loi, qu'elle l'encadre mieux, qu'elle vise plus juste, que de la voir
ébranlée par cette vaste... par cette
panoplie d'opinions expertes sur le sujet. Il y a plein, plein de gens,
d'experts, de groupes, de citoyennes et de citoyens qui sont venus dire ce qu'ils pensaient de ce projet de loi, et ce sont très, très, très majoritairement des gens qui s'y sont opposés. La ministre
dispose certainement comme moi d'une revue de presse, elle pullule,
cette revue de presse là, de commentaires très négatifs sur le p.l. n° 59, qu'on qualifie — puis
je ne reprends pas ça pour être déplaisant à l'endroit de la ministre, là — de
projet de loi liberticide. Moi, il me semble, à sa place, que
ça me fatiguerait, là. Ça ne l'ébranle pas, M. le Président? Si nous
étions les seuls à penser ce que nous pensons, je pourrais comprendre, là, qu'elle
en fasse abstraction et qu'elle continue à
aller de l'avant, mais nous ne faisons ici que reprendre les opinions exprimées
par une vaste majorité des gens que la commission a entendus.
Le Président (M. Ouellette) : Mme
la ministre.
Mme Vallée : M. le
Président, dans un premier temps, les opinions contraires à la mienne ont
toutes leur droit, ont toutes leur place, et
là-dessus, M. le Président, certains ont une opinion du projet de loi. Mais je tiens à rappeler à
mon collègue que, suite aux consultations, il y
a eu une liasse d'amendements
qui ont été déposés, preuve que nous avons été à l'écoute, preuve que nous avons été sensibles aux commentaires qui ont été formulés. Et je crois, M. le Président, avoir été... et faire un effort pour être à
l'écoute aussi des commentaires formulés et des propositions formulées par mes
collègues dans le cadre de l'étude
article par article. Donc, voilà.
Et, honnêtement, M. le Président, nous sommes en
politique, et la vie publique, c'est ça, c'est accepter que certaines personnes auront une opinion contraire à
la nôtre et la manifesteront, parfois de façon plus cinglante. Mais
soyez assurés que je connais...je suis
animée par un désir profond de bien encadrer le discours haineux, de le faire à
l'intérieur d'un cadre qui se justifie dans
une société démocratique, le faire de façon... suivant les enseignements de la Cour suprême. Mon objectif
n'est pas de limiter la liberté d'expression et de bâillonner le discours d'opinion,
au contraire. M'émouvoir, répliquer à
ceux et celles qui critiquent de façon très sévère ce que je fais, ce que je
suis serait simplement leur donner raison.
Je fais de la politique, j'accepte que mes opinions ne soient pas
partagées par les autres. Ça fait
partie du débat de société.
Le Président (M. Ouellette) : M.
le député de Richelieu.
M. Rochon : Bon, alors, M. le
Président, à l'évidence, je ne vais pas convaincre la ministre qu'il faille
sous-amender dans... oui, son amendement
dans le sens que nous l'avons suggéré, tous, d'ailleurs, là. Parce que je
constate d'ailleurs que les deux
oppositions souscrivaient à cette idée qu'il faille ajouter au texte la notion
de «tenu de manière répétée». Je crois comprendre que la ministre veut
intervenir?
Le Président (M. Ouellette) : Mme
la ministre.
Mme Vallée : Écoutez, c'est qu'on me donne des statistiques, puis c'est superintéressant, puis d'ailleurs je pense que ça revient... ça vient
rejoindre certaines préoccupations qui ont été soulevées, là, au cours des
derniers mois, pas seulement qu'au cours de la matinée, mais on est revenus
sur la capacité de la commission des droits de la personne et de la
jeunesse de traiter les plaintes. Petite statistique, puis je pense que c'est
intéressant : la commission des droits de la personne et de la jeunesse, là, actuellement reçoit 15 000 appels par année, des
dénonciations. 10 %, soit 1 590 demandes, deviennent des plaintes. De ces 1 590, on a
866 dossiers qui sont des dossiers ouverts, on a en 366 qui se règlent
dans le contexte de médiation, et il y en a
27 qui, ultimement, se retrouvent devant le tribunal. Donc, c'est simplement
pour vous indiquer que la Commission
des droits de la personne joue son rôle de filtre pour éviter que ne se
retrouvent devant les tribunaux des dossiers qui n'ont pas à s'y
retrouver.
Et ce rôle de
filtre est joué, donc, annuellement, on n'a en moyenne que 27 dossiers qui se
retrouvent devant les tribunaux sur
un total de 15 000 dossiers initialement qui ont été signifiés à la commission.
Donc, il y a, à travers ça, puis on le
mentionnait... On a fait référence aux demandes qui sont frivoles, qui sont
vexatoires. Parmi ces statistiques-là, il y en a actuellement... Parce qu'il
faut quand même comprendre que la commission des droits de la
personne et de la jeunesse est actuellement en travail et saisie de dossiers, dossiers de
discrimination des individus. Ce que l'on vise, c'est d'encadrer le
discours haineux qui touche un groupe protégé en vertu de l'article 10.
Alors, je
souhaitais simplement vous donner ça. Il y a quand même
un travail qui se fait, et puis je ne voudrais pas que l'on discrédite le travail des gens à la
commission des droits de la personne et de la jeunesse, parce qu'on a des
équipes qui s'activent au quotidien, et qui
sont très efficaces, et qui arrivent, par leurs interventions, à régler des
dossiers qui sont parfois très délicats.
Le Président (M. Ouellette) : Sûrement
que ces chiffres-là vont resservir au cours de nos débats, que ce soit sur l'article 1 ou d'autres articles. Mais, M. le député de Richelieu, pour votre dernière intervention sur le sous-amendement.
M. Rochon :
Bien, une réflexion spontanée, M. le Président. Avec le projet de loi n° 59,
la ministre faisait remarquer qu'actuellement la commission s'active beaucoup. Elle n'a pas fini de s'activer, là, hein? Parce
qu'encore une fois
je réfère aux gens qui sont venus nous donner leurs opinions sur ce projet de loi, ils estiment qu'on ouvrira, avec 59, tout un bureau des
plaintes à la commission, avec les délais que cela supposera pour traiter ces
plaintes-là.
Le Président (M. Ouellette) : Donc,
on est prêts à voter sur le sous-amendement, M. le
député de Richelieu.
Et je pense qu'on y va par appel nominal. Mme la secrétaire.
La Secrétaire :
M. Rochon (Richelieu)?
La Secrétaire :
Mme Maltais (Taschereau)?
La Secrétaire :
Mme Roy (Montarville)?
Mme Roy
(Montarville) :
Pour.
La Secrétaire :
Mme Vallée (Gatineau)?
La Secrétaire :
M. Boucher (Ungava)?
La Secrétaire :
M. Hardy (Saint-François)?
La Secrétaire :
M. Giguère (Saint-Maurice)?
La Secrétaire :
M. St-Denis (Argenteuil)?
La Secrétaire :
M. Ouellette (Chomedey)?
Le Président
(M. Ouellette) : Je m'abstiens.
La Secrétaire :
C'est rejeté.
Le Président
(M. Ouellette) : Donc, le sous-amendement de M. le député de Richelieu
est rejeté. Je vous redonne la parole, M. le député de Richelieu?
M. Rochon : Oui, M. le Président. Je vais y aller d'un nouveau sous-amendement. Je
soumets de modifier l'alinéa introduit par le paragraphe 3 de l'amendement
modifiant l'article 1 de la loi proposé par l'article 1 du projet de
loi en remplaçant les mots «est susceptible d'exposer» par le mot «expose».
texte amendé se lirait ainsi, puis je vais le déposer, là : «Est un
discours haineux, un discours visé au deuxième alinéa qui, de l'avis d'une personne raisonnable, est d'une virulence ou
d'un extrême tel qu'il expose — plutôt qu'il "est susceptible d'exposer" — ce
groupe au rejet, à la détestation ou au dénigrement notamment
pour que ce groupe soit perçu comme étant illégitime, dangereux ou
ignoble.» Je dépose le texte.
Le Président
(M. Ouellette) : Je vais suspendre quelques minutes.
(Suspension de la séance à 11 h 1 )
Le Président (M. Ouellette) : Nous reprenons nos travaux sur l'introduction
d'un sous-amendement de M.
le député de Richelieu. On s'excuse un peu du délai, parce qu'on a regardé
d'autres sous-amendements qui auraient pu être
similaires, qui ont été déposés auparavant. Mais votre amendement est déclaré
recevable, M. le député de Richelieu.
M. Rochon : Vous m'en voyez ravi, M. le Président. Alors,
même esprit que celui qui a présidé au sous-amendement que nous avons
jusqu'ici soumis à la commission, alors esprit d'encadrer...
Mme Maltais :
Est-ce qu'on a une copie?
Le Président
(M. Ouellette) : Oui, vous en avez une copie.
M. Rochon : Alors, esprit d'encadrer, de restreindre la portée du projet de loi, M.
le Président, pour bien lutter contre l'intégrisme et l'islamisme
radical et pas contre celles et ceux qui luttent contre ces dérives intégristes
Alors,
je suggère donc de remplacer les mots «est susceptible d'exposer» par le mot
«expose» : «Est un
discours haineux, un discours visé au deuxième alinéa qui, de l'avis d'une personne
raisonnable, est d'une virulence ou d'un extrême tel qu'il expose ce
groupe au rejet», puis là toute la litanie, là : la détestation,
dénigrement, etc.
Pourquoi?
Pourquoi employer l'expression «qu'il est susceptible d'exposer», M. le
Président, plutôt qu'écrire «qu'il expose»? Hein, pourquoi, «est un discours haineux, un discours
visé au deuxième alinéa qui, de
l'avis d'une personne raisonnable,
est d'une virulence ou d'un extrême tel qu'il expose» plutôt que «qu'il est
susceptible d'exposer ce groupe»?
J'ai
encore une fois l'impression — et c'est une impression très
désagréable — que la
ministre veut ouvrir le plus gros bureau des plaintes possible à la
commission des droits de la personne et de la jeunesse.
Alors, le plaignant
ou la plaignante n'aurait pas à être exposé au rejet, à la détestation ou au
dénigrement, elle n'aurait qu'été susceptible de l'être. M. le Président, là,
il me semble qu'il faut arrêter ça. Il faut arrêter ça, et c'est ce que je vous
soumets via ce sous-amendement.
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la députée de Taschereau.
Mme Maltais :
Oui, M. le Président. Amendement que je trouve pertinent. Encore une fois, on a
souligné plusieurs fois au cours de l'étude
de l'amendement de la ministre la largesse avec laquelle elle distribue les
possibilités de poursuivre pour discours haineux à la Commission des droits de
la personne et des droits de la jeunesse contre un groupe discriminé.
Beaucoup
des interventions que nous avons eues tentent de ramener, au départ, l'objectif
du projet de loi à la lutte à la
radicalisation, qui devait être l'objectif au départ. L'objectif de départ,
c'est la lutte à la radicalisation.
S'est inscrit à côté de cela ce concept de discours haineux contre tous
les groupes discriminés.
Donc,
j'ai lu tout à l'heure un texte de Pierre Trudel qui expliquait pourquoi
dans un tel contexte il était délicat de... pourquoi il était délicat
d'introduire ce projet de loi n° 59 : parce qu'on est dans un moment
où il y a des gens qui tentent de faire
taire les gens qui sont contre le discours religieux. Ils ont le droit d'être
contre le discours religieux, ils ont le droit d'être contre la radicalisation, on doit lutter contre la
radicalisation, mais on a le droit aussi d'avoir des opinions sur le
discours religieux. Or, il y a eu beaucoup de menaces de poursuites. Je viens
de lire Odile Jouanneau, qui est prête à sauter
et qui dit : Je veux poursuivre Denise Bombardier pour un
article
dans Le Journal de Québec pour incitation à la violence. Elle se
déclare volontaire à poursuivre. Elle se déclare volontaire à poursuivre.
Alors,
on note à chaque fois qu'on le peut dans notre travail que les propositions du gouvernement sont d'une largesse incroyable envers les
gens qui auraient le goût de poursuivre. Entre «tel qu'il est susceptible
d'exposer ce groupe» et «tel qu'il expose à ce groupe», il y a un univers, il y
a un monde. Est-ce que ce discours était susceptible d'exposer ou est-ce que ce discours exposait ce groupe? Bien, on vient de
faire la différence entre une immense boîte de Pandore et un impact
réel, véritable.
ministre refuse systématiquement
de parler d'intention. J'y reviendrai, parce qu'il y a, entre autres, un des
pays qui a été cité jusqu'ici qui, lui,
clairement, demande l'intention. Donc, il y a des pays, eux autres, ils ne sont
pas gênés de dire : On demande
l'intention. Puis ce n'est pas dans le Code civil, c'est dans la common law. Même dans la
common law, il y a des pays qui disent : Il faut qu'il y ait une
intention. Là, on est susceptible d'exposer, dans la proposition du gouvernement,
susceptible d'exposer. «Susceptible d'exposer», c'est large. «Expose», c'est
clair.
vais vous dire pourquoi ça me dérange tant, cette proposition gouvernementale — et
je suis d'accord avec la proposition de mon collègue le député
de Richelieu — en
me raccordant aux propos de la ministre tout à l'heure. La ministre,
tout à l'heure, nous a dit, nous a parlé de la Commission des droits de la personne et des droits
de la jeunesse, du nombre de dossiers
qu'elle traitait, d'appels, de plaintes. Elle ne nous a pas parlé beaucoup
des délais. Or, de quoi parlons-nous?
Ce sont des délais. C'est quoi, l'impact d'un délai d'un an pour le traitement
d'une plainte, par exemple? Bien, je suis allée voir, au Canada, la
cause Diane Proulx.
est Diane Proulx? Diane Proulx est cette madame — je vais
l'appeler madame — cette
vendeuse dans un Costco.
Mme Proulx est vendeuse dans un Costco depuis des années. Elle,
Mme Proulx, elle a un petit gag qu'elle fait à tout le monde. Puis elle ne fait pas de discrimination,
elle le fait à tout le monde, le même gag. Quand le monde... Elle vend
des manteaux, entre autres, dans le
département des manteaux d'hiver. Mais, quand les gens lui disent : Eh! je
trouve que ce manteau-là, il est
cher, bien, sa petite farce, c'est : Bien, c'est ou bien un bon manteau ou
bien un voyage de deux semaines dans
le Sud. Pas méchant, hein? Ce n'est pas bien méchant. Elle fait ça à tout le
monde, puis là les gens partent à rire. Mme Proulx s'est retrouvée devant la commission des droits de la
personne du Canada. Elle a perdu son
emploi pendant quatre mois pour son
petit gag. Quatre mois. Ça a pris quatre mois de traitement à la commission des
droits de la personne du Canada. Puis je ne vais pas sur les droits,
là... Mais voici une question de délai. Ici, c'est un an. Ici, au Québec,
Mme Proulx aurait perdu sa job pendant un an, pas de salaire.
vais lire le courriel de Mme Proulx. Sur sa page Facebook, elle raconte la
fin : «Bonjour à tous. Plainte d'une musulmane au Costco Marché
central en octobre dernier. Presque quatre mois plus tard, la saga est
terminée, et je peux tourner la page. J'ai dû attendre et
respecter les délais imposés par la Commission canadienne des droits de la personne, mais je n'ai jamais
baissé les bras — bravo,
Mme Proulx! Aux milliers de personnes qui ont pris le temps de visionner et [de] lire les articles
dans les différents médias, aux autres milliers qui ont signé la pétition pour
ma réintégration dans les Costco — parce qu'elle avait perdu son
emploi — je
dis un gros merci... et surtout : C'est fait. [...]Temps maintenant de passer à autre chose et d'oublier
ces moments d'angoisse vécus ces derniers mois dont j'aurais pu me
passer.»
vous ai parlé tout à l'heure d'un contexte que Pierre Trudel définit en
disant : Écoutez, la poursuite, là, contre propos islamophobes, elle est facile et elle est actuellement demandée.
Et j'ajouterais que Jacques Frémont, le président de la Commission des droits de la personne et des
droits de la jeunesse, disait qu'il voulait une loi pour contrer le
discours islamophobe.
Alors,
que s'est-il passé? C'est une dame, Mme Asma al-Shawarghi, qui
affirme avoir été insultée par Mme Proulx qui lui aurait dit de retourner dans son pays. Ce n'est pas vrai. Elle
lui a dit, et ça a été prouvé, elle lui a dit : Vous vous achetez un manteau d'hiver, ou vous prenez un
voyage deux semaines dans le Sud, ou vous vivez dans le Sud. Le même gag qu'elle faisait à tout le monde. La dame, là,
elle a été accusée devant la Commission des droits de la personne, et
l'autre, la personne qui la poursuivait,
demandait des dommages moraux et punitifs, déposait une plainte. Le mari de la
dame était vice-président du Forum musulman canadien : Forum
musulman canadien. Ce n'est pas... D'après certains — je
fais toujours attention — d'après certains, c'est un lobby étroitement
lié à la confrérie islamiste des Frères musulmans. C'est dit couramment
à plein d'endroits. Je ne le sais pas, mais c'est dit couramment.
Mais
pourquoi tout à coup entrer dans un tel débat, au Québec, sur le discours
haineux? Qu'est-ce qui nous amène à croire
qu'on va régler les problèmes de radicalisation au Québec en permettant aux
gens qu'un discours, même prononcé une seule fois, hein, on s'entend,
parce que tantôt ça a été refusé, «tenu de façon répétée», qu'un discours qui
n'a été prononcé qu'une seule fois pourrait se retrouver devant la Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse,
qui a des délais d'un an, et qu'une personne pourrait perdre un emploi pendant
un an, la personne pourrait être ostracisée
pendant un an parce qu'elle a un discours susceptible d'exposer un groupe? Au
moins qu'on nous dise : Parce que c'est un discours qui expose un
groupe. On n'est pas seulement dans la sémantique, là, on est dans les
résultats de personnes qui vivent, je vais répéter, là, des moments, des mois
d'angoisse, d'angoisse.
Et, quand mon
collègue de Richelieu dit : Pourquoi on ouvre un grand bureau des plaintes
comme ça?, bien, M. le Président, je pense
qu'il pose la bonne question. Pourquoi est-ce que la lutte à la radicalisation
nécessite une telle loi? C'est la question fondamentale. Pourquoi ils
considèrent qu'un propos qui est susceptible d'exposer ce groupe au rejet, au
dénigrement, à la détestation devrait se retrouver devant la commission des
droits de la personne et de la jeunesse — «susceptible d'exposer» au lieu
d'«expose» — alors
qu'on a déjà un Code criminel qui permet de poursuivre si véritablement on sent qu'il y a des propos haineux
ou incitant à la haine ou à la violence? Il y a déjà le Code criminel. Pourquoi, au Québec, on tient à se doter d'une loi
liberticide? Je vais prononcer le mot, M. le Président, parce que je le crois profondément, parce que c'est ce qui est
dénoncé. Pourquoi on parle de lutte à la radicalisation puis on se
permet d'ajouter une loi et un bureau des plaintes nouveaux?
Alors,
M. le Président, moi, je veux savoir... En fait, tout ça, c'est un commentaire,
mais maintenant la question, c'est :
Quelle peut être la difficulté d'accepter «expose» au lieu de «susceptible
d'exposer»? On essaie de donner le moins de libre cours à l'interprétation de la commission des droits de la personne
et de la jeunesse, qui a déjà été... qui est sous la mire de tous les défenseurs de la liberté
d'expression à l'heure actuelle. Soyons clairs, elle est sous la mire des
défenseurs de la liberté d'expression à
cause des propos de son président, à cause des propos qui ont été énoncés dans
le passé, à cause des intentions
exprimées avant ce projet de loi là. Moi, je demande : Pourquoi la
suggestion de mon collègue ne serait pas bonne? Alors, j'aimerais ça
entendre la ministre là-dessus, parce que c'est une suggestion très pertinente.
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la ministre.
Mme Vallée :
Merci, M. le Président. Alors, justement, on vérifiait certains... Je comprends
que ma collègue m'interpelle, parce qu'elle nous voit nous activer de l'autre
côté.
question, c'est une question de preuve, d'administration de la preuve. Lorsqu'on
utilise le terme «susceptible d'exposer»,
évidemment la preuve à administrer, elle est différente, elle est moins lourde.
Lorsque l'on parle «d'exposer», donc il
y a vraiment un caractère très objectif, très clair. Lorsqu'il est question des
groupes, c'est certain que l'administration de la preuve peut être un
petit peu plus lourde lorsqu'on utilise le terme «exposer».
Ceci
étant dit, évidemment, l'utilisation du terme «susceptible d'exposer» nous
vient des arrêts de Taylor, des arrêts Whatcott. Alors, encore une fois,
là, je veux simplement vous indiquer que notre source est celle de la décision
de la Cour suprême. Ceci étant dit et selon
les avis... Outre la question de la preuve, de l'administration de la preuve,
il n'y a pas d'enjeu d'illégalité.
Donc, moi, M. le
Président, je ne sais pas ce qu'en pense mon collègue de la deuxième
opposition, mais, à ce stade-ci, parce qu'il
y a des éléments sur lesquels j'ai fait part de mes préoccupations... J'ai fait
part de certains enjeux qui pourraient
être soulevés, mais, dans ce contexte-ci, si pour tous ceux et celles qui sont
ici, c'est plus clair d'utiliser le terme «exposer», sachons, soyons conscients que l'administration de la preuve
va nécessiter une démonstration plus claire, que ça va amener une preuve
plus directe. Par contre, et c'est ce que je posais comme question, est-ce
qu'en utilisant cette proposition de notre
collègue on ne vient pas justement contrer certaines préoccupations que vous
avez soulevées quant à des dénonciations frivoles?
comprends que l'une des grandes craintes que nos collègues de l'opposition ont,
c'est que les dispositions soient utilisées
par des tiers contre des discours d'opinion pour tenter, d'une certaine façon,
de mettre un terme ou de bâillonner le discours d'opinion dans la sphère
publique, ce qui n'est pas le cas.
Donc, est-ce que, par
l'utilisation du terme plus précis «exposer», on n'aide pas à venir mieux
baliser cette question? Moi, je vous le dis
d'entrée de jeu, puis je pense que j'ai démontré une ouverture, je ne suis pas
contre. Je pense que ça mérite une réflexion sérieuse.
Alors, peut-être... Je me tourne vers mon
collègue de la deuxième opposition, puis, si autour de cette table on s'entend,
bien, on aura fait un petit pas vers l'avant.
Président (M. Ouellette) : Avant d'aller au député de Borduas, je ne sais pas si vous avez un
commentaire, M. le député de Richelieu, étant donné que vous êtes l'auteur de
cette proposition?
M. Rochon : Non. J'ai bien entendu les remarques de la
ministre et j'ai, comme elle, hâte d'entendre celles de la deuxième
opposition sur le sous-amendement que nous avons soumis à la commission.
Le Président (M. Ouellette) :
M. le député de Borduas, vous savez que... C'est ça. C'est à vous.
M. Jolin-Barrette : Je sens que
j'ai un public, M. le Président.
Président (M. Ouellette) : Oui, vous avez définitivement un public, M. le député de Borduas. Sur
les remarques que la ministre vient de faire, sur le sous-amendement du
député de Richelieu, si vous avez des commentaires...
M. Jolin-Barrette : Oui. Bien, M. le Président, on est ouverts à
appuyer l'amendement du député de Richelieu.
Président (M. Ouellette) : Donc, Mme la ministre, dans le libellé et dans les discussions que vous
avez eues avec vos légistes, le
sous-amendement de M. le député de Richelieu serait tel quel. Mme la députée de
Taschereau, le temps que les légistes s'assurent de la conformité de la
rédaction de. Mme la députée de Taschereau.
Mme Maltais : M.
le Président, je pense que la rédaction est assez simple. C'est vraiment
changer... enlever le mot «susceptible», et
donc «est susceptible», puis mettre le bon temps de verbe. Le mot «exposer» est
toujours là. Je suis contente des propos de la ministre. Puis je pense
qu'on est... elle a bien compris notre intention, elle l'a bien exprimée. Ce
sont les dérives potentielles du projet de loi qui nous dérangent. Il y a plus
que ça qui nous dérange, mais, cette
dérive-là, on cherche... on tente de la baliser depuis longtemps.
C'est une des choses dont on va parler aussi un peu plus tard.
Puis, c'est
bon de l'aborder tout de suite, c'est toute l'idée de la prépondérance de la
preuve versus la preuve hors de tout
doute raisonnable. Je sais qu'on est en civil, mais, M. le Président, on décide de se donner... on décide de se donner quelque chose, de se doter d'une loi et d'un bureau des plaintes, qui n'existait pas
avant, alors c'est sûr qu'on est dans un nouveau domaine, un domaine nouveau, c'est notre travail de bien le
faire. D'autre part, on sait qu'on est en civil, mais nous, on considère que, comme il y a
des pénalités au citoyen, on est dans le pénal aussi. Je vais vous... Ça
s'en va dans le fonds du gouvernement, le Fonds d'aide aux victimes
d'actes criminels, je pense?
Maltais : Accès Justice, le Fonds Accès Justice. Donc, on
est dans le pénal, pour nous. Donc, cette idée de se doter de la preuve la plus solide possible, et
aussi dans l'esprit d'aider les citoyens et citoyennes qui peuvent être poursuivis.
Je rappelle
que la mécanique qu'on met en place, c'est un nouveau bureau des plaintes, une
formule que... je ne suis pas...
c'est la formule de mon collègue de Richelieu, là, «nouveau bureau des plaintes», qui amène à...
qui s'embarque dans un processus
où il y a déjà un délai de traitement d'un an. La plainte
pourrait être qualifiée de frivole dès le départ, mais, encore là, je rappelle que la plainte contre Mme
Proulx, ce n'est pas pour rien que je l'ai citée tout à l'heure, a quand même été traitée par la commission
des droits de la personne du Canada. Moi, je n'en reviens pas, là, mais cette
dame-là a perdu son emploi pendant quatre ans. Alors, toute la question de la
preuve...
Des voix : Quatre mois.
Maltais : Quatre
mois, pardon. Excusez-moi.
M. Rochon : Qui lui ont paru quatre
ans, sans doute.
Maltais : Qui lui ont paru quatre ans. Merci. Merci, collègue.
On voit que vous suivez nos propos. C'est bon! Je devrais... je
n'essaierai pas de vous faire accroire que c'était un test pour voir si vous
suiviez.
Mais il y a vraiment
une mécanique difficile. Alors, au lieu d'être «exposer», moi, je... On avait
l'intuition que c'était plus solide,
plus fort. La ministre nous dit : O.K., puis ça va nous donner de la... ça va demander de la preuve
plus solide. Je trouve ça intéressant.
Ceci
dit, on est encore devant le problème de la preuve et de l'intention. S'il faut
qu'il expose... En fait, je vais revenir,
on nous a toujours un peu refusé l'idée de mettre l'intention. On va y revenir
parce que, dans les lois, comme par exemple
ce qu'on nous a amené, là, par exemple l'Afrique du Sud, l'intention, il faut
qu'elle soit claire. Donc, il y a certains des exemples qui sont donnés par la ministre qui ne sont pas tout à fait
des bons exemples dans ce qu'on est en train de débattre. On va revenir, O.K.? Eux autres, c'est
clair : «Demonstrate a clear intention». On y reviendra. Mais la
preuve, qu'elle soit solide, c'est après.
Est-ce qu'on va traiter la plainte? Moi, la question que je me pose,
c'est : «Un discours haineux est d'un extrême tel qu'il expose ce
groupe à la marginalisation ou [au regret]...
Maltais : ...au rejet», ça va donc être traité par la
commission des droits de la personne et de la jeunesse comme étant un
critère pour la frivolité aussi, pas seulement pour la plainte une fois
acceptée, mais pour la frivolité. C'est vraiment... C'est une vraie...
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la ministre.
Vallée : Lorsque la Commission des droits de la personne est
saisie d'une demande, elle va, d'une part, toujours analyser la demande à la lumière de la définition que nous
aurons, dans un premier temps, va aussi analyser la demande en fonction du contexte, en fonction de ce
qui est reproché, mais notre
article 1 va servir à cette analyse.
Donc, évidemment, moi, je vous dis, la
proposition de sous-amendement du collègue, il amène une preuve qui sera un
petit peu plus étoffée, va nécessiter
une preuve plus étoffée, mais ne vient pas dénaturer l'objectif visé par
l'article 1. Puis j'ai compris que c'était ce qui était souhaité
autour de cette table. Si on souhaite aller dans ce sens, bien, je vous dis, je
suis quand même... Je vous ai toujours dit
que j'analysais les propositions qui étaient faites, et ça me convient. Je ne
ferai pas un débat pour dire :
Non, non, non, il n'est pas question, puis je n'accepterai aucune proposition
qui vient de l'autre côté de cette table. Ce n'est pas du tout la façon
dont je suis habituée de travailler puis ce n'est pas du tout la façon dont
j'entends travailler ce projet de loi là.
Maltais :
Ça va, M. le Président.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la députée de Taschereau.
Maltais :
Ça va.
Le Président (M. Ouellette) : Donc, on est prêts à passer au vote sur le
sous-amendement de M. le député de Richelieu. Est-ce que le
sous-amendement de M. le député de Richelieu est adopté?
Le Président (M. Ouellette) : Adopté. M. le député de Richelieu, je vous revois
encore... On va revenir à l'étude... On va revenir, Mme la ministre,
avec votre amendement à l'article 1.
Mme Vallée :
Je n'ai pas d'autre commentaire. Je pense qu'on est prêts à... Je pense qu'on
est prêts à voter?
Maltais :
M. le Président?
Le Président (M.
Ouellette) : Ne bougez pas. Mme la députée de Taschereau.
Maltais :
Je n'ai malheureusement plus de temps pour commenter.
Le Président (M.
Ouellette) : Non, vous n'avez plus de temps pour commenter. Puis je
pense que M. le député de Richelieu...
Une voix :
...appeler l'article 1.
Le Président (M. Ouellette) : Pas l'article 1, l'amendement à
l'article 1, l'amendement de la ministre. Est-ce qu'il y a d'autres
commentaires? Je sais que vous...
Le Président (M. Ouellette) : Je sens beaucoup que... nous brûlons de... en ce
début de semaine. Mme la ministre.
Mme Vallée :
Sur l'amendement, je n'ai pas d'autre...
Le Président (M.
Ouellette) : Sur votre amendement, oui.
Mme Vallée :
Je n'ai pas d'autre commentaire, M. le Président.
Le Président (M. Ouellette) : Vous
n'avez pas d'autre commentaire. Est-ce que M. le deputé de Richelieu a d'autres
commentaires? M. le député de Borduas?
Jolin-Barrette : Non, je
n'ai pas de commentaire, M. le Président. Simplement, est-ce qu'on pourrait
avoir copie de l'amendement sous-amendé avec
tous les sous-amendements, pour pouvoir voter sur l'amendement? Tel que
lu, actuellement, là.
Président (M. Ouellette) :
Bon, on va juste suspendre deux petites secondes... deux petites minutes puis
on va s'ajuster en fonction de. On est suspendus quelques minutes.
(Suspension de la séance à 11 h 38)
Président (M. Ouellette) :
Nous reprenons nos travaux et, pour le bénéfice des gens qui nous écoutent,
nous avons effectivement récupéré les sous-amendements à l'amendement de la ministre à l'article 1, qui ont été déposés,
qui ont été... certains qui ont été adoptés,
et je demanderais à Mme la ministre de nous relire son amendement à l'article 1,
tel qu'il est libellé maintenant, avec tous les sous-amendements qui ont été...
Mme Vallée : Est-ce que vous
souhaitez que je lise l'amendement ou le texte tel qu'amendé? Parce que...
Mme Maltais : Le texte tel
qu'amendé...
Mme Vallée : Le texte tel
qu'amendé.
Mme Maltais : ...sachant qu'on vote
l'amendement.
Mme Vallée : D'accord.
Le Président (M. Ouellette) : C'est
Mme Vallée : Le texte, tel
qu'amendé, là, et suite à nos travaux et à nos échanges, se lirait comme
suit :
«La présente
loi a pour objet d'établir des mesures de prévention et de lutte contre les
discours haineux s'exprimant dans un
contexte de discrimination, y compris dans un contexte d'endoctrinement ou de
radicalisation pouvant mener à l'extrémisme violent. Elle établit également
de telles mesures contre les discours incitant à la violence.
«Elle
s'applique aux discours haineux et aux discours incitant à la violence tenus ou
diffusés publiquement, peu importe
les préceptes sur lesquels ils s'appuient, qu'ils soient religieux ou autres,
et qui visent un groupe de personnes qui présentent une caractéristique commune identifiée comme un motif de
discrimination interdit à l'article 10 de la Charte des droits [de
la liberté] de la personne.
«Est un
discours haineux, un discours visé au deuxième alinéa qui, de l'avis d'une
personne raisonnable, est d'une virulence ou d'un extrême tel qu'il
expose ce groupe au rejet, à la détestation ou au dénigrement notamment pour
que ce groupe soit perçu comme étant illégitime, dangereux ou ignoble.»
Le Président (M. Ouellette) : M. le
député de Richelieu, est-ce que vous avez des commentaires? M. le député
de Borduas, pas de commentaire. Est-ce que l'amendement... Oui. Est-ce que l'amendement amendé à l'article 1 de
l'article 1 du projet de loi est adopté?
Mme Maltais : M. le Président, vote
par appel nominal, s'il vous plaît.
Le Président (M. Ouellette) : Vous
m'avez enlevé les mots de la bouche, Mme la députée de Taschereau.
Mme Maltais : Ah! c'est mon devoir
de parfois vous devancer.
Le Président (M. Ouellette) : Oui.
La Secrétaire : Madame...
Le Président (M. Ouellette) : Oui.
La Secrétaire : Mme Vallée
(Gatineau)?
La Secrétaire : M. Boucher
(Ungava)?
La Secrétaire : M. Hardy (Saint-François)?
La Secrétaire : M. Giguère (Saint-Maurice)?
La Secrétaire : M. St-Denis (Argenteuil)?
La Secrétaire : M. Merlini (La Prairie)?
La Secrétaire : Mme Maltais (Taschereau)?
La Secrétaire : M. Rochon (Richelieu)?
La Secrétaire : M.
Jolin-Barrette (Borduas)?
M. Jolin-Barrette : Contre.
La Secrétaire : M. Ouellette
(Chomedey)?
Le Président (M. Ouellette) : Je
vais m'abstenir.
La Secrétaire : C'est adopté.
Président (M. Ouellette) :
Donc, l'amendement amendé à l'article 1 de l'article 1 du projet de loi est adopté.
Nous continuons donc notre discussion sur
l'article 1. Et, à l'article 1, Mme la députée de Taschereau, il vous
reste du temps.
Maltais :
Oui, je sais. Je ne sais pas si la ministre voulait introduire des commentaires
avant, simplement par... j'irai jusqu'à... par déférence, vu qu'on a
quand même eu quelques débats sur cet
article amendé...
Le Président (M. Ouellette) : Oui.
Oui. Mme la ministre.
Mme Vallée : Honnêtement, M. le Président, je
pense qu'on a élaboré longuement sur l'article 1, d'une part, d'entrée
de jeu, lorsqu'on a débuté nos travaux, mais aussi on l'a abordé lors des
différents amendements, sous-amendements. M. le Président, je pense...
Bon, je comprends que, par principe, les
collègues ont inscrit un vote à l'encontre de l'amendement qui était proposé, mais je pense qu'il est encore important
de mentionner que le texte qui est proposé a fait l'objet de discussions
et qu'il incorpore aussi... il a su
incorporer des commentaires qui ont été formulés tant par l'opposition que par
la deuxième opposition. Alors, je crois que c'est important de le
mentionner, nous, on souhaite aller de l'avant puis on souhaite pouvoir avancer
dans ce projet de loi là, tout en étant à l'écoute des commentaires qui nous
sont formulés et tout en incorporant, dans la
mesure du possible, les suggestions qui sont proposées et qui ne vont pas à
l'encontre de la jurisprudence et du droit. Alors, voilà. Je vous
remercie.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Taschereau.
Maltais :
Merci, M. le Président. Alors, je sais qu'il y a quelques suggestions qui ont
été adoptées. Même si, sur le fond,
on ne s'entend pas, effectivement on a quand même essayé de tenter de baliser
cet amendement, qui était quand même un amendement majeur, là. Ce
n'était pas un petit amendement, ce n'était pas une simple coquille, c'était
véritablement... c'était l'introduction de la définition de discours haineux.
Et là-dessus on ne s'entend pas vraiment.
Puisqu'on est
rendus à l'article... M. le Président, on sait que cet
article établit les
mesures et dit à qui ça s'applique. Alors,
là-dessus, je vais avoir un amendement, que je vais expliquer tout de suite, M.
le Président. Je vais le... rapidement, puis le déposer. C'est que cette loi touche aux
jeunes, aux gens de 18 ans et moins... aux moins de 18 ans, et là-dessus
nous ne sommes pas en accord. Nous croyons que nous avons une direction de la
protection de la jeunesse qui est fort efficace.
Alors, je
déposerais un amendement, M. le Président, qui est celui-ci : Modifier le
deuxième alinéa de l'article 1 de
la loi proposée par l'article 1 du projet de loi en ajoutant, après les
mots «diffusés publiquement», les mots «par une personne de 18 ans
ou plus».
Le Président (M. Ouellette) : Je
suspends quelques minutes.
(Suspension de la séance à 11 h 53)
Le Président (M. Ouellette) : Nous
reprenons nos travaux. Et nous en sommes à l'étude de l'article 1 du projet de loi n° 59, et Mme la députée de
Taschereau vient de déposer un amendement, et elle nous en a fait la
lecture. Il est recevable. Mme la députée de Taschereau, pour vos commentaires.
Maltais :
Merci, M. le Président. Alors, j'en réfère au mémoire des directeurs de
protection de la jeunesse qui sont
venus en commission parlementaire le 14 septembre 2015. Évidemment,
comme DPJ, ils prennent, au départ... ils
acceptent le fait que le projet de loi n° 59 soit déposé — et fort probablement adopté, puisque nous
sommes devant un gouvernement majoritaire. Maintenant, ce n'est pas la
posture de l'opposition officielle. Alors, on a pris le contenu de ce que... quel est le message général que nous
envoient les DPJ par rapport à cette loi et quelle serait ensuite la
meilleure attitude à prendre.
page 7 de ce mémoire, on parle, entre autres, des protections
procédurales, et on dit ceci : «Force est de constater que ce projet de loi de nature civile, dont les
auditions se dérouleraient devant un tribunal administratif, comportera
de lourdes conséquences pour les personnes
mineures qui seraient visées par une enquête et une décision du Tribunal
des droits de la personne. Dans un esprit de
cohérence législative, ce projet de loi doit s'intégrer harmonieusement avec
les autres lois, particulièrement celles s'appliquant aux enfants, et maintenir
les protections procédurales qui leur sont octroyées en vertu de ces lois.»
Évidemment,
là, il y a plein de protections procédurales qui sont connues comme étant
normalement affectées aux mineurs :
la primarité de l'autorité parentale, la responsabilisation du jeune, la
non-publication du nom, l'anonymisation des jugements, la comparution à huis clos. Voilà! Alors, il y a là-dedans
beaucoup, beaucoup, beaucoup d'exceptions qu'on est obligés de faire à
la loi n° 59 parce que la loi n° 59 vise les mineurs.
Remettons-nous
dans la tête l'objectif de la loi. L'objectif de la loi, c'est la lutte à la
radicalisation. Je comprends qu'on a
élargi, mais, quand même, revenons simplement dans la lutte à la
radicalisation, c'est supposé être le coeur de cette loi-là, c'est supposé être le centre. Mais
qu'arrive-t-il si un jeune mineur se fait radicaliser? Savez-vous ce qui se
passe actuellement? On appelle non pas à
faire des plaintes contre le jeune, on appelle à appeler le centre d'aide... de
prévention contre la radicalisation, on appelle la DPJ, on appelle la police.
Les parents appellent les policiers en disant : Venez nous aider! Tout ce système-là se met en branle.
Il y a tout un système de protection de nos jeunes qui se met en branle.
Si le jeune est radicalisé au point qu'il
veuille aller se battre en Syrie, et tout ça, et qu'il tienne, donc, des propos
haineux... même s'il tient des propos
haineux, là on est rendus... ce n'est pas compliqué, on l'attrape à l'aéroport
pour sa propre protection. Donc, on
n'est pas dans un processus de plainte contre des jeunes, normalement on doit protéger les jeunes. Alors, je ne comprends pas pourquoi cette loi-là vient tout à coup s'attaquer aux jeunes. Je ne pense pas que ce soit nécessaire puis je ne pense pas que ce soit
la meilleure chose qu'on puisse faire.
Alors, M. le Président, je... Oui, M. le
Président?
Le Président (M. Ouellette) :
J'étais pour vous dire que, compte tenu de l'heure, Mme la députée de Taschereau,
la commission doit ajourner ses travaux. Et je pense que votre début
d'explication campe le débat.
(Suspension de la séance à 12 h 1)
Le Président (M. Ouellette) : À
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des institutions reprend ses travaux. Veuillez, s'il vous plaît, vous assurer que vos
appareils électroniques sont en mode silencieux afin de ne pas perturber
nos travaux.
Je vous rappelle que la commission est réunie
afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 59, Loi édictant
la Loi concernant la prévention et la lutte contre les discours haineux et les
discours incitant à la violence et apportant diverses modifications
législatives pour renforcer la protection des personnes.
Lors de la suspension de nos travaux à la salle
La Fontaine, nous avions commencé l'étude d'un amendement présenté par Mme
la députée de Taschereau à l'article 1 édicté par l'article 1 du
projet de loi. Vous nous aviez mis en bouche, Mme la
députée de Taschereau, en nous expliquant quel était le fondement de l'ajout à
l'amendement à l'article 1. Donc, à vous la parole, Mme la députée de
Taschereau.
Mme Maltais :
Oui, M. le Président. Je vais expliquer de façon un peu plus approfondie.
Écoutez, on le sait, dans ce projet de loi, il y a deux parties, il y a
une
partie sur les discours haineux et une
partie qui traite d'autres
sujets : mariage forcé, protection, sécurité
morale des jeunes — qui va
être changé un peu, là, dans l'appellation — la sécurité des jeunes, et tout ça. Nous avons bien placé cette idée de sortir
l'application de la loi aux jeunes de 18 ans dans la première
partie pour être sûrs de ne pas toucher à la
deuxième partie, où véritablement, là, il y aura un autre type de débat, où,
à certains endroits, il peut y avoir intérêt
à modifier la loi amendement par amendement,
article par article, parce que
c'est ce que nous recommandait la direction de la protection de la jeunesse.
Maintenant,
il est clair que, quand il s'agit de discours haineux, surtout dans un... Quand
on sait que l'objectif initial de la
loi est une lutte à la radicalisation, je pense qu'il serait beaucoup plus
sage, beaucoup plus sage d'éviter l'application de cette loi aux
18 ans et plus...
Mme Maltais : ...beaucoup plus sage
tout simplement de les sortir, vraiment la limiter aux 18 ans et plus, la
limiter aux 18 ans et plus.
On sait que,
par rapport aux jeunes, on a décidé, au Québec, d'avoir un type d'action quand
il s'agit de lutte contre les gestes,
les actes criminels ou quand il s'agit de l'attitude avec laquelle... de la
façon dont les jeunes se comportent, on a décidé d'agir soit par prévention, vraiment par prévention, soit dans
un objectif de réhabilitation. Alors, à notre avis, cette
partie de la
loi ne permet pas de traiter les jeunes de cette façon-là, elle les inclut dans
un processus où ils ne devraient pas être
inclus. Ils sont déjà couverts et en prévention, et en réintégration,
et en, parfois, réhabilitation par d'autres processus. Alors, véritablement, M. le
Président, on ne voit pas l'intérêt
d'inclure les jeunes en bas de 18 ans dans cette
partie de la loi.
J'aimerais ça savoir comment la ministre accueille cette suggestion.
Le Président (M. Ouellette) : Mme
la ministre.
Mme Vallée : M. le
Président, il y a
eu, effectivement, comme le mentionnait la collègue,
certains commentaires qui ont été
formulés lors des consultations. Les centres jeunesse nous ont... la DPJ,
pardon, nous a demandé... ou a porté à notre attention, dans le cadre de
son mémoire, l'importance d'appliquer une protection procédurale au mineur.
Effectivement, lorsqu'on regarde le mémoire de
la DPJ, on nous indique : «Dans un esprit de...»
Mme Vallée : Je suis à
la page 7, l'avant-dernier paragraphe :
«Dans un esprit de cohérence législative, ce projet de loi doit s'intégrer harmonieusement avec les autres lois, particulièrement
celles s'appliquant aux enfants, et maintenir les protections procédurales qui
leur sont octroyées en vertu de ces lois.»
donc : «Dans les situations où ces deux lois ne s'appliqueraient pas, nous
croyons que l'intervention de la CDPDJ pourrait
s'appliquer aux mineurs en préconisant une intervention non judiciaire axée sur
l'éducation et la médiation dans le respect des
principes reconnus [et] guidant l'intervention auprès des mineurs.»
Et également, en commission parlementaire le
23 septembre dernier, on a M. Jasmin Roy qui nous disait qu'il y avait quand même un certain nombre de mineurs... d'agresseurs,
dans les écoles, qui ont des comportements de délinquance, de violence. Et donc il faudrait être capable de rejoindre
ces jeunes-là, mais évidemment dans le contexte qui leur est propre.
Et donc c'est
dans ce contexte-là que nous avons apporté... nous avons déposé une modification à l'article 10. Alors,
un jour, on y viendra. Et, à l'article 10, on va... Puis je vais vous
lire le texte tel qu'amendé, puis, dans
le fond, ça vient un peu
rejoindre, d'une certaine façon, les préoccupations.
C'est :
«La commission peut mettre fin à son enquête lorsqu'elle estime qu'il est inutile de poursuivre la recherche d'éléments de preuve ou lorsque
la preuve qu'elle a pu recueillir est insuffisante ou lorsqu'elle est d'avis que la personne faisant l'objet de l'enquête doit
être dirigée vers une ressource plus appropriée à sa situation notamment au
Curateur public, au directeur de la protection de la jeunesse ou au directeur de l'établissement d'enseignement
qu'elle fréquente. Dans ces derniers cas, la commission s'assure que la
personne est prise en charge par cette ressource.»
Pourquoi?
Parce que, M. le
Président, un enfant de moins de
18 ans qui tiendrait des propos haineux pourrait être un enfant qui
crie à l'aide, pourrait être un enfant dont des problèmes... qui vit, donc,
pour toutes sortes de raisons, des problèmes importants. Et il est important
de ne pas laisser cet enfant-là à lui-même et de pouvoir rapidement
le prendre en charge. Donc, c'est
pour ça, c'est dans cet esprit-là que, plutôt que de dire : Le texte ne
s'applique pas, le texte s'appliquerait, mais avec les adaptations.
Puis il est
vrai qu'on a des ressources, dans les centres jeunesse, qui pourront prendre en
charge l'enfant, s'assurer... Est-ce que
la problématique vient d'un problème de santé mentale?
Auquel cas, est-ce qu'on peut rapidement y voir? Est-ce que la problématique est
due à un contexte particulier que vit l'enfant dans sa famille? Est-ce que la problématique
est créée par d'autres circonstances? Et
donc, en permettant, par le biais de l'article 10, de diriger vers
l'instance appropriée lorsqu'il s'agit d'un jeune, je crois qu'on va
être en mesure d'éviter, oui, de judiciariser des dossiers des jeunes.
Puis, honnêtement, encore
une fois, les commissions parlementaires nous ont amené cet élément-là. Puis on
dit : Oui, il y a peut-être...
on doit faire le lien avec les centres jeunesse. Parce qu'un enfant qui tient des propos qui
sont... et qui correspondent à la définition
de discours haineux, c'est problématique. Parfois, ça pourrait peut-être
s'inscrire dans un contexte de crise
d'adolescence. Mais, encore là, le jeune a certainement besoin d'encadrement,
certainement besoin d'une intervention
adaptée. Et l'objectif n'est pas de pointer du doigt le jeune, de le
stigmatiser davantage, mais, bien au contraire, de l'aider. Alors, c'est
l'approche qu'on a préconisée dans le dossier.
Le Président (M. Ouellette) :
Mme la députée de Taschereau.
Mme Maltais :
J'avais bel et bien vu l'amendement à l'article 10, M. le Président. Mais
je pense que notre position, honnêtement, assurerait une meilleure protection
aux jeunes. Parce que le défaut de l'amendement qui est apporté par la ministre
à l'article 10 est qu'il conserve la possibilité de poursuivre des jeunes
de moins de 18 ans via la loi
n° 59, via le processus des plaintes à la CDPDJ. Alors, ou bien on
dit : On ne veut pas que les jeunes soient sous l'égide de la loi n° 59 — et, à ce moment-là, c'est notre
proposition — ou bien
on dit : Oui, ils peuvent être sous l'égide de la loi n° 59,
puis l'amendement donne une possibilité d'envoyer ailleurs, mais ce n'est pas
un automatisme.
Moi, je pense que, si des jeunes ont des propos
haineux, on devrait normalement les repérer avant et non pas obliger des gens à faire des plaintes. C'est ça,
le problème. C'est qu'on est dans un processus de plainte à la
Commission des droits de la personne et des
droits de la jeunesse. Et je rappelle — puis on a toujours ça derrière la tête, nous
autres, quand on discute — qu'il y a un an avant qu'une plainte soit
traitée, puis on n'a même pas encore commencé l'enquête. Il est là, le
problème : un an. Alors, ce n'est pas une intervention rapide, ça, là, ce
n'est pas une intervention rapide. Surtout si la plainte n'est pas frivole.
Alors, moi,
je ne comprends pas, puis ça, c'est... vraiment, là, je ne comprends pas qu'on
veuille mettre les mineurs, les personnes
mineures sous la coupe de cette loi, véritablement pas. Je n'en vois pas la
plus-value au niveau de la société. Je
ne pense pas que ça soit une bonne idée que de faire faire le trajet :
plainte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, ensuite jugement de la
Commission des droits de la personne sur la frivolité, et, ensuite de
ça, va-t-il ou non être traité par la CDPDJ ou être traité ailleurs? Moi, je
pense qu'on est mieux de les exclure de ça et puis
que... Ailleurs, il y a les commissions scolaires, les écoles, les collèges qui
ont des moyens d'intervenir, la DPJ a des moyens d'intervenir. La CDPDJ
peut intervenir si ça attaque une personne. Et il y a même la police. Quand il
s'agit de la radicalisation, elle est intervenue.
Alors, je ne vois pas l'utilité de cet outil
supplémentaire, sauf pour les désagréments qu'il peut apporter, très
honnêtement.
Le Président (M. Ouellette) :
Vous avez d'autres commentaires, Mme la ministre?
Mme Vallée : Bien, en fait, M. le Président, je pense
qu'on a été à l'écoute des recommandations des DPJ puis je pense qu'il est important
aussi de se rappeler qu'en vertu de notre Code civil un jeune peut quand même
être poursuivi, peut quand même... la responsabilité d'un jeune peut quand
même être engagée. Donc, le Code civil s'applique, les principes de responsabilité s'appliquent aux adultes comme aux enfants. Et je
ne crois pas qu'il soit opportun d'exclure les jeunes du dossier. Au
contraire, je crois que le chemin qui est présenté par... les amendements que
nous aborderons à l'article 10 sont importants.
Et puis la
référence que la CDPDJ fera, que la commission
des droits de la personne et de la jeunesse fera, elle sera faite... elle peut être faite au DPJ. Puis,
comme je le mentionnais tout à l'heure, ça peut aussi être dans le milieu
scolaire. Donc, peut-être que la Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse considérera que, dans le
contexte des propos, il est plus opportun de s'en remettre et de se tourner
vers le milieu scolaire et de mettre en place un plan d'intervention pour
l'enfant.
Je pense
qu'un enfant, et je l'ai mentionné, un enfant qui a des troubles de
comportement sérieux... D'ailleurs, c'est un motif d'intervention par
les DPJ en vertu de l'article 38f. Puis, un enfant qui a des troubles de
comportement sérieux qui peuvent, de
façon... compromettre le développement physique, le développement psychologique
de l'enfant, il est important que cet
enfant-là soit pris en charge. Donc, de fermer l'application de la loi et des
dispositions de la loi pourrait potentiellement exclure des enfants.
Il y a des
enfants qui vivent peut-être dans des milieux où... et qui font l'objet
peut-être de propos que l'on tente d'enrayer. Tous les propos
d'endoctrinement auxquels on fait référence à l'article 1, peut-être que
des jeunes sont sujets à ces propos-là et peut-être que ces jeunes-là répètent
et vont également imiter les modèles qui sont les leurs. Donc, si, par une référence à la DPJ, par une
référence à l'encadrement, on peut aider un jeune à se sortir de ce
milieu-là, je ne crois pas qu'on ait été à
l'encontre du droit des jeunes, au contraire. Puis l'enfant, le jeune, l'enfant
est un être doué de raison aussi,
alors c'est dans ce contexte-là, qui milite de ne pas exclure mais d'apporter
des adaptations bien particulières.
Puis, au même
titre, lorsqu'on parle du Curateur public, bien c'est aussi pour l'adulte qui
peut faire l'objet d'une curatelle. Parce qu'on a... C'est l'Ordre des
psychologues qui nous avait sensibilisés aux enjeux de santé mentale et qu'il
était opportun d'aider les gens également.
Alors, je pense que... Je crois que de dire que
la loi ne s'applique pas... En fait, on ne retrouve ça nulle part. Le Code criminel s'applique, les lois s'appliquent
aux citoyens, aux citoyens doués de raison. Et ça pourrait créer une situation plus... et créer des mailles
importantes, alors que, là, on considère la situation particulière des jeunes,
on considère également les ressources
qui existent pour ces jeunes-là, notamment les centres jeunesse et l'aide que
peuvent accorder les intervenants des centres jeunesse à un jeune, une
jeune qui manifeste des troubles de comportement sérieux.
Et, dans les troubles de comportement
sérieux, c'est intéressant, il y a un petit document qui s'intitule Faire
un signalement au DPJ, c'est déjà protéger
un enfant — Quand
et comment signaler? Et on a, à
la page 16 du document, la définition
des troubles de comportement sérieux et on nous indique quelques indices :
«L'enfant manifeste de l'agressivité et
de la violence de façon fréquente et incontrôlable[...]; l'enfant fréquente des
personnes qui l'influencent négativement et qui accentuent ses problèmes
de comportement», donc... «Le DPJ intervient uniquement dans les situations où
des indices de troubles de comportement
sérieux sont présents et lorsque les parents ne prennent pas les moyens pour
assurer la protection de leur enfant ou [si] l'enfant de 14 ans et plus
s'oppose aux services d'aide proposés.»
Alors,
comment l'intervention du DPJ fonctionne? Bien, on a la réception et le
traitement du signalement. Si le signalement
est non retenu, il y a la fin de l'intervention. S'il est retenu, on va évaluer
la situation. Est-ce que la sécurité et le développement de l'enfant
sont compromis? Si la sécurité et le développement de l'enfant ne sont pas
compromis, on met fin à l'intervention.
S'ils le sont, on va orienter les mesures de protection qui vont s'appliquer à
l'enfant, soit par des mesures volontaires, par d'autres démarches, et
là on va mettre en place des mesures de protection, on va réviser la situation
au besoin. Mais tout ça dans le meilleur intérêt de l'enfant.
Le Président
(M. Ouellette) : M. le député de Richelieu.
M. Rochon :
Oui, M. le Président. Ma compréhension est à l'effet que ce n'est pas un
automatisme dans la loi de diriger le jeune — on parle des jeunes, là — vers
des ressources appropriées. C'est une perspective, c'est une possibilité, ça peut arriver, mais ça n'arrivera
pas nécessairement. Moi, je souscris tout à fait à l'argumentaire que
j'ai entendu tenir ma collègue de Taschereau
à l'effet que les personnes de 18 ans et plus soient soustraites de
l'application de la loi.
ministre réfère au mémoire des directeurs de la protection de la jeunesse. J'ai
également parcouru ce mémoire, pour y
trouver des choses plutôt favorables à ce que propose maintenant ma collègue de
Taschereau. «Nous constatons — dit le mémoire — que le
projet de loi met en place une procédure de dénonciation anonyme à la CDPDJ
lorsqu'une personne a connaissance
d'un discours haineux ou incitant à la violence. Il octroie de plus à
[l'organisme] un pouvoir d'enquête à cet effet et confère de nouvelles responsabilités au Tribunal des droits de
la personne. [...]Nous n'avons pas de
recommandations à formuler en
ce qui concerne l'application de ces procédures aux adultes — "aux
adultes". Toutefois — disent
les directeurs de la protection de la
jeunesse — nous
tenons à vous faire part de nos vives inquiétudes quant au fait que le projet de loi ne crée pas de distinction entre les personnes mineures et majeures.»
C'est ce que regrette, là, la députée
de Taschereau, ce pour quoi elle soumet à la commission un amendement.
Je poursuis le texte
du mémoire des directeurs de la protection de la jeunesse : «Ce dernier
aspect nécessite, selon nous, une révision. Notre système juridique établit généralement
cette distinction afin de prendre en compte la vulnérabilité des mineurs et
reconnaît l'importance d'agir avec célérité et efficacité pour prévenir la
récidive et ainsi bien protéger la société.»
Il y a une voie pour
les mineurs, il y a les ressources appropriées.
«Le regard que nous
portons sur cet aspect du projet de loi se fonde essentiellement sur les
connaissances scientifiques, notre
expérience clinique et l'efficacité largement reconnue de nos interventions en
matière de délinquance. En tant que
DPJ-DP, et à l'instar de nos partenaires québécois en cette matière, nous sommes
convaincus que la portée de nos interventions est tributaire des grands
principes qui guident nos actions et nos décisions[...].
«Ces
principes doivent en tout temps guider nos interventions à l'égard des jeunes,
et il ne devrait en être autrement dans le présent projet de loi.»
J'achève : «Les
connaissances cliniques et la jurisprudence le démontrent : l'adolescent
est un individu en développement qui n'a pas
atteint sa maturité et qui, à ce titre, a des besoins différents de ceux des
adultes. L'intervention doit donc
être appropriée à ce stade de développement. En ce sens, le projet de loi ne
précise nullement des modalités pouvant spécifiquement s'appliquer aux
mineurs, ce qui est fort préoccupant.»
encore une fois, la ministre nous dit que son projet de loi ouvre bien la
porte, là, à diriger les 18 ans et moins vers des ressources appropriées. Nous notons de notre
côté, M. le Président, que ce n'est pas un automatisme, ce pourquoi nous
maintenons que l'amendement que nous soumettons à la commission est tout à fait
approprié, c'est-à-dire d'exclure les 18 ans et moins de l'application du
projet de loi.
Le Président
(M. Ouellette) : Merci. Mme la ministre.
Mme Vallée :
Je veux simplement rappeler, M. le Président, qu'un jour on arrivera aussi à
l'article 10... à l'article 7,
pardon, puis nous avons des amendements. Il n'y a pas d'anonymat. La
confidentialité de l'identité sera prévue, mais pas d'anonymat. Donc, il y a une grande distinction à faire entre
l'anonymat et la confidentialité. Mais, chose certaine, il y a des
amendements qui sont apportés.
Alors,
vous voyez, M. le Président, je pense qu'on a été pas mal à l'écoute lors des
consultations, on a apporté des amendements. Mais il faudra
peut-être... en tout cas, je l'espère, qu'un jour on pourra s'y
rendre.
Le Président (M. Ouellette) : Ah! mais on prépare le terrain, Mme la ministre.
Je pense que c'est des discussions préparatoires et...
Mme Vallée :
...verser dans l'article 10 les commentaires faits.
Président (M. Ouellette) : Et je pense... Je vais retourner à Taschereau. Je sais que mon collègue
le député de Rimouski va être intéressé de prendre la parole. Mme la
députée Taschereau.
Mme Maltais :
M. le Président, l'article 10, la modification qu'on amène à
l'article 10 est une modification qui n'a pas la même portée, la
même teneur que ce que nous proposons. C'est très, très, très différent. À la
limite, elles pourraient ne pas être... elles pourraient même exister toutes
les deux, à la limite. Ou bien on pourrait faire tomber simplement les mots...
Dans la modification, 10, on ferait... on ajouterait juste «directeur de la
protection de la jeunesse». Ce serait un
amendement qu'on pourrait apporter plus tard, quand on arrivera à
l'article 10. Mais présentement nous croyons profondément qu'il
faut sortir les moins de 18 ans de cette loi.
Il y a, au
Québec, entente. Il y a une compréhension qui est pareille pour tout le
monde : quand un mineur voit sa sécurité
ou son développement compromis, c'est à la direction de la protection de la
jeunesse qu'on fait affaire, qu'on interpelle.
Il y a une obligation de signalement, pas au gouvernement, pas à la CDPDJ. Il y
a une obligation de signalement qui
est inscrite dans la Loi de la protection de la jeunesse, signalement à la
direction de la protection de la jeunesse. Ici, on introduit quelque
chose qui vient dire : Oui, mais
vous pouvez faire une plainte à la Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Alors, il y a
comme... il y a maintenant deux actions potentielles.
Si vous voulez vraiment... Vous êtes obligés... Si vraiment vous considérez qu'il y a
sécurité et développement compromis,
vous devez aviser la direction de la protection de la jeunesse. Et c'est un
mécanisme qui est reconnu, qui est contrôlé, puis qui agit surtout en
prévention, et qui peut même agir en coercition, s'il y a lieu, mais qui agit
surtout en prévention et réhabilitation. Il y a une conception, il y a un
principe québécois derrière ça.
Mais là on
s'en vient dire que, pour du discours haineux, pas du crime, là, pas du Code criminel, là, mais pour du discours haineux, il y a une autre façon de
procéder : les gens peuvent simplement aller à la commission des droits
de la personne et de la jeunesse, déposer une plainte sur le discours haineux
et ensuite, quand l'enquête est commencée, d'après ce que nous dit la ministre
dans son amendement à l'article 10, ensuite, quand l'enquête est
commencée, la commission des droits de la
personne et de la jeunesse jugera s'il faut référer à la DPJ. Elle va faire le
travail de la DPJ. Je m'excuse, là,
mais ça ne marche pas, ça. La CDPDJ ne doit pas être identifiée par les
Québécois et Québécoises comme étant le lieu par lequel on doit passer
pour protéger les jeunes.
L'amendement
de la ministre à 10 dit : «La commission peut mettre fin à son enquête
lorsqu'elle estime qu'il est inutile de poursuivre la recherche
d'éléments de preuve, lorsque la preuve qu'elle a pu recueillir est
insuffisante ou lorsqu'elle est d'avis que
la personne dénoncée doit être référée...» «Peut mettre fin à son enquête».
Avant d'ouvrir une enquête à la
CDPDJ, c'est un an. Un an. Allez-vous laisser un an de temps un jeune dont la
sécurité ou le développement est compromis en vertu de discours haineux,
puisqu'il a des...
Si je prends le discours de la ministre, là, qui
me dit, vraiment, là, qui dit : Développement compromis, c'est important, la CDPDJ l'enverra à la DPJ... Mais il
y a un an de délai, alors que la direction de la protection de la
jeunesse, elle, elle doit agir
immédiatement. Elle va envoyer valider... Il y a des délais beaucoup plus
stricts qu'un an, croyez-moi, pour aller valider si la sécurité ou le
développement de l'enfant est compromis.
Alors, je
trouve que notre proposition protège beaucoup mieux la jeunesse et que c'est
exactement le système qu'on avait
choisi au Québec. Et quoi qu'en dise la ministre, je suis d'avis, et c'est
vraiment factuel, là, que l'amendement qu'elle apporte à
l'article 10 ne donne pas la même protection aux jeunes que ce que donne
la direction de la protection de la jeunesse.
Alors, il serait sage, je pense, de voir à ce que les Québécois et les
Québécoises réfèrent toujours à la direction de la protection de la jeunesse plutôt qu'à la commission des droits. Je
pense que ce serait beaucoup plus sage, M. le Président.
Le Président (M. Ouellette) :
Mme la ministre.
Mme Vallée :
En fait, la commission des droits pourra le faire d'office, mais on fera le
débat sur l'article 10 une fois
rendus là. Je tiens simplement à rappeler à ma collègue que, dans le CDPDJ,
dans l'acronyme CDPDJ, il y a «j» pour «jeunesse». Alors, il faut savoir
que les intervenants de la commission des droits de la personne et de la
jeunesse sont très sensibilisés à ces
questions-là. Donc, l'objectif n'est pas du tout d'aller dans le sens qui est
anticipé par la collègue.
Mais, pour ce
qui est de l'article 10, pour le débat sur l'article 10, il me fera
plaisir d'analyser notre amendement et de voir peut-être à le bonifier rendus à l'article 10. Je ne ferai pas
le débat dans le cadre de l'article 1, avec respect, évidemment.
Mme Maltais : M.
le Président?
Le Président (M. Ouellette) :
Mme la députée de Taschereau.
Mme Maltais : Je
dis que c'est à l'article 1 que nous voulons que cela soit introduit parce
que cela fait qu'il ne devrait pas y avoir
d'enquête, il devrait y avoir signalement à la DPJ. C'est ça, la différence.
C'est pour ça qu'on en parle à
l'article 1. On veut sortir les jeunes qui sont déjà couverts par la DPJ
de cette loi-là, qui est une loi inacceptable au départ. Ça fait qu'imaginez-vous, mettre les jeunes en plus, comment
est-ce qu'on le prend? Bien, on le prend mal. Voilà.
Le Président (M. Ouellette) :
Mme la ministre.
Mme Vallée :
Ce n'est pas tout à fait le but de l'amendement lorsqu'on le lit. Mais, ceci
étant dit, je ne partage pas l'opinion
de la collègue. Et puis on ne peut pas tout mettre dans l'article 1 non
plus, parce que ça fait un
article 1 qui est très lourd. Alors, on l'a mis un petit peu plus loin
dans le texte. Mais il n'est pas très loin de l'article 1, il est à
l'article 10.
Le Président
(M. Ouellette) : On aura l'opportunité d'en discuter, puis
j'aurais le goût de demander à notre collègue de Rimouski si c'est la même
chose en région.
LeBel : Moi, j'ai... Ah! je
m'excuse du retard. C'est un projet de loi qui est bien important, là. C'est
quand même assez majeur. Puis moi, je suis venu quelques fois puis, moi, ce qui
m'inquiète beaucoup, c'est la liberté d'expression, c'est... Je
trouve qu'on vient mettre des balises. Pour une première fois au Québec, dans
l'histoire du Québec, on essaie de mettre des balises sur la liberté
d'expression. C'est fondamental comme projet
de loi, ce n'est pas rien, là.
Ça fait que c'est pour ça que l'article 1... Puis nous autres, on sait ce
que ça veut dire, l'article 1...
Le Président (M. Ouellette) :
Mais vous voulez l'amender, l'article 1?
M. LeBel :
Aïe! C'est assez compliqué. Ça fait qu'il faut y travailler comme il faut, à
l'article 1, si on veut savoir vers
où on s'en va, parce que c'est la base, hein, il me semble. Ça fait que c'est
pour ça qu'on... c'est bien important, à partir de cet article-là, de
voir c'est quoi, qu'est-ce que le législateur voulait faire, tu sais, qu'est-ce
qu'il avait en tête avec ce projet de loi
là. Mais moi, déjà là, je ne suis pas... j'ai de la difficulté avec le projet
de loi, qui vient comme baliser la liberté d'expression. Puis j'en ai
parlé la dernière fois que je suis venu, au niveau des artistes, au niveau
des...
Et là on veut
comme... les moins de 18 ans pourraient être interpellés là-dessus. Il
faut savoir, là, les adolescents, les décrocheurs,
les... Je ne le sais pas, mais, qu'on... C'est déjà un gros morceau de vouloir
baliser les droits d'expression, et là on
intègre les moins de 18 ans là-dedans. Vraiment, je suis un peu surpris.
Puis je me dis : Pourquoi pas, dans l'article 1, régler ça tout de suite, dire : Les moins de
18 ans, on va gérer leur comportement, là, comme on fait d'habitude, dans
les ensembles des lois du Québec? Pourquoi
vouloir intégrer ça là-dedans? Tu sais, il faut savoir, là, être... Moi, j'en
ai, des ados, là, qui... Tu sais, dans les écoles, partout, dans les...
il faut rencontrer des jeunes décrocheurs, des fois, qui sont comme... ils en ont jusque-là, là, puis des fois
ils ont des propos assez costauds. Je vais vous dire, ça réussit même à
me défriser, même moi. Ça fait que pour dire que c'est...
Je ne le sais
pas, mais il me semble qu'à l'article 1 on devrait clarifier cette
situation-là rapidement. Et ce serait bon pour tous les intervenants : les intervenants de la DPJ, les
intervenants qui travaillent auprès des groupes communautaires, qui
travaillent auprès de la jeunesse, auprès de... Il me semble que ça leur
permettrait d'y aller dans la façon plus positive
avec les jeunes, c'est-à-dire de l'éducation populaire, de la prévention, des
enseignements, plutôt qu'y aller avec un genre d'épée de Damoclès,
Damoclès qui est là, qui dit... avec la loi, qui vient comme toucher des jeunes
de 15, 16 ans, 17 ans. À mon avis, on pousse un peu trop loin. On a
déjà une loi qui pousse déjà pas mal loin, à mon avis.
Ça fait que
la proposition d'amendement, qui semble confirmée, être confirmée, là... — j'écoutais le député de Richelieu tantôt — qui semble confirmer, là, la direction de la
protection de la jeunesse, là... les vouloirs de la direction, qui disait : «Les connaissances cliniques et la
jurisprudence le démontrent : l'adolescent est un individu en
développement qui n'a pas atteint sa maturité et qui, à ce titre, a des besoins
différents de ceux des adultes. L'intervention doit donc être appropriée à ce stade de développement. En ce sens,
le projet de loi ne précise nullement des modalités pouvant
spécifiquement s'appliquer aux mineurs, ce qui est fort préoccupant.»
Si le
directeur de la protection de la jeunesse trouve ça préoccupant, je pense que
ça vient comme confirmer l'idée d'approuver
cet amendement, qui viendrait comme clarifier des affaires puis qui ferait en
sorte que... Au Québec, on a toujours
travaillé différemment avec nos jeunes, ça fait qu'il faut continuer de la même
façon, parler de prévention, parler d'enseignement, parler d'éducation,
parler d'intervention appropriée avec ces jeunes-là, et on devrait continuer à
travailler là-dessus. Et, quand on parle de... Si on veut parler de liberté
d'expression, de discours haineux, bien, adressons-nous
aux adultes puis essayons de voir comment on peut faire avec les adultes. Mais
les enfants, là, c'est... les adolescents,
les enfants, on peut peut-être les laisser tranquilles avec ça puis continuer à
travailler comme on a toujours travaillé au Québec avec eux autres, à mon
avis.
Le Président (M. Ouellette) :
Commentaires, Mme la ministre?
Mme Vallée : Moi, j'ai
fait les recommandations. C'est certain que, comme je le mentionnais, il y a
des enfants qui ont besoin de cette aide, de
cet encadrement. Ce n'est pas de les stigmatiser, au contraire, c'est... Les
moyens qu'on va vous proposer à
l'article 10 vont permettre d'aider un enfant qui lance un cri de
détresse, parce que, pour moi, c'est
ça, un jeune qui tient des propos haineux. Puis il peut y avoir plein de contextes,
des contextes qui ne méritent pas une
intervention, mais il peut y avoir un contexte
où il s'agit d'un cri de détresse de la part d'un jeune. Puis je pense
qu'on a la responsabilité d'y voir, lorsqu'il s'agit d'un cri de détresse de la
part d'un jeune.
Le Président (M. Ouellette) :
M. le député de Rimouski.
M. LeBel :
Mais il me semble qu'un cri de détresse... Auprès d'un jeune, il ne faut pas
arriver avec une loi comme ça, il faut l'aider.
Mme Vallée : C'est
exactement l'objectif.
M. LeBel : Il faut intervenir
avec des groupes communautaires qui sont mieux soutenus. Il faut, avec les
commissions scolaires... On arrête de couper auprès des services qui sont faits
à ces jeunes-là. C'est au niveau de la santé publique, c'est au niveau des
intervenants, c'est là qu'il faut travailler. Quand il y a un jeune...
Actuellement, je vous
le dis, les jeunes qui ont de la détresse, on a beaucoup de difficultés à
intervenir. Les travailleurs de rue ont été coupés un peu partout à travers les régions, les... Mais
c'est ça. C'est comme si c'est une pensée magique. Arrêtons de
démobiliser notre monde, arrêtons de sous-financer nos intervenants qui
travaillent auprès de la jeunesse, puis on va être capables d'intervenir dans
les... si on a un cri de détresse. Ce n'est pas par un projet de loi comme ça
qu'on va aider tous les jeunes qui sont en
détresse. Il me semble, il faut travailler sur le soutien à nos jeunes, sur les
gens qui interviennent auprès de nos
jeunes, sur les enseignements qu'on donne à nos jeunes. C'est là. Si on voit
quelqu'un qui a un cri détresse, le jeune, il faut savoir l'accrocher là, sur place, par un travailleur de rue, par un
prof qui a du temps pour s'en occuper. C'est par là qu'il faut intervenir...
Excusez-moi.
Le Président (M. Ouellette) :
Votre intervention est très pertinente pour les articles 24 à 27, M. le
député de Rimouski. M. le député de Richelieu.
M. Rochon : Oui, M. le Président. J'ai trouvé à la
page 3 du mémoire des directeurs de la protection de la jeunesse de
la lecture très intéressante, qui vaut la peine, là, d'être très attentif.
«Nous
croyons — écrivent-ils — que certaines dispositions du projet de loi
peuvent contribuer à une meilleure protection
des enfants. Les modifications qu'il propose, non seulement à la Loi de la
protection de la jeunesse, mais aussi à d'autres lois, impliquent
plusieurs institutions et organismes en vue de l'atteinte des objectifs du
projet de loi. Il s'appuie sur un principe fondamental à nos yeux, et souvent
réitéré, voulant que la protection des personnes, et plus particulièrement
celle des enfants, soit une responsabilité collective.» Jusque-là, c'est très
bien.
«La Loi de la protection de la jeunesse prévoit
que tout professionnel qui prodigue des soins ou toute forme d'assistance à des enfants, de même que tout
enseignant, toute personne travaillant dans un milieu de garde et tout
policier sont tenus de signaler la situation
d'un enfant lorsqu'il a des motifs de croire que sa sécurité ou son
développement est compromis. Tout
citoyen peut aussi signaler de telles situations et doit le faire lorsqu'il a
des motifs raisonnables de croire qu'un
enfant est abusé physiquement ou sexuellement. De plus, un établissement ou un
organisme du milieu scolaire est tenu
de prendre tous les moyens à sa disposition pour fournir les services requis
pour l'exécution de mesures volontaires ou judiciaires à l'égard d'un enfant pris en charge par le DPJ. Il en va de
même pour une personne ou un organisme qui consent à appliquer de telles
mesures.
«Le rôle et les responsabilités des
professionnels et de la population générale dans l'application de la Loi de protection de la jeunesse sont essentiels à la
protection des enfants. Or, nous craignons que les modifications
législatives proposées soient perçues comme
une substitution aux signalements prévus à la Loi de la protection de la
jeunesse et qu'elles aient pour effet
de laisser croire aux citoyens et aux professionnels qu'ils n'ont plus à
signaler une situation pour laquelle ils ont des motifs raisonnables de croire que la sécurité ou le
développement d'un enfant est compromis. Il importe donc de bien distinguer la portée d'une divulgation à la
commission des droits de la personne et de la jeunesse d'un signalement
à la direction de la protection de la jeunesse.» Ce sont exactement les
craintes, là, émises par ma collègue de Taschereau.
Et là
j'aimerais entendre la ministre. «À cet effet, nous recommandons — disent les directeurs de la
protection de la jeunesse — que
le
chapitre I du projet de loi comporte une disposition réitérant que
cette loi ne saurait se substituer aux obligations de signalement prévues à
l'article 39 de la
Loi sur la protection de la jeunesse.»
Alors, j'aimerais entendre de la ministre, M. le
Président, une réponse à la question suivante : Existe-t-il des
dispositions au
chapitre I réitérant que cette loi n° 59 ne saurait
se substituer aux obligations de signalement prévues à l'article 39 de la
Loi sur la protection de la jeunesse?
Le Président (M. Ouellette) :
Mme la ministre.
Mme Vallée : M. le
Président, c'est l'objectif visé par l'article 10. Un jour, on va s'y
rendre.
Le Président (M. Ouellette) : M.
le député de Richelieu.
M. Rochon : Ma collègue de Taschereau signifiait tantôt que ce n'était pas du
tout la lecture qu'elle faisait de l'article 10,
l'article 10 qui soulève la possibilité, hein, qu'un enfant soit dirigé vers une ressource
plus appropriée, référé à une ressource
plus appropriée, pour reprendre, là, le texte exact de l'article 10,
notamment au Curateur public — alors pas question juste des enfants — au directeur de la protection de la jeunesse ou au
directeur de l'établissement d'enseignement
qu'elle fréquente. Dans ce dernier cas, la commission
s'assure que la personne est prise en charge par cette ressource. Tout
ça lorsqu'elle estime qu'il est inutile de poursuivre la recherche d'éléments
de preuve, lorsque la preuve qu'elle a pu recueillir
est insuffisante. Alors, c'est lorsque la commission met fin à son
enquête que tout ce processus peut s'enclencher. Ce n'est pas un processus automatique, ce n'est pas quelque chose d'automatique, on ne réfère pas automatiquement un jeune à des ressources plus appropriées.
Alors, je ne
souscris pas, là, à ce que vient d'affirmer la ministre à l'effet que ce que
réclament les directeurs de la protection de la jeunesse existe à l'article 10
du projet de loi.
Le Président (M. Ouellette) :
Je sens que nous aurons des discussions très intéressantes lorsque nous
arriverons à l'article 10. Mme la députée de Taschereau.
Mme Maltais : M. le
Président, le projet de
loi sur les discours haineux introduit une nouvelle
procédure que la ministre dit civile et que nous disons pénale, parce
qu'il va y avoir des pénalités aux citoyens. Et cette procédure fait que les gens maintenant
vont pouvoir référer non pas seulement au processus de plainte qu'il y a à la
commission des droits de la personne
et de la jeunesse — parce
qu'il existe déjà un traitement des plaintes — non pas au Code criminel, mais il pourrait en plus y avoir une espèce de grand
bureau des plaintes où les gens vont pouvoir aller référer, ils vont
pouvoir déposer une plainte contre quelqu'un
pour discours haineux. Mais, si on trouve qu'un jeune est en détresse, qu'il a
des propos haineux, il faut l'envoyer à la
direction de la protection de la jeunesse, puisque sa sécurité et son
développement sont compromis. C'est même ce que la ministre plaide.
Alors, on
introduit dans le projet de loi n° 59 de la confusion. On introduit le
fait maintenant que les gens pourront dire :
Non, non, non, j'ai découvert qu'un jeune a effectivement des problèmes, alors
je vais faire une plainte à la direction de la protection de la jeunesse... Pardon, je recommence : On va
trouver qu'un jeune a effectivement des problèmes, alors je vais faire une plainte à la Commission des
droits de la personne et des droits de la jeunesse, et là ça va prendre un
an avant qu'on puisse savoir si la
commission a décidé de traiter la plainte. Et, quand il y a début de traitement
de la plainte, un an plus tard il y a
une enquête, et c'est pendant l'enquête que la ministre nous dit : Non, ça
va bien aller. Pendant l'enquête, la
Commission des droits de la personne pourra dire : On réfère à la DPJ, un
an plus tard. Mais ça, c'est déjà une confusion.
Mais,
deuxièmement, la plus grande confusion, c'est que, si un jeune a tellement de
problèmes qu'on est rendu... tient
tellement de discours haineux qu'on est rendu à déposer une plainte contre lui,
il faudrait que ce soit à la direction de la protection de la jeunesse qu'on aille. Il ne faut pas qu'on introduise
le fait qu'on va aller l'amener devant la Commission des droits de la personne et des droits de la
jeunesse. C'est une confusion des genres. Il ne faut pas que ça fonctionne
comme ça. Si c'est vraiment tellement
sérieux, qu'il y a des propos haineux qui font qu'un jeune voit sa sécurité ou
son développement compromis, il faut l'envoyer à la direction de la
protection de la jeunesse ou — ce qui est arrivé — que
des parents disent : Je vais aller
rencontrer le Centre de prévention de la radicalisation, je vais aller
rencontrer la Sûreté du Québec puis je vais faire protéger ce jeune.
C'est ça qu'on fait jusqu'ici.
On a actuellement dans nos lois les mécanismes
qu'il faut pour aider ces jeunes. Alors, pourquoi introduire quelque chose qui va entraîner de la confusion? La
voie d'entrée, là, pour ce type de cas là, c'est la direction de la
protection de la jeunesse. Il ne faut pas
ouvrir un autre chemin, il ne faut pas introduire de la confusion dans la façon
dont on doit réagir quand un jeune a
une sécurité compromise. Puis, si c'est tellement grave... Par exemple, c'est
arrivé récemment, un parent réalise
qu'un jeune veut partir en Syrie se battre, en Syrie ou en Irak se battre, bien
là, c'est la Sûreté du Québec, parce qu'il faut aider puis rapidement
l'amener à ne pas y aller.
Alors, on ne
va pas le protéger en faisant une plainte à la Commission des droits de la
personne et des droits de la jeunesse,
et on ne va surtout pas le déradicaliser. Ça n'a aucun effet sur le jeune, sauf
le stigmatiser. C'est ça, le problème.
Alors, moi,
je trouve que notre proposition, elle arrive au bon endroit. Elle est toute
simple, elle est bien écrite. On ne
peut pas dire quand même que l'article 1 est déjà trop touffu, qu'on n'a
pas le droit de lui rajouter des affaires, là. Ça, ce n'est pas un bon argument. Je pense qu'on va attendre un autre
argument que celui-là. Je vais faire comme si je ne l'avais jamais
entendu, là, parce que ça, c'est assez étonnant. Soyons...
Le Président (M. Ouellette) :
C'est ça. C'est étonnant. C'est beau.
Mme Maltais :
En effet, étonnant. Voilà, M. le Président. Et je pense qu'il nous restera une
petite minute, puis je reviendrai après.
Président (M. Ouellette) : Il vous reste une petite minute. Je ne sais pas si vous avez de quoi à
rajouter, M. le député de Rimouski ou M. le député de Richelieu. M. le
député de Rimouski.
M. LeBel :
Oui, moi, je reviens à ce que je disais un peu tantôt. Tu sais, il y a beaucoup
de gens qui interviennent auprès de
la jeunesse, la DPJ... Le projet de loi n° 10 a tout modifié le système.
Les gens qui interviennent en DPJ sont brassés
d'un bord puis de l'autre. Ils ont de la difficulté à faire de l'intervention.
Il y a eu des coupes majeures dans ces domaines-là. Dans les
organisations communautaires qui interviennent auprès de nos jeunes, les
travailleurs de rue, les travailleurs communautaires auprès de la jeunesse, ils
sont débordés.
Moi, pour
travailler beaucoup avec eux autres, je me dis : Si on avait des
interventions à faire, c'est d'aider ces gens-là à être proches des
jeunes, puis à voir ce qui se passe, puis à voir à détecter les problématiques
auprès de la jeunesse. Je trouve ça un peu
particulier que, d'une main, on ne soutienne pas ce monde-là qui travaille
auprès de nos jeunes, puis, de
l'autre main, par une loi, on dit qu'on va aider nos jeunes. Il me semble qu'on
devrait continuer à... on devrait mieux soutenir les intervenants auprès