Culture and Education — 25 October 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CCE 2017-10-25
Quebec — Committees
(Onze
heures dix-sept minutes)
La Présidente (Mme
de Santis) : À l'ordre, s'il vous plaît! Nous allons commencer la
séance. Alors, ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission de
la culture et de l'éducation ouverte.
Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre
la sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission est
réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 144, Loi
modifiant la
Loi sur l'instruction publique
et d'autres dispositions législatives concernant principalement la gratuité des
services éducatifs et l'obligation de fréquentation scolaire.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire :
Non, Mme la Présidente, il n'y a pas de remplacements ce matin.
La Présidente (Mme
de Santis) : Merci. Alors aujourd'hui nous poursuivons avec le
cinquième sujet, soit : Antécédents judiciaires des dirigeants d'un
établissement d'enseignement privé. Hier, vers la fin de la séance, un amendement
du ministre vous a été distribué. Celui-ci propose d'ajouter
le nouvel
article 27.1. M. le ministre, je vous
invite à en faire la lecture et à nous le présenter.
M. Proulx : Je l'ai. C'est celui-ci. Juste un instant, Mme la Présidente, juste m'assurer que j'ai la bonne version. Voilà.
Alors,
Mme la Présidente, je souhaite la bienvenue à toutes et à tous et à
vous-même. Insérer, après l'article
27 du projet de loi, le suivant :
27.1. Cette loi est
modifiée par l'insertion, après l'article 120.1, du suivant :
«120.2.
Le ministre peut modifier ou révoquer un permis s'il juge que
l'intérêt public le justifie.
L'article
121.1 ne s'applique pas à une telle décision.»
article fait référence à ce qu'on a adopté hier, Mme
la Présidente, c'est la continuation
de ce que nous avons annoncé, me
donnant ainsi le pouvoir, dans ce cas où il est question d'intérêt public, de
modifier ou de révoquer un permis si je
le juge à propos. Bien entendu, on a travaillé
pour ne pas... on a travaillé dans le contexte où on était dans une
analyse pour donner un permis. On a
travaillé dans la possibilité de renouveler un permis et là, nous agissons dans
l'optique où le permis est en
vigueur, que le délai court et que nous devons intervenir à l'intérieur de la
période de validité. Voilà. Merci.
La Présidente (Mme
de Santis) : Merci, M. le ministre. Est-ce qu'il y a des
interventions? M. le député de Saint-Jérôme.
M. Bourcier :
Mme la Présidente, bonjour. Et je crois comprendre que finalement c'est
maintenant dans les deux sens où M. le ministre peut révoquer, modifier ou
encore peut faire de même. On parle de l'article prévu à l'article 119.1. Donc,
ça complète la discussion qu'on avait eue hier à ce sujet-là?
M. Proulx : Tout à fait, même on l'avait évoqué, Mme la Présidente, si ma mémoire
est bonne, on en avait parlé, disant
qu'il y avait un deuxième
article qui venait à la suite, et celui-là était pour
la période qui est pendant la validité d'un permis. Ça a été discuté
comme ça, mais effectivement, si c'est ce que le collègue veut dire, oui.
M. Bourcier :
Oui. Oui, tout à fait, merci.
Présidente (Mme de Santis) : Merci. Est-ce qu'il y a d'autres interventions?
S'il n'y a aucune intervention, on va procéder au vote. Est-ce que
l'article 27.1 est adopté?
Présidente (Mme de Santis) : Merci. Nous allons maintenant procéder à
l'étude de l'article 4 du projet de loi. Est-ce que M. le ministre
va nous présenter l'article 4?
M. Proulx :
Je vais vous présenter l'article 4, Mme la Présidente, et déjà annoncer ce
que j'ai déjà annoncé à plusieurs occasions,
parce qu'on en a parlé, on avait convenu ensemble que c'était la bonne place
pour le faire, qu'il y aura un petit amendement, à l'article 4,
bien entendu. Alors, permettez-moi juste de retrouver mon
article 4, et
ensuite de vous lire l'amendement.
M. Proulx : Oui, c'est la nouvelle méthode. Il y a
actuellement circulation, Mme la Présidente, de l'amendement de
l'article 4. Donc, je peux peut-être attendre un instant pour ne pas que
les collègues soient distraits.
La Présidente (Mme de Santis) : Vous
allez m'excuser, je suis en train d'apprendre la procédure. On me dit qu'avant
qu'on revienne aux articles suspendus il faut terminer avec les autres
articles, et, si on revient aux articles suspendus,
il faut le consentement des membres de la commission. Est-ce que j'ai votre
consentement qu'au lieu d'aller aux articles 30 et suivants on
procède avec les articles suspendus d'hier?
Des voix : Consentement.
La Présidente (Mme de Santis) :
Merci beaucoup. Alors, je m'excuse, M. le ministre.
M. Proulx : Pas de problème, Mme la Présidente. Juste pour
faire la mise en contexte, on a suspendu trois articles, et
l'article 4 dont on a discuté, c'était souhaité hier, nous l'avons fait,
et deux autres articles qui sont, je dirais, vraiment
des corollaires de l'article 4 parce qu'en lien... qui touchaient
notamment les amendes. Donc, c'est ceux-là qu'on va voir avant de
retourner à la dernière section, qui sera les dispositions transitoires et
finales.
Alors, l'article 4 du projet de loi est le
suivant :
4. Cette loi est modifiée par l'insertion, après
l'article 18, du suivant :
«18.0.1. Nul
ne peut, de quelque façon que ce soit, agir de manière à compromettre la
possibilité pour un enfant de remplir son obligation de fréquentation
scolaire.
«Est présumé
contrevenir à cette interdiction quiconque accueille un enfant dans un lieu où
celui-ci reçoit une formation ou un
enseignement qui n'est pas visé par la présente loi ou par la
Loi sur
l'enseignement privé, dès lors qu'il est avisé par le ministre que cet
enfant est en défaut de remplir son obligation de fréquentation scolaire.
«Cette
présomption peut être repoussée, notamment par une preuve selon laquelle
l'enfant est accueilli ou a été accueilli durant moins de 20 heures
par semaine ou uniquement au cours des mois de juillet ou d'août.»
Alors,
peut-être qu'avant de faire le commentaire je pourrais faire la proposition
pour l'amendement, qui fait le petit ajout qui était souhaité également
par les collègues?
Alors,
ajouter, à la fin de l'article 18.0.1 de la
Loi sur l'instruction publique
proposée par l'article 4 du projet de loi, l'alinéa suivant :
«Les
dispositions du présent
article ne s'appliquent pas aux parents à l'égard de
[leurs enfants].» À «leur enfant», pardon, au singulier, tel que le dit la
rédaction. On fait référence ici à ceux qui font l'enseignement à la maison.
Alors, Mme la Présidente, c'est un
article qui
vient introduire une interdiction générale de compromettre la possibilité pour un enfant de remplir son
obligation de fréquentation scolaire. J'ai eu l'occasion de l'expliquer,
l'obligation de fréquentation scolaire
appartient à l'enfant. C'est son obligation. Ceux et celles, bien entendu, qui
en ont la responsabilité sont ses
parents, mais l'entité qui a la responsabilité de s'assurer de la fréquentation
scolaire est la commission scolaire.
On introduit,
si vous voulez, une interdiction générale et une présomption. Et, dans le
contexte actuel, une fois que cette
interdiction-là existe, il peut arriver des situations où on pourrait repousser
cette présomption. Vous avez compris, Mme
la Présidente, sans avoir besoin de faire des explications plus longues, que,
dans la mesure où il y a une présomption, le fardeau est plus difficile à renverser que s'il n'y en avait pas. Le
fardeau de preuve, pour faire cette démonstration, est moins grand s'il y a une présomption. Ce qu'on
dit, c'est qu'on peut repousser cette présomption, notamment par une preuve selon laquelle l'enfant a été accueilli, ou
est accueilli durant moins de 20 heures par semaine ou uniquement
au cours des mois de juillet et août. Les bouts de juillet et août font
référence à, notamment, des camps d'été. Le 20 heures par semaine, Mme la Présidente, pour juger de la
présomption, a été identifié comment? D'abord, ce n'est pas... vous
aurez compris qu'il faut tracer une ligne
dans le travail qui est le nôtre, et c'est pour s'assurer de ne pas interdire
totalement la fréquentation d'un lieu, mais
de limiter les heures de fréquentation pour s'assurer qu'il y ait des heures
suffisantes pour faire un enseignement requis par la LIP ou par la LEP.
Or, c'est dans ce contexte-là que nous l'avons fait.
Pourquoi 20 heures? Bien, parce qu'on a travaillé en fonction de ce qui se fait ailleurs dans notre régime.
C'est une balise qu'on a fixée en lien avec
le régime pédagogique. La balise des 20 heures est souvent
utilisée dans les programmes arts-études,
sport-études et autres. C'est l'occasion d'être capable de tracer la ligne. On
pourrait être 20 heures dans un centre
sportif, par exemple, parce
qu'on est un athlète et, à ce moment-là, ne pas être en contravention avec son obligation de fréquentation scolaire, parce qu'en deçà de ce 20 heures, on
considère qu'il y a encore de la place pour les services pédagogiques et
on considère que l'obligation de fréquentation scolaire est respectée si on est
dûment inscrit dans un lieu scolaire, dans une école où on respecte les
exemptions de l'article 15 dont on a déjà discuté.
Alors, il
fallait trouver une ligne pour tracer cette levée de la présomption. Je pense
que c'était celle qu'il était préférable
d'utiliser. Pourquoi? Parce qu'elle est en lien avec ce qui se fait déjà. C'est
plus facile de la comprendre, et de l'expliquer,
et éventuellement de l'appliquer. Il faut concilier, dans certains cas, la
liberté de choix. Dans certains cas, ce sera des sports, des arts, dans d'autres la liberté religieuse, par
exemple. Mais il faut s'assurer de ne pas compromettre l'obligation de
fréquentation scolaire, ou la fréquentation scolaire, ou les apprentissages
d'un enfant.
Alors, c'est
dans ce contexte-là qu'on a tracé cette ligne pour dire : À partir de ce
moment, si vous êtes en mesure de faire
la démonstration que vous êtes, oui, dans un autre lieu moins de 20 heures
par semaine, bien, vous n'êtes pas présumé contrevenir à cette obligation. Et vous aurez compris que l'interdiction
générale s'adresse bien entendu à quelqu'un qui est en charge de ce lieu
ou établissement. Parce que, pour ouvrir cette interdiction, ça le dit au
deuxième paragraphe : «Est présumé contrevenir à cette interdiction quiconque accueille un
enfant dans un lieu où celui-ci reçoit une formation ou un enseignement — alors, je l'ai dit — visé par la présente loi ou par la
Loi sur
l'enseignement privé, dès lors qu'il est avisé par le ministre que cet
enfant est en défaut de remplir son obligation de fréquentation scolaire.»
Vous aurez
compris que, là, ça fait le lien avec ce qu'on a adopté hier, notamment,
c'est-à-dire, lorsqu'on suspecte une
situation, on a maintenant des pouvoirs pour intervenir. On sera capable
d'obtenir des documents, on sera capable de contraindre quelqu'un à collaborer avec nous. S'il ne le fait pas, il y
aura des sanctions. On pourra intervenir sur les lieux. Si on avisait un dirigeant d'une organisation ou
d'un lieu que ces enfants, sur ce site, dans ce lieu ne respectent pas
cette obligation de fréquentation scolaire,
bien, il y aurait le mécanisme ouvert par la loi qui applique l'interdiction,
mais surtout nous donne la possibilité de faire intervenir la
présomption. Alors, voilà, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme de Santis) :
Merci, M. le ministre. Des interventions? M. le député de Lac-Saint-Jean.
M. Cloutier :
Je vous remercie, Mme la Présidente. Je vais aller... Je vais poser tout de
suite la question au ministre, là,
pour qu'on clarifie cette situation-là. Le ministre a créé une présomption.
Puis c'est un choix, en fait, hein? Un législateur pourrait décider de ne pas créer une présomption.
Là, il y a un choix qui a été fait. Le ministre dit : On va tracer la
ligne à 20 heures-semaine. Mais est-ce
que je comprends aussi que la présomption pourrait être repoussée pour
quelqu'un qui accueille un enfant où
il y a une instruction religieuse et où il ne s'agit pas d'une formation ou un
enseignement qui est visé par la loi
sur l'enseignement, donc qui fait 19 heures, par exemple, d'enseignement
religieux? Dois-je comprendre que la présomption pourrait être
repoussée?
La Présidente (Mme de Santis) : M.
le ministre.
M. Proulx : Oui. La présomption pourra être repoussée dans la
mesure où, oui, il se trouve en présence ou dans un lieu où il pourrait y avoir des activités religieuses. Mais il faut
associer à ça son obligation de fréquentation scolaire. Parce que s'il ne se retrouve pas en situation de
respecter son obligation de fréquentation scolaire dans une école ou en
lien avec les exceptions que nous avons
mises de l'avant et revisitées dans le cadre du projet de loi, bien, la
réponse, c'est non. Mais, si une
personne fait 19 heures d'activité religieuse et respecte son obligation
de fréquentation scolaire par la même occasion dans les autres heures
disponibles ou à l'occasion du temps qui est le sien et respecte la
Loi sur
l'instruction publique ou la
Loi sur l'enseignement privé, la réponse, c'est
oui, mais c'est dans le cadre où il y a un respect de la fréquentation scolaire. Alors, je ne peux pas
dissocier les deux. Ce n'est pas une protection pour aller faire des
activités religieuses sans être inscrit à l'école ou avoir des activités
éducatives prévues par la loi.
M. Cloutier :
Je vais dire ça autrement, Mme la Présidente. La loi vient donc autoriser
formellement... Pour la première
fois, on vient de dire qu'on peut repousser une présomption en permettant à un
jeune d'être inscrit pour
faire l'école à la maison. Parallèlement à ça, il pourra faire 19,5 heures-semaine d'enseignement religieux, et c'est donc une situation qui dorénavant
sera autorisée. En gros, c'est : on fait l'école à la maison puis, 20
heures par semaine, bien, on fait de l'école religieuse. C'est ça que le
texte dit, hein, M. le ministre.
Proulx : Ce n'est pas ce que
dit l'interdiction. Il ne faut pas voir la présomption sans parler de
l'interdiction. L'interdiction est la suivante : si un enfant se retrouve
dans un lieu et qu'on constate qu'il n'a pas rempli ou qu'il ne remplit pas son obligation de fréquentation
scolaire, on crée une interdiction générale qui vise la personne qui
empêche cet enfant-là de respecter son
obligation de fréquentation. On dit : Dans ce cas, il est présumé
contrevenir. Pourquoi? Parce qu'on l'a avisé que l'enfant qui se trouve
dans ses lieux ne respecte pas son obligation.
On dit par
contre qu'il peut repousser la présomption, la présomption seulement, dans la
mesure où il peut faire la démonstration
que cette personne-là est, oui, dans un lieu différent d'une école, par
exemple, mais dans une période de moins
de 20 heures, pour se consacrer à une autre activité. Mais on ne peut pas
évacuer du débat qu'on crée une interdiction générale qui n'existait pas. On ne peut pas évacuer du débat qu'il faut
respecter l'obligation de fréquentation scolaire et que la présomption
peut être repoussée. Mais on a créé la présomption, et elle n'existait pas.
La Présidente (Mme de Santis) : M.
le député de Lac-Saint-Jean.
Cloutier : Bien, Mme la Présidente, c'est quand même spectaculaire. Le
ministre dit : Il y a l'obligation de fréquentation scolaire, mais cette obligation de fréquentation scolaire,
évidemment, il y aura cette forme d'exclusion pour ceux et celles qui
décideront de l'école à la maison.
Ça fait qu'en
gros, ce qui va arriver, c'est qu'on va se retirer de l'école, on va déposer...
on va s'inscrire à une commission
scolaire, on va avoir notre projet d'apprentissage puis, parallèlement à ça,
20 heures-semaine, on va avoir de l'enseignement
religieux. C'est ça, là, que vient dire le texte. On va pouvoir lever la
présomption. On va pouvoir lever la présomption, parce que
l'enseignement va être moins de 20 heures par semaine, parce que la ligne,
elle est placée à 20 heures. 20 heures
par semaine, c'est quatre heures par jour, quatre heures par jour pendant cinq
jours. Quatre heures par jour pendant
cinq jours, puis on pense que ça, c'est compatible avec le programme
d'apprentissage. Sincèrement, M. le ministre, je ne comprends pas
comment on peut en arriver à une telle proposition.
Lorsqu'initialement
on a dit qu'on venait de légaliser, dans le fond, là, les écoles religieuses,
bien, essentiellement, ce qu'on
voulait dire, c'est que, comme on fixe la présomption à 20 heures, par
définition, ceux et celles qui seront en dessous de 20 heures, la présomption ne sera pas applicable. Donc,
parallèlement à ça, ils vont pouvoir avoir leur instruction à la maison, suivre leur
programme d'apprentissage, mais être inscrits formellement dans une autre forme
d'école, là. Ce n'est pas une école
au sens de la loi, là. Ça, je l'entends bien, sauf qu'ils vont pouvoir recevoir
un enseignement religieux à raison de cinq heures par jour.
Ce qu'on va
voir apparaître, malheureusement, ou peut-être plutôt ce qu'on voir se
concrétiser, c'est l'apparition plus
formelle d'écoles religieuses à raison de moins de 20 heures par semaine.
Et on pourrait même penser, là, que, bon, il y aura un système d'autobus qui va être organisé, qu'il va y avoir des
enseignements précis entre 9 heures et, je ne sais pas, moi, 13 heures à chaque jour, puis ça,
c'est carrément un système qui est parallèle. Ça, c'est carrément un
système qui est parallèle.
Alors, je ne
comprends pas pourquoi on crée cette présomption, première des choses. Il n'y a
aucune obligation de la créer,
aucune, puis il n'y a aucune obligation non plus de créer une limitation à ce
qui peut être repoussé. On aurait pu
juste simplement écrire qu'est présumé contrevenir à cette interdiction
quiconque accueille un enfant dans un lieu où celui-ci reçoit une formation d'enseignement qui n'est pas visée par la
présente loi. Ensuite, on aurait laissé les tribunaux interpréter la
présomption. Ça, c'est un choix que le législateur peut faire. Là, on a comme
fait un pas de plus en fixant la barre à 20 heures.
Bien, en
agissant de la sorte, vous auriez pu très bien laisser l'interprétation au gros
bon sens. Là, vous fixez ça à 20 heures-semaine, et précisément, ce
qu'on va voir apparaître, c'est des écoles parallèles, de l'instruction
parallèle, qui va au-delà de la
Loi sur
l'enseignement privé et qui va au-delà de la
Loi sur l'instruction publique. Et, depuis le début, ça a été notre principale critique. Ce n'est pas une
surprise pour personne, c'est ce que nous avons soulevé, et je ne
comprends pas pourquoi on crée cette présomption dans le texte de la loi.
La Présidente (Mme de Santis) : Merci,
M. le député de Lac-Saint-Jean. M. le ministre.
M. Proulx : Mme la Présidente,
d'abord, j'imagine bien que les discussions ne seront pas terminées ou les
éclaircissements.
Deux choses.
La première, c'est qu'actuellement la situation est la suivante : certaines personnes se
retrouvent dans des lieux qui ne sont pas
des écoles et y passent la semaine au complet. Ça, c'est la réalité, et ce
qu'on souhaite faire, c'est mettre
fin à ces endroits, mettre fin à ces lieux où des enfants ne respectent aucune obligation
de fréquentation scolaire. Ce qu'on a
voulu aussi préserver, c'est une réalité. Il y en a qui se retrouvent
dans des lieux d'entraînement, il y
en a qui se retrouvent dans des lieux culturels, il y en a
qui se retrouvent dans des lieux où effectivement ils ont un enseignement ou une pratique
religieuse. C'est vrai, Mme la Présidente, et ce n'est pas nouveau pour
l'ensemble des Québécois.
Ce qui est
nouveau, par exemple, c'est d'avoir mis une interdiction générale de
laisser des enfants à longueur de journée dans des lieux où on n'apprend
rien. Ça, c'est très clair. Ce qui est nouveau également, c'est d'avoir placé effectivement la ligne pour dire : Un jour ou l'autre, il va falloir réconcilier
la réalité, là, pas juste la théorie, là, puis de savoir qu'il
y a une obligation
de fréquentation scolaire qu'il faut respecter, qu'il y a,
dans certaines circonstances, des exceptions
à la loi pour permettre de faire les choses différemment, mais dans un cadre
qui est prévu par la loi et qu'il y ait un espace de liberté puis il y a
un espace de liberté de choix.
Alors, deux
choses : ou bien on ne fait rien, puis on laisse tout ça comme c'est là,
puis on continue à vivre dans le modèle
où on est là, puis on fait semblant ici, ensemble, là, puis on fait semblant
qu'ils vont à l'école et ensuite à l'église. Moi, ce que je dis, Mme la
Présidente, c'est que, si les enfants
au Québec se retrouvent, pour une certaine période de
temps dans la semaine, dans un lieu pour
faire autre chose que d'aller à l'école, il faut s'assurer qu'ils ont également
du temps pour suivre des apprentissages. C'est ça que je dis, et on
aurait pu laisser tout ça à l'interprétation des tribunaux.
Pire encore,
j'aurais pu vouloir tout mettre ça dans un règlement, mais dans les
faits, ce que j'ai souhaité faire, Mme
la Présidente, c'est insérer une
limite, insérer une ligne pour dire : Si vous êtes à l'intérieur de cette
période-là, vous pourrez repousser la
présomption si vous faites la démonstration. Mais, si on vous avise qu'un
enfant est dans vos lieux et qu'il ne
respecte pas son obligation de fréquentation scolaire, bien, je veux dire, il y aura
interdiction puis vous serez passible des amendes que nous adopterons éventuellement
par la suite, parce que tout ça s'inscrit dans un continuum, Mme la Présidente.
On va proposer un article, mais on va aussi proposer des sanctions.
Alors, elle
se situe là, la différence d'interprétation. Le collègue dit : On crée des écoles religieuses. Pas du
tout. On ne reconnaît pas les lieux, Mme la Présidente, où il ne se fait pas d'enseignement. Ce ne sont pas des écoles. Je ne vais pas reconnaître des lieux comme étant des écoles.
Je vais reconnaître que certains auront une liberté pour faire autre
chose, comme on le fait en sport-études.
J'ai des gens qui travaillent dans mon propre cabinet qui ont fait des
sport-études, qui ont passé plus de 20 heures par semaine à faire
d'autre chose que d'aller à l'école, et on a accepté ça.
Alors, dans
ce contexte-là, peut-être que ça a une connotation différente dans certains
contextes. Ce que je dis, c'est :
Ayons la sensibilité de comprendre que l'interdiction et la présomption, ce
n'est pas pour un groupe en particulier, mais c'est vrai que ça peut s'appliquer à plusieurs situations. Et la
ligne, elle est placée là pourquoi? Pour apprécier la présomption seulement. Mais tant et aussi longtemps que la fréquentation scolaire n'est pas
respectée, il y a des gens qui en sont les responsables. Il y a la commission
scolaire qui sera toujours
liée, si on est dans une école, dans l'enseignement à la maison. Il y a le ministère
qui aura à apprécier un projet d'apprentissage. Il y a les administrateurs de
ce lieu ou les gens qui dirigent ce
lieu qui devront aussi répondre, de par la loi, aux différentes sanctions et
surtout à faire la démonstration qu'ils ne contreviennent pas à la Loi
sur l'instruction publique ou à la
Loi sur l'enseignement privé.
Alors, je ne
partage pas l'appréciation du travail
que l'on fait. Maintenant, on peut débattre de la nécessité de fixer ou
non la présomption. Le collègue nous dit : Vous auriez pu laisser tout ça
aux tribunaux. On aurait pu ne rien faire aussi,
puis on aurait pu être ailleurs aujourd'hui, puis on aurait pu ne pas
s'attaquer à l'enseignement à la maison, puis on aurait pu laisser les tribunaux faire, on aurait pu laisser les
commissions scolaires agir, puis on se serait retrouvés dans la même situation : ne
pas savoir combien il y a d'enfants qui ne sont pas inscrits à l'école, ne pas
savoir avec qui ont peut travailler pour s'assurer de la fréquentation
scolaire des enfants dans l'avenir et ne pas faire évoluer les pensées pour
travailler notamment avec des communautés pour les amener à travailler
différemment dans l'avenir, parce que leurs enfants ont des droits, c'est le
droit d'être scolarisés.
La Présidente (Mme de Santis) :
Merci. M. le député de Lac-Saint-Jean.
Cloutier : Je vous remercie, Mme la Présidente. Mais ce qu'on souhaite
pour nos jeunes, M. le ministre, c'est leur apprentissage réel et qu'on
ne vienne pas permettre, en soulevant une présomption... on n'appellera plus ça
des écoles, on va appeler ça des lieux où,
dans certains lieux, on fasse un enseignement religieux à la hauteur de 20 heures-semaine. Savez-vous combien il y a
d'heures d'enseignement dans une semaine? 25 heures d'enseignement. Le régime pédagogique,
quatre périodes de 75 minutes par jour, ce qui donne un total de
25 heures. Le ministre dit... L'école normale, donc, au moment où
on se parle, nos jeunes ont 25 heures obligatoires. Le ministre dit :
On va permettre 20 heures, 20 heures pour soulever la présomption d'obligation
de fréquentation.
Alors, le ministre
nous dit : Oui, mais il y a plein de programmes spéciaux, il y a la musique, il y a
le sport-études. C'est vrai.
Écrivons-le dans la loi. Mais, comme par hasard, il y a aussi des enseignements religieux, il y a aussi des écoles parallèles qui existent
ou des lieux — on
va appeler ça des lieux pour être plus exact en vertu de la loi — des
lieux parallèles, et là ce qu'on vient
faire, Mme la Présidente, je m'excuse, mais on vient de leur dire...
d'ouvrir la porte, dire : Dorénavant, vous pouvez le faire, vous
serez autorisés, dans la mesure, évidemment, où c'est moins de 20 heures. Mais 20 heures, 20 heures par semaine,
cinq heures par jour, c'est presque l'équivalent de l'école normale. L'école
normale, c'est 25 heures, au moment où on se parle. Là, on va permettre un
20 heures.
Alors, si le
ministre, sa préoccupation, c'est de protéger les programmes particuliers, puis
la musique, puis l'école internationale,
puis je ne sais pas quoi... puis déjà 20 heures, sincèrement, je trouve
que c'est énorme. Sincèrement, je me dis :
Comment est-ce que tu fais pour tout gérer ça? Ça m'apparaît être extrêmement...
c'est très, très, très généreux, c'est le
moins qu'on puisse dire. Mais, si le ministre trouve que les enseignements
religieux doivent être exclus, bien, qu'on l'inscrive dans la loi, qu'on en fasse un amendement, Mme la Présidente,
puis qu'on dise que ceux et celles qui suivent des enseignements religieux à la raison de 20 heures-semaine ne
puissent pas se prévaloir de la présomption ou ne puissent pas repousser la présomption. Ça pourrait être une
avenue que je laisse au ministre le temps de penser et de réfléchir,
mais là on réglerait la question des écoles
religieuses ou des lieux religieux. Si on ne veut pas faire ça, bien, on va
être obligés de conclure à autre
chose. C'est que là, finalement, c'est que ce n'est plus pour des raisons
d'écoles sportives, ce n'est plus pour des raisons de programmes
particuliers, mais que c'est aussi pour permettre ce type d'enseignement là.
On n'a pas
choisi cinq heures, là, on a choisi 20 heures, Mme la Présidente. Puis je
vous jure, là, je suis persuadé de ça...
en fait, ça existe déjà. Comme le ministre dit : Il ne faut pas se mettre
la tête dans le sable, il y a déjà des endroits où il y a tout un service scolaire qui est organisé
et il y a carrément des jeunes qui se pointent là à tous les matins. Ce ne
sont pas des écoles en soi, mais ce sont des lieux où on fait un enseignement
religieux.
Alors, avec
un tel amendement, tel que rédigé, là, dorénavant, ça devient autorisé. Donc,
ce qu'on va voir aussi apparaître, ça pose la question ensuite de la
gratuité, ça pose ensuite des services privés, là, qui vont être offerts à ce
réseau-là parallèle. Est-ce qu'on n'est pas encore en train de rendre l'école
encore moins égalitaire que ce qu'elle est présentement? Puis ensuite, c'est
toute la question des lieux. Les lieux utilisés, est-ce qu'ils respectent le
code du bâtiment? Est-ce que ces gens-là sont soumis aux mêmes restrictions de
la présence d'adultes avec des jeunes? Là, ça soulève,
là, toute une autre série, là, d'enjeux qui sont vraiment importants pour nos
jeunes, pour la qualité de l'enseignement, de l'apprentissage, etc.
Alors, Mme la
Présidente, l'échange est lancé sur cet enjeu qui est fondamental, qui est au
coeur du projet de loi. Oui, évidemment, on veut avancer, mais on ne
veut pas venir autoriser des réseaux de lieux religieux parallèles au Québec,
et c'est exactement ce que permet la présomption.
La Présidente (Mme de Santis) :
Merci, M. le député de Lac-Saint-Jean. M. le ministre.
M. Proulx : Bien, je vais poursuivre
les échanges par la suite, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme de Santis) :
Est-ce qu'il y a d'autres interventions? M. le député de Lac-Saint-Jean.
M. Cloutier : Oui. Nous allons
déposer un amendement, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme de Santis) : O.K.
Donc, ce qu'on va faire... est-ce qu'on peut retirer pour l'instant l'amendement que le ministre a déposé pour qu'on
discute de l'article 4, comme on est en train de faire, et que vous
allez le redéposer plus tard, après que la discussion aura terminé sur... On va
suspendre l'étude de l'amendement.
M. Proulx : Je ne le retirerai pas.
Présidente (Mme de Santis) : O.K. Tout le monde est d'accord qu'on
suspend l'étude de l'amendement qui a été présenté par le ministre?
Maintenant, nous allons recevoir...
M. Proulx : Mais je ne le retire
pas.
Présidente (Mme de Santis) : ...il y aura le dépôt d'un amendement par
le député de Lac-Saint-Jean. Est-ce que vous l'avez?
M. Cloutier : Oui, Mme la
Présidente. Est-ce que nous l'avons? C'est bien celui-là?
M. Auger : On ne le retire pas.
La Présidente (Mme de Santis) : Non,
non, c'est suspendu.
M. Auger : Suspendu seulement.
Merci.
La Présidente (Mme de
Santis) : C'est suspendu. Est-ce qu'on a copie?
M. Cloutier : Alors, on va vous en
donner une copie, Mme la Présidente, puis ensuite on...
Présidente (Mme de Santis) :
Alors, on suspend pour quelques instants pour faire des copies et on
revient dans quelques moments. O.K.
(Suspension de la séance à 11 h 45)
La Présidente (Mme de
Santis) : Alors, on reprend la session. Est-ce que je pourrais
demander au député de Lac-Saint-Jean de nous présenter l'amendement?
M. Cloutier : Je vous remercie, Mme
la Présidente. Alors, l'amendement :
L'article 18.0.1 introduit par l'article 4 du projet
de loi est modifié par l'ajout, à la fin, de l'alinéa suivant :
«Cette
présomption ne peut être repoussée pour un enfant qui reçoit une formation ou
un enseignement religieux.»
Alors, on
essaie de trouver des formulations, Mme
la Présidente, puis je ne prétends
pas, là, que la formulation qu'on a
utilisée soit la meilleure, puis d'ailleurs je veux entendre mes collègues
députés, on en a discuté. Par contre,
je veux que nous retenions l'esprit,
c'est-à-dire que nous avons entendu l'argumentation du ministre et nous
partageons avec lui qu'il peut effectivement exister des scénarios qui
sont liés aux programmes existants, c'est-à-dire qu'il y a des programmes
particuliers, de sport-études, d'études, etc., là, tous les programmes
diversifiés qui existent au Québec.
On aura
l'occasion de revenir sur le 20 heures, incluant pour ces programmes-là,
parce que ça m'apparaît être très élevé, d'autant plus qu'il s'agit
d'une présomption, hein, dois-je le rappeler. On pourrait inscrire
15 heures, mais ça n'empêcherait pas
quand même de plaider pour quelqu'un qui a un 18 heures, ou un
20 heures, ou un 22 heures, soit dit en passant. Donc, le 20 heures qui est choisi,
même pour les sport-études, c'est ça que je voulais dire, même pour les
sport-études, pour le 10, 15 heures, mettons qu'on mettait 15 heures,
par exemple, bien, quelqu'un qui déciderait de faire 18 heures, la présomption s'appliquerait, mais il pourrait quand même
lever cette présomption par les faits, en fait, qui seraient plaidés à
ce moment-là.
Ceci étant
dit, Mme la Présidente, le vrai problème, ce sont ces lieux qui existent, au
Québec, il ne faut pas se mettre la tête dans le sable, qui sont déjà
structurés, organisés, qui sont financés souvent par des communautés, qui ont
toute l'apparence d'une école. Ça ne s'appelle pas une école, parce que ce
n'est pas reconnu par la loi, mais ça a toutes les apparences d'une école, même les autobus scolaires, dans certains cas.
Alors là, ce qu'on viendrait faire, c'est permettre, à raison de
20 heures-semaine... Parce qu'on pourrait repousser la présomption, on
pourrait repousser d'emblée, on dirait :
Bien non, il n'y a pas de problème, il n'y a pas de violation à l'obligation de
fréquentation scolaire, parce que vous voyez
bien que l'enseignement qui se fait ici, c'est un enseignement qui se fait,
mais moins de 20 heures par semaine. Mais 20 heures par semaine, pensez-y deux minutes, un enseignement
quotidien, cinq heures par jour. Puis
ils ne font pas juste ça, les jeunes,
en plus, là, ils ont d'autres choses à faire : des activités
sportives, des activités culturelles, des loisirs, des amis. Là, c'est comme si on leur disait :
Inquiétez-vous pas, vous allez avoir un 20 heures d'enseignement religieux, mais en plus de ça vous allez être capables de
suivre votre programme d'apprentissage à la maison sans problème, puis
en plus vous allez avoir du temps pour vos amis, faire du temps pour la
musique.
Mme la
Présidente, sincèrement, je trouve ça difficile à expliquer, je vais le dire de même. Alors là,
on commence nos discussions avec le ministre,
on verra s'il a l'intention de bouger ou non, oui, d'ouvrir un dialogue à des
amendements. Mais ça m'apparaît plus
qu'évident, Mme la Présidente, et, c'est drôle, je pense que je ne serai pas le
seul au Québec qui va trouver ça pas évident, tel que c'est rédigé là
présentement, puis... Alors, à ce
stade-ci, je vais arrêter là, je vais donner la parole à mes autres collègues. Mais ce que je veux dire, Mme la
Présidente, là, c'est comme écrit en grosses lettres, là, ça ne fonctionne pas. Alors, on va utiliser les
travaux qu'on a ici en commission pour l'amender, comme on a réussi à le
faire, hein, soit dit en passant, sur la
langue. On avait quand même bien cheminé. Sur les suivis, on a bien cheminé.
Mais je pense que, là-dessus aussi, Mme la Présidente, il faut
absolument bouger. Alors, voilà pour l'instant.
La Présidente (Mme de Santis) :
Merci. M. le ministre.
M. Proulx : Oui, Mme la Présidente. Deux, trois observations
supplémentaires. D'abord, l'objectif, ce n'est pas de permettre un bloc de 20 heures, mais c'est
de limiter, empêcher à faire plus que 20 heures, ce qui se fait déjà, et,
très honnêtement, il faut le voir aussi dans cette optique-là. La réalité
actuelle, c'est la suivante : il
y a des jeunes au Québec qui sont dans ces établissements et qui vont y
passer la semaine complète, et ils ne sont pas en situation d'apprentissage, et leur
obligation de fréquentation scolaire n'est pas respectée. Alors, la
présomption, elle intervient dans ce cadre-là.
Deuxièmement, je ne veux pas prendre le même exemple que le collègue ou tenter
d'expliquer à des gens que ça fait
cinq heures par jour, pour la raison fort simple, Mme la Présidente, que ça ne répond pas au même horaire que mes enfants à l'école ni pour la pratique religieuse
ni pour l'enseignement à la maison, par exemple. Ce n'est pas
vrai, ce n'est pas comme ça que ça
fonctionne. Alors, dans ce contexte-là, je ne vais pas réduire ça à vouloir
faire un horaire de huit à quatre,
là, ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. L'autre affaire, c'est que c'est
une responsabilité qu'on donne à des tiers. Jusqu'à maintenant, là, on n'en avait pas ou presque pas, de responsabilité des tiers dans l'obligation de fréquentation scolaire.
Troisièmement ou quatrièmement, il y a aussi la
constitutionnalité là-dedans. C'est comme si le collègue faisait le choix : on peut aller jouer au
tennis pendant un nombre d'heures, mais on ne peut pas aller dans une église,
par exemple. Bon. Ça pose une question de constitutionnalité. Peut-être que ça
pose aussi une question de valeurs pour certains,
peut-être que pour d'autres ça veut dire quelque chose de bien épouvantable, mais il y a une réalité,
là : il faut travailler dans un
cadre législatif des chartes et des lois qui font en sorte qu'à ma
connaissance, une fois que l'obligation de fréquentation scolaire est respectée, je n'ai pas à décider du type
d'activité que font les gens. Je ne pense pas que la
Loi sur l'instruction publique ou la
loi sur les
enseignements privés traitent de ça, une fois que l'obligation de
fréquentation scolaire est inscrite.
Ixièmement,
la présomption, elle vient à la suite de l'interdiction. L'interdiction peut vivre
sans la présomption. Alors, ça aussi, il faut en prendre en compte.
Puis le
dernier point avant de passer la parole aux autres, Mme la Présidente :
tous les recours, là, et moyens que nous
avons mis en place et notamment discutés hier, là, à l'égard des parents, de la
poursuite des activités avec eux pour tenter
de les entrer, si vous me prêtez l'expression, dans le système scolaire, du couplage des données, dont on a discuté,
de l'avis, du plan d'apprentissage, de notre
capacité ou non comme État de s'assurer qu'il y ait un suivi et que
les droits de l'enfant soient
respectés, mais que la liberté de choix aussi soit respectée, demeurent. Cet encadrement-là, à l'article 4, il vient
intervenir dans un lieu autre où actuellement nous n'avons aucune poignée, nous ne pouvons rien
faire. Nous ne faisons que constater
une situation malheureuse, c'est-à-dire qu'il y a
des enfants qui, toute la journée durant, des fois plusieurs
jours par semaine, parfois même le week-end, Mme la Présidente, ne sont pas
en situation d'apprentissage, ne respectent pas leur obligation de fréquentation
scolaire, et il y a des gens qui tiennent ces établissements-là, et c'est ces gens-là
qu'on vise par l'obligation. On leur dit : Si on est capables de mettre
un nom sur une personne qui ne respecte pas son obligation, qu'on est capables
d'identifier qu'un enfant ne respecte pas son obligation et que des tiers
l'encouragent à ne pas le faire parce qu'ils le maintiennent dans un
lieu plus de 20 heures par semaine, bien, on va établir une présomption que cette personne-là, si on l'a avisée,
contrevient à l'interdiction générale qu'on a mise en place. On continuera,
parce qu'on aura des informations, par la RAMQ possiblement ou par d'autres
moyens, de travailler avec ses parents pour l'inscrire
dans un contexte qui est soit une exception à la loi de fréquenter l'école ou
de l'obligation de fréquenter l'école ou de fréquenter une école.
Maintenant, après ça, c'est un enjeu
d'appréciation. Mais, sur le principe fondamental, on a, ce matin, plus de poignées pour faire en sorte qu'il y ait moins
d'enfants dans les lieux que veut décrier le collègue, moins longtemps
qu'ils le sont actuellement. Il faut raconter l'histoire dans le bon sens
aussi. Alors, je comprends qu'il y voit beaucoup de limites. J'explique, là aussi, où on a des limites. Et il est assez bien
placé lui-même, et je le connais, je le respecte assez pour être capable
de le dire ainsi, il sait très bien que je ne peux pas différencier une
pratique du sport, d'une pratique religieuse,
du magasinage à une pratique de loisir, de jouer aux échecs ou de marcher dans
un sentier. Les exemples sont caricaturés,
là, juste pour expliquer que je ne pense pas qu'ici on puisse se permettre de
légiférer en faisant une différenciation des types d'activité.
Est-ce qu'on devrait protéger autrement les
jeunes? Je suis ouvert aux discussions. Mais il n'en demeure pas moins que
cette présomption-là, elle est basée sur quoi? Sur des exemples que nous
connaissons. Elle s'apprécie en fonction de
ce que nous faisons actuellement dans le réseau scolaire. Et, moi, je trouvais
qu'il y avait là un ancrage qui n'était
pas fou, dans la mesure où ça permettait aux collègues de comprendre pourquoi,
dans certaines circonstances, on laisse quelqu'un aller faire une école
de chant à l'extérieur, tant d'heures par semaine, faire un programme
particulier pour devenir une actrice ou un acteur. Puis on accepte ça dans
notre société.
Alors, dans ce contexte-là, moi, je ne qualifie
pas ce qu'ils font s'ils vont dans un établissement religieux, Mme la Présidente. Mes enfants à moi, ils sont à
l'école du lundi au vendredi. Ça, c'est le choix que moi et ma conjointe
avons fait. Mais là, maintenant, s'il faut
qu'on me demande aujourd'hui d'apprécier ça comme on voulait le faire
dans la langue, un bout de temps, dans les maisons, bien, peut-être qu'on aura
un petit enjeu de valeur tantôt, là. Mais il n'en demeure pas moins que ce que j'ai proposé n'est pas contraire aux
chartes. Ce que j'ai proposé est plus important comme moyen que ce qui se fait ailleurs. Pour une fois,
pour une première fois, on est capables d'intervenir dans les lieux, on
est capables d'identifier les enfants, on
est capables de punir les gens qui tiennent ces lieux, on est capables de
limiter leur présence dans les lieux. C'est une avancée, Mme la
Présidente, qui est sans précédent par rapport à ce qu'on faisait avant. Voilà.
Présidente (Mme de Santis) : Merci. M. le député de Lac-Saint-Jean,
j'ai une petite question : 20 heures par semaine, pourquoi c'est cinq heures par jour?
C'est quatre heures par... Non, parce que vous répétez ça, et je ne comprends
pas.
M. Cloutier :
Oui, c'est une erreur élémentaire de mathématique, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
de Santis) : O.K. Parfait. Non, mais le ministre a aussi répété cinq
heures par jour.
M. Proulx :
Oui, oui, mais c'était son exemple.
Présidente (Mme de Santis) :
Alors, moi, j'étais complètement confuse. Peut-être qu'il y
a quelque chose que je ne comprends pas. Je m'excuse.
La Présidente (Mme
de Santis) : Merci. Allez-y. Je m'excuse.
M. Cloutier : Mais c'est une observation tout à fait à propos, Mme la Présidente. Alors, je veux quand même rappeler au ministre
que le choix de la présomption, c'est un choix. Il n'est pas obligé d'en mettre
une, là, mais là on a décidé d'en
faire une. La beauté des présomptions, c'est : quand on les lit en sens
inverse, ça veut dire qu'on vient autoriser quelque chose. Puis on va
faire l'exercice ensemble, c'est assez intéressant.
Alors,
cette présomption peut être repoussée... Attendez un peu. «Nul ne peut, de
quelque façon que ce soit, agir de manière
à compromettre...» Ne contrevient pas... ne compromet pas la possibilité pour
un enfant de remplir son obligation de fréquentation scolaire si notamment
l'enfant est accueilli ou a été accueilli durant moins de 20 heures. Ça, c'est
la présomption lue en sens inverse. Moi, si j'avais un lieu où je faisais l'enseignement
privé, ce que ça me dirait, c'est : Dorénavant, je n'ai plus à m'inquiéter
de ma responsabilité quant à l'obligation de fréquentation scolaire si l'élève en question ou le jeune en question reçoit un enseignement
moins de 20 heures-semaine. C'est ce que dorénavant, bien sûr, M.
le ministre...
M. Cloutier : Bien, alors, je vais vous donner la parole. Je
vais vous donner la parole tout de
suite. Je vais vous permettre
de m'interrompre puis je vais avoir cet échange franc et honnête. Alors, Mme la
Présidente, je vais revenir.
La Présidente (Mme
de Santis) : Merci. M. le ministre.
M. Proulx : Mme la Présidente, la présomption qu'il a lue à l'inverse, là,
mettons que je la lis dans le sens où elle est écrite, elle existe parce
qu'on a présumé contrevenir à
l'interdiction dans la mesure où on a été avisés. Si on ne présume pas contrevenir, mais on fait en sorte de seulement
dire «contrevient à l'interdiction», les personnes placées dans telles situations...
la présomption ne s'applique pas et on doit faire la démonstration qu'il y a
contravention. Contravention et présomption sont intimement liées à l'obligation
de fréquentation scolaire.
collègue dit : Une personne qui a un de ces lieux à
sa charge pourrait ne plus s'inquiéter d'avoir des enfants 20 heures et moins chez lui, n'aurait plus à
s'inquiéter de leur obligation de fréquentation scolaire. Pas du tout. On
dit que si nous, on est capables de faire la
démonstration que le petit garçon X, Y, Z n'est pas en fréquentation scolaire,
par la même occasion on sait qu'il
est plutôt dans un de ces lieux, on va être en mesure de
l'identifier, on va être en mesure de dire à la personne qui détient ce lieu : Tu ne peux pas faire cela parce que
sa présence ici contrevient à son obligation, nuit à son développement, c'est une
compromission, au sens de la loi, sur la protection de la jeunesse, et là l'ensemble des données et des modifications qu'on a faites, Mme la
Présidente, s'applique, celles-ci et d'autres. C'est là la beauté de la
chose. Il ne faut pas le voir comme un élément seul, il faut le voir comme un
élément supplémentaire pour venir terminer cet encadrement et cette possibilité de mettre fin à des pratiques qui ne
sont pas acceptables, c'est-à-dire, des enfants qui, toute la semaine durant, plus de cinq jours par semaine,
dans certaines circonstances, sont ailleurs que dans un lieu d'apprentissage
ou en présence d'apprentissages, et ils font
effectivement, dans certains cas, de la prière, effectivement, dans certains
cas, des enseignements religieux, et dans d'autres cas, des activités autres,
que le collègue veut différencier.
La Présidente (Mme
de Santis) : M. le député de Lac-Saint-Jean.
M. Cloutier :
Oui. C'est un échange très instructif, Mme la Présidente. Mais la voie pavée,
là, pour offrir à ces gens qui vont
posséder ou diriger des lieux où on va offrir un enseignement religieux, c'est
que, dorénavant, on va leur dire :
L'obligation de fréquentation scolaire dont vous parlez, elle va se faire par
les parents, à la maison. Ça, on prend ça pour acquis. Donc, première condition, on la coche, effectivement, et on
respecte les jeunes. On prend pour acquis qu'ils les respectent parce qu'ils ont décidé de faire
l'enseignement à la maison. Ça, c'est réglé, c'est coché. La présomption,
là, le premier élément, il n'y a pas de problème parce qu'il y a l'enseignement
à la maison, puis l'enfant est inscrit à une commission scolaire, puis le suivi
se fait par la commission scolaire. Ça, c'est réglé. Alors là, oups! on arrive
avec le propriétaire, il regarde le jeune,
il dit : Est-ce que tous mes jeunes font l'école à la maison? Est-ce que
vous tous inscrits à une commission scolaire? Oui, il n'y a pas de
problème. Bon. Je n'ai plus besoin de m'inquiéter, dorénavant, à ce qu'il y ait un enseignement religieux moins de
20 heures par semaine, parce que je peux soulever la présomption.
C'est ça qui est écrit dans le texte.
Alors, la
nouvelle voie pavée par le ministre, là, dorénavant, il dit à différentes
communautés : Dorénavant, vous prenez
vos enfants, au lieu de les envoyer à la commission scolaire suivre le régime
pédagogique, vous allez les inscrire à la maison, donc vous allez vous inscrire, vous
allez déposer un projet pédagogique, puis ensuite vous allez me les
amener 20 heures par semaine pour qu'on
puisse faire un enseignement religieux. Donc, la nouvelle mouture de
l'enseignement religieux des écoles qui...
traditionnellement, on appelait ça des écoles illégales, c'est maintenant d'inscrire
les enfants à une commission scolaire puis, ensuite, qu'on procède.
C'est ça que la présomption vient dire et vient faire.
Maintenant, là, il y a-tu des choix? Le
gouvernement peut dire : Nous avons la bonne approche. Moi, je le dis au ministre, extrêmement dangereux parce que là
vous venez d'ouvrir, grande ouverte, la porte à la prolifération de ces lieux au Québec. Puis je vous parie assez fort que
c'est exactement ce qui va se produire. On s'en reparlerait dans cinq
ans, là, si on adoptait la loi telle quelle,
là, je suis à peu près convaincu que, comme par hasard, on aurait vu des pans
entiers de certaines communautés retirer
leurs jeunes du réseau scolaire pour décider de les inscrire à la maison, à la
commission scolaire puis, ensuite, un 20 heures ou moins de 20 heures
pour un enseignement religieux.
Alors, ça, ça
s'appelle des systèmes parallèles, Mme la Présidente, et sincèrement je ne
pense pas que nous servons les
intérêts des Québécois sur le vivre-ensemble, apprendre à se connaître, que
l'école serve de creuset social, que nos jeunes apprennent à se
connaître dans leurs différences, dans leurs différences de croyance, dans
leurs différences même de la langue, Mme la
Présidente, de leurs origines, de leurs cultures. Ce qu'on veut, c'est que les
Québécois se mêlent entre eux, puis
je pense que pour... lorsqu'il arrive des enjeux de discrimination, puis des
enjeux de préjugés, puis des
enjeux liés parfois à un manque de
tolérance, bien, je pense que plus les jeunes apprennent à se côtoyer jeunes, justement
avec toutes leurs particularités à eux, je pense qu'ils sont moins
susceptibles en vieillissant d'être... d'avoir une opinion mauvaise
envers différents groupes. Moi, je crois au rôle de creuset social de l'école
québécoise, et malheureusement je ne... Je suis convaincu des bonnes intentions
du ministre, mais je suis persuadé que, malheureusement, on va faire exactement
l'inverse de ce qu'il a pu souhaiter, c'est-à-dire ouvrir la voie à un système
parallèle.
La Présidente (Mme de
Santis) : Merci. M. le ministre.
M. Proulx : Bon, bien, écoutez, j'ai eu l'occasion de faire
quelques remarques supplémentaires, peut-être que les collègues
pourraient s'exprimer sur le sujet, qui me concerne.
La Présidente (Mme de
Santis) : Est-ce qu'il y a... M. le député de Chambly.
M. Roberge : Merci bien, Mme la
Présidente. Ma formation et moi, on est extrêmement inquiets par cette présomption repoussée qui, dans le fond, vient
permettre les écoles clandestines illégales à condition qu'elles
accueillent les enfants en bas de
19 heures, 59 minutes, 59 secondes, 20 heures par semaine,
des endroits où il n'y aura aucun enseignant avec autorisation
d'enseigner, en tout cas, aucune obligation pour les gens qui opèrent ces
écoles-là, appelons-les comme ça, parce
qu'on peut bien jouer, dire : Ce n'est pas des écoles, aïe! c'est des
écoles. Si tu accueilles des enfants, là, à un moment donné, là, quand ça a du poil, des moustaches puis ça
miaule, c'est un chat. Bien, quand c'est un lieu avec des classes, des professeurs, des gens qui
arrivent, un uniforme, un autobus scolaire, ça s'appelle une école. Puis si
elle n'est pas légale, elle est illégale. Ça
fait qu'il va y avoir des écoles illégales pour lesquelles il n'y a aucune
obligation d'avoir des enseignants
qui ont une autorisation d'enseigner, un brevet d'enseignement, une tolérance,
rien de ça, aucun manuel scolaire évidemment approuvé par le ministère.
Il n'y a pas de programme.
Puis, depuis le début, on le sait, c'est ce
gouvernement qui, pendant ce mandat-ci... pas reculer trop loin, là, a dit : La solution pour les écoles illégales,
c'est de dire : Bien, on décide que ce ne sont plus des écoles, ça devient
des centres communautaires, religieux la plupart du temps, puis ces
parents-là n'ont qu'à faire l'école à la maison.
Mais là, avec
cet article-là, on dit : Bien, ce centre communautaire, qui est, dans le
fond, une école, bien, il va pouvoir accueillir les jeunes
20 heures par semaine. Puis, dans ce que le ministre a déjà dit, il a
dit : Bien, 20 heures, pourquoi?
Bien, on se réfère au sport-études. Mais là, une petite nouvelle, là, dans les
documents du ministère, dans les documents du gouvernement, c'est
15 heures. Ça fait que les 20 heures, là, je ne sais pas, il est
gonflé à l'hélium. C'est 33 % de plus
que 15 heures, ça. C'est écrit ici : «La fédération sportive...» Là,
je suis dans les règles de reconnaissance des projets pédagogiques particuliers en sport-étude, sur le site du
gouvernement du Québec, puis ça dit :«La fédération sportive se
porte garante des conditions d'encadrement sportif directement et par la
supervision active de son ou ses mandataires, à savoir : un encadrement
sportif de 15 heures par semaine...»
Ça fait que
même le 20 heures, il vient de n'importe où. Il n'existe pas. Je ne sais même
pas sur quoi on se base, là. Ça ne
fonctionne pas. Ça ne fonctionne pas du tout, du tout, du tout. Et le ministre,
il est à l'aise pour dire : Bien, ils ne peuvent faire
20 heures dans ces écoles-là et respecter leur obligation de fréquentation
scolaire. Bien, j'ai tellement baissé la barre de l'obligation de fréquentation
scolaire que tout le monde la fait de toute façon.
on avait exigé, à l'article 2 de ce même projet de loi là, si on avait
augmenté les exigences, si on avait dit : Bien, pour remplir votre obligation de fréquentation
scolaire, vous devez voir l'ensemble du programme. Vous pouvez bien jouer dans l'horaire, là, mais vous devez voir
l'ensemble du programme, puis l'ensemble des compétences, il y aura des
examens ministériels et toutes les matières seront vues. Ce n'est pas parce que
tu fais l'école à la maison que tu n'apprends pas le participe passé. Ce n'est
pas parce que tu fais l'école à la maison que tu ne fais pas l'éducation à la citoyenneté. Ce n'est pas parce que tu fais
l'école à la maison que tu es dispensé du cours de sciences et
technologies. Nous autres, on aurait aimé
ça. Ces amendements-là, que j'ai déposés, ont tous été battus quand on faisait
l'article 2, avec le résultat
que, si tu fais l'école à la maison, bien, ton projet pédagogique, il n'a pas
besoin d'être bien élevé. Je ne suis pas en train de dire qu'il est bas pour tout le monde. Certains peuvent être
extraordinaires, mais ce n'est pas à cause du gouvernement. C'est parce que les parents décident de bien le faire et
de le faire de manière exemplaire, puis bravo à ceux qui le font! Mais les exigences, selon
l'article 2 de ce projet de loi là, après avoir battu tous nos
amendements, c'est : Pas besoin de voir le
programme, pas besoin d'enseigner l'histoire, parce qu'il y a un amendement
spécifique qui disait «histoire», il ne
fallait pas le mettre, d'après les gens qui sont devant moi, il ne fallait pas
mettre de sciences, il n'allait pas mettre d'examen. Il ne fallait pas
que ce soit obligatoire de mener à un diplôme.
Rendu
là, une heure par jour, c'est assez pour faire à peu près rien. Tout le
monde... Ton projet d'apprentissage, il peut être extraordinaire, là, mais il peut aussi être en bas de
minimaliste, puis ça va être correct, ce qui fait que les gens qui ne
souhaitaient pas... parce que certains souhaitent avoir un projet
d'apprentissage extraordinaire, mais ceux qui ne souhaitent pas ça vont se faire approuver un projet avec des compétences
minimales en littératie et en mathématiques parce que c'est ça qui est dans l'article 2, puis,
forts de cette autorisation du gouvernement, dire : Moi, je respecte la
fréquentation scolaire, vont pouvoir aller
dans une école illégale, 19 heures, 59 minutes, 59 secondes pour
faire on ne sait pas quoi et son contraire.
Ça convient de légaliser les écoles illégales clandestines. Ce n'est pas vrai
qu'on avance. Puis le ministre nous dit : Bien là, regardez, on avance parce qu'avant il n'y avait aucune
obligation, là, on en met. On part de quelque chose de mauvais à quelque chose de pas bon, mais on aurait
pu faire quelque chose de bon, on aurait pu élever les standards, on aurait
pu exiger l'enseignement du programme. On aurait pu mettre autre chose que
20 heures.
Donc,
c'est certain, c'est certain que, dans sa mouture actuelle, considérant la
faiblesse de toutes les exigences pour
le projet d'apprentissage dans l'article 2, puis ça, en bon français,
c'est canné, c'est voté, on a perdu cette bataille-là, si, en plus de
baisser les exigences, bien, on permet que les jeunes fréquentent cinq
heures-semaine, quatre jours ou quatre
heures-semaine, cinq jours, ça ne va pas du tout, ça ne va pas du tout. Des
écoles qui peuvent être privées, des écoles peuvent être communautaires, mais qui ne seront pas légales. Et, quand
on regarde ce qu'on exige de nos écoles, parce qu'on est exigeant pour nos vraies écoles, n'essayez pas d'enseigner si
vous n'avez pas le baccalauréat en éducation. À la limite, on va vous donner une tolérance quelques
mois, mais attention, on va vous avoir à l'oeil. N'essayez pas
d'utiliser un manuel qui n'est pas approuvé
par le ministère, ça ne passera pas; votre manuel doit être approuvé par le
ministère. N'essayez pas de magasiner les
compétences que vous enseignez, les enseignants, parce qu'il y a une direction
d'école qui vous supervise. Donc, il y a un
encadrement dans les écoles, puis c'est une bonne chose, d'où l'abîme entre
tout ce qu'on exige puis qu'on souhaite puis qu'on veut pour nos jeunes
dans le réseau public ou privé subventionné, accrédité, encadré et le
laisser-aller total.
Donc,
c'est déplorable, c'est vraiment déplorable. C'est sûr qu'on ne peut pas
permettre ça comme ça, surtout avec
20 heures. Puis j'aimerais bien entendre le ministre sur, où est-ce qu'il
a pris le 20 heures. Ça ne peut pas être pour les projets
sports-études. Les documents du ministère disent que c'est 15 heures,
alors d'où vient le 20 heures?
La Présidente (Mme
de Santis) : Est-ce qu'on est toujours sur l'amendement?
M. Roberge :
Oui, et ma question, c'est : D'où vient le 20 heures, puisque ce ne
peut être en référence au programme de sports-études?
La Présidente (Mme
de Santis) : M. le ministre.
M. Proulx : Mme la Présidente, je n'ai pas, dans les mains, le document
dont traite le collègue. C'est effectivement vrai que, dans les orientations
du ministère, c'est marqué «d'au moins 15 heures». Il y a plusieurs
projets, puis c'est, sincèrement, me fier davantage à l'expérience et aux
interventions et interactions du ministère avec les différents programmes de
sports-études, qui sont au-delà de 15 heures, et, en moyenne, autour de
20 heures. Et c'est dans cette optique-là
que la ligne a été tracée là. Comme je l'ai dit au début, c'est une balise,
balise avec laquelle, je pense qu'il est préférable de travailler que de travailler dans l'arbitraire, toujours
en pensant que c'est une occasion de faire moins de ce qu'ils font puis
qui ne marche pas. Si les gens pensent qu'on peut complètement interdire la
pratique religieuse, par exemple, on ne peut
pas. Si quelqu'un pense qu'on peut convenir avec une communauté qui
actuellement ne fait rien, c'est-à-dire
ni l'enseignement à la maison ni aller à l'école, en leur disant : À
partir de maintenant, il faut aller à l'école, je ne suis pas certain.
objectif à moi, Mme la Présidente, sincèrement, c'est de faire en sorte que,
d'ici quelque temps et dans peu de temps,
il y ait plus d'enfants qui soient exposés à de l'apprentissage, soit à
l'école, peut-être pas dans la première année, parce que, dans certains cas, ils apprivoiseront, je dirais, dans
certains cas, puis je vais le dire comme ça, l'interaction avec le ministère de l'Éducation et une commission
scolaire, pour ensuite penser que la diplomation, c'est bon pour eux également. Dans ce contexte-là, là,
précis, là, vaut mieux limiter que d'interdire au complet, ce que ne se fait
pas en passant. Ça, je l'écoute, là,
je le comprends, le collègue Chambly, mais, tu sais, je veux dire, il vit dans le
même pays que moi puis il a les mêmes
limites que moi. Il a peut-être plus de courage que moi, peut-être.
C'est lui qui a dit, ici, Mme la
Présidente : Je n'ai pas confiance dans le ministère de l'Éducation. Il veut être ministre de l'Éducation. Il
dit aux gens avec qui il pourrait travailler :
Moi, je n'ai pas confiance en vous. Bien, tu sais, on repassera pour le «je
serai le leader capable de faire les changements dans la société», là.
Je vais me permettre de le dire ainsi parce que, tu sais, il y a une limite à
dire...
M. Proulx :
Bien, je ne vais pas l'imputer, je vais l'affirmer, Mme la Présidente.
M. Roberge :
Bien là, oui. Oui, oui. Je m'excuse, là. On m'impute... Si vraiment j'ai dit
ça, je m'en excuse.
M. Proulx : C'est ce que vous
avez dit.
M. Roberge : Mais je ne crois pas. J'aimerais bien qu'on me
sorte la citation parce que je ne
pense pas avoir dit que je n'ai pas confiance, vraiment, là.
La Présidente (Mme de Santis) : O.K.
M. Proulx : Je pourrais la
retracer, Mme la Présidente. Il me reste du temps.
Présidente (Mme de Santis) : Jusqu'à maintenant, tout est allé bien.
Faisons attention avec le langage qu'on utilise. Alors, veuillez, s'il
vous plaît, continuer.
M. Proulx : Alors, je mets entre parenthèses ce que j'ai dit
en disant que, pour moi, vaut mieux mettre une balise pour faire en sorte de travailler avec ces gens et
pour respecter un espace où s'exerce la liberté de choix. On peut bien
me dire : C'est une école, là. Une
école, ça a un permis. Quand ça n'en a pas, ce n'en est pas. Alors, ce n'est
pas une école. C'est un lieu où il y a de l'apprentissage d'autre chose
dans certaines circonstances, peut-être, mais ce n'est pas des matières, ce
n'est pas le programme, ce n'est pas en lien avec ce qu'on fait dans l'école ou
ce qui fait à la maison.
Troisièmement, on n'avait aucune poignée, aucune
possibilité de faire en sorte de restreindre cette pratique religieuse, lorsqu'on parle de pratique
religieuse, et là, on se donne une occasion de le faire pour la présomption.
Parce que l'interdiction, elle existe quand?
Elle existe quand on dit à quelqu'un : En passant, tu as dans tes rangs
quelqu'un qui est actuellement dans
un de tes locaux et qui ne respecte pas son obligation de fréquentation
scolaire, et il doit la respecter. Et, si
tu continues à faire ce que tu fais, tu contreviens à la loi. C'est dans cette
optique-là qu'on place cette présomption et qu'on place cette interdiction. Or, c'est un levier supplémentaire. On
peut le voir de deux façons. On peut voir qu'on ne va pas assez loin, mais on peut aussi le voir en
disant : On fait un pas vers l'avant pour être plus contraignant. Mais il
y a une limite, Mme la Présidente, à ce qu'on peut faire. Et c'est dans ce
contexte-là.
Et le 20 heures, il vient de là. Il vient
de cette analyse, je dirais, d'une réalité. Plutôt que ce qui est inscrit, j'ai
moi-même dit, à un moment donné, quand est
venu le temps de parler de la langue, que le guide qui était là, il n'était
pas conforme à ce qui était dans la loi.
Alors, tu sais, vous savez, ce n'est pas la première puis la dernière fois, là,
qu'on va retrouver des écrits qui ne
représentent pas la réalité du terrain. Moi, ce qu'on me dit, c'est que c'est
20. Si ce n'est pas ça, bien ouvert à la discussion. Mais c'est ce qu'on
me dit. C'est dans ce contexte-là que le 20 heures est apparu.
La Présidente (Mme de Santis) : M.
le député de Chambly.
M. Roberge : Merci bien, Mme la
Présidente. Alors, ici, on va regarder quelques documents de référence, là. Sur le site de Baseball Québec, des horaires
d'entraînement, l'horaire est de 12 à 15 heures par semaine selon les
normes du ministère. Bon, c'est une interprétation. Allons voir le site du
ministère, education.gouv.qc.ca, sport, loisir, règles de reconnaissance sport-études, un encadrement
sportif de 15 heures par semaine à raison de trois heures consécutives
par jour durant l'année scolaire, selon le cadre de défini dans le modèle de
développement de l'excellence de la fédération. On est à 15 max.
Commission
scolaire des Hautes-Rivières, programme sport-arts-études. Musique :
11 heures-semaine. De 11 à 20,
on est presque de moitié. Hockey : 13 h 45 min-semaine. Et
attention! Pour permettre à ces jeunes-là de pratiquer un sport avec autant d'heures, de se qualifier dans
le sport-études, ce n'est pas tout le monde, là. Sur le site de la
commission scolaire des Hautes-Rivières, ça dit : «Pourquoi faut-il que
mon enfant soit en réussite dans ses études pour être admissible?» Là, je lis
le site. Les conditions d'admission à la concentration sport-arts-études ont
leur raison d'être : «L'élève devra
concilier les études et la pratique intensive d'un sport ou d'une activité
artistique. Il lui faudra tout de même couvrir
la même matière que les élèves du régulier — tiens, eux, ils ont des exigences — mais dans un temps restreint. L'élève doit donc être en mesure de suivre la
cadence imposée. C'est pourquoi nous exigeons que l'élève soit en
réussite dans toutes ses matières.»
Donc, eux, c'est de 11 à
13 h 45 min par semaine. Puis ils disent, même à ça, là, de leur
demander de 11 à 13 h 45 min
par semaine pour faire du sport-arts-études, ça pourrait compromettre
l'obligation de fréquentation scolaire, ça pourrait les empêcher d'atteindre les exigences, ça pourrait
compromettre le fait qu'ils obtiennent un diplôme puis qu'ils poursuivent leur chemin dans la vie. Ils disent :
Attention, attention! On va vous donner... Plus loin, on parle d'un
support académique par des professionnels
pour les suivre, pour garantir leur réussite, un petit peu plus loin. Donc, voyez-vous que ce n'est pas un
passeport? Oui, oui, c'est 20 heures pour tout le monde. Puis, si tu fais
20 heures à côté de la scolarisation, il n'y en a pas, de problème. Non, non, c'est plus : Si tu fais de
11 heures à 13 h 45, à 15 heures, la commission scolaire dit : Attention,
il faut travailler fort pour s'assurer que tes apprentissages soient faits.
C'est ce que dit cette commission scolaire là. Et je ne peux pas tous les lire, là. Je l'ai
vu sur plusieurs sites de plusieurs écoles qui font de tels programmes,
puis ils disent : On va prendre seulement des élèves qui sont en réussite partout. Pas sûr
qu'on sélectionne, que le ministre
sélectionne les enfants qui ont droit de faire l'école à la maison. Puis je ne
veux pas aller là non plus, je ne veux
pas aller là non plus. Est-ce qu'on sélectionne les enfants qui ont droit de faire
20 heures par semaine d'enseignement religieux? Attention,
attention! Vous devez performer en mathématiques, ce n'est pas écrit nulle
part. Donc, le ministre, chose certaine, là, pour défendre cet
élément-là, ne peut pas s'appuyer sur le sport-études. Donc, ce chiffre
de 20 heures pose problème pour
plusieurs, plusieurs raisons. Et je vais m'arrêter ici pour l'instant, céder peut-être
la parole au ministre ou à mon collègue.
La Présidente (Mme de Santis) : M.
le ministre.
M. Proulx : Oui, Mme
la Présidente. Bien, l'idée derrière
tout ça... Puis je comprends que le collègue a lu certains exemples, là, j'en ai moi
aussi que je pourrais partager. Allez voir à Cardinal-Roy, c'est de 15 à
20 heures. Il y a des sports en Mauricie — mon
collègue est là, puis on en a déjà
parlé ensemble — en
hockey, on approche également et on dépasse le 15 heures. Il y a différentes situations. Je vous dis, moi,
j'ai demandé c'est quoi, la réalité sur le terrain pour être en mesure
de tracer une ligne pour qu'on puisse faire cette appréciation en fonction de
qu'est-ce qui se fait déjà. Alors, tu sais, on peut travailler avec la théorie,
travailler avec la pratique. C'est là que je me suis situé pour faire ce
travail.
Maintenant, la question qu'il faut se poser,
c'est — et
puis là, dans le fond, pour le collègue de Chambly aussi — c'est la
suivante, c'est : Est-ce que c'est le nombre d'heures ou c'est la
pratique? Si c'est la pratique religieuse, c'est une chose. Si c'est le nombre d'heures, bien, on est dans une
discussion qui a beaucoup plus de chances d'aboutir, Mme la Présidente, que sur le fait de transformer
une réalité en un droit qui... En passant, Mme la Présidente, quelqu'un
qui remplit son obligation de fréquentation
scolaire, actuellement, là, à l'école, ou en enseignement à la maison, ou par
les autres exceptions prévues à la loi, a le
droit de se retrouver dans un lieu public qui est reconnu, qui a tous les
permis pour exister, qui est conforme
à nos moeurs et nos valeurs, qui n'est pas contraire à l'ordre public. On ne
fait pas ces discriminations dans la société.
Alors, je
comprends que c'est des enfants, je comprends qu'il y a un enjeu de
fréquentation scolaire et d'éducation. C'est
celui-là qu'on adresse en premier. Assurons-nous qu'ils soient dans cette
situation, et ensuite vivons dans le monde d'aujourd'hui, là, puis acceptons que, dans certaines circonstances,
pour un nombre d'heures que nous avons identifié à 20 heures,
certains puissent se retrouver dans un lieu autre. C'est ce que je dis.
La Présidente (Mme de Santis) : M.
le député de Gouin.
M. Nadeau-Dubois : Merci, Mme
la Présidente. Le fait de parler en troisième, ça a des avantages et des désavantages, là. Je ne voudrais pas répéter
certaines choses qui ont été dites, mais en même temps d'essayer de
peut-être synthétiser ou de résumer ce sur quoi on s'entend puis ce sur quoi on
ne s'entend pas. Puis je vais suivre peut-être le raisonnement du ministre, qui
est un raisonnement qui tient la route puis qui est tout à fait logique,
c'est-à-dire le ministre nous dit : Il
y a un progrès dans la loi, c'est le fait de mettre une présomption...
appelons-là de culpabilité, là, même si
c'est un terme un peu charrié, mais une présomption de culpabilité à l'égard de
lieux qui ne seraient pas visés par la loi. Et donc, ça, il nous dit : C'est une avancée parce que, là, c'est
eux qui devront faire la démonstration qu'ils ne sont pas des
établissements illégaux. Je pense que, là-dessus, on s'entend que c'est une
avancée.
Ensuite, le
ministre nous dit : Bien, il faut faire une exception, par contre, parce
que, sinon, on va embrasser trop large
puis on va se mettre à présumer que des centres sportifs, des centres culturels
sont des établissements illégaux, et ce n'est pas ça qu'on veut. Et je pense que, là-dessus aussi, on s'entend.
En tout cas, moi, je n'ai pas entendu de mes collègues la volonté qu'on présume du fait qu'un centre
sportif qui fait du plongeon, du baseball ou de la lutte gréco-romaine
soit considéré comme un établissement
illégal ou doive répondre à cette présomption-là. Je pense qu'on s'entend tous
sur le fait qu'il faut trouver une balise. Il faut faire une exception
quelque part pour pas qu'on embrasse trop large. Je crois entendre qu'on
s'entend sur cette idée-là aussi.
Je pense que le désaccord arrive sur le
troisième élément du raisonnement, qui est : C'est quoi, le critère qu'on utilise?
C'est quoi, la nature du critère qu'on utilise pour tracer la ligne? Le ministre
a parlé de balise, de ligne. Moi, j'utilise
le terme de critère. Où est-ce qu'on met la ligne pour repousser la
présomption? Puis le choix que le ministre a fait, c'est d'utiliser un critère de nature temporelle. Il nous
dit : Moi, je vais prendre un critère de nature temporelle, c'est ce qui va me permettre de discriminer, là, entre
où est-ce qu'on repousse la présomption et où est-ce qu'on ne le fait
pas.
Il y a deux problèmes, selon moi, avec le fait
de choisir une balise de nature temporelle, puis je pense que les échanges l'ont reflété. Bien, d'abord, c'est que
ça ouvre le débat sur : Pourquoi 20? Pourquoi pas 17? Pourquoi pas
15? Puis le collègue de Chambly a montré quelques exemples qui soulignent cet
aspect un peu arbitraire, c'est-à-dire, oui, 15, 20, 17,5, il y a un élément
d'arbitraire là-dedans qui est dur à trancher. Parce que je suis sûr qu'on
pourrait tous amener des exemples puis on n'en finirait peut-être pas, à part
de faire une moyenne puis de se statuer là-dessus.
Le deuxième
problème d'une balise de nature temporelle, c'est que ça vient permettre tout
ce qui est en dessous de cette balise-là, peu importe la nature de
l'activité, que ça soit, en effet, religieux ou toutes les choses qu'on
pourrait imaginer qu'un enfant ferait 20 heures par semaine.
L'amendement
du collègue de Lac-Saint-Jean tente d'ajouter à cette balise temporelle une
balise qui a trait à la nature de
l'activité, en disant : Si c'est religieux, bien là, il faudrait faire une
autre exception. Et le ministre nous dit, pour des raisons de valeurs, des raisons mêmes constitutionnelles,
qu'il ne veut pas accepter d'inscrire dans la loi cette distinction-là basée sur la nature de l'activité. Bon, il y a des
arguments pour, des arguments contre. Le ministre a dit lui-même que
c'est une question de valeurs, rendu là, bon, de vision du monde, d'idéologie.
Est-ce qu'il y a moyen de réfléchir à une autre
balise qui ne serait pas temporelle mais qui viendrait préciser exactement
quels types d'institutions on veut préserver de cette présomption-là, là, de
culpabilité? Est-ce que, par exemple, et là
on réfléchit à haute voix, mais est-ce que... Parce que les exemples que le
ministre a donnés, là, sport-études, arts-études, je ne sais pas, plein
air-études, musique-études, c'est toutes des filières ou des programmes
particuliers qui ont des liens avec le
réseau d'éducation public ou un établissement d'enseignement privé,
c'est-à-dire que c'est des gens qui
vont à l'école et qui, dans ce cadre-là, sont à l'extérieur de l'école. Mais
c'est quand même des gens qui sont dans le système, puis ces
programmes-là, ils ne sont pas suspendus dans les airs, ils sont accrochés à
une commission scolaire, à une école, à une
polyvalente ou à un établissement privé, bon. Est-ce que ce n'est pas ça, le
meilleur critère? Quand un lieu n'est
pas rattaché ni à un réseau, un établissement d'enseignement privé, s'il n'y a
pas d'entente, si ce n'est pas dans
le cadre d'un programme qui est reconnu ou d'un établissement privé reconnu,
bien là, on pourrait dire : Bien là, en fait, donc, si ce n'est pas dans le cadre d'une
telle entente, la présomption n'est pas repoussée, mais, si en effet
c'est quelqu'un qui va dans un centre
sportif parce que c'est dans le cadre d'un programme, bien là, bien, ça va de
soi que la présomption est repoussée. Est-ce que, là, il n'y a pas une
piste de réflexion pour s'entendre sur le fait de dire : Bien, s'il y a
une entente conclue entre une commission scolaire ou un établissement
d'enseignement privé, bien, là c'est repoussé?
Si c'est dans un lieu qui est complètement à l'extérieur, quelle que soit la
nature de l'activité, quelle que soit la nature de l'activité, on considère que, là, la présomption s'applique.
Ça ne veut pas dire que ça la rend illégale de facto, hein, le ministre
l'a bien dit lui-même.
Il me semble
qu'il y a là une piste plus intéressante qu'un débat qui pourrait s'éterniser
sur la nature de l'activité ou, encore plus potentiellement arbitraire,
un débat sur le nombre d'heures. Et je compte déposer un amendement, éventuellement, sur cette question-là, mais il me
semble que ça serait intéressant d'entendre le ministre sur : Est-ce
qu'il tient à la notion de balise temporelle
ou ça ne peut pas être une autre balise que temporelle, par exemple une balise
qui dirait : Si ce n'est pas lié d'aucune manière à un établissement
d'enseignement privé ou à une commission scolaire, bien là, on demande de prouver que ce n'est pas un
établissement illégal? Il me semble que c'est moins arbitraire, c'est plus
logique puis ça répond exactement,
exactement, pile-poil, à la préoccupation que le ministre utilise depuis toutes
nos conversations, en public et en
privé, c'est-à-dire : On ne veut pas présumer que les centres sportifs
puis les maisons de la culture, puis tout ça, c'est des établissements
illégaux. Moi, là, il me semble que ça a du sens, que ça rencontre les
objectifs que promeut le ministre et ça nous ramène sur le fond, c'est-à-dire
où est-ce qu'on trace la ligne, quels critères on utilise.
La Présidente (Mme de Santis) : M.
le ministre.
M. Proulx : Bien, j'entends ce que dit le collègue.
Il y a peut-être des avantages, effectivement, à passer
troisième, des fois, pour schématiser un peu les choses. Je vais aussi y
réfléchir à haute voix pour bien comprendre. Ce qu'il dit, c'est : Sortons
de la balise temporelle, dans la mesure où les autres activités qui sont des exemples
sont liées à une institution — je vais dire «institution» pour les fins
d'exemple — travaillons
dans un autre cadre pour établir s'il devrait ou pas y avoir une
présomption.
Les autres
exemples ne sont pas liés, ne sont pas touchés par une interdiction parce que
l'obligation de fréquentation scolaire
n'a pas à être démontrée, dans la mesure où le programme lui-même est inclus
dans son obligation de fréquentation scolaire.
Alors, on peut convenir d'une entente particulière avec une fédération
sportive, par exemple, ou une commission scolaire pour faire 21 h 30 min d'activités par semaine
parce que ça nécessite un entraînement x, y, z dans le cadre d'une saison parce qu'on ne peut pas en faire dans
l'autre saison. Ça arrive, des affaires de même. Alors, tu sais, je n'essaie
pas de trouver le pire, j'essaie juste
d'expliquer que, dans ce contexte-là, je ne suis pas lié par l'interdiction,
donc je ne suis pas dans ce cadre-là.
Ce que dit le
collègue, si on ne travaille pas avec une balise temporelle, c'est :
Essayons de qualifier la nature de l'autre
activité. Là, je ne suis pas... et là je réfléchis à haute voix, Mme la
Présidente, puis je le fais le plus sérieusement possible, et là c'est là que ça devient difficile de vouloir qualifier
l'activité. Et là, pour certains, une activité religieuse, ce n'est pas une bonne activité, pour d'autres,
c'est une activité comme les autres, tu sais. Puis là je ne dis pas ça à
personne, j'essaie juste de nous situer dans
le temps, dans l'espace pour dire : Comment je fais pour faire cette
qualification-là de dire que...
Actuellement, là, on le sait, le député de Lac-Saint-Jean a raison, Chambly a
raison, le député de Gouin aussi a raison,
on le sait, il y a des gens qui ne sont pas à l'école et qui ne sont pas en
apprentissage d'aucune façon, et, ces gens-là, il faut trouver une façon de les amener vers nous. On a mis beaucoup de
choses en place, beaucoup, beaucoup de choses. On pourrait ne pas avoir
d'interdiction à l'égard du lieu, puis sincèrement on sortirait d'ici, puis
plusieurs pourraient dire : Bien,
écoutez, on n'est pas allés jusqu'au bout parce qu'on ne s'est pas attaqués, si
vous me prêtez l'expression, à l'existence
de ces lieux puis on n'a pas mis en place des moyens pour s'assurer que ce ne
soit pas une façon d'aller faire autre chose toute la semaine, toute la
vie durant puis de ne jamais aller à l'école.
Alors, moi,
c'est là que je ne comprends pas l'amendement du collègue, dans la mesure où il
qualifie la nature de l'activité par
rapport à une autre. Je ne suis pas certain que ça respecterait un test devant
les tribunaux, très honnêtement. Je ne
suis pas juge, mais ce n'est pas la première fois que j'en vois aussi, des
lois, puis j'ai la chance et le privilège de pouvoir en écrire avec vous. Dans ce contexte-là, je ne
suis pas certain qu'on pourrait aller jusque-là, discriminer une
activité, activité qui, en passant, n'est pas interdite dans des lieux, s'il
n'est pas question de fréquentation scolaire, qu'on ne fréquenterait que le
samedi, le dimanche ou le lundi après-midi, ne serait pas interdite.
Une voix : C'est même un
droit.
M. Proulx : Et effectivement c'est même un droit. Alors, dans
ce contexte-là, dans ce contexte-là, j'essaie de nous ramener au lien avec la fréquentation scolaire.
C'est la raison pour laquelle je tente de le ramener en disant : On veut
le limiter, et puis là, cet espace-là, on
veut trouver un espace comparable de limitation qui est en lien avec ce qui se fait
dans les institutions. C'est pour ça que, pour moi, la balise temporelle était
une balise importante lorsqu'on l'a mise en place.
La Présidente (Mme de Santis) : M.
le député de Gouin.
M. Nadeau-Dubois :
Bien, deux éléments. Bon, d'abord, on ne veut pas interdire aux gens d'aller,
dans leur temps libre, dans des lieux x, y, z, là, je pense que
personne ne souhaite ça.
Sinon, deux
réactions plus spécifiques à ce que le ministre dit. Bien, d'abord, sur la
réponse qui m'a été fournie sur la question du sport-études, en
disant : Oui, mais il y a déjà des ententes, bien, c'est parce que ça,
c'est l'exemple que le
ministre nous a donné. Mais le ministre nous a dit : Moi, ce que je veux,
c'est qu'on n'embrasse pas trop large et qu'on n'embarque pas du
sport-études, par exemple. Moi, je dis : Bien, en effet, on est d'accord
avec ça, donc d'où l'utilisation de cet exemple-là de ma part aussi.
Deuxièmement,
le ministre dit que je tente de qualifier l'activité. Moi, ce que j'ai évoqué
comme piste de réflexion, ce n'est
pas de qualifier la nature de l'activité, c'est de qualifier le lieu, ce qui
n'est pas la même chose. C'est-à-dire qu'il s'agit de dire : Si c'est un lieu qui, par une entente avec une
commission scolaire ou un établissement d'enseignement privé, c'est déjà prévu, dans le cadre d'une
entente, que les enfants aillent là, bien, c'est bien normal que ces lieux-là
ne soient pas sous le poids de la
présomption qu'introduit la loi. C'est naturel parce que c'est déjà prévu comme ça. Si c'est un lieu qui n'est d'aucune manière lié au réseau de l'éducation,
ni une commission scolaire ni un établissement
privé, et que c'est un lieu qui accueille des enfants sur une période de temps
significative, bien, pourquoi est-ce que, là, la présomption ne s'appliquerait pas? Elle devrait s'appliquer. Donc, ce
n'est pas la nature de l'activité que je veux qualifier, c'est la nature du
lieu.
En tout cas, c'est la piste de réflexion que j'émets pour éviter, justement,
la problématique dont parle le ministre quand il nous dit : Ah! bien, on ne peut pas
faire de différence entre religieux, pas religieux. Bien, on peut quand même faire une différence en disant : Est-ce que
c'est un endroit où les enfants se trouvent dans le cadre d'une entente
avec une école ou un établissement privé? Ça, cette distinction-là, il me semble que,
constitutionnellement, on peut la faire. Et, si ce n'est pas le cas, bien là, on dit : Il y aurait une présomption
qui s'appliquerait. Il me semble que ça tient la route, et on évite
l'arbitraire de la limite temporelle.
La Présidente (Mme de Santis) :
Merci. M. le ministre.
M. Proulx : Rapidement — j'ai d'autres collègues aussi qui veulent s'exprimer — l'analogie
ou les exemples en lien avec le
sport-études étaient pour expliquer la limite temporelle, pas pour faire un
lien avec les autres lieux où on va parce
que, dans les faits, ils ne sont pas soumis à l'interdiction, puis on n'a pas à
faire la démonstration ou pas que cette personne-là a par ailleurs une obligation de fréquentation scolaire respectée. Et
l'interdiction, c'est de se trouver dans un lieu sans avoir rempli son obligation de fréquentation. Et l'interdiction ne vise pas
le jeune, l'interdiction et les pouvoirs que nous mettons de l'avant visent la personne qui gère, administre et est
le responsable de ce lieu. C'est un
tiers. C'est avec ce tiers qu'on
entre en relation pas positive, mais négative, dans mesure où l'objectif
ensuite, c'est d'y joindre des amendes si, le cas échéant, c'est nécessaire. Alors, c'est dans cette optique qu'on
est ici en train de qualifier cet espace. Mais demeure le principe qu'il faut respecter son obligation de
fréquentation scolaire, demeure le principe que la liberté de choix
permet à quelqu'un de faire un choix autre
que d'envoyer son enfant en classe, demeure l'obligation de respecter les
balises qu'on a mises de l'avant et
le processus qu'on met de l'avant, demeure le fait que la
Loi sur la protection
de la jeunesse a été amendée et maintenant convient que c'est :
doit être vu comme une compromission de son développement global s'il y a une
non-fréquentation de l'obligation scolaire.
Tout est là.
La question, c'est : Comment je fais pour m'assurer qu'on n'a plus des
enfants, toute la journée durant, toute
la semaine durant, dans des lieux autres? Et je ne pense pas, Mme la
Présidente... puis on poursuivra les travaux, si nécessaire, plus
longtemps, mais je ne pense pas qu'on puisse interdire complètement l'accès à
un lieu de culte.
M. Proulx :
Non, je ne dis pas que c'est votre propos. J'essaie de réfléchir à haute voix
en disant jusqu'où on peut aller. Et
c'est dans ce contexte-là que, si on n'est pas dans une balise temporelle pour
la présomption, bien, on m'amène à penser qu'il faut qualifier
l'activité. Et qualifier l'activité, à moins d'avis contraire, Mme la
Présidente, n'est pas le chemin juridique qui est privilégié.
La Présidente (Mme de Santis) : M.
le député de Gouin.
M. Nadeau-Dubois : Bien, je ne répéterai pas ce que tout ce que j'ai
dit pour ce qui est de qualifier l'activité, je pensais avoir été clair. Sinon, il
faut faire attention, quand même,
parce qu'il n'y a personne qui dit qu'il faut interdire la présence dans
certains lieux. On est dans une discussion sur... appelons ça le fardeau de la
preuve, là, dans quels cas est-ce qu'il va être entre les mains de la personne,
du tiers responsable du lieu où se trouvent les enfants.
Donc, il n'y
a personne, à ma connaissance, qui dit ici qu'il faut interdire. C'est plus...
en fait, ce n'est pas plus, la question, c'est : Dans quels moments est-ce que ce
fardeau de la preuve là est dans les mains du tiers? Et donc d'où mon
intervention précédente, qui est de dire : La balise temporelle, elle
m'apparaît très problématique pour au moins deux raisons. Est-ce que ce n'est pas souhaitable de trouver d'autres balises
qui ne seraient pas de qualifier de l'activité, mais de qualifier
est-ce que c'est un lieu dans lequel les enfants se rendent dans le cadre de
leur inscription dans une commission scolaire ou d'un établissement d'enseignement privé ou est-ce que c'est complètement à l'extérieur. Et, si c'est complètement à l'extérieur du réseau, bien là, on ne les
interdit pas, on vient dire : Dans ces cas spécifiques là, le
fardeau de la preuve reviendrait au tiers de faire la démonstration qu'il ne
s'agit pas d'une école illégale.
C'est ma compréhension de ma proposition. Mais
on peut entendre les collègues, puis j'invite le ministre, sur le dîner, là, à y réfléchir parce que moi,
j'insiste parce que je pense qu'il y a quelque chose d'intéressant qui nous
permettrait de sortir du cul-de-sac actuel.
La Présidente (Mme de Santis) : M.
le ministre.
M. Proulx :
Je suis ouvert à la proposition d'un texte, Mme la Présidente, pour bien
comprendre ce que souhaite le collègue.
La Présidente (Mme de Santis) :
Merci. Maintenant, vous avez demandé combien de temps reste. C'est
11 min 18 s. Alors, M. le député de Lac-Saint-Jean.
M. Cloutier :
Oui, je vous remercie, Mme la
Présidente. Juste pour fins de clarification, là, il n'y a personne ici
qui remet en cause le droit à la liberté religieuse, il n'y a personne qui
remet en cause le droit de croyance, il n'y a personne qui remet en cause le
libre choix de tous et chacun de leurs croyances. Ce n'est pas le droit qu'on
remet en cause, c'est la présomption. C'est
une méchante différence. C'est la présomption qu'on essaie d'atténuer, ce n'est
pas le droit lui-même. Les gens, ils feront
bien ce qu'ils veulent dans leurs maisons, puis tant mieux. La religion que les
gens choisissent, il faut respecter ces choix-là, Mme la Présidente.
Maintenant,
ce qu'on ne veut pas, par contre, c'est les jeunes qui se sortent du réseau
d'apprentissage pour des motifs religieux
et qui vivent en parallèle de la société québécoise. C'est ce qu'on essaie
d'éviter. Le ministre nous dit : Inquiétez-vous
pas, l'obligation de fréquentation scolaire, ça va se faire parce qu'il va y
avoir un suivi fait par le ministère pour l'école à la maison. Mais,
nous, ça nous apparaît être extrêmement élevé, un 20 heures-semaine
d'enseignement religieux dans des lieux.
Notre
collègue de Gouin nous suggère de trouver le lien de filiation avec les
commissions scolaires. Est-ce que c'est possible? Je ne le sais pas,
mais c'est certainement une piste de solution qui est intéressante, Mme la
Présidente. Je comprends, c'est vrai que ça
ne s'applique pas aux programmes d'études sportives puis programmes
spécialisés, programme international
parce qu'effectivement ces jeunes-là sont inscrits au réseau québécois. Mais je
comprends aussi qu'on a cité ces exemples-là pour illustrer, dans le
fond, cette volonté des jeunes de vivre des activités autres que juste le
régime pédagogique québécois.
Alors, bref,
on essaie de concilier plusieurs choses. Mais ce que je suis certain, Mme la
Présidente, c'est, dans l'état actuel
des choses, tel que l'amendement nous est présenté, on pave la voie à
l'apparition au Québec de lieux qui auront une vocation religieuse à
raison de 20 heures-semaine.
Maintenant,
on aurait pu se contenter juste du premier paragraphe : «Nul ne peut, de
quelque façon que ce soit, agir de
manière à compromettre la possibilité pour un enfant de remplir son obligation
de fréquentation scolaire.» Nul ne peut
agir de manière à compromettre la possibilité. Compromettre, c'est
compromettre, c'est quand même fort, ça donne des marges de manoeuvre. On ne s'est pas contentés de
faire ça, on est allés un pas plus loin avec la présomption du 20
heures, puis c'est là qu'on en est. Alors là,
avec un 20 heures identifié, bien là, la voie devient royale pour l'apparition
d'enseignements alternatifs.
Moi, je salue la volonté de mon collègue de
Gouin de trouver d'autres voies de passage qui ne sont pas nécessairement liées
aux heures mais davantage liées aux points de raccordement des écoles ou des
commissions scolaires. Maintenant, est-ce
qu'il y a d'autres façons d'y arriver? Je ne le sais pas, Mme la Présidente,
mais ce qui est certain, c'est que, dans l'état actuel des choses, c'est
inconcevable, ça ne fonctionne pas. Maintenant, quelles sont les alternatives?
Bien, je pense qu'en groupe on va être capables d'y arriver. Voilà pour
l'instant, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme de Santis) :
Merci. M. le ministre.
M. Proulx : Bien, pas d'autre chose à ajouter pour l'instant,
Mme la Présidente. J'ai exprimé la même ouverture que je l'ai fait dans
l'ensemble du projet de loi, c'est de dire : Est-ce qu'on peut trouver une
façon d'exprimer, pour l'ensemble, la même
volonté? Peut-être. J'ai exprimé que, pour moi, la base temporelle était une
façon de tracer la ligne à l'égard de
la présomption, si elle était repoussable ou non parce qu'elle ne peut pas être
totale et complète, là. Dans la vie, il existe toujours des moyens de la repousser, surtout dans ces
circonstances-là où on est dans des lieux qui ne sont pas des lieux
interdits. Alors, tu sais, je veux dire, on ne peut pas agir différemment.
C'est là que j'en suis.
Mais
sincèrement, tel que ça a débuté, je suis obligé de penser qu'à la base on
discriminait de certaines activités. Si ce n'est pas le cas, je suis prêt à avoir cette discussion-là. Mais
j'entends, Mme la Présidente, que la préoccupation des collègues porte davantage sur la durée, notamment,
parce que c'est la durée qui ne donne peut-être pas l'impression, mais
qui crée chez le collègue de Lac-Saint-Jean et les autres, le collègue de
Chambly, Gouin aussi, cette impression-là qu'il
y a comme deux systèmes, bien qu'il n'y en a qu'un seul, Mme la Présidente,
c'est celui de respecter son obligation de fréquentation scolaire selon des choix, selon des choix dans la loi et
un encadrement qu'on s'est donné. Le «après», ce qu'ils font, là, il y a un bout qui ne me concerne pas. Et c'est là
qu'il faut agir correctement dans l'appréciation des mots parce qu'on ne peut pas interdire des choses qui
le sont aujourd'hui. Puis ce n'est pas en présumant qu'on crée des espaces futurs pour faire de la pratique religieuse que ça
nous autorise à écrire dans la loi qu'on ne peut pas la pratiquer, par exemple. Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne.
La Présidente (Mme de Santis) :
Merci. M. le député de Saint-Jérôme.
M. Bourcier : Oui, Mme la
Présidente. Vous connaissez ma bonne humeur, alors j'ai pris note de plusieurs
citations, plusieurs paroles qui ont été dites autour de la table. Puis c'est
certain que la commission est là pour les bonnes raisons.
Et par contre je remets à l'ordre du jour, sur
ma feuille ici, des propos qui ont été tenus. On disait — le gouvernement, par l'entremise de M. le
ministre — vouloir
mettre fin à de l'enseignement par des personnes dans des lieux non scolaires, des
centres d'entraînement, des endroits religieux, ce ne sont pas des écoles. Mais
également M. le ministre disait
constater des situations malheureuses, vouloir réconcilier la réalité, accepter
des exceptions, autoriser pour apprivoiser.
Je trouve que c'est une belle phrase, ça, c'est quelque chose de bien qui a été
dit. On parlait des gens aussi qui faisaient l'école à la maison.
C'était quelque chose qui était abordé.
Alors,
l'article 4, à mon avis, ferait en sorte qu'on accepterait fort
probablement des compromis religieux en leur autorisant moins de 20 heures par semaine. En ce qui me concerne,
20 heures, c'est 80 % de l'activité principale de ce qui se fait habituellement dans nos écoles. Et
justement, tantôt, je retiens encore une citation de M. le ministre, qui disait
que 20 heures, c'était l'analyse d'une réalité plutôt que ce qui est
inscrit.
Alors, le
ministre dit vouloir mettre fin à des pratiques inacceptables. C'est une bonne
chose. Alors, une interdiction levée, pour moi, en tout cas, c'est une
présomption repoussée, c'est pareil. Alors, on créerait un système parallèle, donc on autoriserait des écoles religieuses. C'est
ça. Alors, par notre amendement, les bonnes intentions de M. le ministre
seraient plus claires, seraient précises et seraient balisées. Alors, on
demande à M. le ministre de considérer notre amendement lors de la suite
palpitante de cette commission.
La Présidente (Mme de Santis) : M.
le ministre.
M. Proulx : Je n'ai pas d'autre
commentaire, Mme la Présidente, pour...
La Présidente (Mme de Santis) :
Est-ce qu'il y a d'autres interventions? M. le député de Lac-Saint-Jean.
M. Cloutier :
Oui, bien, de toute façon, nous allons reprendre nos travaux, Mme la
Présidente, un peu plus tard cet après-midi.
Je pense que ça va donner, de part et d'autre, l'opportunité d'avoir un peu de
recul suite aux discussions qu'on a eues
jusqu'à maintenant. Mais je pense que c'est clair qu'à partir de maintenant,
Mme la Présidente, vous aurez compris qu'on va souhaiter, l'opposition
officielle, puis je pense que c'est la même chose pour mes collègues, apporter
les amendements nécessaires et qu'on va
trouver des alternatives. S'il faut retirer notre amendement, nous le
ferons — ce n'est
pas ce que je vous dis, mais nous le ferons — et nous essaierons de trouver d'autres
amendements qui pourraient convenir davantage à la position
gouvernementale. Mais ce qui est certain, c'est que, dans l'état actuel des
choses, Mme la Présidente, on ne pourra pas continuer.
La Présidente (Mme de Santis) :
Alors, compte tenu de l'heure, la commission suspend ses travaux jusqu'à
15 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 58)
Présidente (Mme de Santis) :
À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission
de la culture et de l'éducation reprend ses travaux. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien
vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
Nous poursuivons l'étude détaillée du projet de
loi n° 144, la Loi modifiant la
Loi sur l'instruction publique et d'autres
dispositions législatives concernant principalement la gratuité des services
éducatifs et l'obligation de fréquentation scolaire.
Lors de la
suspension de nos travaux, nous étions rendus à l'étude d'un amendement proposé
par le député de Lac-Saint-Jean à l'article 4. Est-ce qu'il y a d'autres
interventions? Oui, M. le député de Lac-Saint-Jean.
M. Cloutier :
Oui, je vous remercie, Mme la Présidente. Alors, je pense que nous sommes en
train de trouver la bonne approche,
Mme la Présidente, sur cet enjeu. Pas certain de comprendre les bons
commentaires de mon collègue de l'Assemblée nationale. Vous pouvez
peut-être le faire à micro ouvert.
préoccupation, j'ai de la difficulté effectivement avec la présomption. En ce
qui a trait à l'interdiction, je pense que
l'interdiction, telle que formulée, je pense que vous faites référence au
premier paragraphe de l'article 4. Si c'est le cas, Mme la Présidente, juste pour faciliter nos échanges, M. le
ministre m'a posé une question, mais je ne suis pas certain de bien saisir le sens de sa question. Ma
principale préoccupation est effectivement sur la présomption. Je veux peut-être
avoir un dialogue avec lui pour voir plus précisément qu'est-ce qu'il a à
l'esprit, parce que je ne suis pas certain de bien saisir.
La Présidente (Mme de Santis) : M.
le ministre.
M. Proulx : Oui. Bien, Mme la Présidente, pour le bénéfice de
tous puis peut-être pour partir la discussion de l'après-midi du bon
pied, je me suis moi aussi posé des questions. C'est bien normal puis c'est
l'objectif de faire ce que nous faisons. On
aurait pu faire tout ce qu'on a fait jusqu'à maintenant et ne pas s'intéresser
aux lieux comme tel. Bon, je pars de là.
On a décidé
de s'intéresser aux lieux parce qu'il y a un enjeu avec les lieux. Puis ça, je
pense que tout le monde le reconnaît
puis tout le monde l'a exprimé, là, à juste titre, de façon différente, mais il
y a une préoccupation à l'égard des lieux.
J'ai exprimé certaines limites, là, à ce que je pensais qu'il était possible de
faire ou non, mais je comprends que pour les collègues... et là je vais parler du
député de Lac-Saint-Jean parce qu'il vient de m'interpeller, Mme la
Présidente, une préoccupation particulière à l'égard de la présomption.
La présomption, c'est pour donner, dans le fond,
de la force à notre interdiction, parce qu'on présume, si la personne est au courant qu'il y a dans ces lieux
un enfant pour lequel on a convenu ou on a déterminé qu'il ne respectait
pas son obligation de fréquentation
scolaire, on présume qu'à ce moment-là la personne agit contrairement à la
loi, et c'est ça, la présomption.
Ce qu'on dit,
c'est que la présomption, elle ne peut pas être totale et complète. Il faut
qu'il y ait la possibilité de la repousser,
parce qu'une présomption, c'est un fardeau supplémentaire. On l'exprimait un
peu comme ça. Ça diminue notre fardeau
de la preuve à nous, dans la mesure où ça présume que la personne qui est en
faute, je veux dire, en plus, en est pleinement consciente. J'ai exprimé
les motifs pour lesquels j'avais inscrit la présomption.
Alors, la
question au collègue, dans le fond, c'est la suivante... Je pense que les gens
sont à l'aise avec l'interdiction. Il
n'y en avait pas avant. C'est un pas dans la bonne direction. À la limite, il
n'y aurait pas de capacité de repousser la présomption, je pense que les collègues, même, seraient contents ou à
l'aise, parce que, si on pouvait en plus présumer de la responsabilité
de la personne ou de sa contravention à la loi, parce qu'il est au courant que
nous savons qu'il y a des enfants en ces
lieux, un ou des enfants pour lesquels l'obligation de fréquentation scolaire
est compromise, jusque-là, ça va.
Ce qui semble
poser problème chez les collègues, c'est la capacité pour quelqu'un de faire la
démonstration que cette
présomption-là ne s'applique pas à lui lorsqu'il fait la démonstration que,
dans un certain nombre d'heures dans la semaine, les enfants sont dans son lieu à lui plutôt que d'être dans une
expérience scolaire ou à l'école. Bon, j'ai essayé de l'exprimer
clairement.
Si je
l'enlève, la présomption, je nous cause du trouble dans la mesure où je nous
oblige à travailler encore plus fort
pour faire la démonstration de l'interdiction. Il faut que je travaille encore
plus fort parce qu'il faut que j'aie un dossier de preuve encore plus étoffé pour faire la démonstration que la personne
qui s'occupe d'un lieu x sait très bien que les enfants qui sont présents au moment où j'y vais, sur place, bien, ils ne
sont pas en train de respecter à la fois leur droit d'être sur les
lieux, mais aussi de respecter leur obligation de fréquentation scolaire.
Alors, ma
question, pour nous permettre d'avancer puis de prendre la bonne décision,
c'est la suivante : Est-ce que
les collègues souhaitent qu'on s'en tienne à l'interdiction puis qu'on prenne
le pari que ça va être plus difficile, mais c'est notre responsabilité, dans un dossier judiciarisé, de faire la
preuve, ou bien on maintient la présomption? Parce que ça, c'est une
capacité que nous avons d'en ajouter pour nous rendre la tâche plus facile pour
attraper des contrevenants, mais là l'enjeu, il demeure sur le temps.
Moi, je ne
veux pas avoir, Mme la Présidente, avec les collègues un débat sur on peut-u ou
pas aller à l'église, là. Puis ça, je l'entends bien puis je ne veux pas
ça non plus. Je ne veux surtout pas prêter des intentions. Ce que je dis, c'est qu'à un moment donné il faut travailler dans
un cadre, là, légal qui fait en sorte qu'ils ont le droit de se
retrouver, à un moment donné dans la
semaine, dans un lieu qui s'apparente à un lieu de culte. Ce que je dis, c'est
qu'il ne faut pas aussi, puis je
partage ça avec les collègues, créer un espace où les gens, c'est un
endroit pour se soustraire du fait qu'il faut les exposer à une
expérience éducative.
Alors,
j'essaie de l'amener différemment. Si c'est la présomption qui cause problème,
la présomption, Mme la Présidente,
n'est pas au service de ceux qui maintiennent des lieux de culte en place. Elle
est à l'avantage et au service du ministère
de l'Éducation d'être capable de faire mieux son travail. Mais si, à cause de
ça, les collègues pensent que ça vient
officialiser la possibilité de maintenir des lieux de culte avec des enfants,
je pourrais, Mme la Présidente, l'enlever. Je fais juste dire que, si je l'enlève, on se complique le travail, mais
je serais prêt à me compliquer le travail, puis les juristes, puis moi, on serait capables de dire : On va
le monter, notre dossier, Mme la Présidente. S'il faut aller jusqu'au bout
de l'affaire, comptez sur moi, on va y aller, mais ça complique notre travail.
Alors, ma question au collègue, c'est :
Comment je fais pour ne pas me le compliquer plus que c'est déjà? Comment je fais pour bénéficier de l'avantage que
nous sommes en train de réécrire cette portion de la loi pour se donner des moyens réels, mais pour ne pas tomber dans le
piège que, bien là, on va dire aux Québécois : Bien, dans le fond,
parce qu'ils sont de telle communauté, on les maintient dans une église au lieu
de les amener à l'école? C'est un débat qui n'est pas le bon.
On est devant
certaines communautés avec lesquelles on veut travailler pour les amener à
collaborer avec nous. Je connais la
réalité actuelle, puis on veut qu'elle cesse. Alors, c'est de bonne foi qu'on
pose ces gestes-là. Puis je pense que là,
en l'exprimant ainsi, Mme la Présidente, je nous donne la possibilité d'avoir
une réelle réflexion, parce que je vais là où je veux aller avec vous, mais je vous donne, Mme la Présidente, la
possibilité, avec la commission, d'aller, je pense, là où le bât blesse. C'est comme ça qu'on a travaillé
jusqu'à maintenant. Je n'arrêterai pas de travailler comme ça, c'est
comme ça que je serais à l'aise de continuer.
Je me tais
puis je vous écoute, mais je pense qu'on est à la bonne place. Mais en même
temps, gardez juste à l'esprit que la
présomption, ce n'est pas pour protéger des gens qui maintiennent le droit,
pour certains, de faire le culte. C'est pour permettre au ministère de
l'Éducation de faciliter son travail lorsqu'il faudra appliquer l'interdiction.
Voilà.
La Présidente (Mme de Santis) : M.
le député de Lac-Saint-Jean.
M. Cloutier :
Mme la Présidente, je ne saurais suffisamment souligner à quel point il est
agréable de travailler lorsque nous
nous écoutons mutuellement. Et je dois vous dire que, depuis le début des
travaux, Mme la Présidente, c'est très
agréable de travailler de la sorte parce qu'on sent que, quand on parle, il y a
du monde qui prennent la peine d'analyser ce qu'on dit. Et visiblement,
depuis le début des travaux de cette commission parlementaire, on a trouvé des
voies de passage, et
visiblement, encore une fois, il y a des pas qui sont exprimés dans la bonne
direction par le ministre et qui, je pense, nous permettent de voir
apparaître un début de solution.
J'entends
bien ce que vous dites sur la présomption, M. le ministre, et vous avez tout à
fait raison. Je comprends tout à fait l'intention du législateur, qui
est celle de se faciliter la tâche.
Je vous
soumets cette réflexion. Puisque vous tenez à cette présomption, pourquoi
avons-nous le besoin de dire que la présomption sera réfutée si on est
capable de faire la démonstration que l'enfant est accueilli ou a été accueilli
durant moins de 20 heures? Bref, puisque la présomption est utile au ministère,
pourquoi nous ne maintenons pas le paragraphe 2,
et on remplacerait le paragraphe 3 ou on ferait simplement le biffer? La
présomption, par définition, ça sera aux gens d'expliquer en quoi
l'article... ou on n'est pas en contravention de l'article. La présomption sera
utile au ministère pour faire sa preuve, mais il n'y a rien qui empêchera
éventuellement de défaire cette présomption par la preuve qui sera déposée.
Bref, là, on
rencontre les deux objectifs : nous, se soustraire du 20 heures pour
ne pas paver la loi; et le troisième paragraphe, qui vient, dans le
fond, introduire cette notion-là. Est-ce que je me trompe ou là il y aurait
rencontre des intentions de part et d'autre?
La Présidente (Mme de Santis) :
Merci. M. le ministre.
M. Proulx : Bien, Mme la Présidente, il y a peut-être une
petite vérification à faire. Mon premier réflexe, c'est de dire :
on ne peut pas avoir la moitié de la présomption. Je pense qu'elle peut être
réfutée en certaines circonstances. Je ne
pense pas que je pourrais mettre en place une présomption totale et complète
parce qu'on se retrouve dans un autre lieu,
parce que ça voudrait dire qu'à ce moment-là il y a une présomption qu'on ne
pourrait jamais fréquenter ce lieu. Et ça, sincèrement, il y a pour moi
là un enjeu et, en plus, une grande sensibilité.
Ce n'est pas
ça que veut faire le collègue, là. On réfléchit, ça fait qu'on est à faire
cette réflexion-là. Alors, je pense que, s'il y a présomption, il faut
qu'il y ait possibilité de s'y soustraire. Maintenant, c'est dans la façon et
pour les raisons. Je pense que c'est là que
se trouve l'affaire. C'est peut-être dans le nombre d'heures qui apparaît très
élevé pour certains, parce que, entre
vous et moi, Mme la Présidente, on inscrirait 15 heures pour respecter le
minimum inscrit au ministère de
l'Éducation. Quelqu'un qui est dans une... quelqu'un qui respecte... un enfant
qui respecte son obligation de fréquentation scolaire, tout est
conforme, tout est correct, c'est à la satisfaction de tous, on le ferait ici,
on ferait tous l'examen, puis on dirait
bravo, une expérience éducative extraordinaire, pourrait passer un temps
astronomiquement plus élevé que ce
que je considère normal dans un lieu de culte, et je ne pourrais rien faire,
Mme la Présidente, parce que ça ne m'appartient pas, cette décision-là.
Alors, moi, j'ai à m'assurer que l'expérience
éducative existe, que l'obligation de fréquentation scolaire soit soutenue et
maintenue. J'ai à mettre en place une interdiction pour faire en sorte que dans
certains lieux, je puisse protéger les enfants parce qu'on n'est pas en train
de les soustraire de l'obligation de fréquentation. Et là je mets une présomption pour nous donner une chance de pouvoir
faire notre travail. Je suis obligé, je pense, de garder un espace où on
peut la réfuter. Reste à s'entendre sur le
comment, et sincèrement, on va tous y trouver son compte comme
parlementaires si on a à s'entendre là. Moi,
je pense que c'est là. Je pense que là le carré de sable est de plus en plus
petit. Ce n'est pas pour restreindre
le débat, c'est parce qu'on va arriver là où on a besoin d'aller. Moi, j'ai mis
20 au début. Certains pensent que ça
peut être moins. C'est peut-être là que se trouve la solution. Je ne dis pas
que c'est là qu'elle se trouve seulement, mais pensez, Mme la
Présidente, à cette obligation, là. C'est pour s'aider qu'on fait ça, pas pour
se nuire.
Présidente (Mme de Santis) : M. le député de Lac-Saint-Jean, il vous
reste trois minutes et quelques secondes.
M. Cloutier :
Il me reste trois minutes et quelques secondes. Ça va, Mme la Présidente, sauf
qu'évidemment j'aurai plus que trois minutes à faire là-dessus, sauf que
là on est encore sur notre amendement.
Ceci étant
dit, le paragraphe deux intervient quand même... La présomption, c'est
uniquement lorsque la personne est avisée par le ministre que cet enfant
est en défaut de remplir son obligation de fréquentation scolaire. C'est quand même restrictif. Je veux dire, ça ne s'applique
pas, évidemment, à tous ceux et celles qui s'inscrivent à un cours de je
ne sais pas quoi, un cours de piano cinq
heures... Bon, ça fait que déjà en partant, on s'entend que c'est une situation
assez exceptionnelle. Tu as le ministre qui
intervient, qui dit : Là, les amis, vous avez un jeune qui ne respecte pas
son obligation de fréquentation scolaire.
Maintenant,
de quelle façon la personne pourrait se sortir ou expliquer que ses actions
n'ont rien à voir avec la compromission
de la possibilité de l'enfant de remplir son obligation de fréquentation
scolaire? À mon avis, c'est par la preuve.
On est présumé de le faire, sauf que la présomption peut quand même être renversée. L'individu impliqué dans un tel scénario pourrait expliquer que non, au
contraire, il recevait l'enfant uniquement, je ne sais pas, moi, six heures
par semaine, c'était uniquement après le souper, etc. Donc, il a l'occasion de
se défendre.
Ce que je
suis en train de dire, c'est que la présomption, elle peut être réfutée de
manière factuelle puis, en plus, c'est
applicable uniquement dans un scénario où l'enfant ne rencontre pas les obligations
de fréquentation scolaire. Il me semble
qu'avec le premier paragraphe et le deuxième paragraphe on règle le problème,
M. le ministre. Puis la réfutation de la présomption, le troisième paragraphe,
il n'est pas nécessaire. Il n'est pas nécessaire parce que le
deuxième paragraphe va s'appliquer
uniquement de manière exceptionnelle, uniquement de manière exceptionnelle.
C'est vraiment dans des cas exceptionnels où le ministre
va intervenir, il va dire que l'enfant est en défaut et que, par conséquent, il
y a une tierce personne qui est responsable. Mais même cette tierce personne,
tel que rédigé, juste, là, avec le premier alinéa puis le deuxième alinéa, va quand même pouvoir réfuter la
preuve, va quand même pouvoir démontrer que, lui, ses
agissements n'ont rien à voir, n'ont pas compromis, de quelque
manière que ce soit, la possibilité pour l'enfant de son obligation de fréquentation
scolaire.
Ça fait que
je ne sais pas si vous me suivez, mais il me semble qu'avec le premier paragraphe
puis le deuxième on rencontre à la
fois ce que vous demandez, c'est-à-dire la présomption, puis en plus on lève la limite de
20 heures-semaine où là, à mon point de vue, on crée plein d'autres problèmes. Alors, voilà où j'en suis pour l'instant, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme de
Santis) : M. le ministre.
M. Proulx : Oui. Mme
la Présidente, ce qu'on veut éviter
aussi, c'est, lorsque la personne reçoit... On est dans l'hypothèse qu'une personne a à sa charge un lieu
et que, dans ce lieu, il y a un enfant pour lequel le ministre
émet un avis qu'il ne respecte pas
son obligation de fréquentation
scolaire. Si on n'a pas la capacité
de réfuter la présomption sans un processus, judiciaire notamment, ça veut dire qu'à
l'instant même où il reçoit l'avis, il est réputé en interdiction, ce
qui veut dire qu'il est interdit de se
présenter sur les lieux, ce qui m'apparaît une limite beaucoup
trop importante pour une situation qui peut-être
s'explique.
Alors, la
réflexion du collègue, Mme la Présidente, est juste, de se dire que c'est vrai
que les alinéas précédents pourraient
vivre par eux-mêmes. Ce que j'exprime, c'est que la limite, à mon avis, est
trop importante dans ce contexte-là. C'est
pourquoi j'aurais préféré ou je préfère qu'on conserve un espace pour réfuter
la présomption, avec peut-être un critère différent, mais qu'on conserve cet espace pour ne pas se retrouver en
interdiction d'être dans le lieu. Et là vous allez me dire : Bien là, tu commences à être loin de
l'école. Mais c'est aussi notre responsabilité d'assurer la cohérence puis
d'assurer cet espace de liberté pour tous et chacun.
Alors, c'est
pour ça qu'on fait ce travail-là et on est chanceux, en passant, de pouvoir
faire ça puis d'avoir ces discussions-là
ici, là. Mais, pour avoir été moi aussi parlementaire, ce n'est pas toujours
pareil. C'est agréable de pouvoir le faire,
mais c'est ça qu'il faut faire. Il ne faut pas poser le geste en disant :
Je veux m'assurer qu'il n'aille pas là, parce que je préfère qu'il soit à l'école. Mais, si on fait
vivre, de manière beaucoup trop importante, cette interdiction, c'est qu'on
limite complètement le droit de s'y
retrouver. Elle est là, ma préoccupation. C'est pour ça que je pense que la
réponse se trouve dans l'appréciation des critères pour repousser la
présomption.
La Présidente (Mme de Santis) : M.
le député de Lac-Saint-Jean.
Cloutier : Merci, mais il me semble, M. le ministre, si votre
préoccupation, c'est de dire : L'occasion de réfuter la présomption
ne doit pas être un processus administratif ou judiciaire, ne doit pas être
trop...
La Présidente (Mme de Santis) : Il
vous reste 40 secondes.
M. Cloutier :
Oui. Si la préoccupation, c'est le processus judiciaire pour réfuter, pourquoi
on n'ajoute pas un autre paragraphe
qui, justement, permettrait à la personne présumée de pouvoir réfuter la
présomption par une démonstration factuelle
qu'il ne contrevient pas? Mais il y a certainement moyen de prévoir que la
personne peut se justifier sans aller devant les tribunaux, puis je suis
convaincu qu'on serait capables de trouver une formulation qui existe dans
d'autres dispositions législatives sans
faire un appel au tribunal administratif. Je comprends très bien la
préoccupation. C'est fou d'aller
devant le TAQ pour réfuter une preuve. Par contre, est-ce que le ministère de
l'Éducation ne pourrait pas entendre puis éventuellement porter un
jugement?
La Présidente (Mme de Santis) : M.
le ministre.
M. Proulx : Oui. Mme la Présidente, vous allez me permettre
peut-être de suspendre quelques instants pour faire une vérification. Vous savez que, dans le cadre de
l'application de l'interdiction, ça présuppose que j'ai transmis un avis
disant qu'il y a un enfant qui se retrouve
en situation de compromission de son obligation de fréquentation scolaire.
Rien n'empêche que, de manière
administrative, par exemple, que dans l'avis on laisse cet espace où on donne
la possibilité à cette personne de se
faire entendre. C'est peut-être,
de manière administrative, une façon
de répondre à la préoccupation des gens dans la loi. Vous ne pourrez pas
dire qu'on ne travaille pas pour que ça marche, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme de Santis) :
Parfait. Alors, on va suspendre pour quelques moments.
(Suspension de la séance à 15 h 25)
La Présidente (Mme de Santis) : On
reprend la session. M. le député de Lac-Saint-Jean.
M. Cloutier : Merci,
Mme la Présidente. Alors, je vais
retirer mon amendement. Et nous avons convenu que le ministre
déposerait un nouvel
article 4, alors je vais attendre le dépôt du nouvel amendement
du ministre.
La Présidente (Mme de Santis) :
Merci. Est-ce que tout le monde est d'accord qu'on retire l'amendement?
voix : Consentement.
Présidente (Mme de Santis) : De consentement? Parfait. Est-ce qu'on
est aussi de consentement de retirer l'amendement qui a été suspendu,
amendement qui avait présenté par le ministre? Est-ce qu'il y a consentement?
Des voix :
Consentement.
La Présidente (Mme
de Santis) : Merci. Alors, M. le ministre.
M. Proulx : Oui, Mme la Présidente. Alors, suite à nos nombreuses discussions hors
et en votre présence, et en présence
des téléspectateurs, et hors leur présence pendant la rédaction, on fait deux
choses, Mme la Présidente. Je pense déposer un amendement qui fera...
bien, j'espère, en tout cas, qui pourra faire consensus. Et je profite
également de l'occasion, pour éviter d'avoir
un deuxième amendement, d'insérer celui qui était suspendu, Mme la Présidente.
Alors, on fait là une pierre deux coups. Alors, je vais me permettre de le
lire, à votre demande, j'imagine.
La Présidente (Mme
de Santis) : Oui, s'il vous plaît. C'est un amendement à
l'article 4 du projet de loi.
M. Proulx :
Oui, et je pourrais peut-être donner quelques explications courtes : Modifier
l'article 18.0.1 de la
Loi sur
l'instruction publique, tel que proposé par l'article 4 du projet de loi,
par le remplacement des deuxième et troisième alinéas par les
suivants :
«Est
présumé contrevenir à cette interdiction quiconque accueille un enfant dans un
lieu où celui-ci reçoit une formation
ou un enseignement qui n'est pas visé par la présente loi ou par la
Loi sur
l'enseignement privé, dès lors que les conditions suivantes sont
respectées :
«1° il est avisé par
le ministre que cet enfant est en défaut de remplir son obligation de
fréquentation scolaire;
«2° il n'a pas
démontré, dans les 45 jours de l'avis et à la satisfaction du ministre,
qu'il ne compromet pas la possibilité pour l'enfant de remplir son obligation
de fréquentation scolaire.
«Les dispositions du
présent
article ne s'appliquent pas aux parents à l'égard de leur enfant.»
Alors, rapidement, Mme la Présidente, deux
choses. La première, c'est que nous avions, tout à l'heure, la discussion,
à savoir est-ce qu'on doit ou non conserver
la présomption, ce que nous souhaitions. J'ai également évoqué que, si
on ne permettait pas à quelqu'un d'être
relevé de cette présomption et de la réfuter, on se retrouvait dans la
situation suivante, c'est que
l'interdiction faisait en sorte que le jour même où l'avis était transmis,
l'enfant ne pouvait plus s'y trouver en raison de la présomption. Alors, on utilise, dans le fond, et on le fera
par règlement... l'avis qui sera transmis permettra à la personne visée par l'interdiction de faire la
démonstration que lui, par ses actions et par la présence de l'enfant
dans son lieu, il ne compromet pas la possibilité pour l'enfant de remplir son
obligation de fréquentation scolaire.
Alors,
on conserve l'interdiction, on conserve la présomption, on offre la possibilité
de réfuter la présomption, on n'empêche pas une personne de se retrouver
légalement dans le lieu en question.
j'ajoute à la fin ce que nous avions déjà discuté pour lequel l'amendement
était suspendu, Mme la Présidente. Ça a
été rapporté par les parents que cette présomption et cette interdiction ne
s'appliquent pas à eux à l'égard d