Institutions — 2 May 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CI 2023-05-02
Quebec — Committees
(Neuf heures quarante-quatre minutes)
Le Président (M. Bachand) : Bon matin. À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouverte.
La commission
est réunie afin de procéder à l'étude du volet Relations canadiennes et
Francophonie canadienne des crédits
budgétaires du portefeuille Conseil exécutif pour l'exercice
financier 2023-2024. Une enveloppe de 45 minutes est allouée
pour l'étude de ces crédits.
Avant de débuter, Mme la secrétaire, y a-t-il
des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Asselin (Vanier-Les Rivières) est remplacé par M. Thouin (Rousseau);
Mme Bourassa (Charlevoix—Côte-de-Beaupré),
par M. Gagnon (Jonquière); M. Morin (Acadie), par Mme McGraw (Notre-Dame-de-Grâce).
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Comme vous le
savez, nous allons procéder à une discussion d'ordre général par blocs
d'échange, incluant les questions et les réponses. La mise aux voix de ces
crédits sera effectuée à la fin du temps qui leur est alloué, soit vers... ce
matin, vers 10 h 30.
Je suis maintenant prêt à reconnaître une
première intervention, Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce, s'il vous plaît,
pour une période de 13 min 28 s.
Mme McGraw : Alors,
merci beaucoup, M. le Président, et bon matin, chers collègues. Alors,
permettez-moi d'abord... tout d'abord de vous saluer, ainsi que le
secrétariat de la Commission, et tout le travail pour préparer cette session.
Je voudrais aussi saluer le ministre et son équipe, le personnel du ministère
aussi. Enfin, j'aimerais saluer les collègues de la banquette ministérielle
ainsi que les collègues qui font
partie des autres groupes d'opposition.
L'étude des crédits budgétaires est un moment
important de l'année parlementaire et l'occasion pour le ministre de répondre devant l'Assemblée nationale
des actions de son ministère et de la gestion des finances publiques. Je suis
donc très heureuse d'être ici ce matin et, comme nous ne disposons que de peu
de temps, je vais immédiatement enchaîner
avec mes premières questions. Entre autres, en plus d'être porte-parole des
relations canadiennes et francophonie canadienne,
je suis aussi porte-parole en environnement et changements climatiques. Alors,
ma toute première question, M. le Président, pour le ministre, c'est pour
discuter de l'agence canadienne de l'eau en termes de relations canadiennes.
Alors, vous le savez peut-être qu'en 2019 le
gouvernement fédéral s'est engagé à mettre sur pied cette agence. Un mouvement
s'était formé parmi plusieurs organismes pour promouvoir la candidature de
Montréal pour accueillir cette agence, ce qui aurait eu des impacts positifs
pour la métropole et le Québec tant au niveau de notre réputation, mais aussi
de l'économie. Et, parmi les appuis, selon un
article du journal Les Affaires ,
on pouvait compter sur l'accord de la
Coalition québécoise pour des eaux saines, la ville de Montréal, la ville de
Québec, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, le Réseau
Environnement, la Fédération des chambres de commerce du Québec, l'Université de Montréal et l'UQAM,
entre autres. Malheureusement, le siège de cette agence nous a échappé,
et elle sera établie à Winnipeg.
Alors, la
question que j'aimerais poser, M. le Président, au ministre, j'aimerais donc
savoir quels efforts ont été déployés par son gouvernement dans ce dossier et
comment se fait-il que le Québec, dont le système hydrographique du
Saint-Laurent draine 25 % des réserves mondiales d'eau douce, a-t-il non
seulement perdu... perdre la partie, mais ne s'était même pas présenté,
si je comprends bien, comme candidat pour cette agence sur l'eau. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Roberge : M. le Président, ma
collègue va me permettre de faire un peu comme elle, saluer les collègues, donc
les collègues des oppositions, les collègues de la
partie gouvernementale.
M. le Président, c'est important, cet exercice
de reddition de comptes de l'étude des crédits, puis je suis content d'être
appuyé aussi par les membres du cabinet qui m'entourent, l'équipe
ministérielle, qui va m'aider à donner les
meilleures réponses possibles. Des fois, si la question est très, très précise,
je n'ai pas tout le temps la réponse directement.
On va essayer de nous la transmettre électroniquement, même des fois une ou
deux questions plus tard, mais on va essayer de répondre le plus
justement possible aux interrogations dans un exercice de reddition de comptes devant les collègues, mais je voudrais surtout, devant la
nation québécoise, hein, l'exercice... C'est un exercice de reddition de comptes
qui est important.
Sur la question de
l'eau, je tiens à mentionner que le gouvernement a déposé, le 6 avril
dernier, le projet de loi n° 20 sur les redevances sur l'eau. Donc, ça, je
pense que c'est important. L'eau relève du champ de compétence du Québec, puis
le Québec dispose de ressources extrêmement importantes en eau douce,
évidemment, donc en eau potable. On a une
grande responsabilité comme nation fiduciaire de cette ressource-là. Je pense
que c'est important qu'on bouge nous-mêmes dans cette direction-là. Peu
importe ce que le gouvernement fédéral fera, nous, on est déterminés à protéger
notre ressource pour les générations à venir. Mais, comme l'eau relève du
Québec, est-ce que le Parti libéral du Québec demande à ce qu'il y ait plus
d'ingérence fédérale? Il voudrait que le fédéral prenne une plus grande place
dans la gestion de l'eau au Québec? J'essaie de comprendre l'intention de la
collègue.
Mme McGraw : Bien,
écoutez, M. le Président, le ministre, il sait très bien qu'on est en train de
faire une reddition de compte, et c'est au gouvernement de répondre aux
questions et non pas de les poser. Alors, je repose la question. Comme on l'a
vécu avec la COP15, on était très fiers d'avoir la COP15 sur la biodiversité à
Montréal, au Québec, pourquoi on ne s'est pas présentés comme candidat pour
l'agence canadienne sur l'eau, qui nous aurait... il y aurait eu des
importantes retombées économiques et réputationnelles, entre autres?
M. Roberge : Écoutez,
le gouvernement du Québec s'est opposé à la création de l'agence canadienne de
l'eau. L'eau, ça relève de la compétence du Québec, puis on ne cédera rien,
nous, dans nos champs de compétence. D'accord? On n'est pas nationaliste le
matin, de 9 heures à midi, pour faire un discours différent ensuite dans
le reste de la journée. Donc, nous ne croyons pas que le gouvernement fédéral
devrait s'ingérer, là, comme une pieuvre tentaculaire, dans chaque champ de
compétence du Québec. On ne veut pas que l'agence canadienne de l'eau soit
instituée. On ne se battra pas pour avoir, comme un cheval de Troie, le siège
social d'une organisation qui ne devrait pas exister. Alors, c'est peut-être
votre politique, mais ce n'est pas la nôtre.
Mme McGraw : Merci,
M. le Président, au ministre d'avoir répondu à la question. Alors, on va passer
au plan d'action fédéral sur les langues officielles. Je souhaiterais
l'aborder, cette question-là. Ma collègue porte-parole en matière de langue
française a eu l'occasion de mentionner que nous aurions souhaité des
investissements plus soutenus pour le français au Québec. Mais ma question
portera plutôt sur les discussions avec le gouvernement fédéral dans ce dossier. Le plan fédéral prévoit des investissements
dans plusieurs champs de compétence du Québec, notamment en matière
d'éducation. Alors, la première question : Dans un premier temps,
j'aimerais savoir quels sont les échanges que vous avez eus à ce sujet
avec votre homologue fédéral depuis votre entrée en poste.
M. Roberge : D'abord,
j'ai le privilège d'être le ministre de la Langue française du Québec et aussi
ministre des Relations canadiennes, ministre de la Francophonie canadienne,
puis il n'y a pas d'opposition dans tout ça. On peut vouloir une francophonie
canadienne qui est forte tout en voulant défendre la langue française au Québec
puis la nation québécoise. Et je ne pense pas que l'un doive gagner pour que
l'autre perde ou que le Canada doit perdre pour
que le Québec gagne. C'est une approche que d'autres ont. Ils verront quelles
sont les vertus, là, d'avoir toujours un gagnant et un perdant. Je pense qu'on
est capable de fonctionner dans une dynamique gagnant-gagnant. On l'a vu
avec les négociations que j'ai eues sur C-13.
ma collègue veut savoir si j'ai eu des conversations avec ma collègue.
Absolument. J'ai eu des conversations avec
Mme Petitpas Taylor, très, très, très fréquentes. Je me suis rendu
d'ailleurs directement à Ottawa, je l'ai rencontrée personnellement, et on a parlé de C-13 puis on a
eu beaucoup, beaucoup, beaucoup d'échanges, elle et moi, en personne, en visioconférence et de plusieurs manières. Nos
cabinets se sont parlé, et les administrations se sont parlé aussi, c'est ce
qui nous a permis de faire des gains importants dans C-13 puis d'avoir une
certaine harmonisation pour que des pans entiers de la charte québécoise de la langue française se retrouvent
dans la
Loi sur les langues officielles, ce qui n'était jamais arrivé auparavant. On est très, très, très
fiers de ça, je vous dirais, et je pense qu'il y a beaucoup d'observateurs,
autant sur la scène fédérale que sur la
scène québécoise, qui ont salué cette approche-là où la collaboration,
finalement, a permis de trouver des solutions.
Président (M. Bachand) : Mme la députée.
Mme McGraw :
Alors donc, pour aller un peu plus loin, pouvez-vous nous expliquer les
négociations à venir dans ce dossier? J'imagine qu'il y aura des discussions
avec le gouvernement fédéral sur comment ces sommes seront investies. Et est-ce
que vous avez comme principe clair que les sommes octroyées par le gouvernement
fédéral soient entièrement utilisées pour
des initiatives dans les mêmes domaines que ceux ciblés par le gouvernement
fédéral ou est-ce que vous avez d'autres orientations?
M. Roberge : Par
rapport au PALO, là, au Plan d'action pour les langues officielles du
gouvernement fédéral, puis je ne suis pas le
porte-parole du gouvernement fédéral, OK, absolument pas. Ça ne m'intéresse
aucunement. Donc, je vais laisser ma collègue présenter son plan d'action
et le défendre. Moi, je vais défendre la francophonie canadienne puis surtout, surtout, la nation québécoise puis la langue
française au Québec. C'est mon mandat, puis je pense que c'est le bon
mandat.
Suite au dépôt du
plan d'action, la semaine passée, j'ai exprimé des inquiétudes parce qu'en
première lecture je n'avais pas vu de choses qui étaient à ma satisfaction par
rapport au français au Québec. Or, avec les discussions qu'on a eues dernièrement avec le gouvernement
fédéral, puis plus particulièrement avec Mme Petitpas Taylor, mais je
pourrais aussi parler avec Dominic LeBlanc, avec Pablo Rodriguez, je
parle à beaucoup d'acteurs au gouvernement fédéral, le gain qu'on a fait, c'est
d'avoir une approche asymétrique pour la première fois, parce que, du point de
vue du gouvernement fédéral, historiquement,
on ne voulait que défendre les communautés en situation minoritaire. Ça, ça
veut dire les francophones hors Québec ou les anglophones au Québec, puis on a
réussi à faire entendre... je vais même dire la voix de la raison, là,
de dire que le français est menacé même au Québec. Le français est majoritaire
au Québec, mais vulnérable. Ça appartient à
l'État du Québec de poser tous les gestes pour assurer la pérennité de la
langue française, mais on voulait qu'au gouvernement fédéral on prenne
acte de ça. C'est inscrit en toutes lettres maintenant dans C-13, qui sera
bientôt adopté. Il fallait aussi que ça se vive dans le plan d'action, parce
que c'est bien beau d'avoir des concepts,
mais dans l'action, dans les gestes, dans les budgets, il faut que ça se voie.
À ma première lecture, je ne le
voyais pas tellement. C'est écrit dans le mot du premier ministre, M. Trudeau,
mais ce n'était pas dans les... Je vais m'arrêter. Bon, je reviendrai.
Le Président (M. Bachand) : Parce que le temps va extrêmement rapidement. Mme la députée, s'il vous
plaît.
Mme McGraw : Merci,
M. le Président. Alors j'aimerais rapidement vous parler du programme d'appui à
la recherche de votre secrétariat. Je fais référence à la demande de
renseignements particuliers n° 6 de l'opposition officielle. Le programme
vise à appuyer le développement et la diffusion des connaissances qui
contribuent à une meilleure compréhension du Québec et de ses relations canadiennes.
Alors, la question, c'est : À la lecture de la réponse fournie par votre ministère, on semble comprendre qu'il n'y a
que 268 000 $ qui ont été octroyés par des crédits alloués de
700 000 $. Comment expliquez-vous que près de 60 % des sommes
disponibles ne sont pas utilisées?
M. Roberge : Oui.
Mais, M. le Président, je vais prendre connaissance de la fiche précise. Je
remercie ma collègue pour sa question. On est vraiment dans les crédits. Je
veux trouver l'information ici. Demandes reçues, 22, demandes acceptées, on en
a 11, subventions pluriannuelles...
Mme McGraw : Puis,
pendant que vous regardez, j'ajouterais une autre question.
Mme McGraw :
Parce que, j'imagine, le temps va s'écouler. Quels sont les efforts que vous
faites pour faire reconnaître ce programme? Alors, je vous réfère à la question
numéro... de renseignement 6.
M. Roberge : Oui,
c'est ça, la question 6 dans le cadre du programme d'appui à la recherche.
Et là la question, vous me demandez comment faire pour mieux faire connaître ce
programme-là. Question pertinente. On va s'assurer que ces informations-là
percolent, que ce soit mieux, je dirais, diffusé dans nos universités parce que
ce sont pour l'essentiel nos universités qui demandent des fonds pour aller de
l'avant avec ça. Ce qu'on a vu, c'est que l'Université de Régina a déposé une
demande, puis ils ont reçu 83 520 $. L'Université de Sherbrooke, pour
le colloque Nations, nationalismes et
mondialisation. L'Université de Toronto pour la stabilisation du Canada
francophone. Il y a quand même plusieurs, plusieurs universités,
plusieurs professeurs qui ont mobilisé, je vous dirais, les étudiants et d'autres chercheurs dans les domaines visés. Ce
que je comprends, c'est que l'ensemble des fonds n'ont pas été utilisés.
Mme McGraw : C'est
ça, la question...
Mme McGraw : Est-ce
que vous pouvez confirmer que c'est seulement 268 000 $ sur les
700 000 $, c'est-à-dire 60 % des sommes disponibles seulement
qui ont été utilisés?
M. Roberge : D'accord,
mais écoutez, on va...
Mme McGraw : ...qui
n'ont pas été... 60 % qui n'ont pas été utilisés.
M. Roberge : Oui,
écoutez, c'est une problématique qui m'interpelle. Je veux m'assurer qu'à
partir de cette année et même, je vous
dirais, très prochainement on diffuse mieux cette information-là. Les sommes
sont allouées à une mission qui est importante. On veut qu'ils soient utilisés.
On veut que de la recherche aille dans la bonne direction. Donc, vous pouvez être certaine qu'on va s'assurer
de transmettre aux facultés, aux chercheurs, les informations pertinentes.
Je sais, d'ailleurs...
Président (M. Bachand) : Merci.
M. Roberge : ...qu'on est un partenaire important pour le
congrès de l'ACFAS, qui est vraiment très important.
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup, M. le ministre. M. le député de Jean-Lesage, pour
9 min 1 s, s'il vous plaît.
Zanetti : Merci, M. le Président. Merci, M. le ministre. Écoutez, au
Port de Québec en ce moment, là, le port est
en train de battre son record historique du plus long lock-out de son histoire,
à peu près huit mois, c'est 81 familles affectées, des dépressions.
En l'absence de débardeurs expérimentés, les risques d'accidents de travail, de
blessures, de mort, de catastrophes
écologiques montent en flèche. Et, en ce moment, pourquoi est-ce qu'il y a un
lock-out aussi long? C'est parce que
c'est un territoire canadien puis qu'il n'y a pas de loi anti-briseurs de grève
comme au Québec. Ce n'est pas normal.
C'est une injustice profonde, qui a des... qui est en train d'avoir des
conséquences graves sur ces familles-là, potentiellement aussi sur les
travailleurs qui sont engagés en ce moment pour les remplacer et pour
l'écologie. Qu'est-ce que vous allez faire comme ministre des Relations
canadiennes pour faire débloquer ce dossier-là?
M. Roberge : Écoutez,
c'est une question intéressante, mais là on est purement dans la politique
fédérale. Si mon collègue veut vraiment
négocier au nom du gouvernement fédéral, je l'invite à se présenter aux
élections fédérales. Ce serait particulier considérant, sa chefferie à Option
nationale. Mais, écoutez, les lois fédérales sont ce qu'elles sont. Moi,
j'ai fait le choix conscient d'être candidat puis j'ai le plaisir d'avoir la
confiance des citoyens ici dans ce que je considère... ce que je considère
comme notre Parlement national. Les lois fédérales relèvent des députés
fédéraux, mais, écoutez, je peux passer le message, évidemment, à mon collègue
du Travail au gouvernement fédéral parce que ça
a des impacts au Québec, ça a des impacts à Québec. Ce n'est pas le
gouvernement du Québec qui va voter les lois, mais on peut très certainement communiquer avec nos homologues fédéraux
pour en venir à une résolution du conflit, parce qu'à la fin ce qu'on
veut, c'est que le conflit soit résolu.
M. Zanetti : Bien, j'aimerais ça que vous vous impliquiez,
effectivement, là-dedans parce que les travailleurs et les travailleuses
du port, les débardeurs, ce sont des Québécois. Ils habitent en territoire
québécois. Des potentielles catastrophes écologiques qu'il va y avoir parce que
les travailleurs expérimentés ne sont plus là, c'est nous qui allons les
éponger. Puis les soins de santé qu'on va prodiguer, c'est nous qui allons le
faire aussi. Je ne pense pas qu'on peut, à
cause de la Constitution canadienne, que vous semblez trouver légitime, abdiquer
notre responsabilité par rapport à ça. Alors, oui, je vous invite...
M. Roberge : Excusez-moi,
M. le Président, on me prête des intentions ici.
Président (M. Bachand) : Oui, il faut
juste faire attention...
M. Roberge : Je
n'ai jamais dit que la Constitution canadienne était légitime. Je n'ai jamais
dit ça puis je ne le dirai jamais.
Le Président (M. Bachand) : S'il vous plaît! Alors... C'est parfait, c'est noté. M. le député de Jean-Lesage, on fait attention, s'il vous plaît.
M. Zanetti : Merci, pas de problème. Mais, OK, je m'excuse,
parce que j'avoue que ce n'était pas fin. Est-ce que vous trouvez que la
Constitution canadienne est légitime?
M. Roberge : La
nation québécoise ne l'a jamais signée. Elle sera légitime pour la nation
québécoise si un jour nous la signons, celle-ci ou une autre. Mais, pour
l'instant, on ne reconnaît pas la Constitution de 1982.
M. Zanetti : Et
puis celle de 1867?
M. Roberge : Pas
davantage.
M. Zanetti : Pas
davantage. Excellent! Donc, on devrait aller intervenir, parce que le port,
finalement, c'est un territoire québécois, et je pense qu'on a... on a... on a
le devoir de le défendre. Qu'en pensez-vous?
M. Roberge : Écoutez,
je l'ai mentionné, que nous allions intervenir, c'est-à-dire communiquer avec
nos homologues fédéraux, ça, on peut le faire en concertation. Souvent, quand
il y a une intervention à faire auprès du gouvernement fédéral, on travaille en
duo, c'est-à-dire le ministre qui est responsable du dossier puis le ministre
des Relations canadiennes. Quand on parle de la langue française, ça adonne
bien, c'est deux fois la même personne, mais,
lorsqu'on parle, par exemple, de santé, bien, je travaille avec mon collègue le
ministre de la Santé, lorsqu'on parle du travail, je travaille avec mon
collègue du Travail. Mais on va poser les questions, mais, encore une fois, je
dois quand même le dire, la question soulevée par mon collègue relève du
gouvernement fédéral.
M. Zanetti : Bien,
je vous remercie, je... on... j'assurai un suivi sur cette question.
vais vous poser une autre question, qui a déjà été posée par le passé à vos
prédécesseurs : Est-ce que la politique d'affirmation du Québec et des
relations canadiennes, j'ouvre les guillemets, «Québécois, notre façon d'être
Canadiens» est encore la politique
officielle de la CAQ? C'est la politique qui avait été mise de l'avant par le
gouvernement libéral et, à ma connaissance, c'est toujours celle qu'on retrouve
quand on va sur le site Internet de votre ministère.
M. Roberge : On
se gouverne en fonction des priorités du gouvernement, et les priorités du
gouvernement en ce moment, je vous dirais
que ça a été beaucoup, beaucoup de s'entendre avec le gouvernement fédéral et
de faire toutes les
pressions nécessaires pour défendre le fait français au Québec, d'abord et
avant tout, et ensuite dans les communautés minoritaires francophones
dans le reste du Canada, parce qu'on est solidaires avec nos collègues puis
avec nos partenaires francophones canadiens.
Cette politique du précédent gouvernement fédéral, ça remonte à quoi, à maintenant
cinq, six ans. Ce n'est pas ce qui guide chacune de mes actions au
quotidien.
M. Zanetti : Il
est quand même étonnant que cette politique-là, pour un parti nationaliste,
cette politique d'affirmation du Québec, n'ait pas été renouvelée et n'ait pas
été une priorité après plus d'un mandat. Je le note comme ça, peut-être que ça
le deviendra.
J'ai une autre
question aussi : Pourquoi est-ce que vous ne voulez pas, alors que ça a
déjà été un engagement de votre parti, pourquoi ne voulez-vous pas, alors qu'il
y a même des partis, le Bloc québécois appuyé par le Parti conservateur, au
niveau canadien, qui le demandent, pourquoi ne voulez-vous pas d'un rapport
d'impôt unique géré par le Québec?
M. Roberge : Oui.
Bien, cette demande, je pense qu'elle ferait bien plaisir à bien des Québécois,
puis c'est une des demandes que le
gouvernement a formulées au gouvernement fédéral, et puis je pense qu'on va y
arriver un jour. Vous savez, la politique de tout ou rien, la politique
de «je gagne, tu perds» ou alors «si tu gagnes, c'est alors que je perds», ce
n'est pas quelque chose, là, qui, je pense, nous inspire. Ça ne veut pas dire
qu'on n'affirme pas avec une force puis une vigueur importantes les positions
nationales du Québec, ça veut dire qu'on essaie de trouver des solutions qui
sont gagnant-gagnant. Puis je pense qu'un rapport d'impôt unique, ce serait
gagnant-gagnant au bout du compte. On ne l'a pas encore obtenu, mais des gains,
on en a fait, on en a fait.
On a eu plusieurs
ententes que... je pourrais vous parler de l'entente sur le logement social
avec Ottawa, de 1,8 milliard d'argent,
qui vient nous aider à répondre aux besoins des Québécois, l'entente sur les
services de garde de 6 milliards sans aucune condition dans le
dossier de la famille, donc c'est de l'argent qui s'en vient au gouvernement du
Québec pour répondre aux besoins des Québécois, l'entente de 1,2 milliard
sur les infrastructures, précédente, et celle qu'on vient de faire, de
2,6 milliards, sur les infrastructures ici, au Québec, avec le
gouvernement fédéral. C'est des choses qui
nous permettent de défendre les intérêts des Québécois, et on va continuer de
revendiquer et de faire des gains un à la fois. On aimerait que ça aille
plus vite, mais l'avenir, c'est long.
M. Zanetti : Je
ne m'attendais pas à être content de quelque chose dans notre échange, mais là
je suis content de voir votre ouverture par
rapport à la question du rapport d'impôt unique. Puis, c'est sûr, je vais vous
relancer par rapport à ça. Je trouve ça tellement important. Puis ça
pourrait être un legs important d'un parti nationaliste, là, même si rien ne
remplacera l'indépendance, là. Je pense que, si, au moins, entretemps, on
pouvait avoir ça, ça serait... ça serait bien pour l'avenir. Alors, je note
avec beaucoup de satisfaction votre ouverture par rapport à ça, à relancer ce
débat-là.
C'est
quoi... Là, je vais vous poser une question qui va faire sourire, là, à un...
quelqu'un qui a probablement, là, voté oui en 1995 : Quel est le plus gros
avantage pour le Québec de demeurer une province canadienne, selon vous?
M. Roberge : Bien,
d'abord, un peu de contexte, là. La Coalition avenir Québec s'inscrit dans
une... je vous dirais dans une volonté des
Québécois de tirer les avantages du Canada en ayant une affirmation nationale
québécoise très, très forte, en défendant notre culture, notre langue,
nos institutions.
Puis je pense qu'en
créant la Coalition avenir Québec on a répondu aux aspirations légitimes des
Québécois.
L'article 1 du programme politique de la CAQ se lit comme
suit :
«La Coalition avenir
Québec est un parti nationaliste moderne dont l'objectif premier est d'assurer
le développement et la prospérité de la nation québécoise à l'intérieur du
Canada, tout en défendant avec fierté son autonomie, sa langue, ses valeurs et
sa culture.»
Je pense que c'est
vraiment l'écho d'une très grande majorité de Québécois. Et je vous inviterais
à demander à vos concitoyens s'ils sont
d'accord avec cet énoncé-là, même les énoncés de... des... de circonscriptions
montréalaises que Québec solidaire vient de gagner à la dernière
élection. D'après moi, ils se reconnaissent pas mal plus dans l'article 1
de la CAQ que dans la souveraineté proposée par Québec solidaire...
Président (M. Bachand) : En 10 secondes, M. le député de Jean-Lesage, un dernier
commentaire rapidement.
M. Roberge : ...un jour
sur deux.
Président (M. Bachand) : M. le député de Jean-Lesage,
rapidement.
M. Zanetti : Je
note qu'il n'y a pas beaucoup d'avantages, donc, à... pour le Québec, de rester
une province canadienne.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, M. le député de Jean-Lesage. M. le député de Camille-Laurin, pour une courte période de
2 min 56 s. M. le député, s'il vous plaît.
M. St-Pierre
Plamondon : Merci, M. le Président. Donc, en
2 min 56 s, j'ai rapporté, moi aussi, avec moi le document
intitulé Un nouveau projet pour les nationalistes du Québec , daté de
2015. C'est marqué que c'est un projet ambitieux. Je vous cite quelques
passages. François Legault dit en introduction :
«J'ai
la conviction qu'il est possible aujourd'hui de mettre de l'avant une action politique
forte pour obtenir des résultats à l'intérieur du cadre fédéral canadien. La
CAQ doit pouvoir offrir ce projet nationaliste gagnant pour le Québec.».
C'est un document de 2015. On est rendus
en 2023, donc on peut tracer un bilan de cette posture-là. Les constats
sont frappants. Le gouvernement canadien a ignoré votre front commun pour les
transferts en santé, vous avez obtenu le 1/6 de ce que vous demandiez. Il a
ignoré vos appels à une approche asymétrique, et, contrairement à ce que vous dites, respectueusement soumis, M. le
Président, l'asymétrie, elle se retrouve dans les 133 millions versés pour
la promotion de l'anglais au Québec pendant qu'on obtient des pinottes pour la
promotion du français et, à votre demande,
que les 133 millions soient utilisés en francisation. À date, on n'a rien
obtenu de concret, à part un engagement très flou comme quoi, peut-être, certaines sommes seraient attribuées à la
francisation. Vous avez également rapidement laissé tomber votre demande
de rapatriement des pleins pouvoirs en immigration, malgré des déclarations sur
la louisianisation et... adoptée par vos militants en mai 2022.
Sur plusieurs
dossiers, vous nous... vous nous parlez de force et de vigueur des positions du
Québec, mais on n'a noté aucune intervention dans la dernière année sur
le rapport d'impôt unique, aucune demande formelle, aucune intervention sur le transfert de points d'impôt,
aucune intervention sur les normes pancanadiennes de résidence pour aînés,
aucune intervention sur les rapatriements de
pouvoirs en culture, aucune intervention sur la primauté des lois
environnementales, aucune intervention sur l'encadrement du pouvoir de
dépenser. Et, pire, vous nous présentez comme
des victoires des ententes administratives qui constituent des empiétements
unilatéraux du gouvernement fédéral dans
nos champs de compétence, comme, par exemple, les garderies, que vous venez de
mentionner, ou encore les soins dentaires.
Donc, ma question est très simple : Si
votre plan a une quelconque valeur et est encore valide...
Ah oui,
puis j'ai sauté : «Canadiens, notre façon d'être Québécois.» Vous avez
encore la doctrine de Philippe Couillard vis-à-vis le fédéral.
Donc, si ce
document-là a une quelconque valeur, si ce n'est pas de la poudre aux yeux,
comme le troisième lien, nommez-moi quels gestes concrets vous avez faits pour
obtenir, dans votre mandat, là, comme ministre, les pleins pouvoirs en
immigration, des gestes vérifiables. Nommez-moi un geste concret pour rapatrier
les points d'impôt, un geste concret pour rapatrier les budgets fédéraux en
culture, bref, mettre en oeuvre ce document-là.
Le Président (M.
Bachand) : Neuf secondes de
commentaire, M. le ministre.
M. Roberge : Bien, mon collègue, je
pense qu'il est plus intéressé par ses questions que par les réponses. Alors,
je vais le laisser à ses questions, là, il veut... il ne me laisse pas le temps
de répondre.
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Mme la députée de
l'opposition officielle, pour 13 min 15 s, là, s'il vous
plaît.
McGraw : Merci, M. le Président. Je vais vous laisser... je
vais laisser au ministre le temps de répondre. On va commencer... on va passer
à la francophonie canadienne. On sait très bien, M. le Président, que le Québec
est le navire amiral de la francophonie au Canada. Nous avons une
responsabilité de veiller... de défendre les intérêts des francophones
de partout au pays et, considérant les engagements officiels du gouvernement du
Québec en matière de francophonie canadienne, notamment, et je cite, de «jouer
un rôle de premier plan, au sein de la francophonie, dans le respect de la
diversité et des communautés francophones et acadienne et des autres
gouvernements».
Et je souligne — vous le savez par mon accent — que
je suis évidemment Québécoise d'expression anglaise, mais j'ai aussi l'expérience d'avoir vécu en Colombie-Britannique et j'ai fait
partie de la communauté francophone
parce que nous avons... nous avons
choisi d'envoyer les enfants... de poursuivre leurs études en français en Colombie-Britannique, comme au Québec. Alors, pour moi, c'est un...
c'est une réalité qui a été vécue, c'est quelque chose qui me tient à coeur,
la francophonie canadienne.
Alors, on va
commencer avec les Acadiens. Alors, je voudrais prendre un moment pour parler
du Nouveau-Brunswick. Le poids
démographique des francophones, au Nouveau-Brunswick, recule, il est passé de 31,6 %, en 2016, à 30 %
en 2021. Ces dernières années, le gouvernement de Blaine Higgs a multiplié
les attaques contre les droits des francophones dans sa province. Dans
les derniers mois seulement, le gouvernement Higgs a aboli le programme
d'immersion en français dans les écoles, il a ignoré un rapport sur la réforme
des lois sur les langues officielles pendant plus d'un an, il a
jonglé avec l'idée d'abolir le poste de Commissaire aux langues officielles.
Alors, la
première question : Selon vous, quels sont les principaux défis qui
touchent les Acadiens et quels sont les moyens du Québec pour venir leur
donner un coup de pouce?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
Roberge : M. le Président, au gouvernement du Québec, on est
solidaires des communautés francophones à l'extérieur du Québec. On n'a pas une approche paternaliste, cependant,
pour aller leur dire ce qu'ils doivent faire, comment ils doivent se gouverner.
Peut-être c'est quelque chose qui a malheureusement eu cours dans les années
précédentes, mais notre nouvelle politique québécoise de francophonie
canadienne, c'est une politique de partenaires. Nous sommes là pour discuter avec eux, les entendre, pour voir si on
est capables de faire, parfois, des alliances, même des fronts communs
face au gouvernement fédéral. Mais je ne dirai pas quoi faire aux communautés
francophones de l'extérieur du Québec et je ne vais pas faire non plus d'ingérence dans la
politique provinciale et remettre en question les décisions des autres...
des autres gouvernements provinciaux.
Par contre, c'est
certain que, lorsque, par exemple, on a... on discutait ensemble du projet de
loi C-13 sur les langues officielles, on a
trouvé plusieurs points de convergence, des intérêts communs entre ce qui se passe
au Québec puis ce qui se passe dans d'autres provinces canadiennes, puis on a
réussi à trouver des solutions qui sont bonnes à la fois pour le Québec
et la francophonie canadienne.
Il y a eu des moments
où des gens croyaient que c'était un ou l'autre, hein, c'est... à cause de
cette vieille mentalité où on disait :
Bien, on doit protéger seulement les situations... les communautés minoritaires
au Canada. Donc, ce qui est bon pour
les communautés francophones, supposons, en Acadie, ou en Alberta, ou en Saskatchewan, c'est ce qu'on doit
appliquer dans les communautés anglophones québécoises et, vice versa, ce qu'on
fait pour les communautés anglophones
québécoises, voilà ce qui devrait être fait pour les communautés... les
communautés francophones à l'extérieur du Québec.
C'est quelque chose
qui ne fonctionne pas dans le cadre canadien, parce que le français est menacé
partout au Canada, même au Québec. Donc,
lorsque j'ai communiqué avec plusieurs ministres fédéraux, là, on ne communique
pas qu'avec la ministre responsable des Langues officielles, j'ai fait valoir
cette perspective-là, puis je pense qu'on a trouvé écho au gouvernement
fédéral.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Mme la députée, s'il vous plaît.
Mme McGraw : Alors,
je laisserai mon collègue, plus tard, vous parler de certains enjeux. Mais je
reviens sur la question de la francophonie
canadienne, parce que votre gouvernement a pris des engagements, là, M. le
ministre. Alors, je reviens là-dessus. Depuis votre nomination,
pouvez-vous... pouvez-vous nous indiquer combien de fois avez-vous rencontré ou
parlé avec votre homologue en Nouveau-Brunswick par rapport à la situation des
Acadiens?
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
Mme McGraw : Combien
de fois, M. le ministre?
M. Roberge : M.
le Président, les conversations, là, je les fais lors de rencontres formelles à
mon cabinet. Je les fais aussi par la voie de mon collègue, qui est mon adjoint
parlementaire, le député de Saint-Jean, qui a une connaissance très, très fine
des communautés francophones canadiennes, et je vais même dire acadiennes.
Écoutez, c'est un nombre... c'est très,
très, très fréquent, qu'on communique à la fois avec les Acadiens du
Nouveau-Brunswick, là, les francophones
du Nouveau-Brunswick, et les communautés à l'extérieur, parfois directement
avec certaines communautés, parfois avec le regroupement national,
parfois dans le cadre d'événements importants, d'événements nationaux qui peuvent se produire ici, au Québec,
ou ailleurs, parfois avec le Centre de la francophonie des Amériques,
qui est un organisme qui a été créé par le gouvernement du Québec, mais qui...
qui se préoccupe, je vous dirais, de la francophonie des Amériques au complet,
mais aussi à l'intérieur du Canada. Donc, écoutez, on s'est... on a multiplié
les interventions, les rencontres, les échanges, les dialogues.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Mme la députée, s'il vous plaît.
Mme McGraw : Et ces échanges fréquents portent sur quels
enjeux, M. le ministre? Qu'est-ce que vous voyez comme défis principaux?
M. Roberge : Les
principaux défis, là, c'est la vitalité de la langue française et ça peut
s'exprimer de plusieurs manières, mais on parle parfois de la qualité de la
langue française, mais je vous dirais beaucoup du nombre de locuteurs français.
Et, quand on regarde le nombre absolu, on dit : Ah! bien, le français
n'est pas menacé au Canada, il y a 10 000, 15 000,
20 000 personnes de plus qui parlent français. Ça, ce serait, là...
ce serait vraiment un miroir aux alouettes. Ça ne fonctionne pas comme ça. Il
faut regarder en pourcentage, parce que, si le nombre augmente, mais que le pourcentage de francophones décroît, on est
perdants. Et, parfois, on se fait dire ça : Il ne faut pas s'inquiéter, le nombre de francophones augmente au
Canada, là. N'écoutez pas ce discours-là, regardez le pourcentage.
C'est pour ça que
j'ai interpelé très vivement mes homologues fédéraux puis, encore vendredi
dernier, la ministre des Langues officielles en disant : Ça nous prend des
cibles pour l'immigration francophone. On ne peut pas se réjouir d'avoir
atteint une cible minimale pour la première fois avec 4,4 % pour
l'immigration francophone hors Québec. Donc, quand la cible est infime,
l'atteinte, ce n'est pas une grande fierté. Il faut maintenant qu'ils se
donnent une cible qui est beaucoup plus forte. Puis je pense que les
communautés francophones à l'extérieur du Québec sont contentes d'avoir l'appui
du Québec dans ce domaine-là.
Président (M. Bachand) : Merci. Mme la
députée.
Mme McGraw : ...parle
de cibles, et, pour atteindre des cibles, il faut avoir des investissements, on
comprend bien. Donc, la question très
précise, parce qu'on parle de crédits budgétaires : Quelles sont les
sommes qui sont investies par ce gouvernement pour offrir du soutien à
la francophonie canadienne au Nouveau-Brunswick et quelle proportion de vos
budgets est dédiée ou affectée aux Acadiens?
Président (M. Bachand) : Merci. M. le
ministre, s'il vous plaît.
Roberge : Oui. La réponse s'en vient, c'est bon. On finance
beaucoup de projets en collaboration, notamment, notamment, Québec, Nouveau-Brunswick. Sur l'ensemble du Canada, c'est
presque 4 millions, 3,7 millions qui ont été investis en
2022-2023 pour soutenir des communautés francophones à l'extérieur du Québec.
Mais juste rappeler quelque chose. Quand on
agit, on agit sur plusieurs fronts. On a fait aussi, dans le cadre de la loi
n° 96, un geste important, une main tendue aux francophones à l'extérieur
du Québec, où on a dit : Si, dans votre province, un programme n'est pas
offert en français, attention, il faut qu'il soit... il faut... On ne veut pas
cannibaliser nos collègues de l'extérieur du Québec, mais, si un programme
universitaire n'est pas offert en français dans votre province, vous pouvez
venir étudier au Québec au même tarif que les Québécois. Ça, je pense que c'est
quelque chose qui est très porteur, parce qu'on ne vient pas vider les
institutions francophones hors Québec, mais, en même temps, on vient permettre
aux francophones d'atteindre leur rêve en français.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée.
McGraw : Alors, si je comprends bien, c'est
3,7 millions qui sont... qui sont investis aux communautés
francophones hors Québec. Alors, parlons donc d'une autre communauté
francophone hors Québec, c'est-à-dire en Ontario.
Le poids démographique des Franco-Ontariens... pardon, est passé de 3,8 %,
en 2016, à 3,4 % en 2021. Cette baisse s'accompagne de
défis quant au maintien des services en français. L'année dernière, un sondage
Ipsos révélait que 61,4 % des
Franco-Ontariens considéraient que le français est en déclin en Ontario. Le
même sondage révélait aussi que
65 % des Franco-Ontariens souhaitaient le rétablissement du commissariat
indépendant aux services en français, aboli par le gouvernement Ford
en 2018. Considérant, donc, ces enjeux, pouvez-vous m'indiquer combien
de... combien de fois vous avez rencontré ou
parlé avec votre homologue Caroline Mulroney depuis votre nomination? Et quels
sont les aspects précis de la situation des Franco-ontariens que vous
avez abordés?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Roberge : Merci. Oui. Bien, quand
même des réponses importantes, des précisions aussi. La nouvelle politique
québécoise de la francophonie canadienne s'appuie sur un rehaussement de
financement de 8 millions sur trois ans.
Donc, c'est quand même conséquent, là, on parle d'un budget total, maintenant,
de 24,5 millions sur trois ans. Donc, on ne fait pas simplement que prendre des positions, mais on
finance puis on aide, aussi on vient en appui aux gens. En Ontario, on
parle de 46 projets financés au total, à 700... presque...
708 000 $.
Les discussions qu'on a faites par rapport à
C-13, c'est très, très structurant. Ça... C'est venu soutenir les communautés
et la communauté francophone québécoise, ça, c'est sûr, mais ça vient aider
aussi les francophones hors Québec. Parce
que des entreprises à charte fédérale, il n'y en a pas qu'au Québec, hein? Ils
sont partout au Canada. Et, avec
C-13, on est allés gagner quelque chose de très important, c'est-à-dire que,
dans les communautés francophones, là où le nombre le justifie, ou une
formulation, quelque chose comme ça, le droit de travailler en français dans un
milieu de travail qui est... qui est... qui
est francophone est un nouveau droit dont pourront bénéficier les
Franco-Ontariens, les Franco-Albertains, comme tous les francophones
hors Québec. Et ça, ce n'est pas quelque chose qui se vit aujourd'hui, mais ça va se vivre très bientôt, dès
que la loi va être sanctionnée puis que ça... elle sera mise en force. Donc, c'est
bon pour le Québec...
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
M. Roberge : ...mais c'est bon aussi
pour les communautés francophones hors Québec.
Le Président (M.
Bachand) : Mme la députée, il reste un peu
plus qu'une petite minute.
McGraw : Merci, M. le Président. Donc, je vais revenir sur
une question antérieure, c'est-à-dire la question du programme d'appui à
la recherche. Je veux bien comprendre, si le ministre peut bien confirmer
clairement son engagement, si je comprends
bien, nous avons un engagement que les sommes seront investies entièrement,
100 %, dans les prochaines années. Le 700 000 $ sera investi
dans les prochaines années. Est-ce que c'est un engagement clair de la
part du ministre?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Roberge : Bien, M. le Président,
c'est certain qu'on ne va pas réallouer ces sommes-là ailleurs. Ces sommes-là
ont été prévues pour un financement qui est... qui est important. Et puis on va
les allouer conséquemment puis on va faire
tout ce qu'il faut pour informer le milieu universitaire, pour animer, je vous
dirais, la vie francophone universitaire
et que les recherches soient faites de manière à ce qu'on arrive à qu'elles...
qu'on atteigne notre objectif.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
Saint-Jean, pour 4 min 35 s, s'il vous plaît.
M. Lemieux : Merci, M. le Président.
Vous avez dit combien?
Le Président (M. Bachand) : 4 min 33 s,
maintenant.
M. Lemieux : Oupelaïe!
Merci.
Président (M. Bachand) : 4 min 31 s,
maintenant. Allez-y.
M. Lemieux : L'aimez-vous
comme président, monsieur... En tout cas, M. le ministre, si j'ai bien compté,
le troisième groupe d'opposition, qui avait
2 min 56 s, en a pris 2 min 47 s, vous n'avez pas
eu le temps de répondre, mais je voulais vous emmener là, moi, de toute
façon, alors vous avez une belle chance. Parce que C-13, ça a été qualifié de changement de paradigme. Vous l'avez dit
tantôt, la politique du tout ou rien, ce n'est pas la mienne. Vous avez parlé de
gagnant-gagnant. Ça, ça pourrait être vrai pour Roxham, ça pourrait être vrai
pour l'entente sur les infrastructures, mais
vous savez que c'est C-13 qui m'anime tout particulièrement. Expliquez-nous
comment on fait pour ne pas perdre des deux côtés et gagner des
deux côtés quand on a quelque chose d'aussi complexe que la
Loi sur les
langues officielles à Ottawa, associée
maintenant du PALO, le Plan d'action sur les langues officielles. Ça semble
contradictoire parce qu'on sait ce qu'on veut. Et puis, vous l'avez dit
tout à l'heure, le français est menacé aussi au Québec, même si c'est
majoritaire. Donc, vous avez réconcilié tout ça dans une formule
gagnante-gagnante. Expliquez-nous ça.
M. Roberge : Bien,
merci, cher collègue, je vais répondre à votre question puis à celle du
collègue du Parti québécois, qui était
peut-être plus intéressé à faire une clip qu'à faire un débat, finalement. Mais
on a utilisé nos pouvoirs pour faire des gains, que ce soit le pouvoir
d'influence du gouvernement du Québec, qui est quand même considérable...
On a utilisé aussi un bureau, on a... On
n'est pas... on n'est pas démunis, on a un bureau du Québec à Ottawa puis on a
du personnel politique hautement compétent, qui connaissent bien les
rouages de la politique fédérale, qui connaissent bien plusieurs des acteurs de la politique fédérale. Je me suis rendu
moi-même dans ce bureau-là, j'ai échangé avec notre personnel pour faire
le point puis pour tirer sur toutes les ficelles possibles pour faire des gains.
Donc, on utilise le pouvoir démocratique et démographique du Québec, on utilise
notre personnel et nos antennes à l'extérieur du Canada, nos antennes... nos
bureaux du Québec à Ottawa, à Toronto, l'antenne qu'on a à Calgary, l'antenne
qu'on a à Vancouver. Bien sûr, on l'utilise pour faire du développement
économique, mais on l'utilise aussi comme levier politique, puis on utilise
aussi nos leviers législatifs.
Le Parti québécois
est dans une démarche de tout ou rien. Ma belle-mère... plutôt, mon beau-père
dirait : Tout ou pantoute. Mais la vérité, c'est qu'on a réussi à inscrire
la Charte de la langue française dans la Constitution. On a modifié unilatéralement la Constitution
canadienne sans reconnaître la
Constitution de 1982. Je ne pense pas que le Parti québécois s'attendait à ça puis je ne pense même pas qu'il le
souhaitait, parce qu'on a prouvé que ça fonctionnait.
D'ailleurs, juste
pour clarifier les choses, le gain de C-13 est tel qu'il a inspiré la citation
que je vais vous dire, puis on va jouer à un petit jeu : vous allez
deviner qui a dit ça, parlant de C-13. Je cite :
«C'est une vraie
victoire pour le français au Québec. Je tiens à dire bravo à tous ceux qui se
sont battus pour ça. Je ne pensais pas que ça arriverait, c'est arrivé.»
Qui a dit ça? Est-ce
que c'est un ancien ministre libéral fédéral, libéral provincial? Est-ce que
c'est, je ne sais pas, moi, un conservateur? Bien non! C'est le dernier chef du
Parti québécois, Jean-François Lisée, qui d'ailleurs était chef à la campagne électorale alors que l'actuel chef était
candidat sous sa chefferie. Donc, il devait être d'accord avec son chef, il était candidat, il travaillait
pour lui, il faisait des vidéos, il serrait des mains, il faisait du
porte-à-porte. Donc, Jean-François
Lisée, qui, lui, a l'honnêteté intellectuelle de saluer les bons coups du
gouvernement du Québec, l'actuel chef du PQ, il devrait s'en inspirer.
Président (M. Bachand) : ...20 secondes,
dernier commentaire.
M. Lemieux : Pour
la francophonie canadienne, je veux juste que vous ayez la chance, en
10 secondes, de rappeler jusqu'à quel point c'est aussi gagnant-gagnant
pour le Québec et pour la francophonie canadienne, ce qu'on est en train de
faire.
M. Roberge : Bien, c'est dans... Effectivement, C-13 vient
toucher les entreprises à charte fédérale au Québec et à l'extérieur du
Québec, parce qu'on a fait des gains, évidemment, pour le Québec, mais c'est...
Président (M. Bachand) : Merci. Merci, M.
le ministre.
Alors,
le temps alloué à l'étude du volet Relations canadiennes et Francophonie
canadienne des crédits budgétaires du portefeuille Conseil exécutif étant
presque écoulé, nous allons maintenant procéder à la mise aux voix des
crédits. Est-ce que... Le programme 3, intitulé Relations canadiennes, est-il
adopté?
Des voix : Sur
division.
Le Président (M.
Bachand) : Sur division. Merci.
En terminant, je
dépose les réponses aux demandes de renseignements de l'opposition.
compte tenu de l'heure, la commission suspend ses travaux jusqu'à
10 h 40, où elle va entreprendre l'étude du volet Institutions
démocratiques des crédits budgétaires du portefeuille Conseil exécutif. Merci.
À tantôt.
(Suspension de la séance à
10 h 30)
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! Alors, on continue. La Commission des institutions continue ses
travaux.
Donc,
la commission réunie afin de procéder à l'étude du volet Institutions
démocratiques des crédits budgétaires du portefeuille Conseil exécutif pour l'exercice financier 2023-2024. Une enveloppe de
45 minutes a été allouée pour l'étude de ces crédits.
Avant de débuter, Mme
la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire :
Oui, M. le Président. Mme Maccarone (Westmount—Saint-Louis) est remplacée par M. Derraji
(Nelligan).
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Nous allons procéder à une discussion d'ordre général
par blocs d'échange, incluant les questions et les réponses.
suis maintenant prêt à reconnaître une première intervention de l'opposition
officielle. M. le député de Nelligan, vous avez la parole pour un
premier bloc de 13 min 45 min... 45 s, pardon.
M. Derraji :
Mais j'ai aimé les 45 minutes.
Président (M. Bachand) : Oui, oui!
M. Derraji : Premièrement, merci, M. le Président. Je tiens à remercier le ministre,
ses équipes, les collègues, mes
collègues membres du gouvernement, mon collègue de l'opposition. Je vais
essayer, avec le temps qu'on a de géré, de poser des questions courtes, parce
qu'il y a tellement de sujets. Mais je vais commencer avec le premier qui me
vient à l'esprit. Et j'aimerais bien savoir,
le ministre, qu'est-ce qu'il pense de ce sujet : l'hypertrucage,
l'hypertrucage, les deepfakes, et l'impact sur la démocratie.
M. Roberge :
Bon, bonjour, M. le Président. Bonjour, collègue de Nelligan. Les avancées
de l'intelligence artificielle représentent une opportunité, mais, en même
temps, ça crée des vulnérabilités, évidemment. Ça pose des enjeux sur la protection des renseignements personnels,
ça apporte des enjeux sur les droits d'auteur quand on regarde ce qui se passe
dans le milieu artistique, donc c'est sûr qu'on va étudier cette question-là
dans les prochaines semaines et dans les prochains mois. On va consulter
les experts qu'on a ici, au Québec. On est... On est chanceux d'avoir, au
Québec, des pôles mondiaux qui sont importants, beaucoup, beaucoup de
compétences sur l'intelligence artificielle.
Puis on a vu,
d'ailleurs, que les gens qui sont parmi les... les sommités, pardon, à la fois
à Montréal, québécoises et mondiale, quand M. Bengio a dit : Attention,
attention, ne pas aller trop vite dans cette direction-là, il faut tirer profit
de ça.
D'ailleurs,
dans mon précédent mandat, alors que j'étais à l'Éducation, on avait lancé un
chantier qui s'appelle L'Intelligence numérique. On a fait des partenariats
avec MILA, avec IVADO pour faire, même, de la prédiction puis affiner
les interventions pour prévenir le décrochage. Donc, oui, il y a des
opportunités, mais il faut prendre garde.
M. Derraji : Oui,
je comprends. Je vais juste cerner la discussion. Je ne suis pas sur
l'intelligence artificielle de... au niveau global et je sais qu'il y a un
gros... je suis vraiment sur la menace au niveau de l'impact sur la démocratie. Et, je tiens juste à vous rappeler, ça
existe déjà. Il y a pas mal d'articles : L'hypertrucage : une
grave menace pour notre sécurité et la démocratie ; Intelligence
artificielle grand public : quand un jouet devient une arme . Ça,
c'est Justin Trudeau, mais ce n'est pas Justin Trudeau. Je pense, M. le
ministre, nos institutions démocratiques souffrent déjà. Je ne vais pas parler
du cynisme, je pense que, la dernière semaine, avec le troisième lien, on a
frappé un record avec le cynisme. Je vais revenir à l'avenir dans notre
démocratie. La conversation entre Justin Trudeau et Joe Rogan est complètement
fausse.
menace, elle est réelle, réelle. Ce n'est pas que ça n'existe pas, elle est
réelle, la menace. Les élections, c'est dans quatre ans. Si ça nous prend un
plan d'action pour contrer tout ce qui est hypertrucage, j'aimerais bien le voir, j'aimerais bien qu'on se parle. J'aimerais
bien qu'opposition et vous, qu'on travaille ensemble parce que c'est une menace
à la démocratie. C'est de ça que je parle, M. le ministre.
M. Roberge : Très
bien, je vous remercie. J'avais mal entendu le terme hypertrucage pour créer
des vidéos qui sont fausses, avec des fausses déclarations, des fausses
conversations où on mettrait en scène, par exemple, mon collègue et moi qui...
et on mettrait, avec ma voix, des déclarations que je n'ai jamais dites, et
même chose pour lui. Donc, c'est sûr que
ceci est dangereux parce que ça amène ce qu'on appelle des fausses nouvelles.
Et puis après, une fois que quelqu'un a partagé sur des réseaux sociaux une
fausse conversation, bien, ça risque... ça risque de s'imprégner, hein? Il y en a qui disent, ils disent : Mentez,
mentez, il en restera toujours quelque chose. Ce n'est pas ma devise, mais les
gens qui font ces trucages-là misent là-dessus.
Il faut dire que ça
pose la question aussi de l'ingérence étrangère. Donc, évidemment, ça peut
poser un enjeu, ça peut faire des vidéos qui sont marrantes, qui sont drôles,
mais ça peut aussi avoir des impacts importants. Il faut se demander qui a intérêt à induire les gens en...
les gens en erreur ici, sur le territoire québécois, avec ces hypertrucages-là.
Donc,
est-ce qu'on sera capables, avec des algorithmes, d'empêcher la diffusion de
ça, d'empêcher la propagation de fausses conversations, de... soit en
reprenant l'image ou seulement le son? C'est un défi législatif mais c'est
aussi un défi technologique. Puis mon collègue dit qu'il faudrait qu'on en
parle ensemble. Bien, je pense qu'effectivement c'est quelque chose qui touche
tous les parlementaires.
M. Derraji : Merci. Le but, aujourd'hui, M. le ministre, c'est
vraiment... je ne veux pas que l'année prochaine, quand on va voir se
voir aux crédits, qu'on va reparler, qu'on n'a rien fait pendant un an. On le
voit, et, au-delà de la menace
internationale ou l'ingérence, aujourd'hui, avec les outils technologiques qui
existent, vous le savez pertinemment que je peux ou quelqu'un peut
faire... faire n'importe quoi en utilisant l'hypertrucage. C'est très sensible.
Ça risque de nous frapper probablement au courant des prochaines élections, que
ce soit au municipal ou au provincial.
qui m'intéresse aujourd'hui, surtout que j'ai en face de moi le ministre
responsable des Institutions démocratiques, je l'ai démontré au début, qu'il y a
déjà le cynisme alimenté par plusieurs choses qu'on ne contrôle pas. Parfois,
vous, vous contrôlez. Je vous ai fait mention au troisième lien, ça alimente le
cynisme. Là, maintenant, il y a quelque chose qu'on peut contrôler.
L'hypertrucage,
ça risque, et on le voit, ça risque de frapper directement une élection. Donc,
au lieu d'attendre que nos institutions démocratiques souffrent de ça,
qu'est-ce que vous comptez faire? Et je vous ai dit que je suis prêt à ce qu'on collabore. Mais, vous, quand on
vous parle d'attaque directe à nos institutions démocratiques, je ne pense pas
que c'est la première fois que vous avez entendu parler de ça, là. Moi, je
pense que l'article de Justin Trudeau a fait pas mal jaser. Le Journal de
Montréal a parlé... «Le deepfake évolue si rapidement que les limites de
l'hypertrucage demeurent inconnues, mais pas
les dommages qui sont déjà bien réels.» C'est quoi, le rôle de législateur?
C'est prendre les dommages et dire : OK, comment on peut protéger
nos institutions démocratiques?
que je veux, aujourd'hui, du ministre responsable des Institutions
démocratiques : Qu'est-ce qu'il compte faire pour nous éviter les
dommages? Parce qu'ils seront là. On sera touchés par ça, là.
M. Roberge : Mon collègue soulève un enjeu qui est réel, je le
reconnais pleinement. Il nous montre des articles de presse dont j'ai pris
connaissance. Je suis tout à fait d'accord. S'il me demande, ici, là, sur le
champ, de déposer un plan d'action pour contrôler puis harnacher un
phénomène mondial qui est tout nouveau et que les programmeurs créent encore au moment où on se parle, vous
comprendrez qu'on n'a pas toutes les solutions en ce moment. Ce que je peux
dire, c'est qu'à l'interne on se questionne, on étudie la chose. Vous savez,
avant de prendre action... On veut toujours aller vite, hein? Puis moi le premier, je veux toujours
aller vite, je veux faire les choses rapidement. Mais, en même temps, il
faut bien faire les choses. Je pense qu'il faut analyser la situation, documenter
la situation.
pourrai regarder si le Directeur général des élections... évidemment, je ne lui
dis pas quoi faire, mais parfois on peut lui soumettre une question, lui poser
une question à cet égard-là pour voir ce qu'on peut faire ici pour éviter...
puis je pense que c'est la préoccupation de mon collègue, je ne veux pas lui
mettre des mots dans la bouche, mais il va avoir l'occasion de corriger, mais
ce qu'on veut éviter, c'est que les résultats des élections soient influencés
par ce qu'on appelle des fausses nouvelles
qui nous proviendraient de l'hypertrucage, de personnes malveillantes qui feraient
croire que moi, j'ai dit quelque chose que
je n'ai pas dit, ou que mon collègue aurait dit quelque chose qu'il n'a pas
dit, ou qu'un chef d'un parti aurait fait une déclaration ou tenu une
conversation, fait une allégation...
Président (M. Bachand) : Merci.
M. Roberge : ...qui
serait fausse.
Président (M. Bachand) : Merci.
M. Roberge : Donc,
on voudra prévenir ça.
Président (M. Bachand) : M. le député,
s'il vous plaît.
Derraji : Oui. Merci, M. le ministre. Je veux juste mettre les choses
au clair. Je n'ai pas demandé un plan d'action maintenant en vous posant une
question. J'aurais aimé que, quand je vais parler de l'hypertrucage ou les deepfakes... Je comprends que le ministre suit ce
qui se passe, je n'ai pas dit le contraire, mais je veux un engagement aujourd'hui de la part du ministre. C'est une
question sérieuse. Ce n'est pas nouveau, parce que l'hypertrucage date depuis
quand même un certain temps. Ça a commencé avec tout ce qui est vocal.
Maintenant, c'est rendu beaucoup plus poussé
avec l'intelligence artificielle. C'est que je peux utiliser votre image, je ne
vais pas la faire, je ne suis pas intéressé, je peux utiliser vous-même,
votre visage, votre voix et vous faire dire des choses. Ça risque d'être...
C'est réel.
Donc, je ne pense pas
que, demain, vous allez vivre avec un deepfake qui encourage les gens à ne pas
voter. Je ne pense pas que, demain,
quelqu'un qui va utiliser ce qui s'est passé avec le troisième lien à Québec
avec un deepfake et pousser les gens à faire... de prendre un autre
choix. L'enjeu, il est réel, M. le ministre. Je ne demande pas un plan d'action aujourd'hui. Moi, aujourd'hui, je soulève
une problématique. L'avenir de nos institutions démocratiques est en jeu
avec ce qui se passe, avec l'hypertrucage, couplé avec l'intelligence
artificielle. Et, comme ministre responsable de nos institutions démocratiques,
je pense que c'est la meilleure tribune qu'ont prise nos collègues, vos
collègues de la
partie gouvernementale, que nous tous, on se donne un mot
d'ordre.
Est-ce que vous, vous
pouvez mandater le Directeur général des élections du Québec à avoir une idée
sur ça? J'ai vu qu'ils ont eu quatre
mandats. Est-ce qu'on peut leur demander? Et je sais qu'on... tu sais, on peut
formuler une demande de savoir qu'est-ce qu'ils pensent, mais
aujourd'hui on ne peut pas faire abstraction que c'est une menace réelle à la
démocratie. C'est juste ça, la question.
M. Roberge : Parmi les options qu'on a devant nous, vous avez
raison, il y a la question de poser la question, donner un mandat au Directeur
général des élections pour qu'il se penche sur cette question-là. C'est une
avenue. Il y a aussi le fait qu'il existe un comité consultatif formé
des différentes formations politiques représentées à l'Assemblée nationale, les leaders qui, je sais, se
rencontrent, ils vont se rencontrer, je pense, en mai ou en juin par rapport
aux modifications qui pourraient être apportées à la Loi électorale.
Puis on... c'est le genre de choses qu'on veut faire de manière consensuelle.
On ne veut pas politiser les... Excusez-moi, ça ne sera pas long. On ne veut
pas politiser, là, les modifications à la Loi électorale. D'ailleurs, juste avant l'élection qu'on vient de faire il n'y a même
pas un an, il y a eu des modifications à la Loi électorale. Puis ça s'est fait
de manière consensuelle parce que le comité consultatif s'était penché sur ces questions-là. Donc, il y a quand
même une instance qui existe, et mon collègue, à
titre de leader, y siège.
Il pourra apporter cette préoccupation-là aussi, en plus de l'autre opportunité
dont j'ai parlé précédemment.
Le Président
(M. Bachand) : Merci beaucoup. M. le
député de Nelligan.
M. Derraji : Je comprends. J'ai reçu la même invitation. Je
suis en train de voir mon agenda aussi pour assister au comité consultatif. Mais, M. le ministre,
aujourd'hui, je pense que nous sommes d'accord sur la menace des deepfakes. Je
pense qu'on est d'accord sur ce point. Je peux dire qu'on est d'accord? C'est
une menace réelle à la démocratie?
M. Roberge : Bien,
c'est sûr que toute fausse information qui circule, qui est créée par quelqu'un
qui est malveillant, qui veut induire la
population en erreur, ça menace l'intégrité du processus électoral. Si on tente
d'induire les électeurs, nos citoyens en erreur sur des choses qui sont
politiques, c'est grave.
M. Derraji : Oui,
je n'ai vraiment pas beaucoup de temps, mais... Oui, je dis «de manière courte»
parce que je n'ai pas beaucoup de temps.
L'hypertrucage, c'est une menace à la démocratie, c'est une menace à nos
élections. Ça, est-ce que vous êtes d'accord?
M. Roberge : Je
viens de répondre...
M. Derraji :
Oui, c'est beau.
Roberge : ...en disant que
toutes les choses qui alimentent les fausses nouvelles puis qui tentent
d'induire la population en erreur
sont des choses auxquelles on doit s'attaquer. On veut que les... les électeurs
aient l'information juste.
M. Derraji : OK. Donc, au-delà du comité consultatif, qui, lui,
a une mission sur la Loi électorale, vous, vous pensez que la meilleure tribune qu'on
a, parce qu'on va probablement tous siéger, tous les partis, y compris votre parti,
ça passe par là, le comité consultatif, ou
c'est un mandat que vous pouvez formuler au Directeur général des élections,
d'avoir une réflexion profonde? Parce que, si ce n'est pas dans votre champ ou vous
ne voulez pas le faire, ça prend quelqu'un
aujourd'hui qui va nous revenir avec un plan d'action. Parce que je risque de
vous poser la question, la même question
l'année prochaine. La seule chose que je n'aimerais pas, c'est que : C'est
nouveau, oui, c'est une menace, mais on n'a rien fait durant la dernière
année.
Donc,
ce que je veux, c'est aussi un engagement de votre part, M. le ministre. Vous
êtes conscient de l'ampleur de la
chose. C'est réel. On risque de le voir à la prochaine élection fédérale. Moi,
ce que je veux aujourd'hui, c'est : Qu'est-ce qu'on va faire pour,
d'ici l'année prochaine, au moins avoir une avancée par rapport à ça, d'un
point de vue législatif ou via le Directeur général des élections du Québec?
Le Président (M. Bachand) : ...le
bloc est terminé. Alors, M. le député Jean-Lesage, pour 9 min 12 s, s'il vous plaît.
Zanetti : Merci, M. le Président. Merci beaucoup, M. le
ministre des Institutions démocratiques. Alors, j'aurais une question un peu philosophique à vous poser,
d'entrée de jeu : Trouvez-vous que le nombre de sièges qu'a eu votre
parti aux dernières élections est juste?
Roberge : Bien, d'abord, je veux juste dire que ça me fera
plaisir de répondre à la question du collègue du Parti libéral tout à
l'heure. Je n'ai pas eu l'occasion, mais ce n'est pas parce que je ne veux pas
répondre. Je vais répondre à mon collègue de Québec solidaire.
Mon collègue, là, pose une question directe,
mais, dans le fond, c'est qu'il fait un détour, c'est qu'il veut parler du processus électoral. Parfois, les gens
disent qu'il y a eu une élection l'automne dernier. En fait, il n'y a pas eu
une élection, il y a eu 125 élections. La Coalition avenir Québec en a
gagné 90 sur 125. Ce serait bien mal avisé de penser que la solution,
c'est de dire que, dans un comté donné, la personne qui a reçu moins de votes
devrait être celle qui représente la
circonscription. Il me semble que, d'habitude, on y va avec la démocratie,
c'est-à-dire que plus il y a d'électeurs dans une circonscription qui
ont voté pour un candidat affilié à un parti, bien, évidemment, c'est cette
personne-là qui devrait représenter les citoyens ici, à l'Assemblée nationale.
J'espère que mon collègue ne dit pas qu'il y a des gens, à l'Assemblée
nationale, qui n'ont pas la légitimité de siéger.
M. Zanetti : Donc, si je comprends
bien, pour le ministre, un parti qui obtient... 41 % des voix et 72 %
des sièges, il a le juste nombre de sièges.
Je pose des questions un peu socratiques, là. Ce n'est pas des questions
compliquées, c'est juste la petite base.
M. Roberge : Non, pas tellement. Je
trouve qu'on est assez au ras des pâquerettes. Mon collègue a déjà été prof de philosophie, mais je ne vois pas... je ne
vois pas vraiment, là... On n'est pas dans les hautes sphères, là. On est dans
les mathématiques électorales. Puis, comme le résultat de la dernière élection
n'a pas avantagé sa formation politique, il voudrait changer la formule. On est plus dans les maths, en réalité, que
dans la philo, je vous dirais. Mais on s'est engagés, lors de la
dernière campagne électorale...
M. Zanetti : M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Oui, M. le député de Jean-Lesage?
M. Zanetti :
Article 35. Je pense
que le ministre me prête des intentions. Il pourrait retirer ses propos.
Le Président (M.
Bachand) : Bon, OK. On fait attention, M.
le ministre? Oui. Continuez.
Roberge : Je vais prendre garde. D'accord. Le collègue pose
ses questions avec respect, je vais répondre avec respect aussi. Donc,
on va garder ça comme ça.
On s'est
engagés, lors de la campagne électorale 2022, à évidemment respecter le
résultat de l'élection, évidemment, et
à ne pas jouer dans le processus électoral. C'est un engagement qu'on a pris
devant les Québécois. On va respecter cet engagement.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député.
M. Zanetti : Bien, j'ai une petite
déception parce que je pose au ministre des Institutions démocratiques des questions qui sont les mêmes, essentiellement, je
leur demande... je lui demande si les résultats du mode de scrutin au Québec sont justes, puis c'est une façon de savoir
s'il pense... pas que le mode de scrutin est avantageux ou désavantageux pour
sa formation ou pour d'autres formations politiques, mais juste : Est-ce
que le mode de scrutin et ses résultats, au Québec, sont justes?
Roberge : Bien, moi, je pense qu'un parti qui gagne 90
élections sur 125 est tout à fait légitime de gouverner.
Le processus électoral québécois n'est pas
parfait. Je n'en connais aucun qui est parfait. Et toute proposition de modification amènerait probablement des
avantages, mais aussi des inconvénients. Si ça avait été simple et évident,
ça ferait longtemps que ce serait fait.
Mais, chaque fois que la question s'est posée, il y a eu des questions, il y a
eu des propositions, il y a eu des prises de position, puis, à la fin,
on a conservé notre processus électoral.
Je pense que le gouvernement, en ce moment,
ayant gagné 90 des 125 élections, est tout à fait légitime. Et je reconnais la
légitimité de mon collègue d'être ici, de représenter ses citoyens puis de me
poser toutes les questions comme il le fait en ce moment. Il a toute la légitimité
pour le faire.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député.
Zanetti : Est-ce que le ministre des Institutions
démocratiques pense qu'au Québec chaque vote devrait compter?
M. Roberge : Bien,
M. le Président, si les votes ne comptaient pas, il ne pourrait pas y avoir
d'élections.
M. Zanetti : Donc, le ministre, s'il
estime que chaque vote devrait compter, ce qui n'est pas vraiment le cas en ce
moment, il reconnaît qu'il serait bien que la proportion, le pourcentage de
sièges qu'un parti obtient ressemble au pourcentage de votes qu'il obtient lors
d'une élection générale?
M. Roberge : Bon, ça, c'est un peu
un sophisme, là.
M. Zanetti : Un sophisme?
M. Roberge : Les poissons rouges
vivent dans l'eau, les requins vivent dans l'eau, donc les poissons rouges sont
des requins, là. C'est un petit peu un raccourci, là, ce qu'il fait là, là. De
dire que, dans le système électoral, les votes ne comptent pas, c'est faux, là.
Les votes comptent.
Et puis il faut faire attention au message qu'il
est en train d'envoyer. Il est en train de dire... On ne parle pas juste entre nous, là, on est en train de parler
aux citoyens qui nous écoutent. Il est en train de dire qu'il y a des votes qui
ne comptent pas. Je regrette, mais c'est faux.
Le Président (M.
Bachand) :
...juste faire attention
à ce que vous...
M. Roberge : Oui, mais là, à un
moment donné...
Le Président (M.
Bachand) : Allez-y.
Roberge : Tous les votes comptent au Québec. Et c'est le
résultat des élections qui compte. Et d'ailleurs on a des mesures aussi de
compensation. Le fait que, par exemple, ma formation politique n'a pas gagné
une circonscription, ça ne veut pas dire que les Québécois de ce comté
n'ont pas bien fait et que leur vote n'a pas compté. Leur vote... Ils se sont exprimés, ça envoie un message, et, en
plus, le financement des partis aussi dépend des votes. Donc, il y a plusieurs
gains, et chaque vote compte au Québec.
Attention de
ne pas dire qu'il y a des votes qui ne comptent pas, là, parce que, là, ça va
causer de la désaffection, ça va faire... ça va entraîner une baisse de
taux de participation, puis on ne veut rien de ça.
M. Zanetti : Bon, avant que le
ministre, là, mette la responsabilité sur les militants d'une réforme du mode de scrutin qui soit démocratique, la
responsabilité de l'abstention politique, là, je l'arrête en lui posant une
autre question. Ce serait quand même
un pas particulier à franchir. 60 %, à peu près, du monde au Québec, là,
n'ont pas voté pour la CAQ, mais la
CAQ représente 72 % des circonscriptions. N'y a-t-il pas là un écart
important? Le Parti conservateur du
Québec a eu à peu près 13 % des
votes, il a zéro siège au Parlement. Est-ce que les votes des électeurs du
Parti conservateur ont compté?
Roberge : Bien sûr que les votes... tous les votes comptent
au Québec. Mais de prendre les pourcentages puis de les regarder au national, ça défait complètement le principe qu'un...
qu'un député représente les gens de sa circonscription. Moi, je suis très fier de représenter les gens de
Chambly, puis Chambly, là, c'est cinq villes, là, c'est Chambly, Carignan,
Saint-Basile-le-Grand,
Saint-Mathias-sur-Richelieu et Richelieu, pas juste la ville de Chambly. Je
suis redevable devant eux.
Si on ne fait
que prendre les résultats, à l'échelle nationale, en pourcentage puis
dire : Bien, voici ce que devrait être l'Assemblée nationale, bien, on
enlève complètement la question des personnes qui font campagne, qui connaissent
les gens sur le terrain, qui vont leur parler, qui les écoutent, surtout, et
qui les représentent à l'Assemblée nationale. C'est pour ça qu'on dit qu'il n'y
a pas une élection, mais il y a des élections, 125 élections, et, dans
chaque comté, chaque vote compte, puis celui
ou celle qui a le plus de votes dans ce comté-là a toute la légitimité pour
représenter tous les citoyens, ceux qui ont voté pour lui comme ceux qui
n'ont pas voté pour lui.
M. Zanetti : Il y a à peu près, je
pense, là... Je pense que c'est rigoureux de dire qu'il y a quatre pays dans le
monde qui ont le système de mode de scrutin
qu'on a, uninominal à un tour. Dans notre cas, minimalement, c'est un héritage
du régime britannique. C'est une des affaires qui est reconnue par les experts
du mode de scrutin dans le monde comme étant un des systèmes qui crée le plus
de distorsion entre la volonté de la population puis le résultat en nombre
de sièges. Donc, c'est un des systèmes qui donne les plus grands écarts puis
les plus grandes distorsions démocratiques. Je suis étonné de voir un ministre des Institutions
démocratiques, nationaliste de surcroît, faire l'éloge de notre héritage
britannique, disons, issu de la monarchie dans un contexte où il y a
beaucoup de monde, au Québec depuis des années, qui disent que ça n'a pas de bon sens. Est-ce que le ministre
est à l'écoute des gens qui trouvent que leur vote n'est pas représenté
dans le mode de scrutin dans lequel on est?
Le Président (M.
Bachand) : ...M. le ministre.
M. Roberge : D'abord, je suis
content qu'il dise que je suis un nationaliste et je ne suis pas monarchiste d'aucune, d'aucune manière. Le système actuel
n'est pas parfait, je le reconnais, puis je pense que le débat va continuer sur
des propositions pour l'améliorer, puis je suis ouvert à ça.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Merci. Désolé, le temps file. M. le député de Nelligan, pour 13 min
51 s, s'il vous plaît.
Le Président (M. Bachand) : 13 min 51 s.
M. Derraji : OK, merci, M. le
Président. Je comprends que vous allez répondre à la dernière question?
M. Roberge : ...je m'excuse, là,
parce que, là, j'ai...
M. Derraji : Non, non, ce n'est pas
grave.
M. Derraji : Au fait, sur
l'engagement de...
Roberge : OK. Bien, effectivement, mon collègue, tout à
l'heure, nous parlait de l'hypertrucage, des solutions. Ce que j'ai dit, c'est
que les députés peuvent s'en parler, évidemment, au comité consultatif, qui va
guider, après, les actions gouvernementales
pour une modification législative pour le système électoral. Je vais tenir
compte de tout ça, puis, je pense, c'est important de fonctionner par
consensus.
Par contre, ce que je dis, c'est que... Et puis
mon collègue dit : Je ne voudrais pas qu'on se revoie dans un an sans que
rien n'ait avancé. Je le comprends. Je suis d'accord. Je veux vous assurer
qu'avant l'étude des crédits nous avons
commencé à nous intéresser à cette question-là. On documente. On étudie. Est-ce
qu'il y aura un mandat donné au DGEQ? Je ne peux pas vous le dire à ce
moment-ci. On va prendre le temps d'analyser les choses, et puis je vous dis
que, d'ici l'an prochain, évidemment que la réflexion aura avancé.
Derraji : Oui, bien, merci. Gardez en tête qu'il y a une
élection municipale et, après, une élection provinciale. Donc, ça risque d'être le cas au niveau de
l'élection municipale, mais je comprends votre engagement et je vous remercie.
Je vais revenir sur quelque chose que votre
gouvernement a fait lors de la dernière... de la 42e législature. Souvenez-vous
de l'article 163 du 96, le fameux projet de loi n° 96. Je vais vous
le dire, ne vous inquiétez pas. C'est très
simple. Vous avez, dans le projet de loi, changé le nom de la circonscription
«Bourget» par «Camille-Laurin». Je suis content d'entendre que vous avez
dit que la Commission de représentation électorale a un travail... Elle a aussi
des valeurs. Ils ont un rôle à jouer. Tout
est public. Je veux juste comprendre c'est quoi, votre vision par rapport aux
changements de noms. Est-ce que vous allez encore continuer à déposer
des projets de loi pour changer les noms de circonscription
ou bien c'est fini? C'était une tentative de ne pas respecter le rôle de la
Commission de représentation électorale avec Camille-Laurin, et vous
allez dorénavant respecter le choix et le travail de la commission?
Roberge : Je m'excuse, là, mais on respecte le travail de la
commission en tout temps. Je veux... Je n'accepte pas la déclaration de mon collègue, comme quoi le
gouvernement ne respecte pas le travail de la commission. La commission
joue un rôle...
M. Derraji : Mais vous avez...
M. Roberge : Je m'excuse, laissez-moi...
M. Derraji : Mais vous avez changé
le nom.
M. Roberge : Je vais... Laissez-moi
répondre, s'il vous plaît.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, allez-y, oui.
M. Roberge : Avec... vraiment, on
respecte le travail de la commission, d'accord? On va continuer de le faire. La commission, d'ailleurs, va entamer des
travaux. Peut-être qu'il y a des noms de circonscriptions qui seront étudiés, peut-être
que certains seront modifiés. Il y a eu une situation exceptionnelle. On
adoptait une modification à la Charte de la
langue française. On ne fait pas ça à
chaque année. On allait même inscrire cette loi-là dans la Constitution canadienne. C'est un geste
d'affirmation nationale extrêmement important. Vous savez, dans une situation
exceptionnelle arrivent des mesures exceptionnelles.
Le Président (M.
Bachand) : En terminant.
M. Roberge : Je pense que c'était
à-propos dans ce cas-ci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de Nelligan.
M. Derraji : Désolé,
mais je vais vous... je vais vous lire... suite à ce que vous avez fait avec le
96 au niveau de Bourget : «"J'ai
été surpris, vraiment surpris", indique Pierre Reid, d'entrée de jeu, dans
une rare entrevue. "L'idée, vous
comprendrez que ce n'est pas de savoir si le nom de Camille-Laurin est
approprié ou non. Là n'est pas la question. La question qui se pose, c'est le respect du processus que les
parlementaires eux-mêmes ont établi depuis 1979 et qui, à ce jour, a
toujours bien fonctionné."»
Vous avez
pris la décision de mettre dans un projet de loi le nom d'une circonscription.
Le rôle de faire ça, ce n'est pas le rôle du gouvernement, et le DGEQ a dit
que... pas au gouvernement de décider, M. le ministre, pas moi qui le dit, là, c'est le DGEQ. Circonscription
Camille-Laurin : pas au gouvernement de décider . Ça, c'est selon le Directeur général des élections du Québec.
Ce n'est pas le député de Nelligan qui a inventé ça de nulle part, là. Et je rajoute
une autre tentative de votre collègue, dépôt du projet de loi n° 696, de
changer Arthabaska.
Donc, est-ce
qu'on va respecter les rôles et responsabilités de nos institutions
démocratiques ou, encore une fois, votre gouvernement va choisir des méthodes
qui ressemblent à ceux faites dans le 96 pour changer les noms des comtés?
Roberge : Bien, je pense qu'il y a la règle, d'accord,
qu'on... qui s'applique dans la quasi-totalité des situations puis, des fois, il y a l'exception à la règle. Quand
survient une situation exceptionnelle, il faut faire preuve de flexibilité,
ce qui s'est passé avec Camille-Laurin. Puis vous regarderez, au Québec, si les
gens sont fâchés que, dans le cas d'une modification
historique de la Charte de la langue française, on a honoré le père de la
Charte de la langue française. En tout cas, ça appartient à mon collègue
de remettre cet état de fait là en doute. Moi, je pense que c'était nécessaire.
M. Derraji : ...M. le Président.
Le Président (M. Bachand) : Alors, on fait... juste faire attention. Alors...
Derraji : ...une
discussion très cordiale. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, OK?
Vous avez changé, dans le cadre du 96, le nom de la circonscription. Je parle
du nom. Là, vous faites du patinage artistique, de me ramener sur la
Charte de la langue française, Camille Laurin. Moi, je vous parle de... Il y a
une commission, M. le ministre. Ça s'appelle la Commission de la représentation
électorale. Je vous ai mentionné la réponse du DGEQ, qui vous a dit que ce n'est pas de... votre rôle de changer le
nom. On est dans une discussion d'institutions démocratiques. Allez-vous
respecter le rôle des institutions démocratiques? Je peux comprendre que vous
avez fait une exception, hein, une exception
dans le cas du 96, un peu de marketing, vous voulez changer le nom, mais ne me
dites pas que... Ce n'est pas ce que j'ai dit, là. Ma question est très
claire.
Roberge : Très bien. Alors, j'invite mon collègue aussi à ne
pas me prêter des intentions. Nous respectons la commission, d'accord? Quand
arrive une situation exceptionnelle, on est capables de faire preuve de
flexibilité, et ça s'est fait dans le cadre d'une loi adoptée par les
parlementaires. Donc, je pense que personne ne peut remettre en question cette légitimité. Lorsqu'une loi est
votée par l'Assemblée nationale, c'est parce qu'elle est... s'inscrit dans un
cadre législatif. Il n'y avait absolument rien d'illégal. Il y a des
gens qui sont en accord, il y a des gens qui sont en désaccord pratiquement à chaque fois qu'une loi est votée au Québec. La
majorité... D'ailleurs, les Québécois ne le savent pas, mais la majorité des lois sont votées à
l'unanimité à l'Assemblée nationale, hein? Il y a des discussions, il y a des débats, il y a des gens qui sont en désaccord sur
certains articles, mais la grande majorité des lois sont adoptées à
l'unanimité. Puis celle-ci, la loi n° 96, en fait, le projet
de loi n° 96, qui a donné la loi n° 14,
peu importe, est parfaitement légitime, et le gouvernement et ceux qui
ont voté avaient le droit de changer le nom de cette circonscription.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de
Nelligan, s'il vous plaît.
M. Derraji : Je vais revenir au rôle
de la Commission de la représentation électorale. M. le ministre, vous le savez
très bien, mais je peux juste... Je veux rappeler, juste, votre collègue,
qu'est-ce qu'il disait, l'année dernière, presque à la même question : «Ceci
étant dit, je vous dirais que, de façon très macro, je pense que mon collègue
[...] qu'on doit peut-être avoir une réflexion sur la façon dont la commission
opère pour attribuer un nom à chaque circonscription.» Ça,
c'est le verbatim de votre collègue qui était responsable... sur
le fait qu'il n'est... qu'il n'a présentement comme obligation la seule obligation de prendre l'avis de la Commission de toponymie du Québec : «Par contre, bien que je pense que l'avis
du député en fonction relativement à la circonscription soit pertinent, mais,
je le dis, pour ma circonscription, je ne me sentirais pas, moi, habilité à le
faire de mon propre chef. Donc, j'ai l'impression que ça prendrait peut-être une réflexion beaucoup plus
grande que le type de consultation qui doit être faite avant qu'on décide
du nom d'une circonscription.»
Je vous dis,
c'est un précédent, changer Camille-Laurin. Je comprends. Je veux dire, par
rapport au futur, est-ce qu'il y avait d'autres tentatives avec un autre
projet de loi? Respectons le rôle de la Commission de la représentation
électorale, c'est ça, mon... le but de mon échange avec vous.
M. Roberge : Je vous rassure à
l'effet que le gouvernement respecte et respectera... puis je continue de dire que, même lorsqu'il arrive une situation
exceptionnelle, d'aucune manière on ne peut dire que le gouvernement n'a pas respecté
le rôle de la commission. Il peut arriver qu'on soit parfois en désaccord sur
une question sans manquer de respect à qui
que ce soit. Puis, exceptionnellement, les parlementaires peuvent déposer un
projet de loi et changer le nom d'une circonscription sans passer par le
processus régulier. Vous savez, il y a l'autoroute qu'on suit, et qu'on doit
prendre, puis
c'est... Il y a un processus normal, régulier. C'est comme ça que ça fonctionne
la grande majorité du temps, parfois arrive une situation particulière.
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
Derraji : Cette année, c'est l'année du changement de la
carte électorale. Il y a beaucoup de voix qui se lèvent pour parler.
Est-ce qu'une circonscription, on doit prendre en considération le nombre
d'électeurs ou le nombre de la population? Donc, électeurs versus population,
vous, vous êtes... vous vous situez où par rapport à ça?
Roberge : Bien là, je vais rappeler à mon collègue
exactement ce qu'il vient de dire précédemment. Il faut respecter nos
institutions. Il y a un processus. Ce n'est pas le ministre, là, qui, tout à
coup, arrive et dit quoi faire à la commission
puis aux instances qui vont amorcer une réflexion, qui vont faire des
consultations, qui vont tenir compte du facteur d'éloignement. Est-ce
qu'il y a des circonscriptions qui sont dans des situations vraiment
particulières, qui sont de plus grande taille ou qui sont de très petite taille?
On peut penser aux Îles-de-la-Madeleine. Donc, de dire, là, qu'il y a une seule règle, je pense que ça ne
refléterait pas la réalité du Québec, puis le Québec des régions doit être bien
représenté à l'Assemblée nationale. Donc, parfois, ça pourrait arriver à
ça. Pour bien représenter les Québécois et la réalité
du Québec, qui est autre chose qu'une réalité simplement montréalaise, bien, il
faut être capables parfois de faire preuve de flexibilité. Ce n'est pas le
ministre qui va prendre ces décisions-là directement. On va laisser les
institutions faire leur travail.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de
Nelligan.
M. Derraji : Oui, mais on... Je suis
content que vous allez laisser... parce qu'on doit laisser les institutions
faire leur travail. Ma question, c'est plutôt d'ordre... Vous venez, dans votre
réponse, parler des régions. Donc, vous êtes d'accord qu'on doit prendre en
considération la réalité régionale, l'éloignement. Il y a des critères aussi,
mais il y a aussi le critère qu'on ne peut
pas juste prendre ce qui nous arrange. Il y a le critère aussi de la
population. Il y a des endroits surpeuplés. Vous êtes député
comme moi. Vous savez très bien c'est quoi, le rôle d'un député de proximité,
servir 30 000 sur un territoire très éloigné, qui fait probablement deux
départements français, versus une population surpeuplée dans un quartier
urbain, ce n'est pas la même chose.
M. Roberge : Non, ce n'est pas la
même chose et ce ne sera pas la même chose. Je pense que vous l'avez très, très bien dit, il arrive, dans certaines
régions du Québec, où un comté est très, très grand en termes de kilomètres,
il y a moins d'électeurs, et c'est normal,
parce que, pour le député, pour... parfois, même, il y a deux... il y a
deux bureaux de comté, même trois bureaux de comté plutôt qu'un seul. Moi, dans
ma circonscription de Chambly, j'ai un seul bureau de comté puis je n'en demanderais pas un deuxième. En termes de
kilomètres, là, je pense, je peux traverser mon comté en 35, 40 minutes. En transport, ça se fait très bien. Dans
d'autres cas, c'est des heures, puis il faut le faire en avion.
Le Président (M.
Bachand) : En terminant.
M. Roberge : Donc, vous savez,
équité et égalité sont deux choses.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député.
M. Derraji : C'est excellent, et
j'espère qu'en temps et lieu je vais avoir un allié pour défendre ça, parce que
c'est encore une fois nos institutions
démocratiques et la population qui en paiera le prix, là. Donc, vous avez vu ce
qui se passe avec le fédéral, où, pour une règle mathématique, on essaie
d'enlever une circonscription. Je pense que ça mérite débat.
Dernière
question. Je salue l'initiative de votre collègue ministre des Affaires
municipales de lancer une campagne contre
la haine. Pourquoi il n'y avait pas la même campagne pour les élus du
Parlement, campagne, aussi, qui visait les élus du Parlement du Québec?
Roberge : Je crois que vous parlez de l'intimidation ou du
harcèlement pour les élus municipaux. Est-ce que c'est bien ça?
Derraji : Oui, oui, ce qui est une très bonne chose, mais je
pense que nous avons déjà, nous-mêmes, participé à quelque chose en
M. Roberge : C'est vrai.
Derraji : Et vous avez vu ce qui s'est passé en 2022. Je
pense qu'aussi ça mérite une attention, faire la même campagne au niveau
du provincial.
Roberge : Je pense, c'est une suggestion très intéressante.
Il faut... il faut s'assurer que personne, aucun élu, là, qu'il soit au municipal, au provincial ou même, on
pourrait dire, au fédéral, mais ce n'est pas notre champ de compétence, ne subisse des pressions qui sont indues, de
l'intimidation, des menaces. Il y a des élus municipaux qui ont démissionné
dernièrement parce que ce n'était plus... ce n'était plus tenable. Donc, je
pense que ma collègue aux Affaires municipales pose le bon geste. Il faudrait
voir ce qu'on peut faire à notre niveau, au niveau provincial.
C'est sûr
que, lorsqu'on fait une campagne, ça touche tout le monde, hein? Quand on dit
qu'il faut faire attention puis qu'on doit respecter les gens, qu'on ne doit
pas les intimider, évidemment qu'on ne doit intimider personne, mais on va voir ce qu'on peut faire, parce que, sur les
médias sociaux, ça... il y a beaucoup d'acrimonie, c'est vrai, puis on avait
fait une initiative intéressante en 2018, c'était avant la pandémie, puis on le
sait tous que, pendant la pandémie, je vous dirais qu'il y a des
personnes plus vulnérables qui sont devenues plus agressives, malheureusement.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le ministre.
15 secondes, M. le député.
Derraji : Oui. Je vous ai dit que c'est une très bonne
chose. La raison pour laquelle je ramène la question, c'est qu'on peut l'élargir au niveau provincial
aussi. Je ne dis pas que ce n'est pas une bonne idée. Au contraire, ça nous
prend beaucoup de campagnes pareilles.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
Saint-Jean, pour 7 min 20 s, s'il vous plaît.
M. Lemieux : Merci, M. le Président.
Tout est dans tout, M. le ministre. La conversation que vous venez d'avoir au sujet de la Commission de
représentation électorale m'a fait apprécier, avec vos arguments, vos arguments
sur la réforme du mode de scrutin. Les
députés sont tous différents. Les comtés sont tous différents. Il y a
125 élections. Et je suivais votre conversation, puis il y avait
comme quelque chose de linéaire, et ça m'a forcé, moi, à être linéaire aussi, parce que le collègue, en parlant du mode
de scrutin, parlait de l'héritage britannique, ce qui m'a fait penser que
l'héritage britannique, ce n'est pas seulement la monarchie, c'est le mode de
scrutin, c'est vrai, c'est aussi la façon dont travaille le Parlement.
Sauf erreur,
et je sais que ce n'est pas dans votre cour, M. le ministre, mais je voulais
quand même passer par là avant d'arriver au fameux serment, sauf erreur,
une réforme parlementaire serait aussi une bonne chose au menu, en tout cas, de la part des députés de ce côté-ci de
la banquette, c'est clair. Mais je m'en vais, avec cet héritage britannique,
au serment, et vous allez me pardonner d'exprimer ma frustration, parce qu'il y
a à peine moins d'un an, au mois de juin
l'année dernière dans cette commission, M. le Président, j'avais voté fièrement
pour qu'on abolisse le serment au roi. C'est au mois de juin 2022.
Ma frustration, c'est de voir que
l'après-période électorale a été consacrée à ce mur-à-mur et que, finalement, c'était comme si on ne voulait pas ça, alors que
c'était très clair que non seulement c'est ce qu'on voulait, mais qu'on a
voté pour ça dans une commission
parlementaire, en étude
article par article, je pense. Alors, on l'a fait.
Racontez-moi pourquoi, pas juste parce qu'on voulait le faire en juin
2022, mais pourquoi et comment on s'est rendus là.
M. Roberge : Bien, je vous remercie.
Il nous reste, quoi, trois, quatre minutes?
Président (M. Bachand) :
Cinq minutes, mais je
rappellerais aussi que les prises de photos... est interdite, hein?
Alors, je m'attends à une belle collaboration de tout le monde. M. le ministre.
Roberge : Merci. Oui, la question du serment, bon, avant, on
disait «à la reine», on dit «au roi», donc, serment à la monarchie britannique, c'est un caillou dans
le soulier, d'accord? C'est un anachronisme. Les Québécois sont des
démocrates, ne sont pas des monarchistes. Le système actuel électoral, je
pense, sert bien les intérêts des Québécois, mais
il y a quand même certains éléments qui sont dérangeants et pour lesquels les
Québécois se reconnaissent très peu. On
se reconnaît très, très peu dans une monarchie britannique. On se reconnaît
très, très peu dans toute forme de monarchie, et d'avoir à prêter
serment à un monarque d'un autre pays, mais même si c'est un monarque d'ici, je
ne pense pas que ça fait vibrer grand monde
au Québec. J'ai dû le faire en 2014, en 2018, en 2022 parce que c'étaient les
règles du jeu et que je savais qu'en déposant mon bulletin de
candidature j'étais obligé. On est dans un État de droit, puis je devais
respecter cette loi-là.
Dans la précédente
législature, comme formation politique puis... notre leader avait déposé un
projet de réforme parlementaire qui comportait beaucoup d'éléments qui
lutteraient contre le cynisme puis donneraient une plus grande voix aux députés. Peu de ces éléments-là ont été
actualisés à ce jour. J'ai espoir, puis ça ne se passera pas par une loi, ça va
être une entente entre les formations politiques, mais j'ai espoir que, dans le
mandat actuel, il va y avoir plusieurs éléments de cette réforme parlementaire
qui seront adoptés, mais il faut clarifier les choses.
La Coalition
avenir Québec dans le dernier mandat, avant même l'élection, avait clairement
dit que nous, on voulait éliminer le serment au roi. Une autre formation
politique, Québec solidaire, soyons bons joueurs, avait exactement cette même
position-là puis avait déposé un projet de loi qui devait être étudié au mérite
puis probablement modifié, amendé. On était intéressés, d'ailleurs. Il faut se
rappeler que, si on n'a pas réglé ça avant l'élection d'octobre 2022, c'est parce que le Parti libéral du Québec a fait
obstruction en juin 2022. Ça aurait dû être réglé. Ça aurait été réglé si le Parti
libéral du Québec ne s'était pas posé en défenseur de la monarchie puis ne nous
avait pas gardés quelque part au XVIe siècle ou je ne sais trop, et on
l'aurait fait. Ce qui n'était pas fait était à faire.
Donc, on l'a fait, et j'en parlais d'ailleurs au
secrétaire général, je pense, hier, on disait que... Le jour de mon
assermentation comme ministre, au cocktail, quoi, trois heures après
l'assermentation, je suis allé le voir, j'ai dit : Là, là, c'est la première affaire qu'il faut qu'on règle, on règle ça
avant Noël. Donc, ce n'était pas du fait des quelques députés
qui ont dit : Bien, moi, je ne rentre pas au parlement tant que ce n'est
pas réglé. Ça n'a pas été réglé... N'en déplaise à ce qu'on appelle, entre
guillemets, les spins médiatiques, ce n'est pas grâce à eux. D'ailleurs, ils
n'étaient pas là pour voter la solution au problème qu'ils ont nommé.
M. Lemieux : Je
voulais profiter de l'occasion pour vous remercier d'avoir déposé ce projet de
loi et de l'avoir fait voter en bonne et due forme.
Je vais terminer avec la laïcité parce que,
périodiquement dans l'actualité, il y a des vagues où... on pense aux lieux de
prière dans les écoles, par exemple, récemment, où la loi n° 21,
la
loi sur la laïcité du Québec, refait surface,
et qu'on en discute. On est toujours déterminés à la défendre coûte que coûte
parce que j'imagine qu'on approche d'un moment où il va falloir le
faire. Le temps fait son oeuvre.
Roberge : Absolument, il y a des gens qui, malheureusement,
tentent d'invalider une des lois qui est maintenant une loi fondatrice pour la nation québécoise, de
la laïcité, puis la laïcité, là, ça n'a pas commencé en 2021 au Québec, là. On a commencé dans les années 60 à se
déconfessionnaliser. Avant ça, c'étaient les religions qui s'occupaient de nos
soins de santé, éducation. Santé, éducation, hein, deux des principales
missions de l'État québécois, c'étaient les religions qui s'en occupaient, les religieux. On s'est
affranchis de ça graduellement, jusqu'à ce qu'en 1998 on déconfessionnalise
notre réseau scolaire. Et puis, après ça, est arrivé le débat des
accommodements raisonnables, jusqu'à ce qu'après des années d'un débat mature et éclairé on adopte la loi n° 21, qui ne saurait être remise en cause. Je pense que c'est une
loi, maintenant, qui fait consensus au Québec. La laïcité de l'État amène la
séparation de l'Église et de l'État, ça amène la
neutralité religieuse de l'État, donc l'égalité des gens, de tous les citoyens,
et donc une plus grande liberté de religion et de conscience, et ça,
c'est bon pour tous ceux et toutes celles qui habitent le territoire québécois.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, M. le ministre.
Compte tenu
de l'heure, la commission suspend ses travaux jusqu'à 17 h 15, où
elle va entreprendre l'étude du volet Affaires autochtones des crédits
du portefeuille Conseil exécutif. Merci. À tantôt.
(Suspension de la séance à 11 h 25)
Président (M. Bachand) :
Alors, bonjour à tous et à
toutes. «Kwe». Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission des institutions ouverte.
La commission est réunie afin de procéder à
l'étude détaillée... à l'étude du volet Affaires autochtones des crédits
budgétaires du portefeuille Conseil exécutif pour l'année... l'exercice
financier 2022‑2024. Une enveloppe de deux heures est allouée pour l'étude de
ces crédits.
Avant de débuter, Mme la secrétaire, y a-t-il
des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Asselin (Vanier-Les Rivières) est remplacé par M. St-Louis (Joliette);
Mme Bourassa (Charlevoix—Côte-de-Beaupré)
est remplacée par Mme Guillemette (Roberval); et Mme Haytayan
(Laval-des-Rapides) est remplacée par M. Allaire (Maskinongé).
Président (M. Bachand) :
Merci. Veuillez noter que je
dépose des réponses aux demandes de renseignements de l'opposition pour
le volet Institutions démocratiques du portefeuille Conseil exécutif, qui a été
étudié ce matin.
Nous allons
procéder à une discussion d'ordre général par blocs d'échange, incluant les
réponses et les questions, et la mise aux voix de ces crédits sera faite
à la fin du temps qui est alloué, vers 19 h 15.
Alors, il me fait plaisir de céder la parole au
député d'Acadie pour une période de 18 min 31 s, s'il vous
plaît.
M. Morin : Merci. Merci, M. le
Président. Bonjour, M. le ministre. Je salue également l'équipe qui vous
accompagne ainsi que mes collègues de la
partie gouvernementale.
Ma première question est la suivante, M. le
Président. M. le ministre, si je ne me trompe pas, a débuté hier des
consultations auprès des Premières Nations en vue d'un éventuel projet de loi
sur les langues autochtones. Or, ce processus
de consultation n'est pas sans controverse. Les chefs des Premières Nations ne
reconnaissent pas la légitimité de
l'exercice. L'APNQL a déclaré qu'il s'agissait, en fait, d'une fausse bonne
idée puisque la démarche est menée, selon eux, au mépris de leurs droits
inhérents à l'autodétermination et à l'autonomie gouvernementale.
D'ailleurs, l'APNQL a envoyé deux
correspondances dans la dernière année au premier ministre, M. Legault,
exigeant au gouvernement de ne pas légiférer en ce sens. Et récemment l'APNQL a
envoyé, en mars 2023... et nous pourrons déposer auprès
de la commission, M. le Président, une copie de la lettre qui a été envoyée à
M. le premier ministre, j'imagine. Je ne vois pas le nom de M. le ministre en
CC, mais j'imagine que le bureau du premier ministre lui a transmis une copie
de la lettre, datée du 8 mars 2023 à Wendake, et M. Picard soulignait
qu'en vertu du droit inhérent à l'autonomie gouvernementale les Premières
Nations élisent leurs gouvernements et ont leurs lois. En plus de leurs lois
coutumières, elles peuvent adopter et faire respecter leur propre législation.
Or, M. le chef Picard ajoute que le gouvernement de la province de Québec ne
peut pas imposer ses lois aux Premières Nations lorsqu'elles ne relèvent pas de
leur autorité et il indique donc que légiférer sur la question des langues
autochtones est une fausse bonne idée. Ce n'est pas dans la lettre. Ça a été
repris dans les médias.
Alors, ma
question, M. le Président, pour M. le ministre, est la suivante. Donc, pourquoi
tenir ces consultations, sachant que les Premières Nations crient haut et fort
qu'elles ne veulent pas que vous légifériez sur cet enjeu?
Président (M. Bachand) :
...je crois que vous allez faire
parvenir la lettre au secrétariat? Merci beaucoup. M. le ministre, s'il
vous plaît.
M. Lafrenière : Oui, merci beaucoup,
M. le Président. Je suis persuadé qu'avec l'accord de mon collègue... Je vais
prendre juste un instant pour saluer les équipes qui nous accompagnent, parce
que, M. le Président, c'est un deux heures
de temps de qualité qu'on va passer ensemble, mais, pour les équipes, ce sont
des jours et des heures de travail. Alors, je veux remercier les équipes
qui sont avec nous aujourd'hui.
Avec moi, M. le Président, le chef de cabinet,
M. Étienne Vézina, Alana Boileau, conseillère principale. J'ai M. Patrick Lahaie, Patrick Brunelle, Lucien-Pierre
Bouchard, Olivier Bourdages Sylvain, Yannick Larouche-Tremblay, Julie
Martel, Igor Farkas. Et, M. le Président, c'est juste pour vous dire la
quantité de travail, pour les gens qui nous écoutent, là, à la maison, qui est
fait pour cette reddition de comptes aujourd'hui, qui est si importante.
Avant de répondre directement à la question,
puis je crois que plusieurs collègues l'ont fait au salon bleu tout à l'heure,
je joins ma voix à mes collègues concernant les deux pompiers qui sont toujours
manquants. C'est une nouvelle qui est incroyable, M. le Président, alors de
tout coeur avec les collègues, les amis et la grande famille de pompiers. J'ai
été pompier pendant plusieurs années, alors très touché par ce qui se passe.
M. le Président, la question du collègue est
totalement à point, et ça va prendre un petit peu de temps pour la réponse, si vous me permettez, M. le Président,
puis on verra, mon collègue me coupera quand ce sera trop long, parce
que c'est une question qui est fondamentale. Elle est sensible, elle est
profonde, puis c'est important, et, vous savez, M. le Président, je vais y
aller à deux volets.
La
partie de faire des lois qui touchent les
Premières Nations, est-ce qu'on devrait le faire ou pas, comme gouvernement?
Avec mes collègues des oppositions, on s'est rendus, il n'y a pas plus tard
qu'une semaine, à Manawan pour déposer le bilan de la loi n° 79, et la loi
n° 79, on l'a faite, on l'a faite ensemble, on l'a faite de façon non partisane, et c'est important, on devait le
faire, et le bilan qu'on a déposé avec les familles, c'est qu'il y a
80 familles, présentement, avec qui on travaille pour retrouver
120 enfants, et ça, on a légiféré, là-dedans, pour mon collègue. C'est vrai qu'on l'a fait. On se devait de le
faire et on l'a fait pour nous, M. le Président, c'est pour nous lier, nous,
avec ce travail-là qui était si important.
Pourquoi je vous parle de tout ça pour revenir
avec langue, culture, c'est qu'en matière de langue, culture, depuis ma tournée sur le terrain, j'ai fait les
55 communautés, j'ai rencontré les organismes en milieu urbain, et, sans équivoque, tout le monde me dit l'importance de
faire quelque chose pour protéger les langues vernaculaires, les langues des
Premières Nations, des Inuits. Et, comme c'est revenu à chaque reprise depuis
un an, M. le Président, il n'y a pas de surprise,
je l'ai dit sur toutes les tribunes, on devait faire quelque chose. Le premier
ministre l'a dit aussi. Il a dit qu'il fallait
faire l'équivalent d'une loi 101 pour les Premières Nations, pour les
autochtones. Alors, les gens peuvent être déçus, mais ils ne peuvent pas
être surpris, M. le Président. Ça a été sans équivoque.
Et hier,
notre première consultation, il y a 82 personnes qui étaient présentes, des
gens qui nous ont fait comprendre leur
volonté, l'importance de protéger la langue, et, pour mon collègue, je veux lui
annoncer aujourd'hui que, suite à cette première rencontre-là, on a
changé des choses.
Premièrement, ce n'est pas des consultations. Le
terme a changé, c'est un dialogue, c'est une rencontre, ce sont des échanges.
Ce n'est pas une consultation au terme strict de la loi. Deuxièmement, sur la
forme, on va même se donner plus de temps pour la prochaine rencontre qu'on a
du côté d'Uashat, qui est la semaine prochaine, parce qu'il y avait beaucoup de
gens qui étaient présents.
Puis, M. le Président, en terminant, parce que
je vois que je parle beaucoup, M. le Président, ce qui était important... puis
ma collègue de la deuxième opposition le sait parce qu'elle-même avait fait
cette suggestion-là, de légiférer, de
trouver une façon d'aider les Premières Nations avec leurs langues, et jamais
ce n'était sorti de façon partisane. Pourquoi? Parce que je sais qu'il y
avait une bonne intention. Ça part de ça. On veut faire la même chose. On veut travailler avec les Premières Nations. On veut se
lier, comme gouvernement, pour les aider dans la protection de la langue.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Merci, M. le ministre.
Et, juste avant d'aller au député d'Acadie, juste une petite correction. Alors, la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré est remplacée par le député de Maskinongé. M. le député
d'Acadie, s'il vous plaît.
Morin : Oui, puis on comprend bien, M. le Président,
pourquoi la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré, évidemment, est remplacée
aujourd'hui, et permettez-moi également de joindre ma voix à celle de M. le
ministre en ce qui
a trait à la situation tragique qui est vécue là-bas. On pense notamment aux
familles des deux pompiers qui sont disparus, qui n'ont pas été
retrouvés, je pense, à ce jour.
Donc, si on revient à nos questions, M. le
Président, quel est le coût de cet exercice en ce qui a trait aux langues, finalement,
des Premières Nations? Quel est votre échéancier pour terminer l'exercice, mais
combien cela va-t-il coûter?
Le Président (M.
Bachand) : ...
Lafrenière : Oui, merci, M. le Président. Bien, avant d'aller
sur le coût des... j'étais pour dire «consultations» encore, mais je
vais devoir m'ajuster, de nos rencontres, de nos dialogues, c'est
important de rappeler qu'on va aller à quatre
endroits. Hier, on était à Val-d'Or, la semaine prochaine, à Uashat, par la
suite, ce sera Kuujjuaq, et on va terminer à Montréal.
J'aimerais... Puis c'est important parce qu'hier
c'est une question qui m'a été apportée, à Val-d'Or, pour mon collègue, il y a
quelqu'un qui m'a dit : Si vous avez vraiment du coeur puis vous voulez
vraiment nous aider pour les langues,
cultures, pourquoi vous ne faites pas comme la Colombie-Britannique et mettre
35 millions pour la protection et la promotion des langues, des
cultures autochtones?
Et, M. le
Président, je me suis rendu compte que c'est peut-être parce que notre plan
n'avait pas été connu, le plan Ensemble
pour les prochaines générations ,
qu'on a déposé l'année passée. Ce que je veux vous dire aujourd'hui, M. le
Président, c'est que tout ce qu'on fait là, c'est conséquent. L'an passé, on a
déposé un plan, et le pilier le plus important du plan d'action sociale, ce sont les langues, cultures autochtones,
pour 35 millions, pour les prochaines années. Je parle de chiffres,
là, mais ce qui est le plus important pour les gens, c'est quelque chose qui me
tient à coeur, combien ça va coûter?
Puis, en même
temps que je vous parlais, j'attendais la petite fiche qui va me confirmer le
coût. Elle va arriver plus tard parce qu'on commence notre exercice. On se rend
sur le terrain, et j'ai fait trois rencontres avec les chefs. Je les ai
rencontrés en personne à leur demande, en Teams à ma demande. Alors, à trois
reprises, avec l'APNQL, on les a rencontrés dans la dernière année,
quatre rencontres qui se font en milieu urbain et en communauté autochtone. Par
la suite, ce qu'on va faire, M. le
Président, c'est réfléchir avec tout ce qu'on a reçu puis se dire :
Qu'est-ce qu'on fait, quel est le meilleur outil, où on devrait aller?
Et, en terminant, M. le Président, je veux
rassurer mon collègue. On a reçu plusieurs lettres d'appui, des gens qui disent : Il faut faire quelque chose en
matière de langues, cultures autochtones, il faut aider. Parce que ce qui a été
déclaré hier par un des participants de la rencontre, selon les Nations unies,
on se dit que les 7 000 langues autochtones, dans un horizon
de quelques années, disparaîtraient majoritairement. Il faut agir.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député d'Acadie.
Morin : Oui. Alors, merci, M. le Président. Dans les
crédits de transfert, en fait, du ministère du Conseil exécutif, là, le
secrétariat est sous ce chapeau-là, dans le budget des dépenses 2023-2024,
à la page 4-11, on remarque que le fonds
de développement pour les autochtones est passé de 350 000 $, en
2022-2023, à 182 000 $ en 2023-2024. Comment pouvez-vous nous
expliquer cette baisse, M. le ministre?
M. Lafrenière : Oui, M. le
Président. Bien, je veux vous rassurer, premièrement, pour ce qui est du Fonds d'initiatives autochtones, la somme a été majorée.
En même temps qu'on fait la vérification dans le budget pour répondre à la question très précise de mon collègue, il n'y
a pas eu de baisse. Puis je veux rassurer mon collègue, M. le Président,
il n'y a pas eu de baisse du tout, puis je vous donne l'exemple, Fonds
d'initiatives autochtones, dans le budget, c'est 185 millions qui ont été
confirmés. Alors, aucune baisse.
Pour ce qui est de la question très précise de
mon collègue, puis c'est pour ça que j'attendais pour recevoir la note, je vous confirme que c'était une entente.
C'étaient des sommes qui étaient résiduelles dans un... dans le transfert, et
c'est pour ça qu'il y a une légère baisse, mais, au niveau du Fonds
d'initiatives autochtones, ce qui est, c'est-à-dire,
notre bras économique au Secrétariat des
relations avec les Premières Nations et les Inuit, je vous confirme qu'il n'y a
aucune baisse, on est à 185 millions.
Dans les
autres sommes, c'est toutes des hausses, là. Quand on regarde dans toutes les
lignes, monsieur... pour mon collègue, on a des hausses partout. Le budget n'a
pas été amputé du tout, M. le Président. Je veux le rassurer. C'est
important. Puis le Fonds d'initiatives autochtones, c'est ce qui nous permet,
puis on pourra en parler tantôt en échange,
c'est ce qui nous permet d'aider des projets importants dans les communautés.
On pourrait parler d'Atikuss. On pourrait parler d'hébergement. On pourrait
parler de plusieurs choses. Ça nous permet de les aider et de tenir les cercles
économiques aussi.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député d'Acadie.
M. Morin : Oui, merci, M. le
Président. Donc, je souhaite maintenant aborder l'enjeu des Premières Nations en milieu urbain, M. le Président. La proportion
des membres des Premières Nations vivant en milieu urbain a augmenté de
plus de 12 % en cinq ans et compose près de la moitié de la population
autochtone. D'ailleurs, à Montréal, c'est la ville au Canada qui a connu la
plus forte augmentation de la population autochtone en cinq ans, soit
32,4 %. Une fois arrivés en ville, les
membres des Premières Nations font face à plusieurs défis. Ils se heurtent à
une réalité urbaine, font parfois l'expérience d'un choc
culturel. Ils sont victimes de discrimination raciale quant à la quête d'un
travail ou d'un logement.
D'ailleurs,
les enjeux d'itinérance et d'accès au logement touchent les membres des
Premières Nations en milieu urbain.
En matière d'itinérance, les autochtones sont surreprésentés parmi les
populations itinérantes au Canada. De plus, une étude, en 2014, estime qu'une personne autochtone sur 15 à travers
le Canada est susceptible de se retrouver en situation d'itinérance.
C'est une proportion beaucoup plus forte que les autres personnes.
Face à ces
chiffres alarmants, pouvez-vous ou que comptez-vous faire pour améliorer la
situation des Premières Nations en
milieu urbain, notamment dans l'appui des organismes établis qui leur viennent
en aide? Et j'aimerais aussi attirer l'attention, M. le Président, de M.
le ministre à la page E.67 du plan budgétaire du gouvernement, parce que, sous la rubrique «Assurer la continuité des
services d'hébergement pour les autochtones en situation d'itinérance à
Montréal», en 2023-2024, il y a 6,5 millions, mais, par la suite, il n'y a
absolument rien, alors que la population, malheureusement, autochtone en ville
augmente et qu'il y a beaucoup d'itinérants.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
Lafrenière : Merci, M. le Président. Mon collègue va me
permettre une réponse longue parce que sa question était chargée de
points hyperimportants.
Je vais
commencer par le dernier point, puis vous avez bien fait de le noter, c'est le
projet qu'on appelle PAQ2, et le 6,5 millions, la raison pour
laquelle il n'y a pas de récurrence, c'est de l'immobilisation, on est à 50-50
avec les fédéraux là-dedans, et c'est pour une nouvelle bâtisse — je ne
peux pas vous confirmer l'endroit aujourd'hui, ça va se faire très bientôt — pour
aider les gens en situation d'itinérance, et mon collègue connaît bien
Montréal, là, c'est un secteur qu'on connaît bien, qui est Milton Park.
C'est un endroit où il y a une clientèle itinérante qui est présente. Il n'y a pas beaucoup de services dans ce secteur-là.
On veut aider PAQ, qui existe déjà, à faire l'achat d'une résidence. C'est
pour ça que le 6,5 millions, il n'est pas récurrent. Ce n'est pas pour les
services qui sont donnés à l'intérieur, c'est pour l'achat d'un local,
premièrement.
Deuxièmement, quand on parle de plan d'action de
l'itinérance 2021-2026 avec mon collègue ministre qui est à Santé et
Services sociaux, c'est 14 millions qui ont été gardés spécifiquement pour
les Premières Nations, pour les Inuits. Quand je suis arrivé en place, M. le
Président, une des premières priorités, puis c'est mon passé de policier qui me
l'a ramenée, c'était la situation qu'on connaît au centre-ville de Montréal, au
square Cabot, où, moi, ce qui me faisait
vraiment peur, M. le Président, c'est que c'est un endroit où les clientèles
itinérantes sont, c'est un endroit qu'ils se retrouvent. Cependant, au
niveau des services, il n'y avait plus grand-chose. Pourquoi? Il y a un boom
immobilier. Dans ce secteur-là, il y a une
grande pression immobilière qui a été faite. Les couteaux... Les couteaux! Les
locaux coûtent une fortune, et les organismes se déplaçaient, mais la
clientèle itinérante ne suivait pas.
Alors,
rapidement, on a mis 3,6 millions de dollars pour Résilience. On a
demandé au fédéral de faire la même chose.
Et, M. le Président, ce que j'ai été très heureux d'apprendre, il y a plusieurs
fondations qui ont décidé d'embarquer avec
nous, des grandes corporations qui ont décidé de donner un coup de main parce
que, mon collègue l'a bien dit, la situation de l'itinérance, c'est
particulier. On l'a à Montréal. On l'a en région.
Je veux terminer en vous disant, M. le
Président, qu'hier j'étais à Val-d'Or, où on a annoncé, avec le Centre d'amitié
autochtone de Val-d'Or, des investissements importants avec le fédéral pour
agrandir le centre d'amitié. Pourquoi? Parce
qu'ils ont une clinique sur place, qui donne des soins qui sont adaptés, qui
font aussi de l'hébergement. Voilà
deux ans, on a annoncé 15 millions pour la clinique et, hier, on annonçait
10 millions pour agrandir le centre d'amitié autochtone.
Ça fait que c'est clair, puis je vais avoir la
chance d'en parler souvent, le dossier de l'itinérance, du côté autochtone, est hyperimportant. On a plusieurs
centres d'amitié au Québec. Là, je vois que je parle trop longtemps. Ça fait
qu'on pourra en reparler pour les différents centres d'amitié, mais c'est une
réalité qui est vraie. Puis mon collègue fait bien de le dire, hein? Il y a les communautés, on a
55 communautés, mais on a des gens qui vivent en milieu urbain,
puis eux aussi ont besoin de services, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député,
s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le Président.
J'aimerais également parler du centre Ullivik, à Dorval, qui est un centre d'hébergement destiné aux Inuits qui doivent
séjourner dans le Sud afin de pouvoir se rendre dans les hôpitaux et aller à
des rendez-vous médicaux. En 2022, un
article de Radio-Canada révèle qu'il y a
eu plusieurs plaintes d'usagers concernant l'état de la salubrité au centre Ullivik,
punaises de lit, manque de propreté des installations, parfois même du personnel irrespectueux envers les Inuits et
qualité de la nourriture qui est déficiente. Depuis la sortie de cet article,
enfin, êtes-vous au courant de la situation
au centre Ullivik et avez-vous entrepris des démarches avec la Régie régionale de
la santé et des services sociaux du Nunavik et la direction du centre pour
remédier à la situation?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
Lafrenière : Oui, merci beaucoup, M. le Président. Écoutez,
c'est un dossier que je connais bien, que j'ai connu, dans le passé, comme
policier, le centre Ullivik, qui était au centre-ville de Montréal, qui est
rendu justement à Dorval, et effectivement
ce que le collègue a mentionné, je l'ai entendu, puis ce n'est pas des choses
qui nous plaisaient, mais pas du tout.
Depuis ce temps-là, il y a eu un
rapport avec des recommandations, 27 recommandations qui ont été déposées,
et, M. le Président, je veux vous rassurer que la régie a accepté un mandat
d'accompagnement qui va commencer en juin
prochain. Alors, la régie va être accompagnée par des gens qu'ils ont acceptés
pour les aider dans ce mandat-là qui est colossal, de venir faire des
changements, d'appliquer les 27 recommandations qui ont été déposées dans
le rapport, parce qu'il y a des changements à faire.
Puis je vais terminer
en donnant un exemple bien concret puis je suis sûr que mon collègue l'a vu
aussi. Récemment, je pense que c'est
Radio-Canada qui rapportait qu'au centre Ullivik il y avait un manque de
chaises roulantes. C'était rendu au point qu'il y avait... les gens
utilisaient, vous savez, des petits carrosses qu'on a à l'aéroport, là, pour déplacer des gens qui étaient à mobilité réduite,
et on a agi rapidement. J'ai parlé à la présidente de la régie, que je connais
personnellement, Mme Jennifer Munick, et, la semaine d'après, ça a été réglé,
M. le Président.
Alors,
oui, il y a des enjeux, c'est vrai, puis on travaille ensemble avec nos
partenaires du... de la régie de santé, mais là de savoir qu'ils ont accepté le
mandat d'accompagnement, ça va commencer en juin prochain, c'est rassurant.
Puis je veux rappeler... puis c'est bien de
questionner ce qui va moins bien, mais il faut se rappeler que le centre
Ullivik, c'est unique. Ça permet aux gens qui viennent de recevoir des
traitements à Montréal d'être hébergés dans un endroit qui est
sécuritaire, qui est adapté pour eux. La sécurisation culturelle, c'est un bel
exemple à quel point c'est important. Puis
je sais qu'avec mon collègue on a eu au moins deux débats de fin de séance
ensemble là-dessus. Il faut se rappeler la
partie autonome du... de la
santé dans le Nord avec les Inuits, mais ils ont accepté un mandat
d'accompagnement, puis moi, je pense que c'est garant pour le futur.
Le Président (M. Bachand) : Alors, avec votre accord, on passerait maintenant à la députée de
Sainte-Marie—Sainte-Anne pour une période de 12 min
21 s, s'il vous plaît.
Mme Massé : Si
ça vous va