Agriculture, Fisheries, Energy and Natural Resources — 18 September 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CAPERN 2019-09-18
Quebec — Committees
(Onze heures trente-six minutes)
Le Président (M. Lemay) : Alors, à
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de
l'énergie et des ressources naturelles ouverte. Je demande à toutes les
personnes présentes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs
appareils électroniques.
Et la commission, aujourd'hui, est réunie afin de procéder
à des auditions publiques dans le cadre des consultations
particulières sur le projet de loi n° 34, la Loi visant à simplifier le
processus d'établissement des tarifs de distribution d'électricité.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Thouin (Rousseau)
remplace Mme Blais (Abitibi-Ouest); Mme Ghazal (Mercier) remplace Mme Lessard-Therrien
(Rouyn-Noranda—Témiscamingue);
et M. Gaudreault (Jonquière) remplace M. Roy (Bonaventure).
Président (M. Lemay) : Merci. Cet avant-midi, nous entendrons M.
Sylvain Audette, membre associé de la Chaire
de recherche en gestion du secteur de l'énergie à HEC Montréal. Je vous
souhaite donc la bienvenue, M. Audette. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé,
puis nous procéderons avec la période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite donc à procéder à votre exposé. La parole est à
vous.
M. Audette
(Sylvain M.) : Merci. Donc,
bonjour. Je suis professeur à HEC Montréal, notamment responsable de formations qui sont offertes par HEC et dans le
monde aussi dans les enjeux de gestion du secteur de l'énergie, notamment
réglementation et tarification. Le mémoire que vous avez devant vous, c'est le
résultat d'une réflexion commune avec Pierre-Olivier
Pineau. Il s'excuse de ne pas être ici, il est pris à Montréal, mais sinon il
aurait été assis à côté de moi, c'est certain.
Évidemment,
on a fondé la chaire de recherche ça fait depuis cinq ans, pour ceux qui la
connaissent plus ou moins. Notre
objectif, à la chaire, on vise à développer une expertise quant au secteur de
l'énergie au Québec, parmi les jeunes qui viennent chez nous,
démystifier les enjeux puis contribuer activement au débat. Donc, c'est un peu
ce qu'on va essayer de faire ici dans la mesure du possible.
Donc, dans le
mémoire, vous avez un résumé du contexte de la loi n° 34.
Je ne vais pas, évidemment, relire tout ce qu'il y a là-dedans, mais vous pouvez trouver notre interprétation
détaillée du contexte particulier qui a guidé le dépôt du projet 34. Notons que la source du
problème qui nous amène ici réside en grande
partie par l'utilisation du terme
commun, dans le jargon réglementaire,
«trop-perçu», qui a peut-être été galvaudé un peu trop souvent. Je vous dirais qu'Hydro-Québec l'a plus justement nommé «écart de rendement» dans
ses communiqués, un écart par rapport à un rendement qui est jugé
raisonnable, habituellement dans les textes de loi en réglementation d'un
monopole d'État, qui est, ici, au Québec, fixé à 8,2 % sur l'avoir propre.
Aussi, en
faisant abstraction de la politique, établissons tout de suite qu'il y a trois
chapeaux à porter lorsqu'on évalue un
peu la portée du projet de loi. Il y a d'abord celui d'actionnaire
investisseur, comme gouvernement, comme Québécois, comme actionnaire
investisseur, Hydro-Québec; celui du consommateur; celui du citoyen, aussi, qui
veut atteindre des objectifs plus larges au niveau de la société.
Donc, le
dépôt du projet de loi n° 34 s'appuie sur des prémisses fortes, qui sont
assez populaires, pour en avoir parlé durant l'été avec ma famille. Une
garantie de bas tarifs, simplifier le processus qui sert à les fixer, remise
accélérée de 500 millions, un gel ou des économies de près de
1 milliard, évidemment c'est alléchant.
Et puis,
autour d'un barbecue, c'est plus difficile d'expliquer en détail toutes ces
complexités-là. Toutefois, le dossier tarifaire prospectif est assez simple.
Une des prémisses principales, c'est de dire que c'est très compliqué de fixer
des tarifs. En fait, c'est important
que les membres de la commission, ici, comprennent qu'en réalité les tarifs,
théoriquement, c'est 6 milliards en approvisionnement plus
3 milliards en transport puis 3 milliards en distribution. Les
chiffres varient un peu, mais, grosso
modo, c'est ça. La dernière fois que j'ai regardé, le revenu requis
d'Hydro-Québec, la décision cette année, c'était 12,2 milliards plus 97 millions, là, additionnels.
Donc, le 12 milliards que je vous présente dans le mémoire est assez
réaliste.
Là, on prend
ce 12 milliards là puis on le divise par les ventes anticipées. Donc, les
ventes anticipées, plus de l'ordre de
170 térawattheures, j'ai mis 200 dans le mémoire pour simplifier les
calculs, parce que je ne voulais pas complexifier, ça donnerait des tarifs de 0,06 $. Donc, si
on part avec 0,06 $, selon la théorie... Cette méthode-là, c'est la
méthode qu'on appelle la méthode du coût de service, que vous allez voir à la
section II du mémoire. C'est une méthode qui n'est pas nécessaire de refaire à chaque année lorsque
l'équation fonctionne bien, c'est-à-dire le 12 milliards divisé par le 180
ou 200, au prospectif ou au réel.
Cependant,
comme il est illustré dans le mémoire, à la page 8, même si les sommes des
coûts en achat d'électricité, en
transport et en distribution se concrétisent parfaitement à 12 milliards,
mettons que c'est vraiment ça qui arrive, si, en réalité, les ventes sont plus élevées à coût constant, bien, vous allez
avoir un tarif qui va avoir été fixé trop élevé. Parce que, quand on fait cette division-là, c'est comme si on
a fixé 0,06 $, alors qu'on aurait dû être en bas de 0,06 $. Qu'est-ce
que ça fait? Ça fait un écart de
rendement par rapport au rendement jugé raisonnable, ça fait ce qu'on a
qualifié de trop-perçu, qui devrait
plus être... dire, bien : C'est un écart de rendement par rapport au
rendement qu'on a normalement. Alternativement, si c'est le contraire, donc s'il y a moins de ventes que prévu, pour une
raison x, bien là, c'est le contraire, le tarif va avoir été fixé trop bas, et
là il va y avoir ce qu'on va appeler, dans le jargon, le contraire d'un
trop-perçu, un manque à gagner ou un
écart de rendement négatif. Il a d'ailleurs été fixé trop haut pendant les...
depuis que la régie existe, parce qu'au niveau de l'inflation il y a toujours
eu des écarts de rendement positifs, pas toujours, là, mais en majorité il y a
eu des écarts de rendement positifs.
Donc, le tarif fixé à l'inflation, dans le passé, la régie ou pas qui l'a fixé,
ce n'est pas important, c'est... bien, il y a eu quand même ces écarts de
rendement positifs là plus souvent que normal, disons, dans les autres
juridictions.
Donc,
je vais parler un peu plus... Dans le moment, on parle du tarif plafonné à
l'inflation, aussi, dans la
section II. Donc, même si certains pourraient être d'accord avec les quatre
prémisses populaires que j'ai mentionnées tout à l'heure, qui sont très
populaires autour d'un barbecue cet été mais qui sont difficiles à expliquer,
en fait, ces bonnes pratiques de gestion
des monopoles publics devraient se résumer dans ce que vous voyez à
l'article 5 de la loi actuelle. Donc, quand on regarde les lois à travers
le monde, ce qu'on voit, on voit essentiellement l'article 5
partout : «Dans l'exercice de ses fonctions,
la régie assure la conciliation entre l'intérêt public — le citoyen — la protection des consommateurs — ceux qui paient les tarifs — et un traitement équitable [des investisseurs,] des
distributeurs», ici, puis nous, par le fait même. Et il y a le principe d'équité aussi qui est très fort, à la
fin. Donc, cet
article 5 là est très important lorsqu'on revoit un texte
de projet de loi.
Donc,
ça veut dire que, l'article 5, quand on le met avec l'article 49, on
voit qu'il faut, en fait, que l'actionnaire qui investit pour développer un
service public ait un tarif... il ait un rendement raisonnable, il faut que ça
résulte en des tarifs qui sont justes
et raisonnables. Ça veut dire qu'il faut qu'il y ait une équité entre les
catégories de clientèles. Ce sont plutôt ces prémisses décrites dans l'article 5 de la loi qu'il faut
s'assurer de respecter. La simplification, c'est souhaitable, même possible, on en parle dans notre mémoire, mais ça
ne doit assurément pas être au coeur de la justification du projet de loi n° 34.
Donc,
je suis d'accord avec Hydro-Québec qui disait, en fait, que le projet de loi n° 34... il ne le dirait pas directement, mais il disait hier, là, qu'en fait c'est quand même un mécanisme de
réglementation incitative de type tarif plafond. Par contre, il a été reconnu que d'imposer un MRI,
mécanisme de règlement incitatif, de type tarif plafond, comme le projet
de loi essaie de le faire, c'est de plus en
plus abandonné dans le monde parce que ça cause énormément de problèmes. Donc,
ce projet de loi vise des changements
majeurs qui sont risqués, et surtout par le type de méthode de fixation des
tarifs qui est imposé. Il y a le
potentiel de créer des chocs tarifaires, on va y revenir, et puis ça risque de
ne pas faciliter la transition énergétique, si on veut investir
davantage dans certains moments.
Donc,
tarifs plafonnés, pas l'idéal. La productivité à l'inflation, c'est comme si on
dit : Bien, Hydro-Québec, dans le
passé, a été aussi bonne que l'inflation, mais on voit en réalité qu'ils ont
toujours eu des productivités supérieures à l'inflation. Donc, ça aussi,
c'est un problème, que... je suis sûr, les groupes intervenant vont vous
le souligner.
Ensuite, une des
autres motivations qu'on parle dans notre... c'est la
section III de notre
mémoire, c'est qu'on parle des enjeux de la
régie. Et ça, là-dessus, on est assez d'accord qu'il y a des choses à faire,
dont 93 journées, 86 dossiers, là, vous pouvez voir les chiffres
dans... Hier, on a eu des discussions sur les chiffres, je suis allé les
chercher dans le rapport annuel, là,
la semaine dernière. Donc, à ce sujet-là, nos conclusions générales sont
claires : réduire la durée des dossiers, oui; réduire le nombre de dossiers, oui; réduire les coûts au passage,
oui; permettre à la régie de tenir compte de préoccupations et de
décrets du gouvernement sans que la solution finale soit imposée, oui aussi;
aborder le rôle de validation et vérification de la régie, non; et politiser le
processus de fixation des tarifs, non. Donc, je pense que notre position à ce niveau-là... Oui, on va connaître... il y a
des problèmes avec la régie, mais il
y a certaines choses qu'il ne
faudrait pas passer outre lorsqu'on regarde le projet de loi.
Dans la
section IV, ce que vous avez, c'est que vous avez une synthèse des
problèmes de fond du projet de la loi n° 34. Donc, on l'a dit, le projet 34, c'est l'équivalent théorique
d'un tarif de plafond global, c'est-à-dire qui inclut tous les coûts sur cinq ans,
basés sur l'inflation, qui, à notre avis, est un peu trop rigide tel que
présenté. Donc, il y a un affaiblissement des institutions nécessaire plutôt
que de chercher à améliorer, il y a un manque de... il va y avoir une absence de... La connaissance va être diluée un
peu, des contrecoups inévitables qui vont être liés à cette utilisation de
l'inflation pour cinq ans, et ça va
indigner des gens, impression de politiser davantage la gestion du secteur
électrique, retirer le processus annuel
du domaine public, davantage de marge de manoeuvre pour Hydro-Québec. Bref, une
recette qui risque de tourner au désavantage de tous, et pas dans
l'intérêt public.
Dans
nos conclusions... Vous avez une série de conclusions. D'abord, la plupart des
conclusions reviennent à l'idée de
l'article 5 et de l'article 49, qui dit qu'il faudrait s'assurer que
le rendement est jugé raisonnable au niveau d'Hydro-Québec. S'il est à l'inflation puis, demain matin, au lieu
de faire un rendement de 700 millions, ils font 1,4 milliard de
rendement, est-ce que vous pensez que
c'est raisonnable? Donc, il faudrait ajuster cet élément-là pour dire,
bien : Il y aurait des éléments déclencheurs qui feraient en sorte qu'on
va déclencher ça si jamais on voit que ça devient déraisonnable. Donc, dans nos conclusions, on écrit aussi : «Il
est faux de prétendre qu'il n'y aura plus d'écart de rendement — on avait entendu ça — il sera simplement caché ou invisible
pendant cinq ans avec le projet de loi n° 34, mais seuls les
écarts négatifs risquent de déclencher des mécanismes de réouverture de
la part d'Hydro-Québec pour ses actionnaires.»
gel des tarifs un an semble présumer... Il va y avoir des intervenants qui vont
survenir après moi qui vont dire : Bien, je pense que ça va présumer des trop-perçus. L'objectif ultime,
souhaitable de simplification, oui, c'est possible en modifiant un petit
peu le projet de loi.
La tenue
d'audiences publiques pour le distributeur n'a pas à être obligatoire sur une base
annuelle, dans la mesure où il y a
une expertise indépendante de la régie pour valider les coûts et les revenus
présentés au réel en fin d'année, on en a parlé hier un peu. Mais ça
prendrait un rapport, là, qui serait public, qui serait rendu public.
La validation
des coûts et revenus réels en fin d'année pourrait justifier automatiquement un
ajustement des tarifs, sans égard à
l'inflation et le projet de loi n° 34, en évitant ainsi
de laisser ce jugement-là au gouvernement. Je vous lance des chiffres, je vous dis : On parle de
100 millions, 500 millions. Si on veut y aller en chiffres absolus,
il faudrait que ça soit entre 100 et
500 millions. Est-ce que ça serait à 200 millions? Par exemple, le
rendement actuel d'Hydro-Québec sur l'avoir propre, il est de
300 millions. Donc, si ça serait de 300 millions, ça serait
qu'Hydro-Québec, pendant une année, n'aurait rien sur l'avoir propre, ce serait
seulement la dette qu'il paierait. Donc, entre 100 millions et
500 millions, ça représente entre 1 % et 4 % du
12 milliards que je vous ai parlé tout à l'heure. Peut-être que ce serait
ça, un élément déclencheur qu'on pourrait
mettre dans la loi, et avoir une cause tarifaire qui serait obligatoire après
trois ans. Donc, à ce moment-là, on pourrait quand même regarder les
impacts négatifs, notamment sur l'interfinancement.
Dans le
mémoire, on parle qu'il y a... l'inflation est utilisée, mais pas à 100 %
pour le tarif L, donc les grands clients industriels. Ça risque de détériorer l'interfinancement, on ne sait pas trop
qui va payer. On parle aussi dans le mémoire sur le fait qu'il y a des
coûts qui vont être alloués ou des revenus qui vont être redistribués. À
quelles catégories? Est-ce que ça va faire que l'équation que je vous ai
montrée tout à l'heure, globale, quand je la regarde par catégorie tarifaire...
Le Président (M. Lemay) : M.
Audette.
M. Audette
(Sylvain M.) : ...c'est qui
qui va avoir les 500 millions? Bien, c'est ça, une des questions qu'on a à
voir.
Président (M. Lemay) : M. Audette, je sais qu'il vous restait juste un
petit point à mentionner, mais je vais procéder
quand même avec... La période de 10 minutes étant terminée, je vais
procéder avec la période d'échange avec M. le ministre. M. le ministre, vous
pouvez y aller, puis, si jamais M. Audette, il veut rajouter son commentaire,
il pourra le faire après votre question.
M. Julien : J'aimerais ça, sur mon
temps, permettre une minute de plus pour qu'il conclue.
Le Président (M. Lemay) : Parfait.
Allez-y, M. Audette.
M. Audette
(Sylvain M.) : Merci
beaucoup. Donc, de manière plus spécifique, un peu ce que je voudrais plus vous
dire, c'est que, si on va vraiment dans
l'étude du projet de loi de manière constructive, on a recommandé cinq
recommandations et suggestions spécifiques, qui sont à la fin. Donc, la
première, ce serait : Amender le projet de loi n° 34
pour demander à Hydro-Québec Distribution de déposer systématiquement à la
régie les chiffres réels en fin d'année au plus tard le 1er janvier et validés — donc, hier, on a dit qu'on le ferait, mais
il faudrait que ça soit validé; amender le projet de loi... de déposer à la régie des chiffres prospectifs
allégés au plus tard le 1er décembre — donc, on ne parle pas de cause tarifaire
ici, on parle juste de déposer des chiffres
allégés, ils pourraient le faire même cette année, au 1er décembre; et
amender le projet de loi pour obliger
Hydro-Québec à déposer automatiquement un dossier tarifaire complet après trois
ans, et non pas cinq ans, comme le
projet l'exige... ça se peut qu'on reste sous le tarif plafond, là, mais
seulement cinq ans; et conserver l'esprit de la loi, 48.1...
Le Président (M. Lemay) : Merci...
M. Audette
(Sylvain M.) : ...parce que
je pense qu'on n'a pas besoin vraiment de l'éliminer si on considère que
c'est un tarif plafond indexé à l'inflation. Merci.
Président (M. Lemay) : C'est bon. Alors, merci, M. Audette, pour votre
exposé. M. le ministre, la parole est à vous.
Julien : Oui. Oui, merci, M. Audette, et grand plaisir de vous
rencontrer aujourd'hui pour avoir ces discussions-là. Vous avez dit
plusieurs choses, je vais ramener... je veux connaître un peu votre point de
vue. Alors, vous parlez que l'inflation
n'est probablement pas la bonne mesure. Bon, je réitère, là, puis je le réitère
sur base historique, tarification 15 ans, supérieure à l'inflation, un écart qui s'est créé, écart supérieur à la
somme des écarts de rendement observés, là, avec le mécanisme d'écart de
rendement. Alors, ça, c'est une chose.
On retourne 50 ans derrière, la même chose.
Naturellement, si on prend du «cherry picking», juste les deux, trois dernières années, ça ne révèle pas ça, mais,
sur une longue période, la tarification par cause tarifaire a été supérieure
à l'inflation. Le gel, en fin de compte, de
la première année, là, qui est proposé au p.l. n° 34,
vise justement une correction de ce
que... également, qu'on l'a réfléchi. On a regardé les écarts de rendement, le
mécanisme d'écart de rendement, qui disait : 2018,
182 millions; 2017, 90 millions; 2016, 37 millions; 2015,
77 millions; 2014, 160 millions. Ça, c'est les cinq dernières années.
Puis on vient dire : Nous, là, si on
faisait un gel tarifaire l'an prochain, là, qui représente 195 millions,
selon l'évaluation la plus probable, c'est
supérieur, ce gel-là, en termes d'effet tarifaire, à chacune des années qu'on a
observées dans
les cinq dernières années. Donc, c'est pour dire : On voit à répétition un
écart de rendement, qui est basé, comme vous l'avez mentionné, sur un rendement attendu de 8,2 %. On dit :
On gèle, on vient clarifier ça, puis après ça on s'en va à l'inflation.
Historiquement, on a facturé plus qu'à l'inflation. Ça donne de la prévisibilité
à la clientèle. Mais, naturellement, on
vient dire : Dans 60 mois, là, on retourne en processus de cause tarifaire
pour valider si on ne s'est pas écartés, en réalité, d'une nouvelle réalité qui ne serait pas similaire
à celle historiquement. Mais on donne plus d'imputabilité à Hydro-Québec,
on donne de la prévisibilité aux citoyens.
Alors,
j'aimerais comprendre, vous, au-delà des éléments que vous avez mentionnés, la
répercussion négative que vous voyez, là, de manière tangible, qui
pourrait se produire dans cette période.
M. Audette
(Sylvain M.) : Bon, quand on
regarde la croissance des tarifs sur 10 ans... 50 ans, je pense, on
en convient, c'est une période un peu
longue, là. Habituellement, on a tendance à utiliser 10 ans. Donc, on voit
que, dans cette période de
10 ans là, il y a eu souvent des trop-perçus, alors que la hausse des
tarifs était très proche de l'inflation dans ce 10 ans là. Elle n'était pas exactement, elle était très
proche. Donc, ce que je dis, c'est qu'il y a un risque qu'il est inutile de
prendre. Si on constate, à un moment
donné... Et ce qu'on recommande ici, ce n'est pas de faire des causes
tarifaires à chaque année, évidemment.
On dit de faire un suivi, de regarder les coûts détaillés, regarder les
questions d'interfinancement entre les tarifs
aussi et puis de regarder si, oui ou non, il y aurait lieu de revoir ce taux de
croissance là des tarifs à la hausse ou à la baisse.
L'idée, ici,
c'est de protéger autant le chapeau investisseur, gouvernement, moi-même comme
investisseur, en tant que citoyen
québécois, mais aussi les clients. Parce que, moi, le jour où, pour
raisons x, il y a moins de ventes, il y a plus de ventes, les tarifs ne seront pas corrects. Ils
vont être trop bas ou trop élevés, et là je vais avoir moins de rendement que
je devrais m'attendre. Donc, c'est pour ça que ce qu'on recommande, c'est de
dire : Écoutez, c'est un tarif plafond. C'est plus risqué. Ça a été
abandonné partout dans le monde. O.K., on peut l'essayer. Mais, au lieu de
faire une cause tarifaire complète seulement
après cinq ans, pourquoi ne pas le faire après trois ans, et puis, à ce
moment-là, on aurait des garde-fous, et
même, d'ici trois ans, mettre un chiffre concret, pour ne pas que ce soit vous,
M. le ministre, qui ait à dire : Bien, quand on commence à avoir un rendement réel autour de
11,3 %, on devrait refaire une cause tarifaire? Ou c'est Hydro-Québec
qui vous appelle, qui dit : Bien là, je
pense qu'on commence... quand on regarde nos chiffres réels, on commence à être
un petit peu trop loin d'un rendement
raisonnable, donc ce n'est plus ça, notre recommandation. On ne dit pas qu'on
est contre l'utilisation d'un tarif à l'inflation. On dit : Il faut
mettre des garde-fous.
Julien : Je vais faire du pouce sur ce que vous mentionnez, «rendement
raisonnable». Parce qu'on l'a regardé dans
cette perspective-là également, là. Bon, alors, il a été fixé à 8,2 %. On
a regardé des comparables, des 9,5 %, des 9,8 %. Le 8,2 % n'était pas très, très audacieux
dans la base de comparaison. Mais ce serait quoi, pour vous, un rendement
raisonnable du distributeur?
M. Audette (Sylvain M.) : Bien,
écoutez, vous savez que, lorsqu'on fixe un rendement raisonnable chez des distributeurs, en général, pour moi-même avoir été
impliqué dans plusieurs de ces dossiers-là, c'est très long, c'est des longues
causes tarifaires. Il y a beaucoup d'experts
qui viennent et puis qui plaident, par exemple. Après ça, on regarde le taux de
risque, on regarde les taux sans risque, on ajoute un bêta en fonction du
risque, puis on fixe un taux.
Énergir, au Québec, à 9 virgule quelques
pour cent, Hydro-Québec à 8,2 %, il y a un écart de 1 % parce qu'on considère qu'Hydro a un peu moins de risques
qu'Énergir. Donc, le 8,2 % est le résultat déjà d'un dossier tarifaire, il
y a quelques années, et je pense que ce chiffre-là est valable.
Julien : Donc, pour vous, le 8,2 % est valable. Pourtant, ici,
j'ai une annexe, là, de comparaison, là : mission Hydro, 11,8 %, une autre ici, NStar Electric
Co. existe... J'en ai 17 comme ça. Dans le bas de la fourchette, c'est
8,2 %. Donc, on a fait une cause
tarifaire pour fixer un rendement qui était, en fin de compte, selon les
analyses savantes de risque, etc., puis
Hydro-Québec, il se trouve à être en bas de la fourchette. Énergir, nous
autres, on avait 8,9 %. Ici,
vous me dites, c'est plus neuf point
quelque. Mais alors ça serait de refaire une analyse qui arriverait à d'autres
conclusions? Ou bien, pour vous, le 8,2 %, c'est le rendement
raisonnable, à tout égard?
M. Audette (Sylvain M.) : Lorsqu'on
assiste à des dossiers sur la fixation des taux de rendement à travers le Canada
ou aux États-Unis, on voit qu'un des gros débats, c'est l'embauche des experts.
Donc, par exemple, les experts d'Hydro-Québec vont toujours embaucher des
experts qui sont prodistributeurs, qui vont avoir tendance à trouver des
comparables comme la liste de comparables que vous avez, qui sont favorables et
qui ne sont pas nécessairement... Et vous
allez avoir de l'autre côté des groupes d'intervenants qui vont embaucher leurs
propres experts ou la régie, puis là les
deux... Je vous dirais que, le groupe de l'autre côté, là, je pourrais vous
fournir des chiffres avec le même comparable qui dirait : Bien, Hydro-Québec devrait descendre, ne devrait pas être à
8,2 %. D'ailleurs, le dossier qui a été déposé à la régie il
y a quelques années, vous pouvez
voir un peu le raisonnement que la régie a eu pour dire : Écoutez, Hydro-Québec, ce n'est pas raisonnable, ce
qu'ils demandent, les intervenants, ce n'est pas raisonnable, on le fixe à
8,2 %, puis ils trouvent avec le milieu des vrais comparables
réalistes et valides.
M. Julien : Je pense qu'un de mes
collègues a une question.
Président (M. Lemay) : Juste avant ça, M. le ministre, j'avais une
question de l'opposition officielle, savoir si, votre document des 17,
vous seriez disposé à le déposer pour les membres de la commission.
M. Julien :
On va regarder ça, puis on verra par la suite.
Président (M. Lemay) : Parfait. Vous me donnerez une réponse tout à
l'heure. M. le député de Bourget, la parole est à vous.
Campeau : Merci, M. le Président. On veut aussi simplifier le
processus par rapport à ça. Puis ce que vous nous décrivez, c'est complexe. La façon de le regarder
un peu partout... J'imagine que, quand un citoyen regarde ça, là, il se demande d'où ça vient, à quoi sert la régie. Ce
n'est pas clair, ça. Puis vous le décrivez bien, là, mais en même temps c'est
un processus complexe pour la plupart des gens.
Moi, c'est drôle,
mais, bien avant la venue de la CAQ, je me disais toujours : Pourquoi
faire une analyse aussi compliquée pour se
ramasser avec le taux d'inflation de toute façon? Puis je m'étais toujours
demandé : Mais est-ce qu'on ne s'amuse pas un peu à faire des tas de
rencontres pour en revenir au même? Je sais qu'il y a des bémols à ça, là,
mais en même temps, autour d'un barbecue,
comme vous mentionniez, c'est pas mal plus populaire comme commentaire, ça, ce
genre de chose là.
Vous
avez mentionné aussi le mot «trop-perçu». Moi aussi, ça m'a toujours mis mal à
l'aise, parce qu'un trop-perçu, ça
sous-entend un peu comme si on a voulu en prendre, et ce n'est pas le cas.
Deuxièmement, comment faire pour ne pas en avoir, ne pas être en haut, ne pas être en bas? Dans tous les budgets
que j'ai faits dans l'industrie, je n'ai jamais été sur le piton.
Mais j'aimerais vous
demander une première question : Voyez-vous un avantage au niveau de la
prévisibilité? Exemple, je suis un
investisseur... Puis ça, j'ai vécu ça assez souvent, des gens qui nous arrivent
avec un projet puis qui nous disent : Je veux venir investir ici, ça va
être quoi, mes coûts? Moi, ce que je connais, c'est les pâtes et papiers. À ce
moment-là, ils vont dire : Le bois va
nous coûter combien? On a-tu de la prévisibilité là-dedans? Si on va faire...
On utilise beaucoup d'énergie, on va au moins, pour une période de cinq
ans, savoir ce qui arrive avec les tarifs d'électricité. Ne croyez-vous pas
qu'il y a un énorme avantage à avoir cette prévisibilité-là pour le
développement économique?
Le Président (M.
Lemay) : M. Audette.
M. Audette (Sylvain M.) : Les mécanismes de réglementation incitative,
qu'ils soient comme celui de la loi n° 34, le tarif plafond, ou celui qui avait été décidé
par la régie, de revenu plafond, permettent d'assurer une certaine
prévisibilité sur une longue période.
Donc, on fixe soit les revenus, les coûts, là, le 12 milliards, on
dit : Regarde, ton 12 milliards, là, il va falloir que tu
vives avec comme ça. Et, sinon, le tarif. Donc, c'est deux méthodes
différentes.
Ce que je vous dis,
c'est que la méthode du tarif a été reconnue comme étant plus risquée, surtout
du côté de l'investisseur ou du payeur. Parce que
là, c'est comme si tu fixes le tarif, bien, ça se peut, pour une raison x, quelque chose qui est hors de notre contrôle, ça n'arrive pas. Donc, la prévisibilité,
c'est quelque chose qui était déjà là avec l'ancien régime.
C'est quelque chose...
qui est plus important en réglementation,
c'est s'assurer que les tarifs sont justes et raisonnables pour chacun des
clients. Vous étiez dans les pâtes et
papiers, vous étiez probablement au tarif L. Donc, le tarif L, est-ce
qu'il est juste et raisonnable à
0,035 $ et que... Le résidentiel, eux, ils paient 0,08 $. On
accepte un peu d'interfinancement, parfait. Et, quand on fait une cause tarifaire complète, c'est ça
qu'on regarde. On regarde si... Puis, dans le projet de loi n° 34, vous
voyez la complexité des tarifs, il va y avoir quand même un élément de
complexité qui va subsister, en ce moment. Quand les gens ont dit : Ah! Comment ils vont me rembourser ça? Hier, on a
dit que c'était pour être sur la consommation... bien, il y a une
partie fixe dans les tarifs. Donc, est-ce
qu'on va le donner vraiment, au résidentiel, de la bonne façon? Est-ce que, le
fait qu'ils sont interfinancés, on va tenir
compte de ça? C'est des choses qu'il faut faire de temps en
temps. Trois ans, ce n'est pas déraisonnable de le faire.
Donc,
je pense que c'est un monopole public, l'objectif, c'est de contrôler le prix,
s'assurer qu'il y a un rendement raisonnable.
Est-ce que, rendu à 11 %, ça commence à être déraisonnable? Ça peut être
la fourchette que l'expert d'Hydro-Québec a donnée. Il dit : Bien,
si ça dépasse le 11 %, là, il va falloir qu'on déclenche automatiquement
une cause tarifaire. Mais, surtout, il faut
aussi que la résultante soit des tarifs justes et raisonnables. Les
intervenants après moi, je suis sûr
qu'ils vont venir vous en parler davantage, ils vont dire : Écoutez, il y
a un risque d'injustice et de déraisonnabilité dans les tarifs si ont utilise l'inflation, et ils vont faire les
analyses pour prouver, bien : Regardez, les coûts, ils n'augmentent
pas de telle façon, des choses comme ça. Donc, c'est plus «juste et
raisonnable» que «prévisibilité».
Le Président (M. Lemay) :
M. Audette, M. le ministre avait une nouvelle question.
M. Julien :
Oui. Bien, j'entends ce que vous dites, il y a deux choses, là, qui
m'interpellent dans ce que vous mentionnez,
là, où je veux être certain de bien comprendre. Vous
dites : L'ancienne façon de faire était déjà
prévisible. Mais c'est-à-dire qu'il y
a des années que c'est trois fois
l'inflation puis il y a des années que ce n'est presque rien. Tandis
qu'ici, là, quand vous dites, là... J'essaie de comprendre l'effet que vous
mentionnez, là, l'effet pervers... vous n'avez pas dit ça... le plafond,
le plafond, là, le tarif, ici, vous l'avez... Où ce qu'il est, le plafond? À
tarif plafond.
Une voix :
...projet de loi.
M. Julien : Alors, expliquez-moi,
là, la notion de tarif plafond pour que je la comprenne bien.
Président (M. Lemay) : M. Audette, en vous rappelant qu'il vous reste
une minute.
M. Audette
(Sylvain M.) : C'est exactement le projet de loi que vous avez déposé.
Ça, c'est un tarif plafond.
Julien : Alors, qu'est-ce que... Alors, quand vous dites «plafond»,
c'est un tarif fixe, pour moi. Alors, plafond...
M. Audette (Sylvain M.) : Non, un tarif plafond, c'est un tarif qui est
plafonné en fonction d'un indicateur. Ici, vous avez utilisé l'inflation
après un gel d'un an.
Julien : C'est-à-dire que, pour moi, plafond, je l'interpréterais
comme : ça peut aller jusqu'à. Mais, nous autres, c'est un tarif fixe. C'est à l'inflation. Ce n'est
pas «peut-être». Non, c'est l'inflation. Ce n'est pas un plafond, c'est un
tarif fixe.
M. Audette (Sylvain M.) : Je ne vais pas m'ostiner au niveau des termes,
mais, dans les «textbooks», on appelle ça un tarif plafond. Mais c'est
exactement ce que...
Julien : Mais c'est quoi, un tarif plancher? C'est le contraire du
plafond. Ici, c'est un tarif fixe, c'est ni plafond ni plancher, c'est
fixe.
M. Audette (Sylvain M.) : Bien, voyez, ça serait une option. C'est-à-dire,
vous pourriez dire : O.K., on va avoir un tarif plancher puis un
tarif plafond.
M. Julien :
Non, c'est un tarif fixe. Ce n'est pas : ça peut aller jusqu'à ou ça peut
aller jusqu'à, c'est ça.
M. Audette
(Sylvain M.) : Un tarif plafond, c'est un tarif qui est plafonné en
fonction d'un indicateur.
M. Julien :
O.K. Un tarif plafonné.
M. Audette
(Sylvain M.) : Ici, c'est l'inflation.
Le Président (M. Lemay) :
Merci pour cet échange. Donc, sur ce, je passe la parole au député de
l'opposition officielle, le député de Laval-des-Rapides. La parole est à vous.
Polo : Merci. Merci beaucoup, M. le Président. En effet, vous avez
mentionné... je vais prendre la même phrase sur laquelle a accroché le ministre, vous avez mentionné : La
prévisibilité, c'est quelque chose qui était déjà là avec l'ancien régime. Je vous cite, là. Expliquez-vous... De
quelle façon l'ancien régime amenait quand même ou utilisait quand même un aspect de prévisibilité? Parce que l'argument
du ministre, à travers ce projet de loi là, c'est que le projet de loi
n° 34, nécessairement, est basé sur une prévisibilité, de coller ça
à l'inflation sur une base annuelle.
M. Audette (Sylvain M.) : Bon, les soubresauts tarifaires qu'il y a eu de
manière exceptionnelle, on sait la raison, c'est en raison des appels d'offres éoliens qu'il y a eu, qui fait que
les coûts d'approvisionnement... Le premier 6 milliards que je vous ai dit, le 6 plus 3, plus 3, là, bien,
c'est celui-là qui a explosé en raison... Bon, je pense que c'est fini, ça, je
pense que la CAQ... Je ne veux pas me
prononcer là-dessus, mais je pense que la CAQ a dit : Bien, on va remettre
ça en bémol pour le moment. Donc, il n'y a plus ce risque-là de créer
cette pression à la hausse là.
Si on enlève cet élément-là, bien, on était toujours
à l'inflation ou sous l'inflation quand on regardait l'historique 10 ans. Donc, le processus actuel permettait
de s'assurer que les tarifs étaient justes et raisonnables, que le distributeur
avait un rendement raisonnable et
donc qu'ils étaient relativement prévisibles. Sans être complètement stables à 100 %, sans
être un tarif plafond, c'étaient des
revenus qui étaient plafonnés en fonction de discussions qu'il y avait sur une
base annuelle, qui ne sont pas nécessaires sur une base annuelle, je le
répète.
Le Président (M.
Lemay) : M. le député de Laval-des-Rapides.
Polo : Merci. Vous avez également parlé du risque d'appliquer le
modèle présenté, là, à travers le projet de loi n° 34.
Pouvez-vous élaborer sur quels sont les risques associés à l'application du
modèle du projet de loi n° 34?
M. Audette (Sylvain M.) : Un risque que les tarifs fixés ou plafonnés à
l'inflation soient trop bas ou trop élevés, en tout cas deux choses :
c'est que les clients vont se trouver à payer un tarif qui est trop bas parce que
l'actionnaire a besoin de plus de revenus, et puis, à ce moment-là, ça serait un problème pour l'actionnaire, ou le contraire. Donc, le
risque est autant pour l'investisseur que pour les clients.
comment on fait augmenter les tarifs? Bien, on investit davantage, on a un
rendement plus élevé sur une plus grande base de tarification. S'il n'y a
pas de ventes qui suivent puis qu'on fait de l'investissement, ça augmente
les tarifs. Donc, ce risque-là, moi, ici...
Comprenez-moi bien, je ne veux pas dire qu'il ne
faut pas aller de l'avant avec le projet de loi n° 34,
ce n'est pas du tout ce que je recommande, je dis : Ce projet n° 34 là, c'est un tarif
plafond. C'est une solution qui a déjà été essayée ailleurs.
Pourquoi ne pas l'essayer au Québec?
Mais mettons-nous des balises pour s'assurer qu'on va rester... on va respecter
l'esprit de l'article 5 de la loi,
qui dit qu'en bout de ligne il ne faudrait pas que ça dépasse, mettons, 11 % de rendement ou 10 %, et
«dépolicer» ce débat-là pour dire : Bien, voici, dans ce temps-là ça va
être automatique.
Polo : Parfait. Merci. Vous dites : Ça a déjà été essayé
ailleurs, pourquoi ne pas l'essayer au Québec? Pouvez-vous identifier d'autres
juridictions où ça a été essayé et peut-être élaborer sur l'applicabilité de ce
processus-là?
M. Audette
(Sylvain M.) : Bon. En ce
moment, c'est appliqué en Alberta, notamment. Ce type de tarif plafond là a été
essayé en premier... La réglementation, c'est né en
Grande-Bretagne dans les années 50 , là, et puis ils ont commencé
à dire : Bien là, il y a du monde... il
y a des monopoles qui abusent, puis on veut avoir le service public. Il faut se
rappeler, c'est un service public, tout le monde paie indirectement cet
élément-là. Donc, c'est là que ça a commencé.
Puis, à un
moment donné, ils ont eu le même débat qu'on a ici, dans les années 60.
Ils ont commencé à dire : Écoutez, ça n'a pas de bon sens, là, ça
fait ça, il y a des causes tarifaires — ce n'était même pas à chaque
année — puis
là, aux trois ans, ça n'a pas de bon sens.
Ça fait qu'ils ont dit : Il faut trouver une solution qui va alléger le
processus réglementaire. Le premier
réflexe qu'ils ont eu, c'est le réflexe de la loi n° 34
qu'on a ici, c'est de dire : On va plafonner les tarifs, parce que,
politiquement, c'est bien, ça se vend bien.
Mais là, à
l'usage, ils se sont rendu compte que ça peut créer un incitatif pas
recommandable pour un service public. Parce qu'on se rappelle, l'idée
d'un service public, c'est d'offrir le service public lorsqu'un client le
demande, favoriser l'investissement. En échange, on garantit un certain
rendement à l'investisseur. 8,2 %, c'est quand même bien — moi, je ne suis pas capable d'avoir ça — et c'est pour ça que ça attire les capitaux,
puis c'est ça, le principe. Mais là, le tarif plafond, ils n'ont pas aimé ça. Ça fait que, là, ils ont
inventé une autre technique, qui est plus complexe mais qui permet davantage
de flexibilité et d'ajustements, qui était le revenu plafond, mais ils ont
quand même utilisé une technique qui a fait un allègement réglementaire, qui
était dans la loi avant mais qui a été retiré avec le projet de loi, ici.
Le Président (M. Lemay) : M. le
député.
Polo : Vous parlez de balises, vous faites référence à certaines
balises, là, qu'on pourrait peut-être appliquer, ou ajouter, ou amender... amener sous forme
d'amendement au niveau du projet de loi. Selon vous, quelle lecture vous faites
de l'impact du décret de préoccupation du gouvernement face à l'indépendance de
la Régie de l'énergie?
M. Audette (Sylvain M.) : Je vais
vous demander de préciser la question, le...
M. Polo : C'est que, si
Hydro-Québec, à l'intérieur d'une période...
M. Audette (Sylvain M.) : Ah! O.K.
M. Polo : Vous avez compris, là.
M. Audette (Sylvain M.) : N'importe
quel décret de préoccupation, pas un spécifiquement?
M. Audette (Sylvain M.) : O.K. Un
décret de préoccupation, bien, c'est écrit dans l'article 5 aussi :
«En tenant compte des intérêts», tout ça.
Bien, évidemment, c'est très bien, un décret de préoccupation, ça dirige le
débat. Mais, en même temps, il y a un
organisme externe qui regarde, dit : Bien, O.K., on prend le décret de
préoccupation, mais il ne faut pas que
ce soit rédigé de manière rigide pour qu'on balance toutes les bonnes pratiques
ou les saines pratiques en réglementation
tarification. Donc, un décret de... je pense que c'en prend, des décrets de
préoccupation, je pense que le gouvernement
devrait en faire davantage et je pense aussi que la régie devrait les écouter
davantage. Bon, est-ce que le projet de loi peut s'assurer de ça?
J'espère. Et je vous le répète, il y a des problèmes à la régie, là, mais il ne
faut pas... il y en a qui utilisaient le terme «jeter l'eau avec le...
Des voix : Le bébé avec l'eau
du bain.
M. Audette (Sylvain M.) : ...le
bébé, du bain». Moi, j'ai appelé ça «tuer des moustiques qui achalent un peu
Hydro-Québec avec un bazooka». Non, je pense qu'on peut avoir d'autres
techniques.
Le Président (M. Lemay) : M. le
député.
M. Polo : M. Audette, une des
lectures qu'on fait au niveau de la problématique des trop-perçus au cours des dernières années, c'est que la problématique a été créée elle-même par
Hydro-Québec, par la surévaluation de la croissance de ses coûts. Est-ce
que vous faites la même lecture?
M. Audette
(Sylvain M.) : Non, je
n'irais pas jusque-là. Je dirais qu'Hydro-Québec se présente à chaque année et déposait ses coûts. En coûts de service, c'est...
Le problème du coût de service, c'est que les distributeurs ont tendance
à se présenter là en
surestimant leurs coûts puis en sous-estimant leurs ventes pour essayer que la
résultante de la division que je vous
ai expliquée tantôt soit la plus élevée possible. Puis là ils savent très bien
que, quand ils se présentent là, ce n'est pas ça que la régie va
décider. Ça fait que, là, il y a ce jeu-là qui fait que c'est pour ça qu'on
avait abandonné ces méthodes de coût de
service là. Puis de faire une méthode de coût de service à chaque année, ça n'a
pas de bon sens, là, tu sais, on s'entend. Mais c'est ça qu'il faut
regarder, à ce moment-là.
Polo : J'ai une question
pour vous, très précise : Est-ce que vous croyez que, comme expert en réglementation, la façon dont s'y prend le gouvernement pourrait entacher sa
réputation auprès des marchés internationaux, notamment New York, et que
certains opposants se servent de cela pour taxer le gouvernement d'ingérence
dans la société d'État?
M. Audette
(Sylvain M.) : Ma réponse
est claire : Non. Je pense que c'est un distributeur qui a un droit
exclusif dans un territoire donné au
Québec, en Ontario. Je veux dire, les tarifs sont pour le territoire du Québec.
Bon, est-ce que la loi de la
concurrence, bien là, ça crée des tarifs trop bas puis quelqu'un pourrait s'en
aller... Non, je pense... Difficilement, disons. Ça serait vraiment par
la bande, mais, légalement, je vois mal...
Le Président (M. Lemay) : M. le
député.
Polo : Dans ce cas-là, comment vous expliquez le fait que, si la société
d'État, à l'intérieur de la période de cinq ans, pour un événement exceptionnel
ou autre, doit passer par le gouvernement pour justifier une demande soit de
hausse ou de rehaussement, là, du tarif...
Comment vous interprétez ça, le fait que le gouvernement se place... que la
société d'État doit demander, disons, permission de revenir voir le
gouvernement pour lui demander permission?
M. Audette
(Sylvain M.) : C'est le
distributeur, hein, puis, je pense, le projet de loi ne touche pas au
transporteur. Hier, il y a eu des
débats. Bon, la FERC, elle se mêle plus du dossier de transporteur que de
distributeur. Le distributeur, il s'en
va à la régie, il dit : Écoute, voici mes coûts d'approvisionnement,
6 milliards. Voici la facture que je refile à... que HQT me refile, 3 milliards, puis le
3 milliards qui reste, c'est, là-dedans, avec ça qu'on travaille. Ça fait
que le tarif qui sort de là, mettons qu'il y a des coûts de FERC... Non, ça, je
ne vois pas pourquoi ça pourrait affecter. À ce moment-là, le bloc patrimonial... C'est ce qui se passe en ce moment.
On a fixé, on n'a pas laissé le marché libre. Mais c'est peut-être plus ça...
Bien,
écoutez, si vous voulez complètement déréglementer le marché, parce qu'on
trouve que, là, Hydro-Québec a une
position de force, tout ça, puis il utilise sa division non réglementée par la
régie pour... Ça, on l'a vu qu'il y a eu des accusations là-dessus, mais là on est ici pour
fixer un tarif chez le distributeur. Je vois difficilement pourquoi ça crée un
problème.
Polo : Et vous avez parlé, peut-être,
que la période de cinq ans était peut-être un peu trop longue. Vous êtes la deuxième personne à l'évoquer ici. Hier soir, le
Conseil du patronat a également fait mention de cela. Peut-être
élaborer sur, justement, pourquoi, selon vous, elle serait trop longue...
d'Hydro-Québec, de retourner auprès de la régie et peut-être
voir une période de trois ans.
Le Président (M. Lemay) : M.
Audette, en vous rappelant qu'il reste environ 40 secondes.
M. Audette
(Sylvain M.) : Bien, je ne
sais pas... — vous
m'avez coupé le sifflet, comme on dit. Cinq ans... C'est que le risque de dérapage est plus élevé plus la
période est longue. Donc, si on fixe pour trois ans pour l'essayer puis
s'assurer que ça fonctionne après trois ans, ça serait quand même
quelque chose d'acceptable pour l'ensemble, puis qu'on
l'essaie, on regarde ce que ça donne.
Surtout, avec le trois ans, c'est de s'assurer qu'il y a
un mécanisme de déraillement, qu'on appelle dans le jargon, qui nous dit : Bien, si
jamais ça va trop haut, le rendement qu'Hydro-Québec donne, ou s'il
est trop bas, automatiquement on arrête après un an ou deux ans.
Président (M. Lemay) : Merci beaucoup. Ceci complète ce bloc d'échange avec l'opposition officielle. Je
cède maintenant la parole à la députée de Mercier.
Ghazal : Merci. Merci beaucoup. J'ai 2 min 45 s, donc je vais aller rapidement.
Merci, parce que vous avez réussi à simplifier quelque chose de complexe. C'est vrai, ça, c'est une meilleure simplification que le projet de loi parce que, dans le fond... Et vous reconnaissez dans votre mémoire que c'est légitime de
vouloir simplifier la vie, si on veut, à Hydro-Québec, et vous amenez
aussi des suggestions, mais que de jeter le bébé avec l'eau du bain,
comme on a dit tantôt, ce
n'est peut-être pas la solution, parce que l'objectif
le plus important, c'est que, oui, Hydro-Québec ait des
rendements raisonnables mais que les clients aussi paient le juste prix
pour ce bien commun.
Et j'aurais
aimé ça vous parler plus du risque de politiser le processus,
mais je vais aller sur un aspect qui n'a pas encore été abordé, toute la question de la transition énergétique. Vous dites dans
votre mémoire que le projet
de loi n° 34 irait à l'encontre de cette transition, et on sait
qu'actuellement le gouvernement est en
train de faire des consultations pour l'électrification, justement. Donc, je voulais vous
entendre plus là-dessus.
M. Audette
(Sylvain M.) : Je ne sais
pas si on dit exactement qu'on va à l'encontre d'une transition, on dit que
ça risque de ralentir certaines décisions d'Hydro-Québec, donc combien ça coûte
installer des bornes de recharge, par exemple,
quelque chose de très, très... Mais ça, c'est des coûts. Donc, s'il y a des
clients qu'eux autres, ils ont fait des analyses puis ils ont regardé s'il va y avoir des revenus,
mais s'ils mettent plein de bornes de recharge, mais il n'y a pas de revenu,
qu'est-ce qui arrive? Moi, comme
actionnaire, je ne serai pas content. Aïe! je n'aurai pas les revenus, puis les
tarifs vont être fixés, donc je vais perdre. Je ne ferai pas 8,2 %,
je vais faire 7 %. Je ne sais pas ce que je vais faire.
Donc,
vous voyez, ça, on l'essaie, on y va, puis, si jamais ça dérape, bien, on
revient. Ou le contraire, on en installe, c'est plus qu'on pensait. Aïe!
écoute, ça part, ça, après deux, trois ans, il y a plein de revenus qui
arrivent. Bien, ça aussi, ça pourrait
être un élément qui fait en sorte que ça peut détériorer tout le processus
d'interfinancement entre les catégories de clients. Ces revenus-là vont aller où, des bornes de recharge? Dans la
catégorie des clients résidentiels? Les clients commerciaux? Qui va
utiliser ces bornes de recharge là? Ce débat-là doit avoir lieu quand même.
Mme Ghazal :
Puis là, en ce moment, moi, ce que je comprends, dans le projet de loi, c'est
qu'après cinq ans, si les clients sont perdants, bien là, c'est là que
ça va se faire. C'est après cinq, ça va prendre cinq ans. Mais, par exemple, si Hydro-Québec... je vais l'amener comme ça au
lieu de dire positif ou négatif, si Hydro-Québec ne fait pas assez d'argent,
j'avais vu... dans une des recommandations,
vous dites qu'il va y avoir un mécanisme pour qu'ils puissent... «déclencher [un
mécanisme] de réouverture de la part d'Hydro-Québec pour ses actionnaires», et
ça, ça ne se fera pas après cinq ans, si je comprends bien.
M. Audette (Sylvain M.) : Le problème qu'il y a dans ce projet de loi, c'est
que c'est un mécanisme qui est seulement...
c'est Hydro-Québec qui prend la décision d'écrire un rapport puis de l'envoyer
au ministre. Tu sais, je veux dire,
si Hydro-Québec voit que ça va bien, son affaire, puis que les revenus sont au
rendez-vous, il ne va pas faire le rapport. Le problème, c'est qu'après cinq ans, si on veut voir les chiffres, on
veut voir qu'est-ce qui se passe vraiment, bien, c'est que, là, il faudrait avoir un autre mécanisme qui
ferait en sorte qu'on pourrait regarder cet élément-là. Et c'est là le risque
politique. Je ne sais pas qui va être au pouvoir dans cinq ans, mais...
Président (M. Lemay) : Merci beaucoup, M. Audet, c'est tout
le temps qu'on avait avec la deuxième opposition. Je cède maintenant la
parole au député de Jonquière.
M. Gaudreault :
Vous finissez sur une belle question, mais on n'embarquera pas là-dedans. Moi,
je voudrais plus vous entendre sur... davantage sur votre évaluation,
sur les 10 dernières années, quant à l'évolution des tarifs versus la courbe de l'inflation. Donc, est-ce que, si on
recule il y a 10 ans... on sait que le monde de l'énergie change très
rapidement et très fortement, surtout
présentement, mais, sur 10 ans, si on regarde la courbe de l'inflation
versus la courbe des tarifs par rapport à l'ensemble des clients, par
rapport à l'ensemble des consommateurs, industriels, résidentiels, etc.
M. Audette (Sylvain M.) : Bien, on l'a dit, sauf quelques années
exceptionnelles, on a toujours respecté l'inflation légèrement en bas,
ce qui a occasionné des trop-perçus. Les années exceptionnelles ont été causées
par des décisions politiques, c'est-à-dire
qu'il y a eu... des équipements d'appel d'offres, souvent il y a de
l'investissement qui se font. Donc, je
pense que le processus actuel a quand même fait un travail qui était
raisonnable, puis, quand on regarde les résultats, on voit que les
tarifs bougent selon l'inflation. C'est sûr que c'est difficile...
M. Gaudreault :
Est plus bas, est plus bas que l'inflation, c'est ce que vous avez dit.
M. Audette
(Sylvain M.) : Pardon?
M. Gaudreault :
Depuis les 10 dernières années, toujours un peu plus bas que l'inflation.
M. Audette
(Sylvain M.) : Les tarifs?
M. Audette
(Sylvain M.) : Les 10 dernières années, oui, parce que,
lorsque... Bon, c'est sûr que la complexité, c'est,
là... Si vous enlevez l'approvisionnement, donc si on regarde juste la
distribution puis le transport, ça, ça a été plus pas que l'inflation. Donc, le 6 milliards a
été plus bas que l'inflation, et l'autre 6 milliards, l'approvisionnement,
a été plus haut que l'inflation à
cause des décisions gouvernementales. Pourquoi ces deux éléments-là ont été
plus bas que l'inflation? Parce qu'ils ont réussi à faire de la
productivité et de l'efficience, et c'est ce qui a créé les trop-perçus.
M. Gaudreault :
Donc, si on avait été collés à l'inflation, ça aurait été plus élevé, les
tarifs auraient été plus élevés.
M. Audette
(Sylvain M.) : Oui.
M. Gaudreault :
Et est-ce que vous admettez que le projet de loi n° 34 retire, au fond, le
processus de remboursement des trop-perçus en étant... C'est comme paradoxal, en étant collé à
l'inflation, comme veut le faire le ministre, il n'y aura plus de procédé, comme il existe à l'heure actuelle, pour dire : Ah! là, il y
a eu des écarts de rendement qu'on va réajuster après les plaidoiries d'Hydro-Québec devant la Régie de l'énergie. Donc,
on vient retirer ce qui est le prétexte, soi-disant, de ce projet de
loi, qui était de rembourser les trop-perçus.
Audette (Sylvain M.) : Oui,
ce n'est pas en faisant... en fixant les tarifs avec un tarif plafond qu'on va
éliminer le concept de trop-perçu,
que je n'aime pas, je vous l'ai répété, c'est plus un écart par rapport à un rendement
raisonnable, qu'on juge à 8,2 %,
ou un autre. Donc, je vous dirais que, si on a une fourchette, je ne sais pas,
moi, je suggère des chiffres dans le
mémoire, entre 7 % et 10 %, puis qu'on laisse Hydro-Québec là-dedans
sans faire de cause tarifaire, et, la population, on peut lui dire...
Le Président (M. Lemay) : Merci, M.
Audette...
M. Audette (Sylvain M.) : ...que
c'est raisonnable, on reste là-dedans.
Président (M. Lemay) : ...c'est ceci qui complète la période d'échange
avec le troisième groupe d'opposition. M. Audette, je vous remercie pour
votre contribution.
La commission suspend ses travaux jusqu'à
15 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 21)
Le Président (M. Lemay) : Donc,
à l'ordre, s'il vous plaît! La Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles reprend ses travaux. Je demande à toutes les
personnes présentes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie
de leurs appareils électroniques.
Et cet après-midi nous entendrons Bitfarms,
l'Union des consommateurs ainsi qu'Option Consommateurs.
Donc, je
souhaite la bienvenue aux représentants de Bitfarms ici présents. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour faire votre exposé. Puis nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission.
Vous avez donc à vous présenter,
ainsi que les personnes qui vous accompagnent, ainsi que vous pourrez procéder
à votre exposé. La parole est à vous.
M. Quimper
(Pierre-Luc) : Donc, tout d'abord, je voudrais vous remercier de nous donner la chance de donner notre opinion sur le projet de loi. Donc, moi, mon nom, c'est Pierre-Luc Quimper. Je suis fondateur et
président de Bitfarms. Je suis aussi
fondateur et président de GloboTech, une compagnie qui était au tout début d'Internet, une compagnie qui faisait des
centres de données, qui est toujours en activité aujourd'hui.
Donc, on est ici aujourd'hui pour parler de
Bitfarms.
Le Président (M. Lemay) :
...présenter les membres qui sont avec vous.
M. Quimper
(Pierre-Luc) : Pascal
Cormier, qui est notre expert en énergie, puis Pierre-Olivier Charbonneau,
qui...
M. Charlebois (Pierre-Olivier) :
Charlebois.
M. Quimper (Pierre-Luc) :
Charlebois, qui est notre avocat.
Donc, c'est
ça, je vais présenter Bitfarms. Ça fait à peine deux ans qu'on existe au
Québec. On a une croissance assez fulgurante, là, qu'on pourrait dire. On a investi, au Québec, 57 millions de dollars en
même pas deux ans dans nos infrastructures. En ce moment, on utilise environ
41 mégawatts, qui est à peu près un tiers de notre projet qu'on voit pour
le Québec. On donne environ 1,2 million
par mois à Hydro-Québec, à Hydro-Sherbrooke, Hydro-Magog et en... On donne
1,2 million en énergie. Ça, comme je
vous dis, c'est seulement un tiers de notre projet. Aussi, on a réussi à
financer une étude avec l'ETS, une
étude de recherche pour créer des applications qui... reliées à la chaîne de
blocs, pour 1 million de dollars, qui est financée à 500 000 $
par Bitfarms et aussi 500 000 $ par le gouvernement fédéral.
Donc, quand
on a décidé d'installer Bitfarms au Québec, quand on a fait l'exploration...
Parce que notre industrie, c'est une
industrie émergente, c'est une nouvelle industrie, donc il faut préparer bien
le terrain. Donc, nous, ce qui est une de
nos ressources essentielles pour notre entreprise, c'est l'énergie, comme tous
les centres de données au Québec, comme Amazon et Google ont besoin d'énergie. Donc, Bitfarms, c'est la même
réalité que tous les centres de données. Donc, quand on a fait l'exploration à travers le Canada, à
travers les États-Unis, le Québec, on avait tous les ingrédients nécessaires
pour développer cette entreprise-là,
puis un des gros critères qu'on avait de besoin aussi, c'était la stabilité sur
le tarif énergétique. Puis, ce
tarif-là, nous, on avait spécifié... Puis on avait vu que la Régie de l'énergie
était implantée, était déjà là pour, justement, être le régulateur en
cause, où ce que justement on est dans une situation de monopole au Québec.
Donc, nous, on était confiants que la Régie de l'énergie était là pour
régulariser les prix et faire ses devoirs de régulateur.
Donc, après
ce moment-là, quand on a décidé de s'installer au Québec,
on a eu la chance de s'asseoir avec la haute direction d'Hydro-Québec dès le départ. Parce qu'à ce
moment-là notre industrie n'était pas connue, donc on était plus en mode éducationnel. Hydro-Québec voulait savoir
exactement pourquoi on avait besoin d'énergie. Donc, on leur a expliqué exactement que nous, on n'est pas plus différents
qu'un centre de données. On est des centres de calcul, que nous, on dit,
un peu comme des centres... C'est la même chose que des centres de données, là,
c'est que...
Avec Hydro-Québec, nous,
on voulait de l'énergie. Donc, Hydro-Québec nous ont mentionné des endroits stratégiques, au Québec, où ce qu'il y avait déjà
des infrastructures existantes puis qu'ils allaient pouvoir nous desservir nos
consommations d'énergie qu'on aurait besoin
pour notre expansion au Québec. Donc, à ce moment-là, on a choisi certaines
régions.
Tout allait
bien avec Hydro-Québec, tout... Dans ces circonstances-là, ils étaient contents
de nous vendre de l'énergie. Ils nous
voyaient... Il y avait même un propre département qui était consacré aux «data
centers» pour justement approcher les
Amazon puis les Google de ce monde. Puis, à ce moment-là, il y avait des
personnes, exactement, qui étaient dans le même département pour parler de la
«blockchain».
Donc, il y a
eu une ouverture. On leur a expliqué c'était quoi, notre modèle d'affaires. Ils
ont compris qu'on était une compagnie
canadienne, qu'on est cotés en bourse, qu'on est sérieux, qu'on fait nos
devoirs, qu'on fait nos démarches, comme n'importe quelle entreprise qui
s'installe dans une région.
Après ça, on
a installé nos premières installations. Ça a bien été. Puis, l'année dernière,
là, une de nos craintes, bien, qu'on
avait envisagées, justement, pourquoi on avait le Québec... Hydro-Québec a fait
une demande à la Régie de l'énergie pour essayer d'augmenter le tarif de
20 % seulement, spécifiquement pour notre industrie. Donc, c'est là qu'on
a eu la chance d'aller à la Régie de
l'énergie, faire des représentations pour, justement, lors... C'était plus un
mode éducationnel à ce moment-là,
parce que, comme je vous dis, personne ne comprenait c'était quoi, l'industrie.
Donc, on a passé quelques jours à la
régie à défendre nos points puis à leur expliquer que c'est une technologie
émergente, c'est une technologie du futur,
qu'il y a plein de banques, qu'il y a plein d'industries... plein d'autres
compagnies qui sont en train de faire de la recherche puis de développer cette technologie-là qui va être utilisée
au quotidien dans le futur. Donc, la régie nous a donné raison sur nos
arguments. Donc, à partir de là, on s'est dit : O.K. On a le statu quo sur
le tarif.
Donc, c'est
pour ça aujourd'hui, un peu... En tant que président de Bitfarms, je suis un
peu inquiet, parce que, si un problème comme ça est arrivé l'année
dernière, puis avec le projet de loi actuel, je ne pense pas que ça se serait
passé comme ça.
Donc, je crois que c'est vraiment important
qu'un régulateur externe puisse justement vérifier les demandes qu'Hydro-Québec peut faire ou les demandes que
nous, on peut faire. Donc, je crois que c'est vraiment important que la
régie reste comme que c'est en ce moment.
Puis, comme
je vous dis, Bitfarms, on a décidé de s'installer au Québec. Notre compagnie
est cotée en bourse, toutes nos
opérations sont au Québec. On a seulement le tiers de notre installation
d'installé. On utilise 41 mégawatts, on donne 1,2 million à Hydro-Québec par mois. Tu sais,
en même pas deux ans, je trouve qu'on a démontré qu'on est capables de faire beaucoup. Donc, c'est pour ça qu'on veut...
Notre intention, c'est de rester au Québec. On veut développer au Québec,
sauf qu'on ne veut pas vivre avec une
incertitude comme qu'on vit en ce moment. Puis, comme on est une compagnie
cotée en bourse, ce n'est pas bon
pour... L'incertitude sur les marchés publics, ce n'est pas bon. Donc, c'est un
peu ça que je voulais dire aujourd'hui.
Le Président (M. Lemay) : ...c'est
très bien...
M. Charlebois (Pierre-Olivier) :
Alors, je veux juste compléter...
Le Président (M. Lemay) : Oui,
allez-y.
M. Charlebois (Pierre-Olivier) :
Quelques points, de mon côté, au niveau du projet de loi n° 34
comme tel.
Alors, M. le ministre, MM. et Mmes les députés,
merci beaucoup de nous donner l'opportunité de se présenter aujourd'hui. Alors,
je veux juste revenir sur quelques points en particulier, là, sur le projet de
loi n° 34 comme tel.
Évidemment,
il y a des modifications majeures qui sont proposées, dans ce projet de loi là,
qui, comme M. Quimper l'a dit,
inquiètent énormément l'entreprise. Du point de vue des consommateurs, on n'y
voit essentiellement aucun avantage. Au
contraire, il met en péril plus de 20 ans d'expérience de la Régie de l'énergie
dans la régulation économique du secteur de l'énergie, de l'électricité
plus en particulier.
Dans un
premier temps, il existe un risque non négligeable que le gel tarifaire proposé
jumelé à une baisse unitaire de distribution ferait en sorte d'augmenter les
trop-perçus, ce qui serait contraire, justement, à la justification présentée
par le gouvernement pour le projet de loi n° 34. À ce titre, la demande déposée par certains groupes de consommateurs
dans le dossier 4100-2019 est
très révélatrice. Ce seul aspect devrait être suffisant pour justifier le maintien du statu quo tant et aussi
longtemps que le dossier sera étudié par la régie. D'ailleurs, la régie a
reconvoqué les parties à une conférence préparatoire le
23 septembre 2019 à ce sujet-là.
Ensuite,
l'indexation des tarifs d'électricité souffre d'une absence de lien causal entre
l'indice de prix à la consommation
et les principaux éléments du coût du
distributeur. Ce manque de relation causale est contraire au principe réglementaire généralement appliqué dans la
régulation de monopoles naturels dans le secteur énergétique. L'absence de
contrôle par la régie sur plusieurs items composant le revenu requis du
distributeur pendant des périodes de quatre ans redonne au distributeur l'avantage que lui procure sa situation
monopolistique pour augmenter les tarifs à un niveau qui pourrait ne pas être juste et raisonnable, pour reprendre
l'expression prévue à la
loi sur la régie. Cette augmentation injustifiée
pourrait affecter directement la compétitivité des entreprises québécoises et
nuire au développement des secteurs émergents comme celui de la
chaîne de blocs.
Par ailleurs, en retirant à la juridiction de la régie l'approbation des programmes
commerciaux, le projet de loi
n° 34 introduit un risque
que le distributeur mette en place et adopte de nouveaux programmes commerciaux
qui seront non rentables et auront nécessairement un impact à la hausse sur les tarifs. Et là-dessus un exemple
assez évident est celui du programme commercial
pour le mazout, qui a été refusé, qui a été rejeté par la régie. Et je trouve
important de juste mentionner deux ou trois paragraphes
de la décision rejetant le programme en question, qui disait : «En effet,
lorsque les coûts d'un programme
commercial sont supérieurs aux revenus qu'il génère, ce déficit se répercute
par une hausse [sur les] tarifs d'électricité, supportés par l'ensemble des consommateurs, sans que ceux-ci bénéficient
d'un avantage en retour.»
Le Président
(M. Lemay) : M. Charlebois?
M. Charlebois
(Pierre-Olivier) : Oui.
Président (M. Lemay) :
On serait rendus à la
partie d'échange avec les membres du gouvernement. Je vais céder la parole au ministre.
Assurément que, dans ses questions, vous pourrez sûrement continuer à répondre.
Mais, bref, la parole est maintenant rendue à M. le ministre.
M. Julien :
Oui, merci, M. le Président. M. Quimper, grand plaisir de vous rencontrer
ici aujourd'hui avec les personnes qui vous accompagnent.
Petite
question très rapide : M. Charlebois,
M. Cormier, vous avez déjà participé à la cause tarifaire à la Régie de l'énergie?
M. Charlebois
(Pierre-Olivier) : Depuis les 15 dernières années, en ce qui me
concerne.
M. Cormier
(Pascal) : Moi également, transporteur et distributeur.
M. Julien : Merci. M. Quimper, premièrement, merci, merci de vous présenter aujourd'hui, là, comme représentant, là, de Bitfarms. Très impressionné de voir ce que vous faites au Québec,
là, avec vos implantations à Farnham, Saint-Hyacinthe,
Cowansville, Sherbrooke, Magog, Bromont, Saint-Jean-sur-le-Richelieu. Donc, effectivement,
là, une implantation au Québec, donc, on est
très heureux de savoir ça. Puis probablement que cette implantation-là découle, naturellement, également d'un
avantage concurrentiel par rapport à l'énergie renouvelable d'Hydro-Québec.
petite question rapide. Vous avez mentionné tantôt que vous
craignez une modification des tarifs. Mais, quand même, ce que prévoit le p.l. n° 34,
c'est qu'Hydro-Québec ne peut pas modifier les tarifs. Hydro-Québec peut demander au gouvernement l'autorisation d'aller à la régie pour... alors, le même processus,
mais, en plus, il faut qu'il ait l'autorisation préalable, pour modifier
un tarif. C'est-à-dire que, par
rapport à la situation
actuelle, qui prévaut, et celle préconisée dans le p.l. n° 34, je ne vois pas le risque que vous avez énoncé.
Pouvez-vous m'expliquer en quoi vous observez ce qui est prévu dans le
p.l. n° 34, vous, M. Quimper... Est-ce que ce
risque-là est accentué?
Le Président
(M. Lemay) : M. Quimper.
M. Quimper
(Pierre-Luc) : La meilleure personne pour répondre, par exemple, ça va
être M. Cormier.
M. Julien :
O.K. M. Cormier.
M. Cormier
(Pascal) : À notre compréhension, le projet de loi n° 34 inclut
une modification de l'article 5 qui n'oblige
pas la régie à avoir le même type d'examen tarifaire qui est fait présentement, avec une audience publique. Donc, la situation, selon notre compréhension, est différente de ce qui a eu lieu lors de l'étude du dossier 4045, là,
pour le tarif spécifique à la cryptographie.
M. Charlebois
(Pierre-Olivier) : Et donc, si je peux juste compléter, effectivement,
lorsqu'on regarde le projet de loi n° 34, aux articles 48.3 et 48.4,
le processus que vous expliquez est effectivement présent, donc le distributeur
doit se présenter et demander la permission.
Par ailleurs, à l'article 5, il n'y a rien qui prévoit que, dans ce
cas-là, la régie doit tenir une
audience publique, alors que le régime actuel prévoit qu'effectivement,
lorsqu'on fixe ou modifie des tarifs, une audience publique doit être
tenue.
M. Julien :
Parfait. Je reviendrai sur M. Quimper, pour la prochaine question, encore.
Comme dirigeant d'entreprise, un gel tarifaire pour l'an prochain avec une
hausse à l'inflation pour les quatre
prochaines années, qui est quelque
chose de prévisible... D'aucuns
diront : Oui, mais l'inflation peut être plus ou moins prévisible.
Mais, à tout le moins, habituellement,
la structure de coûts, il y a
une logique puis, comme je le réitère, là, dans la hausse tarifaire des
15 dernières années, c'est reflété. Et après ça on a un «rebasing», on a
un équilibrage qui se fait sur la
même méthode que la cause tarifaire qu'on vit actuellement, aux 12 mois. Vous, comme entrepreneur, c'est quoi, le
risque que vous voyez par rapport à cette prévisibilité-là?
M. Quimper (Pierre-Luc) : Bien, moi, le risque que je vois, c'est que,
pendant quatre ans, la régie n'a pas eu un oeil sur les dépenses
d'Hydro-Québec, donc peut-être que... Ou peut-être que, les quatre prochaines
années, oui, on va être à un gel tarifaire, mais ça va être quoi dans la
cinquième année? Donc, nous, c'est ça, notre grande inquiétude.
Julien : Parfait. Naturellement, il faut bien comprendre, M. Quimper, que le p.l. n° 34
prévoit, en réalité, un gel dans la
première année, à l'inflation les quatre années suivantes. Donc, si l'inflation
était constante sur la période de cinq
ans, ce serait à peu près 80 %
de l'inflation, la période, en inflation constante, là. Et après ça on retourne
à la régie avec une cause tarifaire,
avec le même processus, pour s'assurer qu'on ne s'est pas écarté de ce
qu'aurait dû être autrement une tarification basée sur cause tarifaire.
Mais, quand
vous dites, en réalité : On observe... comme je réitère, là, il y a une
corrélation presque parfaite dans le
passé, dans les 15 dernières années, par rapport à l'inflation, sauf qu'il y a
des soubresauts, là, ça a déjà été trois fois, à peu près, l'inflation ou la moitié de l'inflation. Vous, là, comme
entrepreneur, là, est-ce que c'est mieux, en fin de compte, d'avoir quelque chose qui est lissé ou quelque
chose qui fluctue de manière momentanée par rapport à vos prévisions par
rapport à vos coûts?
M. Quimper
(Pierre-Luc) : Bien, moi, je
serais plus à l'aise si c'était justement mes experts qui répondent à ça,
c'est eux autres qui sont...
M. Julien : ...vos préoccupations
qui nous intéressent ici, hein?
Le Président (M. Lemay) : M.
Cormier, peut-être?
M. Cormier
(Pascal) : Oui, juste pour
répondre, étant... avoir rédigé le mémoire de Bitfarms, il est important
de comprendre qu'est-ce qui détermine
les tarifs. Les tarifs, c'est les coûts de service au distributeur. Ces coûts
de service là sont 50 % des approvisionnements, 25 % des
coûts de transport qui sont motivés, par exemple, par la mise en place de la
ligne Chamouchouane—Bout-de-l'Île. Au moment de sa mise en place, sa
mise en service, il y a un choc tarifaire, il y a un ajout, à la base de tarification, qui a un impact
sur les tarifs. Ça, ça n'a rien à voir avec l'inflation, ça n'a rien à voir
avec l'évolution des biens qui composent l'indice des prix à la
consommation, comme qu'il y a dans le projet de loi.
Selon nous,
selon l'information qui a été déposée à la régie pour l'année 2020, pour
le 1er avril 2020, ce n'est pas un gel tarifaire qu'on devrait avoir, s'il y a un examen complet à la
régie, mais bien une baisse tarifaire. Donc, pour Bitfarms, il y a
définitivement un avantage à avoir une baisse tarifaire versus un gel.
Puis, pour ce
qui est de l'avenir, vous avez parlé de la corrélation entre l'inflation passée
puis les coûts de distribution qu'il
y a, effectivement, depuis 15 ans, il faut avoir en tête que, malgré
l'ajout de 1,8 milliard de frais liés aux approvisionnements
postpatrimoniaux dans les dernières années, la régie a réussi à maintenir les
augmentations au taux d'inflation.
Donc, si on
regarde dans le futur, maintenant, on n'anticipe pas avoir des
approvisionnements postpatrimoniaux au
même titre... On est en surplus, tout le monde le sait. Donc, dans cette
situation-là, on anticipe que la hausse des tarifs, si elle est régie dans le système statu quo
actuel, va être inférieure à ce qu'on a vécu dans le passé, donc inférieure à
l'inflation.
Julien : Donc, M. Cormier, je comprends que c'est une éventualité qui
est plausible pour vous, et vous qui avez, en fin de compte, dans les 15 dernières années, participé aux
causes tarifaires à la régie. Je reviens quand même sur des préoccupations spécifiques, parce qu'aujourd'hui
on reçoit Bitfarms qui, en réalité, est une entreprise avec un besoin en
énergie important. Là, je vois que vous
avez, en fin de compte, bénéficié d'un tarif TDE. Est-ce que les tarifs
d'hydroélectricité, au Québec, sont concurrentiels pour votre milieu
d'affaires?
M. Quimper
(Pierre-Luc) : Bien, ils
sont concurrentiels, oui, mais, vous avez mentionné le TDE, le TDE, on ne l'a
pas eu dans toutes nos installations. Comme je vous dis, on s'était assis avec
la haute direction Hydro-Québec. Au début,
c'est comme si on avait le tapis rouge, ils nous donnaient... on avait eu le
TDE pour certaines installations, on avait eu... tout allait bien dans ce temps-là, à ce moment-là. Nos nouvelles
installations ne sont plus au TDE. Oui, les tarifs, au Québec, sont concurrentiels, mais, le mot le dit, c'est
concurrentiel : il y a d'autres provinces ou il y a
d'autres places, en Amérique du Nord, que les tarifs sont beaucoup
moins chers que le Québec. Mais, oui, c'est avantageux pour nous, mais
on n'est pas le seul endroit qu'on aurait pu
aller s'installer. Une des grosses raisons pourquoi je vous dis qu'on
s'est installés ici, c'est que justement il y avait un régulateur qui
vérifiait les prix.
M. Julien : Donc, quand vous
dîtes : Une des bonnes raisons... puis ce ne sera pas long, après ça mon collègue
va poser une question, mais une des bonnes raisons qui a fait que vous vous
êtes installés au Québec, pour vous, c'est à
cause de la présence du régulateur qui faisait, pour vous... Vous, là,
qu'est-ce qu'il vous a permis, le régulateur, au cours des dernières
années pour vous assurer, là, que c'était une bonne place au Québec?
M. Quimper
(Pierre-Luc) : Bien, nous
autres, on a vérifié l'historique, on a vérifié les augmentations que la régie
avait accordées à Hydro-Québec. Dans la plupart des cas, c'est en bas de l'inflation, donc, pour nous,
c'était un bon endroit pour s'installer. Donc, oui, c'était favorable.
M. Julien : Nous sommes très heureux
que vous soyez installés au Québec. Mon collègue a une question.
Le Président (M. Lemay) : O.K.,
parfait, M. le député de Bourget, la parole est à vous.
Campeau : La première des choses, j'ai de la difficulté à comprendre,
vous semblez avoir peur que le prix se mette
à monter dans cinq ans. J'ai de la difficulté à voir ça, je veux juste voir si
je comprends mal. Hydro-Québec, là, ce n'est pas comme si on ne les surveillait plus. Je
suis sûr que M. Martel se sent surveillé à tous les jours par... de toutes
sortes de façons. Puis l'idée, c'est
que, par rapport au gouvernement, annuellement on leur demande d'être efficaces
pour redonner au gouvernement un
certain montant. Alors, ils sont surveillés, encadrés. Ils ont avantage à faire
attention à leurs schémas de prix, et on vient de leur mettre un max en
disant : Tu n'iras pas plus haut que ça, puis même, l'an prochain, un gel.
J'ai
de la misère à voir, dans ces conditions-là, comment ça pourrait déraper.
Que ça ne puisse pas baisser, je comprends,
mais, peut-être, dans cinq ans, on va trouver qu'on a trop monté à peine, puis
on va vouloir le baisser légèrement. Mais
l'idée que ce soit prévisible, mon expérience comme... Dans des industries,
normalement pour les entrepreneurs, c'est encore plus important, des
fois, que le prix, la prévisibilité. Je veux juste vous entendre là-dessus,
s'il vous plaît.
M. Cormier
(Pascal) : Pour répondre à votre question, évidemment on y a beaucoup
réfléchi dans les dernières semaines, malgré
le temps imparti qui était assez court, avec la commission qui a été annoncée
dernièrement. Premièrement, il faut comprendre la logique du projet de loi : c'est à l'inflation pour toutes les années où les revenus requis,
nécessaires nécessitent des tarifs
qui sont avec une hausse égale ou inférieure à l'inflation. Si, toutefois, pour
une raison x, là, je ne sais pas, une
crise du verglas, on a besoin d'investir davantage, un jugement qui dit que la
ligne qui s'en va aux États-Unis
doit être souterraine, par exemple, comme il y a eu au New Hampshire, ça, c'est un choc qui peut arriver,
puis uniquement une captation au coût de service peut le capter.
Puis
il faut comprendre que l'article 48.3 permet à Hydro-Québec... Parce qu'Hydro-Québec doit respecter l'article 24 de la
Loi sur Hydro-Québec, c'est-à-dire de couvrir ses coûts. Donc, s'il y a une année que l'augmentation au
taux d'inflation n'est pas suffisante pour couvrir les coûts, il va y
avoir une hausse qui est supérieure à l'inflation. Donc, comme client, on n'est pas... ce n'est pas capé à l'inflation,
si je peux m'exprimer en anglais, désolé, ce n'est pas plafonné à l'inflation,
mais c'est plafonné à l'inflation à toutes les fois que le revenu requis est
inférieur à ce qu'on a de besoin pour l'inflation, si je me fais bien comprendre. À chaque fois que le revenu
requis, pour une raison qu'on ne contrôle pas, augmente, nécessairement
il va y avoir une hausse tarifaire qui va passer par l'intermédiaire de
l'article 48.3.
Le Président (M.
Lemay) : Parfait. M. le ministre, allez-y.
Julien : Oui, mais j'entends
ce que vous me dîtes, mais je ne suis pas du tout d'accord avec votre
interprétation. C'est-à-dire qu'on réitère, là, notre volonté, nous, ici, dans
le p.l. n° 34, c'est de donner de l'imputabilité à la société
d'État en lui transférant le risque
et sa performance. C'est-à-dire, dorénavant, là, ça va ressembler à ça, en
réalité, là, vos revenus, c'est :
gel, inflation, puis vous performez, contrairement à l'ancien système,
il était 8,2 % de rendement attendu, puis, quand on se dégage, mais on... un écart de rendement
positif ou négatif, le cas échéant. Mais ce que vous dîtes, là, c'est : À
toutes les fois qu'il serait... que
le besoin serait au-dessus de l'inflation, on va venir rétroagir pour donner
une augmentation. Ce n'est pas du
tout ça, la volonté. La volonté, c'est : dans des cas, en fin de
compte — quand
vous avez mentionné la crise du verglas — où on conviendrait tous qu'il y a une
situation qui nécessite un geste, on veut quand même se donner la possibilité de le faire. Mais de prétendre que ce serait
fait... quand ce serait bon, on n'en dirait pas un mot puis, aussitôt que ça
serait un peu mauvais, on interviendrait... bien non, bien non, vous le
savez aussi bien que moi.
M. Cormier
(Pascal) : La mécanique, elle est là. S'il y a une possibilité...
M. Julien :
La possibilité de...
M. Cormier
(Pascal) : ...de demander au gouvernement...
Julien : Mais ce n'est pas
l'esprit qu'on en a, et ici, publiquement, je le dis, là, ce n'est pas l'esprit
qu'on en a. Ça, c'est faire accroire
aux gens, là, des craintes qui n'existent pas. Puis j'aime bien M. Quimper,
parce qu'il est ici, en fin de compte, pour nous donner des doléances par rapport à son industrie.
Les doléances que j'entends, moi personnellement, là,
c'est qu'Hydro-Québec ne lui a pas donné certains tarifs puis qu'il
aurait bien aimé les avoir. Puis j'entends bien ça. Pour moi, c'est une préoccupation que, comme entrepreneur chez Bitfarms, je dis : Bien oui, tabarnouche! Parce qu'il amène,
en fin de compte, du développement économique.
Mais,
aussitôt qu'on rentre dans les détails techniques, c'est vous, et votre
acolyte, qui, en fin de compte, nous dites un peu ce qu'on a déjà entendu par d'autres groupes hyperspécialisés,
mais qui ne sont pas du tout entrés dans les préoccupations de M.
Quimper. Je trouve ça particulier.
M. Cormier
(Pascal) : Je vous répondrais rapidement par le fait que les interventions
passées, les demandes, généralement, qui ont été faites à la régie par Hydro-Québec... La régie joue un rôle d'arbitrage. Il y a la position d'Hydro-Québec, il y a la position des intervenants, les clients qui paient, Hydro-Québec
qui offre un service à un prix x. La régie arbitre entre les deux. Généralement, la hausse tarifaire est inférieure à ce qui est
demandé, parce que c'est basé sur une étude qui a été complexe, basé sur le coût de service, qui
n'est pas si simple que l'inflation. Je vais vous donner un exemple : il y a une sécheresse
en Californie, l'indice des prix à l'inflation monte, il n'y a aucun contrôle,
aucune causalité avec l'évolution du coût d'Hydro-Québec.
Julien : Je comprends bien
ce que vous me dites, mais vous faites encore un parallèle qui n'est pas le
parallèle qu'on veut, en fin de compte, démontrer ici. La courbe supérieure, qui est l'augmentation des tarifs sur 15 ans, qui donne 132,6 sur une période de 15 ans, pour 100 $ en 2003, versus
l'inflation à 128,4, augmentation tarifaire, inflation, ça, ce n'est pas la
demande qui a été faite par le distributeur. Ça, c'est le tarif qui a été
accordé par le processus de la régie.
Alors,
quand vous me dites : Le distributeur demande toujours
plus, oui, mais ici on compare, puis on dit que c'est supérieur à l'inflation, historiquement, puis on
dit que la régie, aux cinq ans, va revenir faire la cause tarifaire. Encore là,
vous nous parlez des demandes du
distributeur. Ça, ici, ce n'est pas les demandes du
distributeur, c'est ce qui a été effectivement accordé par la régie suite à vos doléances
continues, année après année, au processus de cause tarifaire. Ça a été plus fort que
l'inflation.
M. Cormier
(Pascal) : Comme j'ai
expliqué, c'est un historique, donc ça représente l'évolution
du coût de service effectif, réel pour desservir la population, la
sécurisation du réseau, ce qu'Hydro-Québec appelle la fiabilité. C'est des événements
passés.
Là, nous, si on regarde par en avant, on se rend
compte qu'il n'y aura pas de choc tarifaire à la hausse lié aux approvisionnements, on se rend compte que les investissements, par exemple, pour intégrer la Romaine... Trois centrales
sur quatre ont déjà été
intégrées. Donc, il y a beaucoup des gros investissements qui ont eu des impacts à la hausse sur les tarifs,
et, malgré ces gros impacts là, la régie a su maintenir et même aller en deçà
des demandes d'Hydro-Québec.
Le Président (M. Lemay) : Bon, merci
beaucoup, M. le ministre...
Président (M. Lemay) : M. le ministre, désolé, on est arrivés au temps pour la
partie gouvernementale. Je cède maintenant la parole à l'opposition officielle. M.
le député de Laval-des-Rapides, la parole est à vous.
M. Polo : Merci. Merci beaucoup, M.
le Président. Je vais le dire ouvertement, ici, là : On reçoit des
invités, M. le ministre... Non, on reçoit des invités et on peut, on peut...
on va se parler correctement, là, on peut ne pas être d'accord, ou pas, avec ce que nos invités... J'ai eu hier la
même réaction que vous face à un autre groupe, O.K., et vous avez été témoin.
Mais, dans ce cas-là, je me suis adressé à
la présidence. On a des invités, il faut avoir un minimum de respect, il ne
s'agit pas ici d'un tribunal.
M. Julien : M. le Président, je ne
pense pas avoir manqué de respect envers personne ici aujourd'hui.
Le Président
(M. Lemay) : Excusez-moi.
Merci à tous. Le député de Laval-des-Rapides, je comprends votre point. Effectivement, on s'adresse à la présidence lorsqu'on discute dans les travaux, et
c'est comme ça qu'on va avoir des échanges respectueux envers toutes les personnes qui sont ici, incluant nos témoins. Et c'est les
attentes que j'ai envers cette commission.
M. le député de Laval-des-Rapides, si vous voulez poursuivre avec une question
envers nos témoins, il n'y a pas de problème.
Polo : Merci. Merci beaucoup. Merci, MM. Quimper, Charlebois et Cormier, merci pour vous être
déplacés et de nous avoir soumis
votre mémoire. J'aimerais commencer par vous relancer sur certains des sujets
qui ont été évoqués par le ministre, là, dans son temps de parole, notamment
au début de la page 17, juste avant la conclusion, la dernière phrase, où
vous mentionnez que, «sans le processus d'audiences publiques et sans l'intervention de la régie dans la fixation [des prix] des tarifs d'électricité, il existe un risque sérieux que les tarifs
soient établis à un niveau supérieur à celui du coût de service, introduisant ainsi une distorsion dans le marché
au détriment de l'ensemble des consommateurs».
Vous parlez de risques. Quels sont les risques que vous anticipez? Là, on le
comprend, là, que ça soit supérieur, mais de quelle façon ça pourrait
affecter, bien sûr, votre entreprise, votre secteur, votre industrie,
notamment? Et je commencerais par là.
Le Président (M. Lemay) : Alors, M.
Quimper.
M. Quimper (Pierre-Luc) : Bien,
nous, comme je vous dis, je suis un entrepreneur, donc c'est carrément ma rentabilité. Ma rentabilité, comme qu'on est dans
une industrie qui est dans l'émergence, c'est beaucoup d'investissements
pour la recherche et développement, comme qu'on a fait avec l'ETS, c'est beaucoup d'investissements. On
est une start-up, donc, tous les
profits qu'on génère, on les réinvestit. Donc, s'il y a à gruger dans cette
partie-là, ça va être moins d'investissements, ça va être moins
d'installations au Québec puis ça va être moins d'emplois qu'on va créer ici.
Charlebois (Pierre-Olivier) :
Et, peut-être, si je peux compléter, je pense qu'un des bons exemples de risque pour cette industrie-là est certainement le dossier R-4045-2018,
dans lequel nous sommes toujours actuellement, d'ailleurs, et dans lequel nous sommes depuis les
18 derniers mois, où, essentiellement, le distributeur s'est attaqué de
front à ce secteur-là, au secteur de
la chaîne de blocs, qui a tenté de lui imposer une majoration, un encan
tarifaire avec une majoration de 0,01 $ le kilowattheure au-delà du tarif LG. Et donc on s'est attaqué
directement à cette industrie-là, on a tenté de maximiser des revenus du distributeur en utilisant des outils tarifaires.
On s'est présentés devant la Régie de l'énergie, et la régie, après la tenue d'une audience publique complète, lors de
laquelle il y a eu plusieurs intervenants qui se sont présentés, dont nous,
évidemment, la régie est arrivée à la conclusion, a conclu que ce que demandait
le distributeur était discriminatoire, était
à l'extérieur du cadre réglementaire, ne respectait pas les principes
réglementaires généralement reconnus et a donc rejeté la proposition du
distributeur.
Donc,
si on se retrouve dans un contexte où on se laisse aller au bon vouloir du
distributeur et on retire la compétence, la juridiction de la régie sur
ce type de demande tarifaire là, on va se retrouver devant un risque très, très
important. Parce que, si la régie n'avait
pas eu ce contrôle-là, bien, essentiellement, l'industrie de la chaîne de blocs
se serait retrouvée à payer 20 % de plus qu'un consommateur
industriel ayant exactement le même profil de consommation.
Le Président (M. Lemay) : Merci, M.
Charlebois. M. le député de Laval-des-Rapides.
Polo : Ce que vous dites, c'est que vous n'auriez eu aucune forme
d'appel suite à la décision du distributeur, à ce moment-là?
Charlebois (Pierre-Olivier) : En fait... Non, exactement, parce que
nous n'aurions pas eu accès à la régie dans ce contexte-là.
M. Cormier (Pascal) : Et je dois
ajouter que la régie a appliqué des règles qui sont appliquées dans toutes les
régies en Amérique du Nord, que ça soit la tarification des pipelines à Calgary
ou dans les autres provinces voisines. C'est-à-dire,
c'est au coût de service. Ils ont déterminé que la hausse tarifaire n'était pas
justifiée par rapport au coût de desservir
ces clients particuliers là. Donc, c'est des principes de base qui ont été
appliqués malgré un décret gouvernemental. Donc, il y avait une loi, ils ont respecté la loi, puis ça a démontré
l'importance d'avoir un organe indépendant pour pouvoir répondre aux besoins des entreprises. Puis ça, ça
envoie un bon signal aux investisseurs partout dans le monde pour dire :
Au Québec, c'est indépendant et c'est
stable. Et c'est particulièrement vrai dans le cas où l'actionnaire principal
du distributeur est le gouvernement.
Le Président (M. Lemay) : Merci, M.
Cormier. M. le député de Laval-des-Rapides.
M. Polo : Depuis combien d'années, Bitfarms,
vous êtes installés au Québec? En quelle année?
M. Quimper (Pierre-Luc) : En 2017.
M. Quimper
(Pierre-Luc) : 2017, puis,
pendant tout le processus de la Régie de l'énergie, là, on avait mis le bouton
sur pause puis on ne développait plus rien
au Québec. On attendait de voir c'était quoi qui allait sortir de tout ça. Ça
fait que, si on avait eu ce moment-là, à mon avis, on aurait plus gros
aujourd'hui.
Polo : Lors d'une des questions du ministre, il vous présentait son
tableau, là, de la corrélation entre l'inflation et l'augmentation des tarifs, là, au cours de 15 dernières années,
là. Ceci dit, si le projet de loi n° 34 avait été mis en place il y
a quatre ans, disons, O.K., est-ce que Bitfarms aurait pris la décision de
s'installer au Québec?
M. Quimper
(Pierre-Luc) : Comme je vous
dis, c'était un des gros critères de venir s'installer ici, à cause qu'il y avait le régulateur qui vérifiait ça. Mais
je ne peux pas répondre, mais, probablement, ça aurait été un gros facteur
qu'on n'aurait peut-être pas installé au
Québec. On avait d'autres options, puis ça, comme je vous dis, c'était un des
gros facteurs, parce qu'on se disait
que c'est un régulateur externe qui va justement être le «watchdog» pour nos
industries, pour les industriels au Québec. Donc, oui, c'était un des
critères importants.
M. Polo : C'est drôle parce qu'hier,
effectivement, il y avait une association qui représente de la transformation
alimentaire qui mentionnait, justement, le fait que l'instabilité ou, si on
peut dire, le manque de régulation générait, justement,
peut-être une insécurité ou repoussait des investissements étrangers. Et,
notamment, un des exposants donnait l'exemple
d'une entreprise qui a considéré longtemps le Québec, puis finalement a décidé d'aller en Ontario, compte tenu qu'il y avait cet élément-là
qui était, notamment, un facteur. Et donc voilà.
Plus loin, au
début de votre conclusion, vous dites... vous reparlez du risque, vous reparlez
du R-4100-2019, mais vous faites
aussi, au paragraphe suivant, une référence au manque de relation
causale entre l'indice des prix de la
consommation et les principaux éléments du coût du distributeur. Peut-être
élaborer sur ça, s'il vous plaît.
Le Président (M. Lemay) : M.
Cormier.
M. Cormier
(Pascal) : Ce qu'on voulait
exprimer par ça, c'est que, comme je l'ai expliqué tantôt,
ce qui compose l'indice des prix à la
consommation, c'est un panier de
biens, que ce soit le pétrole... Là, il y a une crise en Arabie
saoudite, là, qui commence à se développer, on perçoit qu'il y a un
petit peu d'instabilité, ça peut avoir un impact à la hausse sur les prix du pétrole. Ça n'a rien à voir avec les
approvisionnements qui rentrent dans les livres d'Hydro-Québec. Donc, c'est
à ce niveau-là qu'on disait qu'il n'y avait pas de lien causal.
Tandis qu'une
étude qui est faite devant une régie indépendante, c'est basé sur le coût de
service, qui est un principe de base
qui existe depuis... J'ai regardé, là, j'ai été faire une formation en Afrique,
le gaz naturel est réglementé de cette façon-là
depuis les années 30. C'est un monopole qui a l'avantage de ne pas avoir
de compétiteurs, mais le coût, c'est d'être réglementé, pour essayer de répliquer, protéger les consommateurs de cet
avantage monopolistique là. Donc, c'est pour ça que, d'aller à l'inflation, on déroge de la
logique du coût de service. Ça se peut qu'il y ait des baisses de tarifs, ce
n'est pas nécessairement des hausses à l'inflation, là. Donc, c'est dans
ce...
Polo : Allons plus loin dans votre argument. Quels sont, selon vous,
là, les dangers ou les dérapages possibles de ne plus assujettir un monopole à un contrôle comme la régie, tel
qu'on le constate actuellement, tel qu'on le vit depuis des années, ça veut dire une révision annuelle?
Quels seraient, selon vous, certains dérapages, soit pour vous, votre client
ou votre industrie?
M. Cormier (Pascal) : Je vais vous donner un exemple. Dans le mémoire, il y a un graphique
avec les prix industriels dans différentes juridictions historiques,
puis on voit que le tarif L a monté avec un taux de croissance similaire à ce qu'il y a au Manitoba, qui était plus bas, en
passant, que le Québec. Ce n'est pas juste le Québec qui a des tarifs
industriels bas. Il y a l'État de New York qu'on voit une baisse
importante.
fait que, toutes choses étant égales par ailleurs, si on anticipe qu'aller à
l'inflation... Compte tenu de ce que je vous ai dit plus tôt, à l'effet qu'il
n'y a pas de nouvel approvisionnement qui s'en vient, on anticipe des hausses
tarifaires régulées qui seraient
moins importantes que dans le passé, compte tenu de ce fait-là, nous, on pense
que la situation concurrentielle des tarifs au Québec va être affectée
négativement. Parce que, toutes choses étant égales par ailleurs, les autres vont continuer à réglementer leurs tarifs
de distribution à l'inflation... pas à l'inflation, excusez-moi, au coût de
service, comme c'est fait dans toutes
les régies en Occident, donc c'est un risque important d'avoir... puis ça
incite les... ça donne aussi un
mauvais signal aux entreprises de savoir qu'au Québec l'électricité est
réglementée à l'inflation. Les gens disent : Hum! C'est bizarre,
c'est la seule place que je vois que c'est comme ça.
Charlebois (Pierre-Olivier) : Si je peux juste compléter sur ce
sujet-là, un autre dérapage potentiel, on a peu parlé des programmes commerciaux et des investissements, aussi, donc on
retire de la juridiction de la régie l'adoption et l'approbation de ces programmes-là. Et je voulais
juste revenir sur la décision, tantôt, que je vous citais, et le
paragraphe 40 est intéressant, cette décision-là où la régie rejetait le
programme de conversion, disait : «Le législateur se soucie du risque
qu'un distributeur en situation de monopole
profite de cette situation dans son marché, et ce, à l'encontre des intérêts de
ses consommateurs. Il est d'ailleurs
explicite à cet égard : en vertu de l'article 74 de la loi, la régie
doit tenir compte de la rentabilité de ces programmes en considérant
leurs impacts sur les tarifs.» Et donc, si, littéralement, on retire...
Le Président (M.
Lemay) : M. Charlebois... M. Charlebois, simplement, il reste
30 secondes. M. le député de Laval-des-Rapides, allez-y.
M. Polo :
Ce matin, le premier ministre disait en point de presse que, pour un homme
d'affaires, c'est important qu'il y ait un
facteur de prévisibilité. Est-ce que vous, pour... En tant qu'entrepreneurs, le
facteur de prévisibilité, tel que présenté dans le projet de loi
n° 34, est-ce que c'est un avantage ou est-ce que c'est un risque?
M. Quimper
(Pierre-Luc) : Si on le prend globalement, pour nous, c'est un risque,
comme j'ai expliqué.
M. Cormier
(Pascal) : Juste pour clarifier : selon nous, la prévisibilité du
revenu requis est pas mal plus facile à établir, compte tenu de l'information
disponible à la régie, que la prévisibilité du taux d'inflation.
Président (M. Lemay) : Merci beaucoup, M. Cormier. Donc, ceci complète
la
partie avec l'opposition officielle. Je cède maintenant la parole au
député de Jonquière.
Gaudreault : Oui. Alors, je demande le consentement pour obtenir le
temps laissé...
Le Président (M.
Lemay) : ...par l'opposition?
Des voix :
Consentement.
Le Président (M.
Lemay) : Consentement. Allez-y, M. le député de Jonquière, la parole
est à vous.
Gaudreault : Merci. Merci beaucoup, M. le Président. Donc, si je résume votre pensée... D'abord,
bonjour. Merci. Merci d'être ici. Si
je résume votre pensée, vous dites : Hydro-Québec a toujours
de la difficulté ou plaide toujours
difficilement devant la régie. Souvent, elle
perd dans ses demandes tarifaires ou... pour vous permettre d'avoir des tarifs
qui permettent d'établir votre industrie. On
pense à la cause R-4045-2018, vous citez aussi la cause R-4100-2019.
Donc, ils ont trouvé le moyen de by-passer la régie par le projet de loi
n° 34.
M. Cormier (Pascal) : Les exemples que vous venez de mentionner sont
des exemples du fonctionnement d'une bonne
régie. Il y a un monopole. Lui, son travail, c'est d'amener des revenus à son
actionnaire, donc, avec le moins de soucis possible, avec le moins de difficultés. Et la régie, comme je l'ai
mentionné, est là pour répliquer à un marché, s'assurer que les prix se
rapprochent d'un prix un petit peu plus compétitif qu'un monopole qui peut
décider d'emblée quels tarifs imposer.
M. Gaudreault :
Mais vous dites quand même, en haut de la page 17 : «Sans le
processus d'audiences publiques et
sans l'intervention de la régie dans la fixation des tarifs, il existe un
risque sérieux que les tarifs soient établis à un niveau supérieur
à celui du coût de service...» Donc, Hydro-Québec va avoir davantage champ
libre, avec une adoption du projet de loi n° 34,
pour justement établir des niveaux supérieurs qui pourraient nuire à votre
industrie.
M. Cormier
(Pascal) : Effectivement. C'est particulièrement vrai dans une situation où on anticipe que
le revenu requis va croître de façon
moins importante que dans le passé, tandis que, l'inflation, on
n'a aucune raison de penser que ça va
être, en moyenne, différent. Et c'est très difficile à prévoir. Donc, on peut
imaginer que ça ressemble aux taux d'inflation qu'on a eus dans le
passé.
M. Gaudreault : Votre industrie est très présente, impliquée au niveau international. Ça doit être assez féroce
comme compétition. Selon votre
expérience... c'est peut-être M. Quimper qui peut nous renseigner
là-dessus, ou d'autres, est-ce que, selon
votre expérience, selon votre connaissance, il y a des systèmes comparables à
ce que veut implanter le ministre, avec le projet de loi n° 34,
ailleurs dans le monde?
M. Quimper (Pierre-Luc) : Pas à
ma connaissance, non.
M. Gaudreault : Il y a toujours
un régulateur à quelque part ou un système semblable à la Régie de l'énergie.
M. Cormier
(Pascal) : Je vais vous
donner un exemple. En Ontario, les causes tarifaires d'Hydro One sont aux
deux ans. Elles ne sont pas aux années comme au Québec. Toutefois, c'est aux
deux ans au coût de service. C'est une prévision
du coût de service sur les deux prochaines années. C'est la même
logique, la même mécanique
qui se fait présentement au Québec, mais sur deux ans. Donc, oui, il y a
des différences, mais cinq ans...
M. Gaudreault : ...sur le principe,
il y a un régulateur.
M. Cormier (Pascal) : Non, je n'ai
jamais vu de... Avec les recherches que j'ai faites, je n'ai jamais vu de détermination de tarifs, actuellement, là, dans ce
qui se passe en ce moment, qui est basée sur autre chose que le coût de service.
Gaudreault : Écoutez, je lance une perche, vous me direz si je suis
dans le champ. Concernant les relations, par exemple, sur les marchés, avec les Américains, entre autres, on sait que
la FERC, du côté des États-Unis, est très puissante, a signé des ententes avec le Québec, avec le
Canada, entre autres sur la fiabilité du système. Il y a eu des causes
historiques, dans le passé, là, sur
la question de la fiabilité du système, entre autres après... j'allais dire le
déluge, là, mais le verglas de 1998,
bon, et ainsi de suite, les grandes... il y avait une mégapanne, là, de
l'ensemble du Québec, je ne me souviens plus en quelle année. Parce qu'on sait qu'en même temps
Hydro-Québec TransÉnergie est exclue du projet de loi n° 34, on pense
à Hydro-Québec Distribution. Est-ce que
néanmoins on peut penser que... ou anticiper des interventions de la FERC du
côté des États-Unis à la suite de l'adoption
d'un projet de loi n° 34, sur la base du libre marché, par exemple, ou
des règles?
M. Cormier
(Pascal) : Il faut remettre
en contexte. En 1996, dans la politique énergétique du gouvernement, il était
mention que le gouvernement avait l'intention de demander à Hydro-Québec de
demander un permis pour transiger aux États-Unis, puis effectivement une
des obligations, entre autres, c'est que son réseau de transport soit
accessible à tous, on appelle ça un «open
access» en anglais, et aussi qu'il y ait un marché de gros pour que les
producteurs américains puissent
également vendre à des clients au Canada, donc ce qu'on appelle la réciprocité.
Et ces conditions de réciprocité là doivent
être... Et la FERC a reconnu le rôle de la régie, a mentionné les changements
législatifs qui avaient eu lieu en 1996, de mémoire, là, 1996 ou 1997, puis
ils ont reconnu l'indépendance de la régie, qui, selon la FERC, avait
pratiquement le même pouvoir que la FERC elle-même.
Donc, à notre avis, le projet de loi n° 34
fait en sorte que, par exemple, les approvisionnements du distributeur... En ce moment, à chaque année, les approvisionnements du distributeur sont évalués à
la régie. C'est public, tous les... on peut
savoir quel fournisseur a fourni quel contrat. Puis il y a une dispense d'aller
en appel d'offres, puis cette dispense-là de la régie était particulièrement intéressée à savoir est-ce que ça va
tout à l'affilié, parce qu'on sait qu'Hydro-Québec, c'est un des
fournisseurs d'Hydro-Québec Distribution, Hydro-Québec Production.
Donc, là, il va y avoir un quatre ans de boîte
noire où on ne saura pas qu'est-ce qui se passe là-dedans.
Président (M. Lemay) : Merci beaucoup, M. Cormier,
M. Quimper, M. Charlebois, merci de votre contribution aux
travaux de la commission.
suspends maintenant les travaux quelques instants afin de permettre aux
représentants de l'Union des consommateurs de prendre place.
(Suspension de la séance à 15 h 46)
Le Président (M. Lemay) : Alors,
nous reprenons nos travaux. Je souhaite la bienvenue aux représentants de l'Union des consommateurs, je vous rappelle que
vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je
vous invite donc à vous présenter, ainsi que les personnes qui vous
accompagnent, et ensuite procéder à votre exposé. La parole est à vous.
M. Décary
(François) : M. le Président
de la commission, M. le ministre, MM., Mmes les députés, mon nom est
François Décary, je suis président de l'Union des consommateurs. J'ai à ma
droite Mme France
Latreille, directrice de l'Union des
consommateurs, et Mme Viviane de Tilly, analyste en énergie à l'Union des
consommateurs. C'est vraiment un plaisir d'être ici, puis merci de nous
avoir invités.
L'UC est un
regroupement d'associations de consommateurs partout au Québec. On a
11 membres, qui couvrent des
régions comme Laval, Chaudière-Appalaches, Bas-Saint-Laurent. En fait, nos
associations de consommateurs rencontrent des centaines de familles et d'individus aux prises avec des
problématiques de paiement, notamment avec Hydro-Québec, puis on conclut
des milliers d'ententes par année pour eux et avec eux.
L'UC porte un
très grand intérêt, l'Union des consommateurs porte un très grand intérêt aux
enjeux énergétiques, notamment la
fixation des prix, à l'interfinancement, au traitement des plaintes et aux
ententes de paiement. Évidemment, l'Union des consommateurs travaille
beaucoup avec des ménages qui ont des faibles revenus puis qui ont des
situations d'endettement préoccupantes.
L'Union des
consommateurs a de sérieuses réserves par rapport au p.l. n° 34, le projet de loi n° 34. On note aussi que l'ensemble des associations de consommateurs
émettent des réserves puis sont craintives, que ce soit Option Consommateurs,
qui va présenter après nous, puis la Coalition des associations de
consommateurs également.
L'Union des consommateurs croit fondamentalement
que les mécanismes qui favorisent l'indépendance et la transparence sont garants d'une meilleure gouvernance et de choix plus
réfléchis. On va en faire des exemples
plus précis. D'ailleurs, c'est ce
qu'on voit partout, aussi, quand on parle de bonnes pratiques de gouvernance, que ce soit la responsabilité sociale des entreprises,
on invite les entreprises à mieux divulguer, à plus divulguer, puis à mettre en place des mécanismes qui vont permettre une plus grande transparence,
avec des indicateurs qui sont normés.
L'Union des
consommateurs n'est pas convaincue que le projet de loi n° 34 sera
plus avantageux pour les consommateurs résidentiels que le statu quo.
Puis enfin
l'union des... C'est facile de dire que l'Union des consommateurs a des grandes
réserves puis est craintive par
rapport au projet de loi n° 34, mais on souhaite aussi vous proposer des
mesures alternatives. Ça fait qu'on
va faire preuve de pragmatisme aussi,
puis je pense que le gouvernement actuel aussi a fait preuve de pragmatisme
dans sa façon de gouverner depuis son
élection, ça fait que nous aussi, on voulait vous proposer des mesures qui
pourraient atténuer certains des défauts qu'on a notés par rapport au
projet de loi n° 34.
Ça fait que merci de nous recevoir, je vais
laisser la parole à Mme France Latreille.
Mme Latreille
(France) : Bonjour. La Régie de l'énergie a été instaurée en 1996 par
l'adoption du projet de loi n° 50. Ce projet de loi répondait aux attentes
des participants du débat public sur l'énergie en donnant à la régie plein
pouvoir pour réglementer la production, le transport et la distribution
d'électricité dans une perspective de développement durable.
Le vaste
débat d'idées de l'époque avait permis de poser un regard très critique et très
sain sur le conflit d'intérêts dans
lequel se trouvait le gouvernement dans son rôle d'actionnaire d'Hydro-Québec.
On peut lire dans le rapport de la Table de consultation du débat public sur l'énergie au Québec
que l'on reprochait au processus qui était en place de ne pas permettre un véritable examen des demandes de modification tarifaire déposées par
Hydro-Québec, de ne pas autoriser une
authentique participation du public, et surtout de placer le gouvernement en
conflit d'intérêts potentiel, puisque l'État défenseur de la
collectivité peut être tenté, dans ses décisions, de privilégier les intérêts
de l'État actionnaire ou même d'y introduire des considérations purement politiques.
Or, depuis
1996, les gouvernements qui se sont succédé à l'Assemblée nationale, tous partis confondus, ont lentement mais sûrement érodé les compétences et champs
d'action de la régie et introduit des considérations purement politiques.
La régie n'est désormais
plus qu'un pâle reflet de ce qu'elle était auparavant. À la page 7
de notre mémoire, vous pouvez voir les six lois qui, au fil des
années, ont réduit les pouvoirs de la régie, traduisant des interventions directes du gouvernement
ou contrecarrant l'opposition d'intervenants qui soutenaient les intérêts des
consommateurs québécois.
Force est de
constater que la régie de 2019 n'a déjà plus rien à voir avec celle de 1996. Avec le projet de loi n° 34 qui
soustrait à l'analyse, par la régie, les projets d'investissement, les programmes commerciaux et les hausses tarifaires, le
gouvernement met non seulement toute sa confiance en Hydro-Québec, mais renonce
à un exercice de validation des propositions d'Hydro-Québec alimenté d'une
variété de points de vue reflétant l'intérêt public.
Selon notre organisme,
le projet de loi n° 34 contredit la raison d'être de la régie, qui
assurait la fin des interventions du
gouvernement dans la gestion d'Hydro-Québec. C'est la raison pour laquelle nous
recommandons au gouvernement de ne
pas adopter le projet de loi n° 34, mais plutôt de redonner à la régie les
compétences que lui conférait la loi votée en 1996.
Si le projet
de loi n° 34 était adopté par le gouvernement, les tarifs d'électricité de
l'année 2019-2020 auront été les derniers à être fixés par la régie à la
lumière d'une analyse des revenus et dépenses d'Hydro-Québec Distribution,
incluant les projets d'investissement
et les programmes commerciaux. En outre, le projet de loi n° 34 anéantit
des années de travaux réglementaires,
d'audiences, de réflexion et d'implantation de mécanismes de rendement
incitatif et sonne le glas du mécanisme
de traitement des écarts, alors que tous deux venaient à peine d'être
implantés. En fait, le projet de loi n° 34 a toutes les apparences
d'un pied de nez à la régie et aux intervenants. Ni le gouvernement ni
Hydro-Québec Distribution n'auront désormais à dévoiler ni partager les
surplus de rendement. Désormais...
Depuis 2017, le mécanisme
de traitement des écarts de rendement s'applique aux résultats d'Hydro-Québec Distribution. Si le taux de rendement excède celui
autorisé par la régie, les excédents seront partagés entre les clients et
Hydro-Québec lors de l'établissement des tarifs des années subséquentes. Un
écart de rendement de 36 millions a été constaté
à l'issue de l'année 2017. En vertu de ce mécanisme, Hydro-Québec a remis
une
partie de cette somme à sa
clientèle en réduisant de 18 millions les revenus requis de
l'année 2019-2020. Soulignons que c'est parce qu'un tel mécanisme
n'existait pas auparavant qu'Hydro-Québec Distribution a pu réaliser et
conserver ses surplus.
Je vais
passer à un autre sujet. Le quatrième alinéa de l'article 52.1 de la Loi
sur le Régie de l'énergie stipule que la régie ne peut modifier le tarif de catégorie consommateurs afin
d'atténuer l'interfinancement entre les tarifs applicables à des catégories
de consommateurs.
Rappelons que
ce sont les clients résidentiels qui bénéficient de l'interfinancement en générant moins de revenus qu'il
n'en faut pour assurer leur coût de service de l'électricité. L'interfinancement est sous-jacent au pacte social à la source de la
nationalisation de l'électricité.
En 2006,
la régie établissait la balise de référence de l'interfinancement des tarifs
d'électricité des clients domestiques à 81 %. Or, depuis 2006,
l'interfinancement des tarifs des clients résidentiels s'amenuise graduellement
et s'établit maintenant à 88 %.
L'interfinancement
des tarifs d'électricité est un sujet d'intérêt public, et chaque dossier
tarifaire était l'occasion unique d'en faire le suivi. Or, la
disparition des dossiers tarifaires annuels d'Hydro-Québec Distribution mettra
l'indice d'interfinancement à l'abri des
regards intéressés, ce qui desservira l'intérêt public. Ce n'est qu'au terme
des cycles de cinq ans, où les
informations sur les coûts et les revenus seront rendues disponibles, que nous
pourrons juger de l'érosion de l'interfinancement.
Donc, si le
gouvernement devait adopter le projet de loi n° 34, ce qu'on ne recommande
pas, nous lui recommandons d'en
modifier préalablement l'article 17 afin d'ajouter à la liste des
informations à transmettre par Hydro-Québec à la régie un suivi de
l'interfinancement entre les tarifs d'électricité.
L'Union des
consommateurs, comme mon collègue le disait tantôt, on est un regroupement
national d'associations de consommateurs résidentiels qui intervient à
la régie. L'organisme a particulièrement à coeur les intérêts des ménages les plus pauvres. Ses interventions visent à
maintenir les factures d'électricité les plus basses possible mais également à
ce que les conditions de service,
particulièrement en matière de recouvrement, tiennent compte de la
vulnérabilité des moins bien nantis.
Année
après année, la régie a balayé du revers de la main et de façon presque
systématique toutes nos recommandations, tant en ce qui concerne les
ententes de paiement qu'en ce qui touche la stratégie tarifaire. Or, au
printemps dernier, la Vérificatrice générale du Québec a déposé à l'Assemblée
nationale un audit de performance sur le soutien aux ménages à faibles revenus
et le service à la clientèle résidentielle d'Hydro-Québec qui reprenait nombre
de nos constats.
L'Union des
consommateurs a maintenant en main les informations, analyses et conclusions
objectives et inestimables pour faire
contrepoids aux prétentions d'Hydro-Québec Distribution et réclamer, dans le
cadre des dossiers tarifaires, des mesures
plus justes et efficaces pour les ménages à faibles revenus. Or, si le projet
de loi n° 34 est adopté, ce n'est que dans cinq ans que les groupes de défense des droits des consommateurs
pourront espérer obtenir des correctifs aux mesures de support aux ménages à faibles revenus proposées
par Hydro-Québec Distribution, à moins d'initier eux-mêmes à la régie
des demandes relatives aux conditions de service d'Hydro-Québec.
Président (M. Lemay) : Mme Latreille, en conclusion,
peut-être 15 secondes. Je vois que vous n'avez pas encore terminé
votre mémoire, mais...
Mme Latreille
(France) : Je n'ai pas encore terminé. Je vais faire le plus vite
possible. Donc, ce qu'on demande, c'est... J'en ai pour deux minutes
encore. Si le gouvernement devait adopter le projet de loi n° 34, nous...
Président (M. Lemay) : Mme Latreille, en fait, à ce
stade-ci, nous allons procéder avec la période d'échange avec les membres du gouvernement. Et, si c'est
possible, vous pourrez toujours revenir, mais, bref, pour le moment, la
parole est au ministre. M. le ministre, la parole est à vous.
Mme Latreille (France) : Très
bien.
M. Julien :
Oui. Puis loin de moi de ne pas vous laisser conclure l'idée, mais c'est qu'on
aura l'occasion d'échanger. Puis je vais vous laisser bien du temps pour
parler, soyez-en assurée.
Je suis très
heureux de vous rencontrer aujourd'hui, puisque vous représentez des
consommateurs. Donc, on parle beaucoup,
en fin de compte, de renseignements, là, par rapport aux pouvoirs de la régie.
Bon, moi, mon impression, puis plus
que mon impression, là, notre volonté, c'est oui à tout le processus de cause
tarifaire, sur lequel vous m'amenez des précisions qui, effectivement, me
laissent un peu songeur puis que... en fait, je vais les regarder plus avant,
mais... On change la périodicité mais
sur certains aspects qui n'étaient pas nécessairement la tarification, mais
toute, en fin de compte, la notion...
Parce que, tu sais, pour nous, le projet de loi ne vient pas jouer sur
l'interfinancement. D'un autre côté, il y a la notion de connaître
comment se comporte l'interfinancement, de ce que j'en conçois.
Mais, en
annexe II, sans tous les nommer quand même, annuellement, beaucoup
d'informations vont continuer de passer
par la régie. Puis, comme j'ai la liste de tous les responsabilités et pouvoirs
de la régie, en tout cas, j'ai fait faire des colonnes, statu quo, changement, on voit que les changements, c'est beaucoup par rapport... en
tout cas, notre objectif, par rapport à la cause tarifaire, sur une base
annualisée.
Au-delà
de tout ce que vous allez nous dire par rapport aux enjeux, moi, il y a un
enjeu sur lequel je veux avoir votre
réflexion, puisqu'effectivement... Ce matin il y avait quelqu'un qui parlait de
quand on croise du monde au barbecue, puis
moi, j'ai croisé du monde tout l'été au barbecue, puis il y a du monde qui m'en
ont parlé beaucoup, spécifiquement, parce que je suis dans le dossier, puis les gens étaient contents par rapport
à la prévisibilité, puis ils disaient : O.K., c'est un gel
tarifaire, puis après ça à l'inflation. Les gens sont satisfaits de cette
prévisibilité-là.
l'autre côté, a contrario, quand j'entends certains groupes, ils nous
disent : Oui, mais vous avez regardé l'inflation des 15 dernières années par rapport aux
tarifs, mais ce n'est pas ce que ça représente dans le futur. Mais, sur cette
base-là, tout ce que j'entends
actuellement, c'est... Parce qu'il y en a qui vont parler du choc tarifaire
dans cinq ans, mais tous les intervenants qui nous parlent de la clause
à l'inflation nous disent : C'est trop élevé par rapport à ce que ça
devrait être réellement, selon ce qu'on voit.
Est-ce
que c'est à dire, en fin de compte, que, si les consommateurs, les gens que je
croise qui me disent : Nous autres, on aime ça, un gel puis à l'inflation pour les quatre prochaines années,
et si tous ceux qui mentionnent que c'est trop élevé par rapport au réel, par rapport au système, quand
il y aura un «rebasing» dans cinq ans... ça veut dire que les gens sont
satisfaits, puis, au pire, ça sera mieux dans cinq ans?
Alors,
les consommateurs, qu'est-ce qu'ils ont à craindre par rapport à la
tarification dans les cinq prochaines années, selon vous?
Le Président
(M. Lemay) : Alors, Mme Latreille, ou M. Décary?
Mme de Tilly
(Viviane) : Mme de Tilly.
Le Président
(M. Lemay) : Comment? Mme de Tilly? Allez-y, Mme de
Tilly.
Mme de Tilly
(Viviane) : En fait, ce qu'ils ont à craindre, c'est que, les tarifs
qu'ils vont payer...
Mme de
Tilly (Viviane) : Il n'était
pas ouvert. O.K. Ce que les consommateurs ont à craindre, c'est
que les tarifs qu'ils vont payer au
cours des cinq prochaines années soient plus élevés que ceux qu'ils auraient
eus s'il y avait eu vraiment
audience et examen d'un dossier tarifaire à la régie.
Alors,
vous parlez de prévisibilité. Alors,
je l'ai entendu beaucoup, ce mot-là depuis le mois de juin, «prévisibilité».
Je vous dirais que ce n'est pas un concept
de base en tarification. On parle souvent de stabilité des prix, mais pas de
prévisibilité, parce qu'à quoi ça
nous amène de dire : Oh! je prévois que ça va être à l'inflation ou bien
je prévois que ça va être à 3 % par année? Quelle importance, si ce
n'est pas le juste prix? Et le consommateur, lui, a intérêt à payer le juste
prix.
Maintenant,
on a parlé des risques d'un impact tarifaire dans cinq ans. Effectivement, ce
risque-là existe, entre autres, Hydro-Québec,
ses projets d'investissement. Hydro-Québec Distribution aura des projets
d'investissement, aura des programmes
commerciaux qui ne seront plus examinés par la régie. On ne pourra plus savoir
si ça a été prudemment acquis, si ça
ne répond pas nécessairement à des demandes du gouvernement. Bref, dans cinq
ans, on pourra arriver avec des revenus requis vraiment supérieurs, qui
auront connu une croissance inhabituelle parce qu'Hydro-Québec aura eu les
coudées franches pour faire un peu les
programmes d'investissement qu'elle voulait. Alors, oui, il y a un risque de
choc tarifaire dans cinq ans.
M. Julien :
O.K., mais, juste pour être certain de bien vous suivre, Mme de Tilly,
puis je sais que vous avez de très
bonnes connaissances par rapport à ce domaine-là, donc vous allez peut-être
m'éclairer, mais, quand même, dans ce qui est déposé sur base annuelle, tout le
suivi des investissements est déposé, là, sur base annuelle, c'est ce qui est
prévu, en fin de compte, dans
l'annexe, donc quand vous dites...Tu sais, j'essaie toujours, en réalité... A
contrario d'une information, j'ai
l'autre information. Alors, les gens, depuis les deux dernières journées, se
pointent beaucoup ici en disant : À l'inflation, là... il y en a même qui
ont pris des termes un peu hasardeux, là, mais c'est trop élevé par rapport à
ce qu'on devrait s'attendre dans les prochaines années. Puis, en même
temps, vous nous dites : Oui, mais il pourrait y avoir un choc tarifaire
après cinq ans, parce que les besoins ne
seraient pas suffisants. Mais, nous, tout ce qu'on souhaite faire, c'est
allonger la périodicité. Parce qu'on trouve, en réalité, qu'aux
12 mois c'est peut-être trop rapide. Et je vous le réitère, là, vous
représentez des consommateurs que je croise
à tous les jours, puis eux nous disent que... si vous n'aimez pas la qualifier
de prévisibilité, c'est : on
aime bien savoir que, dans les prochaines années, le tarif hydroélectrique va
être à l'inflation après avoir eu une période de gel d'un an.
Donc, qu'est-ce qui,
dans l'information, ici, ne nous permettrait pas de capter, selon vous, comme
information, qu'est-ce qui sera déposé sur base annuelle, d'Hydro-Québec, les
éventualités que vous mentionnez?
Le Président
(M. Lemay) : Mme de Tilly.
Mme de
Tilly (Viviane) : Oui. En fait, vous avez raison, Hydro-Québec
Distribution va déposer à la régie, dans son rapport annuel, le suivi de ses investissements. C'est de
l'information, ce n'est pas une décision. La régie n'examinera pas la pertinence et le caractère prudemment
acquis de ces investissements-là. Ça va être de l'information comme
Hydro-Québec, présentement, dépose de l'information dans son rapport
annuel.
M. Julien : Mais
juste un instant... Mais je comprends qu'on nous a beaucoup dit que le volet
transparence était important, mais vous, vous nous dites : C'est le
volet... pas transparent, c'est le volet contraignance.
Mme de
Tilly (Viviane) : Examens, analyses, puis de reconnaître le caractère
prudemment acquis. Dans le mémoire, on parle, par exemple, du programme de...
du projet d'installation de bornes de recharge pour véhicules électrique