Institutions — 15 August 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2017-08-15
Quebec — Committees
Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Melançon (Verdun)
est remplacée par M. Chevarie (Îles-de-la-Madeleine);
M. Merlini (La Prairie), par M. Hardy (Saint-François);
Mme Montpetit (Crémazie), par M. Plante (Maskinongé); M. Ouellette (Chomedey), par Mme Nichols
(Vaudreuil); M. Bergeron (Verchères), par M. Villeneuve (Berthier);
M. Marceau (Rousseau), par M. Rochon (Richelieu).
Le Président (M.
Hardy) : Merci. Avant de débuter les remarques préliminaires, je
dépose les documents suivants reçus depuis
la fin des consultations particulières, que vous avez reçus par courriel :
les commentaires de la ville de
Montréal, une lettre de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, une
lettre du Conseil du statut de la femme, un mémoire d'Amnistie internationale, un mémoire de l'Association
canadienne des libertés civiles et un mémoire de l'Association
Uni-T : Voix pour les valeurs chrétiennes.
Nous
débutons avec les remarques préliminaires. Mme la ministre de la Justice et
députée de Gatineau, vous disposez de 20 minutes. À vous la parole.
Vallée : Merci, M. le Président. Alors, d'entrée de jeu,
j'aimerais saluer, souhaiter un bon retour à l'Assemblée à nos collègues parlementaires. Je retrouve des
habitués de la Commission des institutions mais aussi des visages que l'on
voit moins souvent et, pour certains, une première expérience à cette
commission.
Donc,
je suis très heureuse de reprendre nos travaux sur le projet de
loi n° 62 qui est la loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l'État qui vise
notamment à encadrer les demandes d'accommodement religieux dans certains
organismes. On en débute l'étude détaillée
aujourd'hui. C'est un projet de loi qui est important. C'est un projet de loi
qui s'inscrit dans un contexte social contemporain.
ne faut pas oublier, M. le Président, que le Québec, c'est d'abord et avant
tout une société qui est démocratique, une
société qui est pluraliste, une société qui est inclusive, une société qui
favorise les relations interculturelles harmonieuses. Ça, je pense qu'on se reconnaît tous dans ce principe-là.
Il n'y a personne ici qui, je crois, va prétendre le contraire. L'État québécois, les institutions de l'État québécois,
c'est aussi le reflet du riche parcours historique du Québec, de notre riche
parcours historique à nous tous.
L'État
québécois, les institutions, sont fondés sur les principes de la primauté du
droit, de la séparation de l'État et des
institutions religieuses et, bien évidemment, de la neutralité religieuse de
l'État. Mais cette neutralité religieuse de l'État, M. le Président, on ne la retrouve dans aucun
texte législatif, et c'est pourquoi on considère qu'il est important de
légiférer en ce sens et le déclarer de façon non équivoque.
neutralité religieuse de l'État québécois,
M. le Président, c'est quoi? C'est
d'assurer que l'État ne favorisera ni
ne défavorisera qui que ce soit en raison de sa croyance ou de son absence de
croyance, de sa non-croyance. Et c'est important
que ce principe-là soit défini. L'État doit être neutre, les actions de ceux et
celles qui sont au service de l'État doivent également être empreints de
cette neutralité.
a également la Charte des droits et libertés de la personne
qui prévoit que toute personne, tout individu est titulaire de libertés fondamentales telles la
liberté de conscience, de religion, d'opinion, d'expression, et ça, M. le Président, ça inclut la liberté de
manifester sa religion ou sa conviction. Ça inclut la liberté de le faire seul,
de le faire en commun, en public et
en privé et, par le biais de l'enseignement, par le biais des pratiques, par le biais du
culte, l'accomplissement des rites.
C'est ça, la liberté de conscience, la liberté de croyance, la liberté
religieuse. Donc, les droits et libertés de la personne sont inséparables des droits et libertés d'autrui et du bien-être
général. Et ça, M. le Président, ces principes-là sont à la base de notre société,
sont à la base de ce que nous sommes et des principes sur lesquels est fondée
notre histoire.
Alors,
comme je le mentionnais, il nous apparaît fondamental d'affirmer, par un texte législatif,
que la neutralité religieuse de
l'État, elle est nécessaire pour assurer à tous les Québécois,
à toutes les Québécoises, un traitement qui sera exempt de
discrimination fondée sur la religion et que cette neutralité-là va s'exprimer notamment
par la conduite du personnel dans l'exercice de leurs fonctions.
principe-là, on le retrouve... Puis
là je regarde ma collègue de Montarville parce qu'on revient encore avec
des références à la Cour suprême puis on a
eu, dans le cadre d'autres commissions parlementaires, des discussions
là-dessus, puis je le dis en toute
amitié. Dans la dernière... une décision assez récente, le Mouvement laïque
québécois contre la ville de Saguenay, au paragraphe 74, sous la
plume du juge Gascon, la Cour suprême nous dit ce qui suit — et
ça, c'est au printemps 2015 : «En [n'énonçant] aucune préférence, l'État
s'assure de préserver un espace public [qui est] neutre et sans discrimination à l'intérieur duquel
tous bénéficient également d'une véritable liberté de croire ou ne pas croire,
en ce que tous sont également
valorisés. [Un] espace public neutre ne signifie pas l'homogénéisation des
acteurs privés qui s'y trouvent. La neutralité est celle des
institutions[...], [et] non celle des individus.»
Donc,
ces éléments expriment les principes qui nous ont guidés dans la rédaction du
projet de loi, dans la rédaction des amendements que je vous déposerai, et font
partie intégrante d'un
préambule dont nous discuterons. Évidemment, il y aura, dans les amendements... Et, oui, je
l'annonce, un dépôt d'un préambule, qui sera discuté à la fin, en raison des règles parlementaires, mais on croyait important, dans le cadre de ce
préambule-là, de mettre les bases du projet de loi parce que, lors des consultations, plusieurs ont donné
une interprétation au projet de loi qui n'était pas celle souhaitée par notre gouvernement. Alors, plutôt que de
présenter quelque chose qui pourrait susciter la controverse, susciter des
débats qui n'ont pas leur raison d'être,
nous souhaitions important de mettre des balises. Et nous en discuterons dans
l'ordre prévu, mais je vous
déposerai, M. le Président, en liasse, l'ensemble des amendements que j'entends
présenter à mes collègues. Je le ferai après mon allocution.
Donc, nous
aurons l'occasion de discuter, mais je croyais important de bien camper ce
projet de loi là, parce que ce n'est
pas rien, ce dont il est question aujourd'hui. Ce sont des règles importantes
du vivre-ensemble, ce sont les règles qui
nous permettront, à nous tous, de guider nos actions, mais qui permettront
aussi, parce qu'on le verra, à ceux et celles qui reçoivent une demande
d'accommodement fondé sur un motif religieux d'être guidés et de bien analyser
ces demandes-là. Actuellement, il est vrai qu'il n'existe pas de règle. Le
projet de loi, par son
article 10, prévoit un cadre d'analyse, et nous en discuterons, parce qu'il est
important que des règles soient établies pour éviter de donner suite à des
demandes qui pourraient s'avérer frivoles également. Il est important de bien
camper le tout.
Donc, le
projet de loi n'est quand même, somme toute, pas très long. Il se résume à une
vingtaine d'articles, des articles
clairs, des articles qui seront faciles d'application, et il s'inscrit vraiment
dans un objectif d'établir le principe de la neutralité religieuse, de définir les paramètres du vivre-ensemble et de
donner, comme je le mentionnais, des balises pour l'analyse des demandes d'accommodement religieux.
Et les demandes d'amendement, je crois, répondent à bon nombre de préoccupations
qui ont été soulevées.
Alors, le
projet de loi s'articule sur trois grands axes, donc, j'en ai parlé
abondamment : consacrer le principe de la neutralité religieuse de l'État, consacrer également le principe que la
prestation de services est donnée et reçue à visage découvert pour assurer la qualité des
communications entre les personnes, pour permettre la vérification de
l'identité de celles-ci, la
vérification de l'identité de ceux et celles qui ont droit de recevoir des
services de l'État et également pour des fins de sécurité et
l'encadrement du traitement des demandes d'accommodement pour motif religieux.
Donc, la neutralité religieuse, nous en avons
parlé abondamment. Maintenant, pour ce qui est des services rendus et donnés à visage découvert, le projet de loi vise à reconnaître l'importance de ce principe. La communication pleine
et ouverte est essentielle dans une société
libre et démocratique. On veut s'assurer aussi, par la vérification de
l'identité, que les services sont rendus à la bonne personne, que les
mesures de sécurité seront respectées. Pour ce qui est d'un amendement, je vous
informe d'ores et déjà qu'il y aura un amendement à l'article 9 et je
crois qu'il saura répondre à certaines préoccupations qui ont été soulevées et
il est possible parfois de clarifier les projets de loi.
Maintenant,
pour ce qui est de l'analyse d'une demande d'accommodement religieux,
l'objectif de l'article 10 du
projet de loi est vraiment de venir codifier les enseignements, oui, de la jurisprudence qui a évolué au fil des ans et de clarifier les critères qui doivent être considérés
dans le traitement d'une demande d'accommodement raisonnable pour motif
religieux. Alors, c'est important, puis là, là-dessus, je pense qu'il est important
de faire une parenthèse. L'accommodement
religieux, il existe de par l'article 10 de la charte. L'accommodement, en fait,
en soi, existe de par l'article 10
et l'analyse des différentes demandes d'accommodement... parce qu'il y a annuellement bien des demandes d'accommodement,
il y a des demandes d'accommodement pour des motifs de handicap physique,
certains pour des motifs religieux,
certains pour des motifs d'égalité hommes-femmes. Bref, il y a un bon nombre de
demandes, mais les demandes d'accommodement pour motif religieux ont
suscité, parfois en raison de la méconnaissance du contexte, beaucoup de controverse dans le passé et il est important
d'encadrer et d'aider ceux et celles qui sont saisis d'une telle demande, de
les aider, de les guider, de les
accompagner sur le cadre d'analyse. Et donc, à l'aide de la jurisprudence, qui
a évolué, conforme, évidemment, aux enseignements de la charte, nous
avons appliqué ces balises.
Alors, M. le Président, tout ça fait suite à des consultations qui ont eu lieu l'automne
dernier. On a entendu plus de
38 personnes et organismes, on a analysé les mémoires. Je l'ai mentionné,
nous prévoyons déposer des amendements, l'ajout
d'un préambule, la clarification de
l'article 9, l'inclusion, l'assujettissement aussi des municipalités au projet
de loi n° 62. Je sais qu'il a
été question... Plusieurs organismes nous ont manifesté l'importance d'assurer
une homogénéité des règles en matière
de neutralité religieuse sur le territoire québécois, éviter le concept de gruyère
sur le territoire et sur la façon de
traiter les demandes. Alors, nous avons eu des échanges, et je comprends que,
pour certaines municipalités, ça
puisse susciter des questionnements. Et pour ça, moi, je prévois... et je pense
qu'on pourrait, en parallèle de nos travaux, travailler en collaboration avec les organisations
municipales : l'UMQ, la FQM, les villes de Montréal, de Québec, dans
le cadre d'un comité conjoint de mise en
oeuvre auquel seraient conviés également le ministère des Affaires municipales
et de l'Occupation du territoire ainsi que le ministère de la Justice.
Donc, je
comprends que, pour certaines municipalités, on n'ait pas nécessairement les
outils et le soutien technique
pour bien comprendre la portée du projet de loi. Donc, ce travail-là pourrait se faire en parallèle sans aucun
problème. On a des échanges actuellement sur la forme que pourrait prendre un tel comité de travail, mais je
tiens à vous dire, M. le Président,
que nous considérons qu'il y a un Québec, un citoyen à représenter et finalement, les municipalités et les élus de l'Assemblée nationale, on représente ultimement
les mêmes personnes un peu partout sur le territoire.
Maintenant,
donc, il y a un amendement en ce sens. Il y a un amendement
également afin d'assujettir les élus, donc les élus
de l'Assemblée nationale, les élus des municipalités, les élus des différents organismes,
au projet de loi, question de bien clarifier, bien camper, pour éviter, encore
une fois, qu'il y ait une espèce de gruyère. Et je propose également,
par un amendement qu'on puisse désigner un répondant, parce que
plusieurs groupes et plusieurs personnes qui ont été entendues lors des consultations ont manifesté le souhait qu'il y ait des outils
d'aide à la prise de décision qui soient
disponibles pour accompagner les organismes visés dans les demandes
d'accommodement. Ça, en soi, ça ne nécessite pas de disposition
législative.
Il y a
beaucoup de ce travail-là qui peut se faire en parallèle, comme je le
mentionnais tout à l'heure, notamment avec
les municipalités, mais je propose
que soit désigné, au sein d'un organisme, un répondant en matière
d'accommodement, comme on le
retrouve, par exemple, en matière d'accès à l'information. Et cette personne-là
sera responsable de conseiller ces autorités, de formuler des avis aussi
sur les demandes d'accommodement qui lui seront formulées, ce qui va favoriser,
je le crois, une meilleure cohérence dans les pratiques en matière
d'accommodement puis aussi un meilleur accompagnement
pour les organismes. Plutôt que de laisser le tout un peu dans l'air, c'est
important d'avoir un répondant, et on le voit aussi, là, dans
l'application d'autres dispositions d'ordre général.
Donc,
souvent, la même personne pourra occuper les deux fonctions, je crois, et sans
augmenter, là, les responsabilités des
organismes et sans nécessiter nécessairement d'ajout de personnel. Donc, dans
certains organismes, les demandes sont
quand même minimes. Dans d'autres, il y a déjà des répondants qui sont là et
qui veillent à traiter les différentes demandes d'accommodement,
incluant les demandes d'accommodement religieux.
Donc, M. le
Président, je vais conclure. Évidemment, j'insiste, c'est un projet de loi qui
est important, c'est un projet de loi
qui vient clarifier l'état du droit, qui vient donner des balises claires. Je
comprends qu'on pourrait toujours souhaiter
aller plus loin. Je comprends et j'ai écouté avec attention le point de presse
de ma collègue de Taschereau qui a déposé
aux journalistes ses amendements avant de nous les déposer, mais bon, moi, j'ai
cru bon les déposer séance avant de
les déposer aux journalistes. Ceci dit, j'ai entendu ses demandes, j'ai entendu
également les demandes de ma collègue de
Montarville. Il y a des éléments, dans les demandes formulées, qui ne font pas
consensus en ce sens qu'ils ne rejoignent pas notre volonté législative,
qui sont, à notre avis, attentatoires aux libertés individuelles.
Maintenant,
évidemment, on va en discuter en toute transparence, de façon sérieuse parce
qu'ici je pense que les Québécois ont
droit de s'attendre à ce que le débat puis nos échanges soient empreints de
respect, comme ils le sont toujours, même
si ce dossier soulève parfois les passions et est très... soulève certaines
sensibilités. Mais je connais mes collègues, puis je sais à quel point ils et elles sont empreints d'un sens de
l'État qui est très grand, puis je suis persuadée que, malgré le fait qu'il s'agisse ici d'un dossier très
sensible, on saura faire une discussion sérieuse, harmonieuse, puis j'espère
qu'on arrivera à faire avancer ce
projet de loi là parce que ce qu'on propose est un pas important, puis je crois
que le Québec a besoin de se doter de ces grands principes. Je vous
remercie, M. le Président.
Président (M. Hardy) : Merci, Mme la ministre. J'invite maintenant la
porte-parole de l'opposition officielle en matière de laïcité et députée de Taschereau à faire ses remarques
préliminaires pour une durée maximale de 20 minutes.
Maltais :
Merci, M. le Président. D'abord, évidemment, mes salutations à la ministre, à
mes collègues qui travaillent avec
moi sur ce projet de loi aujourd'hui, à tous nos collègues, à mes collègues les
critiques. Je vois la députée de
Montarville, avec qui nous avons longtemps jasé sur le projet de
loi n° 59, avec notre nouveau venu au Parlement. C'est la première fois que je vais travailler avec lui en
commission parlementaire. Bienvenue. Alors, chers collègues du gouvernement,
bienvenus.
C'est notre rentrée d'été. Quelle rentrée!
Rentrée sur un sujet qui fait couler de l'encre depuis 2007, depuis la
commission Bouchard-Taylor, qui est comment l'État doit-il se conduire face à
ce que je vais appeler une espèce de montée
du religieux, mais qui est aussi face à une conscience au Québec. Nous vivons
la laïcité de plus en plus. Nous avons
choisi la laïcité comme chemin au fil du temps. Notre histoire nous a menés à
la laïcité, et aujourd'hui nous faisons face à une certaine... une petite, toute petite montée de religieux mais
à des demandes d'accommodement religieux, ce qui existait beaucoup moins
avant. Ça existait moins. Ça existait, mais ça existait moins.
J'ai parlé du rapport Bouchard-Taylor de
façon tout à fait consciente, M. le Président et Mme la ministre, parce qu'hier, en préparant les travaux de la
commission, je suis revenue au rapport Bouchard-Taylor et j'ai eu un sourire en
voyant le
titre du rapport Bouchard-Taylor,
parce qu'on l'appelle le rapport Bouchard-Taylor, mais on oublie son titre.
Le titre, c'est Fonder
l'avenir — Le
temps de la conciliation . Alors,
je me suis dit que c'était l'esprit dans lequel je serais ce matin et dans lequel tout le parti, mes
collègues sont, on en a jasé. C'est pourquoi, il y a un an, en novembre 2016,
nous avons déposé des sujets sur
lesquels nous voulons des amendements. C'était important parce qu'on sortait de
la commission parlementaire
et on avait entendu plusieurs appels. J'entends bien de la ministre, ce matin,
qu'elle a entendu, elle aussi, ces commentaires des gens qui nous
demandaient de solutionner quelques problèmes qui apparaissent encore dans la conduite de l'État quand on lit le projet de loi
actuel. Je comprends qu'elle aussi s'est mise à l'écoute et qu'il y aura des
amendements qui vont nous permettre d'avancer.
Maintenant,
sur certains sujets, il est évident que le projet de loi actuel pouvait mener,
je le dis bien, pouvait mener à un
affrontement. Je pense en particulier à l'article 9 sur le visage découvert. Je
comprends que la ministre s'est mise en mode solution. J'ai bien hâte de voir ses solutions. Je souhaite
fortement, fortement, à l'instar de tous les membres de l'aile parlementaire du Parti québécois, que nous
trouvions des solutions. Je le dis d'entrée de jeu, c'est ce que je souhaite.
Mais la façon dont nous allons juger
l'ensemble de ce projet de loi, c'est : Est-ce qu'il fait avancer ou
reculer le Québec? C'est aussi simple
que ça, parce qu'en cette matière, en matière de laïcité ou d'égalité hommes-femmes,
il n'est pas question de recul pour
le Québec, et je pense que tout le monde s'entend autour de la table. Alors,
quel sera l'impact de cette
loi sur
les pratiques actuelles en vigueur? Comment seront amenées les solutions quand
il y aura des demandes d'accommodement, dont le visage découvert? C'est
vraiment l'aune à laquelle on va juger de ce projet de loi.
y a un mot que la ministre n'a pas utilisé dans son plaidoyer de départ, dans
son exposé de départ, c'est le mot laïcité.
Je sais qu'elle a plaidé pour la neutralité religieuse de l'État, et ça,
là-dessus, on s'entend. Maintenant, il y a quelque chose que tous les Québécois avec lesquels... à
peu près tous les Québécois... Je ne devrais même pas dire à peu près. Il y a
quelque chose sur laquelle tous les
Québécois sont d'accord, c'est que l'État québécois est laïque. L'État
québécois est laïque, et on s'attend
à ce que l'État québécois soit laïque. C'est une posture, à notre opinion,
différente de la neutralité religieuse
de l'État, c'est-à-dire que le visage de l'État doit être laïque. Le visage de
l'État, la perception qu'ont les citoyens de notre État n'est pas seulement qu'il est neutre et qu'il va
accueillir leur demande, mais qu'en soi, sa posture de l'État, c'est
qu'il est laïque.
laïcité, c'est une avancée que nous avons faite au Québec. On a
déconfessionnalisé les écoles, par contre, par exemple. Ce n'est pas de la neutralité que de déconfessionnaliser les
écoles, c'est de la laïcisation. L'État, la république, l'institution
est laïque. Il faut prendre conscience de ça.
Maintenant,
ce n'est inscrit dans aucune loi, malheureusement. Alors, c'est clair que le
pas de plus qu'on devrait franchir...
là je parle de conciliation,
neutralité religieuse de l'État. On va bien trouver les termes, je pense, pour
bien la camper, mais que, pour une
fois, dans une loi du Québec, on dise simplement que l'État est laïque, je
pense que ça ne ferait pas grand mal à personne puis ça nous ferait
avancer, ça mettrait les choses plus claires.
J'étais
contente de l'entendre dire, la ministre, qu'elle va... on va se fonder aussi
sur les règles du vivre-ensemble. C'est
pour ça que... Moi, je pense que recevoir des services ou donner des services à
visage découvert, ce sont des règles minimales du vivre-ensemble, et
j'ai hâte de voir les amendements qu'elle va déposer là-dessus.
J'étais
aussi heureuse de voir qu'elle allait déposer un préambule. J'avais la même
idée. On en a discuté, il manque une
balise générale. Je l'ai en main, moi aussi. Nous avons un préambule. Alors, ça
va être intéressant. J'aurais peut-être pensé... J'avance que peut-être qu'on aurait pu parler même, de
consentement, des préambules ou du préambule dès le départ, si ça donne des balises à tout le reste.
Ça peut être... Si ça peut faire
évoluer les choses, je signale cela. Mais nous avons aussi travaillé sur un préambule qui... toujours
dans le sens du rapport
Bouchard-Taylor, du temps de la
conciliation. Ce n'est pas un
préambule qu'on pourrait qualifier... parce
que certains nous qualifient parfois
de radical, n'est-ce pas, nous sommes
habitués à ça, mais c'est un préambule qui, je pense, pourrait clarifier
les choses, baliser les choses et faire après que l'étude du projet de
loi soit plus simple.
Dernière
chose. Ce matin, nous avons déposé effectivement aux journalistes le libellé que donneraient les amendements
que nous déposons. Vous savez, ce n'est pas simple pour l'opposition officielle parce
que le gouvernement dépose ses
intentions avec un projet de loi. C'est clair, c'est sur la table. Mais quand est-ce que
l'opposition officielle dépose ses
intentions? Dans ce cas-ci, j'ai favorisé une mesure que je dis exceptionnelle, je le
dis vraiment, exceptionnelle, pour que tout le monde sache
vraiment où est-ce qu'on s'en allait, jusqu'où on voulait aller. C'est une
matière tellement délicate qu'on va
traiter pendant ces quelques heures que je voulais absolument que tout soit
clair, que tout soit sur la table. Alors, M. le Président, par contre, je vais déposer les amendements officiels,
moi aussi, en début, d'entrée de jeu, aussi pour la bonne compréhension de notre positionnement aux
collègues qui... Alors, à cette fin, je vais, si vous me permettez, déposer
les amendements.
Ceci
dit, je tiens à dire que dans un projet de loi il y a des amendements, il y a
des découvertes qu'on fait dans la loi,
tout le monde, on va amener des amendements, il y a aussi quelques
correspondances mineures qui vont aller avec des choses, ça, je n'en ai
pas parlé à personne, puis il y a... Là, je pense... Le préambule est-il
dedans?
Maltais : Le préambule n'est pas encore dedans. On pourrait le déposer
tout de suite aussi. Je vais l'ajouter parce
que je voulais en parler, du préambule. Je l'ajoute, et, comme ça, on pourra
débattre véritablement de façon très claire, compréhensive, et j'espère
que nous allons atteindre le temps de la conciliation. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Hardy) : Merci. Est-ce que vous avez terminé? Il reste
11 minutes. C'est beau?
Mme Maltais :
Je ne le prendrai pas.
Président (M. Hardy) : Parfait. Donc, merci, Mme la députée. J'invite
maintenant la porte-parole du deuxième groupe
d'opposition en matière de... de laïcité, bon, je vais le... et députée de
Montarville à faire ses remarques préliminaires pour une durée maximale
de 20 minutes. À vous la parole.
Roy : Merci beaucoup, M. le Président. Alors, je profite de cet
instant, naturellement, pour saluer Mme la ministre, les collègues du
gouvernement qui l'accompagnent, les gens de la commission qui sont là, ma
collègue de l'opposition officielle, ses
collègues également, nos collègues du parti indépendant... c'est-à-dire nos
collègues indépendants. Et je veux également souligner la présence de
mon nouveau collègue recherchiste qui est à mes côtés.
je veux aussi en profiter pour faire quelques remarques qui vont au-delà de ce
que j'avais préparé, dans la mesure où
ce projet de loi qui favorise le respect de la neutralité religieuse de l'État
et qui vise notamment à encadrer les demandes d'accommodement religieux dans certains organismes... faire un peu
d'histoire pour rappeler à la population que c'est un projet de loi qui a été déposé le 10 juin 2015.
Nous sommes aujourd'hui en août 2017. J'aimerais rappeler à la population
aussi que notre premier ministre avait
promis, en campagne électorale, en 2014, que cette question serait réglée dès
la première année de son mandat. Nous
sommes à la dernière année du mandat avant les élections et on est encore à
discuter de ces questions.
constate, et nous avons constaté, et nous avons le même message depuis que Mme
la ministre a déposé ce projet de
loi, je vous rappelle, le 10 juin 2015, il n'y a rien qui change. On
maintient le message à l'effet que nous aurions souhaité qu'il s'agisse de parler de la laïcité de l'État.
J'avais moi-même déposé, en 2013 si je ne m'abuse, une charte de la laïcité
pour décréter que l'État québécois est
laïque. Bien, je constate, à la lecture même des amendements — je suis allée en diagonale, on vient d'avoir les amendements — que le mot «laïcité» n'apparaît pas dans les
amendements et n'apparaît pas dans
cette loi. Et je trouve triste que cette loi-là puisse, à certains égards,
induire les gens en erreur, la population en erreur parce qu'on pense que neutralité et laïcité, c'est la même chose,
alors que ce n'est pas le cas. Alors, c'est important, puis je pense que, lors de nos débats, on va
pouvoir voir la différence. La
neutralité de l'État n'est pas la laïcité de l'État. Alors, nous, naturellement, ça fera
partie de nos positions, et Mme la ministre le sait très bien, ce n'est pas un secret pour personne, nous
aurions aimé voir inscrit, dans ce projet de loi n° 62, la laïcité de
l'État.
En lisant le projet de loi, qui est effectivement 18 articles, n'est pas très long, on constate cependant
qu'on crée une nouvelle catégorie, c'est-à-dire qu'on lui donne une... et des gens sont venus nous le dire, d'ailleurs, lors des auditions des
groupes, 38 groupes, on vient ici encadrer davantage ce qu'on appelle l'accommodement religieux, alors que nos chartes, oui, nos chartes, charte canadienne entre autres, parlent d'accommodement... on parle d'accommodement raisonnable. Ce sont des accommodements raisonnables qui peuvent toucher différents
sujets, mais ici on spécifie l'accommodement
religieux. On vient lui donner un caractère
plus important que les autres accommodements, à nos yeux, M. le Président. Donc, on fait entrer beaucoup de religieux dans
l'État, et c'est la raison pour laquelle nous aurions aimé que nous édictions
en quelque part que l'État québécois est laïque, ce qui de toute évidence ne
sera pas fait, mais ça fera
partie des amendements que nous déposerons.
D'ailleurs,
on a qu'à lever les yeux ici pour voir qu'il est écrit Dieu et mon droit .
Alors, il y a du religieux encore dans l'État, même s'il y a cette séparation
de facto, mais il faut aller plus loin. Il faut édicter que l'État québécois
est laïque, ce qui serait beaucoup plus
simple et ce qui permettrait à un gouvernement responsable d'interdire le port
de signes religieux pour les
personnes en position d'autorité coercitive, qui sont les personnes qui sont
énoncées par MM. Bouchard, Taylor dans le fameux rapport des
commissaires portant le même nom.
nous avons la même position. Nous, nous disons qu'un État laïque pourrait
permettre d'interdire le port de signes religieux, pas à tout le monde, pas sur la rue, pas dans la vie privée
des gens, mais aux employés de l'État, qui représentent l'État, en position d'autorité coercitive. Et
c'est très précis, M. le Président. Ce n'est pas n'importe qui. Ce sont les
juges, les procureurs de la couronne,
les policiers, les gardiens de prison, et nous, notre formation politique, nous
ajoutons les enseignants du primaire
et du secondaire pour une foule de raisons dont j'aurai l'occasion d'élaborer,
mais vous connaissez déjà notre position à cet égard.
Donc,
nous croyons que ce consensus qui avait été fait dans le cadre de Bouchard-Taylor
est un consensus auquel adhère la
population. Je comprends que ce n'est pas un consensus, comme le dit la
ministre, qui fait l'affaire de la
partie gouvernementale. C'est un consensus de population. Ce sont des questions
délicates. De nombreux sondages avaient été faits à cet égard, et les gens, lors de ces sondages, y voyaient ici une
solution, une porte de sortie pour régler toute la question des accommodements qui reviennent de façon
sporadique dans l'actualité, qui reviennent, qui reviennent, qui reviennent.
je pense qu'il faut entendre les gens, les préoccupations des gens. Et, pour
nous, cette interdiction du port de signes
religieux chez les personnes en position d'autorité, ce n'est pas abusif. C'est
ce qu'un État responsable doit faire à l'égard
de ses propres fonctionnaires. Et Mme la ministre me nommait tout à l'heure une
jurisprudence, effectivement, de la
ville de Saguenay. Elle nous parlait des gens dans le domaine privé. Moi, je ne
vous parle pas des gens dans le domaine privé, je vous parle des employés de l'État en position d'autorité. Vous
savez, avec des décisions, on peut dire bien des choses, et il y a des
juges décidants aussi qui avaient d'autres positions.
Cela
dit, nous déposerons nos amendements en temps et lieu, tout au fil des travaux.
Mme la ministre peut compter sur ma
collaboration. Elle sait très bien qu'on est capables de discuter avec des
arguments de part et d'autre. Mais cependant, pour nous, c'est important que le gouvernement édicte entre autres la
laïcité de l'État et fasse en sorte que des accommodements religieux,
comme il est écrit... bien, il faut faire attention. Il faut faire attention
aux accommodements religieux.
D'ailleurs, en ce qui
a trait à l'article 9, qui est de donner et de recevoir des services à
visage découvert, à cet égard-là,
l'article 9, actuellement, puisqu'il n'est toujours pas modifié, prévoit
des exceptions pour des motifs religieux. Et ça, on ne s'entend pas du tout là-dessus. Pour nous, il ne faut pas
qu'il y ait d'exception pour des motifs religieux. On verra à la lecture des amendements qui nous ont
été soumis, mais, pour nous, il est inacceptable que quelqu'un, pour des
motifs religieux, demande à se couvrir le
visage pour recevoir ou donner des services de l'État. Et on y revient à ce
fameux État laïque qui n'est toujours pas édicté.
Donc,
naturellement, au cours des travaux, j'aurai l'occasion de déposer des amendements. Vous pouvez compter sur mon entière collaboration, et nous discuterons
comme toujours en parlementaires sérieux et rigoureux. Mais il y a des débats
qui auraient dû être faits, et nous espérons avoir l'oreille de la
partie
gouvernementale pour pouvoir minimalement avoir des amendements qui, pour nous, sont extrêmement importants, à défaut de quoi nous voterons contre ce projet de loi, M. le Président. Je vous remercie de votre attention.
Président (M. Hardy) : Merci beaucoup, Mme la députée de Montarville. Maintenant, je
cède la parole au député
indépendant de Gouin pour ses remarques préliminaires pour une durée maximale
de 20 minutes.
Nadeau-Dubois : Merci, M. le Président. Je vais, moi aussi, saluer
tous les membres de la commission, Mme la ministre, mes collègues à ma droite. C'est moi qui vais prendre le rôle
de porte-parole en matière d'interculturalisme et de laïcité en remplacement de ma prédécesseure dans
Gouin, Mme Françoise David, et je vais essayer, dans mon travail, de reprendre le flambeau avec toute la rigueur qui
la caractérisait, avec son ouverture d'esprit également parce qu'on est devant, dans ce projet de loi ci, des questions
importantes, certes, mais épineuses, sensibles. Et je pense que ça va être
important de travailler avec sérénité, avec rationalité, en évitant de crier au
loup et en évitant aussi de banaliser les inquiétudes légitimes d'une
partie de
la population au Québec.
Je vais
peut-être commencer par mettre... disons, expliquer les grands principes qui
vont orienter mon travail ici, des
principes qui sont inclus dans la déclaration de principes de fondation de
Québec solidaire. Essentiellement, trois principes qui vont orienter mon action : celui de
l'égalité hommes-femmes, donc du féminisme, celui de laïcité de l'État et celui
du pluralisme culturel.
Chez nous,
ces trois principes-là sont d'égale importance. Ils orientent notre action
politique de manière équivalente, ils
orientent nos positionnements politiques et, pour nous, aucun de ces
principes-là ne peut être avantagé par rapport à un autre, aucun principe ne peut se substituer à un
autre. Pour Québec solidaire, le progrès social, c'est quelque chose qui est en
perpétuelle construction. On le sait, l'égalité hommes-femmes, le féminisme,
ont fait des pas de géant chez nous, mais ce sont des luttes qui ne sont jamais terminées, qui peuvent toujours
être remises en question, et les avancées sociales des femmes, malheureusement, sont souvent remises en
question par, par exemple, des politiques d'austérité ou des courants
idéologiques conservateurs.
Ce qu'il faut
préciser, par contre, c'est que, pour nous, les avancées féministes ne sont pas
en contradiction avec la diversité culturelle, et nous rejetons donc
avec vigueur les arguments de ceux et celles qui affirment que la diversité culturelle, le pluralisme culturel seraient, d'une
certaine manière, une menace à l'égalité hommes-femmes ou qu'il y aurait
une menace qu'un intégrisme étranger
envahisseur viendrait menacer l'égalité hommes-femmes. Ces discours-là, nous
allons les critiquer sévèrement.
Sur le projet
de loi n° 62 lui-même, essentiellement, quatre remarques que je voudrais
faire pour un peu donner une idée de la position que nous allons
défendre ici.
Tout d'abord,
nous croyons à Québec solidaire qu'il est temps d'engager le Québec dans une
laïcité officielle. Au fil de son
histoire, le Québec s'est détourné des liens privilégiés qu'il entretenait avec
l'Église catholique à travers un
processus historique honorable, et on pense qu'il est légitime et même normal,
souhaitable, de confirmer cet état de fait
là et qu'il faut le faire en allant plus loin que de simplement parler de
neutralité religieuse. On pense que c'est réducteur. On pense qu'on peut affirmer et que c'est
important d'affirmer la laïcité de l'État québécois. D'ailleurs, à la
précédente législature, Québec solidaire avait présenté une charte de la
laïcité qui affirmait clairement le caractère laïque des institutions de l'État québécois. Et j'insiste ici
sur le terme «institutions» puisqu'une laïcité bien comprise, ce n'est pas
une laïcité des individus, mais bien sûr une laïcité de l'État.
Donc, nous,
on se positionne clairement en faveur d'une laïcité accrue de l'État, des
institutions publiques. On pense par
exemple, hein... un facteur qu'on oublie souvent quand on parle de laïcité, on
pense par exemple au fait que l'État
québécois, encore aujourd'hui, finance très généreusement des écoles privées
qui sont, dans 70 % des cas, hein, à vocation religieuse. Voilà un
angle mort de nos débats sur la laïcité, un angle mort qu'on va soulever
certainement. Québec solidaire a été aussi
le premier parti à demander qu'on déplace le crucifix qui trône à l'Assemblée
nationale, pas pour le mettre aux
vidanges, bien sûr, mais pour le transférer dans un lieu plus discret, un lieu
qui aurait une fonction, disons, muséale plutôt que de le laisser au
coeur de nos débats à l'Assemblée nationale du Québec.
Pour nous, la
laïcité justifie, je le disais tout à l'heure, que l'État précise que ses
agents, ses agentes en position
coercitive soient tenus de ne pas porter de
signe religieux, politique ou partisan, et on insiste ici sur le concept de
coercition. Et ce critère-là, il n'est pas arbitraire, il ne tombe pas
du ciel. C'était le critère qui était présent dans le rapport qu'on appelait
Bouchard-Taylor, mais c'est aussi un critère qui est déjà appliqué, hein? Ce
n'est pas pour rien que les corps d'emploi
qui ont une position coercitive portent un uniforme déjà.
C'est déjà une reconnaissance de leur statut particulier
comme agent, comme agente de l'État, le fait qu'ils portent l'uniforme. Et
donc, pour nous, ça tombe sous le sens de réutiliser ce critère-là en termes
d'encadrement du port des signes religieux.
Tout en
affirmant, donc, cette laïcité bien comprise, on affirme également notre désir
de restaurer et de protéger le patrimoine
religieux qui a une valeur historique, parce que ce patrimoine-là, qu'il soit
catholique, juif, anglican ou autochtone,
musulman, ce patrimoine-là n'appartient pas seulement à chacune de ces communautés,
c'est un patrimoine qui appartient à
l'ensemble de la société québécoise. Pour nous, la laïcité bien comprise doit
s'assurer de protéger également ce patrimoine-là.
Le deuxième commentaire
que je voulais faire, je voulais, disons, illustrer les consensus qui sont, je
l'espère, possibles ici au-delà de nos
positions partisanes respectives, parce qu'il y a des aspects du projet de loi
dont on va débattre, mais il y a des
aspects aussi, je crois, qui peuvent faire consensus et, en fait, qui font largement
consensus au sein de la population.
Je pense, par exemple, au devoir de neutralité religieuse des agentes et des
agents de l'État dans l'exercice de
leurs fonctions, mais je pense aussi aux critères qui doivent prévaloir
lorsqu'il est question d'accommodement. Ce sont des critères qui sont déjà utilisés, notamment par la Commission des
droits de la personne, et ce que la Commission des droits de la personne nous dit, c'est qu'il n'y a
pas de crise, il n'y a pas de situation alarmante, il n'y a pas de situation
ingérable. Alors, nous, on pense que ces critères-là peuvent être réitérés dans
le cadre du projet de loi.
Ceci dit, on
reconnaît qu'il peut y avoir des questions, des inquiétudes légitimes, et il va
falloir savoir y répondre, ne
serait-ce parce que le peuple québécois est dans une situation identitaire et
politique précaire et que c'est normal pour un peuple dans cette situation-là de se poser des questions quant à
l'effritement de sa culture, surtout pour un peuple comme le peuple
québécois qui se bat pour sa survie depuis plusieurs siècles. Donc, nous, on
reconnaît la légitimité de ces inquiétudes-là,
mais il faut le faire sans tomber dans le catastrophisme, sans jouer... sans,
disons... sans crier au loup et sans chercher à faire de la politique de
division. Donc, nous, on va adopter un ton posé, rationnel, le plus rassembleur
possible et on invite tout le monde à faire de même.
Le troisième
commentaire que je voulais faire, c'est préciser que notre posture ici, notre
travail va se faire également dans
une perspective de lutte contre le racisme et la discrimination au Québec.
C'est quelque chose qui inquiète Québec solidaire. Et un peu dans un alignement de situations regrettables, on a
encore vu ce matin, dans les dernières heures, une preuve d'une montée... disons, une illustration de
cette montée du racisme et de l'intolérance. On ne la voit pas seulement
au Québec, on la voit partout dans le monde,
on l'a vue aux États-Unis récemment, et, pour nous, ça va être bien important
de systématiquement dénoncer ces discours-là
quand ils sont franchement racistes ou quand ils alimentent le racisme. On va défendre vigoureusement les droits des
minorités au Québec. Pour nous, ça veut dire ça, être de gauche, être
progressiste. Ça veut dire être du
côté des gens qui sont victimes d'oppression, de discrimination. Et on va être,
bien sûr, particulièrement attentifs
aux incidents qui touchent les communautés musulmanes, particulièrement les
femmes, parce que ce sont elles, on ne se le cachera pas, qui sont le
plus souvent visées par des actes de xénophobie et de racisme.
Quatrième et
dernier commentaire, en ce qui a trait au visage découvert, je pense que notre
travail ici, ça va être de devoir
tracer une ligne ou, en tout cas, trouver un équilibre entre les différentes
positions qui s'expriment au sein de la société québécoise depuis quelques années. Jusqu'ici, nous avons
toujours défendu la même position, et c'est la position que je vais continuer à défendre, c'est-à-dire
l'idée selon laquelle les services publics doivent être donnés et reçus à
visage découvert, sauf dans des situations humanitaires ou d'urgence
sanitaire.
Donc, c'est
la position que Québec solidaire, que ma prédécesseure dans Gouin défendait,
c'est celle que je vais continuer à
défendre, mais on va tout de même s'assurer qu'il y ait des précisions qui
soient apportées. En tout cas, on va tenter
de faire en sorte que des propositions... que des précisions, pardon, soient
adoptées au projet de loi n° 62, parce qu'en effet, tel que rédigé actuellement, le projet de loi pourrait
interdire le port du niqab ou de la burqa à des femmes qui se présenteraient, par exemple, dans un musée
ou qui voudraient accéder à un traversier. Parce que, si notre compréhension du projet de loi est la bonne, la
liste des organismes présentés comme publics est très large, dans le projet
de loi, hein? On réfère aux annexes I à
III de la
Loi sur l'administration financière. Alors, si c'est l'intention du gouvernement,
on aimerait bien que ce soit mis au clair, et, sinon, bien, qu'on effectue les
précisions nécessaires.
Et notre
posture dans cette question-là du visage découvert va être tout à fait cohérente avec le reste de nos positions. On veut s'assurer qu'il n'y ait aucune décision politique
qui marginalise davantage des femmes qui sont déjà
marginalisées au sein de la société québécoise.
Il va falloir tracer une ligne dans ce débat-là qui est explosif. Nous, on va
tenter de le faire sereinement puis on invite tous les membres de la
commission à le faire sereinement, à éviter de nous replonger dans des situations de tension et de division qui n'ont
pas fait de bien à la société québécoise et au vivre-ensemble québécois.
De notre
côté, là, par exemple, on avance que, lorsqu'une communication est essentielle,
en éducation par exemple, bien, le
principe de visage découvert, il se justifie pleinement, et d'ailleurs, il faut
le dire, actuellement, dans la très grande majorité des cas, ça se passe très
bien. D'autre part, à partir du moment où une personne accepte de s'identifier,
par exemple pour obtenir un permis de
conduire, bien, il n'y a pas de problème à ce qu'ensuite elle puisse se
recouvrir le visage. Je pense que ça, c'est des approches rationnelles,
posées puis, comment dire, cohérentes.
Ce qu'on veut
surtout éviter, puis je vais terminer là-dessus, ce qu'on veut surtout éviter,
c'est d'installer un climat social
qui ferait en sorte que des citoyens et des citoyennes du Québec se sentiraient
légitimes de se faire justice eux et elles-mêmes
en se mettant, par exemple, à réclamer que certaines personnes dans l'espace
public se dévoilent le visage, par
exemple dans une salle d'attente d'un hôpital. Il faut que ce soit clair que ce
n'est pas ce qu'on souhaite qui se produise au Québec.
En guise de
conclusion, je voulais parler de la question de l'égalité hommes-femmes, de la
question de la libération des femmes,
parce que c'est un des principes fondateurs de Québec solidaire, c'est un des
principes qui guident notre action politique
depuis qu'on est à l'Assemblée nationale du Québec, et on veut réaffirmer notre
conception de cette idée-là. Pour
nous, il n'y a aucune loi, il n'y a aucune politique publique qui va pouvoir
libérer les femmes de force. Il n'y a aucun code vestimentaire, qu'il soit religieux, laïque, républicain, public,
qui va pouvoir émanciper les femmes de la soumission religieuse ou
culturelle.
Une des
revendications historiques du mouvement des femmes, c'est leur droit à
l'autodétermination. Ce que ça veut dire, ça, c'est que ce sont les femmes qui,
collectivement, construisent leur propre stratégie d'émancipation dans chaque société puis à chaque époque. L'État peut
et l'État, même, doit les soutenir dans ces stratégies-là, mais sans décider
à leur place comment elles vont conquérir de
plus en plus d'espace de liberté et d'autonomie. Les femmes ont trop de défis
économiques, politiques, sociaux pour que l'État se mette à vouloir délibérer à
leur place.
Respecter l'autodétermination des
femmes, ça ne veut pas dire qu'on s'abstient de critiquer certaines pratiques,
culturelles par exemple, qui stigmatisent
les femmes. Moi, je peux très bien, dans le cadre d'un débat éclairé, exprimer
mes réserves, mes inquiétudes par rapport à
une pratique en particulier, par exemple le port du tchador ou d'un autre
vêtement qui stigmatise les femmes.
C'est tout à fait possible d'affirmer ça, de dire : J'ai un malaise, j'ai
une réticence à l'égard d'un vêtement ou d'une pratique. C'est tout à
fait possible. Ça ne veut pas dire pour autant qu'il faut en réclamer l'interdiction par la loi. On peut marcher puis
mâcher de la gomme en même temps. On peut exprimer notre désaccord, un malaise. On peut élaborer une critique d'une
pratique sociale sans pour autant demander à l'État d'intervenir mur à mur pour les interdire. Pour nous, ça veut dire ça,
être progressistes, ça veut dire ça, être de gauche, et ce sont les principes
qui guident notre action politique puis c'est des principes qui vont guider
notre action ici aussi, à la commission.
Alors,
je vais être parmi vous tout au long du processus, je l'espère, dès la semaine
prochaine aussi, pour continuer l'étude détaillée. Merci beaucoup, M. le
Président.
Le Président (M.
Hardy) : Merci, M. le député de Gouin. Y a-t-il d'autres membres qui
souhaitent faire des remarques préliminaires? M. le député de Richelieu.
M. Rochon :
Oui. Merci, M. le Président. Rapidement, je suis très heureux de vous
retrouver, de retrouver les collègues de tous partis confondus, la
ministre pour l'étude détaillée du projet de loi en commission parlementaire.
C'est
un exercice extrêmement important que l'étude détaillée des projets de loi en
commission parlementaire. Je dirais
que c'est l'un des volets les plus importants de notre travail de député puis
je pense que d'échanges constructifs ne
peuvent naître que de meilleures lois. Alors, nous souhaitons avoir ces
échanges constructifs. C'est dans cet
esprit que nous sommes là, motivés
par la volonté que cet exercice puisse mener à une loi qui reflète le consensus
québécois, ce qui, croyons-nous, M. le Président,
n'est pas le cas du projet de loi déposé par le gouvernement. Nous allons
étudier très sérieusement, là, par
ailleurs, les amendements
proposés par la ministre pour voir quel effet ils ont sur la portée du projet de
loi, sur son application. Et je constate déjà que certains de ces amendements
vont tout à fait dans la bonne direction et m'en réjouis.
Bouchard-Taylor, ma collègue de Taschereau le disait tout à l'heure, estimait, il y a plusieurs
années, le temps de la conciliation venu. Bien, moi, je crois qu'il n'en tient qu'à nous toutes et tous que
cette conciliation advienne, et il
nous apparaît que nous pourrions trouver, dans
Bouchard-Taylor, matière à nous entendre. Les propositions de Bouchard-Taylor ne sont peut-être pas exactement ce
qu'individuellement ou comme formation politique nous souhaiterions, pas
exactement, mais il s'agirait certainement
d'un pas dans la bonne direction. Je crois qu'il s'agirait d'un pas dans la
bonne direction, ce que ne prévoit pas le projet de loi n° 62,
d'interdire des signes religieux pour les personnes en position d'autorité,
comme le suggérait, là, Bouchard-Taylor, alors policiers, juges, procureurs,
gardiens de prison.
Alors,
voilà. Je vous disais que je serais bref, je l'ai été. Il faut renforcer, je
l'ai entendu ici, la laïcité de l'État. Il faut protéger réellement, et je le souligne, réellement, l'égalité
entre les femmes et les hommes. Je pense que porter cette conviction interdit d'y trouver à tout bout de
champ des exceptions, hein? On y croit et on fait tout pour que cette égalité
entre les hommes et les femmes au Québec
soit une valeur qu'on ne puisse contourner. Il faut faire tout pour ça, M. le
Président. Alors, voilà.
Président (M. Hardy) : Merci beaucoup, M. le député de Richelieu.
Est-ce qu'il y a d'autres personnes qui désirent faire des... Oui? Bon,
M. le député de Berthier, à vous la parole.
M. Villeneuve :
Bonjour, M. le Président. Des remarques préliminaires, ne serait-ce que pour
vous saluer. Heureux de vous retrouver. Je
veux souhaiter de bons débats à vous-même, bien sûr, parce que vous pouvez y
participer et vous y participez, et aux gens qui vous accompagnent. Je
veux saluer la ministre ainsi que les collègues, donc, du gouvernement, du Parti libéral. Je tiens à les
saluer ainsi qu'évidemment les gens qu'ils accompagnent. Vous savez que nous avons tous chacun, les partis confondus, de
redoutables recherchistes, M. le Président. Alors, je veux les saluer toutes
et tous. Évidemment, je veux saluer les
collègues aussi de la deuxième l'opposition et les collègues indépendants.
C'est un plaisir d'être de retour à
l'Assemblée nationale. J'espère et j'ose espérer que vous avez tous passé de
bons moments en famille. C'était le
temps idéal pour le faire, un été qui a été un petit peu difficile, mais, bon,
je pense qu'il faut profiter des bons moments quand même.
le Président, nous entamons aujourd'hui des travaux sur un dossier — je pense que les collèges l'ont bien dit,
je vais le répéter — extrêmement sensible. C'est un dossier qui,
par ailleurs, doit aboutir, j'oserais dire le mot, M. le Président. Ils vont se rappeler, tout le monde l'a
dit, je veux le redire, 2007, ça a été la commission Bouchard-Taylor, et le
rapport a été fait en 2008. Nous sommes en 2017. Les citoyens du Québec, M. le
Président, nous attendent, nous, les législateurs,
s'attendent à ce que nous puissions trouver une façon, ma collègue de
Taschereau l'a dit, de faire avancer
le Québec, et, au regard de ce que j'ai
devant moi... Je fais abstraction des amendements déposés par la ministre,
parce que moi, j'ai tablé d'abord et
avant tout sur le projet de loi déposé par la ministre, et, au regard de ce que
nous avons devant nous comme projet
de loi, c'est très clair que le Québec n'avance pas, M. le Président, mais le
Québec recule, avec ce projet de loi là.
Alors, bien
sûr, nous aurons l'occasion de regarder plus attentivement les propositions,
les amendements que la ministre a déposés. Nous aurons l'occasion, comme
commission, aussi d'en débattre. Et, bien sûr, comme opposition officielle, M. le
Président, nous aurons l'occasion aussi d'arriver avec des amendements. On a
déjà un peu mis la table ce matin,
mais formellement, donc, nous aurons l'occasion d'arriver avec des amendements,
M. le Président, qui eux, assurément, si on parvient à s'entendre,
feront, eux, avancer le Québec.
Alors, voilà,
M. le Président. De mon côté aussi, je suis bref, et je nous
souhaite, à toutes et à tous, une excellente commission.
Président (M. Hardy) : Merci beaucoup, M. le député de Berthier. Est-ce qu'il y a quelqu'un d'autre qui
veut faire des remarques préliminaires?
S'il n'y a pas de motion préliminaire, nous allons immédiatement débuter l'étude
article
par article.
Mais avant je
dépose officiellement les amendements reçus par l'opposition officielle et les
amendements au projet de loi
n° 62 que m'a remis la ministre. Ça fait que je fais les dépôts officiellement
de ces deux-là.
Nous allons débuter. Je prends en considération
l'article...
Maltais : M. le
Président?
Le Président (M. Hardy) : Oui?
Maltais : Deux choses avant de passer à l'étude de
l'article 1. D'abord, évidemment, ne pas oublier qu'en vertu de l'article 245 du règlement on veut
étudier le projet de loi comme c'est l'usage, là, par articles, par
alinéas, paragraphe par paragraphe, pour la conduite de nos travaux, que ce soit
bien clair pour tout le monde. C'est l'usage, je pense, puis j'aimerais ça qu'on continue là-dessus, même si je
comprends, à la lecture des amendements de la ministre, qu'il y a des
choses qui ont bien évolué. Juste pour être sûre qu'on fasse bien les travaux.
Deuxièmement, il y a toujours la question du préambule qui demeure. Est-ce
qu'on a un consentement pour étudier d'abord le préambule avant
l'article 1? Je pense qu'il faut régler ça entre collègues avant.
Le Président (M. Hardy) : Donc, oui,
Mme la ministre.
Mme Vallée : M. le
Président, je pense que l'expérience
nous guide que, de consentement, on peut faire bien des choses. Donc, si les collègues sont d'accord, je
pense qu'une discussion ouverte sur le préambule, sur le texte, pourrait
certainement nous guider dans la suite des choses. Donc, là-dessus, je suis très
ouverte à procéder de cette façon-là. Je comprends, là, que... Je regardais, lors des prises de parole, qu'il y a quand même...
il y a une distinction entre nos textes, mais en même temps... il y a
une distinction, mais il y a peut-être des points de rencontre. Donc, pour moi, il n'y a pas de problème à ce que nous
puissions entamer nos échanges par l'étude du préambule si tout le monde est d'accord. Parce
que je comprends que c'est exceptionnel, mais je comprends qu'on est quand
même, aujourd'hui, dans un processus important qui peut-être commande de le
prendre de façon différente.
Le Président (M. Hardy) : Merci, Mme
la ministre. Mme la députée de Montarville.
Mme Roy : Oui, effectivement, Mme la
ministre le disait, c'est
exceptionnel. En cinq ans, bien, on a toujours
gardé le préambule pour la fin pour qu'il
reflète précisément les amendements qui ont été mis dans le projet de loi, mais moi, en guise et en
signe de toute bonne foi, je n'ai aucun problème à ce qu'on commence avec le
préambule. J'aurai des amendements, naturellement, à soumettre au
préambule, mais je n'ai aucun problème.
Président (M. Hardy) : Donc, à ce moment-là, ça me prendrait un
consentement. Non? Mme la députée de Taschereau.
Maltais :
Je viens d'écouter attentivement la députée de Montarville, qui, avec sagesse,
nous rappelle qu'il peut y avoir des
modifications dans la loi qui, après ça, pourraient modifier ou toucher au
préambule. J'aimerais ça qu'on l'étudie,
le préambule, quitte à ne pas le voter maintenant, suspendre pour le garder
ouvert si jamais il était arrivé quelque chose pendant l'étude du projet
de loi, mais de le lire, d'en parler, d'en discuter pourrait faire évoluer
rapidement... pourrait faire évoluer nos
travaux, puis après ça on passera à l'article 1; ne pas passer des heures
sur le préambule, mais que la
ministre nous l'explique, qu'on voie les différences. Peut-être qu'elle me
permettra à ce moment-là de déposer ensuite le nôtre qu'on voie les
différences, qu'on voie où est la situation, puis, comme le suggère la députée
de Montarville, on gardera l'adoption
pour la fin si jamais... Gardons-le ouvert. C'est vraiment dans l'esprit, là,
de travaux qui avancent que je ferais ce petit bémol là étant donné la
sagesse qu'a acquise la collègue de Montarville au fil du temps.
Le Président (M. Hardy) : Mme la
ministre.
Mme Vallée :
En fait, je n'ai pas de problème à ce qu'on passe un certain temps cet
avant-midi à discuter du préambule, des
grands principes qui nous ont guidés, puis ça permettra peut-être aussi de
comprendre, pour ceux et celles qui
nous écoutent, pour ceux et celles qui suivent nos travaux, pour les
parlementaires, de comprendre les grands principes qui nous ont guidés, parce que ce préambule-là,
dans le fond, il est... Ce que je vous propose, c'est le reflet de ce qui nous
a guidés lorsqu'on a rédigé initialement 62
et aussi lorsqu'on a préparé les amendements.
Alors, je comprends... Puis qu'on puisse
peut-être en faire la discussion et qu'on le maintienne,
qu'on le suspende pour nous permettre de passer par la suite aux 18 articles qui suivront, je
pense qu'on pourrait procéder comme ça. Puis, je comprends, ça éviterait de
devoir, par la suite, rouvrir et
refaire certaines discussions, parce
qu'il peut arriver cette petite étoile
qui nous amène à dire : Nous devrions ajouter un principe sur
lequel on s'entend tous.
Le Président (M. Hardy) : Merci. Si
je comprends bien, il y a consentement de votre part pour qu'on puisse regarder
l'amendement sur le nouveau préambule. Donc, Mme la ministre, à vous la parole.
Mme Vallée : Donc, M.
le Président, je vous proposerais ce
qui suit, c'est-à-dire un amendement qui se lit comme suit : Ajouter,
avant «Le Parlement du Québec décrète ce qui suit», le texte suivant :
«Considérant que le Québec est une société démocratique,
pluraliste et inclusive qui favorise des relations interculturelles
harmonieuses;
«Considérant que l'État québécois et ses
institutions sont le reflet du parcours historique du Québec;
«Considérant
que l'État québécois
et ses institutions sont notamment fondés sur le principe de la primauté du droit,
de la séparation de l'État et des institutions religieuses et de la neutralité
religieuse de l'État;
«Considérant
que la Charte des droits et libertés
de la personne prévoit que toute personne est titulaire des libertés fondamentales, telles les libertés de conscience,
de religion, d'opinion et d'expression, ce qui inclut la liberté de manifester
sa religion ou sa conviction seul ou en
commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques,
le culte et l'accomplissement de rites;
«Considérant
que les droits et libertés de la
personne sont inséparables des droits et libertés d'autrui et du bien-être
général;
«Considérant
que la neutralité religieuse de
l'État est nécessaire pour assurer à tous un traitement sans
discrimination fondée sur la religion
et que cette neutralité s'exprime notamment par la conduite de son personnel dans l'exercice
de ses fonctions.»
Alors, c'est
donc un préambule qui donne suite à des commentaires qui ont été reçus
lors des consultations, parce
qu'on nous disait... certains nous ont dit : Il faut affirmer les
concepts sur lesquels repose le projet
de loi, il faut affirmer le contexte dans lequel ce projet de loi s'inscrit. Et à relire... Puis encore, au cours des derniers jours, moi
aussi, je suis retournée à la lecture
de textes, d'opinions, de commentaires qui ont pu être formulés dans l'espace public
quant au projet de loi
et je me suis dit : Il faut éviter d'interpréter le projet de loi et de donner au projet de loi une saveur qu'il n'a pas, de donner une intention au législateur
qui n'est pas celle que nous avions lors de la rédaction. Alors, pour moi,
c'est important de revenir et
de clarifier ces principes-là.
Donc, on
vient affirmer des principes que l'on retrouverait dans la Charte des droits et
libertés de la personne, qui
s'inspire notamment de la Déclaration sur les valeurs communes de la société québécoise du ministère de l'Immigration,
de la Diversité et de
l'Inclusion. Plusieurs lois
fondamentales qui ont été adoptées ici, à l'Assemblée
nationale, comportent un
préambule. On pense, oui, à la Charte des droits et libertés de la personne, à
la Charte de la langue française. On a également la loi qui vise à lutter contre la pauvreté et
l'exclusion sociale, la
Loi sur le ministère
de l'Éducation, du Loisir et du Sport.
Bref, les lois-cadres, les lois qui sont à la base de notre vivre-ensemble
comportent un préambule. Donc, on considère qu'il est important d'en
inclure un. Et évidemment ce préambule-là, s'il devait être adopté, va
évidemment permettre d'expliquer l'objet,
d'expliquer la portée du projet de loi et permettre à ceux et celles qui en
font la lecture de comprendre l'état
d'esprit dans lequel on était au moment de sa rédaction. Alors, je me rallie aux suggestions qui nous ont été formulées
d'aller de l'avant avec un préambule. Et je pense que ça permettrait de
mieux comprendre les grandes valeurs
qui sont à la base du préambule puis ça permettra peut-être
d'éviter, on l'espère, des contestations et de donner une interprétation
qui est inexacte de l'intention des membres de l'Assemblée nationale.
Et voilà.
C'est un petit peu ce... Et on considère évidemment
que ce qui est là synthétise ces grands principes-là, mais je suis évidemment ouverte à en
discuter avec mes collègues. Je
comprends que, bien que non officiellement soumis, là, le projet de
préambule sur lequel nos collègues de l'opposition
officielle ont travaillé reprend
certains concepts. On l'articule différemment, mais on a quand même des
points de rencontre, je crois, au niveau de l'esprit de certains concepts.
Le Président (M. Hardy) : Merci, Mme
la ministre. Mme la députée de Taschereau.
Maltais : Merci, M. le Président. Alors, d'abord, je vais comme dire que nous avons effectivement aussi déposé un préambule qui
reprend... qui libelle différemment... dans
la mesure des moyens que nous avons, on n'a pas le ministère de la Justice avec nous, mais qui
reprend différemment certains concepts sur lesquels... On peut débattre de la
valeur et tout des concepts, comme par
exemple l'importance de la Charte des droits et libertés de la personne, la
neutralité religieuse de l'État. On
peut se retrouver dans certains concepts. Il y a certains concepts, maintenant,
qui ne s'y retrouvent pas, c'est clair. La laïcité ne s'y retrouve pas. Toutefois,
je note qu'on retrouve la séparation entre les Églises et l'État, ce qui est nouveau parce que ça n'existait pas dans
la première loi, à nulle part on ne voyait ça. Donc, je suis contente de voir
qu'il y a un petit bout de fait. Moi, je
pense qu'il faudrait aller jusqu'à la laïcité. On ne retrouve pas la protection
de l'intérêt général. Nous, on amenait d'inscrire dans les considérants,
et je pense que ça vaut la peine d'être étudié, le respect de l'égalité réelle entre les hommes et les femmes, parce qu'on
en a tous et toutes parlé. C'est un débat qui est, je dirais, sous-jacent à tout le débat qu'on a sur la
neutralité religieuse de l'État. Le collègue de Gouin, tout à l'heure,
disait : Ce sont des femmes
musulmanes qui vivent les impacts parfois des débats houleux qu'il y a au
Québec sur la laïcité et sur la neutralité
religieuse de l'État. Je suis d'accord avec lui, puis c'est terrible. Mais ce
sont aussi des Québécoises qui ont vécu
la sortie des religions de nos chambres à coucher puis la sortie des religions
de l'État, qui ont insisté là-dessus. Ce sont des Québécois et des Québécoises qui ont vu avancer la laïcité, qui
sont aussi inquiets et inquiètes. Donc, on vit avec ça ici. Il faut toujours avoir un regard
extrêmement attentif aux gens qui vivent de l'oppression, qui vivent des
situations difficiles, mais il ne
faut pas oublier l'intérêt général, et la notion d'intérêt général n'est pas
présente, ni la notion d'égalité entre les hommes et les femmes. Je
pense que c'est possible de concilier les deux.
Enfin,
ça, c'est pour ce qui est dans notre préambule, et qui, je pense, manque, puis
qui mérite débat. On va y aller paragraphe
par paragraphe, alinéa par alinéa, mais je pense que ça mérite débat, puis
c'est pour ça qu'on a déposé... puis qu'on
regarde ces concepts-là. Ça fait qu'on regardera probablement, au fil du temps,
où est-ce que ça se peut s'inscrire si on débat du préambule.
L'autre
chose que j'aimerais bien, bien, bien comprendre... Le préambule n'existait pas
et la ministre et nous avons senti le
besoin d'en avoir un. Maintenant, elle a dit : Il ne faudrait pas qu'il y
ait de contestation avec la mouture du projet de loi n° 62, c'est pourquoi
on ajoute un préambule. Moi, j'aimerais ça comprendre qu'est-ce qui pourrait
être contesté. Est-ce que c'est le fait d'enlever, par exemple,
l'accommodement à l'article 9, la possibilité d'accommodement? Et j'aimerais ça
qu'elle explique un peu mieux pour qu'on comprenne la portée juridique du
préambule. Moi, ce qui m'intéresse, c'est la
portée juridique. Qu'est-ce qui protège... Quelle est l'intention de la
ministre en déposant ce préambule? Ça pourrait faire avancer le débat.
Le Président (M.
Hardy) : Mme la ministre.
Vallée : M. le Président, en fait, le préambule, c'est vraiment
général. C'est que le préambule, c'est un outil d'interprétation d'une loi, donc d'où la portée... Ce n'est pas pour
empêcher une contestation en soi. L'objectif, c'est dans l'éventualité... Parce que, les lois, il n'y a
aucune loi au Québec qui est à l'abri d'une contestation, on le sait, là. Et,
dans l'éventualité où quelqu'un
devait, dans une situation x ou y, vouloir contester ou demander une
interprétation — parce
qu'une contestation, ce n'est pas
nécessairement une opposition à une disposition, mais ça peut être également
une demande de précision — le préambule sert, dans ce contexte-là,
permet... éclaire, guide le tribunal dans son cheminement, et évidemment c'est reconnu en matière
d'interprétation. Mais, lorsque le tribunal est appelé à statuer, à se
prononcer, à interpréter un
article
ou une loi, que ce soit en
partie ou en totalité, évidemment, on va regarder le
texte de la loi dans son ensemble, on
ne regarde pas une disposition prise isolée, on va quand même prendre cette
disposition et l'interpréter dans le contexte de la loi. Et évidemment le texte de loi et le préambule vont aider à
cette compréhension, vont aider au tribunal à bien comprendre ce que
l'on appelle l'intention du législateur.
Il y a un tas
d'autres outils aussi. Nos débats ici, à l'Assemblée, seront utiles si on
devait se questionner sur l'intention qui
nous a guidés lors de la préparation de ce projet de loi là, donc, évidemment...
puis la structure du projet de loi,
l'évolution du projet de loi. Bref, il y a un tas d'éléments qui, en matière
d'interprétation, vont guider les tribunaux, tout simplement.
Mais, je vous dirais,
lorsque certains sont venus en commission parlementaire et nous disaient... Et
vous vous rappellerez, M. le Président, on
nous disait : Pour nous, la neutralité religieuse de l'État, ça veut dire
qu'un membre du personnel ne peut
afficher aucun signe religieux, certains donnent une interprétation très, très,
très stricte à la neutralité, et on
se disait : Non, ce n'est pas la question. Rappelez-vous, lors de la
présentation du groupe... la société Lord Reading, Me Bergman qui a brandi sa kippa en disant :
Ce projet de loi m'empêche de porter ma kippa. L'objectif du projet de loi
n'est pas de brimer la liberté de religion
dans l'espace public, pas du tout. Au contraire, il vise à établir un principe
de neutralité de l'État qui ne viendra pas... qui sera impartial face à ce
citoyen qui affiche ses convictions religieuses. Le traitement, la
prestation de services offerte à un citoyen ne doit pas être influencée,
justement, par le port d'un signe religieux
ou l'absence d'un signe religieux. La prestation de services par un membre du
personnel se doit d'être exempte de toute partialité à l'égard de ça.
Alors,
c'est pour ça que, dans le préambule, M. le Président, on fait référence
simplement à la Charte des droits et
libertés de la personne, à sa liberté de conscience, parce que... Et d'autres
nous disaient... Puis on a d'autres groupes... Il y a l'Assemblée des évêques catholiques aussi qui
nous disait : Ce serait une bonne idée d'expliquer clairement ce que
veut dire la neutralité religieuse. Cette
neutralité religieuse, elle est fondée sur un engagement de garantir, de protéger et de promouvoir
l'exercice des libertés fondamentales. On le retrouve dans leur mémoire à la
page 4.
Alors,
c'est ça, l'objectif du préambule, c'est de bien clarifier et que... Et aussi, puis,
je pense, c'est important, la neutralité religieuse, c'est la neutralité de
l'État, elle respecte aussi la liberté de religion de ses agents de l'État.
Donc, un agent de l'État peut porter
la kippa sans problème, donc, et c'est le comportement de l'agent de l'État, de
l'employé, qui doit être exempt...
qui doit être impartial. Mais on ne peut pas demander à une personne d'être
complètement neutre sans porter...
sans avoir une brèche... La neutralité vestimentaire, je dirais, l'aseptisation
de l'espace public amène, à quelque part,
une brèche pour certains dans les libertés de religion parce que, pour
certains, la liberté de religion va s'exprimer par le port d'un signe religieux, mais le port d'un signe religieux
n'est pas un obstacle à la neutralité du comportement de la personne.
Le Président (M.
Hardy) : Merci, Mme la ministre. Mme la députée de Taschereau.
Mme Maltais : Bon, on
était dans le préambule, puis on est rendus dans l'aseptisation de l'espace
public, puis là on est... Vous êtes
allée un peu loin, Mme la ministre. Bien, moi, je veux rester sur l'ensemble du
préambule. On reviendra après à comment introduire les concepts.
Mais
il y a une chose, d'abord... Parce que je veux revenir là-dessus, là,
brièvement, sur l'aseptisation de l'espace public. On n'est pas dans l'espace public, on est dans l'État, et moi,
je considère que l'État peut demander à des fonctionnaires d'afficher un visage totalement neutre et laïque.
L'État québécois est laïque. Il n'est pas neutre, il est laïque. Ça, ça fait
consensus. Donc, oui, je pense qu'on peut le
demander. On a des interprétations différentes là-dessus, mais je ne peux
pas laisser passer le mot sans dire que,
d'abord, on n'est pas dans l'aseptisation de l'espace public, on est dans l'État,
puis ça, on veut rester là-dedans. Ce projet de loi là touche à l'État?
D'accord, touchons à l'État.
Deuxièmement, on a
une opinion différente là-dessus comme sur les policiers, les fonctionnaires...
pas les fonctionnaires, les policiers, les
magistrats. Tel que le recommandaient Bouchard et Taylor, on devrait leur
demander d'être totalement neutres.
Je ne pense pas que ce soit une bonne idée que ces gens qui portent un uniforme
affichent un signe religieux... qui ont un pouvoir de coercition. Ça, pour
nous, c'est important.
Alors,
moi, pour moi, il reste une grande question qui va, après ça... on va essayer
de voir... dont on débattra sûrement dans l'étude stricte du préambule,
c'est : Pourquoi la laïcité de l'État est-elle absente? Quelle est cette
pudeur qu'a le gouvernement libéral à parler
de la laïcité de l'État? Pourquoi est-ce que la laïcité ne fait pas
partie de
ce préambule? Parce qu'il y a
fondamentalement... là, il y a probablement une différence fondamentale, des
visions différentes. Pourquoi est-ce que
le mot «laïcité» n'est pas présent dans ce préambule? Moi, ça, je ne le
comprends pas. Je ne comprends pas la pudeur à utiliser ce mot-là. Jamais la ministre ne nous parle de l'espace
laïque ou de la laïcité. On ne parle que de l'État. On n'est pas dans l'espace public, on n'est que dans
l'État. Et c'est une avancée historique que cette laïcité. On a
déconfessionnalisé les écoles, on a
fait plein de choses au Québec là-dessus. Alors, pourquoi la laïcité ne serait
pas inscrite dans le préambule? C'est vraiment la grande question que je
me pose.
Le Président (M.
Hardy) : Merci, Mme la députée de Taschereau. Mme la ministre.
Vallée : Ce n'est pas une question de pudeur, M. le Président.
Je pense qu'on a toujours été très clairs sur cette volonté d'enchâsser à l'intérieur d'un texte de loi un principe de
neutralité religieuse de l'État, et la neutralité, ce n'est pas réducteur, ce n'est pas un terme
réducteur, c'est clair, et ça porte beaucoup moins à interprétation que le
terme «laïcité». Laïcité ouverte,
laïcité stricte, laïcité fermée, de quelle laïcité est-il question? Selon le
regard qu'on porte, on peut donner...
Et je lisais pas plus tard qu'hier soir un texte
dans Le Nouvel Observateur , un texte d'il y a quelques
mois où on disait : On a tellement
poussé la laïcité, en France, le terme «laïcité» est sous... On a utilisé ce
terme-là pour venir s'en prendre à
certaines pratiques religieuses, et ce terme-là vient en quelque sorte... l'interprétation
qu'on lui donne vient à l'encontre même de la protection des
libertés individuelles.
Alors,
lorsqu'on parle d'une organisation, lorsqu'on
parle de neutralité, je pense que la clarté du terme nous permet vraiment
de comprendre qu'est-ce qui est
attendu de celui ou celle qui est neutre. Qu'est-ce que l'on s'attend d'un État
qui est neutre? Alors, on s'attend à ce que
l'État, l'organisation, s'abstienne de prendre position et entre autres dans le
domaine de la religion. Ce n'est pas une
question de pudeur. Et on a toujours été très clairs, le premier ministre a
toujours été très clair, il a toujours été question de neutralité de
l'État.
comprends que certains collègues souhaiteraient inclure le terme «laïcité»,
mais, lorsque l'on regarde, j'écoutais les
commentaires, on dit la même chose. Lorsque vous expliquez votre interprétation
de la laïcité, je comprends qu'il s'agit de neutralité. Vous ne souhaitez pas, ou à moins... et là corrigez-moi
si je me trompe, que l'État... vous ne souhaitez pas exclure la liberté
de religion, ce n'est pas ça, vous ne souhaitez pas exclure le droit de
manifester sa croyance. Vous souhaitez que
l'État soit neutre, que la religion ne soit pas à la base d'un choix
gouvernemental, par exemple, ne soit pas à la base d'une décision de la part d'un employé de l'État, vous souhaitez
une impartialité dans le traitement des citoyens, des citoyennes et de la société en général, alors
d'où la neutralité, d'où ce choix qui est le nôtre de vraiment camper ce
terme, de prévoir ce terme, qui est reconnu.
La neutralité de l'État, elle est reconnue, elle va sans dire. Alors, disons-le
clairement, précisons-le clairement et précisons cette obligation de l'État
d'agir en toute impartialité.
Donc,
la laïcité pourrait... apporte un certain choix, et on peut... Je vous dirais,
dans l'État, c'est simple, c'est très simple
de demander à un individu d'agir en toute neutralité, mais de demander à un
individu... Et là je fais un petit peu du pouce sur ce que ma collègue disait tout à l'heure, elle disait :
Mais, dans l'État, nous, on ne souhaite pas qu'il y ait de manifestation d'une appartenance à une religion,
donc on ne souhaite pas qu'il y ait de signe religieux. Mais, ce faisant,
si on demande et on exige que les employés
de l'État ne portent aucun signe religieux, il y a une brèche, parce qu'on
oblige les employés de l'État à être
laïques. On peut obliger un employé à être neutre, mais on ne peut pas obliger
quelqu'un à ne pas manifester sa
religion si, dans sa croyance, il y a une manifestation religieuse. Et je
reviens, par exemple, au port de la kippa.
Donc,
la neutralité, pour nous, est le terme qui est le plus clair, le plus exact et
qui correspond le mieux à la réalité
québécoise, c'est-à-dire que le traitement d'une demande, le traitement d'un
individu ne sera pas et ne doit pas, d'aucune manière, être influencé par l'appartenance... la croyance ou la
non-croyance, parce qu'il y a également la non-croyance, la neutralité vient aussi... englobe la non-croyance, bien évidemment.
Donc, on sépare vraiment, on fait vraiment cette distinction-là entre l'État et les
individus, donc les institutions, l'État et les individus qui composent cet
État-là.
Le Président (M.
Hardy) : Merci, Mme la ministre. Si vous me permettez, Mme la députée
de Taschereau...
Mme Maltais : Non, je vais terminer
mon échange avec... oui, je vais terminer mon échange.
Le Président (M.
Hardy) : Oui. Bon, allez-y. Après ça, je passe la parole à Mme la
députée de Montarville.
Maltais :
Oui, c'est un peu général, je ne veux pas dépasser le 20 minutes. Je n'ai
pas dépassé le 20 minutes?
Le Président (M. Hardy) : Non, non.
Maltais : Bon,
j'achève, ce ne sera pas long. Je finis mon...
Le Président (M. Hardy) : Je donnais
la chance aux gens de...
Mme Maltais : Oui, mais on va
respecter les...
Le Président (M. Hardy) : Allez-y.
Maltais :
Ce ne sera pas long. C'est juste... Ce n'est pas moi, de toute façon, qui
prends beaucoup de temps, actuellement, M. le Président, bien
respectueusement, ce n'est pas moi qui parle le plus longtemps. Je pose une
petite question, puis la ministre donne les
explications qu'elle considère nécessaires, c'est normal, mais moi, je ne
prends pas de temps, là.
Le Président (M. Hardy) : Allez-y,
Mme la députée.
Maltais : Je veux juste dire que les
atteintes aux droits en France sont assez relatives, puisque l'interdiction
de signes religieux a été reconnue par la
cour de justice européenne. Alors, si c'est une atteinte, expliquez-moi que ça
a été reconnu par une cour de
justice, que le voile a été... l'interdiction du voile pour une éducatrice en
garderie a été reconnue par une cour
de justice en France. Donc, si vous voulez appliquer le modèle français,
appliquez le modèle, y compris les cours de justice, qui disent que ce
ne sont pas des atteintes, que ce sont des droits.
Donc, c'est
pour ça que le modèle français, ça ne marche pas. Vous êtes arrivée avec un
texte français, c'est correct, mais ce n'est pas... je ne trouve pas que
ça aide la compréhension des choses.
Deuxièmement,
c'est ce que je dis exactement, l'État est laïque, l'État est laïque. Il n'y a
personne qui conteste ça au Québec. Il n'y a pas de laïcité ouverte ou fermée,
il y a la laïcité de l'État. Ensuite, les personnes, les personnes, doivent respecter la neutralité religieuse. Ça,
c'est un autre concept. C'est pour ça que moi, je ne dis pas : La
neutralité religieuse des
fonctionnaires... la laïcité des fonctionnaires. On ne vit pas dans leur tête.
Qu'ils pratiquent la religion et qu'ils croient en Dieu, s'ils le
veulent, ça leur appartient. Mon point était que l'État est laïque.
Je pense que,
si on veut ajouter des concepts à «laïcité» ou à «neutralité religieuse», on
peut le faire de la même façon.
Est-ce qu'on veut une laïcité ouverte, stricte, fermée? Est-ce qu'on veut une
neutralité ouverte, stricte fermée? On pourrait faire le même débat.
Pour moi, là, c'est le même débat.
Alors, moi,
ce que j'aimerais, puis c'est mon dernier point avant de passer la parole aux
autres, je tiens à faire la
distinction, je ne demande pas que les individus ou que les fonctionnaires
soient laïques, contrairement à ce qu'aurait pu laisser entendre le discours de la ministre, qui s'est avancée, je
pense, jusque-là. Ce que nous demandons, c'est qu'il soit inscrit dans
une loi que l'État est laïque, point final. Pas les individus, pas les
fonctionnaires; l'État. Merci.
Président (M. Hardy) : Merci, Mme la députée de Taschereau. Je ne voulais
pas vous empêcher de parler, tout à
l'heure, c'est parce que je pensais que vous aviez fini. Ça fait qu'il n'y a
pas de problème. Maintenant, Mme la députée de Montarville.
Mme Roy :
Merci beaucoup, M. le Président. J'ai lu avec attention le préambule de Mme la
ministre. Il y a, à première vue, deux choses avec lesquelles je suis
très, très en désaccord et mal à l'aise, je dirais même.
Naturellement,
le mot «laïcité», ma collègue de Taschereau l'a souligné, n'y apparaît pas. On
ne parle pas de laïcité de l'État mais bien de neutralité religieuse.
C'est ce que je craignais.
Peut-être
pour expliquer, pour bien comprendre, la neutralité religieuse est une chose,
la laïcité en est une autre. Et,
comme nous l'enseignait Mme Fatima Houda-Pepin, la neutralité seule, ce
n'est rien, on a besoin d'édicter la laïcité pour pouvoir mettre en oeuvre la neutralité. Si j'avais à faire une
image, Mme la ministre, M. le Président, je vous dirais que ce sont comme des poupées russes. On doit
avoir la première poupée qui dit la laïcité pour l'ouvrir et trouver à
l'intérieur la neutralité, qui est
l'application. Alors, c'est comme si, en n'édictant que la neutralité, il nous
manque le gros morceau, qui est la
première poupée, qui guide les actions du gouvernement, qui est la laïcité de
l'État. C'est extrêmement important.
Pour le bénéfice des gens qui nous écoutent et des
journalistes, j'attire votre attention au... — un,
deux, trois — le
quatrième considérant. Mme la ministre écrit : «Considérant que la Charte des droits et libertés de la
personne prévoit que toute personne
est titulaire des libertés fondamentales, telles les libertés de conscience, de
religion, d'opinion et d'expression...» Jusque-là, je suis tout à fait d'accord avec
elle. Elle poursuit et de façon très large : «...ce qui inclut la liberté de manifester sa religion ou sa conviction
seul ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement de
rites.» Je trouve qu'on va très loin en rajoutant cette phrase parce qu'il faut
faire une distinction, M. le Président,
entre la liberté de conscience, la liberté de religion, on est tout à fait
d'accord avec ça, et l'exercice de
cette liberté de religion. Il y a des juristes qui nous le disent. Il y a même
l'ex-juge Claire L'Heureux-Dubé, qui
est quand même juge à la Cour suprême, qui nous disait : Attention entre
la liberté de religion et la liberté d'exercice de la religion, ce n'est pas la même chose. Et la
façon dont le quatrième considérant est libellé, c'est comme si tout de go
on va tout permettre, tout simplement
l'exercice de tout précepte religieux uniquement parce qu'il est religieux.
Alors, non, il faut faire attention.
À cet
égard-là, je vous ramènerais, M. le Président, à un excellent texte qui a été
écrit par M. Daniel Baril, qui a été
publié dans le Voir et qui rejoint ce que je tente d'expliquer :
«Un État démocratique interdit des pratiques comme la polygamie, les mariages obligés, les mariages
d'enfants et les châtiments corporels, qui sont pourtant acceptées par
plusieurs religions. Un État démocratique adopte et impose à tous des lois
fondées sur des principes humanistes que rejettent
la plupart des religions, comme l'égalité des hommes et des femmes, le droit à
l'avortement, le mariage de conjoints de
même sexe et le suicide assisté.» Or, dans le contexte du droit canadien, les
décisions les plus importantes rendues par la Cour suprême du Canada en matière religieuse illustrent que sa
jurisprudence est en général excessivement favorable à l'imposition de
normes religieuses aux dépens d'autres principes, dont la laïcité et l'égalité
entre les hommes et les femmes. Alors, c'est
nous qui disons ça, là. Le Québec, pour faire contrepoids à cette vision
strictement multiculturaliste du plus
haut tribunal du pays, doit donc enchâsser dans sa loi la laïcité de l'État et
la primauté du droit à l'égalité hommes-femmes.
Si je veux simplifier à sa plus simple
expression, ce n'est pas parce que, comme on le dit dans le quatrième considérant, là, une manifestation de la religion
peut se faire seul, en commun, en public, en privé, par l'enseignement, les pratiques, les cultes et l'accomplissement de
rites qu'on doit tout accepter ces rites alors qu'ils seraient, par exemple,
barbares, uniquement au nom de la religion, parce qu'on parle ici de rites
religieux.
Alors, c'est
pour ça que je vous dis : Attention, le quatrième considérant m'inquiète,
là, la suite de la phrase. Si Mme la
ministre veut terminer sa phrase à «religion, d'opinion et d'expression»,
point, je suis bien d'accord, mais là ce qu'on fait, c'est qu'on vient normaliser des pratiques religieuses,
quelles qu'elles soient, uniquement parce qu'elles sont religieuses. C'est-u plus clair, ça, M. le
Président? Et ça, j'ai un problème avec ça. Et je pense que, les gens qui nous
écoutent, la grande majorité des Québécois a un problème avec ça. Ce
n'est pas parce que quelque chose est religieux qu'il doit être accepté. Et,
avec le projet de loi n° 62 et avec ce préambule, la façon dont il est
rédigé, parce que c'est religieux, c'est
accepté. Non, M. le Président. Un gouvernement responsable, un gouvernement
courageux a le droit de dire : Certaines pratiques ne sont pas
automatiquement acceptées, ne font pas automatiquement
partie de cet exercice
de la religion parce qu'elles sont...
ces pratiques sont religieuses. Non, il y a des pratiques religieuses qui sont
barbares et qui ne doivent pas être acceptées.
Alors, c'est
pour ça que je crains le libellé de ce quatrième considérant. En fait, je suis
tout à fait en désaccord avec la
deuxième portion. Mais c'est important qu'on comprenne bien que la liberté de
religion, ça, c'est indéniable. On a tous
droit à prier le dieu que l'on souhaite. C'est ça, la liberté de religion. On a
tous droit d'adhérer à la foi que l'on souhaite. Mais on n'a pas un droit absolu à faire ce qu'on veut, quand on veut,
comme on le veut parce que c'est religieux. Elle est là, la différence,
et il faut faire attention à ça. Alors, c'était ce que je voulais souligner.
Par ailleurs,
j'ai également une rédaction d'un préambule que nous avons fait, nous pourrons
en discuter plus en détail. J'imagine que ma collègue
de Taschereau également a sa version qui est... déposée en liasse tout à l'heure, là. Je pourrai également déposer ma version, et nous pourrions
en discuter. Mais, pour nous, il est primordial d'inclure le précepte de laïcité parce que,
comme je vous disais, la neutralité seule, elle ne tient à rien. Ça prend la laïcité,
et la laïcité permet la neutralité. Si vous enlevez la laïcité,
c'est le contraire qui se passe, puisque ce n'est qu'une intention. C'est notre
prétention, M. le Président.
Alors, voilà, je cède la parole. Mais c'est ma prétention pour le moment, ce sont mes critiques à l'égard
du préambule de la ministre.
Mais, comme je vous disais, pour nous, c'est primordial que de décréter que
l'État québécois est laïque.
Il faut le décréter, il faut l'écrire en quelque part. Je veux comprendre
qu'historiquement il l'est, que dans les décisions
jurisprudentielles on le mentionne, mais ce n'est pas écrit. Ce serait bien que
le Québec ait le courage d'écrire que le Québec est
laïque, que ses institutions sont laïques. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Hardy) : Merci, Mme
la députée de Montarville. Mme la ministre.
Mme Vallée : Je serai brève, je vais essayer de ne pas trop
m'emporter, parce que c'est un sujet, évidemment,
qui suscite bien des passions, mais je veux simplement
indiquer à ma collègue que le quatrième alinéa du préambule est inspiré de l'article 18 de la
déclaration des droits de l'homme, tout simplement. Et d'ailleurs
j'avais eu des échanges fort intéressants
avec la prédécesseure de notre collègue de Gouin sur cette question-là.
Lorsqu'on avait des discussions, on avait regardé ensemble la déclaration
des droits de l'homme et... Alors, peut-être qu'elle nous écoute, alors je
salue Françoise, parce qu'on avait eu des échanges fort intéressants sur cette
question-là. Et cette déclaration des droits de l'homme, également, on y
référait aussi dans le mémoire des évêques. Donc, c'est intéressant. Et j'ai
bien aimé le commentaire de notre collègue
de Gouin, qui disait tout à l'heure : On peut être mal à l'aise avec une
manifestation d'une religion, mais ça
ne veut pas dire pour autant qu'on doit demander à l'État de l'interdire. Donc,
la neutralité vient un peu camper ça
aussi. C'est-à-dire qu'il est possible de manifester un malaise, mais, de là à
demander une interdiction totale des
pratiques, il y a un grand pas. Puis je pense qu'on devrait plutôt s'inspirer
des grands principes de la déclaration des droits de l'homme. Pour moi,
c'est important.
Et, pour ce
qui est de l'utilisation de «laïcité», «neutralité», je ne veux pas faire des
heures de débat. Notre formation politique
s'est engagée à déposer un projet de
loi sur la neutralité religieuse de
l'État. Il y a des raisons. La neutralité emporte en soi un caractère impartial qui est simple,
facile d'application, qui va de soi, dans le fond, qui est clair, et la laïcité...
Et on le voit et on le sent de par la façon
et l'interprétation qui est donnée. J'écoute notre collègue de Gouin qui parle
de laïcité avec
une ouverture à l'égard de la liberté de religion de tous et chacun et
j'entends à ses côtés notre collègue de Montarville qui parle de laïcité
avec une interprétation beaucoup plus rigide de cette laïcité. Alors, utiliser
le terme «laïcité»... Nous avons ici même,
en cette salle, en tout respect, des collègues qui en font une interprétation
radicalement opposée, alors que la
neutralité amène ce point de rencontre entre cette volonté prônée par certains
d'être beaucoup plus rigide, d'être
beaucoup plus près de la laïcité à la française et cette interprétation
beaucoup plus ouverte de la laïcité. Donc, la neutralité et l'utilisation de ce terme-là nous permettent d'éviter de
donner un sens à un projet de loi qui n'est pas le sens souhaité. La
neutralité de l'État, elle va sans dire, et on l'indique de façon très claire.
Mais,
je vous le dis d'entrée de jeu, nous n'allons pas dans le sens... dans
l'inclusion du terme «laïcité» dans ce projet
de loi là, je ne veux pas passer des
heures à faire le débat et à prétendre que peut-être. Pourquoi?
Exactement pour ce
que l'on a vu ce matin. Dans les remarques
préliminaires, on a cette
interprétation de «laïcité» qui est diamétralement opposée, et je pense que ça, ce n'est pas
ce qu'on souhaite. Alors, pour moi, l'utilisation du terme «neutralité» est beaucoup plus... correspond davantage à ce
qu'est la société québécoise.
Le Président (M.
Hardy) : Merci, Mme la ministre. M. le député de Gouin.
Nadeau-Dubois : Bien, puisqu'on parle de la notion de laïcité, je vais
me permettre de contribuer à la discussion. On s'éloigne peut-être un petit peu
strictement, là, du débat sur le préambule, mais en tout cas je vais me
permettre de contribuer, puisque déjà les discussions se sont éloignées un peu.
Moi,
je trouve ça dommage, en fait, d'abandonner la notion de laïcité,
de la laisser tomber parce que certaines personnes et certains groupes en font une interprétation donnée. Et en
fait c'est une notion, la laïcité, qui, en
effet, provient d'Europe, de France, et en effet
c'est une notion qui a été récupérée et qui a été falsifiée, dévoyée de sa
signification initiale par des forces
politiques qui sont assez peu présentes ici, au Québec, il faut
s'en réjouir, qui ont, en fait, derrière la tête non pas d'affirmer la séparation de l'Église et de l'État,
mais de faire de la politique sur le dos de certains groupes puis de certaines minorités. Et c'est dommage, à cause
que ça, ça se produise, qu'on laisse tomber, au fond, une notion qui par
ailleurs est une notion progressiste, une notion noble, une notion que nous, on
défend, à Québec solidaire.
Et ce qui est intéressant,
c'est que, bon, la notion de laïcité, elle a été introduite en France d'un point
de vue législatif en 1905 par la fameuse
loi sur la séparation de
l'Église et de l'État, et ils ont eu, en France, à l'époque, toutes
sortes de débats autour de cette loi-là. Et
c'est assez intéressant de relire les débats qui ont eu lieu entre les
parlementaires français à l'époque parce qu'on y trouve des
similarités, des similitudes avec les débats qu'on a, nous aussi, ici, au Québec.
On ne fera pas l'historique
de tous les débats qui ont eu lieu en France à l'époque, mais ce qu'il est intéressant de constater, c'est qu'il y a
eu à l'époque, en France, un débat sur le port des signes religieux, et plus particulièrement des vêtements religieux, parce que
le projet de loi initial tel que déposé par Aristide Briand, à
l'époque, ne contenait pas d'interdiction de port de vêtements religieux dans l'espace public, et certains
défenseurs d'une laïcité très ferme, voire des défenseurs, disons... des forces politiques
anticléricales en France, à l'époque, qui étaient très fortes, ont reproché au projet de loi de ne pas aller assez loin et de ne pas interdire le port de
certains vêtements religieux. Et ce qui est intéressant, c'est que celui qui défendait au Parlement français
le projet de loi, Aristide Briand, qu'on appelle là-bas
un rapporteur, donc, a défendu son projet de loi en expliquant pourquoi, selon lui, une laïcité bien comprise... Et là on est dans la France républicaine
de 1905, là, on n'est pas sous le
multiculturalisme anglo-saxon débridé, hein? Bon. Donc, Aristide Briand,
lorsqu'on lui oppose cet
argument-là : Bien, vous n'allez pas assez loin, ce n'est pas la vraie
laïcité, vous n'interdisez pas le port de la soutane... Et d'ailleurs
l'argument qu'on utilise à l'époque, c'est qu'on dit : La soutane est une
insulte à la dignité masculine,
curieuse proximité avec certains arguments aujourd'hui invoqués pour qu'on
interdise certains vêtements que les femmes portent. Et là, donc, on lui oppose
en Chambre ça. Alors, je vous lis, dans le fond, la réponse d'Aristide Briand
lorsqu'on lui oppose l'argument qu'il
n'interdit pas le port de la soutane, qui est une insulte à la dignité
masculine et une preuve de
l'existence de la religion dans la société française. Aristide Briand répond :
«Au risque d'étonner l'honorable M. Chabert — qui est celui qui lui oppose l'argument,
donc — je lui
dirai que le silence du projet de loi au sujet du costume ecclésiastique
qui paraît le préoccuper si fort n'est pas le résultat d'une omission, mais
bien celui d'une délibération mûrement
réfléchie. Il a paru à la commission que ce serait encourir, pour un résultat
plus que problématique, le reproche d'intolérance
et même s'exposer à un danger plus grave encore, le ridicule que de vouloir,
par une loi qui se donne pour but d'instaurer dans ce pays un régime de
liberté au point de vue confessionnel, imposer aux ministres des cultes de modifier la coupe de leurs vêtements. Ce que notre
collègue voudrait atteindre dans la soutane, c'est le
moyen qu'elle procure de se
distinguer facilement des autres citoyens. Mais la soutane une
fois supprimée — et j'attire l'attention de tous mes collègues sur ce passage-là — si l'Église y trouvait son intérêt,
l'ingéniosité combinée des prêtres et des tailleurs aurait tôt fait de créer un vêtement nouveau pour
permettre au passant de distinguer au premier coup d'oeil un prêtre de
tout autre citoyen.» Et j'arrête la citation ici.
Donc,
ce qui est intéressant ici, c'est de constater que même un défenseur d'une
conception laïque républicaine française
s'oppose à l'idée selon laquelle l'État pourrait se faire théologien et
interpréter la signification d'un vêtement. Et ça, c'est... Parce que, là, j'entends d'une oreille des gens
dire : Ah! mais ça, c'était dans l'espace public, ce n'est pas la même chose. Or, le projet de loi initial
n'interdisait aucun vêtement religieux. Et ce qui est intéressant, c'est
l'argument d'Aristide Briand, en
fait, qui dit donc : Ce n'est pas à l'État d'interpréter la signification
d'un vêtement parce que, de toute
façon, si on interdisait un vêtement, les personnes qui veulent afficher leur
religion trouveraient, dans le fond, par ingéniosité, un autre moyen de
le faire.
donc moi, je ne vois pas en quoi on devrait jeter le bébé avec l'eau du bain et
laisser tomber, dans le fond, la notion
de laïcité, qui a historiquement été fondée sur l'idée de liberté de conscience
et qui peut être défendue comme telle encore
aujourd'hui. Et je trouve ça dommage, donc, d'accorder le monopole de
l'interprétation de la laïcité à, disons, une certaine interprétation, qui est à la mode aujourd'hui, mais qui est en
décalage par rapport à l'interprétation historique du concept. Moi, je pense qu'il faut se
revendiquer de cette notion-là et justement pour éviter qu'elle soit dévoyée.
Et donc nous aussi, on incite la
ministre à l'inclure dans son projet de loi pour s'en revendiquer, pour
justement éviter d'abandonner ce concept-là à une conception qui, pour
nous, est dévoyée et falsifiée.
Le Président (M.
Hardy) : Merci. Mme la ministre.
Vallée : En fait, j'ai bien apprécié le retour historique de
notre collègue, parce que c'est fort utile de recadrer le contexte dans
lequel des débats avant nos débats ont eu lieu. Et je comprends son souhait
d'utiliser le terme, de se réapproprier la laïcité comme étant ce qu'elle doit
être.
Ceci étant dit, moi,
je considère bien honnêtement que l'utilisation du terme «neutralité religieuse
de l'État» correspond vraiment... vient
vraiment décrire en un terme tout simple l'obligation de l'État et de ses
agents d'être impartiaux. Et on
plaide beaucoup pour l'utilisation du langage clair dans nos textes
législatifs. Pour moi, utiliser un terme clair et non ambigu nous évite
tous ces débats.
on s'entend, ce que notre collègue considère être la neutralité de l'État,
c'est vraiment la séparation entre l'État et la religion, c'est cette impartialité à l'égard de la manifestation
d'une croyance religieuse ou de l'absence de croyance religieuse de la part
d'un citoyen dans la réception, dans la prestation d'un service. On dit la même
chose, mais on n'utilise tout simplement pas le même terme. Et, dans le
contexte, justement, des débats qui nous animent, dans le contexte de l'appropriation de certains termes à des fins
auxquelles je ne m'identifie pas, plusieurs... la majorité des Québécois ne
s'identifient pas à ces manifestations ou à cette interprétation plus rigide et
qui frôle parfois l'intolérance, moi, je considère que l'utilisation du terme
«neutralité» nous permet vraiment d'être davantage rassembleurs, et d'assurer
un vivre-ensemble, et d'affirmer clairement
les principes du vivre-ensemble ici, au Québec. Et on arrive au même objectif.
Mais,
comme je vous l'ai mentionné, dans le simple... dans les simples remarques
préliminaires, j'ai porté une attention
toute particulière à cette interprétation que chacun, chacune faisiez de la laïcité,
parce que ce terme a été... cette demande-là a été
formulée par le Parti québécois, par la Coalition avenir Québec, par Québec
solidaire, mais chacun l'interprète
différemment et lui donne une couleur différente. La neutralité, elle n'a
qu'une seule couleur. En fait, elle n'a pas de couleur, elle est impartiale. Donc, c'est pour... Et je crois que
la neutralité nous permet de retrouver le consensus, parce qu'il n'y a pas de consensus. Hormis le terme utilisé, hormis le mot «laïcité»,
il n'y a aucun consensus entre les positions des partis de l'opposition.
Chacun a... Il y a dans certains des similarités. Je regarde Québec solidaire
et le Parti québécois; dans les propositions qui ont été
formulées, ça se ressemble davantage. Mais il y a un monde entre ce que
notre collègue de CAQ a présenté et notre collègue de Québec solidaire dans la
façon, dans l'approche.
Donc,
le consensus... Et tout
le monde ici, on s'entend, par contre,
sur l'importance de distinguer et d'assurer une séparation, parce que la société
québécoise est fondée là-dessus,
là, la séparation entre l'État et l'Église, entre l'État et la religion, c'est important. Bon, la seule chose, c'est qu'on ne le retrouve nulle part
dans nos textes législatifs. Prévoyons-le, prévoyons cette neutralité et avançons. Si d'aventure, d'autres
souhaitent aller plus loin, je laisserai d'autres formations politiques aller plus loin. Notre formation
politique a affirmé sa volonté de déclarer, de décréter la neutralité
religieuse de l'État, et ça comporte des principes, je pense, sur
lesquels on s'entend tous ici.
Mais, sur
l'utilisation du terme «laïcité», il n'y a personne autour de la table qui a la
même interprétation. Imaginons le plaisir
qu'auraient les gens à interpréter ce que nous souhaitions, ce que nous avions
en tête par l'utilisation de ce terme-là. Il n'y a personne qui lui
donne la même saveur. Alors, voilà.
Le Président (M.
Hardy) : Merci, Mme la ministre. Mme la députée de Taschereau.
Mme Maltais :
Merci, M. le Président. Alors, je vais rappeler à la ministre qu'en
page 288 du rapport Bouchard-Taylor,
qu'elle a, bien sûr, lu avant cette commission parlementaire, la laïcité est
définie : «Régime fondé sur quatre
principes constitutifs, soit deux finalités profondes — la liberté de conscience, l'égalité des
convictions profondes — et deux principes structurants — la séparation de
l'Église et de l'État et la neutralité de ce dernier.» Le terme «laïcité», là-dedans, est défini. Moi, si tout le monde se
ralliait à cette définition de Bouchard-Taylor, là, je pense qu'à peu près tout
le monde autour de la table pourrait vivre avec ça. Et ça s'inscrit, une
définition, dans une loi très facilement.
D'ailleurs, dans les
propositions qu'on a faites, qu'on a déposées, il y a une définition de la
laïcité fondée spécifiquement, précisément
sur la définition de Bouchard-Taylor. On a collé là-dessus justement avec
l'idée de concilier tout le monde. Mais ce n'est pas au Parti libéral
que je fais face, moi, c'est à un gouvernement qui doit chercher les solutions pour le bien-être général. Puis je sais
que la ministre est là-dedans, mais là il faut sortir de nos affaires de parti.
Nous autres, on sort de nos affaires de parti, on arrive avec l'intérêt
général. Je pense qu'il est possible de régler le problème de la ministre, qui
dit : Il y a toutes sortes de définitions. Bien, en l'introduisant dans la
loi, c'est ce qu'on propose. Puis on propose
Bouchard-Taylor, qui est, je le rappelle, un rapport qui a été approuvé, déposé
et approuvé par le gouvernement d'un Parti libéral, le gouvernement
précédent.
Alors, M. le
Président, j'aurais un sous-amendement pour qu'on débatte vraiment de ce
mot-là : Modifier l'amendement introduisant le préambule en remplaçant,
dans le deuxième alinéa, les mots «l'État québécois et ses institutions sont»
par les mots «la laïcité de l'État québécois et de ses institutions est».
je veux dire le texte modifié, ça donnera : «Considérant que la laïcité de
l'État québécois et de ses institutions est le reflet du parcours
historique du Québec.»
Le Président (M.
Hardy) : Merci beaucoup. Je vais suspendre les travaux quelques
instants.
(Suspension de la séance à 11 h 35)
Président (M. Hardy) : À l'ordre, s'il vous plaît! Alors, nous reprenons nos travaux. Nous allons...
Mme la députée de Taschereau, si
vous voulez nous présenter votre sous-amendement et nous l'expliquer, s'il vous
plaît.
Maltais : Ah! M.
le Président, c'est assez simple,
hein? On en a parlé un peu. Je pense qu'il faut le déposer, il faut voir où tout le monde loge. La ministre dit qu'on ne loge pas tous au même endroit. Moi,
je pense qu'on loge à peu près tous et toutes au même endroit et que ce
serait très facile de trouver un terrain d'atterrissage.
Et je trouve
que j'ai trouvé un endroit qui respecte assez la... Pour introduire la notion
de laïcité, j'ai trouvé un endroit qui respecte assez
la vision gouvernementale actuelle, c'est-à-dire que j'ai essayé de coller au
texte de la loi et essayé de prendre
l'endroit où il est possible d'introduire ce concept sans briser l'idée de son
préambule, et tout. Je ne touche pas
à la neutralité religieuse de l'État, elle est là, elle demeure là, mais... Je
ne remplace pas la notion de neutralité religieuse par la notion de laïcité. Ma proposition vise à, pour une fois, introduire dans une loi québécoise
le concept de laïcité.
Et où est-ce
qu'on l'introduit dans ceci? C'est en parlant du parcours historique du Québec.
Personne, je pense, autour de cette
table — et
je serais bien contente d'entendre la ministre là-dessus — ne
va nier que la laïcité est le reflet du parcours historique du Québec. Qu'on pense à la laïcisation des institutions de santé. Moi, j'ai aidé, comme présidente
d'une régie de la santé, à terminer le
désintéressement d'une communauté religieuse qui se départissait de l'hôpital
général, par exemple. Elles se sont
départies de leurs institutions, qui sont devenues laïques. Tout le
monde sait que le système de
santé québécois est laïque. On a déconfessionnalisé les écoles.
Le Parti québécois a déconfessionnalisé les écoles, a introduit et réussi à faire adopter
au Canada une modification constitutionnelle. On a déconfessionnalisé les
écoles. Donc, en disant que la
laïcité de l'État québécois et de ses institutions est le reflet du
parcours historique du Québec, nous assumons notre histoire. Nous nommons notre vie sociale. Si ça cause un problème
de définition, introduisons une définition un peu plus tard, ce serait tout à fait très simple. Mais là tout ce que je
fais, c'est de dire que la laïcité est le reflet du parcours historique du Québec. Et je pense que c'est le
cas. Je pense que, depuis les années 50, 60, on a réussi ça,
déconfessionnaliser l'État et en faire un État laïque.
Ensuite,
comment on gère les comportements, comment on gère les relations avec les gens,
là, la ministre introduit le concept de neutralité
religieuse de l'État. C'est un des concepts intéressants. C'est un des concepts
qu'il faut voir introduire dans une loi.
Mais moi, je pense qu'il y a une occasion exceptionnelle, exceptionnelle
d'introduire ce concept, et l'esprit
dans lequel je présente cet amendement, c'est en essayant de ne pas brusquer le gouvernement qui veut vraiment avoir une
loi sur la neutralité religieuse de
l'État, mais il faut introduire en quelque part... Je ne peux pas
croire qu'on ne va pas saisir
l'occasion d'introduire en quelque
part cette notion. La laïcité, c'est le
reflet, pour ne pas dire le résultat... le texte
dit «le reflet», je ne voulais pas changer pour «le résultat», mais c'est le résultat
du parcours historique du Québec.
Et le message qu'on envoie, il est important.
C'est une idée qu'il faut ancrer, cette idée de la laïcité, il faut
l'ancrer. On l'ancre dans un texte de
loi à l'endroit à peu près le moins dommageable possible en disant un fait,
c'est le reflet du parcours historique du Québec. Il n'y a personne qui
va nier ça.
Alors,
j'aimerais ça que la ministre me dise si elle considère que c'est acceptable
comme amendement et surtout si elle considère que la
laïcité de l'État québécois et de ses institutions est le reflet du parcours
historique du Québec. Si elle me dit oui,
adoptons. Si elle me dit non, il y a un problème. Mais je pense que ça se
pourrait, là. Je pense que c'est à
peu près l'endroit le moins dommageable pour le projet de loi du gouvernement pour l'introduire dans un fait quand on parle d'histoire du Québec. On ne parle que de l'histoire du Québec
ici, là. Je pense que ce serait viable. Je le souhaite en tout cas.
J'aimerais ça entendre mes collègues aussi s'ils sont prêts à accepter cette
idée d'introduire le concept de laïcité dans cette loi.
Le Président (M. Hardy) : Merci, Mme
la députée de Taschereau. Mme la ministre.
Mme Vallée : Je remercie ma collègue pour le dépôt de son sous-amendement. Puis évidemment, comme dans toutes les commissions
parlementaires auxquelles on a eu la
chance de travailler en collaboration, il y a toujours une analyse qui est faite des propositions
des collègues, et donc nous sommes sur cette question-là.
Ceci étant,
moi, ma préoccupation... Parce que tout à l'heure notre collègue
faisait référence à la définition que l'on retrouve dans le rapport Bouchard-Taylor, mais je réfère également
à la page 137 dans le rapport Bouchard-Taylor, puis ça reprend un petit peu ce que je mentionnais plus tôt, c'est qu'il existe différents régimes
de laïcité, la laïcité rigide, la laïcité
ouverte. Il y a une forme de laïcité qui est plus rigide, qui permet une
restriction qui est plus grande du libre exercice de la religion au nom d'une interprétation de la
neutralité de l'État et de la séparation des pouvoirs. Et la laïcité ouverte,
elle, va venir défendre un modèle qui est
axé davantage sur la protection de la liberté de conscience et
de religion et sur une conception de neutralité étatique plus souple.
Et c'est exactement
ce qui est à la base des différentes présentations et des positionnements de
nos collègues. Donc, pour moi, il est
important d'éviter à tout prix que, par un amendement, par une interprétation, on crée des zones grises quant à la
volonté réelle.
Et, lorsque
je regarde la définition de laïcité que l'on retrouve dans le lexique prévu à la page
288, et on regarde les principes qui
sont à la base de la laïcité, ces
principes-là, on les retrouve dans notre préambule, on les retrouve dans
le texte de loi. Donc, la laïcité, on peut
lui donner une interprétation assez large, on peut l'appliquer de façon très
large, alors que la neutralité, qui
reprend exactement ces principes-là, l'interprétation est vraiment beaucoup
plus limitée à l'impartialité imposée à l'État, puis je pense que, dans
un souci de vivre ensemble, c'est important.
comprends, dans le fond, que ma collègue nous présente la laïcité en tant que
synonyme de neutralité, parce que
c'est la même chose, mais l'inverse n'est pas tout à fait exact. Alors, je préfère
conserver notre terme de «neutralité» dans
ce texte-là pour cette raison-là, parce qu'à «laïcité» on peut donner une
interprétation large, qui n'est pas celle que l'on retrouve, par exemple, à la définition de Bouchard-Taylor, et on
n'a pas vraiment besoin d'aller très loin pour en avoir des
démonstrations.
Le Président (M. Hardy) : Merci, Mme
la ministre. Mme la députée de Taschereau.
Maltais : Simplement rappeler à la ministre que nous avons proposé
aussi, dans un autre article, la définition de la laïcité, point, qui est offerte par Bouchard-Taylor. Je vais le
lire. C'est un amendement à la Charte des droits et libertés qui
pourrait ajouter ceci, on peut le mettre n'importe où, mais,
voilà, c'est : «La laïcité est fondée sur les principes de séparation de l'Église et de l'État, qui implique
l'affranchissement de l'État de l'emprise de tout pouvoir tiers, et de la
neutralité religieuse de l'État, qui
signifie que l'État ne favorise aucune religion ou autre croyance et selon
lequel les actes de l'État ne sont et n'apparaissent pas posés sous
l'influence d'une religion ou [d'une] autre croyance.» Bon.
«La laïcité
est garante de la liberté de conscience, de l'égalité des convictions profondes
de tous les citoyens et citoyennes et
assure la protection de l'intérêt général.» Ça, c'est une définition de la
laïcité qui, je pense, pourrait rassembler tout le monde ici.
Ensuite,
écoutez, les gouvernements passent, la société évolue, les lois changent, mais
le principe selon lequel nous avons,
au Québec, un État laïque, il est connu et reconnu. Il n'y a aucun problème
avec ça, là. D'ailleurs, Bouchard-Taylor, plus tard, en parle en 139, le parcours québécois de la laïcité. Il
parle, lui, de la laïcité du Québec. Il en parle ouvertement. Il dit, après ça : Bon, il y a des tendances
ouvertes, plus ouvertes, plus refermées, mais ils en parlent et ils parlent
carrément de la laïcité de l'État
québécois et de la laïcité à la québécoise, parce qu'il faut bien comprendre
que la laïcité, elle est issue d'une
tradition historique, et, dans ce parcours, il y a la Charte des droits et des
libertés. Ça fait
partie aussi de nos traditions historiques. On ne peut
pas détacher l'un de l'autre.
Alors,
j'espère qu'on va l'examiner de l'autre côté. On sait que, le préambule, on
s'est entendu qu'on le voterait à la
fin, mais je considère encore qu'il s'agit là d'un amendement qui consacre un
état de fait, qui consacre... ce n'est pas une vision différente de l'un à l'autre, c'est l'état actuel des choses.
C'est l'État québécois, et ses institutions sont laïques, et ça fait
partie de notre parcours historique. Et, encore une fois, je ne fais
qu'inscrire que c'est le reflet du parcours historique.
J'essaie de coller, là, au texte de la ministre pour qu'on essaie de se
trouver, comme je le rappelle, un endroit de conciliation. Alors, moi,
je pense que c'est encore possible.
Président (M. Hardy) : Merci, Mme la députée de Taschereau. Mme la
ministre? C'est beau? Parfait. Je vais laisser la parole à Mme la
députée de Montarville.
Mme Roy :
Merci beaucoup, M. le Président. Oui, j'aimerais, avant de commenter la
suggestion de ma collègue de Taschereau, répondre à ce que la ministre
me disait tout à l'heure sur son préambule, mon inquiétude à l'égard du
quatrième considérant qui ouvre la porte toute grande à toute manifestation de
la religion. Je sais que, durant mon absence...
Je me suis absentée quelques secondes, et Mme la ministre a dit que j'avais une
position plus radicale que mon collègue de Gouin.
Alors,
j'aimerais souligner à Mme la ministre que la position que j'adopte, ce n'est
pas la position de la députée de
Montarville que de s'inquiéter de laisser le libellé tel quel, même si Mme la
ministre a bien aimé me dire que c'était le libellé de la déclaration des droits de l'homme. La position de la
députée de Montarville correspond à la Convention européenne des droits de l'homme, qui s'est posé
la même question sur l'article 18 de la charte des droits de l'homme.
Et, vous savez, on a le droit de la critiquer, cette charte des droits de
l'homme, les Européens l'ont fait.
Et j'aimerais
expliquer à Mme la ministre que la Convention européenne des droits de l'homme
reprend dans son
article 9 et en
l'amendant l'article 18 de la déclaration universelle tout comme la ministre.
Mme la ministre nous a dit : J'ai
repris l'article 18 de la Déclaration universelle des droits de l'homme.
Alors, on peut y lire : «Toute personne a droit à la liberté de
pensée, de conscience et de religion; ce droit implique la liberté de changer
de religion ou de conviction, ainsi que la
liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou
collectivement, en public ou en privé, par
le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites.» Ça, ce
bout-là, moi, j'ai dit : Moi, je m'inquiète de ce bout-là laissé comme ça dans l'amendement de Mme la ministre.
Bien, savez-vous quoi, M. le Président? La Convention européenne des
droits de l'homme a eu la même réflexion, elle s'inquiétait de ça.
Et c'est là
qu'elle arrive avec un amendement. Elle écrit... La Convention européenne des
droits de l'homme, elle précise
également les restrictions liées à la liberté de conviction et de religion en
amendant l'alinéa 3 de la déclaration de 1981. Alors, elle amende l'article 18 de la charte des droits de
l'homme. Ça, c'est la Convention européenne des droits de l'homme qui fait ça, elle l'amende, ce que je
proposais, disant : On va trop loin comme ça. Alors, je pense la même
chose que la Commission européenne.
Et voici ce que la... l'amendement en question : «La liberté de manifester
sa religion ou ses convictions ne
peut faire l'objet d'autres restrictions que celles qui, prévues par la loi,
constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la
sécurité publique, à la protection de l'ordre, de la santé ou de la morale
publiques, ou à la protection des droits et libertés d'autrui.» Alors, la
Convention européenne des droits de l'homme vient nous dire : Attention, ce n'est pas parce
qu'il s'agit d'un précepte religieux, d'une pratique religieuse qu'on va tout
accepter. Et on pourra refuser et on pourra mettre des restrictions,
voici lesquelles. Je dis la même chose.
Alors, je
voulais juste faire cette mise au point, M. le Président. La Déclaration
universelle des droits de l'homme est
une bonne chose, créée en 1948. Par la suite, il y a eu la Convention
européenne des droits de l'homme. Et je pense que le
droit, c'est ça, c'est une chose qui évolue en fonction des réalités que vivent
les différents peuples, les différentes populations, les différents gouvernements. Et se poser la question, on
peut le faire également et se dire que peut-être, si la Convention européenne des droits de l'homme a
dit que l'article 18 était un peu trop large et qu'on pouvait y mettre
certaines restrictions, peut-être que ce n'est pas fou. Alors, c'est le point
que je vous soumets.
Par ailleurs,
je ne sais pas si ça fait rire la ministre. Moi, je pense que ça la fait rire.
Cela dit, il est possible... Un gouvernement
qui se respecte peut mettre des balises à l'exercice de la religion. Soit, la
liberté de religion, tout le monde peut
avoir la religion qu'il souhaite, mais l'exercice... On ne peut pas faire tout
n'importe où, n'importe quand, n'importe comment sous le simple précepte qu'il s'agit de quelque chose de
religieux et que c'est protégé. C'est ce que j'essaie de faire comprendre à la ministre, M. le Président, et
c'est la raison pour laquelle, entre autres, nous revenons à Bouchard-Taylor.
Nous y croyons.
Par ailleurs,
ma collègue de Taschereau soumettait son amendement pour introduire le concept
de laïcité de l'État : «Considérant
que la laïcité de l'État québécois et de ses institutions est le reflet du
parcours historique du Québec.» C'est vrai
qu'on ne s'est pas parlé, on ne s'est pas consultés. Dans nos propres
amendements, à la Coalition avenir Québec, on commence notre préambule en voulant inscrire : «Attendu qu'au terme
de son évolution historique, l'État québécois est maintenant laïque.» Alors, l'idée se rejoint ici, tout
à fait d'accord, on a pensé la même chose sans s'en parler, sans se consulter. L'État québécois est laïque. Ça veut
dire pas de religion dans l'État. Mais, dans l'État... Et on va très
précisément avec le rapport
Bouchard-Taylor. Plus précisément, on identifie les personnes pour lesquelles
nous considérons, entre autres, que
les signes religieux ne devraient pas être permis parce que ces gens-là ont une
fonction bien particulière. Ils ont été définis par la commission
Bouchard-Taylor il y a maintenant 10 ans, pratiquement.
Donc, cette idée d'inclure la laïcité de l'État,
je pense qu'elle est importante. Nous maintenons le fait que la neutralité
religieuse seule ouvre la place à tout ce qui est religieux partout. Elle ouvre
la place à l'interprétation parce qu'il y
aura des questions, il y aura de l'interprétation, il y aura des demandes,
alors que spécifier que l'État québécois est laïque,