Culture and Education — 19 March 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CCE 2013-03-19
Quebec — Committees
(Neuf
heures cinquante-neuf minutes)
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : À l'ordre! À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission
de la culture et de l'éducation ouverte. Je demande à toutes les personnes dans
la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
mandat de la commission est de poursuivre les auditions publiques dans le cadre
de la consultation générale sur le projet de loi n° 14, Loi
modifiant la Charte de la langue française, la Charte des droits et libertés de
la personne et d'autres dispositions législatives.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente.
Mme Charbonneau (Mille-Îles) sera remplacée par Mme Rotiroti (Jeanne-Mance—Viger) et M. Sklavounos (Laurier-Dorion), par M. Kelley (Jacques-Cartier).
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci. Pour ce qui est de l'ordre du jour, cet
avant-midi, nous allons débuter par les auditions de M. Éric Barnabé, de
MM. Jacques Boulianne et Michel Leduc et de MM. Giuliano D'andrea et Richard Smith. Cet après-midi, nous entendrons la
Fédération québécoise des associations foyers-écoles inc., le Comité d'aide
aux femmes sourdes de Québec et l'Association multiethnique pour l'intégration
des personnes handicapées. Finalement, ce soir, nous poursuivrons avec la
commission scolaire Lester-B.-Pearson et l'Office québécois de la langue
française.
Bonjour. Dans un
premier...
Une voix : …langue anglaise.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Je suis désolée, je suis désolée. La commission scolaire
Lester-B.-Pearson et l'Office québécois de la
langue anglaise.
Nous allons débuter
par un premier intervenant. Bonjour. Bienvenue à la commission. Je vous invite
à vous identifier, et vous allez disposer d'un
temps de 10 minutes; par la suite suivront les échanges avec les
différents groupes parlementaires. La parole est à vous.
Barnabé (Éric) :
Bonjour. Merci, Mme la Présidente. Premièrement, je tiens à remercier… Bien,
mon nom, c'est Éric Barnabé. J'agis à
titre
personnel. Premièrement, je tiens à remercier les membres de cette commission
de m'avoir invité. Je ne suis pas un expert
mais un simple citoyen pour qui la langue est importante, même si mon
opinion diffère de celle généralement
véhiculée. L'avantage d'une commission publique est de permettre à des
individus comme moi de pouvoir
émettre une opinion sans être dans une organisation structurée qui opère depuis
assez longtemps et qui a obtenu suffisamment de visibilité pour être
reconnue et invitée par une commission régulière.
Puisqu'en
10 minutes je ne pourrai pas vous lire mon mémoire, je vais plutôt
profiter de ce temps pour expliquer pourquoi
cette loi est ségrégationniste et nous amène vers une pente dangereuse.
Wikipédia , la ségrégation raciale est définie comme étant «la séparation
physique des personnes de couleurs différentes
dans les activités qu'elles exercent couramment». La ségrégation peut être
instaurée par la loi ou de façon illégale, par la discrimination dans l'embauche
ou la location d'un logement par exemple.
Québec, nous connaissons la ségrégation linguistique. Je suis conscient que la
loi 101 a besoin d'être mise à jour, c'est
pourquoi je crois qu'il faut profiter de la loi n° 14 pour freiner une
pente très glissante que le Québec est en voie de prendre.
Pour vous illustrer mon point, je vais vous
lire le paragraphe sur l'histoire du nazisme sur Wikipédia . Je ne prétends toutefois pas
que nous sommes rendus là, mais la progression et les faits historiques sont
là, vous n'avez qu'à changer le mot «juif» pour le mot «anglais». Sur Wikipédia :
«Durant toute son existence, de 1920 à 1945, les idéologues nazis, appuyés par la lecture des Protocoles des sages
de Sion , développent l'idée d'un complot orchestré par les Juifs.
Ceux-ci, désignés par le terme générique de
"juiverie", sont perçus par les nazis comme coupables, collectivement
responsables de la défaite de 1918 et de la révolution en Russie, dans le cadre
d'un complot mené contre une Allemagne innocente. Celle-ci n'aspirerait qu'à se libérer de la tutelle exercée par les
Juifs et leurs alliés. Les Juifs sont perçus ainsi comme un sujet politique essentiellement défini par [la]
race, sujet contre lequel il est nécessaire de mener une guerre : la
propagande du NSDAP — le parti national-socialiste des ouvriers allemands — et [du] IIIe Reich présente le conflit qui s'ouvre en 1939 comme une
"guerre contre les Juifs", ces derniers donnaient de nombreuses
preuves — bombardements… — de leur volonté d'extermination
du peuple [juif]; de même, les Juifs, entendus comme un groupe fantasmatique
homogène, sont ainsi présentés comme les principaux responsables du conflit.»
J'ai relevé dans les mesures du nazisme…
entre autres, aucun Juif ne peut être frère de race, boycott des commerces juifs,
restriction dans les emplois de la fonction publique, interdiction de mariage
entre Juifs et Allemands, privation de la citoyenneté allemande, perte
du droit de vote, interdiction de certaines professions libérales. Si les
autorités nazies s'acharnent sur les
victimes du pogrom, elles font preuve d'une mansuétude toute particulière à l'égard
des auteurs des pires exactions. Les
incendies, les destructions et les brutalités sont conformes aux instructions
données successivement par les responsables de la SA.
J'exagère? N'est-ce pas toujours la faute d'Ottawa
ou des Anglais si tout va tout croche au Québec? N'y a-t-il pas une tentative de boycott des magasins anglophones,
surtout américains? N'y a-t-il pas de groupes qui traquent les affiches anglophones? Combien de fois j'ai lu ou
entendu dans les médias que les anglophones du Québec ne sont pas des
vrais Québécois, qu'ils ne devraient pas avoir le droit de vote aux référendums
et qu'ils devraient quitter le Québec?
Anglais ont gagné sur les plaines d'Abraham, mais c'est la faute de la France,
qui a donné ces quelques arpents de neige à l'Angleterre dans le traité de
Paris en 1763. C'est à la France que nous devrions en vouloir, pas aux Anglais.
finalement, pour qu'un anglophone puisse exercer une profession libérale au
Québec, il faut qu'il passe un examen de français de son ordre professionnel. C'est
déjà dans la loi.
Comme vous pouvez le constater, nous nous
dirigeons vers le même chemin. L'étape suivante, c'est les émeutes et les attaques physiques. Il y a quelques années,
certains nationalistes extrémistes ont mis des lettres dans la boîte postale de certains anglophones, où il était
écrit : Si j'ai pu mettre une lettre, j'aurais pu mettre une bombe. Les
multiples manifestations — les plus récentes étant celles des carrés rouges — sont en train de nous habituer aux émeutes populaires. Ces
manifestations sont orchestrées par les groupes syndicaux, tout comme pour l'Allemagne
avec le parti national-socialiste des ouvriers allemands d'Adolf Hitler.
Actuellement,
probablement plus de la moitié des plaintes de l'Office québécois de la langue
française sont le résultat de moins de 10 personnes représentant trois ou
quatre groupes voués à la défense de la langue française qui, en réalité, ne font que s'attaquer aux mots
anglophones qu'ils trouvent. Pourtant, aucun d'entre eux ne s'insurge
contre le fait qu'un professeur peut
enseigner le français avec une note de passage de 70 % obtenue en quatre
essais au moins et avec les réponses sur le Net. Aucun d'eux ne
revendique le droit d'être servi en français à l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal, alors que les médias le
rapportent régulièrement. Aucun d'eux ne fait de manifestation ou ne
tente de monter des groupes de professeurs
afin d'aider les immigrants à apprendre le français. Quand on est fier de sa
langue, on agit pour l'améliorer, la protéger et la supporter, pas en attaquant
son voisin simplement parce qu'il parle anglais.
Malheureusement,
depuis que, dans les médias, la loi n° 14 est jugée ségrégationniste,
discriminatoire et ne visant que les
anglophones, l'Office québécois de la langue française s'attaque maintenant aux
mots italiens. Il est peut-être vrai que le menu du restaurant
montréalais était unilingue anglais. Y avait-il une version française? À
Québec, un restaurant italien s'est vu aviser que son slogan depuis plus de 15
ans, Pizza, pasta & musica , devrait être cessé parce qu'il ne répond
pas aux règles. Il y a même un restaurant qui a son menu en sept ou huit
langues différentes pour les touristes. Est-ce légal? Pourtant, les boutiques
dont le nom est écrit au son ou avec le mot «boutique» avec un k à la fin du mot pleuvent au Québec. La Boutik Élektra
est mon meilleur exemple… la Boutik Électrik, pardon. Pas le droit d'utiliser des mots autres que français, mais le
français peut être écrit tout croche, là il n'y a aucun problème. Si tout
cela n'est pas de la discrimination et de la ségrégation contre la langue
anglaise, qu'est-ce que c'est?
même si un anglophone parle français, c'est un anglophone pour les
statistiques. Si cela fait quatre ou cinq générations que vous êtes au Québec,
de mère, grand-mère et arrière-grand-mère italienne, portugaise, grecque ou
arabe, vous êtes toujours un allophone. Mais quand deviendront-ils des
Québécois?
La deuxième langue parlée à Montréal est l'allophone,
ils sont plus nombreux que les anglophones. Il est vrai que le français recule à Montréal. Les francophones de
souche quittent la banlieue au point que 47 villes anglophones risquent de
perdre leur statut bilingue, parce qu'il y a trop de francophones dans la
place, mais à Montréal l'anglais recule dans la même proportion que le français
à cause de l'arrivée des allophones. Et comment cela se fait-il que le français
recule à Montréal si 80 % des jeunes anglophones sont bilingues, 85 %
des immigrants sont francophones, et que 100 % des Québécois de souche
sont francophones? Serait-il possible que les statistiques soient trompeuses?
L'affichage en anglais, évidemment que les
Anglais… les immigrants vont écrire en anglais. Le français est une langue difficile à écrire, et nous ne les formons pas
à leur arrivée au Québec. Les grandes entreprises qui affichent en anglais uniquement, est-ce que Bureau en Gros vend
plus pour autant? Lors de la Révolution tranquille, à la grosse Anglaise
de chez Eaton s'est ajoutée la grosse
Québécoise de chez Eaton, simplement parce que les Québécois voulaient acheter
chez Eaton. Le pouvoir d'achat est notre force, mais, à voir le stationnement
du Costco Wholehouse, nous ne faisons rien pour que cela change.
organismes voués à la langue française sont les principaux responsables du
recul du français au Québec. C'est à nous d'agir,
pas à réagir. Profitons de la loi n° 14 pour réorienter nos efforts pour
la langue française et non contre l'anglais. C'est la Charte de la
langue française, après tout.
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci, M. Barnabé. Nous allons
commencer les échanges, et je vais du côté du
gouvernement. Mme la ministre responsable de la Charte de la langue française,
la parole est à vous.
De Courcy : Nous aurons un
commentaire et pas de question, M. Barnabé. Au Québec existe un grand privilège que nous avons tous et un droit, c'est
la liberté d'expression. Je déplore par ailleurs, dans votre
intervention, les comparaisons douteuses et les excès de langage. Merci d'avoir
participé.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci, Mme la ministre. Nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle. Mme la députée de Bellechasse,
est-ce que vous avez des questions?
Vien : M.
Barnabé, on est ici en milieu de travail pour s'interroger sur une pièce
législative qui été déposée par le gouvernement du Québec, qui est, en l'occurrence,
le projet de loi n° 14, qui vient apporter, suggérer des
amendements à la Charte de la langue française. Dans la présentation que vous
nous avez faite, il y a beaucoup de réflexions
mais peu de suggestions — en tout cas, moi, je n'en ai pas
saisi aucune, peut-être ai-je mal compris — sur des changements que vous
voudriez apporter, des améliorations que vous souhaitiez, que vous… sur
lesquels on pourrait se pencher. Je
vous donne l'opportunité de nous en préciser peut-être quelques-unes, puis ça
se terminera là, mon intervention.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci, Mme la
députée. M. Barnabé.
Barnabé (Éric) :
Bien, dans mon mémoire, j'ai proposé beaucoup d'amendements. Je ne voulais pas
tous les énumérer,
j'ai passé la loi n° 14 au complet. Ce que je déplore, c'est qu'actuellement
la langue française n'est pas mise en évidence. Ça fait 30 ans,
50 ans, même, qu'on a eu la Révolution tranquille, on écrit le français
tout croche. On ne privilégie pas le français, au Québec, on se contente de
vouloir éliminer l'anglais.
peux comprendre qu'au Québec ça se passe en français, je suis d'accord. Les
anglophones sont d'accord, les allophones sont
d'accord. Moi, je ne demeure pas loin de l'Université Laval, je côtoie beaucoup
d'immigrants. Tous veulent le français, mais
ils ne se sentent pas acceptés au Québec. Ils arrivent au Québec, ils sont
laissés à eux-mêmes. Les anglophones,
80 % des anglophones sont bilingues, l'anglais... le français est mieux
enseigné aux écoles anglaises qu'aux
écoles françaises. Ce n'est pas logique. On est au Québec, on parle français.
Pourquoi on ne fait pas des efforts pour
l'amélioration de la langue française? Pourquoi l'éducation est si poche du
français à l'école? C'est-u normal qu'on arrive au cégep puis ne pas être capable de faire une phrase? Moi, dans
un café sur la rue Myrand, j'ai entendu une fille jaser avec une amie
sur sa thèse, dire : Je m'avais trompée. C'est ça, l'élite de notre
société? Ce n'est pas logique.
Moi,
je veux que le français soit bien écrit. J'écris mal le français et je suis un
privilégié, parce qu'il y en a que c'est pire que moi, il y en a que c'est écrit
carrément au son. C'est-u logique que le français écrit soit si mal écrit, si
mal enseigné? Moi, je veux ça. Puis là je
regarde aller, puis ce que je vois, là, c'est du racisme des organismes de
défense. J'étais ici mardi passé, puis ça
court après les affiches en anglais. Mais comment ça se fait qu'il n'y a
personne qui veut que le français
soit mieux écrit? Ce n'est pas logique. On est au Québec, il faut protéger
notre langue. Il n'y a personne qui veut le faire. Ce n'est pas logique,
c'est tout.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci, M. Barnabé. Je vais maintenant du côté du
deuxième groupe de l'opposition. Mme la
députée de Montarville, vous avez la parole.
Mme Roy
(Montarville) : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Écoutez, je vais prendre la balle au bond, pour répéter l'expression de quelqu'un, et je... D'abord,
merci. Merci pour le mémoire, merci pour vous être déplacé. Et je vais
poursuivre dans la veine de ma collègue du premier groupe d'opposition.
Il y a
94 amendements qui sont dans le projet de loi n° 14. S'il n'y en
avait qu'un, selon vous, qui serait un irritant majeur, quel est l'article?
Quel est l'irritant? Quelle est la modification qu'on veut apporter à la charte
qui vous dérange particulièrement?
Barnabé (Éric) :
Moi, je dirais plutôt que c'est un qui manque : privilégier le français.
Comment ça se fait qu'il n'y a rien qui dit que… mettre des efforts pour que les immigrants
qui arrivent, au lieu d'attendre un an avant d'avoir un cours de français qui dure 33 semaines de
jour, du lundi au vendredi… Ça fait que tu
attends un an. Tu es sur l'aide social ou bien
donc tu travailles. Tu travailles, tu ne peux pas aller suivre le cours. Ça
fait qu'ils sont tous laissés à eux-mêmes, les ressources ne sont pas là.
Puis, de l'autre côté,
on dit aux immigrants : Tu es né au Québec, mais ce n'est pas grave. Vu
que ta langue natale, c'est l'arabe, bien on
va te donner des cours d'arabe. Ils n'en ont rien à cirer. Excusez-moi, là,
mais je connais des gens qui sont nés
au Québec de parents arabes. Ils s'en foutent. Ils parlent en arabe avec leurs
parents, mais ils ne veulent pas de
cours. Ils veulent être considérés comme des Québécois, c'est juste ça qu'ils
veulent. Ils veulent être des Québécois, on leur dit : Tu es un
immigrant, tu es un enfant d'immigrant. Ils sont francophones, ils veulent être
en français, mais on ne les accepte pas. Ce n'est pas logique.
Comment ça se fait qu'un
professeur peut enseigner s'il passe à 70 % les cours de français? Moi, j'ai
conseillé de mettre l'accent... un professeur de français ne fait que du
français, et il y a des cours d'amélioration. Il se concentre sur le français pour qu'il soit un français parfait, pour
enseigner un bon français. Il faut enseigner le français, tout le monde veut enseigner le français. J'ai lu dans
le rapport annuel de l'Office québécois de la langue française qu'il y a
une année ils ont envoyé, pendant la Francophonie, 27 000 jeux sur la
langue française. Ils ont eu une demande pour en avoir plus encore, les gens
veulent ça.
Mardi
passé, j'étais ici. L'AMDEQ donne des cours de français à des immigrants
chinois qui achètent des dépanneurs parce qu'ils n'ont pas le temps d'aller
suivre 33 semaines de cours de français, ils ont un commerce à opérer. La plupart des
commerces qui écrivent en anglais, à Montréal, écrivent pourquoi? C'est des
immigrants qui arrivent, ils ne sont
pas capables d'écrire le français correctement. Mais l'anglais, c'est facile,
ils mettent des affiches en anglais. Moi,
je propose, pour l'Office québécois de la langue française, de mettre des
modèles sur leur site d'affiches en français pour qu'eux voient comment faire, pour qu'ils puissent soit les copier,
soit les reproduire, simplement pour qu'il y ait un modèle. Tu sais, une microentreprise, quand c'est
le propriétaire qui travaille, s'il parle seulement anglais, il va
répondre aux gens en anglais. S'il n'a pas d'argent
pour engager un employé, il ne l'engagera pas. Puis, en général, il va
engager un immigrant, parce qu'il y a rien qu'un immigrant qui engage un
immigrant, au Québec, surtout dans les petits commerces.
Puis ça, c'est un phénomène que j'ai vu beaucoup. J'ai fait 11 ans de taxi
à Québec; j'en ai vu, des immigrants. J'ai
travaillé dans la restauration; j'en ai vu, des immigrants. Il y a beaucoup d'immigrants…
En général, pour engager un immigrant, ça prend un immigrant. Ça fait que les petits
commerces d'immigrants engagent des immigrants, puis en général la langue de
travail est le français, parce que c'est la seule langue commune.
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci beaucoup, M. Barnabé. C'est
malheureusement tout le temps qui était alloué
pour le deuxième groupe d'opposition.
J'invite
maintenant MM. Boulianne et Leduc à prendre place. Nous allons suspendre
quelques instants.
(Suspension
de la séance à 10 h 17)
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Bonjour. Je vous demande de bien
vouloir vous identifier, d'identifier
également la personne qui vous accompagne. Vous allez disposer d'un temps de 10
minutes pour faire votre exposé, suivra une période d'échange avec les membres
de la commission. La parole est à vous.
M. Leduc (Michel) : Merci. Mon nom est Michel Leduc,
résident de Laval. Je suis accompagné de M.
Jacques Boulianne, également résident de Laval. Nous allons prendre la parole
tour à tour à l'intérieur du 10 minutes qui nous est imparti. M. Boulianne
va avoir l'occasion de commencer, et je vais poursuivre. On voudrait remercier
la commission de nous donner l'occasion de nous exprimer sur le projet de loi
n° 14. Merci beaucoup aux membres de la commission.
M. Boulianne (Jacques) : Alors, bonjour, mesdames et
messieurs. Ça nous fait plaisir... Bon, Jacques
Boulianne, comme M. Leduc vient de le dire.
Ça nous fait plaisir d'être avec vous pour vous soumettre nos réflexions sur le
projet de loi n° 14 qui vise à amender la loi 101.
ce qui concerne... A priori, on peut dire, d'emblée, que nous sommes favorables
au projet de loi dans son ensemble, car nous croyons qu'il est temps de
renforcer la loi 101, en particulier — puis nous sommes résidents de Laval — dans la région de Montréal, parce que cette région-là
connaît une diminution significative des citoyens qui ont comme langue
maternelle le français. Même si la minorité anglaise demeure à un niveau
stable — quand je dis «la minorité
anglaise», on parle de minorité de langue maternelle anglaise — donc, demeure à un niveau stable, à peu près
10 % de la population, l'anglais demeure malgré tout une langue qui attire
de plus en plus d'allophones.
fait d'être en Amérique, un voisin puissant que sont les États-Unis, ne peut
que nous inciter à prendre des mesures qui
vont faire en sorte que le français demeure la langue commune au Québec. Nous
soumettons cependant des amendements
au projet de loi. Vous les avez, on les a libellés dans le mémoire. Pour l'instant,
je n'en fais qu'un résumé.
Donc,
dans le préambule, on vous suggère des modifications en rapport avec le
multiculturalisme; dans le domaine municipal aussi, où nous souhaitons plus de
fermeté par rapport au bilinguisme — on pourra en parler tantôt — et
par rapport également à la nécessité pour les municipalités de se doter d'une
politique linguistique qui devrait être
soumise pour consultation auprès de la population.
souhaite également un ajout substantiel à l'article 52.1 de la loi actuelle qui
touche la langue du commerce et des
affaires, en particulier sur les produits technologiques, qui font une place
considérable à l'anglais. Juste pour
illustration, une petite visite rapide dans un cinéma de Laval, dans la
partie
des arcades, m'a fait constater, par exemple, que toutes les indications pour faire fonctionner ces arcades, dans à
peu près 80 % des appareils, étaient libellées en anglais.
ministère de l'Immigration devrait également démontrer une volonté ferme d'inclure
les régions dans sa politique d'intégration
des immigrants, on ne voit pas cette mention-là dans le projet de loi, de telle
sorte que, forcément, les immigrants s'agglutinent dans la grande région
de Montréal.
Un nouveau
chapitre devrait parler du
français et de l'informatique comme moyen de diffusion et de rayonnement du français. Des centres de recherche
devraient être mis à contribution pour la création de logiciels en français.
La situation à Laval — puis
nous sommes tous les deux résidents de Laval — est
décrite comme préoccupante, car il s'agit d'une des plus grandes villes du Québec
en termes de population, la troisième, en fait; or, l'anglais est de
plus en plus présent à Laval à cause de l'usage du bilinguisme public, ce
bilinguisme qui a tendance à se répandre autant dans l'affichage que dans la
publicité ou même dans les avis publics. Commencent à apparaître à Laval — et c'est un phénomène
relativement nouveau — des affiches, des panneaux
publicitaires, le long des artères, en anglais
uniquement. On n'avait pas ça il y a 10 ans. Le message envoyé aux
immigrants, aux allophones, aux gens qui arrivent ici est de plus en plus
ambigu, alors qu'officiellement le français est la seule langue commune
reconnue dans la loi.
Il ne faut pas oublier que la langue est le principal
véhicule de la culture, que la culture intègre les gens. Mais, si on s'entend pour dire que le français est la
langue de 80 % de la population au Québec, il faut donc tendre vers l'adoption
de mesures qui vont favoriser l'intégration des immigrants à la culture de la
majorité, qui demeure, selon l'expression de Fernand Dumont, la culture de
convergence.
nouveau
chapitre qui donne plus de pouvoirs au ministre, avec la collaboration
de tous les ministères, pour faire du français la langue commune constitue un
avenir… pour l'avenir, je m'excuse, à la condition que tout soit
dynamisé par une volonté politique soutenue par tous les partis politiques et
une opinion publique convaincue de la justesse de l'avenir du français en
Amérique et dans le monde. Michel.
Leduc (Michel) :
Je vais surtout revenir sur la question du bilinguisme, qui nous préoccupe
beaucoup en tant que Lavallois et en tant que
résidents aussi de la région de Montréal.
D'abord, une
constatation qui fait, je dirais, l'unanimité : Le français, au Québec,
est la langue commune, la langue normale et habituelle du travail, de l'enseignement,
du commerce, des communications, des affaires. C'est la loi 101. C'est une
loi qui fait consensus, même du côté fédéral.
Or, c'est cela qui est
en train de s'effriter dans la région de Montréal dont fait
partie Laval. Le
bilinguisme s'installe partout — et,
quand je dis «bilinguisme», je ne veux pas dire le bilinguisme individuel, je
parle de bilinguisme collectif — s'installe partout dans les
communications, les commerces, les affaires. Les municipalités, il y en a 84 qui sont bilingues, officiellement bilingues. À notre
avis, elles doivent être soumises à la règle du 50 %, sinon on crée deux
types de municipalité : celles qui ont le droit de pratiquer le
bilinguisme et celles qui n'ont pas le droit mais qui voudraient avoir le
droit.
Je souligne que, dans
le Montréal métropolitain, il y a seulement 11,6 % de langue maternelle
anglaise. Il y a 14 municipalités qui ont le statut bilingue et sept sur
14 qui ont moins de 50 %. Or, le bilinguisme collectif s'installe et
envoie un message comme quoi il y a deux langues communes dans les faits, le
français et l'anglais. Comme les allophones
s'installent très majoritairement dans la région montréalaise, on leur envoie
un double message : Le français et l'anglais sont tous les deux
nécessaires pour vivre et travailler au Québec.
le danger du bilinguisme, dans la région de Montréal en tout cas, c'est qu'il
devienne contagieux. Je vais vous donner une
preuve : à Laval, troisième ville du Québec, plus de 400 000
habitants, alors Laval agit comme une ville bilingue,
même si elle n'a pas le statut officiel. On parlait, dans le mémoire, de
10 %. En fait, c'est plus près de 7 % de population de langue maternelle anglaise, mais,
avec une population allophone en pleine croissance, on trouve normal, à
Laval, de s'adresser en anglais aux ethnies qui viennent s'ajouter à la
population francophone.
Un exemple : il y
a un quartier à prépondérance multiethnique, Chomedey. La ville envoie
systématiquement à toutes les maisons un
bulletin en anglais. Que vous soyez francophone, allophone, peu importe, vous
recevez le bulletin en anglais, jusqu'à
tout récemment. Maintenant que le gouvernement a mis les pieds à Laval, il y a
peut-être des changements auxquels on
va assister. Dans les entreprises, les commerces, les caisses populaires, etc. :
anglais et français. J'ai aussi apporté
avec moi des documents bilingues que les citoyens reçoivent à Laval, français
et anglais. Ajoutez à ce phénomène la
mondialisation, qui s'exprime en anglais. La preuve nous est faite par toutes
les bannières américaines qui envahissent les centres commerciaux et les
rues principales qui affichent leur nom en anglais.
Encore une fois — c'est important — rien n'interdit d'être
bilingue, on souhaite même que les gens soient bilingues. C'est cette dimension collective qu'on essaie de restreindre
par la loi n° 14 afin que le français soit reconnu comme langue
commune partout sur le territoire du Québec et en particulier dans la région de
Montréal, où son caractère de langue commune est sérieusement menacé, en tout
cas selon nos observations. Merci de votre attention.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci, MM.
Boulianne et Leduc. Nous allons commencer notre période d'échange, et je vais
du côté du gouvernement. Mme la ministre, la parole est à vous.
De Courcy :
Merci, Mme la Présidente. Alors, bien, bonjour, messieurs. Merci d'avoir
participé activement à cette commission
parlementaire, c'est un moment important pour nous toutes et tous.
J'aurai
un commentaire et puis une question. Dans votre mémoire, je note que vous vous
préoccupez du fait que vous n'y voyez pas de mesure quant à l'accueil et l'intégration des
personnes immigrantes, et vous le déplorez, vous le déplorez. J'aimerais vous mentionner d'abord que, malheureusement,
quand on est dans une commission parlementaire, et avec les règles qui nous régissent, je ne pouvais pas y associer l'ensemble
des 18 mesures qui touchent l'immigration et l'intégration des
personnes immigrantes telles que je les ai mises de l'avant lors de l'annonce
du projet de loi.
Alors, je vous indique
d'ailleurs que ma tournée dans les diverses régions du Québec — j'ai fait 16 régions sur 17 — a été très fructueuse quant aux
mesures concrètes qui doivent être mises de l'avant. Lors de l'annonce du projet de loi, j'avais mentionné, entre autres, la
question de la régionalisation de l'immigration, mouvement timide qui avait été
amorcé par mes prédécesseurs mais qui résolument a besoin, là, d'être accentué,
mais, sans son complément en intégration, ça s'avérait une opération plutôt
périlleuse, périlleuse pour les personnes immigrantes qui s'en iraient en
région puis périlleuse pour la société d'accueil aussi, qui n'aurait pas les
moyens et les façons de faire pour les accueillir. Alors, au printemps, je vais
être en mesure... tard au printemps, je vais être en mesure d'annoncer des
mesures plus concrètes.
y en a une par ailleurs qui est déjà, elle, mise de l'avant, je vous l'indique,
c'est la modification à la grille de sélection. J'en ai parlé assez abondamment lors de
la mise... du lancement du projet de loi et je vous dirais que ça m'apparaît
une modification qui va donner des fruits
mais un peu plus tard. Il y a déjà eu une première modification, dont on ne
voit pas les fruits encore. Je dirais que, d'ici
trois ans à cinq ans, on verra, à travers la grille de sélection, ce qui se
passera.
Autour des conférences régionales des élus au
Québec, le ministère de l'Immigration a des ententes avec l'ensemble des
conférences régionales des élus, qui planchent actuellement, c'est le cas de le
dire, sur le dossier de la régionalisation,
l'immigration, accueil et intégration. Alors, je suis vraiment, vraiment très
confiante du complément des mesures en immigration par rapport au projet
de loi n° 14, pas uniquement par rapport au projet de loi mais en
partie en complément de celui-ci.
D'ailleurs, la première ministre avait une
vision assez particulière et partagée, je crois. Le lien entre immigration et langue est important, et vous savez que
dorénavant ces deux ministères ont été jumelés. C'était une vision d'avenir pour les 50 000 personnes immigrantes qui se
joignent à la société québécoise année après année, plan que nous avons
reconduit. Il est clair qu'il faut qu'il y ait ce lien-là.
Notre gouvernement a aussi ajouté un
troisième lien qui m'apparaît incontournable, et c'est probablement un des liens les plus
étroits, d'ailleurs, avec le projet de loi n° 14, c'est celui de l'emploi,
s'assurer que les personnes immigrantes aient un emploi, un emploi en français mais qui peut aussi leur
permettre d'utiliser, bien sûr, toutes leurs compétences et les autres
langues qu'ils possèdent.
Alors,
je voulais faire cette mise au point là avec vous pour vous rassurer quant à la
cohésion que nous souhaitons avoir dans le
projet de loi n° 14 mais dans l'activité gouvernementale du ministère
de l'Immigration aussi.
Ma deuxième question... en fait ma première
question, ça touche les technologies, la langue numérique, ce que vous avez mis de l'avant.
J'aimerais ça que vous m'en disiez davantage. Est-ce que je dois comprendre que
vous déplorez l'absence de mention
dans le projet de loi quant à toute la question technologique et numérique,
autant dans l'utilisation de logiciels
que dans la pratique que nous avons de ces logiciels-là? Voulez-vous préciser
votre pensée et quelles suggestions vous nous feriez à cet égard?
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci, Mme la ministre. M. Leduc.
Leduc (Michel) : C'est qu'on est
beaucoup, nous, francophones… et je pense que, la loi 101,
loi n° 14 également, il y a beaucoup d'éléments défensifs.
Par ailleurs, dans le projet de
loi n° 14, il y a des éléments offensifs, c'est-à-dire qu'on parle de
la promotion de la langue française, on parle du rayonnement de la langue française, mais
il y a peu de moyens qui sont mentionnés. Or, un des moyens modernes, hypermodernes… Les jeunes sont tous aux nouvelles
technologies. Eh bien, pourquoi ne pas faire le rayonnement, utiliser ces nouvelles technologies pour établir un
meilleur rayonnement de la langue française d'abord en encourageant la
production de logiciels? Que ce soient des jeux, que ce soient des moyens d'apprentissage
du français, l'orthographe, le vocabulaire,
etc., il pourrait y avoir des applications. Pour les... enfin, les iPad, les
iPhone, enfin, de ce monde, il
pourrait exister à la disposition de... je pense en particulier aux jeunes qui
utilisent ces nouveaux moyens, ça n'existe
pas; à la disposition des écoles également. Dans les écoles, d'accord, il y en
a. Il pourrait y avoir plus, c'est-à-dire que c'est par le biais de ces technologies modernes qu'on peut faire
rayonner beaucoup le français et on ne le sent pas, à mon avis,
suffisamment dans le projet de loi.
Je sais que, par contre, le projet de loi
permet une collaboration d'autres ministères. On pense en particulier au ministère de l'Éducation, mais aussi au ministère des
technologies, Science et Technologie.
Mme De Courcy : ...je n'aurai pas d'autre question,
mais je voudrais vous remercier pour la qualité du mémoire et la vision positive et constructive dans les
amendements que vous proposez, j'y accorderai une attention particulière.
Merci, MM. Boulianne et Leduc.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci, Mme la ministre. Je vais maintenant reconnaître le député de
Sainte-Marie—Saint-Jacques. La parole est à
vous, M. le député.
Breton : Merci, Mme la Présidente. Je
veux saluer mes collègues d'en face. Bonjour, messieurs. Merci beaucoup de
participer à cette commission.
Écoutez, je trouve très intéressant ce que
vous dites. Et, bon, moi, je suis quelqu'un de Montréal, je suis quelqu'un qui a vécu...
qui a grandi dans un Montréal anglophone. Je me souviens, quand j'étais jeune,
d'aller dans le centre-ville puis de se faire servir beaucoup en
anglais. J'ai travaillé dans un contexte où la francisation s'est graduellement
faite grâce à la loi 101. Et peut-être
que vous ne l'avez pas entendu, mais les élus de la CAQ et de l'opposition
officielle en ont contre le caractère coercitif de la loi n° 14, et
moi, je vais vous dire, je trouve ça étonnant, parce que, dans la loi 101,
il y a des éléments coercitifs. Eux disent
qu'il faudrait juste faire la promotion du français et que le caractère
coercitif est un élément qui est... Dans le fond, ils voient ça comme
quelque chose de négatif. Et la semaine dernière je disais que, moi qui viens du milieu de l'environnement, je
sais par expérience que faire la simple promotion de l'environnement
sans qu'il y ait de règles pour faire en
sorte de protéger l'environnement, souvent ça a des résultats qui sont pour le
moins mitigés.
J'ai travaillé à Laval pendant un certain
temps, et ce que vous m'apportez là comme son de cloche par rapport, dans le fond, si je comprends bien, à une
certaine anglicisation de Laval, c'est quelque chose avec laquelle je n'étais
pas familier. Et là vous avez parlé de documentations municipales, si je ne m'abuse,
qui sont envoyées en anglais?
M. Leduc (Michel) : Dans le quartier Chomedey, oui.
Uniquement en anglais dans le quartier Chomedey,
oui.
Breton : Ça, je dois vous avouer que
j'en... les deux bras m'en tombent.
M. Leduc
(Michel) : Nous aussi.
M. Breton : Oui, je n'en doute pas un instant. Et là, c'est ça, est-ce
que vous avez des indices, justement, qui témoignent,
outre ça… Parce que, dans le fond, ça — on va le dire en anglais — c'est un «smoking gun», je veux dire, ça nous dit de
façon très claire qu'il y a une anglicisation institutionnelle. Est-ce que vous
avez d'autres exemples comme ça à Laval ou ailleurs?
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci, M. le député. Oui.
Leduc (Michel) : Ici, j'ai une lettre
qui a été envoyée aux résidents de Laval : «Dear residents, mesdames
messieurs…» Il n'y a pas de prépondérance, là, c'est caractère égal pour les
deux. J'ai ici un formulaire, Demande d'exclusion de la tarification des
services de l'eau , Water service fees exemption application , et tout
est en français et anglais, même niveau de caractère, il n'y a pas de
prépondérance du français. C'est deux exemples.
Breton : Et là on parlait de villes
bilingues. Corrigez-moi si je me trompe, mais Laval n'est pas une ville
bilingue.
Leduc (Michel) : Non, c'est 7 %
de langue maternelle anglaise.
M. Breton : Je vous le dis, je suis estomaqué. Je
n'ai pas d'autre question. Pour moi, la démonstration que vous faites montre l'importance du projet de
loi n° 14. Merci.
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci, M. le député de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Je reconnais maintenant le député de
Saint-Hyacinthe.
Pelletier (Saint-Hyacinthe) : Il
reste combien de temps, Mme la Présidente?
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Environ deux minutes, questions-réponses.
Pelletier (Saint-Hyacinthe) : Deux
minutes? O.K., je vais y aller rapidement.
Dans votre mémoire, à la page 3, vous
mentionnez qu'il y a un malaise avec le recours à des expressions comme «minorités ethniques»
ou «communautés culturelles» parce que, selon vous, en les employant on
reconnaît implicitement le concept du multiculturalisme. Alors, quelle
serait la formulation à privilégier, selon vous, dans nos...
Leduc (Michel) : Dans le préambule,
vous voulez dire, hein?
Pelletier (Saint-Hyacinthe) : Bien, c'est
à la page 3, là, du...
Leduc (Michel) : C'est dans le
préambule?
Pelletier (Saint-Hyacinthe) : Oui.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
M. Boulianne… M. Leduc, c'est M.
Leduc.
M. Leduc (Michel) : Oui, bien on ne voit pas la nécessité
d'utiliser une expression «communautés
culturelles» ou «minorités ethniques». Je connais, moi, des citoyens d'origine
grecque qui sont ici depuis 50 ans, et on continue à les appeler des
communautés culturelles. Bien oui, mais à quel moment on va commencer à les
nommer «Québécois»? Québécois d'origine grecque, je veux bien, Québécois d'origine
italienne, mais Québécois.
Donc, il y a une anomalie de ce côté-là, et
le multiculturalisme, malheureusement, nous entraîne dans cette voie de catégorisation des citoyens. Alors, on le déplore
et on dit : Dans le préambule, au moins, de la loi n° 14, projet de
loi n° 14, on devrait parler simplement des citoyens venant d'ailleurs
ou issus de l'immigration, si on veut saluer leur contribution, mais pas les
qualifier… En les qualifiant, on les disqualifie.
Pelletier (Saint-Hyacinthe) : Merci
bien.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci beaucoup. Nous allons aller maintenant du côté de l'opposition
officielle, et je reconnais le député de LaFontaine. M. le député, la parole
est à vous.
M. Tanguay : Merci beaucoup, Mme la Présidente.
Alors, j'aimerais d'abord remercier M. Leduc et M. Boulianne pour le temps
que vous avez pris pour réfléchir sur cette importante question, rédiger un
mémoire, que nous avons lu, évidemment, avec la
plus grande attention, et de prendre le
temps ici ce matin de venir nous faire part de votre réflexion, de votre analyse et de vos suggestions.
élément qui ressort entre autres : vous parlez du danger… des dangers,
devrais-je dire, du bilinguisme. Et vous citez quelques exemples et vous
suggérez quelques mesures pour faire en sorte que ce danger-là que vous avez
identifié soit arrêté… ou le limiter au maximum.
J'aimerais vous
entendre sur une réflexion qui a été rendue publique, de la bouche du député de
Rosemont, député de Rosemont qui est également ministre responsable de la
métropole et des relations avec la communauté anglophone. Le ministre avait donc dit le
19 janvier dernier dans son blogue, et je le cite : «Les
Anglo-Montréalais sont massivement
devenus bilingues, depuis un peu plus d'une génération. Ils voient, autour d'eux,
notamment à Montréal, une majorité de jeunes francophones bilingues.»
Fin de la citation.
Nous
convenons que, depuis les années 70, début 70, si nous prenons cette période
comme étant le début d'une période de référence, donc de 1971 à 2010, les
anglophones et allophones vont de plus en plus à l'école en français.
Et, à cet effet, en 1971 — prenons l'exemple des anglophones — 9,5 % des anglophones allaient à l'école en
français, et, en 2010, c'était tout près de
25 %. Chez les allophones, desquels, évidemment... groupe auquel
participent beaucoup de nouveaux Québécois
ou prennent part beaucoup de nouveaux Québécois, en 1971, 14,6 % des
allophones, c'est-à-dire des gens qui
n'ont pas le français ou l'anglais comme langue maternelle… en 1971,
14,6 % allaient à l'école en français et, en 2010, plus de
85 % allaient à l'école en français. Il y a également… Vous me permettrez
de citer cette dernière statistique. Pour ce qui est des allophones toujours,
au niveau de leur inscription au cégep en français, période moins grande, 1998 à 2009, 11 ans, 1998,
43,8 % des allophones allaient au cégep en français et, en 2009,
64,2 % étaient inscrits au cégep en français.
Alors, une fois que
nous avons jeté un oeil sur ce constat, cette photographie statistique, je
reviens donc à la citation du ministre responsable de la métropole, également
ministre responsable de la relation avec la communauté anglophone, où il disait que, de plus en plus — et
c'était un constat qu'il faisait, très ferme — on
constate de façon non équivoque que les jeunes
anglophones sont de plus en plus bilingues, autrement dit… la deuxième langue
étant le français. Et, à cet effet-là, il saluait comme étant une avancée ce
fait.
J'aimerais vous
entendre sur une déclaration toujours du même ministre responsable de la
métropole, donc responsable de Montréal et de la relation avec la communauté
anglophone, qui a affirmé, vous vous en rappelez, la fameuse citation : «STM, are
you listening?». Et, à une entrevue donnée à une radio anglophone, le ministre
avait pris position en faveur du bilinguisme des services de la Société de
transport de Montréal, la STM.
Alors,
vous, comment recevez-vous cette position très claire, très ferme du ministre
qui est responsable, oui, de la relation avec
la communauté anglophone mais qui est responsable également de la région de Montréal?
Comment recevez-vous cette prise de position
là très claire, très ferme à l'effet que la STM devrait pouvoir offrir et sans
équivoque, là, des services non seulement en français, mais également en
anglais? Y voyez-vous soit un égarement du ministre ou un double discours du
gouvernement?
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci, M. le
député de LaFontaine. M. Boulianne.
Boulianne (Jacques) : Bien, ma première réflexion, suite à votre intervention, c'est une
question : Est-ce qu'on serait là, est-ce qu'on serait rendus là s'il n'y
avait pas eu la loi 101? Et est-ce que la loi 101 a été adoptée, à
l'époque, à l'unanimité par l'Assemblée nationale? Moi, je pense que la réponse
aux deux questions, c'est non. Et, si on arrive à ce taux de bilinguisme des anglophones, c'est parce qu'il y a eu la
loi 101 et parce qu'il y a eu des mesures claires pour favoriser le
développement de la langue française. Ça, c'est le premier volet de la réponse.
deuxième volet, c'est : Est-ce que le fait de maîtriser deux langues fait
que je vais utiliser deux langues?, et à cela ma réponse, c'est non. Et ça se vérifie,
parce que de plus en plus, à Laval, on se fait aborder dans les commerces
en anglais. Alors, peut-être que la personne qui m'aborde en anglais, elle
parle l'anglais et le français, mais son premier réflexe, c'est de m'aborder en anglais… ou encore de parler entre eux en
anglais, d'aborder le client en anglais, et, dès qu'ils se rendent compte que le client parle français, là ils vont nous
parler en français. Ils sont peut-être bilingues, mais à quelque
part il n'y a pas eu encore de vraie prise
de conscience qu'au Québec il faut que ce soit en français que ça se
passe.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci, M.
Boulianne. M. le député de LaFontaine.
Tanguay : Oui.
Pour le premier volet, je vous remercie beaucoup. Sur le deuxième volet, double
discours ou égarement du ministre?
M. Leduc
(Michel) : Sur la STM?
Leduc (Michel) :
Sur la STM, ça dépend de l'interprétation. Moi, j'ai interprété cela... Il y
avait une certaine ambiguïté, mais je l'ai
interprété comme quoi la personne au guichet, étant donné qu'elle était abordée
en anglais par un anglophone, elle aurait pu... la personne aurait pu, au
conditionnel, répondre en anglais, bon, aurait pu. Elle ne l'a pas fait, la
personne a dit : Je vais lui répondre en français. C'est son droit de lui
répondre en français.
me suis renseigné. Prenons un autre cas, par exemple les postiers. Saviez-vous
que les postiers, qui relèvent du fédéral, n'ont pas l'obligation d'être bilingues?
Les cadres, oui, mais pas les postiers. Donc, on ne peut pas généraliser
le bilinguisme. Dans un groupe comme les employés de la STM, on ne peut pas les
obliger à être bilingues.
D'ailleurs,
à ce propos-là, vous soulevez une question fort intéressante, fort importante.
J'ai ici un rapport qui date de 1998, une étude de 1998 commandée par le
Conseil de la langue française. Le chercheur Michel Pagé constatait que «les
services publics [...] servent généralement en anglais toute personne physique
qui demande d'être servie dans cette langue».
Les immigrants et les nouveaux arrivants sont dans une large mesure servis en
anglais parce que la définition de la clientèle anglophone dans les
documents publics ne fait aucune distinction entre des personnes de langue
maternelle anglaise depuis plusieurs générations… Les immigrants qui accèdent
aux services destinés aux anglophones, notamment en
matière de santé et de services sociaux, «profitent du caractère très libéral — très libéral — de la définition de la clientèle et de l'accueil à ces services»,
notait le chercheur. La seule règle appliquée
est la liberté de choix des individus. Alors, votre client était-il de langue
maternelle anglaise?
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
M. le député de LaFontaine.
Tanguay : Et comment, donc,
recevez-vous aujourd'hui, à la lumière de ce que vous venez de nous dire, l'intervention
très ferme du ministre à l'effet que la STM devait s'assurer que le service
soit offert également, pour ceux qui le requièrent, en anglais?
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
M. Leduc.
M. Leduc (Michel) : Écoutez, encore une fois, si la loi
parle de langue maternelle anglaise, le droit est accordé à la minorité dite
historique de langue maternelle anglaise, point. Donc, on ne sait pas si la
personne qui s'adresse… est de langue maternelle anglaise ou si c'est un
allophone qui nous arrive des Indes et qui a l'obligation d'apprendre le
français. Donc, dans les circonstances, il vaudrait mieux s'adresser à tout le
monde en français.
Mais, encore une fois, l'individu qui est au
guichet, lui aussi, il a une liberté. Il a une liberté tout comme le postier, il n'est pas
obligé d'être bilingue. Mais, si une personne lui demande une information en
anglais, si le postier se sent capable de
répondre, bien, libre à lui de répondre. Au fond, on est dans une question...
dans une situation de liberté individuelle.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
M. le député de LaFontaine.
Tanguay : Par contre, quand on parle
de la STM et de la manière dont elle devrait pouvoir agir de façon systématique
ou d'avoir cette capacité-là systématiquement à répondre à une demande qui lui
est adressée en anglais, là on n'est plus
dans les libertés individuelles, mais on est dans l'institution et sa façon,
justement, de répondre aux clients.
Mais, mon point, j'aimerais que vous
précisiez la distinction que vous faites très nettement avec la découpure de journal de 1998 — et c'est ce que vous venez de dire — par rapport à la langue maternelle anglaise. Est-ce à
dire que donc le service ne devrait être disponible qu'à des gens dont nous aurions l'assurance
qu'ils sont de langue maternelle anglaise et que, dans les autres cas,
on devrait l'exclure?
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
M. Leduc.
M. Leduc (Michel) : Bien, ce n'est pas nécessaire… Bien,
les exclure, je comprends que ce n'est pas écrit
dans le front des gens qu'ils sont de langue
maternelle anglaise, mais ça veut dire ceci — j'interprète
la loi 101 de cette façon, la loi n° 14 aussi : On répond en
français. Si la personne insiste pour avoir une réponse en anglais, là on s'en
remet à la liberté individuelle de la
personne à qui on demande de répondre en anglais, c'est une question de liberté
individuelle. Parce qu'il faut que le cadre soit français, sinon on s'y perd et
en particulier avec les allophones, si on veut que les allophones aient une impulsion, sentent la nécessité d'apprendre le
français. C'est là qu'est le problème. S'ils ne sentent pas la nécessité, bien ils vont dire : Tout le
monde parle anglais, parlons anglais. C'est quoi, cette langue commune? Elle
est où, la langue commune, puisque tout le monde me répond en anglais? D'où l'importance
de répondre en français à tout le monde. Et,
si la personne insiste pour être... bien là c'est une question de liberté
individuelle de la part de la personne qui est employée. Mais on ne peut
pas bilinguiser le système, sinon on est en porte-à-faux non seulement par
rapport à la loi n° 14, mais par
rapport à la loi 101. Encore une fois, ce que le chercheur dit ici, c'est
qu'on a trop ouvert, on a trop ouvert
les portes, les portes sont grandes ouvertes, et il faut tranquillement les
resserrer et revenir à l'esprit de la loi 101, ce à quoi nous invite la
loi n° 14.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci. M. le député de LaFontaine.
Tanguay : Et, en regard de ce que
vous dites, donc, ça m'inspire deux éléments, le premier, donc, le fait que l'on
puisse... Et il faudrait définir, si la personne insiste pour être... il
faudrait définir ce que ce vous entendez par «insister».
Si on rephrase encore une fois, une deuxième fois en anglais la requête que
nous formulons à la personne au guichet?
Mais, essentiellement, ce que vous me dites, c'est que ce serait laissé dans la
sphère individuelle et aux aléas de la capacité, au-delà d'une politique
interne de l'institution, mais de l'employé et de son désir de répondre ou pas,
donc sa capacité et son désir aussi de répondre ou pas. Ça, c'est une chose.
Et, deuxième des choses, quand vous parlez de
porte-à-faux, d'être en porte-à-faux par rapport à votre… qui est tout à fait honnête et défendable, votre conception de l'application de la loi 101, je pense
qu'on peut peut-être y voir là également des
commentaires du ministre qui à tout le moins, vous l'avez dit, avaient l'ambiguïté
et cette influence-là de faire en sorte que la vision était qu'il était en
porte-à-faux, justement, par rapport à votre interprétation que vous partagez.
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci, M. le député de LaFontaine.
Malheureusement, messieurs, je dois aller du
côté du deuxième groupe d'opposition. Mme la députée de Montarville, la parole
est à vous.
Mme Roy (Montarville) : Merci beaucoup, Mme la Présidente.
Peut-on me dire de combien de temps je
dispose?
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) :
3 min 30 s, Mme la députée.
Roy (Montarville) : Oh là là! Merci.
Bonjour, messieurs. Merci d'être là. Merci pour votre mémoire.
Écoutez,
vous dites qu'il faut revenir à l'esprit de la loi 101. Nous, ce que nous
disons, au deuxième groupe d'opposition, c'est :
La loi 101 est bonne, et il y a déjà dedans plusieurs mesures coercitives.
Mon collègue de Sainte-Marie—Saint-Jacques trouvait que ce n'était pas suffisant; nous considérons
que des amendes pouvant aller jusqu'à 20 000 $,
c'est assez coercitif. Ce qu'on dit, c'est qu'on devrait les appliquer, puisqu'elles
n'ont pas été appliquées, ces mesures-là. C'est un gros problème.
Mais, cela dit, pour revenir à l'esprit de la
loi 101, que pensez-vous de ce règlement qui a été écrit à l'époque de la loi 101 et qui permet aux enfants de parents
militaires de choisir la langue ou l'école de leur choix? Ça fait
partie de l'esprit
de la loi 101 initialement. Vous en pensez quoi, de cette mesure?
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
M. Leduc.
M. Leduc (Michel) : Vous avez raison, c'était permis dans
la loi 101, donc on n'a pas d'objection à
ce qu'on revienne à la loi 101 là-dessus, sauf que ce serait normal que
des militaires... Parce que, quand on dit «les militaires», c'est comme si on incluait 100 % des militaires, mais
il y en a sûrement un certain nombre qui s'installent au Québec pour plus qu'une génération. Il pourrait y
avoir une distinction de faite. Mais, si c'est là pour causer des
problèmes... Parce que notre principale préoccupation… Vous parlez de la région
de Québec. Je sais qu'ils sont beaucoup dans la région de Québec, 700, qu'on m'a
dit, c'est énorme, mais nous, on pense surtout que le problème, il est du côté
de la région de Montréal.
Encore
une fois, je veux apporter une autre statistique inquiétante : les
transferts linguistiques, ça, malgré la loi 101, les transferts linguistiques
se font à 54 % en faveur de l'anglais. C'est les dernières statistiques,
les dernières études. Alors, la loi 101
a fait son effet, mais elle n'est pas suffisante, c'est ça, la conclusion,
parce que, si c'était si fort, bien il n'y aurait pas 54 % des allophones
qui opteraient pour l'anglais en arrivant au Québec. C'est énorme. C'est des
transferts linguistiques, ça.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci. Oui, Mme la députée, il vous reste encore… moins d'une minute.
Mme Roy (Montarville) : Parfait. Il est important que vous
sachiez également que nous sommes tout à fait
en faveur des mesures qui sont dans la loi,
des mesures incitatives, et surtout l'amélioration de la francisation de nos
nouveaux arrivants. Et Laval est en train de
vivre une situation que Montréal a connue, et sachez que nous appuyons ces
mesures-là.
on a peu de temps. Avez-vous un petit exemple, été témoins du fait que ces
nouveaux arrivants manquent de francisation ou de cours de francisation, de
français?
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
M. Leduc, en quelques secondes. M Boulianne, oui.
M. Boulianne (Jacques) : Je sais que les commissions scolaires — parce que j'ai été associé aux commissions scolaires longtemps — n'ont pas suffisamment de ressources pour faire de la
francisation, parce que, dans la région de Montréal, il y a une grosse demande
des commissions scolaires pour franciser, sauf qu'il manque de ressources, et
effectivement je pense qu'il faudrait ajouter des ressources en francisation
dans le réseau scolaire. Ça, on partage tout à fait, parce que le message qu'il faut
qu'on envoie — puis je vais
terminer là-dessus, Mme la Présidente — le message qu'il
faut qu'on envoie, c'est : Il faut clairement envoyer le message qu'au
Québec c'est en français que ça doit se passer.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci beaucoup, MM. Boulianne et Leduc.
Nous
allons suspendre quelques instants pour permettre aux autres intervenants de
prendre place. Merci. Je vous demande, à la ministre et aux députés, après, de
rester.
(Suspension
de la séance à 10 h 59)
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Bonjour. Nous reprenons nos travaux et nous accueillons M. Giuliano D'andrea et M. Richard Smith, qui va nous parler
par audioconférence, ce matin, du Japon. MM. D'andrea et Smith, vous
avez 10 minutes pour faire votre exposé, par la suite suivra un échange
avec les parlementaires. Donc, je vous demande, M. D'andrea, de vous présenter
et je vous cède la parole.
M. D'andrea (Giuliano) : Oui, bonjour. Merci beaucoup pour
nous donner l'opportunité d'être ici aujourd'hui.
C'est vraiment... Comment faire un
sommaire en 10 minutes d'une position
qui va être tellement différente des positions que vous allez entendre d'autres
groupes allophones ou anglophones comme on est?
Je vais commencer par
un peu d'histoire, un petit texte de J. Hector St. John de
Crèvecoeur, un francophone qui habitait aux États-Unis, qui avait posé la question
que les Américains se posent encore aujourd'hui : «What then is the American, this new
man?» On peut se poser la même question aujourd'hui de l'Anglo-Québécois :
«What then is the Anglo-Quebecker,
this new man?», parce que le Québécois anglophone a changé, ce n'est plus le
même Québécois qu'il y avait 40 ou 50 ans, et tous ces changements
n'ont pas vraiment été reconnus encore, même dans le langage quand on le parle.
Exemple,
un peu de définitions. Faisons la définition d'«anglophone». C'est quoi, un anglophone?
On a entendu ce matin qu'un anglophone, c'est
une personne qui est née parlant anglais, et pourtant la loi 101 a donné
des droits à des Québécois où la langue maternelle n'est pas l'anglais.
Exemple, la loi 101 définit M. Giuliano D'andrea comme étant anglophone,
et pourtant ma langue maternelle n'est pas l'anglais.
plus, l'ironie : si la famille royale venait s'établir ici, au Québec, le
prince William — ou Guillaume — n'aurait pas le droit d'envoyer ses enfants à des écoles
anglaises. Certes, il a les moyens pour les écoles privées, mais quand
même il n'a pas ce droit, lui, descendant de
Guillaume le Conquérant, des Stuarts et des Windsor. Et moi, descendant peut-être
des Vivaldi, des Machiavelli… Et pourquoi ne
pas dire aussi Berlusconi? Mais c'est ça un peu, l'ironie. On connaît
très mal la communauté anglophone.
C'est
quoi, un Québécois? Une autre question qu'on se pose tellement. Je me rappelle
quand j'étais jeune, j'avais entendu Pierre
Bourgault — j'étais vraiment jeune à l'époque — qui disait : Un Québécois, c'est la personne qui
veut l'être. Intéressant comme concept, mais
quelque part ça veut dire que, si on ne veut pas l'être, qu'est-ce qu'on
est?
dit aujourd'hui qu'un Québécois, c'est toute personne qui habite sur le territoire
du Québec. C'est bien, mais des fois, si on est dans la communauté anglophone — et je peux témoigner de ça — tous ces symboles se perdent quand on entend certaines manières de caractériser,
disons, ce débat de langue française. Quand on nous dit que la langue est menacée, ça veut dire peut-être quelque chose d'autre
dans la communauté francophone qu'anglophone, parce que, pour nous, c'est :
«French language is threatened», qui pose la question : «Threatened by
whom?» Et, quand on se pose la question : «By whom?», on commence à
imaginer tout de suite : Eh voilà, encore une fois c'est nous autres. Les communications, les mots, j'ai entendu avant — j'ai pris une petite note, j'ai trouvé ça assez
charmant : Le bilinguisme devient contagieux, qui veut dire que l'anglais
est contagieux, qui veut dire que… Si j'utilise l'anglais, est-ce que je
suis un «disease»? C'est quoi? Je suis sûr que ce n'est pas l'image qu'on veut
donner, mais c'est l'image qu'on entend. Et le problème, ce n'est pas simplement d'avoir une langue commune mais de
comprendre le symbolisme derrière cette langue.
on est porte-parole, peut-être vous pouvez le savoir, on a carrément dit ça
dans les textes, mais d'un mouvement qui a
commencé ça fait 23 ans, Le Mouvement du Grand Québec, qui préconise ou
qui veut donner comme solution l'idée d'avoir une école commune pour
anglophones et francophones, hein? Si la langue du travail doit être la langue française, pourquoi pas la langue de l'éducation
aussi? Et le problème que nous, on voit, c'est un problème de diaspora.
Si on regarde les dernières 30 et 40 années, la communauté qui a souffert
le plus, ce sont les anglophones. Et ce n'est pas
des Anglais, c'est des Québécois. Ce sont des Québécois qui ont été formés par
l'État québécois. M. D'andrea qui parlait italien aujourd'hui est
anglophone, et c'est l'État québécois qui m'a fait un anglophone, comme il a
fait de dizaines de milliers d'autres
Québécois. Et, nous qui avons besoin... qui voulons travailler au Québec, la
qualité de notre français n'est pas à la hauteur.
Alors,
on ne peut pas s'imaginer. Pourquoi tellement d'anglophones ne sont pas
embauchés dans le «civil service», c'est simplement parce qu'on n'a pas laissé la
capacité, il faut le reconnaître. Alors, si les enfants peuvent jouer
ensemble, s'ils peuvent travailler ensemble, s'ils peuvent se marier, pourquoi
ces enfants ne pourraient pas aller à la même école?
Et l'école que nous, on préconise, c'est une école intégrée où normalement le
français va être prédominant mais où aussi l'apprentissage de la langue
anglaise va se faire, particulièrement à Montréal, où avoir une connaissance de
l'anglais, ce n'est pas une contagion, mais c'est plutôt un atout.
Et je voudrais passer
la parole à...
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Je m'excuse. Juste vous dire que vous avez six minutes
et quelques secondes d'écoulées. Si vous
voulez que votre collègue reprenne la parole pour votre exposé…
D'andrea (Giuliano) : Oui. Alors, je voulais en fait passer la parole à M. Richard Smith en
faisant une petite introduction. Quand Le
Mouvement du Grand Québec s'est présenté à l'Assemblée nationale, ça fait...
bon Dieu, ça fait presque 20 ans, on avait cinq ou six membres de l'exécutif.
Il n'en reste qu'un ici, à Montréal. Nos membres aujourd'hui sont au Japon, ils
sont rendus aux Bahamas, ils sont rendus en Ontario, aux États-Unis. Et un de
ceux-là, c'est M. Richard Smith. Alors, j'aimerais passer la parole à lui.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Parfait.
M. Smith, la parole est à vous pour trois minutes.
M. Smith
(Richard) : OK, good. In
1979, when I was 15 years old, my father, who was then the president of the
parents' committee of the Mount Royal Catholic High School, signed some papers
that would allow my school to abandon its outdated facilities in favor of a
proposed cohabitation with the nearby, much better equipped French Catholic
school named polyvalente Pierre-Laporte. For him, this prospect offered more
than a mere possibility of cohabitation. He
told me privately that he envisioned it as an opportunity for anglophone and
francophone children to explore
something bigger : a chance to share common classes, to become fluent in
each other's language and be aware of each other's culture, a chance he
had never had when he was schooled in Québec. But, for the Pierre-Laporte
parents, the focus was much different. Mme Simone Landry, a then member of the
parents' «comité d'action» which opposed the plan, told
the Montréal Gazette, on March 19th, 1980, «We just want to protect the
French entity of Pierre-Laporte school, we never wanted to throw out or
segregate the English.» The move never happened.
my father, the shock of this setback and the warnings from his employer,
Montréal Trust, that his own real estate license could be subject to French testing
because of law 101 made him realize that language policy could have
dire consequences for him and his family. So, he worked very hard, too hard so
he could retire early, to avoid losing his license,
and, in 1980, he became Montréal Trust's second top-selling salesman across
Canada, ironically number one in Québec. Sadly, a year after the
cancellation of the move of my high school, and three months after his record
year at Montréal Trust, my father was dead
from heart disease, and my mother and I, the sixth generation of our family to
call Québec home, first moved away.
Now,
in all fairness, I am sure that Mme Landry's comments were honest and that she
didn't wish to segregate us, nor do
I think that the Lévesque Government wanted to help create the atmosphere, with
its passage of law 101...
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : M. Smith, malheureusement je dois...
M. Smith (Richard) : ...which helped to take my father away from me
at age 16.
La Présidente (Mme Richard,
Duplessis) : M.
Smith, malheureusement j'ai dû vous couper la parole parce que votre temps alloué
était écoulé. Nous allons maintenant du côté du gouvernement. Mme la ministre,
la parole est à vous.
De Courcy :
Bien, d'abord, merci beaucoup, messieurs, d'avoir participé à cette commission parlementaire. Il m'apparaît important d'entendre
différents points de vue, surtout que le vôtre est le premier que nous
entendons sur la question d'un grand réseau scolaire intégré. Est-ce que j'interprète
bien ce que vous voulez dire?
M. D'andrea
(Giuliano) : Oui.
De Courcy : Ma
question va être... J'en ai deux. Ma première question va être la
suivante : Est-ce que vous avez eu l'occasion
de parler de votre idée de grand réseau intégré avec les autorités de la
fédération des commissions scolaires anglophones du Québec?
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci, Mme la
ministre. M. D'andrea, je vais devoir demander à M. Smith s'il veut
répondre, parce que... M. Smith, est-ce que vous voulez répondre à la
question de la ministre ou vous laissez la parole à M. D'andrea?
M. Smith
(Richard) : Je repasse la parole à
M. D'andrea, s'il vous plaît.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : M. D'andrea,
la parole est à vous.
D'andrea (Giuliano) : On n'a pas nécessairement parlé avec la fédération comme telle mais avec
les commissions individuelles, que ce soit
Pearson, que ce soit English Montréal School Board. Il y a eu beaucoup de résistance à l'idée. C'est normal, parce que ce n'est
pas les commissions elles-mêmes qui ont des intérêts… comme on dit en
anglais, «vested interests», hein? They
would never give up that field for the uncertainty of something else.
Et c'est un peu… Je vous comprends
quand vous dites : C'est la première fois qu'on l'entend, cette idée, mais cette idée, elle
est vieille. Ça fait longtemps que beaucoup de gens, ils parlent, mais ce n'est
pas un discours d'institution, c'est
un discours de parents. On vient d'entendre avant que 25 % des Québécois
qui ont le droit d'envoyer des enfants dans l'école anglaise optent aujourd'hui de les mettre carrément dans le
système francophone, parce qu'ils savent ou ils sentent le besoin que leurs enfants doivent avoir tous les
atouts pour être compétitifs. It's not enough just to come here and speak in French, I have to have a professional
French where I can work and compete. And, in fact, when you're a minority, you
have to be better. Et, dans le système
anglophone aujourd'hui même qu'on a, hein, ils ont fait des efforts, ça va mieux que ça allait avant, mais aujourd'hui on
fait des «polls» de ces enfants-là, qu'est-ce qu'ils nous disent? Bien,
dans les prochains cinq ans, ils se voient peut-être en Ontario, peut-être en
Alberta, peut-être quelque part d'autre. Pourquoi? Ils sont nés ici, c'est leur chez eux. C'est parce que les institutions
n'intègrent pas non seulement sur la langue, mais aussi la culture
québécoise. Imaginez moi, comme anglophone, je vais dans une école, je vois d'autres
anglophones. Mais, le francophone, je le vois où? Alors, la raison que nous, on
préconise une école intégrée.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci,
M. D'andrea. Mme la ministre.
De Courcy : Une
sous-question. Lorsque j'ai eu l'occasion de faire beaucoup de consultations,
avant de déposer le projet de loi n° 14,
j'ai eu, bien sûr, des contacts avec des représentants de la communauté d'expression
anglaise, et ma première impression… Quand
je m'adressais à eux, c'est de vérifier s'ils étaient inquiets par rapport
au statut de l'anglais au Québec, et je vous
dirais que, de façon presque unanime… je ne dirai pas «unanime» parce que
ça impliquerait que j'ai vu tout le monde,
et ça n'a pas été le cas, mais, de façon presque unanime, on m'indiquait que
ce n'était pas, absolument pas l'avenir de l'anglais
au Québec qui préoccupait ces personnes. Ils trouvaient que l'anglais,
comme langue, se porte très bien au Québec, mais mentionnaient plutôt que c'était
l'avenir de leurs institutions, de leurs institutions, qu'ils étaient craintifs
de voir, au fur et à mesure des transferts linguistiques vers le français… comme vous venez de le
mentionner, 25 % des jeunes enfants anglophones qui transfèrent vers le
réseau francophone, ils étaient inquiets que, par toutes sortes de
mesures, les institutions puissent être remises en cause, voire fermées, et que
ça, ça les touchait énormément, et qu'ils étaient très préoccupés par cette
question-là.
Alors,
cette inquiétude-là de la communauté d'expression anglaise et ce que vous venez
de dire, vous le conciliez de quelle manière,
de quelle manière?
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci, Mme la ministre.
M. Smith, est-ce que vous souhaitez
répondre à la question ou vous laissez la parole à M. D'andrea?
M. Smith (Richard) : Oui. Répétez la question, s'il vous plaît.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Mme la
ministre, est-ce que vous pouvez répéter la question?
De Courcy : Oui,
je vais répéter la question. Mais je vais prendre tout le temps, vous n'aurez
pas le temps de me répondre.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Peut-être que
M. Smith, pour… permettre à M. D'andrea de répondre…
De Courcy :
Peut-être y aller, M. Smith, parce qu'il ne nous reste pas beaucoup de
temps, malheureusement.
M. Smith
(Richard) : Non, non, non, je m'excuse.
Je suis éduqué au Québec, mais j'ai besoin que vous parliez un peu lentement, s'il
vous plaît.
Mme De Courcy : Je m'excuse, je ne vous ai pas bien compris, monsieur.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : M. Smith,
est-ce que vous voulez…
Mme De
Courcy : Ah oui! Oui, je peux
reformuler. Je vais...
M. Smith
(Richard) : Ça, c'est la raison que
je suis ici. Je suis éduqué au Québec. Si j'ai un problème pour comprendre
votre français, ça, c'est la question vitale en ce moment.
Mme De
Courcy : D'accord. Je vais…
M. Smith
(Richard) : S'il vous plaît, parlez,
mais un peu lentement.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : D'accord.
Monsieur...
Mme De
Courcy : Bien oui, je vais... Je
parle déjà lentement, hein?
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : M. Smith, je vais céder la parole à Mme la
ministre, qui va vous poser une question, et
vous pourrez y répondre par la suite.
De Courcy : Mais
oui. Alors, comment vous conciliez le fait que la communauté d'expression anglaise, en tout cas certains de ses membres, et ceux que j'ai consultés,
c'étaient, dans la majorité... que certains de ses membres puissent être
inquiets quant à leurs institutions, et non pas quant à leur langue mais quant
à leurs institutions, et la proposition que
vous faites de dire : Il faudrait que les deux réseaux scolaires soient
intégrés, le réseau francophone et anglophone?
Comment on comprend… À ce moment-là, comment on pourrait faire pour réconcilier
ces deux intentions-là? C'est ça, ma question.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci, Mme la
ministre. M. Smith, la parole est à vous.
Smith (Richard) :
OK. I believe…
One way to integrate them, you can try to do it as a... you can keep the existing systems in place, it's not really
important. It isn't a question of structure, as long as you have an opportunity
for the children to come together. But Mr. D'andrea
will probably concur that, when we tried to propose this to the English
community, they have often felt that they could not trust themselves in a
common system with Québec Francophones because of their fear of a «québécois»
unilateralism where they would act... we would be a minority in that system, and it might act against our interests, so that,
in that case, it's better to stay segregated with French immersion
schools. This is where the language legislation you are proposing can be very
difficult for us, because it sort of supports what our opponents in the English community say, is that we cannot trust the
French majority in such a deal. This is what makes it so hard for us to
propose this solution.
La Présidente (Mme Richard,
Duplessis) :
Merci, M. Smith. Je vais maintenant... M. le député de Bonaventure, je vous reconnais. La parole est à vous, M.
le député de Bonaventure.
Roy : Merci, Mme la Présidente. Il
nous reste combien de temps?
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Il vous reste environ six minutes.
M. Roy : Six minutes. Merci beaucoup.
Salutations à mes collègues, Mme la ministre, je vous souhaite un bon début de semaine. MM. D'andrea et Smith, mes
salutations aussi.
Le
titre de votre document : Les
Québécois auraient besoin d'un nouveau contrat linguistique . O.K. Donc, vous nous proposez de rechercher un nouveau contrat
linguistique entre les communautés anglophone et francophone. Donc, j'aimerais que vous nous donniez des
précisions sur votre vision. Quel serait le statut relatif du français et de
l'anglais dans cette proposition de contrat linguistique?
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci, M. le député de Bonaventure. M. D'andrea.
M. D'andrea (Giuliano) : Merci beaucoup. C'est normal que,
dans ce nouveau contrat social, le français va
être prédominant. C'est normal. Le français, c'est la langue de la province du
Québec. Il n'y a pas de doute sur ça.
Ce que nous, on préconise plutôt, c'est d'entrer
en négociation en faisant que la communauté anglophone devient un participant dans ces discussions et dans ces,
comment je peux dire… dans les résultats d'une loi linguistique. La manière qu'on voit ça aujourd'hui, c'est qu'il y a
de l'anxiété dans la communauté francophone, on passe une loi, on impose
ça sur la communauté anglophone; la communauté
anglophone se sent menacée, on lève les boucliers, et on voit ce que vous voyez aujourd'hui, toutes sortes de
différentes opinions sur les mots, on se chicane sur tous les détails, les
menaces, et tout le reste. Pour nous, ce qui est important, c'est d'ouvrir des
discussions comme la discussion qu'on veut faire avec une école intégrée.
Pour répondre un peu à votre question et
aussi à celle de la ministre, il y a beaucoup d'anglophones qui veulent tenir leurs institutions, mais ce n'est pas la
majorité, parce que la majorité des anglophones, plutôt, ils vieillissent, et
leurs enfants sont ailleurs. Et on entend rarement ces gens-là, hein? Ça, c'est la majorité.
Ceux qui travaillent dans un système, c'est
normal qu'ils veuillent garder les choses... le statu quo, mais ce que nous, on
propose, c'est l'école intégrée qui
va aussi être l'école de l'anglophone, du Québécois, du Québécois, commun avec
l'autre Québécois. Alors, c'est ça. Si on peut avoir une équipe de
hockey pee-wee où il y a des anglophones et des francophones qui jouent
ensemble et veulent gagner ensemble, bien ils ne vont pas se poser la
question : Bien, je veux avoir mon équipe anglophone. Toi… Non. Il n'y a
pas de ségrégation là, c'est une équipe. L'école intégrée va être exactement la
même.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci, M. D'andrea. M. le député de Saint-Hyacinthe, la parole est à vous.
M. Pelletier (Saint-Hyacinthe) : Merci, Mme la Présidente.
M. Smith, M. D'andrea, ma question est assez simple : En quoi
consisterait la préservation et la promotion de l'anglais, au-delà de ce qui
est déjà assuré par la charte et par les lois du Québec, par exemple,
dans le domaine de l'éducation, dans le domaine de la santé, dans le domaine
des services sociaux? Au-delà de l'intégration au niveau du scolaire, dans ces
institutions-là, comment vous verriez la survie des institutions anglophones?
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Je dois demander, M. D'andrea, à
M. Smith s'il veut répondre à la question du
député de Saint-Hyacinthe. M. Smith, en deux minutes, est-ce que vous voulez
répondre au député de Saint-Hyacinthe?
M. Smith (Richard) : M. D'andrea.
La Présidente
(Mme Richard, Duplessis) : M. D'andrea,
allez-y.
M. D'andrea (Giuliano) : Pour nous, la question n'est pas les
droits institutionnels. Pour nous, c'est
vraiment la question d'avoir accès, d'être pleinement intégrés dans le Québec.
Comme anglophones, si on peut avoir l'opposé du Mouvement du Grand Québec, l'opposé
de Smith et moi-même… On n'est pas
des partitionnistes. We don't want out, we want in. Et c'est important que nous, on est dans l'action, on est
dans la société québécoise.
Quand ça vient à des droits acquis, pour
nous, ces droits acquis n'ont pas changé, ceux qui auront besoin de se faire servir en
anglais auront toujours cette capacité de se faire servir en anglais. Et, vous
savez, beaucoup d'anglophones vont dans
des institutions francophones où il y a un médecin, et, comme disait à l'époque
le premier ministre Bouchard, ce n'est pas un docteur qui tout d'un coup
va refuser de parler à un patient qui parle seulement en anglais. L'important,
pour la communauté anglophone, c'est d'être dans la communauté comme Québécois
à part entière, et ça doit passer par la maîtrise de la langue française.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci.
M. D'andrea
(Giuliano) : Et on garde aussi nos
droits anglophones, c'est normal.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci, M. D'andrea. Nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle, et je reconnais maintenant le
député de LaFontaine. M. le député, la parole est à vous.
M. Tanguay : Oui, merci beaucoup, Mme la
Présidente. Alors, j'aimerais d'entrée de jeu, évidemment, remercier M. Smith qui
est sur la ligne également et M. D'andrea. Merci beaucoup à vous deux pour
avoir pris le temps, de votre temps personnel parce que la question vous
préoccupe, vous trouvez que c'est important d'ajouter votre réflexion. Alors, merci beaucoup de prendre le temps, d'avoir
rédigé et de nous envoyer… de nous avoir communiqué ce mémoire, et
aujourd'hui d'être, M. D'andrea, présent ici, et vous, M. Smith, d'être présent
par la magie du téléphone. Alors, merci beaucoup, d'abord et avant tout.
Et j'accueillais effectivement la référence
que M. D'andrea faisait à une citation d'un ancien premier ministre du Québec,
ancien premier ministre du Parti québécois qui effectivement avait dit :
En matière de santé, la personne veut un test sanguin, ne veut pas nécessairement un test linguistique, et je le
paraphrase. Alors, je pense que c'est une référence, en fait, qui nous
fait réfléchir et également nous démontre que, la vérité, là, personne ne peut
prétendre posséder la vérité. Et, en ce
sens-là, on a vu sous ce même premier ministre là un célèbre discours, le
discours du Centaur, qui avait été rédigé
par… l'actuel ministre de la métropole et en charge, responsable de la relation
avec la communauté anglophone avait rédigé et qui démontrait une tout
autre approche, une tout autre ouverture même chez les rangs de celles et ceux…
du gouvernement qui aujourd'hui présente le projet de loi n° 14.
parle, dans le cadre du projet de loi n° 14, d'éléments que certains
diront coercitifs, et, en ce sens-là, il est important
de voir que, si la Charte de la langue française avait également des impératifs
à respecter, ça revient toujours à la même notion d'avoir un équilibre,
la paix linguistique, et les résultats doivent y être. Et nous constatons, à la
vue des statistiques, que les résultats sont
là, il y a de plus en plus d'anglophones et d'allophones qui parlent le
français, et nous avons donc les
outils pour les accompagner. Et nous devons constamment parfaire ces outils-là.
Et, en ce sens-là, la coercition ne pourra jamais être le seul remède ni
même, je vous dirais, le remède dominant, ce qui est notre position et notre
lecture du projet de loi n° 14.
J'aimerais vous entendre, ceci dit, M. Smith
et M. D'andrea. Dans le projet de loi n° 14, on parle... il est fait mention de politiques
dont devraient se doter, si le projet de loi n° 14 était adopté… des
politiques pour les cégeps anglophones notamment.
Ainsi, le projet de loi n° 14 exigerait que… un cégep anglophone devrait
rédiger une politique qui ferait en sorte que priorité serait accordée
aux élèves, aux étudiants anglophones, priorité sur les élèves francophones, et
l'on dit : «…[afin de] respecter la clientèle de langue anglaise pour
laquelle avait été constitué l'établissement par le gouvernement.» Je vous
avoue qu'il y a là des concepts nouveaux, quand on parle de clientèle de langue
anglaise, et il y a là un ajout dans les
critères de sélection qui relèvent des directions des établissements et qui
vont au premier
titre regarder, entre
autres, le dossier académique. Autrement dit — je
vous donne un exemple — moi, ma fille la plus vieille, une fois qu'elle
aura terminé son primaire en français, son secondaire en français, si d'aventure
elle veut aller étudier les sciences
dans un cégep anglophone et qu'elle a un dossier académique de 85 %, bien,
si l'on impose à ce cégep anglophone là
de prioriser une clientèle — parce qu'il
y a toujours une capacité limite — une
clientèle anglophone, bien un étudiant
anglophone qui aurait un dossier académique moins bon, 65 % par exemple,
viendrait prendre la place de cette étudiante-là
francophone qui aurait 85 %. Et ici c'est une lame à deux tranchants. Je
pense qu'il est important, par contre, de faire attention à ne pas créer
une ségrégation basée sur un critère langue maternelle anglophone, langue
maternelle francophone et son application
comme étant le critère sine qua non pour avoir l'accès au cégep en anglais. Et
je pense que, là-dessus, tout le monde
y serait perdant, et ce n'est pas ce qui est demandé, aucunement, par les
personnes d'expression anglophone.
Alors, j'aimerais vous entendre là-dessus. J'aimerais
savoir, de un, M. Smith, si vous aviez noté cette modification-là,
qui n'est pas anodine, et j'aimerais savoir comment vous, vous la recevez,
quels sont vos commentaires.
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci, M. le député de LaFontaine. M.
Smith, vous avez la parole.
Smith (Richard) : Yes. For restrictions on English CEGEP, good luck, I
suppose, because we saw what happened last
year with the demonstrations in Montréal. You're asking people that are young
adults… you're taking… you're restricting them from making the choices
they would like to make. And, as the gentleman, the «député» said, you know,
his daughter would like to go to an English CEGEP to improve her English.
But again, coming back to
what we said earlier, if the integrated school concept were explored, that
would make it less necessary to go
to a completely English CEGEP, there could be a possibility of further
integration at the CEGEP and university level. So, I would suggest that. And
again, it's not so important, how we structure it, as long as people have that
flexibility to learn in a mixed environment.
La Présidente
(Mme Richard, Duplessis) : Merci,
M. Smith. M. D'andrea.
D'andrea (Giuliano) : À première
lecture, ce que j'ai compris quand j'ai lu le texte, c'est : Est-ce que
les anglophones ont peur qu'il n'y ait pas
assez de places pour eux dans un cégep anglophone?, et je pense que non.
Alors, j'ai eu de la difficulté à le
comprendre. Mais, même sur le côté des cégeps et ce qu'on veut proposer pour
les écoles supérieures, on veut faire un examen de fin de session où on
doit tester les anglophones pour voir s'ils ont appris assez pour le marché du
travail. Et on pense que peut-être l'intention est bonne, mais on met le
chariot du mauvais côté. Moi, je ne pense pas qu'on doit s'intéresser vers la
fin de l'éducation s'ils sont prêts pour le marché du travail, mais plutôt il
faut le faire avant.
Et une autre chose qu'on a notée aussi dans le
projet de loi, c'est qu'on va donner le droit aux étudiants de demander, les Québécois qui sont dans des
institutions anglophones, de demander qu'ils ont tous les outils et toutes
les capacités, parce qu'ils ont un tel droit
à la fin de leur éducation, ils ont le droit d'être éduqués, je n'ai pas la
citation, mais avec tous les outils
pour faire
partie du Québec de demain. Et ma question, c'est... You know, how
does a seven-year-old, how does a nine-year-old, how does a 12-year-old
turn around and say to the school commission where he goes, «Hey, I want
my rights»? Ça ne se fait pas. Je ne sais pas
quelle école vous avez fréquentée, vous autres, mais moi, quand j'étais à l'école
où j'étais, on pouvait demander toutes sortes de choses, et puis ils nous
traitaient comme : Oui, oui, Giuliano, va faire tes devoirs. On nous
considérait comme des personnes sans droits.
Alors, arrivé à 17 ans, on sort et on
réalise que, le français qu'on a eu, on le ballotte sur le marché du travail. Et une des raisons...
La question, même, on peut poser : Comment ça se fait il n'y a pas assez d'anglophones
qui vont aller dans des cégeps
francophones? Il y en a beaucoup qui vont dans l'autre sens. Et la raison que
nous, on a trouvée, c'est que c'est...
know, these graduates who are 17 years old don't have the confidence to be
able to go and study in a French CEGEP or a French university, by and large. Why?
Because they're scared of writing in French. How are you gonna be competitive to do, you know… Comment vous allez faire votre
dissertation en français si vous ne maîtrisez pas le français? Or, ça continue. On sort d'un «high school»
anglophone, on va dans un cégep anglophone, on fait l'université, on fait une
maîtrise et on se ramasse au Japon, ou aux États-Unis, ou en Europe.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci, M. D'andrea. M. le
député de LaFontaine.
M. Tanguay : Merci beaucoup. Mr. Smith,
I would like to hear from you. You talk a lot with respect to the quality of
the French and... So, what are your comments on this, with respect to the
quality of the French? And do you have any solutions? You already talked about, you know, the fact that it's
important not to segregate Anglophones and Francophones, but, other than
that, do you have any other suggestions to make it a reality, what is a main
objective, a very important objective to
make sure that our students, at the end of their passage within the establishment,
they will be able to talk and to write very, very well in French? Do you
have any other tangible suggestion to add to your comment?
La Présidente
(Mme Richard, Duplessis) : Merci, M.
le député de LaFontaine. M. Smith.
Ne pas faire de correction. Le texte a été
corrigé par M. Smith lui-même et validé par la documentation - guylaine
M. Smith (Richard) : Yes. Well, I'd say... You
know, I teach English here, in Japan, and it's a huge industry here. And I
can say this much for certain based on the probably 24,000 English lessons I've
taught in Europe and Asia, is that
the older students get… every five years, their ability to learn, and speak,
and write a language diminishes. So, if we get a student even in their twenties getting serious about learning another
language, their ability to do so will be handicapped.
And, for instance, to be a
French teacher in Japan, you basically have to be conversational in English.
So, as much as the current system,
we think, doesn't completely equip Anglophones to work in Québec, obviously the
current system does not help Francophones to work internationally, which I
think is very sad because it deprives them of an opportunity. So, an
opportunity to mix will give an instance of… a way to learn more natural English.
My case in point, my
family now lives in Toronto area. As I've mentioned before, they left after my
father passed away. But my nephew is in a French immersion
school, and he's done excellent, and he's done it from the beginning of his education, but unfortunately a lot of the
immersion schools still have particular accents and twangs when they
speak French, and I'm sure for the
Francophones in the immersion programs in Québec it's a similar dynamic. So,
that's, again, coming back why we think that more of a mixed activities
and mixed learning environment would allow them to interact with real native
speakers of the language.
La Présidente
(Mme Richard, Duplessis) : Merci,
M. Smith. M. D'andrea.
M. D'andrea
(Giuliano) : Definitely, to go back to our point, integrated schools, get them
together early, have the
seven-year-old... You know, if I had a seven-year-old child who had to take a
bus, he should take the same bus as my francophone neighbor. They should get on
the same bus, go to the same school, come back from the same school. It's ridiculous to have one kid go somewhere else,
one kid go somewhere else. Both programs are almost the same, you have deep immersion on one side, you have an
international program on the other, and they are segregated. And, if you
want to make sure that anglophone kids… Or
even Francophones who want to learn English. If you want to make sure
that these language barriers drop, and that
we stop talking about the two solitudes, which, by the way, are very real
today, you know, we've got to find
ways to integrate, we've got to find ways to have them have a common existence.
You can't have kids growing up with two different cultural values. You
can't have them, on the one hand, listening to francophone pop music and all
the things that make Québec what it is, and, on the other hand, we just turn
around and say...
La Présidente (Mme Richard,
Duplessis) :
M. D'andrea, je suis désolée de devoir vous couper la parole, le temps alloué à l'opposition
officielle est maintenant écoulé. Nous allons vers le deuxième groupe d'opposition,
et je reconnais Mme la députée de Montarville. Vous avez la parole, Mme
la députée.
Mme Roy (Montarville) : Merci beaucoup. Merci beaucoup,
messieurs. Merci à vous pour le mémoire, c'était
très intéressant et surtout très original.
Et vous nous amenez dans toute une réflexion lorsque vous dites : Il faut
comprendre le symbolisme derrière une langue commune. Alors, c'est toute une
réflexion, une réflexion historique et philosophique que malheureusement on n'a
pas le temps de faire, j'ai très peu de temps. Sachez cependant que nous
considérons qu'il faut défendre la langue française, la protéger, mais tout en
respectant le droit de la minorité anglophone.
Alors, ma question est la suivante : Dans cette
optique, qu'est-ce que vous pensez des examens de français que le projet de
loi n° 14 veut imposer aux jeunes anglophones pour réussir leurs
cours du secondaire et leurs cours au collégial?
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci, Mme la
députée de Montarville. M. D'andrea.
D'andrea (Giuliano) : I think it's a good idea to have exams, obviously you're
able to get feedback as to the
success of the program, but there lies not the problem. The problem is the
program. We have to make sure that it actually works.
other thing… I'm going to get back to your symbolism, you know, I'm glad you
picked up on that. Wouldn't it be wonderful if we could go to the anglophone
community and say, «Guess what, we want you to have the top jobs in Québec»? We're going to give you that opportunity.
And you know the way you're going to do it? Why don't you master the
French language, because there's jobs for you here? You don't have to emigrate,
you don't have to continue the diaspora. Those are positive ways that we can
get people to get on board.
Et la réalité est la suivante :
la majorité des anglophones au Québec veulent apprendre la langue française. Ce qui a résisté à cet
apprentissage, ce sont les institutions, qui ont des intérêts propres à eux
autres de ne pas changer. If you have teachers who cannot speak French, they have to go
through the system, hit their retirement before they're replaced.Qui souffre dans tout
ça? C'est la clientèle, c'est l'enfant. Et nous, ce que Richard et moi, on a
constaté, c'est que la génération qui
a souffert depuis la loi 101, c'est notre génération. C'est beau de parler
de la génération de la loi 101, «the Bill 101 generation»,
mais il y a l'autre génération aussi, celle qui n'a pas été touchée par cette
loi, qui était dans les écoles anglophones.
Et, encore une fois, pour nous, la logique : Si la langue du travail est
le français, comment on peut continuer d'avoir une langue primaire autre
que la langue du travail?
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci, M. D'andrea.
Quelques secondes, M. Smith, si vous voulez répondre.
Smith (Richard) :
Non, non. C'est correct, non, non. Bien, peut-être pour la division. Je suis
aussi citoyen irlandais, et il est une blague en Irlande. La blague est comme
ça : Two men... An atheist goes into a bar and meets two Irish people,
and they ask him, «Are you Catholic or are you Protestant?» And he says, «I am atheist.» And they
go, «That's very good, but are you a
Catholic atheist or a Protestant atheist?» Et ça indique la situation, parce qu'en
Irlande du Nord toutes les institutions sont
divisées…
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci beaucoup,
M. Smith. Je dois vous interrompre, je dois vous interrompre. Merci,
M. D'andrea, M. Smith.
La commission suspend
ses travaux jusqu'après les affaires courantes.
(Suspension de la séance à
11 h 45)
La Présidente (Mme
Vien) : À l'ordre, s'il vous plaît!
Nous reprenons nos travaux, mesdames messieurs. Je demande à toutes les
personnes ici présentes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de
leurs téléphones cellulaires.
Nous
allons poursuivre sans plus tarder les auditions publiques sur le projet de loi
n° 14, la Loi modifiant la Charte de la
langue française, la Charte des droits et libertés de la personne et d'autres
dispositions législatives.
Alors, j'invite les
représentants de La Fédération québécoise des associations foyers-écoles inc. à
prendre place — c'est maintenant déjà fait — et déjà de débuter votre présentation, en vous rappelant
que vous avez 10 minutes pour procéder à
la présentation de votre mémoire.
Mme Chamberland
(Liette) : Mesdames et messieurs,
bonjour. La Fédération québécoise des associations foyers-écoles est heureuse d'avoir l'opportunité de présenter son
mémoire sur le projet de loi n° 14 aujourd'hui. Avant de commencer,
j'aimerais vous introduire mes collègues présents à la table avec moi aujourd'hui :
Mme Joyce Shanks, mère d'une fillette qui
fréquente l'école primaire, travailleuse autonome et siégeant en tant que
membre sur notre comité des droits; Mme Patricia Willis, mère de cinq
enfants dont un ayant des besoins spéciaux, avec handicap langagier,
travailleuse autonome, siégeant à
titre de directrice au sein de notre
organisation; Mme Rickhey Margolese, mère monoparentale
de quatre enfants, a fait carrière à
titre d'enseignante, maintenant retraitée
et vice-présidente exécutive de notre
organisation; ainsi que moi-même, Liette Chamberland, mère de deux enfants dont
un avec besoins spéciaux détenant une
exemption gouvernementale pour poursuivre ses études en anglais, exemption basée sur les problèmes de langage, avocate et présidente de La Fédération québécoise des
associations foyers-écoles inc.
Notre fédération est
un organisme bénévole, indépendant, incorporé, à but non lucratif qui a pour
mission de promouvoir l'éducation et d'améliorer
le bien-être des enfants et des adolescents. La fédération favorise la
participation des parents,
des élèves, des enseignants et de la collectivité tout entière à l'avancement
de l'apprentissage. Elle agit au nom des parents. La fédération
représente près de 5 000 familles.
En date du
21 avril 2012, lors de notre assemblée générale annuelle, nos membres nous
ont mandatés de promouvoir que tous les
parents aient le droit de choisir l'école qui convient le mieux à leurs
enfants. Forts de ce mandat, et pour les raisons qui suivront, nous vous
demandons de retirer ce projet de loi dans son intégralité.
Shanks (Joyce) :
La loi n° 14 est source de division et en plus d'être discriminatoire. Les
droits de nombreux citoyens québécois seront
floués avec la mise en oeuvre de cette loi. La nature même de cette loi est un
facteur de division, en plus d'être discriminatoire pour de nombreux résidents
et contribuables du Québec.
We'd like to start with the
generally accepted definition of «equality». «Equality» means the state of
being equal in status, and rights,
and opportunities. L'égalité est le principe
qui fait que les hommes doivent être traités de la même manière, avec la même
dignité, qu'ils disposent des mêmes droits et sont soumis aux mêmes devoirs.
Elle nuit directement
aux droits de tous les Québécois de vivre et d'être traités de manière
uniforme. Par conséquent, ces changements ne devraient pas être en compte.
préambule de la Charte des droits et libertés de la personne stipule que «tous
les êtres humains sont égaux en valeur et en dignité». Si les Québécois dont la
langue maternelle est différente ne peuvent profiter des mêmes
opportunités que les autres, cette égalité
est inexistante. Partout dans le monde, des barrières sont abolies, et le
concept de l'inclusiondomine. En
2013, les différences devraient être célébrées et non flouées. Aucune
différence au sein de la population ne devrait
servir à la création d'une loi, y compris de la langue parlée. Le respect et la
dignité des êtres humains, l'égalité entre les hommes et les femmes et
la reconnaissance des droits et libertés sont les bases de la justice, de la
liberté et de la paix. Une véritable société inclusive est une société
respectueuse envers tout.
L'adoption
des termes «communautés culturelles» en remplacement de «minorités ethniques»
est discriminatoire pour tous qui sont protégés par l'article 10 et 43 de la Charte des
droits et libertés du Québec et par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont le
Canada est signataire depuis 1976. Le Québec doit respecter sa propre
charte de même que le pacte international.
Si ce changement est adopté, nous craignons que les minorités ethniques, tout
comme leur droit de préserver et de
développer leurs propres intérêts culturels, ne soient menacées. De plus, un
tel changement créerait un dangereux
précédent pour les autres provinces ou le pays, qui pourraient être tentés de
changer leurs propres chartes au détriment de la population québécoise
qui constitue aussi une minorité au sein de la population canadienne.
immigrants provenant de pays anglophones se voient refuser le droit de
permettre à leurs enfants de poursuivre leurs
études en anglais. Comment pouvons-nous revendiquer le
titre de société libre
lorsque les parents ne peuvent profiter de ce droit humain fondamental qu'est
celui de pouvoir faire le meilleur choix pour élever leurs enfants?
plus, la majorité des Québécois n'ont jamais le droit de choisir la langue dans
laquelle leurs enfants sont instruits au sein du système scolaire public, même s'ils
paient pour ces services avec leurs impôts. Il s'agit non seulement d'une
discrimination fondée sur la langue, mais
également une façon de dicter comment les citoyens doivent vivre, ce qui
est inacceptable au sein d'une société démocratique.
culture québécoise n'est pas seulement fondée sur la langue, la nature
distincte du Québec se compose de bien…
beaucoup plus que les langues que nous parlons. En faisant de la langue le
fondement de la culture, cela divise les francophones des autres.
Dans
une société libre et démocratique, l'accès à l'éducation devrait être simple,
les parents devraient avoir le droit de choisir l'école la mieux située et qui répond
le plus adéquatement aux besoins de leurs enfants et leur famille. Au
Québec, les lois restrictives dont l'objectif
est de refuser le droit fondamental à l'éducation dans la langue choisie sont
conflictuelles, discriminatoires et contre-productives, en plus de priver le
système scolaire d'une part nécessaire de financement.
Willis (Patricia) : Nous aimerions soulever quelques contradictions et redondances du
projet de loi qui nous inquiètent. Les parties
d'une loi réfléchie et bien pensée devraient toujours être claires, simples et
exemptes de contradictions, sans quoi des
problèmes d'interprétation peuvent survenir comme c'est le cas avec le projet
de loi n° 14.
projet de loi n° 14 prévoit insérer à l'article 40 du
chapitre IV de la Charte des droits et libertés de la personne que «toute personne a droit de recevoir cette
instruction en français». Tout le monde a déjà droit à l'instruction publique gratuite en français. En insérant cette
partie à la charte, cela sous-entend que certaines personnes se sont vu
refuser l'instruction en français, ce qui n'a jamais été le cas. Toutefois,
dans les faits, une majorité de la population se voit refuser le droit d'accès à l'instruction publique en anglais, même s'il
s'agit de l'une des deux langues officielles du pays. En fait, le projet de loi n° 14 ne propose
pas un nouveau droit mais plutôt impose une loi implicite qui semble aller
comme suit : Toute personne devait
poursuivre ses études en français seulement, même si cela limite ses choix. La
connaissance de plus d'une langue est pourtant vue comme un atout dans la
plupart des pays du monde.
Nous
sommes sidérés par l'ajout de l'article 73.0.1 à la Charte de la langue
française. Celui-ci dit clairement que les
parents utiliseront, entre autres, un subterfuge pour contourner la loi en
confiant l'instruction de leurs enfants à des
écoles privées anglaises de façon illégale, dans le but d'obtenir illégalement
une déclaration d'admissibilité. Depuis quand est-il illégal de
fréquenter une école anglaise privée? Sur qui reposera le fardeau de la preuve?
Considérant que l'article 73.1 de la
Charte de la langue française est extrêmement subjectif et stipule que des
raisons d'ordre humanitaire peuvent
être prises en compte dans le meilleur intérêt de l'enfant lors de l'étude des
dossiers d'admissibilité, l'article 73.0.1 semble débuter en tenant
pour acquis que les parents créent une situation artificielle causée par la
déception.
Lorsqu'il
est question d'instruction, le seul objectif des parents québécois est de faire
passer le bien-être de leurs enfants bien
au-delà des questions de langue et des aspirations souverainistes. Pourquoi le
désir d'inscrire ses enfants à l'immersion
française Option plus, ou dans des écoles bilingues, ou des écoles anglaises
privées ou subventionnées est-il perçu comme un
subterfuge? Le souhait de ces parents est de permettre à leurs enfants de
profiter du meilleur des deux mondes, d'un avenir au sein, au sein d'un Québec
et d'un monde entièrement à leur portée.
En fait, ces lois créent
une société à deux vitesses parmi ceux qui ont les moyens de se payer le droit
de faire instruire leurs enfants dans la langue de leur choix et ceux qui n'en
ont pas et se résignent à leur sort ou quittent la Belle Province.
De plus, puisque l'article 73.0.1 stipule qu'il
ne doit pas être tenu compte, etc., d'une fréquentation scolaire, pourquoi
la modification apportée à l'article 73.1
nous dit qu'«aucun point ne peut être attribué dans le cadre de ce
règlement»?
Présidente (Mme Vien) : Merci. Merci beaucoup, mesdames, pour cette présentation. Alors, c'est
le temps qui vous était alloué pour la
présentation, je vous remercie. C'était 10 minutes, c'est bien ça. Alors,
nous sommes prêts maintenant à procéder à la période d'échange entre vous toutes
et les parlementaires, en commençant avec le côté ministériel et Mme la
ministre.
De Courcy :
Bonjour. Bonjour, mesdames. J'ai l'impression que vous n'avez pas terminé votre présentation. C'est ce
qui vous arrive? Est-ce que c'est pour beaucoup de temps qu'il vous reste… Bon.
Alors, sur le temps du gouvernement, terminez, et après je vous
reparlerai. Vous permettez, Mme la Présidente?
Margolese (Rickhey) : O.K. En nous référant de nouveau aux articles 88.0.1 à 88.0.6, nous
trouvons la situation
inquiète pour les élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage — EHDAA — les
élèves à risque et ceux bénéficiant d'un plan d'enseignement individualisé — le PEI — particulièrement en
ce qui a trait aux exigences en matière de
maîtrise du français qui seront plus élevées pour tous les élèves des écoles
publiques du Québec, du niveau primaire au niveau collégial. En effet,
ces attentes-là peuvent n'être pas réalisées et pourraient nuire au taux de
diplomation de tous les élèves, autant francophones qu'anglophones.
moment où les coupures budgétaires touchent directement nos systèmes d'éducation,
comment peut-on justifier les dépenses qui devront être allouées pour mettre
en oeuvre cette nouvelle bureaucratie pour soutenir la nouvelle loi?
Nous préférerions que l'argent soit investi dans l'élaboration de programmes et
de matériel qui contribueraient à la réussite
de nos enfants et à l'amélioration du taux de diplomation au secondaire.
Permettez aux étudiants, aux enseignants et aux administrateurs de
concentrer leurs efforts sur l'instruction de nos enfants, au lieu de leur
demander de soumettre au gouvernement un rapport à leur sujet.
Le projet de loi
n° 14 limite la croissance et le développement de notre population,
particulièrement de nos jeunes, et, par le
fait même, nuit à l'économie et à l'avenir de la province de Québec. La
croissance démographique et économique
du Québec est tributaire de l'arrivée des nouveaux Québécois provenant de pays
étrangers. Nous pouvons soutenir l'immigration et l'investissement si
nous permettons à ces nouveaux arrivants provenant de certains pays de choisir l'école qui répond le plus adéquatement
aux besoins de leur famille. Il est difficile d'inciter les immigrants à
venir s'installer au Québec en tant que
résidents permanents. Nous voulons que ces gens choisissent le Québec pour
travailler, établir leurs racines, élever leur famille, investir dans l'avenir
et pour devenir Québécois.
plus, nous estimons que les parents doivent être en mesure d'aider leurs
enfants à faire leurs devoirs et doivent
pouvoir être capables de discuter avec les professeurs, les répondants de l'administration
et, au besoin, avec les représentants des
commissions scolaires. Il a été prouvé que le taux de réussite de l'enfant est
directement proportionnel à la participation
des parents à l'instruction et à la vie à l'école. Si les parents sont
incapables de discuter dans la langue qu'ils comprennent, la
participation à l'instruction de leurs enfants sera limitée, le succès de l'étudiant
sera compromis, et cette famille ne choisira
pas le Québec pour établir. L'accès à l'école de leur choix est donc nécessaire
pour la croissance et la prospérité du Québec.
Dans
l'article 1 de la modification de la Charte de la langue française
attribuable à la loi n° 14, on retrouve l'enjeu suivant : «Il constitue le fondement de l'identité
québécoise et d'une culture distincte, ouverte sur le monde.» Si c'est réellement
le cas et que le Québec est ouvert au monde... and strives to attract and
welcome immigrants of all ethnic and national origins, the Québec
Government needs to allow all Quebeckers and recently settled immigrants the
choice of the linguistic school in order to retain them for generations to come
and have them prosper and thrive, in this 21st century, in a Québec
society. This is our vision of a future in Québec, la Belle Province.
Chamberland (Liette) : Une charte des droits est un répertoire des droits les plus importants
des citoyens d'un
pays. Une telle charte a pour but de protéger ces droits contre toute atteinte.
Les droits de l'homme sont entendus comme étant des droits fondamentaux,
innés, inaliénables auxquels une personne a droit intrinsèquement juste parce
qu'elle est humaine.
Charte des droits et libertés du Québec, à son
article 10, énonce que «toute
personne a droit à la reconnaissance et à l'exercice, en pleine égalité, des droits et
libertés de la personne, sans distinction, exclusion ou préférence fondée — entre autres — sur [...] la langue, l'origine ethnique ou nationale», etc.
L'article 26.3 de la
Déclaration universelle des droits de l'homme déclare que «les parents ont, par
priorité, le droit de choisir le genre d'éducation à donner à leurs enfants».
L'article
599 du Code civil du Québec énonce entre autres ce qui suit : «[Le] père
et [la] mère ont, à l'égard de leur enfant, le
droit et le devoir[...], de surveillance et d'éducation.» Il ne s'agit pas d'un
privilège mais bien d'un droit et d'un devoir.
tant que parents, comment pouvons-nous accepter que l'État se subjugue à nos
droits et devoirs eu égard à l'éducation de nos enfants lorsque la
responsabilité de ceux-ci repose sur nous? Comment pouvons-nous accepter passivement que l'État, à toutes fins utiles, décide de l'éducation
qui convient le mieux à nos enfants alors qu'il n'a aucune connaissance
personnelle de ceux-ci?
Les parents devraient avoir le droit de
choisir l'école publique ou subventionnée qui leur semble la plus appropriée pour leurs
enfants, qu'on y enseigne en français ou en anglais. Il est temps que l'État
redonne à tous les parentsquébécois et non pas seulement aux parents anglophones le droit de
choisir l'école qui convient le mieux à leurs enfants.
Considérant qu'il y a discrimination lorsqu'une
distinction, exclusion ou préférence a pour effet de détruire ou de compromettre un de ces droits et considérant que la
liberté des uns se termine là où la liberté des autres commence, nous soutenons
que le projet de loi n° 14 porterait atteinte à ces droits et n'est
certainement pas justifiable dans notre société libre et démocratique. Par
conséquent, nous soumettons respectueusement que le projet de
loi n° 14 devrait être retiré dans son intégralité. Merci, Mme la
Présidente.
Présidente (Mme Vien) : Merci
beaucoup, Mme Chamberland. Je, maintenant, cède la parole à Mme la ministre.
De Courcy : Alors, bien, mesdames, c'est
délibérément que j'ai choisi de vous entendre et que nous puissions tous vous
entendre sur le temps du gouvernement pour vous poser des questions, parce que
j'ai jugé que votre engagement personnel dans une organisation bénévole, je
suis certaine, depuis
65 ans qu'elle a, cette... bon, on devait vous accorder toute l'attention requise.
Votre mémoire est très clair, est très clair,
nous indique par ailleurs que nous sommes très éloignés en termes de vision. Alors, comme
tous les mémoires que nous recevons, je vais prendre le temps de lire, et de
relire, et de repenser à votre intervention. Mes collègues ont quelques
questions à vous poser. Merci, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Vien) : Merci
beaucoup. M. le député de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Breton : Oui, bonjour. Merci d'être
venues faire votre présentation.
J'ai quelques questions pour vous. Donc, vous
dites que, si je comprends bien, en fonction du respect des droits individuels des
parents et des enfants, on brime les enfants si on dit aux parents dans quelle
langue ils doivent éduquer leurs enfants. C'est bien ce que je comprends?
M. Breton : O.K.
Donc, si on part de cette logique-là, et que quelqu'un vienne du Bangladesh ou
du Pakistan, on le brime si lui décide qu'il
voudrait enseigner à son enfant et élever son enfant avec une éducation en bengali
ou en pakistanais, si on part de votre logique.
Mme Chamberland (Liette) : Bien, notre logique est aussi basée
sur le fait qu'il y a deux langues officielles
au Canada, qui sont le français et l'anglais.
M. Breton : …mais je pars quand même de votre
logique. Vous dites que toute intervention de l'État pour dicter la langue d'apprentissage des enfants ne peut être
régie par l'État. Or, le Québec est un État où il y a une langue officielle qui est le français. Est-ce que je dois
comprendre, selon votre logique, que vous vous opposez aussi à la
loi 101?
Mme Willis (Patricia) : Est-ce que je peux répondre? Si vous permettez, je veux revenir aux mots que vous avez utilisés, c'est «brimer les enfants». On ne veut pas
brimer les enfants. On veut leur ouvrir… leur donner tout ce qui est possible
dans ce monde.
Donc, premièrement, les commissions scolaires
anglaises, je vais parler, sont devenues des écoles où on enseigne les deux langues. Toutes les écoles dans les
commissions scolaires sont devenues 60 % en français, 70 % en
français, même allant jusqu'à 80 % d'enseignement en français, parce que
la réalité est qu'on vit au Québec et que la langue principale que l'on parle
est le français.
Par contre, on veut que ce Bangladais ou cet
Indien de… ou cette personne puisse avoir accès aux deux. Pourquoi le limiter?
Puis ce n'est pas limiter la langue. On ne parle pas qu'ils parlent le bengali,
il y en a beaucoup qui vont apprendre l'arabe,
le bengali, etc., les samedis dans leur communauté, mais on veut leur donner
cette possibilité d'apprendre dans les deux langues, sûrement, pour qu'ils
puissent rester au Québec. On veut qu'ils restent au Québec et on veut qu'ils
aient accès aux deux langues. C'est le choix du parent, ce n'est pas le
gouvernement qui devrait choisir pour...
Shanks (Joyce) : …d'ajouter un tout
petit quelque chose…
Breton : Oui, allez-y.
Mme Shanks (Joyce) : Dans la loi n° 14, vous disiez
que le Québec est ouvert au monde. Mais pourquoi le monde du Québec ne sont
pas capables de partir du Québec pour travailler n'importe où dans le monde?
Parce que, si le monde ont plus qu'une langue pour continuer leur vie,
ils ont le monde dans leur main. On veut le meilleur pour nos enfants, et le
meilleur pour nos enfants est d'avoir plus, pas d'avoir moins.
Breton : Moi, écoutez, je vais vous
dire, je suis très étonné, parce que je ne suis jamais allé à l'école en anglais, aucun de mes amis n'est allé à l'école en
anglais… still, we speak perfect English, and we've learned it through
French schools. Ça fait que… Ce qui montre qu'à l'école en français on est très
capables d'apprendre l'anglais, ça ne nous
ferme aucune possibilité. Et, comme on dit, c'est qu'il y a une question très
importante qui est la survie de la nation francophone du Québec. Et donc, pour moi, ce que je vois, c'est que vous
dites : Il ne faut pas brimer les enfants, mais, si on vous prend au pied de la lettre, dans le fond, on
les brime en leur donnant accès simplement à deux systèmes d'éducation,
un en français, un en anglais. Les anglophones ont accès à une éducation en
anglais. Nous, ce qu'on dit aux gens qui viennent de pays… d'ailleurs : de
pouvoir parler français. Et ils peuvent apprendre l'anglais à l'école
francophone.
Mme Chamberland
(Liette) : Si je pourrais ajouter, c'est
que les anglophones au Québec ont un choix, les anglophones au Québec peuvent envoyer leurs enfants soit à l'école
française ou soit à l'école anglaise, et ce choix-là est fait sur la
base de ce qui est mieux pour cette famille-là, pour chaque famille. J'ai des
voisins et voisines qui sont anglophones et
que leurs enfants vont dans des écoles francophones. C'est un choix familial, c'est
un droit qu'ils ont. Et il y a des
familles anglophones qui envoient leurs enfants dans une école dans ce qu'on
appelle le système anglais, mais je pourrais vous dire que le système
anglais n'est plus le système anglais qu'on était.
enfant a une exemption gouvernementale parce que, pour lui, apprendre une
langue, peu importe laquelle, c'est difficile. Alors, on a choisi l'anglais
parce que c'est plus facile à apprendre que le français, puis je pense qu'on
peut tous s'entendre là-dessus.
Chamberland (Liette) : Eh bien, ça sera votre opinion. Mon garçon était à l'école anglophone publique et coulait la
géographie, l'histoire ou toutes les matières qui étaient enseignées en
français. Pourquoi? Parce qu'il n'était pas jugé sur la matière, il
était jugé sur la langue, sur son français. Sa connaissance du français est
minime. Ma fille, elle, pas de problème. Mon garçon, lui, c'en est un,
problème.
écoles anglophones d'aujourd'hui, ce n'est plus des écoles anglophones, c'est
50-50, ou 85-15, ou avec option plus. C'est
presque des écoles francophones. Les étudiants qui sortent maintenant des
écoles anglophones sont bilingues, ils sont…
Chamberland (Liette) : Oui, mais, si c'est justement ce que vous dites, pourquoi ne pas donner
le choix aux parents
de décider dans quelle école ils vont? Parce que, de toute façon, quand ils
vont graduer, ils vont être bilingues, qu'ils soient à l'école française
ou à l'école anglaise. Mais donnez le choix aux parents.
M. Breton : …parce que le Québec est une nation francophone.
Chamberland (Liette) : Parce que c'est une nation qui respecte les droits des parents de
choisir ce qui est le mieux pour leurs
enfants. C'est ça, une société libre et démocratique. The human right to
choose.
M. Breton : Vous savez, il y a les droits individuels et les droits
collectifs. Merci.
La Présidente (Mme
Vien) : Quelqu'un du côté… Oui, M. le
député de Saint-Hyacinthe. Ou monsieur… Peu importe.
La Présidente (Mme
Vien) : M. le député de
Bonaventure.
M. Roy : Merci beaucoup. J'aimerais citer le dernier... Bonjour,
mesdames, premièrement. J'aimerais citer le dernier paragraphe de votre
document : «Nous croyons que le véritable désir de l'ensemble des
Québécois et Québécoises — francophones et anglophones — consiste à préserver la richesse de la langue et de la
culture françaises, sans intervention
politique. Tous les Québécois et Québécoises sont animés de la même volonté que
les choses se passent ainsi.»
Dans
le contexte, bon, de la langue française au Québec et en Amérique du Nord, vous
croyez réellement qu'on peut préserver la
langue française, lui permettre de progresser sans aucune intervention
étatique? Pouvez-vous nous expliquer cette position-là?
Mme Shanks
(Joyce) : Vous m'excuserez. Est-ce
que je peux vous demander de reposer la question à la fin?
Roy : La
question, c'est : Compte tenu de la précarité de la langue française dans
le contexte nord-américain, croyez-vous
réellement que le Québec pourrait continuer de se développer en français sans
intervention de l'État? Parce que la dernière
ligne de votre mémoire, c'est : «Nous croyons que le véritable désir de l'ensemble
des Québécois etQuébécoises — francophones et anglophones — consiste à préserver la richesse de la langue et de la
culture françaises, sans
intervention [étatique]»… ou politique, plutôt, excusez. Est-ce qu'on peut
préserver la langue sans intervention politique?
Mme Shanks
(Joyce) : Absolument. Je suis allée
déjà visiter La Nouvelle-Orléans en Louisiane. C'est français, et il y a une culture, une dynamique qui est spéciale. Et c'est
français, et j'étais capable de parler en français. Et c'était bien
préservé, absolument.
Willis (Patricia) : Aussi, je vais vous parler de moi. Moi, je viens d'une culture
trilingue, on apprend les trois langues dès la
maternelle. Et on parle bien l'arabe, on le lit bien, on le comprend bien, on
rédige des documents, et, quand on va en
cours, on peut présenter en arabe, en anglais et en français. C'est bien
entendu que l'arabe est la langue officielle de l'État, mais n'empêche
que les enfants sont enseignés dans les trois langues.