Public Finance — 30 March 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CFP 2022-03-30
Quebec — Committees
(Onze
heures dix-sept minutes)
Le Président (M.
Simard) : Alors, chers collègues, à l'ordre, s'il vous plaît! Je
constate que nous avons quorum. Nous sommes en mesure de reprendre nos travaux.
Comme vous le savez,
la Commission des finances publiques est réunie afin de poursuivre l'étude
détaillée du projet de loi n° 12, Loi visant principalement à promouvoir
l'achat québécois et responsable par les organismes publics, à renforcer le
régime d'intégrité des entreprises et à accroître les pouvoirs de l'Autorité
des marchés publics.
Mme la secrétaire,
bonjour. Y a-t-il des remplacements ce matin?
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Asselin
(Vanier-Les Rivières) est remplacé par M. Allaire (Maskinongé) et M. Ouellet
(René-Lévesque), par M. Gaudreault (Jonquière).
Le Président (M.
Simard) : Alors, bienvenue à ces nouveaux collègues. Alors, hier soir,
au moment de suspendre nos travaux, nous en
étions rendus à l'étude de l'article 14.4. La ministre venait de soumettre
un amendement qui avait été adopté. La députée de Mercier nous avait
déjà annoncé son intention de soumettre un autre amendement. Mais, histoire de
nous remettre, là, dans l'esprit de nos discussions, je vais d'abord céder la
parole à la ministre.
Mme LeBel : Absolument,
M. le Président. On avait, donc, discuté d'un amendement qui ajoutait une
phrase, là, au premier alinéa de l'article 14.4, qui fait
partie de
l'article du p.l... l'article 4 du projet de loi, là, qui comporte
plusieurs, plusieurs articles, pour introduire, donc, une nouvelle
section à la
loi sur les contrats publics. On avait ajouté la notion incluant les
entreprises d'économie sociale, telles que définies par la loi, là, en économie
sociale. Cet amendement-là a été adopté.
ce moment-là, je pense, juste à la fin, ma collègue a annoncé qu'elle avait un
autre amendement. Donc, peut-être qu'on pourrait, si vous le permettez,
suspendre, le temps qu'on le présente, et on pourra, par la suite, là, en
discuter.
Le Président (M.
Simard) : Très volontiers. Alors, nous allons suspendre momentanément.
(Suspension de la séance à
11 h 19)
Le Président (M.
Simard) : Bien. Chers collègues, alors, nous sommes en mesure de
reprendre nos travaux. À ce stade-ci, je cède la parole à la députée de
Mercier.
Mme Ghazal :
Oui. Merci, M. le Président. Alors, je dépose un amendement à l'article 4
pour 14.4. Donc, je le lis : Insérer, après le second alinéa de
l'article 14.4 proposé par l'article 4, tel qu'amendé, du projet de
loi, le suivant :
«Le Conseil du trésor
peut, par directive, établir un programme obligeant ou permettant à des
organismes publics de services sociaux et de santé d'offrir des marges
préférentielles aux entreprises d'économie sociale dans le cadre d'appels
d'offres publics concernant la conclusion des contrats visés à
l'article 14.1.»
Donc, hier, on a eu
discussion avec la ministre, et ce que j'ai compris, c'est que les accords
internationaux pourraient peut-être nous permettre à ce que le gouvernement
puisse réserver une place pour les entreprises d'économie sociale, pour les
services sociaux. Donc, pour ça, je dépose cet amendement.
Le Président (M.
Simard) : Très bien. Y aurait-il des commentaires? Mme la ministre.
Mme LeBel : Oui,
absolument. J'ai pris connaissance de l'amendement de ma collègue, puis je sais
à quelle discussion elle fait référence. Donc, il va falloir faire des
vérifications un petit peu plus poussées, M. le Président, pour s'assurer, là,
en vertu de tous les paramètres, qu'on peut bien circonscrire, un, si c'est
possible de le faire, et, deux, à quel endroit il est plus approprié de le
faire dans le projet de loi. Donc, pour cette fin-là, j'ai déjà avisé ma
collègue, là, on va vous demander de suspendre... bien, suspendre, pas la
commission, mais suspendre la discussion sur l'article 14.4 pour qu'on
puisse faire les vérifications et peut-être les propositions nécessaires.
Le Président (M. Simard) : Mme la
députée de Mercier.
Mme Ghazal :
Bien, absolument, je suis... je suis d'accord qu'on attende et qu'on suspende,
là, le temps que la ministre et son équipe fassent les vérifications
nécessaires, et après ça on pourra discuter de sa proposition, qu'elle fera à
ce moment-là.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Donc, y aurait-il consentement afin de suspendre nos débats sur
l'amendement déposé par la députée de Mercier? Il y a consentement. Et puis
souhaitez-vous que nous continuions nos discussions sur 14.4 ou il y a vraiment
consentement pour passer tout de suite à 14.5? Il y a consentement. Alors, Mme
la ministre, pour 14.5.
Mme LeBel : Merci, M. le Président.
«Le Conseil du trésor définit, par règlement, les expressions "petites
entreprises du Québec et d'ailleurs au Canada", "valeur ajoutée
québécoise ou autrement canadienne" et "biens, services [et] travaux
de construction québécois ou autrement canadiens" aux fins des
articles 14.1 et 14.4 ainsi que l'expression "biens, services [et]
travaux de construction québécois" aux fins des articles 14.2 et
14.3.»
Donc, le présent
article habilite le Conseil du
trésor à édicter un règlement définissant les expressions employées à la
présente section.
Président (M. Simard) : Très bien. Y aurait-il des commentaires? M. le
député de Mont-Royal—Outremont?
M. Arcand : Je n'ai pas de
commentaire, M. le Président.
Le Président (M. Simard) : Pas de
commentaire. Mme la députée de Mercier? Cher collègue de Jonquière.
M. Gaudreault : ...j'aurais un
commentaire. Donc, on a eu une discussion hier sur ce qu'est une petite
entreprise. Alors, c'est... c'est là que la ministre va le définir par
règlement, ce qu'est une petite entreprise, c'est ce que je comprends.
Mme LeBel : Oui, absolument.
M. Gaudreault : Et elle va se baser
sur quoi pour faire sa définition par règlement? Parce que, par nos discussions...
Je ne me souviens plus si c'était formel ou informel, là, mais on a compris
qu'il y a des définitions selon le nombre d'employés, il y a les... des
définitions selon la masse salariale, il y a des définitions selon toutes
sortes de critères. Alors, quelle définition va-t-elle nous produire... ou, à
tout le moins, est-ce qu'elle peut nous dire ses intentions, là, à cet égard?
Le Président (M. Simard) : Mme la
ministre.
Mme LeBel : ...écoutez, vous avez
tout à fait raison, il n'y a pas de... Puis il faut comprendre qu'il n'y a
aucune définition, dans le texte, des accords de... dans le texte, des accords
de libre-échange canadiens. Je pense, c'est bon qu'on le répète. Et c'est... Je
pense que c'est voulu, là, dans les accords, parce que chaque juridiction a des
façons différentes d'évaluer la taille, puis il n'y a pas vraiment de critère
reconnu en termes de nombre d'employés nécessairement ou en termes de chiffre
d'affaires. Même ici, à l'intérieur du gouvernement, je pense que Finances, ou,
en tout cas, Revenu, c'est en termes de chiffre d'affaires. Il y a d'autres...
Il y a d'autres entités que c'est en termes du nombre d'employés. Certains pays
européens, c'est le critère du chiffre d'affaires. D'autres, c'est le critère
du nombre d'employés. Même ici, là, l'Institut de la statistique du Québec,
c'est les... c'est 99 employés et moins. Je le donne pour des schèmes de
référence aux gens. L'Ontario, ils ont fixé la petite entreprise à 99 et moins.
Nous, ici, le ministère de l'Économie et de l'Innovation, c'est 50 et moins ou
49 et moins, là, pour la plupart de ses programmes. Donc, il n'y a pas de
critère reconnu.
Naturellement, je pense que c'est important, je
le dis, que ce soit fait dans un... dans un règlement, justement, pour avoir la souplesse d'évoluer dans nos façons
de faire et nos critères, puis les accords nous donnent cette souplesse-là,
donc il faut la garder dans le niveau réglementaire. Donc, naturellement, il va
y avoir des consultations, des échanges qui vont être faits sur la question.
Je vous dirais que, d'entrée de jeu, je serais
portée à faire une référence à un critère qui est probablement le critère le
plus reconnu au sein des petites et moyennes entreprises, étant le critère qui
est... qui est celui du MEI, parce qu'il est déjà utilisé par les programmes du
ministère de l'Économie, mais il faudra se positionner puis faire des
consultations à cet effet-là.
Je serais portée à dire aussi qu'on pourra... Il
y a probablement... En nombre d'employés, il y a quand même un plafond aussi
qu'on devra établir. J'ai l'impression que le plafond qui est déjà employé en
titre de Statistique Canada serait peut-être le plafond à considérer, mais je
pense qu'il va falloir faire... faire des analyses et au moins des
consultations, d'ailleurs, par voie réglementaire et non pas par directive,
qu'on se propose de le faire.
Mais je vous donne des ordres de grandeur, parce
qu'il va falloir se pencher sérieusement sur la question. Spontanément, comme je vous dis, je serais portée
à faire la... à prendre la référence du MEI pour dire que ça va sûrement
tourner autour de ça, mais je pense qu'il va falloir se positionner puis faire
les travaux appropriés pour bien cerner ça.
Puis, encore une fois, spontanément, je serais
également portée à vous dire qu'il ne faut pas non plus pousser le bouchon trop
loin, de la liberté que nous donnent les accords, puis ne pas créer un effet de
ressac, c'est-à-dire de prétendre que c'est une petite
entreprise, alors qu'au vu de tout le monde ou par les barèmes qui sont
appliqués partout dans le monde on est clairement en dehors de ce que les
autres juridictions auront fait. Donc, il y a cette question d'équilibre là,
pour être capables de bien réagir.
M. Gaudreault : La norme du MEI,
c'est en termes d'emplois, hein?
Mme LeBel : C'est 49 et moins ou...
Moi, j'avais 50 et moins, mais on me dit 49 employés et moins. Donc, on
n'est pas loin du... On n'est pas loin de la même norme. Statistique Canada,
c'est 99 et moins, mais ce n'est pas pour les mêmes fins, on s'entend. Donc,
ils ont peut-être une norme plus... plus large pour les fins de Statistique
Canada, que je ne connais pas de façon très précise. Il y a... Des pays
européens, c'est le chiffre d'affaires. Je pense que Finances ou Revenu, c'est le
chiffre d'affaires. Mais là je m'avance sous toutes réserves, là, je n'en ai
pas la confirmation. Mais donc... Mais, de
façon plus traditionnelle, c'est souvent avec le nombre d'employés qu'on
travaille, là.
M. Gaudreault : O.K. Ça va.
Le Président (M. Simard) : M. le
député de Mont-Royal—Outremont.
M. Arcand : Oui. Simplement
souligner, pour avoir eu quelques discussions au fil des années sur ça, la
raison pourquoi on utilise en général le nombre d'employés, c'est que c'est
probablement moins attaquable que le chiffre d'affaires, qui parfois peut être
un chiffre d'affaires un peu... Ça, ça varie beaucoup plus. Alors, je pense
qu'en général, là, 50 ou 49 et moins, là, c'est pas mal la norme.
Le Président (M. Simard) : Merci. D'autres
remarques sur 14.5? Sans quoi nous allons procéder à l'étude de
l'article 14.6.
Mme LeBel : ...si vous me permettez
de vous faire une demande, faire une demande à la commission, M. le Président... Dans l'article 4, pour bien
situer les gens qui nous écoutent, on introduisait deux sections, la
section IV, qui était de 14.1 à 14.5, sur le développement
économique des régions, ainsi que la
section V, qui est de... du
développement durable, qui comporte les articles 14.6 et 14.7. Donc, je
vais vous demander, à ce stade-ci, de suspendre.
Plusieurs commentaires ont été faits lors des
consultations. Plusieurs discussions dans les articles précédents sur la notion
de développement durable ont également été soulevées, soit in camera soit
pendant les suspensions, avec mes différents
collègues de l'opposition sur la question du développement durable. Nous sommes
à réfléchir sérieusement et à travailler sur des amendements qui
permettraient peut-être de répondre à certains des enjeux qui ont été soulevés,
qui ne sont pas prêts aujourd'hui. Comme je veux faire le travail correctement,
je vais... je vais vous demander de suspendre.
Je vais quand même noter que mon collègue de
Jonquière nous a présenté une... un projet d'amendement...
M. Gaudreault : ...on avait parlé de
suspendre juste 14.6, mais on en avait un aussi pour 14.7, ça fait que j'irai
le porter tout à l'heure.
Mme LeBel : Parfait... que nous
allons prendre et dont nous allons tenir compte dans la préparation de nos
autres amendements ou dans la réponse qu'on pourra y faire, parce que... pour
être capables de bien la préciser. Donc, à ce stade-ci, comme ça terminerait
l'article 4, peut-être suspendre l'article 4, si tout le monde est
d'accord, et procéder à l'article... à l'étude de l'article 5.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Y a-t-il consentement afin que nous puissions suspendre nos travaux sur
l'article 4 et reprendre immédiatement sur l'article 5? Il y a
consentement. Mme la ministre.
LeBel : Alors, l'article 5 est également un
article
que j'appellerais costaud, M. le Président, qui vient introduire la...
l'Espace d'innovation des marchés publics, qui comporte les articles... qui
viendrait introduire dans la
loi sur les contrats publics l'article 14.8
jusqu'à 14.12, si je ne me trompe pas. Alors, je propose de le lire une fois au
complet et peut-être le faire comme on a fait l'article 4, c'est-à-dire, par
la suite,
section par section. Est-ce que ça vous convient?
Le Président (M. Simard) : Si vous
en avez la voix.
Mme LeBel : Oui, absolument. J'ai de
l'eau.
Le Président (M. Simard) : Alors, à
vous la parole.
LeBel : Merci, M. le Président. Alors,
chapitre II.1,
Espace d'innovation des marchés publics. Je me lance :
«14.8.
Le présent
chapitre a pour objet de favoriser l'évolution des règles
contractuelles pour permettre aux organismes publics de mieux contribuer à l'atteinte
des objectifs gouvernementaux suivants :
«1° accroître les
acquisitions ayant un caractère responsable par les organismes publics;
«2° réduire les
impacts environnementaux négatifs, réels et potentiels, des biens, des services
et des travaux de construction acquis par les organismes publics, notamment au
niveau de l'empreinte carbone et des émissions de gaz à effet de serre, et [à]
accroître la durabilité de ces acquisitions;
utiliser les marchés publics comme vecteur d'influence en matière de lutte
contre les changements climatiques;
«4° améliorer la
représentativité des entreprises autochtones dans les marchés publics;
«5° favoriser la
participation des personnes éloignées du marché du travail à l'exécution des
contrats publics;
«6° soutenir le développement
de biens, de services et de travaux de construction innovants.
«Le gouvernement
peut, par décret et sur recommandation du Conseil du trésor, définir tout autre
objectif, à la condition que celui-ci soit compatible avec les principes
énoncés à l'article 2.
«14.9. Afin de
permettre à un organisme public de contribuer à l'atteinte d'un objectif
gouvernemental visé à l'article 14.8,
le président du Conseil du trésor peut déterminer les acquisitions par le biais
desquelles cet organisme doit :
«1° accorder un
avantage sous la forme d'une marge préférentielle aux entreprises qui se
conforment à des normes environnementales ou
relatives aux changements climatiques plus contraignantes que celles fixées par
la législation applicable ou les documents d'appel d'offres;
«2° recourir à des
outils ou à des grilles d'analyse relatifs au développement durable, notamment
à l'atténuation des changements climatiques et à l'adaptation [de] ceux-ci,
lesquels peuvent, entre autres, être fondés sur une approche de cycle de vie,
préalablement au processus d'adjudication ou d'attribution [du] contrat;
«3° accorder un
avantage sous la forme d'une marge préférentielle aux entreprises autochtones [...]
aux entreprises qui affecteraient des autochtones à l'exécution du contrat;
«4° exiger que des
personnes éloignées du marché du travail, issues d'un groupe identifié par le
président du Conseil du trésor, soient
affectées à l'exécution du contrat, même lorsque cette exigence n'est pas liée
à l'objet de celui-ci;
«5° procéder à un
appel d'offres sur invitation pour acquérir un prototype, malgré
l'article 10;
«6° procéder à un
appel d'offres public comportant un dialogue compétitif, aux conditions prévues
par un règlement pris en vertu de la présente loi, lorsque le besoin est
d'acquérir des biens, des services ou des travaux de construction innovants;
«7° recourir à un
mode d'adjudication prévu par un règlement pris en vertu de la présente loi,
même si ce mode d'adjudication n'est pas permis à l'égard d'une
partie ou [...]
la totalité des acquisitions visées;
«8° recourir à une
condition d'admissibilité, une exigence technique, un critère d'évaluation de
la qualité ou toute autre condition facultative prévue par la présente loi ou
par un règlement pris en vertu de celle-ci;
«9° recourir à une
mesure prévue par le gouvernement conformément à l'article 14.10;
«10° recourir à une
mesure prévue par le président du Conseil du trésor conformément à
l'article 14.11.
«Pour déterminer les
acquisitions aux fins du premier alinéa, le président du Conseil du trésor peut
cibler un contrat ou un groupe de contrats, qui sont ou non d'une même
catégorie.
«Chaque fois que le
président du Conseil du trésor impose une mesure en vertu du premier alinéa, il
en détermine les conditions d'application, incluant, lorsqu'opportun,
[celles-ci] relatives aux sous-contrats publics qui sont liés aux acquisitions
visées.
«Lorsque
le président du Conseil du trésor prend un arrêté relatif au paragraphe 3° du
premier alinéa, il y définit, le cas
échéant, l'expression "entreprises autochtones". Lorsqu'il prend un
arrêté relatif au paragraphe 4° du premier alinéa, les personnes issues du
groupe qu'il identifie doivent être de celles que les accords
intergouvernementaux permettent d'avantager.
«Sont innovants au
sens du paragraphe 6° du premier alinéa les biens, les services et les travaux
de construction nouveaux ou sensiblement améliorés, notamment en raison du
recours à de nouveaux procédés de production, de prestation de services ou de
construction ou encore d'une nouvelle méthode de commercialisation ou
organisationnelle.
«Un arrêté pris par
le président du Conseil du trésor en vertu du présent
article est publié à la Gazette
officielle du Québec .
«14.10. Le
gouvernement peut, par règlement et sur recommandation du Conseil du trésor,
prévoir toute autre mesure qui diffère des normes prévues aux dispositions de
la présente loi à la condition que cette mesure soit compatible avec [des]
principes [annoncés] à l'article 2 et qu'elle s'inscrive dans la poursuite
de l'un des objectifs gouvernementaux visés à l'article 14.8.»
Donnez-moi une petite
seconde.
Le Président
(M. Simard) : Ça va bien.
«14.11. Le président
du Conseil du trésor peut, par arrêté, prévoir toute autre mesure qui diffère
des normes prévues aux dispositions d'un règlement pris en vertu de la présente
loi à la condition que cette mesure soit compatible avec les [principaux]
énoncés à l'article 2 et qu'elle s'inscrive dans la poursuite de l'un des
objectifs gouvernementaux visés à l'article 14.8.
«14.12. Aux fins du
présent [article], les ministres qui sont sollicités par le président du
Conseil du trésor lui prêtent leur concours dans les domaines qui relèvent de
leur compétence.
«Il en est de même [pour] des organismes[...],
notamment afin de permettre au président du Conseil du trésor de déterminer les
acquisitions aux fins de l'article 14.9.
«De plus, les ministres et
les organismes publics fournissent, sur demande, les renseignements nécessaires
à la production de tout rapport de suivi prévu à l'article 22.1.1.»
Le présent
article insère un... Donc, le présent
article, je l'avais mentionné d'entrée de jeu, vient insérer au
chapitre
relatif... un
chapitre relatif à l'Espace d'innovation des marchés publics à la
suite du
chapitre II de la
Loi sur les contrats des organismes publics, M.
le Président.
Je vais commencer par le commentaire relatif à
l'article 14.8, que je vais quand même relire pour qu'on situe bien la
discussion : Le présent
chapitre — 14.8 — a
pour objet de favoriser l'évolution des règles contractuelles, leur
permettre... pour permettre aux organismes publics de mieux contribuer à
l'atteinte des objectifs gouvernementaux suivants... Alors, il s'agit de six
objectifs : accroître les acquisitions ayant un caractère responsable par
les organismes publics; donc, le deuxième est de réduire les impacts
environnementaux négatifs, réels et potentiels, des biens, des services et des
travaux de construction acquis par les organismes publics, notamment au niveau
de l'empreinte carbone ou des émissions de gaz à effet de serre, et accroître
la durabilité de ces acquisitions; trois, il est question d'utiliser les
marchés publics comme vecteur d'influence en matière de lutte contre les
changements climatiques; quatre, d'améliorer la représentativité des
entreprises autochtones dans les marchés publics; cinq, favoriser la
participation des personnes éloignées du
marché du travail à l'exécution des contrats publics; six, soutenir le
développement des biens, et des
services, et des travaux de construction innovants. Et on dit également que le
gouvernement peut se permettre, par décret et sur recommandation du
Conseil du trésor... définir tout autre objectif pour l'espace d'innovation.
Mais ces objectifs, naturellement, devront
être compatibles avec les principes énoncés à l'article 2 de la
loi sur
les contrats publics.
Donc, on vient décrire l'objet de l'espace
d'innovation, le cadre dans lequel cette expérimentation dont je parle devra se
situer. La question est de ne... de faire preuve de transparence, mais de se
donner quand même la souplesse nécessaire pour expérimenter des nouvelles
façons de faire, mais d'annoncer à l'avance quels seront les objectifs qui
seront poursuivis par ces expérimentations. Merci.
Président (M. Simard) : Merci à vous. Y aurait-il des commentaires? M. le
député de Mont-Royal—Outremont.
M. Arcand : Merci, M. le Président.
La première question porte sur le côté caractère responsable, là. Je comprends
que la question touche beaucoup l'environnement, mais, quand on définit, au
départ, «ayant un caractère responsable», est-ce qu'on parle de... de quoi parle-t-on
exactement?
Mme LeBel : Le concept... Le concept
d'achat responsable peut se définir, là, de plusieurs façons. Ça peut être un
mode d'approvisionnement qui intègre des considérations environnementales,
sociales et économiques. Ça, c'est vraiment le concept de développement
durable. Ça peut se définir aussi, naturellement, souvent afin de favoriser le
respect de l'environnement, puis on parle de comportements éthiques innovants,
vous connaissez très bien comme moi ces aspects-là, donc sur les plans social
et économique. Donc, c'est pas mal... C'est pas mal dans cet aspect-là qu'on...
nous, on situe le caractère responsable.
Je vais faire une petite parenthèse pour dire
que j'avais un... J'aurais un amendement à déposer, mais on peut terminer sur
cette discussion-là. Mais j'aurais un amendement aussi au... à 14.8, là, qui
n'est pas nécessairement sur le point de mon collègue, par contre.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Cher collègue.
M. Arcand : Très bien. Moi, j'avais
également une question sur les entreprises autochtones, parce qu'on sait que,
souvent, les entreprises autochtones sont conjointes, c'est-à-dire que beaucoup
d'entreprises autochtones ne sont pas 100 % autochtones. Il y a comme
un... beaucoup de ce qu'on appelle un «joint venture» entre une entreprise
autochtone et un groupe plus connu. Je prends l'exemple d'Apuiat, qui est
probablement un des contrats les plus connus à ce moment-ci. Alors, de quelle
façon vous allez définir «entreprise autochtone?»
LeBel : C'est une excellente question. J'ai justement, là,
des choses à vous mentionner là-dessus,
bien, vous le savez, puis je veux être capable de le dire. Bon,
l'article 14... Entre autres, l'article 14.9 qui est proposé par
l'article 5, là, du projet de loi, c'est à ça que vous faites
référence, prévoit aussi, là, qu'on peut prendre... que le Conseil du trésor
pourra prendre des arrêtés relatifs à la
question des entreprises autochtones, puis il faut qu'il définisse, donc, cette
expression-là. Mais on dit que ça peut varier d'un arrêté à l'autre.
Donnez-moi 30 secondes, parce que je veux être sûre d'avoir...
Le Président (M. Simard) : Alors,
nous allons suspendre momentanément.
Mme LeBel : Oui, s'il vous plaît.
(Suspension de la séance à 11 h 54)
Le Président (M. Simard) : Alors,
Mme la ministre, au moment de suspendre, nous en étions rendus à délibérer sur
la question de la définition «autochtone».
Mme LeBel : Oui.
Donc, de façon un peu différente que quand on parlait de la définition
d'«entreprise», «petite entreprise», qu'on... où on va procéder par règlement,
puis on a déjà des paramètres d'établis... qui nous permet d'avoir une bonne
idée de l'endroit où on se situe et des conséquences, quand on parle de concept
d'entreprise autochtone, bon, la première
volonté, c'est de viser, naturellement, des entreprises autochtones sur le
territoire du Québec, on s'entend là-dessus. Donc, c'est... Et c'est
fort important.
Il faut comprendre qu'on va procéder par arrêté,
à l'intérieur de l'espace d'innovation, pour deux façons : un, pour avoir
la souplesse nécessaire de faire évoluer cette définition-là si elle... si on
se rend compte qu'elle ne vient pas viser les entreprises véritablement
autochtones sur le territoire. Mais il faut comprendre aussi qu'on est en train
de travailler, justement, avec les communautés autochtones pour bien ancrer
cette définition-là, parce qu'on sait qu'il y a des enjeux. Qu'est-ce qu'une entreprise
autochtone? On veut aussi faire travailler des autochtones à travers ces... les
contrats publics, avoir des retombées dans les communautés.
Donc, tous
les objectifs qui sont visés vont faire en sorte qu'on va travailler la
définition, et cette définition-là pourrait même, je dirais, théoriquement, à la rigueur, être différente pour
une... d'une communauté à l'autre. Donc, on veut s'assurer que cette définition-là rencontre l'objectif visé,
et c'est un peu pour ça qu'on procède dans l'espace d'innovation en
premier lieu. C'est possible qu'on ait une
définition et que le résultat pratique de la définition s'avère à ne pas être
celui qui est visé. Donc, la
définition pourra évoluer, mais elle... elle se fait et elle se fera en
consultation avec les communautés autochtones, là.
M. Arcand : D'accord. Je vous
remercie par rapport à ça. Parce qu'évidemment c'est devenu souvent la mode de
dire : Écoutez, on va essayer de... d'avoir des entreprises connues qui
disent : Ah! bien, on va faire une entente quelconque avec les autochtones
de façon à ce que ça passe mieux dans l'obtention de permis. On a vu ça
beaucoup dans l'éolien, on a vu ça beaucoup dans d'autres domaines. Alors,
je... Moi, j'essayais simplement, à ce stade-ci, de pouvoir voir un peu qu'est-ce
qu'on allait définir, puis essayer... un peu comme on en a parlé au niveau des
petites entreprises, où on dit : Voici un... on va essayer de dire
peut-être : C'est tant d'employés, parce que c'est un système qui est
relativement... plus facile à faire.
Est-ce qu'au niveau des entreprises autochtones,
par exemple, vous êtes ouverte à l'idée de dire, à un moment donné, éventuellement : Bien, il faut au
moins un minimum de... d'actionnariat x dans... qui, vraiment, est un
actionnariat de... d'individus, ou de communautés, ou de partenariats
autochtones?
Mme LeBel : ...je vous dirais qu'on
n'est fermés à rien, ça va être la meilleure réponse, et ouverts à tout, mais
je vous dirais qu'à prime abord... Et je ne limiterai pas cet objectif-là au
seul objectif qui est poursuivi, mais, à prime abord, une des préoccupations partagées des communautés autochtones,
c'est que les retombées de ces contrats publics là soient vraiment pour la communauté. Et on veut le
faire à travers une... On peut le faire de plusieurs façons, mais, quand
on parle des marchés publics, c'est souvent à travers l'octroi de contrats
publics à des entreprises. Donc, il y aura toute cette question-là de... aussi
de retombées réelles à travers la communauté, qui peut passer par une des
notions que vous venez de mentionner, mais je ne veux pas m'attacher à cette
notion-là. Mais l'objectif principalement poursuivi est celui-là. Donc, c'est
pour ça que c'est extrêmement... Mais vous avez tout à fait raison, c'est un
enjeu qui doit avoir... qui ne doit pas être simplement cosmétique, disons-le
comme ça.
Mais c'est toute la difficulté de s'assurer que
la définition qui va être introduite par arrêté va bien donner les résultats,
et je pense que l'occasion de le faire dans l'espace d'innovation, c'est
l'occasion de tester une définition et de voir si elle colle bien à la réalité
et donne les résultats escomptés de tous, je vais le dire comme ça.
M. Arcand : D'accord. Moi, ce que je
comprends dans ce domaine-là, c'est que, de toute façon, les entreprises
autochtones n'embarquent pas nécessairement avec d'autres entreprises si elles
n'ont pas au départ la garantie qu'il va y avoir des emplois dans leur
communauté, qu'il va y avoir des retombées. Je comprends très bien le point que
vous faites à ce niveau-là.
Mon autre question porte encore sur la
question... «caractère responsable», là, au sens large du terme. Vous savez,
quand on a eu les audiences, d'abord, premièrement, on a... on a entendu parler
de l'idée de donner, aux entreprises qui sont des entreprises qui se qualifient
sur le plan environnemental, une espèce d'étiquette quelconque. Il y en a qui
ont parlé du Nexus vert, si vous vous rappelez de ça. Je sais également que le
groupe CIRANO, par exemple, fait des formations en matière d'intégrité, entre
autres, qui sont des éléments qui sont importants. Moi, là-dedans... La
question, c'est... On peut mettre dans la loi, bien sûr, la question du mot
«caractère responsable», mais quel genre de
contrôle vous allez pouvoir... ou avez-vous l'intention d'avoir un certain
contrôle, dans la mesure où est-ce que,
quand on dit «un caractère responsable», il faut quand même être en mesure de
vérifier un certain nombre de choses?
Alors, le sens de ma question, c'est :
Qu'est-ce que vous allez éventuellement... Quelles sont vos intentions de
mettre dans un règlement quelque chose qui va vraiment faire en sorte que,
lorsqu'on va parler de bonnes entreprises qui sont efficaces en matière
d'éthique et en matière environnementale... Est-ce qu'il va... il y a une façon
que vous voyez de pouvoir, justement, facilement qualifier ces entreprises-là?
Mme LeBel : Oui, absolument. Le
caractère responsable, de façon très, très... pas très large, mais le caractère
responsable fait nécessairement, je pense, on peut le dire, référence à la
notion de développement durable, qui intègre ces notions de... qui intègre toutes
ces notions-là d'économie, de caractère social et de... et d'environnemental.
Dans
le caractère social et responsable, il y a aussi les notions d'éthique. Au...
Je pense, c'est l'article 14.7, je pense, qu'on a suspendu en
suspendant... donnez-moi juste deux minutes... en suspendant 4. On va pouvoir
vous proposer... Là, on parle, là, dans... «Les conditions relatives au
caractère responsable — à
14.7 — d'une
acquisition, sur le plan environnemental, social [...]
économique, doivent être liées à l'objet du contrat à moins qu'elles ne soient
autrement autorisées par la loi.»
On a bien entendu les
préoccupations du fait qu'il faut... Bon, naturellement, si je mets, dans mes
appels d'offres, soit au stade de la conformité ou au stade d'un... d'une
qualification ou d'un pointage, je vais le dire de façon très large, là, ça
peut être... bien, il faut, naturellement, que je sois capable de démontrer ce
caractère responsable là ou que je sois capable de... d'avoir une norme
objective ou un critère objectif qui va me permettre de dire : Elle est
là. Quand... Si on parle de matière d'éthique, à tout le moins, ou d'intégrité,
qui est une... qui pourrait être une composante d'un achat responsable ou d'une
entreprise qui a un caractère responsable, bien, il faut que je sois capable
d'avoir... Ça fait qu'on est en train de regarder, dans 14.7, qu'on a suspendu,
à proposer des... la clarification.
Mais c'est à ça que
ça fait référence, le caractère responsable. Et ça intègre... Naturellement, ça
intègre des notions d'intégrité, là, qui pourrait être une des composantes ou
non, là, de ce caractère responsable.
Et le caractère
responsable n'a pas besoin, surtout pas au début, d'avoir toutes ces
composantes-là à la fois, parce que, là, on va se retrouver dans... Et donc c'est
pour ça qu'on parle d'une introduction peut-être progressive des critères qui
font référence au développement durable et au caractère responsable, et c'est
pour ça qu'on procède à travers, entre autres, l'espace d'innovation pour le
faire.
M. Arcand : C'est
ça. Mais vous comprenez que la... la nécessité d'avoir quelque chose de simple
et de...
Mme LeBel :
Compréhensible.
Arcand :
...et compréhensible, et etc.
J'ai une autre
question, qui touche la... le terme que vous employez. Vous savez, quand on
parle, par exemple, d'Hydro-Québec, on
dit : Hydro-Québec doit être le vecteur économique d'influence au Québec.
Mais, tu sais, on parle d'une entreprise
qui va chercher 13, 14 milliards, 15 milliards de revenus, dans le
cas d'Hydro-Québec. Alors là, on comprend ce qu'on veut dire quand on parle d'une entreprise de
cette envergure-là. Mais, ici, vous dites : Il faut que ces entreprises-là
utilisent les marchés publics comme vecteur
d'influence en matière de lutte contre les changements climatiques. Donc,
pour vous, ce sont les marchés publics qui
doivent être les vecteurs d'influence, c'est ça qu'on veut dire, pas chaque
entreprise.
Mme LeBel : Non,
non, non, c'est le fait que... Dans l'espace d'innovation, un des objectifs
gouvernementaux, c'est d'utiliser les marchés publics comme vecteur d'influence
en matière de lutte contre les changements climatiques, et pas de ramener tout
le fardeau sur les épaules des entreprises individuelles. Mais, sur le lot des
contrats publics, des marchés publics, on peut se permettre d'avoir
peut-être... de tester des critères environnementaux, toujours en ayant en tête
l'accès égalitaire et ne pas fermer le marché, mais il faut se permettre aussi
d'essayer.
Et je fais référence...
Je pense... Est-ce que c'était Dufour, l'avocate professeure qui est venue nous
voir en disant que ça doit se faire aussi de façon progressive pour s'assurer
que le marché s'adapte, et donc, si vous le construisez, ils vont venir? Donc,
il faut... J'avais juste l'expression «the field of dreams», en anglais, là.
Mais il faut aussi partir la roue, mais c'est une façon de la partir
adéquatement.
Mais
l'objectif ultime des actions qui sont prises à l'intérieur du... Un des
objectifs des actions ou des expérimentations, que ce soit en
innovation, aussi, ou en processus innovants... peuvent se rattacher à
l'objectif de l'utilisation des marchés publics comme vecteur, et pas les
entreprises individuelles.
À ce stade-ci,
peut-être, je pourrais vous proposer de déposer mon amendement, qui risque
d'aller dans des sujets qui intéressent ma collègue de Mercier habituellement.
Le Président (M.
Simard) : D'accord. Mais néanmoins...
Mme Ghazal :
Oui, oui, on va...
Le Président (M.
Simard) : Oui, ça vous irait, chère collègue, ou vous souhaitiez
intervenir de manière générale sur l'onglet en question avant?
Mme Ghazal :
Oui, j'aurais des questions, mais... Non, non, on va...
Le Président (M.
Simard) : Vous le ferez à travers l'amendement?
Mme Ghazal :
Oui, oui, ou après.
Le Président (M.
Simard) : Vous le ferez à travers l'amendement. D'accord. Alors, nous
allons suspendre.
(Suspension de la séance à
12 h 07)
Président (M. Simard) : Bien,
chers collègues, nous poursuivons, et je cède la parole à la députée de
Mercier.
Mme Ghazal :
Ah! bien, ça, c'est...
Le Président (M. Simard) : Non? Vous
souhaitez déposer tout de suite? Oui, c'est ça...
Mme Ghazal : Mais c'est très drôle
parce que j'avais un amendement qui disait exactement ça, d'aller changer puis
de l'ajouter à 4, «économie sociale». Et ça montre le...
Mme LeBel : C'est un peu pour ça que
j'ai dit d'entrée de jeu que c'est un amendement qui risquait d'attirer
l'attention de ma collègue de Mercier.
Le Président (M. Simard) : On
appelle ça la synchronicité de pensée. Donc, Mme la ministre.
Mme LeBel : Alors, quand mes enfants
diront que je ne suis pas capable de deviner ce qu'ils font, ils ont la preuve
que je suis capable de deviner les choses. Donc, avis. C'est une trêve de
plaisanterie.
Donc,
article 5, qui fait référence à
l'article 14.8 de la
Loi sur les contrats des organismes publics :
Insérer, dans le paragraphe 4° du premier alinéa de l'article 14.8 de
la
Loi sur les contrats des organismes publics, proposé par l'article 5 du
projet de loi, et après «entreprises autochtones», «et des entreprises
d'économie sociale au sens de la
Loi sur l'économie sociale
(chapitre E-1.1.1)». Fin de la parenthèse.
Je vous dirais, M. le Président, que ça fait
référence un peu aux discussions qu'on avait eues dans les articles précédents,
je pense que c'était au niveau de l'article 2, en tout cas, les articles
précédents, disons-le comme ça, où j'ai mentionné à mes collègues... je ne sais
pas si je l'avais fait à micro ouvert, alors je vais le répéter, où j'avais
mentionné qu'on pouvait peut-être, compte tenu de la restriction des accords et
qu'on avait peut-être des enjeux par rapport à ça... de cibler, que c'était...
peut-être, un endroit où on pourrait le faire, c'est à l'intérieur de l'espace
d'innovation. Donc, nous sommes à l'intérieur de l'espace d'innovation, et je
pense que c'est un bon endroit où on peut cibler les entreprises d'économie
sociale, là, naturellement, au sens de la
Loi sur l'économie sociale.
Le Président (M. Simard) : Chère
collègue.
Mme Ghazal : Oui. Bien, c'est
sûr que nous allons voter pour. Puis peut-être que, pendant qu'on est sur cet
amendement-là, je peux avoir la discussion un peu plus large. J'essaie juste de
comprendre. Parce que, quand... Une fois, j'ai dit : Ah! Espace
innovation, c'est comme des projets pilotes. La ministre m'a dit que ce n'est
pas exactement ça. Dans un commentaire, j'ai vu que c'était écrit
«expérimentation». C'est là qu'on peut expérimenter, ici. Ici, on est dans la
partie des objectifs, où on peut en ajouter. Des groupes, des organismes nous
ont dit qu'on peut en ajouter, là. Je suis contente qu'on mette explicitement
«entreprises d'économie sociale».
Mais, Espace
innovation, de façon plus large, qu'est-ce qui fait que ça passe sous le radar
des ententes internationales?
Mme LeBel : Bon, disons qu'il y
a de l'espace... Je vais me permettre de le dire, dans un premier temps, comme
ça, puis, après ça, je vais essayer de voir si je peux... À l'intérieur des
accords, il y a des marges de manoeuvre et des exclusions qui sont claires. Il
y en a d'autres qui pourraient peut-être être sujettes à expérimentation et
interprétation pour voir si on est bien à l'intérieur des accords et si on a
l'effet escompté, aussi, dans nos choses. Donc, je pense qu'on peut se
permettre d'avoir une marge de manoeuvre supplémentaire.
Il y a aussi
le fait qu'à... L'espace d'innovation, on ne dit pas, dans l'entièreté de nos
marchés publics : Mon Dieu! on fait fi des accords puis on fonce
tous azimuts. Donc, on se donne l'opportunité, dans l'espace d'innovation, de
réserver une portion des marchés — je
l'ai dit d'entrée de jeu, ce n'est pas une portion en termes de pourcentage — c'est-à-dire
de se réserver une zone où on dit :
Regardez, ici, là, nous, on pense qu'il y a des éléments essentiels, on pense
qu'on a l'espace pour le faire, on pense qu'on peut le faire, on pense
que ça va être bénéfique pour nous, on va le faire. On va voir aussi les
réactions en vertu des accords, potentiellement, je peux le dire comme ça. Puis
on ne le fait pas à grande échelle.
Et, une fois qu'on l'a fait, il y a différents
enjeux, là. Et je le dis, là, d'entrée de jeu, l'enjeu n'est pas de contourner
les accords, l'enjeu est de s'assurer que, toutes les marges de manoeuvre
disponibles, y compris les zones grises, disons-le comme ça, on puisse aller
soit les expérimenter et par la suite les exploiter si on se rend compte qu'on
peut le faire puis que ça donne des résultats.
Donc, il y a l'enjeu de s'assurer que
l'innovation est bénéfique. On a ajouté la notion de valeur dans
l'article 2, la meilleure valeur dans l'intérêt du Québec. On l'a ajouté,
cet objectif-là, à l'article 2 dans nos travaux. Donc, moi, je pense que
c'est un objectif louable. C'est d'assurer qu'on a la meilleure valeur. Parce
qu'on peut penser qu'une innovation, théoriquement, a des bonnes retombées,
entre guillemets, pour le Québec, et, quand on l'essaie et qu'elle ne se révèle
pas donner les promesses que tout le monde lui vantait... Donc, je pense qu'on
ne peut pas, à ce moment-là, faire ça à l'échelle... je dirais, se tromper à
l'échelle des contrats publics. Donc, il y a cette zone-là.
Je peux peut-être suspendre deux minutes pour
aller vérifier si je peux vous ajouter des indications supplémentaires, mais
c'est ça, l'objectif de l'espace d'innovation, c'est de se permettre de le
faire à petite échelle et prudemment, de voir jusqu'où on peut exploiter la
zone peut-être plus grise, alors qu'on a mis clairement dans la loi les zones
qui étaient claires, d'exploitation. Je vais le dire comme ça.
Le Président (M. Simard) : À ce
stade-ci, ce qui m'importe, c'est que nous puissions peut-être quand même,
néanmoins, recentrer nos discussions sur l'amendement.
Mme Ghazal : Je
comprends. Bien, d'abord... Oui.
Le Président (M. Simard) : On
va régler la question de l'amendement puis on pourra peut-être suspendre si vous souhaitez des informations plus précises, au
sens large du terme, concernant l'onglet 14.8. Y aurait-il d'autres
remarques?
Mme Ghazal : Non, mais je
reviendrai pour ce qui est de mettre «économie sociale», parce que c'est dans
les objectifs. Après ça, dans le comment, là, on va le voir dans les autres
articles, et c'est là que c'est peut-être plus restrictif, mais...
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Merci à vous, chère collègue. Concernant l'amendement, M. le député de Mont-Royal—Outremont?
M. Arcand : Je n'ai pas d'enjeu
sur cet amendement-là.
Le Président (M. Simard) : Pas
d'enjeu. Cher collègue de Jonquière, sur l'amendement?
M. Gaudreault : Oui, c'est
correct.
Le Président (M. Simard) : Ça
vous va? Y aurait-il donc...
M. Gaudreault : ...enthousiasme
est réservé.
Mme LeBel : Vous contenez votre
joie.
M. Gaudreault : Non. Bien,
c'est parce que... Je ne veux pas faire de chichis, là, mais c'est juste parce
que je me demande... On aurait pu en faire un paragraphe à part au lieu de le
mettre dans le même paragraphe que «la représentativité des entreprises
autochtones». Mais c'est correct.
Mme LeBel : Si ça va comme ça,
là...
M. Gaudreault : Oui, oui, ça va
aller comme ça.
Mme LeBel : Je
ne pense pas qu'on lui accorde moins d'importance parce qu'il est introduit
dans le paragraphe, mais je ne veux pas non plus qu'on y aille sur, tu
sais...
Gaudreault : Non, non. C'est juste pour être clair que ce n'est
pas juste les entreprises d'économie sociale...
Mme LeBel : C'est parce qu'on est
dans le thème d'améliorer la...
M. Gaudreault : Non, mais des nations
autochtones. C'est juste ça, c'est pour faire vraiment clairement deux choses.
Tu sais, c'est les nations autochtones et les entreprises d'économie sociale et
non pas les entreprises d'économie sociale qui sont aussi des entreprises
autochtones. Vous comprenez?
Mme LeBel : Non, bien non, parce que
c'est vraiment les entreprises d'économie sociale au sens de la
Loi sur l'économie sociale. Donc, ça va inclure les
entreprises autochtones d'économie sociale, mais ça va inclure tout le reste
aussi.
M. Gaudreault : C'est ça. Bien,
c'est ça. Bien là, vous venez de le préciser.
Mme LeBel : Alors, bien, je viens de
le clarifier sur enregistrement.
M. Gaudreault : Exact. Mais c'était
pour ça que moi, j'avais en tête de faire deux paragraphes. Mais on se
comprend, puis vous l'avez reprécisé maintenant. Alors, c'est ça. Donc...
Mme LeBel : Parfait. L'intention du
législateur n'est pas de se limiter aux entreprises d'économie sociale
autochtones, ça va, mais d'inclure toutes les entreprises d'économie sociale au
sens de la
Loi sur l'économie sociale.
M. Gaudreault : Belle intention.
Le Président (M. Simard) : D'autres
remarques sur l'amendement? Sans quoi nous allons procéder à la mise aux voix.
Cet amendement modifiant l'article 14.8 est-il adopté?
Le Président (M. Simard) : Adopté.
Conséquemment, nous revenons aux discussions sur 14.8 tel qu'amendé.
Le Président (M. Simard) : Je vous
en prie.
Mme Ghazal : Merci. Donc, j'ai
compris, pour Espace innovation, ce que les accords nous permettent, et tout
ça, et aussi sur l'aspect : Il faut que ce soit bénéfique aussi pour le
Québec puis que ça ajoute de la valeur.
J'ai des
questions. Quand la ministre expliquait c'est quoi, Espace innovation, quand
elle dit : Une portion, ce n'est pas
en termes de pourcentage, est-ce que ça peut être en termes de secteur, par
exemple, pour l'alimentation, pour tel secteur?
Puis, après ça, on dit : On ne peut pas
mettre d'objectif en termes de pourcentage, mais, à la fin, si on expérimente,
même si c'est 0,0001 %, c'est quand même... Est-ce qu'il y a une limite?
Ça fait que, par secteur, alimentaire... Là, je n'ai pas d'autres exemples qui
me viennent comme ça, là.
Aussi, pas à grande échelle... Combien, par
exemple? Pas de contrat de tant de millions? Puis, si on ne le définit pas,
comment on fait? Bien, c'est des 100 000 $, là...
Mme LeBel : Oui. Bien, comme
l'objectif... Naturellement, on va préciser au cours des articles...
Mme Ghazal : Plus tard, oui. Je veux
rester dans le...
Mme LeBel : ...mais je ne veux pas
vous ramener à plus tard. Je vais vous ramener dans l'objectif, ça fait qu'on
va y aller de façon générale puis on pourra voir la déclinaison de ça dans les
articles subséquents.
Mais l'objectif général, puis vous le voyez dans
les articles subséquents, est aussi d'intégrer... Puis on s'est donné une
mécanique des différents objectifs, comment intégrer ça dans les marchés
publics généraux. Donc, l'objectif est nécessairement d'avoir des
expérimentations significatives, parce que, bon, oui, on ne se cache pas qu'il
y a des endroits, comme l'alimentation, parce qu'on parlait de deux secteurs
névralgiques où il faut sécuriser nos chaînes d'approvisionnement, entre autres
le secteur de la santé et l'alimentation... Donc, c'est clair que ce sont
potentiellement deux secteurs où on va peut-être expérimenter beaucoup plus, et
surtout qu'on s'est fait beaucoup parler d'innovation en matière de santé,
d'acquisitions en matière de santé. Le CAG devra être impliqué là-dedans
nécessairement, et c'est dans les intentions. Et donc il y a... D'entrée de
jeu, spontanément, je vais vous dire que, sans le faire à l'échelle du secteur
de la santé, c'est nécessairement un secteur où on va probablement s'affairer à
le faire en premier, c'est-à-dire tester l'innovation dans les acquisitions.
LeBel : Bien, je ne peux
pas... Je ne dirai pas combien parce que ça pourrait être plus que ce que je
vous dis, ça pourrait être moins. Ça pourrait être un contrat, ça
pourrait être un gros contrat, en montant, mais qui est significatif.
Mais l'idée... N'oubliez pas que l'idée, c'est
d'avoir un résultat qui nous permette, après, de l'introduire dans l'ensemble
des marchés publics. Donc, on a intérêt à le faire sur des choses qui vont
faire la démonstration... Et on le fait au vu de tous. Ça fait que c'est sûr
qu'à un moment donné on pourrait théoriquement se faire interpeler en disant, bien... par les entreprises, je parle en santé...
Puis il y a un peu... Le Conseil du trésor aussi pourra regarder les
entreprises... pas les entreprises, les ministères acquéreurs ou donneurs
d'ouvrage pour dire : Écoutez, là, je veux dire, c'est... Puis il ne faut
pas oublier que c'est le Conseil du trésor aussi qui va dire : On va le
faire dans ça. Donc, il y a quelque chose pour s'assurer que les objectifs
gouvernementaux... Puis on respecte l'esprit de la loi, là. Donc, il y a, je
m'excuse, en bon français, un «check and balance» qui va se faire également,
parce qu'on le fait au vu de tous, là, dans les objectifs.
Mais je ne peux pas, aujourd'hui... L'idée,
c'est que cet espace d'innovation là ait toute la latitude de le faire. Ça fait
que je ne peux pas me dire : Je vais le faire dans 20 % des marchés.
Je ne peux pas le dire : Je vais le faire dans 20 % de valeur de
contrat. Peut-être qu'un contrat très significatif... Puis j'en ai eu un,
contrat très significatif en matière d'acquisition de masques, où on a
expérimenté le fait de garder... de réserver 40 % de l'achat de masques
pédiatriques et à fenêtre à l'achat québécois. En valeur, ce n'était pas tant
que ça, mais, en résultats et en expérimentation, pour nous, il est très
parlant. Donc, c'est difficile de...
Mme Ghazal : Donc, quand c'est
parlant, quand on va avoir des belles expériences positives, après ça, c'est
quoi, la suite? On va dire : Tiens, on va le faire partout? On ne peut pas
non plus, il faut toujours qu'on reste limité.
Mme LeBel : Oui. Bien, l'objectif va
être de dire, potentiellement, je donne un exemple...
Mme Ghazal : Pour les masques, par
exemple, ça a été le fun.
Mme LeBel : Mais d'ailleurs on
peut... On va probablement se permettre de répéter l'expérience. On l'a fait avant. Puis vous allez me dire : Pourquoi
vous l'avez fait avant l'espace d'innovation? Bien, on l'a fait parce que, là,
on était très clairement en vertu de l'urgence sanitaire puis on pouvait
exploiter une marge de manoeuvre qui était l'objectif légitime. Là, maintenant,
il faut savoir si cet objectif légitime là nous permet, en temps de pas urgence
sanitaire, de sécuriser les... qu'il peut être utilisé pour sécuriser des
chaînes d'approvisionnement. C'était très clair que l'objectif légitime de santé
et de sécurité... d'avoir de l'équipement de protection individuelle quand tu
es en temps de crise et qu'il y a une pandémie partout. Je pense que, là, on
n'était pas dans la zone grise de la marge de manoeuvre de l'accord.
Maintenant,
quand on est... mettons, quand on sort d'une pandémie et qu'on parle du long
terme, pour être capables d'avoir... de sécuriser des chaînes
d'approvisionnement ou d'avoir des stocks nécessaires pour se préparer à une
potentielle pandémie qui arrivera demain matin ou jamais, donc n'importe quoi
entre les deux, puis j'ai toujours dit que, «toujours» et «jamais», j'ai du mal
à dire ça, là, mais... ou «très loin», bien là, peut-être qu'on est dans une
zone plus grise, et c'est pour ça que l'espace d'innovation peut nous permettre
de le tester.
Le Président (M.
Simard) : Très bien.
Mme LeBel : Mais,
à terme, c'est de peut-être le faire à plus large échelle.
Mme Ghazal : Ça
fait que ça, ça va être possible, si c'est bénéfique, de le faire, à un moment
donné, à terme...
Mme LeBel : Plus
systématiquement, disons.
Mme LeBel :
Non, pas nécessairement de réserver. Non.
Mme Ghazal : Ça,
les accords sont clairs. Bien, ça pourrait être 50 %... C'est ça que j'ai
de la misère.
Mme LeBel : On
pourrait changer les proportions. On pourrait changer les proportions, mais il
faut être sûrs de ne pas, encore une fois, fermer nos marchés, parce qu'il y a
aussi l'enjeu... je me permets de le dire, M. le Président, l'enjeu de... Il y
a les accords... Les accords sont pour permettre à des entreprises d'ailleurs
de venir chez nous. Mais, quand je fais l'objectif légitime...
Mme Ghazal : Quand
on ferme, ça ferme pour nos entreprises ici, d'aller ailleurs.
Mme LeBel : ...j'ai aussi bloqué certaines de mes entreprises
sur 40 % des lots. Ça fait qu'il y a aussi l'équilibre de garder
mes marchés, mes propres marchés accessibles à mes propres entreprises. On
s'entend que ce n'est pas les miennes, je parle du Québec, là.
Le Président (M.
Simard) : Y aurait-il d'autres remarques? M. le député de Jonquière.
Gaudreault : Oui. Sur le premier alinéa... J'ai dû m'absenter quelques
minutes parce qu'il y avait... Il y a justement une manifestation, à l'avant,
qui fait des revendications sur la présidente du Conseil du trésor. Oui.
Le Président (M.
Simard) : On va en revenir à l'étude, s'il vous plaît, de l'article.
Gaudreault : Non, non, c'est parce que je voulais dire... Je ne veux
pas être hors d'ordre en revenant sur le premier alinéa.
Le Président (M.
Simard) : Oui. Merci beaucoup.
Gaudreault : On dit : «Le présent
chapitre a pour objet de
favoriser l'évolution des règles contractuelles...» Je me demande si
«favoriser», c'est assez fort. Favoriser, ça veut dire qu'un gouvernement
pourrait ne pas favoriser. Un gouvernement pourrait... Je veux dire, quand
c'est favorisé, il y a quand même une discrétion, on favorise quelque chose ou
je ne favorise pas quelque chose.
Alors, je me demande
si on ne devrait pas rendre l'article un petit peu plus contraignant en disant,
par exemple, et, encore une fois, je veux
faire référence... Je pense, c'est le G15+ qui nous le disait. J'essaie de
retrouver la bonne citation, là. Favoriser, pour moi, laisse entendre
une marge de manoeuvre ou une discrétion, alors qu'à mon sens il faut que ce
soit comme une obligation. Je fais référence... C'est ça, c'est l'article...
c'est-à-dire, la recommandation n° 1 du G15+ :
«Systématiser l'utilisation de critères sociaux et environnementaux par les
ministères et organismes et les rendre obligatoires dans l'adjudication ou
l'attribution des contrats publics, dans le respect des ententes
internationales, afin que l'octroi des contrats publics mise désormais sur des
critères de valeur plutôt que principalement le choix du plus bas
soumissionnaire.»
La ministre mise
beaucoup sur son espace d'innovation, je suis d'accord avec ça, mais, tant qu'à
miser beaucoup sur cet espace d'innovation,
est-ce qu'on ne devrait pas au moins essayer de le rendre un peu plus
contraignant en disant quelque chose comme : Le présent
chapitre a pour
objet de faire évoluer les règles contractuelles pour permettre aux organismes
publics de mieux contribuer à l'atteinte des objectifs gouvernementaux,
blablabla, donc, pas juste de favoriser? Moi, je ne voudrais pas qu'on se
retrouve dans un autre gouvernement qui dirait : Ah! on arrête favoriser.
L'article serait là
pareil, mais il faut que ce soit un petit peu plus contraignant. Donc, «de
faire évoluer les règles contractuelles» ou «de systématiser l'évolution des
règles contractuelles», je pense qu'on répondrait davantage à la volonté et de
la ministre et du milieu qui est venu nous dire : Bien, il faut que ce
soit un peu plus contraignant.
Mme LeBel : Écoutez,
moi, je pense... Je comprends votre objectif, tout à fait. Je vais vous dire
que, quand on parle de l'introduction de critères par rapport au développement
durable, on va pouvoir être... à 14.6, qu'on a suspendu, malheureusement, peut-être en parler, de la
façon... de la mécanique pour mieux s'assurer de l'effet pratique sur le
terrain.
Je ne vais pas me lancer dans un mot sur lequel
je m'enfarge, mais quand vous dites : Le présent
chapitre a pour objet de
favoriser, je veux dire, si on ne le fait pas, on ne favorise pas, donc on ne
répond pas à l'objectif. Tu sais, favoriser, c'est aider et soutenir. Parce
qu'il ne faut pas oublier que ce n'est pas le Conseil du trésor qui est dans
l'adjudication des contrats, en règle générale. Je ne dis pas qu'on n'en donne
pas, mais on n'est pas les donneurs d'ouvrage ou les acquéreurs publics les
plus gros. On a un certain pouvoir d'influence ou de contrôle, certains
aspects. L'objectif est de, justement, soutenir les organismes publics et les
aider à faire évoluer, et les objectifs sont pour soutenir et aider dans
l'évolution.
Donc, écoutez, je ne partage pas votre lecture.
Je comprends votre objectif. Peut-être qu'on pourrait suspendre quelques
secondes pour que je puisse vérifier s'il y a un enjeu, mais, je vous dis, je
ne partage pas votre lecture. Mais je comprends ce que vous voulez apporter par
M. Gaudreault : Oui. Bien, en fait,
c'est ça, c'est que, moi, c'est dans le même esprit que le G15+, c'est de
systématiser un petit peu plus.
Mme LeBel : Oui, mais je pense que
c'est dans les articles qui vont opérationnaliser. Parce que, là, on est dans
les objectifs de l'espace...
M. Gaudreault : Bien, justement, les
objectifs, c'est important parce que ça va influencer le reste.
Mme LeBel : Oui, mais l'objectif est
d'aider et de... Remplacez «favoriser» par «aider et soutenir l'évolution des
règles». C'est ça que ça veut dire, favoriser. Et, nous, notre objectif par
l'espace d'innovation, c'est d'aider et soutenir les organismes publics à faire
évoluer les règles contractuelles. C'est ça, favoriser, là. Et le gouvernement
ne peut pas ne pas favoriser, parce que, s'il ne favorise pas, il ne favorise
pas, donc il ne fait pas ce qu'il doit faire à l'objectif... à l'innovation.
Mais, ceci étant dit, laissez-moi aller regarder
votre suggestion. Je comprends que ce n'est pas un amendement formel, mais on
va quand même le regarder comme suggestion, si vous permettez.
Le Président (M. Simard) : Alors,
suspendons quelques moments.
(Suspension de la séance à 12 h 27)
Président (M. Simard) : Chers
collègues, à l'ordre, s'il vous plaît! Nous reprenons. Mme la ministre,
auriez-vous l'amabilité de nous lire l'article que vous souhaitez... Un
amendement que vous souhaitez déposer? C'est le député de Jonquière qui en a la
paternité.
Mme LeBel : Oui, suite aux
discussions qu'on a eues, par contre, ensemble.
Président (M. Simard) : Ah! bien, voilà. Bien, bravo! Merci de m'éclairer
sur cette paternité. À vous, cher collègue.
M. Gaudreault : Alors, nous allons
déposer un amendement à l'article 5 qui introduit l'article 14.8 de
la
Loi sur les contrats des organismes publics : À l'article 14.8 de
la
Loi sur les contrats des organismes publics, proposé par l'article 5 du
projet de loi tel qu'amendé, remplacer, dans ce qui précède le paragraphe 1°
du premier alinéa, «favoriser l'évolution des» par «faire évoluer les».
Bon, M. le Président, des fois, on a l'air un
petit peu à fendre les cheveux en quatre, là, ici, en commission, mais ce n'est
pas ça. C'est quand même une intention importante. En fait, on va lire le
premier alinéa. Avec cet amendement... On va
lire le premier alinéa, qui serait de dire : «Le présent
chapitre a pour
objet de faire évoluer les règles contractuelles pour permettre aux
organismes publics de mieux contribuer à l'atteinte des objectifs
gouvernementaux suivants», etc.
La nuance est la suivante, c'est que, dans notre
esprit, «favoriser» est un voeu et est une manière de donner une certaine
discrétion au gouvernement, discrétion qu'il a, par ailleurs, à plein d'égards
et même dans ce projet de loi là, j'en conviens, mais de dire «faire évoluer»
au lieu de «favoriser l'évolution» est plus contraignant. C'est... Ça envoie un
signal qu'on... que le gouvernement veut développer des réflexes d'évolution
des règles contractuelles dans un souci, par exemple, d'écoresponsabilité, de
réduire les impacts environnementaux, de favoriser les entreprises d'économie
sociale, d'utiliser les marchés publics en matière de lutte contre les
changements climatiques, améliorer la représentativité des entreprises
autochtones, etc.
Donc, c'est de... Ce
n'est pas juste dire qu'un gouvernement va favoriser, mais c'est de mettre, tu
sais, un petit degré de plus pour dire : Il faut faire évoluer les règles
contractuelles en ces matières. Donc, c'est... C'est une petite nuance, mais qui, à mon sens, revêt quand même une
importance puis envoie un signal un petit peu plus engageant, autant pour le
gouvernement actuel que pour les gouvernements successifs qui auront à gérer
cette loi éventuellement. Voilà, madame... Bien, voilà, M. le Président.
Le Président
(M. Simard) : Merci à vous, cher collègue. Y aurait-il des
commentaires? Mme la ministre.
Mme LeBel :
Merci, M. le Président. Bien, effectivement, bon, comme je disais d'entrée
de jeu avant la discussion, la suspension, je ne partageais pas
l'interprétation du mot de mon collègue, mais je partageais l'objectif derrière
ça. Donc, si le fait de substituer l'expression «favoriser l'évolution» par
«faire évoluer» vient clarifier cet objectif-là, je n'ai pas de... Je n'ai pas
d'enjeu avec l'amendement, donc je vais voter pour.
Le Président
(M. Simard) : Merci de votre commentaire. Sans quoi nous allons
procéder à la mise aux voix. Cet amendement est-il adopté?
Le Président
(M. Simard) : Adopté. Et nous revenons, donc, à l'étude de
l'onglet 14.8. Y aurait-il d'autres remarques? Mme la députée de Mercier.
Mme Ghazal :
Oui. Merci. Il y a une autre recommandation du G15+ où on parlait d'ajouter,
d'inclure d'autres considérants, comme l'adaptation aux changements
climatiques, la gestion des matières résiduelles, la préservation de la
biodiversité, la protection et la gestion des ressources en eau ou utilisation
efficace des ressources. Moi, j'ai envie de parler aussi de la réparabilité,
tout ça. Est-ce qu'il y a une réflexion de la ministre? Parce que ce que je
constate depuis le début, là, c'est qu'elle écoute attentivement les
oppositions, elle tient compte de ce qu'on propose. Elle amène des amendements
avant même qu'on les amène nous-mêmes, ce qui est une excellente chose. Mais
ça, par exemple, d'ajouter d'autres objectifs, vu que c'est notre carré de
sable où on peut en ajouter, est-ce que, ça, elle y a réfléchi? Puis est-ce
qu'elle a... elle s'était fait une tête là-dessus? Puis est-ce qu'elle a
l'intention, dans un amendement futur, d'ajouter tout ça?
Mme LeBel :
Oui. Oui et peut-être. Non, non, je... Non, je vais... Pour répondre plus
clairement, ça fait partie, quant à moi, de mesures, ça, qui répondent à un
objectif beaucoup plus large de réduire les impacts environnementaux négatifs,
réels et potentiels, des biens et des services, bon, d'atteindre, là, des...
notamment au niveau de l'empreinte carbone, etc., d'accroître le caractère
responsable des organismes publics. Moi, je considère que ce que vous avez
nommé, ce sont des mesures qui répondent à des objectifs plus larges. Dans
l'article 14.8, on est au niveau des objectifs qui doivent demeurer très
larges, parce que ces objectifs-là sont, si vous voulez, ce qui définit le
carré de sable de la zone d'espace d'innovation dans laquelle on va se
permettre d'expérimenter.
Par la suite, vous
allez voir, dans les... dans l'article subséquent, donc 14.9, on vient, à ce
moment-là, après ça... On part toujours de la même façon, hein, quand on ouvre
une nouvelle section, ou un projet de loi, ou une loi. On est dans les
objectifs, on demeure très large et, au fur et à mesure où on descend dans les
différentes sections, on vient circonscrire un peu plus tout en se gardant,
naturellement, en tête le fait qu'on est dans un projet de loi. Donc, il faut
garder aussi de la souplesse dans les mesures. Donc, on ne peut pas devenir
trop pointu sur le terrain.
Après ça, il reste la
réglementation, l'arrêté ministériel, le décret, la directive, donc, qui sont
des déclinaisons de façons d'instaurer des mesures et de s'assurer que, si...
Je ne le sais pas. Tu
sais, il y a 10 ans, on aurait parlé de certaines choses que vous dites là
puis on aurait dit : Bien, voyons, je ne sais pas de quoi elle parle.
Maintenant, ça semble être... Certaines de ces mesures-là semblent être
évidentes dans un contexte de développement durable ou d'achat responsable,
mais peut-être qu'elles le seront moins dans 10 ans. Certaines, peut-être
que, dans 10 ans, on aurait dit : Bien, c'était, au moment où on le
pensait, une bonne façon de faire, mais on s'est rendu compte qu'il y avait
des... Vous savez... Vous voyez ce que je voulais dire. Donc, il faut se permettre
de. Mais on pourra voir à recibler d'autres types de mesures à 14.9.
Donc, je ne suis pas
fermée à avoir cette discussion-là puis à évaluer, au besoin, l'opportunité de
le faire, mais je vous dis que, quant à moi, dans tous les cas de figure, ce
n'est certainement pas à 14.8 qu'on doit le faire.
Mme Ghazal :
Par exemple... Mais c'est vrai, par exemple, il y a 10 ans, on
n'aurait pas vu dans un projet de loi, peut-être, «lutte contre les changements
climatiques», peut-être, ou même...
Mme LeBel :
Oui, autant au sens large. Maintenant, il y a des mesures...
Mme Ghazal :
Mais ça l'est, ça l'est maintenant dans la loi, parce que, là, on ne peut
pas passer à côté.
Mme LeBel :
Oui, tout à fait. Il faut saluer l'évolution.
Mme Ghazal :
C'est ça. Puis, par exemple... Comme, là, ce que la ministre me dit, c'est
que ce serait possible peut-être à 14.9, parce que, là, c'est plus... tu sais,
c'est plus des moyens, là, où on dit, par exemple, d'avoir...
Mme LeBel :
Oui. Il y a deux endroits où on pourra les examiner. Puis je ne veux
pas... Je ne veux pas donner une réponse sur l'ensemble de ce que vous venez
de...
Mme Ghazal :
Bien, si j'en prends un...
Mme LeBel :
Je veux juste...
Mme Ghazal :
Oui, allez-y.
Mme LeBel :
Je veux juste dire une chose, puis on... Je vais vous laisser aller, mais je
veux juste être sûre de bien circonscrire.
D'entrée de jeu, ce
que vous m'avez nommé, ce sont des déclinaisons d'objectifs plus larges qui
sont déjà à l'article 14.8. Maintenant, est-ce que c'est à 14.9 ou c'est
dans le cadre de 14.11, qui dit que je peux... Je dis «je», là, je devrais...
parce que j'occupe le poste présentement, là, et en toute humilité, mais on dit
que le président du Conseil du trésor peut, par arrêté, prévoir d'autres
mesures pour répondre aux objectifs. Donc, il faut vraiment s'assurer qu'on
descend, dans notre projet de loi, dans un niveau où on... plus... où on
garde... on peut préciser, mais il y a un niveau de précision où on doit
arrêter de préciser, dans un projet de loi, puis on doit aller dans la
réglementation, dans les arrêtés ou les directives pour se garder de la
souplesse.
Mais ce qui est
important, c'est que les objectifs soient bien campés pour que, par la suite,
la réglementation, les directives, les arrêtés ministériels ou les décrets, que
ce soit le Conseil du trésor, que ce soit le Conseil des ministres, parce qu'il
y a plusieurs niveaux de décision, aient la souplesse d'agir et d'évoluer, mais
dans le cadre des objectifs. Donc, il faut bien camper les objectifs. Après ça,
on peut peut-être se permettre d'être plus précis dans le cadre qu'on vient
établir dans le projet de loi.
Mais là où je vous
mets en garde, avec beaucoup de respect, c'est que, quand on est trop précis
dans un projet de loi, et qu'après ça ces règles-là évoluent, puis qu'on ne l'a
pas mise dans le projet de loi, puis qu'elle est de la même nature que ce qu'on
a mis dans le projet de loi, on ne peut plus la mettre ailleurs puis, après ça,
on est pris avec une règle dans le projet de loi, sans réouvrir... faire une
commission parlementaire. Je veux juste qu'on garde ça en tête.
Donc, je partage tous
les objectifs, mais je ne suis pas sûre que... Il faut juste voir quel est le
bon chemin pour le faire.
Mme Ghazal :
Bien, je suis d'accord avec qu'est-ce que la ministre apporte comme
principe général. On met les objectifs, puis, après ça, on peut aller de façon
détaillée.
Mais, si je regarde,
par exemple, 2°, ça dit :
«2° réduire les
impacts environnementaux négatifs, réels et potentiels, des biens [et] services
et des matériaux de construction acquis par les organismes publics...» Il
aurait pu y avoir un point. Puis on... Puis là c'est vrai que tout ce que j'ai
dit, là, qui est la recommandation 12 du mémoire du G15+, gestion des
matières résiduelles, préservation de la biodiversité, etc., l'eau, la terre,
les ressources...
Mme LeBel :
C'est des mesures particulières, ce n'est pas des objectifs.
Mme Ghazal :
C'est des mesures particulières, puis qu'«impacts environnementaux» inclut
Mme Ghazal :
Mais la ministre a décidé quand même d'ajouter un «notamment», hein, et
d'ajouter des exemples plus concrets.
Mme LeBel : Oui, d'impacts
environnementaux. Mais de réduire l'empreinte carbone, ce n'est pas une
mesure, c'est un objectif.
Maintenant, il y a
des mesures, un peu comme celle que... vous l'avez mentionnée, genre... je vais
le dire comme ça, là, de réduire le
transport de nos acquisitions. Ça, c'est une mesure qui a comme... qui a comme
conséquence de répondre à l'objectif de réduire l'empreinte carbone ou les
émissions de gaz à effet de serre. Donc, il faut faire attention. Ça demeure
très général, l'empreinte carbone, puis...
Mme Ghazal : Oui.
Accroître la durabilité des acquisitions... On a décidé de faire... Puis c'est
un «notamment», donc je pourrais dire : Diminuer l'impact sur les
ressources en eau, augmenter l'efficacité des...
Mme LeBel : Ça, c'est une mesure, ça. C'est une mesure. Mais
c'est... Moi, je dirais que c'est un peu plus comme une mesure, parce
que...
Mme Ghazal :
O.K. Ça, c'est comme quand, des fois, on a des débats... Moi, quand je
travaillais dans l'entreprise, on disait : Ça, c'est un objectif, ça,
c'est une cible. Il y a des gens qui disaient : Non, ça, c'est une cible.
On avait des débats philosophiques à ne plus finir. Mais finalement peut-être
qu'on avait...
LeBel : Voilà. Oui, oui, mais c'est ça. Mais l'idée, c'est qu'on peut
peut-être le mettre à quelque part, mais de savoir où le mettre. Mais moi, je
pense que c'est un objectif. C'est... Tu sais, réduire l'empreinte sur nos
ressources en eau, c'est réduire des impacts environnementaux négatifs, mais
négatifs sur la ressource en eau, là. Donc, on devient plus précis, là. Mais,
écoutez, vous pouvez suggérer...
Mme Ghazal : Ça
se discute. Mais je voulais savoir, par rapport à la...
Mme LeBel : Oui.
Ça peut être à... Mais je vous dis juste qu'on peut le voir aussi ailleurs, là.
Puis, à l'instar... Je veux juste le dire, à l'instar des autres articles, si
on est à 14.9, on n'a quand même pas fermé l'article 5 puis on peut se
permettre de revenir à 14.8, là.
Mme Ghazal : Si on se rend compte. Mais, moi, c'est, par exemple, «adaptation aux
changements climatiques» qui, à un
moment donné... Là, on dit beaucoup «lutte», «lutte», mais, quand on va être
rendus avec des catastrophes un peu plus... de façon plus fréquente,
malheureusement, l'adaptation, ça va être ça, l'urgence... que la lutte, parce
que, la lutte, malheureusement — là, j'espère que les jeunes écoanxieux ne
m'écoutent pas — on
va dire : Bien, on va baisser les bras. Ça va être adaptation, et là ce
serait «adaptation» qui serait écrit. Est-ce que, par exemple, à 3° :
Utiliser les marchés publics comme vecteur d'influence en matière d'adaptation
et de lutte contre les changements climatiques, ce serait quelque chose? Parce
que ce n'est pas juste quelque chose de particulier, c'est vraiment autre...
d'autres solutions, d'autres mesures si on veut atteindre l'objectif
d'adaptation.
Mme LeBel : Je
pense que, là, on n'aura pas de débat philosophique entre objectif et cible,
mais on va regarder s'il y a possibilité de le faire... suspendre
deux minutes.
Mme Ghazal : Je
pourrais déposer un amendement qui dit ça.
Mme LeBel :
Oui. Mais, d'entrée de jeu, je n'y vois pas d'inconvénient, mais je veux quand
même, comme toute chose, prendre la peine de bien vérifier, parce que ça peut
avoir des conséquences, là.
Mme LeBel :
Ça fait que, si vous voulez qu'on suspende...
Le Président (M. Simard) : Bien,
écoutez, compte tenu de l'heure, on pourrait peut-être se donner rendez-vous
à 15 heures, si ça vous va. Très bien.
Alors, nous
suspendons, et on se retrouve à 15 heures. Au revoir.
(Suspension de la séance à
12 h 57)
Le Président (M.
Simard) : Alors, chers collègues, nous sommes de retour.
Et, pour des fins
techniques, nous allons momentanément suspendre, et puis on reprend très
bientôt.
(Suspension de la séance à
15 h 06)
Le Président (M.
Simard) : Très bien, chers collègues. Alors, nous reprenons et nous en
sommes toujours à l'étude de l'article 14.8. Mme la ministre.
Mme LeBel : Oui.
Donc, après discussion... Puis vous vous souviendrez que, quand on s'est
quittés ce matin, ma collègue de Mercier mentionnait, bon, quand on était dans
les objectifs de 14.8, qui... de l'espace d'innovation... mentionnait que le
mot «lutte» n'était peut-être pas assez évolutif et qu'il fallait peut-être
s'en aller vers une notion d'adaptation aux changements climatiques plutôt que
de simple lutte. Après avoir, bon, regardé tout ça, discuté avec tout le monde,
bon, il appert que, quand on parle de toutes les définitions, le mot «lutte aux
changements climatiques» est entendu de deux choses... composé de deux choses,
plutôt, c'est-à-dire une notion d'atténuation aux changements qui sont... aux
conséquences des changements climatiques et également une notion d'adaptation
aux changements climatiques. Donc, la notion
auquel faisait référence ma collègue, elle est incluse dans la notion de lutte.
Donc, je pense qu'il est important de le mentionner. Donc, il faut
comprendre, dans le mot «lutte», une notion d'atténuation des conséquences et
une notion d'adaptation aux changements climatiques. Ça fait que je ne sais pas
si ça peut vous convenir, compte tenu de l'explication.
Ghazal : Bien, moi, ce qui était important... Quand je regarde, par
exemple, la recommandation 12 du G15+, eux, ils parlaient de plusieurs,
plusieurs éléments. Et là j'ai compris que, plus tard, dans les autres
articles, on pourrait voir comment est-ce qu'on peut spécifier ces autres
éléments là, alors qu'ici, dans 14.8, on est plus dans les objectifs et la
lutte aux changements climatiques.
Mais, moi, ce que je
voulais, c'est ajouter «adaptation aux changements climatiques». Et, quand on
va... Ce que je comprends, dans la
loi sur le ministère Développement durable,
là, et de l'Environnement, là, et Lutte aux changements climatiques, ce
ministère-là, à l'article 10.1, ça dit que la lutte contre les changements
climatiques comprend l'atténuation et aussi des mesures favorisant l'adaptation
aux impacts du réchauffement planétaire et du changement climatique. Donc, si
c'est ça qui est inclus, je comprends qu'au paragraphe 3° de
l'article 14.8, quand on dit «lutte contre les changements climatiques»,
ça s'entend que ça comprend «adaptation», parce que c'est tel que défini dans
la
loi sur le... du ministère du Développement durable, de l'Environnement et
de la Lutte aux changements climatiques. Donc, c'est bon, je n'ai pas besoin de
faire l'amendement.
Le Président (M.
Simard) : Très bien. D'autres remarques concernant
l'article 14.8? Merveilleux. Donc, nous en sommes rendus à
l'article 14.9. Mme la ministre.
Mme LeBel : Absolument.
14.9.
Le Président (M.
Simard) : Oui, 14.9.
Mme LeBel : «Afin
de permettre à un organisme public de contribuer à l'atteinte d'un objectif
gouvernemental visé à l'article 14.8, le président du Conseil du trésor
peut déterminer les acquisitions par le biais desquelles cet organisme
doit :
«1° accorder un
avantage sous la forme d'une marge préférentielle aux entreprises qui se
conforment à des normes environnementales ou relatives aux changements
climatiques plus contraignantes que celles fixées par la législation applicable
ou [des] documents d'appel d'offres;
«2° recourir à des
outils ou à des grilles d'analyse...»
Le Président (M.
Simard) : Je vous arrête, je m'excuse. Il est très long, cet article,
à lire. On l'a déjà lu. Rien ne vous oblige à le relire, vraiment rien. On
pourrait peut-être amorcer tout de suite les discussions.
Mme LeBel : J'étais
comme dans une envolée, M. le Président.
Le Président (M.
Simard) : Oui, mais, quand même, c'est... Écoutez, c'est quand même
presque une page et demie, là, quand même, surtout que vous en avez déjà fait
la lecture. Donc, je m'excuse, mais...
Mme LeBel : Aucun
problème.
Le Président (M.
Simard) : J'apprécie votre collaboration.
Mme LeBel : Alors, je vais juste dire, pour fins
d'enregistrement, 14.9, dont j'ai fait la lecture une fois et demie, ce
sont les commentaires suivants qui s'y rapportent. Si vous le permettez, je
vais lire juste la
section Commentaire.
Le Président (M.
Simard) : Bien sûr. Avec plaisir.
Mme LeBel : Donc,
le présent
article énumère les mesures pouvant être expérimentées dans le cadre
de l'Espace d'innovation des marchés publics. Il permet au président du Conseil
du trésor de déterminer les conditions applicables de telles expérimentations
ainsi que les acquisitions par le biais desquelles elles s'effectuent, et ce,
au moyen d'arrêtés publiés à la Gazette officielle du Québec .
Donc, on est dans la
détermination d'objectifs un peu plus pointus, je dirais, là.
Le Président (M.
Simard) : Des remarques? M. le député de Mont-Royal—Outremont.
M. Arcand : Merci,
M. le Président. C'est surtout les items
4° et 5°, là, qui... sur
lesquels... Quand on dit : «Exiger que des personnes éloignées du marché
du travail, issues d'un groupe identifié par le [...] Conseil du trésor, soient
affectées à l'exécution du contrat, même lorsque cette exigence n'est pas liée
à l'objet de celui-ci», j'essaie de voir... J'essaie de comprendre un petit peu
ce que ça veut dire.
Le Président (M.
Simard) : Mme la ministre.
Mme LeBel : Bon, actuellement, quand on fait un appel
d'offres, on octroie un contrat, toutes les caractéristiques d'un appel
d'offres et les exigences doivent avoir un lien avec l'objet du contrat. Donc,
on ne peut pas mettre, dans un appel d'offres, une exigence qui n'a, comme
diraient mes enfants, pas rapport avec l'objet du contrat. Donc...
Par contre, dans...
Là, on est à 4°, hein, 4°. Par contre, quand on parle de la notion d'exiger que
des personnes éloignées du marché du travail, issues d'un groupe identifié par
le président, soient affectées à l'exécution du contrat, soient
nommées, on se donne l'opportunité de le faire et on déclare qu'on peut le
faire, même si, dans les faits, ça n'a pas de lien avec l'objet du contrat. Un
soumissionnaire pourrait reprocher, éventuellement, à un organisme public de
dire : Bien, les exigences de votre contrat, ça n'a rien à voir avec
l'objet du contrat. Ici, on se donne, dans la loi, la possibilité de le faire
pour une catégorie bien précise d'exigences.
Le Président (M.
Simard) : Merci.
M. Arcand : O.K.
Et, le 5°, «pour acquérir», est-ce que c'est quelque chose qui existait avant,
Mme LeBel : Il
faudrait voir l'article 10 de la
loi sur les contrats publics, là. Donnez-moi
30 secondes, parce que je dois avouer que, par coeur, là...
M. Arcand : Ma
question est beaucoup plus sur le terme qui est utilisé. Est-ce que c'est un
terme commun, là, «acquérir un prototype»? Je ne sais pas pourquoi on utilise
ça, mais...
Mme LeBel : Bien,
écoutez, je peux... Le concept de prototype, c'est... plusieurs façons de le
définir. Mais je pense qu'on a tenté de trouver un terme qui est capable de
définir, là, qu'est-ce que ça peut être, un modèle original d'après lequel on
structure quelque chose de nouveau, donc une façon de parler d'innovation,
j'imagine, là.
Mme LeBel : Ah! et c'est dans les libellés des accords. Mon
Dieu! C'est encore mieux. On me souffle à l'oreille.
M. Arcand : Bon,
c'est bien, c'est bien. Alors, c'est excellent. Et ma question, également,
porte sur le rôle que vous voulez jouer dans les sous-contrats, à ce que je
lis.
Mme LeBel : À
quel alinéa, juste pour me situer?
M. Arcand : Ça,
je suis rendu à 10°, au deuxième... troisième paragraphe... quatrième
paragraphe. Attendez.
Mme LeBel : Attendez
un petit peu, là.
M. Arcand : «Cibler
un contrat ou un groupe de contrats».
Mme LeBel : Excusez-moi,
honnêtement, 14.9, à quel endroit que vous êtes?
M. Arcand : Attendez
une minute, là. Laissez-moi...
Mme LeBel : Ah!
10°, après ça, ce qui commence par : «Chaque fois que le président du
Conseil du trésor impose une mesure en vertu du premier alinéa»?
M. Arcand :
«...il en détermine les conditions d'application, incluant, lorsqu'opportun,
celles relatives aux sous-contrats publics qui sont liés aux acquisitions
visées.» Donc, j'essaie juste de comprendre la raison de...
Mme LeBel : À
première vue, je vous dirais que ce serait pour s'assurer qu'il y ait, pour
certaines mesures, certaines conditions d'application, une déclinaison dans les
sous-contrats, qui se donnent souvent par le titulaire principal du contrat,
donc, et c'est pour s'assurer qu'il y a une cohérence jusqu'au bas de la chaîne
dans certains cas.
M. Arcand : C'est juste que ça donne l'impression que vous
voulez mettre les mains dans les sous-contrats en plus.
Mme LeBel : Non.
C'est plus dans des conditions d'obtention des contrats. C'est parce qu'à un
moment donné il faut que, s'il y a une exigence dans le contrat principal,
exemple, on cible une entreprise québécoise dans le contrat principal, puis
qu'il y a des sous-contrats, il ne faudrait pas que le reste des sous-contrats
parte dans tous les sens, là. Je suis très... Je ne suis peut-être pas... C'est
difficile de trouver un exemple particulier.
Mais
c'est le Conseil du trésor qui aura ce pouvoir-là, ce n'est pas le ministère
ou l'organisme qui va faire l'appel d'offres
principal, justement, pour s'assurer que c'est fait pour une raison qui
rencontre les objectifs de l'espace d'innovation. Parce qu'il faut
toujours lire ça avec, en tête, les objectifs de 14.8. Donc... Et on ramène ça
au niveau du Conseil du trésor. On ne donne pas ce pouvoir-là au ministère ou à
l'organisme chargé de faire l'appel d'offres principal, là.
M. Arcand : O.K.
Très bien. Merci.
Le Président (M.
Simard) : D'autres commentaires sur...
Mme LeBel : À ce stade-ci, M. le
Président, j'aurais un amendement à proposer, qui risque, encore une fois, de
répondre à une des préoccupations de mes collègues de Mercier et de Jonquière.
Donc, peut-être que je vous proposerais de le mettre de l'avant avant que... Je comprends qu'ils ont
le droit de parole quand ils veulent, mais je le propose.
Le Président (M. Simard) : Très
bien.
Le Président (M. Simard) : Je vous
en prie.
Mme LeBel : On pourrait suspendre,
puis je vais vous envoyer...
Mme Ghazal : Ah! O.K. O.K.
Parfait.
Le Président (M. Simard) : Alors,
nous allons suspendre momentanément.
(Suspension de la séance à 15 h 30)
Président (M. Simard) : Bien. Chers collègues, nous sommes de retour. Nous
avions, bien sûr, préalablement convenu du fait de suspendre nos
travaux, le temps de permettre à notre collègue de Jonquière de faire son
intervention dans le cadre du débat sur le dépôt du budget. Donc, notre
collègue est de retour parmi nous, et nous en sommes rendus à
l'article 14.9. Mme la ministre, à vous la parole.
Mme LeBel : Bien, avant qu'on
suspende, j'avais... J'avais demandé la suspension parce que je voulais
proposer un amendement, mais, suite à des discussions avec ma collègue de
Mercier, elle aura un amendement à proposer, ce qui fait en sorte que moi, je
n'aurai pas besoin d'en faire un.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. À ce stade-ci, souhaitez-vous intervenir, chère collègue?
Mme Ghazal : Oui. Bien là, il... Je
peux le lire, oui. C'est celui-là? O.K. Parfait.
Donc, c'est vraiment toute la... En fait, il y
avait un amendement qu'on voulait déposer à l'article 4 pour que...
faire... favoriser les entreprises d'économie sociale, et, suite à des
discussions avec la ministre, ce qu'elle disait, c'est que c'était possible, en
vertu des accords, qui ne le permettent pas, de les favoriser, malheureusement,
mais que c'était possible dans l'Espace innovation.
Donc, comme c'est notre carré de sable, notre
terrain de jeu où on peut favoriser ce qu'on a envie, notamment l'économie
sociale, donc, je dépose l'amendement à 14.9, je vais l'ouvrir ici, ça va être
plus simple, et donc qui se lit comme suit... et qui a été composé, puis je
remercie l'équipe, par l'équipe de la ministre : À l'article 14.9 de
la
Loi sur les contrats des organismes publics, proposé par l'article 5 du
projet de loi :
1° insérer, après le paragraphe 3° du
premier alinéa, le paragraphe suivant :
«3.1° accorder un avantage sous la forme
d'une marge préférentielle aux entreprises d'économie sociale au sens de la Loi
sur l'économie sociale;»; et
2° insérer, après la première phrase du
quatrième alinéa, la suivante : «Lorsqu'il prend un arrêté relatif au
paragraphe 3.1° du premier alinéa, les acquisitions qu'il détermine ne
doivent pas inclure de contrats assujettis à un accord intergouvernemental.»
Donc, dans le fond, dans les discussions, ce que
j'ai compris aussi, ce qui est possible, c'est dans les services sociaux. C'est là qu'on peut favoriser les
entreprises d'économie sociale, quand il s'agit de faire appel à des
services... des contrats de services sociaux. Mais là, ici, on ne le
nomme pas, parce qu'on ouvre aux entreprises d'économie sociale.
Si jamais, dans le futur, suite à des
négociations, il y a plus que les contrats de services sociaux, bien là, on
n'aura pas besoin de venir changer la loi pour dire : Bien là, maintenant,
il faut ajouter d'autres types de services que ceux des services sociaux puis
que... L'idée, c'est d'ouvrir aux entreprises d'économie sociale, là où c'est
possible, en vertu des accords intergouvernementaux. Donc, voilà.
Mme LeBel : ...je peux même
rajouter, si vous permettez, dans le fond, ce que ça nous permet de faire,
c'est d'accorder un avantage préférentiel aux entreprises d'économie sociale
dans des zones qui ne sont pas couvertes par les accords, qui sont sous
certains seuils, dans des zones qui sont exclues des accords, dépendamment
aussi des seuils. Donc, on peut...
Et ça reprend un peu, vous vous souviendrez — je le
redis sous micro — la
même logique que quand on a amendé la marge préférentielle, pour l'achat
québécois, de 10 % en se disant : Si l'accord évolue dans un sens ou
dans un autre, on va... ça va suivre. Sinon, là, si on
avait déterminé, nommément l'exemple que vous avez mentionné, dans les contrats
de services sociaux... On a une marge de manoeuvre, en vertu de certains
accords, qu'on va pouvoir utiliser en vertu de cet article-là, mais, si cette
marge de manoeuvre là change ou on a une marge de manoeuvre dans d'autres
secteurs, le fait de préciser un seul élément ici nous aurait fermé la porte à
d'autres possibilités.
Donc, l'idée, c'est que... Ce que ça dit, dans
le fond, c'est qu'on peut exploiter... On peut accorder une marge
préférentielle aux entreprises d'économie sociale en fonction des marges de
manoeuvre existantes dans les accords. Donc, c'est ça que ça dit, en gros. Et
l'exemple que vous avez cité est un exemple actuellement existant pour certains
accords. Là, on le fait de façon très large. Donc, oui, juste pour bien...
Mme Ghazal : Oui. Excellent. Puis le
fait qu'on le mette nommément, les entreprises d'économie sociale, dans le
projet de loi, même si ce n'est pas dans l'endroit où on aurait peut-être aimé — de
toute façon, ça aurait été refusé — de le mettre, dans l'espace
d'innovation, c'est une bonne chose.
Mme LeBel : Puis je tiens à
rappeler, d'ailleurs, sous votre suggestion et celle du collègue de Jonquière
aussi, on l'a quand même insérée, cette notion-là, à plusieurs endroits. Elle
n'a pas la même force à chaque endroit, mais elle permet... Je pense que c'est
à trois endroits différents qu'on l'a insérée, la notion d'économie sociale ou
d'entreprise d'économie sociale, ce qui vient quand même annoncer l'intention
du législateur d'avoir des actions pour favoriser ce genre d'entreprise là tout
en gardant l'équilibre nécessaire avec...
Puis il faut que je le dise, je n'ai pas le
choix, puis c'est important, la préoccupation est aussi de garder l'accès égalitaire des marchés et ne pas, non plus, avoir
pour effet d'exclure des entreprises québécoises qui ont... qui sont
quand même... font
partie de notre écosystème économique, fort important. Donc,
l'idée, c'est un équilibre, là, entre tout ça.
Mme Ghazal : ...exclure sur les
marchés internationaux? C'est ça que vous voulez dire?
Mme LeBel : Bien, et sur nos propres
marchés, et sur nos propres marchés.
Mme Ghazal : O.K. Des entreprises
privées.
Mme LeBel : Parce qu'à partir du
moment où on cible un type d'entreprise, que ce soit une forme juridique
d'entreprise ou une forme d'entreprise quelconque, comme celle d'économie
sociale, nécessairement, on en exclut d'autres sur notre propre territoire,
parce que, là, on est vraiment... De dire : Si on se... on dit qu'on va
accorder une marge préférentielle aux entreprises d'économie sociale, bien,
cette marge préférentielle, elle sera par rapport à d'autres entreprises
québécoises qui ne bénéficieront pas de la marge préférentielle. Donc, il faut
le faire avec...
Mme Ghazal : Ce qui pourrait être un
choix, ce qui pourrait être un choix qui est fait. Ce n'est pas le choix de la
ministre.
Mme LeBel : Oui, mais il faut le
faire avec prudence. Bien, c'est un choix si on abandonne le principe, fort
important, de l'égalité d'accès des marchés publics de nos entreprises, aussi,
sur notre propre territoire. Parce que ça peut demeurer de l'achat québécois.
Même si ce n'est pas... elle n'est pas qualifiée d'entreprise d'économie
sociale, cette entreprise-là peut avoir des bonnes pratiques quand même, peut
rencontrer plusieurs critères qui sont des critères relatifs aux entreprises
d'économie sociale, sans les avoir au complet. Donc, on ne veut pas non plus,
je dirais, en bon français, jeter le bébé avec l'eau du bain, là, dans le sens
où il faut faire attention.
Mais je pense qu'on se permet, ici, d'aider ce
secteur-là et de venir peut-être apporter une aide supplémentaire à toutes les
actions gouvernementales, un levier supplémentaire à toutes les actions
gouvernementales, qui ont d'ailleurs été nommées — je pense que ça, c'est
hier ou ce matin — par
mon collègue de Mont-Royal—Outremont,
sur les actions gouvernementales en matière d'économie sociale.
Ghazal : Mais, avant les amendements qui sont amenés puis
les différents endroits où est-ce qu'on a ajouté «économie sociale» dans
le projet de loi, au début, tel que déposé, il n'en était pas question. Donc,
c'est une avancée.
Mme LeBel : Bien, c'est une avancée
dans le sens où on les nomme nommément, mais c'est... mais... Et on va
probablement insister un peu plus, je suis d'accord, on pousse un peu plus
loin, mais il faut comprendre qu'elles étaient déjà incluses dans tout ce qu'on
faisait. Mais, oui, c'est une avancée, je peux le concéder, puis avec laquelle
on est d'accord, là, vu qu'on les met, si vous voulez, en surbrillance par
rapport au reste.
Mme Ghazal : Très bien. Merci.
Le Président (M. Simard) : D'autres
commentaires sur cet amendement? M. le député de Jonquière? Conséquemment, nous allons procéder à la mise aux
voix. L'amendement modifiant l'onglet 14.9 de l'article 5 est-il
adopté?
Le Président (M. Simard) : Adopté. Et
nous revenons, donc, à l'étude de l'article 14.9 tel qu'amendé.
Mme LeBel : Oui.
Peut-être que je laisserais la parole à mon collègue de Jonquière, mais il nous
a... Avant la suspension, il nous avait proposé un amendement, pas de façon
formelle mais informelle. Donc, on a travaillé sur cet aspect-là. On peut
peut-être suspendre pour lui montrer les conclusions de notre travail.
Le Président (M. Simard) : Très
bonne idée.
Alors, nous suspendons quelques instants.
(Suspension de la séance à 16 h 11)
Le Président (M. Simard) : Alors,
nous avons repris nos travaux. À l'ordre, s'il vous plaît! À ce stade-ci, nous
en sommes toujours à l'étude de l'article 14.9, et je céderai la parole au
député de Jonquière.
M. Gaudreault : Oui. Merci, M. le
Président. Alors, c'est un amendement que nous avons travaillé en équipe,
surtout les légistes et l'équipe qui accompagne la ministre. Je veux les
remercier. Mais c'est un amendement qui se lit de la manière suivante,
article 5,
qui introduit l'article 14.9 de la
Loi sur les contrats des organismes
publics : À l'article 14.9 de la
Loi sur les contrats des organismes
publics, proposé par l'article 5 du projet de loi tel qu'amendé, remplacer
le paragraphe 2° du premier alinéa par le paragraphe suivant :
«2° préalablement au processus d'adjudication ou
d'attribution d'un contrat, recourir à des outils ou à des grilles d'analyse
relatifs au développement durable ou fondés sur une approche de cycle de vie ou
sur une approche d'économie circulaire, notamment en matière d'atténuation des
changements climatiques et d'adaptation à ceux-ci;».
Alors, l'objectif de cet amendement, d'abord,
c'est d'introduire les grilles d'analyse en économie circulaire, qui n'étaient
pas introduites dans le paragraphe 2° initial de l'article 14.9. On
ne parlait pas d'économie circulaire puis là on l'introduit.
Deuxièmement, c'est de bien cibler les
différents outils qu'on a en matière de... je dirais, de consommation
responsable ou d'analyse de cycle de vie, tenant compte de la limitation, je
dirais, de l'impact environnemental, à tous égards, là, en matière
d'approvisionnement. Donc, il y a différents outils qui existent, qui ne sont
pas mutuellement exclusifs, dans le sens qu'on peut faire à la fois une grille
d'analyse en matière de développement durable et une analyse de cycle de vie
pour un même contrat, puis on pourrait même y faire une approche en économie
circulaire, et on s'entend que tout cela, et même l'analyse en développement
durable, évidemment, vise à atténuer les changements climatiques et
éventuellement s'adapter à ceux-ci.
Même si le développement durable a trois piliers
qui sont le social, l'économie, l'environnement, il reste que l'approche de
développement durable vise à réduire les impacts environnementaux d'un produit,
ou d'un projet, ou de quoi que ce soit. Donc, voilà. Alors, c'est pour ça qu'on
l'a reformulé. Et évidemment c'est bien important de dire que c'est préalable
au processus d'adjudication, d'attribution d'un contrat.
Je tiens à dire qu'au Québec on a quand même
plusieurs institutions qui sont des expertes en analyse de cycle de vie. Je
pense au CIRAIG, en grille d'analyse au développement durable, je pense à la
Chaire en éco-conseil à l'Université du Québec à Chicoutimi, en économie
circulaire, je pense à l'institut... le nom précis, c'est l'institut du
développement, de l'économie circulaire, l'EDDEC, quelque chose du genre, avec
le Pr Normandin, qui est spécialiste en économie circulaire. Donc, on a un
grand savoir-faire en ces matières au Québec, et évidemment j'invite le
gouvernement à utiliser et à avoir recours à ces experts puis à cette expertise
dans les grilles d'analyse.
Donc, voilà.
Moi, je suis évidemment... Bien, c'est moi qui le dépose, donc je suis forcément
favorable à cet amendement.
Le Président (M. Simard) : D'autres
commentaires? M. le député de Mont-Royal—Outremont?
Le Président (M. Simard) : Ça
vous va? Mme la ministre, souhaitiez-vous ajouter quelque chose?
Mme LeBel : Simplement
compléter en disant que ça vient clarifier, effectivement, quelque chose que
nous avions déjà l'intention d'introduire, c'est-à-dire la notion d'approche de
cycle de vie, d'économie circulaire, mais effectivement ce n'était pas nommé
dans l'article. Donc, je pense que ça a l'avantage de clarifier tout ça.
Mais ce que je... Moi, pour moi, ce qui est très
important également dans cet article-là, c'est de voir qu'il faut faire ces
analyses-là préalablement au processus pour être capables de bien identifier
les besoins. Ça fait que je pense que je
suis... Je suis tout à fait favorable, là, aux précisions puis aux
clarifications qu'on y a apportées de cette façon-là.
Le Président (M. Simard) : Merci.
Très bien. Y aurait-il d'autres remarques sur 14.9 et l'amendement comme tel,
bien entendu? Alors, cet amendement est-il adopté?
Président (M. Simard) : Adopté. Et nous revenons sur
l'article 14.9 tel qu'amendé. Y aurait-il d'autres commentaires?
Conséquemment, nous poursuivons et nous en sommes rendus à
l'article 14.10. Mme la ministre.
Mme LeBel :
Oui. 14.10 qui est très court. Vous allez peut-être me permettre juste de
le relire pour qu'on puisse le situer. Il a un seul paragraphe, M. le
Président.
Le Président
(M. Simard) : Oui.
Mme LeBel :
«14.10. Le gouvernement peut, par règlement et sur recommandation du
Conseil du trésor, prévoir toute autre mesure qui diffère des normes prévues
aux dispositions de la présente loi à la condition que cette mesure soit
compatible avec les principes énoncés à l'article 2 et qu'elle s'inscrive
dans la poursuite de l'un des objectifs gouvernementaux visés à
l'article 14.8.»
Donc, dans le fond,
ce que ça nous permet, cet article, c'est... Dans les conditions énoncées,
naturellement, ça permet au gouvernement de prévoir des mesures additionnelles
à celles de l'Espace d'innovation des marchés publics afin qu'on puisse
contribuer à son objet qui est de favoriser et... non, plus favoriser, mais de
faire évoluer les règles contractuelles pour permettre aux organismes publics
de mieux contribuer à l'atteinte des objectifs gouvernementaux, donc être
capables, comme c'est dans un projet de loi, de se donner... de se doter d'une
mécanique qui va nous permettre d'en ajouter, des... à l'espace d'innovation,
entre autres à 14.9, mais surtout en respectant... toujours en ayant comme
toile de fond les principes de l'article 2 et les objectifs de 14.8.
Le Président
(M. Simard) : Merci. M. le député de Mont-Royal—Outremont.
M. Arcand :
Bien, merci, M. le Président. J'essaie de voir quelle autre mesure vous
pourriez... Y a-t-il un exemple, en quelque part, qui pourrait... Parce que,
là...
Mme LeBel : Honnêtement, si on y
avait pensé, on l'aurait déjà intégré. Donc, l'idée, c'est de se mettre dans
une situation où... peut-être que, dans cinq
ans, il y aura d'autres choses, d'autres mesures, d'autres types de bonnes
pratiques qui ressortiront, auxquelles on ne
pouvait pas penser aujourd'hui, et de ne pas être obligés, à chaque fois, de
revenir en projet de loi.
Mais effectivement
c'est très difficile de vous donner des exemples, parce que, si je vous donnais
un exemple, la réponse appropriée, de votre part, c'est : Pourquoi est-ce
qu'on ne l'inclut pas, d'abord? Donc, l'idée, c'est de se donner l'opportunité
de faire évoluer, que cet espace d'innovation là demeure quand même, en soi,
aussi capable d'innover son propre... ses propres principes. Mais il faut
toujours cadrer dans l'article 2, là, qui est très important et que...
Lui, on ne peut pas... on n'a aucun moyen de le changer, sauf par un projet de
loi.
Le Président
(M. Simard) : D'autres interventions? Sans quoi nous sommes prêts
à procéder à la mise aux voix de l'article 14.10. Ah! non, excusez-moi.
C'est vrai, on ne passe pas à la mise aux voix. J'étais trop empressé. Nous
poursuivons avec l'article 14.11. Mme la ministre.
Mme LeBel :
Merci, M. le Président.
Le Président
(M. Simard) : C'est moi qui vous remercie.
Mme LeBel :
Alors : «14.11. Le président du Conseil du trésor peut, par arrêté,
prévoir toute autre mesure qui diffère des normes prévues aux dispositions d'un
règlement pris en vertu de la présente loi à la condition que cette mesure soit
compatible avec les principes [...] à l'article 2 et qu'elle s'inscrive
dans la poursuite de l'un des objectifs gouvernementaux visés à
l'article 14.8.»
Quant à lui, cet
article-là permet, aux conditions énoncées, naturellement, au président du
Conseil du trésor de prévoir des mesures additionnelles à celles de l'Espace
d'innovation des marchés publics pour contribuer à son objet, favoriser
l'évolution des règles. On parle plutôt de faire évoluer les règles pour
permettre aux organismes publics de mieux contribuer à l'atteinte des objectifs
gouvernementaux.
Et là je vais
peut-être vous demander une petite pause.
Le Président (M.
Simard) : Très bien. Suspendons.
(Suspension de la séance à
16 h 45)
Le Président (M.
Simard) : Bien. Chers collègues, nous sommes en mesure de poursuivre
nos travaux et nous en sommes à l'article 14.11. Mme la ministre.
Mme LeBel : Bien,
donc, j'avais terminé la lecture puis, je m'excuse, j'avais demandé un petit
moment de suspension pour une question que je me posais, que je devais
éclaircir pour moi-même, donc, avant qu'on puisse continuer. Mais, sur ça, ça
Donc,
dans le fond, ce que dit l'article 14.11... C'est le même type d'article
que 14.10, mais 14.10, naturellement, comme on se permet, pour la même
notion de souplesse, de déroger à la loi... Naturellement, on le fait au niveau
du gouvernement parce que c'est une loi, donc c'est différent, mais, quand on
parle de déroger au règlement, on peut le faire par le biais d'un arrêté
ministériel du président du Conseil du trésor. Donc, ce n'est pas les mêmes
mesures qui se retrouvent aux mêmes endroits, mais l'idée, c'est de se garder
cet espace d'évolution et de souplesse nécessaire, là, à l'espace... dans
l'espace d'innovation, dans l'espace d'innovation et pas dans la
réglementation, pas dans les marchés publics en général.
Le Président (M. Simard) : D'accord.
M. le député de Mont-Royal—Outremont.
M. Arcand : Merci, M. le Président.
Je suis un peu, je dirais, surpris de ça dans la mesure où... Je comprends
qu'on vient de se donner, depuis plusieurs heures, un nombre important de
principes, que le gouvernement ait besoin d'un peu de flexibilité. Je peux
toujours comprendre, mais je suis un peu... Là, d'ajouter «président du Conseil
du trésor», j'ai l'impression... en tout
cas, c'est mon sentiment, j'ai l'impression que, sous le vocable «l'espace
d'innovation», on va se retrouver avec une espèce de fourre-tout, et j'ai peur
que ça devienne quelque chose qui soit, je dirais, un prétexte, finalement, à
avoir bien de la flexibilité.
Moi, ce
que... Ça m'inquiète un peu, parce qu'à partir du moment où... Évidemment, vous
allez me dire que vous ne savez pas
de quoi l'avenir est fait, mais, à un moment donné, si on s'aperçoit, par
exemple, que ces articles-là sont utilisés de façon très importante et
très constante, on se pose la question. Je comprends que c'est marqué : On
va respecter les grands principes, etc.,
mais, quand même, il y a, à mon avis, une flexibilité qui me semble un peu
grande à ce stade-ci.
Mme LeBel : Je comprends, M. le
Président, puis je comprends très bien, cher collègue, votre préoccupation.
L'objectif est, naturellement, de se donner une flexibilité dans un contexte
extrêmement particulier et circonscrit, donc, naturellement, dans le contexte
de l'article 2, à respecter, et toujours dans les principes des objectifs
de 14.8. Donc, on a quand même des balises au contexte et on ne peut pas
déroger à n'importe quel type de règlement.
On peut déroger à des règlements... On peut
déroger par le biais d'une mesure, c'est-à-dire... À
titre d'exemple, la
réglementation prévoit les modes d'adjudication possibles d'utiliser pour le
gouvernement. Advenant le fait qu'un mode d'adjudication, et non pas
l'attribution d'un contrat spécifique, là, un mode d'adjudication... on veut
tester un mode d'adjudication dans l'espace d'innovation, que la réglementation
ne prévoit pas ce mode d'adjudication là, bien, on pourrait se permettre, par
arrêté, en autant que c'est conforme aux principes de l'article 2 et aux
objectifs de 14.8... on pourrait dire : Bien, pour un tel type de contrat,
on peut utiliser tel type de mode d'adjudication. Et ensuite, naturellement, il
faudra que la réglementation... on fasse la modification de la réglementation
en conséquence après avoir utilisé et testé ce mode d'adjudication. Puis c'est
un peu... Quand je disais qu'on peut se permettre de tester, bien, ensuite, si
ça fonctionne, il faut introduire.
D'aller changer les règlements et de prévoir,
dans les réglementations, tous les types de modes d'adjudication...
Aujourd'hui, on peut tous les prévoir, ceux qui sont, aujourd'hui, des modes
d'adjudication connus ou reconnus, je peux le dire comme ça. Parce qu'il y en a
certains qui sont connus, mais que, dans certaines juridictions, ils sont même
controversés présentement. Donc, on pourrait dire : Oui, c'est un bon mode
d'adjudication, mais il y a des juridictions où ils sont controversés et
contestés, donc attendons de voir, avant de l'introduire dans notre
réglementation, ce que ça donne, mais peut-être qu'on peut se permettre de,
nous, le tester à notre niveau. Donc, c'est plus ça.
Mais je veux vous rassurer, il y a peut-être une
mesure que je suis en train de regarder pour peut-être élever un peu le niveau,
là, de la dérogation.
M. Arcand : ...Mme la Présidente, on
peut, à la rigueur... Le 14.10, on peut, à la rigueur, le comprendre. 14.11, ça
commence à... ça ajoute encore davantage et...
Mme LeBel : Je comprends très bien.
M. Arcand : Vous comprenez ce que je
veux dire.
Mme LeBel : Absolument. Si vous
permettez, on peut peut-être suspendre. J'ai peut-être une suggestion pour
venir un peu mieux encadrer 14.11 tout en nous gardant la souplesse nécessaire
à ce que je viens de vous exposer.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Alors, nous allons suspendre.
(Suspension de la séance à 16 h 57)
Le Président (M. Simard) : Bien.
Alors, hors d'ondes, sachez, là, pour ceux qui nous écoutent, à quel point le
travail est très productif et en continu des deux côtés de la table. Alors,
c'est fort intéressant que d'être témoin d'autant de collégialité
parlementaire.
Nous en sommes toujours rendus à
l'article 14.11. Mme la ministre.
Mme LeBel : Oui. Donc, suite aux
discussions avec mon collègue de Mont-Royal—Outremont, on a... Bon, il y
avait — naturellement,
bien, je me remets dans la situation — un
petit enjeu à l'effet d'avoir peut-être une possibilité trop simple de
pouvoir déroger à un règlement.
Mais il y a toujours aussi la notion de garder
l'article 14.9. Juste pour resituer, M. le Président, à
l'article 14.9, vous vous souviendrez, à la fin de l'article 14.9, on
indiquait qu'on pouvait ajouter toute mesure, que le président du Conseil du trésor... — d'ailleurs, il va peut-être falloir l'ajuster — toute
mesure en vertu... — j'ai pensé à voix haute, puis ce n'est pas une bonne idée — toute
mesure en vertu de l'article 14.11. Donc, pour être capables d'ajouter des
mesures qui sont des mesures de l'article 14.9
pour l'espace d'innovation, ça nous prend une mécanique. C'était 14.11 qui le
prévoyait.
À l'origine, tel que déposé, l'article prévoit
que c'est le président du Conseil du trésor qui peut, par arrêté ministériel,
qui est une mécanique beaucoup plus simple, déroger à un règlement. Bon, ce que
j'expliquais à mon collègue, c'est que l'idée n'est pas de déroger à n'importe
quel type de règlement pour n'importe quel type de raison, c'est vraiment pour insérer une mesure à 14.9.
Donc, ça va dans le cadre de l'espace d'innovation, des principes de
14.8 et des principes de l'article 2 de
la loi. Donc, c'est quand même ciblé et ça peut avoir, entre autres...
L'exemple le plus évident qui me
vient en tête, c'est de vouloir tester un mode d'adjudication qui n'est pas
prévu dans la réglementation et se permettre, dans l'espace... d'ainsi faire évoluer les règles contractuelles
correctement et de se donner la possibilité de le faire, de pouvoir
prendre un arrêté ministériel, dire : Parfait, je peux prendre tel mode
d'adjudication, même s'il n'est pas prévu dans la réglementation, l'essayer ou
l'expérimenter dans l'espace d'innovation et, après ça, y donner suite selon
les résultats.
Compte tenu des préoccupations exprimées par mon
collègue de Mont-Royal—Outremont, on
a monté d'un cran le niveau d'autorisation. Donc, au lieu de faire un
règlement, de modifier la réglementation ou de permettre par arrêté, je pense
que ce qu'on vous propose, c'est un entre-deux qui est moins souple qu'un
arrêté mais plus souple que la procédure réglementaire traditionnelle. Il y a
quand même une publication de 45 jours, mais ce qu'on propose, donc, c'est
de remplacer... à l'article 14.11 sur la loi des contrats publics, proposé
par l'article 5 du projet de loi, remplacer «président du Conseil du
trésor peut, par arrêté» par «[le] Conseil du trésor peut, par règlement».
Donc, ça devient maintenant cinq ministres,
habituellement, qui composent le Conseil du trésor, et on devra le faire par
règlement avec une publication de 45 jours. Mais c'est quand même plus
souple, dans sa procédure, que le processus réglementaire habituel. C'est comme
un entre-deux.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Alors, simplement pour une raison technique, auriez-vous l'amabilité de
le déposer officiellement en en faisant la lecture formelle, s'il vous plaît?
Mme LeBel : Oh! oui, excusez-moi.
Alors, je le dépose officiellement et je le lis. Donc,
article 5,
article 14.11 de la
Loi sur les contrats des organismes publics : À
l'article 14.11 de la
Loi sur les contrats des organismes publics, proposé
par l'article 5 du projet de loi, remplacer «président du Conseil du trésor
peut, par arrêté» par «Conseil du trésor peut, par règlement».
Le Président (M. Simard) : Y
aurait-il des interventions? M. le député de Mont-Royal—Outremont.
M. Arcand : Bien, je pense que ça
répond, en tout cas, en partie, à une de mes préoccupations, M. le Président.
Simplement, je retiens de ça aussi, de ce que la ministre m'a dit, que ce sont
des circonstances quand même assez exceptionnelles qu'on est obligés de faire
Et le fait de remplacer «président du Conseil du
trésor» par «Conseil du trésor», ça veut dire un minimum de trois ministres, au
moins, parfois cinq, mais, disons, au moins trois qui doivent, donc, exercer
cela, mais, encore une fois, en espérant que c'est quelque chose d'assez
exceptionnel. Alors, moi, j'accepterais ça.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Mme la députée de Mercier?
Mme Ghazal : Non, ça va. J'accepte.
Merci.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Aucune autre intervention sur cet amendement? Conséquemment, nous allons
procéder à sa mise aux voix. L'amendement proposé pour l'article 14.11,
dans l'article 5, est-il adopté?
Le Président (M. Simard) : Adopté.
Et nous revenons, comme tel, à l'étude de l'article 14.11. Mme la
ministre, y aurait-il autre chose?
Mme LeBel : Moi, je n'ai pas
d'autre commentaire sur 14.11 tel qu'amendé.
Le Président (M. Simard) : D'autres
commentaires sur 14.11? Très bien. Nous passons... Oui, M. le député de
Jonquière.
M. Gaudreault :
Je veux juste comprendre comme il faut. Qu'est-ce qui va faire en sorte que
la ministre va décider, disons, dans l'espace d'innovation, si jamais il y
avait une mesure qui diffère des normes prévues à 14.9 ou des
mesures prévues, qu'on va y aller par règlement du gouvernement ou par
règlement du Conseil du trésor? Je veux juste bien comprendre. Bien, qu'est-ce
qui va faire qu'on utilise 14.10 plutôt que 14.11?
Mme LeBel :
Bien, 14.10, c'est pour modifier la loi, donc, modifier ce qui pourrait
être dans la loi et... Donc, ça demande un niveau supérieur, donc on irait par
le Conseil des ministres. Et 14.11, c'est vraiment dans ce qui est dans la
réglementation.
À
titre d'exemple,
14.11, je vous parlais des modes d'adjudication, qui se retrouvent dans la
réglementation. On parlait, entre autres, dans les consultations... On me
rappelait qu'on parlait du mode de conception-construction. J'avais
conception... conception-construction. Présentement, ce n'est pas prévu dans la
réglementation. Donc, avant de l'introduire dans la réglementation, on pourrait
le tester, ce mode alternatif là, je vais le dire comme ça, dans le sens qu'il
n'est pas prévu dans l'espace d'innovation, mais je ne l'ai pas prévu à 14.9.
Donc, je pourrais, par règlement du Conseil du trésor, dire que, pour un
contrat donné ou pour un projet donné, je vais y aller par
construction-conception... conception-construction, où je vais le tester, puis
là, après ça, bien, le tester dans l'espace d'innovation.
M. Gaudreault :
O.K. Et 14.10... Je veux bien comprendre. Pourquoi, des fois, on va prendre
14.11 puis, des fois, on va prendre 14.10?
Ça va être quoi, son critère pour passer à un cran supérieur, si on veut, à
14.10 plutôt qu'à 14.11?
Mme LeBel :
Bien, je vais juste essayer de vous donner un exemple concret, là.
M. Gaudreault : Puis
la ministre a dit : 14.10 va me permettre de changer la loi. On s'entend
que ce n'est pas ça, là.
Mme LeBel :
Non. C'est pour différer, pas changer, différer aux normes prévues par la
loi. Puis l'autre vous permet de déroger aux normes prévues dans un règlement.
Donc, c'est juste des normes qui sont prévues à des endroits différents, c'est
juste ça, mais ça passe toujours par 14.9. C'est toujours pour ajouter des
mesures à 14.9.
M. Gaudreault :
Oui. Ça, je le comprends, mais il y a deux chemins, 14.10 ou 14.11.
Mme LeBel :
C'est parce qu'il y a des mesures qui peuvent...
Mme LeBel :
C'est pour ça que je veux vous trouver un exemple de mesure. Quand je vous
parle d'une mesure qui est de tester un mode d'adjudication, ces modes
d'adjudication là, ce sont des mesures prévues dans un règlement. Donc, si,
cette mesure-là, je veux prendre une mesure qui introduit un nouveau mode
d'adjudication qui n'est pas prévu dans un règlement, comme je viens de déroger
à un règlement, je devrai passer par 14.11 pour pouvoir le faire.
Si je veux faire, à
titre d'exemple, un appel d'offres sur invitation pour un prototype, à
titre
d'exemple, qui n'est pas prévu... Et ça, ça peut être...
Je sais que ça a
l'air complexe, mais, si la mesure que je veux ajouter, auquel... que je veux
ajouter, je la regarde objectivement puis je me dis : Oh! cette mesure-là,
il faudrait qu'elle soit prévue dans la loi, là, je me trouve à déroger à une
mesure prévue dans la loi, il faudrait que je passe par 14.10 pour la faire.
Mais là j'essaie de trouver un exemple, mais je ne suis pas... je suis moins à
l'aise pour l'expliquer.
Mme LeBel :
O.K. Parfait. À
titre d'exemple... Oui, des fois... Il faut que je sois capable
de vous l'expliquer correctement, là. À
titre d'exemple, dans la loi, on parle,
pour les prototypes... on parle qu'on peut faire des appels d'offres publics
pour un prototype. Disons que je veux, dans l'espace d'innovation, faire un
appel d'offres sur invitation pour un prototype. La loi prévoit un appel
d'offres public. Donc, c'est une mesure que je voudrais tester dans l'espace d'innovation. Elle déroge, donc, à
la loi qui dit que, dans le cas d'un prototype, je dois faire un appel
d'offres public, donc je devrai passer par
14.10. Le Conseil des ministres, qui pourra me permettre, dans un cas donné, de
faire...
Mme LeBel :
...par 14.10, pourra me permettre, dans une mesure particulière... pour faire,
dans un cas donné, un appel d'offres sur invitation sans avoir à modifier la
loi.
M. Gaudreault :
Parfait.
Mme LeBel :
Et, quand c'est une mesure qui est prévue par un règlement et que c'est à
cette mesure-là que je veux différer... à ces mesures-là que je veux différer
par une autre mesure... Je commence à me perdre dans ma propre tête. C'est
comme l'économie circulaire, hein, ce que je suis en train de faire. Mais,
comprenez, ça dépend de la mesure.
Ce qui va
déterminer... Je reprends. Ce qui va déterminer que je prenne 14.10 ou 14.11,
ça va être la mesure que je vais vouloir faire, puis il va falloir que je
regarde cette mesure-là, puis il va falloir que je dise : Elle aurait dû être
prévue dans la loi ou elle aurait dû être prévue dans le règlement? Et, si la
réponse, c'est dans la loi, je passe par 14.10. Si la réponse, c'est dans le
règlement, je passe par 14.11. C'est-tu mieux résumé?
Le Président (M. Simard) : Alors, on
va continuer de manière circulaire, mais en abordant l'article 14.12.
Mme LeBel : Merci. «14.12. Aux fins
du présent chapitre, les ministres qui sont sollicités par le président du
Conseil du trésor lui prêtent leur concours dans les domaines qui relèvent de
leur compétence.
«Il en est de même des organismes publics,
notamment afin de permettre au président du Conseil du trésor de déterminer les
acquisitions aux fins de l'article 14.9.
«De plus, les ministres et les organismes
publics fournissent, sur demande, les renseignements nécessaires à la
production de tout rapport de suivi prévu à l'article 22.1.1.»
Donc, le présent
article permet au président du
Conseil du trésor de solliciter la collaboration des ministres et des organismes publics aux fins de l'Espace
d'innovation des marchés publics, notamment pour identifier les
acquisitions par le biais desquelles les mesures qui y sont prévues seront
expérimentées pour mettre à profit leur expertise ou pour confectionner le
rapport de suivi de l'application du présent chapitre.
Vous comprenez que la grande majorité des
acquisitions ou des appels d'offres publics ne sont pas faits par le Conseil du
trésor, ils sont faits par d'autres ministères et organismes, donc, pour...
mais c'est le Conseil du trésor, le Secrétariat du Conseil du trésor qui a la
responsabilité de l'espace d'innovation pour pouvoir amener ça à un niveau
supérieur et pouvoir avoir une vision d'ensemble des marchés publics. Bien,
pour ce faire, et pour permettre d'identifier la meilleure façon de faire, les
meilleurs contrats, les meilleures mesures... C'est comme une façon de forcer
le dialogue avec mes collègues et la collaboration.
Le Président (M. Simard) : Des
commentaires? Oui, M. le député de Mont-Royal—Outremont.
M. Arcand : Oui. Merci, M. le
Président. Évidemment, inutile de vous dire que j'ai toujours trouvé cet
article-là, surtout le début, un peu particulier, de mettre dans la loi qu'il
faut que les collègues ministres collaborent avec le président du Conseil du
trésor. En général, il y a toujours au moins deux rebelles. En général, c'est
le ministère de la Santé puis c'est le ministère des Transports qui sont
passablement les plus difficiles. Il y en a même un troisième. Bon, d'accord.
Alors, il y a ça, d'une part.
Mais, essentiellement, je voulais, dans cet
article-là, également apporter un amendement, que je pourrais déposer aussi
aujourd'hui.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Alors, nous allons suspendre momentanément.
(Suspension de la séance à 17 h 23)
Président (M. Simard) : Bien. Nous reprenons. Et la parole appartient, à c