Institutions — 12 April 2018 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2018-04-12
Quebec — Committees
L'alcool
demeure un problème majeur de santé publique. L'ASPQ déplore l'absence de la
notion de santé dans le projet de loi
n° 170 et le manque d'une
analyse critique des problèmes liés à l'augmentation de la consommation d'alcool. Le prisme de la santé semble complètement occulté de
l'approche gouvernementale en matière d'alcool. On l'aborde principalement sous
l'angle de la rentabilité et ignore les coûts directs et indirects de santé et
sociaux associés à la consommation de l'alcool au Québec. Puisque les
conséquences de l'alcool sur la santé de la population et les coûts
directs et indirects de santé et
sociaux qui y sont associés sont bien documentés, que diverses politiques
ont été évaluées et permettent de mettre de l'avant une réelle économie
de la prévention, l'ASPQ trouve important de les mettre de l'avant.
Pour étayer
son propos, l'ASPQ remarque que, dans le projet de loi n° 157 concernant le cannabis, le gouvernement
du Québec mentionne à 34 reprises le mot
«santé», à deux reprises le mot «santé publique» et à 12 reprises le mot «prévention». Dans le projet de loi n° 170,
aucun de ces termes n'est mentionné, bien que l'alcool demeure un problème
majeur de santé publique.
C'est pourquoi notre première recommandation
s'adresse à l'angle du projet de loi. L'ASPQ recommande de construire une loi cohérente de santé durable, qui
tient compte de la prévention et des dommages sanitaires et sociaux, sans pour autant nier le souci gouvernemental de
développement économique des filières concernées. Selon OCDE, même les mesures de prévention les plus coûteuses
présentent un bilan coût-efficacité extrêmement favorable sur le plan de la
santé.
J'aimerais demander à ma collègue Émilie
Dansereau-Trahan de continuer notre présentation. Merci.
Mme Dansereau-Trahan
(Émilie) : Bonjour. Donc, différents constats sont impossibles à nier
en 2018 et doivent être pris en
compte dans les politiques liées à l'alcool. L'alcool est associé à plus de
200 problèmes sociaux et de santé. L'alcool est classé cancérigène depuis 1988 par le
Centre international de recherche sur le cancer. Les études scientifiques
montrent une augmentation du risque de
cancer dès la consommation moyenne d'un verre par jour. Cette augmentation
du risque est proportionnelle à la quantité
d'alcool consommée. Toute consommation régulière d'alcool, même faible,
est à risque.
C'est pour ces
raisons que l'ASPQ recommande d'apposer une étiquette sur chaque contenant de
boisson alcoolique... de mise en garde,
indiquant le nombre de consommations standard qu'il contient afin d'aider le
consommateur à surveiller sa
consommation, le nombre de calories, de rendre obligatoire une mise en garde
pour les jeunes, les femmes enceintes,
les personnes qui prennent des médicaments, mentionner les risques de la
conduite avec facultés affaiblies, et mettre
un avertissement sanitaire tel que : «Toute consommation d'alcool comporte
des risques pour votre santé», et de mentionner le risque potentiel de
cancer.
Afin
d'être cohérent dans l'approche du gouvernement en matière de substances
psychoactives, nous recommandons de
produire et de diffuser des campagnes de prévention qui informent la population
des risques réels de toute consommation d'alcool. Ces campagnes, non financées par l'industrie, devront être
neutres et s'appuyer sur des données probantes.
Puisque le prix est
un incitatif important à la consommation d'alcool, l'ASPQ recommande
d'interdire la promotion croisée de toute
forme d'alcool, d'établir une nouvelle catégorie de prix minimum pour la bière
à forte teneur en alcool et de fixer un prix minimum pour chaque type
d'alcool en fonction du degré alcoolique.
marketing de l'alcool contribue grandement à sa banalisation. C'est pourquoi
nous recommandons d'investir les
ressources financières et humaines nécessaires pour appliquer de manière
stricte le Règlement sur la promotion, la publicité et les programmes éducatifs en matière de boissons
alcooliques. Il faudrait notamment y inclure des restrictions en matière de publicité en incluant la publicité
sur Internet et les médias sociaux, interdire toute forme de promotion d'alcool
accessible aux moins de 18 ans et
interdire la promotion sous forme de placement de produit ou de commandite
d'événements étudiants, sportifs et culturels.
Comme approche de
réduction des méfaits et afin de prévenir la conduite en état d'ébriété, le
projet de loi suggère que les tenanciers de
bars suivent une formation sur la consommation responsable d'alcool. Pourquoi
ne pas aller plus loin, comme
l'Ontario l'a fait, soit de reconnaître et de rendre obligatoire la formation
Action Service offerte par l'ITHQ
pour tous les serveurs d'alcool? Les serveurs peuvent jouer un rôle déterminant
dans la réduction du nombre de conducteurs
ivres au volant. De plus, l'ASPQ ne comprend pas pourquoi il serait permis à un
établissement d'hébergement d'avoir des machines distributrices
d'alcool, alors qu'elles sont interdites pour le tabac depuis 2006. Elles
devraient simplement être interdites.
Finalement,
par souci de cohérence avec l'approche du gouvernement en matière de substances
psychoactives, l'ASPQ recommande d'intégrer à la mission de la SAQ la notion de
prévention de la santé, comme c'est le cas pour la Société québécoise du
cannabis.
Merci. Il nous fait
maintenant plaisir de répondre à vos questions.
Président (M. Auger) : Merci beaucoup pour votre présentation.
Nous allons maintenant débuter les échanges du côté gouvernemental et M.
le ministre avec 16 minutes à votre disposition.
M. Coiteux :
Oui. Merci, M. le Président. Merci, M. Chauvin. Merci,
Mme Dansereau-Trahan, M. Bédard également. Non, pas M. Bédard. Mme Bédard. Je suis
désolé. Je suis tout à fait désolé. Je lisais, là, rapidement ici. Merci
d'abord d'être venus, de nous avoir
présenté un mémoire. Je vois bien entendu que votre regard sur le projet de loi
est beaucoup plus vaste que l'objet
du projet de loi. Et c'est tout à fait correct, là. C'est-à-dire, vous êtes
préoccupés par l'aspect sur la santé
d'une consommation abusive. Et je comprends que cette consommation abusive,
elle peut avoir lieu à différents endroits,
là, pas forcément dans un restaurant, pas forcément à l'intérieur d'un établissement
hôtelier. Ça peut très bien se passer
à la maison. Donc, il y a un certain nombre de vos recommandations qui touchent
de façon générale comment les lois qui, de façon directe ou indirecte,
ont une incidence sur la consommation d'alcool ou sur l'encadrement de la consommation d'alcool au Québec... Vous avez des
recommandations, donc, qui vont bien au-delà de ce projet de loi.
Parce
que ce n'est pas un projet de loi qui a l'ambition de revoir toutes les lois du
Québec qui touchent de près ou de loin
l'alcool, là. C'est un projet de loi qui vise à adapter notre pratique actuelle
en matière de délivrance de permis en
particulier, de l'adapter à la réalité du monde d'aujourd'hui dans une
industrie qui, comme toutes les autres industries, a connu un certain nombre d'innovations. Puis
c'est en ce sens-là qu'on veut... On ne veut pas encourager la consommation
d'alcool, on veut simplement rendre plus
facile la vie des consommateurs qui font un usage modéré, par ailleurs, la
vaste majorité. Puis on veut faciliter la vie aussi de ceux qui ont à
transiger avec l'État pour obtenir le permis de vendre quelque chose qui est légal. Et on impose, depuis un certain nombre
d'années, un certain nombre d'exigences qui sont, quant à nous,
exagérées, voire même abusives.
Donc, il y a plusieurs cas qui ont été soulevés au
cours des derniers jours. Par exemple, le timbrage de bouteilles décoratives, alors qu'il n'y a pas d'alcool à
l'intérieur des bouteilles en question, ou encore le fait que des... Peut-être
que vous avez un avis, une opinion là-dessus, mais — d'ailleurs, je voudrais vous entendre
là-dessus, d'ailleurs — on est en voyage à
l'extérieur, et puis il est 8 h 30 le soir, et puis c'est une belle
soirée d'été, puis on s'assoit à une terrasse, on est un couple avec ses enfants, bien, c'est possible partout
ailleurs, mais pas au Québec parce que l'établissement en question a un
permis de bar, bien qu'il se comporte, dans ces heures-là, comme un restaurant.
Ce n'est pas permis au Québec, bon.
Alors,
on essaie de corriger un certain nombre de ces choses-là, mais en même temps,
et on le prend à travers l'action de la RACJ, la Régie des alcools, des courses
et des jeux, qui est sous la responsabilité du ministère de la Sécurité publique, donc ça m'incombe aussi comme
responsabilité et comme ministre, sous l'angle des responsabilités de la RACJ.
Aussi, on veut aller plus loin dans la
promotion d'une consommation responsable. Alors, il y a un certain nombre de
mesures, comme la formation
obligatoire des détenteurs de permis
et des gérants, ce qui n'interdirait pas un jour, si on pense qu'on devait aller jusque là, ce qui n'interdirait pas
un jour d'aller jusqu'à la formation de l'ensemble des serveurs. Donc, il n'y a pas
une incompatibilité entre ce qu'on propose d'un point de vue législatif et ce
que vous demandez. C'est une question de
temps. Est-ce qu'on veut maintenant
imposer... on part de zéro, là, hein? Est-ce qu'on veut, demain matin, imposer
à l'ensemble de l'industrie que l'ensemble
de leur personnel ait été formé? On pense que ce serait exagéré tout de suite,
ça ne veut pas dire que ce n'est pas permis plus tard.
Puis c'est pour ça que le projet de loi est
construit d'une manière qui va nous permettre de faire évoluer les pratiques par règlement plutôt que de retourner à
la loi et changer les articles de la loi à chaque fois, et donc, à chaque
fois qu'il y a un besoin important, et
impérieux, et rapide, qui demande une action rapide, de refaire encore une fois
le...
Je vois le
député de Verchères qui me regarde avec un air amusé, mais je pense que, comme
il a déjà été dans une position semblable à la mienne, il comprend
aussi, je pense, le bon côté, parfois, d'utiliser des règlements.
M. Coiteux :
Oui, j'en suis convaincu, j'en suis convaincu, mais je pense que c'est une très
bonne façon de procéder dans certains cas. Et puis ça, c'est un cas de
figure qui est là.
Alors, il
faut bien que je vous pose une question, là. Je voulais juste qu'on se
comprenne, bien sûr, où on veut aller.
La formation. Je sais que vous souhaiteriez l'étendre au plus grand nombre
possible le plus rapidement possible, mais
vous avez parlé nommément de la formation qui est fournie par l'ITHQ, auquel,
évidemment, est
partie prenante également
Educ'alcool, et, vous ne l'avez peut-être pas mentionné ou je ne l'ai pas
entendu, mais je pense que c'est dans votre mémoire, vous souhaiteriez
que ce soit cette formation-là et uniquement cette formation. Et donc, si on
vous écoutait, personne d'autre ne pourrait
offrir une formation pouvant être homologuée par la RACJ. Pourquoi il faudrait
donner le monopole de la formation à une seule institution?
Le Président (M. Auger) :
Mme Dansereau-Trahan.
Mme Dansereau-Trahan (Émilie) :
Oui. Est-ce que je peux me permettre de réagir à votre...
Le Président (M. Auger) : Bien
sûr, bien sûr, bien sûr.
M. Coiteux : Ah! oui, oui, vous
avez tout le loisir de le faire.
Mme Dansereau-Trahan
(Émilie) : En fait, effectivement, notre mémoire va beaucoup plus loin que le projet de loi actuel dans le contexte qu'il dresse parce que
c'est un moment qui est intéressant, étant donné qu'on est en train de légaliser et d'encadrer le cannabis
actuellement au Canada et au Québec, de constater quand même à quel point on
perçoit ces deux substances-là de manière
complètement différente, alors que, quand on en revient à la science, tu sais,
ce sont deux substances psychoactives qui
comportent des risques pour la santé. Puis, quand on regarde les données de
l'Organisation
mondiale de l