Culture and Education — 10 April 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CCE 2013-04-10
Quebec — Committees
(Onze
heures vingt-sept minutes)
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je
déclare laséance
de la Commission de la culture et de l'éducation ouverte. Je demande à toutes
les personnes présentes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
mandat de la commission est de poursuivre les auditions publiques dans le cadre
de la consultation générale sur le projet de loi n° 14, Loi modifiant la Charte de
la langue française, la Charte des droits et libertés de la personne et d'autres dispositions législatives.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui,
Mme la présidente. Mme Charbonneau (Mille-Îles) sera remplacée par M. Kelley (Jacques-Cartier).
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci. Pour ce
qui est de l'ordre du jour, cet avant-midi, nous entendrons les Manufacturiers
et exportateurs du Québec; cet après-midi, nous poursuivrons avec l'organisme
Droits canadiens au Québec, suivi des auditions de MM. Dominique Beaulieu,
Michel Senécal et Me Julius H. Grey.
Bienvenue
à la commission, madame, monsieur. Je vais vous demander de vous identifier et
de nous... Le porte-parole va nous présenter
la personne qui l'accompagne. Vous allez par la suite disposer d'un temps de 10
minutes pour faire votre présentation. Suivra un échange avec les
parlementaires de la commission. La parole est à vous.
M. Prévost
(Simon) : Mme la Présidente, membres
de la commission, bonjour. Alors, mon nom est Simon Prévost, président de Manufacturiers et exportateurs du Québec, et je
suis accompagné de Mme Audrey Azoulay, qui est directrice Affaires
publiques et relations gouvernementales.
la Présidente, notre association est directement interpellée par le progrès
culturel et identitaire du Québec. Ce progrès, avec le sentiment d'appartenance qu'il
suscite, est, à notre avis, un mortier pour la prospérité et le
rayonnement d'une société. Et ce qui est
important pour moi, et je veux le souligner, c'est que cette société a besoin
autant de l'impulsion des arts, des sciences et du commerce pour
prospérer.
langue est un véhicule de cohésion et d'intégrité indispensable à la construction
d'une société, et, en ce sens, notre
association reconnaît la nécessité absolue de défendre la langue française.
Nous pensons d'ailleurs que cette nécessité
sera perpétuelle. Il y a donc la nécessité, mais il y a aussi la manière. Et
évidemment on va s'attarder un peu plus aujourd'hui sur la manière de
défendre la langue française au Québec.
Nous
souhaitons donc intervenir dans le cadre de ces consultations pour plusieurs
raisons, d'abord parce que les débats sur les enjeux identitaires et linguistiques,
ces débats ont toujours suscité des remous politiques et des
incertitudes économiques et c'est important pour les entreprises que nous
représentons de partager avec vous leurs craintes à cet égard. Nous devons
aussi sensibiliser le législateur sur l'impact de son action sur le
fonctionnement même des entreprises, y compris lorsqu'il s'agit de questions
globales, de droits culturels et de droits sociaux. Dernière raison, la question de la langue du travail, de la langue
des affaires et dans le commerce est largement abordée par le projet de loi n° 14, et nous aurons, à ce chapitre, un ensemble de
commentaires à soumettre à la commission. Pour entrer dans le détail, je vais donner la parole à ma collègue Mme
Azoulay.
Azoulay (Audrey) :
Merci, Simon. Mme la Présidente, membres de la commission, je vais, sans transition, partager nos commentaires sur les articles 19
et 45 du projet de loi n° 14 parce que ce sont effectivement les articles qui
nous préoccupent le plus.
Alors,
d'abord, l'article 19, il fait référence à l'interdiction pour les employeurs d'exiger
la connaissance d'uneautre langue que le français à moins que l'employeur prouve la nécessité
de cette compétence linguistique. MEQ remet en question le bien-fondé de
cette obligation dans un contexte économique qui est de plus en plus
internationalisé et dans lequel l'usage de l'anglais, ou de toute autre langue,
d'ailleurs, est devenu un besoin évident. La connaissance d'une langue étrangère semble être, dans le projet
de loi, assimilée à un fardeau imposé, alors que c'est forcément vécu,
au niveau des entreprises, comme une compétence à acquérir et à valoriser, et c'est
très certainement l'avis de très nombreuses personnes.
Il est également mentionné dans l'article 19
que l'interdiction d'imposer la connaissance d'une langue étrangère s'applique à
moins que l'accomplissement de la tâche le nécessite. Il y a, selon nous, dans
cet intitulé, une négligence assez évidente de la complexité réelle des
responsabilités professionnelles et de l'évolution d'un employé au sein
d'une entreprise. La règle ignore la
difficulté que pourrait rencontrer un employeur pour définir de manière précise
l'usage et la fréquence d'utilisation au travail d'une langue autre que
le français, d'autant plus que la notion de nécessité n'est pas clairement
définie dans le projet de loi.
Une entreprise peut aussi décider, dans la
perspective de développer ses activités au Canada ou à l'étranger, de privilégier un candidat aux compétences linguistiques
qui pourraient correspondre éventuellement à moyen terme aux besoins de l'employeur.
Dans le projet de loi n° 14, le fardeau de la preuve incombe à l'employeur,
qui doit faire l'évaluation des besoins
linguistiques réels associés au poste. MEQ considère que cette tracasserie
administrative n'est pas justifiable
dans un contexte actuel et que c'est définitivement dans le cadre d'une
relation employeur-employé que les compétences linguistiques doivent
être décidées et, au besoin, améliorées dans le cadre d'une entente de
formation.
ailleurs, dans le cadre de fonctions professionnelles, il n'est pas
nécessairement possible de remplacer un employé
par un autre afin de répondre aux exigences linguistiques particulières d'une
tâche. Et ainsi la mention, dans le projet
de loi, disant que l'évaluation doit notamment tenir compte des compétences
linguistiques déjà exigées des autres membres
du personnel pour combler les besoins des entreprises nous semble inapplicable
et, dans une certaine mesure et dans
certaines situations, elle nous semble même absurde. Il est proposé aussi dans
le projet de loi que cette interdiction s'applique lors de l'embauche, lors d'une mutation et lors d'une
promotion. Et il y a là une intrusion de l'État dans la gestion des
ressources humaines des entreprises qui nous apparaît tout à fait inacceptable.
Alors, maintenant, au sujet de l'article 45,
il inclut les entreprises de 26 à 49 employés à des obligations similaires à celles qui
sont imposées aux entreprises de 50 employés et plus avec notamment l'obligation
de faire l'examen de leur mode de
fonctionnement et de s'assurer que le français est la langue normale de
travail. Dans de si petites organisations, il est beaucoup plus
difficile de faire disparaître les affinités linguistiques entre employés ne
parlant pas le français. Et nous craignons que l'application de cette
obligation soit vécue avec une certaine stupéfaction sur le plan des relations interpersonnelles ainsi que sur le plan de la
liberté d'expression. Évidemment, à cela s'ajoute un fardeau
administratif qui est possiblement très lourd au niveau de l'exercice de
conformité, mais aussi dans le quotidien des communications internes. À cet égard, le projet de loi n° 14 s'inscrit en faux avec les
ambitions gouvernementales en matière d'allégement
réglementaire et administratif.
la Présidente, le projet de loi n° 14 ne propose pas
seulement le français comme un droit, mais aussi comme une obligation. Et nous ne voyons pas comment une société puisse
véritablement s'épanouir dans l'obligation de sa langue et dans l'interdiction
d'une autre. Et nous questionnons les risques d'un interventionnisme de cette
nature dans un enjeu aussi proche de la
culture humaine. Nous pensons donc que la défense de la langue française au
Québec ne se passera pas de la défense de la
littérature québécoise, des arts et du renforcement des qualités de la langue,
autant de champs d'action qui, bien
que plus difficiles à prendre en main par la facilité de la réglementation,
sont véritablement les terrains sur lesquels la langue se construit
comme lieu de rassemblement. MEQ propose ainsi un ensemble d'avenues qui ont pu
déjà être explorées, mais qui pourraient, nous le pensons, largement être
renforcées.
D'abord, première recommandation, nous
proposons d'opter pour une approche qui soit plus locale de la défense de la langue
française avec la participation des municipalités, en particulier de Montréal,
puisque c'est dans la métropole que les glissements linguistiques
inquiètent le plus le gouvernement.
En deuxième recommandation, nous proposons de
renforcer les objectifs de francisation en misant sur une nouvelle politique culturelle dont l'objectif sera assez
ambitieux pour donner un nouvel élan à la littérature, au théâtre, aux arts de la scène, au contenu francophone,
notamment dans le domaine des sciences et des technologies, et encore à
tous les différents supports médiatiques. La
langue française, selon nous, sera pleinement attrayante et utilisée si elle
offre dans son usage un nouveau contenu, une nouvelle connaissance et de
nouvelles ouvertures.
Notre
troisième recommandation, renforcer l'identité francophone du Québec en
reconnaissant le rôle du développement
économique dans le renforcement de l'identité québécoise. Pour cela, le
gouvernement devrait miser sur des
conditions d'affaires qui soient pleinement compétitives afin d'encourager une
nouvelle culture entrepreneuriale partout au Québec. L'assise de l'identité québécoise a également besoin des
forces économiques, et il y a des liens qui sont très forts à faire
entre le succès d'entrepreneurs québécois et le renforcement de l'identité
québécoise.
Le gouvernement doit — puis c'est notre quatrième recommandation — reconnaître de manière plus formelle que la pratique de la langue anglaise est un avantage sur le
plan professionnel comme sur le plan personnel. Le projet de loi n° 14 suscite beaucoup trop d'antagonisme, selon nous, vis-à-vis de l'anglais,
et l'adoption de ce projet de loi générera très certainement au sein des entreprises une
stupéfaction face aux nouvelles restrictions linguistiques. Ces
restrictions vont soulever de nombreuses
questions aux frontières des obligations, notamment avec les entreprises qui
sont en lien constant avec d'autres entreprises et d'autres filiales
installées dans le reste du monde.
Notre
cinquième recommandation, renforcer l'institutionnalisation du français en
renforçant les organismes dédiés à la
défense de la langue française, mais en orientant leur mandat vers une
promotion plus marquée du côté des valeurs
culturelles du français et peut-être un peu moins dédiée à l'inspection ou au
contrôle des pratiques linguistiques dans les espaces sociaux. Ça
permettra au gouvernement d'adopter une approche beaucoup moins paternaliste et
d'éviter l'erreur monumentale que serait
celle d'une déresponsabilisation des Québécois vis-à-vis de la langue
française. Et là, Simon, je vais te laisser conclure.
M. Prévost (Simon) : Alors, en conclusion, Mme la
Présidente, le texte du projet de loi nous semble véhiculer l'idée de l'utilisation d'une
langue étrangère, et, disons-le, en particulier l'anglais, comme une injustice.
Donc, on s'oppose à l'état d'esprit très antagoniste, à notre avis, du
projet de loi. On s'oppose également aux mesures qui augmenteraient le fardeau
réglementaire et administratif de l'entreprise. En somme, ce qu'on a envie de
proposer, c'est beaucoup plus une approche positive pour la défense du
français. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci, Mme Azoulay, M. Prévost. Nous allons commencer les
échanges. Mme la ministre responsable de la Charte de la langue française, vous
avez la parole.
De Courcy : Bien, alors, d'abord,
merci pour votre contribution. Elle est très appréciée et nécessaire, l'association
des manufacturiers étant une association importante au Québec. Je dois
souligner le fait que vous avez participé à
la stratégie commune et que vous étiez un acteur, et vous êtes encore un acteur
qui a pris part à cette stratégie qui
a été relativement intéressante, mais qui a donné de bons résultats de temps à
autres, pas autant que l'on aurait souhaité. J'en parle avec aisance
pour y avoir participé, pour avoir été à la table avec tous lors de l'élaboration
de la stratégie commune et de son suivi.
Maintenant,
d'abord et en tout respect pour le travail fouillé que vous avez fait, bien
entendu, j'aimerais vous indiquer que je
voudrais corriger une perception qui, j'espère, après ce que je vous dirai,
sera corrigée. En aucune façon, le
projet de loi et l'intention gouvernementale est de négliger une ouverture sur
le monde, l'importance de l'apprentissage d'une première, d'une
deuxième, troisième, quatrième langue, au contraire. Il y a des dispositions
importantes, des dispositions complémentaires, il y avait 18 mesures, etc. Bon.
Alors,
je veux vraiment et fermement vous dire que l'objet de ce mémoire... de ce
projet de loi ne va pas à l'encontre de l'apprentissage
ou de la pratique d'une langue seconde, mais bien dans un renforcement du
français. Nous avons des visées ou
des vues différentes par rapport à ce renforcement-là, mais je crois que nous
partageons l'importance du renforcement du fait français. Alors, que
ceci soit dissipé, je l'espère.
Maintenant,
j'ai été particulièrement attentive à ce que vous avez nommé comme l'adoption d'une
nouvelle politique culturelle. Je crois que
vous rejoignez, à cet égard, un grand nombre de Québécois et Québécoises qui
jugent que... Et on en a entendu parler, là, le projet de loi n° 14
a soulevé toutes sortes de questionnements, toutes sortes d'interventions, mais a très certainement levé le
voile sur l'importance d'une nouvelle politique culturelle, ce à quoi le
ministre de la Culture a d'ailleurs déjà
indiqué des intentions, pas nécessairement par l'élaboration d'une nouvelle
politique mais par des préoccupations
entourant le livre, la chanson, bon, etc. Alors, j'apprécie grandement que...
Et c'est la première fois qu'on le voit dans les mémoires qui nous sont
présentés depuis un bon moment. Il y en a au-dessus de 85. Nous n'avons pas vu
précisément cet objet, alors nous le fouillerons davantage.
En concluant, parce que... pour ma part, mais
l'équipe qui est avec moi, des députés, va poursuivre la discussion avec vous.
Vous savez que je quitterai pour le Conseil des ministres, je vous ai avisés de
la question. Je voudrais vous signifier tout l'intérêt que j'ai eu à
rencontrer de nombreux manufacturiers au cours d'une tournée québécoise que j'ai faite à partir du mois d'octobre. Et j'ai
visité les 16 régions sur 17; la 17e, je la fais dimanche. J'ai rencontré là
des entrepreneurs, des manufacturiers, des
gens qui ont témoigné d'une grande préoccupation quant à l'économie
québécoise, bien sûr, mais aussi quant à
leur apport et leur intérêt à ce que leurs pratiques de gestion et leurs
pratiques dans l'entreprise puisse contribuer au fait français au
Québec, avec des initiatives qu'ils ont prises qui, ma foi, se sont montrées
fort intéressantes. Alors, je vous dirais
que le projet de loi, d'ailleurs, fait écho à certaines pratiques qu'ils ont
déjà mises en place.
Alors je souhaite bien que notre
collaboration A1 que nous avons avec des membres de votre association, et plus particulièrement
avec l'association, bien puisse se poursuivre dans ce sens-là à la lumière de
votre expérience comme association, mais aussi de l'expérience de chacun
de vos membres et de l'intérêt que vous portez à la chose. Alors, je vous remercie, donc, pour les remarques. Même si
je peux ne pas partager entièrement votre point de vue, il n'en demeure
pas moins que je souligne l'intérêt que vous y avez porté et l'originalité de
la recommandation autour de la politique culturelle. Alors, je vous remercie.
Mes collègues vont poursuivre l'échange avec vous. Merci.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci, Mme la ministre. La parole est maintenant au député de Saint-Hyacinthe.
M. Pelletier (Saint-Hyacinthe) : Merci, Mme la Présidente. Bonjour
madame, monsieur. Je salue mes collègues qui
sont ici ce matin. Je vais vous amener sur un dossier, le dossier du... on peut
dire... Vous affirmez qu'une relation employeur-employé…
la compétence linguistique devrait être décidée par l'employeur avec l'employé.
Vous mentionnez que l'article 45 du projet de loi n° 14,
qui inclut les entreprises aussi de 26 à 49 employés… Ma remarque, c'est faire en sorte… C'est-à-dire, vous êtes probablement de
ceux qui sont venus déposer qui disent que... qui affirment, ou à peu près, que la langue de travail n'aurait pas d'influence
sur l'impact du français dans la communauté québécoise. Peu importe la
situation, il faut absolument que… si le français n'est pas nécessaire au
travail, ce n'est pas grave, en autant qu'on peut exporter les marchandises et
puis que la langue à l'extérieur s'applique. Moi, c'est mon interprétation.
vous mentionnez même que l'article 50.2 de la Charte de la langue proposé dans
le projet rappelle que «le fardeau de la
preuve incombe à l'employeur qui doit faire l'évaluation "des besoins
linguistiques réels associés au poste". MEQ considère que cette
tracasserie administrative est de plus en plus injustifiée dans le contexte
actuel et que c'est définitivement dans le
cadre d'une relation employeur-employé que les compétences linguistiques
doivent être décidées et augmentées
dans le cadre d'une entente de formation.» Croyez-vous réellement que cela sera
suffisant pour assurer la place du français comme langue d'usage au
travail?
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Oui, M. Prévost.
Prévost (Simon) : Merci, Mme la
Présidente. Alors, permettez-moi de faire quelques remarques sur les propos de
la ministre avant de répondre plus précisément à M. le député.
Donc, premièrement, je
veux quand même reconnaître l'ouverture de Mme la ministre, qui est intéressée
à collaborer avec les différentes
associations, notamment les associations d'entreprises, qui sont au premier
chef interpellées par un tel projet de loi. Donc, on vient, nous aussi, avec une approche
d'ouverture, collaborer aux travaux de la commission. Et je veux saluer
cette ouverture de la ministre.
vais faire un lien aussi avec le commentaire de M. le député. C'est-à-dire que
je pense qu'à partir du moment où, Mme la ministre, vous avez corrigé une perception,
je pense qu'il va falloir que je corrige aussi les perceptions parce qu'on
est dans des questions de communication manifestement, donc peut-être qu'il
faut corriger le tir en termes des mots qu'on
utilise. Mais ce qui est clair, c'est que, même si les intentions
ministérielles sont à l'effet qu'on devrait pouvoir continuer d'être ouverts vers le monde et de
pouvoir utiliser différentes langues pour ce faire etc., il reste que les
mots ont une importance, et le projet de
loi, à sa lecture et aux réactions qu'on a vues aussi dans la population en
général, devra être corrigé pour
éliminer à la source cette perception et les tracasseries qui sont imposées aux
entreprises lorsque vient le temps d'exiger des compétences
linguistiques autres que l'usage du français.
la question de la politique culturelle, je suis étonné qu'il n'y ait pas eu d'autres
groupes qui aient examiné cette question-là,
parce que, pour nous, une défense positive du français, ce n'est pas par la
coercition. C'est-à-dire, il y a déjà un bon
cadre législatif qui met des balises quant à l'usage d'autres langues et qui
fait la promotion du français. Pour la suite, il va falloir avoir une
approche beaucoup plus positive. Donc, une approche positive, c'est d'avoir
effectivement un attrait du français pour lui-même, et non pas l'imposer, et
ça, ça va se faire avec une politique culturelle forte.
Quand
la ministre fait référence à la stratégie d'intervention pour Montréal, la Stratégie
commune d'intervention pour Montréal , effectivement j'ai été signataire de cette stratégie, à l'époque,
en 2008. Mme la ministre, dans d'autres fonctions, avait signé aussi cette
déclaration, qui est tout à fait dans l'esprit de ce que nous, on recherche, c'est-à-dire des mesures qui viennent faire la
promotion du français. Et c'était dans un esprit tout à fait positif et non
pas coercitif. Et c'est ce genre de mesures là qu'on veut voir au Québec pour
faire la promotion du français.
Quant à la question
que... ou à l'interprétation qui pourrait être faite de notre position, on n'est
pas en train d'expliquer que parler
français, ce n'est pas important au Québec, là. En fait, je pense que, très
clairement dès le départ, et pour la
suite, et même notre façon de le présenter, nos recommandations sont à l'effet
que le français est important, c'est important aussi qu'on le parle au
travail. Ceci étant dit, il y a plusieurs des mesures qui imposent un fardeau
quant à l'usage d'une autre langue. Alors, il faut distinguer entre faire la
promotion du français et nuire à l'usage d'une autre langue dans un milieu de
travail.
on pense que certaines obligations, par exemple d'expliquer en long et en large
dans des formulaires pourquoi on demande le bilinguisme pour un poste, c'est
aussi absurde que si on devait le faire pour expliquer pourquoi on
demande des compétences informatiques pour un poste. Alors, on ne le fait pas
pour ça, on ne devrait pas le faire pour l'usage de l'anglais non plus, des compétences qui sont requises, nécessaires
dans bien des entreprises. Est-ce qu'on discrimine un employé, dans une description de poste, qui n'aurait
pas les compétences informatiques, alors qu'on suggère que, si on
demande des compétences en anglais, par exemple, on va discriminer le
travailleur francophone unilingue? Dans les deux cas, ce qu'on va faire, c'est
qu'on va lui donner les compétences si on veut qu'il soit employable.
Alors,
la réalité des entreprises est au-delà de considérations, je dirais, qui sont
liées, par exemple, au droit de parler français, hein? Alors, il ne s'agit pas de nier le
droit de parler français de quelconque travailleur, mais il y a une
marge entre cette possibilité de s'exprimer en français dans l'entreprise — alors, je ne pense pas qu'il y ait un employeur au Québec
qui voudrait nier ça à ses employés — mais la nécessité
aussi, dans plusieurs postes, de devoir parler une deuxième langue. Et ça va renvoyer à la nécessité aussi non seulement d'aider
les immigrants à parler français — ça, c'est un autre volet qu'on ne touche pas ici — mais à la nécessité aussi, lorsque requis, de faire
en sorte que les Québécois puissent parler anglais aussi, ou une deuxième
langue, ou une troisième langue. Mais, ceci étant dit, de toute façon, c'est
clair que c'est utile. On l'enseigne dès l'école primaire. Donc, il faudrait qu'il
y ait une cohérence là-dedans.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci. M. le
député de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
M. Breton : Merci, Mme la Présidente. Merci beaucoup de votre
intervention. Je dois dire que je trouve vos préoccupations, vos réflexions
assez intéressantes. Vous semblez vous inscrire en faux avec l'aspect un peu
plus coercitif du projet de loi. Et moi,
pour avoir eu à travailler beaucoup sur des dossiers liés à la protection de
l'environnement au fil des années, j'ai eu
le même genre de discussions avec plusieurs entreprises qui considéraient que faire
la promotion de la protection de l'environnement….
constructeurs automobiles, par exemple, nous disaient que de mettre en place
des réglementations pour forcer les constructeurs à diminuer les émissions de gaz à
effet de serre de leurs véhicules nuirait à leur compétitivité à l'international.
Ils disaient que, dans un contexte mondialisé, ce n'était pas quelque chose qui
était souhaitable. Ça fait que, donc, eux s'opposaient à cela.
a eu un gouvernement, qui était le gouvernement de George W. Bush, qui a accédé
à ces demandes, ce qui a fait que, pendant
30 ans, on a n'a eu aucune baisse de la consommation des véhicules aux
États-Unis. Il a fallu qu'il y ait une
volonté politique claire de la part du gouvernement Obama pour faire en sorte
que finalement la consommation des
véhicules et la diminution des émissions des gaz à effet de serre aillent de l'avant
et que les constructeurs suivent cela.
Moi,
qu'il s'agisse de protection de l'environnement ou qu'il s'agisse de protection
et de promotion du français, je pense, et je l'ai
déjà dit ici, que, de faire la promotion du français, que ce soit comme langue
de travail, je pense que ça peut être
souhaitable, je pense que c'est... en effet, c'est une très bonne chose, mais
je pense que, juste la carotte, dans le passé, ça s'est avéré trop peu.
Et d'ailleurs, puisque de plus en plus d'entreprises à qui on demande de faire
la promotion du français ne font pas la
promotion du français et font la promotion du bilinguisme, même, dans
certaines entreprises, on ne parle qu'anglais, bien, moi, je peux vous dire,
parce que j'ai vu ça dans ma circonscription puis j'ai vu
ça beaucoup à Montréal, ce que je constate, c'est que, oui, la carotte, mais
des fois la coercition, ça a sa place. Et c'est pour ça que mon expérience, mes
compétences m'amènent à penser que les deux volets sont importants, autant l'un
que l'autre. J'aimerais vous entendre là-dessus.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Oui, allez-y, M. Prévost.
M. Prévost (Simon) : Merci, Mme la Présidente. Alors, pour
répondre au député de Sainte-Marie—Saint-Jacques,
on peut faire un parallèle intéressant entre les deux choses, mais il faut se
garder de faire des amalgames douteux aussi. Donc, et là… La défense, on y est,
on est là. Alors, faire la promotion, parler des questions… l'importance du français, évidemment c'est... — je pense qu'on l'a décrit assez bien, là, je ne répéterai
pas ce qu'on a dit tantôt ni ce qu'on a écrit
dans le mémoire, là — c'est important.
Mais, ceci étant dit, ce n'est pas comme s'il
n'y avait pas déjà un cadre législatif relativement coercitif. Il y a une charte de la langue
française, il y a plusieurs obligations déjà auxquelles sont assujetties les
entreprises. Nous, ce qu'on dit en
substance, c'est que... Donc, ce n'est pas comme s'il n'y avait aucune loi
environnementale, pour reprendre l'analogie, là. Il y a des lois, il y a
des cadres, il y a aussi une situation qui, à notre avis, pour encore une fois
faire le lien, est beaucoup moins grave du côté du français qu'elle ne l'est du
côté des gaz à effet de serre, par exemple.
Donc, ce qu'on veut éviter, nous, considérant
qu'il y a déjà un cadre législatif, il y a déjà une charte de la langue française qui
amène plusieurs obligations, il y a une réalité qui est une réalité qu'il ne
faut pas perdre de vue, c'est que le français,
depuis 30 à 40 ans, fait des gains au Québec, une réalité qui est aussi le fait
que d'avoir une élite francophone économique va être un élément majeur
pour la promotion du français… C'est dans ces directions-là que nous, on pense
qu'il faut aller.
Donc, la carotte, oui, effectivement, on
pense que c'est important et on pense qu'on doit en rajouter puis qu'elle soit plus belle
puis plus intéressante, et que, de soi-même, le français se défend avec son
pouvoir d'attraction parce que c'est une
langue vivante, une langue où il y a de... une langue, donc, qui est utilisée
dans le commerce, dans l'économie, dans les arts, mais on pense que ce n'est
pas une carotte toute seule, il y a déjà un bâton, là, alors… Et on pense aussi
que le bâton supplémentaire qu'on propose,
son coût est réel, son efficacité est relative. Donc, c'est pour ça qu'on ne
voit pas vraiment la nécessité… Il
faudrait se garder d'avoir ici, avec un projet de loi n° 14, une solution en recherche d'un
problème.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Oui, M. le député de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
M. Breton : Bien, parlant d'amalgame, ce que je
trouve intéressant, c'est que vous dites qu'il y a effectivement déjà un
cadre réglementaire. Mais, quand je parlais tout à l'heure des cotes de
consommation et d'émission de gaz à effet de serre des véhicules, il y avait déjà aussi un cadre réglementaire. Et
la loi 101 date de 1977 et la
loi sur la consommation des véhicules aux États-Unis datait de 1977 aussi.
Il a fallu les mettre à jour, voyez-vous, l'un comme l'autre. Donc, c'est
la même logique qui prévaut. C'est-à-dire
que les premières années où la loi n° 77 a été mise en place, comme les premières années où les
cotes de consommation ont été mise en place, on a vu une amélioration notable,
après ça une stagnation, et après ça la consommation des véhicules a
commencé à augmenter parce qu'on a trouvé des trous dans la loi. Est-ce que ça
vous rappelle quelque chose? C'est dans ce sens-là que je veux aller. Je n'ai
rien à ajouter. Merci.
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci. M. Prévost, avez-vous d'autre
chose... Non? M. le député de… Bonaventure...
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
...la parole est à vous.
M. Roy : Merci beaucoup, Mme la Présidente.
Bonjour, madame, monsieur. Écoutez, j'ai comme
l'impression que vous considérez le milieu économique comme quelque chose qui
peut vivre en dehors d'un environnement culturel.
C'est comme s'il y avait une dichotomie. Bon, la question, c'est : Est-ce
que l'économie s'insère à l'intérieur d'un milieu culturel ou qu'il peut
vivre d'une manière indépendante? Et c'est sûr que toute imposition d'un environnement normatif au secteur, je dirais,
économique ou de l'entreprise est quelque peu vue comme, je dirais, une entrave à la profitabilité, ça, on le comprend
bien, entre autres avec l'environnement, comme Daniel l'a dit tout à l'heure.
Ceci étant dit, donc, vous proposez que notre
gouvernement oriente davantage ses actions vers une promotion des valeurs
culturelles liées au français. Mais est-ce que vous croyez que vos membres et
partenaires du milieu des affaires sont également prêts à participer à
cette plus grande diffusion de la culture liée à l'usage du français? Donc, si
vous proposez ça, comment ça peut s'opérationnaliser
à l'intérieur des entreprises que de valoriser la langue au niveau
culturel...
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci, monsieur... Continuez.
Roy : ...en ayant en fond de
réflexion que : Est-ce que le milieu économique s'insère à l'intérieur d'un
environnement culturel?
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci, M. le député. M. Prévost.
M. Prévost (Simon) : Merci, Mme la Présidente. Alors, sur
la première intervention du député de
Bonaventure, on ne considère pas que l'économique
peut vivre en dehors d'un milieu culturel. En fait, c'est complètement l'inverse
qu'on propose. On propose qu'effectivement
une économie québécoise forte avec un gouvernement francophone fort peut
amener réellement du français. Donc, l'économie s'inscrit forcément dans le
contexte culturel.
toute façon, l'économie, ça se fait avec les gens, hein, c'est les relations
courantes. Dans le fond, l'économie est un peu partout, là, dans le sens que
les gens vont travailler, après ça ils vont consommer, ils sont en relation avec
les gens. Ça, c'est l'économie. Donc,
l'économie forcément est intrinsèquement liée au contexte culturel. On pense
même qu'une économie québécoise forte — c'est pour ça que c'est une de nos recommandations,
donc, de favoriser un entrepreunariat québécois francophone et de créer les
conditions gagnantes pour que ces entreprises-là puissent croître — va aider au fait français.
Alors,
par exemple, ce n'est pas dans le domaine, donc je... Dans le domaine du détail
par exemple. Alors, un grand détaillant
francophone, par exemple, qui a des opérations au Québec mais partout au Canada
et aussi en Amérique du Nord va évidemment,
de facto, avoir un impact positif sur l'usage du français parce qu'au siège
social on y parle français éventuellement,
puis c'est les anglophones, dans le fond, qui doivent éventuellement apprendre
à fonctionner en français, par opposition, par exemple, à un grand
détaillant qui, lui, arriverait des États-Unis et qui s'implante au Québec, où forcément la culture du français serait
peut-être... va être limitée aux obligations, mais sera peut-être moins forte.
Donc, intrinsèquement liées sont l'économie et la culture, et on pense qu'on
devrait avoir, disons, une réflexion dans ce sens-là. Et c'est pour ça que ce
qu'on disait aussi, c'est qu'un projet de loi n° 14
qui semble s'intéresser seulement à la question linguistique a des impacts
économiques forcément.
Maintenant, sur un
autre aspect, peut-être que je vais laisser ma collègue répondre.
Azoulay (Audrey) :
Oui. En fait, j'aimerais quand même insister, parce que ça serait dommage qu'on quitte avec une confusion
tout aussi désastreuse que celle que craint Mme la ministre. C'est-à-dire qu'évidemment
on défend le français tel qu'il doit
être défendu au Québec. Et je pense que, dans notre positionnement, dans notre
mémoire, ça a été clair, on croit en
la valeur de l'identité linguistique dans la prospérité économique et sociale
du Québec, mais il faut bien faire attention
à la manière dont on la défend. Et, en fait, on pense qu'on est en train de se
tirer un petit peu dans le pied dans la défense du français. On peut très mal défendre le français, comme on
peut d'ailleurs très mal défendre l'environnement. Donc, c'est important
d'être précis sur la manière dont on fait les choses.
langue française, ce n'est pas comme défendre l'environnement. Quand on veut défendre
l'environnement dans une entreprise, on va mettre en place des processus, des technologies.
Ça, ça s'internalise. Mais, dans le cas d'une langue française, c'est
quand même une question de relations interpersonnelles. Et là, nous, ce qu'on
craint quand même dans ce projet de loi, c'est que la langue anglaise soit
stigmatisée. Ce n'est pas comme ça qu'on voit l'avenir du Québec dans son vécu
de sa langue et de son identité.
y a aussi, dans le projet de loi… on propose d'insérer le français dans la
Charte des droits et des libertés. Nous,
personnellement, on se questionne énormément là-dessus puis on vous propose d'ailleurs
ici, à la commission, de s'interroger sur cette question parce qu'une charte
des droits et libertés, il y a quand même une valeur universelle, donc il y a
une frontière qui est peut-être dépassée.
Donc,
c'est ça qu'on critique, c'est cette manière-là de défendre le français en s'opposant
aux langues étrangères, et en particulier l'anglais,
parce que ça a l'air assez clair entre les lignes. Et donc il nous semble que,
par exemple, l'imposer aux entreprises de 45... de 25 à 49, bon, c'est...
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Mme Azoulay, je suis désolée, le temps qui était alloué
du côté du gouvernement est terminé.
Mme Azoulay
(Audrey) : Très bien.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Nous allons
maintenant du côté de l'opposition. Je reconnais le député de LaFontaine. M. le
député.
M. Tanguay : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci à vous deux d'être
présents aujourd'hui pour nous présenter le
fruit de votre réflexion qui nous a permis au préalable d'avoir reçu évidemment
votre mémoire. Nous en avons pris
bonne note, nous l'avons lu avec attention. Alors, merci beaucoup pour l'oeuvre
utile que vous faites aujourd'hui en participant activement à cette
audition.
J'aimerais
d'abord et avant tout vous donner peut-être l'opportunité rapidement,
Manufacturiers et exportateurs du Québec, organisme sans but lucratif qui a été
fondé depuis plusieurs, plusieurs années... Pour le bénéfice de celles
et ceux qui nous écoutent à la maison, pouvez-vous rapidement nous décrire qui
sont vos membres, combien avez-vous de membres, qu'est-ce qu'ils font, quelles
sont leurs activités typiques, alors pour nous... pour le bénéfice de mieux
connaître les Manufacturiers et exportateurs du Québec?
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci, M. le
député. M. Prévost.
M. Prévost (Simon) : Mme la Présidente, très rapidement,
alors, effectivement, nous sommes une
organisation qui existons depuis 1871, donc dans la 142e année d'existence.
Nous représentons une entreprise manufacturière exportatrice dans l'ensemble du Québec, donc autant... Surtout les
manufacturiers, mais certaines entreprises qui exportent des services aussi sont
membres de notre association, de même que des entreprises qui servent le
secteur manufacturier. Donc, plus
concrètement, nous avons donc une très forte proportion d'entreprises
manufacturières, dans tous les secteurs manufacturiers, soit dit en
passant, que ça soit de l'aéronautique au pharmaceutique, en passant par les
fabricants de meubles ou l'agroalimentaire,
de toutes les tailles aussi, donc des petites entreprises aux plus grandes, et
nous avons donc plusieurs centaines de membres, là, qui sont répartis à
l'échelle du Québec jusque dans le Grand Nord, d'ailleurs.
Et donc ces entreprises-là sont préoccupées,
évidemment, par les questions de croissance, elles sont préoccupées par les
questions de productivité, de pénurie de main-d'oeuvre, entre autres. Et donc,
quand on intervient sur un projet de loi comme le projet de loi
n° 14, ces entreprises-là sont intéressées à ce qu'on intervienne parce qu'il
y a plusieurs des dispositions qui... bien, enfin, qui interviennent dans la
vie de l'entreprise, notamment dans la gestion des ressources humaines, mais, comme on l'a déjà dit, à certains
égards, de manière… enfin, vécu probablement comme de l'ingérence, éventuellement,
du gouvernement dans les affaires internes de l'entreprise.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci…
M. Tanguay : Donc, si je vous comprends bien…
Merci, Mme la Présidente. Donc, des PME… vous avez des PME de combien d'employés, jusqu'à… donner peut-être
les proportions également de votre membership.
M. Prévost (Simon) : Bien, écoutez, on a environ la moitié
de nos entreprises qui sont considérées comme
des PME. Donc, les PME, il y a différentes
définitions, là, ça va, disons, jusqu'à 250 employés. Dans notre membership,
on a plusieurs entreprises, effectivement,
qui se trouvent dans la catégorie 26 à 50, qui seraient donc nouvellement
assujetties à certaines dispositions.
Tanguay : Et puis, dernière question :
Combien avez-vous de membres au total?
Prévost (Simon) : 300 membres au
Québec.
Tanguay : 300 membres. Parfait, merci
beaucoup. J'aimerais maintenant aller à un point fondamental. Et évidemment
vous l'avez très, très bien noté, tant dans votre mémoire que dans votre
intervention : L'anglais est une compétence
à acquérir et à valoriser. Moi, comme père de famille, j'ai deux filles, neuf
ans et sept ans, puis ce n'est pas vrai
qu'en apprenant l'anglais puis en parlant parfaitement l'anglais elles vont
perdre leur français. Mais, par contre, elles auront l'occasion d'avoir...
l'opportunité d'avoir des emplois, des postes décisionnels par lesquels elles
vont pouvoir pleinement se réaliser et par lesquels également la société
québécoise et canadienne va en profiter.
On prend l'exemple et on fête beaucoup la
Caisse de dépôt et placement du Québec qui a été un moteuréconomique, mais
également a été un moteur qui a fait en sorte que le français a pu bénéficier
de ce levier économique là pour rayonner
et faire en sorte que, oui, localement, on réussit, mais que l'on exporte notre
savoir, notre expertise et que, comme société québécoise, on se réalise
pleinement.
Alors, vous savez, nous, de l'opposition
officielle, chez les libéraux, notre leitmotiv, c'est de créer la richesse pour pouvoir mieux la redistribuer. Et c'est également en
créant la richesse que l'on peut se donner les outils et le pouvoir de faire en sorte, oui, que cet objectif
fondamental là — et vous le resoulignez très
clairement d'entrée de jeu — de réaliser l'épanouissement du français, bien, puisse être une réalité,
parce qu'une société qui s'atrophie, qui dresse des murs et qui fait en sorte que l'on soit unilingue, bien, n'aurait
pas un avenir brillant, bien au contraire, serait condamnée d'ores et
déjà à périr, tout simplement.
Et, en ce sens-là, le projet de
loi n° 14, la philosophie qui animait le gouvernement et la ministre…
Vous savez, c'est ici même, au salon rouge, qu'ont
été annoncées les couleurs du gouvernement quant au dépôt, le 5 décembre
dernier, du projet de loi n° 14. Et la ministre, qui était debout,
ici même, avec la première ministre, a affirmé la chose suivante : Selon
les dernières études dévoilées par l'Office québécois de la langue française,
63 % des travailleurs à l'échelle du
Québec et 82 % à Montréal utilisent l'anglais au travail. Il s'agit d'une
alerte qui indique au gouvernement qu'il doit agir. Projet de
loi n° 14.
Alors, on voit ici que le paradigme est tout
à fait différent. Lorsque l'on sait que l'anglais, c'est important pour se réaliser, on ne
perd pas sa langue française en apprenant l'anglais, puis une troisième, puis
une quatrième langue… Et vous avez
bien noté, et nous en sommes également, le double discours, autrement
dit : Oui, on va respecter les minorités, on va respecter la minorité d'expression anglophone,
oui, on est pour qu'individuellement les gens apprennent une deuxième,
une troisième, quatrième langue, toutes ces
choses que l'on va vous dire du côté du gouvernement, mais, fondamentalement,
ce que le projet de loi n° 14 fait, c'est qu'il lève des barrières et
il met des écueils.
Et vous avez noté à juste
titre — et
allons-y dans le détail ici — entre autres deux aspects.
Premier élément, la langue de travail, et l'article
19 du projet de loi fait en sorte que — nouvel
article 46,
si d'aventure il était adopté, le projet de loi n° 14 — «un employeur doit, avant d'exiger pour un poste la
connaissance ou un niveau spécifique de connaissance d'une autre langue que le
français, évaluer de façon rigoureuse les besoins linguistiques réels associés
au poste». Cette obligation langue de travail que l'on vient ajouter — donc, on vient ajouter un fardeau — fait en sorte que, pour
toutes catégories d'entreprises, PME incluses, il faut évaluer rigoureusement
les besoins linguistiques, qu'est-ce
que ça veut dire, je ne sais pas si ça veut dire quelque chose à vous qui
devrez le faire, et vous devrez le réévaluer de façon périodique, qu'est-ce
que ça veut dire également.
Alors, en ce sens-là, j'aimerais savoir, vous
qui êtes réellement dans la réalité de tous les jours, vous représentez des PME,
notamment, et des entreprises beaucoup plus larges, qu'est-ce que ça veut dire
pour vous : de façon rigoureuse, les besoins linguistiques réels
devront être évalués pour chacun des postes?
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : M. Prévost.
M. Prévost (Simon) : Alors, merci, M. le député. Donc,
bon, effectivement, il y a un flou dans ce qui est proposé... dans le
texte proposé pour le projet de loi. Au-delà du flou, parce qu'effectivement qu'est-ce
que c'est que... exactement ce que ça
signifie, c'est trop vague pour qu'on puisse le voir exactement, c'est quoi, le
niveau d'anglais requis, comment on peut
déterminer que c'est nécessaire ou pas, ça, ce n'est pas très clair, il y a un
flou qui évidemment devra éventuellement, si on se rend là, être corrigé. Mais c'est le principe même, nous, de
toute façon, auquel on ne souscrit pas du tout parce que c'est comme si on demandait effectivement de décrire
en détail... aussi évaluer chacun des postes de manière formelle, par obligation gouvernementale, évaluer chacun des
postes sur d'autres compétences de base que les employés doivent avoir, que ça soit les compétences informatiques
ou autres. Et, dans le domaine manufacturier, il y a toutes sortes d'autres
compétences requises, là.
Alors,
c'est clair que, si on décide d'embaucher quelqu'un, bien, on demande qu'il ait
des compétences linguistiques, ce n'est pas juste pour embêter les candidats
éventuels qui seraient unilingues, c'est parce que c'est requis. À un moment
donné, il faut aussi que... Et c'est pour ça qu'on parle d'intrusion dans la
gestion des ressources humaines. Alors, ce n'est
pas par réflexe si les… surtout si on est à l'extérieur de Montréal. Si on
affiche un poste bilingue, c'est
parce qu'on a besoin de ce bilinguisme-là dans le poste, que ça soit l'espagnol
parce qu'on transige avec le Mexique, que
ça soit l'anglais parce que c'est la langue d'affaires internationale. Donc,
dans ce sens-là, il y a le flou de l'article, donc il y a flou à deux
niveaux, là, dans l'article, mais, de toute façon, c'est le principe même qui n'a
aucun sens. Donc, c'est pour ça que c'est un des éléments qu'on a voulu faire
ressortir aujourd'hui, contre lequel on s'élève ce matin.
Tanguay : Et, dans ce que vous
soulignez également, ça a déjà été souligné par d'autres regroupements d'entrepreneurs qui représentaient, par ailleurs,
aussi des PME, le fait qu'il y a là une ingérence, et le deuxième
exemple que vous soulevez, qui est davantage
spécifique aux entreprises comptant entre 26 et 49 employés, et l'obligation
est encore une fois là très clairement imposée : lister tous les
postes, évaluer le niveau et la connaissance exigés pour chacun, et également l'introduction, le cas échéant, de
nouveaux logiciels et d'autres outils de travail qui, par ailleurs, seraient
exigés.
Et, en ce sens-là, l'intrusion qui est faite
également de façon générale sur ce qu'on vient de voir et spécifique sur le 26-49 employés, il a déjà été souligné que ça
entre, comme vous l'avez bien dit, dans ce qu'on peut qualifier de la gestion justement d'un entrepreneur qui peut
demander que l'usage à l'occasion de l'anglais soit requis afin de
combler ce poste, et il ne le fait pas
innocemment ou sans avoir pensé, parce qu'évidemment, sachant qu'à toutes les
fois que l'on affiche un nouveau
poste et que l'on ajoute une condition ou une exigence, on vient, le cas
échéant, diminuer évidemment celles
et ceux qui pourraient postuler. Et, en ce sens-là, il y a un équilibre qui se
fait parce qu'évidemment, en bout de piste, l'employeur veut avoir la
meilleure personne qui va combler le poste. Ça, c'est une chose.
Deuxième des choses, un autre aspect qui nous
a été soulevé lors de nos auditions, c'est que l'on embauche pour un besoin immédiat, mais également pour une personne
qui pourrait avoir 25, 30 ans, 35 ans pour, dans trois ans, cinq ans, 10 ans, 15 ans, où je vois cette
personne-là au sein de mon entreprise. Et ça, je crois que vous l'avez bien
souligné. Il s'agit là donc d'une liberté d'engager
une personne et de définir un poste selon des besoins immédiats, mais
évidemment des besoins pour l'avenir, versus
une approche gouvernementale, avec le projet de loi n° 14, qui impose la
paperasserie, qui impose : Bien, pour chacun des postes, avant de l'afficher,
vous devrez aller chercher, là, votre certificat à l'effet que vous pouvez l'exiger. Vous devrez faire l'évaluation
rigoureuse, nous démontrer pourquoi. Et, en bout de poste, il y a quelqu'un qui va pouvoir vous dire non. Il y a
quelqu'un qui va pouvoir vous dire : Non, vous n'exigerez pas l'anglais.
Et vous allez engager une personne qui ne peut pas parler l'anglais, le cas
échéant.
Alors, en ce sens-là, je pense que c'est
important de bien soulever… Et ce n'est pas vain non plus. Et je reviens encore une fois
à l'épanouissement du français, que vous avez clairement identifié comme étant
un objectif à réaliser, mais avec une
approche qui est toute autre. Oui, il peut y avoir des cas où, par exemple, le
logiciel en français soit disponible. Mais,
en ce sens-là, n'est-il pas plus efficace, en matière de recherche de l'atteinte
de notre objectif de l'épanouissement du français, d'accompagner et d'aider?
Et, hier, on a eu d'autres représentants qui nous ont dit : Écoutez, nous
avons mis sur place des moyens pour faciliter l'achat de tel logiciel, on a
accompagné, on a soutenu.
Vous avez fait référence à la stratégie
commune 2008‑2013 pour Montréal. J'aimerais vous entendre là-dessus quant à des outils, quant à des moyens qui ont été
tangibles et qui ont permis justement de faire un pas dans la bonne direction, mais selon une philosophie d'accompagnement.
Je ne sais pas si vous avez des exemples, soit qui découlent de cette
stratégie ou qui découlent de votre expertise, de votre expérience personnelle.
Mme Azoulay (Audrey) : En ce qui concerne cette stratégie
commune, il y a beaucoup de mesures, puis il y
a eu ce bilan, là, qui a été déposé juste l'année
passée, donc beaucoup de choses qui ont été faites, beaucoup de cours
qui ont été mis en place, donc, un comité de
suivi et donc une initiative très positive, là, pour rendre tout le monde
responsable dans la promotion de la langue française.
Alors,
c'est assez difficile d'évaluer, là, avec ce rapport-là, en fait, le résultat
en termes d'usage de la langue française, mais, en tout cas, l'approche est très
positive, et on pense que, sur cinq années, ça s'appelle une avancée, en tout cas, dans la manière dont on défend le
français au Québec. Et on pense qu'il faudrait poursuivre sur les mêmes méthodes et que ça prend très certainement plus
que cinq ans pour que cette culture-là de défense de la langue
française, avec l'idée d'une promotion, avec
l'idée d'une promotion positive de la langue française, bien, ça va prendre des
années.
Alors, voilà, le bilan est positif dans l'approche,
il est très certainement positif aussi dans les résultats terrain, mais ils ne les
décrivent pas vraiment, ils disent simplement, dans ce bilan, là, ce qui a été
fait puis ce qui a été engagé. Et on ne voit pas comment, avec une
approche aussi positive, ça ne pourrait pas fonctionner. Donc, on pense qu'il
faut continuer dans cette approche-là, et c'est aussi ce qui apparaît dans
notre position et dans notre mémoire.
M. Tanguay : C'est ce qui apparaît dans la
position de votre mémoire et c'est ce qui apparaît également, je vous dirais, cette
approche positive là qui est importante, dans des rapports, entre autres le
dernier rapport intitulé Redynamiser la politique linguistique du Québec , du Conseil supérieur de la langue française, qui traitait évidemment
de l'importance majeure que de mettre
sur pied et de financer suffisamment… Si le français, c'est important, hein, il
faut que les sous suivent également. C'est beau, les coupures, pour
certains, mais c'est important d'investir. Et la langue, oui, française, c'est important, bien il faut investir des sous et ne
pas décharger le fardeau gouvernemental complètement dans la cour des
entrepreneurs, de dire : Bien, regardez, on vous met telle, telle, telle
obligation, ça coûtera ce que ça voudra.
D'ailleurs,
le projet de loi, il a été déposé le 5 décembre, et on a su trois mois après qu'il
y avait une analyse qui avait été faite, qui
avait été portée à la connaissance de la ministre trois mois après le dépôt du
projet de loi, puis on disait : Excusez
du peu, ça va être entre 25 et 30 millions, les coûts, mais, bref, ça, c'est
secondaire. Le projet de loi avait été déposé trois mois avant. C'est
dans votre cour, voici toutes les obligations, et la facture sera pour vous, on
vous en remercie à l'avance.
Autre
élément que j'aimerais aborder avec vous, c'est une approche plus locale. J'ai
cité le rapport du Conseil supérieur de la langue française, récent, début
mars de cette année, Redynamiser la politique linguistique du Québec ,
où l'on disait — et je cite le rapport à la
page 7 — qu'il y avait des
différences qu'un citoyen demeure... et on donnait l'exemple de la ville de
Gatineau ou de Sainte-Luce, Sainte-Luce, qui est pas loin de Rimouski, que le
députée de Montarville connaît bien. On disait, dans le rapport : «La
langue, c'est là, qu'il la parle; le débat linguistique, c'est là, qu'il le vit. Une politique publique peut moduler
ses effets selon l'endroit ou la situation. Ce n'est pas le cas d'une
loi, qui, votée à Québec, s'applique en
principe à tous partout sur le territoire.» Fin de la citation. Page 7 du
rapport de mars dernier du Conseil supérieur de la langue française.
vous reprenez, vous, votre première recommandation d'adopter une approche plus
locale et vous avez ciblé évidemment Montréal comme étant un enjeu particulier.
On vient de parler de la stratégie commune. Alors, par rapport à l'impact d'une charte qui s'applique partout
également sur le territoire et qui impose un fardeau additionnel versus
cette approche locale, j'aimerais vous
entendre davantage par rapport... Et là on en est carrément à l'efficacité d'une
mesure. On peut se donner bonne figure pour des stratégies… je n'irais pas
jusqu'à dire partisanes, mais on peut se donner bonne figure pour plusieurs bonnes raisons, en disant : Bien, on a
voté une loi, on impose ça, du mur-à-mur. Mais, en bout de piste, moi, ce qui nous intéresse le plus, et
vous également, c'est l'efficacité d'une telle mesure. Et Montréal,
Gatineau sont des endroits en particulier... J'aimerais vous entendre sur l'importance
d'agir localement.
Prévost (Simon) :
Alors, sur ces questions-là, effectivement, l'opposition... une loi, on a déjà
une charte de la langue française, certaines intentions, en fait, d'en rajouter une
couche en intégrant le français dans la Charte des droits et libertés, donc c'est là que nous, on pense qu'il y
a une espèce de dérive législative, si on veut, qui va imposer des
carcans assez rigides à l'ensemble des
entreprises du Québec. Et ce n'est pas vrai, effectivement, que la réalité est
la même, d'où l'idée d'avoir une approche plus locale...
Quand on parle de
politique linguistique, la politique linguistique est une approche qui peut
inclure certaines pièces législatives, mais
aussi des mesures, des programmes et des initiatives aussi avec les partenaires
locaux, comme c'est le cas de la
stratégie commune 2008‑2013. Et, dans ce sens-là, il va falloir adapter ce qu'on
propose pour défendre le français à
la réalité terrain qu'on retrouve dans différentes municipalités. Il se
pourrait que certaines obligations soient peu vécues par les entreprises en région parce qu'effectivement, si on n'a
jamais l'intention d'engager ne serait-ce qu'une personne bilingue, on n'aura
pas besoin de commencer à expliquer pourquoi on a besoin de ça, etc.
Mais,
dans l'économie du Québec aujourd'hui, il faut distinguer entre, par exemple, l'usage...
le français comme langue de travail, le
français comme langue de service, donc si on peut se faire servir en français.
Alors, ça, c'est une problématique qui est
purement montréalaise. Est-ce qu'il y a certaines obligations qui, dans le
fond, vont être imposées à des
entreprises, dans des régions où finalement ce n'est pas nécessaire? Quand on
lit le projet de loi, on pourrait penser que oui, quand on lit certains
autres documents, espèces de questions-réponses sur les impacts que le
gouvernement a publiés, ça dit le contraire.
Donc,
je reviens sur ce qu'on disait tantôt, je pense qu'avant d'aller plus loin avec
ce projet de loi là, vous, comme parlementaires, législateurs et vraiment la
nécessité d'être très, très fins dans votre analyse, comme vous l'êtes
toujours d'ailleurs, mais très précis dans
vos modifications lors de l'étude
article par
article si on se rend là, parce que...
Parce qu'il y a trop d'éléments qui,
à notre avis, ne sont pas suffisamment précis et ouvrent la porte à des coûts
et des tracasseries et surtout à une inefficacité. Et ce serait
intéressant...
Parce qu'on a eu
effectivement une étude d'impact économique — donc, je veux être bon joueur ici — puis, pendant des
années, on a reproché aux différents gouvernements un peu, peu importe le
parti, de tenir... de ne pas faire des études d'impact ou de les tenir
cachées. Alors, au moins, là, on a une étude. Elle n'a pas été spécialement publicisée, on l'a trouvée à la dernière heure,
nous aussi, cette étude-là, puis manifestement elle arrivait largement
après le dépôt du projet de loi. Donc, il y a un peu de précipitation. Et ce
que j'aurais le goût de dire là-dessus, c'est peut-être qu'on se précipite inutilement. Donc, clairement, on serait beaucoup
plus intéressés à travailler avec le gouvernement sur une politique
linguistique qui n'est pas nécessairement... qui n'est certainement pas
coercitive, qui n'est certainement pas nécessairement basée sur des textes de
loi rigides qui s'appliquent à tous.
Tanguay : Oui.
Tout à fait. Et je pense qu'il nous reste seulement deux minutes, Mme la
Présidente, ou à peu près?
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Absolument,
oui.
Tanguay : Deux choses. Effectivement,
quel est l'impact de modifier la Charte des droits et libertés de la personne pour faire en sorte que le français
puisse... Le français serait un motif, en quelque sorte, dans des cas
spécifiques, de discrimination. Et la langue
donc deviendrait un motif de discrimination. Quels sont les impacts de ça? C'est
ce qui est proposé. Là-dessus, il n'y
a pas eu d'étude, même trois mois après, on n'a pas eu d'étude, si bien que
même un
article d'il y a quelques mois qui avait été publié, où des
universitaires, d'une part… des universitaires spécialistes du droit, certains
disaient : Ça n'aura pas d'impact tangible et d'autres disaient :
Non, ça aura un impact tangible. Mais quels seront-ils? Dans la mesure où le
législateur ne parle pas pour ne rien dire, je pense que c'est important de
bien se questionner. Et ça, là-dessus, force
m'est de souligner le fait que, pour ce qui est du deuxième groupe d'opposition,
la CAQ, bien c'est un élément qu'eux vont appuyer dans le dépôt du projet de
loi.
Autre
élément également, vous avez vu comme nous… Je ne sais pas comment vous, vous
voyez ça, mais il y a beaucoup, beaucoup de discrétionnaires, beaucoup d'obligations imposées
aux entreprises, puis beaucoup de droits qui sont retirés, et beaucoup de discrétionnaires qui sont
donnés à la ministre. Et il y aura même des enquêteurs qui ne relèveront
plus uniquement de l'office mais un autre
groupe d'enquêteurs qui vont relever de la ministre chargée de l'application
de la loi, donc un double emploi. Ça, là-dessus, je ne sais pas si vous avez vu
passer ça dans le projet de loi, autrement dit
qu'il y aurait deux catégories d'enquêteurs : ceux de l'office, nommés en
vertu de la
Loi sur les commissions d'enquête, avec le pouvoir d'exiger production de documents, et ainsi de suite,
et... ceux de l'office et ceux de la ministre. Je ne sais pas si vous
avez fait une réflexion là-dessus, mais comment vous abordez ça, vous, cet
aspect-là?
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : En moins d'une
minute, M. Prévost.
M. Prévost
(Simon) : Oui, c'est assez... Bien,
en fait, sur le principe, nous, on pense que ça introduit une complexité mais surtout une espèce d'incertitude
par rapport exactement à comment on doit se conformer à la loi, à qui on doit se rapporter, comment on doit se comporter
quand un inspecteur du type 1 arrive versus un inspecteur du type 2,
qui... Donc, là-dessus, on n'a pas spécialement abordé cette question-là.
je pense qu'on a entendu l'intention, en tout cas, gouvernementale de vouloir
améliorer les relations notamment entre l'office et les entreprises, même…
inspecteurs. Nous, à la fin, on aime ça, les gens souriants qui viennent nous
voir dans nos entreprises, mais, si, de
toute façon, c'est avec des obligations aberrantes, ça ne changera grand-chose.
Donc...
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci, M. Prévost. Malheureusement, c'est tout le temps
qui était consacré à l'opposition officielle.
Nous allons maintenant vers le deuxième groupe d'opposition. Mme la députée de
Montarville, vous avez la parole pour un temps de 5 min 33 s.
Roy (Montarville) : Merci, Mme la Présidente. Merci à vous, madame, monsieur, pour votre mémoire, qui est limpide,
qui est précis. C'est un plaisir à lire, mais c'est un plaisir de vous entendre
aussi. De un, j'aimerais vous dire qu'à la Coalition avenir Québec il y
a une chose qui est importante pour nous. Parce qu'il y a des irritants dans ce
projet de loi. Et tout n'est pas joué, j'aimerais
le souligner à mon collègue de la première opposition. Nous sommes en
train d'écouter et d'étudier. Et il y a des irritants particuliers en ce qui a
trait aux demandes, dans ce projet de loi, qui sont faites chez les entrepreneurs, chez nos entreprises — et
vous en faites partie, importateurs, exportateurs — entre autres, toutes ces contraintes qui sont imposées aux
entreprises de moins de 49 employés. Nous croyons, tout comme vous, qu'il faut les soutenir, qu'il faut les aider, qu'il
faut les accompagner. Nous ne croyons pas cependant à la coercition qui existe déjà dans le projet... c'est-à-dire dans la
charte, dans la loi 101, tout est là, les articles 205 et suivants, que
j'invite mon collègue à lire.
Mais,
cela dit, ce que je veux spécifier et ce sur quoi j'aimerais vous entendre… C'est
que nous allons nous opposer de façon importante à tout ce qui va porter
atteinte et qui va augmenter le fardeau administratif des entreprises. Ça,
nous n'y croyons pas. Nous voulons aider
nous entrepreneurs. Alors, on a parlé brièvement de cette étude de CIRANO qui
a été déposée quelques mois après le dépôt
du projet de loi, et j'aimerais vous entendre parler là-dessus parce que
j'aimerais savoir, concrètement, pour des
manufacturiers, c'est-à-dire pour des importateurs et des exportateurs, qu'est-ce
que ça va signifier, ce fardeau administratif qu'on vous rajoute,
concrètement, ça va ressembler à quoi puis qu'est-ce que ça pourrait amener comme charges financières, comme
coûts dans vos entreprises. Si vous pouviez nous donner des exemples,
parce que je pense que ça illustre bien, et on a besoin un peu d'exemples à cet
égard-là.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Mme Azoulay.
Azoulay (Audrey) :
Oui. Écoutez, nous, en tant qu'association patronale, on traite toutes sortes d'enjeux. La langue est
un peu loin, hein, des préoccupations premières industrielles, mais là il se
trouve que ça concerne directement ce
qu'on appelle la gestion des ressources humaines. Et il y a énormément de
dossiers, là, qu'on négocie avec legouvernement
ou avec différentes instances sur les questions des ressources humaines. Et
tout ce qui ressort à chaque fois, et
on insiste à chaque fois, c'est un besoin de flexibilité autour des
compétences, du savoir, des ressources humaines de manière générale. Et
là il y a une intrusion assez claire sur la gestion des ressources humaines.
Alors, c'est...
Est-ce qu'on a fait
une étude telle que l'ont fait le CIRANO, et qui est assez bien faite d'ailleurs?
Après ça, il y a des hypothèses qui méritent de discuter ces impacts et d'aller
un petit peu plus loin dans l'analyse, même si c'est très difficile de tout
quantifier. Mais, de manière générale, là, ça introduit une rigidité dans la gestion
des ressources humaines qui nous, en tant que manufacturiers exportateurs et
qui vivons tous les jours l'importance pour une entreprise d'être toujours plus
internationale, petite comme grande d'ailleurs...
Parce
que même une entreprise qui n'est pas sur les marchés internationaux est
soumise à la concurrence internationale, s'insère
dans les chaînes d'approvisionnement internationales, et, d'une manière ou d'une
autre, il faut parler anglais. Et,
quand on ne parle pas anglais, ou quand on ne parle pas une langue étrangère,
ou qu'on ne s'internationalise pas,
eh bien, on perd en parts de marché. Ça, c'est vécu de manière évidente. Alors,
il faut parler avec les entrepreneurs, dans
les grandes comme dans les petites entreprises, pour peut-être se rentrer l'idée,
mais c'est une évidence, de notre point
de vue. Alors, ce projet de loi, avec cette rigidité qu'il implique en voulant
défendre soi-disant la langue française, mais il implique une rigidité dans les ressources humaines qui nous
brime dans notre besoin de flexibilité et dans notre besoin d'élan en
termes d'économie et donc d'internationalisation de nos entreprises. Donc,
voilà ce que je pourrais vous dire de manière générale.
ça, là, nous, on n'a pas été capables, dans notre mémoire, de vous donner un
chiffre, mais c'est majeur, en fait. En fait,
c'est majeur sur le plan du fonctionnement des entreprises et aussi au niveau
de l'état d'esprit. Vous en avez peut-être
entendu parler, mais, je veux dire, les anglophones au Québec s'inquiètent de
cet état d'esprit là qui est autour… Alors,
en termes, ça a un impact, ça. Ce n'est pas juste une question de relations
interpersonnelles, ça n'a pas juste un impact social ou un impact politique, un impact identitaire. Ça a aussi un
impact, cet état d'esprit, sur l'entrepreneuriat et puis sur la volonté
d'investisseurs étrangers de venir se placer ici.
Un investisseur
étranger, là, s'il entend parler de ça, là, il va se dire : Bien, je ne
suis pas sûr, là, ça va être compliqué. Moi, c'est sûr que je ne vais pas
parler français au Québec parce que je suis Américain, parce que je suis
Allemand et puis que la langue internationale, c'est l'anglais. Alors, mine de
rien, là, c'est très sensible, là, le choix d'un
investisseur étranger ou même d'un entrepreneur québécois qui va décider où
est-ce qu'il va s'installer. Ça, c'est un fardeau réglementaire
supplémentaire qui, avec les autres, fait qu'on finit par décider de s'installer
ailleurs.
nous, on regarde le secteur manufacturier de manière très proche, dans ses
statistiques et dans son évolution, puis 2013 ne s'annonce pas très bien. Alors, on est
inquiets pour toutes sortes d'enjeux puis de la faiblesse des
compétitivités et fiscales et différentes conditions d'affaires au Québec, mais
on s'inquiète aussi de ça parce que c'est encore un autre élément qui brime la compétitivité et l'accueil du
Québec vis-à-vis des entreprises avec des conditions d'affaires qui
soient propres à ce dont on a besoin aujourd'hui.
Mme Roy
(Montarville) : Je vous remercie
infiniment pour votre réponse. Merci.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci beaucoup, Mme Azoulay, M. Prévost. Nous avons terminé pour cet avant-midi.
commission suspend ses travaux jusqu'à 15 heures, cet après-midi. Et on peut
laisser les documents sur place, la salle sera
sécurisée.
Bon appétit à tous et
à toutes.
(Suspension de la séance à
12 h 27)
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : À l'ordre, s'il
vous plaît!
Bonjour.
Nous allons reprendre nos travaux. Et je demande à toutes les personnes qui
sont présentes dans cette salle de bien
vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
Nous
allons poursuivre sans plus tarder les auditions publiques sur le projet de loi
n° 14, Loi modifiant la Charte de la
langue française, la Charte des droits et libertés de la personne et d'autres
dispositions législatives.
nous recevons les représentants des Droits canadiens au Québec. Bonjour,
messieurs. Je vais vous demander de vous présenter
et de présenter également les personnes qui vous accompagnent. Vous allez
disposer d'un temps de 10 minutes pour faire votre présentation. Par la suite,
suivra un échange avec les membres de la commission. La parole est à vous.
M. Yufe
(Richard) : Merci. Ça fonctionne?
Nous vous remercions pour votre accueil. Droits canadiens au Québec, CRITIQ, est une association sans but
lucratif dévouée à la défense des droits et des libertés de tous les
résidents du Québec lancée le 29 janvier 2013. Aujourd'hui, CRITIQ compte près
de 7 000 membres.
suis Richard Yufe, avocat, membre du Barreau du Québec, diplômé de l'Université
de Montréal et aussi diplômé de la faculté de
génie de l'Université McGill. Je suis aussi ancien conseiller en politique au
cabinet du ministre de la Justice et
Procureur général du Canada. Je suis accompagné aujourd'hui par M. Robert
Libman et M. Beryl Wajsman. M. Libman est architecte, ancien député de D'Arcy-McGee,
ancien maire, ancien conseiller de la ville de Montréal et membre du comité exécutif de la ville. M. Wajsman,
diplômé de la faculté de droit de l'Université McGill est le président
de l'Institut des affaires publiques de Montréal. Aussi rédacteur en chef de groupe
Suburban, M. Wajsman est aussi connu comme le premier adjoint exécutif de l'Honorable
Irwin Cotler. M. Wajsman a reçu un mérite Martin Luther King Jr pour la
promotion de la dignité humaine.
Québec est à terre, et c'est le temps de se lever. Pour le faire, il ne faut
pas que cette belle province reçoive d'autres
lésions en forme de projets de loi qui vont endommager de nouveau. Et on ne
frappe pas une personne qui est à terre. Présentement, nous sommes perdus, au Québec, mais les solutions
sont apparentes, et c'est aussi apparent que le projet de loi n° 14 n'est pas une solution. Le projet de loi
n° 14 continue sur le même mauvais chemin et dans la mauvaise
direction. Avec le projet de loi n° 14, Québec ne peut pas dire être un
État progressif.
outre, c'est un projet de loi complètement en conflit avec les valeurs
québécoises et les valeurs canadiennes. En
droit, on dit que c'est prima facie, «on the face of it», en conflit avec les
libertés fondamentales, et nos valeurs, et nos principes. Avec l'expérience et l'expertise légale de nos membres,
avocats et avocates, CRITIQ croit fortement que, si ce projet devient
loi, les ressources limitées des Québécois seront gaspillées dans les tribunaux
administratifs et dans les palais de justice. Le Québec est clos, et c'est à
nous de l'ouvrir, d'ouvrir nos yeux et d'ouvrir nos coeurs.
J'ai
plusieurs choses à dire, mais, avec le temps écourté, je vais finir par donner
deux exemples. Par comparaison avec les villes d'Amérique du Nord, Montréal est
au 22e rang sur 22 villes avec des populations de 2 millions et plus
pour la richesse économique du peuple. Nous
sommes pauvres. Une autre comparaison, hier, environ 226 avions ont décollé
de l'aéroport à Dorval; à Toronto, plus de
760. Je donne maintenant l'opportunité à mon collègue M. Libman de
prendre la parole. Merci.
Libman (Robert) :
Merci. En 1993, il y a 20 ans jour pour jour, j'étais membre de cette même Commission de la
culture pour étudier la loi n° 86, qui apportait à l'époque des
modifications à la loi 101. Enfin, M. Jeff Kelley, à l'époque, était un jeune adjoint à M. Claude Ryan. Alors, ça
nous indique jusqu'à quel point c'est une longue période de temps.
Depuis
les années 1990, un certain équilibre s'est installé au Québec. Les tensions
linguistiques se sont dissipées pour faire place à une période générale de paix
sociale. Nous croyons que l'adoption du projet de loi n° 14 menace
cette paix sociale et risque de rouvrir les cicatrices du passé. L'opposition
officielle a déjà annoncé qu'elle s'opposera à l'adoption. La CAQ, pour sa part, une de ses principales raisons d'être
était de mettre de côté les vieux débats et les vieilles querelles du passé qui polarisent et divisent les
Québécois afin de s'attaquer aux vrais enjeux et défis de notre société.
Nous devons promouvoir les projets de société rassembleurs et une vision d'avenir
pour le Québec, tel le Plan Nord ou le Projet Saint-Laurent récemment dévoilé
par M. Legault. Nous demandons donc à la CAQ de rejeter et voter contre la loi n° 14. Il faut à tout prix éviter de
réinstaurer la chicane avec des initiatives qui ne sont pas nécessaires, qui
sèment la discorde, créant ainsi une
distraction pour la population, quand nous avons devant nous des grands défis
économiques.
est évident, il est très évident que, géographiquement, le Québec est entouré,
en Amérique du Nord. Il est donc très important de protéger et de promouvoir la
langue française au Québec. Cependant, le projet de loi n° 14 ne fait
rien pour rehausser l'image, la qualité de l'apprentissage ou la force de la
langue et de la culture française au Québec. Ce n'est pas en éliminant ou en réduisant la présence de l'anglais où les
anglophones résident que l'on assurera l'avenir du français au Québec.
Il ne s'agit pas de vases communicants.
Il existe plusieurs
manières positives de renforcer le français au Québec sans avoir recours à des
mesures coercitives et antagonistes. Le gouvernement devrait notamment faire
plus pour lutter contre le décrochage scolaire, améliorer l'apprentissage du
français dans les écoles, assurer un meilleur financement des programmes
culturels, élargir et offrir la disponibilité des cours de français gratuits
pour les anglophones et les membres des communautés ethniques. C'est là que réside la stratégie gagnante, soit de mettre en
place des mesures positives qui visent à maximiser le potentiel de
chaque individu.
À Montréal, le
français est présent partout. Oui, le bilinguisme est présent dans plusieurs
secteurs sur l'île de Montréal, mais ce bilinguisme
est un atout, est une force positive, une force unifiante. Il n'est pas un
péché, comme le gouvernement le laisse entendre. Le bilinguisme permet à
la majorité francophone et à la minorité anglophone de communiquer ensemble, d'échanger
amicalement dans la langue de l'autre, en affaires, dans les restaurants, les
bars, dans les magasins, dans les rues, dans les arénas. Il s'agit d'une
richesse.
Et il n'est pas vrai, comme certains le
prétendent, qu'on ne peut être servi en français à Montréal. Malheureusement,
certains cherchent à provoquer des heurts
avec des cas très rares ou non représentatifs. Il faut marginaliser ces
personnes qui divisent notre société et se
tourner vers l'avenir afin de bâtir une société où il fait bon de vivre
ensemble. La loi n° 14 va diviser
et déchirer la paix sociale que nous avons, que nous avons besoin de bâtir
ensemble la société québécoise de demain.
Wajsman (Beryl) :
Premièrement, bon après-midi et merci pour l'invitation. Et je voudrais
féliciter le comité pour leur patience et diligence. Ce n'est pas facile d'écouter tellement
de témoins et de témoignages de temps en temps extrêmes. C'est vraiment
un exercice de démocratie.
contre, le projet de loi n° 14 n'est pas tellement un exercice de démocratie.
Et le projet de loi n° 14 est une loi trop loin. Et je partage quelques préoccupations
de mes confrères, mais je voudrais prendre ces quelques moments pour
partager une autre vue du Québec, une vue personnelle et une vue de quelqu'un
qui est arrivé ici de la France et qui a été adopté par Québec, par un Québec
ouvert, chaleureux, généreux.
Mais
la chose que je suis très fier du Québec, d'être Québécois, c'est le
patrimoine, plus qu'un patrimoine, c'est que
nous sommes tous les enfants d'une patrie et un patrimoine progressiste… en
Amérique du Nord, la première place dans le monde occidental, en 1832, qui
donne égalité et équité à toutes les minorités. Le chef de cette mouvance était
Louis-Joseph Papineau, la plus belle place
dans l'Empire britannique qui fait le gouvernement responsable, M.
Lafontaine et M. Baldwin, et aussi des héros
du XXe siècle — et M. Pelletier doit se
souvenir — la fameuse dyade de Saint-Hyacinthe,
le sénateur T.-D.Bouchard qui, avec son ami
Jean-Charles Harvey, a dit à la face du pouvoir, en 1938, que la liberté
ne s'accommode pas d'une discipline qui dit quoi de penser et comment de
penser.
suis fier de cette histoire. Mais la liberté aussi ne s'accommode pas d'une loi
qui donne aux agents de l'État le droit d'entrer dans votre commerce, de faire les
saisies sans… de droits, de faire les «prosecutions» directement avec le
directeur des «prosecutions» criminelles
sans avis aux citoyens. Si cette loi passe avec ces items dans la loi, nous
sommes la première juridiction, avec tout notre
patrimoine progressiste, qui va casser une des fondations et bases du processus
de droit.
n'est pas acceptable que la liberté ne peut pas accommoder, que le gouvernement
tire Québec d'un régime des droits humains
internationaux que Québec a acceptés en 1992 dans la «covenant» des Nations
unies sur les droits des minorités
linguistiques, ethniques et religieuses. Un gouvernement ne peut pas tirer
Québec simplement parce que l'autre gouvernement
qui donnait l'accord était un gouvernement libéral. Comment le monde peut
regarder Québec? Comment le monde peut regarder Québec, avec une loi qui
attaque les bases de justice occidentale? Nous pouvons faire mieux. Nous
devrons faire mieux. Merci.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci,
messieurs. Nous allons débuter les échanges. Et je vais maintenant du côté du gouvernement. Mme la ministre responsable de la
Charte de la langue française, vous avez la parole.
De Courcy :
Bonjour messieurs, bienvenue à la commission parlementaire. J'ai eu l'occasion
un peu plus tôt de vous saluer plus personnellement. Mais vous êtes des figures connues
au Québec pour la défense de certains principes et objectifs de votre organisation. Et, bon, je vous
remercie de cette contribution. Elle nous permet d'entendre un point de vue que malheureusement… la formation que je
représente et mes collègues ne peuvent pas adhérer à votre point de vue.
Mais, vous l'avez dit, c'est un exercice
démocratique qui permet d'entendre tous les points de vue dans toute la
société. Et j'apprécie le ton employé, qui nous permet d'avoir une bonne
entente dans... même si nous ne sommes pas d'accord.
Maintenant,
mises au point que je trouve importantes. Je n'en ferai pas beaucoup, mais j'en
ferai deux. Première mise au point — ou peut-être ai-je mal compris dans l'expression
verbale ou dans la lecture du mémoire — en aucune façon je n'ai induit ou mes collègues n'ont induit
que le bilinguisme est un péché ou qu'il y a un problème à parler deux,
trois, quatre ou cinq langues, au contraire.
Ce n'est pas notre propos. Et je souhaite vraiment que, pour tous les Québécois
et les Québécoises, on puisse justement accéder à ce savoir. D'ailleurs, il y a
plusieurs dispositions complémentaires au projet
de loi et dans le projet de loi qui vont dans ce sens. Alors, j'aimerais bien
dissiper dans votre esprit cette question-là où le bilinguisme ou le
trilinguisme, le quadrilinguisme serait un problème. Alors, j'espère que c'est
dissipé. Et il ne faut pas mêler les concepts, d'ailleurs, entre bilinguisme et
anglicisation. Pour nous, c'est deux choses différentes.
nous avons un point en commun — essayons de
les trouver, nos points en commun — c'est-à-dire
un profond respect
de la Charte des droits et libertés de la personne. Et, à cet égard-là, je l'ai
dit lorsque j'ai présenté le projet de loi, je l'ai redit lorsque la
commission parlementaire a débuté, je suis extrêmement sensible à la protection
des droits de la minorité, de la communauté
anglophone, et de leurs institutions tout particulièrement, je tiens à vous le
rappeler. Sur ce, bien je réitère mes remerciements à votre contribution
et je vais laisser mes collègues de l'opposition échanger avec vous. Je vous
remercie.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci, Mme la
ministre. Nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle. Et je cède
la parole à M. le député de LaFontaine.
Tanguay : Oui.
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, de combien de temps disposons-nous,
Mme la Présidente?
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : De 22 minutes.
Tanguay : O.K.
Alors, nous allons utiliser tout le temps dont nous disposons pour vous donner l'occasion de vous faire entendre et de ne pas
court-circuiter votre passage ici qui est important. Projet de
loi n° 14… Et d'abord et avant
tout merci d'être là, merci pour votre présence, merci d'avoir déposé votre
mémoire qui clairement nous donne votre vision par rapport à tout cela.
Projet de loi
n° 14, j'aimerais vous entendre. Et on fait oeuvre utile dans ces
auditions-ci par, entre autres, les répercussions
qu'on peut avoir avec les personnes à la maison, citoyens et citoyennes qui
nous regardent à la maison, et également,
le cas échéant, là, à l'occasion, quand les médias font état de nos travaux.
Mais je pense que c'est important, donc,
dans l'oeuvre démocratique, de renseigner les personnes, les gens, les citoyens
et citoyennes qui nous écoutent et, en ce
sens-là, une approche, une analyse, notre analyse du projet de
loi n° 14. Et j'aimerais vous entendre sur chacun des trois
blocs, quelle est... d'où vous venez, quelle est votre analyse et quels sont
ultimement vos commentaires.
Trois blocs. Premier
bloc : le projet de loi n° 14 est une mauvaise approche parce
que c'est une approche essentiellement
coercitive, un. Deuxième bloc : le projet de loi n° 14 initie
des pertes de droits qui ne sont pas justifiées, deuxième bloc.
Troisième bloc : projet de loi n° 14, c'est une augmentation
très substantielle de la paperasse et de la lourdeur administrative pour les
entrepreneurs du Québec, c'est le troisième bloc. Et là on résume ici l'analyse
qu'on peut en faire.
fois que l'on a dit ça et avant d'y aller bloc par bloc, je pense que c'est
important de souligner que, l'épanouissement
du français, nous sommes tous d'accord avec le fait qu'il faut demeurer
vigilant. Par contre, il y a différents
moyens pour réaliser cet objectif-là. Il y a des modifications législatives,
entre autres, à la charte, mais c'est loin d'être les seuls moyens. Il y a évidemment les moyens de la
réglementation, des programmes gouvernementaux d'assistance, de soutien
et d'accompagnement que l'on doit financer suffisamment. Il y a également la
politique gouvernementale et aussi les
partenariats. Entre autres, je fais référence ici à la stratégie commune
2008-2013 qui avait été signée avec les différents partenaires du
milieu.
Alors, premier bloc de trois : plus d'inspections et un
net déséquilibre en faveur d'une approche
essentiellement coercitive. L'OQLF, l'Office
québécois de la langue française, l'office a déjà des enquêteurs qui sont
nommés en vertu de la
Loi sur les commissions d'enquête. Vous avez vu
comme nous que la ministre se donnerait, le cas échéant, si la loi était adoptée, l'occasion de nommer, elle
également, des enquêteurs qui, dans les deux cas, tant pour l'office, les
enquêteurs de l'office, que les enquêteurs
de la ministre, ont des fonctions aussi larges que : il faut appliquer la
Charte de la langue française. Alors,
à cet effet-là, j'aimerais vous entendre sur cet aspect-là, mais également, et
vous l'avez noté, les pouvoirs précisés
et accrus des enquêteurs de l'office, qui peuvent effectuer des saisies, on va
même préciser qu'ils peuvent prendre «toute mesure». Et, en ce sens-là,
surtout celui de saisir sur-le-champ tout équipement et tout matériel, c'est un
élément du premier bloc. Et finalement,
troisième exemple du premier bloc, essentiellement coercitif de l'approche
qu'est le projet de loi n° 14, fin de
la mise en demeure. Alors, je ne sais pas si vous avez quelque chose à rajouter
sur ce premier aspect-là, mais moi, là, je veux réellement vous donner
le temps d'être bien entendus et de faire valoir votre point.
Wajsman (Beryl) :
Alors, M. Tanguay, merci. Mes collègues veulent que je commence avec notre réponse sur votre point
n° 2, la perte des droits. Et la chose, d'une certaine façon, de cette
section de la loi, beaucoup de commentaires commencent avec : Les anglophones, les non-francophones n'aiment
pas cette loi. Ce n'est pas vrai. J'ai déjà fait, dans les six semaines
passées, 29 interviews et débats sur les ondes francophones. Plusieurs… des
fois, les réalisateurs me disent que je suis
le seul non-francophone qui est prêt d'aller. Les préoccupations avec cette
partie de la loi préoccupent les francophones, les anglophones, les
allophones et tous les Québécois.
Pour début, juste pour
commencer et au début, quand un «act» d'un gouvernement dit juste dans le
premier chapitre, la révision de l'ancienne
section 1.2, que le ministre
responsable pour la langue peut... donne l'autorité à n'importe qui, et cet agent… cette personne sera un agent du
gouvernement avec tout le pouvoir d'un enquêteur d'une commission d'enquête, c'est incroyable. Il nous
souvient qu'en 2002, quand le «Premier» Landry était... il y avait une
question posée à lui par un journaliste concernant les enquêtes publiques, et
M. Landry a dit : Une enquête publique sera
toujours une inquisition publique. Ce n'est pas acceptable dans une société
démocratique, parce qu'on a besoin des processus de droit. Ce n'est pas
de dire que tout le monde sont des anges, mais c'est plus important de trouver
neuf personnes innocentes par processus de droit que de condamner même une et
casser le processus de droit.
Nous tenons de la
révision de la
section 50.2, qui dit que ça met... la présomption d'innocence
est changée. C'est-à-dire quoi? Dans chaque
juridiction occidentale, s'il y a une «prosecution», la responsabilité pour la
preuve, c'est sur la «prosecution». Si je prends quelqu'un en cour, si
je poursuis quelqu'un en cour, c'est ma responsabilité de donner la preuve. La révision de la
section 50.2 dit que,
si quelqu'un, un ouvrier ou un inspecteur, veut prendre un employeur devant un tribunal parce que quelqu'un a écouté des
mots d'anglais ou quelque chose n'est pas en accord avec la loi, la
preuve doit être faite par l'employeur. C'est la première juridiction, je vous
assure, après six semaines de recherche, Québec sera la première juridiction
dans le monde occidental qui renverse la présomption d'innocence.
Tournons
à la révision de la section... l'ancienne
section 166, la nouvelle section...
dans l'article 50 de la loi, que le bureau de l'Office de la langue peut donner une
désignation à n'importe qui, n'importe quelle personne, en généralité ou
en spécificité, de faire n'importe quelle
enquête et inspection. Bien, c'est des pouvoirs assez grands. Ça n'est jamais
écouté dans une démocratie de donner à
quelqu'un le mandat d'un État de rentrer chez quelqu'un et demander n'importe
quoi.
L'article 51 du projet de loi, qui fait la révision de la
section 174 de
l'ancienne loi, qu'une personne avec l'autorité comme agent pour l'État… et c'est exactement, par hasard, la phrase dans
le projet de loi qu'une personne avec ce pouvoir est un agent de l'État, agent du gouvernement avait le droit, à un temps
raisonnable, de rentrer dans votre place decommerce sans aucun avis à vous, aucune mention de faire des appels,
trouver un temps confortable pour le commerçant et l'agent. Non. Le pouvoir se complète. Et ce n'est
pas suffisamment par hasard si quelqu'un de vous pensez que, comme nous
disons en anglais, «we'll work it out». C'est ici la place de «work it out», de
faire les paramètres.
révision de la
section 175, encore, dans l'article 51, comme
partie de l'inspection :
cette personne, cet agent peut examiner, vérifier, mesurer, demander la
production de tous les livres d'un commerce, de tous les livres, même des
livres commerciaux, de commerce, et naturellement de faire les saisies quand...
n'importe quoi que ce soit.
Article 52 du projet
de loi, qui fait une réforme de l'ancienne
section 177 de la charte. Si le
bureau est de l'opinion... Les mots ici sont
franchement remarquables. Juste patientez avec moi, parce que ça m'étonne comme
une personne qui a consacré 25 ans de sa vie
à la liberté civile. Si le bureau est d'opinion que cet «act» ou une
«regulation» de cet «act» est à suffire une contravention, n'importe qui peut
faire une référence directement, directement au directeur des «prosecutions» criminelles et pénales sans
aucun avis au commerçant. Mais c'est primordial depuis Magna Carta,
depuis Montesquieu et L'esprit des lois , depuis la Révolution française,
une personne dans une société libre avec deux droits fondamentaux : le
droit d'être face à face avec la personne qui fait une accusation et le droit d'un
avis de cette accusation.
Juste la semaine
passée... — la semaine passée! — l'automne passé, j'ai
travaillé avec Jean St-Gelais, il était directeur
général de Revenu Québec. C'était écrit dans Le Journal de Montréal , La Presse ,
pour faire cinq réformes des procédures de Revenu Québec, une des
procédures que M. St-Gelais lui-même a changée dans la «regulation», c'est d'arrêter le pouvoir des agents de Revenu Québec
de rentrer dans vos lieux, prendre qu'est-ce qu'ils veulent et faire des
«prosecutions» sans avis, par simple affidavit en face d'un greffier de la Cour
supérieure. Ce n'est simplement pas la façon qu'une société démocratique
fonctionne.
Finalement,
finalement, je sais que c'est dans le premier
article de la loi, du projet de
loi, le remplacement du terme «minorités
ethniques» par «communautés culturelles». Pourquoi c'est important? Pas parce
que les communautés culturelles ou les minorités ethniques pensent qu'il sera
un événement horrible à Québec. C'est important pour deux raisons.
Premièrement, pour le respect pour Québec sur le stage global. Imaginez-vous
des investisseurs européens, n'importe d'où, et le gars du gouvernement du Québec, il dit : Vous
savez quoi, en 1992, le gouvernement du Québec, le gouvernement de M. Bourassa, par écrit… Parce que
notre constitution, au Canada, demande qu'avant qu'un gouvernement
fédéral signe un accord international qui touche les questions provinciales la
province doit donner accord. Imaginez les
étrangers qui pensent : O.K., maintenant, il veut tirer Québec de cette
«covenant» des Nations unies simplement parce que c'est le Parti québécois, pas le Parti libéral. Qu'est-ce que le
Québec peut faire en cinq ans sur les accords commerciaux? Pourquoi je
dois investir à Québec? Cet
article est important, pas seulement parce que ça
protège les francophones hors du Québec, les
autres minorités en Québec et parce que, par hasard, le terme «minorités
ethniques» est dans la charte québécoise des droits et libertés, qui est
beaucoup plus complète que la charte canadienne parce que ça implique les
droits individuels. Mais les étrangers vont dire : Est-ce que nous pouvons
croire dans les mots du gouvernement du Québec,
pas le gouvernement du Parti québécois ou le gouvernement libéral, mais du
gouvernement? Le principe, en droit international, de continuité des
accords internationaux, c'est fondamental pour le progrès d'un État.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci, M. Wajsman. M. Yufe, je pense que vous vouliez prendre la parole.
M. Yufe (Richard) : Oui, merci. Je vais répondre aux
deux... je crois que c'est la troisième, c'était l'administration... le fardeau
administratif qui est posé sur les commerçants et les entreprises.
Premièrement, pour commencer, je veux poser une question hypothétique,
et c'est plus simple, premièrement, de poser en anglais, d'exprimer : Why
would anyone come to Québec? Why
would a business, why would an investor come here? And it's a question we shall be asking ourselves. Et, en français, je vais formuler, c'est :
Quelle raison et quel bénéfice avons-nous afin de convaincre les gens et
les compagnies de venir s'installer au
Québec? Je parle des médecins, des entrepreneurs et des investisseurs. Et
pourquoi?
nous avons un fardeau administratif, avant le projet de loi n° 14,
qui est incroyable. Et, si quelqu'un veut
venir à moi comme homme d'affaires ou comme avocat et demander comment ouvrir
un commerce ici, au Québec, on ne commence
pas seulement avec un comptable, mais on a besoin d'un médecin, d'un
psychologue, we need a psychiatrist and a psychologist because it's so
much easier and it's so much higher to operate somewhere else.
maintenant, nous sommes perdus. Et, si on regarde, à Cornwall, présentement, il
y a un champion... there is a champion in parc industriel avec des compagnies
qui ont décidé de s'installer près de la frontière du Québec afin de
localiser leurs centres de distribution pour le Québec. Nous manquons des
affaires, des gens, de venir ici, we're loosing them.
si on regarde le fardeau administratif, sur ce que mon collègue M. Wajsman
a parlé, c'est un renversement du fardeau qui va venir avec le projet de
loi n° 14. Et, premièrement, c'est une garantie, ce n'est pas une
garantie virtuelle, mais c'est une
garantie réelle d'avoir un endroit, un environnement français de travailler. Et
le fardeau, c'est sur l'employeur. Et, si quelqu'un a entendu un mot, ou
a un client, ou quelqu'un qui vient dans un commerce qui parle dans une autre
langue que le français, c'est l'employé qui peut venir et rendre l'employeur
devant un tribunal administratif comme les Normes du travail.
si on regarde si c'est les petits commerçants, parce que les petites
entreprises, si on parle des entreprises de
25 personnes, pour la charte de la charte française, on a besoin à peu
près un employé à temps plein, you need one full-time
employee to do the administrative burden currently of the Charter of the French
language. Et, si c'est pour une entreprise de 50 employés, c'est deux
personnes, it's 2% of your payroll right there. If you look at a business of 25 or 26, it's approximately 4% of your payroll. So, I would like you to
imagine that this is a 4% payroll tax that's going to be employed on all
small businesses.
And, si on regarde maintenant les
exemples, ce n'est pas seulement les entreprises, mais c'est aussi les villes. La petite ville de
Sainte-Agathe-des-Monts a un inspecteur qui est venu dans l'hôtel de ville de
Sainte-Agathe-des-Monts remplacer 15 ordinateurs parce que les claviers
n'étaient pas formulés pour la langue française. La ville de Sainte-Agathe-des-Monts n'a pas l'argent pour gaspiller
pour changer les claviers. Les employés de l'hôtel de ville n'ont pas demandé, mais c'est l'inspecteur de l'Office
québécois de la langue française qui a demandé, et c'est la ville qui a
acheté avec l'argent des taxes foncières que
la ville a collecté, et c'est les taxes des gens ici de tout le Québec qui ont
payé pour un inspecteur de venir à l'hôtel
de ville de Sainte-Agathe-des-Monts. Et c'est seulement un exemple que je donne
comme ça; il y a en plusieurs.
Et encore je veux
retourner aux questions. Pourquoi s'installer ici, au Québec? Qu'est-ce que nous
offrons au monde? On sait qu'ici on commerce
en français, mais le monde avec la mondialisation commerce en anglais. Et,
pour moi, et j'espère que nous, c'est de
vivre ici, au Québec, en français mais bilingues, d'avoir la change de parler
avec le monde, de vendre nos services, nos biens à tout le monde et pas
seulement entre nous. Le commerce, ce n'est pas seulement ici entre nous au
Québec, c'est dans le monde. C'est la mondialisation, et on doit être sur le
plancher avec tout le monde et pas seulement l'Amérique du Nord. Maintenant...
Libman (Robert) :
Moi, je vais répondre à l'autre volet de votre question qui touche la question
de l'approche. Et nous, nous posons la question : Quelle est la raison, quelle est
la nécessité maintenant, en 2013, d'aller de l'avant avec une telle législation? Selon nous, la loi 101 est
assez forte, elle a déjà réussi à accomplir l'objectif initial. Selon
plusieurs, comme vous le savez, dans la
communauté anglophone, ça va très, très loin, trop, trop loin. Mais, en fait,
la communauté anglophone aujourd'hui, pour la plupart, est bilingue,
surtout les jeunes. On travaille en français. Ceux qui restent au Québec réalisent… ou respectent la réalité
québécoise d'aujourd'hui, 2013. Ce n'est pas nécessaire, en 2013, d'aller
de l'avant avec une telle législation.
C'est ça qui nous inquiète. Il y a un message
très négatif autour de cette législation, qui commence de mobiliser les purs et
durs des deux côtés. Ce n'est pas avec les grands objectifs, les grands défis
qui font face à la société québécoise. Comme j'ai mentionné dans mes remarques, le Parti
libéral a dévoilé le Plan Nord, la CAQ a dévoilé le projet Saint-Laurent,
et ce sont les objectifs, les visions dont
nous devrons faire face, sur lesquels on devrait travailler ensemble pour
réaliser. Pour créer une loi maintenant qui
déstabilise, qui crée des débats dans les rues, qui crée des chicanes, je
pense, n'aide aucunement ni l'avenir du Québec ni même l'avenir de la
langue française au Québec.
La ministre faisait référence, tout à l'heure,
à la notion de bilinguisme. Le message que nous recevons est que même le bilinguisme n'est pas acceptable au Québec,
surtout à Montréal. En fait, restreindre l'accès au cégep en anglais pour les francophones, pour nous, c'est un
message qui va à l'encontre de l'importance de la valeur du bilinguisme au Québec. Alors, c'est ça, le message qu'il y a
tout autour de cette loi, pas nécessairement des articles spécifiques
dans la loi qui agacent, qui brassent la cage, c'est le message qui est envoyé
par la loi, là, l'atmosphère créée, cette notion de provoquer la chicane entre les groupes linguistiques, avec les
communautés culturelles. C'est pour ça que nous croyons, nous espérons que la loi devrait être rejetée. La
majorité des sièges à l'Assemblée nationale sont occupés par les membres
de l'opposition, alors on espère qu'ils vont
réaliser qu'en 2013 cette loi n'est pas nécessaire. Ce n'est pas dans le
meilleur intérêt de la société québécoise. Il faut la mettre à côté pour
travailler sur d'autre chose.
Si le gouvernement voulait instaurer des
programmes positifs, des incitatifs pour améliorer le sort du français au Québec, pour encourager les gens d'apprendre le
français, il n'y aurait aucune objection par personne, surtout par la
communauté anglophone. Comme j'ai mentionné, on peut rendre disponibles les
cours en français gratuits pour les anglophones
et les membres des communautés ethniques. Le plus de programmes que nous
pouvons faire, améliorer la culture québécoise, financer certains programmes,
lutter contre le décrochage scolaire, il y a tellement de choses que nous
pouvons faire qui ne vont pas être perçues comme un message ou un projet
divisif comme nous avons devant nous avec la loi n° 14.
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci, M. Libman. Est-ce que j'ai le
consentement pour permettre au député de D'Arcy-McGee
d'intervenir?
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Vous avez la parole, M. le député.
Bergman : Merci, Mme la Présidente.
M. Libman, Me Yufe, Me Wajsman, bienvenue, merci pour votre présentation, c'était très intéressant. Me
Wajsman, vous avez quelques chapeaux que vous portez, et un de vos
chapeaux certainement comme juriste et
éditeur du journal The Suburban , qui est bien lu à travers la province,
et vos éditoriaux sont toujours très, très intéressants, très
informatifs.
M. Wajsman (Beryl) : ...je suis l'éditeur du Métropolitain ,
le premier journal bilingue depuis Cité libre à Québec.
M. Bergman : Merci. Alors, dans votre
présentation, le résumé, le deuxième paragraphe, vous faites référence que le projet
de loi n° 14 donnera au gouvernement le droit de retirer le statut
bilingue de quelques municipalités. Je sais que vous êtes proches aux citoyens
des deux communautés linguistiques dans les villes qui sont servies par votre
journal. Et parlez-nous de l'expérience, à date, dans ces municipalités
bilingues, pour les citoyens des deux communautés linguistiques, et les conséquences de retirer ce statut bilingue de ces
municipalités, et si vraiment il y aurait un bénéfice pour la langue française en retirant ce statut bilingue
que détiennent certaines municipalités. Et après, s'il y a le temps,
vous avez aussi écrit et vous avez fait référence aujourd'hui… le remplacement
de la définition de «minorités ethniques» par «communautés culturelles». Mais j'aimerais
vraiment vous entendre sur la question des municipalités bilingues.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci, M. le député. M. Wajsman.
M. Wajsman (Beryl) : Je voudrais répondre à la question
avec un autre chapeau, pas comme le rédacteur en
chef de Group Suburban, parce qu'il y a une
question plus importante que quoi est la réaction des gens dans les banlieues.
Dans ma communauté des activités sociales,
les gens avec qui je fais les batailles de construire 140 cuisines
communautaires dans Montréal, dans l'est de Montréal, vous savez qu'est-ce que
c'est, leur préoccupation avec cette question? C'est de se souvenir les débuts,
les origines du Parti québécois.
En 1970, c'était un principe fondationnel du
Parti québécois, une chose que M. Lévesque a battue fortement, de faire le respect
pour la démocratie locale. Les 89 villes et municipalités qui veulent maintenir
le statut bilingue ne font pas ça
pour les raisons politiques, parce que la grande majorité sont francophones,
ils font ça simplement d'être un bon voisin, juste d'être un bon voisin. Est-ce que ça, c'est assez dur, à Québec,
aujourd'hui, d'être un bon voisin, 89 municipalités de 3 000,
4 000, 5 000?
Mais,
si un gouvernement ne respecte pas, un parti ne respecte pas un principe
important, pas seulement important pour le Parti québécois, mais pour le Parti libéral,
pour la population du Québec de respecter la démocratie locale... Même à l'Hôtel
de Ville de Montréal, M. Rotrand et tous les autres conseillers parlent de
démocratie locale. Comment un gouvernement peut dire non aux autres
municipalités? Ça, c'est assez important encore pour revenir à la question de
notre respect pour le processus de droit, que les réactions des gens, des
citoyens de ces banlieues.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci. M. Libman.
M. Libman (Robert) : Oui. Ce n'est pas un vase
communicant. Il faut, au Québec, que chaque municipalité soit capable de livrer
les services en français, c'est certain, il n'y a personne qui s'objecte à ça,
mais sans être limitée à fournir des
services, des communications dans les autres langues si les populations le
méritent. Et c'est ça, une formule gagnante, il faut s'assurer que
chaque citoyen de n'importe quelle municipalité pourrait être servi en
français, mais sans limiter la capacité de
donner des services dans les autres langues. Pour nous, c'est assez clair,
assez facile. Pourquoi retirer un statut bilingue à une certaine
municipalité si au moins cette municipalité est capable de fournir des services
en français aux francophones dans leur municipalité?
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci beaucoup. Nous allons
maintenant du côté du deuxième groupe d'opposition.
Mme la députée de Montarville, vous avez la parole pour un temps de
5 min 33 s.
Mme Roy (Montarville) : Merci beaucoup, Mme la Présidente.
Merci, messieurs, merci pour votre mémoire. Je
veux que vous sachiez d'entrée de jeu que
nous prenons ce travail, à la Coalition avenir Québec, très au sérieux, et
nous étudions, nous lisons et nous écoutons surtout les témoignages qui nous
sont livrés par ces mémoires. Et ce que nous ferons... Nous voulons
naturellement promouvoir la langue française tout en protégeant le droit de
notre minorité anglophone au Québec. Pour
nous, c'est très important, je veux que vous le sachiez. Je veux que vous
sachiez également qu'il y a des
irritants actuellement dans le projet de loi n° 14 pour nous tel qu'il est
là, des irritants qui enlèvent des droits justement à notre minorité
anglophone, et nous voulons justement faire en sorte qu'il y ait des
amendements ou des reculs — appelez ça comme
vous voudrez — sur ces
questions-là. Ça, c'est très important que vous le sachiez.
Outre cela, comme je vous dis, le travail est
très important, et je suis ravie que vous soyez là et que vous soyez des juristes, parce que vous êtes parmi les premiers
juristes que nous entendons, et je sais qu'il y en aura d'autres.
Roy (Montarville) : Il y a des
juristes dans la salle, il y en aura d'autres aussi. Vous êtes des juristes. Et
ce qui est...
Wajsman (Beryl) : ...de Luc d'être un
juriste, ce n'est pas une bonne chose, mais en tout cas...
Roy (Montarville) : Mais, lorsqu'on
discute d'un projet de loi, il est intéressant, outre d'entendre des groupements d'intérêts qui ont des opinions plus
morales que juridiques... C'est ce qui m'intéresse particulièrement dans
votre mémoire. Et nous voulons bien
comprendre quels seront les impacts du projet de loi n° 14 sur votre
communauté. Et voici ma question, et je vous
l'adresse : Juridiquement parlant, dans ce projet de loi n° 14, qu'est-ce
qui vous irrite le plus?
Wajsman (Beryl) : Une petite
correction.
Roy (Montarville) : Allez-y.
M. Wajsman (Beryl) : Bon. Ce n'est pas à notre communauté.
J'ai commencé mes commentaires par dire que je
suis un Québécois. Je viens ici de Paris. Je
n'ai pas de la chance d'aller dans école francophone, française parce
que... Même que 40 % de notre famille
est catholique. Mes deux parents étaient Juifs. À l'époque, c'était un système
confessionnel. Je comprends quand mes amis
indépendantistes disent : Nous devrons protéger la langue française parce
que nous avons une histoire de
préjudice, parce que j'ai passé mon premier six mois dans une école protestante
où les autres jeunes, Juifs comme moi, me frappent, parce que ce petit
Juif parlait français, les autres parlaient anglais. Je comprends l'émotion.
Mais un gouvernement a une plus importante responsabilité.
Le préambule, à la commission Gendron, en
1968, le premier rapport sur la langue dit le suivant : Même s'il n'y a pas un danger ni
une menace à la langue et culture française. L'admission était là. Parce qu'il
y a une perception : Nous devrons faire quelque chose pour la
population. Ça, ce n'est pas le devoir d'un gouvernement. Ça, c'est le devoir peut-être d'un parti pendant une élection. Mais
nous ne pouvons pas compromiser les droits fondamentaux des citoyens.
Nous avons...
loi 101 a accompli les buts, le monde est à… Il n'y a pas une question… Ce n'est
pas contre la protection et promouvoir la langue et culture française, mais qu'est-ce
que fait la société distincte à Québec. C'est, si vous tirez notre respect pour
les droits fondamentaux, notre respect pour le processus de droit, notre
respect pour un patrimoine progressiste non… c'est ce qui fait la société
distincte, pas la langue, mais notre principe.
Yufe (Richard) : Je veux ajouter. Mes
racines ici, c'est du Québec. Même si c'est plus facile pour moi d'exprimer en anglais, je crois que je suis
bilingue. Mais le projet de loi n° 14, ce n'est pas les droits d'une
communauté, ou des communautés, ou des
anglophones, c'est les droits et les libertés des Québécois, des résidents du
Québec, et ça touche aussi des cégeps qui sont… aussi exprimés dans la
langue anglaise, et ça donne une priorité d'accès des cégeps pour les étudiants qui sont d'héritage anglophone ou un
héritage qui n'est pas francophone. Et c'est dommage pour des familles,
pour les étudiants et pour tout le Québec de ne donne pas une éducation
bilingue, de ne donne pas une éducation bilingue
au niveau des cégeps. C'est maintenant des adultes, au niveau du cégep, et de
dire que c'est seulement une priorité pour
les gens qui viennent d'un héritage non francophone… Et on ne peut pas
habiller... we cannot live... on ne peut pas rester, ce n'est pas
correct. It's a mistake, et on ne peut pas continuer sur ce chemin. We can't
make this mistake. Ce n'est pas correct pour tout le Québec.
Et, l'autre chose, c'est
le changement — je crois que M. Bergman a parlé de ça — le changement des mots,
de «ethnic minorities» et le remplacement avec «cultural communities». Ça, c'est
une grande chose, vraiment, et c'est une chose que des gens qui ne sont pas des
juristes, qui n'ont pas une étude ou... qui n'est pas allé à une faculté de droit ici, au Québec, ne comprend pas directement,
mais c'est une méthode d'éviter la protection des libertés fondamentales
dans les législations internationales.
j'ai déjà entendu des gens ici, sur la commission, qui ont dit que c'est
seulement un changement de mots, it's only a changing of words, that it's
merely semantics. Et je veux poser la question : Si c'est seulement un
changement de mots, si c'est seulement sémantique, pourquoi on va faire un
changement comme ça? Why are we doing this change? Why are you proposing such a
change? If it is a change of merely semantics, then why not just leave
it that way? And if, please, somebody on the
commission who would be in favour of such a change or someone who
believes vraiment que c'est seulement de la sémantique, expliquez à moi, s'il
vous plaît, please, if you can.
La Présidente (Mme Richard,
Duplessis) :
Merci beaucoup, messieurs. Malheureusement, c'est tout le temps dont nous disposions.
demande à M. Dominique Beaulieu de prendre place.
nous allons suspendre les travaux quelques minutes.
(Suspension
de la séance à 15 h 49)
La Présidente (Mme Vien) : Alors, mesdames messieurs les
parlementaires, nous allons reprendre nos
travaux.
Nous
recevons, cet après-midi, dans le cadre des auditions sur le projet de loi
n° 14, Loi modifiant la Charte de la
langue française, la Charte des droits et libertés de la personne et d'autres
dispositions législatives, nous recevons donc M. Dominique Beaulieu.
M. Beaulieu, bonjour, bienvenue à votre
Assemblée nationale. M. Beaulieu, vous avez donc du temps qui vous est consenti pour présenter les grandes lignes de
votre mémoire, après quoi vous pourrez... vous aurez le loisir de vous
entretenir avec les parlementaires. On vous écoute, cher monsieur.
Beaulieu (Dominique) : Une dizaine de
minutes environ?
Présidente (Mme Vien) : Exactement.
M. Beaulieu (Dominique) : D'accord. Alors, on va y aller
rapidement. Alors, Mme la Présidente, Mmes, MM. les députés, merci de m'accorder ce temps
de parole. Je me présente rapidement, Dominique Beaulieu, étudiant au doctorat en génie électrique à l'Université Laval, plus
particulièrement en vision artificielle et en interaction humain-robot sur les chaînes de montage de véhicules. Je
milite dans les partis politiques et des groupes de défense de la langue
française en plus d'être le secrétaire général de mon association
facultaire. Ceci dit, ce mémoire est présenté à
titre personnel.
Avant
de rentrer dans le vif du sujet, j'aimerais tout d'abord féliciter la première
ministre d'imposer à ses ministres le
français comme langue de communication avec leurs homologues fédéraux. Il était
plus que temps, ça fait des années que je le réclame. En 1995, ils nous
on dit : On vous aime, maintenant c'est le temps de le prouver. Il devrait
en être de même pour les députés. Tout
député ne devrait répondre aux journalistes qu'en français uniquement. Il
faut rappeler que les interprètes existent.
Le journaliste qui couvre un événement au Québec et qui ne parle pas français
n'est tout simplement pas qualifié pour le poste.
J'aimerais
féliciter le gouvernement de retirer ce privilège inadmissible accordé aux
militaires francophones d'envoyer leurs enfants à l'école anglaise. Ce n'est
pas le rôle de l'État de favoriser l'intégration de ses militaires à l'extérieur
de nos frontières. Le devoir patriotique d'un militaire est d'exiger d'avoir
des écoles françaises lorsque ceux-ci sont affectés à l'extérieur du Québec. En
passant, je suis ancien réserviste. Pour ceux qui disent : Ce ne sont que 700 enfants, si on fait le calcul, 700 enfants
sur les 11 ans du primaire et du secondaire, ça fait 1 400 sur 22 ans,
puis c'est cumulatif d'une génération à l'autre.
Alors, le nombre de personnes ayant droit à l'école anglaise sans que ce
soit justifié va augmenter de génération en génération.
Ma présentation doit comporter trois points :
premièrement, concernant le projet de loi n° 14; deuxième point, recommandations diverses; troisième point, la
langue française en recherche scientifique.
Le projet comporte plusieurs failles. Par
exemple, l'administration devrait inclure également les organismes créés par elle ou subventionnés par elle comme les OSBL.
On devrait partout remplacer «français, la langue normale et habituelle» par
«français, la seule langue normale et habituelle».
Par exemple, concernant les ordres
professionnels, j'ai déjà déposé une plainte contre l'Ordre des ingénieurs du Québec parce qu'ils
nous envoyaient des documents partiellement bilingues. Et ce que l'office m'a
répondu, c'est que l'obligation d'utiliser
la langue officielle n'exclut pas l'utilisation d'autres langues. Alors, il y a
une faille à ce niveau-là. Pourquoi
est-ce que l'Ordre des ingénieurs permet aux candidats de passer leurs examens
en anglais pour l'admission à leur
profession? Pourquoi est-ce que l'AMF vend des livres de préparation à ses
examens en anglais? Quelqu'un qui n'est pas fonctionnel en français
devrait suivre des cours de français avant de suivre des cours sur les
assurances.
Concernant l'Agence métropolitaine de transport, pour un
poste d'inspecteur, on exige l'anglais. J'ai
demandé pourquoi. On m'a rappelé pour me
dire que c'est parce qu'il y a une
partie de la clientèle qui est anglophone.
Bizarre, c'est un ancien péquiste qui est
maintenant président de l'AMT. En passant, les transports publics sont en
situation de monopole, ils n'ont donc pas à pratiquer un tel
clientélisme.
projet de loi devrait inclure également des éléments comme : promouvoir le
français comme grande langue diplomatique
internationale, grande langue scientifique internationale et promouvoir le
français comme langue des affaires également.
Certaines
personnes, concernant les municipalités à statut bilingue, proposent ainsi aux
municipalités le soin de demander à se faire retirer leur statut bilingue.
Quel maire et quel conseiller qui a besoin des votes des anglophones va faire cela? Dans cette histoire, le rôle du méchant
doit être joué par le gouvernement et non pas par le maire et lesconseillers. Dans le fond, le gouvernement, dans
cette histoire-là, il n'a rien à perdre. Le politicien municipal, lui, a
tout à perdre s'il devait porter le fardeau. Donc, c'est le gouvernement du
Québec qui doit gérer ça.
connaissance du français doit être exigée pour chaque diplôme émis au Québec, y
compris bac, maîtrise et doctorat. Comme anecdote, il y a des personnes qui
obtiennent leur doctorat à l'Université Laval sans connaissance du français, même si le français était une condition
à l'admission. Alors, si on enlève le contrôle à l'entrée, il faudrait
mettre un contrôle à la sortie parce que ces gens-là diplôment, ne connaissent
pas le français, il va falloir qu'ils se trouvent de l'emploi, ils sont pris
pour s'expatrier, ils ne peuvent pas travailler ici parce qu'ils ne connaissent
pas le français.
Concernant
l'exigence d'une autre langue que le français pour un emploi, il ne faudrait
pas laisser ça à la seule discrétion des
employeurs parce que ça mène à des abus. Par exemple, on exigeait l'anglais
pour un poste de vendeur chez MicroBytes, à Saint-Hyacinthe, sous prétexte que
l'Hôtel des Seigneurs n'était pas bien loin puis que parfois un touriste était
de passage, son ordinateur tombait en panne.
Une piste de solution
serait de créer des listes d'emplois où on estime que le français n'est pas
nécessaire, par exemple commis de dépanneur, une liste d'emplois où une autre
langue que le français est nécessaire, par exemple réceptionniste à l'hôtel.
Puis quelqu'un qui voudrait une dérogation, bien, il faudrait qu'il y ait un
numéro délivré par l'Office de la langue
française pour lui dire : D'accord, on t'accorde la permission. Il y en a
qui vont trouver que c'est beaucoup
de paperasse, mais... C'est beaucoup de paperasse... Si c'est nécessaire, les
gens vont accepter de remplir la paperasse. Sinon, bien, ça va dissuader
de faire des abus.
faudrait également simplifier le processus de plaintes concernant la langue de
travail. Par exemple, concernant des offres d'emploi à l'AMT, moi, je n'ai pas des
heures à dépenser pour aller en convocation devant l'AMT... devant le conseil des relations de travail face à l'AMT,
pour dire : L'anglais n'est pas justifié dans ce cas-là, surtout si je n'ai
pas l'intention de postuler pour le poste. Le changement a été fait au niveau
de la juridiction, c'est passé de l'Office de la langue française au conseil
des relations de travail. Je veux bien, mais, si je fais une plainte, c'est
pour dénoncer ce que je crois une situation
qui est illégale. Ça ne veut pas dire que j'ai le goût de postuler pour le
poste. Alors, il faudrait qu'un tiers puisse faire la plainte puis que l'office
fasse le reste.
J'aimerais féliciter le
gouvernement concernant l'admission pour les cégeps anglophones qui va être d'abord
réservée pour les anglophones eux-mêmes. Alors, c'est pour ça qu'ils ont été
créés. Je vais arrêter ça là. Rapidement, je vais y aller au niveau des
recommandations diverses en quelques secondes.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : ...je veux juste vous aviser que la ministre vous cède
du temps qu'a normalement le gouvernement,
donc vous pouvez prendre votre temps pour faire votre présentation.
Beaulieu (Dominique) : D'accord. Merci, c'est apprécié. Alors, je vais quand même y aller
rapidement, j'ai hâte de pouvoir échanger.
entend souvent : On veut répondre sur demande en anglais par souci du
service à la clientèle. Ça, je ne peux pas passer à côté de ça. Que répondrait le
dentiste si vous lui demandiez, afin d'avoir un service de qualité, de vous
faire une coupe de cheveux après avoir fait
votre plombage? Il vous rirait en pleine face en vous répondant qu'il est là
pour réparer les dents, pas pour couper les
cheveux. Le métier de dentiste consiste à réparer les dents; le métier du
coiffeur consiste à couper les cheveux.
Donc, le métier du préposé de la STM consiste à vendre des billets et à
informer la clientèle sur les horaires. La traduction de ces
informations en anglais est le travail d'un interprète, pas celui du préposé.
Le dentiste n'est pas plus coiffeur que le
préposé de la STM n'est professeur de langue ou traducteur. Comme dit le
proverbe, que chacun fasse son métier, et les vaches seront bien gardées.
Concernant
le français comme langue scientifique, on ne se contera pas de menteries qu'au niveau des deuxième,
troisième cycles il y a une pression à l'anglicisation, notamment à l'Université
Laval. On ne peut pas en vouloir aux professeurs de recruter à l'étranger.
Ceci dit, lorsque quelqu'un arrive d'Iran ou de Chine puis qu'il débarque, j'ai l'impression qu'au niveau de la francisation
il n'y a pas beaucoup de support. Il va recevoir une bourse pour faire
sa recherche, mais, s'il décidait d'aller
apprendre le français en utilisant cette bourse-là, ça ne marche pas parce que,
si c'est une bourse de recherche, ça ne peut pas être utilisé pour autre
chose.
qu'il faudrait faire, il faudrait que le gouvernement accorde des bourses
également de francisation pour les étudiants étrangers. Par exemple, la bourse
Mombusho, du gouvernement japonais, pour faire une maîtrise, par
exemple, au Japon : sur deux ans, il y
a six mois qui est prévu pour l'immersion en langue japonaise durant les six
premiers mois de la bourse, puis ensuite les 18 mois qu'il reste