Culture and Education — 21 March 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CCE 2019-03-21
Quebec — Committees
(Onze heures vingt-six minutes)
Le Président (M. Tanguay) : Alors, à
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de la culture et de l'éducation
ouverte. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission
est réunie afin de poursuivre les auditions publiques dans le cadre des consultations particulières sur le projet
de loi n° 12, Loi visant à préciser la portée du
droit à la gratuité scolaire et à permettre l'encadrement de certaines
contributions financières pouvant être exigées. Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Non, M. le
Président, il n'y a aucun remplacement.
Président (M. Tanguay) :
Alors, cet avant-midi, nous débutons avec les représentantes du Conseil supérieur de l'éducation. Bienvenue à
votre Assemblée nationale. Vous disposez en tout d'une période de
présentation de 10 minutes, à
l'intérieur de laquelle je vous
demanderais, s'il vous plaît, de prendre le temps de vous identifier pour les
fins d'enregistrement, et, par la
suite, vous aurez l'occasion d'échanger avec les collègues députés. Sans plus
tarder, la parole est à vous.
Lassonde (Maryse) : Merci.
Alors, je suis Maryse Lassonde, présidente du Conseil supérieur de l'éducation. Je suis accompagnée de Mme
Christina Vigna, secrétaire générale,
Mme Suzanne Mainville, directrice des études et de la recherche, et
Catherine Lebossé, coordonnatrice de la Commission d'enseignement secondaire.
Alors, M. le
Président de la commission, M. le ministre, Mmes et MM. les députés membres de
la commission, depuis maintenant plus
de 50 ans, le conseil est un observateur attentif des changements qui surviennent
au sein de la société, particulièrement
en éducation. Dans sa fonction de conseil auprès du ministre et en tant
qu'organisme indépendant de consultation
et de réflexion en vue du développement d'une vision globale et prospective de
l'éducation, le conseil s'est prononcé
à maintes reprises sur la gouverne en éducation et la démocratie scolaire. Je
rappelle que le conseil base ses avis sur
la science, la consultation d'experts et d'expertes, les consultations sur le
terrain, et sur les délibérations démocratiques des membres de la table du conseil, et des membres de nos commissions.
Compte tenu du contexte d'urgence dans lequel s'inscrit ce projet de loi, la réalisation du présent mémoire s'appuie
essentiellement sur les écrits antérieurs du conseil, mais aussi sur les délibérations de ses instances
auprès de la Commission de l'éducation préscolaire et de l'enseignement
primaire, de la Commission de l'enseignement secondaire et les membres de la
table du conseil.
Avant de
partager avec vous les deux principaux messages du mémoire déposé devant la
commission, je tiens à préciser que
les propos du conseil ne porteront pas sur les aspects procéduraux de
l'organisation scolaire ni sur les moyens, ces éléments relevant davantage de l'expertise des acteurs du milieu
scolaire. La contribution du conseil se situe davantage sur le plan des
principes à respecter pour garantir une éducation de qualité à l'ensemble des
élèves du Québec.
Deux messages
principaux se dégagent de notre mémoire, le premier est un message d'appui dans
lequel le conseil accueille favorablement l'intention du législateur de
préciser les contributions financières pouvant être exigées des élèves et de leurs parents, tout en saluant aussi
l'intention poursuivie d'éclaircir une situation dans laquelle les dérives
observées en matière de gratuité scolaire ont créé certaines tensions entre les
commissions scolaires et les parents.
Le second
message, beaucoup plus important, est un message reflétant une certaine
inquiétude liée principalement à l'ajout
d'un alinéa à la fin de l'article 3 venant exclure de la gratuité des services
éducatifs les services dispensés dans le cadre de projets pédagogiques
particuliers et les activités scolaires déterminées par règlement.
Permettez-moi
de clarifier notre position à cet égard. De prime abord, le conseil considère
la diversification de la formation,
entre autres à travers des projets particuliers, comme étant une valeur ajoutée
à la formation de base commune. Le
conseil souligne plusieurs retombées très positives, lesquelles ont été
relevées dans un de ses avis en 2007. Et, parmi ces retombées, le conseil indique une formation générale de base
améliorée, la reconnaissance et la promotion d'aptitudes personnelles
dans divers domaines de formation, un plus grand nombre d'élèves intéressés et
stimulés, la constitution d'équipes
enseignantes motivées et mobilisées, des parents plus intéressés et davantage
satisfaits de l'école secondaire, des commissions scolaires et des
écoles plus dynamiques.
Mais, dans ce
même avis, le conseil met également en garde contre quelques dérives :
l'éclatement de la formation continue,
l'exclusion de certains jeunes, l'écrémage de la classe ordinaire, la
répartition inégale du poids de l'intégration des élèves à risque et des élèves handicapés ou en
difficulté d'adaptation ou d'apprentissage, une iniquité dans la tâche
d'enseignement et la concurrence entre les écoles publiques.
Depuis
2007, ces projets se sont multipliés. Cette augmentation traduit leur
appréciation et le fait qu'ils répondent aux besoins des élèves et aux souhaits des parents. Toutefois, le
conseil soulève deux préoccupations particulières à leur égard, soit leur accessibilité inégale et leur
impact sur l'hétérogénéité des classes et, par conséquent, sur la performance
globale du système.
Parlons tout d'abord de l'accessibilité. Alors
que, pour améliorer la performance du système scolaire québécois, il faut notamment intervenir auprès des élèves les
plus vulnérables, ces élèves se voient souvent exclus de ces projets ou programmes particuliers. À
titre d'exemple,
rappelons qu'en 2016 le conseil constatait que seulement 16 % des écoles secondaires
publiques dont l'indice de milieu socioéconomique est faible proposaient à
leurs élèves des programmes particuliers,
alors que, pour les établissements dont l'indice de revenu est moyen ou élevé,
ce pourcentage atteignait en moyenne
43 %. En effet, l'accès à ces programmes repose en général sur une forme
ou une autre de sélection, le rendement scolaire, le comportement, voire les coûts, ce qui est l'objet du
présent projet de loi. Dès lors, leur accès est rendu difficile à ces élèves qui auraient le plus à gagner à
fréquenter un milieu scolaire stimulant parce qu'ils peuvent moins que les
autres compter sur les ressources de
leur milieu familial pour enrichir leur bagage culturel. L'accessibilité de ces
programmes soulève donc un enjeu d'équité.
second enjeu découlant du premier concerne l'hétérogénéité des classes. Pour
citer Monseur et Crahay : «Dès lors que des élèves se retrouvent dans des écoles recrutant
majoritairement des enfants d'origine sociale défavorisée, leurs performances académiques sont inférieures à ce qu'elles
pourraient être s'ils fréquentaient une école brassant les origines
sociales.» Rappelons que la mixité scolaire ne nuit pas aux élèves les plus
performants. En fait, dans un groupe mixte équilibré, les élèves performants
maintiennent leurs bons résultats et ceux qui éprouvent des difficultés
obtiennent de meilleurs résultats au contact
d'élèves qui apprennent facilement, d'où l'importance que les projets
pédagogiques particuliers soient
accessibles à tous et de s'assurer qu'ils favorisent la mixité scolaire et
sociale au sein de la classe. Il s'agit d'offrir à tous les élèves les mêmes
opportunités de développer leur plein potentiel.
en soustrayant les services offerts dans le cadre de projets pédagogiques
particuliers et les activités scolaires à la gratuité, le projet de loi
n° 12 pourrait non seulement ouvrir la porte à une potentielle
multiplication de programmes sélectifs
par les commissions scolaires et les établissements, mais surtout contribuer à
la reproduction des inégalités sociales par la stratification de l'offre de formation pendant la scolarité
obligatoire au bénéfice des plus favorisés. Dans ce contexte, le conseil croit que l'ajout d'un alinéa à la fin
de l'article 3 qui introduit cette exclusion peut constituer une brèche
pour les acquis du Québec en matière
de justice sociale. Il estime qu'il s'inscrit également en porte-à-faux avec le
principe de gratuité scolaire prévu dans la Charte des droits et
libertés de la personne.
Le conseil réitère
que, dans un souci d'équité, la formation doit demeurer accessible à tous les
élèves qui le désirent ou qui en ont besoin
pour développer leur plein potentiel sans égard à la capacité de payer de leurs
parents. Pour ces raisons, le conseil
convie le législateur à éviter tout transfert supplémentaire vers les usagers
de coûts susceptibles d'augmenter les
écarts de traitement entre les enfants dont les parents n'ont pas les mêmes
moyens et ainsi accentuer une forme de ségrégation.
résumé, si le conseil reconnaît l'intention de certains objectifs de ce projet
de loi, il s'inquiète principalement de
l'ajout à la fin de l'article 3 venant exclure de la gratuité des services
éducatifs les services dispensés dans le cadre de projets pédagogiques particuliers et les activités scolaires
déterminées par règlement. De plus, le renvoi au règlement pose problème, car il vient soustraire le
gouvernement à toute consultation large susceptible de dégager des éléments
faisant consensus et facilitant l'adhésion des acteurs à propos des
frais à déterminer.
ailleurs, le conseil tient à rappeler que l'État, en tant que responsable de
l'éducation, considérée comme bien commun,
doit apporter sa contribution au financement de l'ensemble des services
éducatifs, dont les projets pédagogiques particuliers, les activités scolaires, les services de garde et le
transport scolaire. Cette contribution de l'État doit se refléter dans un partage équitable et juste des ressources,
qui tienne compte de la variabilité du statut socioéconomique des parents,
pour sortir de la logique de quasi-marché en
éducation et pour lutter contre la tendance à la ségrégation scolaire et le
recours à des services que les plus
vulnérables ne peuvent s'offrir. Le conseil insiste sur l'importance pour le
gouvernement de mettre en place des
mesures qui visent à accroître l'équité, à amoindrir les écarts entre les milieux
et à reconnaître l'importance des projets pédagogiques particuliers en
réponse aux besoins diversifiés de tous les élèves.
Enfin,
le conseil espère que ses propos favoriseront la réflexion nécessaire pour
relever le défi, qui consiste non seulement
à accroître l'équité, mais aussi éviter que le Québec ne recule sur ses acquis
en matière de justice scolaire ou de justice
sociale à l'école, la justice scolaire étant la prise en compte de la diversité
des élèves, et la justice sociale voulant que chaque personne ait droit
à une éducation gratuite et de qualité.
Permettez-moi
de conclure avec une citation d'Aristote : «La plus grande injustice est
de traiter également les choses inégales.» Merci de votre attention.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Et, maintenant, nous allons
enchaîner avec la période d'échange avec les collègues députés. Et, pour
une période de 15 minutes, je cède la parole au ministre de l'Éducation.
Roberge : Merci bien, M. le Président. Merci pour votre présentation.
Toujours content de vous voir. On s'était vus il n'y a pas très longtemps aussi avec l'équipe du conseil. Je suis
un lecteur assidu des rapports du Conseil supérieur depuis longtemps. C'est peut-être... je ne sais
pas si c'est la première fois, mais, je pense, c'est assez rare que quelqu'un
qui a déjà siégé sur une instance du conseil
occupe le poste que j'occupe actuellement. Donc, il y a définitivement un lien
entre le