Culture and Education — 1 May 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CCE 2013-05-01
Quebec — Committees
(Onze
heures trente-sept minutes)
La Présidente (Mme
Vien) : Alors, bonjour, mesdames messieurs, et bonne matinée.
Bienvenue à ces consultations particulières
et auditions publiques sur le projet de loi n° 23 qui, je vous le
rappelle, est la Loi modifiant la
Loi sur l'instruction publique
concernant certains services éducatifs aux élèves âgés de moins de cinq ans.
Alors, d'entrée de
jeu, je vous demanderais de vérifier la sonnerie de vos téléphones cellulaires
et tous autres appareils électroniques, donc, pour que ce soit sur sourdine.
Mme la secrétaire,
signalez-vous des remplacements aujourd'hui?
La Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. M. Roy (Bonaventure) sera remplacé par Mme
Richard (Îles-de-la-Madeleine) et M. Sklavounos (Laurier-Dorion), par
Mme St-Amand (Trois-Rivières).
La Présidente (Mme Vien) : Bien. Nous allons entendre aujourd'hui la
Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement, qui
sera suivie de l'Université du Québec à Montréal; et, cet après-midi, nous
entendrons la Centrale des syndicats du Québec et ses fédérations affiliées, et
nous terminerons avec la Coalition des garderies privées non subventionnées.
Alors,
bonjour à nos premières invitées de la Fédération québécoise des directions d'établissement
d'enseignement, alors trois dames qui sont avec nous. Bienvenue dans votre
Assemblée nationale. Vous disposez de 10 minutes pour nous livrer l'essentiel
de votre message… de votre mémoire, après quoi s'ensuivront des discussions,
des échanges entre les parlementaires et vous trois. Ça vous convient?
La Présidente (Mme
Vien) : Alors, Mme Normand-Charbonne?
Normand-Charbonneau (Lorraine) : Lorraine Normand-Charbonneau — bonjour — présidente.
La Présidente (Mme
Vien) : Pardon, excusez-moi. Oui, il manque…
Normand-Charbonneau (Lorraine) : Présidente.
La Présidente (Mme
Vien) : …deux lettres, ici. Toutes mes excuses. La parole est à
vous. Si vous voulez nous présenter les gens qui vous accompagnent.
Normand-Charbonneau (Lorraine) : Oui, je vous présenterais les gens
qui sont avec moi.
Mme Madore
(Lise) : Lise Madore, vice-présidente de la FQDE.
Mme Demers
(Michèle) : Michèle Demers, conseillère aux communications et à la vie
politique, FQDE.
La Présidente (Mme
Vien) : Bienvenue. On vous écoute, madame.
Mme Normand-Charbonneau (Lorraine) : Donc, dans un premier temps, la fédération
voudrait vous remercier de nous accueillir et de nous donner l'opportunité,
là, de présenter notre mémoire concernant le projet de loi n° 23.
Donc, la Fédération
québécoise des directions d'établissement d'enseignement est le principal
organisme professionnel représentant plus de
2 100 directions d'établissement d'enseignement en provenance de
22 associations régionales.
La mission de la fédé
est de promouvoir le développement professionnel et l'excellence dans la
direction des établissements d'enseignement au Québec ainsi que de défendre les
droits des directions et directions adjointes d'établissement d'enseignement.
mémoire présente la position de la Fédération québécoise des directions d'établissement
d'enseignement à l'égard du projet de loi n° 23, Loi modifiant la
Loi sur l'instruction publique concernant certains services éducatifs aux
élèves âgés de moins de cinq ans.
«Les
programmes d'éducation et de protection de la petite enfance devraient mettre
en valeur le développement global de l'enfant et non se limiter à
faciliter la transition de ce dernier vers la scolarité formelle. Une
protection de l'enfant de grande qualité,
notamment pour les enfants issus de milieux défavorisés, encourage la
motivation, la confiance, le développement cognitif et linguistique et
prépare à l'entrée à l'école.» C'est une citation de l'UNESCO.
D'emblée, la Fédération québécoise des
directions d'établissement d'enseignement tient à faire valoir et comprendre aux différentes instances
gouvernementales les besoins de ses membres pour mener à bien leur mandat
de gestion et ainsi permettre aux élèves du
Québec de recevoir les services les mieux adaptés à leurs besoins. Les
directions d'établissement sont confrontées quotidiennement à une organisation
du travail complexe et à une réalité de gestion d'établissement d'enseignement
autour desquelles gravitent tous les acteurs locaux : parents,
intervenants scolaires et communautaires.
Considérant ces enjeux majeurs, la fédération croit que les directions d'établissement
d'enseignement doivent bénéficier d'un droit
de gestion autonome et responsable dans le but de répondre aux besoins
spécifiques des élèves, de leur école
et de leur environnement communautaire. Les décisions doivent se prendre près
des élèves, et les directions d'école doivent disposer d'une marge de
manoeuvre sur l'ensemble de leurs ressources afin de favoriser le succès de
leurs élèves.
Tel que mentionné par le Conseil supérieur de l'éducation
dans son avis paru en août 2012, Mieux accueillir et éduquer les enfants d'âge préscolaire, une triple question d'accès,
de qualité et de continuité des services , la petite enfance est une période déterminante pour l'épanouissement
de chaque individu, particulièrement chez la clientèle issue de milieux défavorisés. Permettre à l'enfant d'évoluer dans un
environnement riche où, dès son plus jeune âge, il développera ses habiletés sociales et
expérimentera des activités de littératie et de numératie, peut influencer de
façon appréciable son parcours scolaire et surtout, à plus long terme, lui
permettre de s'engager de façon positive dans la société. C'est pourquoi la Fédération québécoise des directions d'établissement
d'enseignement salue la volonté de la ministre de l'Éducation, du Loisir
et du Sport, Mme Marie Malavoy, de mettre en place, de manière progressive, la
maternelle quatre ans à temps plein en milieu défavorisé.
L'investissement
en éducation dès la petite enfance est un choix auquel nous adhérons. De plus,
l'offre de services spécifiques aux plus vulnérables contribue à réduire
les inégalités dans une société où l'accès à l'enseignement est un droit
fondamental.
Un questionnement qui subsiste. La fédération
croit que la modification à la
Loi sur l'instruction publique concernant certains services éducatifs aux élèves
âgés de moins de cinq ans amène bon nombre de questionnements et que
ceux-ci devront être éclaircis avant de procéder à toute forme d'implantation
de nouveaux services de maternelle quatre ans à temps plein auprès de la
clientèle défavorisée.
Il est clair que l'implantation progressive du
programme durant la première année facilitera la logistique de son déploiement. Elle facilitera également l'évaluation
et le suivi du taux de réussite de cette première cohorte, mais encore faut-il que l'évaluation et le suivi soient
effectués de manière ponctuelle et rigoureuse pour assurer l'atteinte de
l'objectif premier qui est de favoriser l'insertion scolaire harmonieuse des
enfants issus de milieux défavorisés.
Toutefois, il
est évident que des choix déchirants devront être faits dans la sélection des
enfants qui formeront l'unique classe de la commission scolaire. L'unique
classe permettra-t-elle à ce projet d'être à la hauteur de ses ambitions? Comment sera déterminée l'école d'accueil
de cette première cohorte? Les règles établies pour le choix des écoles,
comme par exemple : La disponibilité des locaux répond-elle aux besoins
réels des milieux? Quelles sont les véritables
conditions nécessaires à mettre en place pour assurer la réussite de l'implantation?
Le programme académique sera-t-il
prêt? Comment les parents des territoires sélectionnés seront-ils rejoints? L'école
a-t-elle les ressources suffisantes et nécessaires pour intervenir
efficacement auprès de cette clientèle?
Permettre l'accès
à la maternelle aux enfants de milieux défavorisés dès l'âge de quatre ans ne
peut être l'unique façon d'augmenter
leurs chances de réussite et de prévenir le décrochage scolaire. La recherche
universitaire démontre également l'importance d'intervenir auprès des
parents afin de les amener à participer au développement de leur enfant, notamment
en lisant avec lui tous les jours et en lui faisant prendre conscience de l'omniprésence
de l'écrit dans notre société.
Les apprentissages faits à l'école par l'enfant
doivent se consolider à la maison. Si aucune mesure ne vient soutenir les parents, l'énergie déployée à l'école
aura peu d'effet. Il faut briser l'isolement social engendré par la
pauvreté et l'analphabétisme et travailler
davantage en amont pour accompagner les parents et les diriger vers des
services pour leurs enfants dès l'âge de deux ou trois ans.
L'implantation des maternelles quatre ans
nécessite une organisation et une structure adaptées aux besoins des enfants de ce groupe d'âge. Qu'il s'agisse d'encadrement,
de ratio, d'accompagnement ou encore d'aménagement physique des locaux,
il est primordial de bien identifier les conditions gagnantes à la mise en
place de ce projet.
L'intervention en groupe n'est pas toujours
efficace auprès des jeunes enfants. Pour la majorité d'entre eux, comme nous
pouvons le constater chaque jour, dans nos écoles, dans les classes du
préscolaire, des interventions individuelles seront nécessaires. La qualité de
l'accompagnement pédagogique dispensé sera alors tributaire de la formation
appropriée des éducatrices et éducateurs.
L'actuel
baccalauréat en éducation préscolaire et en enseignement primaire offrant peu
de formation destinée à la petite
enfance, les enseignants n'ont actuellement pas les outils pour intervenir
adéquatement auprès de cette clientèle. Un programme de formation
continue devrait être dispensé aux enseignants qui interviendront auprès de ces
groupes afin qu'ils soient à la fine pointe des recherches et des nouvelles
approches pédagogiques.
Sortir
l'enfant de son milieu pour l'amener à l'école où il se retrouvera dans un
groupe de 18 élèves qui ont peu ou pas fréquenté le service de garde
nous apparaît un projet ambitieux qui mérite une grande réflexion si on ne veut
pas qu'il soit voué à
l'échec dès son implantation. Comment mener des interventions efficaces avec un
ratio 1/18? La qualité du service dispensé dépendra des ressources qui
seront allouées.
Les baisses de ratios
dans les groupes durant les deux dernières années ont engendré de criants
problèmes d'organisation scolaire. Actuellement, dans plusieurs régions du
Québec, les écoles débordent et les élèves doivent vivre dans des locaux trop petits et bien souvent mal adaptés à leurs
besoins. Qu'en sera-t-il avec ces classes? Pourront-elles bénéficier d'allocations spécifiques ou bien les
restrictions budgétaires obligeront-elles, encore une fois, à fournir
des services à rabais infructueux? Pour assurer la réussite de cette
implantation et la longévité du projet, il est clair que les budgets devront être souples et permettre une
latitude dans leur gestion et leur organisation. Les écoles pourront-elles
utiliser les allocations en fonction des besoins de leurs milieux ou
devront-elles se soumettre à des restrictions les encarcanant dans un dédale bureaucratique laissant peu de place aux
réels besoins de chaque école? De plus, il nous apparaît nécessaire de
rappeler que chaque classe devra être équipée d'une salle de toilette, d'un
lavabo et d'un mobilier adapté à la taille
des enfants. Les sommes requises pour l'aménagement de ces locaux sont-elles
prévues dans le budget de 8,1 millions lors de la première année d'implantation?
Recommandations. La réussite de ce projet repose
sur plusieurs facteurs que nous avons énumérés précédemment. Ajoutons qu'il est primordial que les décisions
soient prises près des élèves en tenant compte des besoins des jeunes enfants et des facteurs susceptibles d'influencer
leur cheminement scolaire. Il importera d'éviter l'improvisation et l'ouverture
de classes tous azimuts sans avoir au