Institutions — 2 November 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2015-11-02
Quebec — Committees
En septembre 2009, on a bonifié l'escouade
de lutte contre le crime économique de l'Autorité des marchés financiers et de la Sûreté du Québec. En octobre
de la même année, il y a eu la mise sur pied de l'escouade Marteau de la
Sûreté du Québec puis,
au printemps 2010, l'unité anticollusion au ministère des Transports. Le plus
grand donneur de contrats publics du
Québec a eu le mandat de faire de la détection, notamment de la collusion, dans
l'octroi des contrats de travaux de
ce ministère qui concède annuellement des milliards de dollars en contrats
publics. S'en est suivi la création de
l'UPAC au printemps 2011. Puis, à l'automne de la même année, ont débuté les
travaux de la Commission d'enquête sur
l'octroi et la gestion des contrats
publics dans l'industrie de la construction, présidée par l'honorable France
Charbonneau.
Pourquoi
avoir créé l'UPAC? En fait, la réponse vient du constat que le problème de la
corruption ne relevait pas exclusivement des forces policières. En
effet, on a réalisé que le problème de la corruption au Québec commandait une action organisationnelle particulière et
concertée afin de pouvoir contrer la corruption, la collusion, le travail au
noir, la fraude, le trafic d'influence, l'usage abusif des fonds ou des
biens publics, l'évasion fiscale et la mauvaise gestion en matière contractuelle. Ainsi, l'Unité permanente anticorruption a été
créée pour diriger et pour coordonner toutes les actions en matière de
lutte contre la corruption existante au sein des ministères et organismes du Québec.
Parallèlement,
le Directeur des poursuites criminelles et pénales créait le Bureau de lutte à
la corruption et à la malversation.
En créant ce bureau d'une vingtaine de procureurs de la couronne, on venait
garantir le volet judiciaire... que
le volet judiciaire, pardon, allait pouvoir soutenir l'UPAC dans ses enquêtes
et éventuellement plaider ses causes. L'UPAC
allait donc être le seul et unique regroupement d'éthique... d'équipe, pardon,
de lutte contre la corruption au Canada. Nos angles d'attaque, c'est la
prévention, la vérification et l'enquête.
Mon mandat
est bien défini dans la Loi concernant la lutte contre la corruption,
sanctionnée en juin 2011. Outre la
gestion des signalements des citoyens, je dirige une équipe
d'analystes-enquêteurs spécialisée en détection de la collusion et de la corruption, je mène des enquêtes pénales
et je coordonne les activités d'enquête des quatre autres équipes d'enquête
de l'UPAC.
Nos équipes en
enquête sont, issue de la Sûreté du Québec, la Direction des enquêtes sur la
corruption, qui comprend aussi des policiers des services de police de
ville de Longueuil, de Québec, de Laval, de Châteauguay, de Montréal et de la Régie intermunicipale de police
Richelieu—Saint-Laurent.
Ces derniers mènent des enquêtes criminelles en lien avec des infractions telles les fraudes envers le gouvernement,
l'abus de confiance, les commissions secrètes, la fabrication et l'usage de faux documents. La
deuxième équipe, l'équipe de Revenu Québec, qui, par l'entremise de son service des enquêtes dédiées à l'UPAC, agit au
niveau de la fraude fiscale. L'unité d'enquête de la Régie du bâtiment du
Québec, qui, quant à elle, ouvre la porte sur le monde des entrepreneurs, ce
qui permet de pousser encore plus loin la portée
des actions de l'UPAC. En fait, la RBQ joue un rôle déterminant au niveau des
licences d'entrepreneurs : pas de licence, pas de contrat ni de
sous-traitance.
Enfin, en
janvier 2014, l'Escouade de protection de l'intégrité municipale, l'EPIM,
du SPVM a joint les rangs des équipes
d'enquête membres de l'UPAC. Cette escouade spécialisée a compétence en matière
d'enquête sur la corruption sur le territoire de l'île de Montréal.
Également parmi mes mandats m'incombe la
responsabilité de formuler des recommandations aux ministères et organismes du
secteur public sur toute mesure, règlement ou loi concernant l'adjudication des
contrats ou visant à favoriser la prévention et la lutte contre la corruption.
J'ai d'ailleurs déposé, en juin dernier, des recommandations au gouvernement en
matière d'octroi et de gestion des contrats publics en informatique.
Enfin,
j'assume un rôle de prévention et d'éducation en matière de lutte à la
corruption. À ce sujet, le volet de la
prévention a fait un chemin considérable depuis les quatre dernières années.
Plus de 20 000 personnes dont les fonctions sont reliées à l'octroi des contrats publics ont été sensibilisées aux
enjeux de la corruption par l'entremise de séances de prévention.
Parmi les
organismes assujettis à la Loi concernant la lutte contre la corruption et pour
vous donner seulement quelques exemples, nos conseillers en prévention
ont sillonné le Québec pour rencontrer en séances de prévention, sensibilisation, des gens qui oeuvrent en gestion
contractuelle dans les institutions publiques. À
titre d'exemple : des
maires, des fonctionnaires, des
conseillers municipaux, des directeurs généraux de municipalités, des
sous-ministres, du personnel de
cabinets ministériels, des gestionnaires de centres de santé, d'établissements
d'enseignement, de commissions scolaires, de MRC, de villes, de
ministères et encore bien d'autres.
Dans la réalisation de mon vaste mandat, je suis
assisté par deux commissaires associés. Les commissaires associés sont affectés au volet sans cesse
grandissant de la vérification. Leurs responsabilités incluent deux
volets : les vérifications administratives en matière de gestion
contractuelle et les vérifications faites au niveau de l'intégrité des entreprises désireuses d'obtenir un contrat ou un
sous-contrat public dans le cadre de la
Loi sur les contrats des organismes
publics.
Au niveau des vérifications administratives, les
rapports d'audit et les vérifications sont réalisés par l'Unité autonome de
vérification de la Commission de la construction du Québec et l'équipe de
vérification sur la gestion contractuelle des municipalités du ministère des
Affaires municipales et de l'Occupation du territoire.
Quant aux vérifications de l'intégrité des
entreprises, elles sont réalisées par le service de la vérification de l'UPAC, qui travaille en collaboration avec
l'Autorité des marchés financiers. Plusieurs équipes sont mises à profit dans
ce service qui a été créé à la suite de
l'adoption du projet de
Loi sur l'intégrité en matière de contrats publics en
janvier 2013. Il s'agit de l'équipe
de vérification de la Régie du bâtiment du Québec, du contrôle de l'intégrité
des entreprises et de leurs dirigeants
de Revenu Québec, des vérifications de la Sûreté du Québec et de l'unité de la
CCQ. Toute cette structure peut sembler
complexe. Toutefois, nous l'avons simplifiée au fil du temps en la dotant de
principes directeurs clairs qui respectent en tous points la législation
existante.
L'UPAC a
grandi depuis 2011. Elle est passée de 200 personnes, au moment de sa
création, à 325 personnes en 2015.
La clé de notre réussite est notamment attribuable à nos efforts de
coordination entre toutes ces équipes qui constituent l'UPAC. En effet, les équipes qui forment l'UPAC
contribuent de façon différente mais complémentaire à la réalisation du mandat qui nous a confié... qui nous est
confié, pardon, par le gouvernement. Je suis réellement fier de pouvoir compter
sur du personnel permanent, compétent et qui
est en train de développer une expertise unique. Ce sont eux, les grands
artisans du succès de l'UPAC.
La mission de
l'UPAC est de lutter en permanence contre la collusion et la corruption dans
l'octroi des contrats publics au
Québec en toute indépendance, en mettant l'expertise de chacun de ses membres
au service de l'intérêt des citoyens.
J'entends poursuivre cette mission avec la vision organisationnelle d'être un
modèle de lutte contre la corruption où
tous contribuent à assurer la protection des fonds publics et à maintenir la
confiance des citoyens dans les marchés publics. Nos actions communes
sont appuyées sur les valeurs d'intégrité, de loyauté, de respect et de
compétence.
L'exercice
2014‑2015 a été marqué par des opérations ambitieuses où le travail concerté
des équipes de l'UPAC a permis
l'arrestation de 26 individus, notamment en lien avec des accusations de
fraude envers le gouvernement, d'actes de
corruption dans les affaires municipales, d'abus de confiance, de commissions
secrètes, de complots et de recyclage des
produits de la criminalité. Pour la période couverte, 30 dossiers
d'enquête étaient devant les tribunaux, six accusés avaient enregistré un plaidoyer de culpabilité ou
avaient été reconnus coupables, et 43 enquêtes sont en cours.
14 grands chantiers de
construction étaient en suivi de détection alors que le service de vérification
de l'intégrité des entreprises avait procédé aux vérifications de
1 266 dossiers d'entreprise. Je répète que ces statistiques-là
arrêtaient le 31 mars 2015.
Bien que le
mandat de l'UPAC soit bien défini, certaines améliorations pourraient être
bénéfiques dans la mesure de
l'efficience et de l'organisation des résultats. En effet, j'ai récemment fait
une série de recommandations dans un mémoire déposé en août 2014 à
la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans
l'industrie de la construction. Parmi
celles-ci, j'ai mentionné le fait qu'il faut protéger mieux et davantage les
sonneurs d'alarme. Si la loi prévoit
des mesures favorisant la protection des dénonciateurs, certaines améliorations
peuvent être mises de l'avant, notamment en
matière de représailles. Les amendes
ne sont pas suffisamment dissuasives, et les procédures entourant
les recours des victimes de représailles s'avèrent laborieuses et coûteuses
pour le dénonciateur. C'est pourquoi je recommande
que les dénonciateurs aux prises avec des mesures de représailles bénéficient
d'un traitement accéléré à la Commission des relations du travail. Par
ailleurs, la loi doit être modifiée pour que les analystes-enquêteurs puissent
communiquer à la Commission des normes du travail du renseignement relatif à
une telle mesure.
Aussi, il faut
impérativement protéger les dénonciateurs contre les poursuites et les
réglementations. Il importe en effet de mettre de l'avant toutes les
mesures de protection possibles à l'endroit des dénonciateurs. Protéger contre
les poursuites et les réclamations permet
d'encourager la collaboration des citoyens dans des enquêtes de fraude, de collusion
et de corruption. De plus, alors que l'UPAC
a développé une expertise unique en
matière de lutte contre la corruption
et la collusion et considérant que
l'unité dispose de plusieurs ressources humaines, dont plus d'une centaine en
enquête, j'ai recommandé la création
d'une infraction pénale en matière de collusion qui permettrait à nos enquêteurs
d'accuser des entreprises et des individus fautifs à ce niveau, et ce,
sans que la règle d'immunité du Bureau de la concurrence du Canada ne soit utilisée. Une dizaine
d'autres recommandations ont été publiées dans le mémoire présenté à la commission
Charbonneau. Elles représentent autant de pistes pour améliorer la lutte contre
la corruption au Québec.
orientations et les défis à venir. L'UPAC est une organisation en pleine période d'adaptation. C'est pourquoi j'aimerais maintenant m'attarder aux défis auxquels l'UPAC
fait face dans un avenir rapproché. Tout d'abord, il faudra renforcer
l'indépendance et l'autonomie fonctionnelle du commissaire dans la conduite des
enquêtes criminelles et consolider l'équipe
des enquêtes criminelles et pénales en devenant un corps de police dédié à la
lutte contre la corruption. Ceci
permettrait notamment de porter plus loin le mandat de l'UPAC en lui donnant
l'exclusivité d'enquêter toutes les formes de corruption, d'abus de
confiance et de fraude envers le gouvernement. De plus, cela permettrait à
l'UPAC d'avoir un