Public Finance — 8 June 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CFP 2023-06-08
Quebec — Committees
(Onze heures cinquante et une minutes)
Le Président (M. Simard) : Alors,
chers collègues, à l'ordre, s'il vous plaît! Je constate que nous avons quorum.
Nous sommes en mesure de pouvoir entreprendre nos travaux.
Comme vous le savez, la commission est
aujourd'hui réunie afin de poursuivre les consultations particulières et les
auditions publiques sur le rapport sur la mise en oeuvre de la Loi facilitant
la divulgation d'actes répréhensibles à l'égard des organismes publics.
Mme la secrétaire, bonjour. Y aurait-il des
remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Bouazzi (Maurice-Richard) est remplacé par Mme Labrie (Sherbrooke).
Le Président (M. Simard) : Alors,
pour toutes sortes de raisons, nous avons ce matin commencé légèrement en retard. Y aurait-il consentement afin que nous
puissions, donc, terminer à l'heure prévue en retranchant de manière
proportionnelle les temps de parole, afin que nous puissions arriver, top
chrono, dans nos temps respectifs? Il y a consentement. Très bien.
Alors, nous avons l'honneur ce matin de débuter
nos échanges par la présence de représentantes et de représentants de la Fédération professionnelle des journalistes du
Québec. Ils sont par visioconférence. Alors, mesdames messieurs, bienvenue. Nous avons de légers
problèmes techniques avec lesquels nous allons devoir composer. Auriez-vous d'abord l'amabilité de vous présenter?
Suite à quoi, vous... (panne de son)... bien entendu, 10 minutes de
présentation.
M. Nguyen (Michaël) : Je me
présente. Michaël Nguyen, président de la Fédération professionnelle des
journalistes du Québec et journaliste judiciaire du Journal de ... au Journal
de Montréal . Je suis accompagné de M. Éric-Pierre Champagne,
vice-président de la fédération, journaliste et spécialiste en environnement à La
Presse , de Mme Geneviève Michaud, trésorière de la fédération et
directrice pour Métro Média, ainsi que Mme Desjardins, directrice générale
de la Fédération des journalistes du Québec. Est-ce que je continue? Vous me
laissez la...
Le Président (M. Simard) : Voilà.
Nous vous écoutons.
M. Nguyen (Michaël) : Donc,
premièrement, M. le Président, Mmes, MM. les députés, d'abord, je tiens à vous
remercier pour l'invitation à cette commission. La Fédération professionnelle
des journalistes du Québec existe depuis
54 ans maintenant. Elle défend la liberté de presse et le droit du public
à l'information. Nous sommes un organisme sans but lucratif qui
rassemble environ 700 journalistes dans plus de 250 médias écrits et
électroniques à travers toute la nation.
C'est ce qui en fait la plus... la principale et la plus représentative
organisation journalistique au Canada.
Le sujet de
cette rencontre aujourd'hui, évidemment, c'est la Loi facilitant la divulgation
d'actes répréhensibles à l'égard des organismes publics. Donc, elle a
fait l'objet d'un rapport sur sa mise en oeuvre en février 2020. Pour rappel,
la FPJQ, on tient à mettre de l'avant certaines recommandations et présenter
aussi certaines inquiétudes suite au dépôt de ce rapport.
En février 2016, pour faire un topo rapide, la
FPJQ avait été conviée lors de l'étude du projet de loi n° 87,
et, à l'époque, nous avions émis certaines recommandations qui n'ont
malheureusement pas été appliquées à la mouture finale de la loi. Et nous
souhaitons, justement, bien, profiter de ces consultations, maintenant, pour
réitérer certaines de ces demandes. C'est certain que la loi n'est pas liée
directement au travail journalistique, mais ça nous interpelle à travers les
fondements démocratiques qu'elle protège, notamment l'éthique et la
transparence de nos institutions ainsi que l'intérêt public.
Donc, bien
que la fédération soit d'avis qu'il y a des contextes où la divulgation
d'informations confidentielles n'est pas justifiée et qu'il doit exister
des balises, nous tenons quand même à souligner que les recommandations prévues
au rapport risquent de rendre la décision encore plus complexe pour les
sonneurs d'alarme. La loi faisait déjà reposer le fardeau de la preuve sur
leurs épaules, et les recommandations proposées par le rapport vont augmenter
cette pression, et créer certaines confusions, et surtout accentuer un risque
de judiciarisation du processus, ce qui la rendrait encore plus inaccessible
pour un dénonciateur.
Donc, pour le bien de la démocratie, la FPJQ
souhaite éviter que cette loi, qui vise à faciliter la divulgation d'actes répréhensibles dans les organismes
publics, ait une efficacité aussi limitée que la
loi sur l'accès à
l'information, parce que, je tiens à vous le
rappeler, M. le Président, Mmes, MM. les députés, ça prend du courage pour
dénoncer. Un lanceur d'alerte potentiel, il fait présentement face à un
choix : dénoncer, avec un risque de devoir mettre sa vie sur pause, ou
fermer les yeux, continuer sa vie sans mettre tous les projecteurs sur elle,
sans vivre un stress pour lequel cette personne n'est pas nécessairement
préparée, où le soutien qu'elle pourrait recevoir risque d'être un peu
aléatoire selon les organismes. Il y a des gens qui décident de se battre, par
exemple, vous vous en souviendrez tous, Claude Robinson l'a fait, il s'est
battu, mais, je me permets de vous demander, à quel prix?
Donc, sans
plus tarder, pour économiser le temps de la commission, je vais laisser la
parole à M. Champagne, qui va vous faire part de nos
recommandations plus en détail. Merci.
Champagne (Éric-Pierre) : Oui. Bonjour. Merci, Michaël. Bien, bonjour à
tous. Donc, évidemment, je vais vous présenter deux des recommandations
que la FPJQ souhaite faire. Ma collègue Geneviève Michaud va s'occuper des deux
autres.
Concernant la protection de la confidentialité
des dénonciateurs, on tient à rappeler que la FPJQ, en 2016, avait relevé le fait
qu'il pouvait y avoir un problème à ce que la dénonciation soit un peu comme
jugée, évaluée par l'organisme visé. Donc,
pour nous, il y avait un problème, là, de juge et partie, évidemment. On trouve
très intéressante la recommandation qui a été faite de donner le mandat
au Protecteur du citoyen. Ça peut permettre de faire en sorte que ces
dossiers-là, si on veut, soient évalués par une personne... bien, pas une
personne, mais, en tout cas, un groupe externe. On pense que c'est un pas dans
la bonne direction.
Ceci dit, si on ne donne pas les moyens au Protecteur
du citoyen de faire ce travail-là... Parce qu'on peut penser que, si tel était
le cas, ça mettrait les potentiels lanceurs d'alerte en confiance, en tout cas,
un peu plus en confiance, donc, ça amènerait probablement, fort probablement un
peu plus de travail pour le Protecteur du citoyen. Donc, si on ne lui donne pas
les moyens de faire son travail, c'est un peu comme un coup d'épée dans l'eau,
là. Ça revient, à notre avis, à faire en sorte que ça... on ne corrige pas
véritablement le problème, là. C'est quelque chose qu'on voit, notamment, avec
la Commission d'accès à l'information, à qui on a confié de nouvelles
responsabilités, au cours des dernières années, sans lui donner, par exemple,
plus de budget, plus de moyens pour faire son travail. Je pense que la CAI, d'ailleurs, l'a signalé, là, à
quelques reprises. Donc, ça, c'est un aspect qui est très important pour nous.
L'autre aspect, c'est sur la nécessité... En
fait, il y a des lanceurs d'alerte qui finissent par parler au public, aux
journalistes. Là, on soulève un problème, parce qu'il y a... En fait, la façon
dont c'est fait actuellement, c'est que, pour pouvoir parler au public et aux
journalistes, il faut cocher beaucoup de cases. Et là il y a des cas très, très
précis où on peut accepter que des lanceurs d'alerte parlent au public. Mais
nous, on pense que, là, ça aussi, ça peut poser un problème, parce
qu'évidemment il y a... Bon, juste un exemple. On parle, par exemple... Tu
sais, dans un cas où la sécurité d'une personne ou pour l'environnement est en
cause, bien, prenons l'exemple de la commission Charbonneau, qui a vu le jour grâce, notamment, à des lanceurs d'alerte,
est-ce que ce qui était en cause à ce moment-là, c'était considéré comme un
motif raisonnable aux yeux de la loi? Je ne pense pas. Donc, ça aussi, c'est
problématique.
Puis je
voudrais juste rappeler à quel point c'est difficile pour les lanceurs
d'alerte. Rappelons-nous Louis Robert. Louis Robert, ce qu'on sait,
c'est qu'il avait passé au travers tout le processus, et malheureusement ça
n'avait rien donné. En tout cas, lui, c'est ce qu'il avait estimé. Et il a fait
des sorties dans les médias. Ça a fait en sorte qu'il a perdu son emploi, puis
il l'a récupéré par la suite. Alors, voyant ça, là, les potentiels lanceurs
d'alerte au sein des organismes publics, là, est-ce qu'ils ont envie d'être des
futurs Louis Robert? Je pense qu'on peut présumer qu'ils n'ont peut-être pas
envie de vivre ça. Donc, l'idée, c'est de faire en sorte que les règles
facilitent, là, ce... ces gens-là qui, en toute bonne foi, veulent dénoncer des
situations problématiques.
Donc, c'est vraiment les deux... les deux
principaux... les deux premiers aspects qu'on veut porter à votre attention.
Puis je vais laisser ma collègue Geneviève Michaud, là, vous parler des deux
autres.
Mme Michaud (Geneviève) : Merci,
Éric-Pierre. Bonjour à tous. Écoutez, la notion suivante qui retient notre
attention, là, c'est la protection de la notion d'intérêt public. Dans le
rapport, la recommandation 2 propose de modifier cette notion d'intérêt
public là en la rattachant à l'objet de la divulgation plutôt qu'aux intentions
des personnes qui l'effectuent. Selon nous, cette modification-là accentuerait encore
plus le fardeau de la preuve sur les dénonciateurs, parce qu'en plus de devoir
se conformer à l'article 7 ils vont maintenant devoir juger, avant même de
faire leurs dénonciations, de la validité de cette dénonciation-là selon
l'intérêt public. Puis, selon nous, les sonneurs d'alerte devraient pouvoir se
baser plutôt sur leur bonne foi et leurs intentions, et ne pas être tenus de
faire l'analyse juridique de la portée de leurs dénonciations.
Qui plus est, on pense que, d'entrée de jeu, les
dénonciations devraient... les informations devraient être considérées comme
d'intérêt public, étant donné qu'elles concernent des organismes publics, donc,
que les lanceurs d'alerte ne devraient pas avoir à se poser cette question-là
mais devraient pouvoir se baser, en effet, sur leur intention de lancer
l'alerte.
Par ailleurs, la FPJQ est d'avis, là, qu'une
révision de la loi tous les cinq ans, ce qui est proposé, est une mesure
essentielle, en autant qu'elle soit appliquée. On appuie donc, là, cette
partie-là de la recommandation n° 2.
Puis, pour terminer, le... ce qui nous...
retient notre attention aussi, c'est la protection des lanceurs d'alerte. Et on
est d'avis que la création d'un comité multipartite pour effectuer des travaux
sur le régime de protection contre les représailles est très pertinente. Par contre,
ce qu'on souhaite souligner, c'est que ce comité devrait être lié à un
échéancier pour la production du rapport et à des mécanismes de suivi pour
l'application des recommandations. Donc, je repasse la parole à notre
président.
M. Champagne (Éric-Pierre) :
Michaël, on ne t'entend pas.
M. Nguyen (Michaël) : Excusez-moi,
j'avais fermé mon micro. Merci, Geneviève.
conclusion, notre travail, comme journalistes, il consiste à protéger et
défendre le droit du public à l'information, ce qui est tout à fait en
phase avec les principes essentiels à une saine démocratie. Or, dans sa mouture
actuelle, on remarque que cette loi est loin de favoriser ce droit et, alors
que la loi d'accès à l'information est complètement désuète, on juge que
l'intérêt public reste menacé pour protéger l'image des institutions. Je tiens
à vous rappeler que nous sommes dans une ère de désinformation, de théories du
complot. C'est quelque chose que... Vous le savez tous. Des gens décident de ne
pas faire confiance à l'État, de ne pas faire confiance aux institutions. Par
exemple, les feux de forêt qui font rage actuellement, on voit passer certaines
franges de la population qui croient, à tort, que c'est le gouvernement qui a
allumé ces feux.
Le Président (M. Simard) : En conclusion.
M. Nguyen
(Michaël) : Or, pour regagner la confiance du public, il faut
faire preuve de transparence. Et, avec une loi forte, une loi qui protège et
qui favorise la transparence et la dénonciation, bien, cette confiance peut
être regagnée.
Président (M. Simard) : Très bien. Merci, M. le président. Alors, nous
entamons notre période d'échange. Pour ce faire, je cède la parole au
député de Maskinongé, qui dispose de neuf minutes.
M. Allaire : Merci, M. le Président.
Merci beaucoup pour votre présence. Vous êtes le seul groupe qui avez un angle qui est vraiment propre à vous. Ça fait
que ça nous éclaire beaucoup, là, sur le travail et le rôle que vous avez à
jouer dans le contexte qui nous réunit aujourd'hui.
Vous avez
parlé tantôt que vous étiez en faveur, là, du mandat, là, plus... plus élargi
du Protecteur du citoyen, là, si on revoit la loi. Vous avez parlé
de moyens. Vous avez parlé de moyens. J'ai compris, dans votre intervention,
que vous parliez davantage de moyens, entre autres, financiers, probablement
aussi davantage de moyens au niveau des ressources humaines. C'était
probablement la pertinence de votre intervention. Mais ma question,
c'est : Est-ce que vous parlez aussi de moyens qui seraient davantage
législatifs également?
Le Président (M. Simard) : Alors, M.
le Président.
M. Nguyen (Michaël) : Quand on parle
de moyens législatifs, c'est certain que la refonte... une certaine refonte des
modifications à la loi qui donnerait des pouvoirs au Protecteur du citoyen
serait accueillie favorablement. Or, on
voit, le Protecteur du citoyen a déjà beaucoup de travail sur ses épaules. Et
évidemment la question, c'est : Si la loi donne ce pouvoir au Protecteur du citoyen, est-ce qu'il aura les
moyens de mettre en oeuvre l'application de la loi? Donc, c'est certain
qu'à ce niveau-là ça va main dans la main. Il faut lui donner du pouvoir mais
aussi les moyens d'exercer ce pouvoir.
M. Allaire : Et est-ce qu'il y a des
cas qui sont venus à vos oreilles, par exemple, qui feraient en sorte que, dans le passé, certains traitements de demandes,
là, en fait, de plaintes, par manque d'effectifs, par exemple, ou de moyens,
n'auraient pas été traités adéquatement?
M. Nguyen (Michaël) : À nos
oreilles, non, parce qu'évidemment, dans la formule actuelle, l'accès aux
médias, pour les lanceurs d'alerte, est excessivement limité. On peut le voir
dans l'article 7 de la loi. Toutefois, dans le rapport qui a été produit,
on peut voir que plusieurs organismes, malheureusement, n'ont pas fait de...
n'ont... ont un suivi qui est assez limité. Il y a eu des changements
organisationnels qui fait que le suivi n'a pas été fait. On remarque aussi que
certains organismes n'ont toujours pas désigné de responsable, par exemple, si
je ne me trompe pas, l'Autorité des marchés financiers ou encore l'Assemblée
nationale.
Champagne (Éric-Pierre) : Si je peux me... (panne de son) ...d'ajouter, si
vous me le permettez, effectivement, sur
le Protecteur du citoyen, on n'a pas beaucoup d'exemples, mais on... en
parallèle, on peut parler de la Commission
d'accès à l'information, qu'on connaît beaucoup mieux, nous, comme
journalistes. Puis on le voit bien, que la commission n'a pas toutes les
ressources financières et humaines pour faire son travail, parce qu'ils ont
plus de responsabilités qu'ils en avaient par le passé et ils sont moins en
mesure de répondre à plusieurs choses dans les délais. Donc, nous, c'est le
parallèle qu'on fait. Et on pense que ça peut avoir une incidence importante
s'il y a des lanceurs d'alerte qui se font
dire : Vous devez aller voir le Protecteur du citoyen. Bien, s'ils ne sont
pas bien accompagnés, par faute de temps ou de ressources, ça risque de
miner leur confiance dans le processus et de faire en sorte qu'ils vont
s'empêcher de faire des dénonciations.
M. Allaire : Merci. Vous avez parlé
tantôt, là, de toutes les cases à cocher ou de la procédure à suivre, là, pour faire une dénonciation publique. Et vous
n'avez pas dit ces mots-là, mais j'ai compris que c'était... c'était lourd, là,
quand même, comme... comme processus.
Vous avez parlé de motifs raisonnables. C'est quoi, les motifs raisonnables,
selon vous, là, qui
seraient... qui donneraient, en fait, au dénonciateur un certain «fast track»,
là, vous allez me pardonner l'anglicisme, là, mais permettre, là, de
faire une dénonciation qui est raisonnable, mais que ce soit plus léger, comme
processus?
M. Nguyen
(Michaël) : La notion d'intérêt public serait déjà un pas en
avant important, parce qu'actuellement, quand on lit l'article 7 de la
loi... je ne suis pas juriste, je ne sais pas s'il y a des juristes parmi vous,
mais ça semble plus quelque chose qui a été écrit... Une personne anxieuse, un
potentiel lanceur d'alerte va... s'il n'est pas juge, s'il n'est pas avocat,
j'ai comme un peu l'impression qu'il risque d'être un peu confus et qu'il
risque de mettre un bâton dans sa volonté de
dénoncer. Donc, en ajoutant la notion d'intérêt public de façon claire dans
l'article 7, par exemple, bien, ça, ça permettrait, justement, de libérer un
certain fardeau qui pourrait pousser un lanceur d'alerte potentiel à
aller de l'avant et, justement, mener ce combat en sachant qu'il peut être
protégé.
M. Allaire : Parce que ce qu'on voit
aussi... Puis il y a... il y a quand même une notion de danger, à mon avis, c'est-à-dire que, si on ne met pas des
balises, si on ne met pas différents paramètres très clairs pour être sûrs que
la divulgation qui est faite, elle est fondée, on peut... il peut, au final, y
avoir une atteinte à la réputation, là, puis, tu sais, il faudrait prévoir
aussi un mécanisme de réparation dans un tel contexte. Vous autres, vous voyez
ça comment, cet élément-là, à partir du moment où il y a une dénonciation qui
est faite? Tout l'appareil médiatique s'emballe, par exemple, sur un dossier en
particulier, mais là, au final, on se rend compte que c'est plus ou moins
fondé, là, ou pas du tout fondé.
M. Nguyen (Michaël) : On comprend
que, pour qu'il y ait plainte, ça commence à l'interne, ça, on peut très, très
bien le concevoir, idéalement à travers le Protecteur du citoyen. Mais on
essaie de penser à tous les cas de figure qui sont possibles, parce que c'est
un peu ça, le but de la loi, c'est de prévoir les... tous les cas de figure
possibles. Mettons que ça n'avance pas, pour plein de raisons, que ce soit par
manque de moyens, par manque de ressources, mais
que la plainte est fondée, est-ce que, par exemple, un certain laps de temps...
Si une plainte ne peut pas être traitée dans un certain laps de temps,
bien... et que la notion d'intérêt public est remplie, est-ce que ça pourrait
protéger... est-ce qu'un lanceur d'alerte pourrait être protégé s'il décide
d'aller dans les médias, bien, d'y aller publiquement? On parle de médias, ça peut, évidemment, être à travers les réseaux
sociaux, à travers des lettres ouvertes, peu importe le format qu'il
utilise, mais c'est...
Il faut se
rappeler aussi que le lanceur d'alerte, s'il veut dénoncer, c'est qu'il a
l'intérêt de l'organisme à coeur. Il
veut s'assurer qu'à long terme la pérennité de l'organisation continue à avoir
une bonne réputation. Et c'est ça, tout le danger, parce qu'il y a l'image qu'il faut protéger, évidemment, il y a
le devoir de loyauté de la personne, mais, en même temps, il y a l'intérêt
public, parce qu'il faut le rappeler, la... au final, les fonctionnaires, leur
devoir de loyauté est envers leur organisation, mais, par extension,
auprès de la population, auprès des contribuables qui financent l'organisation.
M. Allaire : Ça fait que c'est
l'équilibre. Il faut tendre vers l'équilibre.
M. Nguyen (Michaël) : C'est... Et
ça, c'est la difficulté que vous avez.
M. Allaire : Oui, très beau défi. Ça
va pour moi, M. le Président. Je n'ai pas d'autre question. Oui.
Président (M. Simard) : ...cher collègue. Alors, je cède la parole à la
députée de Saint-Laurent, qui dispose d'environ
6 min 45 s.
Mme Rizqy : Merci beaucoup. Je vais
aller très vite parce que j'ai très peu de temps. La première fois que j'ai
reçu une enveloppe brune à mon bureau de comté, c'était un individu qui est
rentré en catastrophe et est reparti aussi vite. Il n'y avait pas d'argent dedans,
mais il y avait les plans et la preuve, la démonstration, par exemple, que les classes de maternelle quatre ans ne coûtaient
pas 124 500 $. C'était écrit noir sur blanc que des projets
avaient été reportés pour des agrandissements. Et on apprenait que, finalement,
la classe coûtait 1,2 million au centre de services scolaire des
Mille-Îles. Et c'est comme ça que j'ai pu amener ça ici, à l'Assemblée
nationale, et ça a été repris par les journalistes. Aujourd'hui, j'ai reçu une
autre enveloppe brune.
Moi, vous savez, je suis aussi porte-parole en
matière d'éducation. Et, en éducation, nos yeux et nos oreilles, c'est le
personnel qui est sur le terrain. Le quiz qui... du gros bon sens, vrai ou
faux : Un employé peut commenter ou répondre aux questions d'un journaliste
relativement à une situation dont il a été témoin ou dans laquelle il a été
impliqué dans le cadre de ses fonctions. Faux. Conformément à la politique
relative aux communications, toute demande
de commentaire ou d'entrevue d'un journaliste formulée aux employés et aux
intervenants dans le cadre de leurs fonctions doit être dirigée vers la
direction de leur établissement, service ou réseau, qui se référera ensuite au
service de communication.
Pour asseoir le propos, c'est qu'il est arrivé,
dans une école... L'équipe-école a demandé pourquoi que, depuis septembre,
la ressource, qui est une professionnelle de soutien, n'a pas été remplacée
suite à son retrait préventif. On est rendus au mois de mai. Alors,
l'équipe-école a été très fâchée. Puis là ils se sont fait dire : Oui, mais on n'a pas cru bon de remplacer une ressource
professionnelle, puis, l'année prochaine, vu que c'est son congé de maternité,
on ne la remplacera pas plus. Donc, pendant deux ans, il manquera une
ressource. Alors, le lendemain que les employés de l'école étaient mécontents,
des pastilles vrai ou faux sur le droit de commenter ou ne pas commenter ont été distribuées partout, par magie, ont apparu à
l'école. Ça, est-ce que ça aide à la divulgation d'informations qui sont quand
même cruciales, là, ou pas?
M. Nguyen (Michaël) : Je pense que
poser la question, c'est y répondre. Et malheureusement il y a trop de
situations qui se passent comme ça. Les enseignants, les personnels... le
personnel qui travaille dans les commissions scolaires ont à coeur l'intérêt
des enfants. Ils ont à coeur l'intérêt de la population. Et, justement, la loi,
puis c'est notre propos, doit favoriser cette divulgation des situations qui
sont malheureuses, qui doivent être réglées, au final, pourquoi? Pour le bien
des étudiants, des élèves. Et malheureusement la loi vient, justement, mettre
un fardeau supplémentaire, vient complexifier la chose. Et c'est pour ça qu'on
vous prie, justement, de simplifier la loi, pas pour qu'un juriste puisse la
comprendre, pas pour qu'un juge puisse l'interpréter, mais pour qu'une personne
qui a une dénonciation à faire puisse le faire en apaisant son esprit au
maximum, pour, justement, enlever ses craintes. Un enseignant qui parle,
actuellement, prend un risque de perdre son emploi, d'avoir sa vie complètement
chamboulée. Est-ce que... Je vous le demande, est-ce que c'est un contexte, un
environnement favorable pour, justement, dénoncer une situation qui met à mal
la population?
Mme Rizqy : Tantôt, vous avez demandé
s'il y avait des juristes dans la place. Bien, ça tombe bien, je suis avocate.
Puis l'article 7 se lit ainsi : «Si une personne a des motifs raisonnables
de croire qu'un acte répréhensible commis ou sur le point de l'être présente un
risque grave pour la santé ou la sécurité d'une personne ou pour
l'environnement et qu'elle ne peut, compte tenu de l'urgence de la situation,
s'adresser à l'une des personnes visées à
l'article 6, elle peut divulguer au public les renseignements qu'elle estime
[raisonnables] nécessaires pour parer à ce risque et bénéficier [d'une]
protection contre les représailles prévue au
chapitre VII.»
On s'entend qu'une ressource professionnelle qui
n'est pas remplacée depuis maintenant neuf mois et qui ne sera pas remplacée l'année suivante il n'y a pas
ici un acte répréhensible ou un risque grave pour la santé ou la sécurité, mais
les élèves en question, eux, dans leur réussite éducative, ils sont privés
d'une ressource qui est importante. Est-ce qu'ici on ne devrait pas élargir pour s'assurer que les enseignants
aussi puis le personnel scolaire peuvent quand même continuer à parler?
Parce que, sinon, nous, là... Je vais vous dire très franchement, à chaque fois
que je parle avec des cadres, tout va bien,
mais, par la suite, quand je parle avec les gens qui sont sur le terrain, c'est
drôle, je n'ai pas du tout le même son de cloche.
M. Champagne (Éric-Pierre) : Oui...
M. Nguyen (Michaël) : ...juste
avant, rapidement, à brûle-pourpoint, si on ajoute la notion de bonne foi...
Parce que le motif raisonnable, c'est quelque chose qui est vague. Vous êtes
juriste. Vous avez peut-être une idée. Et, encore là, je dirais que c'est un
juge qui déterminera si c'est un motif raisonnable. Mais, si on rajoute la
notion de bonne foi et la notion d'intérêt public, est-ce que, par exemple, ça
pourrait être une piste d'avancement pour faciliter, justement, ce genre de
dénonciation?
M. Champagne (Éric-Pierre) : Oui. Je
voudrais juste...
Mme Rizqy : Oui, allez-y.
M. Champagne (Éric-Pierre) : Ça
m'apparaît très restrictif, là, justement. Cet article-là, malheureusement, c'est très, très, très restrictif. Donc, ça fait
en sorte qu'il y a beaucoup de situations qui ne peuvent pas être dénoncées,
et, pour nous, ça, c'est problématique.
Puis, juste
ajouter, on comprend l'intérêt de vouloir protéger la réputation puis la
confiance envers les organismes publics puis les institutions, mais la
question que j'ai envie de poser aux élus, c'est : Si cette confiance-là
est basée sur de fausses prémisses, est-ce que... est-ce qu'on est mieux...
est-ce qu'on a réglé, est-ce qu'on a corrigé vraiment quelque chose, est-ce
qu'on est mieux servis? Parce que, quand c'est basé sur de fausses prémisses,
c'est encore pire, après ça, de regagner la
confiance du public, là. C'est encore plus difficile. Alors, aussi, il faut
garder ça en tête, à notre avis , là.
Mme Rizqy : Tantôt, on a parlé... un
député vous a fait mention : Oui, mais il y a un risque de diffamation. Vous,
dans votre travail, lorsque vous avez une personne qui vous parle, un, vous
identifiez votre source, même si vous gardez confidentielle la source, mais
vous faites un travail d'investigation, là. Vous ne prenez pas pour avéré ce qui est affirmé. Alors, vous aussi, vous avez
aussi des patrons qui, eux, doivent s'assurer qu'il n'y a pas des risques de
poursuite. Évidemment, on n'est jamais à l'abri de poursuites, mais il y a
quand même un travail d'investigation qui est fait. Et vous êtes très conscients
aussi des risques de poursuite potentielle. Alors, vous faites... J'imagine,
vous débroussaillez tout ça avant de publier, là.
M. Nguyen (Michaël) : Tout à fait.
Et, en plus de consulter, évidemment, des... nos services du contentieux, on a
aussi des obligations déontologiques, donc, des obligations de vérification de
faits. Ce serait... ce serait... On ne pourrait pas croire qu'un média
décide... il reçoit une dénonciation anonyme puis décide de la publier telle
quelle, peu importe le média. Nous sommes tout à fait conscients des
responsabilités que les journalistes ont. Et, de façon générale, je pense que
l'histoire le prouve, les journalistes font bien leur travail.
Le Président (M.
Montigny) : Alors, en terminant.
Rizqy : ...pour citer le ministre de l'Éducation, un
ministre a autant de pouvoir qu'un journaliste, qu'un chroniqueur.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Alors, je vous remercie. Je cède maintenant la parole à la députée de
Sherbrooke.
Labrie : Merci, M. le Président. J'ai seulement
2 min 15 s, donc je vais formuler mes questions rapidement. La
première, dans le... dans le rapport du Trésor puis dans le mémoire du
Protecteur du citoyen, il est question d'ajouter le qualificatif «grave»
pour parler de la contravention à une loi. Est-ce que, d'après vous, c'est une
bonne idée d'ajouter ce qualificatif de grave ou est-ce que ça pourrait, en
fait, limiter les gens qui iraient divulguer des situations?
M. Nguyen (Michaël) : Tout dépend du
contexte, parce que grave, c'est quelque chose qui est très relatif. Donc, évidemment, ça devient difficile de jauger
la notion de gravité. On parle d'un... Il pourrait y avoir un préjudice grave
à très court terme, un préjudice grave à très long terme si, par exemple, on
parle d'environnement. Des mesures qui sont
prises actuellement pourraient ne pas avoir d'effet avant, malheureusement,
que... plusieurs décennies, même, étant donné les changements
climatiques. Donc, nous, ce qu'on privilégie, c'est une formulation la plus
simple possible, parce que la loi doit être destinée aux élus, aux juges qui
doivent trancher les litiges, mais, en première ligne, c'est la personne qui
veut dénoncer qui va aller lire la loi pour voir est-ce qu'elle va être
protégée, est-ce qu'elle va devoir mettre sa vie sur pause, est-ce qu'elle peut
faire face à des représailles.
Un autre exemple, par exemple, c'est si le
responsable est dans... le responsable de l'application de la loi au sein de
l'organisme est un haut dirigeant de l'entreprise. Un des problèmes qu'on voit
venir, c'est, justement, s'il y a une dénonciation qui est faite au
responsable, qu'il décide de ne rien faire. Si la personne décide d'aller dans
les médias, après, parce que rien n'a bougé,
bien, au sein de son entreprise, elle a déjà été identifiée. Donc, les craintes
de représailles sont réelles, sont concrètes. Et donc, justement, ça
vient étouffer cette personne-là qui connaît une situation malheureuse mais qui
va décider de se taire pour éviter les problèmes, parce qu'au final, les gens,
qu'est-ce qu'ils veulent, c'est vivre leur
vie, travailler, avoir... s'occuper de leurs enfants, de leur famille, et pas
nécessairement de s'embarquer là-dedans.
Mme Labrie : J'aurais eu une autre
question, mais là on n'aura presque pas de temps. Qu'est-ce que vous pensez
d'ajouter aussi... de couvrir le privé, les dénonciations pour le privé, comme
ça se fait dans certains pays?
M. Nguyen (Michaël) : ...ça peut
être...
Le Président (M. Montigny) : ...très
rapidement... On n'a plus de temps.
M. Nguyen (Michaël) : Tout ce qui
peut permettre à favoriser la démocratie est avantageux.
Président (M. Montigny) : Merci. Merci. Je suis désolé de vous couper. Je veux
vous remercier, vraiment, pour votre contribution aux travaux de la
commission.
Je suspends maintenant les travaux quelques... quelques
instants afin de permettre aux prochains témoins de prendre place. Merci
beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 20)
Président (M. Montigny) : Alors, je vous remercie. On reprend les travaux.
Alors, je souhaite maintenant la bienvenue aux représentants de l'Association
professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec. Je vous rappelle que
vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la
période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous
présenter puis à commencer votre exposé.
M. Martin (Marc-André) : M. le
Président de la Commission des finances publiques, Mme la présidente du Conseil
du trésor, Mmes et MM. les députés, je me présente, Marc-André Martin. Je suis
président de l'Association professionnelle
des ingénieurs du gouvernement du Québec. À ma droite, M. Simon Dubé, qui
est mon vice-président, et, à ma gauche, M. Andy Guyaz, qui le
secrétaire-trésorier de l'association.
Donc, nous
sommes l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec,
qui représentons plus de
1 800 ingénieurs à l'emploi des ministères et organismes de l'État
québécois. Nos membres oeuvrent principalement au ministère des Transports, mais nous avons également une présence
significative au sein des ministères de l'Environnement,
de la Cybersécurité et du Numérique, des Affaires municipales et des Ressources
naturelles, où ils sont responsables de la gestion des grands travaux
d'infrastructure. L'ingénieur, au gouvernement, est central ou devrait être
central à la prise de décision éclairée, fondée sur l'état empirique de nos
réseaux et de nos projets. Aujourd'hui, nous souhaitons retrouver le sens de la
rigueur et de la qualité dans la construction et le maintien de nos
infrastructures publiques.
C'est avec grand intérêt que nous déposons ce
mémoire dans le cadre des consultations particulières et auditions publiques
sur le rapport sur la mise en oeuvre de la Loi facilitant la divulgation
d'actes répréhensibles à l'égard des organismes publics. D'emblée, précisons
que cette loi est importante pour le Québec et névralgique pour la protection
de la probité de nos instances démocratiques.
Rappelons que les ingénieurs du gouvernement du
Québec ont été les premières victimes des pratiques douteuses mises en lumière
par la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics
dans l'industrie de la construction. Par le passé, nombreux sont les membres
qui ont été écartés de projets d'envergure ou qui ont vu leur carrière stagner
injustement parce qu'ils ont osé questionner, remettre en question et s'opposer
à des orientations de gestionnaires qui leur semblaient incohérentes. Un
système efficace de divulgation et d'examen des décisions publiques a toute la
légitimité au sein d'organisations publiques qui souhaitent récompenser ceux
qui choisissent leur intégrité professionnelle avant leur avancement de
carrière.
Maintenant, l'exercice qui s'impose à nous
aujourd'hui et principalement à vous, les parlementaires, c'est l'évaluation de
la performance de cette loi. Nous sommes d'avis que les données peuvent être
difficiles à apprécier, notamment parce que
nous sommes privés des résultats des années 2020 à aujourd'hui, ce qui
limite l'analyse historique. Néanmoins, nous croyons pouvoir contribuer
constructivement à votre évaluation en tentant de répondre à la question
suivante : Est-ce que nos membres, en parlant de nous, ici, des
ingénieurs, est-ce que nos membres sont davantage protégés qu'ils l'étaient
face aux représailles et à la pression de leurs gestionnaires? Essentiellement,
nous croyons qu'il y a des aménagements à faire pour améliorer l'efficacité de
la loi. Nous croyons que le mécanisme de loi comporte deux failles
fondamentales qui nous laissent croire que la mission première, qui est de
favoriser la divulgation, n'est pas accomplie pleinement. Nous... Laissez-nous
vous expliciter ces deux éléments.
Premièrement, nous sommes d'avis que l'approche
qui repose sur un mécanisme interne propre aux ministères et organismes
constitue un vice de fond important. En effet, les organismes publics sous la
juridiction de la loi doivent identifier un responsable du suivi des
divulgations. Celui-ci est souvent un haut fonctionnaire ou un cadre supérieur.
Il a le devoir de faire une vérification diligente des renseignements qui font
l'objet de la divulgation. Toutefois, c'est seulement à sa discrétion que le
dossier sera référé au Protecteur du citoyen pour une enquête plus formelle.
Or, cette façon de faire ne favorise pas et ne favorise d'aucune façon la
divulgation. Au contraire, qu'il faille adresser une divulgation à un supérieur
hiérarchique dans sa propre organisation décourage
significativement les employés de la fonction publique à dénoncer des actes
répréhensibles. Dans les faits, les employés vont craindre des représailles de leur hiérarchie, d'autant plus
qu'il est souvent facile de reconnaître un employé sur la base du projet
ou des renseignements en question. Cette situation est particulièrement
préjudiciable pour les ingénieurs, qui peuvent compter sur une expertise très
pointue où il n'y a qu'un ou deux ingénieurs aptes à divulguer une situation.
Dans un tel cas, nos membres vont tout simplement s'abstenir.
De plus, le fait qu'un ministère, a fortiori un
haut fonctionnaire d'un ministère, effectue le premier examen des faits répréhensibles rapportés constitue un
second problème de fond. Est-ce qu'un cadre aurait intérêt à s'auto-incriminer
ou à discréditer l'organisation qu'il
dirige? Il s'agit d'une question rhétorique. Bien évidemment, nous pouvons
remettre en question cette étape d'examen
sommaire effectuée à
l'interne.
Donc, notre première recommandation, c'est...
Pour ces raisons, nous recommandons à la commission de bien vouloir envisager une abrogation des dispositions sur le
responsable interne des suivis de divulgation et d'habiliter le
Protecteur du citoyen à recevoir toutes les divulgations sans intermédiaire.
Donc, maintenant, le second élément qui mérite
votre attention est relatif au rôle du syndicalisme dans la mission de la loi
sur les divulgateurs. Chaque année, plusieurs de nos membres se tournent vers
nous pour dénoncer des pratiques qui leur semblent douteuses ou contraires à
l'intérêt public. Ils le font parce qu'ils entretiennent envers leur syndicat
un sentiment de confiance et de sécurité. Parfois, ils ne sont qu'à la
recherche de conseils ou d'écoute. Et l'association est contrainte à un devoir
de confidentialité et de protection de ses membres sans compromis ou
discrétion. Pour ces raisons, il est souvent plus aisé pour un de nos membres
de nous interpeler que d'intervenir auprès
de son ministère. C'est avec les meilleures intentions que nous accompagnons
nos membres dans ce processus de divulgation, souvent auprès... ou
préférablement auprès du Protecteur du citoyen.
Malheureusement, notre implication dans un
dossier est reçue avec méfiance et scepticisme, et ce, même lorsque les faits
parlent d'eux-mêmes. Dans la quasi-totalité des cas de dénonciation où notre
association fut appelée à s'impliquer en soutien à notre membre, les démarches
furent détournées au profit d'un procès d'intention. On nous reproche de faire du syndicalisme, de vouloir
négocier des conditions d'emploi, de travail ou d'alimenter un conflit de
travail. Bien sûr, le syndicat a pour vocation la négociation de conventions
collectives, et, bien sûr, ces négociations peuvent impliquer une escalade du
rapport de force. Néanmoins, c'est mal connaître les fondements du syndicalisme
que de ne réduire le mouvement syndical qu'à cette simple composante. Les
syndicats jouent un rôle prépondérant dans
l'équilibre social, et leur engagement au bien public est sincère. Tout n'est
pas corporatisme. Nous considérons que l'impossibilité, en pratique,
d'accompagner un membre à travers le processus de divulgation constitue une
atteinte à la mission de la loi.
Donc, notre
deuxième recommandation aujourd'hui, c'est : Nous demandons aux
parlementaires de reconnaître dans le texte législatif la légitimité des
syndicats à effectuer des divulgations au nom de leurs membres.
En terminant, nous
souhaitons remercier la Commission des finances publiques pour l'invitation qui
nous a été accordée et partager notre expérience. Si la loi prévoit un
mécanisme de reddition de comptes et d'évaluation, c'est précisément pour
permettre le perfectionnement de la loi. Savoir l'améliorer au gré de son
existence est le signe que nous ne tenons pas pour acquise la probité de nos
institutions. Nous espérons sincèrement que vous pourrez prendre en considération nos deux recommandations
et amender la Loi facilitant la divulgation afin de pallier les lacunes
que nous avons exposées aujourd'hui. Merci beaucoup, M. le Président.
Le Président (M. Simard) : Alors,
messieurs, merci à vous pour votre précieuse participation à nos travaux. Je
cède la parole au député de Maskinongé, qui dispose de neuf minutes.
M. Allaire : ...merci, M. le
Président. Bonjour à vous. Merci d'être présents avec nous aujourd'hui.
J'aimerais... En fait, je comprends bien, là, avec votre intervention, que vous
êtes favorables au travail du Protecteur du
citoyen, naturellement. Je pense que c'est clair. Dans la première
partie de
votre intervention, là, vous avez, entre autres, parlé, là, de votre
première recommandation, qui est... dans mes mots à moi, là, qui est... qui est...
En fait, vous êtes favorables à l'implantation du guichet unique. Moi, comme je
vous dis... Je le dis dans mes mots, là, mais c'est un peu ça. Donc, dans la redéfinition des rôles, c'est de donner davantage
de pouvoirs, là, entre guillemets, là, au Protecteur du citoyen pour
favoriser, là, le traitement des plaintes. Ça fait que ce que je comprends de
ce que vous vivez puis de... probablement, de ce que vos membres vous disent,
c'est que, quand ils sont dans le cheminement de la plainte et que c'est saisi
par le Protecteur du citoyen, ça se passe généralement bien. C'est un peu ça.
M. Martin (Marc-André) : ...dans la
très majorité des cas, en tout cas, d'aller vers le Protecteur du citoyen en
premier lieu plutôt que d'utiliser le comité d'audit interne, etc. Donc, quand
on dit que ça va bien avec le Protecteur du citoyen ou qu'on les réfère
davantage, ça nous met un certain... des certains bâtons dans les roues. Et
c'est pour ça, notre deuxième recommandation, c'est-à-dire que, quand les gens
viennent nous voir et qu'on les dirige vers le Protecteur du citoyen, ils
s'attendent à ce qu'on continue de les appuyer puis qu'on continue avec eux
dans le processus, ce qui nous est freiné par le Protecteur du citoyen pour
l'instant, avec la loi actuelle. Donc, les gens s'attendraient à ce qu'on ait
plus de support du syndicat, ce qu'on souhaite, nous, d'ailleurs.
M. Allaire : Et, au niveau de la
confidentialité de l'information, quand il arrive une situation comme celle-là,
à partir du moment où, justement, le syndicat serait... serait conscient puis
au courant de cette information-là, vous ne pensez pas qu'il y aurait un
problème, une certaine problématique.
M. Martin (Marc-André) : ...problématique.
Les gens, lorsqu'ils déposent un grief, lorsqu'ils déposent des recours avec le
syndicat, on a l'ensemble de la preuve. On est capables, d'un point de vue
juridique, d'obtenir toutes les informations nécessaires. Nous, ce qu'on veut
éviter ici, c'est d'utiliser le tribunal public, populaire, c'est-à-dire qu'on
souhaite que le Protecteur du citoyen soit davantage utilisé et qu'on puisse
amener notre apport, qu'on soit capables d'accompagner le membre, avec eux,
plutôt qu'uniquement les prendre puis les laisser au pas de la porte, dire : Allez-y, faites ce que vous avez à
faire. Les gens souhaitent une protection supplémentaire, et cette
protection-là, elle serait d'un point de vue syndical.
M. Allaire : C'est important, ce que
vous dites. Puis là je vois un os potentiel, je vais le dire comme ça. Dans ce
contexte-là, avec ce que vous venez de dire, faites-moi la différence entre
c'est quoi, pour vous, à vos yeux, comment je pourrais dire, un acte qui
concerne davantage les relations de travail versus un acte qui est
répréhensible.
M. Martin (Marc-André) : Nous, on
travaille... on représente les gens qui travaillent dans les organismes
publics. Donc, nécessairement, si des gens ont connaissance ou veulent
divulguer des actes répréhensibles, c'est nécessairement dans le cadre de leur
travail, en très forte probabilité, en très, très forte proportion. Donc,
puisque c'est dans le cadre de leur travail,
qu'on est l'unique représentant des employés, bien, il est tout légitime que le
syndicat, comme, soit impliqué pour éviter que les gens subissent des
représailles et qu'ils soient, entre guillemets, protégés.
M. Allaire : La ligne est quand même
mince, parce que votre rôle, il est quand même très clairement défini. Vous
vous occupez quand même des relations de travail. À partir du moment où l'on
tombe dans une zone où il est plus... au niveau législatif, il est quand même
très clair, là, je trouve qu'il peut y avoir un chevauchement... un
chevauchement des genres qui peut être dangereux. Vous ne trouvez pas?
M. Guyaz (Andy) : Si vous me
permettez, j'ai écouté attentivement, hier, le Protecteur du citoyen, et ce
qu'ils semblaient également souligner de leur côté, c'est qu'il y a un manque
d'accompagnement. Donc, de quelle manière on peut mieux les accompagner, dans
le cas qui nous préoccupe, nos membres, pour les accompagner... bien, en tout cas, de quelle façon on va arriver
au... sans les laisser sur le pas de la porte? Bien, nous, c'est un peu ce
qu'on propose actuellement, c'est : Pourquoi ne pas jouer ce rôle-là? Oui,
la ligne est... Je ne vais pas dire que la ligne est mince, mais plutôt
tout est dans une trame de gris. Donc, les relations de travail sont... je ne
vais pas dire interconnectées, là, mais, tu sais, les relations de travail
versus la divulgation, souvent, c'est un enchâssement entre les deux, là. Donc,
c'est un peu ce qu'on propose présentement.
C'est... On a entendu, hier, le manque d'accompagnement. Donc, il me semble
que tout ça pourrait être fait par le syndicat.
M. Allaire : Ça
fait que ce serait davantage un rôle de relayeur, une approche-conseil, que
d'être impliqué vraiment dans le processus en étant conscient d'information qui
peut être confidentielle, parce qu'aussi, des fois, ce qu'on voit, c'est que ce n'est pas nécessairement, là, par exemple, dans
votre cas, qui serait le... l'employé en question qui est concerné ou qu'il y a un préjudice à son
égard à lui, mais qui est plus témoin d'un événement dans l'organisation, par
exemple, qui ne le touche pas, lui, nécessairement, personnellement, mais qui
vaut la peine d'être divulgué.
M. Martin (Marc-André) : L'important,
pour nous, ce n'est pas de se substituer au Protecteur du citoyen. Puis on n'a
pas de pouvoir d'enquête. Nous, on n'est pas là pour faire... jouer aux
enquêteurs puis jouer à la police. On est là pour protéger nos membres et
s'assurer que ceux-ci, s'ils vivent des représailles quelconques... qu'on soit
à leur disposition puis qu'on ait déjà un portrait global de la situation.
M. Allaire : Ça va. Ça va pour moi,
M. le Président. Oui. Merci.
Le Président (M. Simard) : Cher
collègue, merci. Et je cède la parole à la députée de Saint-Laurent, auquel
nous ajoutons un peu de temps. Alors, c'est une belle surprise, un petit cadeau
de Noël avant le temps.
Rizqy : Merci beaucoup. Vous avez parlé tantôt... Bonjour
et bienvenue à l'Assemblée nationale du Québec, dans un premier temps.
Les ingénieurs qui travaillent pour le
gouvernement, même s'ils sont syndiqués, ça reste quand même des ingénieurs qui sont aussi régis par un code de
profession puis, évidemment, leur propre code de déontologie. Lorsqu'un ingénieur décide de parler, c'est parce qu'il
pense sincèrement qu'il y a une urgence ou péril en la demeure, n'est-ce pas?
M. Martin (Marc-André) : C'est sûr
que ça dépend de chacune des situations. Les gens ont chacun un niveau de
tolérance puis de conviction différent. Mais on est tous assujettis par les
lois d'ordre public puis surtout, de plus, nous, les ingénieurs, a contrario
avec certains employés de la fonction publique, on est assujettis à un code de
déontologie. Puis, vous avez raison, pour aller dénoncer et... entre
guillemets, des fois, ça... la ligne est mince entre le devoir de loyauté envers l'employeur et la divulgation. Et, les gens,
lorsqu'ils prennent, entre guillemets, leur courage à deux mains de le faire, c'est qu'ils ont de fortes
convictions et qu'ils sont... et qu'ils croient fermement qu'effectivement
il y a une problématique.
Mme Rizqy : ...que le devoir de
loyauté envers l'employeur... l'employeur ultime, ce sont les Québécois, et que, lorsqu'une personne, que ce soient vous, les
ingénieurs, ou tout autre professionnel qui travaille, réfléchit au devoir
de loyauté, c'est la loyauté envers sa profession, son code de déonto, mais
aussi, en définitive, les Québécois qu'il dessert, parce que nous, on n'est que
des locataires du pouvoir. Je ne fais que passer.
Et on fait souvent, nous, des demandes pour
obtenir des réponses, pour mieux planifier. Plusieurs journalistes aussi font
des demandes d'accès. Ça, c'en est une récente auprès des ingénieurs. Je ne
niaise pas. C'est vraiment vrai. C'est... Vous comprendrez que je peux
continuer, là, mais il y a plus d'encre pour caviarder un rapport d'ingénieur
sur une des infrastructures qui appartient au gouvernement que pour nous
expliquer l'état des lieux. Alors, c'est sûr
que, moi, face à ça, vous comprendrez que je vais essayer de fouiner, là,
puis... OK. Qu'en est-il? Pourquoi qu'il y a beaucoup d'encre? Je vais
penser... Il y a peut-être quelque chose à cacher, là.
Alors, est-ce qu'il n'y a pas aussi ça, comme
problème que nous avons, au Québec, cette opacité à recevoir de l'information
claire sur l'état des lieux des bâtiments québécois? Puis je prends même un
exemple. Le pont Pierre-Laporte, on l'a su uniquement parce qu'il y a des
ingénieurs qui ont décidé de parler à l'équipe à Enquête . Sinon, on
n'aurait pas vu l'état des lieux.
M. Martin (Marc-André) : Honnêtement,
encore une fois, c'est toute une question de sécurité publique. Écoutez, les gens, lorsqu'ils viennent nous
voir... Si nous, en tant que syndicat, on vient faire ces deux
recommandations-là, c'est parce que, nécessairement, on souhaite parler
au Protecteur du citoyen. On en sait beaucoup plus que la moyenne des gens ou
la moyenne des ingénieurs. Les gens nous appellent au bureau et nous dévoilent
énormément de choses. Et nous, on a un
devoir de confidentialité puis on n'a pas de pouvoir d'enquête. Puis ce n'est
pas notre rôle nécessairement de faire le procès d'intention de chacune des
décisions qui se prend au gouvernement. Donc, nous, ce qu'on
souhaiterait, c'est accompagner les... d'accompagner le membre, prendre les
informations que nous avons et parler au Protecteur du citoyen sans qu'on ait
un procès d'intention que c'est uniquement pour du conflit de travail. C'est ça
qu'on demande ici présentement.
Rizqy : Comment on peut bonifier, en ce moment, la loi
pour s'assurer que... une plus grande transparence au niveau de
l'information, mais aussi que ce soit moins restrictif, là, pour les sonneurs
d'alerte?
M. Martin
(Marc-André) : Présentement, nous, tu sais, on a voulu cibler
uniquement deux recommandations. Dans
notre mémoire à l'époque, on avait énormément de recommandations, dont un fonds
de défense, un peu comme l'Ordre des ingénieurs avec ses membres. Le Protecteur
du citoyen devrait peut-être avoir un fonds de défense pour ces gens-là.
Donc... Mais on a voulu vraiment cibler ces deux enjeux-là pour donner,
justement, entre guillemets, plus de transparence,
d'avoir une apparence, je dirais, d'impartialité en allant directement au
Protecteur du citoyen plutôt que de dénoncer à la personne du ministère.
Et, de plus, si son syndicat peut l'accompagner et peut l'aider, parce que ça prodigue une certaine protection syndicale, ça viendrait
renforcer le fait que les gens auraient beaucoup moins peur de parler. Ils se sentiraient protégés encore
plus, une deuxième couche de protection, plus de réconfort. Puis un syndicat,
ça a plus de moyens qu'une personne individuelle, que ce soient financiers et
autres. Donc, c'est sûr que la personne va se sentir encouragée à divulguer si
elle se sent protégée puis elle voit qu'il y a des ressources derrière elle
pour la protéger.
Mme Rizqy : Je n'ai pas de chiffre
là-dessus, mais plusieurs personnes à qui je parle me disent qu'une fois qu'ils ont dénoncé, et, par exemple, il y a eu des
représailles, ou qu'ils ont dû se battre, plusieurs d'entre elles sont parties
en arrêt de travail, parce qu'elles portent un double fardeau, celui d'avoir le
sentiment de parler pour le bienfait de la population, de la société civile,
mais aussi, l'autre fardeau, se défendre, eux. Puis ils ont quand même une
famille à nourrir. Est-ce que vous, vous
voyez, parmi vos membres, quand ils tentent de dénoncer, bien, qu'ils se
sont... qu'ils sont tellement vulnérables que, finalement, ils se
retrouvent, eux autres même, sur le carreau?
M. Martin (Marc-André) : Effectivement,
c'est un poids extrêmement lourd à porter pour ces gens-là, qui, après ça, ont
l'impression que tout le monde au bureau les regarde, parce que, comme on le
mentionnait dans notre court mémoire, c'est très facile de savoir qui a
divulgué. Les ingénieurs ont tous leur expertise assez pointue. Donc, lorsque
quelque chose coule dans les médias, ou coule à l'externe, ou coule à des
enquêteurs, nécessairement, ils sont capables de retrouver, dans...
quasiment dans la minute qui suit, qui a divulgué. Donc, très rapidement, le
bureau et les gens ont un poids énorme à porter sur leurs épaules. Ça se
transforme souvent en arrêt... Ça peut se transformer en arrêt de travail. Et
c'est là que, le syndicat, là, on les prend en charge, on les aide. On a
énormément de gens qui appellent au bureau puis on leur donne du soutien
psychologique, à ces gens-là, même si notre but premier à nous, ce n'est pas de donner du soutien psychologique. Mais
on est là pour ça. Puis ce que vous mentionnez, c'est, malheureusement,
des choses qui se produisent très souvent.
Mme Rizqy : Parallèlement à ce que
nous étudions présentement au niveau des sonneurs d'alerte, on devrait
peut-être aussi bonifier l'accès à l'information, qui viendrait aussi enlever
ce poids, parce que, si c'était public, vos rapports, on n'aurait pas besoin de
trouver des sonneurs d'alerte. On aurait la capacité de lire les rapports puis
même trouver peut-être des ingénieurs externes pour venir valider de
l'information, qui peuvent nous accompagner. Est-ce que vous pensez que ça
pourrait être aussi une avenue qu'on devrait s'attarder?
M. Martin (Marc-André) : Écoutez,
personnellement, en tant que citoyen, j'ai une idée très tranchée sur la
loi sur l'accès à l'information, mais
malheureusement je n'ai pas le mandat, présentement, du syndicat pour me
prononcer sur ça.
Rizqy : ...après autour d'un café. Bien, merci. Ah non! Bien,
je ne veux pas vous mettre dans l'embarras. Mais merci sincèrement puis
merci à tous ceux qui travaillent, qui ont fait le choix de la fonction
publique. Merci.
Président (M. Simard) : Merci à vous. Alors, Mme la députée de Sherbrooke,
vous disposez de 2 min 23 s.
Mme Labrie : Merci. La première
question que je veux vous poser, c'est par rapport à votre deuxième recommandation pour reconnaître la légitimité des
syndicats pour effectuer des divulgations. Est-ce que vous le voyez simplement dans un rôle d'accompagnement ou vous
voudriez que les syndicats puissent être eux-mêmes divulgateurs?
M. Martin (Marc-André) : On a tenté,
nous, d'être divulgateurs à deux reprises et, comme je vous dis, on se fait
porter une espèce de procès d'intention en nous disant : Écoutez, c'est
sûr que ça émane des conditions de travail. Les gens sont très, très frileux de
s'engager dans cette voie-là justement parce que, souvent, on est en conflit de
travail avec le gouvernement. Tu sais, on le voit, dans les huit dernières
années, je pense qu'on a été sept années en
conflit. Donc, les gens, tout de suite, ils ferment la... tu sais, ils ont une
réticence. Ils ne veulent pas avoir... prendre parti pour un parti ou
l'autre.
Labrie : Mais vous voudriez pouvoir faire les deux, autant
accompagner que d'être divulgateurs vous-mêmes.
M. Martin
(Marc-André) : Nous, on souhaiterait pouvoir... Les deux. Bien,
lorsqu'on souhaite être divulgateurs, souvent,
ce qui arrive, c'est que c'est moi-même, Marc-André Martin, qui dois être le
divulgateur au nom de l'association, mais ce n'est pas l'association
elle-même pour l'instant.
Mme Labrie : OK. L'autre question
que j'ai pour vous... Vous avez nommé à plusieurs reprises, là, la question des
représailles, parce que les expertises sont tellement spécifiques que c'est
facile d'identifier. Dans quelle mesure, même s'il n'y a pas d'intermédiaire
puis que ça va directement au Protecteur du citoyen, pendant l'enquête...
Qu'est-ce qu'on peut faire de plus? Est-ce que c'est déjà suffisamment protégé
pour éviter les représailles?
M. Martin (Marc-André) : Bien, comme
je vous dis, c'est pour ça qu'on a deux recommandations. La première vise plus de transparence. Puis, écoutez,
ce qu'on a vécu, nous, puis ce qu'on a vu au bureau, c'est que les gens,
des fois, qui font une première divulgation à l'interne se voient comme
rencontrés, puis on pose des questions, puis on tente de
les convaincre, de dire : Ce n'est peut-être... tu n'as peut-être pas la
bonne approche, tu as peut-être mal compris certains enjeux. Donc, il y a déjà
comme une première étape qui est difficile pour eux. Et, pour s'assurer qu'ils
aient comme toute la protection nécessaire
puis qu'ils n'aient pas peur de divulguer, c'est pour ça que le syndicat doit
les accompagner. Et on a déjà tenté, par le passé, d'entrer certaines
dispositions pour la protection des divulgateurs dans nos conventions collectives, et ça n'a pas fonctionné. Ça viendrait
rajouter encore une troisième couche supplémentaire. Écoutez, là, si les
gens pouvaient compter sur le syndicat pour les défendre en cas de divulgation,
ce serait, pour nous, tout un...
Mme Labrie : Ça fait que ça, ce
serait un outil, de l'intégrer aux conventions collectives.
Le Président (M. Simard) : En
conclusion.
M. Martin (Marc-André) : Ce serait
tout un outil.
Le Président (M. Simard) : Alors,
sur ce, messieurs, quelques mots afin de vous remercier pour votre précieuse
contribution à nos travaux.
Compte tenu
de l'heure, nous ajournons... non, nous suspendons, plutôt. On se retrouve à 14
h 45. À plus tard.
(Suspension de la séance à 12 h 46)
Le Président (M. Simard) : Alors,
chers collègues, bon retour à toutes et à tous. Je constate que nous avons
quorum. Nous sommes en mesure de reprendre nos travaux.
Et, cet après-midi et d'ici la clôture de nos
auditions, nous aurons l'occasion de discuter avec trois groupes. Et nous
commençons, bien sûr, avec le syndicat des professionnels du gouvernement du
Québec. Alors, messieurs, soyez les bienvenus parmi nous. Auriez-vous d'abord
l'amabilité, s'il vous plaît, de vous présenter?
Bouvrette (Guillaume) :
Alors, bonjour. Mon nom est Guillaume Bouvrette. Je suis président du syndicat
de professionnels du gouvernement du Québec.
Dean (Marc) : Marc Dean,
conseiller politique et à la recherche du syndicat des professionnels du
gouvernement du Québec.
M. Desjardins (Philippe) : Bonjour.
Philippe Desjardins, conseiller aux communications.
Le Président (M. Simard) : Alors,
messieurs, vous disposez d'une période de 10 minutes pour faire votre
intervention.
M. Bouvrette (Guillaume) : Merci, M.
le Président. Mmes, MM. les députés, membres de la Commission des finances
publiques, Mme la ministre responsable de l'Administration gouvernementale et
présidente du Conseil du trésor, bonjour. Je
suis, donc, Guillaume Bouvrette, président du syndicat de professionnels du
gouvernement du Québec. Je suis
accompagné de M. Marc Dean, conseiller à la recherche, et de
M. Philippe Desjardins, conseiller aux communications. Nous
représentons le SPGQ, le plus grand syndicat de personnel professionnel du
Québec. Il représente plus de
33 500 spécialistes, dont environ 24 000 dans la fonction publique,
6 000 à Revenu Québec et un peu plus de 3 000 en santé, en
éducation supérieure et dans diverses sociétés d'État.
Nous remercions d'abord les membres de la
commission de nous inviter à nous exprimer sur le rapport portant sur la mise en oeuvre de la Loi facilitant
la divulgation d'actes répréhensibles à l'égard des organismes publics,
que je nommerai plus simplement la loi au cours de cette présentation.
Le SPGQ réclamait depuis longtemps la mise en
place de mécanismes de divulgation d'actes répréhensibles et de protection des divulgateurs pour protéger
ses membres. Il a d'ailleurs publié, à travers les années, quelques mémoires
et fait plusieurs sorties publiques sur le
sujet. Les membres du SPGQ sont détenteurs de l'expertise de l'État,
stratégiquement placés pour permettre au gouvernement d'accomplir sa
mission et peuvent être témoins d'actes répréhensibles dans l'exercice de leurs
fonctions. Aussi, ils s'exposent à des représailles s'ils osent divulguer des
gestes condamnables. À cet égard, le SPGQ estime que la loi doit protéger de
façon optimale les divulgateurs d'actes répréhensibles. Elle doit permettre aux
professionnels de jouer leur rôle de véritables gardiens de l'intégrité des
services publics. Il en va de la sauvegarde d'une fonction publique intègre,
indépendante, au service des citoyens.
Existe-t-il une contradiction entre le
sacro-saint devoir de loyauté d'un employé envers son employeur par rapport aux obligations de protection de la
société québécoise inhérentes aux serviteurs publics que sont les employés
de l'État? Bien, la question se pose, et la réponse, elle n'est pas simple.
Dans son document de réflexion publié en 2014 — alors,
ça date un peu, à travers les années, on est toujours à la même place — ce
document était intitulé La protection des divulgateurs — Une
nécessité pour un État intègre , le SPGQ recommandait au gouvernement de
l'époque de légiférer en matière de protection des dénonciateurs. Le SPGQ
faisait alors 14 recommandations au gouvernement, dont l'essentiel figurait
dans le projet de loi n° 87, adopté en décembre 2016.
À ce moment, le SPGQ entretenait des réserves
concernant les mécanismes internes à un ministère ou à un organisme
gouvernemental sur les mécanismes de divulgation d'un acte répréhensible. Nous
soulignions alors que la loi devrait prévoir et encourager la mise en place de
mécanismes simples, sécuritaires et surtout indépendants de signalement d'actes répréhensibles. Cette instance
interne et indépendante serait habilitée à mener des enquêtes promptes et à faire les suivis appropriés avec l'assurance
que le divulgateur dispose de garanties de confidentialité. Les procédures
devraient être conçues pour qu'une organisation publique ou privée puisse
corriger les dysfonctionnements et aussi apporter des solutions avant que le
problème ne prenne de l'ampleur.
Cependant, l'expérience vécue par nos membres
dans les ministères et organismes québécois démontre une tout autre réalité.
Lorsque des plaintes sont faites pour des cas de harcèlement psychologique, par
exemple, il arrive que l'organisation mise en cause se referme comme une huître
et tente de noyer le poisson. Elle adopte une attitude de déni, et parfois la
victime devient l'agresseur.
Pour mettre
en place une procédure interne de divulgation, il faudrait donc s'assurer
qu'elle soit indépendante du pouvoir administratif et politique, et
qu'elle donne des résultats rapides. Dans l'état actuel des choses, le SPGQ
croit cependant que l'on doit plutôt miser sur une procédure de divulgation à
l'externe afin d'éviter les risques de représailles. La divulgation pourrait se
faire notamment auprès d'une autorité indépendante, comme le Protecteur du citoyen
ou le Vérificateur général, auprès du législateur, du ministre responsable, du
système de justice, de la police, des médias ou des organismes de la
société civile québécoise spécialisés dans l'accompagnement et dans le conseil
aux divulgateurs. Des options, il y en a.
Le divulgateur devrait pouvoir contribuer et
être mis au courant des suivis liés à sa plainte dans des délais raisonnables.
Il doit aussi pouvoir compter sur des services-conseils et d'accompagnement. Le
secteur privé devrait également être
encouragé ou même obligé par la loi à mettre en place des mécanismes de
divulgation d'actes répréhensibles.
Favoriser la possibilité pour le divulgateur de
recourir à plusieurs canaux protégés de divulgation s'avère donc fondamental, et ce, afin d'éviter que tout
repose sur une seule autorité, même si elle se veut indépendante. En effet,
il n'est jamais exclu qu'un dirigeant
d'organisme puisse être l'objet de pressions externes indues qui
interféreraient dans l'objectivité de ses décisions. D'ailleurs, le rapport sur
lequel on se penche aujourd'hui, donc, sur la mise en oeuvre de la loi dénonce que plusieurs hauts dirigeants
d'organisme ont été désignés comme responsables du suivi des divulgations.
Par ailleurs,
le processus de divulgation devrait être expéditif et doté de mécanismes de
suivi rigoureux pour inciter les gens à rompre le silence. Le nerf de la
guerre d'une procédure efficace repose sur la confiance que les éventuels
divulgateurs auront dans le système mis en place.
Je reviens en
2017. Louis Robert, agronome, conseiller expert dans le secteur des grains,
membre du SPGQ au ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de
l'Alimentation du Québec, le MAPAQ, avait osé, alors, dénoncer, il avait dénoncé à l'interne, l'ingérence du privé
dans la recherche publique sur l'utilisation des pesticides. Insatisfait de
l'écoute de ses supérieurs, M. Robert
s'était tourné vers Radio-Canada. Ce professionnel avait partagé en toute
confidentialité des documents
accablants. En janvier 2019, le MAPAQ a congédié M. Robert. Deux de ses
collègues ont été suspendus. Ces
représailles ont suscité des questions sur la protection des lanceurs...
d'alerte, dis-je. Le licenciement de Louis Robert a été très médiatisé à
l'époque. Il a ébranlé la confiance d'éventuels divulgateurs d'actes
répréhensibles dans le système de plainte. Un message clair était ainsi lancé
par l'appareil gouvernemental à l'ensemble de ses employés : Si vous osez
dénoncer, vous en subirez les conséquences.
En juin 2019, en conclusion d'un rapport spécial
concernant l'application de la Loi favorisant la divulgation d'actes
répréhensibles, le Protecteur du citoyen dénonçait des manquements majeurs de
la part du MAPAQ dans le processus. Ces manquements étaient l'interprétation
erronée de la recevabilité de la divulgation et l'absence de transfert de cette
dernière au Protecteur du citoyen. Le protecteur mentionne aussi, comme
manquement, la violation de la confidentialité de l'identité du divulgateur et
le suivi interne effectué au terme des vérifications. Il le juge alors non
conforme à la loi, tant auprès du divulgateur que de la personne ayant la plus
haute autorité administrative. Toujours selon le protecteur, le MAPAQ ne
pouvait alors ignorer que le divulgateur serait facilement identifié par son
implication connue dans le milieu. Le MAPAQ ne s'est pas approprié avec rigueur
la nouvelle loi qu'il était chargé d'appliquer, d'où la séquence de
manquements.
Le protecteur recommandait donc au Secrétariat
du Conseil du trésor de revoir le rôle et l'encadrement législatif des responsables du suivi des divulgations. Il voulait ainsi
assurer un accompagnement adéquat des lanceurs d'alerte, la
confidentialité complète et un traitement des divulgations dépourvu de conflit
de loyauté.
Dès mai 2017, le SPGQ recommandait à ses membres
de faire appel au Protecteur du citoyen et non au responsable du suivi des
divulgations à l'intérieur des ministères et organismes du gouvernement. Le
SPGQ estimait que le système de plainte à l'interne mis en place dans les
ministères et organismes n'allait servir qu'à débusquer et à mettre de la
pression sur les divulgateurs en leur faisant valoir leur nécessaire loyauté
envers l'employeur.
Le SPGQ
mettait également en garde ses membres concernant la divulgation publique d'un
acte répréhensible ou par l'intermédiaire d'un média. Pourquoi? Bien, parce que
la loi ne protège pas contre les représailles, sauf dans les cas d'un
acte présentant un risque grave pour la santé ou la sécurité d'une personne ou
de l'environnement. Encore faudra-t-il le prouver par la suite. Une personne
pouvait toujours divulguer des actes répréhensibles à un média, mais elle prenait le risque d'être victime de
représailles si son identité était découverte, et c'est ce qui est arrivé à
Louis Robert.
La procédure de divulgation de la loi
prévoit un mécanisme interne de dénonciation en la personne du responsable du suivi des divulgations. Et, pour que celui-ci
fonctionne, il doit être fondé sur des changements de culture organisationnelle
profonds destinés à développer les communications internes, régler des
situations problématiques plutôt que de les masquer.
Dans les ministères et organismes du Québec, les responsables de l'éthique ou
du suivi des divulgations sont plutôt là pour rappeler à nos membres
leur devoir de réserve et de loyauté envers l'employeur.
Le rapport sur lequel
on se penche aujourd'hui, déposé par le Secrétariat du Conseil du trésor, prend
la balle au bond, on le souligne. Il propose de revoir le rôle et les
responsabilités des acteurs sollicités dans l'application de la loi. Il recommande, entre autres, de confier au
Protecteur du citoyen le mandat exclusif de recevoir les divulgations
du personnel des organismes publics. Il suggère aussi de retirer à la personne
responsable du suivi des divulgations la responsabilité de recevoir et traiter
les divulgations qui émanent du personnel de son organisme public, et le SPGQ
se réjouit de cette recommandation.
Le SPGQ recommande
qu'une campagne de promotion de la loi soit menée afin de changer la culture
des organisations. Elle devrait se donner
comme objectif d'apporter plus de transparence, briser la loi du silence.
D'ailleurs, le rapport du Secrétariat du Conseil du trésor recommande de
rappeler aux dirigeants d'organisme l'importance de leur rôle quant à la
promotion d'une culture d'éthique et d'intégrité.
outre, le SPGQ juge important que le divulgateur puisse recourir à plusieurs
canaux protégés de divulgation afin d'éviter que tout repose sur une
seule autorité. Toutefois, le SPGQ ne recommande pas de créer de nouvelles instances responsables de s'assurer du respect des
droits de certains groupes. Le Protecteur
du citoyen a déjà compétence sur
un grand nombre d'instances qui offrent des services au public.
Enfin, on croit qu'un
processus de divulgation devrait être expéditif, doté de mécanismes de suivi
rigoureux pour inciter les gens à rompre le silence.
J'aimerais d'ailleurs
conclure cette intervention en rappelant les mots de Louis Robert dans
l'entrevue qu'il a accordée à Radio-Canada en avril 2022. Il disait qu'il
regrette l'apathie des fonctionnaires qui n'osent pas dénoncer des
irrégularités. Ça nous ramène à la question posée plus tôt : À qui va la
loyauté des serviteurs de l'État? Quand tu ne dis rien, disait Louis Robert, tu
deviens complice des situations problématiques. Quand ils se taisent et
choisissent leur camp, ils permettent à la situation de perdurer. Merci de votre
attention.
Le Président (M. Simard) : Alors,
merci beaucoup. Nous entamons nos échanges. M. le député de Maskinongé,
vous disposez de 16 min 30 s.
M. Allaire : Merci beaucoup, M. le Président. Salutations à
vous. Merci pour la présentation. Vous représentez quand même beaucoup, beaucoup de monde, là, jusqu'à
30 000 professionnels. Ce n'est pas rien. C'est un bon
échantillon pour nous permettre, là, de bien comprendre les différents enjeux.
Ils vous disent quoi, vos membres, par rapport au processus? Tu sais, je veux
un peu de qualitatif, là. C'est quoi, les commentaires qu'ils vous font sur le processus auquel ils sont confrontés quand ils
font une plainte, là? Puis, même, je dirais même peut-être préalable à ça, est-ce que, la plupart du temps, ils ne savent pas
trop où cogner? Est-ce qu'ils ont eu la bonne information? Vous l'avez évoqué
tantôt un peu, mais allez un peu plus dans le détail.
M. Bouvrette
(Guillaume) : Oui. Les échos qu'on a sont présents dans nos
commentaires et notre mémoire. D'abord, ils craignent que la confidentialité ne
soit pas protégée, et c'est, on le réitère, à la base du processus. Et je pense
que... je pense que tout le monde est d'accord avec ça, que ce n'est pas un
enjeu, là. Ce n'est pas un enjeu à débat. Il doit y avoir une protection de
l'identité des divulgateurs, qui, lorsqu'ils font cette divulgation-là, le
font, présumons-le, de bonne foi, hein? Qu'à la fin la divulgation soit jugée
recevable ou non, ça ne devrait pas avoir d'impact sur la protection de leur
confidentialité... de leur identité, dis-je, pardon, et des mécanismes qui sont
en place pour les protéger.
Maintenant, ce qu'on
comprend, c'est que l'historique amène des craintes. Les gens ont peur de
dénoncer, ne savent pas à qui dénoncer, parce qu'au sein de leur ministère ou
organisme, si une personne est désignée, ils craignent qu'il y ait des fuites
d'information, d'où notre appui à la recommandation de centraliser tout ça
auprès du Protecteur du citoyen pour les ministères et organismes publics, qui
est un organisme externe indépendant avec une expertise reconnue dans le
domaine.
M. Allaire : D'autres
groupes l'ont évoqué tantôt, et vous en avez fait allusion, puis je veux être
sûr que j'ai bien compris, vous proposez aussi de mieux accompagner vos
membres, c'est comme ça que je le comprends, dans le processus. Est-ce que vous proposez aussi de les défendre dans ce
même processus-là, c'est-à-dire que vous seriez aussi, en quelque sorte,
une
partie prenante de celui qui fait la plainte, donc que vous l'accompagnez
vraiment, mais vous plaidez avec lui, là? Est-ce que c'est ce que j'ai compris
ou c'est plus un accompagnement vraiment de façon plus informelle pour être sûr
qu'il franchit les bonnes étapes jusqu'au Protecteur du citoyen puis de la
prise en charge?
M. Bouvrette
(Guillaume) : On n'a pas analysé la question à savoir si on devait
être
partie prenante au processus, là. Ça n'a pas fait
partie de nos travaux.
Par contre, là où on insiste, c'est qu'il y a lieu de mieux diffuser l'information
sur les processus qui existent, de divulgation des plaintes, sur les mécanismes
de protection de l'identité et, on le disait tout à l'heure, sur le suivi qui
sera fait en temps opportun des plaintes qui sont déposées. Mais, non, on n'est
pas allés jusqu'à demander à ce qu'on accompagne, à ce qu'on soit
partie
prenante aux plaintes.
Allaire : Donc, ce que vous souhaitez, c'est d'avoir encore plus
d'outils pour bien diffuser le processus à vos membres. C'est un peu ça aussi.
M. Bouvrette (Guillaume) :
Encore là, je ne pense pas qu'on a analysé la question de cette manière-là,
mais, oui, on doit mieux le comprendre. Mais, la responsabilité de diffuser les
processus en place de divulgation des plaintes, je ne pense pas qu'ils
appartiennent à la
partie syndicale. Ils relèvent de l'employeur, et donc des
différents ministères et organismes, là, dans le cas qui nous préoccupe ici.
M. Allaire : OK.
Merci pour la distinction. Vous n'avez pas, finalement, la même position que
l'autre groupe de tantôt. Là, je la comprends mieux.
M. Bouvrette
(Guillaume) : Si vous permettez, mon collègue souhaiterait faire un
complément.
M. Allaire : Oui,
oui, allez-y.
Dean (Marc) : En fait, j'ajouterais que
c'est arrivé, dans le passé, que le Protecteur du citoyen nous a approchés, par
exemple, pour mettre un lien sur notre site Web. Ça fait que ça, déjà, comme
nous, on recommandait à nos membres d'aller voir le Protecteur du citoyen,
bien, de voir qu'il y avait cette possibilité-là directement à partir d'un site
Web, ça... il y avait une
partie qui était... ou il y avait une orientation
pour aller vers ça.
Puis
ce qui est dommage, par exemple, dans le cas de Louis Robert, c'est que, des
fois, nous, comme syndicat, on a à intervenir, mais au moment où il y a
un congédiement, parce que, veux veux pas, là, c'est la loi... c'est le Code du travail
qui s'applique, puis qu'on doit défendre notre membre. Mais c'est sûr que, si
on avait un petit rôle à jouer... Bien, en fait, le Protecteur du
citoyen doit jouer son rôle de diffuser les procédures.
M. Allaire : Oui.
Je comprends que vous êtes favorables vraiment au fameux guichet unique, là,
qui serait implanté, là, une forme de centralisation.
y a aussi, dans les recommandations, d'implanter des gens qui vont être au sein
des différentes organisations publiques, qui vont jouer leur rôle de bien
informer, justement, on en a parlé un peu tantôt, là, toute l'information, tout
le processus à suivre pour se rendre jusqu'au Protecteur du citoyen, pour
que la plainte, elle soit conforme puis qu'elle... bref, elle passe les
bonnes étapes au bon moment. Ça, vous êtes favorables à ça aussi.
M. Bouvrette
(Guillaume) : Oui.
M. Allaire : OK.
C'est bon. Vous avez aussi parlé... Parce que, tantôt, vous avez parlé de
harcèlement psychologique, puis je veux être sûr qu'on... qu'on différencie
bien ce qui est problématique au niveau des relations de travail puis un acte
répréhensible. Est-ce que c'était simplement un exemple que vous donniez de
quelqu'un, dans le fond, qui fait une
plainte puis qui est susceptible d'avoir du harcèlement de son... de son
gestionnaire, et qui devient, ultimement,
cet élément-là bien précis, un contexte de relations de travail, qui...
indépendamment de la plainte qu'il va faire comme lanceur d'alerte?
M. Bouvrette
(Guillaume) : En fait, le parallèle, je vous dirais, qu'on cherche à
illustrer, c'est surtout sur la protection de la confidentialité des
intervenants, autant le plaignant que les personnes visées par des allégations.
Et, oui, dans le cas d'allégations de
harcèlement psychologique, tout le monde est affecté, et ce n'est pas
nécessairement différent dans le cas d'une divulgation d'actes
répréhensibles. La personne visée par l'allégation, si la plainte n'est pas traitée de manière confidentielle et qu'il y a
des fuites, peut subir aussi des impacts de ça, là, d'où notre insistance
si marquée sur la protection de la confidentialité.
M. Allaire : Bien,
justement, on va pousser ça un petit peu plus loin. Les représailles en lien
avec des plaintes qui sont faites puis de la façon qu'elles sont gérées, est-ce
que vous pensez qu'on devrait le baliser davantage? Est-ce que... est-ce que
les gestionnaires qui agissent de façon déraisonnable, par exemple, là, puis je
pèse mes mots, là, mais vous comprenez ce que je veux dire... est-ce qu'ils
devraient avoir des sanctions plus... plus graves dans des contextes comme
ceux-là?
M. Bouvrette (Guillaume) : Je
ne suis pas certain de bien comprendre la question, parce que, dans la mesure
où on arriverait à un processus où la confidentialité du plaignant et des
personnes visées par les allégations est protégée,
et c'est 100 % étanche... C'est un défi en soi, là, mais... Et il n'y a pas
de possibilité de représailles si la plainte est traitée de manière
100 % confidentielle et par un organisme externe.
M. Allaire : Puis la présidente du Conseil du trésor a raison, là. Dans le fond, je vais vous répéter ce qu'elle... je
vais vous répéter ce qu'elle m'a dit, mais je trouve que ça fait bien du sens.
M. Bouvrette
(Guillaume) : C'est enregistré, hein, tout ça.
Allaire : C'est que, ça, vous... Tu sais, dans le fond, vous
parlez dans un monde idéal, là, mais ce n'est pas tout le temps comme
ça, la réalité, là. Ça fait que c'était plus dans ce contexte-là, ma question,
Bouvrette (Guillaume) : On ne l'a pas analysé sous ce... sous ce
contexte-là, mais évidemment que, s'il y avait fuite, il devrait y avoir des
protections contre les représailles. Mais de la... Voilà, je...
M. Allaire : Oui.
Puis vous pourrez nous le communiquer après, mais, s'il y aurait des
conséquences à prévoir, des suspensions, des
sans solde, avec solde... C'est des choses que vous n'avez pas pensées, mais je
vous... je vous soumets la réflexion. Puis je ne veux pas... L'idée, ce
n'était pas de vous pousser, vous peinturer dans le coin.
M. Bouvrette
(Guillaume) : Non, mais... Évidemment, je comprends la réflexion, puis
on sera disposés à avoir des échanges, mais,
chaque cas étant clairement un cas d'espèce... L'exemple le plus marquant, puis
on l'a souligné, de M. Louis Robert, qui a... qui a été congédié...
Bien là, il a été réintégré par la suite, là. Il a été réintégré, et ça a
été... ça a été réglé pour lui. Par contre, le message qui est envoyé, la
crainte chez ses collègues de dénoncer, ça, c'est demeuré. Et je pense que
c'est... c'est ça, la volonté du gouvernement qui est énoncée, là, de mettre
fin à ça puis de mettre en place cette loi-là, là. Il y a une volonté réelle,
on le sent, là, de la... de la faire vivre.
M. Allaire : Parce que les conséquences d'un bris de
confidentialité, c'est vrai que c'est... c'est grave puis ça a des conséquences, après, sur les futurs
divulgateurs. C'est... Puis c'est... Il ne faut pas négliger cet élément-là,
parce que c'est ça, après ça, qui peut être un frein ou pas.
Ça va. Merci
beaucoup. Merci, monsieur... Ah! mon collègue, peut-être, a une question.
Le Président (M. Simard) : Oui.
M. le député de René-Lévesque, je vous en prie. Il vous reste à peu près huit
minutes.
M. Montigny :
Simplement... simplement vous dire que moi, j'ai... j'ai été un président
d'un syndicat de professionnels en
éducation, et puis il y avait une nuance qu'on tenait compte, tu sais, puis
j'aimerais ça vous entendre là-dessus,
entre un collègue qui, pour toutes sortes de raisons qui lui appartiennent, va
volontairement mentionner des choses, qu'elles soient vraies ou non, et
on perçoit qu'il y a une volonté de faire mal...
M. Bouvrette
(Guillaume) : De nuire, oui.
M. Montigny :
...de nuire. Alors, j'aimerais vous entendre sur cette nuance-là.
M. Bouvrette
(Guillaume) : Je pense que j'y ai touché, mais la protection de la
confidentialité de la plainte, des personnes
visées, de la personne qui a déposé la plainte, du plaignant limite ces
dommages-là. On ne nuit à personne si la plainte est... demeure
confidentielle. Et c'est... et c'est un réel défi.
M. Montigny :
C'est très clair pour moi. Je vous remercie.
Le Président (M.
Simard) : Y aurait-il d'autres remarques du côté de la
partie
gouvernementale? Ça va? Mme la députée de Saint-Laurent.
Mme Rizqy : Merci
beaucoup, M. le Président. Bonjour et bienvenue à l'Assemblée nationale du
Québec. Merci de participer à nos travaux. Vous représentez plusieurs membres
de la fonction publique, dont 2 800 membres en santé, en enseignement
supérieur, dans d'autres sociétés d'État, mais aussi Revenu Québec. Je vais
prendre Revenu Québec parce que je le comprends mieux puis je... Disons
que c'est peut-être mon ancien passé de fiscaliste. Tantôt, on a eu un
groupe qui est venu nous dire : Bien, au niveau des ingénieurs, il y a des
équipes qui sont tellement petites que, dès qu'une personne va parler, on sait
c'est qui. Chez Revenu Québec, il y a des équipes ultrapetites, et c'est
compartimenté. Alors, si un de vos... un de vos membres, chez Revenu Québec, parle,
c'est ultrafacile d'identifier la personne
qui a divulgué l'information, là. Et vous parliez tantôt de M. Robert.
Oui, il a été réintégré, mais ses chances d'avancement sont... sur une
échelle de 10, sont de combien?
M. Bouvrette
(Guillaume) : Il a pris sa retraite aujourd'hui, alors c'est zéro,
mais...
Mme Rizqy : On
le salue, par contre.
M. Bouvrette
(Guillaume) : Mais, ceci dit, je comprends que ça amène un statut
particulier, et ça laisse des traces par la suite.
Mme Rizqy : Parce
que moi, je ne me rappelle pas d'avoir vu des gens... Dans le cas de
M. Robert, oui, il a été congédié et a été réintégré. Là, il prend sa
retraite. Peut-être qu'il a jugé que ses chances d'avancement étaient...
oscillaient autour de zéro. Mais je ne me rappelle pas, lorsqu'il y a eu des
divulgations... Puis, pour parler avec pas mal
de monde dans différents secteurs, même si on ne pointe pas directement, on
sait c'est qui, admettons, dans les cadres, qui a parlé, généralement,
ces gens-là sont sur une voie d'accotement. Est-ce que je me trompe?
M. Bouvrette (Guillaume) : Je n'ai
pas d'exemple en tête précis de ça. J'en profite quand même pour poser la
question : Est-ce que M. Robert aurait été réintégré, n'eût été de la
pression de l'opinion publique et de l'attention médiatique qui a été donnée à
son cas, là? La question se pose.
Mais, par rapport à la
question d'équipes, bien, plus spécialisées, encore là, difficile de protéger à
100 % les gens. Par contre, et le
pourquoi on est en accord avec la recommandation première du rapport, c'est
que, lorsque la plainte, elle est faite à l'organisme externe, on diminue ces
risques-là d'identification, plutôt que de le faire à l'interne. Avec
toute la bonne volonté du monde, là, qu'un organisme de la taille et de la
réputation de Revenu Québec pourrait vouloir
y mettre, à l'indépendance de cet... de l'organisme qui reçoit les plaintes,
ces risques-là sont minimisés lorsqu'on dépose ces plaintes-là à
l'externe.
Mme Rizqy : À la page 8 de
votre mémoire, Louis Robert croit que, et je cite, «quand tu ne dis rien, tu
deviens complice des situations problématiques. Quand ils se taisent, ils
choisissent leur camp et ils permettent à la situation de perdurer.» Ici, vos
membres, là, lorsqu'ils décident de parler, généralement, c'est parce qu'ils
ont essayé, dans un premier temps, à parler avec leurs supérieurs immédiats et
qu'ils ont probablement vu une situation qui est hautement problématique, qui
n'a pas été résolue à l'interne. Dans une équipe, lorsque ce type de situation
arrive, le climat de travail, entre zéro à 10, ça va bien, ça va bien aller ou
ça ne va pas superbien?
M. Bouvrette (Guillaume) : Il y a
certainement un impact sur le climat de travail mais surtout, je vous dirais,
sur la motivation des gens. Il faut comprendre la dynamique des... normalement,
des professionnels qu'on représente. Ce sont des gens avec un haut niveau
d'expertise qui ont à coeur la mission de l'État ou... et du ministère, de l'organisme, de l'agence pour lequel ils
travaillent. Ces gens-là sont dévoués à la cause. Et, lorsqu'ils adressent...
C'est un anglicisme. Mes excuses.
Mme Rizqy : Règlent, lorsqu'ils
règlent.
M. Bouvrette (Guillaume) : Lorsqu'ils
dénoncent des situations qu'ils jugent problématiques à leurs supérieurs, parce que c'est, en général, ce que
les gens font, hein, dans l'exercice de leur emploi, et qu'ils ont une réponse
qui minimise les impacts, qui... qui ne prend pas au sérieux la dénonciation,
eh bien, ils ne savent pas, actuellement, vers qui se tourner. Et, aller vers
les médias, ils s'exposent à des représailles, ils le savent, et je ne pense
pas que c'est la voie qui est souhaitable.
Alors, d'où l'importance de réitérer, dans des communications claires, que la
loi encourage la divulgation d'actes répréhensibles et protège la
confidentialité du processus.
Rizqy : Dites-moi, toujours en page 8, «la
communication entre journalistes et fonctionnaires est devenue plus
difficile», pouvez-vous élaborer?
M. Bouvrette (Guillaume) : M. Robert
faisait état, à cette époque-là, de permissions, systématiquement, à demander à
son employeur avant de faire des interventions dans des médias ou dans des
publications spécialisées propres à son
domaine d'expertise, lui, comme agronome. D'autres professionnels de l'État
experts dans leurs domaines, qui, parfois, sont très, très spécialisés,
pourraient être appelés à intervenir. Et ce qu'on a constaté, c'est que, dans
le passé, c'était plus facile. Il y avait, je dirais, une certaine valorisation
de l'expertise des professionnels de l'État. Et, dans les années, il y a eu un contrôle plus serré qui s'est fait des
communications vers l'externe de la part des différents employeurs.
Mme Rizqy : Mais pourquoi ce désir
de contrôle?
M. Bouvrette (Guillaume) : Bien, il
faudra poser la question aux employeurs, mais...
Mme Rizqy : Oui, oui, mais vous, à
l'interne, vous devez en jaser, non?
Bouvrette (Guillaume) : Effectivement. Pour nous, il y a une valeur
ajoutée à faire valoir toute l'expertise des employés de l'État dans leurs
domaines et il y a une valeur pour l'État à faire mettre sur la place publique
la qualité de son personnel, en fait, parce que c'est aussi ça, là.
Mme Rizqy : Moi, je note aussi... On
parle des journalistes, mais nous... Pardon, je vais éternuer.
M. Bouvrette (Guillaume) : À vos
souhaits.
Mme Rizqy : Merci. J'ai beaucoup de
souhaits, en fait. Un à la fois, par contre. Nous, les élus, on reçoit des appels
et puis on le sent, le... Au bout du fil, il y a une détresse. Les gens qui
nous parlent, un, ont peur. Ils ont peur pour leur emploi, mais aussi c'est
parce que, quand ils nous appellent, c'est parce qu'ils sentent sincèrement
qu'ils font la bonne chose, qu'ils veulent aider puis que c'est pour améliorer
quelque chose, là. Lorsqu'ils décident de finalement appeler un élu, là,
c'est... c'est quand même sérieux, là. Est-ce que... Ça, est-ce que vos membres
vous en ont parlé dernièrement?
M. Bouvrette (Guillaume) : Oui, non,
oui?
Bouvrette (Guillaume) : Mon collègue souhaite faire un complément...
(panne de son) ...je n'ai pas d'écho, d'information précise là-dessus.
M. Desjardins.
M. Desjardins
(Philippe) : Vous dites que, des fois, les... certaines personnes
peuvent vous interpeler, comme de quoi qu'il y a de la détresse. Nous aussi, on
a un service de l'accueil, au SPGQ, où on entend souvent des gens qui sont en
détresse. Ils aimeraient parfois s'adresser directement aux médias pour révéler
ce qu'ils vivent ou ce qu'ils savent, mais évidemment, au SPGQ, on ne leur
recommande jamais de faire ça pour... aussi un peu pour les raisons que vous
avez déjà évoquées. Ce serait, dans certains cas, très facile de les identifier,
et ensuite ils pourraient en subir des
stigmates pour le reste de leur carrière et aussi peut-être des... se voir
refuser des possibilités d'avancement. Alors, on préfère que le SPGQ
soit le paratonnerre pour ces gens-là et que ces gens-là ne s'adressent pas
directement sur la place publique.
Mme Rizqy : Merci.
Si vous étiez législateurs, comment vous modifieriez, là... La première chose
que vous voudriez changer dans la loi.
M. Bouvrette
(Guillaume) : Ça n'arrive pas souvent, mais, on l'a dit, on est
d'accord avec la principale recommandation du
rapport déposé par le Conseil du
trésor, c'est-à-dire de... pour les
organismes publics, de centraliser la
dénonciation des actes répréhensibles auprès du Protecteur du citoyen, un
organisme externe indépendant spécialisé pour traiter avec tout le
sérieux que ça demande et surtout d'assurer la confidentialité du processus.
Mme Rizqy : Ça...
Oui, mais c'est déjà, on peut dire, presque un acquis, là, alors... bien, sans
présumer de quoi que ce soit, évidemment.
Mais, au niveau d'actes répréhensibles, pour vous, ça veut dire quoi, un acte
répréhensible? Parce qu'en ce moment c'est assez flou.
M. Bouvrette
(Guillaume) : Oui, et je pense que ça le demeurera, dans la mesure où
la personne qui le dénonce de bonne foi croit sincèrement que l'acte en soi est
répréhensible et qu'il devrait... qu'il devrait être traité comme tel, d'où la nécessité de protéger, dans le
processus, pour protéger les gens, parce qu'en bout de piste, si, par une
entité externe tierce, l'acte, il est jugé, je veux dire, acceptable dans les
paramètres qui sont les nôtres, la personne qui l'a faite, la divulgation, ne
devrait pas en subir des conséquences.
Ce qu'on... Une autre
piste de solution, c'est qu'on avançait qu'il devrait pouvoir y avoir plusieurs
canaux de divulgation, toujours sans crainte de représailles, là, mais... oui,
on y revient, là, une autorité indépendante, mais on pourrait devoir... on
devrait pouvoir, dis-je, divulguer au législateur, auprès du ministre
responsable directement, interpeler le système de justice, par exemple. La
multiplicité des canaux peut assurer le fait que la plainte soit traitée et ne
tombe... ne tombe pas. Voilà.
Mme Rizqy : Parfait. Tantôt, j'ai posé la question. Je me
permets de la vous poser, à vous aussi. J'ai l'impression qu'en ce moment... Oui, on parle des sonneurs
d'alerte, mais, quand on fait plusieurs demandes d'accès à l'information,
les documents qu'on reçoit sont hautement caviardés. Et là, évidemment, c'est
que ça frustre le travail soit des journalistes mais même pour nous, les élus,
parce que l'objectif d'une demande d'accès à l'information, c'est de savoir qu'est-ce qui se passe. Et c'est là qu'à ce
stade-là on doit essayer d'avoir des sources à l'interne qui viennent nous
dire, bien, qu'est-ce qui se cache derrière cette encre noire. Il me semble
qu'on devrait aussi travailler parallèlement à s'assurer une véritable
accessibilité à l'information, là.
M. Bouvrette (Guillaume) : Oui.
Je comprends votre enjeu puis je pense que vous l'avez dénoncé à plusieurs
reprises. On l'a fait, nous aussi,
également. Et, d'abord, comme intervenants dans l'appareil public, comme
interlocuteurs, représentants du personnel professionnel de l'État, on
déplore, par moments, de devoir avoir recours à des demandes d'accès à
l'information simplement pour qu'on nous partage des données tout à fait
normales, publiques dans notre... dans notre
société de droit. Et, lorsqu'on les reçoit, si elles sont incomplètes, elles ne
nous sont d'aucune utilité. On se positionne
comme partenaire de l'État québécois, un représentant de son personnel
professionnel, et on apprécie lorsque l'information est disponible et
qu'on peut ensemble trouver des solutions.
Mme Rizqy : Puis,
même entre les différents organismes, il me semble que, quand l'information est
claire et distribuée, c'est que ça permet, même, des fois, de nourrir la
réflexion dans un autre organisme.
M. Bouvrette
(Guillaume) : Définitivement.
Mme Rizqy : Parfait.
Merci beaucoup. Dernière question. Au niveau de l'accompagnement, on parle
aussi d'accompagnement au niveau juridique,
j'imagine, au sonneur d'alerte, de l'outiller, parce que, sinon, c'est le combat
de David contre Goliath. C'est ce que vous... Est-ce que vous avez des...
M. Bouvrette (Guillaume) : Bien, la question a été posée tout à l'heure. Je
pense qu'on n'est pas allés jusqu'à se poser la question : Est-ce
qu'on souhaite être intervenants, accompagner le plaignant formellement?
Mme Rizqy : Non, non, je parle
vraiment pour vos membres. Est-ce qu'il serait souhaitable d'avoir un fonds
dédié pour vraiment aider le lanceur d'alerte si jamais, malheureusement, il y
a une poursuite ou quoi que ce soit? Parce que c'est sûr
que, s'il se représente devant l'État, c'est rare que... à moins que lui-même
soit, par exemple, un nouveau fonctionnaire qui soit avocat, puis il va se
représenter peut-être tout seul, mais sinon... Les frais juridiques, tu sais,
on blague, là, mais c'est facturé à la minute, hein?
M. Bouvrette
(Guillaume) : Définitivement. On est... on est des habitués.
Dean (Marc) : Il y a des expériences dans
d'autres pays sur ce que vous avancez. Si je me souviens bien, parce que j'ai
beaucoup travaillé dans le dossier, les États-Unis ont cette possibilité-là,
quand une plainte est fondée, que l'État peut payer les frais de représentation
d'un professionnel ou d'un fonctionnaire qui aurait à aller devant la justice
pour... dans un cas de dénonciation d'actes répréhensibles. Est-ce qu'on peut
appliquer ça au Québec? Bien, c'est à vous, comme législateurs, de regarder si
on pourrait l'appliquer.
Déjà, le Protecteur
du citoyen, ce que j'ai vu, c'est qu'il offre du conseil juridique. Mais, une
fois qu'on a conseillé quelqu'un, si l'étape suivante, c'est la cour, bien,
vous avez raison, les frais, les frais de justice sont extrêmement élevés.
M. Bouvrette
(Guillaume) : Vous me direz que je suis un optimiste...
Le Président (M.
Simard) : Très bien. En conclusion. On laisse finir? Oui.
M. Bouvrette
(Guillaume) : Merci. Vous me direz que je suis un optimiste, mais, si
la plainte est faite à un organisme externe
et que la confidentialité est assurée, le plaignant n'aura pas à se défendre de
poursuites éventuelles.
Le Président (M.
Simard) : Très bien.
M. Bouvrette
(Guillaume) : Mais peut-être que je devrais enlever mes lunettes
roses, là.
Le Président (M. Simard) : Merci
beaucoup. Gardez-les. Alors, Mme la députée de Sherbrooke, vous disposez
de quatre minutes.
Mme Labrie : Merci.
Je vais vous demander de les enlever quelques instants, parce que, bien, vous
nous l'avez fait valoir, ma collègue aussi,
d'autres de vos collègues, les ingénieurs, qui sont passés avant vous, parfois,
il y a une expertise vraiment pointue, puis, bon, malgré tous les
efforts pour maintenir la confidentialité, parfois, dans le processus
d'enquête, quand même, ça va se savoir, là, que quelqu'un a... est allé dire
quelque chose. Comment on peut faire pour éviter les représailles à ce
moment-là? Comment on peut équiper les gens pour éviter des représailles ou se
battre contre ces représailles?
M. Bouvrette
(Guillaume) : Peut-être qu'une piste de solution, elle a été évoquée
plus tôt par le... par le gouvernement dans ses questions, c'est de prévoir des
mesures, des sanctions contre les gens qui exerceraient des représailles, parce
que, non, effectivement, on ne pourra pas toujours toutes les éviter, mais,
s'il y a sanction, on envoie un message très clair qu'on n'exerce pas de représailles
à l'endroit de gens qui, de toute bonne foi, ont dénoncé des actes répréhensibles, comme c'est le cas dans le monde
syndical. Lorsqu'une personne dépose un grief, là, elle est protégée par
le Code du travail à ne pas faire l'objet de représailles d'un employeur parce
qu'elle a exercé un droit. Et c'est la même chose ici. C'est un droit prévu par
la loi.
Mme Labrie : OK.
Vous avez... Dans votre recommandation 7, vous parlez de processus qui
doit être expéditif. Vous parlez d'efficacité souvent aussi. Est-ce que, pour
vous, il y a une question de délai là-dedans?
M. Bouvrette
(Guillaume) : Oui.
Mme Labrie : Quel
type de délai serait efficace?
M. Bouvrette
(Guillaume) : Bien, clairement, je pense qu'il y a du cas... du cas
par cas, dépendant de la complexité de la plainte, là, mais...
Mme Labrie : Mais
est-ce que ça devrait être inscrit dans la loi, certains délais pour certaines
étapes?
M. Bouvrette (Guillaume) : Ça
devient difficile, je crois, à baliser, mais il appartiendra peut-être au
législateur de se poser la question. Mais on comprend que, lorsqu'un... le
divulgateur d'une plainte reste sans réponse pendant, un exemple, mais plus de trois mois sans... sans
aucun suivi, bien évidemment qu'il se questionne : Est-ce que... est-ce
que c'est tombé entre deux chaises? Est-ce qu'on traite ma plainte?
Est-ce qu'on prend au sérieux ce que j'ai dénoncé de toute bonne foi?
Et, lorsqu'on fait
une dénonciation, ce n'est pas... certainement pas de gaieté de coeur, là.
C'est un acte, je veux dire, lourd, là, au sens où les gens adhèrent à la
mission de l'État et de l'organisme qu'ils desservent. Avant d'arriver à cette
étape-là, et ils ont eu, je crois, une mûre réflexion. Ils s'attendent à ce que
ce soit traité avec tout le sérieux que ça mérite. Ce n'est pas leur quotidien,
Mme Labrie : Donc,
une certaine forme de délai, là, pour le suivi serait indiquée dans le projet
de loi.
Vous... Si j'ai bien compris ce que vous avez
dit, vous n'avez pas statué à savoir si vous voudriez que la loi reconnaisse la
légitimité des syndicats d'effectuer eux-mêmes des divulgations au nom de leurs
membres, ce que nous a, donc, demandé, là, des collègues à vous qui sont passés
tout à l'heure. Vous dites aussi, par contre, que vous voulez jouer le rôle de paratonnerre pour protéger vos membres. Est-ce
que... est-ce que vous seriez en mesure d'y réfléchir d'ici au dépôt
d'un projet de loi, votre position là-dessus, ou bien c'est plus clair, là?
M. Bouvrette (Guillaume) : Définitivement.
Mon réflexe, c'est de vous dire que c'est... c'est une avenue qui est... qui
est intéressante, qui rejoint l'objectif de protection de nos membres
lorsqu'ils ne se sentent pas outillés pour le faire par eux-mêmes.
Mme Labrie : OK. Donc, vous seriez
favorables à une disposition comme celle-là.
M. Bouvrette (Guillaume) : À
première vue, j'ai envie de vous dire que oui, mais, tu sais, qu'on n'a pas
fait ces travaux-là chez nous. Et je... Mais on peut... on peut très bien
pousser cette réflexion.
Mme Labrie : Puis vous avez
mentionné que c'était plus... c'était plus serré, là, au niveau de la surveillance,
des demandes de permission de vos membres, là, depuis un certain temps. Est-ce
que vous avez remarqué depuis quand? Est-ce que c'est quelque chose en
particulier qui a été un déclencheur de ce resserrement-là?
M. Bouvrette (Guillaume) : Je vais
me tourner vers mes collègues. Est-ce qu'on a un exemple particulier?
M. Desjardins (Philippe) : Vous
savez, je crois que c'est assez difficile de vous pointer un déclencheur. Si
vous me permettez de vous parler de mon expérience personnelle comme
communicateur, j'ai travaillé dans un ministère à une certaine époque, et un
journaliste communique avec moi pour me dire : M. Desjardins,
pouvez-vous m'indiquer combien il y a d'emplacements de stationnement à tel
centre carcéral au Québec? Bien, la réponse, je la connaissais. Imaginez, par
exemple, que c'est 750. Je n'avais pas le droit de lui dire que c'était ça,
750. Je devais me tourner vers mon
supérieur, qui, lui, remontait jusqu'au sous-ministre, et ensuite la réponse
redescendait. Et parfois ça pouvait
prendre jusqu'à trois jours. Le journaliste était vraiment en colère après moi.
Il me dit : Oui, mais, M. Desjardins, la réponse, vous la connaissiez. J'ai dit : Absolument, je la
connaissais, mais je n'avais pas le droit de vous la donner, ça devait faire
l'objet... cette information-là, votre question devait remonter dans la machine
et ensuite redescendre.
Président (M. Simard) : Très bien. Alors, merci. Désolé, c'est le temps
dont nous disposions, hein, ça passe très rapidement. Alors, merci
beaucoup d'avoir participé à nos travaux et d'avoir enrichi, ce faisant, notre
réflexion.
Compte tenu de l'heure, nous allons suspendre
momentanément nos travaux afin de faire place à notre prochain invité, qui se
trouve en France.
(Suspension de la séance à 15 h 24)
Le Président (M. Simard) : Alors,
chers collègues, bienvenue à tous. Nous sommes en mesure de reprendre nos
travaux. Cher professeur, vous vous retrouvez en France en ce moment. Merci
d'accepter notre invitation. Auriez-vous d'abord l'amabilité, s'il vous plaît,
de vous présenter?
M. Seassaud (Eric) : Bien sûr.
Bonsoir, M. le Président. Bonsoir, Mmes et MM. les députés. Bien, je vous remercie de prêter attention à ces quelques
réflexions, retours d'expérience que je souhaite... que j'aurai plaisir à
partager avec vous.
Je vais commencer par une brève présentation. Je
suis... En fait, je suis un juriste avec une expérience professionnelle de 25 années et j'ai travaillé en entreprise, en
cabinet, les deux à la fois. J'ai été directeur juridique, éthique et
conformité d'ENGIE, une entreprise française active dans le secteur de
l'énergie, l'«oil and gas». J'ai eu le plaisir de présider la commission
française de l'AFNOR, Compliance et Gouvernance des organisations, et, à ce
titre, j'ai eu l'occasion de m'occuper particulièrement de la norme
ISO 37001 sur l'anticorruption.
Dans ma profession d'avocat, j'ai l'habitude de
conseiller des entreprises, des organisations sur des sujets d'éthique et de
conformité globaux en ce qui concerne la mise en place de politiques, de
programmes, de dispositifs de conformité, et puis aussi spécifiques, sur des
transactions particulières.
En parallèle,
j'enseigne l'éthique et la «compliance» à la Sorbonne avec un focus
particulier, pour moi, en ce qui concerne l'anticorruption, et l'éthique des
affaires, et également les sanctions internationales, les problèmes d'embargo et
le contrôle des exportations. Voilà, en résumé, mon parcours.
J'ai essayé
de... J'essaie de résumer mes principales réflexions par rapport à mon retour
de pratique en France. Alors, je les
ai fondées sur plusieurs textes, s'agissant des lanceurs d'alertes et des
alertes, qui est, je crois comprendre, le sujet
qui... qui est l'objet de vos travaux. Alors, j'aurais aimé partager ces
réflexions, ces retours d'expérience avec vous.
Nous avons, en
France, plusieurs... plusieurs textes qui ont concerné les lanceurs d'alerte.
Alors, ces textes sont quand même
relativement récents, hein? On commence avec la loi Sapin II en 2016. Tout
ça vient, je dirais... a été... Ce mouvement législatif a été impulsé
depuis la convention OCDE. La loi Sapin II, du ministre... du nom du
ministre éponyme, prévoit deux volets, s'agissant des lanceurs d'alerte :
un dispositif général qui va concerner le secteur public et le secteur privé et
des organisations dès le seuil de 50 salariés, donc, une couverture assez
large. Ça, c'est assez novateur. Et donc ça, ce dispositif, il va concerner...
Alors, le législateur a une énumération un peu pédagogique. Il aurait pu se
contenter de dire «des illégalités», mais il les a nommées. Il a parlé de
violation de la loi, du règlement, de crimes, de délits. Il a aussi parlé de
manquements aux engagements internationaux de la France et également d'un sujet
plus complexe à appréhender pour un... pour un lanceur d'alerte, ce l'est déjà
pour un juriste, mais le concept de manquement à l'intérêt général. Ça, c'est
le volet général.
Et ensuite on a un
volet spécifique qui, lui, concerne les entreprises privées et certaines
entreprises publiques, les entreprises qui sont contrôlées par des capitaux
publics ou les établissements publics industriels et commerciaux qui sont
des... eux, des... elles, des personnes morales de droit public qui emploient
plus de 500 salariés et totalisent un chiffre d'affaires consolidé de plus de
100 millions d'euros. Et, pour cette deuxième catégorie, les sujets
traités sont beaucoup plus limités. On ne parle que de corruption et de trafic
d'influence.
Donc, deux niveaux
sur les alertes : le premier niveau, les articles 6-16 de la loi
Sapin II sur les illégalités, les crimes, les délits, les manquements à
l'intérêt général et aux engagements internationaux de la France; un volet spécifique qui concerne la corruption et le trafic
d'influence, qui, lui, ne touche que les entreprises les plus importantes,
plus de 100 millions d'euros de chiffre d'affaires consolidé et employant
plus de 500 salariés.
Les... Ces lanceurs
d'alerte bénéficient d'une protection... d'une protection renforcée depuis la
transposition de la directive européenne sur
les lanceurs d'alerte, qui a été transposée en France l'an dernier avec la loi
Waserman et un décret de fin d'année. On trouve... Les innovations
majeures de cette transposition, c'est un renforcement du statut des lanceurs
d'alerte avec une protection particulière contre les procédures-bâillons, une
amende civile d'un montant limité, mais qui a le mérite d'exister, de
60 000 €. On trouve aussi des provisions pour frais de justice pour
les lanceurs d'alerte qui sont... qui n'ont pas la... comment dirais-je, les
facultés personnelles d'initier, d'engager par eux-mêmes des procédures en raison de leur coût matériel. On trouve
également des éléments de soutien psychologique pour les plus faibles
d'entre eux... enfin, les plus vulnérables, plus exactement.
Et on a également un
volet d'accompagnement qui a fait énormément de débats en France, qui concerne
les facilitateurs. Dans les facilitateurs,
on a les ONG, on a les syndicats. On a aussi des collègues et on a aussi des
proches. Le but, c'était de pouvoir être en mesure d'aider les lanceurs
d'alerte. Alors, certaines organisations souhaitaient que les ONG, les syndicats puissent être eux-mêmes
qualifiés de lanceurs d'alerte. Ce n'est pas... Ça n'a pas été la solution qui
a été retenue par le législateur, mais, en revanche, le législateur a donné à
ces personnes, à ces facilitateurs le même bénéfice en termes de
protection que les lanceurs d'alerte. Voilà sur la loi Sapin II.
Je rajouterais un
dernier élément, pour ne pas être trop long, qu'il existe aussi un deuxième
volet de... d'alerte sous le... sous l'égide
de la
loi sur le devoir de vigilance, alors, devoir de vigilance
qui n'est pas, en revanche, en cohérence de seuil avec la loi
Sapin II, puisque le devoir de vigilance concerne, en France, les
entreprises françaises de plus de 5 000 salariés et les entreprises... les
entreprises ayant leurs sièges en France, employeurs en France ou à
l'étranger... et/ou à l'étranger, 10 000 salariés. Donc, on voit que les
seuils ne sont pas... ne sont pas cohérents entre les deux textes. Ça a été un
des sujets discutés devant le... devant le Parlement au moment de l'adoption de
ce texte. Et on a aussi la possibilité, sur
le fondement de ce texte, de lancer des alertes en ce qui concerne les droits
fondamentaux, ça, c'est vraiment intéressant, les atteintes à
l'environnement et les atteintes à la santé-sécurité. Alors, comme ces éléments
sont des éléments législatifs, eh bien, ils peuvent, s'il se... si le lanceur
d'alerte se qualifie dans le cadre du dispositif
Sapin II, bénéficier indirectement de la... de cette protection de lanceur
d'alerte. Mais on a là, effectivement, un problème d'articulation des
textes qui avait été soulevé, donc, quelque chose qui avance, mais avec des
éléments à parfaire.
Et enfin il reste le
grand sujet qui est les cas majeurs, alors, qui sont, Dieu merci, epsilon dans
les situations que l'on rencontre mais qui
peuvent être dramatiques. Alors, évidemment, on a cette protection accrue, la
confidentialité garantie, la possibilité pour le lanceur d'alerte de ne
plus passer par l'entreprise ou l'organisation avant de saisir la justice ou
les administrations, ce qui oblige les entreprises et les organisations à être
convaincantes si elles veulent avoir la chance de traiter en interne leurs
alertes. Mais, dans certains cas marginaux qui ont été discutés, venait sur la
table le débat : Faut-il ou pas permettre aux lanceurs d'alerte de
bénéficier d'une
partie des amendes infligées aux organisations, aux
entreprises qui sont reconnues coupables sous l'empire de ces textes, un peu à
l'instar de ce que font les Américains? La tradition juridique française et la
tradition juridique anglaise n'y étaient pas favorables. Ce n'est pas une
solution dans laquelle le législateur français s'est engagé, mais, en revanche,
un certain nombre de faits d'actualité peuvent, effectivement, soulever cette
question, qui n'est pas sans pertinence quand on regarde des situations
particulières où des gens qui ont agi au nom de l'intérêt général se retrouvent
confrontés un petit peu à une situation de mort sociale du fait de leurs
actions.
Voilà. J'espère ne
pas avoir été trop long et d'avoir résumé le plus possible.
Le Président (M. Simard) : Pas du
tout, cher professeur. Et, du reste, vous êtes parfaitement dans les temps.
Alors, nous allons entreprendre une période d'échange, et je vous laisse entre
les mains de mon collègue le député de Maskinongé, qui représente la
partie
gouvernementale et qui est l'adjoint parlementaire de la ministre. M. le
député.
Allaire : Merci, M. le Président. Merci, M. le professeur. En fait, ma
première question, pour être sûr que je comprends bien : Suite à
l'instauration des deux lois, là, que vous avez nommées tantôt, je comprends
bien que ça s'adresse autant au secteur public que privé.
M. Seassaud (Eric) : Alors, s'agissant de la
loi Sapin II, oui, ça s'adresse au secteur public et au secteur privé.
Dans le secteur privé, on a les
administrations étatiques, les communes de plus de 10 000 habitants,
les départements, les régions, les syndicats de coopération
intercommunaux et les personnes morales de droit public employant plus de
50 agents.
le deuxième sujet, sur la
loi sur le devoir de vigilance, c'est différent. La
couverture est beaucoup moins large, puisque,
notamment, échappe à la
loi sur le devoir de vigilance l'essentiel des... de
l'action... ce qu'on appelle l'action économique de l'État, de... en
tout cas, l'action économique de la puissance publique. Et c'est une des
critiques majeures qui avaient été adressées
à ce texte. Au moment des débats parlementaires, certains avaient estimé
qu'environ, peut-être, 200 entreprises... 200 entreprises
seraient touchées, effectivement, par ce texte. Donc, le deuxième texte... le deuxième texte souffre un peu aussi d'une...
comment dirais-je, des conditions dans lesquelles il a été adopté. C'est
une proposition de loi d'initiative
parlementaire qui a été adoptée dans le cadre d'un calendrier d'élection
présidentielle assez serré. Les... Il
a été adopté un petit peu rapidement, et les questions de cohérence de textes,
de seuils, d'application, le sujet que
vous soulevez, M. le député, typiquement, ont été, malheureusement,
insuffisamment traités par le législateur. C'est un... Ça fait
partie
des points qui ont été soulevés par les commentateurs sur ce deuxième texte,
qui est beaucoup moins abouti que la loi Sapin II.
M. Allaire : Merci
pour la précision. Je vais revenir avec le secteur public dans une prochaine
question, mais je suis un peu curieux par rapport au secteur privé. Quelle a
été la réaction des entreprises suite à la mise en vigueur de cette loi-là?
Est-ce qu'ils... est-ce qu'ils étaient favorables? Est-ce qu'ils étaient plutôt
défavorables?
M. Seassaud
(Eric) : Bien, je vais vous répondre très directement, M. le député.
Ça n'a pas suscité un enthousiasme absolu,
oserais-je dire. Alors, en fait, on avait deux situations assez... assez
mitigées. On avait, d'une part, les grandes entreprises internationales
qui avaient déjà mis en place un programme de conformité parce qu'ils étaient
assujettis au UKBA, au Bribery Act anglais de 2010. Donc, beaucoup d'entreprises
françaises internationales ayant des
activités en Grande-Bretagne ont dimensionné... ont mis en place un programme
de conformité en le dimensionnant sur
le UKBA. Et donc, bon, quand la loi Sapin II est venue, eh bien... En
fait, il y a une convergence assez forte des textes. Les six principes du UKBA sont très convergents
avec les huit piliers de la loi Sapin II. Et on a... on a des formulations
qui sont différentes, mais on retrouve, effectivement, les... comment
dirais-je, la même volonté et on retrouve, dans les deux textes, le défaut de prévention de la corruption incriminé par
la... par les textes anglais et par les textes français.
trouve aussi l'apparition, avec la loi Sapin II, de la justice
transactionnelle, qui a été un débat très significatif en France, là encore, en s'arcboutant sur notre
tradition juridique, pour finalement avoir un avis du Conseil d'État nous disant
que, bon, effectivement, ce n'est pas très conforme avec la tradition
juridique, mais, en revanche, s'agissant de pratiques internationales, on
pouvait l'accepter. Je résume à grands traits un avis assez complexe, mais
c'est un petit peu ça, ce que les commentateurs en avaient... en avaient
retiré.
Donc, un accueil très
mitigé, plus détendu pour les grandes entreprises qui avaient déjà mis en place
un programme de conformité, beaucoup plus
réservé pour les entreprises de taille plus moyenne qui n'avaient jamais entendu
parler de «compliance» autrement que par les
clauses FCPA qu'on leur faisait signer dans des accords internationaux, sans
très bien en comprendre la portée, les enjeux et les conséquences potentielles
pour elles-mêmes, des clauses qui étaient
passées dans la chaîne contractuelle par des grands donneurs d'ordres ayant
une... comment dirais-je, un élément de
connexité d'US NEXUS avec la juridiction américaine, où ces clauses-là
étaient imposées. Donc, on avait vraiment un fossé entre les PME françaises et les grandes entreprises qui étaient
familiarisées à ce sujet. Un accueil globalement plutôt... plutôt frais,
plutôt frais.
M. Allaire : Suite à l'implantation de la loi, est-ce que...
est-ce qu'il n'y a pas un mécanisme de mise en place de statistiques, là?
Est-ce que... est-ce que vous êtes en mesure de mesurer l'impact de
l'implantation de la loi en France?
M. Seassaud
(Eric) : Alors, c'est assez difficile. On a... Il y a des travaux qui
sont en cours avec une volonté d'essayer de quantifier l'impact de la loi.
La... On l'a... L'AFA, l'Agence française anticorruption, qui a été créée par
ce... par cette loi, a mis en avant, essentiellement, le nombre de transactions
qui ont été réalisées. Et effectivement on voit
que, depuis le début, les transactions conclues par l'AFA augmentent en
quantité et également en matière de montants transigés. Les... Il y a un
certain nombre de... L'AFA procède à un certain nombre de contrôles et se
fonde, en cela, sur le modèle de
l'Autorité de la concurrence, c'est-à-dire que l'AFA, comme, a commencé une
segmentation de marché et a lancé différents contrôles de grandes entreprises.
Ceux qui auraient pu
vraiment mesurer l'impact de la loi, c'eût été la commission des sanctions, car
ils la... Sans trop entrer dans le détail, mais la loi prévoit la possibilité
pour l'AFA de déférer, après un contrôle sur pièces et sur place, des dossiers
à la commission des sanctions. Mais, depuis une décision qui avait été très
attendue en France, la décision Sonepar, la commission des sanctions a dit
qu'on... elle ne jugeait qu'au moment où le dossier lui était présenté. Comme, en général, il se découle un
délai d'un an, un peu plus d'un an entre le moment où... même, oui, plutôt deux
ans, d'ailleurs, entre le moment où l'AFA fait son contrôle, fait ses
observations et arrive... et, le cas échéant, le dossier arrive à la commission des sanctions, en un an, une entreprise a
normalement le temps de se mettre au niveau. Et c'est ce qui s'est
produit, ce qui fait que la commission des sanctions ne fonctionne pas
beaucoup.
Alors,
certains objectent le fait que, bien, du coup, le dispositif est peu efficace.
D'autres, plus optimistes — j'avoue
que je suis assez convaincu par ça — croient à la vertu du...
comment dirais-je, de persuasion du dispositif. Et, dès lors que, finalement,
l'entreprise se met en conformité, bien, l'objectif me semble... me semble
atteint. Donc, on a... Et c'est ce qu'a
mis... c'est ce qu'a mis en avant l'AFA en disant : Bon, effectivement, on
n'a pas prononcé de sanctions significatives, mais les entreprises qui
ont été identifiées dans le cadre de contrôles sur place et sur pièces, eh
bien, finalement, se sont mises en conformité à bref délai. Et c'est finalement
ça, c'est finalement une des missions essentielles qui a été confi