Health and Social Services — 19 March 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2015-03-19
Quebec — Committees
Les médecins
enseignants jouent un rôle déterminant et primordial pour l'accessibilité aux
soins pour les Québécois et les
Québécoises. En effet, notre rôle principal comme départements universitaires
est de former une relève de qualité et en
nombre suffisant pour répondre aux besoins de la population. En 2014, plus de
300 nouveaux médecins de famille ont complété leur formation dans nos départements, dans nos unités de
médecine familiale et dans les hôpitaux du Québec. En 2015, ce sera plus
de 350. Environ 1 000 résidents en médecine de famille sont
actuellement inscrits dans nos quatre programmes et entreront progressivement
au service de la population au cours des trois prochaines années. Un
demi-million de Québécois sont suivis par un médecin de famille enseignant ou
un résident en médecine de famille.
Ce projet de
loi propose de régler le problème de l'accessibilité en obligeant notamment
tout médecin omnipraticien, dans la
mesure prévue par règlement, à assurer le suivi médical d'un nombre minimal de
patients. Le règlement dont le projet
de loi n° 20 parle n'est pas encore connu, mais les propositions qui
ont circulé jusqu'à hier laissent entrevoir que les exigences seront élevées, de même que les risques
de pénalité en cas de non-respect des exigences. Nos collègues sont devant la perspective de devoir atteindre des
cibles difficilement atteignables à brève échéance. La pression sera forte
pour que les médecins de famille augmentent
leur présence auprès des patients, reléguant ainsi leurs autres tâches au
second plan. Les activités qui
risquent de nuire à l'inscription et au suivi des clientèles, dont les
activités reliées à l'enseignement, risquent fort d'être progressivement
délaissées.
Quelle est au juste la
contribution des médecins de famille à l'enseignement? Elle est indispensable.
Quelque 3 300 des médecins de famille
du Québec contribuent à la formation de la relève. Ils pratiquent et enseignent
la médecine au bureau, en GMF, à
l'hôpital, à l'urgence, en salle d'accouchement, à domicile, en soins
palliatifs ou en centre hospitalier de
soins de longue durée, répondant à la fois aux besoins de la population et aux
exigences de l'enseignement. Ce ne sont pas des paresseux.
Environ
800 de ces médecins de famille travaillent dans l'une ou l'autre des
48 unités de médecine familiale, les UMF. Ces UMF sont réparties partout au Québec, en ville et en région.
Elles préparent les futurs médecins de famille pour différents types de pratique et contribuent grandement à peupler
toutes les régions du Québec de médecins de famille compétents qui se mettent au service de la
population et contribuent à l'accessibilité. Sans leur apport, cette
accessibilité sera compromise. Les
étudiants et les résidents apprennent par la pratique, bien entendu, mais les
médecins enseignants doivent les encadrer de près, car ils sont
ultimement responsables de la sécurité et de la qualité des soins donnés aux patients vus par ces étudiants. Et, puisque le
programme de résidence en médecine familiale ne dure que deux ans et que
les compétences et les connaissances à
acquérir sont devenues, en 30 ans, très étendues, le travail des médecins
de famille enseignants est devenu plus exigeant.
Nous
nous permettons d'ajouter que, dans le cas des UMF, le projet de loi est venu
s'ajouter à une directive récente du
ministère, déposée le même jour que le projet de loi, qui bouleverse le
fonctionnement et le financement de ces unités de médecine familiale. Le cadre de gestion proposé réduit le financement,
contrôle le nombre et le type de professionnels qui pourront pratiquer dans les UMF et rend le financement dépendant
d'abord du nombre de patients inscrits, et le ministère a annoncé de façon unilatérale et non négociable
qu'il ne financerait plus les professionnels des UMF pour leurs tâches
d'enseignement, alors que leur contribution est essentielle et reconnue depuis
maintenant plus de 40 ans.
On demande aux UMF
d'être des milieux d'avant-garde, d'accueillir davantage de stagiaires tout en
formant plusieurs catégories de
professionnels de la santé, les résidents en médecine de famille, bien sûr,
mais aussi des étudiants en
médecine — les
externes — et des
infirmières praticiennes spécialisées en soins de première ligne, souvent
appelées superinfirmières, en
formation. Les UMF accueillent aussi des médecins diplômés à l'étranger pour
des stages d'évaluation, d'immersion
et de formation. Elles reçoivent également des médecins québécois à qui le
Collège des médecins du Québec a demandé de mettre à niveau leurs
connaissances pour respecter les standards de pratique.
D'autre
part, les médecins de famille s'acquittent de 20% à 60 % des tâches
d'enseignement auprès des étudiants de
première à la troisième année de médecine dans les facultés du Québec. Je le répète, la pression sera forte pour que
les médecins de famille accordent davantage
d'importance au nombre de patients inscrits et relèguent par le fait même
leurs autres tâches au second plan. Les activités reliées à l'enseignement
risquent d'avoir moins d'intérêt, moins de valorisation et d'être progressivement
délaissées.
Pour
compenser, le ministère semble considérer actuellement un système d'équivalence
où un certain nombre d'heures
d'enseignement équivaudrait à un certain nombre de patients inscrits, avec
diverses modulations pour des patients inscrits au nom des résidents. Ce
système d'équivalence sera compliqué, très lourd à gérer et ne pourra jamais
tenir compte de la complexité et de la variabilité des tâches d'enseignement à
effectuer.
Sans
la contribution des médecins de famille, les facultés ne pourraient offrir
leurs programmes de formation. L'enseignement
de la médecine est réglementé par des normes très élevées déterminées par des
organismes indépendants au Québec, au
Canada et en Amérique du Nord, ces organismes sont responsables d'autoriser nos
facultés de médecine à enseigner la
médecine. C'est déjà en ce moment un défi, de recruter et de maintenir le
nombre de médecins requis pour maintenir les activités d'enseignement.
Le projet de loi n° 20 risque de nous empêcher de former la relève.
Passons
maintenant au
chapitre des solutions. Voici ce que notre réseau d'enseignement
s'engage à faire pour contribuer à améliorer l'accès des citoyens et
citoyennes à un médecin de famille.
Premièrement,
augmenter le nombre de patients vus dans les UMF en appliquant l'accès adapté
ou l'accès aux soins en temps
opportun dans toutes les UMF au plus tard le 1er avril 2017. Cette façon
d'organiser les horaires permet de donner un rendez-vous aux patients au moment où ils en ont besoin. Cette façon
de travailler, qui a fait ses preuves, a été mise en application au
cours des dernières années dans plusieurs de nos milieux et dans plusieurs
provinces du Canada.
Deuxièmement, faire
en sorte que toutes les UMF deviennent aussi des GMF au plus tard le 1er avril
2017, à condition que les directives GMF et
GMF universitaires tiennent compte des situations particulières, notamment dans
le cas de plusieurs GMF en région ou en émergence.
Troisièmement,
s'assurer par ces deux premières mesures que tous les finissants de nos
programmes de formation en médecine
de famille soient formés en accès adapté et en GMF au plus tard le
1er juillet 2017 et qu'ils soient ainsi en mesure de contribuer rapidement et de manière efficace à la prise en
charge d'un plus grand nombre de patients dès leur arrivée en pratique.
Quatrièmement,
continuer à former des médecins de famille en nombre suffisant. Entre 2004 et
2014, le nombre d'admissions dans les
facultés de médecine au Québec a plus que doublé, et la proportion de ces
étudiants qui optent pour la médecine
de famille progresse constamment vers la cible de 55 % déterminée par le
gouvernement lui-même. Cette augmentation impose une surcharge de
travail importante aux équipes des UMF mais que, si elles sont correctement
soutenues, elles s'engagent à atteindre.
Pour être en
mesure de réaliser les éléments énumérés ci-dessus, certaines conditions sont
essentielles et relèvent de la juridiction d'autres partenaires que les
départements de médecine familiale, dont le ministère :
la reconnaissance de la complexité de l'enseignement et du rôle essentiel des
médecins de famille dans l'enseignement et la recherche;
la protection de la mission d'enseignement dans les structures et les processus
de gouvernance des nouveaux CISSS et CIUSSS doit être rapidement
assurée;
la reconnaissance de l'importance de la pratique interprofessionnelle dans les
milieux d'enseignement — nous devons viser à ce
que le professionnel qualifié pose l'action requise au meilleur moment en
fonction du besoin du patient;
4° une collaboration
formelle et soutenue entre tous les acteurs qui ont un rôle à jouer dans la
question de l'accessibilité — les fédérations, les établissements, les
organisations représentant les patients, les universités, les milieux de
formation clinique et le ministère;
5° le soutien adéquat
à la pratique des médecins de famille enseignant dans les établissements;
la nécessité de mettre la première ligne au centre du système et de lui donner
les moyens de faire son travail.
Beaucoup
de travail reste à faire pour favoriser et faciliter les échanges d'information
et la fluidité du passage des patients entre les acteurs du réseau et
les établissements et ainsi offrir un accès aux services de deuxième ligne ambulatoires en temps opportun. En essence, notre
position se résume ainsi : Nous sommes en profond désaccord avec le projet de loi lui-même ainsi qu'avec les
approches proposées par le ministère, bien que nous souscrivions totalement à
l'objectif d'améliorer l'accessibilité. Pour
de possibles gains à court terme dans l'accessibilité, le projet de loi
n° 20 ampute l'avenir d'un système de santé auquel tous les
Québécois et Québécoises ont droit.
Nous vous remercions
de votre attention et serons très heureux de répondre à vos questions.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, nous allons maintenant
débuter une période d'échange avec le
ministre et les autres, évidemment, collègues parlementaires. À la demande du
ministre, vous avez eu une minute de
plus, donc il disposera de 11 minutes pour discuter et vous poser des
questions. Alors, M. le ministre, pour 11 minutes la parole est à vous.
Barrette : Merci, M. le Président. Alors, Dr Pelletier, Dr Béland, Dre — est-ce que j'ai bien saisi? — Boillat...
Barrette : ...voilà, et
Dre Giroux, bienvenue à l'Assemblée
nationale pour venir nous traiter
d'un sujet qui est d'une extrême
importance, certainement dans l'angle ou dans le regard de la population.
Et je suis bien content que vous soyez là parce qu'évidemment vous êtes
aux premières loges de ce sujet-là, puisque vous êtes à la racine de la
formation des futurs médecins de famille.
Vous
allez me permettre de faire un ou deux commentaires sur votre introduction, qui était assez exhaustive,
pour rappeler à tous ceux qui nous
écoutent — ceux
et celles — ainsi
qu'à nos collègues parlementaires la situation réelle. Et, pour moi, c'est très important, parce que
vous arrivez aujourd'hui en nous faisant des propositions qui sont essentiellement
celles que j'ai demandées lorsque je suis arrivé en poste. Les gens ne
savent pas, certainement pas ceux qui nous écoutent et probablement pas nos collègues parlementaires,
que, lorsque je suis arrivé en poste, j'avais rencontré vos supérieurs, c'est-à-dire les doyens de vos facultés de
médecine, et je leur avais demandé d'immédiatement s'assurer que le profil de
formation des médecins de famille se dirige
vers ce que vous nous proposez aujourd'hui. Et, à vous entendre aujourd'hui,
manifestement la demande a été entendue et exécutée, et j'en suis fort aise. Et
ça me permet de faire le commentaire suivant :
Comme vous l'avez dit avec justesse, l'accès adapté est une façon de pratiquer la médecine — et
je ne le dis pas pour vous, je le dis
pour les collègues — qui
a fait ses preuves, qui est connue de longue date, et on retiendra ici «longue
date». Et là on se retrouve dans
une situation où soudainement elle est mise de l'avant par les
quatre facultés, et je vous
dis bravo. Et je vous dirais aussi : Il était temps.
Alors,
vous me dites qu'à partir de bientôt et au plus tard en janvier ou en
juillet 2017, là, je n'ai pas saisi la date, je m'excuse, mur à mur ce sera la formation qui sera
mise de l'avant. Je vous dis encore une fois bravo. Ça aurait dû être fait avant, mais que ça se fasse aujourd'hui,
c'est déjà ça. Et que la pratique de l'accès adapté se fasse dans un cadre de
GMF, je dis aussi bravo. La commande que
j'avais envoyée aux facultés de médecine était très simple : Vous demandez
à vos gens de... vous vous organisez pour
offrir aux étudiants en médecine une formation qui fera en sorte qu'à la sortie
de la faculté de médecine les gens
seront à niveau, c'est-à-dire auront la capacité de donner un profil de
pratique normal dans un cadre qui est
celui d'aujourd'hui, c'est-à-dire celui des GMF, et dans un profil qui
s'approche le plus possible de l'accès adapté,
et c'est ce que vous faites. En plus, vous nous dites... C'est une chose que
j'avais demandée aussi, que l'enseignement que vous faites se fasse dans un cadre de pratique interprofessionnel,
chose qui est, elle aussi, longuement due, et là ça va arriver, c'est
très bien.
Alors, à ce
moment-là, je vais vous demander de nous parler de deux éléments qui m'ont
surpris dans votre commentaire... un qui ne
m'a pas surpris, là, évidemment, je m'excuse, c'est le deuxième qui m'a
surpris, je vais commencer par
celui-là. Vous dites que le cadre de gestion vous nuit. Moi, je tiens à une
chose, évidemment, parce que ça vient de chez nous, là, et c'est négocié
avec chez vous, à proprement parler. Le cadre de gestion, la seule chose qui a
changé, c'est de faire en sorte que le
financement qui vous est octroyé ait un lien avec le volume d'activité que vous
donnez. En quoi ça, c'est un
problème? Ça, j'aimerais que vous m'expliquiez ça, là. Je ne veux pas ici faire
la négociation, elle est faite, mais
il y a des conclusions qui ont été tirées, là, vous avez tiré les mêmes
conclusions, alors je vois difficilement comment le cadre de gestion, comme
vous le dites, peut amener la catastrophe dans le réseau des unités de médecine
de famille alors que... Ce que l'on demande, dans le contexte de ce que vous
annoncez vouloir offrir, je ne vois pas le problème que ça pose. Vous êtes en train de nous parler de productivité
et d'accès adapté, et ainsi de suite. Je ne vois pas le lien, là, il
faut que vous m'expliquiez ça parce que vous venez de me traumatiser. Ça, c'est
rare.
M. Pelletier (Jean) : Dans un premier temps, je réagirai au fait que, les changements que nous
proposons, vous les qualifiez qu'ils sont dus, et ils sont en marche
depuis longtemps. Je veux peut-être clarifier cet élément-là.
Il y a actuellement plus du trois quarts des résidents en médecine de famille qui sont
formés dans un contexte de GMF.
Alors, on vise à étendre la formation des étudiants dans... que 100 %
des étudiants soient formés en GMF. On ne part pas de zéro, les trois
quarts le sont déjà.
collaboration interprofessionnelle, les unités de médecine
familiale du Québec en sont des modèles depuis très longtemps.
Donc, nous ne commencerons pas à faire de la collaboration
interprofessionnelle, elle est déjà très étendue.
Pour
revenir au cadre de gestion, je me permettrais, M. le ministre, de clarifier
qu'il n'a pas été négocié avec nous, il
a été discuté uniquement. La
partie de financement à laquelle nous
faisions référence parle du financement pédagogique, c'est-à-dire... Que nous soyons financés pour une bonne
partie du
soutien à la pratique en fonction du volume des patients inscrits ne nous pose pas de problème, puisque
nous avons fait notre profession de foi envers les GMF. La difficulté
qui se pose actuellement, c'est le désengagement du ministère
de la Santé du financement de ressources et de professionnels qui sont engagés
dans l'enseignement, et c'est là où, pour nous, il y a un problème.
Notre
réseau utilise des ressources depuis 25 ans, et actuellement il y en a une
partie qui est remise en question et
c'est celle que vous attribuez à l'enseignement,
et c'est cette partie-là qui nous
inquiète parce qu'elle est essentielle pour nos programmes de formation. Je peux donner un exemple,
l'exemple des psychologues. Je dirais... Certainement les deux tiers des unités de médecine familiale du
Québec ou en tout cas un grand nombre ont des psychologues dans leurs
équipes, puisqu'une
partie importante
du programme de formation des résidents en médecine de famille, c'est la relation médecin-patient.
Une proportion importante des compétences qu'ils doivent acquérir comme médecins de famille, c'est la prise en charge des
problèmes de santé mentale, donc beaucoup d'équipes de formation en médecine de famille ont intégré des psychologues
au fil des années pour ces aspects d'enseignement. Or, le cadre de gestion GMFU et le cadre de
gestion GMF viennent nous dire qu'il n'y aura pas, qu'il n'y aura plus de psychologue dans nos équipes, que
c'est un luxe, et ceci met en danger l'enseignement de la relation médecin-patient et des soins en santé mentale. Et c'est
cette partie-là qui, pour nous, pose problème.
Certaines
ressources administratives aussi sont remises en question.
On s'est fait dire d'aller cogner à la porte de l'Éducation supérieure dans un
contexte où l'Éducation supérieure a coupé aussi les universités. Donc, on se retrouve assez mal
pris de ce point de vue là.
M. Barrette :
Alors, ça, je vous accorde ce point-là avec le plus grand des plaisirs. C'est
vrai qu'il y a une problématique, tout comme
chez nous c'est vrai qu'il y a une problématique de parenté, on va dire, là, de
la ressource. Il y a des éléments qui
sont financés, effectivement, par l'Éducation, d'autres par la Santé, et là on
tombe dans une zone territoriale qui
peut poser problème. Mais je peux vous dire une chose, on va s'y adresser,
parce que, vous avez raison, il y a une problématique de ressources.
J'aimerais
ça que... Parce qu'on n'a pas beaucoup de temps. Vous avez beaucoup insisté sur
l'accès adapté, et, pour le bénéfice
des gens qui ne sont pas familiers avec ça, là, pouvez-vous nous dire ou nous
confirmer — parce
que moi, je fais la promotion de ça,
là, vous m'avez entendu à plusieurs reprises — pouvez-vous nous dire, là, ou confirmer
que l'accès adapté, pour la clientèle, les citoyens, hein, c'est un plus? Pour
le médecin aussi, c'est un plus. Tout le monde
y trouve son compte, dans l'accès adapté. Pouvez-vous nous illustrer ça, là? Je
suis content, là, de vous entendre dire que, là, vous vous en allez là,
c'est, pour moi, essentiel. Illustrez-nous ça, là, ça va être utile.
M. Pelletier (Jean) : Bien, je vais demander à mon collègue, Dr Béland, d'élaborer
effectivement sur cet aspect-là, mais
je me permets de souligner que cet accès adapté est déjà en marche, avait déjà
été identifié comme une priorité de transformation
des pratiques dans nos réseaux, avant le projet de loi n° 20, et
plusieurs équipes sont déjà engagées dans ces processus de transformation, qui sont particulièrement difficiles
lorsqu'on oeuvre en établissement. Mais Dr Béland va pouvoir
compléter.
M. Béland
(Guy) : Merci, Jean. L'accès adapté, c'est une façon d'organiser ses
rendez-vous pour donner des rendez-vous en
temps opportun aux gens qui en ont besoin, au moment où ils en ont besoin;
plutôt que de réserver des rendez-vous deux mois, trois mois à l'avance,
de garder des plages ouvertes. Le principe a l'air simple; l'application demande un exercice important de calcul et de
réflexion de la part des médecins et demande une collaboration importante
entre les médecins, le personnel de la
clinique et les patients, ça demande également une façon de penser différente
de la part des patients. C'est
cette... Tous les gens qui l'essaient, on est tous d'accord avec ça, en
ressortent gagnants. Les patients sont
heureux, le personnel est heureux, et les médecins sont heureux. La transition
demande du temps, demande de l'énergie. Cette transition-là, et de l'avis même des gens du ministère qui nous
donnent la formation, cette transition-là pose des défis particuliers dans les milieux d'enseignement à
cause en
partie du nombre de médecins et de résidents impliqués à temps
partiel et pour des courtes durées et, deuxièmement, à cause du support...
Le Président (M.
Tanguay) : ...s'il vous plaît. Il reste quelques secondes, il reste
quelques secondes.
M. Béland
(Guy) : ...du support important qui est requis de la part de
l'établissement.
Le Président (M.
Tanguay) : Merci beaucoup. Je dois maintenant — et
c'est les impératifs du parlemen-tarisme — céder la parole, avec
plaisir, à notre collègue de Taillon pour sept minutes.
Mme Lamarre :
Bonjour. Merci, M. le Président. Alors, bonjour, Dr Pelletier,
Dr Béland, Dre Giroux et Dre Boillat. Bienvenue.
D'entrée de
jeu, je voudrais vous remercier pour votre mémoire, il est court et il va droit
au but, et vous apportez certaines
solutions. J'y note effectivement beaucoup d'information, mais entre autres, à
la page 6, dans la présentation de
la formation, et pour avoir contribué à la formation aussi d'étudiants, il est
vrai que l'interdisciplinarité est vraiment enseignée depuis très longtemps dans toutes les facultés, maintenant, de
la santé. À l'Université Laval, il y a même des programmes complètement intégrés. Donc, je pense que c'est quelque chose
dont on va commencer à voir les résultats mais sur lequel vous travaillez comme enseignants, comme responsables
des unités de médecine familiale depuis déjà de nombreuses années, et je
vous en félicite. Même chose pour différents autres enjeux qui ont été évoqués.
L'accès
en temps opportun, c'est intéressant. C'est vrai que ça précise... ça demande
un certain niveau d'organisation, mais
en gros ça dit de se réserver trois ou quatre rendez-vous à chaque jour pour
qu'on puisse permettre, finalement, à des patients qui ont des situations plus urgentes d'être vus plus
rapidement, ce qui m'apparaît très souhaitable et très bien. Mais je pense que c'est cette dimension-là. Moi,
ce qui m'inquiète un peu encore, malgré l'accès en temps opportun, c'est
que, ce temps opportun là, est-ce qu'il a
des chances des fois d'être le soir et les fins de semaine? Parce que, des
citoyens qui sont au travail, des
citoyens qui ont un enfant qui a une otite à 6 heures le soir, le temps opportun
du médecin, ça doit aussi être le
temps opportun du patient, et ça, je pense que les gens vont avoir besoin
d'avoir clairement des disponibilités plus importantes le soir et les
fins de semaine.
Ce que j'observe dans votre mémoire aussi, c'est
que vous faites référence, à juste titre, à l'importance des organismes d'agrément qui supervisent les
programmes académiques, les programmes d'enseignement, entre autres le Collège des médecins de famille du Canada, Le
Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada, L'Association des facultés de médecine du Canada, on a entendu du
Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada qui, dans certains dossiers, par exemple au CHUM, avait remis en
question, là, certains... avait mis des priorités, et vous dites : Si on
ne répond pas aux normes, on s'expose
à perdre le droit de former des étudiants ou des résidents. Donc, ce n'est pas
juste une formation que vous donnez comme ça, mais il y a des gens qui
supervisent, qui valident, qui cautionnent et qui ont des critères très rigoureux auxquels vous devez
vous conformer. Donc, la formation, ce n'est pas juste dire à un
étudiant : Suis-moi puis regarde
ce que je fais dans une journée, c'est beaucoup, beaucoup plus rigoureux que ça
maintenant, les critères sont très élevés.
Donc, dans le
projet de loi n° 20, là, on vient de recevoir un peu les orientations
réglementaires. Comment vous retrouvez la valorisation ou la pondération
qui va être accordée à un médecin de famille, par exemple, qui voudrait
superviser des étudiants en médecine familiale?
Pelletier (Jean) : Oui, bien,
je vais demander à Dre Giroux de répondre à cet aspect-là, mais c'est
clair que ça pose de très grandes difficultés.
Mme Giroux
(Marie) : Pour en revenir au
début de votre intervention, je pense que toute la question de l'accès en temps opportun, c'est une stratégie qui est
gagnante dans laquelle on est engagés et qu'on doit continuer. Néanmoins, c'est à certaines... il faut
avoir les ressources pour réussir à faire ça, puis le message principal qu'on
veut vous livrer aujourd'hui, c'est que le projet de loi n° 20, dans sa forme actuelle, c'est un enjeu
pour nos ressources professorales, les enseignants
qui vont s'engager dans l'enseignement. On veut bien l'engager, on veut bien
l'enseigner, l'accès opportun, mais
il va falloir avoir les médecins de famille enseignants qui vont vouloir
continuer à faire cet enseignement-là puis à transformer leur pratique
encore. On est très inquiets que la pression clinique qui va être mise sur les
médecins de famille du Québec va faire en
sorte qu'ils vont vouloir se désengager de leurs tâches d'enseignement. Il va
bien falloir qu'il y ait des gens qui l'enseignent, cet accès adapté là.
Alors, là-dessus, je vais passer la parole à mon
collègue Guy Béland, qui va sans doute pouvoir compléter concernant plus
l'accès adapté.
M. Béland (Guy) : Concernant les
équivalences? On parle des équivalences?
Lamarre : ...ces équivalences qui seraient reconnues à un médecin qui
accepterait de faire de l'encadrement d'étudiant, de l'enseignement, de
la formation.
M. Béland
(Guy) : Oui. En fait, la
question des équivalences nous a été apportée à quelques reprises. On nous
demande de porter un jugement sur un
casse-tête en nous montrant une pièce du casse-tête, c'est difficile pour nous
de porter un jugement éclairé.
deuxièmement, et surtout ce qui nous préoccupe dans la question des
équivalences, c'est que ça ne pourra pas s'ajuster à la grande variation puis variabilité des activités
d'enseignement. On ne peut pas voir les médecins enseignants comme des gens qui enseignent un nombre fixe
d'heures par semaine à l'année, c'est des implications en enseignement qui vont varier. Certains médecins enseignants
vont faire quatre heures deux fois par année, aller donner un cours aux
prégradués; d'autres vont recevoir des étudiants sur une base régulière;
d'autres, comme nous, vont être impliqués pratiquement
à temps plein dans les facultés au niveau de la gestion. Le calcul des
équivalences devient impossible. Ça ajoute
en plus une couche de gestion qui, au lieu de simplifier puis de permettre aux
médecins de donner des services à la population et d'enseigner à leurs
résidents, les enferre là-dedans.
Nous, notre
préoccupation principale, c'est que les médecins continuent à pouvoir
enseigner. La pression qu'on met au
niveau de l'inscription et du suivi, on la met au premier plan, donc tout le
reste devient secondaire. Le médecin qui contribue
quelques heures par année à l'enseignement aux jeunes en médecine, qui leur
donne la passion de la médecine familiale et
du service à la communauté, ces gens-là qu'est-ce qu'on fait? On leur
dit : Si tu vas passer huit heures, 12 heures, bien tu vas
peut-être inscrire quelques patients de moins. Ça devient moins important pour
lui.
grand risque de ce projet de loi là, c'est justement de faire en sorte que les
médecins de famille, qui jouent un rôle
capital dans l'enseignement, pas seulement l'enseignement aux médecins de
famille, l'enseignement dans les facultés... Sortez les médecins de famille des facultés de médecine. Où s'en va la
capacité d'attirer les jeunes puis de leur donner des modèles de médecine familiale? On est extrêmement
inquiets de la façon... des impacts que ce projet de loi peut avoir.
Le Président (M.
Tanguay) : En 10 secondes.
Lamarre : Vous avez
simplement dit tantôt, Dr Pelletier, que vous aviez discuté mais que vous
n'aviez pas négocié ce qui a été convenu. Est-ce que vous vous étiez
entendus au cours des vos rencontres avec le ministre?
Le Président (M.
Tanguay) : En quelques secondes.
M. Pelletier (Jean) : Il y a eu des propositions de faites, mais il n'y a pas eu de discussion
à proprement parler. Le document a évolué sans notre contribution, et on
a appris... on a vu la dernière version la semaine dernière.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Je cède maintenant la parole au collègue de Lévis pour cinq minutes.
M. Paradis (Lévis) : Merci, M. le Président. Merci, Dre Boillat, Dr Pelletier,
Dr Béland, Dre Giroux. Je reviendrai sur... puis on était un peu dans ça également, là, au-delà de la consultation, vous venez d'en parler, mais tout le phénomène de l'équivalence et de la pondération. On a reçu
ce matin, donc, cette orientation réglementaire concernant l'application de la loi, et, en
page 5, parce que précisément ça vous concerne — et là
je parle de pondération histoire d'avoir votre vision et votre avis, parce
qu'on apprend ça — une
heure d'enseignement formel dans une faculté de médecine, incluant
la préparation du cours, équivaudrait à un
patient inscrit, c'est la pondération telle que décrite puis remise ce matin.
Je fais un calcul et je vous dirai
qu'un médecin, donc, qui va peut-être voir trois patients en une heure, des patients en
santé qui comptent pour 0,8, aura
donc 2,4 points ou 2,4 patients inscrits, prenons-le comme ça. Je reviens avec cette
pondération vous concernant :
une heure de cours, une heure d'enseignement, incluant la préparation, pour un
patient inscrit. Et là vous l'apprenez peut-être, je ne sais pas. Est-ce
que ça vous semble équitable?
M. Pelletier (Jean) : Je ne me vois pas faire ma clinique avec une calculatrice. Parce que
c'est ce que ça va finir par amener. À mon sens, cette pondération-là va être
extrêmement difficile à gérer et elle ne reflétera pas la complexité des tâches. Ce n'est pas une façon de mobiliser
des professionnels vers un
changement. C'est une comptabilisation, c'est une industrialisation de l'enseignement, on va compter ça en unités. Je
veux dire, c'est contre toutes les valeurs qu'on tente d'inculquer aux jeunes médecins, de s'intégrer, de s'impliquer. Ça
nous apparaît inacceptable. Ça va causer un tort important dans la mesure où les étudiants n'iront pas, ou iront moins,
ou iront avec moins de conviction en médecine de famille, et le problème
ne sera peut-être pas immédiatement, mais dans quelques années on risque d'en
payer le prix.
M. Paradis (Lévis) : Permettez-moi... Et parlons-en, et le temps file rapidement, mais vous
dites et vous le constatez à
plusieurs reprises, vous craignez l'effet sur la profession. Vous dites :
Ça viendra probablement... Vous n'êtes pas les premiers à nous dire ça, il y a des gens qui l'ont dit, on le sent déjà.
Est-ce que vous sentez déjà l'appréhension et des effets sur la faculté?
Mme Giroux (Marie) : On sent déjà des risques extrêmement importants
pour l'accessibilité aux soins de santé, pour la qualité des soins et
pour la prise en charge des patients. C'est clair qu'on sent déjà une
démobilisation de nos enseignants. On a reçu
des lettres signées par un grand nombre, des centaines de nos enseignants, médecins de famille enseignants qui nous ont dit que le contexte
actuel va les amener à réévaluer à la baisse, voire de se désengager
complètement de leur contribution
actuelle dans l'enseignement, et donc la formation de la relève, et donc va diminuer
l'accessibilité aux soins pour les patients du Québec.
M. Paradis
(Lévis) : Vous avez parlé, mesdames messieurs, de cette cible de
55 %, là, à atteindre puis vous avez dit : On est en bonne voie, là,
on travaille à ça. Est-ce qu'on remet ça en question?
M. Pelletier (Jean) : Oui. Déjà, on a des indications de plusieurs de nos unités de médecine
familiale, particulièrement en région, où c'est un moteur de recrutement
et de rétention des effectifs médicaux, des indications qu'ils s'inquiètent de leur capacité à rester ouvertes, à continuer à
former des médecins. Actuellement, on a des inquiétudes qu'on n'est pas capables... je dirais qu'on n'est
pas capables actuellement d'évaluer l'ampleur de l'impact, parce que ce sont
des choses, pour l'instant, qui sont à
venir, mais on a déjà des indications qu'on va avoir de la difficulté à maintenir
la capacité actuelle, donc a fortiori de se rendre à 55 %.
M. Paradis
(Lévis) : Vous proposez évidemment des solutions. Devant le constat
inquiétant que vous nous donnez, la mesure qui vous permettrait de garder et de
vous rassurer, quelle serait-elle, la proposition?
Pelletier (Jean) : La
priorité, pour nous, dans un contexte de collaboration entre les différents partenaires — j'insiste
sur la collaboration — ce
serait d'aller vers une transformation des pratiques qui permette de concilier
à la fois une meilleure accessibilité, une plus grande productivité, si on veut
employer ce terme-là, avec la protection et
l'assurance de la capacité de former la relève. Donc, on n'hypothéquera pas
notre avenir puis on va réussir à avoir des gains progressivement, à
court et moyen terme.
Le Président (M. Tanguay) : Cinq
secondes. Ça termine essentiellement le...
M. Paradis (Lévis) : Non, c'est
beau, merci. Merci, M. le Président.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, je cède maintenant la
parole à notre collègue de Mercier pour 2 min 30 s.
M. Khadir : Chers collègues, bienvenue. Vous
voyez qu'on n'a pas beaucoup de temps. Vos préoccupations, notamment sur la capacité de prodiguer de l'enseignement
dans les unités de médecine familiale, recoupent parfaitement les échos
que j'ai de mon propre hôpital, de son unité de médecine familiale, qui n'agit
pas uniquement à attirer des médecins vers
notre hôpital mais aussi pour l'ensemble des médecins de famille de la région,
c'est une manière de les retenir, de les attirer vers la région. Donc,
on a un problème.
Il y a un document qui a été posé, mon collègue
en a fait mention. Les histoires de quotas et de barèmes, de pondération vaut ce que ça vaut. Nous, on est
d'accord avec vous, à Québec solidaire, que c'est une déshumanisation,
industrialisation de la pratique médicale, donc on est contre. Mais, même si on
acceptait la prémisse qu'il faut faire quelque chose de cette nature, je vous
demande une simple, je dirais, évaluation de votre part, vous qui connaissez la
pratique. Dans ce document, on propose que
prodiguer des soins à une personne recevant des soins palliatifs à domicile
vaudrait pour 25 patients, alors que,
par exemple, prodiguer de soins à un sidéen vaudrait deux patients, 25-2, ou
troubles dépressifs majeurs, ça ne
vaudrait pas plus que deux dans cette pondération-là. Est-ce que ça vous semble
raisonnable? Est-ce que ça repose sur quelque chose qui recoupe votre
connaissance de la médecine de première ligne?
Pelletier (Jean) : Poser la question, c'est y répondre. Je ne crois pas qu'on puisse
faire une hiérarchie entre la dépression majeure, le sidéen et le
patient de soins palliatifs. Il y a des...
M. Khadir : Mais mettons qu'on accepte l'idée d'une hiérarchie, mettons, là, que
pendant un moment on accepte la
prémisse fausse du ministre, est-ce
que même en acceptant cette
prémisse... 25, soins à domicile pour personne en soins palliatifs,
et deux pour la dépression majeure ou le sida?
M. Pelletier (Jean) : Ça ne
m'apparaît pas faire de sens.
M. Khadir : Donc, vous n'avez
pas été consultés?
M. Pelletier (Jean) : Ce document ne
nous a pas été transmis officiellement.
M. Khadir : Est-ce que vous
êtes au courant?
M. Pelletier (Jean) : Il y a des
choses qui circulent, mais vous m'apprenez qu'il a été déposé.
M. Khadir : Mais est-ce que vous avez entendu quelque part quelqu'un
dans le réseau de la santé être consulté par le ministre pour ces choses-là, quelqu'un
quelque part, un expert, des enseignants, des experts en
élaboration de système de soins?
M. Pelletier (Jean) : Pas dans nos
réseaux.
M. Pelletier (Jean) : Pas dans nos
réseaux.
M. Khadir : Est-ce que j'ai
encore du temps?
Le Président (M. Tanguay) :
10 secondes.
M. Khadir : Bien, est-ce que... Donc, si je comprends bien, si on fait la conclusion de
ce que vous avez dit, vous demandez le retrait de ce projet de loi et
une collaboration. Est-ce que je résume bien votre idée?
M. Pelletier (Jean) : Oui.
M. Khadir : Très bien.
Le Président (M. Tanguay) : Merci
beaucoup. Alors, nous remercions les
représentantes et représentants des départements de médecine de famille
des universités Laval, de Montréal, de Sherbrooke et McGill.
Je suspends quelques
instants.
(Suspension de la séance à 13
h 26)
Le Président (M. Habel) : Alors, à
l'ordre, s'il vous plaît! Je souhaite
la bienvenue à tous. Pour les fins d'enregistrement, je vous demande de
bien vouloir vous présenter. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, par la
suite nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission.
La parole est à vous.
M. Godin (Louis) : Merci, M. le Président. D'abord, je veux vous remercier de nous
accueillir et de pouvoir vous échanger,
vous exprimer nos préoccupations par
rapport au projet de loi n° 20. Je suis Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec.
Je suis accompagné, à ma droite, du Dr Marc-André Amyot, premier vice-président et président de l'association des médecins de Laurentides-Lanaudière; à l'extrême droite, Dre Josée Bouchard,
trésorière de la fédération et présidente de
l'association du Bas-Saint-Laurent; à ma gauche, le Dr Sylvain Dion, deuxième
vice-président et président de l'Association des médecins de CLSC; et, à l'extrême gauche, le
Dr Michel Vachon, qui est secrétaire général de la fédération et
président de l'association des médecins de Montréal.
M. le Président, d'entrée de jeu, comme on l'a mentionné déjà à plusieurs reprises, la
FMOQ reconnaît qu'il y a des
problèmes d'accessibilité en médecine familiale. Cependant, ces problèmes-là ne
sont pas entièrement imputables aux médecins de famille, loin de là. Des problèmes d'organisation et d'allocation insuffisante des ressources en
première ligne y ont beaucoup
contribué. Je dois vous rappeler que moins de 3 % du budget de la santé est affecté aux services de première ligne. Je dois aussi vous rappeler qu'en
octobre 2013 la fédération soumettait un plan d'amélioration de l'accessibilité.
Malheureusement, certains aléas politiques ont fait qu'on n'y a jamais donné
suite.
Nous
ne partageons pas l'analyse qui a été faite de la charge de travail des
médecins de famille, à savoir que des médecins
de famille travailleraient peu. Ils travaillent autant que leurs autres
confrères médecins québécois et autant que les autres médecins
canadiens. Ce qui les caractérise, cependant, c'est le fait d'être beaucoup
plus présents dans les établissements
qu'ailleurs. Plus de 40 % de leur temps... environ 40 % de leur temps
se fait dans du travail en établissement. Ils font la très grande majorité du travail dans les salles d'urgence, à
l'hospitalisation, près de 50 % des accouchements normaux et tout
le travail qui se fait dans nos établissements de soins prolongés, et même si,
contrairement à ailleurs, il y a ici plus de médecins spécialistes que de
médecins de famille québécois, c'est un fait unique au Canada.
Pour
nous, on l'a déjà exprimé, le projet de loi n° 20 n'est pas une
solution à l'accessibilité, bien au contraire, et d'emblée nous vous disons que nous rejetons le
projet de loi n° 20 et nous demandons carrément son retrait.
Pourquoi?
Le projet de
loi n° 20, d'abord, créerait un encadrement totalitaire que l'on
n'aurait jamais vu de la pratique médicale.
Sous menace de sanctions, on enfermera le médecin dans un cadre rigide qui
niera toute autonomie professionnelle. Par ailleurs, par l'approche
réglementaire, arbitraire, le ministre pourra tout décider, ce qui demeure
toujours dangereux dans les mains d'une seule personne, quelle qu'elle soit.
ailleurs, nous dénonçons l'approche coercitive, l'approche d'obligation qui
trop souvent, malheureusement, a été
utilisée ici, au Québec, et qui n'a jamais donné, à moyen et à long terme, les
effets attendus. Rappelons particulièrement les activités médicales particulières, qui devaient partager le temps
entre le cabinet et les établissements, et le résultat est que progressivement on a dirigé de plus en plus de
nos médecins de famille vers les établissements. Plutôt que de choisir
la voie de la coercition, nous vous encourageons fortement à choisir la voie de
la collaboration.
D'autre
part, le projet de loi sous-tend une approche mathématique de quotas, de nombre
de patients, d'équivalence qui est
carrément à l'encontre de ce qu'est la médecine familiale. Ceci est à
l'encontre d'une relation entre un patient et son médecin, ce qui est propre à la médecine
familiale. C'est même à l'encontre du code de déontologie, où c'est prévu qu'un
médecin doit fournir le temps nécessaire à
ses patients à l'intérieur de ses capacités, et qui malheureusement risque de
laisser pour compte des clientèles qui sont souvent parmi les plus vulnérables.
Précédemment,
aujourd'hui, vous avez entendu des dangers potentiels de ce projet de loi quant
à la formation et, ce qui nous préoccupe encore plus, quant à
l'attractivité de la médecine familiale. Vous savez, au cours des dernières années on a réussi à rendre la médecine familiale
plus attractive. Nous sommes très inquiets de l'avenir de la médecine
familiale par rapport à son attractivité.
projet de loi risque également de déstabiliser les effectifs en établissement en forçant des médecins à aller faire de la prise en charge, et en sachant souvent que ces médecins-là devront
passer par des programmes de recyclage pour pouvoir reprendre ces
activités.
Finalement, et ça a
été souvent souligné, ce projet de loi va toucher particulièrement les
omnipraticiennes. La majorité des médecins de famille aujourd'hui sont des femmes,
et c'est encore plus vrai lorsque l'on parle de nos jeunes médecins, qui sont pour 75 % des
omnipraticiennes. Il nous apparaît important de reconnaître ce droit
fondamental d'une certaine
conciliation entre ton travail et tes obligations, une valeur qui est
contemporaine et qui est si chère pour la société québécoise.
Finalement,
je dois souligner que ce projet de loi, dans son
article qui empêche un médecin
qui a des liens avec la Fédération
des médecins omnipraticiens du Québec d'occuper le poste de chef de département
du département régional de médecine
générale, montre un profond mépris à l'endroit de notre organisation,
organisation représentative de l'ensemble des médecins de famille au Québec. Finalement, ce projet de loi est un
déni au droit de la négociation, puisque le ministre se donne le droit de modifier les ententes dûment
négociées. Ses pouvoirs deviennent illimités et laissent nécessairement
la place à l'arbitrage et à l'ingérence.
Comme
mentionné précédemment, nous vous demandons le retrait du projet de loi
n° 20 et nous vous suggérons plutôt
une approche collaborative avec la fédération afin d'améliorer l'accès,
problème que nous reconnaissons. Nous vous suggérons des pistes de
solution pour y arriver.
D'abord, nous
visons l'abolition des activités médicales particulières sur une période de
deux ou trois ans. Pour s'assurer
qu'il n'y a pas de déstabilisation au niveau des effectifs qui risquerait de
provoquer des problèmes à court terme, nous
visons, dans un premier temps, de reconnaître la possibilité de reconnaître des
activités médicales particulières en cabinet
au même
titre qu'on peut les reconnaître à l'hospitalisation, à l'urgence ou en
obstétrique. Nous sommes convaincus de
pouvoir faire la démonstration à court terme que la présence des activités
médicales particulières est tout à fait obsolète et qu'on pourrait les retirer
et finalement avoir une approche qui est équivalente à ce qui se passe ailleurs
dans les autres provinces canadiennes.
Il a été
beaucoup mentionné, et nous appuyons, puisque nous avons été les premiers à
mettre cela de l'avant... Nous allons
soutenir à court terme l'ensemble des médecins de famille pour transformer leur
pratique vers l'accès adapté. Vous
savez, on a essentiellement trois problèmes à régler : il faut s'assurer
d'abord que les patients soient pris en charge; deux, lorsque vous avez un médecin de famille, que vous puissiez le voir
rapidement; et, trois, lorsque vous ne pouvez pas voir votre médecin de famille ou lorsque malheureusement vous n'en
avez tout simplement pas, parce que ça arrivera toujours, que vous puissiez en rencontrer un. La voie de l'accès adapté
est une voie pour permettre de voir rapidement son médecin de famille, donc il y aurait là un pas en avant très
important dans l'amélioration de l'accès. Naturellement, et c'est déjà commencé, nous allons demander
fortement à nos médecins, en réorganisant leur pratique et en modifiant certaines choses, de réussir à inscrire les
clientèles orphelines qui actuellement sont à la recherche d'un médecin de
famille. Finalement, à partir des GMF
existants, nous voulons créer un réseau d'unités d'accès qui ressemblent en
tous points aux supercliniques pour
garantir un accès en heures défavorables. Ces supercliniques ou unités d'accès
offriront un accès pour les cas aigus et permettront d'éviter les
consultations à l'urgence.
Tout ceci, M. le Président, peut se faire à
court terme à l'intérieur des ententes négociées, à l'intérieur des ressources
actuellement allouées. Cette approche demande cependant une collaboration entre
le ministère de la Santé et la Fédération
des médecins omnipraticiens du Québec. Je termine une tournée de deux semaines
où j'ai rencontré un nombre très
important de mes membres, à qui j'ai soumis ces pistes de solution. Je peux
vous dire aujourd'hui que je suis porteur
d'un message très clair : j'ai un engagement des médecins de famille afin
de réaliser ces pistes de solution et qui seront là une garantie de résultat pour améliorer l'accès aux médecins
de famille, objectif principal recherché par ce projet de loi. Je vous
remercie, M. le Président.
Président (M. Habel) : Je vous remercie pour votre présentation. Nous allons maintenant débuter la
période d'échange. Le temps se
décline ainsi : le gouvernement a 12 minutes, l'opposition officielle
a sept minutes, le deuxième groupe
d'opposition a cinq minutes, et le député indépendant a
2 min 30 s. Donc, je passe maintenant la parole au ministre.
Barrette : Merci, M. le Président. Dr Godin, bienvenue, et
Dr Amyot, Dre Bouchard, Dr Dion et Dr Vachon. Vous êtes probablement le seul groupe que je peux
nommer instantanément comme ça, c'est le fruit du passé. Bienvenue. Et, je vais vous dire une chose, je suis bien
content de l'approche et de la fin de votre introduction, parce que, comme
je l'ai dit ce matin dans certaines
entrevues, manifestement on commence aujourd'hui un dialogue qui va être, à mon
avis, constructif et au bénéfice de
la population. Ce n'est pas une critique que je vais faire, là, mais je pense
que c'est peut-être la première fois
qu'on a ensemble une conversation où les choses sont aussi clairement exprimées
et certainement dans les intentions,
et je le salue et je pense que c'est très bien. Et c'est bien, en tout cas, au
moins que ça se passe aujourd'hui, parce
qu'il y a eu un passé, là, hein? En 2009, il y a eu un sommet, puis ça ne s'est
pas traduit en quelque chose qui a été palpable par la suite. Et là,
aujourd'hui, j'ai l'impression qu'on va peut-être arriver à quelque chose de
plus palpable.
Maintenant,
j'aimerais clarifier une chose, Dr Godin, qui m'apparaît importante dans le
débat actuel. Force est de constater — puis là je vais vous laisser répondre à ça,
là — force
est de constater que, pour servir la population, il va bien falloir augmenter la capacité, le nombre de
services que l'on peut donner à la population, sinon ce que vous nous
proposeriez ou proposez, ce ne serait
qu'un déplacement d'offre de services de l'hôpital vers le cabinet. Êtes-vous
d'accord au moins avec le fait que,
pour les donner, les services que la population attend, il faille augmenter la
capacité de services qui existe? Elle est latente, à mon avis, et là il
faut aller l'exercer, la donner.
M. Godin
(Louis) : Vous savez, M. le
ministre, on a eu l'occasion d'échanger là-dessus à quelques reprises au
cours des dernières semaines, par personnes
interposées souvent. C'est une question qui est très, très sensible, cette
notion de capacité, de volume, de productivité ou de nombre d'actes.
Je vous dirais que ce n'est pas tellement de
cette façon-là que nous voulons l'aborder. La façon dont nous voulons l'aborder, c'est qu'on dit : On va
réorganiser les choses, on va faire des choses différemment dans notre pratique,
et nous sommes convaincus qu'en faisant ça
nous sommes capables de livrer les résultats. Si ces résultats-là se livrent
et qu'ils étaient accompagnés d'une
augmentation des volumes d'activité, ce sera la conséquence de ça. Si on
réalise aussi l'objectif mais qu'il
n'y a pas nécessairement d'augmentation de volume d'activité, bien ce sera ça,
parce que, pour nous, le succès de ça ne repose pas nécessairement sur plus de volume, sur
plus d'actes. Ce qui est important, c'est le résultat à atteindre. Ce que l'on veut s'assurer, c'est
qu'un patient qui a besoin d'être vu, qui a un médecin de famille, il puisse
le voir quand il en a besoin. Il y en aura
toujours qui n'en auront pas, puis il y aura toujours des situations où ils ne
pourront pas le voir, et il faut s'assurer que ces gens-là puissent
avoir accès à un médecin de famille en dehors de l'hôpital.
Ça va se traduire par quoi, en bout de ligne, en
termes de volume? Je vous dirais que, pour nous, ce n'est pas nécessairement notre préoccupation. Si c'était le
cas, ce sera le cas, je veux dire, c'est ce que ça aura pris pour donner
l'accès. S'il se fait principalement par une
réorganisation, ce sera par une réorganisation. Ce que je vous mentionne, c'est
que, peu importe ce que ça implique comme activité... ce que je vous dis, c'est
qu'on est capables d'atteindre le but. Et je pense que c'est votre principale
préoccupation à vous aussi, M. le ministre.
Barrette : C'est ma principale préoccupation, je suis d'accord, mais
j'ai de la misère à vous... — excusez-moi, je pensais que quelqu'un
me parlait — mais
j'ai quand même de la difficulté à vous suivre, Dr Godin, parce que, pour satisfaire les besoins, là — quand je dis «satisfaire», c'est rencontrer
plutôt les besoins de la population — ou bien on le fait dans la capacité actuelle, auquel cas ça signifie que, dans
l'utilisation actuelle des services, l'offre de services qui était exercée, il y a des services qui sont
inutiles, puis ça, ça pose des gros problèmes, ou bien on rencontre les
exigences des citoyens puis là on augmente. Dans les deux cas de figure,
là...
M. Godin (Louis) : ...M. le
ministre.
Barrette : Parce que, là,
au-delà de la réorganisation des horaires le soir et la fin de semaine qui... Et je suis content de
voir qu'aujourd'hui, là, vous vous engagez à aller dans cette
direction-là, je pense que les gens vont être contents, mais là le
reste, là, c'est difficile à suivre, là.
M. Godin
(Louis) : Non, non. Ce que
je vous dis, là, c'est que... Je ne mentionne pas qu'il n'y a pas d'augmentation de volume à faire. Je n'en ferais pas un
enjeu. L'enjeu, pour moi, ce n'est pas d'augmenter le nombre d'examens, d'augmenter le volume d'activité; mon principal
enjeu, c'est de livrer les services. Si ça se traduit par une augmentation
de volume, ça sera une augmentation de
volume, parfait, je veux dire, l'important, c'est que les services soient
rendus, et c'est l'engagement, je vous dirais, que l'on a.
Barrette : O.K. Est-ce que
je peux comprendre que raisonnablement il faut qu'il y ait un volume qui
augmente?
M. Godin
(Louis) : Bien, je vous
dirais, on va faire le volume nécessaire pour rendre les services qui sont à rendre.
M. Barrette : O.K., c'est déjà ça.
C'est une nouveauté, puis j'apprécie le commentaire.
Ce qui
m'inquiète, par exemple, puis ça, j'aimerais ça vous entendre là-dessus
d'une façon plus spécifique : Vous nous dites aujourd'hui quasiment solennellement, et je le reconnais, que
vous vous engagez à livrer la marchandise quitte à ce que ça demande des volumes supplémentaires, vous vous engagez à donner le service au temps
opportun, et ça, on comprend que ce
n'est pas quitte à ce que les horaires soient étendus, c'est une obligation,
ça, je pense qu'on s'entend là-dessus, là, on est rendus là, mais il est
où, le levier dans vos propositions, au-delà d'un engagement moral?
Et je vais aller plus loin, Dr Godin :
Six mois après, là, nous avons aujourd'hui cette rencontre-ci, les débats continuent, il y a une conclusion qui
survient. Elle est où, la garantie que ça
va durer ou... d'abord
que ça va arriver dans six mois et que ça va durer
dans 18 mois, dans 24 mois, dans 36 mois? Comment pouvez-vous aujourd'hui
faire cette affirmation-là alors que des
observateurs extérieurs, le grand public, pourraient dire — pourraient,
là : Oui, bien là il y a un engagement parce qu'il y a un projet de loi, là, mais, dès que le projet
de loi va disparaître, s'il
disparaissait, évidemment, ça va
revenir comme avant? Pour moi, là, et pour ceux qui nous écoutent, où est
la relation, la force contractuelle de cet engagement-là?
M. Godin
(Louis) : Il y a
trois aspects à regarder : il y
a l'aspect de l'accès adapté qui est
la visite rapide, il y a l'aspect
de bâtir le réseau de supercliniques, des unités d'accès pour un accès en
horaire défavorable de façon plus certaine, et il y a la question de
l'inscription de clientèle reliée à ça.
Pour les deux
premiers aspects de l'accès adapté, vous l'avez mentionné tantôt, et ça a été
mentionné par les gens qui nous ont précédés, c'est une façon de faire
qui, finalement... où tout le monde y
trouve son compte, le patient y trouve son
compte, le médecin y trouve son compte, le système en général y trouve son
compte. Donc, il y a là en soi une certaine garantie, à l'intérieur de
Quant à la capacité d'ouvrir les supercliniques
ou les unités d'accès, je vous dirais que, dans une approche collaborative avec la fédération, c'est-à-dire un
engagement de notre part et de nos associations à travailler sur le terrain,
à les ouvrir en travaillant avec vous comme
ministère de la Santé, il y a là une garantie beaucoup plus importante que de
le faire dans le cadre d'un projet de loi n° 20 qui à la face même a
suscité énormément de réactions de la part des médecins de famille.
Quant à la nécessité par rapport à
l'inscription, on sait déjà qu'avec les activités médicales particulières une modification de celles-ci permettrait une
augmentation du nombre de médecins qui vont travailler en première ligne. Donc,
nécessairement, là, j'ai une garantie d'inscriptions supplémentaires à
l'intérieur de ça.
Vous savez
très bien qu'il est possible aussi, si vous convenez avec nous d'apporter
certaines modifications à notre entente
générale qui pourraient amener, au besoin, selon l'évolution... Parce qu'on va
être capable de le voir rapidement, hein, on est capable de monitorer ça presque au
jour le jour, où on sera rendu, et, advenant que les résultats ne seraient
pas significatifs — et
vous savez très bien qu'en avril 2016 il devrait y avoir une nouvelle
nomenclature en cabinet, puisque c'est
convenu suite aux ententes auxquelles on s'est entendus à la fin de l'année
passée — on
pourra, à partir de certaines règles, inciter une inscription
supplémentaire, si on en a besoin. Et on n'hésitera pas à le faire parce qu'on comprend très bien aussi que, si on s'engage
là-dedans, on sera surveillés, et vous allez certainement m'interpeller, et je
ne pense pas que vous allez vous gêner
beaucoup, M. le ministre, pour m'interpeller sur les résultats où on est rendus.
Mais je peux vous dire cependant, pour en
avoir discuté, que le projet de loi n° 20 offre beaucoup moins de
garanties que ce que nous vous suggérons.
Barrette : Bien, moi, je vous soumettrais que c'est... on aura
certainement d'autres discussions là-dessus, là, avec ce que vous nous dites. Là, vous m'annoncez que vous êtes prêts à
incorporer dans des ententes certaines règles. Je comprends, je vois à peu près où vous voulez aller, là. C'est une
avancée, parce que la règle garantit plus le résultat que l'intention solennelle, à mon avis, la vie
étant faite de même, là. Et la raison pour laquelle je dis ça, puis je fais
référence au groupe qui vous a
précédés mais que vous avez entendu, vous étiez ici... Et là je vais le dire un
petit peu méchamment, là, puis je ne
vous vise pas spécifiquement, là : Le groupe d'avant, là, trouve les
équivalences compliquées puis dit que la médecine va nous obliger à
sortir la calculatrice, mais, quand c'est le temps de négocier, la
calculatrice, elle sort, par exemple, dans
la négociation, elle est là à tous les moments de la négociation. Mais, quand
c'est le temps d'avoir des règles pour avoir des services, là, la
calculatrice, ça devient un péché. Ça m'amuse, cette notion-là.
y a un autre élément que je veux aborder, parce qu'il ne me reste pas beaucoup
de temps, là. Hier, probablement que
vous avez entendu... ou avant-hier, là, avant-hier vous avez entendu
l'Association des spécialistes en médecine interne qui sont ceux sur les
épaules desquels votre retrait potentiel des hôpitaux... qui se retrouveraient
avec la charge de travail. Eux
annoncent une catastrophe. Vous, vous nous demandez l'abolition des AMP et un
retrait des activités hospitalières ou
significatif, du moins, là, sur une période de deux ans. Là, il y a un problème
de consultation. Les internistes, qui sont les premières loges des gens... c'est les gens aux premières loges qui
seront concernés par une mesure comme celle-là, disent le contraire du Dre Francoeur, qui avec une certaine émotion
est venue nous dire qu'il n'y aurait pas de problème, et là vous, vous nous dites qu'il n'y aura pas de
problème. Donnez-nous votre opinion là-dessus, parce que moi, dans mon
expérience, je vois des problèmes, là.
Le Président (M.
Habel) : Vous avez 15 secondes.
M. Godin (Louis) : Honnêtement, je devrai en reparler après parce que
ça va prendre plus que 15 secondes, là. C'est possible de faire cette modification-là. Faisons attention. Lorsque l'on dit de
retirer les AMP, ça ne veut pas dire que je vais retirer les médecins de
famille des établissements.
Le Président (M.
Habel) : ...céder la parole à la députée de Taillon pour un temps de
sept minutes.
Lamarre : Merci beaucoup,
M. le Président. Dr Godin, Dr Amyot, Dre Bouchard,
Dr Dion et Dr Vachon, bienvenue. Alors, je vais vous laisser
continuer votre réponse, Dr Godin, je pense que vous aviez une
belle lancée. Mais j'ai seulement 6 min 48 s et j'ai quand
même des questions à vous poser sur les femmes médecins, donc...
M. Godin (Louis) : Ce que l'on veut faire avec les AMP, on a un ajout net de médecins à
chaque année, on a les meilleures
cohortes qu'on a jamais eues : on veut consacrer cet ajout net là dans les
cliniques. Ça ne veut pas dire que ce sera la personne comme individu
qui va aller dans la clinique. Peut-être que ce nouveau médecin là va aller travailler
dans l'établissement, mais il va permettre à
un médecin de l'établissement de quitter. Le résultat, c'est quoi? On va
maintenir probablement la même
activité en établissement. Il y a peut-être certains programmes qui pourraient
être requestionnés, mais on va
maintenir la même activité qui est le propre des médecins de famille que l'on
connaît au Québec. Mais, en consacrant notre ajout net principalement à
l'extérieur de l'hôpital, ce que ça va faire, c'est que progressivement la proportion de travail faite par les médecins de
famille dans les établissements au Québec va diminuer, mais la quantité comme telle, elle, va demeurer pareille à
l'intérieur de ça. Et ce ne sera pas nécessairement tout ce poids-là qui va
retomber sur les épaules des autres
spécialistes. Il est clair qu'il peut y avoir certains milieux où il pourrait y
avoir une part plus importante des
autres spécialistes à l'activité qui est actuellement faite par les médecins de
famille, mais, soyons bien clairs, notre proposition n'est pas de
dire : Nous allons sortir les médecins de famille des hôpitaux. Nous
allons arrêter de continuellement en mettre là, c'est une grosse différence.
Lamarre : Merci. On vient de recevoir le document sur les orientations
réglementaires, nous le demandions depuis
déjà plusieurs semaines. Dites-moi, est-ce que vous avez contribué à ce
document sur les orientations réglementaires?
M. Godin
(Louis) : Non.
Lamarre : Je vous remercie. Dans ce document-là, ce qui ressort, c'est
que, par exemple, les cohortes de
médecins de famille qui seraient diplômées depuis entre cinq et 14 ans,
donc on parle beaucoup des hommes et des femmes
qui ont entre 30 et 40, 45 ans, eux sont vraiment... on leur impose
1 000 patients plus 12 heures d'activités médicales particulières, ce qui fait quand même, là... c'est
beaucoup. Ça me semble être des gens sur qui on met beaucoup
de pression, et ça correspond beaucoup à la clientèle des femmes
médecins au moment où elles souhaitent avoir leurs enfants. Comment vous voyez
cette demande-là pour ce groupe de médecins là?
Godin (Louis) : Ce que l'on
dit, c'est que collectivement on est capables, avec certains éléments de réorganisation,
de répondre à ce qui nous est demandé dans le projet de loi n° 20
comme objectifs.
Comme je le
mentionnais dans ma présentation, cette approche-là d'encadrement, là, qui va
aller encore beaucoup plus
loin que tout ce qu'on connaissait va, c'est clair, je vous dirais, causer des
problèmes pour certains médecins à certains
moments de leur carrière. Pourquoi imposer ça si collectivement on est capables
de faire le travail? Et, d'autant plus,
pourquoi imposer une pénalité sous le prétexte que les gens sont payés comme
s'ils travaillaient à temps plein alors qu'ils feraient déjà le choix
d'avoir une activité moindre?
Ce serait
quand même assez particulier, là, il
n'y a pas beaucoup d'endroits au Québec... Parce qu'on n'est pas les seuls, comme groupe, à avoir à l'occasion des
activités qui ne sont pas l'équivalent d'une pleine tâche, là, c'est vrai pour
beaucoup d'autres groupes professionnels.
C'est vrai pour les infirmières, c'est sûrement vrai pour certains pharmaciens,
c'est vrai pour des avocats, etc., c'est
vrai pour un paquet de monde, puis on ne leur impose pas une pénalité
supplémentaire parce qu'on n'est pas
rentré dans le cadre absolu que l'on veut mettre. Nous ne pensons pas que nous
ayons besoin de ça. Et, si jamais on allait là, ce serait vraiment
particulier que ce soient les médecins de famille, particulièrement les
omnipraticiennes, parce que ce sont principalement elles qui seraient touchées
par ça... qu'on se retrouve dans cette situation-là.
Ce serait vraiment invraisemblable dans la société dans laquelle on vit, ici,
au Québec, où honnêtement je n'ai pas vu souvent d'exemple pareil.
Lamarre : Écoutez, pour le public qui nous écoute, là — je suis sûre que ce matin on en a
beaucoup... cet après-midi — vous savez, on parle
d'activités particulières qui vont s'étaler sur une période de deux, trois ans,
votre mémoire, vous demandez
50 supercliniques pour améliorer la disponibilité dans les heures dites
défavorables, mais je vous dirais que
les Québécois, là, ils se disent : Y a-tu quelque chose qui va arriver
dans deux mois, trois mois qui va faire que je vais avoir un meilleur accès? Et moi, je vous avoue que, les heures
défavorables, à ce moment-ci, il suffit d'avoir une certaine volonté pour dire : On va travailler
les soirs, les fins de semaine, on a choisi une profession de santé. Et ça, ça
coûte très cher à notre système parce que,
quand on n'a pas, pour une condition mineure ou pour une situation simple,
accès à un médecin le soir, les fins de
semaine, un médecin de famille ou un médecin dans une clinique privée
d'urgence, on vient à l'urgence de
l'hôpital, ça coûte beaucoup plus cher juste l'inscription du patient dans cet
hôpital-là plutôt que d'être vu dans
une clinique ou d'avoir une infirmière ou un pharmacien qui intervient.
Avez-vous des solutions pour la prochaine année, mettons, pour la
population qui nous écoute?
M. Godin
(Louis) : Écoutez, lorsqu'on
a présenté ce plan d'accessibilité là dans lequel il y avait une notion ou
l'équivalence des supercliniques, on était
prêts à débuter le déploiement de ça. Bon, à ce moment-là, ça n'a pas été
retenu par le gouvernement, à ce
moment-là est arrivée la période électorale, et, je veux dire, on est rendu
aujourd'hui... le temps a passé.
engagement-là, c'était nous qui le prenions, c'est nous comme groupe de
médecins qui disait : On va mettre ça sur pied parce que c'est avec ça qu'on va régler l'accessibilité,
parce que comprenez que, pour nous, là, d'entendre qu'un père de famille attend avec son petit
27 heures dans une salle d'urgence parce qu'il a mal aux oreilles, là, ça
n'a pas de bon sens, là, c'est sûr
qu'on veut régler ça, là. Et, ce qu'on vous dit, on est prêts à débuter
rapidement la mise en place de ça, mais ça, ça va être réalisable dans un cadre
autre que celui dans lequel on est plongés depuis les derniers mois, avec
la menace de ce projet de loi là qui, pour
nous, est nécessairement une catastrophe pour la médecine de famille, pour
toutes les raisons que j'ai évoquées, que je ne reprendrai pas.
Président (M. Habel) : Merci
beaucoup. Je dois céder maintenant la parole au député de Lévis pour un temps
de cinq minutes.
M. Paradis
(Lévis) : Merci, M. le
Président. D'ailleurs,
je garderai quelques minutes pour ma collègue députée
de Saint-Hyacinthe, si vous le permettez. Merci de votre présence,
Dr Godin, Dr Amyot, Dre Bouchard, Dr Dion, Dr Vachon.
Le ministre
parlait tout à l'heure des internistes, un groupe qui s'inquiétait de la
catastrophe des AMP et de leur abolition progressive. Ils se sont beaucoup
inquiétés, je pense, des quotas, mais je comprendrai que le ministre retient probablement ce qui fait davantage son affaire. Ceci dit, vous avez consulté vos
membres, qui sont maintenant prêts à aller vers l'abolition des AMP, vous l'avez dit. La Coalition avenir Québec propose aussi cette mesure-là. Le ministre
était en accord en 2012, il portait,
hein, le message, mais aujourd'hui ça ne tient plus la route, en 2015. Il faut
croire que les choses changent.
Selon vous...
Puis j'aimerais que vous reveniez là-dessus parce
que ça a été dit à quelques reprises
par le ministre, catastrophique,
du jour au lendemain les omnipraticiens quittent les urgences, et là on ne
saura plus où donner de la tête, le système
s'effondre. Revenez et dites-moi, M. Godin, comment est-ce possible
d'abolir graduellement les AMP, graduellement,
sans provoquer de bris de service et provoquer la catastrophe dont on parle, de
la part de certaines personnes.
M. Godin
(Louis) : ...de se servir
surtout des effectifs qui sont à venir. Et je sais également,
parce qu'on a déjà
sondé nos membres, qu'est-ce qui arriverait si on enlevait les AMP. Est-ce que
vous allez sortir de l'hôpital demain matin? La réponse, c'est non. On va
continuer à aller travailler, on va continuer à travailler à la salle
d'urgence.
Ce que je veux arrêter, en abolissant les AMP,
c'est de permettre cependant à celui qui veut aller travailler en prise en charge... puisse aller le faire. Donc, en
ce sens-là, on n'est pas inquiets de voir les urgences désertées et les étages
être désertés, on est convaincus que les
médecins de famille vont continuer à travailler là. Et d'ailleurs un des
problèmes que
l'on voit, c'est qu'on a de la misère à les diriger vers les cliniques. On sait
que c'est un sujet sensible, ces ruptures de services là, on ne veut pas vivre ces situations-là. C'est pour ça
que, pour rassurer tout le monde, on suggère cette période transitoire là, mais on est convaincus qu'elle va
nous permettre de montrer clairement que le danger appréhendé n'existe pas et qu'on pourrait absolument... tout
simplement les AMP, et après ça on le fera de façon progressive, strate d'âge
par strate d'âge, pour s'assurer, je veux dire, que tout se fait sans
problème.
M. Paradis
(Lévis) : ...cette vision, en
15 secondes, après consultation de vos membres, ce pourcentage de médecins qui disent choisir la pratique en
établissement et vouloir y demeurer, elle est importante? Quel pourcentage vos
membres...
M. Godin
(Louis) : Je ne l'ai pas complètement
en tête, mais je suis sûr qu'il y a au moins 75 % à 80 % de mes
membres qui vont me dire : On ne
bougera pas de là, on va continuer à travailler là. Donc, le risque, là,
faisons attention, là, pour ne pas le rendre plus grand qu'il n'est en
réalité.
M. Paradis (Lévis) : Merci, M. le
Président. Je laisse la parole à ma collègue députée de Saint-Hyacinthe.
Le Président (M. Habel) : Parfait.
Merci.
Soucy : Bonjour à vous cinq. Pour reprendre un petit peu ce que vous
donniez tantôt comme éléments, que, bon, sachant, là... qu'on sait que
les femmes sont beaucoup... le pourcentage est beaucoup plus élevé à la faculté
de médecine, tantôt vous le mentionniez, là,
75 %, les statistiques démontrent également que les femmes ont une
pratique minimale annuelle moins
élevée que les hommes, et puis, bon, sachant aussi, là, que la volonté des
femmes qui ont des enfants, c'est de travailler à temps partiel, du
moins quelques-unes, puis c'est tout à leur honneur, ma question que je poserais, c'est : À long terme, comment
est-il possible de concilier le travail-famille pour les femmes qui le désirent
mais sans diminuer l'accessibilité aux usagers?
M. Godin
(Louis) : Bien, d'abord, je
pense, il faut se rendre compte que cette moins grande disponibilité, si on
peut s'exprimer ainsi, c'est souvent une
courte période de leur activité. Ça va se produire souvent quand... la période
où elles vont accoucher, là, ce qui
est bien normal, peut-être quelques années après, mais après ça elles retrouvent
un profil de pratique qui est à peu près celui... l'équivalent des
hommes, là. À l'intérieur de ça, là, il faut arrêter de dire que les femmes médecins omnipraticiennes, elles consacrent
leurs carrières à travailler à temps partiel, là, c'est complètement
faux, cette histoire-là, et...
Soucy : En fait, ce n'est pas... mais ce n'est pas ce que j'ai
mentionné. Mais je me fie en fait sur ce que vous avez dit pour le
pourcentage, 75 %, aussi. Il faut être réaliste. C'est que, je veux dire,
les chiffres le démontrent, 2011‑2012, que
la pratique minimale annuelle est quand même inférieure à celle des hommes. En
fait, c'est la question vraiment que je lance : Est-ce qu'à long
terme vous avez des propositions à faire? Est-ce qu'il y aurait...
M. Godin
(Louis) : Bien, j'ai
l'impression... Je vous dirais que, du côté... en ce qui concerne la
féminisation de la médecine
familiale, on est en train de revivre un peu l'inverse, là, l'attractivité se
refait plus chez les étudiants que chez les étudiantes. Et, comme je
vous le mentionnais, une fois une certaine période... les niveaux d'activité,
je veux dire, deviennent beaucoup plus comparables.
Mme Soucy : Parfait. Merci.
Président (M. Habel) : Merci
beaucoup. Merci. Je cède maintenant la parole au député de Mercier pour un
temps de 2 min 30 s.
M. Khadir : Bonjour, chers collègues.
Bienvenue. Je voudrais aussi souhaiter bienvenue à plusieurs collègues omnipraticiennes, omnipraticiens mais aussi des
omnipraticiennes, de vaillantes femmes docteures au service des patients
du Québec, de vaillantes omnipraticiennes
que d'aucuns ont laissé entendre qu'elles pourraient être fainéantes
éventuellement.
Le projet de règlement qui a été déposé aujourd'hui
contient un barème, une manière de pondérer les patients pour calculer les quotas ensuite. Je l'ai dit tout
à l'heure, c'est une manière de déshumaniser la médecine, comptabiliser les
choses, ce qui ne correspond pas aux meilleures pratiques qui nous est enseigné
depuis des années. Et ce que les «textbooks»
nous disent : La médecine, ce n'est pas une industrie, ce n'est pas une
production industrielle, ne peut pas être comptabilisée.
Mais admettons qu'on accepte la logique. Je veux
juste vous faire... Parce que vous n'avez peut-être pas eu le temps de le regarder. Donc, j'ai compris que vous
n'avez pas été consultés, ni sur le projet de loi n° 20, et donc,
j'imagine, pas plus là-dessus, bon.
Est-ce que vous pouvez me dire si ça tient à quelque chose que vous connaissez
en médecine, en omnipratique, le fait
qu'un patient traité à domicile pour soins palliatifs soit comptabilisé
25 fois plus qu'un patient normal et 12 fois plus qu'un
patient sidéen? Est-ce que ça repose sur quelque chose que vous connaissez?
M. Godin
(Louis) : Je ne peux pas
vous répondre à savoir sur quoi ça a répondu. Spontanément, je vais vous dire
que, si vous êtes en soins palliatifs à
domicile, probablement que vous exigez plus de soins que si vous avez
25 ans et que vous allez pour une visite chez le médecin. Mais est-ce que ça vaut 25?
Est-ce que ça vaut 20, 22? Ce que je peux vous dire, là, c'est que ces pondérations-là, là, ça demeure toujours quelque
chose de bien aléatoire puis un peu farfelu, à la fin, là, tu sais,
c'est...
M. Khadir :
De très arbitraire.
M. Godin (Louis) : Il y a une affaire qui est sûre, là. Au-delà de la pondération qui ne
tient pas, là, moi, qu'un patient vaille moins qu'un patient, là, ça, ce
bout-là, là... ça, d'emblée, je vous dirais, là, ça, je ne peux pas, puis...
M. Khadir : Oui, mais, pour tenir... C'est une logique
défaillante, j'admets, c'est une logique défaillante, on l'a admis au départ. Mais admettons qu'on accepte la
logique défaillante du ministre, d'accord, et qu'on dise : Il faut pondérer, est-ce que
ça vous paraît raisonnable qu'un sidéen en fin de vie puisse compter
10 fois moins qu'un patient qui est en fin de vie pour cancer à...
M. Godin
(Louis) : Je vous dirais que, peu importe le système de pondération,
là, on n'arrivera jamais avec quelque chose qui tient la route, là, parce que vous avez cette situation-là, et il y en
aura bien d'autres qu'on pourrait vous décrire qui ne tiendraient pas la
route.
M. Khadir :
Très bien.
Le Président (M. Habel) : Merci. Merci
beaucoup de votre présence,
Drs Bouchard, Amyot, Godin, Dion, Vachon.
Compte tenu de
l'heure, je vais suspendre les travaux jusqu'à 15 heures. Merci.
(Suspension de la séance à
14 h 8)
Président (M. Tanguay) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses travaux. Je demande à toutes
les personnes présentes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de
leurs téléphones cellulaires.
Nous
allons poursuivre les consultations
particulières et auditions publiques
sur le projet de loi n° 20, Loi
édictant la Loi favorisant l'accès
aux services de médecine de famille et de médecine spécialisée et modifiant
diverses dispositions législatives en matière de procréation assistée.
Nous avons maintenant
le plaisir de rencontrer les représentants et représentantes du Conseil des
médecins, dentistes et pharmaciens du CSSS
Jeanne-Mance. Je vous demanderais de bien vouloir vous identifier, dans un
premier temps, et ainsi que préciser
vos fonctions. Vous disposez de 10 minutes de présentation et par la suite
vous aurez un échange avec les parlementaires. Alors, la parole est à
vous.
Mme Bruneau (Anne) : Anne Bruneau, médecin de famille, vice-présidente du Conseil des
médecins, dentistes et pharmaciens du CSSS Jeanne-Mance.
M. Fortin (Marquis) : Marquis Fortin, médecin de famille au GMF, unité de médecine familiale Notre-Dame du
CSSS Jeanne-Mance.
Mme Bruneau (Anne) : M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les parlementaires, les
médecins du Centre de santé et de services sociaux Jeanne-Mance sont
inquiets des répercussions possibles du projet de loi n° 20 sur les personnes vulnérables. Nous vous remercions de
nous donner la possibilité de partager cette préoccupation avec vous. Nous désirons vous présenter cinq points importants :
premièrement, qui sont ces personnes vulnérables; deuxièmement, quels sont leurs besoins; troisièmement, quels sont les impacts de ces
besoins sur notre pratique médicale; quatrièmement, quel est l'impact appréhendé du projet de
loi n° 20 sur les personnes vulnérables; et finalement quelques
pistes de solution.
D'entrée
de jeu, pour vous situer, le CSSS Jeanne-Mance dessert les quartiers centraux
de Montréal. Une grande proportion de personnes que nous traitons se
retrouvent notamment dans une situation de précarité économique, d'itinérance, de prostitution et de dépendance. En
ce qui a trait aux indicateurs de santé, l'espérance de vie, particulièrement
chez les hommes, est réduite de trois à
10 ans comparativement aux autres quartiers de Montréal. Les taux de décès
dus aux maladies du système
circulatoire et respiratoire y sont aussi plus élevés de 140 % à
150 % par rapport au taux montréalais. Les taux de traumatisme et
les taux de suicide sont également plus élevés de plus de 200 %.
Premier
point : Qui sont ces personnes vulnérables? Les médecins du CSSS
Jeanne-Mance sont quotidiennement confrontés
aux problèmes de santé complexes et multiples des personnes vulnérables. Les
personnes vulnérables présentent des conditions socioéconomiques
précaires. Elles souffrent fréquemment de problèmes de santé mentale, de
maladies chroniques ou de maladies en phase
terminale pour lesquelles il n'existe pas de traitement ou encore pour
lesquelles les interventions
curatives ne sont plus efficaces. Certaines personnes sont parfois incapables
de nommer leurs besoins et de prendre conscience de la précarité de
leurs conditions de vie et de santé.
présence de personnes vulnérables est de plus en plus observée dans notre
société et incidemment dans notre pratique
médicale. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène : le vieillissement
de la population, l'appauvrissement, la désintégration des structures
sociales traditionnelles et l'immigration.
Deuxième
point : Quels sont leurs besoins? Les personnes vulnérables sont
généralement de grandes utilisatrices des
services de santé, leurs besoins en soins de santé sont multiples et complexes.
La complexité de leurs problèmes requiert un éventail de compétences spécialisées et nécessite donc une approche
globale, une adaptation constante et de la souplesse.
L'accès aux soins de santé constitue un défi.
L'accessibilité aux soins de santé se définit par deux éléments importants : d'une part, la possibilité
d'avoir un contact avec un professionnel de la santé lorsqu'un besoin se fait
sentir et, d'autre part, la capacité
des individus à demeurer dans le système de santé. Cette difficulté à rester en
contact avec le système de santé
s'explique en raison de conditions socioéconomiques précaires, celles-ci se
traduisant par la stigmatisation, les
barrières linguistiques ou la méfiance face au système de santé, souvent causée
par de mauvaises expériences. Il est difficile
pour eux de naviguer dans le système de santé, ces personnes ont de la
difficulté à obtenir les services requis. Il n'est pas rare que ces
personnes consultent à l'urgence pour les obtenir.
Il est également important de reconnaître que
les besoins de santé ont des dimensions individuelles. Les mots utilisés par une personne pour nommer ses besoins,
l'importance qu'elle y accorde ainsi que ses réponses aux questions du
professionnel de la santé sont influencés par ses valeurs, ses expériences, ses
connaissances et sa culture.
Troisièmement point : la pratique médicale
auprès des personnes vulnérables. Les besoins non reconnus, non exprimés, mal exprimés et parfois même cachés
complexifient la pratique médicale auprès des clientèles vulnérables parce
que les médecins doivent les identifier et
s'en occuper. Les personnes vulnérables ont des problèmes de santé multiples,
compliqués et complexifiés notamment par le
manque de suivi et la difficulté des individus à les identifier, à se prendre
en charge et à suivre un traitement.
Les problèmes
complexes des personnes vulnérables font appel à différents professionnels de
la santé. L'offre de services s'est
élargie avec le développement des connaissances et des technologies. La
personne vulnérable a de la difficulté
à coordonner tous ces services par elle-même, le médecin de famille est appelé
à jouer régulièrement ce rôle. Cet encadrement de personnes vulnérables
demande beaucoup de temps et n'est pas comptabilisé dans nos actes.
caractéristiques individuelles particulières des clientèles vulnérables doivent
nécessairement être prises en compte,
car elles ajoutent des barrières dans leurs interactions avec les
professionnels de la santé. Les personnes vulnérables sont moins
scolarisées, moins informées et moins habiles à obtenir des services qu'il faut
négocier à la pièce, le médecin de famille vient souvent à pallier à cette
situation, est appelé à pallier à cette situation. Comment aborder le problème... Comment aborder le traitement du
diabète avec des personnes qui s'alimentent à partir de banques alimentaires?
Comment accommoder une patiente qui, faute d'argent, doit venir à pied et
arrive trop tard à son rendez-vous?
La difficulté
de ces personnes à rester en contact avec les soins de première ligne nécessite
une adaptation de la pratique
médicale, il est nécessaire d'intégrer une souplesse dans l'organisation des
services de santé afin de garder le lien avec la personne et travailler à la permanence des soins. Des soins ponctuels prodigués en l'absence de
continuité exacerbent certains problèmes de santé, et la prévention des
risques est très difficile à appliquer.
Le partage d'information et une prise de
décision commune avec le patient représentent le type d'interaction souhaité. La personne désire aujourd'hui mieux
comprendre les options qui lui sont proposées, faire ses propres choix et entreprendre des changements. Ces soins basés
sur les choix et les capacités du patient permettent une meilleure prise
en charge et contribuent à réduire les interventions ponctuelles, et ceci prend
du temps.
Les soins aux
personnes vulnérables demandent souplesse et flexibilité. Les autres
professionnels de la santé doivent être
mis à contribution. Cependant, l'interface avec ces autres professionnels de la
santé demande de la conciliation, car il
y a une redistribution des rôles. Ceci est exigeant et prend du temps. Dans la
pratique, il est nécessaire de poser des gestes supplémentaires pour
soutenir les personnes vulnérables et les encadrer.
Quatrième
point : Quel est l'impact du projet de loi n° 20? Après lecture
du projet de loi n° 20, les médecins du CSSS Jeanne-Mance sont particulièrement préoccupés
par l'absence de modalités prévues pour la pratique médicale auprès des
clientèles vulnérables ou présentant des problématiques particulières. Dans le
même sens, le fait d'encourager les médecins
à prendre en charge un nombre élevé de patients aura sans doute... sans
contredit pour impact de diminuer la prise
en charge de nouveaux patients présentant des problématiques complexes et
multiples. La littérature reconnaît que le nombre élevé de patients, et encore plus s'ils ont des problèmes de
santé compliqués, amène des effets négatifs sur la qualité des soins. L'imposition notamment de
quotas et de taux d'assiduité aurait pour conséquence une diminution notable
dans la qualité des soins prodigués, de
diminuer la satisfaction du patient concernant la qualité des soins, la
continuité des services et la
relation thérapeutique, des difficultés accrues de prise en charge des
clientèles présentant des maladies chroniques,
la diminution des interventions de prévention et de promotion de la santé, qui
entraînerait éventuellement et immanquablement une importante pression
en matière de coûts et d'accès sur le système de santé.
Trop de règles répriment la créativité et la
capacité d'adaptation. Cette souplesse dont nous parlions un peu plus tôt, cette capacité d'adaptation est
nécessaire pour soutenir et apporter des solutions aux problèmes de santé
complexes des personnes vulnérables.
Nous préconisons une médecine basée sur les besoins, une médecine basée sur les
besoins et non sur des quotas qui
pourrait permettre de diminuer le taux de prescriptions, le taux de visites de
suivi et augmenter la satisfaction des patients.
En permettant la révision de la pratique
médicale dans un court délai, le lien thérapeutique si important et si difficile à créer auprès de ces personnes
vulnérables est directement touché par le projet de loi n° 20. Des effets
négatifs sur le suivi des patients
sont à prévoir. Le médecin de famille est souvent la ressource ultime dans le
système de santé. Lorsque l'épisode
de soins est terminé, que ce soit à la suite d'une hospitalisation ou un suivi
temporaire en spécialité, la continuité des soins demeure et revient au médecin
de famille. La préservation du lien thérapeutique est essentielle dans ces conditions. L'essence même de la pratique de
la médecine de famille est le suivi longitudinal auprès des clientèles vulnérables,
ceci contribue à garder ces personnes en contact avec le système de santé.
Cinquième
point : Quelles solutions avons-nous apportées et adoptées au CSSS
Jeanne-Mance? L'implantation d'un
système de rendez-vous à accès ouvert. Ce système permet aux patients de
prendre un rendez-vous rapidement, en fonction
de l'urgence de sa situation de santé, auprès de l'un des membres de l'équipe
soignante dont fait
partie son médecin. Le rendez-vous est donné la journée même ou dans les 48 heures
suivant l'appel. Les résultats sont probants. L'adoption à grande
échelle de ce type de système favoriserait l'accès aux soins de santé.
même, l'établissement a intégré six infirmières praticiennes spécialisées au
cours de la dernière année, et le travail
en interdisciplinarité est très présent. Ceci a permis d'augmenter de façon
significative le nombre de patients suivis en plus d'améliorer la qualité de l'accès. Ce vent de changement mis en
place pourrait être court-circuité par le projet de loi n° 20
imposant des quotas et des modalités de suivi.
conclusion, Mmes et MM. les parlementaires, nous aimerions que vous vous
projetiez dans l'avenir. Quand vous,
vos proches, vos amis, vous serez âgés de 70 ou 80 ans et que vous serez
devenus ces personnes vulnérables, posez-vous
la question : Comment aimeriez-vous être traités, avec des soins dictés
par des quotas ou des soins dictés par vos besoins de santé? Merci de
votre écoute.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, maintenant, s'ouvre la
période d'échange avec les parlementaires, et pour 18 minutes je
cède maintenant la parole au ministre de la Santé et des Services sociaux.
Barrette : Merci, M. le Président. Dre Bruneau, Dr Fortin,
un plaisir de vous revoir. On s'était croisés dans le passé dans
d'autres circonstances. Bien, dans d'autres circonstances... Peut-être que vous
me diriez que c'est des circonstances similaires, là, mais dans un autre
environnement. Alors, merci d'être venus nous parler. Puis je vais me permettre
de saluer des gens qui viennent de votre CSSS que je reconnais là-bas, là,
derrière vous.
c'est d'autant plus intéressant de vous recevoir parce que vous... bien pas parce que
mais spécifiquement parce
vous venez nous parler du terrain, et ça va me permettre d'aborder avec vous
certains aspects du projet de loi qui traitent justement du terrain, parce que
le projet de loi, tel qu'il est écrit, contrairement à ce que le
député de Mercier veut bien comprendre, il est quand même le résultat de consultations du milieu médical et
particulièrement de gens qui sont dans... ce n'est pas des gens officiels, mais ce sont des
gens comme vous qui sont sur le terrain dans un environnement particulier.
Puis je ne pense pas que vous allez me tenir rigueur si je dis que votre environnement
est particulier, vous l'avez vous-mêmes dit, bien exprimé en introduction, là.
En termes médicaux, vous n'êtes pas dans une banlieue classe moyenne, si vous me permettez l'expression, vous
êtes un petit peu à l'autre bout du spectre, et je suis allé voir
ça à plusieurs reprises
personnellement.
ça m'amène à engager une conversation et à vous poser quelques questions sous
cet aspect-là. Vous avez, à la fin de
votre introduction, parlé de l'accès ouvert, c'est le terme, je pense, que vous avez utilisé. Vous faites référence
à l'accès adapté? Donc, c'est
important, je vous demande de le préciser pour le bénéfice des gens qui nous
écoutent et les autres parlementaires qui ne sont peut-être pas
familiers avec cette terminologie-là, là, pour laquelle on est tous les trois dans ce milieu-là, mais tout le monde ne
l'est pas nécessairement, mais, les gens, quand ils parlent d'accès ouvert,
parce que c'est le terme aussi utilisé par
les gens que j'ai consultés, ça peut aussi vouloir dire d'afficher publiquement
des grilles de rendez-vous. Est-ce que vous
allez jusque-là, de rendre disponible à la clientèle, par exemple, sur un site
Internet ou d'une façon quelconque une grille de rendez-vous?
M. Fortin
(Marquis) : Ce n'est pas le cas actuellement, M. le ministre, non.
M. Barrette :
Chez vous. Mais est-ce que vous pensez qu'on doit aller dans cette direction-là?
M. Fortin
(Marquis) : Ça prendrait probablement beaucoup de changements.
veux simplement retourner en arrière puis vous dire qu'il y a environ trois
ans, suite à notre déménagement du CHUM
vers le CSSS, on a eu un problème majeur de... je dirais un problème culturel
majeur de réorganisation de nos systèmes
de rendez-vous et de réorganisation de notre système téléphonique, tout le
système d'accueil, en fait, était à refaire, et on a demandé, à ce moment-là, l'appui du ministère, on a eu des gens
du ministère qui sont venus nous aider un peu à regarder les processus et à changer les processus. Et ça a pris
passablement de temps, changer ça dans des établissements de type CSSS, contrairement, par exemple, à des
GMF dans le milieu privé, les délais et les... qui sont imputables, par exemple, à la mobilité de la clientèle, à la
supplantation de la clientèle, ces choses-là, font en sorte que les changements
sont difficiles à réaliser, ce qui nous a
amenés en même temps, il y a trois ans, donc, à considérer l'accès adapté, et
c'est ce qu'on a fait. On est
maintenant, depuis environ un an, en mode accès adapté, et de toute évidence ça
a changé considérablement... Puis je
parlerai pour ma clientèle en particulier, ça fait 27 ans que je suis dans
ce milieu-là. Il y a deux ou trois
ans, ça prenait deux mois pour avoir un rendez-vous avec moi; contre toute
attente, actuellement, vous pouvez appeler
au début de la semaine, vous aurez un rendez-vous avec moi dans la semaine et
possiblement dans la même journée.
Barrette : Puis là on parle d'une clientèle qui a un profil
particulier, là, parce que votre clientèle à vous, là, vous l'avez bien décrite, là, ce n'est pas du
monde qui fait du 9 à 5 dans un bureau, là. Je ne dis pas ça péjorativement,
M. Fortin
(Marquis) : C'est ça. C'est
le deuxième aspect, je pense, intéressant de l'accès adapté, c'est qu'on
peut parler d'un accès adapté qui est basé aussi sur la pertinence et sur
l'urgence de soins. Par exemple, quelqu'un qui veut venir entendre parler du vaccin contre le
zona, ça peut attendre probablement une semaine, comparativement à quelqu'un qui vient de sortir de l'hôpital, qui
est en insuffisance cardiaque et dont je ne suis pas sûr qu'il est stable à la
maison. Alors donc, en effet, il y a moyen de faire cette adaptation-là.
Mme Bruneau (Anne) : Pour ma part, moi, j'ajouterais que je travaille dans une équipe très
spécifique, je travaille auprès des jeunes
de la rue. On n'affiche pas nos rendez-vous, mais dans toutes les ressources
communautaires que nos jeunes
fréquentent ils savent qu'il y a un médecin de 1 heure à 5 heures du
lundi au vendredi, au CSSS, puis ils ont juste à se présenter.
M. Barrette :
Je vous parle de ça parce que vous avez compris dans mes interventions passées
que j'en fais moi-même la promotion puis j'y
tiens beaucoup, parce
que je pense que l'accès adapté,
c'est un changement de la façon de
pratiquer la médecine par rapport à celle où peut-être pas vous, docteur,
mais vous, docteur, et moi avons été entraînés à faire, et une des
solutions passe par là. Et c'est toujours surprenant de voir que dans des
milieux comme le vôtre on s'attendrait au
contraire, mais vous êtes déjà passés à ça, alors que des milieux plus
traditionnels, on va dire, tardent à le faire.
Mais il y a, et vous
me le confirmez, là, un grand gain et pour votre pratique... Parce qu'il faut
le prendre en considération. Je pense que
vous allez me dire aussi, vous allez me confirmer que c'est plus agréable et
plus satisfaisant pour vous, de travailler dans cet environnement-là,
comme ça l'est pour les patients. Je ne me trompe pas?
M. Fortin (Marquis) : Certainement. Je dirais... L'autre élément de l'accès adapté, qui va, à
mon avis, en tandem avec l'accès
adapté, c'est les pratiques interprofessionnelles, c'est les pratiques
collaboratives, et c'est une autre dimension qu'on a mise à l'ordre du jour de nos changements il y a déjà plusieurs années.
Bien que les GMF ont été annoncés, on a demandé de devenir un GMF. On a bénéficié des infirmières cliniciennes,
on s'est occupés véritablement de les insérer dans l'équipe, et non
seulement de les insérer dans l'équipe, mais dans l'ensemble des processus de
soins.
a aussi... le Dr Bruneau le mentionnait, on a un certain nombre
d'infirmières praticiennes qui travaillent avec nous, et j'en profite
pour solliciter du ministre de sortir peut-être le fouet pour ça aille un petit
peu plus vite dans le développement des IPS
au Québec. C'est un champ professionnel absolument extraordinaire, qui ne
remplace en aucune façon le travail du médecin de famille mais qui vient
l'épauler d'une façon assez particulière et assez intéressante.
M. Barrette :
Puisque vous m'ouvrez la porte, je vais y entrer. Vous savez qui je dois
fouetter, si vous me demandez de sortir le
fouet pour ce qui est de la formation des IPS, parce qu'il y a un frein en
quelque part. Et là on me reprochera
de sortir le fouet — je prends
votre expression, là — parce que je peux vous dire que l'obstacle, actuellement, je pense que vous savez où il est, et ce n'est pas
par manque de volonté gouvernementale ni des programmes de formation des
IPS d'aller de l'avant, c'est un problème de milieu de stage.
M. Fortin
(Marquis) : ...je vous aurai incité à sortir le fouet.
M. Barrette :
Voilà. Je le reçois positivement.
Ça m'amène à... Ça me
donne l'envie de vous poser une question qui est quasiment comme à une célèbre émission, qui est la question qui tue, là. Vous,
vous êtes deux médecins, là, qui arrivez, là, d'un environnement où ça ne
vous a pas dérangés de partager ou de réorganiser vos pratiques en tirant tous
les avantages de l'interdisciplinarité. Qu'est-ce
qu'il faut, là, pour que ça se fasse à grande échelle, alors que ça ne se fait
pas à grande échelle? Puis là je vais vous poser la question qui tue
vraiment : Vous gagnez votre vie pareil, hein?
M. Fortin
(Marquis) : Tout à fait, oui.
M. Barrette :
Votre pratique ne s'est pas alourdie, ce n'est pas l'enfer à tous les matins en
allant pratiquer la médecine parce que vous
partagez des actes. Il est où, l'obstacle dans la pratique médicale? Pourquoi
ça ne se fait pas plus que ça? En fait, je vous demande quasiment un
conseil.
M. Fortin (Marquis) : En fait, je retournerais la question en disant que, d'une part, c'est
très facilité par le fait que, dans
un groupe de médecins, quand on insère des dimensions de régulation
professionnelle, le partage de tâches et d'évaluation, en fait, de tâches en fonction de la qualité de l'acte,
c'est un peu plus facile de déterminer un petit peu les tâches de chacun
et de faire en sorte que les bonnes personnes soient affectées aux bonnes
activités cliniques.
M. Barrette :
Quel est le levier? Parce que, là, je ne saisis pas exactement la teneur de ce
que vous me dites.
M. Fortin
(Marquis) : Ça prend du leadership, M. le ministre.
M. Barrette :
C'est ça. Le leadership, ça ne s'ordonne pas.
M. Fortin
(Marquis) : Oui. Non, mais
ça se pratique et ça s'impose, puis dans un groupe aussi. Dans un groupe,
si les objectifs sont bien déterminés, sont clairs, et si les moyens aussi
viennent avec, oui, ça va très bien.
Dans
les obstacles, puis encore je parle des obstacles parce que je suis dans un GMF
en établissement, on déplore encore
la grande pauvreté du système informatique. On fonctionne avec un système qui
s'appelle OASIS, qui est loin de nous
faciliter la tâche, bien au contraire. Et ça, je pense que c'est un instrument
qui est très important. Je rappelle en fait que c'était dans la définition des GMF, ce qui était promis avec les GMF
en 2004, puis malheureusement on est encore un peu en retard là-dessus.
Ça, c'est certainement un autre élément, donc, l'élément du partage
d'information.
Le deuxième élément, c'est la fluidité dans les
clientèles. Et, la fluidité, bien, ça, je parle en termes... ça va m'amener
à augmenter un petit peu le niveau du
concept de vulnérabilité. On s'entend pour définir des clientèles de
vulnérabilité, mais il y a des temps dans la vie des individus qui les
mettent en grande vulnérabilité, et ceux qui attendent après des consultations en spécialité, qui attendent après
une chirurgie, qui attendent après un examen de radiologie ou de laboratoire,
comme certains de mes patients qui sont
depuis 18 mois sur une liste d'attente pour une résonance magnétique,
deviennent vulnérables, consultent encore plus, à ce moment-là, et on
doit les accompagner dans ce processus-là.
Bruneau (Anne) : Puis il y a la vulnérabilité aussi auprès des autres professionnels de la santé. Un
patient vulnérable qui n'a pas
d'argent pour aller dans le privé en physiothérapie doit attendre deux ans.
Pendant ce temps-là, sa condition se détériore parce qu'il n'a pas accès
à ces services professionnels là dans les établissements.
Et la
question des personnes vulnérables, ça peut être arbitraire. Qui est
vulnérable? Qui ne l'est pas? Ce n'est pas nécessairement juste des conditions
médicales qui peuvent définir la vulnérabilité d'une personne.
Barrette : J'irais même plus
loin, les critères actuellement utilisés pour déterminer la vulnérabilité ne sont
pas nécessairement très bons non plus. Ce n'est pas parce qu'on a un
diagnostic de telle chose qu'on devient vulnérable. Et je prends toujours le même exemple parce
qu'il est très fréquent. À 55 ans, avec un diabète de type 2,
hypertendu, avec une vie normale à part ça, on n'est pas nécessairement
vulnérable. On a une condition médicale pour laquelle il faut s'occuper, là, mais ce n'est pas nécessairement ça qui est la définition de «vulnérabilité», elle est plus dans le
genre de situation que vous exprimez à l'instant.
J'aimerais ça
aborder la chose sous un autre angle. Vous avez entendu parler mais probablement pas pris connaissance de la
totalité, même si ça a été mis sur notre site Internet ce matin, de notre
échelle d'équivalence, et, dans notre échelle d'équivalence, pour ce qui
est des... Vous savez, moi, je me retrouve dans une position où je vise à ce qu'il y ait un effet, et, comme jusqu'à récemment, à l'exception peut-être
pour des gens comme vous, l'effet escompté n'a pas été livré, là, du moins pour la majorité, on en arrive à
quasiment être obligés d'arriver avec des règles, des contrats, une relation plus formalisée. Et, pour faire ça,
bien on est arrivés avec des équivalences et on a voulu tenir compte de la
lourdeur de certains patients et tenir
compte des différentes activités et des différents profils. Dans ce que l'on
propose, par exemple... Et ça, ça va vous dire quelque chose parce que je pense que c'est quasiment vos voisins, là. La semaine
dernière, à Radio-Canada, il y avait un reportage de vos collègues de la
clinique du Quartier latin. Sans entrer dans le nominatif, moi, je peux vous
dire que leur profil de pratique rentre dans ce qu'on demande, là, ils
travaillent, là, ce monde-là, là. Puis ce
n'est pas une question de travailler ou ne pas travailler, mais les
pondérations font en sorte qu'ils ne sont pas affectés par lesdites
pondérations, on l'a regardé.
Puis la demande que... la question que je vous
pose, c'est : En jouant le jeu, là, de la pondération... Je ne vous demande pas de me dire que c'est fantastique, là,
mais, si on accepte un instant de jouer le jeu, là, est-ce que vous trouvez que
les pondérations que l'on a mises de l'avant étaient raisonnables? Ces
pondérations-là, elles viennent de l'observation du milieu que l'on a
faite pour faire en sorte qu'on ne pénalise pas un individu qui a un profil
très particulier. Le un pour 25, là, ça ne
vient pas de la lune, ça vient de l'observation de gens qui font des soins
palliatifs à domicile. Le un pour 12, ça
ne vient pas de la lune, là, ça vient des patients qui sont en perte d'autonomie
sévère, qui ont des malades chroniques, qui sont mal en point, et ainsi de suite. Est-ce que, si vous faites la
réflexion sur cette base-là et que vous regardez votre pratique, là,
vous regardez votre pratique, vous seriez ou non pénalisés, de ce que vous
connaissez à date, là?
Bruneau (Anne) : Bien, la
question de la pondération, c'est une question qui est quand même très
complexe. Je vais vous donner un
exemple très concret, santé mentale, deux patients avec des diagnostics de santé
mentale qui sont peut-être pondérés de la même façon, je ne connais pas
votre grille, un patient qui a un syndrome d'Asperger, un trouble déficitaire de l'attention, que je vois deux fois
par année, il va bien, une autre patiente qui n'a pas de diagnostic... lui, il
est vulnérable, l'autre patiente qui n'est pas du tout vulnérable, catégorisée
vulnérable, qui a un trouble de personnalité sévère, qui se ramasse trois, quatre fois par semaine à l'hôpital, à
l'urgence parce qu'elle est
suicidaire. Cette patiente-là, elle
n'est plus comme ça maintenant, mais pendant des semaines je la voyais tous les
jours — c'est ce
que je parlais de souplesse dans l'adaptation de la pratique auprès des
personnes vulnérables — je
l'ai vue tous les jours ne serait-ce que des
fois cinq minutes, 10 minutes, elle débarquait à la clinique, je la
voyais, mais pendant ce temps-là elle n'était pas à l'urgence, elle
n'appelait pas l'ambulance puis elle ne faisait pas le tour des urgences de la
ville de Montréal. C'est deux diagnostics de
santé mentale. Comment pondérer un puis comment pondérer l'autre qui est plus
lourde? Comment pondérer sans tomber dans l'arbitraire?
Et, d'un
autre côté, l'autre extrême, c'est qu'on ne peut pas laisser faire, mais il
faut pondérer, parce que c'est important que les clientèles vulnérables
soient prises en charge. C'est...
M. Barrette : ...excusez-moi, je
pensais que vous aviez fini.
Bruneau (Anne) : C'est
difficile de tomber dans des chiffres, dans l'arbitraire, puis je ne veux pas tomber...
Moi, ce que je vois, c'est que, oui, il faut
les pondérer, mais il faudrait peut-être donner des balises, puis ce qui est
important, c'est
de laisser une marge de manoeuvre à travers ces balises-là, parce qu'on ne
travaille pas sur une chaîne de montage, là, on travaille avec des personnes, puis il y a la relation humaine qui est
là, puis c'est ça, l'impondérable, puis c'est ça qui mérite une marge de
manoeuvre.
Puis les
personnes peuvent être vulnérables... La personne, la jeune fille dont je parlais,
qui était rendue plusieurs fois par
semaine dans les urgences parce qu'elle voulait se tuer, elle n'est plus comme
ça aujourd'hui, là, on l'a sortie de la rue, puis elle est stabilisée. Puis, bon, il y a tout un processus qui a
été fait, elle n'est plus vulnérable comme elle l'était avant. Ça fait que
comment on pondère? Ce n'est pas une question facile puis ce n'est pas... Je
pense qu'il faut donner des balises puis laisser de la marge de
manoeuvre.
Mais c'est
sûr qu'il faut ramasser ça. On veut... Il faut quand même qu'il y ait un
contrôle qui soit exercé, il faut que... parce qu'il y a des comptes à
rendre par rapport à la prise en charge des vulnérabilités des personnes. Tu
sais, il y a une part d'arbitraire, mais il faut quand même qu'il y ait une
reddition de comptes qui soit faite.
Barrette : Je suis content que vous l'abordiez comme ça, parce que
c'est comme ça qu'on l'a construit. Et je vous invite, parce que je sais que vous êtes actifs, là, dans vos
milieux respectifs... je vous invite à regarder la grille de
pondération, parce que la grille de pondération, de la manière que ça a été
construit, ça a été construit pour justement avoir de la souplesse, ce n'est
pas fixé dans le temps, et c'est construit d'une telle manière que c'est le
principe de la moyenne, hein? Les deux
exemples que vous venez de me donner, ce sont deux personnes qui peuvent être
pondérées dans la catégorie santé
mentale, toxicomanie, et ainsi de suite, qui ont des profils extrêmement
opposés pour un moment donné dans
l'année, mais les objectifs sont des objectifs de moyenne sur une base, disons,
annuelle, et l'un vient compenser pour
l'autre. Et malheureusement vous n'avez pas eu la chance d'avoir fait cet
exercice-là, et c'est ce que je vous invite à faire. Et je serais ultimement
intéressé à avoir vos commentaires, mais malheureusement l'horloge va me
commenter moi-même.
Président (M. Tanguay) : Exactement. Et je ne peux mettre aucune
valeur ajoutée à ladite horloge. Alors, je constate comme vous que les 18 minutes sont écoulées et je cède
la parole à notre collègue de Taillon pour 11 minutes.
Lamarre : Merci beaucoup, M. le Président. Dre Bruneau,
Dr Fortin, bonjour. D'abord, merci, merci pour votre mémoire. Merci pour les trois mises en situation
que vous avez présentées à la toute dernière page, je pense que ça
traduit très bien la réalité. Et je sais qu'on a tous beaucoup de choses à
lire, mais j'invite le ministre à lire cette dernière
page qui présente trois situations de patients, d'ailleurs, d'abord une jeune
fille avec un problème de santé mentale qui vit seule avec sa mère monoparentale et sa soeur, un jeune patient
bipolaire qui quitte sa région, qui est toxicomane, qui, donc, a des problèmes de santé mentale et qui
a de la difficulté à avoir le suivi nécessaire dans la région où il voudrait
retourner, et finalement l'histoire d'un
Québécois d'adoption avec des difficultés de traduction, d'accès. Je pense que
ça, ça traduit ce qui se passe quand
on travaille avec des humains, hein, on travaille avec des humains et non pas
avec des colonnes de chiffres. Et je
pense que vous le reflétez beaucoup dans vos témoignages mais aussi dans votre
pratique, et je veux vous féliciter, vous remercier de prendre soin de
ces patients-là.
Le ministre nous parlait tantôt de la grille
d'évaluation, et, dans les cas que vous avez présentés, il y en a qui cumulent plusieurs niveaux de vulnérabilité.
Alors, je ne sais pas comment ça va être calculé, mais, si je pense au jeune
homme dont vous parlez, qui est clairement
défavorisé socialement et sur le plan matériel, qui est toxicomane, qui a des
troubles de dépression, est-ce qu'à ce moment-là un patient va pouvoir cumuler
le ratio deux pour un? Parce qu'il me semble
que vous ne pouvez pas adapter un seul de ces comportements-là. C'est un
patient qui est poly... qui a plusieurs morbidités. Et c'est là qu'on
arrive avec toute la complexité de patients qui ont besoin d'un suivi beaucoup
plus intense temporairement, parfois pour des périodes de quelques semaines,
quelques mois. Moi, j'ai travaillé à côté du parc La Fontaine pendant huit ans, alors
c'est sûr que j'ai eu ces patients-là comme pharmacienne, et effectivement on ne calcule pas nos minutes
ni nos heures avec ces patients-là pour les accompagner. Et le résultat, bien, dans le fond, ça ne se qualifie pas en termes de rendez-vous avec le médecin, ça se qualifie avec la
récupération d'une certaine autonomie puis d'une amélioration.
Trois
éléments dans votre mémoire. Vous avez parlé que vous aviez intégré l'accès
adapté ou l'accès en temps opportun,
et ça, vous l'avez fait depuis un bout de temps sans avoir un budget
supplémentaire, donc tout simplement en réorganisant
votre clinique médicale, la façon dont vous fonctionnez. En quelques mots,
j'aimerais ça en entendre parler.
Ensuite, vous
avez également... vous évoquez quelque chose et vous êtes les
premiers à l'évoquer. Dans votre mémoire,
en lien avec certains articles,
l'article 9 du projet de loi n° 20,
vous dites que, pour l'informatisation, les dossiers médicaux électroniques, le financement devrait être octroyé aux cliniques et
non aux médecins. Alors, j'aimerais vous entendre là-dessus.
Puis le
troisième élément, c'est l'accueil clinique avec la fluidité. On a parlé
souvent des difficultés de communication, d'information, de partage d'information entre le médecin de famille et
le spécialiste et entre le spécialiste et le médecin de famille, avec tout ce que ça exige comme temps,
les pertes de temps, les pertes d'information, les délais de traitement,
les reports de rendez-vous. Alors, ces trois éléments-là en sept minutes.
M. Fortin
(Marquis) : Peut-être parler
sur le premier élément, sur la question des pondérations, puis ça va peut-être
un peu répondre aussi au ministre. La
question des quotas puis des pondérations, en soi, ça devient un écueil
supplémentaire au niveau de la
pratique. D'abord, je veux dire, sur le plan de la complexité de la reddition
de comptes, on a déjà quand même un
certain nombre de paperasse et de papiers à remplir pour... et donc ça, ça
augmente. Ce n'est pas dans notre nature de faire ça, ce n'est pas dans notre nature, c'est dans notre nature de
réfléchir sur les problèmes des patients et non de codifier les diagnostics pour
savoir si ça va nous donner deux ou trois dollars de plus ou si ça ne nous
enlèvera pas une portion de notre
rémunération. Alors, ça, d'emblée... Puis je pense que, si vous vous référez au
rapport de Paul Lamarche ou de Damien
Contandriopoulos, c'est des choses qui sont mises vraiment en exergue pour se
poser la question si ça va augmenter l'accessibilité.
Je passe déjà... Le matin, je rentre à 8 heures, j'ouvre mes deux écrans
d'ordinateur, parce que j'ai l'écran avec
le CHUM, j'ai l'écran avec le CSSS, j'ouvre mes dossiers pour prendre
connaissance de mes dossiers — je ne vous dirai pas non plus que je suis obligé de mettre des petites étiquettes
un petit peu sur mes feuilles de consultation — et là je peux commencer mes consultations. Et puis, à la fin de la journée, bien
j'ai mes petites étiquettes aussi de reddition, de savoir les patients vulnérables, ces choses-là.
Ça, déjà ça, je fais ça. Ça m'a pris du temps à m'adapter à ça, mais ça, je le
fais.
Vous
parlez de l'implantation d'«advanced access» ou de l'accès en temps opportun.
Ça demande un immense effort de
travail avec le personnel, avec le personnel en place, et vous comprendrez que,
quand on a un personnel qui est mouvant,
avec des supplantations de postes, et tout ça, ça devient extrêmement complexe.
On l'a fait quand même et on l'a fait aussi avec les bénédictions et les
salutations de notre administration, on a réussi cet élément-là, et ça donne...
Lamarre : ...le public nous comprenne bien, c'est parce que vous
confiez, dans le fond, un petit peu une responsabilité de triage à ces personnes qui prennent les rendez-vous.
Dans le fond, si vous avez trois ou quatre rendez-vous qui sont
disponibles, il peut y avoir 20 personnes dans la journée qui appellent,
et il faut que quelqu'un puisse poser certaines questions pour prioriser la
bonne personne.
M. Fortin (Marquis) : Exactement. Il est possible, par exemple, que, sur les
20 personnes qui appellent, il y en ait un certain nombre où c'est préférable que ce soit moi qui les voie et
d'autres patients qui peuvent être vus par quelqu'un d'autre de l'équipe. Et on a plusieurs modalités
d'accès à ces soins-là, y compris un accès sans rendez-vous le soir, bon, et
dans les heures... ce que vous avez appelé les heures non désirables ou...
Mme Lamarre :
Défavorables, hein, je pense que c'est...
M. Fortin
(Marquis) : Défavorables. Parfait. Et...
Lamarre : Mais moi, je tiens beaucoup à ces heures-là. Je trouve que
le soir les gens sont souvent malades quand même, on ne gère pas la...
M. Fortin (Marquis) : Bon, effectivement. On le constate depuis, nous, 28 ans, parce que
ça fait 28 ans qu'on fait ça. Mais essentiellement il faut savoir
que ça demande un effort significatif, particulièrement quand on est en établissement, d'installer ce... C'est un effort
aussi pour la clientèle, ça prend du temps. On ne réalise pas ça. À chaque réforme...
Puis j'en ai vu plusieurs. Depuis
1975 que je suis en pratique, ça fera 40 ans dans deux semaines. J'ai vu
plusieurs réformes et j'ai vu aussi
les changements nécessaires à apporter aussi au niveau de la culture de la
clientèle. Et même j'ai des gens qui sont
tellement surpris d'avoir un rendez-vous dans la même semaine que moi... ils
ont dû annuler leur coiffeur ou leur garage pour venir me voir. Et ils
ne se gênent pas pour me le dire.
Mme Lamarre :
C'est un beau problème quand même.
M. Fortin (Marquis) : Très beau problème. Pour moi, c'est un très heureux problème, parce que
je vivais très mal le fait d'avoir un deux mois ou trois mois d'attente
sur mes rendez-vous.
Lamarre : Les dossiers médicaux électroniques, vous parliez, là, de
confier, dans le fond, le budget davantage aux cliniques qu'aux
médecins?
Mme Bruneau (Anne) : Bien, c'est parce qu'on travaille en groupe, dans les cliniques, alors
c'est important que tout... Si un
médecin reçoit une subvention pour avoir son dossier électronique, l'infirmière
travaille le dossier papier... Si
c'est donné à un groupe, bien tout le monde a accès au dossier électronique,
alors la communication d'information est beaucoup plus facile entre les
différents professionnels de la santé qui travaillent au sein du même groupe.
Lamarre : Donc, ce que vous me dites, c'est que, quand il y a une
informatisation, elle peut être seulement dans le bureau du médecin, et, s'il y a une infirmière praticienne
spécialisée qui travaille dans la clinique, elle, elle travaille avec un
dossier papier.
Mme Bruneau
(Anne) : Ça peut arriver, oui.
M. Fortin (Marquis) : En fait, ce qu'il faut réaliser puis ce qu'il faut mettre en place,
c'est que, si on pense avoir des cliniques... des pratiques qui sont
collaboratives et des pratiques de groupe, il faut penser groupe, il ne faut
pas penser individu. C'est pour ça que, les
quotas, moi, j'ai de la difficulté avec ça, parce que, je veux dire, dans les
faits, la responsabilité, dans une
clinique de type GMF, est une responsabilité qui est collective. Oui, bien sûr,
les gens s'inscrivent à un médecin et
préférablement veulent voir ce médecin-là, mais ils n'auront pas d'objection à
voir, par exemple, l'IPS avec qui je suis associé ou l'infirmière
clinicienne avec qui je travaille depuis 10 ans.
Mme Lamarre : Puis pour la
collaboration médecin-spécialiste, partage d'information?
M. Fortin (Marquis) : Ça, c'est un grave problème. Et plus on est près
d'un grand centre comme le CHUM, plus c'est
un problème important. Et, je vous le mentionnais tout à l'heure, je veux
dire... Je vous dirais, c'est rare que je reçois un rapport de consultation, même si je prends ma plume et j'écris une
lettre d'introduction à mes patients. Je reçois mes rapports... — puis ça va rendre... le ministre va être
sensible à ça — mes
rapports de radiologie m'arrivent généralement de quatre à six semaines après que l'examen est fait. Je vais convenir
d'une chose. S'il y a quelque chose de grave, s'il y a un cancer gros comme ça, le radiologiste va
m'appeler, mais c'est inhabituel que je reçoive des rapports de consultation,
et ça, c'est à corriger.
Lamarre : Alors, on se rend compte, dans le fond, que le manque de
performance dans notre système de santé
puis l'accès à la première ligne, c'est beaucoup plus complexe. Et en même
temps il y a des choses dans ça que vous réussissez à régler par la bonne volonté, des incitatifs, des consignes
claires, l'imputabilité. C'est ces dimensions-là qu'il faut probablement
faire valoir plutôt que le simple quota par patient et par pondération de
condition clinique.
Mme Bruneau (Anne) : Bien, les difficultés d'accès à la première ligne
sont multifactorielles, il y a plusieurs éléments dans le système de santé. Oui, il y a les médecins d'un côté,
mais il y a toute l'organisation des soins où nous, on n'a aucun contrôle puis on est dépendants. Si
on parle de l'accès clinique, combien de temps qu'on en veut un, accès
clinique, puis on n'a pas accès au plateau technique? On perd du temps à
prendre le téléphone, appeler le spécialiste, négocier
un rendez-vous parce que notre patient, il ne peut pas le faire. Avoir une
échographie, le patient, il ne peut pas attendre six mois. Il ne peut pas aller dans le privé parce qu'il n'a
pas d'argent pour payer son échographie dans le privé. Ça prend
20 minutes, une demi-heure, parler à un radiologiste pour qu'il accepte
une échographie le lendemain, le surlendemain ou même des fois dans les deux
semaines qui suivent, là, quand ce n'est pas trop urgent.
Mme Lamarre :
Donc, on remet de la pression sur les médecins, mais, dans le fond...
Mme Bruneau (Anne) : Donc, une valse, ça se danse à deux. Les médecins, on est prêts à
danser, mais il faut que l'autre veuille danser aussi avec nous autres,
M. Fortin
(Marquis) : Puis vous comprendrez...
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Je dois maintenant céder la
parole, vous aurez le loisir de poursuivre. Nous cédons maintenant la
parole à notre collègue de Lévis pour 7 min 30 s.
M. Paradis (Lévis) : Et je vous dirai merci, M. le Président. Merci de
votre présence, Dre Bruneau, Dr Fortin. Je vais vous laisser
continuer parce que c'est intéressant, parce qu'on est aussi... je pense qu'on
est, là, quelque part... D'ailleurs, vous
avez décrit une pratique très intéressante dans la mesure où on remarque les
difficultés que vous avez, c'est-à-dire
l'importance du patient, de la clientèle avec ses spécificités qui font que,
comme professi