Health and Social Services — 31 October 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CSSS 2013-10-31
Quebec — Committees
Bien,
d'abord, on s'est réjouis, à MQRP, de l'intérêt du ministre et du gouvernement
pour développer les soins à domicile. Je pense que tout le monde s'entend
avec le diagnostic et que c'est un besoin important. On a besoin d'une augmentation des services à domicile. C'est clair
que ce n'est pas ici qu'on en fait le plus, là, dans le monde, en tout
cas. Et donc on salue d'abord cette
augmentation prévisible du financement et de la prestation des soins à
domicile. Un peu le principe qu'on s'est
donné dans notre analyse, qu'on va… on va partager certains éléments avec vous.
Est-ce que les choix concernant le
financement et les choix de prestation… est-ce que ça favorise la continuité, l'intégration,
la qualité des soins? Bien, comme ça a été souligné, entre autres, par
vous, Dr Hébert, donc, à la page 19, «les efforts déjà engagés pour pousser
plus loin l'intégration des services doivent être poursuivis».
Donc,
c'est évidemment primordial, l'intégration des soins, surtout, comme vous le
savez mieux que moi, dans les soins aux personnes âgées et aux personnes
en perte d'autonomie.
Je vais commencer par
la
partie financement. Et donc il y a quelques questions qu'on a soulevées ici.
Il y a la question du contrôle des coûts. C'est
clair que la planification vise, entre autres, à diminuer les coûts. Donc, on
parle de 3,3 milliards en 2050, on peut saluer ça, là, mais en même
temps on sait que le contrôle des coûts, ça peut porter préjudice aux patients, à l'accès aux services. Donc, il faut être
prudent. Surtout… bon, on parle d'économies, quand même, par rapport aux
CHSLD, donc un développement probablement moins rapide, et ça, ça nous inquiète
un petit peu, parce que c'est clair que l'hébergement,
dans bien des cas, peut être essentiel. Donc, on a quand même une question
à ce point de vue là. Et c'est clair que, s'il y a un dégagement de ressources
des CHSLD, bien il faut que ça se fasse en complémentarité
avec une augmentation des ressources en soins à domicile. Il ne faudrait
peut-être pas revivre ce qui avait été un peu le cas du virage
ambulatoire, donc des idées mises en place et des changements à l'hôpital mais
moins de ressources, si on veut, à l'extérieur
de l'hôpital, donc certaines difficultés. C'est clair qu'un aspect qui nous
embête un petit peu, c'est d'où vient
le financement. Le MQRP… le financement public redistributif, basé sur la taxe
et les impôts, vous le savez, c'est, à notre avis, la meilleure façon de
financer un système de façon équitable. Là, en partie, on va faire reposer ça sur les individus. Il y a même un
lien avec la notion d'utilisateur-payeur parce qu'il y a un lien
finalement entre la quantité de services
consommés et les coûts. Enfin, c'est ce qu'on semble lire dans le service. Et
ça, à notre avis, ça contrevient un
peu au principe qu'on devrait défendre par rapport au système de santé, qui est
vraiment un financement redistributif donc qui passe par le
gouvernement.
autre question qu'on s'est posée — on n'a pas de réponse définitive — c'est la notion d'une enveloppe ou, enfin, d'une caisse. On comprend le souci du
ministre de protéger les budgets. On sait que ces budgets-là peuvent
glisser dans un... entre autres, d'une instance à l'autre.
Donc,
protéger le budget. On n'est pas sûrs à 100 % qu'une caisse a vraiment cet
effet-là à 100 %. On n'a qu'à penser, supposons, à la caisse de l'assurance
chômage, supposons, au fédéral, où il y a eu des ponctions. Donc, ça dépend beaucoup des gouvernements, ça peut varier.
Donc, on a certaines craintes par rapport à ça. Et peut-être deux autres
petites craintes. C'est clair que c'est un changement par rapport au mode de
financement actuel du système de santé. Et,
d'autre part, cette caisse-là va couvrir une
partie des soins à domicile mais
pas, par exemple, les soins médicaux, les soins périhospitaliers, les soins palliatifs. Et donc on a peur un petit
peu que ça crée, à cause de deux modes de financement différents, une
dichotomie et des difficultés très concrètes pour les gens qui pourraient
travailler, par exemple une ergo qui fait le
suivi postopératoire mais qui après ça va s'engager plus dans l'évaluation à
long terme des soins à domicile. Donc, on a des craintes par rapport à
ça sans prendre de position définitive par rapport à une caisse séparée ou non.
Donc, par
rapport au financement simplement, on identifie quand même deux zones de
rupture : une, c'est par rapport
au mode de financement, surtout par rapport à la contribution des usagers
directement, et, d'autre part, que la caisse ait pour effet de séparer un peu le mode de financement. Et donc on s'éloignerait
comme ça de l'intégration des soins.
Maintenant, je vais laisser Dre Dounia parler de
la prestation.
Mme Kayal
(Dounia) : …en deuxième
partie de la présentation, je vais vous parler de la prestation. Il y a un
coût à la prestation qui est…
Donc, le type de prestation qui est suggéré par
le livre blanc ou l'assurance autonomie peut amener vers des dérives possibles.
Donc, dans un premier temps, comme Dr Vadeboncoeur l'a dit, on va vers une
privatisation de la prestation des soins. La citation dans le livre blanc qui
dit : «Cette participation tient compte de la fréquence et de l'intensité des services fournis et du revenu de
la personne ou du ménage dans lequel elle vit.» Donc, la perspective
pour le patient de payer davantage, ça
pourrait l'amener à négliger une
partie de ses soins pour lui-même et puis le
mener à, par exemple, un hébergement précoce.
Dans un deuxième temps, en fait on pense que le
but, ça devrait être de corriger les lacunes actuelles et de réaffirmer la
gratuité des soins à la personne, quel que soit le lieu de résidence du
patient, donc en résidence privée comme à domicile.
Dans un deuxième
temps, on pense que le projet d'assurance autonomie peut mener à une baisse de
la qualité des soins. En effet, les
patients à domicile, ce sont des cas complexes qui vivent dans des environnements très différents et hétérogènes,
sans les facilités du milieu institutionnel. Ce sont aussi des patients dont
les AVQ sont prises en charge par les
ASSS, donc, les AFS. Ce sont en fait des employés. C'est surtout des femmes qui sont des préposées
aux bénéficiaires et qui ont reçu une formation d'au moins un an pour
pouvoir prendre soin des personnes âgées. Elles reçoivent une formation qui est sous l'autorité du ministère de
l'Éducation, donc c'est une formation très standardisée, contrairement aux employés des EESAD dont je vais parler plus
tard. Elles ont une formation pour accomplir des tâches très complexes,
particulièrement, par exemple, chez des patients qui ont des problèmes de
mobilité, des patients très frêles, des patients
aussi qui ont des troubles cognitifs et aussi elles sont amenées, par exemple,
à prodiguer des médicaments à des patients
en soins de fin de vie. Elles sont généralement en lien avec l'équipe
multidisciplinaire des CLSC, et c'est ce qui fait en sorte qu'elles promeuvent la continuité des soins aussi. Elles
ont une rémunération décente et une protection sociale aussi en cas de blessure. Les employés des EESAD,
ce sont aussi, pour la plupart, des femmes. J'aimerais ici rappeler
aussi l'importance de tout le milieu communautaire et des entreprises d'économie
sociale qui ont leur place dans notre société, particulièrement pour donner les
AVD ou pour permettre aux patients d'avoir des activités de la vie domestique
comblées. Cependant, ces employés n'ont pas... ou les EESAD n'ont pas la
permanence des institutions publiques et ni
les obligations rattachées aux institutions publiques. Ces employées, elles ne
disposent pas de la formation requise pour assister les patients dans
leurs AVQ et elles sont souvent sous-payées, malgré les exigences des tâches
que j'ai décrites plus tôt.
On peut
considérer qu'il y a une perte de la continuité des soins si on va vers le
projet d'assurance autonomie, pour deux
raisons : parce que les employés des EESAD qui sont dans des emplois
précaires… en fait, il y a un énorme roulement de ces employés, et ça peut briser la continuité des soins à domicile.
Ces dames non plus ne sont pas en lien avec l'équipe traitante des CLSC, et ça peut aussi constituer un
autre bris dans la continuité des soins des patients, avec les
insatisfactions qui vont avec. On peut se demander ce qui se passera si jamais
le patient se détériore. Est-ce que, par exemple, on va devoir revenir à une
équipe traitante différente qui a plus de compétences, comme par exemple les
équipes des soins à domicile, ce qui va aussi entraîner un bris de la
continuité des soins?
Donc, le projet d'assurance autonomie, ça
constitue aussi un risque pour le patient et sa famille parce que, comme c'est
clairement dit dans le livre blanc, l'allocation financière pour l'achat de
services, c'est une option pour rétribuer les fournisseurs de services. Puis on
pense que cette approche est nuisible pour deux choses : premièrement, sur
le plan éthique, on pense que le fait que le patient rétribue directement ou
indirectement son prestataire de soins, c'est
problématique parce que ça n'entraîne pas la formation ou l'établissement d'une
relation désintéressée entre le patient et son soignant. Ça établit plutôt un rapport marchand que les régimes
publics ont essayé d'enrayer il y a à peu près une quarantaine d'années.
Sur le plan pratique, c'est très difficile pour des patients qui sont malades
et à domicile d'être confrontés à des
lourdeurs administratives, alors même que l'assurance autonomie devrait
permettre d'alléger les processus. On peut prendre l'exemple non seulement
du patient en déclin cognitif, mais aussi à tous ces patients fragiles qui étaient initialement dans les CHSLD, qui vont être
à domicile et qui seront des cas plus lourds évidemment, avec une
gestion plus difficile de leurs soins pour eux-mêmes.
pense donc que la rémunération et la prestation des services à la personne
doivent être assumées directement par le CLSC et non par les entreprises
d'économie sociale.
Donc, en tant
que médecins, on a aussi certaines inquiétudes face au fait que même les soins
professionnels de base sont incomplets ou insuffisants en ce moment pour
combler la plupart des soins à domicile, et il y a un manque cruel de travailleurs sociaux, de physiothérapeutes, d'ergothérapeutes
aussi et de médecins à domicile, évidemment. On pense que ça rend le virage vers les soins à domicile, donc,
décrit dans le projet d'assurance autonomie très difficile pour l'instant,
et même inquiétant si jamais on ne comble
pas ces besoins-là. Donc, pour ce qui est de la prestation, on pense que le
fait que l'usager devra contribuer aux soins, surtout aux AVQ, la volonté de
confier la prestation de soins complexes à des AFS et aussi le fait que la rémunération du prestataire se fait
directement ou indirectement par le patient, ça constitue une rupture
avec les soins qu'on connaît déjà aujourd'hui dans notre système.
Le Président (M. Bergman) :
…présentation.
M. Vadeboncoeur (Alain) : …conclure
sur le...
Le Président (M. Bergman) :
Dr Vadeboncoeur.
Vadeboncoeur (Alain) : Oui. Donc,
juste pour conclure, donc, c'est clair que les objectifs sous-jacents
sont louables, et on identifie quand même,
nous, certaines ruptures en lien avec le financement ou avec la prestation
publics.
On a une dizaine de recommandations, je vais
juste vous les résumer très rapidement, donc.
Bien, d'abord,
la première, c'est que les soins… donc ce qui est des soins à domicile, que ça continue d'être couvert par le régime public. Et en fait on s'oppose au financement privé de ce qui touche les AVQ, puis ça, c'est quel que soit le revenu du patient, comme
le reste de notre système de santé. Comme Dounia l'a mentionné, c'est assez
clair que les soins à la personne devraient,
à notre avis, être réservés aux auxiliaires, en fait ce qu'ils appellent les
ASSS maintenant, au sein des équipes de CLSC, comme c'est le cas
actuellement. Un autre point important, c'est qu'il risque d'y avoir une expansion importante des soins à domicile,
puis c'est probablement souhaitable, mais c'est clair que les ressources
devront être en place pour recevoir et pour
être capables de faire une prestation de soins suffisante pour ne pas se
retrouver dans une situation où on sortirait les patients et on se
retrouverait, dans le fond, sans trop de support.
Donc, ce qu'on
invite en fait le ministre de la Santé à faire, c'est de regarder le projet
sous l'angle d'un service public de
soins qui s'inscrirait davantage dans la continuité des pratiques en place, que
ce soit au niveau du financement ou de la prestation, de manière à…
Le Président (M. Bergman) :
…s'il vous plaît.
M. Vadeboncoeur (Alain) : Oui. Donc,
j'ai terminé, là-dessus.
Le Président (M. Bergman) : Alors, merci pour votre
présentation, Dr Vadeboncoeur. Pour le bloc du gouvernement, M. le
ministre.
Hébert :
Merci, chers collègues, de ce mémoire et de votre préoccupation pour un système
de soins public au Québec.
Vous évoquez,
d'entrée de jeu, dans votre mémoire, la
Loi canadienne sur la santé. Et je
pense que c'est la source du problème
que nous vivons actuellement. La
Loi canadienne de la santé couvre, dans ses
principes, tous les soins qui sont médicalement nécessaires, et là est
tout le problème. C'est très clair que ça couvre l'hospitalisation, les
services médicaux. Mais, les soins à domicile, est-ce médicalement nécessaire?
Et c'est là toute la difficulté de ce contexte.
Alors, c'est
pour cette raison qu'on doit ajouter un régime d'assurance supplémentaire, avec
le vieillissement de la population, qui couvre la perte d'autonomie, qui
couvre les services associés à l'autonomie, pour s'assurer qu'on respecte ici
les principes d'universalité et de solidarité que vous soutenez. Parce que la
situation actuelle fait en sorte que,
contrairement à ce que vous dites, les soins à domicile, ce n'est pas gratuit.
Les soins à domicile financés par l'État couvrent 15 % des besoins. Une analyse de la Sun Life, il y a
quelques années, montrait que les gens doivent débourser entre 2 000 $ et 5 000 $ par
mois pour payer leurs soins, de leurs… Il y a 85 % des soins qui sont soit
assumés en nature par des proches
aidants ou en espèces, parce que les gens paient de leurs poches. Et, en
résidence privée pour aînés, c'est pire parce que c'est entièrement payé
par la personne, sur des critères qui sont laissés à la discrétion des
propriétaires de résidences, avec des évaluations qui sont extrêmement
sommaires.
Alors, vous
voyez qu'il y a toute une
partie du financement qui échappe à la couverture
publique et toute une
partie de la gestion également qui échappe au
public. Et le projet d'assurance autonomie veut redonner un financement public
et veut redonner une gestion publique des services aux personnes en perte d'autonomie.
Alors, c'est
tout à fait dans ce sens-là et dans cette lignée-là que le projet d'assurance
autonomie s'inscrit et donc respecte les principes que vous mettez de l'avant.
Le Président (M. Bergman) :
Dr Vadeboncoeur.
Vadeboncoeur (Alain) : En
fait, on salue le… je pense qu'on a parlé des chiffres, dans une entrevue, de
monter de 15 à 40 %, je pense, de la couverture. Donc, c'est clair qu'on
peut saluer ça.
C'est clair aussi qu'il y a une
expansion des soins à domicile. En fait, je pense qu'à partir du moment où on
vise une expansion on a le choix du modèle.
Nous, ce qu'on déplore, c'est de s'orienter d'emblée vers un modèle
utilisateur-payeur où il y a une contribution plutôt que d'un modèle où
on pourrait avoir une couverture plus large. Je comprends qu'il y a des impacts
financiers dans ces choix-là, il y a d'autres types d'impacts, mais a priori ça
reste un choix. Et donc il pourrait… Nous,
ce qu'on propose, c'est que le modèle pourrait suivre davantage ce que font,
par exemple, les ASSS qui dépendent des CLSC, qui traitent des AVQ, où
ces services-là sont offerts par le CLSC. On comprend que c'est loin d'être
suffisant actuellement et que ça nécessite une expansion.
pense que toute la question, c'est : De quelle façon on fait l'expansion
et selon quel modèle? Et on pense qu'il y a certains éléments des propositions du livre blanc qui s'éloignent du
modèle qui, selon nous, est le plus souhaitable. Donc, c'est dans ce
sens-là qu'on intervient.
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre.
Hébert : Oui. Mais, même si on allait à 40 — c'est ce qu'on va faire — il restera 60 % qui va devoir
être assumé par la personne. Et mon
problème, c'est un problème d'équité : Est-ce que 60 % pour quelqu'un,
là, qui est au salaire minimum ou quelqu'un qui est à l'aide sociale,
là, c'est beaucoup? Ce n'est aucun soin, en fait.
Est-ce
que la modulation de l'allocation pourrait faire en sorte que les personnes les
plus pauvres de notre société peuvent
obtenir plus de services et non pas que ce soit en fonction du portefeuille ou
de la carte de crédit de la personne? Alors,
elle est là, la modulation de l'allocation de soutien à l'autonomie en fonction
du revenu. Elle est pour faire en sorte qu'on puisse donner plus de
services à des personnes qui n'ont pas les moyens de se les payer et qu'on
puisse laisser des gens qui ont les moyens de se les payer être capables d'assumer
une
partie de la facture.
là on respecte un principe d'équité qui est extrêmement important, à mon point
de vue, et qui devrait rejoindre vos préoccupations.
Le Président (M.
Bergman) : Dre Kayal.
Mme Kayal
(Dounia) : …j'aimerais souligner aussi que, les AVQ, donc les soins à
la personne, même si légalement ce n'est pas
considéré comme des soins médicalement requis, on peut penser que c'est des
soins névralgiques de base et qu'à ce
titre ils devraient être payés par l'assurance publique, comme par exemple on
va voir le médecin, puis la carte de la RAMQ couvre la consultation, ou
comme une ergo, une physio couvrent aussi... En fait, les consultations sont
couvertes.
Donc,
c'est à ce même
titre là qu'on pense que, comme c'est extrêmement névralgique,
si on parle de se nourrir, on parle
de se déplacer, on parle des soins à l'incontinence, c'est un argument
important aussi pour que ce soit couvert pour qu'il y ait une équité
dans la population.
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre.
Hébert :
...sur la santé ne prévoit pas ça, et certaines provinces ne les couvrent pas
du tout ou très peu… l'Alberta entre autres, qui laisse tout ça au
communautaire.
Alors,
ce n'est pas couvert par ce volet de l'assurance santé et c'est le problème.
Vous le dites vous-même, c'est un problème
de couverture qui fait que les gens reçoivent 15 % des services seulement.
Et c'est un problème réel qu'on veut régler
avec l'assurance autonomie, qui ajoute ici un droit, un droit de recevoir des
services, et qu'ils soient financés par l'État, et surtout que ces
services-là soient gérés par l'État.
Et c'est ça, le
problème fondamental auquel on veut s'attaquer avec l'assurance autonomie.
Le Président (M.
Bergman) : Dr Vadeboncoeur.
M. Vadeboncoeur (Alain) : Bien, c'est sûr que, par certains aspects, ça
rejoint nos préoccupations, mais ça revient en définitive à la question
du choix du mode de financement.
C'est une question de
moyens. Nous, on prône un financement public qui peut être modulé de
différentes façons. Je pense qu'il y a d'autres
groupes... On n'a pas fait une analyse économique, là, du modèle, on s'est
plutôt penchés sur les aspects qui
touchaient les soins, mais il y a d'autres groupes qui ont soulevé le fait qu'évidemment
les sommes en jeu devraient
probablement être plus élevées pour bien couvrir… La seule question qui est en
compte ici, dans le mode de financement,
c'est : Comment cet argent-là transite? Nous, on pense que c'est par un
financement via les impôts, via le gouvernement, que c'est le meilleur
modèle, que c'est plus équitable et que c'est plus en lien surtout avec l'ensemble
du mode de financement.
C'est notre position.
Je veux dire, je comprends qu'on peut avoir des divergences là-dessus, sur ces
points-là.
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre.
Hébert : …là-dessus. Et, tout à l'heure en Chambre, j'ai d'ailleurs
très bien précisé que c'était l'impôt qui allait payer la caisse d'assurance
autonomie, qui allait financer l'assurance autonomie. Je suis tout à fait d'accord
avec vous là-dessus.
Je voudrais revenir
sur les prestataires. Vous n'êtes pas sans savoir que les entreprises d'économie
sociale… actuellement, plus de la moitié font de l'aide à la personne, des AVQ,
que les résidences privées donnent des soins d'aide à la personne qui a déjà, là, d'autres
prestataires que les prestataires du réseau public. On a entendu des
groupes syndicaux — puis
ça, on peut comprendre, là, qu'ils puissent avoir cette position-là — dire
qu'il faudrait que ça soit seulement des
employés du secteur public. Mais il ne faut pas nier qu'il existe actuellement
des entreprises d'économie sociale qui font ce travail. Et, l'assurance
autonomie, ce qu'elle vise, c'est de retrouver la gestion publique de ça, c'est-à-dire de s'assurer, par accréditation des
prestataires, qu'on puisse répondre à un certain nombre de standards de
qualité, incluant des standards de formation du personnel.
là on retrouve vraiment une gestion publique, en dépit de certaines prestations
privées qui existent déjà. Et, qu'elle soit associative ou qu'elle soit
privée lucrative, elle existe déjà et elle est très importante dans les
services de soutien à l'autonomie.
Le Président (M.
Bergman) : Dr Vadeboncoeur? Dre Kayal.
Mme Kayal (Dounia) : Oui, je peux répondre à ça. En fait, c'est intéressant parce que votre
choix, ça a été de plutôt laisser l'opportunité aux entreprises d'économie
sociale puis aux… en fait, aux entreprises privées de fleurir au lieu d'essayer de fortifier le système public,
qu'on a déjà, avec la formation de plus d'AFS, parce qu'on sait que leur
formation est standardisée, parce qu'on sait
que les soins en CLSC sont de meilleure qualité probablement que les
soins qu'on trouve dans les entreprises d'économie sociale.
Alors,
pourquoi avoir choisi plutôt ce trajet que le trajet de solidifier les soins en
CLSC? En fait, c'est ce qu'on veut savoir.
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre.
Hébert : Lorsque vous assumez, là, que les soins sont de
meilleure qualité, vous dites «probablement». Alors, il n'y a pas de données là-dessus, là, alors, d'abord,
que les soins sont de mauvaise qualité dans les entreprises d'économie
sociale. Et moi, je suis convaincu que les soins sont de bonne qualité. Et mon
parti pris, c'est d'améliorer encore davantage
la qualité des services qui sont donnés par les entreprises d'économie sociale
et au moins d'en retrouver une gestion
publique qui nous échappe actuellement, là, complètement. Et l'assurance
autonomie va permettre de retrouver une gestion publique.
La solution prônée
par certains groupes syndicaux, c'est de nationaliser tous ces services de
soutien à l'autonomie. Ce n'est pas la position qu'on a là. On veut plutôt
mieux les encadrer et s'assurer de la qualité.
Le Président (M.
Bergman) : Dre Kayal.
Mme Kayal (Dounia) : Oui. Donc, je suis d'accord avec vous, peut-être que les entreprises
d'économie sociale font un bon
travail et puis sûrement, en partie, qu'elles le font.
Mais
qu'est-ce que vous faites du fait que ce sont des emplois extrêmement
précaires, qu'on pense surtout que ce sont
des ghettos d'emplois féminisés — on le dit souvent — et que la perte de la continuité est source
d'insatisfaction pour le patient? Et donc,
même si la qualité est bonne, le roulement est tellement important que
finalement, bien, il y a un bris dans la continuité… et qu'on sait que
les patients sont plus satisfaits avec les CLSC.
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre.
Hébert : Je n'ai pas de données qui montrent que la
satisfaction est plus importante avec les services de CLSC. J'aimerais
qu'on puisse avoir une certaine rigueur.
Deuxièmement, je
pense que justement un meilleur financement des soins à domicile va permettre
aux entreprises d'économie sociale d'améliorer
leurs conditions de travail et de faire en sorte de mieux former leur
personnel, et c'est justement de ce côté-là qu'on va être à même de pouvoir
mettre à contribution plusieurs prestataires pour faire en sorte que l'effort qui est demandé puisse être partagé dans notre
société et qu'on puisse y arriver. Écoutez, il y a un défi considérable, là, qui nous attend. Alors, pour
moi, ce qui est important, c'est d'avoir les prestataires variés, et je
reviendrai tout à l'heure aux chèques
emploi-services parce que pour les personnes handicapées c'est extrêmement
important, mais il faut avoir des modèles variés de prestation de soins.
L'essentiel,
pour moi, c'est de garder le financement public et c'est de garder la gestion
publique, donc, de s'assurer de la qualité de tous les prestataires de
services.
Le Président (M.
Bergman) : Dr Vadeboncoeur.
M. Vadeboncoeur (Alain) : C'est sûr que le… Bien, d'abord, on salue tout
rehaussement de formation de gens qui sont dans ces métiers-là, qui ne
sont pas des métiers faciles, là, on s'entend là-dessus.
C'est clair que par
contre il y a quand même un choix qui peut être fait, soit de renforcer les
structures déjà existantes via, par exemple, les CLSC. Et, quand vous
dites : Bon, on assure la gestion, c'est sûr qu'on assure le financement, ça m'apparaît quand même un peu
difficile de dissocier la gestion de la prestation. On peut avoir un
certain encadrement parce qu'on finance, mais c'est clair que ce n'est
probablement pas… parce qu'il y a quand même une variabilité qui est sûrement
plus importante dans ces groupes-là, autant au niveau de la formation que de ce
qu'ils font. Donc, c'est clair que c'est
probablement plus difficile d'assurer un vrai encadrement, une vraie gestion de
la prestation si on est un peu plus loin des organismes.
On comprend par contre le rôle
essentiel de ces organismes-là. C'est plus dans l'articulation, où on met
l'accent dans le développement, peut-être qu'on commente, nous, là-dessus.
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre.
Hébert : De là l'importance, et vous le soulignez très bien,
de l'intégration des services, intégration qui ne veut pas dire un seul
prestataire, hein?
Une intégration des
services, un réseau intégré, c'est l'ensemble des acteurs dans le réseau, c'est-à-dire
les organismes communautaires, les
entreprises d'économie sociale, même les organismes à but lucratif, les
résidences privées. C'est ça, la
réelle intégration. Ce n'est pas juste un seul prestataire. Il n'a pas besoin d'intégration
quand c'est un seul prestataire. Lorsqu'on
parle d'intégration des services et de réelle intégration, il faut avoir un
ensemble de partenaires qui s'intègrent
et coordonnent ces activités. Et actuellement, dans les réseaux intégrés, il y
a les entreprises d'économie sociale,
il y a les organismes communautaires, ils sont là. Et ce n'est pas un frein à l'intégration
que de dire : On va mieux les
encadrer au niveau de la formation puis au niveau de la qualité de leurs
services. Au contraire, ça s'inscrit dans un mouvement d'intégration. Alors là, je vous rejoins sur la nécessité d'intégrer
les services aux personnes âgées. D'ailleurs, bon, ça a été une
partie
de ma carrière.
Mais
c'est extrêmement important de sortir du seul prestataire public quand on fait
de l'intégration. C'est justement pour étendre ça à d'autres
partenaires.
Le Président (M.
Bergman) : Dr Vadeboncoeur? Dre Kayal.
Mme Kayal (Dounia) : J'aimerais savoir comment vous envisagez de hiérarchiser… en fait, de mettre,
sous la tutelle de l'État, les
entreprises d'économie sociale, parce qu'elles sont complètement indépendantes
pour l'instant? Et pourquoi ne pas penser que c'est plus facile de
redonner toute son importance aux CLSC? Sur le plan administratif, c'est extrêmement difficile d'arrimer les
entreprises d'économie sociale, les entreprises privées à l'État parce
qu'elles sont très hétérogènes, alors que la structure du CLSC est là et qu'on
peut lui donner toute sa force en la finançant mieux.
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre.
Hébert :
Ce qu'il faut faire, c'est, lorsqu'on établit une entente entre l'État et des
prestataires, avoir une entente financière
bien sûr mais aussi, en retour, exiger des normes de formation, des normes de
qualité. Et, si la qualité n'est pas là, il n'y a pas de financement.
Vous
avez là un outil extrêmement puissant pour vous assurer que la qualité est au
rendez-vous… le financement, et c'est
extrêmement important de pouvoir négocier ces ententes-là, qu'il y ait des
critères et des normes nationales qui sont appliquées de façon locale. Parce que, comme vous l'avez dit, il y a
beaucoup d'hétérogénéité. Alors, il faut que chacun des CSSS puisse, compte tenu de son réseau local, négocier ses différentes
ententes avec les prestataires. Mais c'est comme ça qu'on va le faire.
Le Président (M.
Bergman) : ...
Hébert : Vous avez des réserves sur l'allocation directe,
sur le «cash for care». J'ai les mêmes réserves que vous.
Par contre,
vous savez, le chèque emploi-services est utilisé beaucoup
dans le milieu des personnes handicapées, et avec beaucoup de succès. Les groupes de personnes handicapées
sont venus nous dire : Nous voulons conserver le chèque
emploi-services parce que nous avons une meilleure autonomie dans les
prestataires qui viennent dans nos domiciles. Et
il s'est développé, pour le chèque emploi-services, des banques de ressources
qui sont en quelque sorte des
mandataires qui s'assurent de la qualité des
personnes qui reçoivent le chèque emploi-services, qui s'assurent de leur
formation et qui font un certain
nombre de tâches administratives pour les personnes handicapées. Alors, dans ce
contexte-là, je pense qu'on a là un
encadrement intéressant, on a là une autonomie intéressante qui est donnée aux
personnes, un modèle qui pourrait convenir
à certaines personnes âgées, celles surtout sans trouble cognitif, et je pense
qu'on doit se garder cette avenue, cette possibilité.
j'ai assuré, moi, les groupes de personnes handicapées que le chèque
emploi-services était là pour rester. Mais il faut s'assurer, encore une
fois avec des organismes mandataires, que les personnes ont une bonne formation
et que la qualité est au rendez-vous.
Alors, je ne sais pas
si vous étiez conscients de cette modalité-là, qui est extrêmement intéressante
pour les personnes handicapées.
Le Président (M.
Bergman) : Dre Kayal.
Mme Kayal
(Dounia) : Non. Ça peut être intéressant, mais, encore une fois, on
introduit encore un autre intermédiaire que…
Je suppose… je ne suis pas au courant, là, mais les personnes handicapées vont
devoir payer des sortes de gestionnaires de cas qu'ils paient eux-mêmes,
en plus de payer en
partie leurs services?
Le Président (M. Bergman) :
M. le ministre.
Hébert :
…emploi-services est financé par l'État, mais c'est la personne handicapée
elle-même qui assume cette gestion-là, et donc ça fait
partie de l'autonomisation
des personnes. Et l'autonomie dans les décisions est extrêmement importante
aussi.
Alors,
ce que prône l'assurance autonomie, c'est de redonner l'autonomie ou le pouvoir
aux personnes de pouvoir choisir par
qui ils veulent recevoir ces soins-là. Et c'est ça que prône... Donc, l'autonomie
est une des valeurs importantes. Alors,
je vous invite à élargir votre cadre d'analyse. Vous parlez d'universalité, de
solidarité, d'individualité. L'autonomie des personnes, c'est aussi une valeur importante pour les personnes
handicapées et pour beaucoup de personnes âgées.
Le Président (M.
Bergman) : Dre Kayal.
Mme Kayal (Dounia) : Oui. C'est intéressant que l'autonomie, ça passe par le choix du
prestataire de services, parce que c'est
vrai qu'on a un petit peu dénoncé ça dans l'individualisation du choix du
prestataire. Pour nous, l'autonomie,
c'est surtout avoir accès à des soins de qualité, c'est surtout avoir accès à
des soins qui permettent de vivre à domicile de façon autonome, et ça ne
passe pas forcément par le choix du prestataire. Dès qu'il y a un prestataire qu'on sait qu'il est de qualité, qu'on sait qu'il
vient d'une institution publique dont on ne peut pas défaire la
réputation, à ce moment-là l'autonomie est aussi garantie.
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre.
Hébert :
…vous réalisez, là, que les personnes sont entièrement à la merci du CSSS, là,
pour recevoir des services. Et on sait très
bien, dans une étude qu'on a faite en Montérégie, que le taux de réponse aux
besoins en soutien à domicile varie de 6 % à 33 %, selon les
CLSC... de réponse aux besoins. Il y a des CLSC qui donnent un petit peu de services à tout le monde puis il y a des CLSC qui
donnent beaucoup de services à peu de personnes. Alors, il faut sortir
de ce système pour pouvoir redonner le pouvoir aux personnes et dire : Peu
importe où vous restez au Québec, vous avez
le même droit à recevoir des services financés par l'État et vous n'êtes pas à
la merci des décisions d'un établissement de santé… fussent-ils publics.
Et je pense que c'est ça que veut faire l'assurance autonomie, là. Il faut
réaliser ça.
y a une autre valeur. Et c'est ça que je voudrais que vous reteniez peut-être,
qu'une valeur supplémentaire, c'est l'autonomie des personnes. Et je
pense qu'elle est importante dans le domaine des soins aux... à l'autonomie,
des soins et services à l'autonomie.
Le Président (M.
Bergman) : Dre Kayal? Dr Vadeboncoeur.
M. Vadeboncoeur (Alain) : Honnêtement, je connais personnellement moins la
dynamique, là, des personnes handicapées.
parle peut-être un peu d'«empowerment» ici, de choix. Il peut y avoir... en
fait, il y a quand même un message qu'on peut voir là, c'est que, si
vous parlez des CLSC où il y a beaucoup de variabilité — et
pourtant ce sont des organisations, là,
constituées en lien avec les CSSS — on peut penser que cette variabilité-là
pourrait effectivement affecter les
organismes communautaires peut-être de façon encore plus grande. Je ne vois pas
comment ça pourrait être moins grand, de toute façon.
donc, bon, je comprends qu'il y a le choix, mais est-ce que la dynamique est la
même? Puis là je me pose la question
parce que je ne suis pas spécialiste de
la question. Mais, pour une personne âgée, donc, en perte
d'autonomie, donc, en déclin, souvent avec
des troubles cognitifs, est-ce que c'est aussi important que pour une personne handicapée plus jeune, si on veut, qui a peut-être 30, 40 ans à faire devant elle et pour qui l'enjeu
de l'autonomie n'est peut-être
pas sur les mêmes paramètres?
Ceci
dit, c'est plus une question que je pose, là. Je ne suis pas un spécialiste de
ces questions-là, dans ce sens-là. Mais je me pose la question. Une dame de 90 ans à
la maison, ce n'est probablement pas la même dynamique non plus, là.
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre, pour un commentaire final, il reste
moins d'une minute.
Hébert :
Les personnes âgées n'ont pas toutes des troubles cognitifs.
Alors,
il y a certaines personnes âgées qui vont préférer ce mode-là. Alors, il faut l'encadrer.
Et c'est ce que se propose de faire l'assurance autonomie.
dernier point : les CHSLD seront toujours nécessaires. Ce qu'on souhaite faire, c'est de les maintenir
mais de faire en sorte que ça ne soit pas la seule réponse à une personne âgée qui est en perte d'autonomie. Je
vous rassure tout de suite, on
investit d'abord, hein… on investit d'abord dans le soutien à domicile, qui
aura des impacts sur la progression ou le
développement de lits de CHSLD. Donc, les impacts seront ensuite. Et donc le
spectre du virage ambulatoire que vous évoquez ne s'applique pas ici. Et
même, écoutez, une chance qu'on a eu le virage ambulatoire, vous en
conviendrez, parce qu'on serait dans le
trouble, là, dans le système de santé québécois. Ça a été nécessaire pour
permettre qu'un certain nombre de soins
qui étaient auparavant faits à l'hôpital avec des durées de séjour très longues
ne soient plus à l'hôpital. Vous conviendrez que ça a été quand même une
réforme importante pour le système de santé.
Président (M. Bergman) : Malheureusement, le temps s'est
écoulé. Pour le bloc de l'opposition officielle, M. le député de
Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) :
Merci, M. le Président. Dr Vadeboncoeur, Dre Kayal, merci d'être ici.
J'ai lu votre
mémoire avec grand intérêt et je tiens à vous féliciter. Il est très bien fait.
Je ne partage pas nécessairement l'entité de votre mémoire au niveau des
recommandations, mais je peux vous dire que vous avez vu les écueils et vers quoi on s'en allait. Contrairement au
ministre, votre analogie avec le virage ambulatoire, elle est parfaite. Le
virage ambulatoire : excellente idée.
Dans le projet, ici, on a des très, très bonnes idées qui, en passant… Je pense
que vous pouvez témoigner que ce virage-là était déjà commencé depuis
plusieurs années. On a réorganisé les soins pour favoriser le maintien à domicile. On a quand même développé des
ressources intermédiaires. On sait qu'il n'y en avait pas assez à Montréal, qui était une problématique, mais qu'au
cours des années il s'en développe de plus en plus. Et également on veut utiliser les CHSLD pour les patients qui ont
vraiment besoin de soins de CHSLD. Et je rappelle qu'on a passé de ratios de 3,4, 3,5 lits par 100 personnes de 65
ans et plus, et on est rendu à des ratios qui peuvent varier entre 2,8 et 3.
Et, les meilleurs endroits, c'est autour de 2,5.
Mais ma
première question au Dr Kayal… C'est certain que vous, vous faites du maintien
à domicile. Vous devez être
consciente qu'il y a des patients qu'à un moment donné on ne peut pas maintenir
à domicile, même si on voulait puis même
si on mettait des ressources, tout simplement parce que leur condition ne le
permet pas. Je ne sais pas si vous êtes d'accord avec ça, là. Le
ministre l'a confirmé tantôt, mais j'aimerais ça l'entendre de votre bouche.
Le Président (M. Bergman) :
Dre Kayal.
Mme Kayal
(Dounia) : En fait, je ne
fais pas de maintien à domicile, mais je travaille en CHSLD. Donc, je
peux vous dire que, oui, les patients qui
sont là, pour la plupart, ils ont leur place là. Je sais que, bon, le ministre,
je pense… Le ministre Hébert, vous avez dit que c'était 35 % des
gens qui n'avaient peut-être pas leur place. Pourquoi pas?
Mme Kayal (Dounia) : Pardon?
Mme Kayal
(Dounia) : Le Vérificateur
général. Pardon. Pourquoi pas? Si plus de gens peuvent rester à
domicile, je ne suis absolument pas contre ça.
Ce qu'on dit, à MQRP, c'est qu'il faut que la
fermeture des lits soit complémentaire avec l'augmentation du financement puis des soins à domicile, que ça se
fasse de façon coordonnée. Et donc, oui, pour les soins à domicile, oui,
pour peut-être déplacer certains patients, qui sont en CHSLD, à domicile, mais
pas pour la fermeture massive de lits sans qu'il y ait une complémentarité dans
les actions.
Le Président (M. Bergman) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : M. le Président, juste pour clarifier la
question du 35 % à 40 %, là, c'est… À Montréal, on sait qu'il y a 40 % des patients qui
avaient un profil qui aurait pu être autre que CHSLD, mais la majorité de ces
patients n'étaient pas nécessairement à domicile. Ils étaient en ressources
intermédiaires. Et la problématique de Montréal, c'est qu'on avait… Puis ça, je l'ai évalué, je l'ai vu, comme ministre.
Puis j'ai visité les endroits, entre autres l'Institut universitaire. C'est tout simplement parce qu'il n'y
avait pas d'autre ressource. Également, ça n'amène pas une fermeture de lits de CHSLD. Les besoins vont être croissants à
cause de l'augmentation de la population de 65 ans et plus. Ce qu'on
peut faire, c'est, en faisant le virage vers
les maintiens à domicile, garder le nombre de lits et progressivement, plutôt
que d'ouvrir des lits à cause de la
croissance de la population, garder le même nombre de lits et de peut-être
aller vers un ratio de 2,5. Ça, je pense que même le ministre comprend
cette logique-là. Parce que, du jour au lendemain, on ne récupérera pas
350 millions de dollars dans le réseau de la santé.
D'ailleurs, le financement, puis vous en faites
mention, il n'y a aucun plan financier. Et, juste pour vous dire, le
100 millions de dollars, même si on continue dans le même système qu'on a
actuellement, réussirait à peine à combler…
En faisant le virage de maintien à domicile, on va être capable de donner plus
de services, mais c'est loin d'être attaché au niveau du financement,
parce qu'avec toutes les promesses qu'il y a dans le livre blanc ça va prendre
encore plus d'argent.
L'autre élément que nous n'avons pas, puis vous
avez touché ce point, c'est la question de la contribution de l'usager. Actuellement, honnêtement, c'est
directement dans la poche de l'usager. Parce qu'on va évaluer votre
besoin. Si votre besoin est à un certain niveau… Un exemple, là, je ne donne
jamais les mêmes chiffres parce que ça peut varier d'une fois à l'autre, là, si votre besoin est de 10 000 $, si
vous êtes quelqu'un qui n'avez pas de revenu, pas d'actif, de ce qu'on
comprend actuellement, c'est comme en CHSLD, ça va être gratuit. Mais, si vous
avez des revenus — puis
vous savez qu'au Québec la richesse est
considérée... vous êtes riches à partir d'un revenu de 40 000 $ — bien, à partir de ce moment-là, vous allez contribuer selon votre
revenu. Donc, vous allez être probablement dans les gens qui vont payer
les impôts, parce qu'on sait maintenant que
ça va être pris directement dans les impôts et transféré peut-être dans une
caisse autonomie. Et après, lorsque vous allez arriver pour retirer les
services, ce qui est très clair dans ce plan-là, c'est que les gens vont devoir
payer.
Ce qu'on ne
sait pas puis ce qu'on demande — je ne sais pas si vous trouvez ça
logique — c'est qu'avant
qu'on aille plus de l'avant avec un projet
de loi… qu'on nous dise, pour commencer, quand tu as a un besoin avec un
certain profil, ça vaut
combien. Puis, deuxièmement, cette personne-là, selon le revenu, elle va
contribuer de combien? Pourquoi? Pour un principe éthique que vous n'avez
pas mentionné — mais
vous avez parlé de l'éthique tantôt : avant de prendre une décision, on
peut-u avoir l'information? Il faut faire un consentement qu'on appelle
éclairé. Ça existe également, dans un système
de santé, d'avoir un consentement éclairé lorsqu'on prend des décisions de
gestion administrative ou d'organisation des soins.
Je ne sais pas, Dr Vadeboncoeur, qui est
familier avec ces concepts-là, si vous êtes d'accord avec ça?
Le Président (M. Bergman) :
Dr Vadeboncoeur.
Vadeboncoeur (Alain) : On n'a
pas fait appel à des économistes, là, mais on essayé d'analyser un petit
peu, et effectivement il nous semble qu'il y ait un flou, là, sur qu'est-ce qui
va se passer concrètement pour la personne. Et
ça doit nécessairement être défini. On peut parler du principe
utilisateur-payeur. Nous, on est contre le principe, mais on peut aussi
craindre l'application de ça. Et c'est clair que cette application-là pourrait,
dépendant de comment elle est dessinée,
restreindre l'accès ou non, mais probablement restreindre l'accès si c'est plus
ou moins bien. Ça fait que c'est clairement des choses qui devront être
précisées pour juste savoir comment ça va fonctionner.
Sur le fond,
nous, on est contre le principe, mais c'est clair qu'il faut aussi savoir le
comment, surtout si on s'en va vers ce type de financement là.
Le Président (M. Bergman) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : ...M. le Président. Surtout, vous savez, l'AQESSS
est venue ici, a dit : On donne notre accord au projet. Et tout le
monde donne son accord à ce projet-là, dans le sens du maintien à domicile, on
est tous d'accord avec ça. Par contre, ce qu'ils
disent : Vous savez, il faudrait peut-être savoir combien ça va coûter,
parce que, tout dépendant de combien
vous allez charger directement aux patients, tout dépendant de ce que vous
allez nous dire qu'on a comme
montant, nous autres, il va falloir qu'on fasse un choix dans l'offre de
services. Parce que, si vous avez seulement que 100 millions de
dollars avec ce que le ministre propose, c'est soit qu'il va charger cher soit
qu'il va beaucoup augmenter les impôts avec
une taxe autonomie où les établissements, comme ils ont souvent fait dans le
passé, ils ne seront pas capables de remplir 100 % des besoins.
D'ailleurs,
le ministre l'a dit, les gens… Au début, on s'était tous fait dire : Bien,
vous allez avoir tout ce que vous voulez
pour rester à domicile, puis on va mettre l'argent qu'il faut. Mais plus ça va,
puis plus on se rend compte que c'est un projet qui est très limité,
sans beaucoup plus de ressources, avec une grande transformation du réseau. Et,
l'autre élément, puis vous touchez ça très bien dans votre mémoire, on est en
train de briser l'intégration et la continuité des services. Une caisse
différente prise dans un autre contexte. Et là vous allez voir ce qu'ils
vont... Les établissements, il va falloir qu'ils
s'organisent pour dire… Puis, vous l'avez bien écrit, ils vont peut-être faire
des charges ailleurs que là-dedans.
Un exemple, en postopératoire, peut-être qu'on pourrait mettre ça dans les
services de l'autonomie plutôt que de mettre ça dans des soins aigus. Je
pense que vous avez touché ces points-là.
Pour le
moment, il faut donner quand même le bénéfice du doute au projet, mais il y a
de la clarification à apporter. Puis ça, on l'a toujours dit, si c'est
un bon projet, on va collaborer. Les grands principes, que ce soit n'importe
quel gouvernement, ça va être fait. C'est
fait, d'ailleurs, dans les autres provinces, dans les autres pays, mais la
manière dont c'est fait… et également
on veut savoir ça va coûter combien, au total. Parce qu'il va y avoir une taxe
qui par la suite va devoir être mise
soit par un impôt progressif ou une taxe spéciale. Il va y avoir un montant à
quelque part qui va être pris pour être capable de financer ça. Puis vous, vous voulez avoir également la
question, vous voulez avoir l'information, puis je pense que tous les
groupes doivent demander l'information pour savoir : Avant de partir en
projet de loi, ça veut dire quoi pour moi, comme citoyen?
Les gens qui
avaient des handicaps, vous savez, ils sont tous venus nous dire : On ne
serait pas supposés de payer, on ne payait pas avant, puis là on va être
obligés de payer parce que c'est une question d'équité.
En passant, l'équité,
là, c'est : tout le monde paie plus, dans le projet là. Pour ce qui s'agit
des soins, on est d'accord sur les principes. J'aimerais ça avoir vos
commentaires.
Le Président (M. Bergman) :
Dr Vadeboncoeur.
M. Vadeboncoeur (Alain) : En fait,
la question est fondamentale, parce que, bon, c'est clair que, s'il y a une
contribution, il faut savoir à quoi elle va être appliquée, à quel type de
soins.
On comprend
que les soins en dehors de l'hôpital, ce n'est pas nécessairement dans la Loi
canadienne sur la santé, là, c'est :
hôpital et médecins. Mais, si c'est des soins qui s'apparentent à des soins médicalement requis,
donc essentiels pour la personne, c'est clair, pour nous, que ça doit
être financé par l'État, là, parce que sinon, là, vraiment, on va avoir un
problème.
Donc, où va
se faire cette coupure-là? Ça va dépendre probablement du niveau de financement. Mais c'est clair
qu'il va y avoir une coupure, et il faut savoir où va être cette coupure-là. C'est
clair que, si on commence à parler d'AVQ,
que les gens vont devoir débourser, bien ça change vraiment
la dynamique par rapport à la dynamique actuelle où les auxiliaires
trois S sont fournis par le CLSC, et c'est couvert, généralement. Donc, je veux
dire, je pense que ces questions-là vont être fondamentales, parce qu'où va se
faire la coupure et de quel type de coupure vont dépendre vraiment les changements de dynamique? Et ça
pourrait être... Effectivement, c'est dramatique pour les patients que
ça change comme ça.
Bolduc
(Jean-Talon) :
...question — puis,
peut-être, j'aimerais avoir juste un oui ou non : Êtes-vous d'accord qu'avant
d'appuyer totalement un projet comme celui-là il faut au moins avoir toute l'information?
Le Président (M. Bergman) :
Dr Vadeboncoeur.
Vadeboncoeur (Alain) : C'est
ce qu'on a écrit, je veux dire, c'est clair : non seulement avoir l'information, mais avoir ce qu'il faut pour que ça
fonctionne aussi sur le terrain.
Le Président (M. Bergman) : Mme
la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Blais : Merci
beaucoup, M. le Président. Dre Kayal, Dr Vaillancourt, merci d'être… Vadeboncoeur… merci d'être
présents aujourd'hui.
Je partage
votre inquiétude en lien avec la diminution des ressources en CHSLD, et du
vieillissement accéléré, et de la fragilité évidemment de certaines
personnes qui veulent évidemment rester à la maison, mais un jour on ne peut
plus rester à la maison.
Il y a
une question qui n'a pas été abordée. C'est que je constate... Je discutais
avec un médecin qui fait des soins à domicile.
C'est qu'il existe très peu de médecins actuellement au Québec
faisant des soins à domicile et qu'on encourage peu le développement de médecins à domicile. On encourage davantage le
développement de médecins dans les hôpitaux. Et, si on veut prendre un virage de cette nature,
si on veut soutenir des personnes plus fragilisées, il va falloir que l'État,
le ministère de la Santé et que le ministre encouragent les
médecins à faire de la pratique à domicile. Sinon, c'est impossible. Moi, je considère que ce sont des voeux pieux, parce que
les médecins vont devoir repartir, comme à une certaine époque, avec
leur valise pour aller soigner les gens à domicile. Je voudrais savoir ce que
vous en pensez.
Le Président (M. Bergman) :
Dr Vadeboncoeur.
Mme Kayal (Dounia) : Je peux
répondre.
Le Président (M. Bergman) :
Dre Kayal.
Mme Kayal (Dounia) : Oui. Alors, c'est
vrai qu'il n'y a pas beaucoup de médecins à domicile. C'est vrai qu'il n'y a pas beaucoup non plus de relève par
rapport aux médecins qui vont à domicile, et je pense que... Je ne sais
pas si vous connaissez la Dre Geneviève
Dechêne. En fait, elle fait
partie de notre comité, et c'est elle qui milite beaucoup pour que les médecins choisissent de
plus en plus cette pratique-là qui
est très gratifiante, qui est extrêmement utile. Bien, je peux vous dire que, dans la formation des médecins au niveau de la
résidence, il y a eu des changements et qu'il y a de plus en plus de résidents en
médecine familiale qui vont faire des stages en CHSLD et aussi qui ont des
patients à domicile, qu'ils suivent.
Et donc je
pense qu'il y a quand
même une volonté dans les programmes universitaires d'aller vers ça, même si c'est absolument vrai que c'est une
très petite minorité des médecins de famille qui vont faire ça.
Le Président (M. Bergman) : Mme
la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Blais : Bien, je pense que ça devrait faire
partie de l'ensemble
de l'assurance autonomie qu'il y ait cette volonté
de faire en sorte qu'il y ait de
plus en plus de médecins pour se
déplacer à domicile si on veut vraiment
prendre ce virage. On ne peut pas dire aux
gens : Vous allez pouvoir vous procurer les soins, on vous donne l'argent
nécessaire, mais, si les... On peut
avoir la prestation, mais, si on n'est pas capable d'obtenir les services, bien
ce sera très difficile de le faire.
Et j'aimerais
laisser un peu de place à ma collègue mais seulement vous dire que je
suis, comme vous, inquiète du fait de
faire une caisse autonomie à part, sortir 4,3 milliards de dollars du ministère de la Santé pour mettre ça à la Régie de l'assurance maladie du Québec pour faire en sorte qu'il y ait
plus de fonctionnaires pour administrer ces 4,3 milliards de dollars
là, plus le 100 millions annuellement. Je trouve que ce n'est pas forcément nécessaire
et qu'on pourrait très bien
protéger les enveloppes.
Vous-même
avez dit que ce n'est pas par une caisse que les sommes d'argent
seront protégées, et je veux vous entendre un peu plus.
Le Président (M. Bergman) :
Dr Vadeboncoeur.
M. Vadeboncoeur (Alain) : Bien, en
fait, il y a plusieurs exemples de caisse — puis je pense toujours à l'assurance chômage, là — où le gouvernement peut décider autrement.
Et donc ce n'est pas une garantie d'étanchéité, puis je pense que tout
le monde peut s'entendre là-dessus. Il y a un aspect protection, bon, peut-être
un peu plus que si le budget est complètement fondu. Peut-être, peut-être pas.
Mais, nous, ce qu'on craint, c'est que ça crée
aussi certaines ruptures et que ça puisse poser des problèmes très concrets d'avoir
deux sources de financement pour des soins pour la même personne, peut-être
même par les mêmes professionnels. Et là, bien là, oui, on a certaines
inquiétudes par rapport à ça parce que c'est deux sources de financement différentes. Et donc quelle dynamique ça va
engendrer? Comment ça va s'harmoniser, tout ça? C'est des questions
importantes, là.
Président (M. Bergman) : Mme la députée de Gatineau, il vous
reste trois minutes.
Vallée : Merci, M. le Président. Bonjour, M. Vadeboncoeur. Bonjour, merci beaucoup de votre présentation. L'universalité, pour moi, au-delà de la question
des coûts qui seraient défrayés par les citoyens, c'est une question aussi d'accessibilité
partout sur le territoire. Et je me demandais si vous aviez aussi regardé cet
aspect-là. Parce que l'autonomie pour tous, c'est beau, mais dans quelle mesure
l'assurance autonomie pourrait être mise en oeuvre dans le Grand Nord? Dans quelle mesure l'assurance autonomie
pourrait être mise en oeuvre de façon universelle en Gaspésie, en Abitibi,
dans les régions rurales de l'Outaouais?
Moi, c'est la
question que je me pose. Et je me demande, de votre connaissance du terrain,
est-ce qu'on est rendus là. Est-ce qu'on est capables de dire : D'ici un
an, on pourra s'attendre à ce que tous les citoyens, que ce soient les aînés, que ce soient les handicapés qui
ont besoin de services, y auront accès? Est-ce que c'est réaliste ou
est-ce que c'est utopique? Ma collègue, tout à l'heure, parlait de la formation
des médecins. En avoir davantage qui vont à domicile,
c'est une chose, mais, en Outaouais seulement, on a tellement d'enjeux en
santé, avec l'accès à un médecin de famille…
moi, je ne le sais pas, mais les citoyens de chez moi, là, à Grand-Remous, à
Denholm, est-ce qu'ils vont vraiment avoir accès à des services s'ils
choisissent de rester à domicile?
Le Président (M.
Bergman) : Dr Vadeboncoeur.
M. Vadeboncoeur
(Alain) : Je ne peux pas dire que j'ai une familiarité avec les enjeux
régionaux de ces questions-là, mais j'ai l'impression qu'à peu près
tout le monde s'entend que ça ne peut pas se faire du jour au
lendemain.
ne peut être que quelque chose de
progressif, ne serait-ce qu'à cause des ressources professionnelles. Et
on aura beau, bon, aller chercher d'autres
types d'intervenants, les gens des EESAD, tout ça, c'est clair que, simplement
du point de vue médical, du point de
vue infirmier, tout ça, il y a des manques qui vont ne pouvoir que se combler
graduellement. Donc, nous, ce qu'on demande,
c'est qu'il y ait une prudence, certainement, pour ne pas revivre justement ce
qui a été mentionné par rapport au
virage ambulatoire, qui était une réforme probablement nécessaire mais qui a eu
des impacts parce que justement il n'y a pas eu la contrepartie externe,
et donc ça reposait davantage sur les familles.
Donc,
c'est cette dynamique-là qu'on veut éviter. C'est plus par intuition, mais je
dirais que ça ne peut être qu'une dynamique
progressive où il y a vraiment beaucoup d'évaluation, qui n'a pas d'impact
néfaste, là, dans cette expansion-là, qu'on
est capables de faire la job, autrement dit, pour les patients, parce que sinon
ça peut être un cul-de-sac aussi, là.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de Gatineau, il vous reste une minute
pour… Dre Kayal.
Mme Kayal (Dounia) : En fait, j'aimerais dire que, dans toutes les régions, il y a
probablement des entreprises d'économie
sociale en nombre très inégal, probablement que, dans le Grand Nord, il n'y en
a presque pas, mais, dans toutes les
régions, il y a des CLSC. Ça, c'est le message qu'on peut donner, c'est qu'en
développant les CLSC probablement qu'il y a des soins à domicile qui
vont se développer aussi dans toutes les régions.
Le Président (M.
Bergman) : Malheureusement, le temps s'est écoulé. Mme la
députée d'Arthabaska, du deuxième groupe d'opposition, pour une période de
4 min 30 s.
Roy (Arthabaska) : Bien, ce que vous venez de dire, «dans
toutes les régions, des CLSC», c'est en rapport avec votre point à la
page 6, l'individualisation. Si je reprends la phrase, c'est : «Il place
le patient, une fois évalué et son
allocation définie, devant des fournisseurs de soins hétérogènes au sein d'un
marché où il pourra magasiner parmi les prestataires habilités à fournir
les services.»
Vous
avez peur que ce soit inégal, si je comprends bien votre crainte, là, exprimée,
mais la plupart des intervenants qui sont venus nous dire ici qu'il y
avait des disparités entre chaque agence, entre chaque CLSC et entre chaque… et souvent dans un même territoire, deux CLSC,
dans un même territoire, voisins… Il y avait des différences dans les
allocations de services, dans les évaluations puis dans les clientèles. Donc,
les CLSC sont tous constitués en vertu de la
même loi, ils utilisent tous le même mode d'évaluation, puis ça fait des
différences, de toute façon. Moi, je me demande si on ne pourrait pas faire plus confiance à la personne qui choisit les
soins pour aller choisir le prestataire de services qui lui convient plutôt que de… rendre tout ça
homogène — je vais
prendre un mot plus facile — rendre tout ça homogène et que ça ne
fonctionne pas, là, de faire du mur-à-mur.
Le Président (M.
Bergman) : Dr Vadeboncoeur.
M. Vadeboncoeur (Alain) : Je pense qu'il n'y a pas de réponse «noir ou
blanc», à cette question-là, totale, là.
qui est clair, c'est que, si, dans des organismes publics, il y a déjà beaucoup
de disparités, je présume qu'il peut y en avoir encore plus en des organismes
qui sont encore plus disparates, là.
Ceci dit, l'autre
question que je me pose, c'est : Est-ce qu'une personne fragile, en perte
d'autonomie, est en mesure justement de… je
ne sais pas comment dire ça, magasiner, ou de choisir, ou d'essayer des trucs
comme ça? Ma perception des personnes
âgées rendues là, c'est que, bon, la continuité est tellement importante, je ne
pense pas qu'elles sont en position
non plus, elles n'ont pas de rapport de force par rapport à des gens ou des
organisations. Le service devient extrêmement important, d'autant plus
vers ces personnes-là. Ceci dit, ce n'est sûrement pas noir ou blanc, là. On
comprend que, si on a un choix de personnes qui peuvent nous aider, on va en
trouver des fois des meilleures, des fois des moins bonnes.
Est-ce
que c'est le meilleur choix de construire le système comme ça? C'est là-dessus
qu'on a des réserves importantes. C'est dans ce sens-là.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée d'Arthabaska.
Roy (Arthabaska) : C'est comme vous dites, on voit le verre à
moitié plein ou à moitié vide. Bien, moi, je pense aussi que le fait de pouvoir choisir le service que l'on veut, ça
crée, on va dire, compétition, mais plutôt peut-être prime à une… Si on peut choisir, il y a une prime
à rendre un service efficace parce que sinon le prestataire de services
ne donnera plus de services. Puis, si la
personne qui n'est pas en perte cognitive, là, on s'entend, est capable d'avoir l'autonomie de dire : J'aime mieux
une femme, un homme, une personne de mon village, une personne que je ne
connais pas, pour des soins intimes, admettons, il me semble, ça fait aussi
partie de son autonomie que de pouvoir choisir qui lui donne ces services.
Le Président (M.
Bergman) : Dr Vadeboncoeur? Dre Kayal.
Mme Kayal (Dounia) : Oui. Je comprends ce que vous voulez dire. Mais ça n'empêche pas que,
dans les CLSC, il puisse y avoir une flexibilité dans les services
aussi. Si, par exemple, il y a une personne qui n'est pas appropriée, qui ne s'entend pas bien avec le patient, on peut
toujours changer. Ce n'est pas non plus une règle d'or, là, que, s'il y a
une personne qui vient chez le patient… que
ça doit être la même personne qui reste. Donc là, on a aussi le choix à
travers le système public.
Le Président (M.
Bergman) : Malheureusement…
Roy (Arthabaska) : De mon expérience de députée, pour avoir
rencontré plusieurs personnes qui viennent nous voir, les systèmes de
santé sont tellement gros que c'est difficile, je peux vous dire, d'avoir cette
souplesse-là. Mon expérience de députée date d'une dizaine d'années, puis on a
travaillé avec… j'ai travaillé avec quatre CLSC différents sur les territoires de mes deux comtés, et puis l'expérience
m'amène à penser que c'est très lourd, c'est très lourd de discuter avec eux autres. C'est peut-être même
plus facile de discuter avec des prestataires ou des groupes communautaires.
Le Président (M.
Bergman) : Dre Kayal, pour une très courte réponse.
Mme Kayal (Dounia) : Oui. Non. Mais en fait je comprends ce que vous voulez dire. Les
entreprises d'économie sociale, je ne pense pas qu'elles ont la
possibilité non plus de permettre une continuité de soins qui fasse en sorte
que le patient soit satisfait si jamais ça
change tout le temps. Donc, je ne sais pas comment on peut dire que la personne
est complètement autonome, satisfaite alors
qu'il y a plusieurs personnes qui viennent chez vous, alors qu'avec le CLSC
ça serait une seule personne, ça serait vraiment très direct, et elle aurait le
choix aussi de négocier avec cette personne-là si jamais il y a quelque chose
qui ne va pas, comme on le voit aussi dans les CLSC où il y a des situations où
ça ne marche pas bien.
Le Président (M.
Bergman) : Malheureusement, le temps s'est écoulé.
Vadeboncoeur, Dre Kayal, merci pour votre présentation, merci d'être ici avec
nous aujourd'hui et partager votre
expertise.
je demande aux gens de la confédération des organisations des personnes
handicapées du Québec pour prendre place à la table et je suspends pour
quelques instants seulement.
(Suspension de la séance à
12 h 29)
Président (M. Bergman) : À l'ordre, s'il vous plaît! Alors, on souhaite la bienvenue à la
confédération des organisations de personnes handicapées du Québec.
Bienvenue. Pour fins d'enregistrement, on a besoin de vos noms, de vos titres.
Et vous avez 10 minutes pour faire une présentation. Alors, le micro, c'est à
vous.
M. Lavigne
(Richard) : Merci, M. le Président, merci de nous recevoir encore une fois.
Bien là, moi, je me présente, je suis
Richard Lavigne, je suis le directeur de la COPHAN, la Confédération des
organismes des personnes handicapées du Québec.
Mme Vézina
(Véronique) : Bonjour. Véronique Vézina, présidente de la COPHAN.
M. Lavigne (Richard) : La dernière fois qu'on s'est vus, messieurs dames de la commission,
on a parlé de mourir dans la dignité.
Aujourd'hui, on va parler de vivre dans la dignité, parce qu'il
semblerait que le livre blanc nous propose un
certain nombre de choses pour… nous, on considère que c'est des choses qui
devraient être améliorées de façon à permettre, à assurer l'autonomie et la
dignité des personnes.
Bon,
comme vous savez, la COPHAN, c'est un organisme provincial qui regroupe 55
regroupements de personnes et d'associations
de personnes qui ont l'ensemble des limitations fonctionnelles. La mission de
la COPHAN, c'est de rendre le Québec
inclusif. La COPHAN ne peut pas faire ça toute seule. Mais notre mission, c'est
d'essayer de contribuer à ce que le Québec
soit inclusif afin d'assurer une pleine participation sociale des personnes qui
ont des limitations fonctionnelles et de
leurs proches. Ce qu'on va vous dire durant les 10 prochaines minutes, je crois
que vous l'avez déjà entendu ou que vous le réentendrez encore en certains éléments, la preuve qu'il y a des
consensus quand même qui existent dans nos milieux. Je parle notamment du milieu des personnes qui sont en
situation de handicap et, à certains égards, avec d'autres
communautés, notamment nos aînés.
COPHAN et le milieu des personnes qui ont des limitations fonctionnelles, on
travaille depuis plus de 30 ans, et c'est
assez intéressant de voir ce qui s'est passé notamment en 1984, lorsqu'on a
travaillé sur une politique gouvernementale qui s'appelle À part… égale. Je vais vous en lire un petit bout, de ce
qui était dans cette politique-là. On parle d'il y a 30 ans. L'objectif
principal, c'était «d'assurer, dans les faits, des politiques nationales jusqu'au
quotidien de chacun et de chacune, [des] conditions véritables de l'exercice
des droits de la personne pour les personnes [ayant des limitations fonctionnelles], sans discrimination». La
section
sur le soutien à domicile, on y précise que — et vous allez voir qu'on est encore à date, hein — «l'accès aux services de [soutien] à domicile pour
toutes les personnes qui les requièrent dépend d'un choix
politique — ça,
c'est toujours le cas. Ce secteur doit être perçu comme un des domaines
prioritaires de développement. […]Il ne suffit pas de permettre à une personne
de demeurer dans son domicile; il faut aussi lui permettre de participer
aux activités de sa communauté en adaptant les moyens de cette participation.»
Tout comme vous, on
lit toutes sortes de rapports, hein, que ce soient le Protecteur du citoyen, le
Vérificateur général, le Commissaire à la santé, et d'autres… santé et
au bien-être, et on remarque, d'année en année… et il n'y a pas juste la COPHAN qui se répète,
ceux-là aussi. Ils se répètent, ces gens-là, en questionnant un certain nombre
de problématiques notamment sur les services de soutien à domicile. Et, lorsque
nous, à la COPHAN, on parle avec nos membres,
on se rend compte que ces rapports-là souvent sont en deçà de la réalité, c'est-à-dire
que, sur le terrain, pour toutes sortes de raisons, ça ne va pas si bien
que ça, même que ça va même très mal. On parle de services de soutien à
domicile. C'est quand même quelque chose de très fondamental pour les
personnes.
Alors, nous, à la
COPHAN, on a préparé un certain nombre d'orientations et de recommandations, et
notre présidente va vous les lire
rapidement. Et je profite de l'occasion pour vous remercier de nous accommoder,
compte tenu que des fois on lit moins
vite que les autres, donc peut-être de nous accommoder quelques minutes pour
pouvoir permettre à notre présidente de terminer la présentation.
Le Président (M.
Bergman) : Certainement. Certainement.
M. Lavigne
(Richard) : Merci, M. le Président.
Mme Vézina (Véronique) : Merci. Bien, tout d'abord, avant de vous présenter les recommandations, simplement vous mentionner
que, la façon dont on a procédé pour arriver à ces recommandations-là, on est partis de neuf principes qu'on avait adoptés en 2012, lorsqu'on a fait des travaux sur la
compensation des coûts liés aux limitations fonctionnelles. Ces neuf principes-là ont guidé notre réflexion
sur la réforme qui est proposée pour les services de soutien à domicile. On ne vous citera pas
les neuf principes. Peut-être, le principal qui a été utilisé dans notre
réflexion, c'était de réduire de façon significative les conséquences
physiques, financières et sociales liées aux déficiences, aux incapacités et
aux situations de handicap.
La première
recommandation et, je dirais, la principale de nos sept recommandations est de
prendre le temps d'impliquer l'ensemble des
acteurs québécois dans la réforme des services de soutien à domicile par la
création d'un groupe de travail
national, incluant notamment les représentants du milieu d'action communautaire
autonome des personnes ayant des
limitations fonctionnelles et leurs familles. Donc, les sous-recommandations
sont de suspendre les travaux actuels avant d'aller de l'avant et d'adopter
un projet de loi, de constituer une instance, on l'a dit, pour laquelle on
suggère les quatre mandats suivants :
de construire une analyse commune de la situation; de proposer des actions à
court terme pour améliorer les services de soutien à domicile; de
réfléchir à la gamme de services en soutien à domicile; de proposer, d'ici juin
2015, un ensemble de recommandations concernant notamment le mode d'organisation
des services, la couverture des services, les mesures transitoires, la
formation du personnel et les modalités de suivi.
Notre
deuxième recommandation est d'assurer l'accès et la gratuité des services de
soutien à domicile à toutes les personnes
ayant des limitations fonctionnelles, sans égard à la nature ou à la cause de
la déficience ou de l'incapacité, à l'âge,
au revenu ou au lieu de résidence. Comme sous-recommandation, on dit aussi qu'il
faut que cette gratuité et cet accès de
services là se fassent et que la personne puisse choisir le mode de prestation
qu'elle veut. Ça veut aussi dire d'inclure les jeunes de 18 ans et moins dans les personnes admissibles aux services et
de valoriser et reconnaître la contribution des proches en leur
accordant une compensation financière.
Notre troisième
recommandation : bonifier l'Outil d'évaluation multiclientèle afin qu'il
supporte la mise en oeuvre de volets complémentaires aux services existants ou
la création de nouveaux services au sein du réseau de la santé et des services sociaux et des autres
réseaux. Les sous-recommandations sont donc de développer un outil d'évaluation
complémentaire à l'OEMC, au SMAF, tenant compte de l'ensemble des besoins de la
personne; d'assurer une utilisation uniformisée des outils et la réévaluation
des besoins, lorsque nécessaire; d'assurer une formation initiale et continue
des intervenants sur l'ensemble de ces outils puis d'appliquer l'obligation d'impliquer
les personnes et leurs proches dans l'élaboration de leurs plans de services.
Notre
quatrième recommandation : s'assurer que l'organisation des services de
soutien à domicile mette les personnes au
centre des préoccupations en permettant un choix libre et éclairé et en
assurant l'équité, la qualité, l'efficacité et la simplicité.
On recommande donc
que les services supportant le soutien à domicile soient développés en s'assurant
d'améliorer de manière significative les
conditions salariales de l'ensemble du personnel offrant des services de
soutien à domicile, par exemple, en adoptant un décret inspiré de celui du Décret sur
le personnel d'entretien des édifices publics; de réunir une instance
nationale sur le chèque emploi-services; de développer les différents modes de
prestation de services au sein de chaque réseau local de services dans le
respect des réalités régionales; de concerter les différents prestataires de services afin que les différents
modes de prestation de services s'adaptent aux besoins des personnes, et
non l'inverse; de former le personnel de
chaque mode de prestation de services en incluant les personnes ayant des
limitations fonctionnelles et leurs groupes communautaires dans l'élaboration,
la dispensation et l'évaluation des formations; puis de créer des instances
régionales pour la qualité des services de soutien à domicile.
Notre
cinquième recommandation : s'assurer que celles et ceux qui sont payés pour
gérer le système assument la responsabilité en cas de mauvaise gestion.
On recommande de faire en sorte que la procédure d'examen des plaintes soit un mécanisme clair, simple et efficace qui facilite les recours puis de
suspendre l'application d'une décision, lorsqu'une plainte est déposée,
avant que le processus ne soit terminé.
La sixième
recommandation : préserver l'autonomie des organismes d'action
communautaire autonome et assurer leur
financement à la mission globale, donc de respecter l'autonomie des organismes,
de financer les organismes d'action communautaire à la mission globale,
et non par entente de service, en incluant la couverture des besoins liés aux
limitations fonctionnelles.
dernière recommandation, c'est d'assurer le financement des services de soutien
à domicile par le biais des impôts, des taxes des particuliers et des
entreprises et des revenus des sociétés d'État.
Pour terminer — ça
résume un petit peu ce qu'on disait dans nos recommandations — au
fil des années, la COPHAN a indiqué aux
différents gouvernements la nécessité de services de soutien à domicile axés
sur la participation sociale des personnes ayant des limitations
fonctionnelles. La création d'une assurance autonomie représente une politique À part entière... À part... égale,
excusez, qui a été adoptée en 1984. Pour y arriver, le Québec doit prendre le
temps de parvenir à un consensus fort pour
une réforme d'aussi grande envergure. Tous les efforts financiers et
organisationnels ne suffiront pas à atteindre les objectifs voulus sans la
concertation à laquelle la COPHAN invite le gouvernement et les autres acteurs
concernés.
ce sens, la COPHAN est disponible pour l'identification des enjeux à aborder et
des pistes de solution à mettre en oeuvre autant à court terme pour
éteindre les feux qu'à moyen terme pour un système assurant l'autonomie de
toutes et de tous. Merci.
Président (M. Bergman) : Merci pour votre présentation, Mme
Vézina, M. Lavigne. Alors, maintenant, pour le bloc du gouvernement, M.
le ministre.
Hébert : Merci beaucoup, Mme Vézina, M. Lavigne, de votre
présentation. Ce n'est pas la première fois qu'on se rencontre, ce n'est
sûrement pas la dernière sur ce projet-là.
Et je vais peut-être
commencer par la fin en vous réitérant que le financement sera à partir de l'impôt,
comme vous le souhaitez. Je l'ai réaffirmé
ce matin à l'Assemblée nationale et donc je peux vous rassurer là-dessus.
Votre recommandation six, vous devez être
contents de l'annonce, qu'on a faite hier, de 54 millions de plus pour les
organismes communautaires, pour le
financement de la mission globale. Ça ne s'était jamais vu depuis les 20
dernières années. Et nous avons donc répondu à l'appel des organismes
communautaires pour rehausser le financement à la mission globale.
Évidemment, écoutez,
la première recommandation que vous faites, d'arrêter les travaux en cours, je
ne la reçois pas. Je pense qu'il y a
urgence, il y a urgence surtout dans le secteur personnes âgées. Vous ne le
percevez pas peut-être de façon aussi aiguë, de pouvoir redonner aux
personnes une liberté et une autonomie dans les décisions, qui est absolument
importante et que vous avez gagnée au fil des années au niveau des personnes
handicapées mais qui est complètement
absente pour les personnes âgées. Alors, il y a urgence, et nous allons donc
continuer à faire ces travaux-là. Nous
avons même prévu une implantation progressive de l'assurance autonomie pour que
les personnes avec déficience physique et intellectuelle… il y ait une
implantation en 2015 et en 2016.
Alors, si je
comprends bien, contrairement à d'autres groupes qui sont venus ici et nous ont
dit : Non, nous voudrions que les
personnes handicapées aussi soient... puissent avoir accès à l'assurance
autonomie dès l'implantation, vous,
vous nous dites : Il faut retarder cette implantation-là. Est-ce que je
comprends bien que ce serait votre souhait que les personnes handicapées
ne fassent pas l'objet de la couverture de l'assurance autonomie, dans un
premier temps?
Le Président (M.
Bergman) : M. Lavigne.
M. Lavigne (Richard) : Merci, M. le Président.
Écoutez, une petite réaction. Puis notre présidente, qui est quand même
notre spécialiste dans le soutien à domicile… Vous pardonnerez ma généralité
dans ce dossier-là.
Pour
ce qui est de retarder, puis nous, on demande de suspendre les travaux, tout
ça, ce n'était pas pour le plaisir de revendiquer ça qu'on l'a écrit, c'est
qu'on veut bien que les choses soient bien préparées.
Et, pour ce qui est des personnes qui ont des
limitations fonctionnelles, parmi lesquelles il y a de plus en plus de
personnes qui composent nos aînés, nous, on pense qu'il faut bien… tant qu'à
refaire, il faut prendre le temps de bien refaire. Parce que vous nous disiez, M. le
ministre, tantôt que, oui, les personnes handicapées, elles ont obtenu
le libre choix avec le chèque emploi-services, et tout ça. Une fois qu'on a dit
ça, il y a énormément de problèmes. Puis, pour
avoir un… pour choisir, il faut avoir un véritable choix. Je vous dirais que,
dans certains territoires, le choix n'existe pas. C'est entre le chèque emploi-services ou entre… C'est souvent le
chèque emploi-services ou rien. Alors, ça, ce n'est pas un choix pour nous, ça. Alors, nous, on
propose de faire une réflexion pour s'assurer d'une complémentarité, que
les ressources soient bien formées, soient
bien rémunérées. En tout cas, je ne referai pas toutes les recommandations,
mais nous, on pense que c'est tellement important que je crois qu'il y a
urgence, mais il y a urgence de prendre son temps, d'une certaine manière, de bien faire les choses. Je ne
dis pas que les choses vont être mal faites, mais, si on les fait
rapidement, on a plus de chances d'échapper.
Ceci étant dit, vous prenez vos décisions. Les
organismes communautaires, oui, on est contents. Hier, j'ai participé à cette annonce de la solidarité, là,
et, oui, c'est très important que le gouvernement continue, développe
son soutien aux organismes communautaires.
Nous, ce qu'on dit, dans le fond, c'est qu'il faudra faire attention. La
nuance entre le financement à la mission
globale et des fameuses ententes de service, il faudra être très prudent. Je
pense, M. le ministre, on en a déjà parlé. À un moment donné, quelqu'un
qui accepte un contrat, bien, dans le contrat, il y a des obligations, notamment qu'on arrête de se faire dire que, si c'est
un groupe communautaire, ou une entreprise d'économie sociale, ou le
secteur privé qui donne un service… qu'il n'y a pas de mécanisme de plainte
parce que ce n'est pas celui du CSSS. En
tout cas, on se le fait faire, le coup : Ah, mais c'est communautaire, ils
sont autonomes, arrangez-vous. Puis on sait très bien que, même lorsqu'il
y a des mécanismes de plainte officiels dans la
loi sur la santé, ce n'est pas
évident.
Le dernier
commentaire sur votre premier commentaire, c'est la gratuité. Rien n'est
gratuit dans ce bas monde. Moi, quand
j'ai ma paie, je me rends compte que rien n'est gratuit à toutes les deux
semaines. C'est correct. Nous, ce qu'on dit, c'est que… Puis ça, M. le ministre, j'aimerais ça à un moment donné qu'on
ait une réponse parce qu'il y a effectivement, dans votre livre blanc,
cette fameuse possibilité de contribution… en tout cas, tarification,
contribution ou je ne sais plus. En tout
cas, ça va coûter quelque chose. Est-ce qu'on va peut-être finir par savoir,
là — j'imagine
qu'un jour vous allez l'annoncer — qu'est-ce qu'on entend par
«les personnes qui ont les moyens»? Parce que, les personnes que nous, on
représente, effectivement il y en a beaucoup qui sont très pauvres, il y en a
beaucoup qui sont très, très pauvres, puis il y a beaucoup qui sont pauvres,
puis il y en a beaucoup que c'est classe moyenne faible. Les personnes
handicapées millionnaires, il n'y en a pas gros. On en voudrait plus, mais il n'y
en a pas.
Alors, quand
qu'on dit «les contributions», est-ce qu'il va y avoir un seuil? Et, ce
seuil-là, on ne le connaît pas. On ne
le connaît pas pour des raisons que je ne connais pas, mais est-ce que vous
seriez… Est-ce que, dans vos réflexions, M. le… Est-ce que le ministre,
dans sa réflexion, M. le Président, a commencé à réfléchir? Quel est ce fameux
seuil? Et ça va être pour quels types de service? Puis, quand on parle… juste
pour terminer, lorsqu'on parle d'étudier, c'est qu'actuellement, pour toutes
sortes de raisons, l'ensemble des besoins de soutien à domicile ne sont pas
prévus parce que l'évaluation est, je
dirais, parfois différente et parfois, je dirais, même assez souvent,
incomplète, notamment sur toute la question de la participation sociale.
Alors, j'avais
une question, M. le Président, pour le ministre. Dans le fond, c'est : Y
a-tu un chiffre quelque part en termes de contribution, à partir de
quoi? Puis comment ça va marcher? Parce que, là, nous, on ne le sait pas. On comprend qu'on n'en veut pas, de contribution,
mais, s'il y en avait une, comment le ministre voit ça? À partir de quel
salaire, de quel revenu annuel de la famille? Puis, dans ces revenus-là, est-ce
qu'on va tenir compte des dépenses qu'on assume pour limitations
fonctionnelles? Tu sais, c'est toutes des questions qui restent en suspens.
Le Président (M. Bergman) :
M. le ministre.
Hébert :
Comme je vous l'ai déjà dit, M. Lavigne, nous réitérons, et d'ailleurs c'est
écrit noir sur blanc dans le livre blanc, le positionnement du livre À
part… égale , où la gratuité des services publics est assurée. Et je pense
que je vous le réitère.
Mais,
concernant l'urgence, là, moi, j'entends, là, des personnes handicapées, là,
actuellement qui sont obligées de s'en
aller en CHSLD parce qu'on ne peut pas augmenter le nombre d'heures de service.
Et moi, je trouve ça déplorable, là, personnellement. Et l'assurance
autonomie vise à régler ce problème-là. Les gens vont avoir une allocation qui
va leur permettre soit d'aller en CHSLD ou
de rester à domicile, et ça, ça permet aux gens de pouvoir avoir les services
à domicile. Actuellement, là, lorsqu'il y a
un plafonnement de l'offre de services du CSSS, la seule solution, c'est
d'aller en CHSLD. Mais moi, je trouve ça
déplorable. Et je pense qu'il faut renverser ça. Il faut redonner aux gens un
véritable choix, comme vous le dites,
là. Et je vois une certaine urgence aussi pour les personnes handicapées plus
jeunes et je ne comprends pas que vous disiez : Il faut attendre,
il faut réfléchir, il faut mettre en place un groupe de travail.
Il y a
urgence, là, il faut faire de quoi pour ces gens-là qui sont obligés de s'en
aller en CHSLD, là, actuellement.
Le Président (M. Bergman) :
M. Lavigne.
M. Lavigne (Richard) : M. le Président,
moi, je veux bien croire le ministre. Puis effectivement il y a des situations
inacceptables, là, on en a tous vu, connu, mais en quoi il faut attendre l'assurance
autonomie pour régler la question dont vous parlez, là, le nombre d'heures?
Écoutez, là,
nous, on vous l'a dit, M. le ministre, que, s'il y a une assurance autonomie,
parce que, pour nous, c'est une bonne nouvelle, parce qu'on pense que c'est
le moment de régler des problèmes… Pourquoi on demande de bien réfléchir? Justement, c'est parce qu'on ne veut
pas que les choses s'implantent tant que les gens ne sont pas prêts.
Est-ce que le réseau va tout être prêt, les
groupes vont tous être prêts le 1er avril 2014 à tout faire entrer ça? Je ne
suis pas convaincu. Alors, pour nous, l'objectif,
c'est l'amélioration des services, la mise en place de conditions gagnantes
pour notre indépendance, notre autonomie comme personnes. Et je crois que, si
le ministre nous garantit que tout va être réglé le 1er avril 2014, que tous les intervenants pivots, les grilles d'évaluation
vont être complétées par des évaluations sur la participation sociale,
si tous les types de prestataires vont être réorganisés de manière à avoir des
bons salaires, de bonnes formations, je dis oui tout de suite. Je ne consulte
même pas la COPHAN, mes patrons.
Si tout est
prêt, on dit oui. Mais on n'est pas sûrs, M. le ministre, que ça va être prêt.
On n'est pas sûrs. C'est ça.
Hébert : M.
Lavigne, on va vous rassurer. D'ailleurs, l'association québécoise des
établissements qui est venue devant nous nous dit qu'ils sont prêts et qu'ils
voient l'urgence d'agir de cette façon.
Je vous dis tout de suite que l'Outil d'évaluation multiclientèle intégrera un outil de participation sociale et une évaluation des besoins des proches aidants. Alors, c'est déjà
dans le collimateur. Ils sont en train de compléter l'informatisation actuellement
de ces deux composantes-là supplémentaires. Alors, c'est une autre recommandation
que nous entérinons. Vous savez, il y a
un momentum, hein? Quand il y a un momentum, il faut profiter du
momentum pour être capables de faire les changements dont le Québec a besoin.
Je voudrais
aussi, comme l'a souligné le Comité d'action des personnes vivant des
situations de handicap, hier, vous
dire que le chèque emploi-services est là pour rester. Le chèque
emploi-services, avec des modalités qui assurent la qualité de la
formation et la qualité de l'intervention des personnes qui le reçoivent, est
là pour rester. Et j'ai très bien accueilli
les banques de ressources hier qui ont dit qu'ils étaient prêts à agir, à faire
ce genre de fonction d'assurance qualité, de recrutement et même de
gestion pour certaines personnes qui ont de la difficulté. Je pense que c'est
un modèle intéressant, et on va le retenir comme une des modalités, et je tiens
à vous rassurer là-dessus.
Quand vous
nous parlez d'une recommandation sur… Quand vous nous parlez de l'autonomie des
personnes, l'autonomie décisionnelle, c'est vraiment
en plein dans la lignée de l'assurance autonomie, dans les valeurs de l'assurance
autonomie.
Le Président (M. Bergman) :
M. Lavigne.
M. Lavigne (Richard) : Bien, oui. Écoutez,
je pense qu'on s'entend tous sur les principes, sur les grands enjeux. Le
problème, c'est : Comment on va vérifier que le fait d'implanter une
assurance autonomie va régler les problèmes?
Nous, c'est ça, la question. Ce n'est pas parce qu'on rebrasse des choses, nécessairement, que tout se
règle comme par enchantement.
Moi, je vous
crois, M. le ministre. À nos niveaux, ici, aujourd'hui, je pense qu'on s'entend
tous. Mais il y a un paquet de monde
en arrière qui doivent s'ajuster : les personnes qui utilisent les
services, les personnes qui les donnent, les organisations qui les
gèrent, et on arrive au mois de novembre, là, bientôt et on n'a pas vu le
projet de loi encore. J'imagine qu'on va
voir ça rapidement, parce que, là, ça a l'air qu'on va travailler au lieu d'aller
voter. C'est merveilleux, O.K.? Mais nous, on vous dit que c'est la meilleure
opportunité qu'on a pour profiter de la chose, pour les régler. Le chèque emploi-services, oui, il est là pour
rester, mais j'espère qu'il ne restera pas comme qu'il est là, hein, dans le
sens où les personnes qui donnent des
services doivent avoir de la formation, des conditions de travail dignes de ce
nom. On ne parle pas d'aller donner
une bière à quelqu'un sur un coin de table, là, hein, on parle de services
souvent assez spécifiques, hein?
Puis les entreprises d'économie sociale ont
développé beaucoup l'aide domestique, mais est-ce qu'on va être capable de s'assurer que ces entreprises-là vont
être capables de rattraper la balle? Vous dites qu'il y en a un certain
nombre qui le font déjà, vous dites, la
moitié ou 40 %. Je ne suis pas
convaincu que c'est aussi important que ça, mais, bon, vous le savez
mieux que moi. Mais, nous, ce qu'on entend, c'est qu'il y a des difficultés
même pour l'aide domestique.
Alors, je
comprends tout ça, là. Mais nous, on espère — admettons que vous décidez de procéder
rapidement — qu'on
va être capables, dans le processus, de travailler pour corriger les choses
quand même, tiens.
Le Président (M. Bergman) :
M. le ministre.
Hébert :
…sur le chèque emploi-services, là. Vous l'avez évoqué, là. Quelles sont les
mesures qui devraient être mises en place pour améliorer le chèque
emploi-services?
Le Président (M. Bergman) :
M. Lavigne.
M. Lavigne (Richard) : Je vais laisser
Mme Vézina, là, parce qu'on rentre dans le pointu un peu, puis je compléterai
après.
Le Président (M. Bergman) :
Mme Vézina.
Mme Vézina (Véronique) : En fait, il y a
plusieurs améliorations qui devraient être faites.
Il y a d'abord la question de la formation de
ces employés-là. Souvent, les formations qui sont offertes sont standardisées. Et actuellement les formations qui
sont offertes à ces gens-là fonctionnent de la façon dont on fonctionne,
exemple, dans un hôpital ou dans un établissement du réseau de la santé pour
donner les services, alors que les installations à domicile sont tout à fait
différentes.
Donc,
je crois qu'il y a une formation qui est nécessaire, mais une formation qui
doit être développée pour s'adapter aux besoins variés des personnes,
qui vivent à domicile, et aux installations qui peuvent être différentes mais
aussi qui tient compte de la volonté des personnes parce
que souvent les formations qu'on donne amènent une certaine rigidité dans la façon dont on donne les services,
et il y a certaines personnes à qui ça peut amener différents problèmes
ou différentes difficultés. Donc, il y a une
formation à développer qui doit être similaire mais avec certaines variantes
pour les personnes qui donnent des soins à
domicile et qui ne sont pas des gens qui sont régis par le réseau de la santé.
Il y a aussi toutes les conditions de travail de ces personnes-là. On
sait qu'actuellement le salaire est très bas, ce qui rend difficile le recrutement. Il y a beaucoup de… je
dirais, d'autres éléments, comme les déplacements, certains accès à des…
la vaccination. Si les personnes veulent aller se former, elles ne sont pas
payées. Il y a différentes difficultés qui sont liées à ça et qu'on devrait
améliorer.
Ensuite,
il y a toute la question, je dirais, de la relation entre l'employé et l'employeur.
Souvent, la personne qui vient donner
le service ne considère pas la personne qui reçoit le service comme son
employeur. Donc, de bien cerner, autant chez les travailleurs que chez
les personnes qui engagent ces personnes-là, la relation employé-employeur.
Le Président (M.
Bergman) : Merci. M. Lavigne.
M. Lavigne (Richard) : …la question de la protection en cas de maladie aussi, M. le Président.
Il y a des blessures, hein? Quand on donne de ce genre de services là,
il y a un risque de blessures, il y a un risque d'attraper des… ou de
transmettre des difficultés, là, des maladies ou je ne sais pas trop, là.
Alors,
c'est pour ça que nous, on dit : Oui, mais il faut qu'on travaille
là-dessus. Comment on peut faire ça? On me dit, moi, que, même dans le réseau de la santé, là où c'est plus, entre
parenthèses, parce que je le mets entre parenthèses, payant, fermez la parenthèse, on a de la misère à
recruter puis à garder des préposés pour le maintien à domicile parce
que ce n'est pas évident. Ça fait qu'imaginez-vous
dans le réseau du chèque emploi-services, et je ne vous parle même pas
des organismes communautaires, des entreprises d'économie sociale, là. On
réfère à des choses… Et je crois, M. le ministre, que… ce que je comprends, c'est
que vous êtes ouvert à regarder ça. Est-ce que je comprends bien?
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre.
Hébert : D'ailleurs, dans l'annonce du pilier de solidarité,
hier, il y a eu une mesure concrète, là, pour faire en sorte que ces travailleurs d'organismes
communautaires ou d'entreprises d'économie sociale ou ces travailleurs
autonomes dans le cadre du chèque
emploi-services puissent avoir accès à des régimes d'assurance invalidité, d'assurance
maladie, des régimes de retraite. Alors, il y a une disposition, là, qui
précisément s'adresse à cet élément-là de votre présentation.
dernière question, avant de passer la parole à mes collègues. Vous nous
recommandez d'inclure les jeunes de 18
ans et moins aussi dans les personnes admissibles dans le cadre de l'assurance
autonomie. J'aimerais ça vous entendre. Il me semble que c'est une
problématique qui est assez différente, les gens de 18 et moins. J'aimerais ça
vous entendre là-dessus.
Le Président (M.
Bergman) : M. Lavigne.
M. Lavigne
(Richard) : Je vais commencer, puis Mme Vézina va sûrement compléter.
Écoutez, nous, ce qu'on
considère, c'est que la personne ne devient pas autonome le jour de ses 18 ans comme tel. L'autonomie, c'est comme la
responsabilisation, ça se prépare. Il vient un moment où, à 16, 17 ans, pour
obtenir des services d'aide à domicile, peut-être que la jeune fille ne veut
pas que ce soit son père qui lui donne son bain ou... Tu sais, il y a des
choses qu'on... Il y a des liens à faire avec l'institution famille, mais en
même temps il y a des distinctions à faire.
Il y a
des responsabilités, je dirais, régulières d'une famille envers les
enfants, les enfants envers les parents. Mais, lorsqu'on arrive dans les
responsabilités liées aux limitations fonctionnelles, il faut être très prudent
pour ne pas créer ou susciter la création de
distorsions dans les relations dites normales entre un père et sa fille ou
entre une mère et son fils ou… en tout cas, faites les croisements, là.
Et nous, on dit qu'il y a des besoins qui pourraient... Il faudrait voir, avec les autres programmes, une
complémentarité et faire bien la distinction du dossier famille versus le
dossier de la personne. On parle d'une assurance autonomie. Et moi, j'ai
dit à la fille de ma conjointe qu'elle ne devient pas raisonnable et autonome
le matin de ses 18 ans, c'est quelque chose qui commence avant. Puis nous,
on pense que de l'exclure de l'assurance autonomie, ça risque de créer des
difficultés, comme il faut s'assurer aussi que l'assurance autonomie a des frontières claires pour tout le monde, notamment pour les programmes des techniques, les... On n'en
a pas parlé, des aménagements de domicile, versus l'adaptation de
domicile.
Il y a plein de
choses qu'on n'a pas fini de discuter, M. le ministre, puis on en a discuté
avec vous un peu. Puis on voit les choses arriver puis on ne sait pas exactement
où ça part, où ça arrête, qui prend le relais. Parce que la personne... Et ça, je pense que nos prédécesseurs
l'ont bien dit : À un moment
donné, on requiert des services dans
une continuité. Un bout de service, c'est l'assurance
autonomie. L'autre, ça ne l'est pas. Je sais bien que pour l'usager, à un moment
donné, ça peut devenir... et pour les
gens qui organisent des services, ça peut être un exercice, on va dire,
stimulant et intéressant de faire la part des choses.
Le Président (M.
Bergman) : Malheureusement, le temps du gouvernement s'est
écoulé. Pour l'opposition officielle, M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) :
Bien, c'est dommage que quelqu'un soit parti, parce que le message que je veux
faire... On a rencontré l'AQESSS.
Et puis je veux apporter
un correctif : l'AQESSS n'a pas dit qu'ils étaient si prêts que ça. D'ailleurs,
la principale inquiétude de l'AQESSS, c'était
tout simplement qu'eux autres vont devoir faire le choix dans les services
qui vont être donnés, parce qu'ils voient
très bien — ils ont
dû faire une analyse financière — qu'ils n'auront pas les moyens de
tout donner. Et ils ont dit au ministre que c'est important de clarifier parce
qu'ils ne s'attendaient pas à tout donner. Ça,
ça a été le message qui a été très clair. Et c'est d'ailleurs le
principal message qu'on a reçu de l'AQESSS, où tout le monde est d'accord
avec les grands principes, sauf qu'ils voient bien que la mise en application
va être très difficile.
Merci, M. le
Président. C'était juste un commentaire que je voulais faire. Je vais laisser
la parole à ma collègue.
Le Président (M. Bergman) :
Madame? M. Lavigne.
M. Lavigne (Richard) : Bien, est-ce
que...
M. Lavigne
(Richard) : O.K. Je voulais juste
dire que M. Bolduc... M. le député de Jean-Talon, pardon, soulève
des choses qui nous inquiètent énormément.
Et moi, là,
personnellement, j'ai lu des mémoires des uns puis des autres. C'est tellement
drôle, M. le Président, de voir comment les gens, les autres veulent
garder leurs billes dans tout ça, hein : Ah, oui, les autres, c'est
correct, mais, nous, ça va bien. Ah, les
autres, nous autres, tu sais... Je m'excuse de le dire comme ça. Mais j'en ai
lu quelques-uns, et c'était :
Les billes des uns, il faut qu'elles soient protégées; les billes des autres,
on ne le sait pas trop. Mais les billes des personnes... nous, on est ici pour parler des billes des personnes. Et
les billes des personnes, c'est leurs projets et leurs habitudes de vie.
Puis, à un moment donné, on peut-u réviser nos façons de faire?
Ça ne marche
pas. Il y a des plaintes, il y a des insatisfactions, il y a des problèmes. Et,
nous, ce qu'on dit, c'est que l'assurance autonomie en elle-même, si on
ne change pas les autres choses, ça ne changera pas les résultats. C'est juste
ça qu'on dit. On ne veut pas retarder pour retarder, là.
Le Président (M. Bergman) :
Madame...
M. Lavigne
(Richard) : Puis le service de
soutien à domicile, là, ce n'est pas d'hier qu'il y a de défis, hein, c'est
depuis le début. Il ne faut pas penser que les problèmes sont arrivés hier non
plus, là.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Gatineau.
Mme Vallée :
M. Lavigne, Mme Vézina, je suis bien heureuse de vous entendre encore
une fois. Vous faites
partie des habitués de nos commissions
parlementaires, et puis votre franc-parler nous fait du bien.
C'est
important d'entendre ce que vous avez à dire puis surtout d'apprendre, de
savoir ce qui se passe sur le terrain parce qu'un projet aussi important
que l'assurance autonomie... Puis, vous l'avez tellement bien dit, lorsque vous
dites : Nous, on se préoccupe de nos billes, des billes des usagers, des
billes des patients, c'est à ça qu'on doit penser. On ne doit pas penser aux
intérêts des associations et d'un et l'autre, on doit penser à l'intérêt du
citoyen. Et puis l'assurance autonomie... On a beaucoup, beaucoup parlé de l'assurance
autonomie pour les aînés, mais les personnes handicapées, les gens que vous
représentez, que votre association représente, font
partie du grand livre, puis
c'est important d'entendre ce que vous avez à dire.
Puis, moi,
tout à l'heure, quand le ministre dit : Je vous entends, mais en fait je
ne vous écoute pas, là, moi, j'ai mon idée
puis je m'en vais là, moi, ça m'interpelle puis ça me déçoit, parce
que vous avez soulevé des questions.
On n'a pas répondu à ces questions-là.
On n'y répond pas, à ces questions-là, à savoir le seuil pour la contribution qui sera peut-être demandée. Quel est le seuil? Vous avez mis le
doigt sur la problématique. Les personnes que vous représentez,
certains ont un revenu… puis je ne le sais
pas, vous pourrez peut-être m'indiquer le revenu moyen de vos membres, mais
j'imagine que ce n'est pas très élevé. Mais
je suis persuadée que ces gens-là, dans le quotidien, assument déjà des
frais que quelqu'un qui n'a pas une incapacité puis qui a le même revenu
n'assume pas. Puis on doit en tenir compte aussi, de tout ça.
J'aimerais ça vous entendre sur cette
réalité-là, parce que, si le ministre n'est pas intéressé, je suis persuadée
que ses collègues ici sont intéressés à l'entendre.
Le Président (M. Bergman) :
M. Lavigne.
M. Lavigne
(Richard) : Merci, M. le Président. Moi, je présume que le ministre
est intéressé, mais qu'il n'a pas le temps de nous écouter aujourd'hui.
Comme dirait
l'autre, moi, je prends pour acquis qu'on essaie tous de bien faire. On ne fait
pas tous les choses de la même façon et on ne les fait pas toutes au même rythme. Et,
nous, c'est pour ça qu'on demande de réfléchir. Vous l'avez dit, Mme
la députée de Gatineau,
le matin, quand on se réveille, on a des dépenses que vous n'avez pas. À un moment donné, on nous donne des évaluations,
au service de soins à domicile, mais l'évaluation est basée non pas sur les besoins
globaux, mais elle est basée sur la volonté ou la capacité, soi-disant, de
payer de l'État. Alors, tu as besoin de 20 heures, mais je suis obligé de t'en
donner 15. Il y a des intervenants. On nous a dit que les professionnels
étaient des professionnels, oui, mais les professionnels
ont des patrons. Puis, dans le Québec, c'est encore les boss qui mènent, en tout cas
de temps en temps. Puis, quand le boss, il dit : Je n'ai plus d'argent
pour payer des heures, bien l'autre, elle va s'arranger
pour donner moins d'heures parce qu'ils veulent, c'est vrai, avoir des rapports
qui sont respectés, écoutez. Puis c'est
humain, on ne veut pas… Ce qu'on condamne, nous, c'est de dire : On répond
aux besoins. Les besoins ne sont même
pas, bien souvent, évalués. Ça fait que les personnes qui ont besoin de plus
paient de leurs poches. Si les personnes qui veulent garder leurs préposés, Mme la députée, M. le Président, Mme
Tout-le-monde ici… M. et Mme Tout-le-monde… il y en a qui sont obligés de payer
plus cher pour ne pas perdre leurs préposés. Ça fait que tu as le choix
entre manger puis avoir un bain.
Puis la
dernière chose que je voulais dire là-dessus, c'est que la COPHAN, nous, on
représente des personnes, qui ont des limitations fonctionnelles, de
tout âge, et les personnes qui ont besoin de soutien à domicile, peu importe leur âge, c'est parce qu'elles ont des
incapacités, madame, messieurs, ce n'est pas pour le fun, O.K.? Et une dernière
phrase : Pour le revenu moyen, je vous dirais que je n'ai pas le chiffre,
mais c'est excessivement moyen, comme vous dites, très, très bas. La majorité des personnes qui ont des limitations
fonctionnelles vivent, sinon proche… en dessous du seuil de pauvreté au
Québec. Il y a des statistiques éloquentes là-dessus. Puis, quand on nous
dit : Oui, mais justement les personnes ne sont tellement pas riches qu'elles
ne paieront pas, ils paient déjà pour des affaires, qu'est-ce qu'il faut faire… qu'elles ne paieront plus si on ne veut pas
revoir les évaluations, si on ne veut pas revoir l'organisation des
services? Puis, pour ceux qui gagnent des petits salaires, parce qu'il y
en a un paquet, c'est quoi, le salaire minimum, pour qu'on commence à être
obligé de payer?
Je la pose encore, la question, on n'a pas de
réponse. Je ne sais pas si quelqu'un a une réponse. Peut-être que quelqu'un du côté gouvernemental a une réponse à
nous donner. Mais, quand on dit : Contribution pour ceux qui ont
les moyens, bien c'est quoi, le moyen? C'est
quoi, le chiffre, aujourd'hui? C'est-u à partir de 13 000 $,
20 000 $ par année? Hein, c'est comme la taxe santé, on ne le
sait pas, on ne sait rien.
Le Président (M. Bergman) :
M. le député de Berthier.
Villeneuve : Merci, M. le Président. Bonjour, M. Lavigne. André
Villeneuve, député de Berthier. Je m'excuse de prendre un peu de temps
sur le temps de l'opposition. Juste vous dire que, si le ministre est sorti, c'est
parce qu'il avait une urgence.
M. Lavigne (Richard) : Il nous l'a dit,
oui.
M. Villeneuve : Mais soyez
assuré…
Le Président (M. Bergman) :
Ce n'est pas, M. le député…
M. Villeneuve : …qu'il va
prendre connaissance des transcriptions, M. Lavigne. Voilà.
Le Président (M. Bergman) :
M. le député de Berthier, ce n'est pas un élément de…
M. Villeneuve : Pardon?
Le Président (M. Bergman) :
Ce n'est pas un élément pour soulever… Mme la députée de Gatineau.
Mme Vallée :
Je suis désolée pour ça, M. Lavigne. J'aimerais revenir, j'avais des questions.
J'ai des questions sérieuses, si le
gouvernement n'en a pas, la question de l'évaluation des besoins. Vous avez
soulevé quelque chose qui était préoccupant,
c'est-à-dire que bien des personnes qui ont des limitations fonctionnelles ont
accès à un nombre d'heures qui n'est pas toujours représentatif du
nombre d'heures dont elles auraient réellement besoin au quotidien, d'une part.
Vous avez
aussi fait état de quelque chose qui est troublant — j'avais posé la question hier — au fait que, pour pouvoir avoir des services via, par exemple, le
chèque emploi-services, il y a bien des gens qui doivent soit couper sur
le nombre d'heures qui leur est réellement accordé pour compenser, par exemple,
pour le transport, pour compenser pour bien d'autres choses ou, comme vous l'avez
mentionné, donner une contrepartie financière parce que le chèque
emploi-services n'est pas suffisant pour attirer du personnel qualifié puis du
personnel intéressé à offrir des services.
Puis je
voudrais vous entendre là-dessus parce
que, pour moi, c'est important.
Si on est pour mettre en place une assurance autonomie dans moins de six
mois, il faut savoir, il faut connaître la réalité du terrain puis il faut
trouver des façons de régler ces problématiques-là une fois pour toutes.
Le Président (M. Bergman) :
M. Lavigne.
M. Lavigne
(Richard) : M. le Président, oui. Bien, pour répondre rapidement, c'est que vous savez que… ce que Mme
notre présidente vous a dit tantôt, c'est que c'est toute la relation entre la
personne qui a une limitation et la personne qui lui rend un service. Normalement,
en tout cas dans certaines entreprises, c'est les patrons qui disent : Tu
vas faire ça, tu vas venir à telle heure, tu vas faire ça, ça, ça.
Mais
là il y a une relation d'interdépendance, on parle de soins
à la personne. Alors, le préposé qui peut… On l'a tous entendu, il y a
des préposés qui disent : Si tu veux que je vienne, tu vas payer mon
transport, tu vas payer mon heure de transport. Si tu chiales, je ne viendrai plus. Si tu veux que
je vienne quatre heures, il faut que tu m'en paies cinq. Ils sont assis
tous les deux tout seuls dans la maison. L'autre, il est comme un peu, entre parenthèses,
mal pris, là. Le rapport de force, il n'est
pas fort, fort, là, pour la personne, là. Alors, ça, il faut faire attention.
Je crois qu'il y en a que ça
va très bien aussi.
Pour ce qui est de l'évaluation,
dans l'évaluation, ils… non, ils te demandent si tu as des proches. Si tu as
des proches, là il fera
partie de la réponse
à tes services, hein? Ton conjoint, ou tes enfants, ou tes voisins, si tu dis
que tu en as autour de toi, ne crains
pas, ils vont rentrer ça dans les heures de service, ce qu'ils peuvent faire.
Mais, le proche, lui, ça lui tente-tu
de… hein? Mais il est calculé, il est calculé comme étant une ressource
disponible. Puis, les besoins, bien, comme je vous dis, si on a des grilles d'évaluation, on ne dit pas qu'elles ne sont pas bonnes, on
dit qu'elles ne sont pas complètes. Il faut faire attention, parce qu'il
y a quelqu'un qui nous a accusés de dire que leurs grilles n'étaient pas
bonnes. Elles ne sont pas complètes, on va
dire, puis elles ne sont pas administrées de la même façon d'un intervenant à l'autre.
Chacun y va de sa petite estimation personnello-professionnello je ne
sais pas quoi. Ça fait qu'à un moment donné ça repose sur des évaluations incomplètes sur la base de directives, parce qu'il
existe des directives, là. Cette année, on va… cette semaine, on n'a pas
d'heure à donner, ça fait que, quand vous évaluez des gens, bien soyez
conscients que ce qui est important, c'est
que j'ai un bloc d'heures à donner, puis je ne peux pas le dépasser. Alors, à
un moment donné, on ne pourra pas transférer les problèmes dans une
caisse, ou dans une assurance, ou dans je ne sais pas quoi puis penser que tout
va se régler juste parce qu'on le transfère.
nous annonce des investissements, bravo, mais rappelons-nous qu'on n'est pas
les chefs de file au Québec en termes d'investissement per capita dans
le maintien à domicile, hein, on est plutôt à l'autre bout de la file, et ça,
ça fait des siècles qu'on en parle.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne, il vous reste
six minutes.
Blais :
Mme Vézina, M. Lavigne, ça me fait plaisir de vous voir.
J'aimerais
tout d'abord faire une mise au point : ce n'est pas une question
ici, je crois, de parti politique, c'est vraiment un projet de société. Et, toute la question
de ce virage de l'assurance autonomie, on va l'implanter pas pour un an,
mais pour les années à venir. Alors, c'est
très important, les questions qu'on pose, puis la réflexion aussi. Puis je
vous remercie de prendre le temps de venir
très souvent. J'aimerais vous mentionner que vous avez tellement
raison quand vous dites que c'est difficile d'obtenir les heures pour
les personnes en situation de handicap pour rester à la maison. Il y avait
cette histoire de jeune fille qui a dû être hébergée en CHSLD parce qu'on a évalué son nombre d'heures pour rester à la maison puis qu'on
n'était pas capable de lui donner. Ça vient d'arriver il y a à peine quelques
mois. Et cette jeune personne dans la trentaine
a dû déménager contre son gré dans un CHSLD. Alors, ça commence, je pense, par être en mesure de combler ces besoins-là qui sont les besoins de faire
en sorte qu'elle puisse rester à la maison si elle le souhaite. En plus, pour les personnes en situation
de handicap, je le mentionne souvent, mais je veux le rementionner, ça
prend aussi l'aménagement, ça prend l'aménagement du logement. Si on n'est pas
capable d'avoir un environnement adéquat pour vivre dans son domicile, on n'est
pas capable d'avoir cette autonomie. Cette autonomie, qu'on appelle ici le mot
«liberté», il faut que l'environnement soit fait en conséquence, et il y a coût
autour de ça aussi.
Puis
je voudrais vous entendre autour de ces deux notions : il faut que les
heures pour les personnes en situation de handicap soient présentes pour
ne pas que vous ayez à aller en CHSLD puis il faut que l'aménagement de votre environnement
soit également fonctionnel.
Le Président (M.
Bergman) : M. Lavigne.
M. Lavigne (Richard) : M. le Président, bien ce que Mme la députée vient de dire, c'est la
preuve qu'on devrait arrêter de
marcher avec des règles de programmes. En haut de telle heure, là… Je ne sais
pas pourquoi, il y a quelqu'un qui a décidé que, un tel nombre d'heures,
tu t'en vas au CHSLD. C'est quoi, l'affaire? C'est quoi, le problème, là? D'où
ça sort, cette règle-là?
C'est
des règles de personnes qui ont une autre analyse que la nôtre. Nous, on
dit : On a des besoins, on a des droits, on veut être libres et indépendants, autonomes, appelez ça comme vous
voulez. Les règles d'adaptation puis d'aménagement de domicile, c'est la
même chose. Ça prend des années avant d'avoir des services, puis après ça ils
disent : Bien là, il faut le mettre en
CHSLD, il coûte trop cher. Bien oui, mais payer le nombre d'heures, payer les
aménagements à domicile… on est pris avec contraintes de programmes, qui
n'ont rien à voir avec la personne. C'est des formulaires, c'est des règles, c'est des… Puis nous, on dit :
Profitons de cette réflexion pour régler. Je ne dis pas qu'on réglerait tout,
mais on peut-u en régler un bout? Il y en a des milliers, de personnes
handicapées qui ont des limitations fonctionnelles qui n'ont pas d'affaire dans
les CHSLD. Y a-tu quelqu'un qui calcule comment ça coûte, ça, pour rien?
pourrait-u prendre cet argent-là pour faire du soutien à domicile puis de l'adaptation
de domicile avec? Y a-tu quelqu'un quelque part qui peut y penser?
Puis, Mme la
Présidente, ma présidente veut compléter.
Le Président (M.
Bergman) : Mme Vézina.
Mme Vézina (Véronique) : Tantôt, quand on a demandé de reporter la réflexion pour, dans le fond,
une entrée en vigueur en 2016… Parce que ce qu'on voulait, c'est que le
comité prenne le temps de statuer sur certains aspects.
Il pourrait y avoir une
entrée en vigueur en 2016. Ça n'empêchait pas qu'il y avait des choses qui
pouvaient être réglées avant. Et, tant qu'à
nous, la question d'envoyer des gens en CHSLD à cause qu'elles ont besoin de
cinq heures de plus que ce que le
programme permet par semaine, c'est quelque chose qui peut être réglé avant. On
calcule encore le nombre d'heures de service à 45 000 $ par
année. Une personne en CHSLD coûte 90 000 $ par année. Pourquoi on ne change pas juste le plafond et on n'alloue pas
un nombre d'heures plus important aux personnes? C'est quelque chose qu'on peut travailler rapidement. On n'a pas
besoin d'attendre l'entrée en vigueur de l'assurance autonomie pour
pouvoir régler ce problème-là. Puis, les gens qui sont en CHSLD, il faut aussi
leur trouver un endroit pour aller demeurer. Ce n'est pas des gens qui vont pouvoir prendre le logement tout de suite à
côté, rentrer là, puis on dit : On vous donne 60 heures de service. Donc, il y a des structures à mettre
en place, il y a des choses qu'on peut régler d'ici là, et on a besoin de
faire une réflexion complète. Les personnes
qui ont une déficience intellectuelle ou un trouble envahissant du
développement, ce n'est pas juste d'avoir
un bain ou d'avoir quelqu'un qui va aller leur préparer à souper qu'ils ont
besoin, ils ont besoin d'accompagnement, ils ont besoin de certains
services de stimulation, qui ne leur est pas donné actuellement.
Est-ce qu'on
peut prendre le temps de réfléchir à tout ça avant d'aller plus loin? On ne dit
pas qu'on n'en veut pas, on dit que la réflexion doit être complétée et
mettre, en attendant, des choses en place pour éviter, entre autres, de mettre
des gens en CHSLD.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne,
il vous reste une minute seulement pour un commentaire.
Blais : Oui, mon commentaire
est le suivant : Quand on a eu à mettre en place la politique Vieillir et
vivre ensemble —
Chez soi, dans sa communauté, au Québec, je suis allée visiter un beau projet,
à Québec, qui s'appelle Chez soi, où il y
avait comme trois édifices : un pour les personnes… un pour les familles;
l'autre pour les personnes ayant des déficiences intellectuelles; et d'autres
pour des personnes âgées puis ressources intermédiaires, avec une aire commune.
Et j'ai rencontré une personne en mobilité réduite qui m'a dit : Vous
savez, Mme Blais, si on n'avait pas aménagé
mon appartement, je serais aujourd'hui en CHSLD; et aujourd'hui je suis la
présidente du comité des usagers… du conseil d'administration, là,
plutôt, de la résidence et je suis extrêmement active et autonome.
Le Président (M. Bergman) :
En conclusion, s'il vous plaît.
Blais : Et je me suis
dit : C'est beau, c'est comme ça que ça devrait se passer, et c'est ça, le
vivre-ensemble, le partage-ensemble et, pour moi, la véritable
autonomie.
Et merci beaucoup d'être venus nous rencontrer,
vous enrichissez nos discussions.
Le Président (M. Bergman) :
Alors, ceci met fin au bloc de l'opposition officielle.
M. Lavigne
(Richard) : …une dernière phrase
à vous dire. On vient souvent à l'Assemblée nationale, on vient, on reconsulte, on… Je vais vous le dire, là, il y a,
par bouts, là, qu'on sent que vous nous entendez, mais c'est très
difficile de contribuer.
Il faut qu'on
accepte de changer les choses. Arrêtez de nous adapter aux machines, adaptez
vos machines à nous autres. Et je dis : Nous autres, tous les
citoyens, là, toutes les Québécoises et les Québécois, on est en droit d'avoir des services à la mesure de nos besoins.
Requestionnons nos réseaux, requestionnons les choses. Et ça, si vous ne le
faites pas, bien on va toujours jaser. Merci.
Président (M. Bergman) : Maintenant, pour le deuxième groupe d'opposition, Mme la députée d'Arthabaska, pour un bloc
de 4 min 30 s.
Mme Roy (Arthabaska) : J'ai
senti un peu de découragement dans votre dernière remarque.
Mais je dois
vous dire que je dis souvent à mes enfants — au début, ils ne savaient pas la réponse, maintenant
ils le savent : Est-ce que
c'est le rocher ou l'eau qui est le plus fort? La première fois, ils m'ont dit
«le rocher». Mais c'est l'eau, parce qu'à force de frapper toujours au
même endroit elle finit par percer le rocher. Ça fait que vous allez peut-être finir par vous faire entendre, mais c'est à venir
ici que vous allez le percer, le rocher, sinon vous ne ferez pas évoluer
les choses. Puis je vous remercie de venir puis je vous remercie de votre
persévérance. On peut dire de vous que vous n'êtes pas une personne qui parlez
pour ne rien dire.
Et j'ai vu, dans les recommandations, quelque
chose qui m'a un peu étonnée. Vous avez marqué qu'il fallait «assurer l'accès
et la gratuité des services de soutien à domicile sans égard […] à la cause de
la déficience». Est-ce qu'il y a des inégalités en raison d'une déficience ou
une autre? Ça m'a étonnée.
Mme Vézina (Véronique) : Quand on parle
de cause de déficience, souvent c'est… il y a des gens qui ont une déficience de naissance, il y en a qui l'ont
acquise suite à un accident, des suites d'une maladie, peu importe.
Donc, c'est pour ça qu'on dit qu'il peut y avoir une différence, parce qu'une
personne qui a, exemple, une déficience de naissance par rapport à une personne
que c'est suite à un accident de voiture, bien il y a une iniquité, je dirais,
dans les traitements puis les services qui lui sont donnés.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée d'Arthabaska.
Roy (Arthabaska) : Bon. Ça, vous m'éclairez. Maintenant,
quelque chose que je n'ai jamais vu, là, «s'assurer que celles et ceux qui sont
payés pour gérer le système […] assument la responsabilité en cas de mauvaise
gestion». On a vu des horreurs, depuis des années, dans le système de santé.
Comment vous verriez
ça? Quel mécanisme vous proposez pour la reddition de comptes puis les…
M. Lavigne
(Richard) : M. le Président…
Le Président (M.
Bergman) : M. Lavigne.
M. Lavigne
(Richard) : M. le Président, moi, je sais qu'à la COPHAN je suis directeur
puis, si je fais une mauvaise job, je sais
ce qu'ils vont faire. Savez-vous qu'est-ce qu'ils vont faire? Ils vont me…
dehors. Il y a toutes sortes de manières d'avoir des réactions quand quelqu'un ne fait pas la job.
Je ne dis pas qu'il faut les mettre dehors, mais il faut que les gens soient
imputables pas juste pour le fun. Il
y a des mécanismes qui pourraient
être mis en place. Je sais que ce n'est pas dans la culture, hein? La
culture, au Québec, on comprend, ah oui, il faut comprendre : Pauvre
petit, il y a un contexte. On comprend ceux qui donnent les services, mais on
comprend rarement ceux qui n'en reçoivent pas, hein?
Et donc il y a un
mécanisme. Je ne l'ai pas, la réponse, mais, à un moment donné, il faut que les
gens soient imputables pour le vrai. Puis,
pour le rocher puis l'eau, madame, faites-vous-en pas, madame, de l'eau, ça
fait longtemps qu'on en verse. La
roche est dure, mais on va finir par l'avoir, vous avez raison. C'est juste qu'il y a
des journées où je trouve ça plus dur
que d'autres. Puis ce que je fais ce matin, c'est que je… peut-être
que ça ne se fait pas, mais je fais juste vous dire qu'à un moment donné il y a des journées où on pense que… je ne veux pas
parler des sourds, mais des dialogues de
sourds, à un moment donné… Parler avec un sourd, il comprend. Quand on lui
parle en langage des signes, on comprend.
Mme Roy
(Arthabaska) : Ce que vous dites, c'est qu'on vous écoute, mais
on ne vous entend pas.
M. Lavigne
(Richard) : Je ne dis pas ça. Vous entendez, mais des fois il y en a qui
écoutent moins, disons.
Mme Roy
(Arthabaska) : Oui, puis vous faites bien de le dire.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée d'Arthabaska.
Roy (Arthabaska) :
Mais vous faites bien de le dire, parce
qu'il n'y a rien qui va… Il faut commencer par faire une critique pour
provoquer le changement.