Transportation and the Environment — 18 February 2014 (40th Legislature, 1st Session)
CTE 2014-02-18
Quebec — Committees
Nous en
sommes là, le mandat vient d'être confié au BAPE. Le BAPE va commencer ses
travaux le 31 mars. Et, en parallèle
de ça, par souci de cohérence, le gouvernement a décidé d'établir un moratoire
sur les activités d'exploration et
d'exploitation de gaz de schiste dans les basses-terres du Saint-Laurent,
essentiellement sur le shale dit d'Utica. C'est là où nous en sommes aujourd'hui. Nos discussions,
normalement, vont porter de façon rigoureuse — qui pourrait être jugée étroite — sur
le moratoire. Dans les faits, bien sûr, on s'attend un peu à ce que ça déborde,
et je vous dirai que cette, peut-être, saine
contamination de l'ensemble d'autres débats dans celui-ci peut faire l'objet de
nos discussions si c'est fait de façon raisonnable.
La seule
chose que je nous demande à tous, compte tenu de la façon dont ça s'est fait
initialement dans la vallée du Saint-Laurent,
compte tenu de certains enjeux d'actualité dont les médias font état avec des
colonnes de chiffres de plusieurs
couleurs, compte tenu de l'enjeu d'Anticosti, qui est apparu dans l'actualité
récemment, et compte tenu de la façon
dont le débat s'est fait sur le principe de ce projet de loi... Il y a un
potentiel que ce soit très animé et effervescent, il y a potentiel de
débordement. Je nous invite à aborder tous les sujets qu'on voudra aborder en
donnant, bien sûr, la priorité à celui pour
lequel nous sommes ici. Je nous invite à les aborder, mais à les aborder
toujours en nous référant à la connaissance,
à la science, à la volonté d'alimenter une réflexion publique avec, peut-être,
un peu moins de rhétorique, un peu
plus de faits, un peu plus de rationalité. Parce que, même si je comprends
parfaitement bien — et j'en
suis, et j'en fais
partie — que des gens aient pu réagir de façon très
intense au débat initial, maintenant, quand le moment viendra de le trancher, il faudra qu'on soit le plus rationnel
possible dans le meilleur intérêt de la population du Québec. Alors, je nous
souhaite de fructueux échanges. Merci, M. le Président.
Président (M. Lessard) : Merci, M. le ministre. Donc, je vais donc
céder la parole au porte-parole officiel de l'opposition, et député de Laurier-Dorion, et porte-parole en matière
de développement durable et de l'environnement. Vous disposez d'un délai
maximal de six minutes.
Sklavounos :
Merci, M. le Président. Je vous salue ainsi que la secrétaire de la commission.
M. le ministre, mes salutations à
vous, à toute votre équipe qui vous accompagne, les collègues ministériels, les
collègues de l'opposition officielle
et les gens... évidemment, en remerciant rapidement aussi les gens qui sont
devant nous en ce moment et qui seront devant nous plus tard aujourd'hui
et pour le reste de cette semaine.
Nous sommes
ici, évidemment, dans des auditions publiques pour le projet de loi n° 37,
qui est la Loi interdisant certaines
activités destinées à rechercher ou à exploiter du gaz naturel dans le schiste.
Ce qu'il faut rappeler rapidement, c'est
que ce projet de loi a été déposé au mois de mai 2013. Deux jours plus tard,
l'opposition officielle, nous avons dressé notre liste de groupes que nous voulions entendre dans cette
commission-là. Du moment qu'on a dressé notre liste et soumis au gouvernement, on n'a pas entendu parler de ce
projet de loi durant une période de six mois. Ce projet de loi est réapparu
sur le radar six mois plus tard, et le
gouvernement, le leader du gouvernement — je me souviens de cet échange qu'il y a eu
en Chambre — a demandé aux oppositions d'adopter le
principe sans que le gouvernement ne s'engage à avoir des consultations.
Alors, juste
pour reprendre rapidement ce que le ministre a dit au niveau de la conjoncture,
je ne me souviens pas de quels termes
il a utilisés, si nous sommes ici aujourd'hui pour ces consultations, c'est
parce que l'opposition a exigé des
consultations, c'est parce qu'à quelques reprises l'opposition a même ajourné
le débat qui visait à prendre un vote pour
adopter le principe sans que le gouvernement ne s'engage à faire des
consultations. Et vous allez vous souvenir, tous les gens autour de la table vont se souvenir que même le député de
Mercier, le député de Québec solidaire, le député de Mercier, s'était abstenu de voter avec le
gouvernement à ce moment-là, appuyant l'opposition, qui exigeait des
consultations de ces groupes-là. Et
je me souviens de l'incident, qui a été, si vous voulez, un petit peu bizarre,
surréel, où le député de Mercier se
faisait accuser d'être pour l'exploitation et l'exploration des gaz de schiste
parce qu'il avait exigé, lui aussi, avec
les autres oppositions, qu'on ait des consultations. Et donc nous sommes très
heureux que vous êtes devant nous, et
nous sommes très heureux que nous allons donner l'occasion à d'autres groupes
de se prononcer, et c'est dû à cette bataille-là, qui a été menée par
l'opposition, de faire les choses dans un ordre qui est correct.
Je dois vous
dire qu'évidemment, si quelqu'un écoutait les nouvelles jeudi soir, on se
demandait ce qui allait se passer ici
aujourd'hui parce qu'en écoutant les nouvelles jeudi soir je pense, tout le
Québec, les gens partout, les observateurs se sont dit : On est devant une drôle de contradiction, si vous
voulez, où on a un feu vert pour le pétrole de schiste, alors qu'on a un feu rouge pour le gaz de schiste. Les
gens ont des questions, et, évidemment, ce sont des questions légitimes.
Est-ce que la priorité, c'est l'environnement ici? C'est quoi, la priorité?
Parce que
vous vous souvenez que, lorsque ce projet de loi a été déposé, on a regardé
rapidement, il y avait des trous, il était, si vous voulez, à géographie
variable. Ça ne couvrait pas la Gaspésie, ça ne couvrait pas l'Anticosti, et il y avait d'autres éléments qui étaient aussi
fatigants, dont l'élément qui parle de l'annulation ou la suspension des permis
sans indemnité, indemnisation, ce qui est
quand même bizarre, hein? En Russie, sous Vladimir Poutine, ça ne serait pas
nécessairement bizarre, dans un régime
totalitaire, d'annuler un permis et ne pas compenser. Mais, dans notre
tradition à nous, en Amérique du
Nord, en Europe, en général, lorsqu'on est pour annuler un permis et lorsqu'on
n'est pas pour respecter une décision
prise par le gouvernement précédent, il faut quand même qu'on envisage à
quelque
part la possibilité d'un
dédommagement, là, parce qu'il y a des investissements là-dedans. Et ça envoie
un message très, très néfaste. Imaginez, ça envoie les messages du genre nationalisation, et saisies, et d'autres
choses qui se sont passées dans d'autres juridictions qui ne sont pas
notre juridiction à nous.
Il y a aussi
la question de l'étude environnementale stratégique, que nous avons eue hier, à
5 h 40… 17 h 40, après les heures de bureau, qui a été déposée avec un communiqué du ministre.
C'est bizarre aussi, il faudrait noter qu'initialement, lorsque l'ancien ministre de l'Environnement,
député de Mont-Royal, avait demandé cette étude environnementale stratégique,
il avait précisé qu'il voulait regarder et
le pétrole de schiste et le gaz de schiste. Mais, en faisant comme une espèce
de rappel à ce comité le 14 février
2013, le ministre actuel a précisé qu'il voulait absolument laisser de côté le
pétrole de schiste. Il fallait,
premièrement, ne pas avoir de recommandations et, deuxièmement, il ne fallait
pas parler de pétrole de schiste. Alors, on avait déjà dit qu'on n'allait pas parler de pétrole
de schiste, on avait laissé le territoire d'Anticosti exclu du projet de
loi, il y a des questions.
Et nous
l'avons reçu à la dernière minute hier, alors qu'on sait que le rapport est
daté de janvier 2014. On a des questions
pour le ministre. J'aimerais que le ministre profite de sa prochaine
intervention pour nous dire depuis quand qu'il l'a et pourquoi ça n'a pas été divulgué un peu plus tôt. Si on est
pour faire des consultations, il faut les faire avec tous les renseignements.
Vous savez, au niveau du la transparence, il y a
des questions qui ont surgi, que ça soit au niveau de la rivière Chaudière, les BPC de Reliance, le rapport
Alberta-Québec. Et je vous mentionne également que nous attendons aussi le plan d'action de ce gouvernement en matière de
gaz à effet de serre, qui jouent là-dedans, et que nous n'avons pas vu encore. Alors, il y a plein de questions, et je
suis sûr que certaines de ces pistes-là seront des pistes prises par les
groupes qui parleront devant nous.
Alors, avec grand enthousiasme et plaisir que j'attends des échanges très
fructueux. Merci, M. le Président.
Président (M. Lessard) : Alors, merci beaucoup. Le temps alloué, donc,
pour les remarques préliminaires étant
terminé, nous allons procéder maintenant à l'audition. Je veux rappeler les
règles concernant l'audition. Donc, le groupe
devant nous et tous les groupes qui se présenteront auront 10 minutes pour leur
présentation. Les échanges avec les
groupes parlementaires seront de 35 minutes, soit 16 minutes pour le
gouvernement, 15 min 22 s pour l'opposition officielle et 3 min 48 s
pour le deuxième groupe d'opposition.
Alors, sans plus tarder, nous allons donc
débuter les auditions avec Alliance des villes des Grands Lacs et du Saint-Laurent. Donc, je vous souhaite la
bienvenue. Je vous inviterais à vous présenter et à nous faire votre exposé.
Alors donc, si vous voulez vous
présenter pour les enregistrements officiels, et puis on va procéder par la
suite aux échanges. Alors, la parole est à vous. Merci.
M. Masson
(Robert) : Merci, M. le
Président. M. le ministre, Mmes et MM. les parlementaires, j'aimerais, dans
un premier temps, remercier la commission pour l'invitation transmise à
l'Alliance des villes des Grands Lacs et du Saint-Laurent ainsi que pour
l'occasion qui nous est offerte de présenter sa position sur le projet de loi à
l'étude.
Je me
présente, Robert Masson. Je suis le directeur des affaires gouvernementales et
des communications. Et je suis accompagné ce matin par mon collègue, M.
Philippe Chenard, gestionnaire de programme et des politiques.
Avant de
commencer nos remarques à proprement parler, j'aimerais, tout simplement,
porter à votre attention, et ce, sans surprise, je pense, que tant notre
mémoire que nos commentaires ont été préparés avant le dépôt de l'étude
environnementale stratégique et ne porteront que sur le projet de loi
n° 37, le projet de loi qui est à l'étude, mais que, malgré cela, plusieurs des commentaires que nous
ferons et puis plusieurs principes que nous soulèverons demeurent d'actualité.
Alors,
l'alliance est une coalition binationale de plus de 110 villes, cités et autres
organismes municipaux représentant
plus de 17 millions de citoyens. L'alliance travaille activement auprès
des gouvernements fédéraux, d'États, provinciaux,
tribaux et des Premières Nations, et autres organismes d'intérêts, pour
favoriser la protection, la restauration et la promotion des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent. En date
d'aujourd'hui, l'alliance compte au Québec 22 municipalités membres représentant plus de 3 millions de
citoyens qui vivent à proximité des rives du Saint-Laurent.
En raison des
impacts potentiels tant sur la santé et la sécurité des citoyens que sur les
ressources en eau, l'alliance est,
depuis 2010, impliquée dans la question des gaz de schiste. Ces dernières
années, l'alliance a, en effet, déposé des mémoires lors de deux processus de consultation, soit au Québec, lors
des audiences du BAPE en 2010, et au Department of Environmental Conservation de l'État de New York en 2012. La
prochaine phrase qui suit résume en quelques mots la position de l'alliance, et puis, vous verrez,
elle demeure d'actualité, qu'on se situe en aval ou en amont du dépôt de
l'étude environnementale stratégique. Alors,
en résumé, l'alliance appelle à la gestion prudente, efficace et responsable
de l'industrie du gaz