Institutions — 25 August 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2016-08-25
Quebec — Committees
Le projet de loi n° 98 interpelle
doublement l'ordre. D'une part, il touche le fonctionnement des ordres
professionnels, et, d'autre part,
puisque... les CRHA et les CRIA sont régulièrement appelés à mettre à profit
leurs compétences et leur expertise
sur des questions portant sur la gouvernance. En effet, la mise en oeuvre des
politiques, procédures, processus, contrôles liés à la gouvernance, à la
stratégie et à la gestion des risques et les conseils y afférents constitue un
champ d'intervention au coeur de la fonction
des ressources humaines. Les CRHA et les CRIA interviennent stratégiquement
au niveau du design organisationnel, notamment dans la définition des rôles et
responsabilités et dans le processus décisionnel,
ainsi qu'au niveau des mécanismes de collaboration et de coordination des
organisations dans le but d'en assurer le meilleur fonctionnement.
L'ordre
salue toute mesure visant à améliorer la gouvernance du système professionnel,
et le projet de loi n° 98 s'inscrit dans ce sens. Une saine
gouvernance est nécessaire, à plus forte raison considérant la mission
fondamentale du système professionnel, soit
d'assurer la protection du public. Nous sommes d'avis que plusieurs
modifications vont en effet contribuer à l'amélioration du système
professionnel québécois. Nous avons cependant quelques réserves sur certaines d'entre elles. Le but principal de notre
mémoire est de partager notre position, notamment en proposant certains
amendements. Je limiterai mon intervention d'aujourd'hui à vous présenter le
point de vue de l'ordre sur les dispositions concernant la gouvernance des ordres professionnels ainsi que la
réussite d'une formation en éthique et en déontologie.
Alors,
concernant la gouvernance des ordres professionnels, l'ordre approuve le droit
de surveillance générale du président sur les affaires du conseil
d'administration afin d'en assurer la meilleure performance. Le projet de loi détaille aussi les règlements applicables au
conseil d'administration lui-même. À cet égard, l'ordre approuve plusieurs
des modifications proposées. Nous sommes
d'accord avec la surveillance générale des affaires de l'ordre par le conseil
d'administration, puisqu'il s'agit d'une
saine pratique de gouvernance. Également, l'ordre ne peut que saluer l'ajout
d'une formation en matière de gouvernance
pour les membres du conseil d'administration et l'adoption d'un code d'éthique
à leur égard. En effet, en raison de la
mission particulière des ordres professionnels, il est encore plus important
que les administrateurs soient
assujettis aux plus hautes normes de conduite. D'ailleurs, l'ordre a déjà
implanté un code d'éthique à l'usage
des membres du conseil d'administration, ce qui permet de prévenir des
situations potentiellement problématiques et, au président,
d'intervenir, le cas échéant.
Nos réserves
sont plutôt en rapport avec la composition du conseil d'administration. Ainsi,
le projet de loi prévoit la
possibilité que le conseil d'administration soit composé d'un nombre pair
d'administrateurs, si on y inclut le président. Nous pensons qu'un nombre impair serait préférable, de manière à éviter
de recourir au vote prépondérant du président en cas d'égalité.
Nous
aimerions souligner un oubli qui nous semble d'importance dans le projet de
loi. En effet, nulle
part il n'est fait
mention de la présence des femmes et des personnes des groupes minoritaires au
sein des conseils d'administration. Or,
les conseils d'administration doivent refléter une réelle diversité des
perspectives, laquelle ne se limite pas à la représentativité des jeunes professionnels, mais inclut également les
femmes et les personnes issues de groupes minoritaires. Nous pensons qu'il faudrait établir des mesures
incitatives pour assurer la présence de ces groupes au sein des conseils
d'administration des ordres.
Quant aux administrateurs
nommés par l'Office des professions, nous sommes favorables à l'augmentation du
seuil minimum, et ce, même au-delà du
25 % proposé par le projet de loi. Toutefois, nous aimerions qu'il soit
précisé que la nomination des administrateurs soit faite en fonction de
leurs compétences spécifiques et de la nécessité d'avoir une diversité et une complémentarité des compétences
au sein des conseils d'administration. En effet, puisque les administrateurs
élus sont issus de professions homogènes,
une plus grande variété de compétences des administrateurs nommés viendrait
bonifier l'expertise du conseil d'administration dans le but de mieux réaliser
sa mission.
Également,
l'ordre approuve l'ajout du directeur général au Code des professions. Nous
sommes d'avis que, peu importe la
taille de l'ordre, ce poste est un incontournable. Chaque ordre professionnel
doit nommer un directeur général. Celui-ci
doit s'assurer de l'administration générale et courante des affaires de l'ordre
et du suivi des décisions du conseil d'administration.
Il voit aussi à la bonne planification et organisation des ressources humaines,
financières, matérielles et
informationnelles de l'ordre. Notre seule réserve est en rapport avec sa
destitution. Le projet de loi prévoit qu'un vote des deux tiers des membres du conseil d'administration est requis pour
destituer le directeur général de ses fonctions. L'ordre désapprouve cette modification. Nous sommes d'avis
que la destitution du directeur général doit se décider à la majorité
simple des membres du conseil d'administration.
Concernant la
réussite d'une formation en éthique et en déontologie par les membres, l'ordre
salue l'insertion de cette mesure. La protection du public requiert la
maîtrise par les membres de leurs responsabilités et obligations professionnelles et déontologiques. Nous
considérons toutefois qu'une telle formation doit être suivie sur une base
régulière par les membres. À cet
effet, l'ordre a déjà mis en place plusieurs mécanismes, dont une formation
obligatoire en déontologie à tous les trois ans.
En terminant,
je vous ai présenté nos recommandations concernant la gouvernance d'un conseil
d'administration, mais, au total,
l'ordre formule 11 recommandations, que vous retrouvez à la page 17
de notre mémoire. Ces recommandations portent
sur la gouvernance, la réussite d'une formation en éthique et en déontologie
ainsi que sur certains mécanismes disciplinaires.
Selon nous, ces changements favoriseront une saine gouvernance du système
professionnel et participeront à la protection du public.
Alors, je vous remercie de votre attention, et
c'est avec plaisir que nous répondrons à vos questions.
Le Président (M. Ouellette) : Merci.
Mme la ministre.
Mme Vallée : Merci beaucoup. Merci, M. Blain, de votre participation aux
travaux de la commission. On a eu la chance d'échanger un peu plus
tôt cet été sur votre perception du projet de loi.
J'aimerais,
dans un premier temps, vous entendre concernant... disons, si on aborde la question
de la gouvernance, vous amenez une recommandation différente. On a eu
des échanges avec de nombreux groupes depuis le début de la semaine, et, pour vous, les administrateurs nommés doivent avoir un champ de
compétence complémentaire au reste des membres
du conseil d'administration qui ont été élus. On a des groupes qui nous ont
approchés cette semaine et nous ont abordés
en disant : Bien, vous savez, les membres du public sont là pour
représenter le public, sont là pour protéger le public et, en conséquence, ils ne devraient pas être choisis en raison
d'une compétence professionnelle, mais plutôt en raison du fait qu'ils
sont des représentants du public, donc, en ce sens, plus à même d'assurer la
protection du public. Et
un groupe est allé jusqu'à nous proposer qu'à l'intérieur des administrateurs
nommés il y ait un tiers issu du public et même un tiers issu
d'associations de consommateurs.
Donc, je
voulais avoir votre perception de cette proposition qui nous a été formulée. Je
comprends que, pour vous... Puis, au
sein de votre ordre, vous avez des professionnels issus de divers milieux, donc
probablement qu'au sein de votre ordre
vous avez un choix de compétences déjà assez variées, ce qui n'est pas le fait
de tous les ordres, mais qu'est-ce que vous pensez de cette
proposition-là puis comment vous la percevez?
M. Blain
(Richard) : Bien, je dirais ma réponse en différents volets. Le premier élément sur lequel j'aimerais
intervenir, c'est que je ne vois pas le rôle
de protection du public comme étant le seul apanage des membres du public.
Au contraire, la protection du public, c'est
la responsabilité de l'ensemble des membres du conseil d'administration. Donc, à partir
de ce point de vue là, si l'ensemble des membres du conseil d'administration sont responsables de la protection du
public, alors quel est le rôle spécifique qu'on va faire jouer aux membres,
justement, qui viennent du public?
Mais, même si, comme vous l'avez dit, chez les
CRHA et CRIA, on a quand même une certaine diversité de compétences, on ne couvre pas tous les champs de compétence non plus.
Alors, dans ce sens-là, puisque nos postes, évidemment comme la plupart des ordres, sont électifs, ça
serait une bonne chose de pallier à la diversité ou au manque de compétences
justement par la nomination des membres du public.
En ce qui a
trait à la... sur le tiers des membres qui pourraient être venus du public,
dans notre recommandation, on est
d'accord avec le 25 %, mais je veux aussi mentionner qu'on serait tout à
fait en faveur d'augmenter ce chiffre-là au tiers, aucune objection à
Mme Vallée : Pour votre
proposition qui... votre suggestion de bonification de mesures... d'ajout de
mesures incitatives pour assurer la
représentation de la diversité au sein des conseils d'administration, de la
parité hommes-femmes, la présence des
jeunes, comment les mesures incitatives auxquelles vous avez fait référence
pourraient, dans... pourraient être
mises en oeuvre? De quel genre de mesures incitatives il devrait être question?
Qu'est-ce qui devrait être prévu dans le code en tant que tel? Parce qu'on s'entend que des mesures incitatives,
ce n'est pas nécessairement prévu à une disposition du code. Vous
l'aviez vu de quelle façon, cette recommandation?
M. Blain
(Richard) : En fait, la raison pour laquelle l'ordre des CRHA et CRIA
est sensible à la diversité, c'est que
nous, notre profession, on intervient beaucoup dans la diversité des
entreprises, hein? Alors, je vois un peu ça... C'est un peu le même parallèle, parce que les
entreprises vont être les plus efficaces, vont être les plus innovantes et vont
être à même de se renouveler davantage s'il y a une plus grande
diversité de points de vue et de compétences en leur sein.
Maintenant,
de la même façon qu'on le fait au sein des entreprises pour assurer la diversité,
on va inciter, on va... puis on va
établir certains critères aussi de compétence puis on va inciter nos membres à
prendre en considération, par exemple,
lorsqu'ils vont faire leurs votes, certains critères de diversité. Alors, ça,
ça peut être une des mesures qui seraient incitatives.
Mme Vallée :
Donc, vous ne voyez pas nécessaire que des postes électifs soient ouverts en
fonction d'une qualité ou d'une
qualification x ou y. Parce que, parmi les groupes qui se sont succédé, une des
suggestions était d'avoir... soit de l'inclure
à l'intérieur du collège électoral ou d'identifier des postes au conseil
d'administration, avoir un poste qui doit nécessairement être comblé par un membre ayant une qualification x ou y.
Alors, vous ne le voyez pas nécessairement comme ça, vous le voyez d'une
façon moins contraignante, plus ouverte?
M. Blain
(Richard) : Oui. Dans un premier temps, je pense qu'on pourrait avoir
des mesures davantage incitatives. Dans
certains cas, peut-être qu'il vaudrait la peine d'avoir certains postes
réservés. C'est le cas dans notre ordre professionnel, où on a un poste, par exemple, réservé pour les
membres du milieu syndical, parce qu'ils étaient sous-représentés, et aussi
un membre du milieu universitaire, parce
qu'ils étaient aussi sous-représentés. Mais je pense qu'il faut y aller en
fonction de chaque cas particulier.
Je pense que, dans un premier temps, des mesures incitatives pourraient
contribuer à avoir une plus large complémentarité des compétences.
Mme Vallée :
O.K. Vous savez, le projet de loi n° 98, ça a été le fruit de maintes
consultations, il y a quand même beaucoup
de travail qui s'est fait en amont par l'office auprès des ordres, auprès du
CIQ, auprès de différents organismes. Et
je sais que... Bon, j'ai pris connaissance de votre mémoire, qui mentionne peu
de choses, là, au sujet du
commissaire aux admissions puis du
pôle, outre le fait que vous indiquez que vous n'êtes pas convaincus que la
création du commissaire à l'admission
va être la solution. Mais, en novembre dernier, il y a eu des consultations, votre ordre s'est exprimé
en faveur de l'élargissement des
compétences du commissaire, puis, à ce moment-là, l'ordre mentionnait que
l'élargissement allait permettre d'enquêter,
de vérifier de façon un peu plus précise les processus d'admission en regardant
les différents mécanismes qui mènent à
l'adhésion. Moi, je regarde le texte de 98, c'est un petit peu comme ça que je
le constate... que je le considère,
c'est-à-dire que les nouvelles responsabilités du commissaire, ils sont dans
cette lignée-là des responsabilités qu'il a actuellement, mais on
l'élargit à l'ensemble de l'admission. Alors, je voulais comprendre un petit
peu le changement de cap dans la position de l'ordre.
Parce que,
comme je vous le mentionnais, nous, on n'a pas sorti des idées d'un chapeau. Je
sais qu'elles ont fait l'objet de
discussion. Parfois, certains avaient d'ores et déjà en novembre inscrit leur
désaccord, mais d'autres organismes, dont
votre ordre, mentionnaient que ça pouvait être intéressant, là, d'élargir les
pouvoirs du commissaire. C'est que je voulais
voir en quoi le texte actuel ne correspondait pas à ce que vous aviez formulé à
l'époque comme recommandations.
Blain (Richard) : En fait, notre principale préoccupation, c'est une
préoccupation d'efficacité. Donc, la dimension de l'admission et du commissaire
à l'admission, c'est une réalité qui nous touche assez peu parce qu'on n'a pas des grandes... on n'a pas, comme ordre, des grandes problématiques à ce niveau-là. Donc, c'est pour ça que nos recommandations d'aujourd'hui vont plutôt dans le sens à une plus grande
efficacité du système pour avoir les meilleurs résultats.
Puis je ne sais pas
si, Manon, tu veux ajouter quelque chose à ce sujet-là.
Mme Poirier (Manon) : Oui. Si je peux me permettre, en fait, bien que je n'étais pas là en
novembre, je pense que la position de
l'ordre ou la compréhension de l'ordre sur l'élargissement des pouvoirs
demeurait toujours pour les candidats
hors Québec. Je pense que l'élément nouveau pour nous,
c'était l'élargissement des pouvoirs du commissaire aux candidats formés au Québec. Et j'ai eu la chance de vous entendre dans
les dernières journées, et la compréhension qu'on en a maintenant, c'est l'élargissement du pouvoir pour donner un
processus aux gens aussi qui sont formés au Québec.
le principe, c'est sûr que c'est difficile d'être en désaccord avec un principe
d'équité d'accès à un mécanisme d'appel,
mais il existe déjà. Donc, c'est sûr que, pour les candidats qui sont formés au
Québec, donc, bien sûr, les gens qui
accèdent directement, étant donné leur formation, ce n'est pas là qu'il y a des
enjeux, c'est vraiment pour les parcours qui sont plus atypiques. Donc, il y a le comité des équivalences de
l'ordre qui va se pencher sur le dossier et prendre la décision. Si un candidat n'est pas satisfait de la
décision de l'ordre, il existe le comité de révision déjà au sein des ordres.
Donc, il y a déjà un mécanisme d'appel.
pour nous... Je comprends, j'ai... On a entendu que l'intention, c'était de
permettre au commissaire de voir le processus
et non le fond. Bien humblement, on pense que c'est un peu utopique de penser
qu'un commissaire va se limiter au processus, parce que, si le
commissaire se limite à voir si le processus a été respecté, il va simplement
voir si effectivement le comité des
équivalences a fait son travail et le comité de révision a fait son travail par
la suite. Donc, selon nous, dans les
faits, très concrètement, le commissaire va devoir se prononcer sur le fond, et
un commissaire ne peut pas être un
expert et de pouvoir porter un jugement ou une décision pour l'ensemble des
professions, donc il devra faire
appel à des ressources. Mais, fondamentalement, l'admission des gens aux professions devrait demeurer au sein de
l'ordre respectif.
Mme Vallée :
Mais il ne s'agit pas d'un mécanisme d'appel. C'est ça qui semble être
l'interprétation qui est incorrecte. C'est vraiment...
Le rôle du commissaire, c'est un mécanisme d'analyse, en fait, pas mécanisme
d'appel. Puis il a un pouvoir de recommandation qui... par l'institutionnalisation du pôle et la mise autour d'une même
table de l'ensemble des acteurs qui
ont, d'une façon ou d'une autre, un rôle à jouer dans ce processus-là,
à quelque part, dans les étapes, une possibilité d'intervenir. Donc, ce n'est pas un processus d'appel auprès de
l'ordre qui est créé, mais bien un processus
d'analyse et un pouvoir de recommandation qui permet aux différents acteurs impliqués dans cette démarche d'apporter,
le cas échéant, des modifications à certaines réalités qui comportent des
enjeux ou des problématiques.
Puis ça interpelle
aussi le gouvernement, là, parce qu'il y a, dans tout ce cheminement-là, puis
on le sait, de nombreux acteurs, et l'objectif,
c'est d'avoir une cohérence, de cesser de se lancer la balle et d'arriver à
assurer un parcours qui sera plus
fluide, sans pour autant sacrifier, évidemment, la protection du public. Parce que
ça, ça demeure l'élément, l'objectif premier, et ce n'est pas de permettre à quelqu'un
qui n'a pas les compétences d'accéder à une profession, ce n'est pas
du tout l'objectif. Mais quelqu'un
qui a les compétences et qui a le bagage nécessaire devrait pouvoir
accéder sans trop d'embûches, c'est...
Et le commissaire va pouvoir porter un regard sur ça et s'assurer que, peu
importe la provenance du candidat, les processus vont être objectifs et
vont permettre aux candidats qualifiés d'aller... d'accéder aux ordres, évidemment
dans la mesure où ils respectent les paramètres, là. Il n'est pas question
d'assouplir pour assouplir et il n'est pas question d'en appeler, ce
n'est pas un appel, c'est vraiment un processus, comment améliorer et bonifier
tout ça.
puis, pour ce qui est des compétences, je vous dirais, on a fait un parallèle
avec la Protectrice du citoyen. On a un
bel exemple. La Protectrice
du citoyen regarde l'ensemble
de l'action gouvernementale, et il
n'y a personne qui questionne
sa capacité de le faire. Alors, je
pense qu'avec... lorsque l'objectif
est d'analyser un processus, ça... je
pense qu'on a... Et le processus
fait déjà l'objet d'une analyse pour les candidats venant
de l'extérieur. Donc, les connaissances du commissaire sont déjà là.
Mme Poirier (Manon) : Je pense que... juste, en fait, de préciser, je pense
que la mécompréhension ou l'inquiétude qui
provient des ordres, c'est quand un... Nous, on regarde strictement la portion
qui nous concerne, parce que vous parlez de l'ensemble des acteurs, mais, la portion qui nous concerne,
pour les candidats qui viennent du Québec, le processus
est relativement simple. Donc, on s'interroge vraiment
sur la valeur ajoutée de regarder un processus qui est plus simple vraiment
que les gens qui viennent hors du Québec. Puis on était tous d'accord avec la création de
ce poste-là à l'époque.
Vallée : Si le processus
est simple puis ne pose pas de problème, vous ne devriez pas vous préoccuper,
il ne sera pas... il ne fera pas l'objet de recommandations de la part
du commissaire.
Mme Poirier (Manon) : Probablement, si vraiment il s'en tient au processus, mais je pense
que vous avez entendu plusieurs ordres qui craignent qu'on doive aller
sur le fond plutôt que sur la forme.
Le Président (M.
Ouellette) : Merci, Mme Poirier. Mme la députée de Chicoutimi.
Jean : Merci. Alors,
bienvenue à vous tous, M. Blain, Mme Poirier et Mme Rondeau. Merci d'être ici
ce matin pour nous exprimer votre vision sur le projet de loi n° 98.
Dans votre document, vous abordez le
sujet de l'immunité pour la dénonciation. Naturellement, le projet de loi, ce qu'on en comprend, c'est
pour pouvoir favoriser justement la dénonciation d'actes répréhensibles, pour être
capable après ça de pouvoir porter les gestes que l'ordre doit porter.
La loi propose une immunité à ceux qui dénonceraient justement de tels agissements
répréhensibles. Ce que j'ai compris, c'est que vous, vous n'êtes pas contre le
fait de faire une immunité, mais vous
demandez à ce que... garder le droit à l'ordre de poursuivre ou non la personne
qui aurait dénoncé. Est-ce que j'ai bien compris votre... c'est vraiment
la réserve que vous désirez faire, et, si oui, pourquoi vous désirez conserver
cette réserve-là?
Blain (Richard) : Mais, en
fait, oui, effectivement, vous avez bien saisi l'essence de notre proposition. Bien, c'est déjà une
disposition qui existe actuellement. Donc, je
pense que le fait de systématiser ou
de... l'aspect de l'immunité nous semblait un peu inapproprié, compte
tenu que la possibilité de le faire est existante aujourd'hui. Alors, ce qu'on préférait, c'est que ça puisse... que la pratique
actuelle puisse se poursuivre aujourd'hui,
dans des cas exceptionnels, mais que
chacun ait à faire face à ses obligations s'il y
a eu des actes répréhensibles ou quoi
que ce soit. Est-ce
que ça répond bien à votre question?
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Chicoutimi.
Vous comprenez que, ce matin, nous avons de la compagnie. On est en
construction. Ça fait que... Est-ce que la réponse de M. Blain vous satisfait, Mme
la députée de Chicoutimi?
Mme Jean :
J'irais peut-être un peu plus loin sur le sujet. Je ne suis pas familière avec
le processus actuel. Je comprends qu'on veut permettre l'immunité des personnes
sans pouvoir se faire poursuivre eux-mêmes. Donc, vous, vous dites : Oui, ça serait possible, mais on aimerait pouvoir garder le
droit de pouvoir poursuivre. Dans quelles conditions, par exemple?
Le Président (M.
Ouellette) : M. Blain.
Blain (Richard) : Bien, s'il n'y a pas de... Ça serait dans des cas
exceptionnels où on pourrait garder l'immunité. Ce serait toujours une
possibilité. Mais je n'en ferais pas une règle générale, là.
Jean : Donc, l'immunité serait dans les cas exceptionnels. C'est ça
que vous voulez dire. À ce moment-là, comment
une personne se sentirait à l'aise de dénoncer s'il ne sait pas qu'il peut être
poursuivi ou non par l'ordre ou par d'autres
personnes? Donc, il demeure une incertitude par rapport à celui qui veut dénoncer,
parce qu'il ne le sait pas. Donc, vu
que l'objectif, c'est de le rassurer : Viens dénoncer, il y a pas de
danger, en empêchant de le mettre automatiquement, bien, vous ne pensez pas qu'on risque de
décourager certaines personnes qui sont au fait d'actes répréhensibles et
qu'ils ne le diraient pas?
Blain (Richard) : En fait,
selon le code de déontologie, toute personne qui est témoin d'un acte
répréhensible devrait avoir à...
devrait le dénoncer. Donc, dans ce
sens-là, je pense
que les gens devraient faire face à la musique puis prendre leurs responsabilités,
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la députée de Chicoutimi.
Mme Jean :
D'accord. Vous avez un commentaire intéressant... Il me reste?
Une voix :
Six minutes.
Jean : O.K. Vous avez un commentaire intéressant concernant la
représentativité. Oui, vous êtes ouverts au fait qu'on puisse caractériser des postes ou qu'on puisse donner des
préférences aux jeunes, aux jeunes arrivés dans la profession, et vous incluez ça aussi au niveau des femmes et
peut-être d'autres groupes. Très sensible à votre proposition. Dans la formulation, avez-vous déjà pensé à des
méthodes qui favoriseraient ça? La question a déjà peut-être été posée, mais j'aimerais ça avoir du détail de comment vous
verriez ça. Parce que, la difficulté, souvent des gens disent : Oui, mais,
vu que c'est des postes électifs, comment on
peut le faire? Avez-vous une petite idée là-dessus, de comment on pourrait
faire?
Blain (Richard) : Bien, écoutez, par des mesures incitatives dont
peut-être j'ai brossé un portrait tantôt, soit en incitant... en sensibilisant les membres votant
sur les profils recherchés, sur les compétences recherchées, sur l'ensemble de la diversité de nos membres et aussi la
population qui est desservie. Ça, ça peut être une façon. En allant
sensibiliser certains groupes en
particulier, aussi. Évidemment, si on n'a qu'un certain type de
représentativité sur la liste électorale,
c'est dans ce groupe-là que les gens vont être amenés à voter. Mais il y a
peut-être du travail en amont à faire auprès
de certains groupes qui ne se présentent pas suffisamment comme candidats.
Alors, c'est sûr que, s'ils ne se présentent pas, ils ne peuvent pas être élus non plus. Donc, ça, ça fait
partie des
mesures, là, incitatives qui pourraient être mises en place par chacun
des ordres.
Jean : Est-ce que vous pensez qu'une mesure du type le conseil ou
les... du conseil d'administration qui n'est
pas en renouvellement pourrait se permettre ou pourrait faire des
sollicitations ciblées justement pour certains groupes qui sont
sous-représentés à un conseil d'administration?
Blain (Richard) : Bien, des sollicitations, des incitations, tout à
fait, oui.
Jean : Parfait. Une autre question d'un autre ordre d'idées. Vous
parlez de la formation, donc vous êtes d'accord
avec la formation en éthique et en déontologie, et vous l'avez déjà appliquée
vous-mêmes. Et vous dites, vous allez
plus loin : Ça devrait être récurrent. Et vous, vous le faites aux trois
ans. J'imagine que vous avez évalué pourquoi le trois ans. Et ma
question est : Est-ce que, selon vous, il faut que la formation soit
suivie ou on demande à ce que la formation soit réussie? Faites-vous une
distinction à ces deux critères-là?
Blain (Richard) : Oui. Bien,
de un, oui, la formation, il
faut qu'elle soit récurrente, parce que
l'éthique, ça évolue, d'une part,
et on est souvent soumis à des situations avec lesquelles on peut s'habituer.
Donc, c'est important de se
rappeler les règles d'éthique, dans ce cas-ci, et de déontologie. Donc, d'où
l'importance de la récurrence. Alors, on a choisi trois ans. Il n'est pas dit que, dans les prochaines années, on
n'ira pas vers une fréquence plus régulière que trois ans.
y a aussi le type de formation qu'il faut regarder. Il y a la durée de la
formation, etc. Donc, il y a plusieurs critères. Pour nous, c'est une
formation obligatoire pour maintenir son
titre professionnel.
Mme Jean :
Mais je ne me souviens pas... Je n'ai pas compris si elle doit être réussie ou
juste suivie.
M. Blain
(Richard) : Elle doit être réussie, si ma mémoire est bonne.
Mme Poirier (Manon) : Elle doit être suivie, puis il y a des questions, mais il n'y a pas
nécessairement un barème où on doit atteindre... Donc, techniquement,
elle doit être suivie.
Mme Jean :
Suivie, ça se limite à être suivie, donc...
M. Blain
(Richard) : Mais, comme il y a des questions, et tout ça, lorsque les
questions sont moins réussies, évidemment,
il y a un support à la formation tutoriel pour ramener certains concepts, et
tout ça. Donc, on pense que, même si... lorsque la formation est suivie,
à la fin de la formation, les gens vont avoir retenu les concepts importants.
Jean : Merci. C'est plus clair comme ça. Merci. Dernière question, il
nous reste une minute et des poussières. Concernant le dossier ou le sujet du commissaire à l'admission et le
pôle de coordination, ce que je comprends dans votre mémoire ou dans votre commentaire, c'est que vous
êtes... vous vous référez ou vous êtes d'accord avec la proposition du CIQ, qui proposerait un pôle... un comité
multisectoriel qui étudierait la situation, justement, au niveau de
l'admissibilité ou des problématiques au niveau de l'admissibilité. Est-ce
que je comprends bien?
Blain (Richard) : Oui, exact. On pense que ça pourrait être... c'est
un mécanisme qui existe déjà, qui pourrait être plus adapté à l'objectif
poursuivi.
Mme Jean :
Plus adapté...
Blain (Richard) : Maintenant, l'objectif, nous sommes tout à fait en
accord avec l'objectif. C'est plutôt sur les moyens, de rendre les moyens les plus... prendre les moyens les plus
efficaces et les moins lourds administrativement pour y arriver.
Jean : Donc, moi, je comprends qu'un comité comme ça, multisectoriel,
qui implique l'ensemble des acteurs, que...
on comprend que ce n'est pas quelque chose de simple. On nous a expliqué depuis
quelques jours comment on peut se lancer la balle d'un ministère à
l'autre ou d'une institution à l'autre sur la problématique en question, et une
table de concertation et de coordination
pourrait avoir son mot à dire ou son utilité. Je me disais : Est-ce que
d'avoir une personne comme le
commissaire à l'admission qui, lui, irait un peu plus loin pour amasser de
l'information sur la vue d'ensemble et d'amener
justement à la table de concertation ou de coordination cette analyse-là sur le
terrain, ce qu'une table ne peut pas
faire... est-ce que c'est quelque chose quand même auquel vous êtes ouvert ou
auquel vous trouvez une certaine pertinence?
Blain (Richard) : En fait, dans notre mémoire, on n'a pas dit qu'on
était contre l'idée. L'objectif poursuivi — on est
tout à fait d'accord avec cet objectif-là — c'est principalement de trouver le meilleur
moyen pour y arriver. Si, à la suite de tous les mémoires que vous aurez
entendus ici, en commission parlementaire, les parlementaires trouveront que
c'est la meilleure façon d'y arriver, l'ordre ne s'opposera pas à ça, au
contraire.
Le Président (M.
Ouellette) : Merci, Mme la députée de Chicoutimi. M. le député de
Borduas.
M. Jolin-Barrette : Merci, M. le Président. Bon matin. M. Blain, Mme Poirier, Me Rondeau,
bonjour. Bienvenue à l'Assemblée nationale. Merci pour votre
contribution aux travaux.
D'entrée
de jeu, j'aimerais qu'on revienne sur la question de l'immunité. Vous en avez
discuté avec les collègues. Pages 12
et 13 de votre mémoire, donc, vous dites : On souhaite que le
pouvoir, dans le fond, qui est introduit à 123.9 soit retiré. Quand on lit la disposition, on voit
que le syndic, la disposition qui est proposée, là, par le projet de loi, on voit que le syndic aurait
certains critères à respecter avant d'accorder l'immunité. Vous trouvez que ce
n'est pas assez balisé, ces pouvoirs-là?
Blain (Richard) : Manon, est-ce que tu veux formuler une réponse à...
Mme Poirier (Manon) : Oui. Bien, en fait, la recommandation qu'on faisait, c'est, donc, pour nous : on
devrait retirer... Je comprends l'intention, l'objectif qu'on puisse dénoncer, mais ça semble beaucoup,
de renoncer au processus disciplinaire, pour les gens qui sont concernés. On
était aussi préoccupés par le fait que le syndic, suivant les mesures, puisse prendre sa décision. Et notre recommandation, c'est, si on doit le maintenir, ça devrait être le conseil de
discipline qui prenne cette
décision-là et non pas le syndic, un individu, on préférerait que ce soit un
comité de personnes qui prenne la décision.
M. Jolin-Barrette : Puis, dans ce processus-là, au
niveau du conseil de discipline, au niveau
de la mécanique, comment vous voyez
ça? Parce que, bon, le syndic, c'est au moment où il évalue
s'il dépose une plainte, et là le conseil de discipline, lui, est uniquement saisi à partir du moment où il y a
une plainte qui est déposée. Donc, vous laisseriez l'appréciation, à la fin de l'audition, au conseil de discipline
de dire : On vous accorde l'immunité en fonction de votre collaboration ou, au niveau de la
peine, dans le fond, on vous déclare coupable puis...
Mme Poirier (Manon) : Oui, c'est ça. Donc, encore
une fois, on comprend bien
l'intention puis, si on avait une suggestion pour permettre la dénonciation, et tout ça, autre
que celle qui est proposée, on le ferait avec plaisir. Ça fait qu'on comprend que c'est une question
complexe, mais effectivement le syndic devrait aviser la personne plaignante
qu'il n'est pas de son ressort de lui
donner l'immunité. Il ferait enquête, et, s'il y a lieu de déposer une
plainte, à ce moment-là le conseil pourra décider si, oui ou non, il
y aura des mesures face à l'individu.
M. Jolin-Barrette : O.K. Parce
que moi, je le vois dans une
perspective, au niveau du syndic, de lui donner une certaine liberté pour dire, bon, afin de... dans
le processus, dans le cheminement afin de s'assurer que, dans le fond, les autres membres de la profession
ne puissent pas reproduire puis dénoncer la situation, ça, c'est une
chose. Le fait d'accorder au Directeur des poursuites criminelles et pénales le pouvoir de dire : Mais, écoutez,
il ne sera pas poursuivi en discipline, puis le syndic n'aura pas son mot à dire, c'est deux choses. Mais je
trouve votre proposition intéressante, de venir baliser puis de peut-être
donner à une autre instance que la décision du syndic soit validée. Ceci étant
dit, il va falloir s'assurer aussi qu'il y ait des garanties d'indépendance
là-dessus.
Peut-être
au niveau également de la suspension temporaire, la
radiation temporaire, si je peux dire, qui est introduite aussi, vous, ce que vous proposez, à la recommandation 11, là, c'est d'avoir... que le professionnel soit suspendu si l'infraction punissable de cinq ans d'emprisonnement a un lien
avec l'infraction. Est-ce que vous pouvez nous expliquer un petit peu
votre position sur ce point-là?
M. Blain
(Richard) : Manon, veux-tu continuer?
Mme Poirier
(Manon) : Oui. En fait, on estime... Parce que ce qui est soulevé, c'est quand
même un droit fondamental, donc, à la base, et on a entendu nos collègues du
Barreau qui avaient une autre optique sur la chose, mais c'est quand
même un droit fondamental, la présomption d'innocence. Mais, si on doit permettre de suspendre, il faudrait que l'infraction ait un lien avec l'exercice de la profession. Donc, par
exemple, une fraude majeure d'un niveau fiscal, par exemple, qui serait passible d'emprisonnement, pour un dentiste,
est-ce qu'il y a un lien? Est-ce que la personne a vraiment... perd sa compétence ou la capacité...
un lien de confiance avec le public, comme dentiste — je prends l'exemple d'un
dentiste — si
c'est une fraude de nature autre, qui n'a pas de lien avec l'exercice de la
profession?
comprendra que, pour toutes les professions de la santé ou encore même tous les
crimes contre la personne, il y
aurait certainement un lien avec la profession. Donc, on suggère de rajouter
cet élément-là pour bien circonscrire, parce qu'à la base on vient quand
même d'aller à l'encontre d'un droit quand même fondamental, qui est la
présomption d'innocence.
M. Jolin-Barrette : Sur la question du délai de suspension temporaire ou de suspension
provisoire, dans le fond, c'est un premier trois mois puis un deuxième
trois mois qui peut être renouvelé, est-ce que vous êtes à l'aise avec ces délais-là, si on limite uniquement avec les
activités ayant un lien avec la profession ou les crimes ayant un lien avec
l'activité de la profession, sur le délai de six mois que le syndic
aurait pour mener son enquête?
Blain (Richard) : ...pas sur
le délai tant que sur le respect du droit fondamental par rapport aux liens de la faute avec l'exercice de la profession.
M. Jolin-Barrette : Sur la question du commissaire aux plaintes, on élargit son champ
d'action, est-ce que vous avez déjà eu,
à l'ordre, des cas de candidats qui ont étudié au Québec
qui n'ont pas pu accéder à la profession, des cas qui seraient désormais
couverts par le commissaire aux plaintes? Est-ce que c'est arrivé dans l'historique
de l'ordre?
Mme Poirier
(Manon) : Je vais laisser ma collègue répondre. Me Rondeau.
Rondeau (Édith) : En
fait, dans la nature de la profession, il y a beaucoup de gens qui sont formés au Québec qui
ont une formation différente. Donc, depuis plusieurs
années, on a développé des outils pour les évaluer. Donc, comme on l'a mentionné, ce n'est pas nécessairement
une problématique pour nous, si les gens ont un certain minimum, on a un
comité qui évalue ces personnes-là, effectivement, elles vont pouvoir être admises à l'ordre, suivant certaines
conditions.
M. Jolin-Barrette : Est-ce que c'est arrivé que certaines personnes
soient refusées par l'ordre? Est-ce qu'ils ont fait appel au mécanisme déjà en place, d'aller soit au conseil d'administration? Est-ce que ça arrive souvent que les gens
ne puissent pas obtenir le permis de pratique?
Rondeau (Édith) : Ce n'est
pas nécessairement fréquent. Lorsque les gens ne l'obtiendront
pas, c'est qu'ils ne respectent pas
les conditions. Puis c'est vraiment... c'est vu par un comité d'équivalence, puis il y a
la possibilité que la personne demande la révision de ces
décisions-là par un comité qui est formé par le conseil d'administration.
Jolin-Barrette : Puis est-ce que vous...
Le Président (M. Ouellette) : Merci, M. le député de Borduas. C'est tout le
temps que nous avons ce matin. Merci, Me
Rondeau, Me Poirier et M. Richard Blain, président du conseil d'administration
de l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, d'être venus
nous visiter ce matin.
vais suspendre quelques minutes. Je vais demander à l'Ordre des comptables
professionnels agréés du Québec de bien vouloir s'avancer.
(Suspension de la séance à
11 h 1)
Le Président (M. Ouellette) : Nous reprenons nos travaux. Nous recevons maintenant
l'Ordre des comptables professionnels
agréés du Québec. M. André Dugal, qui est le président du conseil d'administration, c'est vous qui allez faire la présentation, M. Dugal? Et vous avez
10 minutes, et après il va y avoir une période d'échange avec Mme la ministre et les porte-parole des
deux oppositions. À vous la parole.
Dugal (André) : Alors, M. le Président, Mme la ministre, Mmes, MM. les
membres de la commission, bonjour. Je
suis accompagné ce matin de Me Christiane Brizard, qui est secrétaire et
vice-présidente à l'ordre et s'occupe des affaires juridiques à l'Ordre
des CPA du Québec.
Alors,
au nom de l'Ordre des comptables professionnels agréés du Québec, je tiens tout
d'abord à vous remercier de nous
donner l'occasion de partager avec vous les résultats de nos réflexions. C'est
l'occasion pour nous de contribuer à sa bonification, du projet de loi
n° 98, dans un esprit, là, d'ouverture et de collaboration.
Dans
la foulée de l'unification de la profession de comptable, qui regroupe
aujourd'hui 38 000 membres, l'Ordre des CPA a mis en place, il y a quatre ans, de nouvelles façons de faire
et une nouvelle gouvernance, et nous avons d'ailleurs travaillé étroitement avec l'Office des
professions et le gouvernement. Je me réjouis donc de constater que l'approche
proposée par le projet à l'étude s'inscrit
en droite ligne avec les règles que nous avons nous-mêmes instaurées. Je
pourrai revenir en détail, lors de la période de questions, sur le cadre
de gouvernance que nous avons adopté, mais, mis à part quelques bonifications que nous proposons dans notre mémoire, cette
modification ou modernisation nous apparaît comme vraiment un bon coup.
souligne tout particulièrement notre accord avec l'obligation des membres des
conseils d'administration des ordres
d'adhérer à des normes d'éthique et de déontologie, sous réserve, par contre,
que les ordres doivent avoir l'agilité pour
leur permettre de répondre aux besoins particuliers des ordres en adoptant des
normes d'éthique et de déontologie par
résolution du conseil d'administration, plutôt que par règlement, leur
permettant évidemment d'avoir beaucoup plus d'agilité. Nous appuyons également la modification visant à confier au
conseil d'administration le rôle de surveillance générale des affaires
de l'ordre. Et bien sûr nous sommes plus que favorables à l'obligation qui
serait faite à tous les professionnels de suivre une formation minimale en
éthique et en déontologie.
me dois maintenant d'aborder certains points qui constituent, selon nous, les
plus sérieuses lacunes du projet de
loi ou du moins les interrogations que nous avons à cet égard. Parlons d'abord
de l'élargissement du rôle du commissaire aux plaintes. Le commissaire
soutient que l'élargissement de ses pouvoirs à l'ensemble du processus
d'admission est nécessaire. Comme l'a fait
valoir mardi la présidente du Conseil interprofessionnel, nous sommes d'avis
que cette proposition ne répond à
aucune problématique documentée et qu'elle n'est soutenue par aucune donnée
probante ni argumentaire tangible nous
ayant été communiqué. Ça a été pour nous comme une surprise lorsque cette
section est arrivée dans le projet de loi. Je dois ajouter que cette proposition fait double emploi avec les
processus existants en ce qu'il la rend inutile et inefficace, surtout
dans un contexte de rareté des ressources.
L'admission
aux professions, autant en ce qui concerne le contenu que le processus d'admission,
est un pouvoir délégué par l'État aux
ordres professionnels depuis 40 ans, et c'est l'un des outils dont ils
disposent pour s'acquitter de leur
mission de protection du public. Les tribunaux ont même reconnu aux ordres le
statut d'instance spécialisée détenant une
compétence d'attribution exclusive en matière d'admission. À défaut d'intention
claire énoncée, on peut se demander pourquoi
l'admission aux professions, dans un sens large, devrait être soumise à un
contrôle supplémentaire. Déjà, les règlements
des ordres doivent avoir l'approbation de l'office et du gouvernement, à
certains égards, après consultation des
ministères et des organismes impliqués. De plus, leurs décisions sont sujettes
au contrôle des tribunaux de droit commun et à d'autres organismes.
L'Ordre
des CPA ne remet pas du tout en question l'objectif visé par la proposition,
dans la mesure où il s'agit bien de
favoriser l'intégration des personnes ayant été formées à l'étranger. Mais le
projet va plus loin en englobant le processus
d'admission dans son ensemble, qui, lui, vise une tout autre cible, soit les
personnes formées au Québec. Autrement dit,
les nouveaux pouvoirs du commissaire chevaucheraient ceux du gouvernement et de
l'office, du ministère de l'Éducation,
de l'Enseignement supérieur de même que d'autres ministères associés de près ou
de loin à la problématique d'intégration.
Si le commissaire estime que des obstacles systémiques compromettent l'accès
des personnes formées à l'étranger à
certaines professions, nous sommes, pour notre part, convaincus qu'il dispose
déjà des leviers nécessaires pour faire un diagnostic, faire les
recommandations et suivre l'application de ses recommandations.
Nous croyons
fermement que l'heure est à l'action, et non pas à une vigie bureaucratique
supplémentaire. C'est une vision qui
s'inscrit parfaitement dans la volonté du gouvernement d'en arriver à un
meilleur arrimage entre les besoins du
Québec en matière de main-d'oeuvre et la contribution des nouveaux arrivants. Par
conséquent, au lieu d'institutionnaliser le pôle de coordination, nous misons bien davantage sur le comité
interministériel sur les reconnaissances des compétences des personnes immigrantes, relevant du MIDI, qui
devrait avoir un statut permanent. L'accent doit être mis sur les mécanismes
qui permettent de faire connaître et d'encourager le partage des meilleures
pratiques entre les différents intervenants
et entre les ordres. Comme d'autres, la profession comptable a fait des
avancées concrètes en faveur d'une intégration
des professionnels formés à l'étranger, et je vais être heureux de vous
expliquer les avantages et l'expérience que nous avons à cet égard-là
lors de la période de questions.
L'ordre
appuie la proposition qui autoriserait des échanges de renseignements entre
syndics. Il est cependant évident que
le Code des professions devrait prévoir une exception au secret professionnel
dans ce contexte, sans quoi une telle disposition
serait vide de sens, puisque pratiquement tout ce qui fait l'objet d'une
enquête du syndic est protégé par le secret
professionnel. Nous soutenons également que la communication entre syndics
devrait être autorisée, nonobstant le
secret professionnel, et ce, sans exception. En effet, si deux des principaux
joueurs que sont les avocats et les notaires ne participent pas à l'échange d'information, la disposition législative
proposée ne sera qu'une façade et sans effet réel.
Quelques mots
maintenant sur notre opposition au principe même de suspension ou d'une
limitation provisoire en cas de poursuite pour une infraction grave. À
sa face même, ce mécanisme semble en fait bafouer certains droits fondamentaux, principalement la présomption
d'innocence et le droit à une défense pleine et entière. De plus,
l'article 38 du projet de loi n° 107, déposé en juin, propose de
faire en sorte qu'un professionnel témoin dans une affaire qui est entre
les mains du DPCP pourra, si l'intérêt de la
justice le requiert, signer une entente de collaboration et ainsi se soustraire
de la plainte portée contre lui devant le conseil de discipline de son ordre
professionnel.
Si je résume, d'un côté, le simple dépôt d'une
poursuite contre un professionnel le priverait automatiquement d'exercer sa profession pendant 120 jours,
alors que, de l'autre côté, son confrère témoin, collaborateur et complice d'un
acte criminel verrait la plainte déposée
contre lui devant le conseil de discipline retirée, l'habilitant ainsi à
continuer d'exercer sa profession.
Ces deux mesures sont à nos yeux inconciliables, et c'est la raison pour
laquelle nous avons demandé le retrait
de l'article 61 du projet de loi. Dans la mesure où le lien entre
l'infraction criminelle et l'exercice de la profession est fait et établi, l'ordre estime disposer
actuellement des outils nécessaires pour empêcher le professionnel d'exercer
ses activités professionnelles lorsque la protection du public l'exige.
Enfin, nous
pensons que cette réforme du Code des professions devrait faire une plus grande
place aux mécanismes de reddition de
comptes des ordres, et en conséquence la nécessité pour l'Office des
professions de se doter de meilleurs indicateurs
de performance pour réaliser ses objectifs de protection du public. Dans le
contexte de l'actualité des derniers mois
dans l'univers professionnel, la mise en place d'indicateurs nous semble
urgente pour permettre à l'office de suivre la performance des ordres et
mesurer l'efficacité de leurs processus pour assurer la protection du public.
Alors, je
vous remercie du temps que vous nous avez donné pour vous présenter les
principaux points de notre mémoire, et nous sommes évidemment
disponibles à répondre à vos questions et discuter avec vous.
Président (M. Ouellette) :
Je suis sûr que vous avez pratiqué parce que tomber plus pile que ça, ce n'est
pas arrivé encore depuis le début. Mme la ministre.
Vallée : Merci beaucoup. Merci, M. Dugal. Merci,
Me Brizard, de votre présence aux travaux de la commission.
Plusieurs
questions. Dans un premier temps, vous... on va aborder plutôt la question de
la gouvernance des ordres. L'une de
vos recommandations est à l'effet que la destitution du directeur général ne
soit pas assujettie au vote des deux tiers des membres du C.A., et l'objectif de l'article, c'est de maintenir une certaine stabilité, là, au sein de l'organisation puis assurer aussi le bon fonctionnement, là, de l'aspect administratif, du volet administratif d'une organisation. Pour vous, quelles seraient
les règles qui devraient régir la destitution d'un directeur général, d'une directrice générale? Comment... si vous n'êtes pas d'accord avec ce qui est proposé, quelles seraient les
règles qui devraient être clairement définies pour éviter qu'il y ait une façon de fonctionner, un fonctionnement différent d'un ordre à l'autre et qu'on laisse la discrétion au
conseil?
M. Dugal
(André) : Alors, selon nous, il y a
deux postes, dans l'ordre, qui demandent une protection supplémentaire de protection du public, il y a
le syndic et le secrétaire de l'ordre. Alors, ces deux postes-là, nous sommes
d'avis que, pour destituer les gens qui ont ces fonctions-là, il doit y avoir
un mécanisme beaucoup plus rigoureux, comme par exemple d'avoir le vote du conseil
d'administration aux deux tiers. Par contre,
le poste de directeur général ou de chef des opérations n'a pas ce statut-là de protection du public aussi fort
que le syndic et le secrétaire. Lui est responsable des opérations de l'ordre. Il s'assure qu'il y a un
lien entre les orientations stratégiques qui sont définies au conseil d'administration et l'exécution par l'ordre. Alors, lui n'a pas cette protection ou ne
doit pas nécessairement avoir cette protection supplémentaire
que le syndic et la secrétaire doivent avoir.
Vallée : Mais il
existe dans certains ordres des cumuls de postes de directeur général et de secrétaire, vous en convenez?
Dugal (André) : Dans ce
contexte-là, nous, ce qu'on propose, dans
le fond, c'est que la destitution du directeur général puisse se faire au vote du conseil d'administration à 50 %
plus un, et, dans la situation où le directeur général est aussi
secrétaire, bien, à ce moment-là, on prend le plus haut des deux, qui est le
deux tiers.
Vallée : On a eu, hier, comme recommandation, notamment... bien,
en fait, de la Fédération des chambres de commerce du Québec, une
recommandation à l'effet de modifier l'article 23 du code pour prévoir que
l'unique mission des ordres professionnels est la protection du public.
J'aimerais vous entendre sur cette recommandation.
Dugal (André) : Bien, la question à se poser, c'est : Est-ce que
le changement de mots dans la loi va changer effectivement ce qui est fait dans la réalité? C'est bien défini dans le
Code des professions que l'objectif des ordres, c'est la protection du
public. Et toutes les actions qui sont faites sont liées à ça.
Par contre, il ne
faut pas oublier que, dans le cadre de cet objectif de protection du public, il
y a des activités limitrophes qui contribuent à protéger le public et qui doivent
être faites et qui sont faites par les différents ordres professionnels. Alors, maintenant, de limiter
strictement et uniquement... de changer le mot strictement à la protection
du public, ce qui risque d'arriver, c'est
qu'il y ait d'autres organismes alentour qui vont rendre des services soit aux
membres ou qui vont adresser des
problématiques particulières qui ne sont pas directement liées à la protection
du public... dans le sens que les ordres professionnels font beaucoup
d'activités qui contribuent à la protection du public, et le principal objectif, c'est la protection du public. Mais il y
a quand même une nuance. Des fois, il y a des choses qui contribuent à la
protection du public indirectement.
Vallée : Mais je vous posais la question parce que, dans la
réponse à ma question précédente, vous disiez :
Le directeur général intervient dans plusieurs
champs... a plusieurs champs d'intervention, alors que le syndic et le
secrétaire sont principalement dédiés à la protection du public. Alors,
c'est pour ça, c'est ce qui m'a amenée à vous poser la question. Parce qu'on a
eu cette recommandation qui était de modifier le terme «principalement» par
«exclusif».
Également,
il y a, dans... Vous avez abordé la question de la reddition de comptes. Qu'est-ce
que vous croyez de cette proposition
de rendre publics, que ce soit à travers le rapport annuel d'un ordre, les
salaires des dirigeants de l'ordre?
Dugal (André) : Bien, la question à se poser, c'est : Qu'est-ce
que ça va apporter de plus à la protection du public? On sait que, les sociétés publiques au Canada ou au Québec, les
hauts dirigeants des sociétés publiques, il y a une obligation de divulgation si la société, elle est
cotée. On n'a pas particulièrement d'objection à le faire dans
la mesure où on met un barème, c'est-à-dire qu'on met une fourchette, plutôt que d'indiquer spécifiquement les salaires des individus.
Vallée : Vous avez
apporté une vision qui est un petit
peu différente sur la question
de l'augmentation des seuils
des amendes. C'est-à-dire qu'il y
a dans le projet de loi une augmentation des seuils des amendes en matière de pratique illégale. Certains ont salué cette mesure-là, parce que
les amendes n'étaient pas représentatives et n'étaient pas dissuasives
dans certains domaines où la pratique illégale était quand même constatée. Vous
mentionnez qu'il y a peut-être d'autres moyens, d'autres outils d'intervention en matière de pratique illégale. Est-ce que vous avez... Est-ce que vous pourriez partager avec nous un petit peu plus de détails sur les moyens qui sont discutés? Je sais notamment qu'il
existe au sein du CIQ un comité qui se penche sur la pratique illégale. Est-ce qu'il y a d'autres pistes de solution ou
d'autres méthodes qui pourraient être enchâssées au sein de notre Code des professions et qui pourraient peut-être amener à dissuader ceux et celles qui se
lancent dans la pratique illégale?
M. Dugal
(André) : Je vais répondre à la première
partie de la question. Je
vais demander à Me Brizard de compléter.
qu'on trouve, c'est... Il faut que l'amende soit suffisamment dissuasive. Si on
donne une fourchette d'amendes entre
un montant qui est très bas, disons 5 000 $,
et 60 000 $ ou 65 000 $, ce qu'on a observé en pratique,
c'est : habituellement, les gens
qui ont à prendre des décisions pour fixer le montant, ils prennent le bas de
la fourchette. Ça fait que, dans le
fond, ce n'est pas vraiment dissuasif. Même si la fourchette est plus
grande, en pratique c'est très rare que les décisions vont être prises où est-ce que la personne qui prend la
décision va donner le montant maximum. Alors, dans ce sens-là, on dit : Bien, ce n'est peut-être
pas tout à fait assez dissuasif. Si on rétrécit la fourchette puis on la monte,
peut-être que ça va être plus dissuasif.
Christiane, est-ce
que tu avais d'autres choses à...
Brizard (Christiane) : Oui. En fait, j'ai fait longtemps des dossiers
de pratique illégale, je dirais que, oui, le premier problème, c'est que l'amende minimale... habituellement, le juge
donne toujours l'amende minimale. Puis, en matière de récidive, la règle est très, très, très stricte. Ici, on
n'entre pas dans le cadre de la récidive au sens de la loi. Même si, par exemple, on a quelqu'un qui a commis des
infractions il y a cinq ans puis qui commet à nouveau des infractions,
on n'est pas capable d'aller chercher une
amende additionnelle, parce qu'on n'est pas dans une situation de récidive.
Donc, il y a cette difficulté-là.
y a la difficulté aussi que... Écoutez, il y a des gens qui ont pignon sur rue
et qui offrent des services qui sont des
services réservés. Par exemple, au CPA, on va parler de l'avis au lecteur. Ils
font beaucoup d'argent dans leur année, puis payer 5 000 $ d'amende,
ça ne change absolument rien, c'est comme un passeport pour continuer. Pour
réussir à les arrêter, ça nous prend une injonction. Pour réussir à avoir une
injonction, il faut aller chercher une série d'autorisations au sens du Code des professions. Donc, il n'y a pas
d'agilité pour agir rapidement. C'est la même chose au niveau du mandat de perquisition, c'est très compliqué d'aller
chercher un mandat de perquisition. Donc, on doit trouver des façons autres,
on doit alléger autre chose au sens du code pour être capables d'avoir les
moyens d'agir rapidement.
Par ailleurs,
il y a aussi toute... On devrait avoir la possibilité d'être capable d'avoir
des engagements formalisés. Ça serait
probablement plus intéressant que d'aller tout simplement en poursuite en
pratique illégale, parce qu'il y a nécessairement des coûts associés à aller devant les tribunaux.
Donc, il y a des moyens autres sur lesquels on doit travailler, et l'amende
comme telle n'est peut-être pas la solution.
Finalement, j'ajouterais que l'autre difficulté,
c'est que, quand il s'agit de percevoir l'amende, on a perdu le contrôle de ça. C'est transféré au gouvernement,
au niveau de l'appareil gouvernemental, et donc, quand on fait un suivi à
savoir si l'amende est perçue, c'est
compliqué d'avoir l'information. Je ne suis pas nécessairement toujours
convaincue qu'on agit rapidement pour aller chercher ces sous-là. On a
vite tendance à offrir à la personne de faire des travaux communautaires, et je ne sais pas dans quelle
mesure on surveille que ces travaux communautaires ont, de fait, été exécutés.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Mme Vallée :
Donc... parce que j'essaie de revenir... Bon. L'une de vos recommandations, c'est de réduire la fourchette des amendes, parce
que... pour éviter de se retrouver
dans des situations où l'amende n'a pas son volet dissuasif. Lorsque vous parlez d'engagement formalisé,
pourriez-vous développer davantage sur ça et sur d'autres moyens, parce que vous dites qu'il y a d'autres moyens? Est-ce
qu'on peut élaborer sur ces autres moyens? Parce que la pratique illégale,
elle est... elle va à l'encontre de
la protection du public. Dans certains domaines, elle peut causer de grands
torts, et, une fois le tort causé,
bien, parfois ça devient difficile de remettre la pâte à dents dans le tube. Et
il y a plusieurs autres professionnels, notamment dans le domaine de
la santé, qui souhaitent des modifications apportées au code afin de les rendre
plus en lien avec notre réalité, et
de les ajuster en fonction des problématiques qui ont été vécues au cours des
40 dernières années.
Donc, c'est pour ça que je vous questionnais. Parce
qu'on en a très peu parlé lors de nos travaux. On a parlé beaucoup de
l'élargissement des pouvoirs du commissaire, mais ça, pour moi, je pense que,
lorsqu'il est question de protection du public, c'est un enjeu dont il est
important de discuter ici.
M. Dugal
(André) : D'ailleurs, si vous me permettez de rajouter, il faut que ça
soit assez dissuasif pour que, les personnes
qui font, par exemple, de la pratique illégale, ça ne soit pas toujours les
mêmes personnes qui se retrouvent au
syndic puis qu'on... On a une population de gens qu'on voit souvent. Donc,
c'est une indication que les amendes ne sont probablement pas assez
élevées ou on n'a pas assez de moyens pour les empêcher de le faire.
Brizard (Christiane) : Mais, pour répondre à votre question, au niveau
de comment on pourrait aller chercher des
engagements, ce qu'on devrait retrouver dans le code, c'est la possibilité...
puis est-ce qu'il faudra regarder si c'est la
Loi sur les actions pénales qu'il faut changer, je ne sais pas, je n'ai
pas fait cette réflexion-là, mais la possibilité qu'une fois qu'une
plainte est déposée on prévoie dans le code comment on peut aller chercher
l'engagement de la personne à l'effet
qu'elle ne pratiquera plus, l'engagement de la personne que, si elle continue à
exercer la pratique illégale, peu importe quand, on a droit
immédiatement à une injonction. Donc, ça serait prévu dans la loi que, dès
qu'il y a eu une nouvelle infraction, peu
importe si elle est similaire ou elle n'est pas similaire, il y a un
automatisme à avoir droit à avoir une injonction
puis, à ce moment-là, à interdire cette personne-là de pratiquer. Et
l'injonction nous permet ensuite d'aller la citer à comparaître, si
effectivement on fait fi de l'ordonnance d'injonction.
Donc, il faut
qu'on ait des mécanismes qui permettent des automatismes, ce que l'on n'a pas à
l'heure actuelle. Puis, même en
matière d'injonction, c'est ce que je vous dis, le code, à l'heure actuelle,
est très lourd. Quand est-ce qu'on peut
aller chercher une injonction? Ça nous prend une récidive. Et quelles sont les
autorisations qu'il faut aller chercher?
Et je sais
qu'au niveau du CIQ il y a un comité qui réfléchit à ça et qui est après
élaboré d'autres solutions. Il y a une avocate de chez nous qui est sur
ce comité-là. Donc, il y a déjà des réflexions qui sont faites par un groupe
d'ordres professionnels. Le Barreau, les
comptables, les médecins, je pense, font également
partie de ça. Donc, il y a
une réflexion, il y a une concertation des ordres. Mais ça fait
longtemps qu'on demande ces pouvoirs-là. Ça fait très longtemps.
Le Président (M. Ouellette) :
Commentaire, Mme la ministre?
Mme Vallée : Merci. J'avais
plein d'autres questions, mais c'est le temps qui nous manque.
Le Président (M. Ouellette) : O.K.
Mme la députée de Chicoutimi.
Jean : Merci. Alors, bonjour, M. Dugal et Mme Brizard. Bienvenue ici,
à l'Assemblée nationale, et merci pour votre mémoire et les
interventions que vous faites.
On a parlé du
commissaire aux plaintes, qui deviendrait un commissaire à l'admission, et le
pôle de coordination versus un comité
multisectoriel qui serait proposé par le CIQ. Dans votre commentaire tout à
l'heure, vous parliez que c'est l'idée de pouvoir trouver des obstacles...
l'idée de base du projet de loi, c'est de pouvoir trouver des obstacles systémiques à
l'admissibilité qui pourraient exister quelque part dans le système. Et vous avez
mentionné qu'il existait déjà des...
ça existe déjà, les procédures pour les identifier. J'aimerais ça que vous
précisiez quels sont, selon vous, les organismes ou les procédures qui
existent déjà pour pouvoir identifier les obstacles systémiques.
M. Dugal (André) : Bien, préciser la
question au niveau des obstacles pour les problèmes systémiques?
Mme Jean : Pour l'admissibilité.
Admissibilité.
M. Dugal
(André) : Pour l'admissibilité. Bien, pour nous, l'accès à la profession pour des gens qui ont un profil
atypique ou des immigrants, par exemple, c'est un processus qui est très important pour l'ordre pour la raison
suivante : si on regarde la
démographie au Québec et l'Ordre des CPA, c'est sûr que, dans quelques
années, on va avoir un problème pour avoir suffisamment de CPA dans la
profession si la source des CPA n'est que locale. Alors, on doit absolument intégrer dans le processus les
personnes qui ont une expertise ou qui ont été formées à l'étranger puis qui
viennent.
Alors, pour
nous, c'est une réalité. On se doit de s'assurer que, les personnes qui ont la
formation ou qui veulent entrer dans
la profession et qui ont un parcours atypique, qui viennent de l'étranger, on
ait un mécanisme pour le faire. Et l'Ordre
des CPA, avec CPA Canada, on a, au cours des dernières années, en fait depuis
les 20 ou les 30 dernières années, signé des accords de réciprocité avec 15 pays. Alors, quelqu'un
qui a son
titre de CPA ou l'équivalent dans un autre pays et qui fait
partie des 15 pays pour lesquels
on a signé un accord, il y a un accès à la profession beaucoup
plus rapide qui est fait, et ça, c'est la réalité, ça fonctionne bien.
L'autre chose
qu'on fait, c'est : lorsqu'un
étranger veut venir au Québec et pratiquer l'exercice de la profession
de CPA, on a des mécanismes qui leur permettent de rentrer dans le processus et
de leur donner des outils pour qu'ils puissent
exercer la profession assez rapidement. On a des processus, ce qu'on appelle
des processus modulaires, où les gens qui ont une formation à l'étranger puis qui respectent certains critères
peuvent suivre certains modules qui leur permettent d'accélérer le processus à l'admission, et, ces modules-là,
certains d'entre eux peuvent être faits à distance. Donc, la personne
qui est à l'étranger peut commencer à se préparer avant son arrivée au Québec.
Donc, ce
qu'on dit, c'est qu'il y a beaucoup de bonnes pratiques qui sont faites dans les
différentes professions. Le nombre de
parcours atypiques ou d'immigrants va tenter à croître dans l'avenir, parce qu'on n'a pas le choix. Alors, il
faut qu'on mette en place des mécanismes pour l'accélérer, ce processus-là. Alors,
notre intervention, c'est de dire : Au lieu d'avoir quelqu'un qui va se mettre à... pour l'instant, qui aurait
un rôle de vérification de ce qui se passe, regardons les problématiques actuelles, identifions les
meilleures pratiques à travers les différents ordres et mettons-les en place
le plus rapidement possible.
Mme Lamarre : M. le Président.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Taillon.
Lamarre : Merci beaucoup, M. le Président. Alors, bienvenue, M. Dugal, Me Brizard. Oui,
vous avez dans votre mémoire une
position très ferme, très claire par
rapport au rôle élargi, là, du
commissaire à l'admission, et je vous avoue
que, depuis deux jours et demi, là, on entend des gens... Il y a
un principe en droit qui dit : Le législateur ne parle pas
pour ne rien dire. Puis, avec beaucoup de respect pour la ministre, moi, je regarde...
La ministre nous parle beaucoup qu'on va agir juste
sur les processus. Or, ce que le projet
de loi dit, il ne parle pas juste de
processus, il parle de vérification,
par ce nouveau, potentiel commissaire à l'admission,
d'activité. Alors, le deuxième alinéa de l'article 16.10,
qui décrit les activités
de ce commissaire à l'admission : «Vérifier le fonctionnement de tout processus ou activité relatif à l'admission à une profession.» C'est très, très, très généreux, là, c'est très large. On retrouve ce même élément là à la
page 8 du projet de loi,
où on a encore : «Tout processus ou activité d'un ordre professionnel» et, à la page suivante, à la page 10 : «Le commissaire peut désigner toute personne pour
effectuer l'enquête». Donc, on n'est pas juste dans une analyse de processus.
Moi, j'ai
entendu aussi que la plupart des problèmes semblent graviter... Et je pense que
le commissaire, actuellement, a une idée très précise des endroits... des
obstacles systémiques ou des biais systémiques, et ça semble être souvent autour des stages. Vous, est-ce qu'il y a un problème de stages? Et, s'il
y en avait un pour les comptables,
comment ça se réglerait? Qu'est-ce que vous voyez comme options? Parce
qu'il semble y avoir d'autres voies que cet élargissement du rôle au
commissaire à l'admission.
Le Président (M. Ouellette) : M.
Dugal.
M. Dugal
(André) : Donc, en prévision
de la problématique qu'on a, comme profession, de l'élargissement et de l'intégration des gens qui viennent de
l'extérieur, on a mis en place au
cours des dernières années différentes choses pour justement
accélérer l'accès à la profession par les stages. Par exemple, dans le passé, pour avoir son
titre de CPA, il fallait absolument
faire un stage dans un cabinet comptable, il fallait faire de l'audit. La
réalité, c'est que ce n'est pas tout
le monde qui a le profil ou qui veut faire de l'audit. Et
la profession comptable s'est élargie, surtout avec l'unification de la profession
qu'on a faite il y a quatre ans, où maintenant on recherche des gens qui ont un
profil différent, qui ont un profil en
finance, qui ont un profil en fiscalité, et qui ne veulent pas faire de stage
dans une firme comptable. Donc, on a ouvert la possibilité d'avoir des
stages en entreprise pour justement permettre aux gens qui ne veulent pas aller
vers l'autoroute de l'audit d'avoir leur
titre professionnel et d'exercer dans leur champ d'expertise
qu'ils veulent. Alors, ça fonctionne.
Il y a plus de... Combien
qu'on a de maîtres de stage? On en a au moins une centaine. Il y a
une centaine d'entreprises au Québec
qui sont accréditées par l'ordre comme maîtres de stage. Et l'ordre met des
efforts justement pour agrandir cette masse-là, pour
permettre une meilleure intégration dans la profession.
Mme Lamarre :
Et vous avez eu l'initiative de développer ça. Mais mettons que vous ne
l'auriez pas, cette initiative-là, est-ce
que vous recommandez, vous, que ce soit un comité interministériel qui aurait
ce pouvoir de vous faire ces recommandations?
M. Dugal
(André) : Bien, quelle que soit la personne qui a le pouvoir de nous
le recommander, ce qu'il faut regarder,
c'est quels sont les problèmes puis de quelle façon on peut agir pour régler
ces problèmes-là le plus rapidement possible. Alors, nous, ce qu'on propose : Plutôt
que d'avoir un commissaire ou quelqu'un qui va nous faire une recommandation, pourquoi on n'a pas un
mécanisme qui nous permet de partager les meilleures pratiques, les bons coups
qui sont faits dans différents ordres professionnels, pour justement arriver à
une solution plus rapidement que d'attendre que quelqu'un vienne,
vérifie, fasse constatation, donne des recommandations puis fasse le suivi?
pense que, si on regarde la quantité de gens qui sont touchés par, par exemple,
les parcours atypiques des gens, on n'a pas une masse suffisamment
critique pour prendre des mesures trop larges pour toucher ou chambarder tout
le processus, par exemple, d'admission.
Allons-y d'une façon chirurgicale. On sait où il y a des problèmes. Prenons
action, échangeons les meilleures
pratiques, puis après le commissaire ou l'office pourront venir vérifier et
faire des recommandations sur les actions qui sont mises.
Mme Lamarre :
Vous avez une réaction par rapport au pôle de coordination. Vous voulez
retirer, là, cette recommandation du projet
de loi. Qu'est-ce que vous reprochez au pôle de coordination? Ou qu'est-ce
qu'il devrait avoir pour avoir plus d'impact sur un accès accéléré à la
pratique?
Dugal (André) : Bien, ça dépend de l'objectif qu'on a. Si l'objectif
qu'on a, c'est d'accumuler de l'information, d'aller chercher de l'information et de faire des recommandations, bien,
ce qu'on comprend, c'est que c'est ce que le pôle fait. Si on a comme objectif de dire : Non,
bien, il y a ce qu'on appelle en anglais des «quick fix», qu'on peut faire tout
de suite, il y a des actions qu'on peut
prendre tout de suite pour régler le problème tout de suite, à ce moment-là, on
se pose la question : Qui est le
meilleur intervenant pour agir rapidement, tout de suite? En faisant ça,
peut-être qu'on va régler 80 %
des problèmes, je ne sais pas. Mais notre proposition, c'est d'aller d'une
façon beaucoup plus chirurgicale.
Le Président (M.
Ouellette) : ...M. Dugal. M. le député de Borduas.
M. Jolin-Barrette : M. Dugal, Me Brizard, bonjour. Merci pour votre contribution aux
travaux de la commission. J'aimerais qu'on revienne sur toute la notion de
pratique dérogatoire, pratique illégale, au niveau de la récidive. Dans
le fond, vous nous dites, Me Brizard, vous
nous dites : C'est compliqué à partir du moment où on poursuit une
première fois. Bon, les règles pour
la récidive, c'est deux ans de la dernière déclaration de culpabilité. Si vous
n'êtes pas dans ce délai-là, puis on
veut aller chercher une injonction, c'est compliqué. C'est quoi, le fardeau à
remplir, là, dans le cas... les règles pour l'injonction? C'est un long
processus pour vous?
Brizard (Christiane) : Bien, l'injonction... d'une part, ça nous prend
une récidive pour aller chercher une injonction.
Si on n'est pas dans une situation... On peut arriver dans une situation où on
sait très bien que quelqu'un a pignon sur
rue depuis plusieurs années. On ne peut pas prendre une injonction pour lui
interdire de pratiquer. On doit aller à la cour, réussir à le condamner. Est-ce que vous pouvez vous imaginer le temps
que ça prend, là? Ça prend du temps, tout ça. Parce qu'il y a quelqu'un qui va faire valoir qu'il
n'est pas prêt à procéder la première journée, on va avoir une nouvelle date
de procès, etc. Pendant ce temps-là... Il y
a deux ans, et, pendant ce temps-là, cette personne continue à pratiquer, et on
n'est pas capable d'aller chercher une injonction.
Parce qu'on va aller chercher une injonction uniquement quand on va être
capable de retrouver une récidive. Donc, il y a des coûts associés à ça. Il
faudra envoyer un autre enquêteur une deuxième
fois, réussir à avoir l'information à la fois qu'il est dans une récidive et
prendre une injonction. Donc, ce délai-là... si on veut agir rapidement
et retirer quelqu'un qui pratique illégalement, il faut avoir les moyens.
M. Jolin-Barrette : O.K. Donc, ce que vous nous dites, c'est qu'il faut
que le professionnel soit condamné au niveau du conseil de discipline
avant...
Brizard (Christiane) : Non,
qu'il soit condamné au pénal, une première fois dans une infraction pénale pour que je puisse aller chercher une injonction.
Je veux pouvoir, dans certains cas, à ma première infraction pénale, être
capable de l'assortir d'une injonction.
M. Jolin-Barrette : Au niveau de l'engagement de la personne, vous dites : On veut avoir
un engagement de sa part
au moment, supposons, où il est condamné. Ça enlève un peu son droit à
une défense aussi, ce que vous proposez, parce que peut-être qu'il a des
motifs de défense à faire valoir. Ça fait que c'est toujours la question du
pendule, là : jusqu'où on va puis... Comment vous voyez ça?
Brizard (Christiane) : En
fait, peut-être que je n'ai pas été trop dans le détail puis
j'aurais dû. Dans une situation où la personne est prête à plaider coupable, donc
on est rendu dans le processus où il plaidera coupable, j'aurais aimé que, dans le Code
des professions, on formalise le fait qu'on peut aller chercher un engagement
de cette personne-là et, à partir du
moment où il y a une récidive, peu importe quand, on puisse
automatiquement avoir le droit à une injonction d'application immédiate. Donc,
je retourne à la cour, mon fardeau de preuve, là, il est facile : voici l'engagement. Il y a un automatisme à une injonction, et je
vais chercher mon injonction.
Jolin-Barrette : O.K. Sur
la question de l'immunité, vous proposez dans le mémoire la
mise en place d'une loi-cadre. Dans le fond, vous dites : On devrait retirer les dispositions des différents projets de loi,
celui-ci, le n° 107, le n° 87, je crois, et avoir une
loi-cadre. Pourquoi?
Mme Brizard
(Christiane) : Parce que, là, on légifère à la pièce puis on n'a pas
une vue d'ensemble à l'égard de l'immunité,
qui est beaucoup plus large que l'immunité disciplinaire. En fait, si on veut
favoriser les lanceurs d'alerte, il
faut qu'ils puissent avoir une immunité beaucoup plus large, mais on doit tenir
compte aussi du secret professionnel. À l'heure actuelle, ce qu'on voit dans les différents projets de loi,
c'est qu'on va amener certains professionnels à faire de la dénonciation, mais
on va traiter différemment un professionnel selon qu'il est avocat ou notaire
et selon qu'il est membre des
44 autres ordres professionnels. Si on pense qu'au niveau de la société on
doit favoriser des lanceurs d'alerte, on veut éviter... C'est ce qui s'est passé devant la commission Charbonneau, ou
les affaires Norbourg, ou toute autre affaire qui amène de voir qu'il y a une corruption ou une
collusion qui s'applique à l'ensemble des professionnels ou qui implique
des professionnels. On devrait, à ce
moment-là, faire en sorte que cet encadrement du lanceur d'alerte s'applique à
tous.
Jolin-Barrette : Sur la
question que le syndic pourrait demander une radiation temporaire d'une
période... d'un premier trois mois, ensuite d'un deuxième trois mois,
dans le mémoire, vous dites que vous êtes contre cette possibilité-là. Pour la confiance du public, vous ne pensez pas qu'il y
aurait un aménagement à faire à ce niveau-là? Tout à l'heure, il y a un
groupe qui vous a précédé qui disait : On pourrait peut-être le lier à la
pratique professionnelle.
Brizard (Christiane) : Un de nos commentaires, je pense qu'il faut
absolument que le syndic soit capable de faire un lien avec l'exercice
de la profession et pas de demander au conseil de discipline d'avoir comme une
des conditions d'en tenir compte. Il faut nécessairement qu'il y ait un lien.
Jolin-Barrette : Sur cette
question-là, au niveau de la mécanique, là, le syndic, lui, quand il va se
présenter devant le conseil de
discipline puis il va avoir sa requête, là, il n'aura probablement pas eu accès
à la preuve du DPCP. Comment vous voyez ça?
Brizard (Christiane) : Mais c'est ça qui nous pose problème, c'est
que... Est-ce que c'est le bon forum? Parce que le DDCP, il l'a déjà, sa
preuve. Puis, dans bien des cas, il est possible qu'au niveau criminel on
mette... on demande que le procureur de la
couronne fasse des ordonnances, demande que, dans certains cas, celui qui est
accusé ne puisse pas poser certains
gestes. Est-ce que ce n'est pas via le DDCP qu'on serait capable d'aller
chercher l'information puis qu'on serait capable aussi de faire... de
mettre en place des balises, mais en matière criminelle, dans le procès au criminel, pas dans le procès disciplinaire qui n'a
même pas encore commencé, parce qu'on n'est même pas rendu à une
plainte, on est dans une requête préliminaire à une plainte?
L'autre
élément... Puis j'ai compris que le Barreau tente de nous rassurer en faisant
une analogie avec la radiation provisoire,
mais il faut comprendre que ce
dossier-là va se plaider devant des conseils de discipline où, les gens qui
font
partie de ces conseils-là, il y a
un avocat, et les autres, c'est des pairs. Donc, quand on va plaider la
présomption d'innocence et toutes
sortes de concepts de droit criminel, on va plaider ça devant des non-juristes,
sauf si on parle des avocats et des notaires. C'est un lourd fardeau à
imposer à ces gens-là.
Président (M. Ouellette) :
Merci, Mme Brizard, M. Dugal, représentant
l'Ordre des comptables professionnels agréés du Québec, pour votre
participation à la commission.
Je suspends
quelques minutes et je demanderais à la Commission des partenaires du marché du
travail de s'avancer, s'il vous plaît.
(Suspension de la séance à 11 h 46)
Le Président (M. Ouellette) : Nous
reprenons nos travaux. Nous recevons maintenant la Commission des partenaires du marché du travail et son président,
M. Florent Francoeur. Vous avez 10 minutes pour nous entretenir de votre présentation, et après il y aura une période
d'échange avec Mme la ministre et les porte-parole des deux oppositions.
M. Francoeur, à vous la parole.
Francoeur (Florent) : Alors, merci, M. le Président. Mme la ministre,
Mmes et MM. les députés, alors, merci de l'opportunité que vous nous
donnez de vous présenter, je dirais, les premiers commentaires de la Commission
des partenaires du
marché du travail sur le projet de loi n° 98. Je dis «premiers
commentaires» parce qu'on est un peu pressés par le temps, et soyez
assurés que, d'ici la fin des auditions, nous pourrons vous envoyer un mémoire plus
détaillé.
D'entrée de
jeu, je vous présente la commission. Alors, c'est une instance nationale de
concertation qui regroupe des
représentants et représentantes des employeurs, de la main-d'oeuvre, du milieu
de l'enseignement, des organismes communautaires et des organismes
gouvernementaux préoccupés par l'emploi et le fonctionnement du marché du
travail, en d'autres termes, la société
civile composée des acteurs patronaux, syndicaux, communautaires, du milieu de
l'enseignement secondaire, collégial, bientôt universitaire, tous unis pour
travailler sur les questions de... toutes les questions
d'emploi. Elle peut également compter sur un vaste réseau de différents
partenaires pour accomplir ses actions. Et, il faut le rappeler, la commission, c'est aussi 17 conseils
régionaux des partenaires du marché du travail, 29 comités
sectoriels de main-d'oeuvre, cinq comités consultatifs représentant des
clientèles particulières, et le Conseil Emploi Métropole, qui représente bien
sûr la région métropolitaine de Montréal.
Ces décideurs mettent en commun leur expertise
et leurs idées novatrices, notamment pour favoriser le développement et la reconnaissance des compétences de la main-d'oeuvre
en emploi. De plus, au cours des prochaines années, notamment avec le projet de loi n° 70 qui est actuellement
en discussion à l'Assemblée nationale, la commission sera appelée à jouer un rôle stratégique majeur en
matière d'adéquation formation-compétences-emploi au Québec. Et d'abord, je dirais, pour commencer, elle élabore
actuellement un plan d'action triennal en la matière en concertation avec
ses partenaires.
Permettez-moi
d'abord de dresser un portrait global de la situation de l'emploi au Québec.
Alors, lorsqu'on parle de l'emploi au
Québec, on parle d'environ 4 millions de travailleurs, on parle d'à peu
près, grosso modo, 400 000 professionnels, soit à peu près
10 % de la population de travailleurs. Alors, ce n'est pas rien.
C'est aussi
une situation démographique qui est particulièrement préoccupante parce que,
d'ici les sept prochaines années, on
parle de 1,4 million de postes à combler, dont 1 million va être
comblé par... est le résultat de départs à la retraite. Alors, 1 million de travailleurs, ça
veut dire que, d'ici... dans les sept
prochaines années, un travailleur sur quatre au Québec va quitter le marché du travail pour prendre sa retraite.
C'est aussi
une démographie qui est préoccupante,
il faut quand même le rappeler, depuis 2014, quelque part en 2014, il y a eu plus de... il y a maintenant plus
de gens qui quittent le marché du travail au Québec que des gens qui arrivent
sur le marché du travail. C'est notamment
pourquoi on peut constater que, je dirais, sans une création d'emplois, je
dirais, qui est particulièrement dynamique, on se retrouve quand même
avec une diminution graduelle du taux de chômage. Et il faut le rappeler, sur le 1,4 million de postes à combler, on souhaite en fait que
20 % de ces postes-là à combler soient... proviennent de la clientèle immigrante. Alors, c'est pourquoi
la question de l'accès aux professions réglementées
interpelle tout particulièrement la commission et, bien sûr, notamment en
ce qui concerne la reconnaissance des acquis et des compétences des personnes
immigrantes.
D'entrée de jeu, la commission est favorable
au projet de loi n° 98. En effet, ce projet s'inscrit dans l'objectif de
renforcer la gouvernance et l'éthique au
sein du système professionnel québécois. Elle cherche également à répondre à
des demandes issues des ordres
professionnels et du Conseil interprofessionnel afin d'améliorer les façons de
faire, et on pense notamment à
améliorer l'accès à la formation et aux stages et à réfléchir sur les
mécanismes d'admission et de reconnaissance des compétences professionnelles. Mentionnons que, dans le cadre de la
mise en oeuvre des arrangements de reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles, le
projet de loi simplifierait la procédure relative à la mise à jour des
compétences professionnelles.
Dans son rôle
de contribuer au développement de l'emploi et au bon fonctionnement du marché
du travail québécois, tout en poursuivant l'objectif de favoriser
l'adéquation formation-compétences-emploi, la commission est particulièrement préoccupée par la performance des
mécanismes de reconnaissance des acquis et des compétences. Ceux-ci ont,
entre autres, une incidence régulière sur les personnes immigrantes formées à
l'étranger.
Il importe de
rappeler la situation québécoise actuelle et globale. Au Québec, le taux de
chômage chez les personnes nées au
Canada, ce qu'on appelle notamment les natifs, est de 7 %. Il est de
11 % chez l'ensemble des immigrants reçus et de 18 % chez les immigrants de moins de cinq
ans. Si on se compare avec l'Ontario... Alors, je vais répéter mes chiffres,
au Québec, les natifs ont un taux de chômage
de 7 %, les immigrants, total, 11 %. En Ontario, le taux de chômage
des natifs est de 6,7 % et le
taux de chômage des immigrants est de 6,8 %. Autrement dit, pas de
différence significative entre les
immigrants et les natifs chez la province voisine. Alors, il y a quelque chose
qui ne tourne pas rond dans notre royaume, et loin de nous — j'insiste beaucoup — loin de nous l'idée de cibler les ordres
professionnels à cet égard. Il s'agit, pour nous, d'une responsabilité collective qui amène des solutions
collectives. Ainsi, cette semaine, dans le cadre d'une autre audition, dans le cadre des auditions sur le
niveau de l'immigration, nous avons, la commission, questionné la grille
utilisée par le ministère de l'Immigration pour la sélection des
immigrants.
Le projet de
loi propose d'accentuer le rôle du commissaire aux plaintes et officialiser un
pôle de coordination pour l'accès à la formation. Ces deux propositions,
de l'avis de la commission, on les trouve intéressantes, mais nous aimerions surtout souligner ici l'idée du besoin
de cohérence dans la législation. Il faut rappeler que le projet de loi
n° 70 actuellement à l'étude
confie à la Commission des partenaires du marché du travail la responsabilité
globale de l'adéquation formation-emploi
au Québec. Nous aurons donc un pouvoir de recommandation, mais aussi, par
exemple, contrairement au
commissaire, un pouvoir de reddition de comptes, et c'est ainsi que, pour nous,
le besoin de cohérence législative prend sa place.
Concernant la
question des immigrants, on aura donc, dans ce contexte, les ordres
professionnels, le commissaire, le
ministère de l'Immigration, la CPMT, et j'en passe, qui vont être impliqués
dans ces dossiers. Concernant le pôle de coordination, l'objectif est d'assurer la collaboration entre tous les
acteurs concernés dans la recherche de solutions. C'est aussi, mais de façon plus
globale, l'objectif de la Commission des partenaires dans son objectif
d'adéquation formation-emploi. Nous
nous invitons donc — et je
dis bien «nous nous invitons donc» — collectivement à une réflexion sur les
façons de faire... sur une façon de faire qui serait peut-être plus
simple, plus efficace et surtout plus cohérente. Au minimum, la Commission des partenaires souhaite être impliquée
dans les travaux du pôle et souhaite aussi pouvoir travailler de concert
avec le commissaire sur les problèmes récurrents en matière de reconnaissance
des acquis.
Finalement,
il y a lieu de réfléchir collectivement, toujours en gardant en tête le taux de
chômage des immigrants, sur le besoin
d'adéquation entre la formation et l'offre d'emploi. Après avoir franchi la
grille d'analyse du ministère de l'Immigration
puis, dans ce cas-ci, avoir franchi les mécanismes d'admission des ordres, un
immigrant peut quand même arriver au
Québec et se retrouver sans emploi tout simplement parce qu'il n'y a pas
d'emploi disponible dans son domaine d'activité.
Et c'est ainsi qu'un immigrant sur
quatre ne réside plus au Québec après 10 ans. Il faut le rappeler, c'est
l'emploi qui est le plus grand
facteur d'intégration d'un immigrant dans son pays. Alors, il importe donc de
bien informer, selon nous, les
candidats sur ce qui les attend, surtout dans une perspective d'évolution
du marché du travail. Et, sur cela, on pense qu'il y a encore beaucoup
de travail à faire. Je vous remercie.
Le Président (M. Ouellette) : Merci.
Mme la ministre.
Mme Vallée : Merci
beaucoup. Merci, M. Francoeur, de
votre présentation. Je suis bien d'accord avec vous, c'est important
qu'il y ait une cohérence non seulement dans la législation, mais dans l'action
gouvernementale. Comment voyez-vous... Parce que vous souhaitez que la commission
puisse travailler... En fait, ce que je comprends de votre présentation, c'est que vous souhaitez que la
commission puisse participer, d'une certaine façon, aux différents travaux,
qu'elle puisse être en lien avec le pôle.
Comment le voyez-vous concrètement? Comment voyez-vous concrètement la participation de la commission dans le contexte du
mandat qui vous est confié et le travail qui est celui du commissaire?
Comment pouvez-vous voir ce partenariat s'imbriquer?
Francoeur (Florent) : Bien, en fait, quand on parle de partenariat, on
est là. Je dirais, on le souhaite, mais, avant tout, je dirais, on
s'invite mutuellement à une réflexion collective sur est-ce que c'est la bonne
façon de faire.
Et je le
souligne, par exemple, si on regarde dans le projet de loi, on dit, par
exemple : «Le commissaire peut donner à tout ordre professionnel,
ministère, organisme, établissement d'enseignement [...] des recommandations
sur toute question relative à l'admission à
une profession.» Si vous regardez un peu dans le projet de loi n° 70... et
là j'y vais très, très grossièrement,
mais on dit... on peut remplacer «le commissaire» par «la Commission des
partenaires peut donner à tout
ministère concerné — par
exemple — des
recommandations sur toute question relative à la situation de l'adéquation
formation-emploi». On est dans les mots et on se dit : Bien, peut-être
qu'il faudrait asseoir tous ces intervenants-là d'abord autour de la table et dire : Y a-tu... Est-ce que c'est
la... Je dirais, il y a le pôle, il y a les ordres professionnels, il y a un paquet... le MIDI, évidemment. Et on
dit : Est-ce que... On pense qu'il y a d'abord une réflexion à faire sur
savoir : Y a-tu moyen de, je dirais... Au-delà, de créer le pôle, y
a-tu des façons de faire qui seraient plus efficaces avant?
Mme Vallée : Le pôle existe
déjà, là.
M. Francoeur (Florent) : Le pôle
existe déjà.
Mme Vallée : On
l'institutionnalise, mais il existe déjà.
Francoeur (Florent) : Oui, tout à fait, mais le pôle, de ce qu'on en
comprend, le pôle est surtout là pour faire des diagnostics, et nous, on souhaite qu'on aille plus loin. Quand on
regarde dans les pouvoirs qui sont accordés, notamment avec... Si on fait un parallèle avec ce qui se
fait au niveau de l'adéquation formation-emploi avec la Commission des
partenaires, ce qu'on a constaté essentiellement, c'est
qu'historiquement la commission avait un rôle, elle aussi, d'établir des diagnostics, mais les résultats ont été très, très
mitigés. Pour pouvoir aller plus loin, pour pouvoir trouver des solutions,
on a donné un pouvoir de reddition de
comptes ou on va donner... je dirais, avec l'accord, évidemment, des
parlementaires, on donnerait à la commission un pouvoir de reddition de
comptes pour faire en sorte que les choses bougent.
Alors, on
dit : Oui, le pôle existe. On constate que son rôle, lui aussi, c'est un
rôle, à ce moment-ci, de diagnostic, mais
on pense qu'au niveau diagnostic, je dirais, il y a pas mal de choses qui ont
été faites, là... Il ne faut pas... Je dirais, il faut aller à une étape
ultérieure. Et c'est dans ce sens-là qu'on dit : Il faut qu'on travaille
ensemble.
Mme Vallée :
Comment voyez-vous cette intervention-là plus musclée dans un contexte où...
Et, depuis trois jours, on entend
beaucoup de préoccupations quant à l'importance de préserver quand même
l'autonomie des ordres. On a le Bureau
de coopération interuniversitaire qui nous a aussi parlé de l'indépendance des
institutions d'enseignement. Comment on concilie tous ces paramètres-là?
M. Francoeur (Florent) : Bien, en
fait, je vais prendre... je vais reprendre l'exemple de la Commission des
partenaires. Alors, quand je vous ai indiqué au départ... Alors, la Commission
des partenaires, ce sont tous les chefs syndicaux, tous les chefs patronaux,
tous les représentants, je dirais, de tous les niveaux d'enseignement, le monde
communautaire. Et on s'assit autour d'une
même table, et on identifie un problème, on trouve des solutions, et on
s'engage mutuellement, je dirais, à
contribuer. Et c'est un peu dans ce style-là, là, je dirais, la Commission des
partenaires... Je dirais, le mot
«partenaires» n'est pas gratuit. C'est que ça implique, je dirais, d'abord une
table de discussion, une table de réflexion, une table de discussion, mais surtout une table
où, je dirais, on met les partenaires
en action. Alors, on dit... Tantôt, vous avez
parlé... vous avez mentionné le mot «musclé», bien, c'est un terme qui, pour
nous, est un peu trop fort, là, on n'est pas à cette étape-là. On se dit : Il faut être capable de
pouvoir, je dirais, au-delà de ce pôle-là, sortir du volet diagnostic et aller beaucoup plus loin en disant, bien, c'est quoi, les
solutions, puis comment les partenaires autour de cette table-là peuvent
trouver des solutions.
Mme Vallée : Mais c'est un peu les fonctions que le pôle
aurait, dans le sens que le pôle va pouvoir dresser un état de situation,
va pouvoir identifier les problèmes
puis les enjeux qui sont en lien avec la formation ou aux stages qui
sont prescrits, parce qu'on est dans ces eaux-là, qui sont prescrits par un
ordre, va pouvoir identifier les besoins de documentation,
de cueillettes de données, va pouvoir également assurer la collaboration des
ordres, des établissements d'enseignement — dans le fond, c'est ce que la table des
partenaires fait, c'est d'avoir les gens autour d'une même table, d'assurer leur collaboration pour en arriver à
obtenir cette information-là — puis va pouvoir aussi assurer les suivis des
recommandations du commissaire. Parce que le commissaire a un pouvoir de
recommandation, et le pôle sera le trait d'union
pour assurer que ces recommandations-là ne tombent pas dans les limbes des
rapports qui sont émis et qu'elles puissent
être mises en oeuvre, idéalement. Et donc il y aurait aussi... Bien, évidemment,
le pôle va pouvoir aussi formuler des
recommandations pour l'accès à la formation. Donc, est-ce qu'il y aurait lieu
de bonifier le mandat du pôle? Est-ce qu'il y aurait lieu de le définir
de façon plus précise?
Francoeur (Florent) : C'est un peu ce qu'on vous propose, c'est-à-dire
que, quand, en fait, on dit «s'inviter à
une réflexion collective», c'est de dire... On comprend l'idée. Je dirais,
globalement, on est d'accord avec l'idée. C'est sur, je dirais, la mise en action où on a un peu plus, je dirais, de
problèmes, parce qu'on le voit moins. Quand on regarde, en fait, les responsabilités et on se dit... C'est
pour ça qu'on est toujours... on insiste beaucoup pour dire : Est-ce qu'on
peut un peu faire, je dirais, un pas en
arrière et regarder d'abord, je dirais, tous les intervenants, je dirais, la
somme des tables qui sont déjà mises
en place. Il y a des tables gouvernementales qui sont mises en place en matière
d'adéquation formation-emploi,
notamment. Il faut être capable d'arrimer les travaux de tout ce monde-là.
Alors, qui fait quoi, c'est un peu, je dirais, cette réflexion-là, d'une
part.
D'autre part,
on dit... Sur ce pôle-là, tantôt, quand je vous parlais de la situation de
l'emploi, il faut être capable de pouvoir trouver une façon d'impliquer
les employeurs. Il faut être capable d'employer les syndicats. Il faut être capable d'employer, je dirais, la société civile
au sens large. La Commission des partenaires, c'est la société civile, et ça
fonctionne. Ça fonctionne, encore une fois, parce
que, je le dis, ce sont des décisions qui sont prises collectivement. On
n'est pas... Tantôt, je vous disais que
«musclé» était peut-être trop fort, «assurer la collaboration», c'est peut-être
un petit peu... un peu faible pour,
je dirais, se mettre en action. Quand on est tous autour de la même table et
que chacun prend des engagements et repart avec des travaux à faire,
force est de constater que, dans certains dossiers, ça fonctionne.
Mme Vallée : Est-ce que la
commission aimerait ou souhaite s'impliquer directement au sein du pôle?
Francoeur (Florent) : Absolument, absolument, oui. On disait : On
ne peut pas... je dirais, ces deux organismes... je dirais, si vous maintenez cette possibilité-là, alors on se
dit : On ne peut pas travailler en parallèle. Il y a des choses qu'on... si on fait ça, il y a clairement des
choses où on va refaire. Je dirais, lorsqu'on va regarder les diagnostics, dans
bien des cas, on va refaire les diagnostics.
D'un autre côté, il y a aussi, tantôt, quand j'ai insisté sur la nécessité de l'adéquation formation-emploi, alors on se
dit : Il faut aussi être capable de pouvoir réfléchir là-dessus, sur, en
quelque sorte, comment le marché du
travail évolue. Et c'est pour ça qu'il faut trouver une façon de pouvoir réfléchir
ensemble, là, sur les différents changements.
Quand vous
parlez... lorsqu'on parle, par exemple, de reconnaissance des acquis, quand on
parle d'équivalences d'admission, le marché du travail évolue, le marché
du travail évolue rapidement, et il faut être capable de pouvoir, je dirais,
aussi bouger, bouger très, très rapidement, là. Deux tiers des jeunes qui sont
actuellement au primaire vont occuper un
emploi qui n'existe pas actuellement. Alors, ça, je dirais, ça semble banal à
dire, mais ça dit quand même que, lorsqu'on
regarde... si on prend un programme universitaire et on dit : Ça prend
cinq ans pour modifier un programme universitaire,
ça prend une couple d'années après pour pouvoir, je dirais, établir le
mécanisme d'équivalence par rapport à ça,
on a déjà une moitié de génération de perdue, en quelque sorte, là, et on
dit : Il faut qu'on soit capable de bouger en cohérence, d'où
notre message de pouvoir travailler ensemble pour le faire.
Mme Vallée :
C'est ça. Justement, on aborde la question de la reconnaissance des compétences
puis les besoins de formation. On a
eu les membres du BCI qui se sont présentés cette semaine, une certaine réserve
quant à l'élargissement des pouvoirs du commissaire, une certaine
réserve quant à ce qui est proposé dans le projet de loi. Mais, vous, là, la situation qui est vécue à l'intérieur de la
commission, elle s'exprime comment? Qu'est-ce que vous avez... Est-ce qu'il y a
une ouverture... moi, je m'interroge, là,
est-ce qu'il y a une ouverture des milieux d'enseignement pour arriver à
dispenser à l'intérieur d'un délai raisonnable les compétences, les
formations qui sont requises par le marché du travail?
Francoeur (Florent) : La réponse est en plusieurs pans. Si vous me
posiez la question au niveau du collégial, je vous dirais oui, très, très rapidement. Au niveau universitaire, on
est ailleurs, là, effectivement, je dirais. Les mécanismes sont beaucoup
plus lourds, l'indépendance universitaire est beaucoup plus rigide, la
compétition est plus féroce, en quelque
sorte. Mais en même temps, je dirais, la... je dirais, ça, c'est un problème,
mais, d'un autre côté, aussi, ça prend la collaboration du monde du travail. Je dirais, l'université a beau
vouloir offrir un programme de stages, si les entreprises n'embarquent pas, je
dirais, on n'avance à rien. Alors, c'est pour ça que, quand on parle de... Je
dirais, le problème ou la... le
problème n'est pas... je dirais, on ne peut pas juste le cibler, là, sur un
groupe en particulier, et c'est pour ça qu'on parle, je dirais, de
solutions qui sont collectives, là. On dit : Il faut travailler avec le
monde du travail, il faut être capable de comprendre
comment le marché du travail va évoluer, il faut être capable de pouvoir
sensibiliser le milieu de l'enseignement, je dirais, aux nouvelles réalités du travail, ce qui n'est pas toujours
le cas et pas toujours facile, là, je dirais, de part et d'autre. Il
faut être capable de convaincre le monde du travail de participer à la
formation des futurs travailleurs. Alors, il y a beaucoup de... je dirais, il y
a beaucoup de choses à faire pour que ça fonctionne.
Mme Vallée :
Et est-ce que vous avez, dans le cadre des travaux de la commission, eu une
interaction avec les ordres professionnels?
Francoeur (Florent) : Oui, en partie, parce que, là, actuellement, je
dirais, là, ce qu'on a travaillé, et, je dirais, ça fonctionne
actuellement, c'est au niveau du secondaire et du collégial. Alors là, je
dirais, là-dessus, j'aurais une collaboration
que je qualifierais d'exceptionnelle, c'est-à-dire que, l'arrimage entre les
besoins du marché du travail et, je dirais,
l'offre de formation au niveau secondaire et collégial, je dirais, on y est, ça
avance, je dirais, et ça fonctionne de mieux en mieux.
Dans le
milieu universitaire, bien, premièrement, nous-mêmes, on a des devoirs à faire,
parce que, je dirais, les... Je suis
capable de vous dire de façon très, très précise les métiers qui sont en
rareté, en pénurie au Québec, là, au... je dirais, dans le monde, aux niveaux secondaire et
collégial. Je ne suis pas encore capable de vous le dire au niveau
universitaire. On va y arriver, mais il y a encore beaucoup de travail à
faire à ce niveau-là, et ce qui veut dire que, là, pour pouvoir travailler, je
dirais, de façon collective là-dessus, on n'y est pas encore.
Mme Vallée : Croyez-vous,
justement, que votre participation... l'ajout, par exemple, de la commission à l'intérieur des instances comme le pôle pourrait permettre justement
d'améliorer cette fluidité d'échange et de... d'échange de besoins, de préoccupations
aussi? Parce qu'il y a cette dualité-là, il y a les préoccupations, les préoccupations
des institutions universitaires, préoccupations des ordres de ne pas venir porter atteinte à leur
autonomie, il y a cette préoccupation première qui est celle de la protection du
public. Oui, il y a des besoins, mais il faut s'assurer aussi que
ces besoins-là seront comblés sans sacrifier
la protection du public. Alors, le rôle de la commission pourrait-il permettre
d'améliorer les échanges entre les partenaires?
Francoeur (Florent) : On
pense que oui, et c'est d'ailleurs la proposition qu'on vous fait. Mais en même temps, encore une fois, dans la mesure où on se dit qu'on va... bien, d'abord, que, dans ce pôle-là, on ait... qu'on puisse
en... créer un lieu où il y a vraiment
un lieu de concertation, et ça, un lieu de concertation, ça veut dire que tous les joueurs autour de la
table... Et, encore une fois, je les mentionne : il faut que les patrons
soient là, il faut que les employés... il faut que les syndicats soient là, je dirais, il faut que le
monde de l'enseignement soit là, alors, que tous ces... il faut que les ordres professionnels soient là. Alors, ça, je dirais, il y a une question de représentativité, en
quelque sorte, du pôle. Deuxièmement, qu'on
puisse aller un petit peu plus loin, comme je le mentionnais, que le
diagnostic. Et le troisième, c'est que je pense que c'est là qu'on intervient un peu plus, c'est-à-dire, là, on est, je
dirais, dans notre rôle de partenaire. Je dirais, c'est là qu'on peut mettre... faire en sorte, je dirais,
que les gens s'impliquent et, d'abord, prennent des décisions, mais en même
temps prennent des responsabilités qui vont avec, pour livrer.
On peut faire
un parallèle avec la Commission des partenaires. Tantôt, on parlait du milieu
universitaire. Notre réponse a été de...
Dans le projet de loi n° 70, là, on va inclure un poste votant pour le
bureau de coopération, l'idée étant qu'on
veut aller plus loin, on veut pouvoir travailler avec eux. Mais on veut
aussi... et ils le savent, on veut aussi qu'ils puissent prendre des engagements. Et la commission elle-même va faire des
suivis sur ces engagements-là. Alors, c'est ce qui nous permet
d'avancer.
Le Président (M. Ouellette) : Merci.
Mme la députée de Chicoutimi.
Jean : Merci. Bonjour, M. Francoeur. Bienvenue à cette commission et à
l'Assemblée nationale. Vous arrivez avec un point de vue différent de ce qu'on
a entendu jusqu'à maintenant. Vous positionnez bien qu'il y a des
problématiques que le projet de loi tente de solutionner, puis, ce que
vous dites, il y a deux solutions principales qui sont annoncées, c'est-à-dire la création du pôle de coordination
et l'élargissement du pouvoir du commissaire aux plaintes. Selon vous,
ces solutions-là sont compliquées ou, en
tout cas, peu applicables et devraient être plus simples et plus concertées
avec des organismes de la société civile, que vous représentez. Ma
compréhension, jusque-là, est bonne?
Francoeur (Florent) : Oui, oui, tout à fait. En fait, concernant, je
dirais, l'actuel commissaire aux plaintes, ce qu'on constate... en fait, ce qu'on constate actuellement, c'est que,
je dirais, le travail pour lequel nous, on a des attentes, et qui concerne surtout l'immigration, c'est fait.
Alors, je dirais, on serait en désaccord avec le fait, je dirais, par exemple,
d'abolir le commissaire aux plaintes parce
qu'on se dit : Il y a une question, je dirais, de service aux citoyens ou
aux futurs citoyens qui peut être
rendu. Et ça, là-dessus, je dirais, on y est. Pour ce qui est, je dirais,
d'augmenter son pouvoir, je dirais,
dans la
partie responsabilité à l'intérieur même des frontières québécoises,
là, on n'est pas là, nous, parce qu'on dit : Ça ne nous concerne pas vraiment. Vous allez
entendre plein d'intervenants qui vont être capables de mieux éclairer votre
lanterne là-dessus.
Mais, nous, dans la
partie immigration, on dit : Le commissaire aux
plaintes, il est là, il est utile et il fait le travail.
Concernant
le pôle, vous m'avez entendu exprimer, je dirais, en quelque sorte, à la fois
mes réticences et à la fois l'espoir
qu'on peut travailler ensemble pour pouvoir faire en sorte que le pôle... ou,
je dirais, quel que soit le modèle qui va émerger de cette
consultation-là, mais qu'on puisse créer un lieu de concertation pour pouvoir,
encore une fois, aller au-delà du diagnostic et trouver des solutions.
Mme Jean :
Lorsqu'on parle de trouver des solutions, selon votre présentation... Vous
abordez beaucoup la problématique de
disponibilité de main-d'oeuvre versus disponibilité d'emploi. Des fois, il y a
des secteurs où on manque de
main-d'oeuvre et d'autres fois où on en a trop. Bien, il y a comme un équilibre
qui serait à chercher au niveau d'au moins
l'immigration pour que ce soit cohérent. Donc, c'est ce que je comprends de
votre discours, qu'il y ait une problématique à ce niveau-là.
que je comprends aussi, c'est que le pôle de coordination qui est proposé
actuellement est un pôle dédié à une problématique
d'équité d'admissibilité. Donc, moi, c'est... puis vous me direz si je me
trompe, moi, je vois deux problématiques différentes : la
problématique d'équilibrer, justement, l'emploi, ou la demande, ou l'offre de
la main-d'oeuvre, et la problématique, qui
est, à mon avis, un peu indépendante, ou ce que je comprends indépendante, de
l'admissibilité d'un individu à un ordre professionnel.
solution proposée par le projet de loi n° 98 est le pôle en question, puis
ce que je comprends, quand vous me... selon
votre propos, est : ce pôle-là pourrait devenir une plateforme de
concertation où la société civile, par exemple que vous pourriez représenter, viendrait donner des
informations sur le marché et le besoin ou la surabondance de main-d'oeuvre.
À ce moment-là, le pôle, ce que je
comprends, deviendrait avec une vocation plus large que de s'assurer de
l'admissibilité ou l'équité dans
l'admissibilité. Il irait dans... peut-être même influencer sur le type de
main-d'oeuvre qu'on va permettre ou le type de personnes qui pourraient
ou qui seraient invitées à venir nous rejoindre au Québec, donc les personnes
immigrantes. Est-ce que c'est un peu ce que vous avez proposé, si j'ai bien
compris?
Francoeur (Florent) : Bien, en fait, ce qu'on dit, c'est qu'on ne peut
pas regarder ça en vase clos. Là, actuellement,
de la façon qu'on... Ce qu'on
observe, c'est que tout se fait un peu de façon linéaire. Je dirais, que ce
soient les ordres professionnels, que
ce soient tous les... je dirais, que ce soit le ministère de l'Immigration, et
ainsi de suite, on dit : Il y a
des besoins de main-d'oeuvre à combler au Québec et d'abord... Et, je dirais,
l'emploi, comme je disais, est quand
même, je dirais, un facteur d'intégration important. Et là il faut amener de la
main-d'oeuvre au Québec.
qu'on dit aussi, c'est que c'est vrai, mais ça, quand on le regarde dans la
réalité, il y a certains types de... il y a de la main-d'oeuvre dont le Québec n'a pas besoin, on est en surplus. Alors, on
dit : Il faut être capable de pouvoir avoir... Je dirais,
il faut que la main gauche puisse parler à la main droite. On ne dit pas que...
On n'est pas en train de dire qu'il faut absolument avoir, je dirais,
l'arrimage parfait. Et on n'a pas besoin de le faire, parce que, quand,
tantôt... Quand on parle, disons, d'à peu près
50 000 immigrants par année au Québec, il y en a 25 000
qui sont des immigrants à caractère économique, donc ils sont... pour lesquels, je dirais,
ils sont admis sur la base de leurs connaissances et de leurs expériences professionnelles. Les
25 000 autres, ce sont en
général ce qu'on pourrait... on
pourrait parler de la catégorie des réfugiés. Alors, on est ailleurs.
Alors,
on dit : Il faut simplement s'assurer que, dans les 25 000 qu'on
accueille, à tout le moins, ils ont... qui sont des gens qui nous
arrivent, qui ont été choisis parce qu'ils ont des compétences et des
expériences particulières, mais il faut s'assurer que ces gens-là arrivent avec une
chance raisonnable d'emploi au Québec, ce qui n'est pas toujours le cas. Et non
seulement on dit : Ce n'est pas toujours
le cas, mais tantôt, quand je vous dis, quand je vous parle de huit à
15 ans dans un processus, bien,
je vous dis aussi : Il y a des métiers qui disparaissent, il y a des
métiers qui apparaissent. Il y a des
professions pour lesquelles, il y a cinq ans, on était en pénurie, on est
devenu en surplus. Et il faut être capable au moins d'avoir cette vision globale là de la société
en disant : Si on est en surplus actuellement et qu'on le sait, qu'on va être en surplus
à long terme, est-ce qu'on a vraiment besoin d'amener des gens pour lesquels
les perspectives de travail sont à peu près nulles, même si ce sont des gens qui sont très, très
qualifiés, qui ont les compétences, qui ont l'expérience, mais qui
arrivent dans un marché du travail qui est saturé?
Jean : Est-ce qu'à ce moment-là je comprendrais qu'au niveau
du rôle du commissaire aux plaintes... bon, on s'entend qu'il y a des plaintes qui peuvent arriver de personnes
immigrantes qui se disent lésées par l'iniquité de leur évaluation de dossier, mais que ce ne serait
peut-être pas la meilleure formule de penser que ce serait le commissaire, qui
s'appellerait maintenant à l'admissibilité, qui aurait les pouvoirs d'agir?
Mais est-ce qu'on pourrait penser qu'à ce moment-là,
vu qu'on englobe, justement, comment on présente à l'étranger nos besoins en
immigration, ça serait peut-être le MIDI,
le ministère de l'Immigration, qui pourrait peut-être passer à l'action ou
avoir le pouvoir de mettre en oeuvre les recommandations qui pourraient
sortir des discussions qui se sont faites au comité ou au pôle de concertation?
Francoeur (Florent) : En fait, ce qu'on a dit, c'est que le
commissaire aux plaintes, je dirais, comme on le connaît aujourd'hui, il
joue un rôle utile, en tout cas lorsqu'on regarde dans nos dossiers
d'immigration, il joue un rôle utile, ne
serait-ce que, je dirais, dans un objectif, je dirais, de perception. Alors, je
dirais, la personne qui se sent lésée a
un mécanisme à tout le moins pour porter plainte et... Alors, ça, on dit :
Ça, c'est... pour nous, toujours dans le domaine de l'immigration, ça fait le travail. On est satisfaits et on aurait, je
dirais... on trouverait ça dommage si la question se posait pour
l'enlever, alors, pour ce travail-là.
Pour
le reste, on dit : Là, ça vous appartient, je dirais, on n'a pas choisi,
là, de réfléchir là-dessus, sur, je dirais, son impact au Québec. Parce qu'il y a quand même un équilibre, je
dirais, qui est atteint et, à quelque part, là, je dirais, ça vous
appartient, comme je vous disais, là, de pouvoir aller plus loin là-dessus.
Jean : Vous avez mentionné qu'à votre commission vous fonctionnez déjà
comme ça, parce que vous avez vraiment beaucoup de représentants, et que
ça fonctionne, c'est-à-dire que la commission se réunit, on discute des problématiques et on part avec des devoirs à
faire. Donc, vous avez de l'expérience là-dedans. Vous pensez que ça pourrait
se transférer dans un pôle de coordination comme on l'entend dans ce projet?
Francoeur (Florent) : Absolument. Tous les gens, je dirais, sont de
bonne foi, tous les gens sont préoccupés par... Encore une fois, lorsqu'on arrive et on dit : La
problématique qu'on a ici, c'est de faire en sorte que, je dirais, le plus de
gens au Québec travaille, je dirais, c'est tributaire de la prospérité du
Québec, et là-dessus, je dirais, encore une fois l'exemple de la commission, c'est qu'on est capables de dire :
Bien, on a établi un bon diagnostic, on s'entend sur le diagnostic. Il y a des solutions. Les solutions
n'impliquent pas simplement, dans les cas... ils n'impliquent pas simplement...
Parfois, c'est la faute du syndicat, parfois
c'est la faute du patron, parfois la solution passe par le syndicat ou par les
patrons, parfois... Alors, on est
tous ensemble et on se dit : Bien, on fait, je dirais, la somme des
problèmes, on identifie les solutions, on
s'entend sur quel partenaire va pouvoir, je dirais... est probablement capable
de porter le dossier, on le laisse
aller et on fait une reddition de comptes sur sa capacité à livrer le problème.
Alors, je ne vois pas pourquoi... Je dirais, on
est tous de bonne foi, il n'y a pas de raison pour laquelle ça ne fonctionne pas, dans la mesure où tous les
partenaires, je dirais, sont réunis autour d'une même table à réfléchir sur les
enjeux communs.
Le Président (M. Ouellette) : Merci,
Mme la députée de Chicoutimi. M. le député de Borduas.
Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Bonjour, M. Francoeur. Merci pour votre contribution aux travaux
de la commission. Vous avez dit, dans le cadre d'un échange, que c'est parfois
difficile de discuter avec les universités pour qu'ils puissent adapter leurs programmes à la réalité du marché
du travail, en raison de l'indépendance académique, en raison de l'autonomie. Bien, en fait, ma
question, c'est plus : Est-ce qu'on a un problème de culture au Québec
entre, comment je pourrais dire ça, la
commercialisation ou la plus-value qu'on accorde, dans le fond, avec la
recherche, avec les programmes?
Comment on peut faire pour réussir à faire des gains collectifs avec ça, dans
le fond de lier les universités, supposons, avec le marché du travail,
avec les entreprises? Est-ce que c'est dans cette perspective-là?
Francoeur (Florent) : Oui. En fait, si on compare, par exemple, le
collégial et l'universitaire, exemple, là, on est capables, et on le fait, là, de s'asseoir, disons, avec la Fédération
des cégeps, pour le mentionner, et on est capables de s'entendre en disant : On a cinq métiers
qu'on a identifiés, cinq métiers, je dirais, de niveau collégial, pour lesquels
on a des difficultés d'attraction ou de formation. Comment vous pouvez faire,
je dirais, comment vous pouvez faire pour nous aider? Quelles sont vos solutions? Et, quand je parlais tantôt, je
dirais, de repartir, alors la fédération peut nous revenir en disant : Au nom des cégeps, voici les
solutions qu'on vous propose, et là ça peut être quatre, cinq, 11 cégeps
de Montréal, deux cégeps de Gaspésie,
et ainsi de suite, mais voici les solutions. Vous nous avez confié une
responsabilité, on vous arrive avec des solutions et on la met en place.
Au niveau universitaire, là, je dirais, il y a
bien sûr, je dirais, la sacro-sainte indépendance universitaire, mais il y a aussi le fait que, je dirais, le
fonctionnement du BCI, mettons, par exemple, versus l'ancienne Conférence des
recteurs, ce n'est pas pareil, là,
hein, je dirais, le bureau de coopération, il s'appelle bien un bureau de
coopération, on n'est pas dans la
partie prise de décision collective. Et c'est pour ça que, là, c'est un peu
plus difficile, il faut qu'on travaille avec chacun des intervenants, ce qui nous amène, dans certains cas, à avoir
des problèmes de cohérence, dans ce cas. Il faut travailler avec chacune des universités, dans certains cas il faut
travailler avec chacun des départements, alors qu'avec, disons, une instance comme la Fédération des
commissions scolaires ou des cégeps c'est un intervenant qui prend des
engagements et qui s'engage à livrer. On n'est pas dans le même monde.
Jolin-Barrette : Dans
l'éventualité où le pôle serait créé par le projet de loi n° 98, vous
dites : Oui au comité, mais on
veut que ce soit efficace puis on veut avoir des résultats. Puis là vous me
dites en même temps : On a certaines difficultés avec le BCI, le bureau des recteurs, avec les universités.
Est-ce que vous croyez que, dans la loi, on devrait venir spécifier certaines obligations pour le
pôle, certaines obligations de résultat? Parce que, là, il y a de la
discussion, mais, si on ne veut pas
avoir un pôle que ce soit Parle, parle, jase, jase... , puis qu'il y ait
vraiment des résultats, est-ce que vous pensez qu'on devrait légiférer
pour dire : Bien, c'est ça, les objectifs, puis on s'attend à avoir les
résultats?
Francoeur (Florent) : Légiférer, je n'irai pas jusque-là, je dirais,
ça vous appartient. Ce que je dis simplement, c'est qu'il faut s'assurer que les gens qui sont autour de la table, qui
sont intéressés... Tantôt, votre collègue a mentionné : Est-ce que ça peut fonctionner? Alors, il faut
avoir un intérêt pour y participer. Alors, les gens qui viennent autour de la
table et qui se disent : On a intérêt à
y participer, bien, comprennent aussi qu'il y a un engagement qui vient avec.
Et, à mon avis, c'est là que ça se joue, je dirais.
Pour la
Commission des partenaires, avec le projet de loi n° 70... je fais
toujours des blagues avec ça, mais je disais : Bien, on est actuellement en commission, et, si on
avait accepté tous les gens qui nous ont fait une demande pour joindre la commission, ça aurait fait une commission de
500 personnes, là. Mais ce que ça soulève simplement, c'est que les gens
disent : On veut
contribuer, on a des problèmes, on veut pouvoir les partager avec les autres,
mais on fait aussi
partie de la solution. Quand, dans le projet de loi, on
inclut le BCI comme membre votant de la commission, ce n'est pas rien,
hein? Ça veut dire : tu es un membre votant, bien, tu viens prendre des
décisions et tu viens prendre des engagements. Ils le comprennent comme ça. Et
on se dit : Il faut trouver une façon, quelle qu'elle soit, elle vous
appartient, mais il faut trouver une façon à
ce que les gens qui participent au pôle soient un peu redevables de leurs
engagements, et de leurs actions, et de leurs résultats.
M. Jolin-Barrette : Vous avez abordé la question de la grille de sélection, dans le fond,
peut-être la modification de la grille
de sélection. Nous, on avait proposé,
là, d'augmenter le pointage
relativement aux offres d'emploi validées en région, particulièrement.
Quelles seraient les suggestions au niveau de la modification de la grille de
sélection?
Francoeur (Florent) : Nous, ce qu'on a proposé, c'était un peu, je
dirais, deux choses, c'est que... Ce qui est un peu l'équivalent de la grille d'emploi validée, c'est
l'identification par la Commission des partenaires du marché du travail des métiers qui sont en pénurie, en rareté
au Québec. Alors, ce qui veut dire que, lorsqu'on... et des perspectives
d'emploi. Alors, ce qui veut dire qu'on est
capables de dire que, dans un métier donné, le Québec a ou va avoir bientôt
un problème de rareté de main-d'oeuvre pour un mé