Transportation and the Environment — 23 August 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CTE 2016-08-23
Quebec — Committees
(Neuf heures trente et une minutes)
Le Président (M. Reid) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des transports et de l'environnement ouverte. Je demande à toutes les personnes dans
la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones
cellulaires — ce
que je vais faire moi-même.
La commission
est réunie afin de poursuivre les auditions publiques dans le cadre des consultations
particulières sur le projet de loi n° 104, Loi
visant l'augmentation du nombre de véhicules automobiles zéro émission au
Québec afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre et autres
polluants.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Non, M. le
Président, il n'y a aucun remplacement.
Président (M. Reid) :
Merci. Alors, voici l'ordre du jour pour ce matin : nous entendrons les
groupes suivants : Nissan Canada;
CAA-Québec; Mouvement Desjardins; Tesla Motors, pour lequel il y aura de l'interprétation simultanée;
et l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique.
Alors, je
souhaite la bienvenue aux représentants de Nissan Canada. Je vous demande de
bien vouloir d'abord vous présenter, pour les fins de l'enregistrement,
ainsi que les personnes qui vous accompagnent. Par la suite, vous avez 10 minutes pour faire votre exposé. Et, à la suite
de cet exposé, nous allons avoir une période d'échange avec les membres
de la commission. Alors, à vous la parole.
M. Paiva
(Joni) : Très bien. M. le Président, le ministre, les membres de la
commission, mesdames messieurs, bonjour.
Merci de nous recevoir aujourd'hui. Mon nom est Joni Paiva. Je suis le
président de Nissan Canada, dont j'ai pris la direction au 1er janvier
2016. Avec moi, sur ma droite, François Lefèvre, qui est le responsable
Marketing de la commercialisation des
véhicules électriques pour Nissan Canada au Canada; Fernando Garcia, qui est le
conseiller juridique principal de Nissan Canada. Fernando comprend le
français et ne parle pas le français. François comprend et parle le français.
Sur ma gauche, Alain Pilon, consultant, qui comprend et parle le français.
Le Président (M. Reid) :
Alors, vous pouvez y aller.
M. Paiva
(Joni) : Il y a une dizaine d'années, lorsque le chef de la direction
de Nissan a mentionné pour la première fois
l'engagement de l'entreprise à concevoir un véhicule qui serait abordable,
pratique et offert à vaste échelle, plusieurs observateurs de
l'industrie automobile doutaient de notre investissement. Tout le monde croyait
que nous avions tort d'investir dans la
création d'un véhicule entièrement électrique. À l'époque, l'idée que les
véhicules électriques soient lents,
encombrants et peu pratiques faisait consensus. Nous n'étions pas associés à
une solution concrète aux changements climatiques et à la situation de
précarité causée par notre dépendance aux combustibles fossiles.
Aujourd'hui,
nous sommes fiers d'annoncer que le véhicule électrique le plus vendu au monde
est la Nissan Leaf, avec plus de
230 000 véhicules à l'échelle mondiale. Plus de 3 800 Leaf sillonnent
les routes canadiennes aujourd'hui, et la moitié de ces véhicules
appartient à des Québécois. Ces ventes solides s'expliquent par les rabais
provinciaux, le développement des
infrastructures de recharge, une culture de changement et l'engagement des 38
concessionnaires Nissan qui vendent
des véhicules électriques à l'échelle de la province et qui ont déployé des
efforts exceptionnels — près de 2 millions
de dollars — pour
promouvoir l'adoption des véhicules électriques. En plus d'avoir investi dans
les véhicules électriques, nous avons
formé un partenariat avec Hydro-Québec pour renforcer le circuit de bornes de
recharge électrique en installant 25 sites de charge rapide à courant
continu. Ces infrastructures représentent un investissement total de
500 000 $ au Québec par Nissan.
Selon notre
expérience, les principaux obstacles à la diffusion de Leaf et des véhicules
électriques sont le prix, l'autonomie, l'infrastructure de recharge et
la sensibilisation et l'information des consommateurs. Les politiques et
programmes gouvernementaux jouent un rôle essentiel afin de surmonter ces
obstacles.
Nissan
appuie les objectifs du projet de loi n° 104, la
loi sur les véhicules
zéro émission au Québec. Nous avons toutefois certaines préoccupations
quant au mandat proposé par le projet de loi et estimons qu'une vaste
consultation approfondie et détaillée avec
le secteur automobile ainsi qu'une analyse des pratiques exemplaires sont
requises avant de mettre en oeuvre un
tel mandat. Le projet de loi établit également un système de crédits
échangeables obtenus lors de la vente ou de la
location d'un véhicule neuf par les fabricants de véhicules électriques. Le
nombre de crédits que doit accumuler un
fabricant, la façon d'accumuler ces crédits, les quotas expliqués dans le
projet de loi doivent faire un peu plus
de détails. Le secteur automobile fait
partie du problème et doit ainsi faire
partie de la solution. Par conséquent, Nissan estime qu'elle devrait être consultée, tout comme le secteur automobile,
lors de la préparation des réglementations, en plus d'avoir l'occasion
d'émettre des recommandations.
titre préliminaire, nous souhaitons donc faire les observations suivantes.
Parmi les aspects à considérer plus attentivement,
mentionnons l'accumulation des crédits. En vertu du projet de loi n° 104,
la période d'accumulation des crédits
avant l'exigence réglementaire de 2018 est de seulement trois ans. Nous
estimons que le calcul des crédits devrait remonter à cinq ans avant 2018 afin de mieux refléter les efforts
antérieurs des constructeurs automobiles pour la vente de véhicules électriques. Par conséquent, Nissan
recommande une période d'accumulation de crédits prolongée à cinq ans
plutôt que la période de trois ans.
S'agissant de la
valeur des crédits, Nissan comprend le principe fondamental du projet de loi
voulant que le nombre de crédits accordés
soit proportionnel à l'autonomie du véhicule. Cela dit, Nissan propose
également que le système octroie plus de crédits à un véhicule
électrique à batterie plutôt qu'à un véhicule hybride rechargeable. Les
véhicules électriques à batterie ne produisent aucune émission, contrairement
aux autres.
S'agissant
de la demande de véhicules électriques et des incitatifs gouvernementaux et
infrastructures de recharge, les politiques et programmes d'incitatifs
gouvernementaux contribuent fortement à alimenter le nombre de véhicules électriques sur les routes. En juin 2016,
l'International Council on Clean Transportation a publié une étude qui
examine les incitatifs fiscaux pour les
véhicules électriques à l'échelle des principaux marchés d'Amérique du Nord,
d'Europe, d'Asie. Voici les
principales conclusions qui en émergent : des 500 000 véhicules
électriques vendus à l'échelle mondiale en 2015, par rapport aux quelques centaines vendues en 2010, la majeure
partie
des véhicules électriques ont trouvé des acheteurs dans les marchés où des incitatifs fiscaux
importants avaient été mis en place; plus les incitatifs contribuent à
combler l'écart de prix entre les véhicules à essence traditionnels et les
véhicules électriques pour accroître leur capacité concurrentielle, plus les véhicules électriques sont répandus — on a pu l'observer dans des marchés comme la
Norvège, les Pays-Bas, Shanghai, la
Californie, Beijing et Washington; dans plusieurs marchés où les prix des
véhicules électriques après taxes et
incitatifs demeurent élevés, comme en Allemagne et dans les provinces
canadiennes, les ventes de véhicules électriques demeurent faibles.
Norvège, où la part des ventes de véhicules électriques par habitant est la
plus élevée, les incitatifs gouvernementaux
et les infrastructures de recharge étaient également les plus développés au
monde. Le gouvernement norvégien
n'impose aucune taxe d'importation ou de taxe à valeur ajoutée, réduit les
frais d'immatriculation, offre des stationnements
municipaux gratuits et un accès aux voies réservées de transport en commun. Par
conséquent, un conducteur norvégien de véhicule électrique économise de
l'argent par rapport à un conducteur de véhicule à essence. En plus, la Norvège compte plus de 2 000 stations
de charge, comprenant 7 000 bornes de recharge et 500 bornes de
recharge rapide ainsi que 360 bornes de recharge semi-rapide.
En Californie, le
plus vaste marché au monde, comptant plus de 120 000 véhicules
électriques, des remises, à l'achat, de
2 500 $ pour un véhicule électrique à batterie et de
1 500 $ pour un véhicule hybride rechargeable continuent d'être accordées par l'État, en plus d'une remise
fédérale de 7 500 $; les conducteurs de véhicules électriques ont
accès aux voies réservées; les flottes automobiles des agences gouvernementales
doivent être composées à 25 % de véhicules électriques d'ici 2020; les conducteurs de véhicules électriques
bénéficient d'avantages dans les stationnements au sein des immeubles appartenant à l'État; des
changements ont été apportés au code du bâtiment pour permettre
l'installation de chargeurs de véhicules électriques
aux constructions résidentielles et non résidentielles. Plus important, plus de
40 % des conducteurs de véhicules électriques ont accès à des
chargeurs en milieu du travail.
Nissan
estime que les programmes d'incitatifs gouvernementaux pour l'achat de
véhicules électriques ainsi que les programmes d'infrastructure de
recharge sont essentiels et fondamentaux pour contribuer à augmenter les ventes
de véhicules électriques sur les routes au
Québec. Aussi, nous pensons que le Québec doit continuer à innover et à
développer de nouveaux programmes afin d'augmenter le nombre de véhicules
électriques au Québec.
Nissan
souhaite ainsi proposer une modification du programme Roulez électrique afin de
rendre admissibles les véhicules
électriques qui sont reconditionnés, en provenance des États-Unis, aux
incitatifs de la province. Cette mesure pourrait être faite à un faible coût et maximiserait les bénéfices en
rendant les véhicules électriques encore plus accessibles au plus grand nombre et aiderait grandement le
gouvernement à atteindre son objectif, d'ici 2020, de 100 000
véhicules électriques sur les routes du
Québec. Nissan est d'avis que l'appui du gouvernement fédéral, comme le fait le
gouvernement fédéral aux États-Unis, serait essentiel pour le développement des
véhicules électriques au Québec.
somme, nous croyons que la poursuite et l'adoption de nouvelles mesures
gouvernementales, d'incitatifs à l'achat
pour les véhicules électriques contribueront au succès du Québec à atteindre
l'objectif de voir 100 000 véhicules électriques sur ses routes d'ici 2020. Nissan appuie les objectifs du
projet de loi n° 104 s'inscrivant parmi les nombreuses initiatives mises en oeuvre ou proposées par le
gouvernement du Québec en vue de réduire la quantité de gaz à effet de
serre émis par les véhicules automobiles. Nous avons toutefois certaines
préoccupations, comme évoqué, quant au mandat véhicule
zéro électrique proposé par le projet de loi et estimons qu'une consultation
avec le secteur automobile ainsi qu'une analyse des pratiques
exemplaires soient mises en oeuvre avant de déployer le mandat.
Nous
vous remercions de nous avoir permis d'émettre nos recommandations au comité et
vous félicitons, avant tout, pour
votre rôle de chef de file en ce qui concerne la mise en place d'initiatives
précieuses et cruciales dans ce sujet.
Le Président (M. Reid) :
Merci, M. Paiva. Merci pour votre exposé. Nous allons procéder maintenant à une
période d'échange. M. le ministre, vous avez la parole.
Heurtel : Merci, M. le Président. Bonjour, messieurs. Merci pour votre
présentation ainsi que votre mémoire. Ma première question, c'est à
propos du récent succès de l'achat groupé de Nissan Leaf, justement, qui a eu
lieu au Québec : 3 712 Québécoises
et Québécois qui se sont regroupés pour obtenir une Nissan Leaf. Qu'est-ce que
ça vous dit, ça, sur l'état de la demande du véhicule électrique au
Québec?
M. Paiva
(Joni) : ...ça me ravit de voir qu'il y a autant d'intérêt pour la
commercialisation de Nissan Leaf et la demande de véhicules électriques.
Pour revenir
sur le sujet du groupe, il est, d'après ce que nous en avons compris, constitué
sur la proposition de remises additionnelles par rapport à ce qui se
fait aujourd'hui, et donc à rassembler un certain nombre de personnes autour de ce sujet. La position de Nissan est que
nous commercialisons exclusivement au travers de nos concessionnaires. Nous proposons déjà les meilleures offres possible
en termes de prix à nos clients avec le support de la province. Nous ne
supportons pas ce type d'initiative d'achat groupé.
En ce qui
concerne la demande, nous constatons que cette demande est forte, mais, comme
je vous l'ai dit, elle est conditionnée aux prix, à l'accessibilité au
plus grand nombre. À
titre d'exemple, aujourd'hui, si vous vous louez... la mensualité moyenne pour obtenir une Leaf au Québec
est de l'ordre de 500 $; un véhicule comparable, dans le domaine, à moteur à combustion interne est de l'ordre de
300 $. Donc, il y a une grande différence de paiement mensuel pour
vos concitoyens en termes d'accessibilité aux véhicules électriques.
Heurtel : Aux États-Unis,
de telles démarches ont résulté à une baisse de prix, c'est-à-dire que les Nissan Leaf ont été
vendues moins cher grâce à ce type d'effort. Certaines personnes suggèrent que
les prix des véhicules
électriques ou des hybrides rechargeables pourraient augmenter avec l'arrivée
d'une norme VZE.
Or, plusieurs
études, même des études citées par des opposants ou des gens qui ont des
réserves par rapport à une norme
VZE nous disent qu'aux États-Unis, si on compare les ventes d'avril 2016 à avril
2015, les États américains où il y a eu
le plus important nombre de ventes de véhicules hybrides
rechargeables, ce sont dans les États qui ont une norme VZE. Puis, si on regarde les règles les plus
élémentaires d'économie, plus une technologie se développe,
plus une technologie est en demande, plus une technologie se vend,
habituellement cette technologie-là a tendance à voir son prix baisser.
Est-ce que
c'est quelque chose que vous entrevoyez et que vous avez déjà pu constater, si
on regarde l'expérience américaine des achats groupés de la Nissan Leaf?
M. Paiva
(Joni) : Alors, je comprends
deux questions dans votre propos. La première question : S'agissant
d'achats groupés, est-ce qu'en constituant
un groupe on obtient des économies d'échelle qui permettent de répercuter un
bénéfice aux consommateurs? En ce qui
concerne les États-Unis, je tiens à clarifier que les consommateurs n'ont
pas eu d'avantage additionnel, ils
ont simplement cumulé les offres déjà existantes sur le marché à l'époque sur
la Nissan Leaf. Donc, je pense qu'il faut vraiment clarifier ce sujet.
S'agissant de l'accessibilité et de la réduction
des coûts, en termes de technologies, oui, nous voyons et nous avons des «road
maps» de réduction des coûts, que ce soit tant sur les batteries, que ce soit
tant sur les composants électriques que les
moteurs électriques et l'électronique de puissance. La clé du succès sera dans
la courbe et la vitesse de réalisation de ces réductions des coûts liées
à l'innovation du secteur.
M. Heurtel : Il y a une étude qui a
été publiée le 21 juillet 2016, du Natural Resources Defense Council, qui est un grand organisme aux États-Unis, je
suis sûr que vous le connaissez, intitulée Manufacturer Sales Under the
Zero Emission Vehicle Regulation ; c'est une vaste étude qui regarde justement le
développement des normes VZE aux États-Unis.
Et il y a une citation
très intéressante, dans l'étude, qui dit ce suit : «Over the past decade,
the technology-forcing nature of the ZEV program has resulted in many auto manufacturers
developing ever-more-capable vehicles and new types of vehicles that
increasingly can meet the needs of mainstream [consumers].»
Alors là, ce qu'on a, c'est une recherche scientifique indépendante qui nous dit que l'avènement de normes VZE contribue ou aide les manufacturiers à développer
plus de technologies accessibles au consommateur, puis le
consommateur qui veut ces technologies-là.
Comment
réagissez-vous à cette étude-là, encore
une fois, quand on dit que, bon, on
regarde que les ventes les plus importantes de véhicules hybrides
rechargeables sont dans les États qui ont des normes ZEV?
M. Paiva
(Joni) : Alors, du point de vue de Nissan, comme je vous le disais en début de présentation, on n'a
pas attendu qu'il y ait des normes ZEV pour décider d'y aller, on a investi et
on continue d'investir massivement dans le véhicule
électrique. Mais vous avez aussi entendu dans mon propos que, pour nous, ce qui
est fondamental et essentiel, ce sont
les aides et les incitatifs gouvernementaux, ce sont les bornes de recharge, l'accessibilité à la recharge, facteur de réassurance
auprès des consommateurs, qui sont primordiaux. C'est, pour moi, la priorité
sur laquelle on doit se focaliser et garantir à tout le monde que ce système
est pérenne.
Donc, une
fois de plus, nous, Nissan, nous avons décidé d'y aller, sommes ravis de ce que
vous faites en termes
d'incitatifs au Québec et souhaitons même aller plus loin, puisqu'on vous
propose d'ouvrir cela à des véhicules reconditionnés en provenance des
États-Unis, ce qui rendrait encore plus accessible au plus grand nombre, à tous
vos concitoyens... et permettrait d'éduquer
encore plus sur le véhicule électrique, parce que je crois il y a le bénéfice-coût
du véhicule électrique mais aussi l'agrément
de conduite du véhicule électrique. Quel plaisir de ne plus avoir à aller à la
pompe plus jamais pour remplir son véhicule! Quelle sensation de conduite
complètement différente! Je crois que tous ces éléments de prise en compte de
plaisir de conduite doivent aussi faire
partie du panorama.
M. Heurtel : Bien, c'est
clair que le gouvernement a pris le virage dans l'ensemble de ces mesures.
Alors, les incitatifs sont là :
8 000 $ par véhicule, le système de bornes de recharge est en plein développement,
on augmente à chaque année le Circuit
électrique, les subventions sont là tant
pour installer des bornes à la maison qu'au lieu de travail, l'accès aux
voies réservées.
Bref, les incitatifs
sont là et vont continuer à être là et continuer à se développer. Et c'est la
volonté du gouvernement de poursuivre le
développement du réseau de bornes de recharge et de poursuivre aussi
l'éducation, on en convient. Et on en
a parlé beaucoup, du fait que certains consommateurs ont encore des
questionnements ou des réticences par
rapport à l'autonomie, mais on a eu plusieurs personnes qui sont venues nous
expliquer que, bon, premièrement, la grande
majorité de l'utilisation des véhicules, c'est moins de
80, 70 ou 60 kilomètres par jour. Alors, selon les études, là, selon les statistiques qu'on cite, alors, déjà, il
existe plusieurs véhicules qui ont l'autonomie nécessaire. Puis là, bon,
la technologie avance, bon, la Nissan Leaf
en est un exemple, d'autres véhicules le démontrent, mais il y a clairement
un travail qui doit être fait de tous, le
gouvernement, les manufacturiers, les concessionnaires, pour poursuivre le
développement et l'information à propos de ces technologies.
Vous
avez parlé des véhicules reconditionnés. C'est une piste, en effet, qui est
très intéressante. Moi, j'aimerais approfondir comment vous verriez
l'application, alors... parce que, là, on parle d'un système qui s'inspire du
système californien. Donc, on aurait une échelle de crédits par type de
véhicule. Or, évidemment, les véhicules qui tendent ou qui sont véritablement à zéro émission recevraient plus de crédits que,
par exemple, des hybrides rechargeables. Alors, dans le cas d'un véhicule usagé, donc, une flotte de véhicules usagés
qui seraient rendus accessibles au Québec, alors, on parle, par exemple, je crois... c'est des
véhicules, par exemple, des Nissan Leaf dont les baux sont échus, alors
Nissan reprend la livraison de ces véhicules-là et là, bon, se retrouve avec
des centaines, voire des milliers de véhicules.
Comment on
reconnaîtrait, dans un système de VZE, ces véhicules-là? Parce qu'ils ont déjà
fait l'objet d'une certaine forme de
reconnaissance de VZE dans des États qui ont des normes. Alors, je voudrais
juste comprendre comment vous verriez l'applicabilité de notre norme VZE
à ce type de véhicule là.
M. Paiva
(Joni) : Bien, je crois que, pour nous, les premières bases de projet,
c'est qu'il ne faut pas faire de différences,
hein? À partir du moment où un véhicule reconditionné commercialisé par un
concessionnaire Nissan, garanti par
un concessionnaire Nissan, entretenu par un concessionnaire Nissan québécois,
qui circule sur les routes québécoises, qui se recharge sur des bornes installées par des entreprises
québécoises, qui consomme de l'énergie québécoise... pour moi, il ne devrait pas y avoir de différences entre la
commercialisation d'un véhicule reconditionné et la commercialisation du
véhicule neuf, puisque, d'après ce que j'ai
cru comprendre... mais une fois de plus il faut
rentrer un peu plus dans le
détail des règlements d'application, mais,
sur un principe général et fondamental, je pense qu'il ne faut pas faire de
différences, puisque ça répond aux mêmes objectifs.
Heurtel : Alors, dans le cas... parce que vous parlez, justement, de
la préoccupation de certains consommateurs par rapport à l'autonomie des véhicules, si on parle de véhicules
usagés, bon, par définition, ils sont des véhicules plus vieux qui n'ont peut-être pas la même technologie, le
même niveau d'autonomie, peut-être que la technologie n'est peut-être pas aussi avancée, comment faire pour bien
rassurer le consommateur que ces véhicules-là, justement, n'ont pas à
créer d'inquiétudes au niveau, justement, des préoccupations que vous avez
soulevées?
M. Paiva
(Joni) : Le principe de base, c'est que ces véhicules doivent être
commercialisés par Nissan, le concessionnaire
Nissan. Il ne faut pas que chacun puisse aller se fournir, prendre, acheter...
Donc, à partir de ce moment-là, il y a le nom et la marque Nissan en
support de ces véhicules qui les garantissent et qui garantissent leur
entretien. Le consommateur a accès à son
concessionnaire. Donc, ce seraient des véhicules sélectionnés qui répondent
exactement aux mêmes spécifications que les véhicules commercialisés au
Québec.
exemple, au Québec, nous commercialisons
nos Leaf avec un module de charge rapide; aux États-Unis, nous commercialisons des véhicules avec et sans... Les
véhicules que nous importerions au Québec seraient tous avec des charges rapides.
Donc, on aligne les spécifications, on les remet aux normes québécoises. Ce
sont des véhicules sélectionnés, commercialisés, garantis, entretenus par les
concessionnaires de la marque Nissan.
Heurtel : Parfait. Dans
votre mémoire, puis vous l'avez dit dans votre présentation, vous parlez que
l'industrie automobile fait
partie du
problème mais également fait
partie de la solution. Quand vous dites
«fait
partie du problème», vous voulez dire quoi exactement?
Paiva (Joni) : Bien, on émet
du CO 2 . Donc, à partir du moment où on émet du CO 2 , on se sent concerné. Et Nissan, avec notre leadership, une fois
de plus, on n'a pas attendu l'industrie pour aller dans le domaine du véhicule
électrique et investir massivement.
Heurtel : Donc, c'est
essentiel quand on regarde le fait que le secteur le plus émetteur d'émissions
de GES au Québec, c'est le secteur des transports. Les véhicules
dits légers contribuent une proportion importante à ce pourcentage-là.
Donc, les fabricants ont une responsabilité, c'est ce que j'entends, ont une responsabilité
de travailler avec les gouvernements, avec les consommateurs, avec tout le
monde pour essayer de trouver des solutions qui réduisent ces émissions, surtout quand on met ça dans le
contexte des accords de Paris. Est-ce
que je comprends bien votre
propos?
M. Paiva (Joni) : Absolument, et
c'est l'objet de ma présence aujourd'hui. Et je pense que ce serait se priver
d'une grande connaissance de l'industrie du véhicule électrique que de ne pas
participer aux échanges, et j'en parle dans mon propos et
dans le mémoire. Je pense qu'il faut que l'industrie automobile soit impliquée
dans les débats, et dans les décrets d'application, et dans les détails de mise
en oeuvre afin de ne pas avoir
d'effet contre-productif au projet de
loi, parce que, si les trajectoires
ne sont pas bien calées, si les pourcentages ne sont pas bien calés, si les
calculs de crédits ne sont pas bien
calés, si les modalités d'échange ne sont pas bien calées... c'est une grosse responsabilité de bloquer, voire de ralentir
l'industrie automobile au Québec et avoir des effets
contre-productifs, un, sur le marché, donc sur les concitoyens et la possibilité
des gens d'acheter des véhicules, et, deux, sur le développement du véhicule
électrique.
M. Heurtel : Alors, quand je vois,
là, le 20 août — alors,
il n'y a pas longtemps, hein? — un article, dans la publication Web HybridCars , qui cite une étude qui a été publiée dans la
revue Nature Energy et à laquelle ont participé notamment des
chercheurs de MIT, qui dit : «About 98% of the internal combustion engine
passenger vehicles used daily on U.S. roads
could be replaced by electric cars», alors, quand on dit que déjà, aujourd'hui,
au moment où on se parle, les besoins
de la quasi-totalité des consommateurs américains pourraient être remplacés par
des véhicules électriques, ça nous
dit que la technologie est prête, de un, et qu'également on a les moyens puis
les possibilités, justement, de pouvoir faire plus pour remplacer la flotte existante de véhicules à combustion
interne par des véhicules électriques.
On peut aller plus loin. Vous êtes d'accord avec ça?
M. Paiva (Joni) : Oui, je suis d'accord
avec ça, et on peut vous donner, à
titre d'exemple, une fois de plus...
Président (M. Reid) :
Très rapidement, parce
que la période d'échange avec le côté
ministériel est terminée. Alors, allez-y en quelques
secondes.
M. Paiva
(Joni) : Oui. Oui, nous
sommes d'accord. À
titre d'exemple, nous avons des clients qui
achètent des Nissan Leaf en tant que
deuxièmes véhicules en se disant : On ne sait jamais,
l'autonomie... et très vite ces deuxièmes véhicules deviennent le véhicule principal, parce qu'ils répondent à leurs besoins. Et on revient au propos de départ,
qui consiste à parler de l'éducation, de l'information des gens. Et ça, ça prend du temps. Il y a un
rythme d'adoption. Il faut les réassurer par de l'information, de la communication, leur montrer qu'il y a
des bornes de recharge électrique, qu'il
y a des mouvements, qu'il y a des incitatifs. C'est tout un ensemble qui
part ensemble plutôt que par la contrainte.
Le Président (M. Reid) :
Merci. Nous allons passer maintenant à l'opposition officielle. M. le député de
Terrebonne.
M. Traversy : Merci beaucoup,
M. le Président. Merci à Nissan Canada pour la présentation de ce mémoire et merci aussi du positivisme dans la prise de
position que vous avez par rapport à la loi zéro émission. On voit qu'il y a une belle ouverture quand même à
l'intérieur des propos que vous avez mentionnés dans votre introduction.
Vous avez des recommandations qui sont
intéressantes, donc je vois là une certaine... c'est ça, une certaine motivation du côté de Nissan, et c'est clairement,
probablement, avec le succès que vous connaissez, du modèle le
plus populaire des voitures 100 % électriques, la Leaf, qui est en pleine
effervescence.
Et j'aimerais
commencer donc cet échange avec le regroupement d'achats de voitures Leaf dont le ministre vous a parlé il y a quelques minutes. On nous a mentionné, la semaine
dernière, près de 3 700 personnes qui semblent manifester une volonté de vouloir se procurer une voiture
Nissan Leaf. Vous êtes assis sur une mine d'or. En tout cas, du moins, il
y a un beau potentiel, je pense, là, de
vente de votre côté. Et ces gens, donc, veulent faire suite à une initiative
qui a été faite aux États-Unis. Vous avez dit tantôt dans votre échange avec le ministre
qu'il n'y avait pas eu d'avantage
significatif dans le cadre de la
réduction des coûts de l'achat de la voiture par les citoyens qui se sont
regroupés aux États-Unis. Or, il y a des groupes qui sont venus ici,
autour de cette commission, nous dire que, bon, outre le gouvernement fédéral
et puis l'État américain dans lequel l'achat
s'est effectué, il y a également d'autres acteurs qui ont contribué à la
réduction du prix. Certains nous ont
mentionné le concessionnaire qui a fait un effort, celui qui a accepté de faire
l'achat groupé. Il y a eu la mention aussi de la municipalité et
d'autres facteurs qui fait que, pour à peine 12 000 $,
13 000 $, une Nissan Leaf neuve a pu être faite, là, de la part,
donc, de ce groupe.
Qu'est-ce qui
fait qu'au Québec une initiative du genre ne puisse pas être répétée? Et
pensez-vous que, dans le fond, la
demande qui est actuellement en cours entre ces citoyens et Nissan est en
grande
partie à cause d'un manque d'inventaire sur le territoire
québécois? Est-ce que c'est ça, le principal blocage qu'on y voit, ou c'est
vraiment une fermeture de répéter cette expérience?
M. Paiva
(Joni) : Alors, je vois deux
questions dans ce que vous me dites. La première, c'est,
s'agissant du groupe d'achats, un ensemble de gens intéressés se
regroupent dans le but d'avoir des remises complémentaires. Donc, ça veut dire qu'ils achètent de la remise
complémentaire, mais l'intérêt pour le véhicule électrique est là. S'agissant
des USA, je tiens à repréciser que ce groupe a été traité par les
concessionnaires et ce groupe a bénéficié des incitatifs en cours à ce
moment-là aux États-Unis.
S'agissant du
Québec, nous invitons tous ces clients — et on
est ravis de l'intérêt qui est montré — à se
mettre en contact avec les concessionnaires et à profiter de toutes les mesures
et tous les incitatifs en cours aujourd'hui sur la Leaf au Québec.
S'agissant
de l'inventaire, je pense que, s'il y a un constructeur qui n'est pas concerné
par le manque d'inventaire, c'est Leaf, puisque nous avons en moyenne
deux mois de vente de stock chez nos concessionnaires. Nous avons 38 concessionnaires qui ont investi de
l'ordre de 50 000 $, que ce soit en formation, en outillage, en
bornes de recharge rapide. Ils ne l'ont pas investi à fonds perdus, ils vont vouloir vendre
des véhicules électriques. Ils investissent dans la formation. Donc,
s'agissant du manque d'inventaire, du point de vue de Nissan, on ne se sent pas
concernés.
Traversy : Excellent. Bien, écoutez, selon le témoignage de
certains groupes qui sont venus en commission, vous êtes, effectivement, bon, le groupe qui dispose de la plus grande
quantité de véhicules 100 % électriques disponibles sur le marché.
Certains nous ont dit par contre qu'il serait intéressant d'avoir plus de
transparence au niveau de la disponibilité
des inventaires sur le territoire québécois, le fait de voir combien d'autos
sont disponibles et à quel endroit cela peut se trouver semble difficile. Je sais que, dans d'autres États,
notamment aux États-Unis, il y a des sites Internet de disponibles avec
une plus grande facilité pour accéder à ce genre d'information.
Est-ce
que le constructeur Nissan est favorable à des mises en place pour mettre en évidence
un peu plus le nombre d'inventaires de disponibles sur le marché? Et à
combien se situe exactement le nombre de Nissan Leaf disponibles actuellement
sur le territoire québécois?
Paiva (Joni) : Bon. Alors, avant de passer la parole à François Lefèvre,
qui va vous donner un peu de détails sur les chiffres, moi, je suis
surpris sur ce sujet de transparence. Tous les jours, on a des clients qui
consultent plusieurs concessionnaires pour
avoir des prix, des informations, de la disponibilité, des choix de couleur,
des options, des choses de ce
type-là, et c'est la première fois que j'entends parler du sujet de
transparence s'agissant du véhicule électrique Leaf et concernant la
marque Nissan.
Maintenant,
s'agissant des chiffres que vous demandez, je vais laisser la parole à François
Lefèvre.
Lefèvre (François) : Oui. Donc, au niveau de l'inventaire, on a à peu
près deux mois d'inventaire en moyenne. Historiquement, au moins depuis les 12 derniers mois, on n'a eu aucun
problème d'inventaire et aussi,
spécifiquement, au Québec. Donc, on contrôle
ça et on regarde ça de très proche avec le groupe au Québec. Et puis aussi
c'est sûr que, parfois, quand il y a
une augmentation des ventes — comme, par exemple, le mois passé, on a eu
un mois record, de tous les temps,
d'ailleurs, au niveau de vente de Leaf — donc ça baisse un peu l'inventaire, ce qui
est tout à fait normal, mais nous, de notre côté, on doit réajuster.
Alors, c'est cyclique. Et, en ce moment, on a quand même un inventaire assez
élevé au Québec.
Traversy : O.K. Bien, écoutez, peut-être que pour Nissan ça
semble moins difficile de trouver justement, donc, la disponibilité ou le nombre, mais je peux vous
dire que ce n'est pas le cas nécessairement de l'ensemble de l'industrie
sur le territoire québécois. Mais donc je
voulais voir votre opinion sur cette possibilité d'être peut-être encore plus
accessibles et d'avoir davantage de points de vue.
Vous savez qu'il y a
des groupes qui ont fait des enquêtes pour essayer de déterminer combien de
voitures électriques étaient disponibles par concession, et peut-être que ça
serait plus simple de rendre, tout simplement, ça plus transparent comme c'est fait ailleurs dans d'autres pays. C'était
simplement une suggestion mais pas un reproche à Nissan qui vous est
personnellement visé, je tiens à vous en informer.
Vous
avez fait des propositions intéressantes. Bon, tout d'abord, on est d'accord
avec vous pour avoir une aide substantielle
du gouvernement fédéral et on vous encourage à mettre toute la pression que
vous pouvez sur le gouvernement canadien
pour être capable de nous redonner notre juste part, et nous sommes avec vous
là-dessus. Vous avez marché... vous
avez aussi indiqué, pardon, que, bon, sur le marché du travail, il devrait y
avoir davantage de bornes sur les lieux de travail pour recharger les véhicules. Je sais qu'il y a un programme qui
est présentement en place au Québec mais qu'il pourrait être rehaussé,
renforcé ou, en tout cas, du moins, revigoré, et, là-dessus aussi, nous partageons
votre avis.
une de vos recommandations assez intéressantes sur laquelle j'aimerais vous
entendre un peu plus, c'est sur tous les
véhicules qu'on dit, bon, reconditionnés pouvant venir des États-Unis. Je
voudrais juste encore aller un petit peu plus loin que le ministre pour comprendre la façon dont on voit ça. Je
comprends les avantages, au niveau de l'environnement, de pouvoir récupérer des véhicules qui sont déjà en
cours... ça permettrait d'augmenter, j'imagine, le nombre d'inventaires.
C'est des véhicules qui bénéficieraient donc
de deux crédits, c'est-à-dire les crédits d'achat ou, du moins, les
subventions qui sont octroyés, exemple, dans
l'État du Vermont ou dans certains États aux États-Unis où ils sont créés et
qui viendraient aussi à être
accessibles en plus aux crédits québécois, donc qui bénéficieraient de deux
fois plus de subventions pour leur mise en marché. Je voulais juste
comprendre un peu le principe qui pourrait être mis en place.
Paiva (Joni) : Vous avez des véhicules qui ont bénéficié, il y a deux
à trois ans, et qui vont encore bénéficier d'incitatifs aux États-Unis.
Donc, ces véhicules roulent, les consommateurs les utilisent et à la location
et, au bout de trois ans, les retournent à
Nissan. Donc là, il y a une possibilité, c'est de les recommercialiser, via le
réseau de distribution des
concessionnaires Nissan aux États-Unis, à travers des programmes de véhicules
d'occasion certifiés; option un. La deuxième
possibilité, c'est de se dire : Tiens, en approche innovante et compte
tenu de la motivation de la province de Québec, pourquoi ne pas ouvrir... les incitatifs que vous proposez aux
véhicules neufs, les ouvrir aux véhicules d'occasion? Et, si on applique le même montant, vous arrivez à
des niveaux de mensualité extrêmement compétitifs qui favoriseraient
l'adoption du véhicule électrique, l'information et l'accessibilité au plus
grand nombre.
Donc,
le schéma, c'est : un véhicule qui a, deux ou trois ans, bénéficié
d'incitatifs revient sur le marché avec ce que l'on appelle une valeur résiduelle; cette valeur résiduelle... on
choisit le véhicule aux normes et aux spécifications techniques — options, charge rapide, etc. — à destination du Québec; nos
concessionnaires Nissan les reconditionnent, les passent de «miles per hour» aux kilomètres-heure, passent les feux en
feux de jour et ils passent d'autres spécifications pour les mettre parfaitement aux normes et aux
standards de la province, du pays et de commercialisation de Nissan;
ensuite, ils sont garantis, commercialisés et entretenus par le
concessionnaire.
Le Président (M. Reid) :
Merci. Alors, ça met fin à la période d'échange avec l'opposition officielle.
Nous passons maintenant au deuxième groupe d'opposition. M. le député de
Masson.
M. Lemay :
Merci, M. le Président. Bonjour, messieurs. Bienvenue ici, à l'Assemblée
nationale. Vous avez mentionné dans votre
mémoire qu'il y avait certaines conditions qui devaient être remplies afin de
faire en sorte que la loi zéro
émission soit un succès au Québec. Entre autres, vous mentionniez le court échéancier que vous aviez devant vous
avant la mise en vigueur et la particularité que, dans certains États, ils ont
permis des périodes de cinq années pour accumuler
les crédits. Certains autres constructeurs automobiles sont venus mentionner,
eux, le même point, qu'il y aurait la possibilité d'avoir un cinq années pour accumuler des
crédits, mais ils ont aussi mentionné la possibilité de retarder
un peu l'échéancier pour permettre l'accumulation de crédits.
Vous
ne l'avez pas mentionné dans votre mémoire, je comprends que la vente de Leaf est quand même bonne pour vous, mais je voulais savoir : Est-ce que
vous seriez favorables à un report, là, exemple, en 2019 ou 2020, de
l'entrée en vigueur de la loi ou vous êtes totalement satisfaits si on
peut reculer de cinq ans, ça comble tous vos besoins?
Paiva (Joni) : Alors, je ne
me suis pas prononcé dans le détail de la loi, j'ai émis des propos
préliminaires et des propositions préliminaires.
S'agissant
du détail, nous préconisons fortement que les concessionnaires soient...
pardon, les constructeurs soient associés
à la rédaction et à la formulation du détail et des décrets d'application, parce que ces délais ainsi que la courbe d'adoption, ils vont être fonction du calcul du
crédit. Et, ce calcul du crédit, est-ce
qu'il est arrêté, comment il est
fait, quelle est la logique derrière? On a
vu quelques débuts de logique. Mais est-ce que
c'est figé ou pas? Donc, je crois qu'il y a un ensemble de paramètres à caler. On ne peut pas parler du délai sans
parler des modalités d'accumulation, sans parler des valeurs du crédit,
qui, au passage, vous l'aurez noté dans mon propos... on préconise fortement
que les véhicules qui émettent définitivement zéro émission soient fortement
avantagés, alors que ce n'est pas du tout ce qu'on a vu dans les débuts de
projet.
Donc,
ce sont des détails qu'il faut mettre en oeuvre, et donc, par conséquent, il
est très difficile de se dire, voilà, est-ce que c'est 2018, 2019 2020
si on n'a pas l'ensemble des paramètres qui vont avec.
Lemay : O.K. Je
comprends. Donc, de là votre commentaire, de mentionner que vous devriez être
consultés dans la mise en place de la réglementation et vous voulez
prendre part aux échanges et même faire des recommandations dans la mise
en place de la réglementation, et ça, c'est important pour vous.
M. Paiva
(Joni) : Absolument.
Lemay : Parfait. J'ai une autre question. Il y a des groupes qui sont
venus nous dire qu'on devrait peut-être même mettre une durée de vie aux crédits que vous pouvez accumuler par
la vente de véhicules. Ils semblaient mentionner que, exemple, on ne pourrait pas accumuler des crédits de façon
indéfinie dans le temps mais plutôt que, exemple, après trois ans,
justement les plus vieux crédits deviennent périmés.
Est-ce
que vous considérez que c'est une mesure qui pourrait être intéressante pour
justement ne pas faire en sorte qu'à un moment donné il y a une année où
un constructeur dit : Ah! bien, je n'ai plus besoin de vendre de véhicules
électriques, j'ai déjà suffisamment de crédits en banque? Est-ce que vous
seriez enclins à ce genre d'option là?
Paiva (Joni) : Bien, ce que
j'entends par votre question, c'est qu'il
y a encore beaucoup
de travail à faire sur le détail, sur
l'application, une fois de plus, sur l'ensemble
des conditions à mettre en oeuvre, parce
que, si on commence à prendre
position sur un détail d'application sans avoir vu le reste de l'application, une
fois de plus, c'est une forte responsabilité qui pèse sur nos épaules, hein, lorsque
nous discutons d'un projet de loi et qui peut impacter fortement le commerce
automobile au Québec et qui peut avoir des effets contre-productifs.
Donc,
nous, nous encourageons vivement des séances
de travail précis, détaillé, parce qu'on
voit que le nombre de crédits
accumulés, la durée de vie... Donc, nous, à ce stade, la
partie concernant les
crédits est une remarque
préliminaire qui consiste à dire :
Voilà, les constructeurs qui ont montré dès le départ le plus d'efforts sur le
véhicule à zéro émission et qui ont montré l'investissement dont nous
avons la preuve, hein... Je vous ai parlé des 2 millions de dollars déjà
investis par nos concessionnaires Nissan,
des 500 000 $ investis dans le réseau de charge. Je crois qu'il
serait parfaitement honnête que de
reconnaître cet avantage plus fortement aux véhicules électriques, qui
d'ailleurs répond encore mieux aux objectifs que vous vous fixez
d'utilisation de réseau de charge, de commercialisation et de réduction de gaz
à effet de serre.
Donc, les véhicules
zéro, zéro, zéro émission, selon nous, doivent être beaucoup plus fortement
incités.
Lemay : Merci beaucoup. Donc, on comprend qu'il y a beaucoup de
détails qui devront être discutés dans la mise en place de la
réglementation avant de pouvoir prendre position sur certains détails pointus.
J'aimerais
peut-être... à savoir, d'un autre point de vue, vous venez de mentionner, là, votre implication dans la mise en
place de bornes de recharge, et l'infrastructure doit être une des priorités
pour faire en sorte que la loi zéro émission
soit un succès. Est-ce que vous avez un peu un ratio de bornes de recharge que
ça prendrait en sol québécois pour soutenir les 100 000 véhicules
qui sont annoncés dans le plan du gouvernement? Est-ce que vous avez réfléchi
un peu à : Ça prend combien de bornes
pour que 100 000 véhicules électriques puissent circuler sur les routes ou
vous n'avez pas d'estimation?
M. Lefèvre
(François) : Enfin, il y a beaucoup de recherche qui a été faite, et
une des recommandations qui ont étés faites
spécifiquement au Québec, c'était de 1 300 bornes de recharge rapide, mais ça, ça ne venait pas de
nous. Donc, il y a énormément de recherches publiées ici et là qui sont très
différentes l'une de l'autre.
Si je
comprends bien, moi, en date de juillet, on a plus de 40 bornes de recharge
rapide au Québec, ce qui est bien. C'est
un bon début, mais il faut définitivement en avoir plus pour avoir un certain
confort pour le consommateur, non seulement
de les voir physiquement, mais aussi savoir qu'il y en a partout. Donc, je
pense que c'est quelque chose qu'il faut
continuer à développer énormément. De là à faire un focus sur un chiffre
spécifique, il faudrait faire une recherche spécifiquement sur le
Québec.
Le Président (M. Reid) :
Merci. Cela met fin à notre période d'échange. M. Paiva, M. Garcia, M. Lefèvre,
M. Pilon, merci pour votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux pendant quelques
instants pour permettre à nos prochains invités, CAA‑Québec, de prendre place.
(Suspension de la séance à 10 h 17)
Le Président (M. Reid) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Nous allons reprendre nos travaux.
Alors, nous recevons maintenant les
représentants de CAA‑Québec.
Bienvenue. Je
vous demande d'abord de vous présenter et de présenter les personnes
qui vous accompagnent, pour les fins
de l'enregistrement, et par la suite vous avez 10 minutes pour
faire un exposé. Par la suite, nous aurons une période d'échange. Alors,
à vous la parole.
Mme Gagnon
(Sophie) : Bonjour. Merci beaucoup, M. le Président Pierre Reid, M. le ministre Heurtel,
membres de la Commission des transports et de l'environnement. CAA‑Québec, en
mon nom, est très heureux de participer et d'avoir l'occasion de formuler ses
commentaires sur le projet de loi n° 104.
Nous vous
remercions de l'opportunité, là, qui nous est donnée. J'aimerais, d'entrée de
jeu... et je vais peut-être avoir un débit assez rapide, étant donné que
le temps nous est quand même limité et qu'on a beaucoup de choses à dire — à l'avance, je m'en excuse — j'aimerais quand même profiter de l'occasion
pour me présenter tout d'abord : Sophie Gagnon. Je suis vice-présidente Communication et affaires publiques chez
CAA‑Québec depuis une dizaine d'années. Je suis accompagnée de deux membres de mon équipe, soit Isabelle
Godbout — Me
Godbout est analyste et recherchiste en consommation automobile,
notamment; et Jesse Caron, qui est un expert en consommation automobile, qui
est aussi, souvent, à bien des égards, un porte-parole pour notre organisation
et qui concentre beaucoup ses activités dans la consommation automobile.
Et le mémoire que nous vous présentons
aujourd'hui, c'est un travail collectif non seulement du Service des affaires publiques, mais aussi en étroite
collaboration avec notre équipe de consommation, de services-conseils. On
a, depuis 1973, un service de consommation qui répond à environ 150 000
questions de consommateur sur tout ce qui touche
de près ou de loin à l'automobile, et évidemment ça ne fait pas exception, là,
quand on parle de véhicules électriques. Alors, c'est un peu à partir de cette expérience-là qu'on s'est inspirés
pour dresser nos commentaires. Et, d'entrée de jeu, j'aimerais vous
mentionner qu'on n'aura pas l'occasion de parcourir l'entièreté du mémoire, qui
est à votre disposition pour la suite. Je
vais plutôt faire un survol de nos commentaires, de nos recommandations. Je
vous invite à le lire. Il y a
beaucoup de nuances ou de précisions qui sont faites. Et, bien sûr, il nous
fera plaisir de répondre à toutes vos questions.
Je suis accompagnée aussi, aujourd'hui, de M. Pierre-Serge Labbé, qui est le
responsable de tous les services automobiles à CAA‑Québec.
Pour ceux qui
sont moins familiers avec CAA, nous sommes un organisme à but non lucratif qui
a été fondé il y a plus de 120 ans,
qui est actif dans le domaine du voyage, dans le domaine de l'habitation, des
assurances de plus en plus et, bien
sûr, de l'automobile, et c'est plus de 1,2 million de membres au Québec
qui, chaque jour, nous font confiance.
Notre engagement en matière de mobilité durable
est reconnu. Nous travaillons activement à la promotion des véhicules zéro émission. Avec l'appui, d'ailleurs, du ministère de
l'Énergie et des Ressources naturelles et d'autres partenaires, nous avons tenu, cette année,
particulièrement deux activités d'intérêt que j'aimerais mentionner.
D'abord, nous avons permis à près de
5 000 personnes de... des visiteurs du salon de l'auto de Montréal et de
Québec, de prendre place dans un
véhicule électrique — pour la
plupart, c'était une première — et même de faire un essai sur route. Quand
on parle, parfois, de disponibilité
ou de capacité à faire des essais routiers dans les concessions... C'était fort
appréciable de pouvoir faire ce
projet-là à l'occasion des grands rendez-vous, là, que sont les salons de
l'auto. C'était une troisième année. Et, d'autre part, on a produit aussi des capsules vidéo pour faire connaître
tous les avantages des véhicules électriques, parler des incitatifs, parler des politiques et des
intentions du gouvernement, faire en sorte que la population puisse s'approprier
ces produits, les connaître mieux. Et même on a fait, avec la Corporation des
concessionnaires automobiles du Québec, des
efforts de sensibilisation même des forces de vente, parce qu'on sait qu'il y a
aussi, parfois, la question de la recharge, par exemple, qui est moins connue des gens qui sont à la vente. Donc, on
trouvait important de les sensibiliser pour qu'ils puissent être de bons
relayeurs d'information.
Bref, nous sommes proches
du quotidien des gens. Nous aidons les automobilistes à faire de bons choix de
consommation pour leur mobilité en tenant compte de leurs styles de vie, de
leurs besoins et de leurs budgets. Les commentaires, donc, présentés dans ce
mémoire se basent sur notre expérience en consommation automobile.
M. le ministre,
M. le Président, nous sommes d'avis que le projet de loi n° 104, dans sa
forme actuelle, n'aura pas nécessairement
l'effet souhaité ou à la hauteur de l'effet espéré, soit la hausse de la
demande de la consommation des véhicules
zéro émission, et probablement encore moins d'atteindre les 100 000
véhicules zéro émission en 2020. Selon nous,
les gens ne seront pas nécessairement plus nombreux, rapidement, à vouloir ou
pouvoir se procurer un véhicule zéro émission,
et ce, pour plusieurs raisons qu'on pourrait élaborer un peu plus tard. Nous croyons même que les contraintes supplémentaires qui seront nécessairement imposées à la fois aux constructeurs automobiles
et aux concessionnaires... parce que nous croyons, sincèrement, basés
sur notre connaissance du marché, qu'il est pratiquement inévitable qu'il y ait des impacts pour les concessionnaires. On
croit que ça risque inévitablement de se répercuter sur le prix non seulement des véhicules zéro émission, mais probablement aussi sur l'ensemble
des véhicules en vente au Québec. Pour nous, c'est donc un potentiel
d'effets négatifs sur l'ensemble des automobilistes, l'ensemble des
consommateurs québécois.
Évidemment,
CAA‑Québec ne s'oppose pas à des mesures qui ont pour effet ou pour but
d'augmenter le nombre de véhicules propres sur nos routes si elles sont
à coût nul pour les automobilistes ou si elles ont un impact tellement majeur que les inconvénients sont justifiés ou les
coûts sont justifiés. Mais, considérant la structure telle que nous
l'avons comprise à la lecture du projet de loi, nous ne croyons pas que c'est actuellement
le cas.
Dans cette
optique, CAA‑Québec soutient à 100 % l'objectif essentiel de réduire
les émissions de gaz à effet
de serre mais ne peut appuyer l'instauration d'un système de redevances et de
crédits tel qu'actuellement formulé au projet de loi n° 104.
Notre opposition n'a rien de surprenant si on s'intéresse aux expériences
menées dans d'autres États américains — on
parle des 10 États aux États-Unis, là, qui ont déjà ce type de loi — et
si on considère aussi le niveau des ventes actuelles de véhicules
électriques au Québec. Aucune de ces lois n'a, jusqu'à présent, livré ses
promesses d'augmenter sensiblement le nombre
de véhicules zéro émission. Il y a eu des augmentations, mais on regarde
toujours une question de bénéfices, de
balance, d'avantages et d'inconvénients, puis, selon nous, dans toutes les
juridictions, la balance est
défavorable. On souligne aussi qu'il n'y a aucune province canadienne
qui a encore été là. On n'a rien de mal à être des précurseurs, encore faut-il tenir compte aussi des
expériences bonnes et mauvaises qui ont cours ailleurs. Au surplus, il faut réaliser qu'en la matière
l'industrie automobile, selon nous, et c'est ce qu'on voit sur le terrain, est
encore en mode séduction du consommateur.
Même si l'offre et les produits se sont grandement améliorés au cours des
récentes années, beaucoup de travail reste à faire avant d'atteindre le niveau
de demande souhaité par le gouvernement. Bref, pour nous, un système de
redevances et de crédits nous apparaît, à ce stade-ci, prématuré.
En se
concentrant sur les consommateurs, et c'est ce qu'on veut mettre de l'avant, on
vise à mentionner que, pour nous, les
meilleures mesures, à l'heure actuelle, seront celles qui toucheront directement les consommateurs, donc, en ciblant
la bonification des incitatifs directs à leur endroit, que ce soit en matière de recharge ou d'accès aux véhicules, au prix. Nous pensons que le choix pour ce type de véhicule
s'effectuera naturellement et on verra le jeu de l'offre et de la
demande s'opérer naturellement et graduellement à la hausse. C'est d'ailleurs
ce à quoi songe actuellement l'Ontario, qui nous semble avoir adopté une approche... ou s'aligner dans une optique
plus réaliste, une théorie peut-être un peu
plus de petits pas, vise 14 000 véhicules zéro émission
en 2020, soit 5 % de ses ventes par année à terme et cumulatifs. Pour ce
faire, on pense donc que des... Du côté de
l'Ontario, on sait qu'on regarde à la bonification de
mesures directes aux consommateurs, comme
par exemple des remises encore plus généreuses, des
exemptions de taxe, des recharges gratuites la nuit, et etc.
Et, cela dit,
pour nous, en considérant l'objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre, on trouve essentiel de pointer à votre attention le fait qu'il
nous semble très important de miser dès maintenant sur l'ensemble du parc automobile, qui, rappelons-le, est, à 99 %,
encore aujourd'hui, constitué de véhicules qui sont propulsés par
l'essence ou le diesel, et c'est pourquoi
nous recommandons d'inclure au projet
de loi n° 104 — on pense
que c'est un bon véhicule pour ce faire — un programme
d'inspection et d'entretien des véhicules automobiles. Ça peut sembler
surprenant qu'un organisme comme CAA‑Québec
puisse recommander une mesure qui est susceptible de générer des dépenses
supplémentaires aux propriétaires
d'automobile, particulièrement des véhicules plus âgés, mais il faut voir que,
pour nous, c'est clairement une
mesure... on a eu l'occasion de s'y pencher à maintes reprises au cours des 20
dernières années, c'est une mesure qui présente
un fort potentiel de réduction des gaz à effet de serre et qui se combinerait
bien avec une approche plus graduelle du
point de vue des véhicules zéro émission. Et, pour nous, les avantages
sont beaucoup plus grands que les inconvénients.
Et on pense également... J'ai atteint mon...
Le Président (M. Reid) : Il
vous reste 30 secondes.
Mme Gagnon
(Sophie) : Hein? Mon Dieu!
On pense également que c'est un temps approprié pour agir, étant
donné que le Fonds vert, on le sait, est bien garni, et tous conviendront de
la pertinence d'affecter de l'argent du Fonds vert à un tel programme.
En marge du
projet de loi, on s'est permis aussi, dans notre mémoire, de formuler certaines
autres recommandations, par exemple
de relancer un programme de mise à la casse, et vous me permettrez de
mentionner aussi de peut-être revoir le mécanisme de surcharge des
immatriculations pour les véhicules de forte cylindrée en se basant, par
exemple, sur la consommation ou l'émission des gaz à effet de serre plutôt que
sur la cylindrée. Ce sont quelques-unes des mesures.
Président (M. Reid) : Alors, on aura l'occasion de revenir sur
ces points-là, parce que nous avons une période d'échange. Alors, nous
commençons par le côté ministériel. M. le ministre, vous avez la parole.
Heurtel : Merci, M. le Président. Bonjour, mesdames. Bonjour,
monsieur. Merci pour votre présentation ainsi que votre mémoire. Et puis je vais commencer par quand même saluer le
fait que CAA-Québec fait beaucoup de travail pour diffuser de l'information à ses membres à propos des véhicules
électriques, et il faut reconnaître qu'il y a un travail qui se fait là de votre côté. Puis ça va vraiment être
un effort collectif, hein? La lutte contre les changements climatiques,
ce n'est pas l'affaire du gouvernement, ce
n'est pas l'affaire d'un groupe, ce n'est pas l'affaire d'une entreprise ou
d'une industrie, ça va être l'affaire de toutes les Québécoises et tous les
Québécois et de la société en général.
Je vois sur votre site présentement qu'un membre
ou une membre CAA bénéficie de jusqu'à 0,03 $ par litre d'essence lorsqu'il ou elle va faire le plein chez
Couche-Tard et alors je vois que CAA-Québec offre des incitatifs
financiers à ses membres pour consommer de
l'essence. Alors, je me demandais si CAA-Québec a des programmes, des
promotions, des incitatifs financiers pour ses membres qui ont des véhicules
électriques.
Mme Gagnon
(Sophie) : Je vais vous donner une réponse peut-être un peu plus large
pour tout ce qui touche la mobilité
durable en incluant, par exemple, les transports collectifs, en incluant les
différentes mesures qu'on a faites au niveau de l'information et de la
sensibilisation.
La réponse
simple, c'est qu'on a fait des projets ponctuels. On a fait beaucoup
d'approches avec des compagnies, des
sociétés de transport, donc, des projets ponctuels, comme par exemple d'offrir
l'essai pour des cartes, des titres de transport
collectif, etc., mais on n'a pas, comme tel, d'incitatif pécunier. On travaille
sur certaines choses. On est partenaires du Circuit électrique depuis
ses tout débuts. Donc, à nos membres et à l'ensemble de la population qui
adoptent les véhicules électriques on offre
le service à la clientèle et on offre aussi à différentes places d'affaires des
bornes de recharge. Mais, non, comme
tel, il n'y a pas encore d'incitatif qui viserait la loyauté aussi de nos
membres, parce qu'il faut voir que c'est
un moteur aussi qui est important pour nous, là, au niveau de la fidélisation
de nos membres. Et c'est certainement dans nos intentions de faire
davantage. Et on a beaucoup concentré nos activités, jusqu'à présent, sur des
projets d'information, de sensibilisation, d'éducation, il faut le reconnaître.
M. Heurtel : ...c'est ça que je
fais. Bravo!
Mme Gagnon (Sophie) : Oui, et je
vous en remercie.
Heurtel : Bravo pour ça! Mais, en même temps, il faut faire un virage,
hein, il faut laisser les hydrocarbures, on n'a pas le choix. La conférence de Paris l'a clairement affirmé. Le
Québec est clairement engagé dans cette voie. Il y a urgence d'agir. Alors, je comprends qu'il y a
encore des Québécoises et des Québécois qui roulent à l'essence, mais il
faut effectuer une transition, et c'est sûr
que, un organisme comme CAA-Québec qui offre des programmes de
fidélisation puis des avantages économiques
à la consommation d'essence, ce serait intéressant de voir des avantages
économiques aussi pour les véhicules électriques.
Dans nos échanges avec d'autres groupes, on a
beaucoup entendu… et puis ça, on l'avait entendu avant, on a employé l'expression que c'est une véritable
course à obstacles pour se procurer un véhicule électrique au Québec. On
a entendu un chiffre, qu'il y a 205 véhicules électriques en inventaire au
Québec. Ça, c'est un groupe qui est venu nous présenter
ça. On vient de parler avec Nissan, puis ça, ça a fait un grand écho dans les
médias, de l'achat groupé au Québec, 3 712
Québécoises et Québécois qui sont prêts et prêtes à acheter un Nissan Leaf, un
véhicule électrique tout de suite. J'essaie
de comprendre votre… en tout cas, puis peut-être que je saisis mal, mais, à
vous entendre, on dirait que… Bon, vous
parlez de l'expression qu'il faut prendre les approches à petits pas, malgré le
fait qu'il y a une urgence d'agir en matière de lutte contre les changements
climatiques, il semble y avoir véritablement une demande au Québec pour des
véhicules électriques ou des hybrides rechargeables qui n'est clairement pas
comblée.
J'ai du mal à réconcilier votre position avec
ces affirmations-là, qu'on a reçues de plusieurs groupes durant la commission
parlementaire.
Mme Gagnon
(Sophie) : Nos affirmations se basent sur l'expérience qu'on
a vécue sur le terrain, je le mentionnais tantôt, puis, Jesse, je te demanderai aussi de compléter par rapport à tes connaissances par
rapport aux offres, à
l'adéquation entre le type de véhicule
recherché par les consommateurs et ce qu'il
y a sur le marché actuellement. Mais, sur le terrain, moi,
je vous dirais qu'on entend encore énormément... puis on a même fait des sondages au fil des
années, les trois freins habituels,
là, sont encore, malheureusement, très présents, là, la peur de la panne, le prix
des véhicules et la méconnaissance des incitatifs dans leur globalité et
les avantages qu'on peut tirer des véhicules électriques. Mais on le voit
aussi, là, qu'il y a certains véhicules qui peuvent être très, très
attractifs, mais on n'est pas nécessairement convaincus que c'est l'ensemble
de l'offre qui répond à l'ensemble des besoins. Et, dans ce sens-là, je pense
qu'il y a encore du chemin à faire au Québec. Puis
on ne veut pas être timides, on n'est pas contre l'ambition, mais il faut
rester réalistes dans la mesure et, comme
je le disais, les coûts à déployer pour mettre en place un système qui, à
l'avance, on le sait, risque de ne pas donner les effets escomptés. Alors, nous, on dit : Prenons peut-être
l'approche des petits pas pour répartir les sommes autrement puis
commencer avec un programme peut-être plus modeste puis qui sera évolutif, effectivement.
On ne dit pas
qu'il ne faut pas aller dans cette direction-là, bien au contraire, mais on pense qu'il y a des
gestes comme... On parlait, tantôt, d'un
programme d'inspection. C'est un programme qui est, selon nous, essentiel, puis
on n'a pas encore eu le courage
collectif... et là je ne vise aucun parti politique en particulier, mais
l'ensemble des citoyens du Québec, on
n'a pas ce programme-là, et pourtant c'est un pas concret qu'on pourrait faire
rapidement pour réduire significativement les gaz à effet de serre.
J'aimerais que Jesse puisse peut-être donner un
mot sur l'offre et l'adéquation avec la demande.
M. Caron (Jesse) : En
fait, c'est vrai qu'il y a une demande qui est assez élevée pour certains
modèles de véhicule zéro émission, comprenant, bien sûr, les véhicules
hybrides rechargeables. Ce sont eux qui, selon CAA-Québec, sont souvent les plus appropriés dans les conditions
actuelles, là, pour permettre aux automobilistes de combler leurs
besoins quotidiens et leurs besoins hebdomadaires de transport individuel.
y a une forte demande pour certains modèles, mais il y a beaucoup de modèles
aussi qui existent dont les ventes sont
vraiment minimes. Et, en fait, pour nous, ce qui est important, c'est de voir
que les ventes de véhicules électriques... de ces véhicules-là qui se retrouveraient chez les concessionnaires et qui
seraient invendus pourraient occasionner des frais de financement élevés
pour les concessionnaires. Et, comme d'habitude, quand il y a des frais
supplémentaires qui découlent d'une mesure
qui est imposée, ces frais-là sont souvent refilés aux consommateurs, et c'est
ce qu'on craint qui se produise
encore une fois. On ne parle même pas ici des coûts qui seraient liés aux
redevances que les constructeurs auraient à payer dans le cas où il n'y
aurait pas assez de crédits, selon le programme proposé ici, mais on parle même
simplement des frais de financement de
soutenir un inventaire qui parfois serait difficile à vendre. Et, comme le
disait Sophie un peu plus tôt, dans des États aux États-Unis où cette loi-là
est implantée, on le voit selon les études qu'on a trouvées, là, qui sont assez... elles sont très sérieuses, qui sont en
annexe à notre mémoire, que ces résultats-là sont minimes. Donc, les objectifs sont très ambitieux, et, oui,
il y a une progression qui est claire, mais la loi ne semble pas
permettre de l'atteindre. Alors, c'est pour ça que nous, on pense que oui...
Puis
il y a un autre volet aussi que je voulais ajouter pour conclure là-dessus,
c'est qu'il y a plusieurs modèles à zéro
émission qui sont offerts aux États-Unis qui ne le sont pas ici mais qui ne
conviendraient pas nécessairement aux besoins
d'une majorité de conducteurs ou d'automobilistes. Par exemple, une voiture
comme la Fiat 500 électrique qui pourrait
être offerte par le groupe Fiat Chrysler, ça ne conviendrait pas vraiment aux
besoins des familles. Ça ne serait pas plus le cas notamment d'une
Mercedes-Benz B250e. Ce n'est certainement pas un modèle qui s'adresse à la
masse.
Alors,
cette loi-là, pour être efficace, elle aurait besoin d'une offre qui serait
plus appropriée, elle aurait besoin que
les constructeurs développent des modèles électriques ou hybrides rechargeables qui conviendraient mieux aux
besoins d'une majorité de la population,
et on parle ici de voitures compactes abordables, on parle ici d'utilitaires
sport compacts, aussi, abordables. Et enfin, bien, c'est l'autonomie,
encore une fois, qui parle. Quand les batteries seront là et auront l'autonomie nécessaire pour couvrir une
distance, pour dépasser le seuil qui est actuellement, peut-être,
là, de 300 milles ou de 480, 500
kilomètres, bien là on pourra peut-être parler d'une possibilité d'accroître
l'offre, mais ça s'en vient très bientôt.
Heurtel : Bien, vous rejoignez le but de la VZE avec vos dernières
affirmations. J'ai du mal à voir justement comment le marché québécois
ne sera pas desservi par la présence d'un Mitsubishi Outlander électrique, qui
est un petit VUS, et c'est justement,
exactement, la classe de véhicules qui est le plus en demande présentement pour
les familles que vous mentionniez,
puis il n'est pas disponible ici. Même chose pour la Golf. La Golf, elle roule
pas mal au Québec, alors il doit y
avoir un segment de la population québécoise qui aime la Golf, et pourtant la
e-Golf n'est pas disponible au Québec.
Puis on voit quand même des Fiat 500 rouler au Québec, puis la Fiat 500e n'est
pas disponible au Québec. Puis ce n'est que quelques exemples.
Dans
votre mémoire, vous écrivez : «D'une part, malgré de grandes avancées au
cours des récentes années, l'offre de
véhicules zéro émission [...] est encore limitée et celle-ci comprend peu de
modèles...» Bien, c'est ça justement, le but d'une VZE. Puis d'ailleurs, dans une étude que vous citez, dont la
provenance, je crois, vient des manufacturiers... il y a quand même
quelque chose d'intéressant dans l'étude Driving ZEV que vous citez.
Dans les neuf États où il y a présentement
une norme VZE, on a vu une augmentation des véhicules hybrides rechargeables,
une augmentation de ventes de
179 % dans la dernière année, d'avril 2015 à avril 2016, alors que, dans
le reste des États-Unis, c'est 85 %. Je comprends que vous dites que ça n'atteint peut-être pas les
objectifs cités dans ces neuf États-là, mais on voit clairement qu'il y
a un lien. Quand vous parlez d'études crédibles, l'Université Simon Fraser, de
Colombie-Britannique, a fait une étude entièrement indépendante qui n'est pas
du tout liée à quelque groupe que ce soit, fabricant, ou autres, qui dit, et je
cite — puis ça, c'est une étude pour l'année
2015 : «Clearly, policies such as ZEV mandates incentivize auto
companies to make PEVs more widely available
in a greater variety of models, to stock these vehicles in dealearships and to
market such vehicles in the region with the
policy.» Donc là, on a des études indépendantes qui nous disent clairement
qu'une norme VZE permet une plus grande
variété de véhicules, une plus grande accessibilité, puis c'est ce que les
consommateurs veulent. Une autre étude indépendante, Natural
Resources Defense Council, pas liée, une autre étude indépendante, le 21 juillet 2016, nous
dit : «…the technology-forcing nature of the ZEV program has resulted in
many auto manufacturers developing
ever-more-capable vehicles and new types of vehicles that increasingly can meet
the needs of mainstream [consumers].» Donc, il y a un lien direct
entre une norme VZE, selon une étude indépendante ici, et ce que veulent les
consommateurs.
Finalement,
le 20 août dernier, là, il y a deux jours, on a une étude à laquelle ont
contribué des chercheurs de MIT, Massachusetts
Institute of Technology, une des plus grandes universités au monde, encore une
fois, une étude indépendante qui nous dit que «98 percent of the
internal combustion engine passenger vehicles used[...] — là,
présentement en utilisation aux États-Unis — could be replaced par
electric cars».
Alors,
déjà, la technologie est là et pourrait remplacer, au niveau du besoin, la
quasi-totalité des véhicules. C'est une
infime minorité des véhicules qui ont vraiment besoin de la très grande
autonomie. Puis, de toute façon, on l'a vu, GM est venue nous le présenter avec la Bolt, qui va sortir bientôt avec
320 kilomètres d'autonomie, on se dirige vers une plus grande autonomie. Je suis d'accord avec vous
quand vous dites qu'il faut plus d'éducation puis il y a des inquiétudes
concernant l'autonomie, mais, quand je vous cite l'ensemble de ces études-là
indépendantes, comment réconcilier ça avec une opposition qui dit, bien, que
finalement une norme VZE n'a aucun impact ou n'aura aucun impact?
M. Caron (Jesse) :
On ne dit pas que la norme n'aura pas d'impact. En fait, on n'est pas contre
l'imposition... ou, en fait, la mise en place d'une loi ZE. En fait, c'est que
le système de crédits actuel nous semble complexe, ne nous semble pas en lien
avec ce que les véhicules sont capables d'offrir en termes d'autonomie
actuellement puis en termes d'accumulation de crédits. Alors, nous, on est
ouverts, comme on le formule dans nos recommandations, à ce que cette norme-là
soit imposée mais d'une façon peut-être plus graduelle et avec une imposition
de crédits qui soit plus réaliste pour le moment, parce qu'effectivement
l'offre est en augmentation puis on sait que les avancées technologiques vont
faire avancer, justement, vont pousser la cause et vont pousser la possibilité
que ces véhicules-là conviennent à une plus grande
partie de la population.
Mme Gagnon (Sophie) : J'aurais
peut-être un petit complément à ce que mon collègue dit.
Le Président (M. Reid) : Oui,
allez-y.
Mme Gagnon
(Sophie) : Il y a un élément que je n'ai pas mentionné mais qui vient
soutenir notre propos, notre position.
Dans le projet de loi, tel que formulé actuellement, on trouvait notamment
dommage et difficilement imaginable qu'on
puisse inclure déjà les modèles 2016. C'est un peu la précipitation ou la
vitesse avec lesquelles on veut aller, parce que, nécessairement, ça force un effet rétroactif qui nous semble être
un peu, peut-être, inéquitable pour... sachant aussi que les modèles
2017 sont déjà sur le marché.
Donc, c'est
dans cette optique-là qu'on disait, là, que, pour nous, il faudrait prévoir un
mécanisme d'accroissement un peu plus graduel. Ça ne veut pas dire qu'on
est contre une norme zéro émission, mais on pense que, de la façon qu'elle est formulée, puis on n'a pas tout vu,
effectivement, il peut y avoir des frais importants qui sont imposés
peut-être qui puissent affecter l'équilibre
commercial de certains commerçants au Québec et sans nécessairement livrer les
résultats dans une courte échéance. Donc, on suggère de revoir la gradation,
les moyens et d'agir peut-être avec le PIEVA en premier aussi.
Le Président (M. Reid) :
Merci. Ça met fin à la période d'échange avec le côté ministériel. Nous passons
maintenant à l'opposition officielle. M. le député de Terrebonne.
Traversy : Merci beaucoup, M. le Président. Merci beaucoup à
vous, messieurs dames, pour cette présentation de mémoire, qui, je comprends, sur le fond, est en faveur d'une loi zéro
émission mais dans lequel évidemment certains questionnements, certaines craintes, certaines réserves ont été émis
dans le cadre de votre introduction pour essayer de sensibiliser le
ministre à avoir peut-être une attention particulière sur certains points.
Je dois
avouer, pour quelques fois... ça m'arrive, à l'occasion, de dire que le
ministre pose des bonnes questions, mais
il est clair que les incitatifs financiers chez CAA-Québec pour les membres qui
ont des véhicules électriques ou pour ceux
qui voudraient le devenir sont une idée très intéressante. Je suis persuadé que
vous avez des membres chez CAA-Québec
qui ont des voitures électriques ou encore hybrides rechargeables, en fait,
j'en suis persuadé. Et là-dessus, bien, je pense que ça pourrait être un élément vers où, évidemment, dans le fond,
votre regroupement pourrait peut-être se diriger.
Vous avez
donc quelques recommandations, mais commençons d'abord par cette crainte de
voir les Québécois être un peu trop frileux par rapport à la voiture
électrique. C'est comme ça que vous le qualifiez dans le cadre de votre mémoire. Plusieurs personnes nous ont dit qu'il
faudrait mettre en place des programmes de communication pour faire plus
de pédagogie, pour mettre davantage en évidence les avantages d'un véhicule
électrique au Québec.
Qu'est-ce que vous êtes en droit de vous
attendre du gouvernement pour aider à ce genre de promotion? Et qu'est-ce que
CAA-Québec compte faire aussi, de son côté, pour nous aider dans cette
démarche?
Mme Gagnon
(Sophie) : Merci. C'est une excellente question. Et je dois dire qu'à
cet égard, jusqu'à présent, tous les
projets, et ça doit faire, comme je le mentionnais, au moins trois ans qu'on a
commencé à collaborer avec le gouvernement, que ce soit via le MDDEP ou
le ministère... bien, essentiellement, le MDDEP, pour mettre de l'avant des programmes ou des projets de promotion des
véhicules électriques, alors, je vous dirais qu'on a eu une
collaboration et une réception assez
exceptionnelles de la part du gouvernement, une collaboration... ne serait-ce
que d'appeler au cabinet pour
demander la présence d'un ministre. Les gens du gouvernement sont extrêmement
collaborateurs, et c'est clair que, pour
nous, dans les prochaines années, non seulement, on l'a écrit, que la
sensibilisation, la promotion et l'information sont des éléments
essentiels, mais on a l'intention de continuer à contribuer de cette façon-là.
Et, je le
disais aussi tantôt en réponse à la question de M. Heurtel quant aux incitatifs
que l'on offre à nos membres, c'est
clair qu'on n'a pas fait le plein de toutes les possibilités, vous vous
imaginez. On a une équipe chez nous qui travaille très fort au développement et au maintien
d'alliances stratégiques avec des organisations, et il y a une cellule qui vise
à mettre beaucoup d'emphase sur tout ce qui
est lié à la mobilité durable, incluant, sans doute, éventuellement, les
véhicules électriques, mais ce n'est pas nécessairement des choses qui se font
facilement.
Mais mon
collègue portait à mon attention un élément que j'aimerais préciser pour dire
que les membres CAA-Québec, grâce à
un partenariat qu'on a avec le fabricant Leviton, ont accès à des rabais,
lorsqu'ils sont membres, là, pour l'installation
de bornes de recharge à domicile. Alors, c'est faux de dire qu'il n'y a rien
précisément et de très concret, là. Je remercie mon collègue de m'avoir
rafraîchi la mémoire.
Gagnon (Sophie) : Non. Mais, pour nous, ce sont l'ensemble de ces
gestes-là qu'il faut continuer à faire, mais l'éducation, la
sensibilisation et la promotion sont des éléments essentiels.
M. Traversy : Excellent.
Bien, écoutez, c'est bien noté. Alors, je pense que vous avez une belle vitrine
ici pour le mentionner, c'est un très beau travail de recherche expéditif qui a
été fait de votre part, et on vous encourage dans cette démarche.
Dans le cadre
aussi de votre mémoire, vous dites : Il faut s'inspirer peut-être de
l'Ontario, qui, selon les mots que vous
utilisez, est beaucoup plus prudent ou plus réaliste dans sa façon d'aller vers
l'électrification des transports. Bon, elle vise 14 000 véhicules d'ici 2020. Je trouve que c'est très
peu, mais je comprends que quand même elle enclenche un virage qui est quand même assez significatif, accompagné
d'autres incitatifs que juste une loi zéro émission. Et je comprends
donc de votre mémoire que la loi est un
outil, mais il faut que le gouvernement donc aille beaucoup plus loin dans
d'autres mesures.
Je vous donne
un exemple : le gouvernement ontarien a annoncé que, d'ici le
31 mars 2017, plus de 200 bornes rapides seraient installées à
travers le territoire ontarien.
Une voix : AddÉnergie.
M. Traversy : AddÉnergie, en
plus. Bon, bien, ça, écoutez... mais 200 bornes rapides. On en a combien au
Québec? On en a 40 présentement, des bornes rapides, sur le territoire?
Mme Gagnon (Sophie) : Il y en a
moins que le nombre que vous mentionnez, là, oui.
M. Traversy : Il y en a moins
que 200. Donc, vous nous dites que vous n'êtes pas contre le projet de loi zéro
émission mais il faut que ce soit accompagné d'incitatifs forts, et vous
encouragez donc, si j'ai bien compris, le gouvernement à débloquer des fonds
pour aller dans ce sens-là.
Mme Gagnon
(Sophie) : Oui, tout à fait. Et, quand on parle d'incitatifs forts, on
ne peut qu'apprécier les efforts qui
ont déjà été faits. Ce n'est pas négligeable de penser au 8 000 $ qui
est donné. Peut-être qu'on pourrait élargir le crédit. Mais, les gens de Nissan aussi, j'ai trouvé
intéressante leur idée de peut-être aussi le faire pour les véhicules qui ne
sont pas neufs. Quelle bonne idée!
D'autre
part — et là,
excusez-moi, j'avais un autre élément que je voulais mentionner — donc, c'est des incitatifs directs et qui visent aussi la recharge à domicile
ou la recharge sur les lieux de travail. Et on sait le travail qui a été
fait par les différents ministères pour
mettre en place des stratégies, des plans, mais ils sont tout récents et ils
n'ont pas encore commencé à porter
leurs fruits, et c'est pour ça qu'on trouve que l'approche d'une loi zéro
émission avec les objectifs actuels
et la mécanique actuelle, c'est un peu un coup de massue qu'on vient donner
alors que c'est comme si on voulait tirer
sur les fleurs pour qu'elles poussent. Donnons-nous un petit peu de temps. Mais
on ne veut pas dire non plus qu'il ne faut
pas être ambitieux puis qu'il ne faut pas... tu sais, on le sait, que les
Québécois sont friands de technologies propres, de petits véhicules, alors ils vont être au
rendez-vous. Mais, s'ils ne le sont pas plus que ça à l'heure actuelle, c'est
qu'on n'a pas peut-être encore tout mis les
ingrédients qui sont nécessaires, et notamment, vous le dites, la recharge
électrique en est un, élément. Il faut qu'il y en ait encore davantage.
Puis vous
parliez des bornes de recharge rapide en Ontario. Il faut souligner que c'est
AddÉnergie, une compagnie de chez nous, qui est un des fournisseurs et,
entre autres, aussi dans la région d'Ottawa avec le Circuit électrique
d'Hydro-Québec, auquel on est partenaires.
M. Caron (Jesse) : Si je peux me
permettre aussi. Il faut revenir à la base du travail de CAA-Québec, qui est d'aider les automobilistes et de protéger leurs
intérêts, et ce qu'on trouve actuellement, c'est que le projet, dans sa
forme actuelle, pourrait avoir un impact
financier rapide et peut-être un peu brutal pour les consommateurs, les
automobilistes, du fait justement de la répartition des crédits et du fait que
les cibles sont peut-être un peu fortes, et ce serait toujours en fonction des
frais financiers puis peut-être des redevances également qui seraient élevés,
Traversy : ...M. le Président. Je voudrais savoir, là, quand
vous dites que ça pourrait avoir un impact financier, brutal, là, sur la clientèle et les
automobilistes, est-ce que vous avez une étude ou est-ce que vous avez des
recherches là-dessus. Sur quoi vous
basez-vous pour affirmer de telles choses? Parce que le ministre semble quand
même déposer des références qui sont rigoureuses, qui ont été faites aux
États-Unis, dans certains autres États et pays du monde pour démontrer les avantages qu'une loi zéro émission
peut procurer. Donc, moi, je m'attends à la même chose de votre côté
lorsque vous faites de telles affirmations.
Mme Gagnon
(Sophie) : Je vous dirais que... puis, Jesse, si tu as des
compléments, tu pourras les citer, là, en termes d'étude précise, mais je veux attirer votre attention sur le fait
qu'on se déploie sur le terrain depuis de
nombreuses années et c'est de l'observation
et de l'expertise qui s'est développée au fil des ans de voir comment la
consommation notamment automobile
s'effectue. Puis, on l'a vu, là, si je peux me permettre de citer l'exemple de
la redevance verte, lorsqu'elle a été imposée,
elle visait carrément les producteurs, l'industrie pétrolière notamment,
et celle-ci l'a ouvertement dit : On ne sera pas en mesure de l'assumer... ou on ne veut pas
l'assumer et on va la refiler aux consommateurs. Et on l'a mesuré comme ça : le lendemain de l'imposition de la
redevance verte, là, aussi marqué que du jour au lendemain, il y a
eu un impact à la pompe pour les consommateurs.
Je ne suis pas en train de dire que ce
n'est pas nécessaire de faire des gestes comme ça, mais, pour nous,
c'est une évidence que le marché va tenter de refiler... c'est une
réaction de marché, on va refiler aux consommateurs les coûts supplémentaires qu'on va imposer. C'est tout
naturel et sans doute que c'est mesurable. Et c'est certain que, si on va
de l'avant avec une mesure telle qu'elle est
là, nous, on va surveiller l'évolution des prix des voitures. Puis il faut savoir
aussi que ce n'est pas au Québec
que les voitures sont les moins chères, déjà en partant. Alors, toute augmentation est sensible.
Traversy : Oui. Bien,
c'est certain non plus qu'il ne faut pas se laisser, comment je pourrais dire,
trop distraire par les arguments de
gens qui sont, comment je pourrais dire, directement concernés. Il faut
regarder ça d'un point de vue global et rester sur des... Nous, les études que
nous avons démontrent qu'il y a très peu de changements significatifs au niveau
des prix des automobiles, mais je comprends que des gens veulent aussi nous
faire valoir un autre point de
vue. Mais je pense qu'il faut rester le plus possible zen dans ce genre de
débat.
Gagnon (Sophie) : Mais on
sait que le prix des véhicules est un élément important sur la liste des
considérations des automobilistes.
Président (M. Reid) :
D'accord. Alors, ça met fin à la période d'échange avec les représentants de
l'opposition officielle. Nous passons maintenant au deuxième groupe d'opposition.
M. le député de Masson.
Lemay : Merci, M. le Président.
Bienvenue à l'Assemblée nationale. Vous savez, mes collègues ont déjà posé
plusieurs questions très pertinentes, donc je vais tenter d'aller sur des
angles qu'on n'a pas abordés encore.
Bref,
tout d'abord, je veux vous mentionner que votre mémoire, il a des
préoccupations qui sont, somme toute, très importantes et que nous
partageons avec vous. Et puis j'aimerais savoir... en fait, vous avez
mentionné, aux pages 7 et 8 de votre
mémoire, un point très intéressant quand vous parliez que, certains
constructeurs, là, leurs flottes globales consomment moins que d'autres constructeurs, puis là vous mentionniez
l'exemple que Subaru consommerait moins de carburant que Ford, que
pourtant Ford offre des véhicules électriques, là.
Et puis vous
mentionnez, dans le fond, là, que vous souhaitez «que le règlement d'application
lié au projet de loi n° 104 tienne compte avec réalisme de cet enjeu de
consommation de carburant au moment de classifier les véhicules». Est-ce
que vous auriez une proposition à faire en ce sens?
M. Caron (Jesse) : Bien, en fait, c'est peut-être de prendre en considération justement
la consommation et les émissions de gaz à effet de serre actuelles des flottes dans l'établissement, peut-être, de la formule d'application des
crédits.
C'est
sûr que des constructeurs, justement, offrent plusieurs véhicules à faibles... ou VZE
sur le marché comme Ford, effectivement, le fait avec la Focus électrique, la C-MAX Energi, la Fusion Energi,
mais, d'un autre côté, il y a
des F-150 avec des moteurs V8 de cinq litres aussi, tandis que, par exemple,
chez Subaru, on a des moteurs à quatre cylindres. Il y a eu beaucoup
d'efforts de faits aussi pour réduire la consommation de ces moteurs-là. Puis,
des efforts, il y en a de faits chez tous
les constructeurs, d'ailleurs, et il faudrait que ce soit pris en considération
aussi que c'est sûr qu'on veut se diriger
vers une consommation moindre d'hydrocarbures, une consommation, évidemment, à
un moment donné, peut-être nulle,
mais il faut que ça se fasse de manière graduelle, tout en prenant compte des
besoins actuels des automobilistes, puis c'est un peu vers là que notre
idée s'en va, là.
M. Lemay :
Parfait. Merci. Donc, maintenant, j'aimerais aussi savoir, à la page 9 de votre
mémoire, vous mentionnez... bien, vous en
avez parlé avec mes collègues déjà, mais vous mentionnez l'effet rétroactif du
fait que, dans le fond, on peut
accumuler des crédits 2016, 2017, 2018, qu'il y a des véhicules qui ont été
vendus en 2015. Bref, vous êtes quand même assez catégoriques dans votre
positionnement, vous mentionnez que, dans le fond, tant que le règlement n'est
pas adopté, «il devrait être impossible pour les constructeurs automobiles
d'accumuler des crédits».
Maintenant, les
constructeurs automobiles sont venus nous mentionner en commission que, si on
se compare aux autres États qui ont adopté une loi zéro émission, les États
permettaient une période de trois à cinq années pour accumuler des crédits. Selon vous, est-ce qu'on devrait dire :
O.K., dès qu'on adopte le règlement, on peut commencer à accumuler des crédits? Et est-ce qu'on garde la
période de trois ans, ce qui nous amènerait à... Je ne sais pas, moi, ça
nous amènerait certainement, là, à pas avant
2020, là, je ne sais pas, là, ça va dépendre de comment ça se passe à ce
niveau-là, mais, dans le fond, on retarderait carrément l'entrée en vigueur de
la loi zéro émission.
M. Caron
(Jesse) : Bien, c'est sûr que, pour nous, l'effet rétroactif, ça peut
créer une iniquité. Pour les constructeurs
qui offrent peut-être déjà des véhicules électriques ou des véhicules zéro
émission, c'est un plus, mais, pour ceux
qui n'en offrent pas, bien, le temps de développer puis d'amener sur le marché
ces véhicules-là, bien, c'est perdu pour
eux. Donc, évidemment, encore et toujours, c'est l'impact sur le portefeuille
des consommateurs auquel on pense. Donc,
si les véhicules de constructeurs qui n'offrent pas encore de VZE... si ces
constructeurs-là sont pénalisés, d'une certaine
manière, parce qu'ils n'ont pas pu accumuler de crédits d'avance, quand la loi
va entrer en vigueur, bien, ça va se répercuter
sur les prix des véhicules. Alors, c'est pour ça que, pour une question
d'équité, on souhaite que la rétroaction ne soit pas mise en place.
Lemay : Très bien. On partage d'ailleurs cet avis-là, on ne veut pas
avoir d'impact négatif sur le consommateur quant à l'achat de véhicules conventionnels. Effectivement, on veut
tendre vers des véhicules électriques, tout le monde est pour le principe qu'on veut réduire les gaz à
effet de serre, et cependant on ne veut pas impacter négativement la
poche de nos consommateurs, qui sont déjà bien chargés de ce côté-là.
Tout à l'heure, dans votre
présentation de départ, vous sembliez avoir manqué un peu de temps. J'adore
tous les propos qui sont dans votre mémoire. Vous parlez aussi du projet de loi
n° 48, de la mise au rancart des véhicules. Est-ce que vous vouliez
rajouter d'autre chose? Je vous laisserais cette opportunité.
Mme Gagnon (Sophie) : Bien, écoutez,
peut-être surtout mettre l'emphase sur le fait que, pour nous, il y a place à cohabitation avec une formule améliorée
ou, enfin, disons, modulée d'une loi zéro émission. On n'est pas contre le principe, on n'est pas en accord avec la
mécanique actuelle. Et il y a place définitivement à une cohabitation
également avec... dans ce même projet de loi
là — on pense
que c'est le véhicule qui est bon, le projet de loi n° 104 — pour inclure ce fameux programme d'inspection et de vérification
des véhicules de plus de huit ans, qui serait à être imposé au moment de
la revente. Pour nous, c'est une mesure qui
représente beaucoup, beaucoup à la fois de potentiel d'atteindre des
objectifs de réduction de gaz à effet de
serre, là... On comprend et on apprécie les efforts de promotion de
l'hydroélectricité. C'est une ressource qui est abondante, qui est
renouvelable chez nous. Oui, on en est puis on comprend les intentions du gouvernement aussi de mousser puis d'aller dans
cette direction-là, parce que c'est une richesse chez nous, mais ne
perdons pas de vue l'objectif premier, qui
est de réduire les gaz à effet de serre. Et, si on veut faire ça actuellement,
rapidement et facilement, on peut avoir un
programme d'inspection et de vérification des véhicules automobiles dans ce
projet de loi là et financer, pour éviter l'impact négatif que
pourraient représenter les coûts d'une inspection qu'on imposerait au moment de la revente... Pourquoi ne pas le
financer à même les poches... ou le coffre bien garni du Fonds vert? Et
c'est le fun parce que, là, on est en remise directe aux consommateurs.
C'est en
grande
partie un fonds qui est financé par les contributions des
automobilistes. On se revire de bord puis on leur redonne un incitatif à
inspecter, entretenir et...
Le Président (M. Reid) :
Merci.
Mme Gagnon (Sophie) : Voilà.
Président (M. Reid) : C'est tout le temps que nous avions.
Alors, Mme Gagnon, Mme Godbout, M. Caron, merci pour votre contribution
aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux pour quelques instants
pour permettre à nos prochains invités, Tesla, de s'installer.
Le Président (M. Reid) :
...pardon, le Mouvement Desjardins.
(Suspension de la séance à 11 h 4)
Le Président (M. Reid) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Nous reprenons nos travaux. Alors, nous recevons maintenant
une représentante du Mouvement Desjardins. Je vous demanderais de
vous présenter en commençant, et ensuite vous avez 10 minutes pour faire
état de votre mémoire. Et par la suite nous aurons une période d'échange avec
les membres de la commission. Alors, à vous la parole.
Mme D'Amboise (Pauline) : Parfait.
Alors, merci, vraiment, de l'invitation qui nous a été lancée. Donc, mon nom
est Pauline D'Amboise, je suis secrétaire générale et vice-présidente
Gouvernance, responsabilité sociale au Mouvement Desjardins.
Alors,
écoutez, d'entrée de jeu, je dois vous dire que chez nous le dépôt du projet de loi est une bonne nouvelle. C'est
sûr que, considérant notre mission économique et sociale et notre engagement
envers le développement
durable, c'est avec un grand intérêt que nous en avons pris connaissance. Et on
va vraiment concentrer nos commentaires sur l'environnement global, parce
qu'il y a des aspects plus techniques
qui ont été couverts, vraiment, par d'autres intervenants. Juste vous
rappeler que Desjardins, avec ses 255 milliards d'actif, s'appuie sur la
force d'un réseau de caisses, de ses 52 800 employés et dirigeants élus.
Desjardins figure au troisième rang des groupes financiers les plus socialement
responsables au Canada, selon Maclean's magazine,
et on a aussi été considérés au Québec comme l'entreprise la plus
influente en matière de responsabilité sociale, selon l'indice Ipsos-Infopresse
de 2016.
Donc, depuis
2005, Desjardins s'est doté d'une politique de développement durable afin de
diminuer ses impacts de ses activités
sur l'environnement mais aussi pour inciter sa clientèle à faire de même. On a
d'ailleurs intégré dans notre plan stratégique trois nouveaux objectifs,
dont un touche la réduction des gaz à effet de serre du Mouvement Desjardins, une cible de 20 % d'ici 2020 par rapport à
2008, et un autre objectif touche justement la croissance de notre offre
verte au plan des produits financiers. Pour atteindre cet objectif-là, au fil
des ans, Desjardins a mis sur pied plusieurs projets structurants, dont un programme de transport alternatif offert à ses
employés; des programmes d'efficacité
énergétique, des certifications environnementales pour ses immeubles; des partenariats avec différentes organisations qui travaillent à réduire
l'impact des changements climatiques mais aussi à travailler à la transition
vers une économie verte, comme Switch et La Coop Carbone — d'ailleurs, Desjardins appuie totalement le rapport qui a
été déposé par Switch, là, en janvier 2016 sur le sujet, au niveau du transport; un appui d'envergure aussi à trois chaires universitaires pour
développer des expertises en
développement durable au Québec, parce qu'on sait qu'on doit avoir une
main-d'oeuvre de qualité pour effectuer ce virage-là. On va jusqu'à appuyer le programme de la bourse scolaire pour
vraiment former nos jeunes à l'écocitoyenneté et aussi à faire des
efforts par rapport à la réduction de leurs GES.
En ce qui
concerne notre clientèle, Desjardins, c'est la seule institution financière qui offre
une offre de services totalement intégrés qui va toucher à la fois le
prêt à l'habitation, le prêt pour la voiture avec une option verte, la question des fonds de placement mais aussi les
prêts écoénergétiques pour les entreprises. De nombreuses initiatives et les effets multiplicateurs qui en découlent sur
l'ensemble du territoire québécois démontrent que Desjardins est un agent de
changement crédible vers une économie verte et, bien sûr, qu'on est prêts à
soutenir la demande qui va découler de l'application du projet de loi n° 104.
Alors, peut-être,
M. le Président, Desjardins, vous dire que... accueille favorablement
l'initiative du gouvernement. Nous sommes en faveur de l'électrification des transports et nous sommes
convaincus que le Québec, avec l'appui de son gouvernement, des entreprises et de ses citoyens, peut réussir le virage vert.
Le projet de loi n° 104 constitue certes un instrument efficace pour encourager l'achat d'un
véhicule électrique ou hybride, soutenir la transition vers
l'électrification et réduire les émissions de gaz à effet de serre au Québec
mais s'il s'arrime, bien entendu, avec d'autres mesures du Plan d'action en
électrification des transports et que tous ces efforts-là soient déployés de
façon concomitante.
Alors,
Desjardins croit que le projet de loi représente une des composantes des
conditions à réunir pour concrétiser cet
objectif-là. D'après nous, il y a trois conditions de succès pour réussir cet
objectif : premièrement, la disponibilité des véhicules;
l'accessibilité des bornes électriques; et des citoyens informés qui
comprennent les enjeux et les avantages d'opter pour un véhicule électrique.
Alors, pour
ce qui est de la disponibilité des véhicules électriques ou hybrides sur le
territoire québécois, c'est, sans contredit,
la première condition pour la réussir, cette transition. Pour ce faire, il est
important et primordial de rendre, et on l'a bien entendu tout à
l'heure, un plus grand nombre de véhicules à vendre au Québec et de s'assurer
que le cadre législatif et réglementaire
permet l'offre d'une plus grande variété de véhicules pour favoriser plus
d'accessibilité au
chapitre des coûts
d'achat. Pour renforcer l'impact du projet de loi n° 104, nous proposons
au gouvernement de s'inspirer de la France,
qui a pris des mesures visant à accélérer la sortie du diesel et à favoriser
les véhicules moins polluants par l'émission de certificats de la
qualité de l'air; faire des représentations aussi auprès des gouvernements
canadien, américain, des constructeurs
automobiles et de Transports Canada afin d'harmoniser les normes sur les
véhicules électriques à mettre en marché;
encourager la fabrication des véhicules électriques au Québec et l'innovation
dans ce domaine par une meilleure communication
du soutien offert par le gouvernement aux projets d'investissement liés à
l'électrification des transports; évaluer la possibilité et la
pertinence d'appuyer les garagistes indépendants des constructeurs automobiles
en leur proposant des programmes de mise à jour et de formation de la
main-d'oeuvre au virage électrique. Il ne faut pas sous-estimer la faiblesse
qu'il peut y avoir à ce chapitre-là.
finalement, en ce qui concerne l'accessibilité des bornes de chargement, une
autre condition consiste vraiment à renforcer cette accessibilité-là sur
le territoire pour permettre aux utilisateurs de se déplacer sans se soucier de
la disponibilité de bornes de chargement.
Vous avez dû l'entendre beaucoup, celle-là. Alors, pour ça, ce qui est
important, c'est de définir un nombre de
points de service optimal au Québec mais aussi de conclure des ententes entre
les provinces ayant des liens
économiques importants avec le Québec telles que l'Ontario et le
Nouveau-Brunswick, parce que les gens voyagent beaucoup notamment à
travers ces deux provinces, faciliter l'accès ou le paiement aux bornes,
encourager l'utilisation de bornes aux résidences des citoyens.
Alors, en plus des mesures intéressantes qui
sont proposées par le gouvernement dans son plan d'action, nous recommandons aussi de viser un ratio approprié de
bornes de chargement rapide qui tient compte du nombre de véhicules écologiques actuel et à venir selon la cible
ambitieuse de 100 000 véhicules d'ici 2020; offrir une infrastructure
adéquate dans les grands centres urbains où l'on retrouve de nombreux
multilogements sans espace de stationnement pour le branchement à domicile;
préconiser des réseaux de bornes électriques offerts au public et permettre
divers modes de paiement tels que la carte de crédit et Interac pour faciliter
l'accessibilité; fixer une échéance à la révision du code du bâtiment pour
prévoir l'installation de bornes de recharge électrique dans les constructions
résidentielles neuves; encourager l'installation de bornes électriques par
l'entremise de partenariats avec les secteurs parapublic et privé; et
finalement d'augmenter les intrants au Fonds vert ou sa proportion utilisée
pour le financement du virage électrique.
Donc, en
conclusion, Desjardins souhaite assurer le gouvernement de son entière
collaboration dans les limites compatibles
de son champ d'action pour accompagner et faciliter la vie de nos entreprises
et concitoyens au moyen de produits
et services financiers verts, novateurs et pertinents dans la transition vers
l'électrification des transports et plus largement vers une économie plus verte au bénéfice de toute la
collectivité. Je vous remercie de votre attention, et ça me fera plaisir
de répondre à vos questions.
Président (M. Reid) : Merci beaucoup pour votre présentation.
Nous allons passer à la période d'échange d'abord avec le côté
ministériel. M. le ministre, à vous la parole.
M. Heurtel : Merci, M. le Président.
Bonjour, Mme D'Amboise. Merci pour votre présentation ainsi que votre mémoire.
Vous en avez
fait état, mais quand même il y a lieu de reprendre le fait que le Mouvement
Desjardins est un joueur exceptionnel
en matière de lutte contre les changements climatiques, puis je dois dire que
c'est grâce en grande
partie à vous
personnellement. Je reconnais aussi votre implication, les nombreuses
rencontres et votre présence sur le terrain,
les enjeux. C'est vraiment extraordinaire, ce que fait le Mouvement Desjardins
et ce que vous faites, et votre équipe, pour contribuer au développement
durable au Québec. Et même le rayonnement international que vous avez également
dans le monde des institutions financières et mouvements coopératifs, c'est
impressionnant.
Vous avez
fait état du fait que le Mouvement est membre de l'alliance Switch. Je voulais
juste parler de ça un peu, parce
qu'on a entendu certains intervenants nous parler d'impact économique peut-être
mitigé ou négatif d'une norme VZE, puis je
crois comprendre que vous, bon, qui
êtes du monde financier... et c'est clairement le monde des affaires, ça, mais, dans l'alliance Switch, il y a
d'autres représentants, il
n'y a pas juste des groupes
écologistes, il y a des joueurs comme le Conseil du patronat,
Gaz Métro, l'Association de l'aluminium.
Quand on
regarde tout ça, si je comprends bien, dans
le cadre de l'alliance Switch, il y a
un appui aussi, je crois, de
la part de ces membres-là pour une norme VZE au Québec?
D'Amboise (Pauline) : Merci. Tout à fait. Je pense que la beauté de
l'alliance Switch, c'est justement cette conjugaison d'intérêts diversifiés. Il ne faut pas se leurrer, chacun,
dans nos organisations, on a des démonstrations à faire quand vient le temps de développer que ce soit des
nouveaux produits financiers ou des nouveaux programmes comme ceux que
vous évoquez. Il faut avoir cette dimension où on va tenir compte, oui, de
l'aspect environnemental mais aussi de
l'aspect économique et l'aspect social. Donc, notre contribution à l'intérieur
de Switch, c'est sûr que, nous, c'est une contribution qui est en
fonction des intérêts de nos membres et de l'intérêt de nos caisses.
Donc,
globalement, on est confortables avec l'ensemble des recommandations puis on
vient les appuyer. Quand on a des
bémols à faire, on le fait à l'intérieur de cette enceinte-là pour se faire
comprendre et trouver les aménagements qui sont nécessaires. Mais la force de Switch, c'est ça. Quand on en arrive
à déposer un rapport où on a un consensus de tous ces joueurs-là, ça
veut dire que le fondement est bien solide.
M. Heurtel : Puis je crois que j'ai
oublié Gaz Métro, hein?
Mme D'Amboise (Pauline) : Oui.
M. Heurtel : J'ai mentionné le
Mouvement Desjardins, le Conseil du patronat, l'Association de l'aluminium, Gaz Métro. Parmi les joueurs économiques, il y a,
évidemment, des groupes écolos comme la Fondation David-Suzuki et
Équiterre qui sont là, mais il y a un consensus à ce niveau-là, au niveau de la
VZE.
Et, quand on
parle d'impact sur le consommateur, il y a certains groupes, comme le groupe
précédent, qui suggèrent mais,
malheureusement, sans d'étude à l'appui qu'il pourrait y avoir un impact
négatif sur le consommateur si on instaure une norme VZE. Ces consommateurs-là sont en grande
partie vos clientes
et vos clients... vos membres, devrais-je dire, plutôt que clientes et clients, vos membres. De votre côté, quand on
regarde l'impact, sur le consommateur, d'une norme VZE, qui... puis toutes les études le démontrent,
ailleurs ça augmente l'offre de véhicules électriques, donc,
normalement, d'un point de vue
économique — mais
c'est vous, l'experte — normalement, une plus grande diffusion d'une technologie a tendance à avoir une tendance baissière sur les
prix de cette technologie, mais, de votre point de vue, comment réagissez-vous
à ce genre de crainte ou de préoccupation?
Et également
j'aimerais ça vous entendre, parce qu'un des coûts pour un véhicule, bien,
c'est le financement du véhicule,
c'est l'assurance. Et vous êtes un joueur majeur. Le Mouvement Desjardins est
un joueur majeur dans évidemment le financement automobile et également
l'assurance automobile. Alors, je voudrais voir, de votre côté, comment vous
voyez ça. Vous avez parlé de financement, de soutien, financement vert, mais
également, au niveau assurance, comment vous
voyez l'ensemble des conséquences, justement, d'une plus grande accessibilité
des véhicules électriques, de votre point de vue, par rapport à vos
membres et aux consommateurs québécois?
D'Amboise (Pauline) : Bien, je pense que, la première des choses, on a
une réflexion collective à faire, c'est-à-dire
que les enjeux sont tellement importants par rapport aux changements
climatiques... et ça devient de plus en plus urgent, là, il n'y a pas une journée où on n'entend pas des nouveaux
résultats d'étude par rapport au réchauffement de la planète, donc, mais ça, c'est lié beaucoup à toute
la question de l'éducation et de la compréhension des enjeux et comment
ça peut se refléter après ça dans la vie personnelle des gens et aussi au
niveau des entreprises.
Personne n'a un portrait très, très clair de,
finalement... si je peux prendre un petit peu le rapport, je dirais, économique de l'achat d'un véhicule comme ça. Il y
a peu de démonstrations qui sont faites sur, à la fin, si j'achète tel véhicule avec tout ce qui est disponible,
qu'est-ce que ça va me coûter plus cher. Mais qu'est-ce que je vais sauver, à
la fin, en frais d'entretien, en frais d'assurance puis au plan du carburant
comme tel? Donc, ça, je pense que ça va être important de rendre ça vraiment
accessible à tout le monde, de dire : Bon, peut-être que ça va me coûter
2 000 $ ou 3 000 $ de
plus ou peut-être 5 000 $, mais, à la fin, je devrais en arriver à un
coût qui est raisonnable. Mais, de toute façon, il faut à un moment donné que tout le monde prenne
conscience que, devant cet enjeu-là, on doit tous faire, à quelque part,
des sacrifices mais qu'en bout de piste on va être gagnants. Et c'est toute une
question d'offre et de demande, c'est aussi simple que ça.
Moi,
je dois vous dire que, chez Desjardins, développer les produits dont je vais
vous parler, ça a demandé d'avoir recours à des fonds autorisés par nos
membres en assemblée générale, parce que ce n'était pas rentable au départ, on devançait le besoin. Alors, nous, ce qu'on souhaite, c'est que le besoin augmente pour qu'on
puisse en faire bénéficier... Pour
vous donner un exemple, je parlais, tout
à l'heure, du Prêt-à-conduire
Desjardins, là, qui est une offre intégrée pour nos membres. Donc, on voit que c'est un taux d'intérêt
qui est tout à fait acceptable, de 3,9 %, et il y a des rabais de 20 % au niveau
des assurances. Donc, plus il y aura de la demande, nous, on va se modeler aux
besoins. C'est à ça qu'on sert, Desjardins,
donc. Puis c'est la même chose pour l'offre à l'habitation verte, c'est la même
chose pour le prêt écoénergétique pour les entreprises.
Donc,
nous, tous les leviers qui seront, je dirais, mis de l'avant par les autorités
pour encourager les personnes et les entreprises, bien, on sera là pour
répondre aux besoins.
Le Président (M.
Reid) : Merci. M. le député de Mégantic.
Bolduc : Merci, M. le Président. Bonjour, Mme D'Amboise. Ça me fait plaisir de
vous entendre ce matin.
d'entrée de jeu, je voudrais m'assurer que la population
entend bien que le Mouvement Desjardins, dans son souci de développement durable et de formation... parce que
c'est un rôle qui est souvent très méconnu de Desjardins, qui a toujours eu, dans sa mission, la formation
de ses membres tant au niveau financier, puis on le voit maintenant
aussi sur le plan environnemental, et, en même temps, d'aider la communauté à se développer dans le
sens de responsabilité
sociale. Donc, je vous en félicite. Je pense que c'est un point très important.
deuxième chose que j'aimerais entendre de vous, c'est que vous nous parliez un
peu de de votre Communauto, là, qui
est votre partenaire pour les voitures électriques, puis comment vous
interagissez là-dedans et comment ça, ça amène, finalement, des
économies d'énergie ou des économies de génération de CO 2 .
D'Amboise (Pauline) : En
fait, je le prendrais peut-être un petit peu plus large, c'est que, dans le cadre
de notre Programme de transport
alternatif, on a des incitatifs pour le transport en commun, d'abord,
on a des incitatifs pour le covoiturage, deuxièmement, et on offre, dans
nos principaux locaux, sur place une voiture de Communauto. Ce n'est pas la
portion, je dirais, la plus importante de notre Programme de transport
alternatif. Le transport en commun et le covoiturage sont des éléments qui sont
les plus utilisés par nos employés. Et se jumelle à ça aussi un programme de déploiement de bornes, d'implantation de bornes de
recharge électrique. Donc, graduellement,
on est en train d'en ajouter. On a
deux projets pilotes qui sont en cours actuellement dans deux milieux
différents, parce que, là, maintenant, comme il y a de l'intérêt qui est suscité par les consommateurs, les caisses en
entendent parler. On a des caisses qui ont pris les devants et qui nous ont demandé : Est-ce qu'on peut
regarder la possibilité d'installer des bornes électriques? Donc, on est en
train de faire deux pilotes là-dessus, là, pour le moment.
Donc,
pour l'aspect Communauto, c'est une entente, on travaille avec eux, je dirais,
sur un certain point, mais ce n'est pas la plus grosse part de notre
Programme de transport alternatif.
M. Bolduc :
Merci. Maintenant, Desjardins, au niveau des bornes électriques... Puis le projet
pilote va durer combien de temps? Puis est-ce qu'il y a des résultats
préliminaires actuellement là-dessus?
D'Amboise (Pauline) : Écoutez,
ça fait quelques mois qu'on les a autorisées, là, il faut
vraiment attendre. Ça va aller en
2017, là, avant qu'on ait des résultats. Puis on teste aussi les différentes technologies pour voir qu'est-ce qui va correspondre le mieux aux besoins de
la caisse et de son milieu.
Bolduc : Merci. Maintenant,
vous parlez aussi, dans votre texte, de rabais d'assurance, etc., pour les
voitures électriques, aussi du financement, là, mais est-ce qu'il y a des
données qui vous démontrent ou est-ce qu'il y a eu des études... ou c'est,
comment je dirais, plus un plan de marketing qui fait que, pour vous, les
assurances seraient moins dispendieuses pour le cas des véhicules électriques,
parce que les gens seraient plus sécuritaires? Puis ça, c'est une dimension
qu'on n'a pas explorée beaucoup. Donc, j'aimerais vous entendre.
D'Amboise (Pauline) : Il
aurait fallu que j'aie les gens d'assurance avec moi, parce que,
bien sûr, c'est les actuaires qui déterminent les paramètres, là, pour les réductions de
prime. Mais, de ce que moi, j'en sais, et n'étant pas l'experte dans le domaine, c'est vraiment que
c'est reconnu qu'un conducteur ou une conductrice d'un véhicule
électrique a un profil qui est plus prudent, donc qui implique la possibilité
de réduire, entre autres, la prime.
Le Président (M.
Reid) : Merci. Je donne maintenant la parole à M. le député de Dubuc.
M. Simard :
Merci, M. le Président. D'abord, je vous salue, chère Mme D'Amboise. Merci
d'être avec nous aujourd'hui. Et puis j'aurais une question : Comme
Desjardins a quand même beaucoup de responsabilités face à ses membres, là, est-ce que vous avez fait des
analyses par rapport à la longévité ou, encore, à la capacité des
constructeurs au niveau de la garantie de leurs voitures?
Mme D'Amboise
(Pauline) : Non.
Mme D'Amboise (Pauline) : Ça, ce
n'est pas vraiment notre champ, ça.
M. Simard :
D'accord. Là où je veux en venir, Mme D'Amboise… Parce que, vous savez, vous
faites du financement. Et puis, à partir du moment où vous faites du
financement, vous avez une préoccupation par rapport à vos membres, bien sûr, mais j'imagine que vous avez aussi une
préoccupation par rapport à est-ce que, lorsque l'individu… on va
financer ça. Parce que les autos, aujourd'hui, ça se finance au-delà de 60
mois. Donc, à partir du moment où le véhicule
a plus de 60 mois, est-ce qu'il y a… La raison pour laquelle je vous pose cette
question-là… est-ce qu'il y a eu des vérifications de faites par rapport
à l'amortissement du prêt pour le bien des membres?
Est-ce que,
véritablement, l'automobile va avoir encore une certaine valeur ou une valeur
certaine par rapport au patrimoine de l'individu qui, lui, va devoir la
financer?
D'Amboise (Pauline) : C'est sûr que, je vais vous dire, là… puis je
n'ai pas le papier à l'appui, là, mais Desjardins fait beaucoup
d'éducation financière, hein, auprès de ses membres, et, pour tout ce qui
touche le crédit à la consommation, c'est
clair que Desjardins ne recommandera pas un prêt à aussi long terme pour une
voiture. Donc, je pourrais peut-être
faire parvenir à la commission un peu plus d'informations en réponse à votre
question, mais le principe général, c'est ça.
Donc, on fait
beaucoup d'éducation à nos membres par rapport à cet enjeu-là. Mais est-ce que
j'ai des chiffres ou quoi que ce soit? Je n'ai pas ça sous la main, là.
Mais je pourrais faire la vérification si vous le souhaitez.
Simard : Étant donné, M. le Président, que moi, je suis un ancien
employé de Desjardins puis j'ai travaillé dans le crédit énormément, la valeur des voitures aujourd'hui, financer… vous
comprendrez que financer ça pour 60 mois, ça vient, pour prendre le mot pour le dire, atteler
l'emprunteur d'une façon très importante. Et, véritablement, une voiture
électrique, il faut que ça ait une longévité
quand même et une valeur, je vous dirai, à la revente qui peut
nécessairement se rajouter par rapport au patrimoine du membre en question.
C'est la raison pour laquelle je posais cette question-là.
Une autre question. Je vous entendais tout à
l'heure. Vous faites une recommandation à l'effet de favoriser la formation pour des mécaniciens spécialisés non pas
strictement chez les concessionnaires, là, mais beaucoup plus largement
à l'intérieur du Québec. J'aimerais que vous nous parliez de ça un petit peu
plus pour ce qui sous-tend votre décision ou votre recommandation.
D'Amboise (Pauline) : Bien, tout ça est lié à l'aspect de
l'accessibilité des services. Autant on a besoin d'avoir des bornes, autant, si on s'en va dans une région où peut-être
il n'y a pas de concessionnaire comme tel, s'il y a un bris quelconque, on a besoin d'avoir un appui au
niveau de la réparation d'une voiture même électrique, bien, il faudrait
s'assurer que, dans tous les milieux, il y
ait au moins une expertise de disponible pour répondre aux besoins. Donc,
oui, il y a les grands concessionnaires,
mais que fait-on des réparateurs du coin qui peuvent avoir des demandes du
consommateur pour faire une réparation?
Donc, le but,
c'est vraiment de l'analyser, voir la faisabilité de ça, de ne pas les oublier.
C'est un peu le message qu'on voulait passer.
M. Simard : Donc, si je comprends,
vous recommandez au gouvernement, à l'intérieur de la formation professionnelle qui est donnée par les écoles,
véritablement de mettre en place un système pour amener à avoir beaucoup
plus d'expertise dans l'ensemble des régions.
Mme D'Amboise (Pauline) :
Exactement.
M. Simard : C'est bon pour vos
membres. Je vous félicite.
Le Président (M. Reid) : Il
vous reste quelques secondes pour un commentaire peut-être, là.
M. Simard : Bon, bien, je vous
remercie. C'est très intéressant, vos propositions.
Mme D'Amboise (Pauline) : Ça me fait
plaisir. Puis je vous reviens avec votre question.
Président (M. Reid) :
Merci. Nous allons passer maintenant à l'opposition officielle. M. le député de
Terrebonne.
Traversy : Merci beaucoup, M. le Président. Mme la
vice-présidente, merci beaucoup pour cette présentation. Très heureux de voir que les caisses Desjardins
sont motivées et satisfaites par le dépôt d'une loi zéro émission. Je
savais qu'il y avait une préoccupation en ce
qui a trait au développement durable, notamment à l'habitation avec un
programme vert qui a été mis en place par
vos institutions financières. J'ai compris qu'au niveau des véhicules il y
avait une option verte qui était aussi disponible. Peut-être que vous
pourrez nous en parler davantage.
Je voulais profiter de votre présence, parce que
vous êtes une personne qui a de l'expérience au niveau de la finance et vous
représentez une institution sérieuse, qui est la troisième banque la plus sociale
au Canada — c'est
ce que j'ai compris dans votre introduction — ou qui a une mission beaucoup
plus large. Alors, je vous en félicite.
Lorsque des concessionnaires viennent nous dire
autour de cette table qu'une loi zéro émission va augmenter de façon brutale le prix des véhicules, est-ce que
vous y croyez, vous qui représentez
une institution sérieuse, économique et crédible?
D'Amboise (Pauline) : Je ne
pense pas actuellement avoir les données pour vous donner une réponse,
je dirais, très appuyée. Moi, j'ai toujours tendance, dans ces enjeux-là, de ne pas aller tout le temps dans le retour du balancier. C'est
que, hein, là, ce n'est jamais noir ou blanc, là, parfois, là, il y a
un équilibre qu'on peut trouver. La meilleure des choses que je pourrais
dire, c'est d'asseoir les gens ensemble pour trouver les solutions. Mais, bon,
moi, je ne pourrai pas révoquer ou affirmer cette question-là, parce que je
n'ai pas les données nécessaires pour le faire.
Traversy : D'accord.
Écoutez, parce
que, nous, les données sur lesquelles
on se base et les études auxquelles nous
avons accès nous démontrent que loin d'augmenter... au contraire, même dans
certains États, il y
a une diminution des prix des véhicules ou, du moins, la compétition a
fait son oeuvre. Donc, il n'y a pas de fluctuation brutale comme
certains semblent le mentionner, mais je
tenais quand même à avoir votre éclairage, parce que
vous avez un point de vue
d'ensemble très large. J'ai également,
donc, compris que vous étiez pour l'utilisation, donc, du Fonds vert, essayer de
promouvoir les incitatifs qui tournent
autour du projet de loi n° 104. Donc, celui-ci est un élément positif, mais
il faut le regarder d'un point de vue global, et ce, nous en sommes tout
à fait d'accord.
J'aimerais savoir si vous trouvez que
l'échéancier qui est en lien avec le projet de loi n° 104 est réaliste. De
mettre en place les dispositions de crédits obligatoires dès 2018, est-ce que
cela vous semble trop tôt, raisonnable ou beaucoup trop loin dans une
perspective économique?
Mme D'Amboise (Pauline) : Bien, écoutez,
on n'en a pas mentionné dans notre mémoire, on ne s'est pas concentrés sur ça, mais moi, je peux vous donner peut-être
un avis personnel sur la question, c'est que je pense qu'il faut être ambitieux, mais il faut aussi se donner le
temps de faire les choses correctement puis de bien attacher les ficelles.
Aller trop
vite, parfois, ça fait en sorte qu'on
est obligé de reculer après. Donc, ça me semble ambitieux, mais c'est vraiment à travailler avec ceux qui vont être les
plus impactés qu'on pourra voir si on est capable vraiment de le faire,
parce qu'il n'y a rien de pire de l'annoncer
puis d'être obligé de le reporter parce qu'on n'est pas capable de l'attacher.
Ça fait que, ça, je pense que vous
connaissez mieux l'environnement et les joueurs que je peux les connaître,
mais, si... Nous, on vit ça, hein,
chez Desjardins. Dans un grand groupe financier décentralisé, des fois, il y a
des décisions fort importantes qu'on doit
prendre, puis on se rend compte que ça peut valoir la peine, des fois, de se
donner un petit peu plus de temps pour bien attacher... Mais, écoutez, je vous laisse l'évaluation avec tous ceux
que vous avez entendus, confirmer si c'est possible ou pas. Ça me semble
quand même très ambitieux.
Traversy : J'en prends bonne note. Donc, je comprends que
d'avoir un système de suivi, de faç