Transportation and the Environment — 23 February 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CTE 2016-02-23
Quebec — Committees
(Dix heures trente-cinq minutes)
Le Président (M. Reid) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Après avoir constaté le quorum, je déclare la séance
de la Commission des transports et de l'environnement ouverte. Je
demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
La commission
est réunie afin de poursuivre les auditions publiques dans le cadre des consultations particulières sur le document
d'information sur le transport rémunéré de personnes par automobile.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Vallières (Richmond)
sera remplacée par M. Polo (Laval-des-Rapides).
Président (M. Reid) : Merci. Alors, voici l'ordre du jour de ce
matin. Nous entendrons deux groupes : d'abord, l'Association des
chauffeurs de taxis accessibles du Québec, ensuite l'Association des limousines
du Québec.
Alors, je souhaite d'abord la bienvenue à nos
invités de l'Association des chauffeurs de taxis accessibles du Québec. Vous avez une dizaine de minutes pour
faire votre présentation. Je vous demanderais de vous nommer et de présenter
la personne qui vous accompagne, pour les fins d'enregistrement. À vous la
parole.
M. Djebbar
(Boualem) : M. le Président, M. le ministre, mesdames et messieurs,
merci beaucoup. Mon nom, c'est
Boualem Djebbar, président de l'association ACTAQ, l'Association des chauffeurs
de taxis accessibles du Québec, accompagné de M. Abdelaziz Lamhene,
vice-président de cette même association.
Donc, nous
vous remercions pour l'opportunité que vous nous offrez de participer à ces
consultations cruciales qui
interpellent tous les acteurs de notre industrie placée aujourd'hui à la
croisée des chemins. Nous devons collectivement prendre conscience de la gravité de la situation que vivent les milliers
de chauffeurs de notre industrie et leurs proches, des risques qu'elle comporte et de la nécessité de
finaliser les adaptations inévitables qui arrimeront ces potentialités au
progrès technologique et à l'intégration de
la nouvelle approche clientèle. La réussite de cette reconversion favorisera
la transition de l'industrie du taxi vers un avenir meilleur.
Notre
association dénonce vigoureusement la concurrence déloyale que la compagnie
Uber exerce sur l'industrie du taxi
en violant toutes les lois et toutes les règles qui régissent le transport par
taxi. Nous lançons un appel aux autorités en charge de ce dossier de prendre rapidement toutes les mesures
nécessaires pour redresser cette situation afin de protéger les intérêts et les droits de tous les chauffeurs
de taxi menacés par cette compagnie. Que ce soit Uber ou n'importe quelle
compagnie, nous n'avons pas peur de la
compétition, nous n'avons pas peur de la concurrence, sauf qu'on voudrait
qu'elle soit faite d'une façon réglementaire.
Pour notre part, en tant qu'Association des chauffeurs
de taxis accessibles, notre contribution sera centrée principalement sur notre
domaine d'activité, le transport adapté, qui a connu, depuis la mise en place
du partenariat STM-taxis, un essor
considérable, surtout depuis l'intégration des vans affectées principalement au
transport des personnes handicapées
et à mobilité réduite. L'augmentation du parc de véhicules accessibles au fil
des ans a permis l'étoffement de
l'offre de services et la sollicitation du marché privé institutionnel en plus
de permettre à la STM de tendre vers une plus grande qualité et optimisation de ses services de transport adapté.
Le redéploiement progressif de ce service a permis aux taxis de faire actuellement 88 % des
déplacements des personnes handicapées à mobilité réduite. Les 12 %
restants sont faits par les minibus de la STM, les minibus, comme vous
le savez, qui coûtent beaucoup plus que le taxi.
Depuis sa création,
qui remonte à 2006... — et là c'est une coïncidence, notre association, on l'a créée le 22
février 2006, aujourd'hui, on est le 23 février 2016, donc on fête le
10e anniversaire de cette association — donc appuyée majoritairement
par le collectif des chauffeurs du transport accessible pour la protection et
le renforcement des droits et intérêts a accordé une place prépondérante au
dialogue. On a toujours priorisé le dialogue et la concertation avec tous
les partenaires de l'industrie du taxi : le ministère des Transports, la Commission
des transports, le Bureau du taxi de Montréal, la Société
de transport de Montréal, le Bureau du taxi de Montréal ainsi que les organismes pour personnes handicapées.
Donc, chaque
fois, dans ces rencontres-là, notre association
a présenté un état des lieux, un état des lieux de la situation des chauffeurs. Les tergiversations ont
eu comme conséquence la résurgence régulière des dysfonctionnements et
anomalies signalées. Les initiatives prises à la suite de plusieurs relances
n'ont pas produit les résultats escomptés puisqu'elles
étaient axées sur le traitement des conséquences plutôt que sur les causes. Eu
égard aux budgets importants alloués par les pouvoirs publics pour le
financement des activités liées au transport adapté qui se sont appelées... ou qui sont appelées à
croître si on se réfère aux projections établies par l'Institut de la
statistique du Québec, notamment
celles qui portent sur deux facteurs importants, la démographie, la croissance
démographique, et le vieillissement de la population, donc, le transport
adapté, à l'instar des autres secteurs de l'industrie du taxi, doit mener à son
terme le processus d'adaptation amorcé qui vise à lui offrir les outils les
plus performants nécessaires à son développement. Cette mutation est d'autant plus nécessaire que la réglementation et la
gestion actuelles, en dépit des actualisations conjoncturelles et parcellaires, nécessitent des réformes plus
approfondies qui auront le mérite de propulser l'industrie du taxi à des
niveaux concurrentiels capables de maintenir sa croissance.
Notre
contribution, ce qu'on propose, tout d'abord, un cadre législatif spécifique,
parce que, dans l'état actuel des choses,
le transport adapté est régi par deux réglementations qui sont différentes et,
des fois même, contradictoires, régi par
les règlements du Bureau de taxi de Montréal, d'un côté, et, de l'autre côté,
par les règlements et protocoles de travail établis par et imposés par la STM. Le chevauchement, donc, de ces deux
réglementations a engendré une dichotomie due aux contradictions et aux oppositions relevées dans le traitement réservé
à des manquements ou fautes de nature professionnelle.
suspensions et des sanctions pécuniaires excessives sont notifiées directement
au chauffeur incriminé par la STM sur
la base d'un rapport simple du client-mystère. Le client-mystère, on ne le
connaît pas, on ne le voit pas. Donc, sur
simple rapport du client-mystère, le chauffeur est directement sanctionné sans
qu'on lui donne l'occasion de se défendre parce qu'on est régi par la réglementation du bureau de taxi. Dans
l'article de la réglementation du bureau de taxi, dans l'article 170, alinéas 5° et 6°, ça dit clairement
que le chauffeur a le droit de se défendre en cas de... quand il commet une infraction.
À ce jour, l'intransigeance adoptée par la STM, encouragée par le laxisme du
bureau du taxi et des intermédiaires
de service, a de quoi surprendre.
L'autre
particularité qui découle de ce modus operandi consiste en l'obligation faite
aux chauffeurs du transport adapté de
respecter des conditions et des obligations figurant dans des contrats qu'ils
n'ont ni négociées, ni approuvées, et
dont plusieurs dispositions d'ordre financier et technique ne leur sont pas
communiquées en leur arguant la notion de confidentialité. De notre point de vue, ces pratiques contreviennent aux
lois du travail. L'assainissement de cette situation passe
nécessairement par la promulgation d'un statut spécifique, un statut propre au
transport accessible.
deuxième des choses, c'est qu'on
demande un statut, reconnaissance professionnels, parce que les résultats
qu'on a accomplis jusqu'à présent dépassent
largement les attentes, un taux de satisfaction auprès de la clientèle de 95 %, sauf
que les résultats ne suivent pas, et le pouvoir d'achat — parce que je n'ai pas assez de temps, on va
développer dans le débat — des chauffeurs de taxi a chuté à cause de
l'inflation et à cause des dépenses galopantes, des dépenses constamment
en croissance.
L'autre
point que je voudrais soulever, c'est la subvention pour l'adaptation des
véhicules de taxi. Ça a été amputé de
5 000 $. Peut-être qu'on va la supprimer ultérieurement, on ne le
sait pas. Nous demandons le maintien de cette subvention.
Président (M. Reid) : Merci. Je vois que vous n'avez peut-être
pas complété, mais vous aurez l'occasion de faire valoir vos points, je pense,
pendant la période d'échange. Nous allons commencer la période d'échange avec
le côté ministériel. M. le ministre.
M. Daoust :
Merci, M. le Président. Bonjour, messieurs. C'est un plaisir de vous accueillir
aujourd'hui.
Écoutez,
vous demandez une reconnaissance professionnelle, vous parlez aussi de
pénalités, deux situations, là, qui
me préoccupent parce que vous parlez d'un client-mystère. J'aimerais que vous
me donniez une illustration, un cas qui
est arrivé. On l'a blâmé de quoi? Ça lui a coûté combien? Ça se produit
comment? Pourriez-vous essayer de nous donner un exemple de, justement,
ces pénalités excessives là sur lesquelles vous n'auriez pas le droit de vous
défendre?
M. Djebbar
(Boualem) : Tu veux parler? Vas-y, vas-y.
Lamhene (Abdelaziz) : Bonjour. Donc, en réponse à votre question,
donc, dans l'exercice de leurs fonctions, donc la STM a mis en place un dispositif de contrôle. Donc, pour que les
choses soient très claires, nous, on n'est pas contre le dispositif de contrôle. La STM, donc, c'est sa
responsabilité, donc a le droit de gérer, de contrôler, donc, l'utilisation
de ces fonds. Donc, ça, sur le fond, donc
là, il n'y a aucune objection là-dessus. Simplement, c'est dans le
fonctionnement, c'est dans le
mécanisme qui a été mis en place. Donc, il y a des chauffeurs qui, dans le
cadre de leur travail, commettent des
infractions. Donc, c'est sûr qu'il y a des infractions qui sont réelles et qui
sont justifiées, mais il y a aussi des infractions dont on peut douter
de leur fondement et de leur, donc, fiabilité.
Donc,
la STM, donc, sur la base de ce rapport du client-mystère, donc conformément,
donc, au contrat qu'elle a établi avec les intermédiaires de services,
donc là, elle considère qu'il y a un manquement dans l'application de cette procédure, donc de cette réglementation, donc
sanctionne le chauffeur. Donc, le chauffeur est suspendu ou sanctionné, donc, d'une manière pécuniaire sur la base d'un
rapport du client-mystère dont il n'a pas connaissance. Quand les chauffeurs
essaient de... donc, bien sûr, les clients-mystères,
comme leur nom l'indique, ils ne doivent pas être connus des chauffeurs,
donc, ça, c'est clair, mais simplement, il y a des chauffeurs qui contestent
les sanctions qui leur sont infligées, et, en application
quand même des principes de justice universelle, je pense que les règlements de
la STM et les règlements du bureau de taxi n'ont pas préséance sur les
règlements institutionnels, sur les lois du pays.
Donc là, en
se basant sur leur propre réglementation, la STM, et les intermédiaires de
services, et le bureau de taxi, donc,
privent les chauffeurs de leur droit de passer devant un comité de discipline
qui est prévu dans les règlements du
bureau de taxi. Et ceci nous ramène au point, donc, évoqué par mon collègue
tout à l'heure, quand on parlait de dichotomie, de chevauchement, parce qu'il y a les
règlements, les protocoles et les règlements propres à la STM, il y a les
règlements du bureau de taxi, mais, dans
l'application, donc, on est confrontés, disons, à cette, disons, disco