CAT — 19 March 2025 (43rd Legislature, 1st Session)
CAT 2025-03-19
Quebec — Committees
(Onze heures trente-neuf minutes)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
bon matin à tous. Ayant le quorum, je déclare la Commission de l'aménagement du
territoire ouverte.
Alors, je vous rappelle que nous sommes réunis,
la commission, ici afin d'entreprendre les consultations particulières et
auditions publiques sur le projet de loi n° 93, Loi concernant notamment
le transfert de propriété d'un immeuble de la Ville de Blainville.
Est-ce que nous avons des remplaçants ce matin,
Mme la secrétaire?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Ciccone (Marquette) est remplacé par Mme Dufour
(Mille-Îles).
Président (M. Schneeberger) : Merci beaucoup. Alors, ce matin, nous entendons la Société pour la
nature et les parcs Québec, qui est le SNAP, et l'Union des municipalités.
Alors, nous
sommes en visioconférence avec le premier groupe. Bonjour à vous deux. Dans un
premier temps, vous présenter à tour de rôle et, par la suite, enchaîner
avec votre mémoire. Voilà.
M. Branchaud (Alain) : Mme la
ministre, M. le Président de la commission, membres de la commission, bonjour.
Je me présente, Alain Branchaud, directeur général de la Société pour la nature
et les parcs, aussi appelée la SNAP-Québec.
Aujourd'hui, je suis accompagné de mon collègue Jean-Philippe Lemay, qui est
avocat à la SNAP-Québec.
La SNAP-Québec est un organisme à but non
lucratif dédié à la protection de la nature et à la création d'aires protégées à travers tout le Québec. Notre démarche
repose sur la collaboration et la recherche de solutions avec les
peuples autochtones, les gouvernements, les
acteurs de l'industrie et les communautés locales. Nous travaillons aussi de
concert avec de nombreuses municipalités
dans leurs démarches pour protéger, mieux gérer et restaurer les écosystèmes
naturels sur leur territoire. Finalement, la conservation des espèces menacées,
vulnérables et de leur habitat est aussi au coeur de la mission de la
SNAP-Québec.
Nous débutons en signifiant que la SNAP-Québec
est consciente du défi que représente la gestion sécuritaire des matières dangereuses et des sols contaminés à
travers le Québec, et la nécessité d'offrir ces services n'est pas
remise en cause par notre mémoire. Nous nous
présentons devant vous aujourd'hui avec l'objectif de contribuer à trouver
une solution qui répond aux besoins réels des entreprises québécoises sans
sacrifier la conservation de la biodiversité.
En ce sens,
la SNAP-Québec s'inquiète fortement du contenu du projet de loi présentement à
l'étude. En premier lieu, le projet de
loi écarterait la compétence municipale en permettant au projet de Stablex
d'ignorer les outils d'aménagement de territoire et la réglementation
municipale, pourtant conforme aux orientations gouvernementales. Le projet de
loi permettrait aussi au promoteur et au gouvernement de se soustraire au cadre
juridique habituel afin d'accélérer la
destruction de milieux naturels sans supervision des tribunaux. Il s'agit d'un
précédent dangereux qui remet en
question la prévisibilité du régime législatif québécois. L'encadrement
réglementaire est d'autant plus pertinent quand un projet comporte des
risques importants qui n'ont pas encore été adéquatement pris en compte, comme
c'est le cas avec le projet Stablex. En
faisant cavalier seul et en voulant agir en urgence, il y a un risque que le
gouvernement du Québec prenne une décision avec des conséquences irréparables
pour les habitats d'importance de la région, mais aussi pour la confiance du
public envers ses institutions.
La SNAP-Québec encourage les membres de la
commission à mettre sur pause le projet de loi, le temps que le gouvernement du
Québec rouvre le dialogue avec l'ensemble des parties prenantes et évalue les
autres alternatives possibles. Nous remercions la commission de nous avoir
invités pour partager nos réflexions.
Président (M. Schneeberger) : Merci beaucoup. Alors, très rapide. Nous allons
débuter une période d'échange...
M. Branchaud (Alain) : Non, non...
Le Président (M. Schneeberger) :
Oui?
M. Branchaud (Alain) : On va
poursuivre.
Président (M. Schneeberger) : Ah! O.K. Parfait. C'est bon. Parfait. Moi, je pensais
que vous aviez terminé. Je me dis : Ils sont rapidos. Allez-y,
poursuivez.
M. Lemay (Jean-Philippe) : Je vais
reprendre le flambeau. Donc, merci, Alain. Bonjour à tout le monde. Avant
d'adopter un projet de loi avec des impacts aussi importants sur les
compétences municipales, sur la primauté du droit et la biodiversité, on
demande aux membres de la commission de d'abord se demander si une telle
urgence est nécessaire. Dans son rapport sur le projet proposé, le BAPE a
conclu que les installations actuelles de Stablex lui permettraient de combler
les besoins d'enfouissement jusqu'en 2030 et que son projet initial de plus
petite envergure permettait de poursuivre l'exploitation jusqu'en 2040. C'est
une bonne nouvelle. On a donc collectivement le temps de véritablement cerner les besoins en matière d'enfouissement des
matières dangereuses et de développer une stratégie nationale.
En ce sens,
le BAPE mentionne aussi qu'il est présentement impossible d'avoir un portrait
complet des besoins de traitement des
matières dangereuses et des sols contaminés parce que seulement des données
partielles sont disponibles. Il me
semble que la seule véritable urgence dans ce dossier-là, ce soit la course
pour détruire les habitats de nidification des oiseaux migrateurs avant
que les protections fédérales ne s'appliquent aux sites en mi-avril. Pour ces
espèces, il s'agit d'une nouvelle perte
d'habitat dans une région où ces milieux sont de plus en plus rares. La
présence d'habitats d'espèces protégées ne devrait pas encourager une
destruction accélérée, elle milite plutôt pour la sélection d'un autre site
pour le projet.
Les capacités du projet initial de Stablex nous
donnent le temps d'agir correctement. Alors, pourquoi choisir de se précipiter, au risque de se mettre à dos les
acteurs municipaux et la population? Cette opposition vient, en partie,
du fait que le projet de loi prévoit un niveau d'ingérence exceptionnel dans
les compétences des municipalités. En plus de l'expropriation d'un immeuble
municipal, il est prévu de complètement écarter la planification territoriale
et la réglementation adoptée par les élus
locaux. Cette intervention est particulièrement choquante, alors que la ville
de Blainville, la MRC et la
communauté métropolitaine ont agi pour conserver ces milieux conformément aux
directives du gouvernement du Québec.
Effectivement, depuis plusieurs années, le gouvernement renforce la compétence
des municipalités et leur donne explicitement le mandat d'identifier les
milieux naturels d'intérêt sur leur territoire et de contribuer à l'atteinte
des cibles de conservation de 30 %. Quel intérêt une municipalité aurait à
faire ces démarches-là si elle sait que le gouvernement du Québec se garde la
porte ouverte pour écarter cette planification-là?
Pour réduire
l'escalade des tensions, la SNAP-Québec recommande au gouvernement de nommer un
médiateur ou un groupe multipartite avec comme mandat de rouvrir un dialogue et
d'identifier des solutions à long terme.
En plus d'écarter la réglementation municipale,
le projet de loi permet aux promoteurs et au gouvernement de s'élever au-dessus des normes environnementales
en excluant l'intervention des tribunaux. Si le Québec s'est doté d'un cadre législatif en matière environnementale,
c'est au bénéfice de la santé des populations et de la conservation des
espèces vivantes. La SNAP-Québec dénonce la
volonté d'écarter ce régime de protection au bénéfice d'une entreprise privée.
Quel message le gouvernement envoie-t-il aux entreprises dont les activités
comportent des risques pour l'environnement? Est-ce que notre régime
environnemental est facultatif?
SNAP-Québec a récemment participé aux consultations sur le projet de loi
n° 81, l'omnibus en environnement qui vise notamment à renforcer le
rôle du BAPE pour reconnaître davantage son expertise. En toute cohérence, nous
demandons donc au gouvernement et aux membres de la commission de prendre au
sérieux les conclusions du BAPE dans le
dossier Stablex. Pour rappel, les commissaires sont arrivés à la conclusion que
le projet proposé est, un, prémature, deux, n'offre aucun avantage en
comparaison avec le site initial et, trois, ne devrait donc pas être autorisé.
Merci.
Branchaud (Alain) : Au niveau des impacts environnementaux, une
évaluation robuste est particulièrement pertinente dans le cas du
projet... d'un projet dont l'impact dans le temps est inconnu. En ce sens, la
SNAP-Québec tient à souligner que de
nombreuses incertitudes subsistent quant aux impacts du projet sur
l'environnement. Certains éléments de
caractérisation environnementale nous ont laissés sur notre faim. Par exemple,
la caractérisation du site a été principalement réalisée à l'automne.
Est-ce que les espèces fréquentant le site à d'autres moments de l'année ont
été complètement considérées? Et qu'adviendra-t-il des milieux... aux milieux
humides en périphérie du site? Est-ce que l'apport en eau de ces milieux
naturels de grande valeur écologique sera perturbé par la création et
l'exploitation de la cellule 6? Aucune
étude approfondie ne permet d'être rassuré. Même chose au niveau de la
localisation des principaux sites de
forage environnemental de la phase II, où ils ont été motivés
principalement par des motifs géotechniques et non pour mesurer la
présence de contaminants.
Alors, il y a
beaucoup de défaillances au niveau méthodologique qui nous laissent sur notre
faim sur l'évaluation réelle des
impacts qu'aurait le projet, notamment sur le passif environnemental et la
présence possible de contaminants qui n'a pas été bien caractérisée.
Nous voulons
rappeler au gouvernement qu'il n'est pas trop tard pour changer d'avis. Des
alternatives existent. Le rapport du BAPE jette un doute sur les
arguments de Stablex pour justifier d'éviter le site initialement planifié sur
la cellule 6. Nous pouvons pousser le questionnement encore plus
loin : Puisque les déchets toxiques sont neutralisés à leur arrivée chez
Stablex, est-ce que leur enfouissement pourrait être réalisé carrément à
l'extérieur du périmètre de l'entreprise,
dans un autre site qui ne nécessiterait pas la destruction de milieux naturels
d'intérêt et qui ferait consensus? Dans le contexte exceptionnel de
l'adoption d'une loi spéciale, il est inconcevable que cette alternative n'ait
pas été pleinement considérée.
Donc, compte tenu des oppositions... de la forte
opposition des acteurs municipaux et de la population, et des risques
environnementaux, et des alternatives qui existent, la SNAP propose de
suspendre le projet de loi. La SNAP recommande
spécifiquement au gouvernement du Québec de nommer un médiateur ou de mettre en
place un comité multipartite indépendant pour rouvrir le dialogue avec les
parties prenantes, d'explorer l'avenue d'un enfouissement des déchets neutralisés en dehors des installations
du site à Blainville, d'agir avec transparence pour compléter les
inventaires sur le site, et de rendre l'ensemble de la documentation publique,
et de produire un échéancier pour le développement
d'un plan d'action pour la gestion des matières dangereuses résiduelles ayant
des propriétés préoccupantes pour l'environnement.
En terminant, merci d'avoir porté attention à
nos recommandations, et il nous fera plaisir de répondre à vos questions.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Alors là, vous avez terminé? Parfait.
Une voix : On a terminé. Merci
beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) :
Parfait. Alors, excusez-moi encore pour tout à l'heure.
Alors, nous allons procéder à une période
d'échange avec la ministre. Mais, avant tout, je voudrais avoir le
consentement : on avait 12 h 50 comme fin des travaux, et on a
commencé