Transportation and the Environment — 22 January 2020 (42nd Legislature, 1st Session)
CTE 2020-01-22
Quebec — Committees
(Neuf heures trente et une minutes)
Président (M. Polo) : S'il vous plaît! Ayant constaté le... À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant
constaté le quorum, je déclare à
séance de la Commission des
transports et de l'environnement
ouverte. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission
est réunie afin de poursuivre les auditions publiques dans le cadre des consultations particulières sur le projet
de loi n° 44, Loi visant principalement la gouvernance efficace
de la lutte contre les changements climatiques et à favoriser
l'électrification.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Lamothe (Ungava) sera remplacé par Mme Tardif (Laviolette—Saint-Maurice); M. Reid
(Beauharnois), par Mme Boutin (Jean-Talon); M. Barrette
(La Pinière), par M. Kelley (Jacques-Cartier);
M. Benjamin (Viau), par M. Polo
(Laval-des-Rapides); et M. Arseneau (Îles-de-la-Madeleine), par M. Gaudreault
(Jonquière).
Président (M. Polo) :
Cet avant-midi, nous entendrons
quatre groupes : Vivre en ville; ensuite l'Association québécoise de la
production d'énergie renouvelable; le Vérificateur général du Québec,
Commissaire au développement durable; et la ville de Montréal.
Je souhaite
donc la bienvenue au groupe Vivre en ville, représenté par M. Christian
Savard et Mme Jeanne Robin. C'est bien ça? Parfait. Je vous
rappelle que vous disposez d'une période de 10 minutes pour votre exposé.
Puis nous procéderons à une période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite donc à vous présenter et à procéder à votre exposé.
La parole est à vous.
M. Savard (Christian) : Merci,
M. le Président. Mmes, MM. les députés, merci de l'invitation à participer à cet important exercice pour l'avenir de la lutte
contre les changements climatiques au Québec et la révision d'une
partie
de sa gouvernance. Je me sens un petit peu
comme... Je commence à me sentir comme un vétéran, peut-être pas encore comme un sage parce qu'on a participé à des
processus semblables, là, depuis madame, à l'époque, Line Beauchamp, avec les premières consultations sur la cible qui
a eu... la cible 2020, justement. Donc, on commence à avoir une certaine
profondeur sur, justement, les actions du
Québec. On espère que notre contribution va pouvoir aiguiller les parlementaires
et le gouvernement.
Donc, la
présentation qu'on vous fait, notre mémoire, repose sur aussi une analyse des
meilleures pratiques à travers le monde, les législations qui ont été
les plus avant-gardistes en matière de gouvernance sur les changements climatiques, mais également, comme je le disais,
sur notre expérience des dernières années. On a participé à plusieurs des comités consultatifs sur les changements
climatiques dans les dernières années. Et je suis moi-même membre du conseil
d'administration du Conseil de gestion du Fonds vert.
Donc,
d'entrée de jeu, on considère... Notre première proposition dont je vais vous
parler, elle est un peu audacieuse, mais
probablement plus réaliste que certaines autres que j'ai pu entendre
dernièrement, c'est d'effectivement de confier à un ministre l'imputabilité et la responsabilité de la lutte contre les
changements climatiques. Mais, puisque les changements climatiques sont quelque chose de très transversal
dans les différents secteurs de l'État et les différents secteurs de la société,
on fait la proposition de nommer un ministre
d'État aux changements climatiques qui aurait... On sait que, dans l'histoire
du Québec, les ministres d'État avaient souvent un rôle transversal. C'étaient
des superministres. Donc, on fait cette proposition-là
afin de doter ce ministre-là des différents outils puis de l'influence auprès
de ses collègues pour que l'État
québécois ait une cohérence, parce qu'on
sait que c'est ça qui est le plus difficile, les différents mouvements qui traversent...
les différents intérêts qui traversent nos
sociétés, notre société, sont difficiles à contenir. Donc, avoir un ministre d'État
fort dédié uniquement aux changements
climatiques nous semble la meilleure manière. C'est la suggestion qu'on vous
fait qui n'est pas si loin de la suggestion
du ministre de l'Environnement, mais, dans un monde idéal, il y aurait un ministre
lié aux changements climatiques et un ministre de l'Environnement, mais ça serait notre proposition en ce qui concerne
un ministre d'État.
Sinon, notre
autre proposition va également dans le sens du projet de loi, et on fait des
propositions même pour le renforcer. C'est effectivement d'avoir un
comité aviseur consultatif sur les changements climatiques, indépendant, doté de ressources propres pour surveiller,
justement, les actions du gouvernement et assurer cette cohérence-là. Ce
comité-là viendrait jouer, justement, le rôle de chien de garde afin de
maintenir le cap. C'est un peu la manière qu'on considère que
ça peut... c'est une avenue intéressante, mais qu'il va falloir le renforcer
afin, justement, d'éviter certains écueils du
passé en ce qui concerne, là, la cohérence sur, par exemple, les
investissements en matière de changements climatiques ou la cohérence
des actions gouvernementales.
Donc, voilà pour nos deux premiers points. Je
laisserais la parole à Jeanne.
Mme Robin
(Jeanne) : Un autre point
sur lequel on souhaitait attirer votre attention, c'est le réflexe climat qui
s'appliquerait à l'ensemble de l'action gouvernementale et pas seulement au
ministre responsable de la lutte contre les
changements climatiques, parce qu'au-delà de ce ministère-là, c'est tous les
ministères et organismes qui devraient être au service de l'enjeu climatique. Donc, on propose que chaque décision
de l'État fasse l'objet d'une analyse rigoureuse de ses impacts climatiques, à la fois sous l'angle du bilan carbone, des
émissions de gaz à effet de serre évitées, réduites ou séquestrées, et aussi
sous l'angle de maintenir et renforcer la capacité d'adaptation des
collectivités québécoises au climat futur.
Donc, la
recommandation qu'on fait, c'est d'assujettir chacune des décisions
stratégiques et budgétaires de l'État à une analyse rigoureuse de ses
impacts climatiques via une grille d'analyse dont les résultats seront rendus
publics. Une grille d'analyse, donc, qui
serait la même pour l'ensemble des ministères et organismes qui seraient
soumis, et cette analyse-là pourrait
conduire à modifier les projets qui y sont soumis, à abandonner le projet, dans
certains cas, si on juge que ses
répercussions sont trop dommageables par rapport à l'enjeu climatique et, dans
certains cas aussi, à compenser les effets non souhaités pour s'assurer
de demeurer sur la trajectoire qu'on vise pour le Québec, à la fois en matière
d'adaptation et de réduction des émissions.
Un autre point important sur lequel on
souhaitait attirer votre attention concerne l'allocation des fonds dédiés à la
lutte contre les changements climatiques, sur laquelle on comprend l'importance
de gérer efficacement ces fonds et donc
d'avoir des indicateurs de performance qui permettent de juger de la bonne
allocation. On recommande de dépasser la question du coût à la tonne,
qui est certes un élément important, mais qui conduit à sous-estimer parfois
certains effets positifs de certaines mesures. En fait, le coût à la tonne ne
tient pas compte ni du retour sur investissement d'un investissement ni de
l'ensemble des bénéfices et, dans certains cas, il sous-estime même les
réductions d'émissions. Donc, on propose de
mettre en place des indicateurs de performance plus complets que le coût à la tonne
pour mieux tenir compte des retombées globales des mesures financées, comme le
coût net à la tonne.
M. Savard
(Christian) : Pour également...
il y a une recommandation plus spécifique sur la règle qui fait en sorte
que l'argent de la bourse du carbone doit
être dédié aux deux tiers au secteur des transports. On considère que, dans l'état
actuel des choses, il n'y a pas lieu de
toucher à cette règle-là, tout simplement parce que le secteur des transports demeure
le plus grand émetteur de gaz à effet de serre au Québec, et le seul où est-ce
qu'on ne réussit à peu près pas à réduire, donc il n'y a pas vraiment lieu d'y
toucher pour l'instant, surtout que, si on commence à y toucher maintenant,
mais qu'on ne connaît pas qu'elle va être,
par exemple, le cadre financier qui va venir avec pour le transport collectif,
on peut se retrouver, encore une
fois, comme il y a eu dans le passé, où les gains qu'on fait actuellement au
niveau des transports collectifs
soient menacés pas une instabilité financière. Donc, à ce moment-ci, il n'y a
pas lieu de toucher à cette règle-là, selon
nous, et, lorsque le cadre financier pourrait être stabilisé, peut-être qu'on pourrait ouvrir la porte à
regarder ça, mais je ne pense pas. Je
pense que nos défis sont là, et, par principe, il faut maintenir cette
règle-là. Et il ne faut pas oublier que
le principal contributeur, justement, à la bourse du carbone, c'est le secteur
des transports. Selon nos calculs, c'est, au minimum, à 60 %. Donc, il y a ça aussi qu'il faut prendre en
considération et qui fait en sorte que, bien, on redonne aussi à ce
secteur-là sa contribution. Et c'est souvent un argument qu'on entend pour le
revoir, mais c'est le secteur des transports qui est le principal contributeur.
Donc, très important de continuer de mettre un
certain focus, disait l'expression, sur ce secteur-là, et donc on considère qu'il n'est pas avenu de toucher au deux
tiers. Et, d'ailleurs, on fait également la proposition que l'électrification
des véhicules individuels ne fasse pas
partie de ce deux tiers là, qu'il ait
son fonds propre à travers un programme de redevances remises afin d'accélérer
l'électrification et la diminution de la grosseur et du nombre du parc
automobile, qui ne va pas assez vite. On l'a vu dans l'état de l'énergie
dernièrement.
Sinon, une
dernière recommandation, c'est, de manière générale, il va falloir... et ça
concerne un petit peu moins directement le projet de loi, mais davantage
l'ensemble de la stratégie du gouvernement. Vivre en ville, vous nous
connaissez, on pense que c'est beaucoup à travers les collectivités, qui
rejoignent les citoyens... qu'il faut faire des collectivités un de nos piliers de la lutte contre les changements
climatiques. Ça touche autant l'adaptation que la réduction des gaz à
effet de serre, mais ça touche également... Il ne faut pas oublier qu'au Québec
on attend 400 000 nouveaux ménages.
Il faudrait faire en sorte que les 400 000 nouveaux ménages qu'on
attend soient les plus exemplaires possible. Il y a des choses qu'on a faites
dans le passé qui alourdissent notre bilan, mais peut-être que qu'est-ce qu'on
fait dans le futur ne le soit... ne l'alourdisse pas, répare finalement notre
bilan. Donc, on considère important, là, de continuer à avoir nos collectivités
au centre de la lutte contre les changements climatiques.
Donc, ça
terminerait notre exposé. On est allés avec les lignes de force dans le
10 minutes qui nous est imparti. On a une vingtaine de
recommandations plus précises, et ça va nous faire plaisir de répondre à vos
questions. Merci.
Président (M. Polo) : Merci de respecter votre temps. Je vous
remercie. Nous allons maintenant commencer la période d'échange. M. le
ministre, la parole est à vous.
M. Charette :
Merci, M. le Président. À vous deux, merci de vous joindre à nous ce matin. Je
vous dirais que la
partie frustrante
de l'exercice commence maintenant, c'est-à-dire un temps très, très restreint
par rapport aux questions qui pourraient être soulevées et, surtout, les réponses que vous
pourriez nous apporter, donc, sans pouvoir avoir le temps de passer en
revue tous les points, là. Mais j'ai quelques questions. Au niveau notamment de
rapatrier les ressources, bon, vous avez évoqué un ministre d'État. Le
gouvernement actuel, en toute franchise, n'a pas retenu la formule des ministres d'État. C'est une formule qui s'est vue
par le passé, effectivement, mais qui n'est pas obligatoire pour arriver
aux mêmes fins.
Mais je vois
aussi, dans vos recommandations, de transférer la responsabilité de TEQ sous ce
nouveau ministère, en quelque sorte.
Certains groupes, hier, nous ont parlé d'une formule de TEQ plus, en quelque
sorte. Est-ce qu'à l'égard d'une agence dédiée vous aviez aussi des
préoccupations ou des souhaits particuliers?
M. Savard
(Christian) : Il se dit
beaucoup de choses sur la lutte contre les changements climatiques, l'utilisation
du Fonds vert. Et je dirais que,
personnellement, une de mes principales frustrations, ça a été de voir beaucoup
de choses du plan d'action qui ne se
sont pas mises en place, pour plein de raisons, dans les dernières années. Je
pense à une action de
100 millions au ministère de l'Éducation pour travailler sur les écoles,
que ce soit... On peut penser à plein de choses qu'on peut faire avec
100 millions pour nos écoles, et, pour l'instant, on n'a jamais vu le
début de ce programme-là d'un plan d'action annoncé en 2012.
Donc, est-ce que l'idée d'avoir une agence qui
serait dédiée pour certains programmes, avec une certaine indépendance... Personnellement, je ne vois pas le
modèle d'une société d'État pure, de type Hydro-Québec. On s'entend,
eux, ils produisent et ils vendent de l'électricité. Là, on parle de mesures
qui touchent à la société. C'est normal qu'ils
aient un certain rôle politique, selon nous. Mais avoir une agence de livraison
d'un certain nombre des programmes peut probablement s'avérer intéressante d'un point
de vue de l'agilité. Et force est de
constater qu'on a eu des problèmes de
livraison de programmes dans les dernières années. Il y a plein de raisons pour ça. Mais est-ce
qu'une agence avec une certaine indépendance... Beaucoup d'acteurs
pensent que c'est une bonne idée.
Et une chose est sûre, nous, on croit que... et
on le voit, la division, parfois, entre le MREN, le ministère de l'Environnement, on peut même... fait parfois, selon moi, des choses qui pourraient
être plus fortes et avec une plus forte imputabilité si c'était sous une
même responsabilité.
M. Charette : Parfait. Et, sans poser une question
par rapport à votre point quatre, juste réitérer que c'est l'objet
même du projet de loi, c'est-à-dire une certaine imputabilité par rapport aux
résultats.
Sans
ressasser le passé indéfiniment et sans parler de la situation
au Québec uniquement, il y a beaucoup de cibles qui ont été déterminées au fil des ans. Malheureusement, l'atteinte de
ces cibles-là s'est rarement concrétisée. Et souvent c'est l'année avant
l'échéance qu'on admettait bêtement : bien, c'est bien désolé, mais on va
rater notre cible. C'est exactement le scénario que l'on souhaite éviter avec la proposition de gouvernance que l'on fait, surtout les deux chiens
de garde, en quelque sorte, qu'on vient instituer.
Vous avez des recommandations intéressantes, ça
fera l'objet de ma prochaine question, justement, au niveau du comité
indépendant mais également du rôle que l'on souhaite confier au Commissaire au
développement durable et, dans les deux cas, à travers des bulletins...
c'est-à-dire, des rapports publics, ça va constituer notre bulletin, en quelque
sorte, pour ne pas l'échapper sur quelques années.
Et, parce que je fais référence à ce comité de
sélection, vous disiez : Fixer par la loi les critères de sélection. Le
projet de loi ne va pas actuellement dans ce sens-là. Mais je serais tenté de
vous poser la question : Quelle serait la constitution idéale de ce
comité-là pour arriver aux mêmes fins?
M. Savard (Christian) : On fait
des propositions plus précises, là, à la page 21, où est-ce qu'on y va
avec différents critères.
M. Charette : Effectivement.
Mais n'hésitez pas, étant donné que les auditions sont publiques, à les
révéler, étant donné que tous n'auront pas le loisir, là, de lire votre
mémoire.
M. Savard (Christian) : Oui.
Donc, bien, à
titre d'exemple, nous, on propose un président et huit membres
indépendants. Dans d'autres juridictions, ça va jusqu'à 20. Ma petite
expérience dit que parfois un trop grand comité finit par avoir beaucoup trop de types d'intérêts et devient plus
difficile à avoir, par exemple, des consensus et une plus grande force.
Donc, il faudrait avoir un comité, aussi,
diversifié. Oui, effectivement, des scientifiques, mais également des
spécialistes des politiques publiques, des représentants de la société civile,
avec des expertises, bien évidemment, lutte contre les changements climatiques,
tant au niveau de l'atténuation, de l'adaptation, la science climatique, mais également l'économie, finance, mécanismes de
tarification, en politiques publiques, sciences sociales également. Il y a
des impacts, hein, nos choix au niveau des changements climatiques qui peuvent
avoir des conséquences sociales. Donc, avoir des gens qui ont cette
sensibilité-là serait important. Et puis une compréhension... Il peut y avoir
également une compréhension des différents milieux du Québec, donc des gens qui
viennent de différentes régions. Donc, essayer d'avoir quelque chose de
représentatif des compétences nécessaires, là.
M. Charette : Comment nous
aider à régler l'embouteillage à l'entrée de ce comité-là? Hier, à juste titre,
et je comprends très bien leurs
revendications, la FTQ a demandé à y être. Les autres centrales syndicales
aimeraient y être. Je donnais
l'exemple des universités, qui aimeraient toutes y être aussi. Cependant, on a
cinq, six grandes universités. On a quatre, cinq grandes centrales
syndicales. Comment faire la sélection?
Et l'idée que je vous propose : Est-ce que ce
comité-là, plutôt que de vouloir réunir tous les ensembles possibles, ne pourrait pas créer des tables de travail ou de
concertation pour pouvoir se référer, par exemple, au milieu syndical, pour
pouvoir se référer au milieu universitaire? Est-ce que c'est une avenue qui
pourrait être envisageable aussi?
M. Savard (Christian) : Question intéressante. Il faut éviter les lobbys
qui sont obligés de dire certaines choses autour d'une table. Il faut
des membres les plus indépendants possible. J'aurais dû le mentionner d'entrée
de jeu, là, que le critère numéro un devrait
être l'indépendance des membres. Donc, c'est pour ça qu'on parle souvent de scientifiques,
on parle souvent d'universitaires, qui ont...
souvent, justement, ils n'ont pas d'intérêt derrière qui sont, par exemple, lié
à leurs membres. Par contre, est-ce que ça
veut dire qu'il ne faut pas, justement, écouter ce type d'acteurs là? Bien sûr.
Mais je crois... Et ça, c'est de tous les côtés, là, donc il va falloir être...
M. Charette :
A priori, vous seriez d'accord avec l'esprit actuel du projet de loi qui vise
un comité d'experts, naturellement, indépendants, majoritairement
composé de scientifiques. Et, moi, l'idée que je trouve intéressante avec ce comité-là, c'est l'obligation d'une publication de ses rapports. Actuellement, on a cette même possibilité avec la loi telle qu'elle est vécue. Cependant, il y a une discrétion, à savoir : Est-ce qu'on rend public? Là, ça serait systématique.
Donc, ça, c'est une idée, là, qui vous plaît, a priori.
M. Savard
(Christian) : Oui, tout à fait, puis nos propositions vont pour
renforcer cet aspect-là du projet de loi.
M. Charette :
Vous avez aussi mentionné... Désolé, hein?
M. Savard
(Christian) : Oui, allez-y.
M. Charette :
Je semble bousculer le temps, mais c'est le temps qui est très, très limité.
Vous avez fait référence aux deux
tiers en transport, et notre collègue, et je le comprends tout à fait, de
Jacques-Cartier a posé plusieurs questions très pertinentes à ce sujet-là
hier. Je l'en remercie.
Nous, on ne dit pas qu'on va changer la règle des
deux tiers, mais qu'on se laisse la possibilité de la revoir pour une
raison bien simple, et ça a été très bien expliqué. Je pense, c'est
M. Webster, hier, qui disait ça. Actuellement, c'est systématique, les deux tiers, mais sans qu'il y ait de programme
ou de résultat acquis, ce qui fait que le transfert est fait de façon automatique, et les sommes finissent par
se perdre, en quelque sorte, sans qu'on ait toujours les résultats escomptés.
Nous, clairement, les
transports, c'est notre défi, 43 % de nos émissions, mais vous allez voir...
et, je pense, le budget va pouvoir en
rassurer plusieurs à ce niveau-là. Déjà, on mentionne une chose : tous les
revenus du Fonds vert, qui est appelé à changer de nom, ne suffiront pas
pour financer nos programmes et nos intentions pour les prochaines années. Donc, il faudra beaucoup recourir au PQI,
et le transport collectif, étant donné qu'on parle d'infrastructures, est
plus facilement finançable à travers le PQI qu'à travers des sommes provenant
du Fonds vert.
Donc, on aura, au cours des prochaines semaines,
la possibilité de rassurer certaines inquiétudes, mais je comprends tout
à fait le questionnement de mon collègue de Jacques-Cartier. On ne veut pas
minimiser l'importance du défi des transports, mais on veut le financer de la
bonne façon pour ne pas accaparer l'ensemble des revenus du Fonds vert.
Une autre petite
question. Vous avez fait référence, à juste titre, à votre rôle auprès des communautés,
auprès de l'aménagement du territoire. Vous militez pour une politique. Je
pense que notre collègue au niveau du MAMH, des Affaires municipales, travaille
dans cette direction-là. On l'accompagne, d'ailleurs.
Mais, au niveau des
communautés, comment le gouvernement pourrait mieux les appuyer? Je vous donne
un exemple qui a été soulevé hier, qui
mérite réflexion de notre côté. La FQM dit : Financez les MRC comme vous l'avez
fait pour les milieux humides, pour que
chaque MRC puisse se doter, en quelque sorte, d'un plan. Sans vous dire que c'est
l'idée à retenir, mais c'est une des idées
qui a été évoquée hier, quel pourrait être l'appui donné aux communautés pour
qu'elles puissent, justement, jouer pleinement leur rôle au niveau de la lutte
aux changements climatiques?
M. Savard (Christian) : Bien, en ce qui concerne les communautés, c'est
une bonne... Il faut des incitatifs pour les diriger dans la bonne
direction. J'ai juste un petit bémol sur l'idée de saupoudrer des plans partout
au Québec. C'est sûr que, par exemple, la Fédération québécoise des
municipalités va dire : Aïe! Donnez-en un petit peu à tout le monde. Je crois qu'on est rendus aussi à
récompenser les meilleurs pour faire une émulation, pour que tout le monde
veuille rattraper les meilleurs.
Et là je vais vous parler du programme ÉcoQuartier
français, qui a fait ça. Ils étaient en retard sur les Allemands. Les Allemands arrivaient avec des beaux
écoquartiers avec une empreinte écologique très faible. Et donc on a soutenu
les meilleurs pour faire des projets types,
et ça, au Québec, on n'en a pas beaucoup. Donc, oui, il faut aider un petit peu
tout le monde, mais il faut aider aussi les
meilleurs, les municipalités qui ont le goût de faire des projets innovants, avec
un coup de pouce financier.
Comme je le dis
souvent, il faut concentrer la machine municipale à faire des bons projets
plutôt qu'à écrire des règlements de dézonage agricole. Si on leur donne de
l'argent pour faire des bons projets, ils vont mettre leurs ressources là. Donc,
il faut des incitatifs, de la même manière qu'on le fait pour la voiture
électrique. Il faut des incitatifs aux villes pour faire autrement. Donc, un
soutien financier va être essentiel parce qu'il y a une limite aussi à la
réglementation, d'un point de vue politique.
M. Charette :
Je ne prends pas parti à ce moment-ci, mais le contre-exemple ou le
contre-argument qu'on nous donne au
moment de consultations, notamment, c'est que les plus petites municipalités
n'ont pas forcément les effectifs, au niveau de leur administration municipale, pour élaborer
des plans ou des programmes, étant déjà très, très limitées au niveau de
leurs moyens d'action. Je ne dis pas qu'il
faut y aller dans une direction plutôt qu'une autre, mais, par rapport à l'argument
que vous invoquez, certains nous répondent : Nous, comme petite
municipalité, on n'a pas les ressources pour mettre de l'avant des initiatives
de cette nature-là.
M. Savard
(Christian) : Vous avez tout à fait raison, et pour... Il existe des
programmes, à
titre d'exemple, Climat municipalités. Vivre en ville, on appuie
Saint-Camille. Vous savez comment que c'est gros, Saint-Camille, ce n'est pas très gros. Ils ont obtenu la subvention et on appuie
Saint-Camille pour faire un petit développement résidentiel dans leur village. Effectivement, leur donner un appui de type climat-municipalité
peut être intéressant aussi et, des fois, il faut des enveloppes dédiées
à certains types de milieux.
J'ai écrit un texte la semaine dernière sur les
banlieues, où est-ce qu'habite la moitié des Québécois. On les oublie souvent, qu'il faut, justement,
peut-être la voir différemment,
et des programmes spécifiques qui s'adresseraient à ce type de milieu là pourraient être intéressants. Pour
éviter que les quartiers centraux, Montréal, Québec aillent chercher la part
du lion, ils pourraient avoir des enveloppes dédiées.
Le Président
(M. Polo) : M. le député de Bourget.
M. Campeau :
Merci. Merci de votre présentation, c'est toujours aussi, je dirais, terre à
terre et pertinent. Quand vous parlez d'évaluation des projets en
dollars par tonne, je comprends qu'il peut y avoir d'autres façons différentes,
regarder le retour sur investissement, et on
peut même étirer ça, regarder l'effet marketing sur la population aussi. On peut
regarder ça de bien façons. Ça me semble
compliqué. Parce qu'à la fin est-ce qu'on n'est pas en train de se compliquer
la vie? Parce que le dollar par tonne, c'est simple à expliquer. Je me pose la
question.
M. Savard (Christian) : Bien, c'est intéressant, mais parfois c'est
limité. Je vais vous donner l'exemple. On dit souvent : Le transport collectif, ça coûte cher par tonne. Ce qui
est compliqué là-dedans, c'est qu'on n'est pas capable de mesurer l'effet indirect. Je vais vous donner un
exemple qui est lié aux différentes stratégies qui a eu lieu au Québec au
niveau des changements climatiques.
En 2006, il y a eu un... c'était 200 millions
par année, il y avait 100 millions qui allait aux transports collectifs.
Une des choses que ça a faite, c'est
multiplier des plus petits projets à Québec. Pour ceux qui connaissent
Montréal, la ligne orange est surchargée. Il y a une ligne qui s'appelle
la 427, qui vise à désengorger la ligne orange. À l'époque, le gouvernement du
Québec a mis de l'argent dans cette ligne-là à travers son programme pour,
justement, aider la ville de Montréal. Là, on peut dire : On a mis la 427,
il y a tel achalandage, ça fait tel dollar de la tonne, mais excepté qu'il y a
eu effet d'entraînement et que, maintenant, ce bus-là qui était aux 15,
10 minutes au début est rendu aux trois
minutes parce qu'il est très populaire. Mais l'argent supplémentaire qui a été
mis par la ville de Montréal, il n'est pas calculé dans le coût à la
tonne. Donc, il y a parfois des effets indirects, des effets d'entraînement. La
densification qui se fait parfois autour du
transport collectif qui fait que c'est des gens qui émettent moins de gaz à
effet de serre, ce n'est pas calculé
non plus. Donc, le coût à la tonne est souvent... peut être parfois limité sur
certaines choses. Après ça, il existe des moyens de faire des grilles
pondérées avec des évaluations sur l'écobénéfice.
On a fait venir
récemment un expert de Californie, donc notre partenaire dans le marché du
carbone... Oui?
Président (M. Polo) : C'est juste parce qu'il reste
30 secondes puis je sais que la députée d'Argenteuil voulait
peut-être intervenir.
M. Savard
(Christian) : Excusez. C'est correct, je vais arrêter sur mon exemple.
Le Président
(M. Polo) : Non?
Une voix :
...mais en 30 secondes.
Le Président
(M. Polo) : Ah! O.K. Bien, parfait. Terminez votre réponse, dans
ce cas-là, puis...
M. Savard (Christian) : Puis qui disent : Il y a la crise
climatique, il y a la crise des transports, il y a la crise de l'habitation. Pourquoi, quand on fait un
investissement, on n'essaie pas de faire un investissement qui va s'attaquer à plus
qu'un problème à la fois? Donc, évaluer la
question d'écobénéfice est très important, surtout que, dans certains cas, c'est
indirect. Merci.
Le Président
(M. Polo) : Merci. La députée de Maurice-Richard,
s'il vous plaît.
Mme Montpetit :
Je vous remercie, M. le Président. Bonjour, tout le monde. Mme Robin,
M. Savard, merci d'être là, avec
nous, aujourd'hui. J'ai quelques questions sur la recommandation que vous nous
faites, puis c'est plus des questions, je
vous dirais, de... parce qu'on a eu des échanges hier, justement... Il y a
beaucoup de recommandations qui sont faites puis je pense qu'il faut
peut-être se concentrer sur les principes qui sont derrière ces
recommandations-là aussi pour faciliter les discussions puis... Donc, vous
recommandez, entre autres, que la transition énergétique soit au niveau du ministère de
l'Environnement. Est-ce que, dans le fond, ce qui sous-tend cette
recommandation-là, c'est de retrouver tout au même endroit? C'est pour
des enjeux de coordination, d'efficience, d'efficacité?
M. Savard (Christian) : ...
Mme Montpetit :
Tout à fait, c'est ça. O.K. Parce que ce que vous recherchez, dans le fond,
c'est... puis peut-être, vous pouvez
nous parler de votre expérience personnelle aussi, parce que ça a été mentionné
à plusieurs... Hier, on a parlé beaucoup, justement, bon, de
transparence, de reddition de comptes avec les groupes qui étaient présents,
mais aussi d'agilité, d'efficacité, d'efficience, donc j'imagine que c'est de
ce côté-là que vos recommandations se portent, là, particulièrement, là.
M. Savard
(Christian) : Effectivement, parce que, parfois, il peut y avoir... parfois, puis on va se le dire,
là, parfois, c'est carrément des rivalités, là, pour les budgets,
pour l'attention, pour la notoriété. On sait que, dans l'État, il y a des
très grandes missions. Tu sais, très
souvent, on va dire la santé, l'éducation puis, parfois, on va rajouter
l'économie. Nous, nos objectifs,
c'est que la lutte contre les changements climatiques atteigne la masse
critique, parce que c'est le grand défi
de notre siècle, atteigne la masse critique, pour devenir l'une de ces grandes
priorités là. Et, pour atteindre cette masse critique là, il faut des
moyens et il faut effectivement une masse critique d'expertise et de moyens
d'intervention. Donc, c'est un des objectifs et c'est pour ça qu'on ose même
aller plus loin avec l'idée d'un ministre d'État.
Mme Montpetit :
Puis quelles seraient les conséquences? Parce que, justement, hier, les groupes
qui sont venus, on a parlé
particulièrement de Transition énergétique Québec, de TEQ, où on nous a dit,
justement, que ça fonctionnait bien.
C'est une jeune société d'État, mais qui fonctionne bien, qui fait ses preuves
sur le terrain. Le fait de ramener son expertise
au niveau du ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles, ce que j'en
comprends, justement, c'est que là la proposition qui est faite, qui est
sur la table avec le projet de loi n° 44, c'est d'avoir deux ministères
qui sont responsables comme si c'était deux
choses, deux objectifs différents, alors que ça devrait être amalgamé, là.
Est-ce que vous voyez que, vous,
comme organisation, dans le fond, ça pourrait avoir un impact sur la rapidité à
laquelle vous allez avoir des
réponses, sur le choix des projets qui vont être faits? J'aimerais ça vous
entendre sur vos préoccupations, sur votre vision de ce qui est proposé
par...
M. Savard
(Christian) : Bien, c'est
effectivement ça et c'est pour ça qu'on fait souvent une société d'État pour
certains programmes. Il y a une certaine agilité, une certaine simplicité dans
la prise de décision. Mais je ramène mon
argument premier, c'est afin d'avoir une cohérence globale. Lorsque c'est dans
différents ministères, et malheureusement on le constate bien, des fois, on a beau avoir les meilleures intentions
du monde, je connais c'est quoi, des partenariats entre organisations.
Sinon, on va faire un partenariat. Tu as des cultures différentes, donc,
d'avoir un ministre des changements... à la
Lutte et l'Adaptation aux changements climatiques fort nous semble... avec qui
il va avoir beaucoup de chaleur,
parce qu'on sait, hein, qu'il y a beaucoup de chaleur sur cet enjeu-là, nous
semble... et qui a tous les moyens aussi,
qui n'est pas en train de devoir défendre, par exemple, sur le Fonds vert,
défendre des décisions qui ont été prises, des fois, par d'autres
ministères, qui est complètement imputable, nous semble la meilleure route.
Mme Montpetit :
Je serais curieuse de vous entendre. J'imagine, vous avez suivi, justement, les
travaux qui ont débuté hier, les consultations. Il y a des groupes qui
nous ont proposé, justement, que ce soit chapeauté au niveau du Conseil exécutif, au niveau du premier ministre,
dans le fond, pour s'assurer... Puis, j'imagine, ça va un petit peu dans
l'idée que vous proposez, encore là je ne
veux pas vous faire dire quelque chose, mais au niveau du principe de dire que
ça devient un peu davantage par appui ou davantage transversal, où il y a une
autorité qui est un petit peu plus forte par
rapport aux différents ministères, aux différents projets qui sont déposés,
projets d'infrastructures et autres, là, j'imagine, ça, vous êtes
confortables avec l'idée au niveau du principe.
M. Savard (Christian) : J'ai
fait science politique avant de faire aménagement du territoire, et je vous
dirais que d'aller au premier ministre, c'est probablement trop gros. Il nous
faut un ministre qui se consacre à ça, et dont c'est la mission. Le premier ministre, une de ces choses qu'il doit
faire, c'est les différents... excusez-moi, oui, il tranche entre les
différents... c'est ça. Donc, je ne pense pas que ça doit aller sur le premier
ministre. Par contre, ça doit aller sur un
ministre beaucoup plus fort que c'est actuellement, où surtout qu'actuellement
c'est très dispersé. Donc, je pense qu'on pourrait arriver à cette
cohérence-là et à cette force d'impact là à travers un ministre d'État. Premier
ministre, je pense qu'on va un petit peu trop haut, là, dans la hiérarchie, à
notre avis.
Mme Montpetit :
D'accord. Et, encore là, au niveau de vos recommandations, vous suggérez, comme
d'autres groupes l'ont fait, là, d'inscrire dans la loi les cibles
adoptées pour 2030. Vous suggérez aussi qu'on en profite pour finaliser
l'adoption de celles de 2050. Puis vous parlez de cibles quinquennales, ce qui
est très intéressant, cibles de mi-parcours. Est-ce que, juste pour clarifier,
est-ce que suggérez aussi que ces cibles quinquennales soient inscrites dans une loi ou juste qu'elles soient discutées,
qu'elles soient adoptées pour donner, justement, des objectifs de mi-parcours?
M. Savard
(Christian) : Une des choses
que je retiens des dernières années, c'est que plus des choses qui sont
inscrites dans la loi, plus qu'elles prennent de l'importance. Par exemple, parenthèse,
c'est pour ça qu'on considère qu'on veut garder le deux tiers, malgré... le
deux tiers en transport dans la loi, parce que c'est dur. Tu sais, on
dit : C'est du
«hard politics», là, c'est la loi. Donc, plus qu'il y a de choses qui est
inscrit dans la loi, plus qu'on rend formelles nos cibles.
Les cibles
intermédiaires, c'est pour éviter l'effet de : oui, on avance, on avance,
on avance puis on espère que, par
exemple, la technologie va nous sauver en 2029 donc... Et là on se retrouve en 2029, puis ah!
on a raté notre coup, hein,
finalement, l'auto électrique n'a pas été si vite qu'on pensait, puis il y a
d'autres actions qu'on aurait dû prendre plus tôt qui auraient été
structurantes.
À
titre d'exemple,
nous, on défend beaucoup les questions de comment on construit nos villes. C'était très
fort, dans le PACC 2012... 2013‑2020, mais on n'a rien fait, finalement, pour
vrai. Mais, si on avait fait des choses, à ce moment-là, quand on a commencé en 2012‑2013, bien, on aurait
déjà des résultats. Donc, c'est pour éviter aussi l'espèce de tendance
qu'on a, là, à dire : On va y arriver à la toute fin. Donc, en se mettant
des cibles plus tôt, on s'assure d'y arriver.
Mme Montpetit :
Parfait. Je vous entendais parler de l'enveloppe réservée de deux tiers pour le
transport collectif, puis mon collègue de Jacques-Cartier, justement,
souhaitait échanger avec vous là-dessus.
Le Président (M. Polo) :
Allez-y, M. le député de Jacques-Cartier.
M. Kelley :
Oui. Alors, encore, je sais que le ministre a parlé un petit peu de ce sujet,
mais juste une question pour vous
autres. Je comprends que peut-être deux tiers, pour le gouvernement, c'est
trop, il veut mettre l'argent dans les autres places comme l'innovation, et tout ça, mais, selon vous, autres, est-ce
que... s'il n'y a pas un maximum, est-ce que c'est important de quand
même avoir un minimum taux des fonds qui est réservé pour le transport
collectif?
M. Savard
(Christian) : D'abord, je
tiens juste à mentionner que le deux tiers est réservé au secteur des transports
et pas uniquement du transport collectif et
je resouligne que — c'est
une des raisons — c'est
aussi parce que l'argent vient essentiellement
du secteur des transports. Et, encore une fois, quand c'est inscrit dans la
loi, tu t'assures de l'avoir, tu ne peux
pas le changer à moins de passer à travers le processus législatif. Là, tu peux
avoir des très bonnes intentions, mais là on ne les connaît pas encore, les intentions. Moi, j'ai toujours
tendance à vouloir, lorsqu'il y a quelque chose d'attaché dans une loi, à ne pas le perdre. Et ce n'est pas
comme si on avait réglé la question des transports, et ce n'est pas comme
si ce n'était pas le plus grand défi encore
plus grand que ce ne l'était. Donc, il y a suffisamment de besoins dans ce secteur-là,
et les secteurs des transports paient déjà
beaucoup, hein, c'est les camionneurs, c'est les automobilistes qui paient pour
ça. Donc, je pense que c'est normal aussi d'y arriver. Il y a des bonnes
raisons, là, de conserver cet élément-là.
M. Kelley : Et merci
pour... vous avez corrigé sur le point du transport, et j'imagine, ça, c'est le
lien avec la recommandation 18 sur un programme qui est autofinancé pour
les véhicules électriques. C'est bien ça? Est-ce que vous pouvez juste
expliquer un petit peu votre recommandation 18?
M. Savard
(Christian) : Oui. Bien, on
sait qu'il va y avoir toujours des voitures. On aurait beau diminuer de moitié
les voitures, le nombre de voitures au
Québec, il va toujours en rester, donc l'électrification est très importante.
Et malgré le fait que le Québec, à
l'échelle de l'Amérique du Nord, est un bon joueur, à l'échelle mondiale, on
n'est pas là non plus. Ça ne va pas
assez vite. Pour aller plus vite, il va falloir continuer les incitatifs et,
pour continuer les incitatifs, il va falloir aller chercher de l'argent. Parce que, là, on va mettre
800 millions pour les 100 000 véhicules électriques, c'est vraiment
beaucoup d'argent. Donc, si on continue à
piger dans l'enveloppe pour les véhicules électriques, l'enveloppe va être prise.
Donc, il faut un autre mécanisme de
financement des incitatifs, et la redevance remise est, selon nous, la
meilleure solution pour que les autres secteurs des transports
continuent à bénéficier des sommes.
Le Président (M. Polo) : Merci
beaucoup. Mme la députée de Mercier.
Mme Ghazal : Merci beaucoup.
Désolée, je n'étais pas présente à votre présentation, mais j'ai quand même
pris le temps de lire le mémoire et les recommandations.
Moi, j'aurais
une question par rapport à ce que vous proposez sur redevance remise. Juste
peut-être, là, vous venez d'en
parler, mais juste de nous l'expliquer un peu plus, au-delà de la question
financière aussi, parce que je comprends que vous voulez sortir l'argent
de la lutte aux changements climatiques, que ça soit un système qui va
s'autofinancer. Peut-être nous l'expliquer un peu mieux...
M. Savard
(Christian) : Bien, puisque
l'électrification des transports et les incitatifs sont encore nécessaires pour,
justement, faire en sorte que les Québécois s'achètent davantage de véhicules
électriques, il faut trouver un moyen de les financer. Et plus qu'il va y en
avoir, plus ça va coûter cher, plus qu'on ne pourra plus se servir du Fonds
vert.
Donc, nous,
on propose qu'il y ait une légère redevance payée par les achats de véhicules à essence qui va servir de remise aux achats
de véhicules électriques. Donc, on se retrouve avec un fonds autofinancé au
niveau du parc des véhicules routiers et, de
cette manière-là, bien, on peut garder le reste de l'argent pour faire autre
chose, parce que les défis sont immenses. Donc, est-ce que j'ai répondu
clairement?
Mme Ghazal : Donc, c'est un peu
le bonus-malus, là? Vous, vous l'appelez...
M. Savard (Christian) : Si vous
voulez, oui.
Mme Ghazal :
Mais c'est la même chose. Vous l'avez juste changé parce que... O.K.
M. Savard (Christian) : Tu sais, oui, mais on veut que ça soit un fonds
autofinancé puis que ça se balance, donc, en fonction... Tu sais, au
début, le malus va être très limité, parce qu'il s'achète 400 000 véhicules par année, tu n'auras
pas besoin d'un gros malus, donc d'une
grosse redevance pour payer les incitatifs. Puis, à un moment donné, on va avoir...
la roue va être bien partie, puis on n'aura plus besoin du programme.
Mme Ghazal :
Puis ce seraient les redevances sur tous les véhicules, peu importe où on se
trouve au Québec, et tout ça. Il n'y
aurait pas comme une sorte de... Ça, ce n'est pas quelque chose que vous
proposez, peu importe, sur 100 % des véhicules à essence, il
faudrait qu'il soit... qu'il y ait une taxe.
M. Savard
(Christian) : Tout à fait. Est-ce qu'il pourrait y avoir des
exceptions x, y, z? Peut-être, là, mais...
Mme Ghazal :
O.K., non, je voulais juste savoir. O.K. Puis, c'est ça, vous dites qu'il faut
maintenir, là, le deux tiers pour le transport et que ce soit dans la
loi. Dans la recommandation 15, vous dites qu'il faudrait assurer la
traçabilité des sommes des fonds qui sont
dédiés aux luttes aux changements climatiques, notamment les investissements en
transport. Est-ce que vous pouvez l'expliquer un peu plus? Vous n'en
avez pas parlé.
M. Savard (Christian) : Bien, c'est un enjeu auquel on a fait face. On
suit évidemment la question du financement du transport collectif, et
c'est un enjeu auquel on a fait face dans les dernières années. Les transports
au Québec sont financés par quelque chose
qu'on appelle le FORT, le fonds des transports routiers ou du transport des
personnes, et ça vient de la taxe sur l'essence. Mais, depuis quelques
années, ça vient également du Fonds vert, et on dit qu'on le met aux transports
collectifs. Mais le FORT, c'est un pot. Donc, comment tracer l'argent? Ce n'est
pas évident. Voilà.
Le Président
(M. Polo) : M. le député de Jonquière.
M. Gaudreault :
Oui, merci. Merci beaucoup de votre présence. Recommandation 8 :
«Inscrire dans la loi la cible de
réduction déjà adoptée pour 2030.» Je veux juste être clair : Vous voulez
qu'on maintienne le 37,5 % à ce stade-ci?
M. Savard
(Christian) : Oui.
M. Gaudreault :
O.K. Donc, vous êtes contre une hausse des cibles d'ici 2030?
M. Savard
(Christian) : Je ne serais pas contre.
M. Gaudreault :
Non, non...
M. Savard (Christian) : Mais, ayant fait
partie du groupe de travail,
justement, du comité consultatif qui avait adopté, je vais être solidaire de la décision qui avait été prise. Mais,
si le gouvernement veut aller plus loin, je ne serai vraiment pas
contre. Mais on est à l'aise avec le 37,5 %.
M. Gaudreault :
O.K. Je veux juste vous entendre. Moi, je trouve ça génial, là, votre idée de
ministre d'État aux Changements climatiques.
Mais, admettons que ça ne marche pas, dans le contexte actuel tel que la loi
est présentée, comment vous percevez
le rôle du ministre, qui se donne un rôle d'avis-conseil avec comme un pouvoir
qui, à mon point de vue, il n'a pas
vraiment les moyens pour l'exécuter? Alors, est-ce que... Et vous avez un
bagage en science politique que vous nous avez appris, alors comment
vous voyez ça dans le fonctionnement, là, de l'application de la loi?
M. Savard (Christian) : Bien, d'abord, ce qui est l'aspect intéressant de
la loi, c'est qu'on se retrouve avec un ministre qui va avoir toujours la... il va assumer la pression de la
lutte contre les changements climatiques, notamment au niveau des dépenses des fonds. En tout cas,
c'est ce qu'on comprend de l'intention. Effectivement, il va avoir un pouvoir
de recommandation. Ça va être quelque chose qu'il va falloir voir évoluer. Ce
n'est pas toujours évident que ça a un véritable
impact ou pas, et c'est pour ça que nous, on va plus loin et on pense qu'il
doit y avoir, de manière générale dans l'appareil gouvernemental, une
clause de réflexe climatique, un peu comme il existe, lorsqu'on prend des
décisions au Conseil des ministres, une
clause pauvreté. Bien, il faut aussi une clause climatique qui va venir,
justement, aider le ministre à travers les différentes décisions
gouvernementales.
Je dois admettre que, pour moi, ce qui va aider
encore plus, c'est l'idée qu'il va y avoir un chien de garde, qui sera
un comité consultatif indépendant qui va devenir un peu un des contre-pouvoirs.
Gaudreault : Et le Commissaire au développement durable.
M. Savard (Christian) : Et le Commissaire
au développement durable sur,
souvent, un peu plus les processus. Donc, de ce mélange-là, on va venir,
avec le Commissaire au développement durable et le comité consultatif, un peu
combler le trou qu'il y a avec l'abolition du Conseil de gestion du Fonds vert.
Donc... Le temps est terminé? Parfait.
Le Président (M. Polo) : Merci
beaucoup. Je vous remercie pour votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les
travaux quelques instants pour permettre aux représentants de l'Association
québécoise de la production d'énergie renouvelable de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à
10 h 15)
Président (M. Polo) :
Je souhaite la bienvenue au représentant de l'Association québécoise de la production
d'énergie renouvelable, M. Jean-François Samray. C'est bien ça?
M. Samray
(Jean-François) : Tout à fait, M. le Président. Bonjour.
Président (M. Polo) : Président-directeur général. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé.
Puis nous procéderons, par la suite, à une période d'échange avec les membres de la commission. Donc, je vous invite à vous présenter et
à débuter votre exposé.
M. Samray (Jean-François) : Parfait. Alors, mon nom est
Jean-François Samray. Comme vous l'avez dit, je suis le P.D.G. de
l'Association québécoise de la production d'énergie renouvelable, une association
qui regroupe plus d'une centaine de membres,
lesquels sont actifs dans la production des énergies renouvelables : l'hydraulique, l'éolien, la cogénération à la biomasse, le solaire
photovoltaïque, les biocarburants et, depuis peu, l'hydrogène vert également.
Donc, ça me fait plaisir en leur nom et au nom du conseil d'administration de
présenter notre mémoire. Et donc, pour les auditeurs qui nous suivent par la
voie des ondes, je vais lire une synthèse, puis ça me fera plaisir de discuter.
Alors, tandis que les coûts des énergies
renouvelables ne cessent de diminuer, celui des changements climatiques ne cesse d'augmenter. Les travaux du consortium
Ouranos démontrent que le Québec ne fait pas exception. L'inaction a
donc un coût sur les finances publiques. L'enjeu est d'autant plus urgent que,
selon le récent Inventaire québécois , les
émissions de gaz à effet de serre n'ont été réduites que de 8,7 %, alors
que l'objectif fixé pour 2020 est une réduction de 20 %. L'AQPER a donc accueilli avec satisfaction la
détermination affichée par le ministre de l'Environnement et de la Lutte
aux changements climatiques à redresser la barre afin d'atteindre la cible
fixée pour 2030.
L'APQER est d'avis que les ancrages suivants
devraient inspirer le gouvernement dans l'ensemble de ses actions :
Un, une vision de long terme, laquelle permet aux citoyens et aux entreprises de
prévoir ce qui est attendu de leur part et du cadre réglementaire, budgétaire et fiscal dans lequel ils
évolueront; le deuxième principe, l'efficience économique, les besoins en société étant illimités alors que
les ressources ne le sont pas nécessitent la meilleure utilisation des fonds
publics; troisième point, l'imputabilité,
des actions et des décisions doivent amener les élus, les gestionnaires et les décideurs
économiques, peu importe leur niveau de
responsabilité, à chercher la meilleure efficience des fonds qui leur sont confiés;
et quatre, la justice sociale, en permettant l'accès à des programmes de
formation et de conversion des compétences de la main-d'oeuvre vers des savoirs
qui sont requis par les nouvelles technologies.
Venons-en au financement de la réduction des GES. L'AQPER salue la volonté du législateur d'affecter
le nouveau Fonds d'électrification et
des changements climatiques uniquement au financement de mesures visant la
lutte contre les changements
climatiques et de modifier la
Loi sur le vérificateur général pour ajouter aux
responsabilités du Commissaire au
développement durable celle de faire part annuellement, dans la mesure qu'il
juge appropriée, de ses constatations et de ses recommandations en lien
avec ce fonds.
Le prochain plan d'action sur l'électrification et
les changements climatiques précisera les mesures et les initiatives qui seront attendues. Les membres de l'AQPER se
réjouissent de l'importance encore plus grande que prendra la production
et la valorisation de l'électricité.
Certains usages ne pourront cependant effectuer ce virage, notamment en ce qui
a trait aux besoins thermiques. Le
fait de pouvoir compter sur une électricité renouvelable accessible et
compétitive permettra notamment aux biocarburants fabriqués ici d'avoir
l'empreinte carbonique parmi les plus faibles de la planète. Cette particularité permettra d'apporter des réponses de
court et de moyen terme aux millions de voitures et camions actuellement
sur les routes, aux locomotives et véhicules
hors route ou agricoles qui doivent impérativement réduire leur empreinte
carbonique. Il en va de même de l'hydrogène
vert, qui pourrait être fabriqué ici. C'est pourquoi l'AQPER invite fortement
le ministre à prévoir un financement à la hauteur du défi qui
est devant nous, non seulement pour les initiatives de conversion vers l'électricité, mais également pour les autres
formes d'énergie renouvelable. La combinaison de ces forces facilitera
non seulement la transition énergétique, mais également la transition
économique du Québec vers un avenir durable.
En plus du
financement, l'AQPER considère qu'il est de la plus haute importance
d'identifier des cibles et des indicateurs
de performance attendus, d'en mesurer la progression et d'en communiquer les
résultats avec une base connue et
périodique. Le fait d'avoir un portrait fidèle de la réalité et des éventuels
écueils rencontrés permettra d'apporter, au moment venu, des correctifs afin de ramener le Québec vers l'atteinte
des résultats attendus. Parmi tous ces indicateurs possibles, il reviendra au ministre
de retenir les plus pertinents, le prix à la tonne de GES évités faisant nécessairement
partie de cette courte liste.
L'AQPER invite, par
ailleurs, le gouvernement à faire preuve de plus grande transparence en
favorisant, entre autres, une valorisation maximale des statistiques en mode
données ouvertes concernant l'énergie, l'efficacité énergétique et la réduction
des émissions de GES. Ainsi, afin de faciliter la transition du parc immobilier
et des parcs des véhicules appartenant au périmètre gouvernemental, l'AQPER
recommande que leurs données de consommation énergétique soient rendues
disponibles sur le portait gouvernemental Données Québec. Cette disponibilité
permettra à de nombreux entrepreneurs de
présenter des solutions novatrices permettant à l'État de réaliser sa
transition de façon la plus efficace
qui soit. L'AQPER est également d'avis que la mise en ligne de façon ordonnée
et référencée des innombrables séries
de données fournies par les distributeurs d'énergie à la Régie de l'énergie
dans le cadre de leurs engagements ou déposés en preuve lors d'audiences
serait un grand pas en avant.
Maintenant, pour la gouvernance de la lutte aux
changements climatiques, l'AQPER appuie la décision du gouvernement de confier un rôle accru au ministre de l'Environnement et
de la Lutte contre les changements climatiques afin qu'il devienne le conseiller du gouvernement sur toute question
touchant la lutte contre les changements climatiques et l'électrification de l'économie. Il est en
effet primordial que le gouvernement assure une cohérence et une gouvernance
intégrée à l'échelle gouvernementale de ses
actions, et qu'à ce
chapitre le ministre soit consulté sur l'élaboration de toute
mesure susceptible d'avoir un impact en matière de lutte contre les changements
climatiques et l'électrification de l'économie. Nous sommes heureux de
constater que le projet de loi lui confère, à l'article 1, qui intègre
l'article 10.1, le pouvoir de recommander des ajustements.
Afin de
remplir toutes les attentes et les obligations liées à ce nouveau rôle ainsi
qu'au nouveau processus mis de
l'avant par les nouvelles dispositions de la LQE, l'AQPER est d'avis que la
société québécoise tout entière gagnera à ce que le ministre de l'Environnement et de la Lutte contre les
changements climatiques puisse compter sur des ressources humaines suffisantes,
en nombre et en qualité, pour répondre à l'ensemble des obligations qui lui
sont conférées.
L'AQPER se réjouit aussi de constater que le
ministre a prévu la mise sur pied d'un comité consultatif dans la plus pure tradition du modèle québécois. Dans
la continuité des groupes mis à contribution dans le cadre des travaux préparatoires du PECC, l'AQPER verrait d'un très
bon oeil que les associations sectorielles soient mises à contribution
au sein du comité. Celles-ci possèdent la connaissance terrain et l'accès à un
large bassin d'experts. C'est pourquoi l'AQPER se place à la disposition du
ministre et de ses équipes afin d'apporter des retours d'expériences vécues ici
et de par le monde aux travaux dudit comité.
Quant à la gouvernance de la transition
énergétique, en ce qui a trait à l'abolition et la réintégration de Transition
énergétique au sein du ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles,
l'AQPER invite le législateur à reconsidérer son intention. Notre association
soumet respectueusement qu'il serait possible d'accroître l'imputabilité de TEQ sans procéder au démantèlement complet de
cette jeune société d'État, qui a su faire ses preuves, qui a su faire
preuve d'efficience et a aussi été en mesure d'accompagner toutes les parties
prenantes.
À l'instar
d'Hydro-Québec, la Société des alcools, de la SEPAQ et d'autres sociétés
d'État, TEQ a une mission et des
pouvoirs balisés par sa loi constitutive et doit réaliser son plan stratégique.
Elle ne peut faire ce que bon lui semble. L'AQPER est d'avis que la volonté gouvernementale d'accroître son
contrôle sur TEQ, exprimée par le projet de loi n° 44, pourrait tout aussi bien se réaliser par la
désignation de nouveaux administrateurs indépendants, d'une désignation accrue
d'administrateurs non indépendants, voire
même aller jusqu'à la désignation d'un nouveau président-directeur général
sans pour autant abolir la société.
rapprochement des actions des responsabilités des ministères et organismes avec
leur mission est un principe fondamental de saine gouvernance.
L'abolition de TEQ et son intégration ou réintégration au sein d'un ministère
va difficilement respecter ce principe, ce
qui pourrait mettre le gouvernement en
porte-à-faux dans certaines de ses missions et l'exposer à d'éventuels écueils. Réintégrer TEQ au sein du MERN tout
en lui demandant de poursuivre la réalisation de son plan directeur, alors que le MERN a également pour mission
d'accorder des licences d'exploration et d'exploitation d'hydrocarbures sur le territoire québécois, placerait
le MERN en situation inconfortable, à savoir veiller à la mise en valeur
des hydrocarbures tout en coordonnant la
transition énergétique. Cet exercice de haute voltige pourrait exposer le ministre
et son ministère à des contestations
judiciaires de la part de parties prenantes se sentant lésées dans leurs droits
ou dans la volonté réelle du ministère de développer les hydrocarbures.
C'est
pourquoi l'AQPER insiste sur la nécessité de pouvoir compter sur une société
d'État qui répond à un impératif d'État dédié uniquement et entièrement
à la transition énergétique. Avec des programmes accessibles sur une base pluriannuelle, les projets de conversions
énergétiques peuvent à présent se planifier sur plus d'un trimestre, se réaliser
au moment le plus opportun et celui qui
causera le moins de pertes de productivité ou le moins de désagréments. La
prévisibilité tant appréciée des entrepreneurs leur permet de concevoir
et de planifier des travaux selon les règles de financement connues, de choisir les meilleurs équipements
disponibles ou de les faire fabriquer pour une date déterminée à un prix
compétitif, d'ordonnancer la réalisation des
travaux pendant une période qui optimise... en fait, qui minimise les pertes
de revenus, pour ainsi réaliser une
conversion à une optimisation au meilleur coût possible. Cette façon de faire a
comme effet direct de raccourcir la
période de retour sur les investissements, ce qui incite les gestionnaires et
les consommateurs à passer en action.
La Présidente
(Mme Grondin) : M. Samray, je vous invite à conclure,
en 30 secondes, s'il vous plaît.
M. Samray
(Jean-François) : Oui.
Regardez, je pense que vous avez compris le message, et donc on va aller
pour la discussion, on est ici pour ça.
La Présidente
(Mme Grondin) : Merci. Donc, M. le ministre, la parole est
à vous.
M. Charette : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci à vous
pour votre présence ce matin. Plusieurs éléments intéressants, là, pour
notre discussion, qui déjà, je vous le confirme, sera trop courte
malheureusement ce matin.
Vous êtes à la tête, littéralement, d'un domaine
d'avenir. Vous avez évoqué l'hydrogène, vous avez évoqué la gestion de la biomasse, l'énergie solaire, l'éolien
également, bref, beaucoup, beaucoup de potentiel. Vous avez mentionné, à juste
titre, qu'au fil des ans ces énergies
renouvelables là, leur coût diminuait de façon sensible, donc elles deviennent encore
plus intéressantes.
Petite question — vous
avez sans doute vu, avant les fêtes, qu'Hydro-Québec a publié son plan de
match, en quelque sorte, pour les
10 prochaines années, et la société d'État, qui a été longtemps dédiée à
l'hydroélectricité, envisage de façon concrète de développer ses expertises
dans ces domaines-là, notamment l'hydrogène : Pour vous, ce plan d'action là qui a été présenté en décembre,
vous l'avez reçu de quelle façon?
M. Samray (Jean-François) : Bien, écoutez, pour l'industrie, le premier
constat, et on fera le débat en long et en large devant la Régie de l'énergie, mais le premier constat qu'on a eu, ça a
été de voir que le plan d'approvisionnement a été déposé avec une vision
de «business as usual», et on ne voit pas dans le plan actuel, le plan
d'approvisionnement du distributeur, on ne
voit pas les efforts supplémentaires qui seront requis en électrification de la
société, et on attend vraiment le
plan d'électrification des changements climatiques qui va imposer une plus
grande utilisation de l'électricité pour faire des biocarburants, pour faire de l'hydrogène vert, pour déplacer des
combustibles fossiles. On ne le voit pas actuellement et on a hâte que le PECC soit déposé pour amener
un plan amendé. Et, regardez, les membres chez nous sont tout à fait
prêts et disposés à passer à l'action. Et,
avec un plan amendé, sur la base la PECC, bien, je pense que ça donnera un
signal clair.
M. Charette :
Je ne suis pas tout à fait certain d'avoir lu le même document que vous, parce
qu'au contraire Hydro-Québec, dans ce
qu'elle publiait en décembre dernier notamment, ne serait-ce qu'à travers
l'hydrogène, on parle d'une toute
nouvelle approche, on parle de concepts nouveaux, on parle d'un potentiel
immense pour le Québec. Fabriquer de
l'hydrogène, c'est une chose, le faire à partir de l'hydroélectricité, ça
confère un avantage encore plus important, là, à la société québécoise, mais c'est un potentiel que
vous souhaiteriez, à tout le moins, voir développé. C'est une des énergies
sur laquelle on doit miser, là, au cours des prochaines années.
M. Samray (Jean-François) : Oui, je vois le lien. Le lien, c'est que moi, je
vous parlais du plan d'approvisionnement et vous, vous me parlez du plan
stratégique.
M. Charette :
Oui. Non, effectivement, on ne parle pas de la...
M. Samray (Jean-François) : Voilà. Alors, dans le plan stratégique, écoutez,
on trouve ça très intéressant. On trouve...
Hier, j'étais au forum de l'énergie
du magazine les Affaires , et la présentation a été faite, et Hydro-Québec
y expliquait, par son représentant
David Vincent, qu'ils iraient vers l'hydrogène, la méthanation, c'est-à-dire
l'utilisation de l'hydrogène vert
avec du carbone vert pour faire du gaz naturel renouvelable, entre autres, l'utilisation dans les biocarburants aussi, qu'ils iraient par des prises de participation, et ça, on trouve que c'est une bonne nouvelle. Leur rôle, c'est de créer au
Québec un écosystème où on va pouvoir maximiser la valorisation de
l'électricité verte, puis on est heureux de voir qu'ils ne le feront pas
eux-mêmes, basés sur l'expérience d'HydroSolution et des chauffe-eau. Faire de
l'hydrogène, c'est un peu plus compliqué. Dans les chauffe-eau, ça n'a pas été
nécessairement une bonne histoire. Mais d'avoir Hydro-Québec comme partenaire investisseur et de créer ici le meilleur
environnement, c'est une très bonne nouvelle, d'ailleurs, parce que ça va donner des options à la valorisation de
l'électricité du Québec. Si on n'est pas capable de passer une ligne
électrique au New Hampshire, si on a de la difficulté à passer celle dans le
Maine, si on est obligé de faire des ententes avec le Nouveau-Brunswick pour
passer l'électricité en Nouvelle-Angleterre, bien là, l'hydrogène vert nous amène une nouvelle option qui va permettre
d'exporter à l'international un produit à grande valeur ajoutée, qui est
l'hydrogène vert, qui est unique et qui est recherché.
M. Charette :
Je vous confirme qu'on parle maintenant du même document. J'en suis ravi.
M. Samray
(Jean-François) : Ils en déposent beaucoup, de documents.
M. Charette :
Effectivement. Mais, ceci dit, vous avez raison, le PECC, bref, ce qui s'en
vient au cours des prochains mois va venir
aider à la coordination. C'est certain qu'on est en communication avec
Hydro-Québec. C'est clair que cette
vision devra être conjointe pour la suite des choses, mais c'est le but du PECC
de fédérer un petit peu le potentiel québécois.
En même temps, ce que j'ai eu l'occasion de répéter à plusieurs reprises depuis
hier, il faut distinguer le PECC du
projet de loi lui-même. Le projet de loi, c'est davantage au niveau de la
gouvernance, alors que le PECC sera beaucoup plus dans l'action.
Mais je comprends
que, par rapport au projet de loi n° 44 lui-même... une appréciation somme
toute positive, vous avez référé à plusieurs
éléments positifs. Je comprends aussi, par contre, votre questionnement au
niveau de TEQ, d'autres avant vous ont soulevé les mêmes
questionnements.
Je comprends aussi que vous avez un intérêt
particulier pour ce qui est de la composition du comité indépendant
lui-même. Ça, je dois vous avouer, ce sera un défi, et je pose souvent la
question. Vous étiez peut-être présent à la présentation
tout juste avant, mais plusieurs groupes déjà se manifestent comme étant
intéressés à être
partie prenante de ce comité-là.
Clairement, tous ne pourront pas y être. C'est la raison pour laquelle le
projet de loi fait référence notamment à une prépondérance du milieu
scientifique. Mais la composition idéale, pour vous, de ce comité-là, quelle
serait-elle?
M. Samray (Jean-François) :
Bien, je pense que, d'un certain côté, il y a nécessairement des
universitaires, dont la compétence fine dans
les technologies de pointe va être importante d'être présents. Mais, parfois,
de la théorie à la pratique, il y a
un grand pas, et donc, ce faisant... Et, sinon, la plupart des chercheurs
seraient des entrepreneurs à grande fortune, mais ce n'est pas souvent
le cas. Donc, de passer de la théorie à la pratique, il va nécessairement
falloir qu'à l'intérieur du comité il y ait
également des représentants de la société civile, mais également des gens dont
c'est le métier dans le quotidien,
qui ont essayé des choses, qui ont appris, qui ont eu des retours
d'investissement et qui peuvent dire : Bien, c'est beau en théorie, mais on vit ici au Québec, et non pas en
théorie, et donc, ce faisant, voici des écueils qu'il y a qu'il faut
tenir en compte.
M. Charette :
Je comprends tout à fait, mais la sélection elle-même, dans ce sens-là, elle
est problématique. Hier, on avait
Écotech, par exemple. Vous représentez plusieurs pans de l'industrie au niveau
de l'énergie renouvelable. On a eu, hier,
une association qui était davantage au niveau du domaine électrique lui-même.
Donc, ce côté pratique là, comment le
sélectionner? On évoquait... Une
collègue lançait la suggestion hier... Oui, il y a un comité, mais la
possibilité d'avoir une consultation avec les répondants de la société
civile, aidez-nous à résoudre ce problème-là. Le comité consultatif ne pourra pas être composé d'une centaine de
personnes, clairement, et, juste après deux jours, je pense qu'on se rendrait
aisément à plus d'une centaine de personnes si on acceptait toutes les
propositions qui nous sont faites à ce niveau-là.
M. Samray
(Jean-François) : Bien, je
veux dire... je pense, c'est une bonne nouvelle, ça démontre qu'il y a une
volonté de changement, une volonté d'agir et
de passer à l'action. Regardez, moi, je pense que d'avoir des représentants
de sous-groupes qui sont liés par les décisions prises par les sous-groupes, ça
amène une réflexion et que, derrière ça, ça
va demander du temps de la part des gens d'y être présents. C'est une façon que
vous avez utilisée pour la préparation du PECC, je pense que ça donne
des bons résultats. Dans la mesure où les représentants qui siègent au comité
sont redevables et tiennent la position qui a été collectivement adoptée,
regardez, ça peut être une façon de faire.
La Présidente
(Mme Grondin) : M. le député de
Bourget.
M. Campeau : Merci. Bien, pour
le comité consultatif, je vois, moi aussi, l'intérêt des gens à en faire
partie. C'est une bonne nouvelle, mais il va
y avoir assez de monde, j'espère, qui vont venir en transport en commun, parce qu'il risque d'être pas mal gros.
Vous
mentionnez l'évaluation des projets en coûts par tonne comme faisant
partie
d'une courte liste de critères. Pourriez-vous élaborer sur le reste de
la liste?
M. Samray (Jean-François) :
Oui. Bien, écoutez, moi, je vous invite, à titre... dans vos travaux, de
regarder d'autres exemples de reddition de comptes et d'autres exemples
d'agence de transition énergétique et aller voir Enova — E-n-o-v-a — .no,
qui est l'agence de transition... en fait, qui n'est pas l'agence, qui est une
société d'État norvégienne qui est responsable d'appliquer la transition
énergétique, et, chez eux, tous les projets qui sont déposés sont analysés, tous les projets sont listés et
accessibles par tout le monde, tous les projets qui sont acceptés... sont avec
la grille d'évaluation, et il y a une
reddition de comptes sur les GES ou l'efficacité énergétique générée. Donc, ça peut
être également l'efficacité énergétique générée ou ça peut être aussi l'effet
structurant sur l'économie globale du Québec. À
titre d'exemple, Enova a financé un projet beaucoup plus large, qui était faire
de l'aluminium vert pour Norsk Hydro. Ça
a été quelque chose qui a été fait à l'effet de dire qu'il y a également un
lien avec la structure économique, la conversion économique de ce pays.
Donc, ce
faisant, il est évident que l'efficacité... le coût par tonne est un
indicateur. Mais, si on prend l'exemple du véhicule électrique, à 204 $
par tonne, si on veut poursuivre, il va falloir avoir, dans le portefeuille de projets qui sont soutenus,
d'autres mesures qui produisent des coûts par tonne nettement
moindres, et, derrière ça, les biocarburants sont des façons de le faire
qui sont autour de 30 $ à 60 $, selon la technologie utilisée, et
donc... Hier, UC Berkeley était... présentait
une analyse qui témoignait qu'à 40 $ la tonne, l'impact sur la croissance économique
d'un pays est complètement non
documentable, non traçable. Donc, ce faisant, je pense qu'il y a
des indicateurs, comme vous le dites, et l'efficacité énergétique
générée ou le coût par tonne en sont deux très bons.
M. Campeau : O.K. Une autre question, c'est que le
Fondaction CSN est venu nous parler que, pour chaque dollar public, bon,
il réussissait à aller chercher un 5 $ équivalent privé. Ça évolue dans le
temps. Bien, est-ce que les gens de l'AQPER, vous vous voyez comme des
investisseurs par rapport à ça? Est-ce que vous vous voyez travailler avec le
Fondaction CSN ou d'autres fonds du même type?
M. Samray (Jean-François) : ...chez nous travaillent avec des gens qui sont
là pour faire du financement dans... Ils travaillent également avec
BlackRock, qui est un partenaire des sociétés du Québec très grand. Mais je
pense que l'exemple que vous montrez là
peut être également un indicateur à votre question
précédente. Si je dis qu'une mesure, pour 1 $
de l'État, en fait lever 5 $ ou en fait lever 10 $ pour amener une
réduction à la tonne, ça peut être également un très bon indicateur.
Présidente (Mme Grondin) : Mme la
députée de Jean-Talon.
Mme Boutin : Dans votre mémoire, vous amenez une recommandation qui est
nouvelle quand même par rapport
à l'ouverture... à la nécessité d'ouvrir les
données, les jeux de données ouvertes pour, entre autres, premièrement, stimuler la recherche, mais également le développement de
solutions novatrices, puis vous mentionnez divers exemples, là, notamment
en France puis au niveau d'Energy Information Administration. Est-ce que vous savez s'il y a eu des impacts
concrets de ça? Parce que, personnellement, je trouve ça très intéressant, là.
M. Samray (Jean-François) : Bien, il
y a des exemples
très concrets qui se vivent au Québec. Il y a des jeunes pousses, comme on appelle en français, qui présentent devant certains financiers des
projets avec... voici, basé sur des données américaines du Vermont, New
York que je vais chercher dans le site de l'EIA, voici ce que ça pourrait être
au Québec. Et là le financier regarde ça, il dit : Oui, mais as-tu des
données pour le Québec? Bien non, je n'en ai pas. Bien, écoute, sais-tu, moi,
le risque, si tu n'as pas de donnée, je le trouve pas mal grand. Puis le
Vermont ou l'État de New York, l'Upper State New York, tu sais, c'est à
50 kilomètres d'ici. Ça fait que pourquoi tu ne vas pas faire
ton projet là-bas? Parce que, là, je vois qu'il n'y a pas de risque,
puis je vais où il y a vraiment un modèle d'affaires supportant. Donc, c'est la
réalité des jeunes pousses, mais c'est également la réalité d'autres
investisseurs qu'ils amènent et qui... face
au manque de données, que le banquier va dire : Bien, regarde, moi, je
vois un risque beaucoup trop grand. Voici le taux auquel je suis prêt à
te financer. C'est nettement plus que si j'avais des données, mais moi, je le
vois risqué.
Présidente (Mme Grondin) : Il reste encore deux minutes.
M. Charette : Sinon, on a évoqué, tout à l'heure, plusieurs associations : Écotech en est une qu'on a
reçue hier; il y avait l'association dont je vous parlais au niveau de
l'industrie électrique; il y a la vôtre au niveau des énergies renouvelables. Est-ce qu'il y a un courant qui
fait en sorte que vous êtes en communication ensemble? Est-ce qu'il y a
une certaine fédération au niveau des énergies vertes, ou à chacune, des fois,
ce sont des canaux de communication différents,
en quelque sorte? Qu'est-ce qui vous lie ensemble? Est-ce que vous avez une
association commune qui sert d'interlocutrice pour les «cleantech» en
général?
M. Samray (Jean-François) : Bien, regardez, l'association, c'est, d'abord et
avant tout, un regroupement
d'entreprises et d'individus qui
veulent faire avancer les choses dans leur domaine. Ayant été moi-même un
P.D.G. de l'AIEQ, je suis bien placé pour parler que les membres de
l'AIEQ sont davantage des manufacturiers d'équipement et des firmes de services
qui veulent travailler avec Hydro-Québec. Les membres qui sont à l'AQPER sont
dans toutes les énergies renouvelables, sont
à l'oeuvre du Québec partout dans le monde, et, que ce soit Énergex, Boralex,
Brookfield, Kruger, nommez-les, là,
elles sont là, et leur intérêt est de développer, puis, du côté d'Écotech,
c'est l'ensemble des technologies vertes. Donc, il va arriver qu'on va
se parler sur des sujets communs, mais, nos champs d'intérêt étant divers, j'ai
des interactions avec l'AIEQ sur des sujets,
mais ils sont limités, parce qu'on n'a pas la même finalité. On se rejoint sur la
notion d'électricité. Avec Écotech, on a
beaucoup de discussions, et autres, mais il n'y a pas de grande fédération des associations
en lien avec les énergies renouvelables, puisqu'on est cette association-là.
M. Charette :
Dernière question... Parce que je veux résoudre le défi, là, du comité
consultatif, mais je retiens ce que vous disiez un petit peu plus tôt,
la possibilité d'une consultation à travers les membres officiels du comité,
parce qu'autrement ce serait effectivement difficile de trouver un répondant
pour l'ensemble de ces milieux-là.
Bien, écoutez, merci. Le temps, je sais qu'il
court. Donc, un merci tout particulier, là, pour votre présence avec
nous ce matin.
Le Président
(M. Polo) : Merci. Mme la députée de Maurice-Richard.
Mme Montpetit :
Je vous remercie. Bonjour, M. Samray, merci beaucoup pour votre éloquente
présentation. Votre association, si je ne me
trompe, existe depuis 30 ans maintenant. Pourriez-vous, juste pour qu'on
cadre certains des échanges qu'on est
en train de faire, nous lister... bien, pas nous lister, mais, je veux dire,
nous donner une idée des membres qui
font
partie de votre association — je pense que vous avez une centaine de
membres, je pense que vous êtes un
acteur extrêmement important et significatif au Québec — juste pour nous donner une idée, pour les
gens qui nous écoutent, là?
M. Samray (Jean-François) : Oui. Alors, on a des entreprises qui sont dans la
production d'énergie renouvelable, que
ce soit, comme j'ai dit tantôt, les Énergex, Boralex, Brookfield, Kruger, EDF,
donc dans la production électrique, on
a des gens qui sont également dans la production de cogénération, on a des
entreprises qui sont actives dans la production d'hydrogène vert, on a des entreprises actives dans la production de gaz
naturel renouvelable, de biométhane, on en a dans les biocarburants.
Sont membres chez nous des municipalités, des Premières Nations, des
universités, des centres de recherche, des entreprises de services. Donc, c'est
l'ensemble du spectre, autant de la société civile que du côté du financement. Donc, l'ensemble du spectre se
retrouve chez nous, et ce sont des gens qui sont actifs non seulement au Québec,
mais également à l'international.
Mme Montpetit : Je
vous remercie. Ça, c'est pour les fins de... Tu sais, vous êtes un acteur
extrêmement important, au niveau de
l'association, et vos membres, au niveau des énergies renouvelables, vous avez
un lien, vous l'avez eu avec le
gouvernement, vous devriez l'avoir encore au niveau de... Dans le fond, vous
êtes un partenaire extrêmement important dans la lutte aux changements climatiques. Puis je lisais un petit peu,
justement, ce que vous présentiez sur les objectifs que vous vous êtes donnés de doubler les énergies
renouvelables, donc c'est un acteur majeur. Puis je trouvais important
qu'on puisse camper ça, parce que, dans vos recommandations — et
vous avez une crédibilité, pour moi, qui est extrêmement
importante — vous
suggérez de conserver TEQ dans sa forme actuelle ou de le bonifier, s'il le
faut, avec les administrateurs, mais
vous suggérez fortement que TEQ reste une société d'État indépendante comme
elle est présentement.
M. Samray (Jean-François) : Tout à
fait. Je pense que de regarder le...
Écoutez, je pense qu'on a déjà vécu avec une agence de l'efficacité
énergétique, on a déjà vécu avec un bureau, et là, le fait d'avoir une société
d'État qui est une société d'État qui est liée par la
loi sur les sociétés
d'État du Québec, qui a son conseil d'administration, sa gouvernance, mais surtout et par-dessus tout une
flexibilité puis une agilité, une approche business qui fait en sorte que
d'avoir l'argent, c'est une chose, de le
faire sortir sur des projets qui font de la transition énergétique... ça, c'est
essentiel, et ils sont capables de se revirer très rapidement, ce que
malheureusement le cadre de gestion normé du paramètre gouvernemental ne permet
pas.
Aller chercher une
subvention de 1 million, ou de 2, ou 3 au gouvernement nécessite d'aller
chercher un avis à l'Exécutif, une analyse,
retour sur des questions, et donc c'est long et ça allonge le coût et
l'incertitude. Ce qu'on a vécu avec
TEQ, et ce pour quoi l'industrie ne veut pas retourner faire un «back to the
past», c'est vraiment le fait de cette agilité démontrée et d'être capable de prévoir les travaux. Parce que, souvent,
quand on passe des énergies fossiles aux énergies renouvelables, il va y avoir le fait qu'on va
analyser, et, dans l'ancien système, il y avait le budget, il y avait les discussions
sur les crédits, qui est votre rôle, votre
prérogative, c'est fondamental, et là, après ça, l'argent était disponible. L'argent
est disponible à partir du mois de mai,
juin, tout le monde se lance pour présenter des projets, en même temps, et on sait
à la fin juin, début juillet si on a notre
projet. Donc, il faut commander, et tout le monde commande en même temps, tout
le monde fait livrer en même temps, donc les
coûts sont gonflés par cette urgence, et, lorsque vient le temps de déposer,
bien, finalement, on a fait le projet quand
on a pu. Donc, on va avoir fait des fermetures de lignes de production ou autres,
ce qui en augmente le coût du projet, et,
quand vient le temps de faire cette analyse, cette reddition de comptes, on dit :
Bien, écoute, la période de retour sur l'investissement, qui peut être un autre
exemple d'indicateur de performance, la période
de retour sur l'investissement est beaucoup trop longue. Ce projet-là ne fait
pas de sens, on ne le fait pas. Ça, c'est quelque chose que l'État québécois doit se garder de reproduire, parce
que ça n'a pas fonctionné, et l'exemple du projet sur la biomasse... ou
Roulez vert, ou d'autres programmes du genre ont eu des sérieux ratés.
C'est pour ça que de conserver quelque chose qui
fonctionne, comme TEQ, une approche business qui répond aux besoins, puis avec une prévisibilité sur du
long terme puis une capacité pour les entrepreneurs et les citoyens de prévoir
des projets puis de les faire au moment qui cause le moins de préjudices, c'est
quelque chose de fondamental, et c'est pour ça qu'on demande de conserver TEQ
dans sa forme actuelle.
Mme Montpetit :
Parfait. Puis je comprends qu'au-delà du principe de ne pas vouloir revenir
vers le passé — puis
j'aimerais vous l'entendre dire, parce qu'il
est bien écrit dans votre mémoire — vous êtes satisfaits de la mise en place
de TEQ, vous êtes satisfait du travail que
ça a fait. Je lisais que vous soulignez le fait que ça a contribué significativement
à augmenter les aides financières qui ont
été accordées, notamment. Donc, vous, vous êtes satisfait de la façon dont
TEQ fonctionne à l'heure actuelle?
M. Samray (Jean-François) : Oui, tout
à fait, et non seulement
on est satisfait des aides accordées, mais je pense que l'État tout entier devrait voir les réductions
de GES qui ont été obtenues et qui ne l'ont pas été par les autres structures
précédentes. Et donc, ce faisant, là, je pense que «the proof of the pudding is
in the eating», et donc, ce faisant, la démonstration
se fait... qu'à regarder le bilan et le taux de satisfaction des gens avec qui
ils font affaire. Donc, nous, pour nous... Écoutez, vous voulez réduire
les émissions de GES, vous voulez faire de la transition énergétique un moteur de la prochaine économie du Québec?
Bien, donnez un véhicule qui va le supporter, qui fonctionne, et la preuve est faite
par elle-même.
Mme Montpetit : Puis, dans votre secteur, justement,
particulièrement, vous faites référence aux diminutions de
GES. Vous diriez que TEQ a contribué à quelle hauteur dans votre secteur?
M. Samray (Jean-François) : Bien, écoutez, je pense que, que ce soit sur différents projets
en lien avec la conversion à
l'électricité verte des réseaux autonomes... TEQ a été présent puis TEQ a été
très ingénieux, positivement, pour faire en sorte qu'on puisse supporter le projet. Du côté des
biocarburants, c'est la même chose; du côté de l'hydrogène vert, ils sont présents également.
Donc, je pense que... Puis leurs
liens avec d'autres organismes du même genre à l'international font en
sorte que... je pense que ça démontre qu'ils sont un organisme dont on a
besoin.
Mme Montpetit : Je vous remercie. J'ai une dernière question,
parce que je voudrais laisser un petit peu de temps,
puis le temps file, à mon collègue, mais je ne veux pas vous dire «rapidement»,
parce que c'est vraiment important, en même
temps, mais vous soulignez, dans votre mémoire, des préoccupations vraiment
importantes, sur le fait de réintégrer TEQ au niveau
du ministère des Ressources naturelles, sur des possibles conflits au niveau
des rôles. Entre autres, comme le ministère
est responsable de donner des licences d'exploitation et d'exploration
d'hydrocarbures, je comprends que ça, ça vous préoccupe
particulièrement, là.
M. Samray (Jean-François) : Bien, ça me préoccupe, mais ça devrait préoccuper
l'État également qu'il faut être cohérent, je ne peux pas vouloir une chose et son contraire en même
temps. Donc, à un moment donné, soit qu'on change la mission du MERN, soit qu'on change la mission
d'un autre ministère, ou soit qu'on maintient ce qui est là parce que ça fonctionne.
Mme Montpetit :
Je vous remercie.
Le Président
(M. Polo) : M. le député de Jacques-Cartier.
M. Kelley :
Oui, juste une question. Certains de vos membres viennent des communautés
autochtones. Une question pour vous : C'est quoi, l'importance des
projets comme les minicentrales, Apuiat, des autres projets des énergies
renouvelables pour le développement économique, pour nos peuples autochtones
ici au Québec?
M. Samray (Jean-François) : Bien, qui est fondamentale... J'ai d'ailleurs
passé une
partie de mon temps des fêtes avec certains de leurs représentants pour regarder la conversion dans le
Nord-du-Québec, comment ça pourrait se faire de façon
efficace avec d'autres énergies alternatives. Je pense, pour les Premières Nations, c'est discuté à la table du Plan
Nord également, la table des partenaires.
L'énergie, elle est dans la communauté, elle est
là par les combustibles fossiles. Mais l'énergie peut également être un moteur d'activité économique et doit être
un moteur d'activité économique, pour la nouvelle génération qui arrive.
Et ils ont un taux de naissances nettement
plus fort qu'au sud du Québec, et donc, ce faisant, il faut offrir des emplois,
et, si on n'occupe pas la population, bien,
c'est là qu'il va arriver des enjeux sur des problèmes sociaux. Et je pense que,
pour eux, les énergies renouvelables sont
nettement en lien avec leur mode de vie, avec leur mode de culture, et, vous
savez, entre gérer un déversement de granules de bois ou gérer un déversement
de produits pétroliers, le premier est nettement
plus facile à faire et peut même être fait par des élèves de maternelle, là,
donc, puis, même maternelle quatre ans, là. On peut leur demander, offrir une petite pelle, puis :
Ramassez-les. Donc, ce sont des choses, je pense, qui peuvent se faire,
et c'est un moteur de développement économique pour eux, puis c'est
fondamental.
Le Président
(M. Polo) : Merci. Mme la députée de Mercier.
Mme Ghazal :
Alors, merci pour votre présentation. Moi aussi, ça m'a frappée, le fait que
vous dites qu'il pourrait y avoir un conflit
entre les différentes missions du ministère de l'Énergie et des Ressources
naturelles, celle d'avoir des permis, là, d'exploration et exploitation
du territoire... des hydrocarbures et, de l'autre côté, bien, de s'occuper de
la transition. Donc, il y a un danger, un risque que vous voyez là qu'on
partage.
Mais il y a, par
exemple, TEQ. Vous, ce qui m'a étonnée, une des propositions que vous amenez,
c'est que vous dites que TEQ, ça se passe bien, c'est important, il faut le
maintenir, parce qu'il a toute cette qualité d'agilité, visibilité, approche business, comme vous dites. Mais ce qui m'étonne un
peu, c'est que vous dites : Ils sont là, il faut que ce soit à l'extérieur du ministère pour conserver
toute cette agilité, mais changeons la tête du conseil d'administration,
changeons les têtes, que le ministre nomme
ces gens-là. Donc, ce que TEQ... le fait... ça, ça veut dire qu'il ne sera pas
indépendant. Et ça, ce n'est pas une
préoccupation que vous avez, parce que l'objectif, c'est d'atteindre les
objectifs de réduction de gaz à effet de serre. L'indépendance, il y a
beaucoup de groupes qui l'ont amenée, c'est quelque chose d'important. Mais
j'aimerais que vous me parliez plus de votre proposition de changer le conseil
d'administration.
M. Samray
(Jean-François) : Bien, écoutez, moi, si je comprends bien comment
fonctionnent un parlement et un gouvernement, d'habitude, quand il y a un
projet de loi qui est déposé, c'est que c'est le propre d'une volonté gouvernementale, amener des changements à quelque
chose. Donc, si le gouvernement prend la peine, à un moment donné, de dire : Bien, voici une façon dont on a
pensé qu'on pourrait changer parce que certains dans l'appareil, quelque part,
ou certains élus peuvent avoir un inconfort
avec certains éléments, bien, nous, on amène des suggestions. Puis une des
premières suggestions... Puis ça s'est fait dans le passé : chez
Hydro-Québec, combien de fois on a vu des membres du conseil d'administration,
de la haute direction... une élection, wouf! on change. Ça s'est fait. Donc,
là, pour nous, la question, c'est de dire : Est-ce qu'on abolit quelque
chose qui fonctionne? Non. Si on trouve que, ma foi, il y a une reddition de comptes qui n'est peut-être pas celle
qu'on souhaiterait ou il y a une orientation qui n'est peut-être pas celle qu'on souhaiterait à
titre de parti gouvernemental, bien, la façon
de l'exprimer, c'est... Comme toute société d'État, elle a un conseil
d'administration, elle a un plan
stratégique, sa loi est claire, les actions puis les programmes sont approuvés
par le conseil d'administration. Pour le moment, il y a 10 sièges, il en
reste cinq à pourvoir.
Mme Ghazal :
Parce qu'on n'a plus... Le temps file. Pour atteindre les résultats de la
transition, atteindre les objectifs, et tout ça... C'est ce que TEQ a réussi à faire
avec le conseil d'administration actuel, peu importent les individus. Ma question, c'est : L'indépendance aussi est
quelque chose d'important puis qui est important pour les
intérêts mêmes de votre industrie, au
lieu que ça soit... parce que l'objectif, c'est d'enlever, ce que les groupes nous ont dit
hier aussi, c'est d'enlever les mains
des politiques de la gestion de la transition, si on veut y arriver. Ça fait
que je voulais juste voir si vous aviez cette... puis si c'est une
préoccupation que vous voyez, que vous partagez.
M. Samray (Jean-François) : Bien, je pense que, pour nous, c'est très clair qu'on dit que la
première des étapes, c'est de nommer
des administrateurs non indépendants,
il y a de la place pour ça, et je pense que la structure fonctionne, il
n'y a pas de raison de la changer. Peut-être qu'on peut changer des
administrateurs, mais il n'y a pas de raison de changer une structure qui
fonctionne, qui est flexible puis qui livre les résultats.
Mme Ghazal : Est-ce que
l'indépendance est importante, de cette organisation-là?
Le Président (M. Polo) : M. le
député de Jonquière.
M. Gaudreault :
Oui, merci. Merci, M. le Président. Merci beaucoup d'être ici. Deux choses,
moi, que je remarque de vos propos ou que je retiens, en tout cas qui me
font réfléchir.
Moi, je
trouve qu'on a perdu un nombre, hein, considérable d'années depuis... en tout
cas, certainement l'abolition de
l'Agence de l'efficacité énergétique : recréation d'un bureau à
l'intérieur du ministère; création de TEQ; à travers ça, du côté du Fonds vert, bien là, création du
Conseil de gestion du Fonds vert, on s'en va vers son abolition; retour entre
les mains du ministre, et des ministres, en fait, Environnement et Énergie,
pour soutenir les projets. Donc, beaucoup, beaucoup
de structures, de structurite depuis 10 ans. Pendant ce temps-là, pas
beaucoup de gains en réduction de gaz à effet de serre.
Et je trouve,
deuxième chose, que vous mettez vraiment le doigt sur le bobo, là — j'aime bien votre page 26 :
que la schizophrénie du ministère de
l'Énergie et des Ressources naturelles, là, d'une part, «de veiller à la mise
en valeur d'hydrocarbures, tout en coordonnant la transition
énergétique». Donc, c'est difficile d'y voir clair.
Alors, ce que
je comprends, c'est que vous nous dites : Prenons ce qu'on a, là, puis
renforçons son indépendance, renforçons
sa transparence, renforçons les données ouvertes, même, aussi à travers ça et
allons de l'avant avec TEQ, mais un TEQ plus fort.
M. Samray
(Jean-François) : Oui, puis
je pense que la démonstration des autres formules de gouvernance a été essayée dans le passé, ça n'a pas fonctionné. On
se rapproche de plus en plus de l'échéance, et, n'eût été de la crise
économique de 2008, on n'aurait pas
les résultats de réduction de GES qu'on a actuellement. On dépasse le
10 milliards de litres dans l'essence.
On n'a pas besoin des données nécessairement de la compilation des GES, on n'a
qu'à regarder les ventes de véhicules
mensuelles, le rapport des ventes mensuelles pour savoir que les GES
augmentent. C'est clair, plus il se vend de véhicules, plus il s'achète d'essence et de diesel et plus les
émissions de GES sont présentes dans le transport. Donc, pour nous, ce que ça prend, c'est une structure qui
fonctionne, et c'est d'être là, puis l'efficacité de la reddition de comptes.
M. Gaudreault :
Comment intégrer Investissement Québec là-dedans? Est-ce que vous y avez
réfléchi? Pour votre industrie, c'est important de pouvoir soutenir
l'émergence d'énergies renouvelables, de nouveaux projets. Est-ce
qu'Investissement Québec ne devrait pas avoir un rôle plus grand?
M. Samray
(Jean-François) : Bien, on
les a rencontrés il y a deux semaines, et on va mettre en place un comité
de travail, un groupe de travail conjoint
avec Investissement Québec pour faciliter le financement auprès de nos membres,
et donc les membres ont des fonds qu'ils peuvent... des programmes qui sont
disponibles à TEQ, il y a également de l'investissement
qui est disponible auprès d'IQ, et donc je pense que tous ces gens-là se
parlent. Et nous, on entretient le
dialogue avec tout le monde pour s'assurer que, s'il y a des programmes qui
sont mal ajustés, est-ce qu'on peut changer un mot ou, bref, focaliser
sur l'objectif final.
Président (M. Polo) : Merci. Merci beaucoup, M. Samray. Je
vous remercie pour votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends
les travaux quelques instants pour permettre aux représentants... en fait, au
Commissaire au développement durable de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 11 heures)
Président (M. Polo) : À l'ordre, s'il vous plaît! Donc, je souhaite la bienvenue aux représentants du bureau du Vérificateur général, Commissaire au développement
durable, représenté par M. Paul
Lanoie, commissaire lui-même,
Mme Caroline Rivard, directrice
principale, M. Patrick Dubuc, directeur principal, et Mme Moïsette
Fortin, directrice. Bienvenue à l'Assemblée nationale. Je vous rappelle
que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à une période d'échange avec les
membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à procéder
à votre exposé. Merci.
M. Lanoie (Paul) : Parfait, merci
beaucoup. Donc, M. le Président, M. le ministre de
l'Environnement et de la Lutte contre
les changements climatiques, Mmes et MM. les membres de cette commission, c'est
avec plaisir que je participe aux consultations particulières et auditions
publiques concernant le projet de loi n° 44. Alors,
permettez-moi d'abord de vous présenter
les personnes qui m'accompagnent : donc, Mme Caroline Rivard,
directrice principale d'audits, Mme Moïsette Fortin, directrice
d'audits, et M. Patrick Dubuc, directeur principal d'audits.
Alors, d'entrée de jeu, il faut signaler que le
Fonds vert peut constituer un outil puissant de développement durable
s'il est géré adéquatement et si les sommes disponibles sont bien utilisées.
Reconnaissons aussi que la tarification du carbone,
qui permet d'alimenter ce fonds, est un principe pertinent, et que le Québec fait
figure de leader dans ce domaine. Cela étant dit, je commencerai par un
avis général sur le projet de loi.
Globalement, celui-ci semble nous ramener à une
structure de gouvernance similaire à celle qui existait avant 2016, soit
au moment où nous avons réalisé notre audit initial et notre suivi détaillé sur
le Fonds vert.
En matière de lutte
et d'adaptation aux changements climatiques, comme en toutes choses, la
structure de gouvernance n'assure pas, à
elle seule, l'atteinte des objectifs et la saine gestion des fonds publics.
Pour y arriver, une gestion
rigoureuse est essentielle. Il faut, par exemple, déterminer des objectifs
clairs, réalistes, précis et mesurables à partir des orientations définies. Il faut sélectionner rigoureusement des
mesures et des programmes d'attribution d'aide financière permettant d'atteindre les objectifs fixés. Il
faut attribuer l'aide financière efficacement et équitablement à partir de règles
précises. Il faut, bien sûr, évaluer
l'atteinte des objectifs fixés. La nécessité
de mettre en place une gestion rigoureuse axée sur les résultats était
un des messages principaux de notre audit de 2014, et ce message demeure
pertinent.
Passons maintenant à quelques commentaires plus
spécifiques. D'abord, des éléments positifs du projet de loi méritent d'être soulignés. Le projet de loi
réitère l'importance de gérer le fonds dans une perspective de développement
durable, d'efficacité et de transparence. Il
prévoit le comité... la création, dis-je, d'un comité consultatif permanent sur
les changements climatiques dont les
conseils seront rendus publics, ce qui n'était pas le cas précédemment. Ce
comité pourra formuler des conseils à la demande du ministre mais
également de sa propre initiative. Par ailleurs, il semble y avoir une volonté d'uniformiser le calcul des quantités
de gaz à effet de serre émises, réduites ou évitées. Enfin, notons que,
tout comme pour le Fonds vert, il est prévu que le Vérificateur général
auditera les états financiers du nouveau Fonds d'électrification et de changements
climatiques.
Toutefois, plusieurs éléments du projet de loi
suscitent des préoccupations. Premièrement, il y a le partage des rôles et des responsabilités. Alors voici quelques-uns
des questionnements que j'ai à cet égard. Les ministères et organismes devront consulter le ministre de l'Environnement
et de la Lutte contre les changements climatiques lors de l'élaboration des mesures qui pourraient avoir un impact
significatif. Et le ministre pourra leur recommander des ajustements ou donner
tout avis qu'il estimera opportun.
Toutefois, rien n'indique que les ministères et organismes devront tenir des
avis ou des recommandations du
ministre avant d'aller de l'avant. Rien ne précise ce qui est ou non
significatif en termes d'impact. En
fait, je serais étonné que le fonds finance des mesures qui n'ont pas un impact
significatif en matière de lutte contre les changements climatiques.
Cela implique donc que le ministre devra toujours être consulté, si je
comprends bien.
De plus, le ministre doit assurer la cohérence
d'ensemble des plans d'action des programmes et des autres mesures alors que chaque ministère ou organisme public
concerné demeure responsable du choix et de la mise en oeuvre des moyens
pour atteindre les résultats souhaités. Il y
a donc un risque que chacun ne se sente pas imputable et se renvoie si ultimement
les objectifs ne sont pas atteints. Cela est d'autant plus vrai que le projet
de loi ne prévoit pas que l'évaluation de la performance
doive être réalisée en continu par les acteurs du gouvernement imputables de
l'utilisation des fonds, soit chaque ministère
et organisme public de même que le ministre de l'Environnement à
titre de
responsable de la gestion du fonds.
Par ailleurs, en plus de conclure des ententes
avec les ministères ou organismes publics, le ministre pourra leur confier des mandats. Dans ces deux situations, il
devra établir des conditions suffisantes pour s'assurer que les différents
acteurs respecteront leurs engagements et les objectifs au regard des
changements climatiques.
Bref, même s'il est souhaité que le ministre
assure une gouvernance intégrée à l'échelle gouvernementale en matière
de lutte aux changements climatiques, force est de constater que plusieurs
éléments pourraient l'empêcher d'exercer pleinement cette responsabilité.
En 2016, la Vérificatrice générale et moi avions
mentionné, lors des auditions tenues par cette commission sur le projet
de loi n° 102, que la définition des rôles et des responsabilités ainsi
que leur partage entre le ministère de l'Environnement et le Conseil de gestion
du Fonds vert seraient un enjeu. Nos préoccupations se sont matérialisées. En
effet, dans un rapport publié en novembre 2018, le Conseil de gestion du Fonds
vert indiquait qu'un différend persistait entre lui et le ministère de
l'Environnement quant à l'interprétation de dispositions légales. Ce différend nuisait à l'exercice de la mission du conseil de
gestion et à son indépendance. Le gouvernement du Québec a fait référence
au même type de difficulté dans son plan budgétaire de mars 2019. Il faudrait
donc éviter que pareille situation ne se reproduise avec l'adoption du projet
de loi n° 44.
Deuxièmement, j'ai des questionnements concernant
les comités qui sont créés par le projet de loi. Les ressources mises à la disposition du comité consultatif sur
les changements climatiques sont celles que le ministre juge nécessaires.
Étant donné que ses membres auront des
responsabilités en dehors du comité et que ce comité aura un rôle stratégique,
comment pourra-t-on s'assurer que ses ressources seront suffisantes pour qu'il
joue adéquatement son rôle?
En ce qui concerne le comité consultatif prévu
pour conseiller le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, il ne sera actif que pendant l'élaboration des
plans directeurs en transition, innovation et efficacité énergétiques. À son
sujet, je me questionne sur les éléments suivants : N'y aurait-il pas lieu
d'avoir en la matière un comité permanent, comme le comité consultatif sur les changements climatiques, de prévoir sa
composition, de lui attribuer des ressources suffisantes et de rendre
ses avis publics? Ce que le projet de loi ne prévoit pas.
Troisièmement, je suis préoccupé au regard d'un
pouvoir introduit par le projet de loi. Le projet prévoit comme
nouveauté que le ministre pourra déléguer à une municipalité ou même à toute
personne morale la gestion d'un programme qu'il a élaboré.
À cet égard, nous interprétons qu'en vertu de la
Loi sur le Vérificateur
général nous aurons le pouvoir d'auditer la gestion et l'attribution de fonds publics effectuées par ces tiers
lorsque nous le jugerons approprié. Toutefois, étant donné que certains de ces délégataires ou
sous-délégataires pourraient ne pas être au fait du rôle du Vérificateur
général et de celui du Commissaire au
développement durable, nous souhaitons par prudence que ce pouvoir soit précisé
dans le projet de loi. Ainsi, nous
pourrons sans difficulté, grâce à nos audits, fournir aux parlementaires toute
l'information nécessaire pour qu'ils puissent exercer leur contrôle sur
les fonds publics. Sinon, il est possible qu'en tant que Commissaire au développement durable je ne puisse jouer
convenablement le rôle que le projet de loi vise à me confier. Au besoin, à ce
sujet-là, je peux fournir un libellé pour un amendement à apporter en ce
sens au projet de loi.
Quatrièmement,
j'ai des inquiétudes quant à l'audit des états financiers des fonds. Il faut
s'assurer, le cas échéant, que les
entités auront les ressources suffisantes et l'expertise nécessaire pour
produire des états financiers de qualité pour les fonds en temps
opportun et en respect des obligations législatives liées à leur publication.
Dans deux rapports de 2019, le Vérificateur
général informait l'Assemblée nationale de ses préoccupations concernant l'audit des états financiers du Fonds
vert et de Transition énergétique Québec. Entre autres choses, des arrêts
ont été nécessaires pour donner le temps aux entités concernées de mieux
s'organiser et d'être en mesure de préparer des
états financiers appuyés par une documentation complète et fiable permettant à
nos équipes d'audits financiers, donc, de réaliser un travail efficace
et efficient.
À ce jour, le Vérificateur général n'a toujours
pas pu finaliser l'audit des états financiers du Fonds vert pour l'exercice clos le 31 mars 2018. En raison
des difficultés rencontrées, les travaux d'audit ont de nouveau été interrompus
en décembre 2019.
D'autre part, en ce qui concerne les états
financiers de Transition énergétique Québec pour l'exercice clos le
31 mars 2018, nos travaux d'audit complétés récemment démontrent des
problématiques importantes.
Étant donné
que le Fonds de transition, d'innovation et d'efficacité énergétiques servira à
financer des activités auparavant dévolues à Transition énergétique
Québec, je me demande pourquoi le projet de loi n° 44 ne prévoit pas que ce fonds ait à produire des états financiers
et que ceux-ci soient audités par le Vérificateur général. Lorsque les fonds
spéciaux ne sont pas audités, ils ne font pas l'objet d'un contrôle
parlementaire aussi poussé.
Pour finir, il y a un élément de réflexion que
j'aimerais vous apporter en ce qui concerne le nouveau rôle que le projet de
loi me confierait. Mon analyse m'amène à constater que le Fonds
d'électrification et de changements climatiques ne sera qu'un outil parmi
d'autres pour atteindre les objectifs de la politique-cadre prévue sur les
changements climatiques. Je me permets donc de soulever cette question
concernant les modifications à la
Loi sur le Vérificateur général : Est-ce
que les parlementaires désirent vraiment que je concentre annuellement mes
audits sur les activités financées par ce fonds ou est-ce qu'ils désirent
plutôt que mes audits visent un niveau plus global, soit celui de la lutte et de
l'adaptation aux changements climatiques?
Alors, je vous remercie, je suis maintenant
disponible pour répondre à vos questions.
Le Président (M. Polo) : M. le
ministre.
M. Charette :
Merci, M. le Président. Merci à vous, comme représentants du commissaire et de
la Vérificatrice générale. Exercice combien frustrant d'être aussi
limité dans le temps, compte tenu des points très intéressants que vous avez
soulevés.
Vous avez
dit, d'entrée de jeu : La solution ne passe pas uniquement par la gouvernance.
C'est bien vrai, il y a des questions de gouvernance dans le projet de
loi, mais elle ne garantit pas, cette gouvernance, peu importe qu'elle, elle ait les résultats. C'est la raison pour
laquelle on propose la mise en place de comités. Vous avez apporté des suggestions
intéressantes à considérer à ce sujet-là.
Mais,
derrière cette intention-là, il y a une volonté première, c'est qu'au fil des
années les anciens gouvernements ont pris des engagements très, très
fermes dans une durée déterminée. On est à la fin du PACC, du plan d'action sur
les changements climatiques, qui s'est
échelonné sur sept ans. On vit ses derniers mois. Et on apprend, quelques années
sinon un an ou deux avant l'échéance de ce PACC là, qu'on n'atteindra pas nos
objectifs. Donc, il n'y avait aucun moyen en
cours de route pour redresser, soit que la volonté politique était inexistante
à l'époque, mais, à tout le moins, il
n'y avait pas ce contre-pouvoir-là qui, à chaque année, rappelait le
gouvernement à ses responsabilités. C'est le cas pour le comité
indépendant.
n'insisterai jamais assez, la structure actuelle avait une formule semblable,
cependant les rapports n'étaient pas systématiquement
rendus publics. Ça devient une obligation maintenant, donc, une forme de
bulletin que le gouvernement va
recevoir de façon périodique, en vous confiant également un rôle particulier.
Je comprends la question que vous soulevez, mais ce rôle-là, pour nous,
il est fondamental, parce qu'on veut éviter... nous, c'est une politique-cadre
que l'on veut présenter dans les prochaines semaines, qui couvrirait l'actuelle
décennie, mais on ne veut pas qu'en 2028 ou 2029 on se fasse faire le même coup que le gouvernement précédent,
c'est-à-dire, à la dernière minute, dire : On n'y arrivera pas.
Donc, ce rôle-là qu'on vous confère, à travers le projet de loi, il est
fondamental.
Maintenant,
vous nous demandez : Est-ce que ça doit se limiter uniquement à une
gestion, ou à des commentaires sur la
gestion du fonds, ou de façon générale? Moi, je vous dirais les deux, en ce
sens que la loi vous donne une obligation au niveau de la gestion du
fonds, ce qui n'était pas le cas par le passé, mais vos mandats actuels vous
confèrent toute la latitude nécessaire pour répondre à l'autre volet. Donc, on
vient corriger une aberration, c'est-à-dire une gestion rigoureuse annuelle d'un fonds, mais la latitude que vous aviez avant,
vous la conservez. Donc, je m'attendrais de votre organisation qu'elle réponde à ces deux volets-là.
Mais le projet de loi vient corriger une aberration, malheureusement,
qui a engendré les résultats que l'on connaît malheureusement aujourd'hui.
Je comprends tout à fait vos préoccupations, vos questionnements au
niveau du partage des responsabilités. Je comprends également vos
questionnements par rapport à tout ce qui est gestion financière du fonds.
D'ailleurs, hier, on a eu le témoignage de
l'actuel P.D.G. du conseil de gestion, et c'était préoccupant à
bien, bien des égards, et vous y faites référence. On n'a toujours pas les états financiers vérifiés, audités de
l'année financière 2017‑2018,
c'est extrêmement préoccupant, et vous l'avez mentionné d'entrée de jeu.
Dès le
départ, dès l'adoption de la loi, il y avait un conflit, non pas de
personnalité, mais un conflit de compétences entre le ministère de l'Environnement et le conseil de gestion. Donc,
lorsque la loi a été présentée, elle a engendré ce conflit-là. Ce que j'ai mentionné hier, et j'étais tout à fait
abasourdi, en début de mandat, donc, en janvier 2019, je reçois, comme ministre, un avis juridique du conseil de gestion,
qui dit : Vous n'avez pas à vous mêler de telle ou telle affaire, c'est ma
prérogative. Et ce n'est pas parce que
j'étais nouveau ministre, l'ancien gouvernement avait reçu ce même avis
juridique là, comme quoi la
compétence du ministère de l'Environnement était constituée. Donc, ce qui est
malheureux, on a perdu du temps, on a
perdu des années, parce qu'on avait une nouvelle loi, des nouvelles
responsabilités qui ne déterminaient pas suffisamment les rôles et responsabilités de chacun. Et, oui, c'est venu
certainement pourrir une relation ou empêcher l'atteinte de certains résultats. Ceci dit, une loi déficiente adoptée
par l'administration précédente, une absence de volonté politique au niveau des résultats à atteindre,
mais maintenant on l'a laissé pourrir, cette situation-là, pendant une certaine
période de temps.
Nous,
l'engagement qu'on a pu prendre l'automne dernier pour vous permettre de
reprendre l'audition de ces états financiers,
c'est de revoir la structure organisationnelle du ministère, confier les
effectifs nécessaires, ce qui n'avait pas été fait non plus par
l'administration précédente. En fait, c'était une restructuration, somme toute,
majeure qui impliquait 15 ministères.
On confiait au ministère de l'Environnement des responsabilités
supplémentaires, mais on n'a jamais confié les effectifs nécessaires pour arriver à l'atteinte de ces résultats-là.
Donc, l'engagement qu'on a pris dès l'automne dernier pour vous permettre de reprendre cet audit-là,
c'est de confier les ressources nécessaires pour avoir les réponses que vous
nous demandez. Parce que le laisser-faire des derrières années, moi, me rend absolument
perplexe, et, mon collègue de Jonquière le
disait à juste titre, ce cafouillage-là a engendré, dans la population, une absence ou un manque de confiance, un bris de confiance à l'égard
de notre principal outil pour financer nos mesures de lutte aux changements climatiques.
Donc, cette
négligence-là, on ne la répétera pas. On va vous donner les outils nécessaires
pour vous acquitter de votre mandat.
Et, vous l'avez mentionné, le projet
de loi n° 44
maintient cette responsabilité-là que vous avez de voir auditer le futur fonds qui sera mis en place avec,
souhaitons-le, l'adoption du projet
de loi. Donc, oui, on a perdu de précieuses
années, on a ébranlé la confiance de la population, mais on ne peut plus se
permettre de répéter ces erreurs-là.
Et, pour ce
qui est du rôle qu'on vous confie à travers le projet de loi, encore une fois,
je me répète, mais il est fondamental.
Il faut que vous conserviez la mission que vous avez déjà, mais il faut que
vous nous donniez un bulletin, année
après année, pour nous assurer que le fonds, il est bien administré pour nous
assurer de l'atteinte de nos résultats. Moi, je regarde un petit peu ce qu'il se vit sur la scène
internationale, la place que l'on accorde à l'environnement, une place croissante, ne serait-ce qu'au cours de la
dernière année. Et les discours que l'on entend aussi, on ne doit pas les
entendre, avec le projet de loi qui sera adopté, on ne peut pas se permettre de
les entendre avec la politique-cadre qu'on va déposer. Il faut que les gens
puissent se convaincre que la prochaine décennie va nous permettre d'atteindre les cibles que l'on s'est fixées, et on les a
fixées ensemble, comme Assemblée nationale. Cette cible-là, la cible de 37,5 %
de réduction d'ici 2030 par rapport à l'année
de référence de 1990, elle a fait l'objet d'un débat à l'Assemblée nationale.
Donc, on ne
peut pas se permettre, comme Assemblée nationale, comme Parlement, de se donner
des objectifs sans se donner les moyens de les atteindre. Donc, un rôle
tout à fait fondamental qui est le vôtre.
Et, ce que
j'ai eu l'occasion de réitérer hier à plusieurs reprises et à l'ouverture même
des travaux du projet de loi, la
consultation qui se vit maintenant, elle est très précieuse. Nous, on met sur
la table ou on met au jeu un projet de loi, mais on prend des notes, et le projet de loi qui sera adopté,
ultimement, j'espère, avec l'ensemble des formations politiques, sera le résultat des différentes propositions qui
nous auront été faites au niveau de la présente commission parlementaire.
Donc, merci déjà pour ces commentaires-là.
Maintenant,
une question. Au niveau de l'audit, les défis que vous avez rencontrés, moi, ce
qu'on m'indique, c'est qu'il y avait
beaucoup de rotation au niveau du personnel du ministère, ce qui engendrait des
problèmes de communication avec vos
bureaux. Est-ce que vous pourriez me confirmer? On m'indique que, de votre côté
aussi, il y avait une certaine rotation
au niveau des personnes en charge qui a engendré des délais supplémentaires.
Donc, nous, on prend l'engagement, avec la réorganisation qu'on vous
proposait l'automne dernier, de mettre tout en oeuvre pour corriger la
situation qui prévalait avec
l'administration précédente. Mais, de votre côté, avez-vous le sentiment
d'avoir les effectifs nécessaires pour pouvoir produire le plus
rapidement possible les audits de l'année 2017‑2018?
M. Lanoie
(Paul) : Bien, écoutez, la
situation, donc, de l'audit financier ne relève pas de moi. Donc, j'ai un
collègue qui pourra compléter ma
réponse. Donc, nous, ce qu'on a constaté en faisant nos travaux à l'automne
dernier, c'est qu'il y a eu quelquefois
des erreurs assez nombreuses et importantes, et que les ressources en place
avaient de la difficulté à préparer les
documents, donc, qui nous étaient nécessaires, et c'est ce qui nous a amenés,
donc, à interrompre nos travaux en décembre dernier, en décembre, donc,
Alors, je vais peut-être laisser mon collègue de
l'audit financier, donc, compléter notre réponse à ce sujet-là.
M. Dubuc
(Patrick) : Oui. Donc, oui, nous avons les ressources nécessaires,
bien sûr, pour effectuer l'audit, donc, des états financiers. Au préalable, il
faut toutefois que la documentation, donc, les corrections d'erreurs... Et, au fil du temps et dans les deux dernières... deux
fois, donc, dans la dernière année, on a informé, donc, les parlementaires et,
bien sûr, l'organisation du ministère aussi des
anomalies, donc, constatées. Et le ministère voulait mettre en place les correctifs requis, donc c'est pour ça qu'il s'est
passé des périodes de temps où on a décidé de sortir, nous, dans un souci
de saine gestion publique, donc, des fonds...
de laisser la chance à l'organisation, au ministère, donc, d'aller chercher les
informations requises, d'apporter les correctifs, donc, aux états financiers.
Donc, récemment, en décembre, on a de nouveau
rencontré, donc, le ministère et faire un état de situation. Et, compte tenu qu'il restait encore des anomalies,
donc, importantes, des erreurs importantes donc... et c'est pour ça, donc,
qu'on a pris un temps d'arrêt pour laisser le temps au ministère... Le
ministère nous a exprimé sa volonté d'apporter les correctifs requis, donc, au fur et à mesure. Essentiellement, on parle de l'audit, donc, des états financiers du 31 mars 2018.
Donc,
bien sûr, le défi, un des principaux
enjeux est au niveau de la séparation des périodes, donc, la démarcation
dans le bon exercice financier. Et, oui, il y a
eu du roulement de personnel au
niveau du ministère.
Donc, de nouvelles personnes entrent en place pour essayer d'apporter
les correctifs requis.
Et, nous, compte
tenu de l'échelonnement dans le
temps, bien sûr, nous, on réalise quand même plusieurs
autres mandats d'audit, donc, pour le gouvernement du Québec, que ce
soit dans les différentes sociétés d'État, tout. Donc, on doit amalgamer, je dirais, notre planification pour s'assurer
de rendre compte et de rencontrer l'ensemble, dans le fond, des échéanciers, et donc on doit... on réajuste notre planification en fonction de l'évolution. Mais la première étape, il faut que la préparation des états financiers et la
qualité soient présentes pour qu'on puisse par la suite auditer. Donc, nous,
on est toujours en fin de parcours, donc.
M. Charette : Nous, naturellement...
pas l'option, en fait, ce n'est pas une option, notre volonté est de s'améliorer
avec les échanges que vous avez eus
l'automne dernier avec la nouvelle structure organisationnelle qu'on vous propose
pour corriger les erreurs passées. Est-ce que vous vous sentez davantage en
confiance? Peut-être, le premier volet de la question.
Le deuxième : il y a un nouveau fonds qu'on
propose de mettre en place avec le projet de loi n° 44. Quelle est
ou quelles sont les mesures de précaution que l'on devrait prendre dès
maintenant pour s'assurer que les prochaines vérifications
se fassent dans des délais nettement plus raisonnables et qu'on ne vienne pas
ébranler la confiance du public, comme ça s'est fait, malheureusement,
là, pendant de trop longues années?
M. Lanoie (Paul) : Écoutez, comme je l'ai mentionné dans mon
allocution, c'est évidemment important d'avoir des ressources suffisantes et l'expertise nécessaire. Donc, c'est
vraiment, là, la qualité et la quantité qui doivent être là,
essentiellement. Je vais laisser mon collègue compléter là-dessus, mais...
M. Dubuc (Patrick) : Oui. Donc, effectivement, donc, d'avoir une
équipe, effectivement, là, dans le fond, là, suffisante pour permettre de traiter. Il faut comprendre qu'au
ministère, bien sûr, vous préparez les états financiers du fonds du ministère. Il y a le fonds de protection du
domaine de l'environnement également. Donc, il y a quand même plusieurs
volets financiers que l'équipe au ministère doit traiter.
Et ce qui... Il y a quand même des joueurs. Donc,
dans le dossier du Fonds vert, le ministère est tributaire de la qualité des informations qu'il reçoit de ses
mandataires, donc, que ce soient les différents organismes, dont Transition
énergétique Québec, ou autres, qui doivent... qui font des opérations, donc,
qui eux doivent être inclus dans les états financiers du Fonds vert. Donc, cet
élément-là, donc, ça prend une bonne coordination, une concertation entre les mandataires et le ministère pour assurer que les
contrôles, dans le fond, là, soient efficaces pour recueillir l'information
en temps opportun et pour rencontrer... Donc, c'est vraiment... Il y a
plusieurs intervenants dans la chaîne, là.
M. Charette :
Parce que le temps file, je réitère la question, tout simplement. Les
rencontres, les discussions qui ont eu cours
l'automne dernier vous mettent en confiance à ce niveau-là pour la suite des
choses? Nous, déjà, la garantie qu'on vous
donnait, c'est de mettre les effectifs nécessaires. Mais est-ce que vous êtes
sortis rassurés, en quelque sorte, pour la suite des choses pour que l'on puisse produire ces documents-là, qui
sont tout simplement fondamentaux, plus rapidement à l'avenir?
M. Dubuc (Patrick) : Mais, en