Public Finance — 21 August 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CFP 2013-08-21
Quebec — Committees
Bombardier,
au cours des années, a versé beaucoup de cotisations à ses régimes de retraite.
Vous avez le graphique aussi en
annexe. On regarde seulement les régimes canadiens. Depuis 2004, on parle de
1,9 milliard d'actif, de cotisationsversées par l'entreprise dans ses régimes de retraite du Canada. Donc, c'est
beaucoup d'argent pour Bombardier. On aaussi mis en place les meilleures pratiques de l'industrie, je dirais,
au niveau de la gestion des risques des caisses de retraite.Souvent, les caisses de retraite sont ciblées du
doigt, en disant : Bien, vous avez mal géré les risques, et c'est pour ça
quevous vous retrouvez en situation
de déficit. Je peux vous dire que, dans notre cas, on a travaillé très fort
pour, depuis 10 ans, mettre en place
des mesures de gestion de risques, et ce qui nous a donné d'excellents
rendements aussi, des rendementsde
premier quartile. Donc, vous voyez, un employeur qui a cotisé beaucoup à ces
fonds de pension, qui a fait du mieuxqu'il
pouvait pour gérer les risques, et, malgré ça, les taux de solvabilité ont
varié de 15 % à 20 % d'une année à l'autre. Donc, on a des
années où on était à 90 % et on se retrouve à 70 % l'année d'après.
Donc,
heureusement, le gouvernement du Québec a vu la nécessité d'adopter des mesures
d'allégement temporaires,et je dois
féliciter les gouvernements de l'avoir fait, sans ça, les variabilités de
cotisations auraient été tout simplementintenables pour les employeurs. Et d'ailleurs la commission D'Amours a
reconnu aussi le fait que le test de solvabilitédevait devenir histoire du passé. Ils ont recommandé une règle de
capitalisation améliorée qui, selon nous, aborde très, trèsbien cette question-là et résout l'ensemble des
problèmes à ce niveau-là. Donc, on est très heureux d'être ici pour supporterla recommandation de la capitalisation
améliorée de la commission D'Amours, recommandation n o 4, avec
deux bémols.
On croit que
les évaluations actuarielles à chaque année ne sont pas nécessaires et, en
fait, génèrent des risquesqui sont
indus. Je peux vous donner un exemple. Au Royaume-Uni, comme c'était le cas au
Québec avant, on pouvaitfaire des
évaluations à chaque trois ans. On a deux très gros régimes de retraite au
Royaume-Uni, un pour le transport,Bombardier
Transport, un pour Bombardier Aéronautique et on ne fait pas les tests d'évaluation
à chaque année pour ces régimes-là, ce qui nous permet d'étaler notre
risque dans le temps. Donc, on recommande de retourner à la pratique d'autrefois,
qui était de faire des évaluations actuarielles à chaque trois ans et d'amortir
les déficits sur 15 ans.
La deuxième
série de recommandations que nous avons faites et nous avons très à coeur, c'est
de sécuriser lesrentes des
retraités. D'ailleurs, une des raisons que nous avons mis en place plusieurs
mesures de gestion de risques, c'est dans cette optique-là de sécuriser
du mieux qu'on peut les rentes des retraités. Vous savez, les régimes de
retraite à prestations déterminées, ils ont
été mis en place il y a 30, 40 ans. À l'époque, il y avait très peu de
retraités, beaucoupd'employés. On
fait face maintenant à une situation qui est tout à fait autre. Chez
Bombardier, au Canada, on a 1,5 milliardd'engagements pour des retraités. Et, vous savez, la mission — Étienne l'a décrite — la mission de Bombardier... on a
72 000 employés qui fabriquent des trains et des avions partout dans le
monde, notre mission, ce n'est pas d'être une compagnie
d'assurance et, avec 1,5 milliard d'engagements envers les retraités, on
se doit de verser des rentes à chaque mois et de gérer les actifs pour
Et une des
stratégies que l'on aimerait mettre en place au Québec pour réduire ce
risque-là et le transférer à desassureurs,
c'est de procéder à un achat de rentes. On a d'ailleurs une stratégie qui est
déjà en place aux États-Unis. C'esttout
à fait possible d'acheter des rentes en cours de régime et de transférer
totalement le risque aux assureurs. On a la mêmestratégie au Royaume-Uni aussi. On ne peut pas l'avoir au Canada parce
qu'au Canada, à moins de terminer le régime… et, même dans ce cas-là, il
n'est pas certain du tout qu'on peut transférer le risque à l'assureur.
Donc, vous pouvez voir que c'est très difficile
pour une société comme Bombardier d'écrire un chèque de 1,5 milliard d'actif à des
assureurs et demeurer responsable au cas où des rentes qui sont assurées de cette
façon-là. Donc,la commission D'Amours l'a très bien compris, et,
dans sa recommandation n° 11, a recommandé que la loi soit amendéepour permettre l'achat de rentes graduelles en
cours de régime sans avoir à terminer les régimes. C'est un peu une aberration : on veut protéger les retraités,
or, pour les protéger, il faut terminer les régimes prestations déterminées. Je
pense que c'est une aberration de la loi qui devrait être corrigée.
Un autre
élément qui est important, vous savez, quand vous êtes à la retraite, vous avez
75 ans, votre horizon deplacement
et votre tolérance au risque sont substantiellement différents que si vous avez
30 ans, 35 ans et vous continuez de travailler, et tout ça. Et
on a plusieurs régimes dans le monde qui comptent presque uniquement des
retraités. Ces régimes-là sont investis
environ 30 % en actions. Et, vous savez, on ne pourrait pas investir
30 % en actions pour un régime d'employés, il serait beaucoup trop
dispendieux, donc on ne donnerait pas de régime pour les employés.
Donc, la
recommandation du rapport D'Amours qui vise à créer des comptes ségrégués pour
les retraités et les participants actifs à l'intérieur du même régime
nous donnerait cette flexibilité-là vraiment de bien gérer le risque et sécuriser les rentes des retraités tout en
maintenant des régimes compétitifs pour nos employés actifs. Donc, on
recommandeet on supporte
entièrement — c'est la
recommandation 12 du rapport D'Amours — de mettre en place la possibilité d'avoirun compte distinct pour des retraités, et d'avoir
une politique de placement qui est vraiment ciblée pour les retraités et unepolitique de placement qui est vraiment
ciblée pour les participants actifs de façon à sécuriser les rentes des
retraités tout en offrant un régime intéressant aux participants actifs.
Le troisième
volet de nos recommandations vise les régimes à cotisation définie. On a la
chance, chez Bombardier, d'avoir des
gros régimes. On a des régimes à cotisation définie, au Canada, d'environ
500 millions de dollars, et ça nous apermis de mettre en place, en 2005, un programme extrêmement intéressant
d'accumulation d'épargne pour nos employés.On peut le faire à des coûts très compétitifs, moins de 40 points de
base, moins de 0,4 % des actifs. Lorsqu'on compare ça
à des fonds mutuels à 2 %, 2,5 %... Vous savez, en placement, la
seule certitude, c'est les honoraires qu'on paie. Lesrendements, on ne le sait pas, mais vous pouvez
être certains que les honoraires, à chaque année, on les paie. Donc, êtrecapable d'offrir un régime à cotisation
définie aussi peu coûteux aux gens, c'est extrêmement avantageux pour nos
employés.
Or, on fait
un bon travail avec eux pendant 10 ans, les 20 ans, les 30 ans,
les 40 ans qu'ils sont en cours d'emploipour accumuler, je ne sais pas, 200 000 $ à la retraite, et la
loi actuelle nous force, au moment de la retraite, de leur écrire unchèque de 200 000 $ et de les amener
dans le marché individuel, où, là, ils doivent, d'une part, se trouver un bon
fournisseur de services, qui est un risque énorme, et, d'autre part,
avoir une tarification qui est beaucoup, beaucoup plus élevée.
Donc, ce que
nous recommandons, et ça a été retenu aussi par le rapport D'Amours, c'est de
permettre aux régimesà cotisation
définie de continuer à gérer l'actif des gens une fois que l'âge de la retraite
est arrivé. Vous savez, les actifs de quelqu'un, dans un régime à
cotisation définie, ils atteignent leur point maximum les 10 ans avant la
retraite et les 10 ans suivant la
retraite, parce que la liquidation se fait uniquement graduellement. Donc, il
est extrêmement important,pendant
cette période de 20 ans là, de leur offrir des placements de grande
qualité à des honoraires les plus bas possible.Donc, on recommande... on appuie la recommandation du rapport D'Amours à
cet effet-là de continuer de pouvoir gérer les actifs à l'intérieur des
régimes CD, même pendant la retraite des individus.
Finalement,
vous savez, il y a beaucoup d'employeurs qui sont beaucoup plus petits que nous
et qui n'ont pas, malheureusement, l'opportunité
d'avoir 500 millions d'actif sous gestion pour bâtir des options de
placement intéressanteset peu
coûteuses pour leurs employés. Et il y a un véhicule qui existe ou qui va
exister en ce domaine-là, qui est le régime volontaire d'épargne pour les retraités. Nous appuyons la création de
ces régimes-là dans la mesure où ils restent volontairespour les employeurs qui veulent y participer et
dans la mesure où ils offrent des honoraires de gestion peu élevés. Donc,il n'y aurait pas lieu de mettre en place de
tels régimes s'il n'y a pas une épargne substantielle au niveau des coûts pourles participants, un peu comme ce que
Bombardier a pu accomplir avec ses régimes à cotisation définie. Donc, ça
couvre l'ensemble de notre recommandation. Je vais demander à Étienne de
conclure.
Brodeur (Étienne) : Tout
simplement, c'est que nous portons attention à un certain nombre de
recommandationset nous souhaitons
que les recommandations avec les numéros 4, 11, 12, 18, 19 et 21 soient mises
en vigueur le plus tôt possible. Bien entendu, le rapport a soulevé
plusieurs enjeux. Lorsqu'on veut gérer l'ensemble de ces enjeux-là, il est peut-être… pour nous, ça serait utile qu'un
certain nombre d'entre eux soient traités rapidement, quitte à ce que les
autres soient discutés plus longuement.
Président (M. Pelletier, Rimouski) : Alors, merci beaucoup, messieurs. Et nous procédons maintenant
à une période d'échange en commençant par Mme la ministre. Vous avez la
parole.
Maltais : Merci
beaucoup, M. le Président. Bonjour, messieurs de chez Bombardier, M. Neault, M. Brodeur,c'est un plaisir de vous recevoir ce matin. On
tenait beaucoup, à la commission
parlementaire, à recevoir des
entreprisesqui avaient des employés
sur plusieurs pays, on trouvait intéressante cette opinion,
cet avis de gens qui doivent travailleravec plusieurs régimes de retraite et qui ont aussi à être
compétitifs sur un marché international. Donc, c'est une opinionqui importe, il y a vous et Cascades, qui
va venir ensuite ici, qui sont deux fleurons de l'économie québécoise,
et on est contents de vous entendre ce matin. On vous remercie pour vos commentaires.
La première question
que j'aurai serait sur le fait que vous n'ayez pas fait de commentaire sur la rente longévité, quiest pourtant un des points majeurs du
rapport D'Amours. Ça m'a surprise quand j'ai vu votre mémoire. Alors, sans vousmettre mal à l'aise, je voudrais comprendre,
à tout le moins, pourquoi vous n'avez pas cru bon de commenter cette partiedu rapport, puisqu'on nous invoque, à propos
de cette rente longévité, la difficulté qu'on va avoir, pour les entreprises, àdemeurer compétitives si on augmente ce type
de charge sociale qu'est le régime de retraite, donc l'impact sur l'économie etla compétitivité. Donc, qu'est-ce que vous…
Pourquoi, d'abord — question
préalable — pourquoi
n'avez-vous pas émis d'opinion sur la rente longévité?
M. Brodeur
(Étienne) : Je vais vous expliquer le contexte. C'est qu'évidemment,
nous, quand on fait des régimesde
retraite dans notre secteur, comme vous avez cité notre secteur, on tient
compte des piliers. Parce qu'il y a des régimesqui viennent de l'État, il y a des régimes qui sont mis de l'avant par l'employeur
pour être concurrentiels puis il y a aussiune
partie qui est faite par les employés eux-mêmes qui épargnent. Donc,
on essaie d'équilibrer ces trois composantes-là en suivant le marché
dans les pays où on opère, et ça change beaucoup d'un pays à l'autre.
En termes de… la rente de longévité, c'est une
originalité, parce qu'on n'en avait jamais entendu parler, c'est-à-dire que le concept n'avait jamais été mis
de l'avant par personne avant la publication du rapport. Les observations
qu'on a, par exemple, par rapport à ça, c'est qu'on la trouve originale et bien
conçue. Donc, elle est bien conçue.
Pour
nous, nous devons avouer que, dans la façon dont évoluent nos régimes, que ce
soit principalement… Bien,dans la
plupart des pays, sans faire le tableau au complet, nous allons de plus en plus
de formules à prestations définies vers des régimes à cotisation
déterminée. Alors, tous les participants qui sont dans les régimes à
prestations définies continuent de
participer dans ces régimes. Et, bien entendu, en particulier en ce qui a trait
aux participants qui ne sontpas
syndiqués — parce
que ceux qui sont syndiqués ont une négociation à ce sujet — nous offrons maintenant, pour lesnouveaux employés, des régimes à cotisation
déterminée. Et, lorsque nous amenons la possibilité d'avoir des cotisationsdéterminées, parfois nous offrons aussi le
choix à ceux qui étaient dans les prestations définies de choisir une formule
à cotisation déterminée pour leurs services futurs.
Donc, nous
avons une masse d'obligations à prestations définies qui vont le demeurer et
nous nous dirigeons versdes
cotisation déterminée. Donc, à cet
égard-là, lorsqu'on entrevoit la mise
en place d'une rente de longévité, bien elle convient parce
que nous aurons de plus en plus de participants dont l'épargne de retraite sera
constituée d'une accumulationde
capital. Donc, ça permet, comme le rapport le souligne, entre le moment de la
retraite et 75 ans, de disposer un peu dece capital-là et ensuite d'avoir une protection sous forme de
prestations définies à partir de 75 ans. Donc, on la trouveintéressante. Le 75 ans est bien choisi parce qu'évidemment
la longévité a beaucoup changé depuis que Bismarck avaitmis 65, là. Son histoire, tout le monde la
connaît. Mais aujourd'hui, avec les progrès, même si on faisait une
comparaison, on aurait même plus que 75 ans. Donc, 75 ans est bien
choisi.
L'autre
facteur aussi, c'est que la recommandation dit que le régime va être
complètement financé, donc on estd'accord
avec ça, qu'il soit financé de façon à ce qu'il n'entraîne pas de transfert
intergénérationnel. Ça, du côté des régimesde retraite, ils sont déjà assez accusés de ça, donc on ne voudrait pas
introduire un nouveau palier qui augmente au transfertintergénérationnel. Et, pour nous, bien entendu,
et c'est ce qui était aussi indiqué par le rapport, pour nous, l'ajout d'unerente comme ça devrait pouvoir se faire de sorte que ça n'augmente pas nos coûts.
Ça veut dire que, pour les gens quireçoivent,
de nos régimes, une rente à
prestations définies, il faudrait pouvoir intégrer, au moment du paiement,
lorsqueces personnes-là atteignent l'âge
de 75 ans… soustraire le montant qu'ils recevraient, d'autre part, de la rente
de longévité,et, d'autre part, pour
les participants qui sont présentement dans des formules à cotisation
déterminée, bien là il faudraitintégrer
les contributions qui sont faites présentement par nous et par nos employés,
intégrer le montant, étant donné la somme qui devrait être cotisée pour
financer la rente de longévité.
Maltais :
Donc, si je comprends bien, la coordination, c'est faisable, cette coordination
entre la rente longévité et vos régimes de retraite tels qu'ils sont
conçus actuellement.
M. Brodeur
(Étienne) : Oui. Ce n'est
pas toujours évident, parce que, là, un participant pourra avoir travaillé
à deux, trois endroits, puis, lorsqu'il
arrive à 75 ans, il a une seule rente de longévité. Alors, moi, je vais devoir
trouver des dossiers, mais j'aime mieux regarder les dossiers et pouvoir
l'intégrer que ne pas avoir la possibilité de l'intégrer.
Maltais :
Parfait. Merci. La question de la compétitivité. Vous avez des régimes dans…
Vous gérez des régimes de retraite dans quatre pays, je pense, au moins?
M. Brodeur
(Étienne) : Richard a
mentionné les trois pays qui sont structurés comme le Canada, c'est-à-dire
les États-Unis et le U.K. Mais nous avons aussi des engagements importants en
Allemagne, et aussi Suède, Suisse et Belgique, et d'autres pays comme ça.
Maltais :
Est-ce qu'il y a des… Comment vous comparez la législation québécoise, ou l'encadrement
desrégimes de retraite, comparé aux
autres pays? Est-ce qu'elle est plus complexe, plus sécurisante? Est-ce que
vous avezdes commentaires à émettre
sur cette façon de faire au Québec et sur peut-être des avancées qui ont été
faites ailleurs ou…
M. Brodeur (Étienne) : Tu peux
commencer, oui.
M. Neault (Richard) : Si je peux me
permettre. En termes de complexité de la loi, je pense que les lois des pensions sont complexes partout, là. Je ne
prendrai certainement pas exemple des États-Unis ni du Royaume-Uni à ceniveau-là. Mais, comme je le mentionnais tantôt,
au niveau de l'exigence de cotisation, de loin, les exigences du Québec,avec les tests de solvabilité amortis sur
cinq ans, sont de loin les plus exigeantes au monde par rapport au Royaume-Uni
et aux États-Unis.
Maltais : O.K.
Donc, c'est le test de solvabilité qui est une exigence très particulière au
Québec.
M. Neault (Richard) : Oui.
M. Brodeur
(Étienne) : Le commentaire
que je ferais, qui est un point qui a été soulevé par le rapport D'Amours,
c'est que nous avons encore au Québec, en proportion, plus de régimes à
prestations déterminées qu'ailleurs, qu'aux États-Unis
ou au Royaume-Uni. Aux États-Unis, les Américains, quand ils ont vu les coûts,
les gens de finances ont dit : Vous allez m'enlever ça
complètement. Donc, l'essentiel des États-Unis sont à cotisation déterminée.
Royaume-Uni, ce n'est pas le même mécanisme, mais, au Royaume-Uni, les régimes
privés sont tous indexésautomatiquement
à l'inflation, donc ce qui augmente leurs coûts. Alors, lorsqu'on arrive dans
des situations économiques comme celle‑là, avec les normes comptables,
là les coûts deviennent astronomiques. Alors, même si les Britanniques tiennent beaucoup à leurs régimes à prestations
définies, ils n'ont pas eu le choix, parce que ça… ça a pété, si on peut dire.
Donc, on se
retrouve finalement, si on se regarde, que nous sommes un endroit où nous avons
pu… où nous avonsencore un vaste
corpus, là, si on peut dire, de régimes à prestations définies. Donc, tout ce
qu'on peut faire pour les aider,à mon
sens, vaut la peine aussi. Donc, essayons de… Donc, c'est une opportunité qui
est notée par le rapport D'Amoursde
mettre en place des mesures pour les préserver, parce que, si c'est lourd, c'est
complexe, etc., c'est quand même uninstrument
qui livre bien des prestations, avec une certitude par rapport à… Il y a des
coûts, des risques, etc., ce n'est pas parfait, mais, quand même, comme
outil de livraison de prestations de retraite, c'est quand même très bien.
Maltais :
Oui. D'ailleurs, dans une… Je vais un peu introduire un concept : l'échelle
de sécurisation desrevenus, en
parlant des régimes de retraite. C'est sûr qu'on a l'épargne personnelle
volontaire, le REER. On va introduire le RVER, le régime volontaire d'épargne-retraite.
On disait : Un peu mieux que ça, il y a à cotisation déterminée. Unemesure mitoyenne qui s'en vient, qui est une
marche plus haute, les prestations cibles, qui est un nouveau concept quis'en vient. Puis, après ça, il y a à
prestations déterminées, qui est considéré comme le meilleur véhicule.
Effectivement, on a introduit une
espèce d'échelle, là, dans la… et on essaie de voir à ce nos retraités ne
descendent pas l'échelle, mais qu'ils soient encore protégés.
Une question
que je veux… Je veux finir là-dessus parce que j'ai des collègues qui veulent
vous poser des questions.Mais, moi,
il y a quelque chose d'important, votre présence ici est importante. On a parlé
beaucoup de la charge socialesur les
entreprises de mesures de protection publique, de mesures sociales. Est-ce que
ces mesures de protection sociale nesont
pas aussi un avantage compétitif? Je pense à quand on a introduit les centres
de la petite enfance. Moi, je reçois ici,mettons, des entreprises qui
veulent venir au Québec. Bien
sûr, ils nous parlent des charges
sociales, mais, quand on leurparle
de ce que ça veut dire, comme avantages concurrentiels, la présence de centres
de la petite enfance et de garderiespartout
sur le territoire, la protection du régime
d'assurance médicaments, donc il n'y a pas besoin d'assurance privéeou… beaucoup moins chère, l'assurance maladie, les
soins de santé qui sont gratuits, ce sont des avantages concurrentiels.Vous qui êtes sur plusieurs pays, est-ce que la
protection sociale ou la sécurisation des employés, toutes ces mesures nedeviennent pas un avantage compétitif? Moi,
j'y crois, mais j'aimerais ça entendre des gens qui travaillent sur plusieurs
pays me donner leur opinion.
M. Brodeur
(Étienne) : Écoutez, c'est
plus difficile parce qu'habituellement on ne va pas tellement dans ce débat-là
parce que nous, nous voulons opérer dans plusieurs pays puis, bien sûr, nous,
il y a un facteur qui est majeur du côté ingénierie
ou fabrication, c'est combien ça coûte, une heure de travail, lorsque nous
avons quelqu'un qui assemble untrain
ou un avion, ça coûte combien, ça. Et évidemment, là, ce coût-là, on ne peut
pas l'isoler au Québec, on est forcésd'avoir
un coût et d'offrir un produit qui est concurrentiel, qui va être aussi… Notre
produit, il doit être bon, et on aimefaire
de très bons avions, de très bons trains, mais il faut qu'ils soient aussi à un
coût qui puisse concurrencer les gensqui
les fabriquent dans d'autres pays, où justement c'est peut-être structuré très
différemment, et… De là, est-ce que c'est un avantage pour nous? On ne
va pas beaucoup dans ça...
Maltais : C'est-à-dire,
parce que vous…
M. Brodeur (Étienne) : ...on ne va
pas dans ce débat-là.
Maltais : C'est
ça, mais vous avez… Mais, pour aller chercher des employés de haut niveau,
pour…
M. Brodeur
(Étienne) : Le principal
attrait… Nous embauchons beaucoup de l'étranger, bien sûr, puisque nousne pouvons en particulier pas avoir toujours les
ingénieurs spécialistes pour faire les... L'attrait principal, évidemment,
c'est notre société. Elle est attrayante,
parce que, des gens qui vivent dans des pays, souvent ce n'est pas aussi
attrayantpour une foule de raisons.
Mais la motivation première pour laquelle on les a, c'est parce que c'est des
gens qui veulenttravailler, c'est
leur champ d'expertise, et l'opportunité de pouvoir contribuer au design, à la
fabrication d'un nouveau train ou d'un nouvel avion, c'est leur objectif
dans la vie, donc on peut… on capitalise principalement là-dessus.
Maltais :
D'accord. L'équité salariale, est-ce que ça se peut que… est-ce que vous avez
introduit le concept d'équité salariale dans des usines aux États-Unis
M. Brodeur (Étienne) : Au Canada, au
Québec…
Maltais : Au
Canada et au Québec.
M. Brodeur (Étienne) : …parce que,
bien sûr, la loi existe et nous nous conformons, mais ailleurs…
Maltais : O.K. C'est
parce que j'avais cru comprendre…
M. Brodeur (Étienne) : Je ne suis
pas au courant des situations d'équité salariale aux États-Unis, non.
Maltais :
O.K. Parfait. C'est parce que j'avais cru comprendre que vous aviez même donné
des conférences sur le fait que ça s'implantait bien, que c'était un
facteur attractif dans une entreprise.
M. Brodeur (Étienne) : Aux
États-Unis? Bien, je ne suis pas au courant de ça.
Maltais : O.K. Ça
va. Merci beaucoup.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
M. le député de Dubuc.
Claveau :
Bonjour. Bienvenue. Merci pour votre mémoire, votre dépôt. Concernant la rente
de longévité quevous n'avez pas
traitée, certains groupes ont parlé, plutôt que d'implanter une rente
longévité, d'y aller avec une bonification de la Régie des rentes du
Québec. Est-ce que ça vous parle ou vous avez des commentaires là-dessus?
Brodeur (Étienne) : Bien, à
cet égard, les modalités d'une bonification du Régime de rentes du Québec nesont pas connues, donc il y a plusieurs
façons dont ça peut être fait. Et il y a aussi, si on la bonifie, il y a tous
les problèmesd'intégration parce
que, si… Présentement, nous avons, dans certaines formules, une intégration
explicite avec le régime du Québec, avec la formule du RRQ, des fois ça
ne l'est pas. Donc, il y a tout un problème de savoir comment on la
coordonnerait parce qu'on souhaiterait que nos coûts n'augmentent pas. Et
ensuite il y a une question de transfert intergénérationnel,
parce que, quand le régime de rentes a été créé, lui, il y a eu un transfert
intergénérationnel parce queles
premiers retraités ont très peu cotisé, etc. Donc, c'est difficile de comparer
les deux. À cet égard-là, à prime abord,la rente de longévité nous apparaît originale, et intéressante, et
répondant à un besoin. C'est plus difficile de commenterexactement qu'est-ce qui arriverait avec une
augmentation du RRQ. Donc, on est moins favorables parce que ça prendrait
des propositions plus concrètes.
Claveau : Vous n'avez
pas parlé non plus de l'âge de la retraite, dont le rapport D'Amours n'en parle
pas non plus, de reporter l'âge de la retraite. Est-ce que vous avez une
opinion là-dessus?
M. Brodeur (Étienne) : Bien, l'âge
de la retraite, c'est qu'au fil du temps et étant donné l'évolution de notre démographie, parce que nous avons de moins en
moins de personnes et aussi parce que ces personnes-là sont plus en santé,
c'est que nous allons procéder, nous
envisageons et nous allons probablement renverser tout ce qui a été fait parce que,dans les années 90,
il y a eu beaucoup d'améliorations qui ont été apportées à différents régimes
concernant rendre lesconditions de
retraite anticipée favorables. Donc là, face à ça, face au besoin qu'on a de
garder nos personnes et face aufait
que c'est… Je ne parle pas de quelqu'un qui a peut-être été sur une ligne d'assemblage pendant 30 ans,
ça, c'est uneautre paire de manches.
Mais, pour la personne qui est ingénieur ou qui a travaillé dans un bureau,
donc, il faut qu'on puisse commencer à penser qu'on va
retarder l'âge de la retraite. Mais comment faire ça, ce n'est pas évident.
M. Neault
(Richard) : Vous savez que c'est
inévitable, hein? Les régimes de retraite ont été inventés et les genstravaillaient de 20 ans à 65 ans, donc
accumulaient de l'épargne pendant 45 ans pour en recevoir les prestations
pendantcinq à 10 ans. Or, la réalité
aujourd'hui, c'est que les gens commencent probablement plus entre 20 et 25, ils veulent seretirer dès 55 pour recevoir des prestations pendant 30 ans. Ça ne
fonctionne tout simplement pas. Donc, c'est une réalité à laquelle il
faut faire face. On travaille moins longtemps et on vit plus longtemps, donc il
faut se retirer plus tard.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
M. le député de Sanguinet.
Therrien : Oui, merci. J'ai quelques petites questions.
D'abord, bienvenue et merci de votre présence. Écoutez,sur ces petites questions,
parce que vous avez élaboré sur plusieurs
points, la rente longévité, là, dans le rapport D'Amours,une des utilités qu'ils voyaient de cette
rente-là, c'était d'éviter le glissement entre prestations déterminées et
cotisationdéterminée. C'est ce que
vous mentionniez, là, qu'on était en train de glisser vers les cotisation
déterminée. Et, selon le rapport D'Amours, ça permettrait, sur cette
rente longévité là, de freiner justement cette marche-là vers la cotisation
déterminée.
Puis
vous n'avez pas vraiment répondu à ces questions-là, vous avez dit : Bien, il y a
un glissement. Mais est-ce que la rente longévité, mettons qu'on la mettrait sur
pied, là, est-ce que ça permettrait un certain freinage? Parce qu'il y aplusieurs intervenants qui disaient : C'est fini, c'est
trop tard, on va continuer le glissement. Est-ce que vous êtes… Vuque ça allège les régimes de prestations
déterminées, est-ce qu'on pourrait espérer que ça freine justement ce
glissement-là?
M. Neault
(Richard) : Bien, je pense,
ça pourrait aider définitivement. Si vous avez un employeur qui offre déjàun
régime à cotisation définie où la cotisation totale employé-employeur est 10 % de la masse salariale et vous permettezl'intégration, comme Étienne le suggérait
tantôt, donc, pour ces gens-là, il y aurait 3,3 % qui irait rente
longévité et le 6,7 % resterait CD. Donc, du jour au lendemain,
vous transformeriez un régime qui était uniquement CD à un régime hybride, CD et PD. Donc, absolument, ça serait une
mesure tout à fait adéquate pour transformer, pour les gens qui ont déjà
des régimes à cotisation définie, un morceau de ces régimes-là en régime à
prestations déterminées.
Therrien : Et puis,
pour ceux qui sont en prestations, de rester dans ce mode-là, est-ce que ça
permettrait justement de rester davantage dans ce mode-là? Pour ceux qui sont
tentés de…
M. Brodeur
(Étienne) : Mon opinion,
moi, cette dynamique-là, elle obéit plus aux forces du marché, parce quenous, dans notre secteur, nous devons avoir
des régimes qui sont concurrentiels, qui ressemblent à ceux que les autresemployeurs ont dans notre secteur pour
attirer et garder les gens. Donc là, la dynamique… Là, présentement, c'est que,comme je disais, par exemple, au Québec, on
a encore des régimes à prestations définies, on ne les a pas écrasés commeça a été le cas, disons, aux États-Unis et
au Royaume-Uni. Là, s'il y avait une rente de longévité, est-ce que ça va
ralentir ou accélérer ce mouvement-là? Je dirais que ce serait plutôt
neutre.
Therrien : O.K.
Donc, ça n'a pas vraiment d'impact.
M. Brodeur (Étienne) : Donc, moi, je
ne verrais pas que ça influence d'une façon ou d'une autre.
Therrien : J'ai-tu
encore un peu de temps, M. le Président?
Le Président (M.
Pelletier, Rimouski) : Oui, oui.
Therrien : Oui. J'aurais…
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
Deux minutes.
Therrien :
Parce que vous êtes les premiers à nous en parler étant donné que vous êtes…
vous oeuvrez au niveau international, là. La stratégie d'achat de rente,
là, aux assureurs, pouvez-vous nous dire en quelques minutes peut-être, là,
comment vous faites ça aux États-Unis puis en Grande-Bretagne? Parce que c'est
intéressant, là.
M. Neault
(Richard) : Oui,
certainement. Donc, disons, on a un régime de retraite aux États-Unis qui
compteprincipalement des retraités.
Et actuellement ça coûte très cher, acheter des rentes. Donc, on suit de près l'évolution
duprix d'achat de rentes. Et puis,
le jour où nous allons juger que nous avons suffisamment d'actifs pour acheter
les rentes, on va, à ce moment-là, immuniser la caisse de retraite et
lancer un processus d'achat de rentes.
aux États-Unis, il y a une comme une recette à suivre, si vous voulez dire,
hein? Donc, vous avez certainesétapes
qu'un bon fiduciaire doit accomplir, donc faire un appel d'offres sur le
marché, choisir des assureurs de grandequalité, etc. Et il est très clair, dans la législation américaine, que,
si vous suivez chacune de ces étapes-là en bon fiduciaireet, au bout de la ligne, vous choisissez un
assureur et vous transférez, l'exemple que je donnais tantôt, 1,5 milliardd'actifs… — ce n'est pas rien, écrire un chèque de
1,5 milliard, il faut être certain quand on le fait — et la loi américaineest très claire à cet effet-là, que, si vous
suivez toutes les étapes du processus défini, à ce moment-là, lorsque vous
écrivezvotre chèque, vous êtes
complètement… vous n'avez plus aucune responsabilité envers les rentes de ces
gens-là. Donc, si, pour une raison ou une autre, cinq ans plus tard ou
10 ans plus tard, un de ces assureurs-là avait des difficultés financières et les rentes devaient être réduites, l'employeur qui avait créé le régime de retraite à l'époque ne serait pas
tenu responsable de combler la différence.
Therrien : Et donc
vous êtes pour, là, amener ce système-là chez nous?
M. Neault
(Richard) : Tout à fait,
parce qu'écoutez ce serait à l'avantage des retraités. Pensez-y. Je le
mentionnaistantôt, notre mission, c'est
de bâtir des avions, des trains. On a 72 000 personnes qui font ça. On n'a
pas 72 000 personnes qui gèrent le fonds de pension.
Therrien : Très
intéressant.
M. Brodeur
(Étienne) : La situation
évolue aussi. Vous pouvez penser qu'il y a 30 ans les régimes de retraiteétaient… les obligations des régimes étaient
surtout pour les participants actifs. Maintenant, ils ont beaucoup vieilli.
Donc là, vous avez souvent aussi, pour des raisons d'affaires, vous vous
retrouvez avec certains régimes qu'il y a presque uniquement des retraités.
Alors, nous, à ce moment-là, notre mandat devient le même mandat que si on
était dans une compagnie d'assurance à
essayer de gérer ça. Donc, en principe aussi puis si vous regardez les cotes de
crédit des compagnies d'assurance ou la nôtre, etc., donc la sécurité
est plus grande chez la compagnie d'assurance que même chez nous, là.
Therrien : Au
préalable, il faut diviser en deux caisses distinctes pour faire ça?
M. Neault
(Richard) : Oui, c'est l'autre
recommandation du rapport D'Amours. Évidemment, l'achat de rentes,ce n'est pas demain matin, hein, parce qu'au prix
que ça coûte aujourd'hui, là… Mais il va y avoir un moment donné où çava devenir attrayant. Donc, entre aujourd'hui et
ce moment-là, la recommandation du rapport D'Amours de créer un compte
distinct pour les retraités et de pouvoir commencer dès maintenant à réduire le
risque de la gestion des actifs de ces retraités-là dans l'optique où, le jour
où on a suffisamment d'argent pour acheter les rentes, on le réduit davantage
est tout à fait en ligne. Donc, la
combinaison de ces deux recommandations-là, compte distinct pour retraités
aujourd'hui etpermettre l'achat de
rentes graduel — il faut
que ça soit graduel, on ne peut pas faire 1,5 milliard d'un coup — sans avoir à terminer les régimes PD
et avec transfert total de responsabilité aux assureurs, ça m'apparaît tout à
fait approprié.
Therrien : Merci
beaucoup, très intéressant.
Président (M. Pelletier, Rimouski) : Merci. Et nous allons passer du côté du parti de l'opposition officielle. M. le député de Verdun.
Gautrin : Je vous
remercie. Bon. Vous êtes… Je vais
essayer de… Vous avez un mémoire qui est d'une clarté et d'une limpidité
que je sais exactement ce que vous voulez. Et même, à la fin, vous avez signalé
quelles étaient les mesures que vous voulez
prendre à court terme, et ça correspond exactement à votre mémoire.
Vous avez insistésur… — alors, je vais revenir sur un point —l'importance de la capitalisation améliorée, parce qu'évidemment abandonner,
en quelque sorte, les questions qui touchaient les obligations de solvabilité,
ça, je comprends ça.
Dans le
rapport D'Amours, néanmoins, ils veulent avoir un taux d'actualisation qui est
basés sur les obligationsdes
corporations qui sont de très bonne catégorie. Alors, au Canada, il y en a peu. Et beaucoup
de gens sont venus témoigneren
disant : Ces obligations entraîneraient une grande fluctuation dans le
taux d'actualisation, à ce moment-là, donc dans les financements des régimes, et il faudrait probablement prendre un autre
indicateur. Vous vous êtes positionnés en faveurde la capitalisation améliorée. Est-ce que ça va jusqu'au taux d'actualisation
qui est inclus dans le rapport D'Amours mais qui a été critiqué par un
certain nombre de personnes qui sont venues avant vous?
M. Neault (Richard) : Oui. Disons que — si je peux me permettre de répondre,
Étienne — évidemment,
notrepréférence aurait été de
retourner à ce qui existait dans le passé, c'est-à-dire d'avoir un taux d'actualisation
qui est basésur le rendement
anticipé sur les actifs à long terme, hein? Donc, évidemment, c'étaient les
règles qui existaient à l'époque, avant l'introduction du test de
solvabilité au début des années 1970, et ça fonctionnait très bien.
On a trouvé la
recommandation du rapport D'Amours intéressante au niveau suivant. D'abord, d'utiliser
une courbe de taux corporatifs de haute
qualité, ça reflète assez bien le coût d'achat d'une rente pour les retraités
et c'est aussi cohérent avec les nouvelles normes comptables qui
demandent d'utiliser…
Gautrin :
La courbe qui est basse. C'est ça?
M. Neault
(Richard) : Exactement, la courbe, là, de taux corporatifs. Cependant,
il y a une faiblesse avec les normes
comptables actuelles, c'est sur le très long terme. Vous avez entièrement
raison de dire : Écoutez, sur des échéancesde 15 ans, 20 ans, 30 ans, il n'y a pas beaucoup de compagnies — c'est simplement les gouvernements qui
émettent de silongues
échéances — il y a
très peu de compagnies de grande qualité qui émettent des obligations. Donc, c'est
quoi, letaux corporatif haute
qualité 20 ans? C'est quoi, le taux corporatif haute qualité 25 ans? Il faut le
deviner parce qu'il n'existepas.
Donc, dans ce sens-là, la recommandation du rapport D'Amours, on l'a trouvée
tout à fait originale, de dire : Sur lecourt terme, on peut utiliser les taux corporatifs, ils existent. Il y a
plusieurs sociétés qui émettent des obligations corporatives de longue
qualité. Et, sur le plus long terme, prenons le rendement espéré sur l'actif de
la caisse.
Gautrin : Tout à fait. Ce qui nous a été fait valoir ici, c'est
qu'il pouvait y avoir d'énormes fluctuations sur…puisqu'il y a peu d'éléments à considérer sur les
corporations à long terme, ça pourrait... Si on prenait une photocopie
en mars ou en juillet, ça pourrait amener des fluctuations importantes sur le
taux. Donc, vous êtes... Autrement dit, si j'interprète,
vous êtes en faveur de la capitalisation améliorée, quitte à ce qu'on discute
sur les questions sur l'actualisation et le taux d'actualisation.
M. Neault (Richard) : Au Royaume-Uni, par exemple, le taux d'escompte qui est anticipé pour
évaluer, c'est lerendement anticipé
sur les actifs de la caisse, comme c'était le cas au Canada auparavant, comme c'était
le cas aux États-Unis auparavant. Donc, ça serait une...
Gautrin : Je prends bonne note de... Deuxième question. Vous
avez plusieurs régimes de retraite que vousgérez, vous avez donc des employés qui passent, j'imagine, au cours de
leur carrière, d'un endroit à un autre endroit. Est-ce qu'ils changent
de régime de retraite au fur et à mesure qu'ils... Autrement dit, si vous
commencez votre carrière au Royaume-Uni, vous venez ici, est-ce que vous
changez le régime de retraite?
M. Brodeur
(Étienne) : Oui. Et on a tout un mécanisme, là, pour relier leurs
participations, etc.
Gautrin : Alors, ma question. Vous n'avez pas abordé, dans
le rapport D'Amours, ce qui touchait le transfert, la manière de
calculer le transfert. Parce que, si je comprends bien et à moins que ce soit
différent chez vous, quand quelqu'un quitte un régime de retraite pour aller
dans un autre régime de retraite, est-ce qu'on applique les règles de transfert
et des règles de rachat d'années dans un autre régime de retraite? Comment ça
se passe pour vous?
M. Brodeur (Étienne) : Non, on ne le fait pas, puisqu'en fait on ne peut
pas transférer vraiment des avoirs derégime
de retraite d'un pays à l'autre. Alors, si j'avais 300 000 $ à
transférer pour huit participants qui sont déménagés enAngleterre, ça ne marche pas, je ne peux pas faire
ça. Donc, ce qu'on fait, c'est qu'on fait des mécanismes compensatoirespour s'assurer que tout le service de la personne
est reconnu d'un point de vue admissibilité pour s'assurer que le progrèsdu... la progression de salaire dans un pays
est reconnue dans d'autres pays. Donc, ce sont des mécanismes lourds, mais,au total peut-être, sur nos
70 000 employés, on en a peut-être une centaine seulement que nous
suivons à la trace commeça pour
faire en sorte, puisqu'on leur a demandé et puisque ça faisait notre affaire de
les déménager d'un pays à l'autre, de
protéger leurs droits pour qu'ils ne se trouvent pas à être lésés parce qu'ils
ont accepté notre proposition d'aller travailler dans un autre pays, ou
quelque chose comme ça.
Gautrin :
…que votre mécanisme, c'est un document qui est public ou c'est interne?
M. Brodeur
(Étienne) : ...privé.
Gautrin :
Est-ce que peut-être… est-ce que… de nous informer quel est ce type de
mécanisme que vous avez.Parce que
vous comprenez bien qu'une des problématiques que l'on a, nous, comme
parlementaires, c'est de dire queles
gens, dans le cours de leur carrière — mais, je comprends bien, parce que vous en
parliez de... — vont
commencerà travailler pour un
employeur A, aller vers un employeur B, un employeur C. Et un des objectifs, c'est
qu'ils puissent, à la fin, dire… s'il a travaillé
30 ans, pouvoir avoir l'équivalent d'un régime de pension sur 30 ans,
même si c'est pour plusieurs employeurs.
Donc, on réfléchit à... On a rencontré, hier, des gens du mouvement syndical
qui avaient des solutions, etc. Si vous pouviez au moins nous donner ce
qui est... Je ne veux pas avoir... briser votre...
M. Brodeur
(Étienne) : Non, ce n'est
pas un document public, mais ça me fait plaisir de le partager avec vousparce que ce sont... Je vais partager avec
vous des règles internes que nous nous sommes données. Parce que je dois avertirmes administrateurs de retraite en
Allemagne, aux États-Unis et en Angleterre, lorsque les personnes transfèrent,
de s'assurer que ces mécanismes-là sont pris en place pour les faire
fonctionner.
Gautrin : Vous
pourriez les transmettre à la commission?
M. Brodeur (Étienne) : Oui, avec
plaisir.
Gautrin : Parce que
je pense que ça serait un document qu'on aimerait... Il nous reste combien de
temps, M. le Président?
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
Il vous reste à peu près 12 minutes.
Gautrin :
O.K. Bon, alors, j'ai une autre question à vous poser, qui est plus globale. La
Jeune Chambre decommerce, hier, les
représentants des jeunes se sont levés en opposition à ce que vous faites, en
disant, voici… Là, vousdites : Les
nouveaux arrivants vont avoir des prestations à cotisation déterminée, et ceux
qui sont déjà dans le systèmevont
continuer d'un régime à prestations déterminées, ils disent : Ça, c'est — je reprends leurs termes — une forme de clause orphelin, c'est-à-dire
les plus jeunes sont traités différemment que les plus âgés.
Là, est-ce
que, dans tout le mécanisme qu'il y a... Et je comprends que la tendance était
vraiment une tendancecontre les
régimes à prestations déterminées. Je comprends que vos régimes à cotisation… à
CD sont particulièrementintéressants,
puisque vous nous avez dit que les taux de gestion sont relativement valables
comparé à, ce qu'on pourrait dire, la moyenne des régimes CD. Qu'est-ce
qu'il faudrait pour que vous retourniez vers les régimes à prestations déterminées? Est-ce que dans la loi… Est-ce que
l'approche prestations cibles, ce serait quelque chose qui vous
permettraitde retourner vers la
création… Essentiellement, les
employeurs qu'on a eus, et je pense qu'il y en a d'autres qui vont nousle dire, il n'y a plus d'intérêt de créer de
nouveaux régimes à prestations déterminées, même si c'est ce qui est le mieux
pour les travailleurs. Qu'est-ce que vous auriez besoin dans la loi actuellement?
M. Brodeur
(Étienne) : Bien, en fait,
ça va prendre… Le premier ingrédient, c'est le temps. Parce que, si vousregardez l'histoire des régimes de retraite
au cours des 40 dernières années, vous avez des vagues. Et, si on juge le futursimplement par les cinq dernières années, ça
ne s'est jamais passé comme ça. Donc, aujourd'hui, là, on est, là… la hautedirection a tellement été brûlée, avec les
coûts comptables, avec les déficits, etc., que, là, pour l'instant, là, on ne
peut pas aller leur dire, là… Si je vais proposer ça, je me fais mettre
de côté, là. Ce n'est pas…
Gautrin : …d'accord
avec vous.
M. Brodeur
(Étienne) : Mais là qu'est-ce
qui va arriver au cours des cinq prochaines années? Comment le contexteva-t-il évoluer? Comment toute cette dynamique
entre les nouvelles générations, comment elle va survenir? C'est à voir.
Donc, on devrait, entre-temps, faire en sorte de
ne pas tout détruire, puisqu'on n'a pas encore tout détruit, et donner une chance, et on verra. Est-ce que ça va
revenir? Moi, c'est sûr que, chez Bombardier, je ne peux pas aller, dansles prochains deux ans, proposer un régime
prestations définies quel que ce soit dans le monde, c'est non. Mais, si j'arrivaisavec un prestations cibles… On a commencé
les débats, ils sont très préliminaires. Donc, ça, un prestations cibles, c'estun peu différent parce que, là, on aurait un
coût fixe puis on aurait un véhicule pour livrer des prestations définies.
Donc, ça, c'est à discuter.
Mais
présentement l'ensemble de la préoccupation de Bombardier, c'est la gestion de
ce risque qui est la retraite,qui
est un risque majeur pour nous, qui passe, bien sûr, par des régimes à
cotisation déterminée parce que ça… On fermele robinet sur le risque à prestations déterminées et ensuite on élabore
toutes les stratégies dont Richard vous a fait parttantôt, qui sont toutes organisées, structurées,
puis on attend des opportunités pour les mettre en place, pour gérer ce
risque-là.
Gautrin :
Dernière question, et après, mon collègue d'Outremont, si le Président lui
passe la parole, va pouvoirvous
poser une question. Les gens sont venus… Et je pense que c'est unanime dans les
gens qui viennent témoigner devantnous.
La
Loi sur les RCR est lourde, difficile. On a besoin de flexibilité. Hier, si
vous avez écouté, l'ensemble des partenairessyndicaux ont dit : Donnez-nous de la flexibilité dans la loi, à l'heure
actuelle. Est-ce que, du côté patronal, vous êtes aussi dans la même
position, c'est-à-dire la loi…
M. Neault
(Richard) : Tout à fait.
Écoutez, l'exemple que je donnais tantôt, pour moi, est tellement évident. On
veut acheter des rentes pour les retraités. Or, la seule façon de le faire, c'est
de terminer les régimes PD.
Gautrin : Donc, vous, vous dites aussi : Vous,
législateurs, vous avez été… et je vais prendre la comparaison — je l'ai déjà fait une fois — de la
plomberie, c'est-à-dire, on a fait du patchage, de changer des petits bouts de
tuyau de droite à
gauche, il faudrait peut-être refaire toute la plomberie parce qu'actuellement
elle est devenue tellement complexe et rigide qu'on ne peut plus
tellement aller de l'avant. Est-ce que je comprends votre position?
M. Brodeur (Étienne) : C'est que les lois sont toujours faites pour
répondre à des contraintes à un moment donné. Et là évidemment c'est
intéressant qu'à ce moment-ci le rapport mette de l'avant une série… qui sont
des mesures à considérer pour mettre à jour et maintenir l'appareil en
fonction. C'est comme un… C'est une mise à jour.
Gautrin :
M. le Président, je crois que mon collègue d'Outremont va prendre la relève.
Le Président (M.
Pelletier, Rimouski) : C'est vrai, oui? M. le député d'Outremont.
Bachand : Il faut que j'aie ce que mon collègue de Verdun
veut. Bonjour, merci beaucoup d'être ici. La plupartdes sujets ont été traités, parce que votre
mémoire est très, très pointu. Et puis je vous remercie aussi de la franchise
aveclaquelle vous répondez aux
questions, entre autres sur les régimes à prestations déterminées et le
contexte dans lequelvous vous
trouvez. Puis, en fait, vous faites un plaidoyer de convictions personnelles,
en disant : Évidemment, pour unindividu,
c'est le meilleur régime, mais, pour le monde corporatif, c'est très complexe
et le risque est très grand aujourd'hui. Et donc, si je comprends bien,
pour vous, je ne veux pas vous mettre des mots dans votre bouche… Mais le
rapport D'Amours dit : C'est
indissociable. Vous, si je comprends bien, vous dites : Mais il y a des
morceaux différents, puis mettez en oeuvre — c'est votre
conclusion — un
certain nombre de morceaux.
M. Neault (Richard) : Oui. Par exemple, on ne voudrait pas… Les recommandations que nous
avons faites dansnotre mémoire, à
notre avis, peuvent être implantées dès maintenant, sans trop de débats sociaux
et qui risquent de prendreplusieurs
mois dans certains cas. Donc, ce que l'on aimerait vraiment, c'est qu'à tout le
moins ce que nous recommandonssoit
mis de l'avant le plus tôt possible. Il n'y a pas de raison de ne pas mettre
ces recommandations-là de l'avant le plus tôt possible.
Bachand : Et donc sauvons les régimes, entre guillemets, à
prestations déterminées en le mettant dans unelégislation. Et ce que vous dites, c'est dès que possible, ça, ça veut
dire tout de suite, maintenant, l'ensemble des… entout cas, des recommandations, là, qui font
consensus sur les régimes à prestations déterminées. Et les autres éléments,
bien, c'est des éléments un peu distincts.
Vous
êtes favorable aux RVER, mais vous nous dites : Faites attention au coût.
Évidemment, je ne suis pas sûrsi on
va légiférer le coût, là, ça, c'est un autre débat qu'on aura. Ce que vous
espérez… ce qu'on espère toujours, c'est que la concurrence soit telle
que les coûts ne soient pas à 2 %, mais qu'ils soient plus près de
0,5 % ou, en tout cas, certainement en bas de 1 %.
sur la rente longévité — dont vous ne parliez pas, mais vous en avez parlé puis trouvé ça
intéressant — avez-vouscalculé… Parce que vous avez bien répondu à
mon collègue de Sanguinet en disant que, pour quelqu'un qui est à cotisationdéterminée, la rente longévité, ça fait un
hybride, ça lui fait une
partie cotisation, une
partie prestations pour la
partie rentelongévité. Dans les
régimes qui sont à prestations, avez-vous calculé si vous sauveriez 3,2 %
de cotisation parce que c'estle coût
pour vous ou, dans votre cas, ça serait un coût… ça serait une charge patronale
et pour les travailleurs plus élevée, ou moins élevée, ou…
M. Brodeur (Étienne) : Bien, l'important, pour nous, c'est que ça soit
coordonné, soit du niveau de la prestationou du niveau de la cotisation, que le coût soit un tantinet différent
parce qu'il y a d'autres hypothèses ou etc., grosso modo, qu'on intègre
la prestation, ça va nous satisfaire.
Bachand : O.K. Donc, ça, ça… Il y a des gens qui nous ont
dit que c'était tellement compliqué qu'ils voulaientêtre exemptés, mais ce qui… Parce qu'exemptés,
évidemment ça nous rend perplexes parce que c'est un régime universel.
Si on exempte tous ceux… Donc, vous, vous ne demanderiez pas d'être exemptés…
M. Brodeur (Étienne) : Il y avait ça au Royaume-Uni, puis là ils l'ont
aboli, là. Donc, on est en train de… AuRoyaume-Uni, pour les régimes qui avaient été exemptés, ne le seront
plus. Puis c'est tout un autre débat, ça, l'exemption.
Bachand :
O.K. Parfait. Bien, je vous remercie beaucoup, merci de vos explications.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) : Ça va? Nous passons maintenant à M. le député de
Chutes-de-la-Chaudière.
Picard : Merci. Merci, messieurs, pour votre témoignage, la
clarté de vos propos. J'aurais une petite question,parce que l'ensemble du sujet a été traité.
Tantôt, vous avez dit qu'il y avait des régimes à prestations déterminées qui
sont devenus maintenant des cotisation déterminée suite à des négociations.
Si je veux bien comprendre, là, est-ce que ça veut dire que des employés actuels qui ont accumulé une
rente dans un prestations déterminées et par la suite ils cotisent dans un
cotisation déterminée parce qu'ils
vont prendre leur retraite… Disons qu'ils vont avoir deux sources de revenus,
là, théoriques?
M. Brodeur
(Étienne) : Bon, je voudrais
faire une clarification parce que le processus avec les non syndiqués,c'est un processus séparé du processus avec les
participants syndiqués. Alors, pour les participants non syndiqués, c'estvrai parce que nous avons, d'une part, des
gens à qui… On avait déjà, nous, notre régime de base avant qu'on fasse tout le mouvement, c'était
un régime hybride. Parce que notre régime de base offrait une prestation
définie entièrement financéepar l'employeur
avec un volet à cotisation déterminée avec bonification de l'employeur quand l'employé
cotise. Donc, on l'avait déjà comme hybride.
jour, on a décidé d'offrir un régime à 100 % à cotisation déterminée à
partir de 2008. Donc, nous avons des gens qui auront toujours une
prestations définies, des gens qui auront toujours une cotisation déterminée,
puis des gens qui auront, pour une
partie de leur service, une prestations
définies et, pour une
partie de leur service, un volet à cotisation déterminée.
Pour
les syndiqués, nos syndiqués, présentement, sont à prestations définies. Nous
avons eu une négociation l'annéedernière
où les futurs participants seront à cotisation déterminée, mais une seule.
Donc, largement, nos participants syndiqués au Canada sont dans des
volets à prestations déterminées.
M. Picard :
O.K. Et les nouveaux employés, eux, sont à cotisation déterminée.
M. Brodeur
(Étienne) : Les non-syndiqués.
M. Picard :
O.K. Comment ça s'est vécu, ce changement-là?
M. Brodeur (Étienne) : C'est intéressant parce que, vous savez, en 2008,
on avait un régime hybride puis on a offert un volet… le choix aux gens,
à tous les nouveaux participants, entre le régime hybride et le régime à
cotisation déterminée. Et on a eu
moitié-moitié entre ceux qui choisissaient l'hybride, l'ancien modèle, qui
comportait un volet àprestations définies,
et l'autre, le nouveau modèle, qui était 100 %. On a eu moitié-moitié.
Puis ensuite on a regardé, on a dit… Parce qu'on a ça maintenant depuis
cinq ans. On a regardé qui avait choisi quoi, en supposant que les plus âgés auraient choisi l'ancien, et tout. Non, la
répartition était… ne dépendait pas de l'âge. Donc, on a été surpris de ça.
Mais les gens qui avaient choisi l'ancien répondaient à des choix
personnels qui n'étaient pas en fonction de l'âge.
Picard : O.K. Merci. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Pelletier, Rimouski) : Oui, M. le député de Verdun.
Gautrin :
...une question pour profiter... Moi, je pense, à l'heure actuelle, qu'il y a
une évolution dans les régimes de pension et
on arrive à une situation où la maturité des régimes de pension devient de plus en plus importante.Et est-ce que
vous avez réfléchi sur comment avoir des… comment faire face aux défis de la
maturité? Vous comprenezbien ce que
je veux dire à l'heure actuelle? Ça
va être quelque chose qui va devenir de plus en
plus important lorsque
la bulle des baby-boomers va commencer à prendre leur retraite. Est-ce
que vous avez réfléchi sur ça?
M. Neault (Richard) : Vous avez entièrement raison, et puis c'est pour ça que nous avons mis
en place toutessortes de mesures de
gestion du risque, hein, parce qu'au
fur et à mesure que la population est vieillissante, que le pourcentage de retraités est plus grand qu'il n'était
auparavant, de préserver les acquis de ces gens-là et de s'assurer qu'il
n'y ait pas de désastre devient de plus en plus important et...
Gautrin :
D'où l'importance des deux caisses.
M. Neault
(Richard) : Pardon?
Gautrin :
D'où l'importance, tel que recommandé, des deux caisses...
M. Neault
(Richard) : Des comptes distincts, retraités et actifs...
Gautrin :
Des comptes distincts que... C'est ça.
M. Neault (Richard) : ...d'une part, et d'autre
part de pouvoir, à un moment donné, transférer ce risque-là à des
assureurs dont c'est la mission qui est de payer des rentes.
Gautrin :
Je vous remercie.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) : Alors, merci beaucoup. Merci, MM. Neault et
Brodeur, merci beaucoup de votre participation à notre commission.
Et je suspends nos
travaux quelques minutes pour permettre aux représentants, représentantes de l'entreprise
Cascades de prendre place.
(Suspension de la séance à 10
h 27)
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
Et nous reprenons nos travaux.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
Et ça me fait plaisir de souhaiter la bienvenue aux représentantes,
représentants de la firme Cascades.
Alors, je
vous laisse un 10 minutes pour vous présenter personnellement, présenter votre
entreprise, et présentervotre
mémoire, et par la suite nous aurons une période d'échange d'une cinquantaine
de minutes. Alors, à vous la parole.
M. Plourde (Mario) : Alors, Cascades
tient d'abord à remercier les membres de la Commission des finances publiques pour l'invitation et l'occasion offerte
de se faire entendre sur une question aussi importante que celle de l'avenirdes régimes de retraite. Je suis accompagné
aujourd'hui de Mme Maryse Fernet, vice-présidente aux ressources humaines
chez nous, et de Mme Sonia Turcotte, qui est directrice des avantages sociaux
chez nous.
perspective que nous voulons vous donner aujourd'hui, c'est celle d'une
entreprise manufacturière qui oeuvre dans le secteur traditionnel, bien
qu'innovant, de notre économie. Cascades emploie 12 000 femmes et hommes,
dont 4 600 au Québec. Cascades a toujours eu à coeur le développement
durable, l'innovation et les ressources humaines.
Bientôt
depuis 50 ans, l'entreprise met de l'avant des valeurs et des principes de
gestion qui reflètent partout dansl'entreprise :
le respect, nous considérons les employés comme des partenaires; l'autonomie,
nous prônons la responsabilisationde
nos employés; la comptabilisation des revenus et dépenses par usine, qui nous
amène à privilégier des coûts stables et prévisibles.
Dès le début,
Cascades a développé une préoccupation pour la retraite de ses employés et a
mis en place un systèmepour
encourager l'épargne, un système basé sur les profits de chaque unité. Nous
sommes passés progressivement à un régime de retraite à cotisation
déterminée. L'entreprise s'étant principalement développée par acquisitions, un
certain nombre de régimes à prestations
déterminées ont été intégrés au fil du temps. La majorité de ces régimes ont
été fermés pour les nouveaux employés, qui participent à un régime à
cotisation déterminée. Aujourd'hui, plus de 75 % de nos employés participent à des régimes à cotisation
déterminée ou à des REER collectifs et 25 % de nos employés participent
à des régimes à prestations déterminées.
Nos choix
traduisent nos valeurs et nos principes de gestion. Nous voulons offrir un
bénéfice durable dont nousavons les
moyens. Les conditions que nous offrons sont très compétitives pour le secteur
manufacturier. Elles nous donnentla flexibilité nécessaire dans un environnement de globalisation
de marchés où nos compétiteurs sont notamment nord-américains et
chinois.
J'aborderais
maintenant le rapport directement. Même si nous reconnaissons l'ampleur du
travail effectué et quenous sommes d'accord
avec plusieurs constats et mesures proposées, Cascades tient à exprimer une
certaine déceptionà l'égard de l'orientation
générale du rapport D'Amours. Dans un environnement économique globalisé, où
les lois dumarché forcent l'entreprise
à réduire les risques, il nous apparaît dangereux de croire que les régimes de
retraite à prestationsdéterminées
sont la solution de l'avenir. Nous croyons que le rapport répond davantage à
une problématique des régimes des secteurs publics qu'à la réalité d'une
entreprise manufacturière comme la nôtre.
Nous
constatons également que les régimes à prestations déterminées sont moins
adaptés à la mobilité grandissantedes
travailleurs. Théoriquement, les régimes de retraite à prestations déterminées
offrent une meilleure sécurité financièrepour les travailleurs; dans les faits, ces régimes ont accumulé des
déficits importants et comportent des risques financiersqui ont compromis la viabilité financière de
plusieurs organisations. Dans une situation de faillite, de terminaison de
régime, la sécurité financière des travailleurs et des retraités est
remise en question.
Par ailleurs, nous croyons qu'une amélioration
de la situation financière des Québécois à la retraite devrait nécessairement passer en bonne
partie par un
changement d'habitudes et de comportements. Selon le rapport Demers,
diffusé en 2011, près de 45 % des nouveaux retraités du Québec auront
moins de 60 ans, comparativement à 33 % en Ontario. Parallèlement, l'espérance de vie des Québécois continue de s'améliorer.
Combinés, les deux phénomènes fonten
sorte qu'un nombre grandissant de Québécois vont passer autant de temps à la
retraite que sur le marché du travail.
Sur la
question de la rente de longévité, nous tenons à exprimer nos réserves. Bien
que l'objectif soit louable, nous croyons que le moyen choisi soulève
des inquiétudes. L'ajout d'une charge supplémentaire de 3,3 % répartie
entre l'employé et l'employeur aura un
impact important pour un grand nombre d'entreprises. Cela accentuera le déficit
compétitifentre le Québec, les
provinces et/ou États voisins. Nous croyons que, la RRQ et la sécurité de
vieillesse fédérale, nous avons déjà un filet de sécurité sociale parmi
les plus généreux au monde.
Par ailleurs,
il ne faudrait pas que cette mesure crée un sentiment de sécurité illusoire
chez les travailleurs et ainsisape
les efforts d'éducation qui sont faits pour inciter à l'épargne. Il s'agit d'une
mesure qui va à l'encontre de la responsabilisation
des employés. Sans adhérer aux préjugés favorables qu'exprime le rapport sur
les régimes de prestationsdéterminées,
nous reconnaissons que plusieurs mesures proposées sont susceptibles d'améliorer
la gestion de ces régimes et d'introduire de la flexibilité.
Nous accueillons positivement la recommandation
4, qui suggère une seule méthode d'évaluation, soit la capitalisation améliorée. Nous sommes d'accord que le financement sur une base de terminaison de régime est une mesurede prudence qui est trop dispendieuse et trop
volatile. Nous privilégions une méthode qui procurerait un coût réaliste et
surtout un coût stable d'année en année.
Nous sommes
favorables à la recommandation 5 et 7, améliorant la gestion des risques, à
condition que l'équilibreentre l'utilisation des surplus et la responsabilité des déficits soient bien définis. La recommandation 10 va en ce sens pourun
régime en cours d'existence. Cependant, il faut définir clairement l'appartenance des
surplus en cas de fermeture du régime.
Cascades est favorable à la recommandation 14, qui donne plus de souplesse et d'outils pour restructurer un régimede retraite et ainsi rétablir la situation
financière de celui-ci. Nous pensons cependant que cette mesure devrait être une mesure
permanente plutôt que de se limiter à une seule fenêtre de cinq ans.
Nous appuyons également
les experts dans leur recommandation de mettre en place rapidement un régime volontaire d'épargne-retraite. Cascades offre déjà
à ses travailleurs un REER collectif qui permet des frais de gestion réduitsgrâce aux économies d'échelle. Nous
aurions apprécié, étant donné la tendance des marchés vers des régimes à
cotisationdéterminée, voir plus de
solutions pour améliorer ce type de régime. Il en est de même pour les régimes
à prestations cibles, pour lesquels nous aurions aimé voir une analyse
plus approfondie.
Je veux maintenant
attirer votre attention sur les enjeux des régimes de retraite interentreprises
et à cotisation négociée. Au-delà de la
recommandation 13, qui traite de la question des orphelins et que nous appuyons,
ces régimessont d'une situation très
préoccupante. Ces régimes existent depuis près de 50 ans et ont été négociés.
Les employeurset employés ont
toujours administré et géré ces régimes, des régimes à contributions fixes, la
prestation sur des cibles etnon des
promesses. Ils sont uniquement garantis par les actifs des régimes. Le
fiduciaire ne pouvant augmenter la cotisationnégociée, la réduction des prestations est le seul moyen dont dispose le
fiduciaire pour rétablir l'équilibre financier en cas de déficit
important.
RRQ considère que les régimes interentreprises comme des régimes à prestations
déterminées. Cette positionest
contraire avec tout ce qui se fait ailleurs en Amérique du Nord, les autres
juridictions ayant porté une attention particulièreaux régimes interentreprises. Cette situation est
extrêmement préoccupante. Les employeurs ne sont pas en mesure d'assumer les déficits supplémentaires créés par
la législation québécoise. Transcontinental s'est exprimé sur cet enjeuimportant, et nous adhérons à leur position. Nous
demandons au législateur de se pencher rapidement sur cette question
avant qu'elle n'entraîne des pertes d'emploi ou, pire encore, des fermetures d'entreprises
au Québec.
En conclusion, nous
croyons que d'autres facteurs importants directement reliés aux régimes de
retraite et à l'épargne des travailleurs
méritent d'occuper une plus grande place dans la réflexion globale : l'âge
de la retraite, privilégierdes
incitatifs qui vont permettre de retarder l'âge de la retraite; l'éducation,
sensibiliser davantage à l'épargne, et ce, dèsle bas âge; fiscalité, développer des mesures fiscales qui favorisent l'épargne.
Avec moins d'argent en poche, les Québécois épargnent nécessairement
moins. Nous remercions la commission pour son écoute.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) : Merci, mesdames, monsieur. Et nous procédons
maintenant à la période d'échange, et je cède la parole à Mme la
ministre.
Maltais :
Merci. Bonjour, les gens de Cascades. M. Plourde, Mme Fernet,
Mme Turcotte, bienvenue, bienvenue à
cette commission parlementaire. Vous êtes une des deux grandes entreprises
québécoises, un de nosdeux fleurons
qu'on a voulu inviter à la commission parlementaire. Tous les membres en ont
parlé, là, du fait de l'importance d'avoir des grandes entreprises qui
sont à plusieurs endroits au Québec, mais qui ont aussi des régimes multientreprises. Ça fait
partie des débats qu'on
a. C'est un des systèmes, un des régimes de retraite qu'on voit le moinssouvent, dont on parle le moins souvent,
mais qui mérite quand même notre attention. Vous avez raison que, même sion n'en parle pas beaucoup dans le rapport D'Amours — on en parle au niveau des traitements des
orphelins — nousavons décidé quand même de nous pencher sur
cette
partie des régimes de retraite. Alors, bienvenue. On aura le temps
de parler un peu de votre position sur les régimes multientreprises.
Vous
êtes probablement le groupe qui est
le moins chaud envers les régimes à prestations déterminées. Pourtant,
le rapport D'Amours cible les régimes à prestations déterminées comme étant la
meilleure protection sociale pour les retraités,
la meilleure façon d'assurer une sécurité financière, le meilleur régime. La
plupart des gens nous disent : Oui,c'est le meilleur régime. Mais d'autres nous disent : C'est le
meilleur régime, mais on n'est plus capables de le garnir, on n'est plus capables de le renflouer… nos
régimes de retraite. Est-ce que vous êtes quand même d'accord pour dire
que,dans l'échelle de la… ce que j'appelle
l'échelle de sécurisation des revenus, les régimes à prestations déterminées
sont quand même le régime idéal pour les retraités?
M. Plourde (Mario) : Tout à fait. C'est un peu ce
qu'on dit dans le mémoire, dans le fond, c'est que le régime à prestations déterminées, selon nous, représente le
meilleur véhicule aujourd'hui. Par
contre, dans le secteur
manufacturier, où nous oeuvrons, c'est un secteur qui est très cyclique
aujourd'hui et, donc, est souvent à maturité, et, pour nous, cet engagement dans un régime à prestations
déterminées est très difficile à gérer pour le futur. Donc, effectivement que,
pourun travailleur bénéficiant d'un
régime à prestations déterminées, ça peut sembler une sécurité importante, mais
je vousrappellerais que, dans le
secteur des pâtes et papiers, il y a
eu énormément de fermetures dans les dernières années, et,malgré le fait que les gens avaient des
prestations déterminées, bien les travailleurs ne sont pas protégés à ce
moment-là.Donc, pour notre secteur d'activité
aujourd'hui, je vous dirais, c'est plus ou moins adapté à notre secteur d'activité.
Il faut qu'on réussisse à combiner, dans le fond, les revenus et les
dépenses de l'entreprise, et, pour nous, le prestations déterminées n'est pas
le véhicule idéal.
Maltais : Pourtant, en page 2 de votre mémoire, vous
nous dites, l'avant-dernier paragraphe, là, que vousaviez, avant, une espèce de système où seul l'employeur
cotisait — c'est ce
que je comprends — «un
système où l'employeurcontribuait
uniquement sur la base des profits de chaque unité». Est-ce que ça veut dire
que c'est seulement l'employeur qui contribuait ou c'est que les
employés aussi contribuaient, mais l'employeur y allait sur la base de ses
profits?
M. Plourde
(Mario) : C'était vraiment
au départ de l'entreprise, quand l'entreprise était toute petite. Donc, sur
la base des profits que l'entreprise générait, seule l'entreprise mettait de l'argent
de côté pour les employés à ce moment-là. Je vous dis ça,
mais c'est vraiment dans les départs de l'entreprise, ce n'est pas après
plusieurs acquisitionsoù on a acquis
des régimes à prestations déterminées, là. Je pense à des usines comme
Jonquière, East Angus, la Rolland à Saint-Jérôme. Donc, c'est vraiment au départ. On avait toutes des usines
non syndiquées, et beaucoup de nos fonds de pension étaient basés sur
la profitabilité des usines, et la contribution était faite en fonction de ça.
Maltais : Mais c'est
quand même un régime où seul l'employeur contribuait.
M. Plourde (Mario) : À ce moment-là.
Maltais : Comment
ça se fait que vous n'avez pas migré vers un régime à prestations déterminées, à
ce moment-là, où là l'employé aurait pu contribuer, mais que vous avez migré vers un
régime à cotisation déterminée? Onessaie
de voir les facteurs qui font que les entreprises décident de migrer vers un
régime où l'autre. Parce que, rappelons-nous,le principe du rapport D'Amours, c'est : nous devons sauver les régimes à
prestations déterminées. Alors, il faut qu'on comprenne, si on veut
examiner véritablement le rapport D'Amours, ses impacts, les flux de migration
des régimes.
M. Plourde
(Mario) : Bien, ma
compréhension des régimes à
prestations déterminées, je ne suis
pas un spécialiste,mais, une fois qu'on
est embarqué dans un régime à
prestations déterminées, on connaît
les coûts de ce programme-là, et les
coûts futurs ne sont jamais modulés en fonction des revenus de l'entreprise.
Donc, pour nous, de s'engager dansune
dépense connue pour le futur quand on est dans un secteur d'activité qui est
cyclique et donc nos revenus varient, il est très difficile de s'ajuster à ça. Et donc, quand la situation
économique diminue, bien souvent les entreprises sont endifficulté, font face à des charges plus
importantes, et souvent les régimes, au même moment, tombent en déficit, et
doncaugmentent la charge pour l'employeur.
Donc, quand on regarde les régimes à
prestations déterminées, dans une
condition de marché défavorable, pour nous, c'est doublement
défavorable, contrairement à un régime à cotisation déterminée.
Maltais : O.K. Quand on parle de rente longévité, vous nous
dites, dans le haut de la page 5 — vous
enavez parlé, là — que
la rente longévité pourrait créer un sentiment de sécurité illusoire, un faux
sentiment de sécurité chez les travailleurs. Il me semble que c'est
assez, moi, pas illusoire du tout que de dire : Vous allez avoir une rente
qui va s'ajouter à la RRQ et au supplément
de revenu garanti ou la sécurité de la vieillesse du Canada.
Donc, c'est quand mêmeune espèce de rente garantie, qui est une rente
minimale. Vous, vous en parlez comme étant illusoire. J'aimerais ça quevous nous expliquiez pourquoi vous la voyez comme
illusoire. Je comprends toutefois que vous parlez de responsabilisation,
mais ça, on s'entend là-dessus.
M. Plourde
(Mario) : Bien, écoutez,
pour nous, si on dit aux gens qu'ils
vont avoir une rente à partir de l'âgede
75 ans, ça va un peu à l'encontre de nos principes, chez Cascades, de
responsabiliser les employés. Ce que l'on faitchez nous, contrairement peut-être à d'autres entreprises, c'est qu'on
veut former les gens à la retraite. Donc, on fait desséances à l'intérieur desquelles on amène nos
fournisseurs de services et on éduque les gens à la retraite. On leur propose,on leur donne, dans le fond, les montants qu'on
contribue pour eux. On aide à planifier la retraite. Et donc ces gens-làsont mieux outillés pour préparer la
retraite et faire un choix judicieux selon les besoins et les désirs qu'ils
auront à ce moment-là.
D'avoir une rente de longévité, selon nous, peut
avoir comme impact de donner une certaine sécurité aux employés, de dire : Bon, je n'ai pas vraiment besoin d'accumuler
des sommes pour ma retraite parce que j'aurai une rentede longévité. On pense qu'il faut travailler en
amont de ça et éduquer les gens très tôt à épargner et mettre de l'argent de
côtépour assurer leur retraite pour
plus tard. C'est un peu pour ça qu'on dit : Il faut faire attention pour
ne pas créer l'illusionqu'il y a de
l'argent indéfiniment. On aime mieux travailler en amont et, dans le fond,
mettre de l'argent de côté au départ.
Maltais :
De ce côté-là, au niveau de l'éducation, j'ai vu que vous faites des mesures de
formation de vosemployés. Je vous en
félicite, c'est vraiment... de ce côté-là, c'est vraiment un modèle, là. C'est
important effectivement de sensibiliser les gens, de les responsabiliser
face à leur retraite. C'est un problème, il y a 2 millions de
travailleurs, travailleuses qui n'ont pas de régime de retraite. Donc, ça fait
partie des éléments qui étaient soulevés par le rapport D'Amours. Je vois que
vous avez soulevé votre réponse.
Pourtant, le rapport D'Amours dit bien que, si
on allait vers une rente longévité… Ils nous présentent leur proposition comme
étant un tout cohérent, et ce tout cohérent dit : Si on va vers une rente
longévité, il faut permettre aux entreprises
de renégocier la restructuration de leurs régimes qui sont existants parce que
ce régime maintenant pourraitêtre
principalement affecté aux 65 à 75 ans, donc, et même, ça abaisserait le coût.
Certains même disent que, dans certainesentreprises, ça pourrait se retrouver à coût nul. Avez-vous une opinion
là-dessus? Parce que vous dites : Ça crée un faux sentiment de
sécurité, ça peut être illusoire. Mais, dans le fond, c'est que les régimes de
retraite purs, les régimes des compagnies privées se reporteraient dans le
temps dans une période beaucoup plus courte.
M. Plourde
(Mario) : Je pourrais dire
ceci. Si on réussit à l'intégrer à l'intérieur des régimes actuels en faisantune négociation avec les employés et, donc,
que la charge totale n'est pas plus grande pour l'employeur, on pourrait être,je pense, favorables à cette rente de
longévité. L'inquiétude qu'on a, c'est la
partie négociation, dans le fond, d'ententesavec les employés, on n'est pas sûr que ça
va se faire de façon facile. Et donc, pour nous, on a un petit bémol à cet
effet-là.
Le plus
important pour nous, c'est de ne pas augmenter la charge. Si on prend
seulement, pour Cascades… On a fait
des petits calculs. Si on avait à assumer cette charge additionnelle là de
1,65 %, bien ça représente 4 millions par année
pour nous de charge additionnelle. Et on pense qu'aujourd'hui on ne peut pas se
permettre ça, on ne serait pas compétitifs.
On limiterait, dans le fond, notre compétitivité par rapport aux autres
provinces et aux autres États voisins de chez nous.
Maltais : Merci. C'est
tout pour le moment. J'ai des collègues qui ont des questions.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
M. le député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
Chapadeau :
Merci, M. le Président. Merci pour votre présentation. À la page 8 de
votre présentation, vousparlez des
incitatifs visant à reporter l'âge de la retraite. Et vous dites «des
incitatifs doivent être renforcés». Avez-vous des suggestions à nous faire par
rapport aux incitatifs? Et vous dites que Cascades encourage déjà ses employés
à reporter l'âge de la retraite,
donc, même si vous admettez que c'est un choix personnel. J'aimerais ça vous
entendre sur cette question-là.
M. Plourde
(Mario) : Bien, déjà, ce qu'on
fait, chez nous, on offre à nos employés de pouvoir faire une retraiteprogressive et, donc, maintenir le plus longtemps
possible le talent de ces gens-là à l'entreprise. Et ce n'est pas tout lemonde qui est prêt à la retraite à 55 ans.
Et donc ce que l'on va faire, c'est qu'on va faire des aménagements d'horairesde travail, on va trouver des postes dans
lesquels ces employés-là vont pouvoir contribuer à la formation, au
développementdes nouveaux
travailleurs à l'intérieur de l'entreprise. Donc, pour nous, c'est un bénéfice
à l'entreprise, hein? Quand lesgens
quittent trop tôt, on perd le savoir à l'intérieur de l'entreprise. Donc, c'est
un très grand avantage de pouvoir maintenirces gens-là au travail avec des horaires allégés, modifiés, adaptés aux
besoins de ces employés-là et, en même temps, bien, ça leur permet de
continuer à gagner des sous, contribuer à la société. Donc, c'est souvent
dans l'aménagement d'horaires de travail qu'on va réussir à
garder ces employés-là à l'emploi.
Chapadeau : Ça va.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
Ça va? M. le député de Dubuc.
Claveau : Oui.
Bien, bonjour. Merci pour votre dépôt de mémoire. Alors, à la page 4, vous
dites qu'«une amélioration de la situation
financière des Québécois [passe] par un changement des habitudes et des
comportements». Là-dessus, j'aimerais vous entendre.
Puis, de
plus, lorsque vous parlez que «nous croyons qu'avec la rente payable de la Régie des rentes et celle de la[prestation de
la] sécurité de la vieillesse, nous
avons déjà un […] filets de sécurité sociale parmi les plus généreux du monde».
Et, si on fait référence au rapport D'Amours, on
sait que les méthodes d'indexation de la pension du Canada doivent amener une diminution pour les bas
salariés, une diminution à la retraite, en 2052, là, des projections qui
étaientfaites. Présentement, on a
51 % du salaire, à peu près, alors ça va nous ramener à 38 %. Et
certains groupes qui ont passé auparavant nous parlaient plutôt que, si
on ne mettait pas en place un régime de rente longévité, d'y aller par une bonification de la Régie des rentes du Québec,
puis déjà vous trouvez que c'est déjà trop. Alors, j'aimerais vous entendre
là-dessus.
M. Plourde
(Mario) : Bien, écoutez,
je vous dirais, la majorité de nos employés sont en Amérique du Nord, donc,quand on compare les
différents régimes qui sont en Amérique
du Nord et qu'on compare ce qui se
fait au Québec et dansle
reste du Canada, on peut bien voir que ces régimes-là sont quand même
avantageux par rapport à ce qui se fait du côtédes
États-Unis. Donc, notre comparaison est immédiate : nos
plus grands compétiteurs sont vraiment nord-américains, et,pour nous, quand on compare la charge sociale et
les avantages que l'on reçoit au Québec et au Canada, comparativement
à nos voisins du sud, naturellement, pour nous, on voit un avantage important.
Je ne me souviens pas tout à fait de la première
partie de votre question, j'aurais aimé…
Claveau : Ah! la première partie, c'est que vous
dites : «Une amélioration de la situation financière [passe] par un changement des
habitudes et des comportements.» Alors, vous…
M. Plourde
(Mario) : Bien, écoutez,
ça va exactement dans le sens que j'ai dit, au niveau
de la formation desgens.
On essaie d'éduquer les gens le plus tôt possible pour identifier leurs besoins
à la retraite, donc il faut que les genssachent quel type de vie ils veulent avoir à la retraite, ça fait
partie
de la formation qu'on veut faire avec nos employés.On offre même à nos employés aujourd'hui des planificateurs
financiers de façon individuelle. Donc, c'est un peu ça.
Les gens, aujourd'hui, on est dans une société de consommation, ça, c'est assez facile à faire,
les gens nous incitent à la dépense, et tout ça. Nous, on veut
travailler un peu à l'inverse, dire aux gens : C'est bien d'être dans une société
de consommation, mais il faut
penser à l'avenir, et l'avenir passe par planification de votre retraite, de
vos besoins à la retraite et donc nécessairement de bien gérer cette
partie-là.
Claveau : Alors, c'est bien, mais, votre planificateur financier, vous l'offrez tôt à l'emploi
ou bien seulement qu'à la veille d'arrêter?
M. Plourde (Mario) : On a des
séances qui sont à chaque année, on invite les employés à venir en groupe ou individuellement. Et donc, sur une base annuelle, nos planificateurs financiers viennent à l'usine et rencontrent les gens de façon individuelle.
Donc, ce n'est pas à tous les ans que les employés rencontrent les
planificateurs financiers, mais, àun
certain moment donné, ces gens-là sont rencontrés. Ils peuvent déjà avoir un
plan de retraite en bas âge et pouvoir savoir combien ils ont besoin d'économiser
en bas âge, et on sait que c'est là que ça compte le plus. Donc, on essaie…
Aujourd'hui,
on a un taux de contribution de nos employés de 92 %. Donc, il y a
8 % des gens qui n'ont pas comprisencore qu'il fallait économiser. On est, avec les gens des ressources
humaines, allés chercher ces gens-là, à les asseoiret à leur faire comprendre l'importance d'avoir de
l'argent de côté pour la retraite, pour le futur. Et donc c'est ce qu'onfait beaucoup chez nous, on donne des
contributions qui sont de l'ordre de 6 % aux employés, l'employé peut
rajouter3 %, donc 9 % qui
peut être mis de côté. Et on dit comment tu peux faire avec ce 9 % là,
dans des placements qui sont à son choix, avoir une retraite qui va être
selon tes besoins dans le futur. Donc, c'est beaucoup de la prévention et de la
formation qu'on parle.
Claveau : Merci.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
C'est beau? M. le député de Sanguinet.
Therrien : Merci. Bienvenue, merci de nous éclairer de votre
expérience et de votre analyse. D'abord, quandvous
parlez, là, de la rente longévité, que ça créerait un faux sentiment de
sécurité, bon, relativement, que les gens seraientpeut-être
moins portés à se protéger par
rapport à leur avenir, je trouve ça intéressant parce qu'on ne le mentionne
pas, en tout cas, ça a été peu mentionné à la commission, mais je pense
que ça peut avoir un impact, là, sur notre réaction individuelle face à notre
avenir.
Il y a
beaucoup de choses intéressantes, puis je suis… J'aurais des questions plus sur
votre gestion, entre autres sur votre gestion interne parce que vous
nous dites que c'est 75 % en cotisation déterminée puis 25 % en
prestations déterminées. Ce que j'ai
compris, c'est que, quand vous faites l'acquisition d'une entreprise, des fois
ces gens-là ont une prestations déterminées. Vous allez continuer cette
prestations déterminées là?
M. Plourde (Mario) : Exactement.
Therrien :
C'est ce que j'ai compris, O.K. Parce que c'est la première fois, là, qu'on
fait l'étalage de ce genrede situation
là, là. Moi, je suis à cotisation déterminée, je travaille pour vous, je m'aperçois
que vous prenez… et vousavez une
entreprise… vous avalez une entreprise… Je ne sais pas si le terme est correct,
mais en tout cas, peu importe, là.
M. Plourde (Mario) : Nous faisons l'acquisition.
Therrien : Vous
avalez l'entreprise. En tout cas…
Therrien :
On est sur le bord de dîner, il faut croire, là, mais bon. Et puis moi, je m'aperçois
que mon collègue, lui, il a une prestations
déterminées. Est-ce que ça crée une friction? Moi, je vous pose des questions
comme ça, je ne lesais pas, c'est
parce que je trouve ça spécial. Est-ce que ça va créer une friction au sein de
l'entreprise, de dire : Bien, moiaussi,
j'aimerais ça avoir une prestation déterminée, parce que, vous en convenez,
tout le monde en convient que c'est ce qu'il y a de mieux pour le
salarié?
M. Plourde (Mario) : Je vous dirais,
on en a fait plusieurs, là. Plusieurs des usines acquises qui avaient des prestations déterminées, une des premières choses
que l'on fait, on s'assoit avec les syndicats et naturellement on leurdonne notre opinion, notre désir, et tout ça se
fait sur une base de négociation avec les syndicats. C'est une négociation,
hein? Naturellement, les gens voudraient
protéger leurs acquis. On fait valoir, dans le fond, nos points à nous,
pourquoi,pour nous, le véhicule de
contribution déterminée est plus valable pour le futur. De façon générale, les
gens comprennent et acceptent ce fait-là parce qu'ils voient bien…
On a passé des années difficiles, hein, et les
gens comprennent la charge des fonds de pension, aujourd'hui, à prestations définies comparativement à
contribution définie, et réalisent que ça ne peut pas durer. Il y a plusieurs
entreprises…La faillite de plusieurs
grandes entreprises américaines avec des fonds de pension élevés a éveillé
beaucoup de gens aufait qu'on ne
peut pas continuer dans ce sens-là. Donc, je pense qu'il y a eu une ouverture d'esprit
avec la crise économique, les crises
économiques qu'on a vécues, au cours des années, et aujourd'hui les gens
acceptent, dans le fond… Ceux quiétaient
sur un régime à prestations définies maintiennent leurs acquis. C'est les
nouveaux employés, dans le fond, qui,eux,
vont maintenant être sur un régime à cotisation définie. Ça fait
partie d'une
négociation, on n'a pas eu de grève et depiquetage pour ça, et je pense que les gens comprennent bien, dans le
fond. L'objectif, pour nous, c'est de pouvoir contrôler la dépense pour
l'entreprise.
Therrien : Merci.
Je vais passer la parole à la ministre.
Maltais : …si vous
voulez, M. le Président.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
Oui. Il vous reste quatre minutes, Mme la ministre.
Maltais :
O.K. Il y a une question que je n'ai pas pu poser — je ne sais pas, j'ai manqué un peu de
temps — queje n'ai pas pu poser à Transcontinental.
Mais vous avez le même type de régime, un régime interentreprises, dans votreentreprise, chez Cascades. Alors, il y a une
question que je veux vraiment qu'on… Je veux comprendre quelque chose.
Vous avez la même opinion, vous dites : On devrait appliquer au Québec les
règles qui s'appliquent hors Québec.
d'après le rapport D'Amours et d'après les experts à qui j'ai parlé, il y a un
problème de solvabilité encore plus grand hors Québec qu'au Québec dans
ce type de régime là. Alors, je me demande pourquoi vous pouvez nous demander d'appliquer des règles qui semblent
donner une moins bonne solvabilité sur ces régimes. On ne voudrait pasprécariser des régimes encore plus. Vous avez
sûrement une opinion là-dessus parce que… Voici l'opinion que j'ai eue àcette réflexion de Transcontinental et du
rapport D'Amours, ça a été : Bien non, parce que les règles hors Québec désavantagent
encore plus la solvabilité du régime.
M. Plourde
(Mario) : Le problème, au Québec, c'est que les régimes sont
considérés comme des régimes à prestations
déterminées et donc, s'il y a moins de contributeurs au régime interentreprises
et donc des entreprises fontfaillite,
la charge additionnelle qui vient sur les autres entreprises devient de plus en
plus grande comparativement au restedes
autres provinces. Dans les autres provinces, peut-être que les déficits sont
plus grands, par contre ils sont capables d'ajuster leurs cotisations à
ces régimes-là et donc pouvoir éventuellement sauver les régimes.
Au Québec, si on ne
réussit pas à ajuster les cotisations à ces régimes-là, les entreprises qui ont
le fardeau de récupérer les charges qui viennent
de ces usines-là, qui sont fermées, tantôt ne seront pas en mesure de le faire.
Et je penseque la personne qui
accompagnait M. Olivier, de Transcontinental, vous a dit que la charge pour lui
était maintenant renduecinq fois la
valeur de son entreprise. Donc, le risque de faillite pour ces entreprises-là,
au Québec, est plus grand que dans le reste du Canada parce que, dans le
reste du Canada, on peut moduler la cotisation.
Maltais : Donc, si on accorde un traitement spécial aux
orphelins par ces régimes-là et si on les considéraitpeut-être — opinion juste comme ça — comme des prestations cibles, on pourrait le
réglementer à notre façon, au Québec,en
assurant une meilleure protection. Mais donc ce seraient les deux… Êtes-vous d'accord
que ce sont les deux éléments sur lesquels il faudrait agir?
M. Plourde
(Mario) : Je pense que oui.
Maltais :
Merci. Ça va.
Le Président (M.
Pelletier, Rimouski) : Alors, merci beaucoup. Il vous resterait
1 min 30 s.
Therrien : Bon, juste très rapidement, très, très
rapidement. Vous parlez que vous êtes une entreprise cyclique,ça veut dire que votre chiffre d'affaires varie
beaucoup selon le cycle économique, là — très rapidement, là — ça veutdire qu'il y a une mauvaise nouvelle, c'est que, quand l'économie tombe,
vous tombez, mais il y a une bonne nouvelle, c'est que, quand l'économie est à
la hausse, vous avez une répercussion très… en tout cas, j'imagine, forte de
ça. Est-ceque, comme le propose le
rapport D'Amours, là, avec la provision, est-ce qu'il y a moyen justement de
lisser le niveaude santé des fonds
de retraite justement en mettant de côté quand ça va bien pour justement
réparer les mauvais coups quand ça va mal? Mais très rapidement parce
que je n'ai pas grand temps, là.
M. Plourde
(Mario) : Oui, je vais faire très rapidement. Chez nous, on a un
système de partage aux profits à l'intérieur
de l'entreprise. Donc, quand ça va bien, les employés reçoivent un partage aux
profits de l'entreprise. On incitefortement
les employés à utiliser ces surplus-là, qui sont au-delà des contributions dans
les régimes de retraite, à les incluredans
leur cotisation dans leur régime de retraite. Donc, on force les employés... on
suggère aux employés : Mettez-en un petit peu plus de côté, on vous
en donne plus. On ne lisse pas, on leur en donne un peu plus puis on les aide.
Therrien : O.K. Mais je parlais des prestations déterminées,
mais vous avez détourné ma question volontairement, je pense. Vous êtes
très habile. Merci.
Le Président (M.
Pelletier, Rimouski) : M. le député de Verdun.
Gautrin : Merci. Bienvenue ici, à la commission. Je vais
suivre l'interrogation de ma collègue la ministre, à l'heure actuelle,
sur le régime interentreprises. Je comptais finir avec ça, mais, puisqu'on est
là-dessus, on va y aller jusqu'au bout.
Vous
connaissez certainement la recommandation 13 du rapport D'Amours, et je vais
vous la lire pour voir si çarépond à
votre problématique. Parce que M. Olivier, de Transcontinental, nous a soulevé
aussi ces questions-là. «Le comitéd'experts
recommande qu'en cas de retrait d'un employeur — donc, ça pourrait être... ça couvre aussi
éventuellement lafaillite puisqu'un
employeur qui quitte… —
partie à un régime interentreprises, la
Loi sur les régimes
complémentairesde retraite ne
permette plus aux participants visés par le retrait — appelés "orphelins" — de conserver leurs droits dans lerégime, et que ceux-ci soient acquittés pour
éviter que la responsabilité à l'égard des déficits soit répartie par rapport
aux autres employeurs.»
Autrement dit, on va
traiter les orphelins, en cas de déficit, etc., par rapport au degré de
solvabilité moyen du régime — ça, je comprends ça — mais
on ne va pas reporter ça sur les autres participants au régime
interentreprises. Est-ce que ça, ça règle en
partie votre problématique?
Plourde (Mario) : Honnêtement, je vais…
Mme Turcotte
(Sonia) : Ça va régler une
partie du problème, mais pas le… M. Olivier
l'avait bien dit, là, la demande principale
est de revoir la législation pour vraiment permettre au régime interentreprises
de gérer selon la façonqu'il avait
été créé dans les années 50… lorsqu'ils ont été créés, les régimes
interentreprises, donc d'appliquer l'entente,d'ajuster les prestations : quand ça va bien, les augmenter; quand
ça va moins bien, malheureusement les diminuer. Donc, c'est la priorité
pour les régimes interentreprises…
Gautrin :
Et ça, vous pouvez le faire actuellement.
Mme Turcotte
(Sonia) : …et la clause des orphelins va certes aider, mais…
Gautrin : Mais actuellement vous ne pouvez pas ajuster les
prestations parce que vous êtes considérés comme un régime à prestations
déterminées.
Mme Turcotte
(Sonia) : Un régime à prestations déterminées.
Gautrin : Supposons, supposons, imaginons deux minutes…
Parce que j'essaie de trouver… je suis conscientdu problème, hein, il n'y a pas de… Si on mettait sur pied, on balisait
ce qu'on avait appelé des régimes à prestations cibles,tout en étant conscients qu'on a besoin de bien
préciser ce que c'est, comment ça va être, etc., si on balise, si on introduitdans la loi réellement le régime à
prestations cibles et si on dit : Votre régime interentreprises est un régime
à prestations cibles, est-ce qu'on règle en
partie votre problème, à ce
moment-là?
Mme Turcotte (Sonia) : Oui, en partie. Le régime à prestations cibles,
vous comprendrez que c'est relativement
récent, et je n'ai pas pris connaissance, là, de toutes, toutes les clauses…
Gautrin :
Je suis d'accord avec vous.
Mme Turcotte
(Sonia) : Mais, en résumé…
Gautrin :
Et il y a beaucoup de gens qui utilisent le même mot pour plusieurs choses
différentes.
Mme Turcotte (Sonia) : Oui. Et, en résumé, ce que j'en comprends, le
régime à prestations cibles va apporterdes mesures additionnelles pour bien encadrer le risque et la gestion
des risques pour faire en sorte que la fluctuation de la prestation soit
moindre.
je vous rappellerais que les régimes interentreprises ont été créés dans
les années 50, et les analyses stochastiques…
je n'étais pas là à l'époque, mais les analyses stochastiques, bon, existaient sûrement,
là, mais étaientmoins utilisées.
Donc, évidemment, avec nos yeux d'aujourd'hui, la gestion des
risques est différente. Donc, il y a sûrementmoyen d'améliorer les régimes
interentreprises qui existent aujourd'hui et de les amener pour le futur vers un régime à
prestations cibles pour mieux gérer ce risque-là.
Gautrin : O.K.
Mais vous comprenez que nous, on est législateurs
ici, donc on a à encadrer, et vous, vousavez à… Mais on voudrait vous permettre… donner assez de flexibilité
pour être en mesure d'atteindre les objectifs quevous visez. Et on ne peut pas avoir… Moi, il y a
une chose que je hais, c'est de se dire : On va mettre la même médecinepour tout le monde. Ce n'est pas parce que…
Il y a des réalités différentes dans chacun des régimes actuellement, et il
faut avoir assez de flexibilité pour vous permettre de vous adapter aux
différentes situations qui vous sont propres.
Mme Turcotte
(Sonia) : Oui. Et on est ouverts à avoir des mesures…
Gautrin : O.K. Bon, vous êtes un régime qui vient aussi à
maturité. Vous avez une forte maturité dans vos régimes, si j'ai bien
compris.
Mme Turcotte
(Sonia) : Bon, 50 % retraités... Dans les régimes à prestations
déterminées, là?
Gautrin :
O.K. Donc, vous êtes, à l'heure actuelle, en faveur, j'imagine, des mesures qui
sont pour l'achatd'une rente auprès
d'un assureur, de comptabiliser… avoir une caisse différente pour les retraités
par rapport aux actifs, de manière à ce qu'on gère le risque d'une
manière différente pour les retraités par rapport aux actifs?
Mme Turcotte (Sonia) : Nous sommes en faveur de toute option
supplémentaire qui va nous donner des outils supplémentaires pour mieux
gérer les régimes, effectivement.
Gautrin : O.K. Je reviens avec vous sur la question. Vous
êtes en faveur aussi que la provision pour écarts défavorables part de
7 % à 15 %. C'est ce que vous dites dans votre mémoire.
Mme Turcotte (Sonia) : Est-ce que je
peux donner un bémol?
Gautrin :
Bien, c'est ce que vous dites.
Turcotte (Sonia) : Bien,
dans notre mémoire, nous disons… nous sommes en accord avec des mesures quivont améliorer la gestion des risques. Et,
de passer de 7 % à 15 %, effectivement, c'est une autre mesure. Mais
à condition,ce qui est bien écrit
dans notre mémoire, là... Il est important pour nous, employeurs, que le
déséquilibre entre la responsabilité des déficits et l'utilisation des
surplus soit rétabli.
Gautrin :
J'ai bien compris. J'ai bien compris que vous voulez corriger l'asymétrie qui
existe dans les régimes de pension.
Mme Turcotte (Sonia) : Effectivement.
Gautrin :
Ça, je l'avais compris dans votre… Je vais essayer de tester avec vous ce qui
était une mesure quia été proposée
bien des fois, c'est-à-dire de comptabiliser différemment les montants qui sont
pour prestations pour écartsdéfavorables
et de voir que ces montants-là soient, disons, mis de côté à l'intérieur de la
caisse — autrement
dit,grosso modo, la position du
SCFP — et que
ces montants-là puissent être utilisés en cas de situation difficile dans un
régime de retraite pour combler éventuellement les déficits, et, en cas
de surplus, à ce moment-là — et
ils l'ont négocié dans certaines
municipalités — de
pouvoir réutiliser ça pour faire une indexation a posteriori des prestations.
Est-ce que vous avez regardé ça, ou…
Mme Turcotte
(Sonia) : Je n'ai pas
regardé la proposition du SCFP dans son ensemble. Le fait de mettre la PEDdans un compte à part est certes une bonne
idée. Mais la proposition du SCFP était beaucoup plus large, là. Donc, je ne
peux pas donner mon opinion. Mais de mettre la PED dans un compte à part…
Gautrin : Moi, j'ai
pris ça seulement dans le SCFP.
Mme Turcotte (Sonia) : …ce bout-là,
effectivement, ce n'est pas une mauvaise idée.
Gautrin :
Bon. Alors là, vous dites, à un moment, dans votre rapport… Et je comprends qu'il
y a beaucoupde vos régimes qui sont
des régimes à cotisation déterminée. Je suis à la page 6 de votre rapport,
dernier… «Nous aurions apprécié…» Je vais vous lire ce que vous
dites : «Nous aurions apprécié, étant donné la tendance quasi inévitable
des marchés vers les régimes à cotisation
déterminée, voir plus de solutions pour améliorer ce type de régime [avec]
l'épargne-retraite.»
Il y a quand
même dans le rapport D'Amours un certain nombre de mesures qui sont là. Des
gens, Bombardier — jene sais pas, vous les rappeler,
voyez-vous — il y a
des mesures pour permettre un versement des prestations variablesd'un régime à cotisation déterminée. Je comprends
qu'il y a des mesures pour permettre… Vous avez un taux qui est un taux de
gestion qui est relativement avantageux, si j'ai bien compris, un peu comme
Bombardier, c'est-à-dire en dessous de 1 %.
Mme Turcotte (Sonia) :
Effectivement.
Gautrin :
Donc, de pouvoir maintenir ces économies à l'intérieur du régime, ça, c'est une
deuxième mesurequi a été présentée.
Qu'est-ce que vous voyez, qui n'est pas dans le rapport D'Amours que vous
auriez aimé voir pourles régimes à
cotisation déterminée? Est-ce que vous comprenez ma question? Compte tenu que
vous dites, bon, D'Amours n'a pas vraiment couvert le sujet, qu'est-ce
que vous auriez aimé voir que D'Amours n'a pas mis?
M. Plourde (Marc) : Vas-y.
Mme Fernet
(Maryse) : Bien, je crois
que l'adhésion automatique aurait été quelque
chose qui favoriserait laparticipation des gens… comme vous le savez, chez
nous, on n'a pas ce problème-là, mais qui aurait certainement pu êtreune suggestion appréciable pour les autres
employeurs qui n'ont pas un taux de participation aussi élevé, mais également
mettre à la disposition des régimes à cotisation déterminée des possibilités de
placements simples pour faciliter la compréhension
des gens puis diminuer leur insécurité face aux régimes à cotisation
déterminée. Et également, dans lamesure
où on prône la formation de nos gens dans ce secteur-là, peut-être que des
crédits d'impôt aussi pourraient être attribuables aux entreprises qui
prennent des initiatives pour informer davantage et former davantage les
employés.
Gautrin :
Est-ce que vous pourriez mettre ces suggestions sur une demi-feuille de papier
et les transmettre à la commission pour voir…
Mme Fernet (Maryse) : Avec plaisir.
Gautrin :
…parce que, nous, on va être amenés à légiférer éventuellement et ça serait des
éléments, d'après vous, qui amélioreraient le système à cotisation
déterminée. Je vous remercie. Mon collègue, M. le Président?
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
M. le député d'Outremont.
Bachand : Merci. Bonjour. Merci d'être ici. Évidemment,
plusieurs questions ont été couvertes. Je voudraiscommencer par vous féliciter pour tout ce que vous
faites en formation économique, c'est la base de toute une société,puis aussi que ce ne soit pas toujours l'État qui
fasse tout. Il faut qu'il en fasse une partie, mais la responsabilité individuelle… On voit là que c'est la culture
entrepreneuriale, d'ailleurs, qui existe dans Cascades depuis le début, mais je
pense que c'est fondamental, c'est important.
Merci
pour les régimes interentreprises. Moi, en tout cas, c'est le troisième groupe,
la CSD, pour les régimes degarage,
le GTC et ses collègues, surtout pour les collègues, là, dans l'imprimerie, et
vous. Je pense qu'il y a un vrai problèmequ'il faut globalement que la commission, que le législateur adresse
quand un régime est conçu, qu'il y a un contrat d'unefin, on ne peut pas dénaturer le contrat, là. Je
sais qu'il y a deux points de vue dans une médaille. Mais merci d'attirernotre attention sur les changements, surtout
qu'au niveau canadien les règles sont différentes et, donc, ça complique la
gestion.
je comprends bien, sur les régimes à prestations déterminées, qui n'est pas la
voie de l'avenir pour vous, mais, au
moins pour ceux qui existent, vous êtes favorables à ce que le législateur
agisse rapidement pour mettre en place laplupart des recommandations du rapport D'Amours. Sur les régimes à
cotisation, bien, là, Henri-François vient de poser la question sur les
idées neuves.
Deux
questions. Une sur la rente longévité. Puis là il y a deux éléments. Il y a
évidemment la question philosophique.Parce
qu'une des choses fondamentales, c'est que le contexte a changé depuis les
années 60, qu'il faut, comme société…Dans
15 ans, 20 ans, 25 ans, c'est aujourd'hui qu'il faut qu'à chaque année qui
passe… Et D'Amours et la plupart desparticipants…
en disant : Oui, il faut que vous agissiez, il faut que vous fassiez
quelque chose, le statu quo n'est pas une option. Je comprends que, pour
une société manufacturière comme vous, ça crée un problème.
Maintenant,
le 3,3 %, là, disons, de cotisation, quand vous aurez un régime à
cotisation déterminée, s'il est intégré,ça n'augmente pas votre charge sociale, il y a une
partie qui s'en va
dans votre régime puis il y a une
partie qui s'en vadans la rente longévité. L'aspect compétitivité
évidemment, si la rente longévité était faite au niveau canadien, est-ce que
ça règle une
partie de votre problème? Mais votre concurrence est
nord-américaine, si je comprends bien.
M. Plourde
(Mario) : …pour nous, je
vous dirais, si la rente est intégrée, donc, au moins au niveau du Canada,on limite, dans le fond, l'écart de
compétitivité par rapport à nos voisins de l'Ontario et des autres provinces
canadiennes.Par contre, il faut
savoir qu'aujourd'hui, avec un dollar à parité, depuis déjà un bon bout de
temps, notre compétition vientbeaucoup
plus des États-Unis qu'elle vient des frontières de l'Ontario, d'Alberta, de
Saskatchewan. Les productions etles
capacités de production américaines sont tellement importantes aujourd'hui,
avec un dollar à parité, pour eux, il estbeaucoup plus facile de pénétrer dans nos marchés et de venir nous
compétitionner. Et on voit ça surtout dans les provincestelles que l'Ontario, où on a des usines et des
entreprises là-bas. Donc, on règle partiellement le problème de compétitivitéparce que nos voisins canadiens vont être
sur la même base de comparaison que nous, mais ça ne solutionne pas le problèmeen son entier parce que beaucoup
de nos compétiteurs viennent maintenant des États-Unis, et depuis un bon bout de temps,et je vous dirais même un petit peu plus loin que ça, maintenant on a des gens qui viennent de l'Asie, de l'Amérique du Sud où les législations sont totalement
différentes des États-Unis.
Mme Fernet (Maryse) : Si je peux me
permettre...
Bachand : Oui,
allez-y.
Mme Fernet
(Maryse) : …oui, peut-être, de rajouter. Sur le fondement de la
rente de longévité, Cascades voitles
choses de la façon suivante, c'est que, quand on parlait tout à l'heure de
modifier les comportements des gens, pournous, la rente de longévité répond à un souci rattaché à l'espérance de
vie qui continue d'être repoussée, et en même tempson sait que l'espérance de vie des gens en santé
aussi augmente. Alors, plutôt que, nous, de voir ça comme étant une solution,la rente de longévité, on pense que c'est un
transfert de responsabilité. Les citoyens québécois doivent regarder la
possibilitépeut-être de rallonger
leur vie de travail plutôt que de combler l'augmentation du nombre d'années non
travaillées par une rente supportée par les employeurs.
Bachand :
Je comprends ce que vous dites. Ceci étant, tout à l'heure, vous parliez qu'il
y a la Régie des rentes,qu'on a des
programmes, mais ça a été conçu dans les années 60, ça. Les espérances de vie
ont changé considérablement.Et,
juste si on transposait, déjà on ferait une RRQ à 71 ans facilement, 71, 72
ans, si on le faisait aujourd'hui. Et, si on neveut pas créer... Je comprends qu'il y a de la responsabilité
individuelle, mais, si tu ne veux pas avoir 1 million de pauvresde plus dans 25 ans, il faut créer cette
RRQ deux, qui est la rente de longévité, pour au moins, à peu près pour
les mêmes bases, régler cette situation-là, puis elle serait entièrement
capitalisée.
Et, je vous
dirais, quand vous dites que ça déresponsabilise, je comprends ce que vous
dites. Par ailleurs, ça simplifie peut-être le problème, parce que les
gens qui n'épargnent pas assez — il y a 2 millions de Québécois qui n'épargnent
pas — s'il
y a une rente longévité, ils vont peut-être focusser en disant : Ah,
tiens, là, il faut que j'épargne pour entre 65
et 75 ans, au moins pour une partie. La rente de longévité ne vous satisfait
pas personnellement, mais, pour une partiedes gens, ça peut focusser, alors que le problème, là, d'épargne,
planifier pour sa retraite, je vais mourir à quel âge, est un problème
complexe pour le citoyen. Alors, je vous dirais, oui, en théorie, ça
déresponsabilise. Peut-être que ça responsabiliserait
plus parce que ça... Si tu dis : Bon, j'ai une cible, j'ai un objectif de
planification financière, il faut que je couvre 10 ans, 12 ans, c'est peut-être plus
facile, à ce moment-là, d'épargner. Je ne sais pas, parce que vous, vous êtes
avec vos employés régulièrement.
Mme Fernet (Maryse) : Je comprends ce que vous dites puis je ne suis pas en désaccord. Par
contre, dans lesfaits, de mémoire, je
crois qu'il y a un pourcentage très élevé des Québécois qui ne sont pas en
mesure d'avoir 60 % deremplacement
de revenu avec une retraite qui est prise à 60 ans. Et on a un pourcentage
très, très élevé de Québécois quise
retirent quand même avant l'âge de 60 ans, sachant qu'ils n'auront pas le
remplacement de revenu souhaité. Donc, encoreune fois, je pense que c'est peut-être l'addition de différentes mesures
qui fera la différence. Mais prise isolément, sanschangement de comportement en même temps, avec
peut-être de l'information supplémentaire pour amener les gens à voir
leur vie de travail différemment...
Bachand : Et c'est clair qu'il y a... Vous avez tout à fait
raison. Ce n'est pas une mesure, c'est une série de mesures coordonnées
qui vont peut-être changer graduellement les comportements.
sur l'âge de la retraite, vous parlez d'incitatifs. Vous en faites, vous, avec
l'aménagement du temps de travail.Bravo!
Il y en avait que moi, j'avais faites dans mon budget, en disant : Si vous
travaillez passé 65 ans, tu paies moinsd'impôt, 1 500 $ de moins d'impôt; abolition de la taxe à la
masse salariale pour les employés de 65 ans et plus. Je n'ai pas choisi
60 ans, ça aurait coûté trop cher. Mais, effectivement, c'est un ensemble de mesures.
termine avec les régimes volontaires d'épargne-retraite. Vous y touchez
brièvement en disant que vous appuyezça,
ça va dans la philosophie que vous faites déjà. Mais vous parlez des frais de
gestion réduits. Est-ce que... Ce n'est paspublic... Mais, comme vous avez des milliers d'employés, c'est
probablement public. Quelle sorte de taux vous réussissez à obtenir dans
vos cas de taux collectif?
M. Plourde (Mario) : Au niveau des régimes d'épargne collectifs, chez nous, c'est 0,5 %. Donc, c'est quand mêmerelativement peu coûteux quand on compare aux
autres régimes. Avec le nombre d'employés qu'on a, naturellement, plus
il y a d'employés, moins c'est coûteux.
Bachand : Donc, le marché, s'il y a beaucoup d'employés, est
capable d'offrir des taux, en tout cas, en bas de 1 % ou en bas
de... largement. O.K. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Pelletier, Rimouski) : M. le député de Mont-Royal.
Arcand :
Merci, M. le Président. Bienvenue, encore une fois. J'ai entendu votre témoignage et
j'avais entenducelui de Bombardier
également, et vous revenez, Bombardier et vous, sur les termes «l'objectif, c'est
de contrôler nos coûts», «il faut une méthode de financement qui donne
un coût réaliste et stable d'année en année». Et est-ce que je comprends bien
que, pour vous, évidemment, les cotisations… la formule de cotisation
déterminée, c'est ce qui est le plus
souhaitable? Pour vous, vous êtes un peu comme Bombardier, vous voulez vous en
aller dans cette direction-là autantque
possible dans vos négociations avec les syndicats, plutôt qu'un régime à
prestations déterminées. Est-ce que je comprends que vous vous en allez
vers ça actuellement?
M. Plourde (Mario) : Tout à fait. Déjà, depuis très longtemps, déjà lorsque l'on a fait des
acquisitions d'entreprises,dans les
années 90, où il y avait des régimes à prestations définies, on a déjà envoyé
le message aux employés, aux unitéssyndicales,
que, nous, ce n'était pas la voie de l'avenir pour nous. Et nos négociations en
cours de route, au travers des années,
ont fait qu'on a éventuellement fermé ces régimes-là et tourné vers des régimes
à cotisation déterminée. Donc, la voie de l'avenir pour nous n'est pas
le régime à prestations définies mais bien à cotisation définie.
Arcand :
L'idée de transférer des rentes à des assureurs, est-ce que c'est des choses
qui s'appliquent et qui pourraient s'appliquer également chez vous?
M. Plourde (Mario) : Tout à fait. C'est sûr que, pour nous, au fur et à mesure qu'on voit l'économie
s'amélioreret qu'on va réussir à
voir où on pourra acheter des rentes, dans le fond, pour les employés,
stabiliser, dans le fond, les coûts futurs de ces rentes-là, on va
vouloir se positionner et acheter ces rentes-là pour sécuriser le futur pour
nos employés.
Arcand :
Et ma question également. Vous dites : Mon principal compétiteur, c'est
aux États-Unis. C'est çaque j'ai
compris. Les régimes qui existent chez vos compétiteurs aux États-Unis, est-ce
qu'on est actuellement compétitifs par rapport à ça ou on est beaucoup
plus généreux? Est-ce que… Comment vous les définissez actuellement?
M. Plourde
(Mario) : Bien, écoutez, on fait… on peut difficilement faire une
comparaison, nous, entre nos entreprises qui
sont basées au Canada et nos entreprises qui sont basées aux États-Unis. C'est
un ensemble de choses, et on ne peut pas le prendre isolément juste sur
les avantages sociaux. Quand on compare, normalement on va regarder l'ensemble et, au départ, normalement, les
salaires de base aux États-Unis vont toujours être un peu plus bas qu'au Canadaou au Québec. Et, au niveau des avantages,
bon, ça varie un peu parce qu'aux États-Unis, vous savez, les régimes d'assurancecollective sont très dispendieux. Par
contre, ils ont moins de filet social aux États-Unis. Globalement, je vous
dirais, c'est beaucoup plus coûteux d'avoir un employé au Québec que d'avoir
un employé aux États-Unis.
Président (M. Pelletier, Rimouski) : Et nous passons maintenant la parole à M. le député de
Chutes-de-la-Chaudière.
M. Picard :
Merci pour votre mémoire. J'aurais une petite question parce que l'ensemble du
sujet a été couvert.Dans le rapport
D'Amours, on prévoit une période de cinq ans pour revoir les différents
régimes. Vous, vous indiquezqu'une
seule période de cinq ans, ce n'est peut-être pas assez, mais vous ne croyez
pas… Bien, ça va être un débat importantdans la société. Si on prend votre suggestion de prévoir d'autres périodes,
vous ne croyez pas que ça peut créer certainesturbulences, entre guillemets, là? Parce que, là, le rapport D'Amours
dit : Vous avez cinq ans pour vous entendre. Aprèstrois ans, là, si ça ne fonctionne pas, il
pourrait même y avoir des gestes de façon unilatérale. Donc, j'aimerais vous
entendrelà-dessus. Pourquoi… Je
comprends que, vous autres, chez Cascades, vous êtes, je dirais, en négociation
continue, mais, si je regarde, au niveau des universités, des
municipalités, ça peut être différent aussi.
M. Plourde
(Mario) : Écoutez, on n'a
pas regardé les régimes municipaux et universitaires. Par contre, ce queje dois vous dire, chez nous, la façon qu'on
gère les employés, c'est qu'on les informe de la santé financière de l'entreprise,de l'usine dans laquelle ils travaillent.
Donc, sur une base mensuelle, ces employés-là sont au courant du volume de
ventes,de la profitabilité. Et, dans
le cas où il y a détérioration de cette profitabilité-là, les gens le savent
déjà depuis très longtemps.Et on
pense que des gens informés, chez nous, c'est des gens qui vont être plus
participatifs et qui vont être plus conscients etvont vouloir trouver des solutions avec l'employeur.
Donc, notre forme de travail, chez Cascades, c'est une forme de portesouvertes où les employés sont assis à la table
avec nous sur une base mensuelle, où on partage l'ensemble de l'information
de l'entreprise.
Donc, quand
les régimes arrivent en difficulté, d'avoir
une seule plage de cinq ans pour régler le problème, pournous, on se dit : Ce n'est pas un problème
qui va durer seulement cinq ans, il peut revenir cinq ans plus tard, il
peut revenir10 ans plus tard. On
pense qu'il faut avoir la liberté de pouvoir se parler sur une base
quotidienne, mensuelle, annuellepour
que les gens puissent participer à la survie de l'entreprise, à développer
cette entreprise-là plutôt que d'avoir uneseule plage de cinq ans pour dire : Voilà, c'est fini, c'est
terminé, il n'y a plus de négociation possible. C'est une façon defaire. Nous, chez nous, c'est comme ça qu'on est.
On a, de façon générale, une très bonne collaboration de nos employésparce que c'est des gens qui sont informés sur la situation
de l'entreprise. Et donc, quand ça vient le temps de serrer la
ceinture, de participer, bien souvent on a des gens qui collaborent.
M. Picard : O.K. J'aimerais
savoir : Est-ce que les employés chez Cascades sont syndiqués, oui?
M. Plourde
(Mario) : On a une
majorité... pas une... 50 % des
entreprises qu'on a sont syndiquées, souvent desentreprises qu'on a acquises, qui étaient syndiquées. La majorité des
entreprises que nous avons démarrées nous-mêmes ne sont pas syndiquées.
M. Picard :
Si j'ai bien compris tout à l'heure, il y a un régime d'intéressement, qu'on
appelle, distribution deprofits
lorsqu'il y a des bénéfices. Donc, il y a, je dirais, peut-être un meilleur
sentiment d'appartenance des employés chez vous.
M. Plourde
(Mario) : Bien, nous, sur
une base mensuelle, les employés connaissent la profitabilité de leur usine.Et chaque employé, tous les employés de l'usine
ont un partage aux profits qu'ils reçoivent deux fois par année. Donc,ils sont intéressés à connaître la profitabilité
de l'entreprise, les coûts de l'entreprise, et donc comment on peut faire pouraméliorer la rentabilité de l'entreprise, et
donc sont plus participatifs, et donc aident l'employeur à assainir la santé de
l'entreprise.
M. Picard : O.K. Merci.
Président (M. Pelletier, Rimouski) : Merci, M. le député. Monsieur, à la fin de votre rapport, vous
mentionnez... vous parlez de facteurs qui mériteraient d'occuper une
plus grande place dans la réflexion globale, et vous ajoutez : d'augmenter des incitatifs à l'épargne par la
fiscalité. Et vous dites dans votre rapport que les Québécois sont peut-êtreun peu plus taxés que la moyenne canadienne.
Mais, lorsqu'on parle de revenus disponibles à l'épargne, il faut considéreraussi le revenu après impôt, mais, après ça,
si on considère qu'au Québec les politiques, les programmes sociaux sontpeut-être plus généreux qu'ailleurs, il fait
que le revenu disponible à l'épargne n'est pas peut-être pas si différent que
ça que la moyenne canadienne. Premièrement.
Deuxièmement, à peu près tous les revenus qui
sont investis en épargne au Québec sont déductibles d'impôt, c'est-à-dire que l'impôt n'est pas à zéro mais est
reportée dans le temps, à plus tard. Considérant ceci, est-ce que vousavez… vous pouvez informer la commission peut-être
de d'autres suggestions... de suggestions pour d'autres facteurs qui
pourraient, par la fiscalité, augmenter les incitatifs à l'épargne?
M. Plourde
(Mario) : Écoutez, un qui
nous vient en tête, ce serait d'avoir des crédits d'impôt à la formation desemployés pour la retraite. Donc, les sommes
qui sont dépensées par l'employeur… Quand on prend des gens et on lessort du travail puis on les forme, il y a des
coûts associés à ça. Donc, si on donnait des crédits d'impôt pour que les gens
seforment à la retraite et ça pourrait
être fait pour l'employé comme pour l'employeur, les gens auraient avantage à
aller seformer eux-mêmes et donc
bénéficieraient de cette formation-là. L'important pour nous, c'est surtout d'aller...
d'avoir des gens qui sont les plus informés possible de cette
situation-là après la retraite.
Le Président (M.
Pelletier, Rimouski) : Merci beaucoup.
M. Plourde (Mario) : Merci.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
Merci beaucoup de votre participation à notre commission.
Et je
suspends nos travaux quelques minutes pour permettre aux représentants du
Conseil du patronat du Québec de prendre place.
(Suspension de la séance à 11 h 29)
Le Président (M. Gautrin) :
…maintenant officiellement On reçoit maintenant le Conseil du patronat.
Vous connaissez l'objectif actuellement de la
commission. Vous avez à peu près une dizaine de minutes pour présenter votre point de vue, et après on aura un
partage égal entre les parlementaires de l'opposition et les parlementairesministériels pour vous questionner sur votre
rapport. Alors, monsieur, plaisir de vous… Yves-Thomas… M. Dorval, de
vous… — excusez-moi — de
vous recevoir ici parmi nous.
M. Dorval
(Yves-Thomas) : Merci, M. le
Président. Alors, d'entrée de jeu, je voudrais présenter les gens quim'accompagnent, si vous voulez bien. Alors, à ma
gauche, il y a Mme Norma Kozhaya, qui est économiste en chef etdirectrice de la recherche au Conseil du patronat
du Québec, et qui a été celle qui a consulté beaucoup nos membres etqui a travaillé à la base du contenu du rapport;
ainsi que M. Benoit Hudon qui est actuaire au sein d'une firme bien connue etqui nous a… dont la firme en question nous a
assistés tout au long… nous a appuyés tout au long de la préparation de nosremarques au plan technique et ainsi de
suite, et qui seront disponibles pour répondre aux questions plus spécifiques,
de nature soit techn