Public Finance — 20 October 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CFP 2017-10-20
Quebec — Committees
Maintenant,
la question n'est pas de savoir est-ce qu'il y a des individus, quelques-uns,
qui ne sont pas à la hauteur de la
tâche qu'on leur confie. La question, c'est : Qu'est-ce qu'on fait avec?
Comment on les traite? Comment on s'assure de la compétence des uns et des autres? Je vais d'entrée de jeu,
évidemment, puis je pense que je ne surprendrai personne, faire référence à l'enquête qui a été publiée dans
L'Actualité . D'une part, je salue mes collègues sur ça parce que
je n'ai entendu personne dénigrer le
travail qui a été fait ou nier que les résultats puissent être effectivement un
reflet de la réalité. Donc, ça, je
pense que c'est intéressant parce que ça va nous permettre de discuter sur des
bases où tout le monde s'entend : il y a un problème pour lequel on
doit trouver des solutions.
Depuis
l'adoption de la loi, depuis 17 ans, ce qu'on souhaite, c'est que
l'administration publique se gouverne sur la base de ses résultats et non pas sur la base des moyens qui sont mis en
place. Ça, c'était l'idée maîtresse de la loi. Force est de constater que, si la loi a été adoptée,
cette culture-là, elle ne s'est pas implantée dans la fonction publique, la
culture de l'atteinte des résultats
versus la mise en place des moyens, ou elle ne s'est pas implantée
suffisamment. Je pourrai nuancer mon propos en disant qu'on est loin du
compte quand on se fie aux résultats publiés par L'Actualité.
C'est
donc, M. le Président, ce changement de culture là qui ne s'est pas opéré ou,
au mieux, qui ne s'est pas opéré suffisamment. Moi, je dis qu'il ne
s'est pas opéré. Je pense qu'on a plusieurs intervenants, le Vérificateur
général, L'Actualité ... bon, plusieurs études qui ont été déposées
là-dessus à l'École nationale d'administration publique aussi où on en
arrive à la conclusion que la gestion par résultats ne s'est pas implantée dans
la fonction publique.
la coalition, on a identifié une cause, puis je pense qu'on n'est pas les
seuls. Je pense, M. le Président, qu'il y a beaucoup de gens qui ont identifié cette cause-là, puis je voudrais
entendre le président du Conseil du trésor là-dessus, mais c'est sur le manque d'imputabilité, d'une
part. Et, d'autre part, c'est aussi sur le flou quant aux attentes, à savoir un
gestionnaire, pour qu'il puisse atteindre des cibles, pour qu'il puisse
respecter des échéanciers, encore faut-il que ces cibles-là soient identifiées
clairement, précisément, que ce soit mesurable, et même chose pour
l'échéancier. Ça, c'est la première chose.
deuxième chose, encore faut-il qu'on lui donne les moyens de travailler, puis
ça, ça sera l'objet d'un autre débat. Aujourd'hui,
je ne veux pas m'attarder sur cette question-là, mais ce sera certainement un débat qu'on pourra avoir les moyens de travailler.
Ensuite,
il faut être capable d'évaluer si, oui ou non, les cibles ont été atteintes, les échéanciers ont été respectés avec une utilisation optimale des moyens et des ressources
qui sont mis à la disposition. Parce
que, oui, on peut atteindre ses cibles, on peut respecter ses échéanciers,
mais on peut y consacrer tellement de ressources qu'au fond on a été efficaces, mais on
n'a pas été efficients. Mais ça, c'est la subtile nuance entre les deux.
J'ai
eu l'occasion, M. le
Président, de déposer un projet de loi à l'Assemblée nationale. Sans prétendre que c'est la perfection, je
pense qu'il a le mérite de lancer le débat puis de poser clairement le problème
et les solutions qu'on pourrait y apporter. Je m'explique, M. le Président. Je pense
qu'un des problèmes qu'on a vécus, puis le président du Conseil du trésor en a fait référence, c'est que le
Conseil du trésor n'est pas impliqué de façon suffisamment imputable dans non
seulement le dépôt des plans stratégiques,
mais dans la qualité des plans stratégiques, et dans le suivi des plans
stratégiques, et dans l'atteinte des résultats.
président du Conseil du trésor a parlé d'accompagnement des ministères. Je
pense que le rôle du Conseil du trésor
doit être plus qu'un simple accompagnateur. Je pense qu'ultimement, de la même
façon que le président du Conseil du
trésor n'est pas le maître du budget mais il est le maître des dépenses, alors,
oui, il peut accompagner le ministère des Finances, et très certainement qu'il le fait, dans l'élaboration du
budget. Mais, quand il vient le temps de dépenser l'argent, c'est lui
qui dit si on le fait ou non. Et là il a un rôle qui est beaucoup plus grand
qu'un simple accompagnateur.
Donc,
dans la réalisation, la concrétisation des plans stratégiques, même si, oui, la
responsabilité doit rester au ministère,
parce qu'au fond c'est eux qui ont l'expertise puis c'est eux qui doivent être en
mesure de les élaborer, le Conseil du
trésor, au nom du gouvernement, devrait être celui qui est capable de
dire : Les cibles ne sont pas suffisamment claires, ne sont pas suffisamment ambitieuses, les
échéanciers ne sont pas réalistes. Comprenez-vous, M. le Président? Je pense
que le président du Conseil du trésor doit
faire plus que simplement les accompagner. Il doit, au nom du gouvernement,
dire : Oui, vos engagements sont bons, maintenant c'est sur cette base-là
qu'on va vous évaluer.
Peut-être
une petite critique, parce que j'ai entendu le président du Conseil du trésor,
cette semaine, en réponse à une
question, dire : Ce n'est pas au Vérificateur général à gouverner en lieu
et place du gouvernement. Je ne le cite pas au mot, mais c'était l'esprit général. Ce qu'on propose dans le projet
de loi, ce n'est pas de demander à la Vérificatrice générale de gouverner, mais c'est d'évaluer si,
oui ou non, les cibles et les échéanciers ont été atteints de façon efficace
et efficiente. Et pourquoi le Vérificateur
général? Bien, je pense que tout le monde ici, on va comprendre puis on va
admettre que le Vérificateur général
est une institution professionnelle, impartiale et qui fait un travail
extraordinaire, et ça prend absolument
un tiers neutre, à mon humble avis, pour faire ça. Le gouvernement ne peut pas
s'autoévaluer sur ses propres résultats,
ça prend un tiers neutre. Et le Vérificateur général et la Commission de
l'administration publique ont ce
mandat-là. Donc, c'est la raison pour
laquelle nous, on pense que le Vérificateur
général devrait pouvoir être capable
d'évaluer l'atteinte ou non des plans stratégiques, le respect ou non des plans
stratégiques, et qui donne lieu,
après ça, aux vérifications qu'on connaît
de la Commission de l'administration
publique, avec les conséquences, s'il y en a, lorsque le plan est respecté ou non. Donc, ça,
c'est important.
Mais
c'est important aussi, et le projet
de loi le fait bien, que les
sous-ministres, les dirigeants d'organisme, le premier dirigeant qui a la responsabilité de mettre en oeuvre le plan stratégique en soient imputables, qu'ils répondent de leurs administrations. Oui, la responsabilité ministérielle demeure un principe immuable, oui, le ministre sera toujours responsable
devant la population — et
c'est drôle, M. le Président, parce
que je retrouvais des échanges que
j'avais vus avec le premier ministre à l'époque où il était ministre
de la Santé, puis là-dessus
on était d'accord — mais
il faut aussi qu'on rende imputables
et responsables les sous-ministres, les hauts dirigeants des missions qu'on leur
confie, des deniers qu'on leur
confie. Il faut qu'ils puissent en répondre avec des attentes claires, avec une
évaluation objective et impartiale de leur travail, mais avec les conséquences positives
ou négatives lorsque ces objectifs-là ne sont pas respectés. Donc, c'est
l'essentiel du projet de loi, c'est la solution qu'on propose, et j'aimerais
entendre le...
Le Président
(M. Bernier) : Merci, M. le député de La Peltrie, de vos
propos.
Nous
allons passer maintenant du côté gouvernemental. M.
le président du Conseil du trésor, la
parole est à vous pour une période de 10 minutes.
M. Arcand : Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, premièrement, je voudrais profiter de l'occasion
pour saluer les gens qui
m'accompagnent, saluer d'abord mon adjoint
parlementaire, le député de
Vanier-Les Rivières, également
le député
de Portneuf, qui est ici aujourd'hui avec moi, et les gens qui m'accompagnent, principalement M. Denys Jean, que vous connaissez bien, qui est notre sous-ministre
au Conseil du trésor, et également M. André Fortier, qui est au
Secrétariat des emplois supérieurs.
D'abord,
d'entrée de jeu, j'aimerais remercier le député de
La Peltrie pour les bons mots. Je n'ai pas l'impression
que ça va durer éternellement, mais quand même je le remercie au départ des
bons mots à ce sujet.
Je pense que,
d'une part, nous partageons le même objectif.
Évidemment, les moyens pour y arriver, au niveau des objectifs, parfois peuvent différer, mais je vous dirais qu'aujourd'hui, dans cette interpellation, la volonté du gouvernement, elle est là. Elle veut évidemment
rendre tous les sous-ministres, les dirigeants d'organisme, les ministres,
d'abord et avant tout,
imputables quant à l'efficacité de leur administration. Et donc ce qui intéresse aujourd'hui les citoyens du Québec,
c'est la question suivante : Comment on
peut améliorer la performance, la qualité des services de notre Administration gouvernementale envers la population? Comment on peut améliorer la
reddition de comptes sur la performance de cette Administration devant l'Assemblée nationale et, entre autres, devant le
public? Parce qu'en bout de ligne c'est le public qui juge, évidemment,
du travail gouvernemental.
Avant d'amorcer également ces échanges, je pense
qu'il faut quand même rappeler un certain nombre de principes qui sont à la base du fonctionnement des institutions de l'État. Premier principe, et la première personne qui
est imputable, c'est le ministre.
Le ministre est imputable devant l'Assemblée nationale, devant les citoyens du Québec.
Les ministres sont élus par la population, sont choisis pour siéger au Conseil
des ministres, veillent donc au bon fonctionnement
du gouvernement du Québec. Au Québec, ce qui est imputable de l'administration des ministères et des organismes,
c'est le ministre d'abord
et avant tout. Et aussi, bien sûr,
la responsabilité ministérielle, c'est une convention fondamentale de notre régime parlementaire. C'est au ministre de défendre les
actions devant ses collègues et c'est au ministre qu'il revient également
de justifier les crédits qui sont octroyés à son ministère et également
la façon dont ces crédits sont
dépensés. Et en somme c'est devant aussi l'Assemblée nationale qu'un ministre
doit répondre non seulement de
ses propres actions, mais aussi de celles de ses fonctionnaires sous sa responsabilité.
Maintenant, deuxième principe qui est devant
nous, c'est que les sous-ministres et les dirigeants sont aussi imputables de leur gestion devant les ministres
en question et devant le premier ministre. L'Administration gouvernementale est
encadrée par les lois de l'Assemblée
nationale. Et, pour appuyer le gouvernement dans son administration, ce dernier nomme des sous-ministres et des dirigeants d'organisme. C'est donc le
secrétaire général du gouvernement, appuyé du Secrétariat aux emplois
supérieurs, qui est le gestionnaire de ces sous-ministres. Et, comme vous
le savez, les sous-ministres, de
façon générale, ont un lien, bien sûr,
avec le ministre, mais c'est la prérogative du premier ministre de nommer ou de révoquer un sous-ministre ou encore un dirigeant d'organisme. C'est donc sous la gouverne du ministre
dont il relève que le sous-ministre ou le dirigeant doit répondre de sa gestion et de celle des ressources,
c'est de la façon dont ça fonctionne, parce que, si ce n'était pas le
cas, je pense qu'on contreviendrait rapidement au principe de séparation des
pouvoirs nécessaire au bon fonctionnement des institutions et de l'État du Québec.
Le troisième
et le dernier pri