Health and Social Services — 6 April 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CSSS 2022-04-06
Quebec — Committees
(Onze
heures trente-trois minutes)
Le Président (M. Provençal)
: Bonjour à tous. Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de la santé et
des services sociaux ouverte. Je vous souhaite la bienvenue et je demande à
toutes les personnes de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils
électriques.
La commission est
réunie afin de poursuivre les consultations particulières et auditions
publiques sur le projet de loi n° 28, Loi visant à mettre fin à l'état
d'urgence sanitaire.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Ciccone (Marquette) est
remplacé par M. Barrette (Lapinière).
Le Président (M.
Provençal)
: Merci
beaucoup. Ce matin, nous entendrons les personnes suivantes : Dr Luc
Boileau et Mme Julie Labbé conjointement avec M. Guy Thibodeau et M.
Jean-François Fortin Verreault.
Comme la séance a
débuté 15 minutes plus tard que notre... alors, on va avoir besoin d'un
consentement pour terminer 15 minutes plus tard.
Des voix : Consentement.
Le Président
(M. Provençal)
: On
n'a pas le choix parce qu'on ne retournera pas le groupe. Merci. Je souhaite la
bienvenue au Dr Boileau. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé, après quoi, nous procéderons à la période d'échange avec les
membres de la commission. Je vous invite à vous présenter et à débuter votre
exposé. Je vous cède la parole, monsieur.
M. Boileau
(Luc) : Merci beaucoup. Merci, M. le Président. Alors, je... et M. le
ministre et Mmes, MM. les députés. Je me présente, Luc Boileau. Je suis le
directeur national de la Santé publique par intérim et je suis ici aujourd'hui
pour... d'abord, vous remercier de m'inviter pour me donner le privilège d'être
avec vous pour les consultations sur le projet de loi n° 28
et de répondre à toutes vos questions. Alors, je vais tenter de faire mon
allocution à l'intérieur des 10 prochaines minutes et je crois pouvoir y
réussir.
Alors, comme
directeur de la Santé publique par intérim, je trouve évidemment important
d'expliquer à mon tour, là, plus en détail pourquoi on a besoin de ce levier
législatif pour continuer de servir et de bien protéger la population. Alors, comme vous le savez, on est
actuellement en plein coeur d'une sixième vague. Il y a des incertitudes
sur cette vague-ci et on ne sait pas comment elle va évoluer avec précision.
Mais il y a une chose qui est sûre, c'est qu'au moment où on se parle, la
tendance reste à la hausse. Alors, on aimerait bien sûr, comme vous tous, je
suis certain, mettre ça derrière nous, mais ce n'est pas la réalité. Et il y a
bien sûr une grande différence entre la levée de la plupart des restrictions et
la fin de la pandémie.
Alors, on est
actuellement dans une phase transitoire de pandémie, et le projet de loi, tel
que je le comprends, vient appuyer ce processus de transition. L'arrivée de
cette nouvelle vague démontre... pardon, à elle seule toute l'importance
d'avoir les leviers et les pouvoirs nécessaires pour agir de façon responsable
et diminuer les impacts sur la santé de la population.
Comme vous le savez,
je suis entré en poste plus récemment, là, ça fait trois mois, alors que la
cinquième vague battait son plein. Puis elle était bien sûr accélérée par le
contexte d'un nouveau variant, l'Omicron. Mais auparavant, dans mes différentes
fonctions, en particulier, bien sûr, celles de P.D.G. de l'INESSS, j'étais en
mesure d'observer la situation. Alors, depuis le tout début, de par son
caractère très imprévisible, la pandémie nous met toujours sur le qui-vive
puisqu'il y a eu des changements, vous les avez vus, qui se sont présentés avec
l'évolution de ce virus-là et de ses différentes caractéristiques.
Alors, on a vu, au
cours des derniers mois, à quel point les nouveaux variants peuvent
effectivement changer très rapidement. Il faut donc pouvoir prévoir, anticiper,
mais aussi être agile et agir lorsque c'est nécessaire. Or, comme directeur national de la Santé publique par
intérim, je suis d'accord qu'on est rendu à un moment... excusez-moi, ce
n'est pas ce que vous craignez que j'aie, à un moment opportun.
M. Boileau
(Luc) : Non, non. Moi, je trouve que ça s'inscrit bien
dans la conversation, là, mais rassurez-vous, ce n'est pas ça, j'ai
d'autres petits problèmes.
Alors, ce que je disais,
c'est que je suis d'accord, comme plusieurs, qu'on est rendus à un moment où
est-ce qu'on... c'est opportun, là, de lever l'état d'urgence sanitaire, mais
il est nécessaire de maintenir certaines mesures transitoires. Alors, dans ce
projet de loi là, il y a des éléments fondamentaux pour nous permettre de
continuer à gérer efficacement la pandémie.
Alors, de la
façon dont ça fonctionne au Québec en temps normal, comme je comprends le
système, c'est... chaque direction régionale de santé publique fait des
actions de façon locale ou régionale, mais le plus souvent, c'est local. Contrairement à ce que certains pourraient le
croire, la Loi de la santé publique, selon moi, ne permet pas au
directeur national de santé publique d'avoir une portée nationale dans ses
actions. C'est davantage région par région.
Alors, l'état d'urgence sanitaire, elle, elle a
permis de mettre en place et de mettre en oeuvre des actions de santé publique sur le plan national. Sans l'état
d'urgence, il n'aurait pas été possible de mettre en place les
différentes mesures sanitaires qui permettaient de réduire les contacts et, par
conséquent, la propagation de la maladie sur l'ensemble
du territoire québécois. Alors, impossible alors de rendre obligatoire le port
du masque dans les lieux publics, de rendre obligatoire aussi
l'enseignement à distance pour les enfants, de limiter la capacité d'accueil
dans les différents lieux publics, par exemple.
Alors, comme vous le savez, on est entrés dans
une nouvelle étape de la gestion de la pandémie. On met en place le fameux
vivre avec le virus. Alors, il faut peu à peu reprendre la vie normale car la
succession des confinements et des mesures sur la période des deux dernières
années a eu des conséquences sur plusieurs plans pour à peu près toute la
population. Alors, on est bien conscient de cela, mais, comme vous le savez, on
a recommandé, plus tôt cette semaine d'ailleurs, que le port du masque
obligatoire soit maintenu pour l'instant, pendant quelques journées de plus,
quelques semaines maximum, mais, en tout cas, pour l'essentiel, c'est pour le
mois d'avril, parce que la plupart des
autres mesures ont été levées progressivement au cours des dernières semaines
et des derniers mois.
Et, même si
le Québec vit une hausse de cas et d'hospitalisations, la Santé publique n'a
toujours pas l'intention de renouveler ou de recommander de nouvelles
mesures populationnelles. Alors, c'est maintenant à chacun, pour les autres et
pour soi-même, de prendre ses responsabilités en fonction de la situation des
autres et de la sienne aussi. Alors, chaque personne doit faire ce qu'elle a à
faire pour réduire ses risques d'avoir la COVID et se protéger, mais aussi
protéger les autres. On appelle, globalement, au sens civique de la
population... pardon.
Mais, ceci étant dit, avant la fin de l'état
d'urgence... plutôt, avec la fin de l'état d'urgence sanitaire, le projet de
loi, tel que je le comprends encore, nous permet de préserver des leviers qui
sont nécessaires à notre disposition pour pouvoir continuer de protéger la
population. Alors, l'idée est notamment d'être en mesure de mobiliser les forces vives pour vacciner et dépister
efficacement. Ce sont des éléments clés pour notamment protéger les
personnes les plus vulnérables, qui, comme on le sait, là, sont les plus à
risque des complications. Alors, les décrets et les arrêtés qui demeureraient
en vigueur jusqu'à la fin de l'année, au 31 décembre prochain, 2022, sont
absolument nécessaires à nos yeux pour conserver notre agilité puis notre
efficacité à protéger la population au cours des prochains mois.
Alors, comme
je le comprends, le maintien de certains arrêtés ministériels vise à permettre,
entre autres, l'embauche de personnes
salariées temporaires grâce à la plateforme qu'on appelle Je contribue. Alors,
à défaut de pouvoir compter sur ce personnel temporaire, il faudrait
avoir recours aux employés qu'on dit réguliers... pardon, du réseau de la santé
et des services sociaux pour assurer ces services de dépistage et de
vaccination. Et on le voit actuellement, avec la sixième vague, le taux
d'absentéisme chez les travailleurs de la santé est élevé et il ne baisse pas,
là, en ce moment. Alors, dans l'état actuel, sans la contribution des
travailleurs recrutés grâce à la plateforme Je contribue, le dépistage puis la
vaccination essentiels devraient être organisés uniquement avec le personnel
régulier du réseau qui est déjà largement sollicité et qui est en situation de
fragilité, là, avec le contexte actuel. Alors, ça m'apparaît invraisemblable de
pouvoir faire ça.
Un autre élément très important du projet de loi
et qui vise à poursuivre la vaccination pour un nombre ou un grand nombre de
personnes qui sont autorisées, plutôt que par des personnes qui sont autorisées
à le faire, plutôt que par des personnes qui se retrouvent habituellement sur
la liste des professionnels qui sont habilités, là, de façon courante à
vacciner... Je sais que ça a déjà été abordé, mais je veux juste le mentionner,
en temps normal, ça se limite aux infirmières, aux médecins, aux infirmières et
infirmiers auxiliaires, aux infirmiers, bien sûr, aux sages-femmes, aux
inhalothérapeutes et aux pharmaciens.
Mais, dans le contexte d'une urgence sanitaire,
on a eu la nécessité d'élargir le bassin de personnes autorisées à vacciner et
on a pu ainsi compter sur la contribution de plusieurs autres groupes. D'abord,
les étudiants, que ce soit en soins
infirmiers, en médecine, en pharmacie, en sages-femmes, les infirmières
auxiliaires ou les infirmiers auxiliaires
aussi, les dentistes, les hygiénistes dentaires, des diététistes, des
nutritionnistes, des optométristes, des orthophonistes, des physiothérapeutes, des techniciens ambulanciers se
sont ajoutés au groupe, et c'était essentiel pour pouvoir offrir cette vaccination de masse qui
était requise dans le contexte. Alors, en cette sixième vague, mais
également au cours des prochains mois, comme
on ne peut pas prédire ce qui va arriver, nous sommes toutefois assurément
convaincus que nous pourrions encore avoir besoin de ces personnes pour nous
appuyer dans le dépistage et dans la vaccination.
D'ailleurs,
la vaccination est toujours en cours. Vous l'avez entendu, la dose de rappel,
la quatrième dose a été mise de
l'avant depuis la semaine passée pour les personnes en CHSLD, en RPA, dans
d'autres installations et pour les 80 ans et plus. Et depuis ce matin, aujourd'hui, ce sont les
personnes de 70 ans et plus qui peuvent prendre rendez-vous pour
cette quatrième dose, tout en respectant un intervalle, bien sûr, minimum de
trois mois entre la troisième et la quatrième dose.
Et c'est la même chose pour les personnes de 60 ans et plus qui vont
pouvoir s'inscrire dès lundi matin prochain.
Alors, le vaccin demeure un outil remarquable,
extrêmement efficace pour... vraiment, là, par rapport à quoi que ce soit
d'autre, là, pour prévenir les complications graves, c'est une bonne nouvelle.
Et, en raison de la venue du variant BA.2, on veut offrir
une immunisation supplémentaire à ces personnes qui sont à risque et qui sont
déjà bien protégées par les doses
précédentes, mais qui pourraient être plus à risque avec le temps parce que
l'efficacité vaccinale baisse, qu'elle soit naturelle par l'infection ou
par la vaccination. Alors, il faut des ressources pour l'administrer.
Alors, la même chose pour les dépistages. Les
tests de dépistage, ça fait
partie des principaux moyens pour lutter
efficacement contre la pandémie de la COVID-19. Alors, il y a eu un virage, on
le sait, vers les tests rapides de dépistage
pour une bonne
partie de la population, mais il y a encore beaucoup de
dépistage qui doit se faire en clinique. Alors, ces tests sont réservés
aux travailleurs de la santé, oui, mais aussi à plusieurs autres clientèles,
notamment les personnes symptomatiques qui travaillent dans le milieu scolaire
ou les milieux de garde, les proches aidants, les personnes de 65 ans et
plus.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, Dr Boileau, je vais devoir
vous interrompre, alors je vais... Les gens auront
sûrement des questions à vous poser pour compléter votre présentation. Je
m'excuse. M. le ministre, je vais vous maintenant vous céder la parole
pour débuter cet échange. Vous avez 15 min 15 s.
M. Dubé : Alors,
M. le Président, merci beaucoup. À mes collègues de l'opposition, aux députés
du gouvernement, merci encore une fois d'être là pour ce projet de loi
si important. M. Boileau, je ne peux pas... Dr Boileau, je ne peux pas
m'empêcher de prendre juste quelques secondes pour vous remercier d'avoir
accepté ce défi-là il y a trois mois. Au moment où vous êtes arrivé avec nous,
ce n'était vraiment pas facile d'avoir su relever ce défi-là, je pense, que
d'avoir donné aussi un répit au Dr Arruda qui avait vraiment besoin de se
reposer. Je pense qu'on a eu la chance de vous avoir puis je tiens à vous
remercier pour votre présence. J'entends souvent des commentaires excessivement
positifs de la part du public qui a une grande confiance dans vos sorties,
lorsque vous faites vos points de presse, puis je tenais à vous le mentionner
parce que vous avez fait un travail remarquable depuis que vous êtes là, puis
merci beaucoup, Dr Boileau.
M. Boileau (Luc) : Merci.
Dubé : Je vais aller sur
trois, quatre sujets. Le premier, vous le dites souvent, puis je pense que c'est
rendu presque un euphémisme de dire qu'il
faut apprendre à vivre avec le virus. Et j'aimerais vous demander deux
exemples, un exemple positif de ce que ça veut dire, vivre avec le virus, puis
peut-être un exemple négatif.
Ce que je veux dire, c'est que, si vous aviez à
dire à quelqu'un, ça veut dire quoi, de continuer à faire... de vivre avec le
virus puis aussi de faire attention de ne pas faire... parce qu'il y a beaucoup
de gens qui vous écoutent aujourd'hui, qui savent que vous êtes en commission.
Je sais qu'on va parler des mesures d'urgence, mais je vous ai entendu souvent
dire : Il faut vivre avec le virus. J'aimerais ça vous entendre sur un
petit conseil à donner et l'autre à ne pas faire.
M. Boileau (Luc) : Bien, donc,
d'abord, merci pour vos bons mots. Vivre avec le virus, ça veut dire vivre
en... ça ne veut surtout pas dire vivre en oubliant le virus. Vivre avec le
virus, c'est de vivre en toute conscience qu'il y a un risque associé à ce
virus-là qui est un virus qui est très contagieux et qui fait en sorte qu'on
peut être atteint et on peut atteindre
d'autres personnes.
Alors, le
côté positif de la chose, c'est qu'on a appris, au fil des deux
dernières années, qu'il y a des façons de se protéger, des façons simples.
D'abord, le masque, le lavage des mains, la distanciation, d'être prudents dans
nos sorties, qui on fréquente. Ce n'est pas une question que nos amis sont plus
fins que les autres pour le virus, tout le monde est égal là-dessus, mais c'est
vraiment de pouvoir tirer avantage de tout ce qu'on a appris dans les deux
dernières années. Et les choses dont il faut encore se méfier et qui laissent
présager aussi des risques pour la population, c'est une activité de civisme,
c'est-à-dire de reconnaître que, lorsqu'on a des symptômes, bien, on est
probablement atteints de cette maladie-là puisqu'elle est très fréquente et on
doit s'isoler. Et si ce n'est pas la COVID, et si c'est la grippe, puisqu'elle
pourrait arriver aussi, alors de s'isoler aussi pour éviter de propager ça aux
autres personnes.
Et cet isolement-là devrait durer 10 jours.
Les cinq premiers sont sous une formule d'un isolement plus à domicile, de
rester bien confiné soi-même puisque la charge virale que nous avons peut être
très élevée pendant les cinq premiers jours, et les cinq autres journées, elle
est toujours là, elle va en diminuant, mais donc de pouvoir sortir et vaquer à
quelques activités, mais en s'assurant que nous restions très prudents, donc
toujours porter le masque, ne pas aller danser, chanter, pas aller au
restaurant, pas aller dans les spectacles, de respecter cela.
Alors, le côté très positif de l'histoire de la
COVID, c'est que ça a permis une solidarité, ça a permis aux gens d'adapter de
nouvelles mesures, d'être conscientisés puis de développer ce sens civique. Le
côté négatif, c'est quand on le néglige et qu'on croit que, parce qu'on n'a
plus de symptômes ou qu'on a entendu parler que ça pouvait durer moins
longtemps, bien, c'est de prendre des risques pour les autres. Et ce n'est pas
soi-même... on ne se réinfectera pas pendant les journées qui suivent. On peut
se réinfecter après, là, bien sûr, mais on ne se réinfectera pas dans les
journées qui suivent, et le côté négatif, c'est lorsqu'on laisse passer
l'opportunité de bien agir pour les autres, alors que, pour soi-même, on s'en
est mieux sorti.
Ça reste une maladie grave, une maladie qui est
fréquente, une maladie qui amène des gens plus à risque dans le circuit des
hôpitaux et, des fois, malheureusement, pire encore. Et ces personnes-là se connaissent,
mais il faut aussi que tout le monde les connaisse. Ce sont des gens de plus de
60 ans, en général, qui sont plus fragilisés. Il faut être conscient que,
si on va les rencontrer, bien, il ne faut pas avoir trop de symptômes, hein? Il
ne faut pas en avoir puis il ne faut pas avoir fait des sorties qui nous
amènent à risque de les contaminer.
M. Dubé : Alors,
ce que je retiens, Dr Boileau, puis je vais aller plus spécifiquement sur le
p.l. n° 28, mais ce que je retiens, c'est que le
virus est encore bien là, puis il faut continuer de se protéger. Alors, je
pense que vous avez quand même maintenant régulièrement des points de presse
puis je pense que ces points-là ont été soulevés, notamment encore hier.
Vous avez dit dans votre présentation... puis je
pense que c'est important d'expliquer toute la question des limites actuelles de la Loi de la santé publique
quand vous parlez, par exemple, de la portée régionale versus nationale,
donc d'avoir... j'aimerais ça que vous
élaboriez un petit peu pour expliquer comment ça nous a aidés d'avoir les
mesures d'urgence sur une base nationale plutôt que régionale. Je pense que
c'est peut-être moins connu de la population à cet effet-là, là.
M. Boileau (Luc) : Oui. Les leviers
disponibles actuellement... législatifs permettent à des directeurs de santé publique, des directeurs régionaux de santé
publique, d'agir localement lorsque c'est requis. Il y a eu différentes
situations pour ce faire. Moi, je dirigeais la Santé publique de la Montérégie
quand on a eu le verglas, et il y a eu certaines situations où on pouvait agir
dans des crises associées à cela, avec de l'influenza et autre chose. Mais ça peut arriver et, habituellement, ce sont des
maladies infectieuses ou des risques environnementaux importants qui
nous permettent de dire : On crée un
espace de protection et on empêche les gens soit d'entrer ou on invite les gens
à quitter le territoire. Quand j'étais
très jeune, ça fait déjà un petit bout de temps, il y avait... j'étais en
charge de la situation de Saint-Basile-le-Grand, alors il y avait eu une
évacuation.
Ce sont des choses qui peuvent être faites avec
les leviers qui existent en ce moment. D'essayer de répéter ça dans toutes les
régions et toutes les localités pour avoir une approche d'une mesure qui doit
être standard pour l'ensemble d'une population, c'est impossible. Il faut faire
ça avec le levier des états d'urgence, sinon on n'y arrive pas. Ça demande un
circuit de décision qui est beaucoup trop long, et qui a des risques majeurs de
dérapage, et ça ne peut pas se faire ainsi. Et toutes les juridictions à
l'extérieur du Québec ont saisi ces mêmes occasions là d'amener des mesures
pour que l'ensemble des populations puisse être d'abord avisé de ces
risques-là, mais aussi invité à suivre des règles pour empêcher les
propagations. Alors, on n'est pas dans des pays où on est capable d'être
extrêmement sévère de ce côté là, mais ces leviers là, ici, ont été essentiels,
et la seule manière de le faire, c'est de le faire dans un contexte de mesures
d'urgence...
M. Boileau (Luc) : ...nationales.
M. Dubé : Le deuxième point aussi,
puis on en a déjà parlé... parce qu'on se dit souvent, bien... puis un peu ce que je retiens, on veut être opérationnel parce
que ça va tellement vite lorsqu'une vague revient, puis etc... Parlez-moi
aussi de la flexibilité que les mesures sanitaires... mesures d'urgence nous
ont donné entre les vagues. Parce que, tu sais, les gens disaient : Bien
là, la vague est terminée, vous devriez arrêter puis vous recommencerez. Je
veux juste voir le côté opérationnel de ça, ce que nous ont permis les mesures
d'urgence.
M. Boileau (Luc) : Je n'étais pas
celui qui dirigeait la Santé publique, mais, comme je le mentionnais tantôt,
j'étais tout à côté, là, dans un espace de visibilité, là...
M. Boileau (Luc) : ...comme P.D.G.
de l'INESSS. Mais il est clair que c'était impossible de ne pas avoir une continuité dans ces mesures-là pour justement,
dans notre propre contexte au Québec, permettre de faire du dépistage,
pour voir arriver comment reviendraient les autres vagues et de permettre de
faire de la vaccination pour pouvoir, justement,
contrer les effets de cette progression dont on pouvait nous attendre et de
pouvoir également mettre de l'avant des
mesures, qui ont été mises de l'avant, je me répète, là, dans des périodes qui
étaient plus creuses en termes de risques.
Par exemple, le port du masque, lorsque c'est
arrivé, on était entre deux vagues, et c'était une mesure qui s'annonçait comme
essentielle, dans la progression de la connaissance sur le coronavirus, d'être
installée dans une population. On n'avait pas d'autres outils, on n'avait pas,
à ce moment-là, les outils qu'on connaît aujourd'hui, de vaccination, et ça
s'est avéré très utile, et ça s'avère encore utile, évidemment, avec les
décisions qui ont été prises cette semaine, après nos recommandations.
Donc, on ne peut pas regarder l'arrêt d'une
vague en disant : Bon, bien, ça vient de finir aujourd'hui par... l'INSPQ
dit que c'est rendu là, on arrête les mesures. Elles doivent continuer parce
qu'il y a des gens qui continuent, d'abord,
à être infectés et d'autres qui vont revenir. Ce sont des cycles qui sont normaux
avec des maladies infectieuses comme ça, contagieuses. Il faut
s'attendre à ça. L'important, c'est de les voir venir, d'être bien outillés et
de faire en sorte que la vague soit la moins élevée et la moins dommageable
possible.
Dubé : Très bien. Je vois le temps qui file, Dr Boileau.
J'aimerais ça aussi vous entendre, parce que je l'ai entendu souvent, là, puis c'est légitime de poser
des questions parce que le projet de loi a été bâti comme ça... de cette
fameuse date, là, du 31 décembre 2022.
C'est quoi, les outils qui vous restent après cette date-là, là, dans le
contexte actuel, où on mettrait,
là... il y aurait une acceptation des mesures transitoires? Quels sont les
outils qui vous restent pour qu'on soit protégés après le 31 décembre 2022? Comment vivre avec le virus, je
reviens encore à ça, mais après le 31 décembre?
Boileau (Luc) : Bien, d'abord, il y a bien des chances que le
virus ne suive pas les intentions parlementaires et qu'il soit encore là
après le 31 décembre. Ça, il faut envisager ça, d'une part. Mais d'autre
part, c'est que je pense que, dans ces mesures transitoires là, nous serons
avec un système adapté pour faire en sorte que le dépistage soit intégré dans
les pratiques plus courantes dans le système de santé et de services sociaux.
Il y a plusieurs pièces qui peuvent, progressivement, dans cette période
transitoire, prendre le relais, et donc on sera outillés, au lendemain du
31 décembre, pour ce faire. La même chose pour la vaccination. Sans doute
qu'il y aura eu un paysage ajusté pour nous permettre de maintenir cette force
vive là. D'ici là, il faut anticiper, mon collègue Dr Longtin le disait hier, qu'il y aura... qu'il est possible qu'il y ait une
autre vague. En fait, c'est vraisemblable, c'est toujours comme ça que
ça va se passer. Mais s'il y a une bonne charge qui a été cherchée, en ce
moment, d'immunité et de vaccination, ça va nous permettre d'agir autrement.
L'autre chose qui est très importante pour moi,
c'est les autres projets qui sont sur la table, donc le... et ça, c'est ce que
je crois, là, que les systèmes d'information et la capacité d'absorber
l'information, de la voir en temps réel le plus possible, nous permettent
d'avoir des routes agiles, rapides, réactives pour connaître l'état des lieux et
agir pour vacciner, ou dépister, ou d'anticiper quelque chose qui arrive, que
ce soit le coronavirus ou autre chose. D'ailleurs,
on n'est pas à l'abri, d'abord, de d'autres variants puis de d'autres choses.
Donc, le système va être prêt après.
M. Dubé : Donc, c'est notre
responsabilité d'être sûrs qu'on a les mesures qui sont en place, parce que ça
pourrait continuer après le 31 décembre, je pense qu'on en est tous
conscients. Pendant que je vous ai, il y a eu quand même des développements
intéressants sur un des outils, qui est le fameux médicament Paxlovid, et
j'aimerais en profiter, là, parce qu'encore une fois les choses avancent bien.
Qu'est-ce qui s'est passé, là, dans... Avez-vous senti peut-être, du côté de la
population, peut-être une meilleure acceptation du médicament au cours des
dernières semaines? Parce qu'on sait tous, maintenant, que le médicament est
disponible en pharmacie sans prescription, comme
tel. Alors, j'aimerais vous entendre là-dessus, parce que vous m'en avez parlé,
mais j'aimerais que les Québécois entendent un peu l'avancée de ça, en
termes d'un outil supplémentaire pour ceux qui contracteraient le virus.
M. Boileau (Luc) : Le Paxlovid est
un médicament... visiblement, une innovation qui peut être très utile. Tout le
Canada est pris avec un problème de complexité pour offrir le Paxlovid et le
rendre disponible rapidement aux personnes ou aux groupes qui en ont besoin,
partout, mais le Québec a mis de l'avant le système qui risque d'être le
meilleur sur la scène canadienne, j'oserais même dire mondiale. Le fait d'avoir
si rapidement permis de créer un consensus, qui a été couvert par les autorités
gouvernementales, pour faire en sorte que les pharmaciens puissent évaluer les
personnes avec les tests suffisants, la connaissance suffisante et prescrire le
Paxlovid et en assurer un suivi, parce qu'il y a une complexité de ce
médicament-là, c'est un atout considérable. Il nous faut reconnaître que les
gens, avec la montée du BA.2, et en particulier les personnes qui sont très
vulnérables, il y a des critères, justement, de l'Institut national
d'excellence en santé et services sociaux qui sont connus. Ces personnes-là se
connaissent, elles savent que, si elles développent des symptômes, il faut
qu'elles puissent agir rapidement. On a des
médicaments, des anticorps monoclonaux, mais on a le Paxlovid qui se donne plus
facilement. C'est par la bouche, puis on peut l'avoir en pharmacie. Et
il y a des gens qui n'ont pas profité de la vaccination, au fil des deux
dernières années, qui elles, lorsqu'elles se présentent avec ça, il faut
qu'elles puissent aussi être aidées pour diminuer le risque de complications
parce qu'elles n'ont pas le bénéfice...
M. Dubé : Mais avant, Dr Boileau,
juste parce que vous, vous le savez, là, mais ce que je voulais peut-être faire
ressortir, c'est que, jusqu'à cette annonce-là qui est effective depuis le
1er avril, c'est que les gens devaient avoir
une prescription du médecin et ils devaient soit aller à l'hôpital ou avoir une
prescription du médecin, ce qui rendait l'accès difficile parce qu'il y
a la difficulté d'avoir... Alors, maintenant, c'est ça qui a changé depuis
quelques jours, là. Puis vous avez vu une augmentation dans l'utilisation du
médicament depuis ce temps-là?
M. Boileau
(Luc) : Oui, une augmentation dans les demandes aussi,
parce que les gens... c'est au pharmacien à faire l'évaluation, mais là les gens viennent à la porte et puis ils le
font par téléphone aussi, bien sûr, s'ils ont des symptômes, ils ne sont
pas bien. Mais c'est le «game changer», excusez... le changement majeur, c'est
le raccourci de l'accès...
Le Président (M. Provençal)
: ...M. Boileau, pour votre
réponse.
M. Boileau (Luc) : Je finis comme
ça, là.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, merci, M. le ministre. Alors,
je cède maintenant la parole au député de Nelligan pour la suite.
M. Derraji : Merci, M. le Président.
Je n'ai pas le même temps que M. le ministre. Je n'ai pas le même temps. Je
vais vous poser une question courte, si c'est possible d'avoir une réponse
courte. Vous répondez quoi à quelqu'un qui vous dit : Même si on attrape
la COVID, ça donne un rhume à peu près?
M. Boileau
(Luc) : Bien, je lui dis, il est chanceux que ce soit juste ça, parce
que, malheureusement, pour certains autres, ça peut être plus grave. Mais c'est
vrai que, pour la majorité, ça s'apparente à un rhume, et on est chanceux parce
qu'on a été vacciné. Mais pour d'autres, même si elles ont été vaccinées, elles
peuvent développer une maladie grave, surtout si elles
sont plus âgées. Mais la personne a raison parce que c'est très fréquemment
comme ça, mais ça n'empêche pas que certains ont des risques.
M. Derraji : O.K.
C'est-tu une déclaration responsable et irresponsable?
M. Boileau
(Luc) : Pardon?
M. Derraji : Est-ce
que c'est une déclaration responsable ou irresponsable?
M. Boileau
(Luc) : Que je viens de faire?
M. Derraji : Non,
non, que quelqu'un... non, non, mais pas vous...
M. Derraji :
Non, non, non, mais pas vous. Si quelqu'un dit que, même si on l'attrape, ça
donne un rhume à peu près, pensez-vous que c'est responsable ou irresponsable?
M. Boileau (Luc) : Bien, en tout cas, moi,
je vais surtout vous dire que c'est vrai, parce que c'est vraiment le
plus souvent comme ça grâce à la
vaccination, alors c'est la réalité. Maintenant, ça ne veut pas dire qu'il n'y
a pas d'autres choses qui peuvent arriver pour des gens qui ont plus de
risques, mais c'est certainement la réalité et tant mieux.
M. Derraji : Donc, vous dites que c'est la réalité, c'est un
rhume. Vous venez aujourd'hui demander des mesures exceptionnelles et
vous demandez que la période de transition... qu'aujourd'hui les parlementaires
vous donnent une période de transition jusqu'au 31 décembre 2022. Vous ne
voyez pas une contradiction?
M. Boileau
(Luc) : Non, pas du tout, parce qu'il y a quand même... ce n'est pas
la totalité des personnes qui vont avoir une
maladie mortelle, et tant mieux. Si nous n'avions pas la vaccination, nous
aurions une situation catastrophique,
ce serait épouvantable, là, vraiment. Il ne faut pas imaginer ça. Alors, on a
la chance d'avoir déjà beaucoup de personnes vaccinées, mais il faut
maintenir cette immunité-là justement pour que les gens ne développent pas de
maladies graves, et on a besoin de ces mesures de transition pour surveiller et
vacciner.
M. Derraji : Mais, Dr Boileau, on a... vous l'avez très bien
dit à plusieurs reprises, le ministre, le premier ministre... on a le plus haut taux de vaccination,
presque, dans plusieurs nations. Vous vantez beaucoup de résultats qu'on
a le plus haut taux de vaccination première dose, un peu moins deuxième, un peu
moins la troisième dose. Vous venez de confirmer que la personne qui a
déclaré : Même si on l'attrape, ça donne un rhume à peu près, qu'elle a
raison et que c'est une déclaration responsable. En même temps, vous
demandez aux parlementaires que vous avez besoin de mesures transitoires
et de situations exceptionnelles, parce que le virus est encore là. Il est
encore là. Mais je n'arrive pas à suivre. Si
c'est un rhume, vous venez de le confirmer, si c'est un rhume, pourquoi autant
de mesures exceptionnelles? On a vécu...
Le Président (M.
Provençal)
: Non, M.
le ministre. M. le ministre...
M. Derraji : Mais
c'est sérieux. Mais, M. le Président, il n'a pas le droit...
Le Président (M.
Provençal)
: Non, M.
le ministre.
M. Dubé : Je
veux juste vous demander conseil, M. le Président...
M. Derraji :
Mais, s'il vous plaît, M. le Président, il n'a pas le droit. M. le Président,
il n'a pas le droit.
M. Dubé :
M. le Président...
Le Président (M.
Provençal)
: S'il
vous plaît!
M. Derraji :
Il n'a pas le droit de m'interrompre. Il n'a pas le droit de m'interrompre.
M. Dubé :
Je voulais juste vous demander conseil pour essayer de bien comprendre si ce
genre de question là peut être posée. C'est incroyable!
M. Derraji :
Il n'a pas le droit de m'interrompre. Il n'a pas le droit de m'interrompre. Il
n'a pas le droit de m'interrompre...
Président (M. Provençal)
: M. le ministre,
je m'excuse, c'est un échange entre le député de Nelligan...
M. Dubé :
Je posais une question...
Le Président (M. Provençal)
: ...oui, et le Dr Boileau, et j'ai fixé... On avait arrêté votre temps
pour ne pas...
M. Derraji :
...c'est difficile. Il n'a qu'à écouter les réponses du Dr Boileau. Dr
Boileau, c'est très important, ce que vous êtes en train de dire. Je vous ai demandé...
Il y a quelqu'un qui a déclaré : Même si on l'attrape, la COVID, ça donne
un rhume, à peu près. Vous êtes d'accord. Vous m'avez même dit que c'est
responsable comme déclaration. Cette déclaration vient du premier ministre du
Québec. Ça vient du premier ministre du Québec.
Le Président (M.
Provençal)
: M. le ministre. M. le
ministre...
Derraji : Donc, ce que je
vous dis, vous... M. le Président, je vous laisse gérer, parce que je n'ai pas
intervenu.
Le Président (M. Provençal)
: Non, M. le ministre... M. le ministre, je suis obligé de vous demander
de vous taire...
Le Président (M.
Provençal)
: M. le ministre...
Le Président (M. Provençal)
: M. le ministre, je m'excuse...
Le Président (M.
Provençal)
: M. le ministre, s'il vous
plaît...
Le Président (M.
Provençal)
: S'il vous plaît! Je vais
suspendre la rencontre, s'il vous plaît.
(Suspension de la séance à
12 h 05)
Le Président (M.
Provençal)
: Alors, nous reprenons nos
travaux. Je veux spécifier qu'en aucun temps un ministre n'a le droit
d'interrompre un parlementaire de l'opposition, lorsque ce dernier est en train
de discuter et de faire un échange avec les
gens qui sont présents. Alors, il sera souhaitable que ça ne se reproduise
plus. M. le ministre, vous avez bien saisi mon message?
M. Dubé :
...M. le Président, merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Merci. Je vous demanderais votre collaboration, M. le ministre. Alors,
M. le député de Nelligan, là, on recommence avec le temps qui vous est
donné.
M. Derraji :
Merci, M. le Président, de rappeler les bonnes façons de faire dans notre
commission.
Boileau, je vous ai posé une question très simple, je vous ai partagé une
déclaration : «Même si on l'attrape, la COVID, ça donne un rhume, à peu près.» Vous avez dit que c'est la
vérité, ça donne un rhume, pour plusieurs personnes.
Ma question est très
simple. Si c'est un rhume que ça donne à une bonne majorité, si c'est... grâce
à la vaccination, on arrive à contrôler,
pourquoi vous nous demandez des mesures exceptionnelles, aujourd'hui, pour
continuer l'état d'urgence jusqu'au 31 décembre 2022?
M. Boileau
(Luc) : C'est bon?
Le Président (M.
Provençal)
Oui,
allez-y.
M. Boileau (Luc) : Si je vous
demande ça, c'est parce que, justement, on souhaiterait que, pour la grande majorité des gens, sinon on espérerait pour la
totalité, ça ne soit qu'un rhume. Mais malheureusement, pour certains,
ce n'est pas que ça. Alors, la réalité, c'est ça, c'est
que, pour plusieurs, et il y a des milliers de personnes, il y en a... Écoutez,
les données de CIRANO nous montrent que la semaine passée, on était entre
30 000 et 40 000 personnes par jour qui s'infectent et qui ont
la COVID. Donc, si tout le monde se retrouvait dans les hôpitaux, au bout de
deux jours, on serait finis, là.
Alors, il faut justement s'assurer que, pour la
majorité d'entre ces personnes, ça puisse se traduire comme un rhume, un rhume
ou une petite grippe. Il y en a qui... ça va souffrir plus que ça, et certains
vont se retrouver dans le contexte hospitalier, et d'autres pires que ça.
Alors, les mesures transitoires sont là, justement, pour nous assurer qu'on
puisse tenir cette route-là de santé publique pour protéger les gens et de leur
permettre d'avoir accès à la vaccination, accès au dépistage, accès, comme
système, à l'information pour pouvoir agir rapidement. Ça ne pourrait être
autrement.
M. Derraji : Mais, Dr Boileau, je
veux vraiment vous suivre. Vous êtes quelqu'un responsable, vous êtes à la tête
de la Santé publique, mais vous savez très bien le poids des mots. Je ne vous
apprends rien. Vous êtes docteur et vous comprendrez très, très bien le choix
des mots. Je viens de vous poser une question très simple. Même si on
l'attrape, ça donne un rhume, à peu près. Donc, pour une bonne majorité, c'est
difficile de leur... accepter les mesures d'un état d'urgence. C'est ça que je
vous dis. C'est que, si c'est un rhume, et vous le dites très bien qu'une bonne
majorité ne vont pas avoir les complications nécessaires... D'ailleurs, il y a
les médicaments et même, pour les gens hospitalisés, il y a un autre
médicament. Je vous dis que, sur la place publique, le message que c'est un
rhume, quand j'essaie de voir d'autres côtés, des pouvoirs que le gouvernement
cherche, bien, c'est des mesures exceptionnelles. C'est un état d'urgence.
C'est là où j'essaie de comprendre c'est quoi, la logique derrière.
Le Président (M. Provençal)
: Dr Boileau.
M. Boileau (Luc) : Écoutez, si... à
moins que j'aie manqué quelque chose, mais il me semble que le projet de loi,
c'est pour lever l'état d'urgence, ce n'est pas pour le maintenir. Et...
M. Derraji : Oui, oui, le premier
article est levé, mais il y a cinq arrêtés que... je ne vous apprends rien. Le
ministre vient de vous poser des questions. Nommez-moi...
M. Boivin (Luc) : Mais regardez les
mesures qui sont...
M. Derraji : Oui, oui, juste... Il y
a cinq arrêtés. Il y a cinq arrêtés jusqu'au 31 décembre 2022, cinq
arrêtés. Vous avez vu, entendu la Fédération des infirmières, la semaine
dernière, vous avez entendu l'APTS. En après-midi, il y a des spécialistes en
droit qui vont le dire. Vous, vous venez de dire : Écoutez, pour la bonne
majorité, c'est un rhume, mais en parallèle... c'est un rhume, mais je veux
cinq arrêtés parce que, pour moi, la mesure transitoire, c'est important
jusqu'à la fin de l'année.
M. Boileau (Luc) : C'est bon? Je
peux répondre?
Le Président (M. Provençal)
: Oui, allez-y.
M. Boileau (Luc) : Regardez, je ne
sais pas comment le réexpliquer, là, mais je vais le dire comme ça : c'est
un projet qui, à mon sens, trouve sa racine, d'abord, sur le fait qu'on enlève
l'état d'urgence, puisqu'elle n'est plus nécessaire, pour aller de l'avant avec
des mesures populationnelles qui sont d'envergure. Nous ne sommes pas à l'abri
d'un nouveau virus qui pourrait se transformer ou d'un nouveau variant, mais,
pour l'instant, nous ne le voyons pas à l'horizon. Mais on n'est pas à l'abri.
On a vu l'Omicron arriver. Un.
Deux, dans le contexte du BA.2, même dans le
contexte d'Omicron, mais maintenant dans un contexte du BA.2, c'est encore plus
ça, nous avons besoin de pouvoir maintenir une efficacité des services de santé
publique et du système de soins pour maintenir la vaccination de la population,
son dépistage. Juste en ce moment, là, on donne la quatrième dose, pour un bon
nombre, et on pourra probablement être obligés de le continuer...
M. Derraji : Mais moi, je vous
comprends. Je vous comprends.
M. Boileau (Luc) : Bon, bien, si
vous comprenez, tant mieux, monsieur.
M. Derraji : Non, non, je vous
comprends. Si je reviens à la question de départ, le choix des mots est
important en santé publique, je ne vous apprends rien...
M. Boileau (Luc) : Bien, c'est pour
ça que je choisis mes mots, là.
M. Derraji : Oui, oui, mais vous
dites : un rhume...
M. Boileau (Luc) : Non, monsieur...
Le Président (M. Provençal)
: ...s'il vous plaît.
M. Boileau (Luc) :
Regardez, là, il y a une série de... Les gens, là, des fois, quand ils
s'expriment en quelques mots... Moi, quand je vois un patient, là... quand je
voyais, parce que je n'en vois pas en ce moment, là, à moins que... mais quand
je voyais un patient, là, ce n'est pas en deux secondes. On est obligé de leur
dire les mots. Puis d'ailleurs Boileau avait dit, il y a très longtemps :
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire viennent
aisément. Mais il faut encore les dire.
Alors, tout ça, ça fait en sorte qu'il y a des
nuances, des fois, qu'on ne peut pas entièrement faire. Mais il est très juste,
il est vrai que, pour la majorité des personnes, actuellement, sur la planète
et au Québec, quand elles sont vaccinées comme elles le sont, le BA.2 s'exprime
par une maladie moins sévère, et tant mieux.
M. Derraji : Excellent. Vivre avec
le virus... Je vous ai entendu parler des mesures : masques, réduire les contacts, chaque personne doit faire ce qu'il a à
faire. Je ne vous ai pas entendu parler de la qualité d'air. Est-ce que
c'est... vivre avec le virus équivalant ne
pas parler de la qualité d'air que ce gouvernement ne veut pas régler jusqu'à
maintenant?
M. Boileau (Luc) : Spécifiquement au
coronavirus ou...
M. Derraji : Je parle du
coronavirus, oui. Oui, le coronavirus, absolument, oui.
M. Boileau (Luc) : Parce que les
enjeux de qualité d'air touchent plusieurs dimensions, et, si on parle du
coronavirus, la situation au Québec, elle n'est pas en péril, pour la question
de la qualité de l'air. Il y a beaucoup d'efforts... D'abord, il y a beaucoup
de mesures qui ont été prises de ce côté-là, si on parle des environnements
intérieurs, évidemment, là.
M. Derraji : Les milieux clos.
M. Boileau (Luc) : Les milieux clos,
c'est ça.
M. Derraji : Donc, vous ne partagez
pas... (panne de son) ...sur la qualité de l'air sur les milieux clos, la
Scientifique en chef, le rapport qu'elle a fait, qu'elle a envoyé à toutes les
provinces pour agir sur la qualité de l'air dans les milieux clos, y compris
les écoles?
M. Boileau
(Luc) : Mais c'est ce qu'on fait. Alors, je partage
certainement le fait qu'il faut tenir compte de ça parce que c'est une variable qui est importante, mais
c'est ce qui est fait. Alors, s'il n'y avait rien qui était fait, je serais
inquiet, mais ce n'est pas ça. C'est ce qui
est fait. Et on nous demande souvent notre concours pour pouvoir analyser les
situations et encourager, justement, la validation de plusieurs situations qui
peuvent apparaître à risque, mais c'est ce qui est fait.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup pour cette réponse. Nous allons maintenant
passer à la suite des échanges avec le député de Rosemont.
M. Marissal : J'ai combien de temps,
M. le...
Le Président (M. Provençal)
: 2 min 37 s.
M. Marissal : O.K., merci. Bonjour,
Dr Boileau. Je ne m'éterniserai pas, là, dans les salutations. Moi, j'ai un
petit malaise ici, là, je dois vous le dire en toute honnêteté, là. Il me
semble qu'on est en plein mélange des genres. D'habitude, ici, on entend des
témoins. Au bout de la table, il y a des témoins. Là, vous agissez, me
semble-t-il, en promoteur de ce projet de loi là. Quel a été votre rôle dans la
rédaction du projet de loi n° 28?
M. Boileau (Luc) : Est-ce que je
peux répondre?
M. Marissal : Bien sûr, rapidement.
M. Boileau (Luc) : Mon rôle, ça a
été celui de dire : Si nous enlevons les leviers que nous avons à notre
disposition, nous prenons des risques. Et j'ai essayé de calibrer les risques
par rapport à cela et de dire : Si nous n'avons pas ces mesures-là, nous
ne serons pas capables de tenir la route, en toute vraisemblance, pour assurer
une sécurité quant à la protection de la population, devant le coronavirus.
C'est spécifique au coronavirus.
C'est ce que j'ai dit, c'est ce que j'ai
manifesté quand les gens ont dit : On est prêts à lever les mesures
sanitaires. J'ai regardé les conséquences de ça et j'ai avisé, dans les
échanges qui nous ont été permis d'avoir, qu'il nous faut maintenir les
éléments que vous avez sur la table.
M. Marissal : Mais, comprenez-moi
bien, ce n'est pas que c'est désagréable de vous voir, au contraire, là. Moi,
je suis de ceux, parfois, qui demandent votre présence en commission
parlementaire pour parler de votre travail puis parler de la pandémie, mais pas
pour parler d'un projet de loi. Les gens qui défendent le projet de loi sont de
l'autre côté, là, puis c'est correct, c'est leur job. Puis, quand le ministre
ou les ministres ont besoin, ils amènent des fonctionnaires puis des juristes.
moi, je suis devant un mélange des genres, parce que vous, vous défendez...
Quand mon collègue de Nelligan vous a demandé : Pourquoi vous
demandez ça?, vous avez répondu : Je demande ça parce que... Vous n'êtes
pas dans l'explication scientifique d'une
situation pandémique, là, vous défendez bec et ongles un projet de loi. Vous ne
vous sentez pas un peu instrumentalisé par le politique ou, à moins que
ce soit le contraire, vous poussez le politique?
M. Boileau (Luc) : Est-ce que je
peux répondre?
M. Marissal : Oui, je vous en prie.
M. Boileau (Luc) : Je ne me sens pas
instrumentalisé. Je me sens assez libre et indépendant, vous le savez, vous
m'avez souvent entendu dire cela. Mais je vais juste remettre ça sur la table
comme il faut, avec la clarté que vous exigez puis qui est tout à fait
légitime.
Moi, je comprends que le levier qui est à ma
disposition, comme directeur national de santé publique, s'apparente à ce qu'on
va retrouver dans le projet de loi. Ce qui m'importe, et vous avez raison
là-dessus, ce qui m'importe, c'est que nous puissions maintenir ces
activités-là. Et, s'il y a moyen de les maintenir différemment, tant mieux,
mais je n'en vois aucun. Puis je connais assez... ça fait 40 ans, là, que
je suis dans le système de santé et de services sociaux, j'ai eu l'occasion de
regarder ça sous différents angles, et la manière pour maintenir la
mobilisation requise, en ce moment, trouvez-la, mais moi, je la vois comme
essentielle dans cela. Et ça, on a une inquiétude, dans le domaine de la santé
publique, si on devait se... perdre ces moyens-là, nous serions vraiment mal
pris.
Le Président (M. Provençal)
: Nous allons maintenant céder la parole au député des
Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Merci beaucoup, M. le
Président. Moi aussi, j'ai peu de temps, je vais aller droit au but. Merci
d'être là, M. Boileau.
J'aimerais savoir, c'est la question que
plusieurs se posent, qu'est-ce qui distingue le Québec des autres juridictions
pour nécessiter le maintien de plusieurs décrets et de règles, alors
qu'ailleurs on semble pouvoir faire face et vivre avec le virus sans ces
instruments extraordinaires que vous demandez et que le gouvernement demande.
M. Boileau (Luc) : Je pense que
je n'ai pas... pour être franc, je n'ai pas fait le tour des autres
juridictions sur ces aspects-là. Je regarde ce que nous, nous avons besoin dans
notre propre contexte, avec les leviers et les caractéristiques de notre
système de santé, et de services sociaux, et de santé publique, et cette
analyse-là fait en sorte qu'on réclame le maintien de ces gestes-là au
quotidien, de dépistage et de vaccination.
M. Arseneau : Et ça, c'est
nécessaire pour maintenant, c'est nécessaire jusqu'en décembre? Qu'est-ce qui
vous donne à penser que ce ne sera pas nécessaire en janvier 2023?
M. Boileau (Luc) : Parce que
sur la table, en même temps, dans la progression de la gestion de ce
système-là, on a confiance que des éléments de redimension de ces capacités de
dépistage et de vaccination vont pouvoir avoir lieu. Donc, c'est une période de
transition, c'est une période qu'on a besoin, de quelques... plusieurs mois
encore pour pouvoir s'assurer de faire cela. Et on est pas mal en route pour
faire en sorte que ça fonctionne bien d'ici la fin du mois de décembre, d'une
part. Mais d'autre part, c'est que, pour cette période-ci, il y a tout de même
des risques encore. Vous voyez la sixième vague, je ne veux pas annoncer une
septième, là, mais on a des appréhensions sur...
M. Arseneau : Bien, justement,
parce qu'on ne peut pas annoncer une septième, mais qu'on devine qu'il pourrait
y en avoir une sous toutes sortes de formes ou que le virus va encore muter, ça
semble assez évident, pourquoi décembre? Parce que ces pouvoirs-là, vous ne les
aurez pas davantage, une fois que la loi s'éteint.
M. Boileau (Luc) : Non, mais
moi, ce n'est pas les pouvoirs comme les moyens. C'est les moyens de vacciner,
les moyens de dépister...
M. Arseneau : D'accord.
Dépister... J'ai une dernière question. Pourquoi on ne rétablit pas le
dépistage PCR, alors que les tests rapides dépistent tardivement? C'est prouvé,
le BA.2 déjoue les tests antigéniques. Pourquoi on ne rétablit pas ça à grande
échelle?
M. Boileau (Luc) : C'est une
question qui est très bonne, que nous nous posons régulièrement et que...
M. Arseneau : Est-ce que c'est
une question financière?
M. Arseneau : Est-ce que c'est
une question d'accès aux petits tubes ou aux réactifs?
M. Boileau
(Luc) : Non, non, c'est vraiment une question de... Je vais répondre à
votre question. Les tests PCR sont d'une grande utilité, bien sûr. On est
capables de suivre des groupes et des populations pour faire en sorte que nous puissions agir avec rapidité. On ajoute un groupe,
qui sont les personnes qui ont besoin de Paxlovid.Oon le rajoute, là, c'est
fait. Alors, ce sont des tests qu'on ne devrait pas multiplier. L'utilité d'un
test rapide qui se présente différemment, vous avez raison, là, ce n'est pas la
même sensibilité...
M. Arseneau :
Mais les gens, actuellement, se promènent alors qu'ils sont testés...
Le Président
(M. Provençal)
: Merci... Je m'excuse, M. le député...
M. Arseneau :
...négatifs qui sont porteurs.
Le Président
(M. Provençal)
: Je
dois céder la parole à la députée d'Iberville.
Mme Samson :
Merci, M. le Président. Bonjour, Dr Boileau. Dr Boileau, êtes-vous d'accord
avec moi que ni les Québécois, ni les Suédois, ni les Chinois, aucun peuple sur
la Terre n'est à l'abri d'un nouveau virus, que ce soit le coronavirus, le sida
ou une autre bibitte qui pourrait se jeter sur nous parce que quelqu'un, dans
le monde, a fait quelque chose de pas correct? Donc, il n'y a personne qui est
à l'abri d'une nouvelle pandémie?
M. Boileau
(Luc) : Oui.
Mme Samson :
Celle-là, on l'a connue, c'est la seule qu'en tout cas, moi, j'espère que
j'aurai connue de mon vivant. Mais il pourrait y en avoir d'autres de d'autres
types, de d'autres genres?
M. Boileau
(Luc) : Oui. Mais mettons qu'on est capables de voir ça arriver, là.
Le coronavirus, on ne pouvait pas le voir immédiatement arriver, lorsqu'il est
arrivé, mais avec la connaissance qu'on a, on est capables de faire suivre...
de suivre ça très, très bien.
Mme Samson :
O.K. Et êtes-vous d'accord avec moi, si je dis que... et c'est le rôle d'un
gouvernement responsable de s'assurer qu'en tout risque de pandémie ses
infrastructures puis ses installations sont habilitées à réagir rapidement et
convenablement? Ça, c'est la job d'un gouvernement, puis d'un ministère de la
Santé, puis des officiers de la Santé, puis des docteurs?
M. Boileau
(Luc) : Je pense que c'est ce qu'on comprend puis c'est ce qu'on fait.
Mme Samson :
O.K. Moi, j'aimerais qu'on m'explique qu'est-ce qui empêche le gouvernement
actuel de se préparer à une pandémie qui pourrait... ou un virus qui pourrait
nous tomber dessus le 6 janvier prochain, si ce projet de loi là n'est pas
adopté? Je ne vois pas qu'est-ce qui empêche un gouvernement responsable de se
doter des infrastructures, de négocier avec les corps de... les syndicats pour
s'assurer d'avoir toute la flexibilité, dans l'éventualité
où il devait... Parce que le gouvernement pourrait toujours déclarer un nouvel
état d'urgence sanitaire. C'est dans ses options. Alors, je ne vois pas
qu'est-ce que ce projet de loi là, s'il n'est pas adopté... Puis je pense qu'il
ne devrait pas être adopté, à
part le premier article, dans mon livre à moi. Ça
n'a pas de bon sens. Qu'est-ce qui l'empêche de se préparer à une autre
pandémie en janvier ou en février prochain? Je ne vois le pas qu'est-ce qui
l'empêche.
Le Président
(M. Provençal)
: Vous
avez 10 secondes pour répondre.
M. Boileau
(Luc) : Bien, c'est parce qu'il y a deux choses. Il y a une
nouvelle... il y a des mesures exceptionnelles qui pourraient être prises si on
avait quelque chose de complètement dramatique qui se passait. Puis la deuxième, c'est que, si on arrête tout ça en ce
moment, on va aller vers des risques énormes puis on va tuer du monde.
Ça fait que, donc, il
faut quand même être réalistes, là, il faut... Moi, je pense que... Là, je veux
bien, là, mais, si on n'est pas capables de maintenir une immunité dans la
population et de vacciner nos gens, là, c'est une affaire qui va nous rendre
exceptionnels sur la planète, puis pas à peu près.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup de vos réponses, Dr Boileau.
Alors,
nous allons suspendre les travaux pour faire place au prochain groupe. Merci
beaucoup de votre collaboration puis de votre contribution.
(Suspension de la séance à
12 h 25)
Le Président
(M. Provençal)
: Nous
poursuivons maintenant avec un nouveau groupe. Je souhaite la bienvenue à Mme Julie Labbé,
présidente-directrice générale du CIUSSS du Saguenay—Lac-Saint-Jean; M. Guy Thibodeau, président-directeur général, CIUSSS de la
Capitale-Nationale; et M. Jean-François Fortin Verreault, président-directeur
général du CIUSSS de l'Île-de-Montréal. Je vous informe que vous disposez de
10 minutes, et, par la suite, nous aurons nos échanges. Je vous cède la
parole.
Mme Labbé (Julie) : Alors,
bonjour, M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les députés. Donc, vous
m'avez présentée, Julie Labbé, P.D.G. du CIUSSS—Saguenay—Lac-Saint-Jean, accompagnée
de mes collègues, M. Thibodeau et M. Fortin Verreault.
D'abord, je
tiens à vous remercier, au nom de tous mes collègues du réseau de la santé et
des services sociaux, de nous offrir
cette opportunité aujourd'hui. Vous savez, depuis mars 2020, nos vies à tous
ont été chamboulées. Comme vous le savez, notre réseau subissait déjà
une forte pression qui n'a pu que s'accentuer durant ces deux dernières années.
Un contexte d'une ampleur jamais vue
commandait sans aucun doute des mesures exceptionnelles, des moyens
inhabituels. Cela s'est avéré être un défi logistique majeur avec des impacts
humains sans précédent.
Nous sommes ici aujourd'hui afin de vous
partager comment cela s'est traduit sur le terrain, entre nos murs, ce que nous
avons véritablement vécu ces dernières années, alors que nous devions soutenir
nos équipes qui étaient au front, au front
pour notre population, pour nos personnes vulnérables, pour nos tout-petits,
dans l'espoir de pouvoir retrouver une
forme d'équilibre social pour notre santé mentale, parce que l'homme est
grégaire, parce qu'il a besoin de sa communauté, particulièrement en
période de crise.
Les différentes mesures exceptionnelles mises en
oeuvre dans le cadre de l'état d'urgence, les deux dernières années, ont permis
à notre réseau d'intégrer plus d'agilité et d'utiliser des leviers de gestion
importants afin de protéger notre population et de maintenir un certain niveau
de soins et de services à la population québécoise.
Bien évidemment, nous sommes conscients de la
nécessité à ce qu'on apprenne à vivre avec le virus au cours des années à venir. Cette volonté nous commande
d'apprendre à nous gouverner sans mécanismes de gestion exceptionnels,
et je tiens d'entrée de jeu à vous rassurer, nous sommes déjà, depuis plusieurs
mois, dans une dynamique de transition vers nos opérations courantes.
Dans le contexte de l'urgence sanitaire, c'est
l'ensemble de nos façons de faire qui ont dû être revues dans de très courts
laps de temps. L'une des grandes richesses du réseau de la santé et des
services sociaux est son capital humain, porté par des gens passionnés qui se
sont montrés extrêmement engagés et résilients dans cette lutte. En mon nom et
en celui de mes collègues, je profite de l'occasion pour réitérer toute ma
reconnaissance à l'égard du personnel de toutes catégories confondues de la
santé et des services sociaux, des médecins, des gestionnaires, des
partenaires.
Dès la première vague et de façon de plus en
plus soutenue par la suite, nos équipes ont également été déployées dans les
résidences privées pour aînés, des ressources intermédiaires, afin d'assurer la
sécurité des aînés. Elles ont agi comme agents de prévention, aides de
services. Elles ont également soutenu le personnel soignant sur place lors du rehaussement des mesures de prévention et de
contrôle des infections et ont dispensé de la formation aux proches
aidants.
Le réseau de la santé des services sociaux était
fragilisé, la pression était bien réelle avant la pandémie, mais elle s'est
accentuée. 754, c'est le chiffre que nous vous invitons à retenir. 754,
aujourd'hui, c'est le nombre exact de jours que nos équipes cumulent depuis le
début de la pandémie, et malheureusement ce n'est pas terminé, et ça ne le sera
pas tant et aussi longtemps que nous devrons prendre en charge des vagues d'une
certaine ampleur et les besoins d'une population vieillissante qui a des
besoins de soins et de services.
La disponibilité de la main-d'oeuvre est un
enjeu incontournable. Dans certaines régions, comme la mienne, la problématique
est d'ailleurs amplifiée par le vieillissement accéléré de sa population, qui
est en avance de 10 ans par rapport à l'ensemble de la province. Nous nous
devons de répondre aux besoins populationnels en contexte de pandémie et de déployer
les actions nécessaires afin que les services essentiels soient maintenus pour
notre population.
Les leviers rendus accessibles par les arrêtés
ministériels ont contribué, que ce soit par le réaménagement dans
l'organisation du travail, par différents incitatifs au volontariat, par
l'arrivée massive de renforts exerçant d'autres professions, à continuer de
protéger et desservir la population en matière de soins de santé. Les primes et
les incitatifs financiers ont effectivement
favorisé le volontariat, qui permet d'absorber une demande amplifiée par la
pandémie, mais ce qu'il faut surtout retenir, c'est que ces incitatifs
représentent un gage de reconnaissance envers leurs efforts soutenus.
En ce qui a trait à Je contribue, la plateforme
Je contribue s'est avérée un atout précieux dès les premiers jours. Nous avons
été aux premières loges pour témoigner de l'esprit de coopération et la
solidarité de notre population qui s'est levée pour soutenir les équipes
offrant et protéger notre communauté.
En plus de cette mobilisation historique, les
processus d'embauche ont été allégés en les rendant davantage flexibles,
rapides et ouverts concernant les différents champs d'expertise. Aussi, les
décrets, en regard des actes réservés à certaines professions, ont évidemment
contribué à ce que nous puissions revoir la manière d'orchestrer les soins et
services et miser sur le plein potentiel de chaque individu.
Il ne faut surtout pas passer sous silence un
retour colossal d'employés retraités du réseau, qui ont repris les armes pour se joindre à cette force collective.
Leur savoir-être, leur expérience et leur grand dévouement ont fait une
différence notable. L'impact de l'arrivée de tous ces renforts est
significatif, et il faut maintenant s'assurer de le rendre pérenne. Nous avons
déjà commencé en revoyant et en intégrant de nouvelles façons de faire.
La société
québécoise, pour lutter collectivement contre la COVID-19, s'est engagée dès le
début dans l'importante campagne de dépistage menée depuis maintenant
deux années. Elle s'est également mobilisée massivement dans la campagne de vaccination, second outil
indispensable dans la lutte que nous poursuivons ensemble contre la COVID-19.
La rapidité de mobilisation de personnel ainsi
que de l'ensemble des ressources matérielles nous a permis de mener de front ces deux campagnes auprès du plus
grand nombre en très peu de temps et à travers le déploiement de grands
sites tels que le Stade olympique, à Montréal, ou des sites en proximité, comme
il y a au Saguenay—Lac-Saint-Jean.
Les activités de vaccination sont ici une preuve de
l'agilité dont ont fait preuve nos organisations. Pensons au Vaccin-O-Bus qui a
circulé dans les quartiers, villes et événements de la Capitale-Nationale. Les
décrets ont également permis la mobilisation de plusieurs types d'emploi afin
de pouvoir protéger nos populations. Le décloisonnement de certains actes a
permis de lancer un appel à la collaboration envers d'autres professionnels de
santé de différents horizons, qui ont rapidement levé leurs mains pour venir en
renfort. Le déploiement de nos services au plus proche de l'ensemble de la
population a été au coeur de nos activités de dépistage et de vaccination.
Offrir un service en santé et services sociaux à l'ensemble des Québécoises et
des Québécois, le principe même d'un réseau véritable au service des gens.
La télésanté facilitée dans le cadre de l'état
d'urgence est un exemple de l'agilité et de la créativité dont les équipes de
nos établissements ont fait preuve au cours des dernières années. Les soins
virtuels ont démontré leur complémentarité aux services réguliers ainsi que des
bénéfices importants à la population qui, de par leur condition ou éloignement,
pouvait difficilement se déplacer dans nos installations. Il s'agit d'une
avancée notable dont les avantages sont
réellement significatifs pour la population. Annoncé dans le plan santé, le
déploiement plus large de la télémédecine sera un élément important pour
les prochaines années. Les mesures transitoires prévues dans le projet de loi n° 28 permettront donc de poursuivre encore le
développement de la télémédecine tout en intégrant et consolidant dans nos
différentes trajectoires régulières déjà en place.
Enfin, en ce qui concerne les dispositions
légales entourant la gestion et l'attribution des contrats, il s'agit d'un
autre exemple d'arrêté que nous avons appliqué avec grande vigilance afin
d'assurer une saine transition pour une sortie de ces circonstances
exceptionnelles. Les contrats octroyés de gré à gré qui perdurent à ce jour
correspondent principalement aux baux de location pour l'entreposage et les
sites de vaccination. Nous voyons présentement à stabiliser, à régulariser ces
ententes. À l'heure actuelle, au vu d'une certaine instabilité qui continue de
se projeter, il pourrait être périlleux et plus coûteux pour la population de
mettre un terme à ces contrats dans l'immédiat. Il est nécessaire de maintenir
des mesures temporaires pour permettre une transition harmonieuse. Le projet de
loi n° 28 préparé prévoit le maintien de certaines
mesures pour nous assurer de l'agilité logistique essentielle à la transition
vers la reprise des activités régulières et l'intégration progressive des
activités spécifiques à la COVID à travers nos opérations courantes. Cette intégration
doit se faire de manière graduelle, transitoire, au fur et à mesure de la
diminution d'intensité des différentes vagues.
En conclusion, les leviers que nous a donnés le
gouvernement étaient des mesures temporaires pour répondre aux besoins criants
de la crise. Nous sommes conscients que ces exceptions doivent, dès que
possible, faire place à une gestion opérationnelle régulière. C'est d'ailleurs
ce que nous avons commencé à faire. Nous avons certainement aussi hâte que vous
de reprendre nos opérations courantes, de cesser le délestage, de reprendre nos
efforts afin de développer et d'améliorer l'accessibilité de nos soins et de
nos services. C'est d'ailleurs notre rôle à
titre de P.D.G. d'un établissement
de santé et de services sociaux.
Ce projet de loi nous offre de précieux moyens
d'agir de manière responsable et prudente, pour la santé des Québécoises et des
Québécois. Malheureusement, le virus est encore présent. Bien que l'avenir
semble encourageant, nous ne savons pas encore parfaitement à quoi nous devrons
faire face cet automne et au cours des mois à venir.
Malgré les réussites
vécues, les troupes sont essoufflées, et la bataille n'est pas terminée. Notre
réseau, tout comme les personnes qui les composent, est résilient et fort, mais
il est ébranlé. En sachant que ces mesures nous ont malgré tout aidés à sauver des vies humaines, la question ne
se pose pas. Nous ne pouvons qu'être reconnaissants d'avoir pu compter
sur des leviers de gestion supplémentaires pour affronter cette crise sanitaire.
Rappelons que l'objectif premier de ces mesures est de protéger notre
population. Aussi, M. le Président, nous vous remercions encore de cette
invitation, et nous serons prêts à recevoir les questions.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, Mme Labbé.
Écoutez, vous avez lu votre présentation, les députés de l'opposition
apprécieraient pouvoir recevoir ce texte-là pour pouvoir mieux participer à
l'échange. Alors, est-ce que ce serait possible de le faire parvenir
immédiatement au secrétariat de la commission, s'il vous plaît?
Mme Labbé (Julie) : Avec
plaisir.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Ceci étant dit, je
vais céder maintenant la parole à M. le ministre pour votre échange.
M. Dubé : Très bien. Merci beaucoup,
M. le Président. J'aimerais premièrement, Mme Labbé, vous remercier pour
votre intervention, mais j'aimerais aussi prendre juste une minute pour vous
remercier, vous, ce que vous représentez avec vos deux autres collègues. Vous,
vous êtes de la région du Saguenay; M. Thibodeau, de la Capitale-Nationale;
et M. Fortin Verreault, du CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal. Je pense
que vous représentez très bien trois régions du Québec qui ont eu à travailler
avec la COVID au cours des dernières années. Puis j'en profite pour vous
remercier au nom des Québécois, parce que, souvent, les Québécois voyaient des
points de presse du premier ministre,
voyaient des... ce qui se lisait dans les journaux, mais les gens qui
travaillent sur le terrain, c'est vos équipes, c'est vous, pendant deux ans, et vous l'avez bien dit,
puis je pense que c'est important qu'on ait ce forum-là aujourd'hui pour
en profiter pour vous remercier, vous et vos
équipes qui travaillez souvent dans l'ombre. Alors, j'en profite pour vous
dire un grand merci pour tout ce que vous
avez fait puis pas toujours dans des conditions faciles. Alors, je voulais vous
le mentionner.
Deuxièmement, vous avez parlé de l'importance
des contrats, parce que c'est un des cinq arrêtés qui va rester dans le projet
de loi. Et on s'était fait demander, la semaine dernière, entre autres par les
députés de l'opposition, mais aussi par, entre autres, le Barreau, de donner
plus d'information sur les contrats. Et j'en profite, parce que vu que j'ai le droit de parole présentement, peut-être pour faire deux
précisions, M. le Président, puis après ça, on pourra... Les gens vont mieux
comprendre, je pense, la question de la transition du temps des contrats dont
on parlait ou dont Mme Labbé parlait dans sa présentation.
Il y a eu effectivement, là... le chiffre qu'il
faut retenir, c'est pour à peu près 5 milliards de contrats de gré à gré
au cours des deux dernières années, là, à peu près 4 milliards jusqu'à
l'exercice 2021, et, jusqu'à l'exercice 2022, c'est à peu près
5 milliards. De ces 5 milliards de contrats là, qui sont pour les
EPI, des équipements de protection, des... il reste seulement pour 37 millions
de contrats qui vont devoir être renouvelés pour la vaccination et le dépistage
jusqu'au 31 décembre 2022, donc 37 millions de contrats sur
5 milliards. Il va rester 75 millions de contrats, encore une fois,
sur 5 milliards pour la question d'entreposage qui est pour cinq ans.
Alors, ce que vient de dire Mme Labbé, je
veux juste le mettre en contexte, là, donc 5 milliards de contrats qui ont
été négociés durant deux ans. Et ce que le projet de loi demande, c'est de
garder pour 37 millions de contrats pour le dépistage et la vaccination
jusqu'au 31 décembre et pour 75 millions de contrats pour
l'entreposage. En termes simples, là, si on
prenait 5 000 $ de contrats, on dirait : C'est 37 $ qui
restent pour la vaccination puis 75 $ pour l'entreposage sur cinq
ans. Ce qui veut dire qu'il y a eu environ 4 000 contrats et il en
resterait 265 qui sont renouvelés, justement, pour être efficace, un peu ce que
Mme Labbé vient de dire.
Puis ça, je pense que c'est important de le
mentionner, parce que c'est un point qui a été soulevé souvent par
l'opposition. On s'est engagé, puis je me suis engagé, la semaine dernière,
lors des premiers événements, la première commission, de dire, M. le
Président : On ira plus loin que ce qui est demandé par le rapport. Le
rapport ne demande pas toute cette
information-là. Alors, je trouvais important, au moment où c'est soulevé par
les P.D.G., de pouvoir donner cette information-là, qui sera disponible
lorsqu'on aura le...
Maintenant, j'aimerais, Mme Labbé ou peut-être...
de vous, puis ça peut être au niveau de la Capitale-Nationale, parce que je
sais qu'il y a beaucoup de contrats qui étaient faits par le CHUQ à Québec,
d'expliquer aux gens pourquoi c'était important de fonctionner de gré à gré.
Puis je ne sais pas lequel de vous trois peut peut-être répondre à cette
question-là, mais cette agilité-là, au moment... Puis là je pense, entre
autres, à l'achat de ce qu'on appelle des EPI, là, des équipements de
protection individuelle. Comment, pour vous, c'était important d'avoir cette
flexibilité-là lorsqu'on était en plein milieu de la crise? J'aimerais ça que
vous preniez quelques minutes pour nous expliquer ça, mais surtout de
l'expliquer aux Québécois. Et après, bien, on expliquera pourquoi qu'on veut
prolonger quelques-uns de ces contrats-là pour une période déterminée. Je ne
sais pas qui veut répondre, oui.
Mme Labbé (Julie) : Je pourrais
peut-être me lancer, M. le ministre. Alors, pour la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean,
là, pour la première vague, évidemment, là, on a eu à porter des contrats gré à
gré très rapidement pour répondre aux besoins, donc surtout concernant les
équipements de protection individuelle. Pour la région, au total, c'est environ
une soixantaine de contrats qui ont été donnés, de l'ordre de 27 millions.
Évidemment, après la première vague, pour notre
région, nous nous sommes assurés d'avoir une gestion très rigoureuse. Donc,
même si nous avions la possibilité d'être gré à gré, la façon dont on a
fonctionné pour les vagues subséquentes, c'est que nous nous sommes assurés
d'appeler cinq, six fournisseurs ou, du moins, les fournisseurs concernés par
nos besoins, pour leur permettre de venir soumissionner. Donc, on s'est assurés
de façon rigoureuse de le faire, et ce, à chacune des vagues.
Là où on a demandé aussi de la flexibilité par
rapport au gré à gré, c'est pour nos baux de vaccination. Nous avons sept sites
de vaccination fixes pour répondre aux besoins de l'ensemble de la population
sur un très vaste territoire. Donc, c'est important de garder ces baux encore
actifs, qui représentent, puis c'est les derniers, un 500 000 $ pour
notre région. Et on doit le poursuivre, en ce sens qu'on ne sait pas quelle va
être la situation épidémiologique pour les prochains mois à venir. On nous demande
de se préparer à une vaccination massive pour l'automne, et ce sera évidemment
à suivre. Donc, c'est comme ça qu'on a fonctionné pour notre région.
M. Dubé : Parce que je vais manquer
de temps, puis je veux profiter du temps que j'ai avec vous, est-ce que c'est
sensiblement la même réponse pour Montréal et Québec, en termes de proportion?
M. Fortin Verreault (Jean-François) : Je
peux y aller. Oui, effectivement, nous, c'est le même type, là. Et évidemment
le plus gros contrat a été fait avec le Stade olympique pour la vaccination, où
il y a eu plus de 1 million de doses qui ont été données. On a aussi été
dans une logique de prix de marché.
Je vais vous donner un exemple. Les agents de
sécurité, les préposés à l'hygiène salubrité, en main-d'oeuvre indépendante, c'était sur la base des tarifs normés
prévus aux appels d'offres là, là, du Centre
d'acquisitions gouvernementales. Donc, est-ce que les Québécois en ont
eu pour leur argent puis est-ce qu'on a été soucieux, là, d'utiliser ça de
façon parcimonieuse? La réponse, c'est oui. On n'avait pas l'occasion de le
faire dans un appel d'offres standard, parce que le besoin de main-d'oeuvre
était extrêmement rapide, là. On l'a vu lors de la dernière vague, la rapidité
fulgurante dans laquelle on a dû se réorganiser, là.
M. Dubé : Peut-être,
M. Thibodeau.
M. Thibodeau (Guy) : Oui, c'est la
même chose pour nous, M. le ministre, là. Dans le fond, à chaque fois qu'on pouvait faire un contrat de façon régulière,
on le faisait. Il faut voir qu'un appel d'offres régulier, c'est
minimalement huit semaines de publication, tout ça. Donc, c'est beaucoup
de délais avec la capacité puis la rapidité avec laquelle on devait
réagir, donc... Mais nous, on a respecté tous les paramètres aussi, demandé
plusieurs soumissionnaires, quand même utilisé, là, le levier qu'on avait de
façon diligente. Actuellement, là, c'est 17 % de nos contrats, nous, qui
ont été donnés en mode gré à gré sur l'ensemble, là, des contrats de
l'établissement, là. Et il y en aura quelques-uns qui... évidemment, tout ce
qui est vaccination, dépistage et entreposage.
M. Dubé : Merci, M. Thibodeau.
Une des... Puis je vais vous poser la question à vous trois, là, vous déciderez
qui peut répondre. Une des mesures
transitoires qu'on trouve importantes, c'est d'être capable de prolonger la
contribution de ceux qui sont par Je contribue. Qu'est-ce qui arrive, demain
matin, si on lève l'urgence sanitaire puis on n'a pas cette mesure transitoire
là? Qu'est-ce qui arrive dans vos trois régions?
M. Thibodeau (Guy) : Je peux vous
répondre, si vous le souhaitez, M. le ministre et M. le Président, bien, nous,
Je contribue, dans la Capitale-Nationale, depuis le début, c'est plus de
6 500 personnes qui sont venues nous aider aux activités de vaccination,
aux activités de dépistage et aux enquêtes de santé publique, là. Donc, ça a
permis évidemment au personnel régulier de l'organisation de faire le maintien
de services. Il y a eu quand même beaucoup d'enjeux, mais c'est très clair
qu'en termes de capacité de réaction on a besoin d'avoir accès encore
temporairement à cette main-d'oeuvre-là pour être capable de réagir rapidement
selon l'évolution de la situation, là.
M. Dubé : Mais, M. Thibodeau, là, je
veux juste être clair, quand je vous dis : Qu'est-ce qui arrive, demain
matin, si on lève les mesures d'urgence puis qu'on n'a pas les mesures
transitoires de Je contribue, est-ce que ces 6 000 personnes-là
peuvent continuer à travailler pour vous?
M. Thibodeau (Guy) : Non, on ne sera
plus capables d'avoir accès à ces personnes-là qui sont hyperutiles pour le
réseau. Donc, inévitablement, on va devoir faire des choix très difficiles au
niveau de l'offre de service régulière et les soins spécifiques à la pandémie,
là. Donc, non, si on enlève le levier, on n'aura plus accès à ces personnes-là
qui contribuent, le terme est bon, et c'est clair qu'on ne pourra pas faire
face aux demandes, là, en lien avec l'urgence sanitaire,
là, qui ne sera plus une urgence sanitaire, mais en lien avec les demandes,
quand même, d'évolution de la pandémie.
M. Dubé : Puis peut-être, juste
rapidement, Mme Labbé ou M. Fortin Verreault, le nombre de personnes
qui sont par Je contribue dans vos deux régions, s'il vous plaît.
Mme Labbé (Julie) : Oui. Pour nous,
c'est 1 500 personnes, là, qui... desquelles on serait privé d'avoir
de leur contribution pour nos centres de dépistage et pour la vaccination.
M. Fortin Verreault (Jean-François) : De
notre côté, là, on parle de 1 800 personnes au total, là.
M. Dubé : ...pour votre région,
d'abord. Maintenant, on a vu... puis tout à l'heure, le Dr Boileau, je ne sais
pas si vous avez eu la chance de l'entendre durant sa... lorsqu'il était là, a
parlé de l'importance d'avoir l'urgence sanitaire qui pouvait être entre les
vagues, parce qu'on le sait, on est rendus à notre sixième vague, là. Ce que
j'ai... mais ce que j'aimerais bien comprendre : Comment, pour vous,
c'était important d'avoir les mesures d'urgence entre les vagues pour être capables,
justement, de bien fonctionner? Est-ce que je pourrais vous entendre là-dessus
sur... une des personnes, ou si vous voulez commenter là-dessus? Parce que le
Dr Boileau a été très clair, on n'aurait pas pu enlever les mesures à chaque fois. Est-ce que c'est une question de Je
contribue? Je voudrais vous entendre là-dessus, s'il vous plaît.
M. Fortin Verreault
(Jean-François) : Bien, je peux me lancer. Le premier élément, le
virus est toujours avec nous, hein? Ça fait qu'au quotidien, là, je vais
prendre des exemples très concrets dans les centres hospitaliers, à l'Institut
universitaire de santé mentale, on doit quand même, même quand on n'est pas
dans une vague, avoir des zones dédiées avec des gens qui sont en isolement.
Puis je vais faire un clin d'oeil aux aides de service qui sont là, qui
s'occupent, par exemple, des registres pour les patients, pour être sûr qu'on
soit conformes en lien avec les procédures de prévention et contrôle des
infections. Donc, même si on n'est pas dans une vague, les patients ont ces
besoins-là. Donc, c'est vraiment un appui pour faire face à la charge
supplémentaire que la COVID entraîne. Puis je pourrais le donner aussi... cette réalité-là est vraie en
dépistage, elle est vraie en vaccination, elle est vraie au niveau communautaire
aussi en première ligne dans la communauté. Même quand on n'est pas dans une
vague, on fait des activités de promotion pour la vaccination, par exemple.
Donc, c'est tous des éléments qui aident, là, à faire face au virus.
M. Dubé : Comme je n'ai pas
beaucoup de temps, est-ce que vous désirez commenter? Peut-être, les autres
régions, ou c'est sensiblement la même... Oui.
Mme Labbé (Julie) : C'est
simplement la même chose.
M. Dubé : M. Thibodeau, la
même chose à Québec?
M. Thibodeau
(Guy) : Oui, mais je dirais, pour ajouter à ce que mon collègue dit,
on était toujours sur tension, alors il fallait toujours demeurer prêts à être
en mesure de réagir rapidement. Puis je pense que c'est important de préciser
que ces leviers-là ou tout ce qui venait avec l'urgence sanitaire, on ne
l'utilisait pas dans nos opérations régulières. C'était
vraiment pour gérer les activités pandémie, et, je vous dirais, il fallait
qu'on soit prêts à tout moment à intervenir rapidement, d'où l'importance que
ces mesures-là soient en place.
M. Dubé :
Très bien. Un des arrêtés, parce qu'il y en a seulement cinq, un porte sur
les ressources humaines. Dites-moi comment ça aurait été possible d'avoir
l'aide extérieure que vous avez, ou même l'aide intérieure, si on n'avait pas
eu les primes qui ont été mises en place.
M. Fortin
Verreault (Jean-François) : Bien, je peux répondre, là, au début,
donner l'exemple, là, très concret, là, nous, pour la cinquième vague, on a été
frappé très fortement, là, on a dépassé le niveau 5 d'hospitalisation, là,
qui était prévu au plan national. C'est 9 000 quarts de travail
supplémentaires qu'on a été capables d'aller chercher chez les employés
cliniques grâce aux primes. Donc, concrètement, ce que ça a évité, ça a évité
d'utiliser les mesures de l'arrêté, puis forcer des gens à travailler ou forcer
des déplacements. On n'a presque pas utilisé, là, les mesures contraignantes.
On a été capables de le faire en mode volontaire. Ça fait que ça fait un milieu
de travail qui est beaucoup plus sain, puis les gens acceptent de donner plus
de temps.
M. Dubé :
D'éviter d'utiliser le fameux 007, parce que vous aviez mis des primes
supplémentaires pour être capables d'attirer des gens à rester plus longtemps
au travail. C'est bien ce que je comprends, là?
M. Fortin
Verreault (Jean-François) : Exactement.
M. Dubé :
Puis est-ce que, Mme Labbé, M. Fortin... M. Thibodeau, même
chose dans vos deux régions?
Mme Labbé
(Julie) : Bien, c'est identique, puis j'ajouterais aussi la... de nos
retraités qui sont venus aussi nous prêter main forte. Donc, les primes ont
aidé à amener une force de travail supplémentaire pour passer à travers chaque
vague, à travers la crise.
M. Thibodeau
(Guy) : C'est la même chose de notre côté, M. le ministre.
M. Dubé :
Maintenant, on a entendu des chiffres astronomiques sur les entrepôts que
ça prenait pour être capable de garder les contrats quand on a mis en place. Ça
veut dire quoi, à Québec, en termes d'entreposage, M. Thibodeau? Parce que
je pense qu'il ne me reste pas beaucoup de temps.
Le Président
(M. Provençal)
: 30 secondes.
M. Dubé :
Il nous reste 30 secondes. Êtes-vous capable de nous donner un ordre
de grandeur pour que les gens comprennent bien pourquoi c'est important de
garder accès à ça?
M. Thibodeau
(Guy) : Bien, nous, dans le fond, c'est deux entrepôts qu'on veut
maintenir. Ça représente tout près de 1 million de dollars, mais il faut
voir que, dans nos entrepôts, on a tous les EPI pour le CIUSSS, mais c'est nous qui répond à tous les besoins de la région
aussi. Donc, il faut qu'on soit capable de répondre aux RPA, aux
organismes du milieu, et je ne suis pas dans une position où je peux me
permettre de faire des commandes et attendre que le matériel arrive, là. Donc,
nous, oui, on a, entre autres, un entrepôt qui est assez grand, mais qui nous
sécurise beaucoup parce qu'on est capables de réagir puis de soutenir la région
instantanément.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup.
M. Dubé :
Puis encore une fois, merci, pour votre travail des deux dernières années,
à vous puis à vos collègues qui vous regardent aujourd'hui. Merci.
Le Président
(M. Provençal)
: La
parole est maintenant au député de Nelligan.
M. Derraji :
Merci, M. le Président. Merci pour votre présentation. Malheureusement, je
n'ai pas eu le temps de la lire. Je n'ai pas de question, M. le Président.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci.
M. le député de Rosemont.
Le Président
(M. Provençal)
: M. le député...
M. Arseneau :
Pas de question.
Le Président (M.
Provençal)
: Pas de question? Mme la
députée d'Iberville.
Mme Samson : Je
n'ai pas de question, M. le Président, puis je vais vous dire pourquoi. J'ai vu
beaucoup, dans ma vie, de productions audiovisuelles, là, puis c'est la
première fois que je vois une vidéo corporative live et sans aucun effet
spécial.
Le Président (M. Provençal)
: Merci, Mme la députée. Alors, merci à
vous trois pour votre présentation, et nous vous souhaitons une bonne fin de
journée.
Alors, la commission va suspendre ses travaux.
Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 54)
Le Président (M. Provençal)
: Bonjour à tous. Bienvenue à la Commission
de la santé et des services sociaux.
La commission est réunie afin de poursuivre les
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi
n° 28, Loi visant à mettre fin à l'état d'urgence sanitaire.
Cet après-midi, nous entendrons les personnes et
groupes suivants : le Pr Patrick Taillon, le Pr Louis-Philippe
Lampron, Me Martine Valois et la Ligue des droits et libertés.
Je souhaite maintenant la bienvenue au
Pr Patrick Taillon. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé. Par la suite, nous procéderons aux échanges. Alors, je vous
invite à vous présenter et je vous cède immédiatement la parole. Merci.
M. Taillon (Patrick) : Bonjour, M.
le Président, et merci aux membres de la commission pour cette invitation.
Sortir de l'état d'urgence, c'est compliqué,
c'est surtout névralgique et, si c'est mal fait, ça peut, à long terme,
produire des effets pervers plus graves que ceux associés à sa simple
prolongation. Les options ne sont pas illimitées. Grosso modo, à peu près deux
ou trois scénarios possibles.
Le premier, c'est le scénario d'une sortie
rapide de l'état d'urgence, qui peut conduire à un scénario de va-et-vient. Des
périodes courtes et récurrentes d'état d'urgence deviennent, en quelque sorte,
un état d'alerte. Pour bien des raisons, cette voie était difficile à pratiquer
au Québec. Je crois que, si ça n'avait été que du virus et des restrictions qui
visaient la population, cela aurait été la bonne voie à appliquer. Mais l'état
d'urgence au Québec est associé aussi à une crise organisationnelle, une crise
de notre capacité de soins, et c'est ce qui explique, à bien des égards, le
fait qu'on a été obligés de prolonger aussi longtemps, probablement trop
longtemps, cet état d'urgence.
Et donc, au point où nous en sommes, après plus
de deux ans, pratiquer le va-et-vient, pratiquer le sortir de l'état d'urgence
coûte que coûte, pour y retourner peut-être à la fin de l'été, à l'automne ou
en décembre, bien, ça pourrait — c'est une opinion bien personnelle, mais
une conviction profonde — être
perçu et vécu comme un échec, comme une incapacité de notre État de prévoir,
d'anticiper, une incapacité qui pourrait miner notre cohésion sociale.
Deuxième façon de sortir de l'état d'urgence,
c'est la plus fréquente, c'est la plus logique et c'est aussi la plus
périlleuse, elle consiste à pérenniser, mais partiellement, certains aspects de
l'état d'urgence. C'est le scénario auquel je m'attendais avec le projet de loi
n° 28. Il faut alors faire l'inventaire du bon et du mauvais et incorporer
le bon ou ce qui est nécessaire dans, vous me pardonnerez le cliché, la
nouvelle normalité. Donc, il faut inscrire dans le droit normalement
applicable, ce qu'on appelle le droit commun, les innovations positives ou
restrictives dont on a besoin pour la suite des choses.
Le projet de loi n° 28 emprunte un autre
chemin. C'est tout à l'honneur du gouvernement qui tente ici de pratiquer une
sortie progressive mais complète, irréversible, de l'état d'urgence. Néanmoins,
ce que l'on ne pérennise pas avec le projet de loi n° 28, on le fait... on
le pérennise ailleurs ou on va le pérenniser plus tard : des bonnes pratiques
comme la télémédecine, le décloisonnement
des actes réservés des professionnels, l'enseignement à distance, des
primes salariales. Toutes sortes de mesures
comme celles-là vont, d'une manière ou d'une autre, devoir trouver un chemin
dans la normalité, dans le droit commun, mais ce n'est pas via le projet de loi
n° 28 que ces mesures vont le trouver.
Donc, cette pérennisation partielle et
collective, elle peut se faire plus tard, lorsqu'on aura plus d'informations.
Elle peut se faire ailleurs, dans d'autres projets de loi. Certains ont déjà
été débattus, voire adoptés, mais il ne faut pas oublier que l'exercice
d'inventaire est, tôt ou tard, nécessaire.
Et donc, à mes yeux, le projet de loi n° 28
est une bonne solution à court terme. Il comporte un immense avantage sur le
plan procédural. Il fait en sorte que le gouvernement va, dès son adoption,
cesser d'adopter de nouveaux décrets. Il va
soigner, si je peux dire, sa dépendance à ce moyen très efficace, surtout en
temps de crise, qu'est la gouvernance par décret.
Sur le fond, il ne faut pas avoir des attentes
démesurées à l'endroit du projet de loi n° 28, puisque les changements les
plus importants ont déjà eu lieu avant son adoption, soit un déconfinement
significatif. Et le projet de loi opère un gel, un cran d'arrêt pour cinq
arrêtés qui perdurent et pour un certain nombre de contrats.
Ma critique
ici, elle porte surtout sur la vision à long terme associée au projet de loi
n° 28. Le projet de loi n° 28, si ça tourne mal, s'il y a une
autre vague, s'il y a un nouveau variant qui serait moins bien adapté à notre
dispositif de vaccination actuel, bien, si on accepte de prévoir le pire, et
c'est ça aussi, le travail des élus, si on accepte de prévoir le pire, le
projet de loi n° 28 pourrait nous plonger dans ce scénario du va-et-vient,
du recul, du retour à la case départ, où il faudrait
alors redéclarer un nouvel état d'urgence pour réadopter des mesures que l'on
souhaite... avec lesquelles on souhaite tourner la page.
Sinon, l'autre solution, si jamais il fallait
prévoir le pire, serait d'accepter que d'autres rendez-vous législatifs seront
inévitables. Deux types de rendez-vous législatifs sont à venir. Le premier
rendez-vous probable, à moins que le virus disparaisse et que le système de
santé, sa capacité de soins s'accroît de manière significative, bien, les
débats que le projet de loi n° 28 repousse à plus tard, cette Assemblée
risque d'avoir besoin de les conduire cet automne.
L'exemple le plus manifeste, à mes yeux, c'est
l'exemple du masque dans les transports publics. Là, il fait partie, si je
comprends bien, des mesures visées par le gel des cinq arrêtés, donc pour la
période transitoire, très bien. Mais en décembre, si on a besoin du masque dans
les transports publics, bien, il est fort probable que les solutions, ce sera
soit de retourner à l'état d'urgence, ce que je ne souhaite pas, ou soit de
saisir cette Assemblée d'un projet de loi pour prévoir une capacité
gouvernementale, une délégation de pouvoirs vers le gouvernement, une capacité
d'imposer ce masque dans les transports publics lorsque les circonstances se
présentent.
Donc, ce rendez-vous législatif, il est fort
probable. Mais, si vous me permettez un autre scénario encore plus
hypothétique, imaginons qu'il y ait une vague très forte durant la prochaine
élection. Cette législature sera alors dissoute, et il sera impossible de saisir
l'Assemblée d'un tel projet de loi durant la prochaine élection. Il n'y aura
alors que la voie du retour en arrière par la déclaration d'urgence, ce qui,
dans un contexte de débat hautement polarisé, comme on le rencontre dans une
élection, sera certainement une voie difficile à pratiquer.
Donc, premier rendez-vous possible, les mesures
qu'il faudra peut-être un jour pérenniser. On risque d'avoir à en débattre à
l'automne prochain.
L'autre rendez-vous, ce deuxième type de
rendez-vous, il est inévitable et souhaitable, c'est la grande réforme à long
terme, la réécriture des règles qui encadrent l'exercice du pouvoir d'urgence
au Québec. Quel est le rôle du Parlement durant l'exercice de ce pouvoir
d'urgence? Il est temps de faire un bilan de l'expérience qu'on a vécue dans
les dernières années et d'en tirer les conséquences qui s'imposent.
Trois suggestions. Il y en a plus dans le court
écrit que je vous ai soumis, mais ce sont les trois points qui me tiennent le
plus à coeur pour cette réforme inévitable à venir. J'y vais rapidement, M. le
Président.
Premièrement, il faut que cette réforme soit
plus large que l'urgence sanitaire. La prochaine crise pourrait être une crise
de sécurité civile, elle pourrait être une crise environnementale. Donc, il
faut réformer l'ensemble du pouvoir d'urgence
dont dispose le Québec. Il faut le faire aussi dans une dynamique d'affirmation
de l'autonomie constitutionnelle du Québec. Il y a trop de gens au
Canada qui prétendent que le pouvoir d'urgence, avant cette crise, c'était
l'exclusivité du pouvoir fédéral. La présente crise a démontré le contraire, et
c'est important d'affirmer cette autonomie-là.
Deuxième changement qui me semble le plus
important, si on devait ne faire qu'un seul changement au rôle du Parlement en
temps de crise, c'est l'article 122 et le pouvoir de désaveu parlementaire
qu'il faudrait faire. Ce pouvoir est extrêmement important, puisqu'il permet à
tout moment aux parlementaires de contrôler et de désavouer l'exercice du
pouvoir d'urgence. Malheureusement, en ce moment, tel qu'il est rédigé, ce
pouvoir est assez flexible, mais très rigide sur le fait que le désaveu, c'est
tout ou rien. Il faut désavouer tous les décrets, la déclaration d'urgence d'un
seul coup. Le simple fait de revoir l'article 122 pour permettre aux
parlementaires de choisir une norme, un décret, un problème durant l'état
d'urgence transformerait profondément la capacité de cette Chambre d'exercer un
contrôle, un suivi et éventuellement un désaveu chirurgical de certaines
mesures d'urgence.
Enfin, troisièmement, et je conclus là-dessus,
il y a des changements qu'il ne faut pas faire et il y en a un qui me semble
évident : il ne faut pas créer d'obstacle au déclenchement de l'état
d'urgence. On ne peut pas prévoir les crises.
Il faut que, face à l'imprévisible... il doit rester possible et relativement
facile de déclencher l'état d'urgence. Mais, une fois qu'on préserve cette efficacité, cette simplicité dans le
déclenchement de l'état d'urgence, toutes les mesures, et il y en a quand même plusieurs dans l'écrit que je
vous ai soumis, qui permettent d'augmenter le rôle de contrôle,
d'enquête, de délibération de l'Assemblée nationale et de ses commissions
durant un état d'urgence, sont des mesures souhaitables tant qu'elles n'ont pas
d'effet paralysant ou qu'elles ne minent pas l'efficacité de l'action
gouvernementale. Et, à mon humble avis,
là-dessus, on peut s'inspirer de plusieurs mécanismes, dont celui de la loi
fédérale sur les mesures d'urgence, pour justement sculpter un plus
grand rôle pour le Parlement sans que ça se joue au détriment de l'efficacité
nécessaire de l'action gouvernementale en temps de crise.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, M. Taillon, pour votre exposé. Nous
allons immédiatement débuter cette période d'échange avec M. le ministre pour
une période de 15 min 15 s. Mais, avant toute chose, j'aimerais
avoir le consentement pour que la députée de Sherbrooke puisse remplacer, pour
cet échange-là, le député de Rosemont. Consentement?
M. Dubé : Consentement, oui, tout à
fait.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, M. le ministre, les 15 min 15 s
suivantes vous appartiennent.
M. Dubé : Très bien. Alors, je ne
sais pas si on dit Pr Taillon, mais premièrement, merci beaucoup de venir
nous accompagner dans cette analyse-là des mesures d'urgence.
Mais, d'abord et
avant tout, M. le Président, j'aimerais profiter de mon temps de parole pour
vous adresser un commentaire. J'aimerais, avant qu'on poursuive... puis je
reviendrai au Pr Taillon tout de suite après, ça va être rapide. Ce matin, j'ai entendu le député libéral de Nelligan qui a
parlé d'une déclaration du premier ministre qui dit que la COVID ressemble à un
rhume. Je tiens à mettre au clair quelque chose. Le député omet délibérément,
M. le Président, de mettre en contexte que
le premier ministre indiquait qu'il n'était pas envisagé de mettre de nouvelles
mesures en raison du haut taux de
vaccination au Québec, et que, comme le premier ministre était triplement
vacciné, et comme c'est le cas chez
bien des Québécois, son expérience a été celle d'un rhume. Je dirais, M. le
Président, qu'on doit tous être responsables, et c'est notre devoir. Je
demanderais au député de collaborer et non de désinformer. Merci, M. le
Président.
Le Président (M.
Provençal)
: Merci,
M. le ministre, mais, et ça, ça s'adresse à tout le monde, il va falloir faire
attention de ne jamais prêter d'intention, d'une part ou d'autre. Merci. Sur
ce, période d'échange.
M. Dubé : Merci
beaucoup. Alors, M. Taillon, j'ai beaucoup apprécié le travail que vous
avez fait. J'ai lu votre mémoire puis je pense que vous avez une rigueur plus
que professorale, je dirais, législative, qui est exemplaire. Puis merci de
prendre le temps de venir nous rencontrer pour nous éclairer sur la façon, pour
nous, de se sortir correctement des mesures d'urgence. Puis vous l'avez bien
expliqué, il y a plusieurs scénarios, mais une des choses qui me fascine...
puis ce matin... Je pense que l'équilibre que l'on doit garder puis je pense
que vous le soulevez bien... Ce matin, on a eu la chance d'entendre nos P.D.G.,
trois P.D.G. Je ne sais pas si... Avez-vous eu la chance d'écouter leur
présentation?
M. Taillon
(Patrick) : En partie, oui.
M. Dubé : En
partie. Malheureusement, les députés de l'opposition n'ont pas voulu leur poser
des questions, puis je pense que ce serait
instructif de bien comprendre le point de vue de ceux qui ont été sur le
terrain depuis deux ans, de ce qu'ils ont vécu. Alors, moi, je vais vous
la poser, la question. Vous me dites que vous les avez entendus sur plusieurs
sujets. Comment on fait pour garder cet équilibre-là?
Par exemple... puis
là je vous donne un exemple très, très concret. Moi, je leur ai posé la
question ce matin, j'ai dit : Écoutez, qu'est-ce qui arrive si on enlève,
demain matin, Je contribue? Peut-être que vous avez entendu cette
question-là. Puis je comprends très bien qu'on aimerait ça, mettre ces mesures
d'urgence là de côté, mais encore une fois,
aujourd'hui, on est encore dans une sixième vague. Puis vous avez entendu,
quand je leur ai posé la question, j'ai dit : Il vous manquerait combien de personnes, demain
matin, si on enlevait les mesures d'urgence et qu'on voulait continuer à
vacciner? Vous avez entendu les chiffres, 9 000, 6 000, 1 800,
dépendamment des régions.
Ce qu'on propose
aujourd'hui comme mesures transitoires temporaires, c'est exactement ça, mais
j'aimerais l'entendre d'un point... Là, on a entendu des gens de terrain. Ce
matin, j'aimerais ça l'entendre d'un point de vue de légiste. Parce qu'on essaie de trouver le bon compromis pour se sortir
de l'état d'urgence, mais, en même temps, puis comme l'a bien dit le Dr Boileau, de ne pas se
mettre dans le trouble, parce que notre rôle, en tant que gouvernement, c'est
d'agir pour protéger le public. Ça fait que vous connaissez bien la loi, je
voudrais vous entendre sur cet équilibre-là, s'il vous plaît.
M. Taillon
(Patrick) : Il pourrait y avoir une solution assez brutale, qui
consisterait à prendre le contenu des cinq arrêtés puis de les inscrire dans
une loi et, justement, pérenniser ce que, dans le projet de loi, n'est qu'une
solution temporaire. Mais même ce scénario très brutal pourrait poser des problèmes,
parce qu'il y a des mesures, notamment dans les relations de travail, qui se
justifient en temps de crise, si jamais elles étaient contestées devant les
tribunaux, qui, si on les inscrit de manière
pérenne dans une loi, poseraient problème. Donc, je comprends que, pour les
gens qui sont dans les opérations
vaccination, Je contribue, ils ont besoin de règles particulières pour
pouvoir poursuivre ces opérations-là.
Est-ce que ces règles
ont absolument besoin d'être prévues dans des arrêtés? Elles pourraient être
inscrites dans la loi, mais je pense que la solution qui consiste à identifier,
de façon précise et circonscrite, les arrêtés, puis je ne me prononce pas... je
n'ai pas assez une connaissance opérationnelle du terrain pour me prononcer sur
le choix de chacun de ces arrêtés-là, je présume qu'effectivement le volet
organisationnel de la crise de la COVID, la gestion de notre capacité de soins
nécessite des règles organisationnelles extraordinaires, et donc de les geler
temporairement dans un mécanisme qui est celui qui est proposé me semble une
solution raisonnable. Et je me positionne même comme plutôt sur le spectre des inquiets en soulevant dans mon mémoire la
question de qu'est-ce qui arrivera, si jamais il y avait une vague irrésistible et que, parmi les cinq
arrêtés, on découvrait qu'on en a oublié un sixième et un septième? Et
c'est là que porte peut-être ma critique du
projet de loi. Mais sur le fait que ces outils-là sont pertinents, moi, je n'en
doute pas.
M. Dubé :
O.K., très bien. Donc... parce que je veux bien comprendre votre
commentaire, puis je ne sais pas si ,au moment où vous avez fait votre mémoire,
si on avait déposé les amendements pour clarifier les amendements qui allaient
rester. Alors, je ne sais pas si c'était avant ou après, là.
M. Taillon
(Patrick) : Oui, oui, oui, j'ai vu les amendements.
M. Dubé :
O.K., vous avez vu les amendements. Alors donc, c'est là que je pense... je
vous demande, là, si vous trouvez que c'est le compromis correct, parce que les
amendements ne sont pas dans la loi, mais on y réfère clairement parce qu'on
dit que les cinq thèmes sont là, là : les ressources humaines, les achats,
les primes, etc. Il y a cinq thèmes. Donc, vous êtes à l'aise avec ça? Je veux
juste être certain. Vous trouvez que c'est la bonne façon de faire dans les
circonstances? Je veux juste...
M. Taillon (Patrick) : Bien, le
fait d'énoncer explicitement quels sont les cinq arrêtés ne change pas le
contenu du projet de loi puisqu'avant c'était implicite.
M. Taillon (Patrick) : Sauf que
c'était difficile de savoir exactement c'étaient lesquels. Même des juristes
habitués de lire les décrets, c'est assez unanime que leur lecture est assez
pénible parce qu'il faut comme remonter le courant, remonter la lecture d'un
décret qui en modifie un autre. D'ailleurs, dans mon mémoire, je propose qu'une
éventuelle réforme du pouvoir d'urgence devrait s'accompagner, là, d'une espèce
de codification administrative pour faciliter la lecture.
M. Dubé : Très
bien. Mais d'ailleurs, c'est en écoutant des commentaires comme le vôtre ou
comme le Barreau, au cours des dernières semaines... et, comme le disait
le député de Rosemont, on a écouté les députés aussi, et c'est pour ça qu'on a
décidé de mettre ces arrêtés-là comme amendements au début. Contrairement à
d'habitude, on n'a pas attendu de faire l'article par article, on l'a mis au
début de la commission. O.K., ça va pour ça.
Le deuxième point que j'aimerais soulever avec
vous, puis je pense qu'on aura sûrement la chance de vous reparler, moi, je
voudrais juste m'inscrire, là, clairement, devant les députés puis surtout les
Québécois qui nous écoutent, sur votre recommandation de modifier la Loi de la
santé publique. Et je voudrais juste être très clair, là, on est d'accord. On
est d'accord parce que... Puis d'ailleurs je dois vous dire, vous l'avez
sûrement lu de par votre rôle de ce que vous enseignez, la Commissaire à la
santé et au bien-être, Mme Castonguay, a été très claire, dans son rapport
du mois de janvier qu'elle a déposé, pour dire : La Loi de la santé
publique devrait être revue. Elle a été très, très claire pour être sûre, entre autres, là, qu'il y a une
séparation entre la santé publique... garder ça loin du politique. Vous avez
Alors, moi...
mais je veux bien, bien comprendre puis, encore une fois, j'ai bien lu ce que
vous avez dit. En même temps, on est tous conscients qu'en ce moment, ce
qu'il y a urgence de faire, c'est d'enlever l'urgence et d'avoir des mesures de transition, et que la révision, une
révision en profondeur de la
Loi sur la santé publique ne peut pas se faire
comme ça ici avec les autres sujets. Ça va prendre une réflexion beaucoup plus
grande pour aller chercher... Et c'est ça que j'aimerais vous expliquiez un peu
pour que les gens comprennent, entre l'exercice que nous faisons d'enlever les
mesures sanitaires, mais sans se mettre dans le trouble, donc de garder
quelques mesures de transition, puis de ce que vous suggérez, avec laquelle on
est d'accord, que ça prendrait une révision en profondeur de la Loi de la santé
publique.
M. Taillon (Patrick) : Oui, ça
prend une révision en profondeur, et elle ne peut pas se faire sur un coin de
table, il faut en parler avant, pendant et après l'élection pour justement
avoir le temps de faire un vrai bilan de ce qui s'est passé. Il faut éviter de
réécrire ces mécanismes d'urgence en ayant qu'en tête la crise qu'on vient de
vivre. Il ne faut pas que ce soit trop calqué sur cette unique crise parce que
la prochaine va porter sur complètement autre chose d'imprévisible. Et il y a
un contexte, une réalité qui est la suivante, c'est que cette Assemblée a
malheureusement fonctionné au ralenti depuis deux ans. Et donc sa dissolution
est imminente. Et donc le menu... il y a de la congestion législative, donc, il
faut faire des choix. Et je ne pense pas que, dans le peu de temps que laisse
le temps actuel de travaux parlementaires, c'est une réforme... Moi, ce que je
souhaite, c'est d'entendre les partis politiques s'engager dans la voie de
cette réforme-là puis, en même temps, prendre le temps de la faire lentement et
de façon... pour qu'elle ne soit pas le fruit d'une simple improvisation.
M. Dubé : Bien, je veux vous
rassurer, là, cet engagement-là, notre gouvernement l'a pris plusieurs fois. Je
le reprends aujourd'hui. Donc, pour être très clair, on l'a pris lorsqu'on a
déposé le plan santé, parce qu'on s'est engagé à faire des nôtres les recommandations de la Commissaire à la santé.
Donc, je veux juste vous dire que cet engagement-là de refaire en bonne
et due forme la
loi sur... de réviser la
Loi sur la santé publique, je peux
vous dire qu'on est d'accord, après avoir vécu ce qu'on a vécu.
Mais, en même
temps, quand vous parliez tout à l'heure de l'article 122, puis ça, je
pense, c'est important d'y revenir, parce que peut-être que, dans cette
loi-là, les Québécois puis même certains légistes ne connaissent pas tous les
tenants et aboutissants de ça, vous
dites : En même temps, comment on peut faire pour peut-être la modifier
sans nécessairement le faire au détriment de l'efficacité
gouvernementale? Ça, j'aimerais vous entendre, parce que c'est un peu ça...
pour ça que je faisais référence tout à l'heure à la conversation qu'on a eue
ce matin avec les P.D.G., comment trouver cet équilibre-là, en donnant à
l'opposition le droit de s'objecter à certaines choses, en trouvant
l'équilibre. Je ne sais pas si... j'aimerais ça qu'on en parle un peu, je ne sais
pas si on a le temps de le faire, là, mais...
M. Taillon (Patrick) : Si le
déclenchement de l'état d'urgence reste facile, fonctionnel, le gros morceau de
l'efficacité gouvernementale qui est préservé, et ensuite que l'Assemblée joue
un rôle plus actif de délibération, d'enquête, ça ne pose pas de problème. Il y
a peut-être juste un obstacle culturel, lorsqu'on compare le parlementarisme
québécois avec l'équivalent au fédéral, c'est que c'est vrai que, dans notre
tradition parlementaire à nous, dans les travaux de commission, les ministres
sont présents.
Donc, c'est
sûr qu'à Ottawa, par exemple, sur la
Loi sur les mesures d'urgence, on lance
des enquêtes parlementaires, des comités d'étude, etc., mais le ministre
est absent, donc l'efficacité gouvernementale est préservée par le fait que le
ministre est occupé à autre chose. Mais à la... sous réserve de cette
différence-là, l'inspiration qu'on peut puiser dans la
Loi sur les mesures
d'urgence du fédéral, là, c'est quand même... ils ont fait l'exercice, il y a
quelques années, après les abus qu'on a connus avec la crise d'Octobre. Il y a
quand même plusieurs mécanismes pour accroître le rôle des parlementaires qui
pourraient être très, très utiles au Québec.
Moi, j'insiste sur 122 parce que, du moment où
l'Assemblée peut venir désavouer non pas tout le dispositif, mais une mesure,
elle a le rapport de force ensuite pour jouer un rôle plus actif.
M. Dubé : Un
très bon point, puis je pense qu'il y aura peut-être un jour une réforme
parlementaire qui permettra ça, mais ça, c'est un autre débat, là, à savoir si
les ministres devraient toujours être là.
Un autre point que je trouve important de voir
avec vous, c'est le fameux rapport qui suit l'état d'urgence. Puis une autre chose que j'aimerais vous rassurer,
vous, en tant que professeur, on a pris l'engagement, comme gouvernement...
parce que la loi dit que ça doit être déposé 90 jours suivant la fin de
l'état d'urgence. Là, je ne sais pas quand est-ce qu'elle prendra fin, là,
parce qu'on doit voter le projet de loi. Mais, en même temps, je vous dirais
qu'on a pris l'engagement qu'on allait répondre à cet engagement-là qui est
dans la loi en ce moment, bien avant le 90 jours, pour être capable de
déposer notre rapport avant la fin de la session parlementaire. Alors, ça, je
veux le répéter parce que je ne me souviens pas si je l'ai dit ici, en
commission. Mais, quand vous dites : On prend un engagement lorsqu'on est
en commission, c'est presque aussi important que celui qu'on peut prendre par
écrit. Ça, c'est le premier point.
Et le deuxième point, M. Taillon, je l'ai
expliqué ce matin, lorsque j'ai parlé des fameux contrats, je ne sais pas si
vous l'avez entendu.
M. Taillon (Patrick) : Non.
M. Dubé : Mais on s'est engagé
à donner plus que ce qui est demandé par la loi en donnant non seulement les
contrats qui sont dans le SEAO, là, le système où ont été adjugés tous les
contrats, mais on s'est engagé à ce qu'ils soient plus faciles à analyser, les
contrats qui ont été donnés, par type de contrat, dans les dates qu'ils ont été
donnés. Puis j'ai donné même quelques statistiques ce matin, vous pourrez
l'écouter, là, du nombre de contrats qui représentent à peu près 2 % des
contrats qui vont être encore en application jusque soit au 31 décembre ou
pour les contrats qui se rapportent aux
entrepôts. Donc, c'est pour minimiser un peu, on a parlé de gros chiffres, là,
mais, du 5 milliards, il ne
reste même pas 100 millions de contrats sur les deux termes dont on parle.
Alors, je pense, ce sera important de le voir, puis on s'est engagé que ce soit
dans le rapport qu'on va déposer à la fin du processus. Je ne sais pas s'il me
reste du temps.
Le Président (M. Provençal)
: 10 secondes, M. le ministre.
M. Dubé : 10 secondes, bien,
pour vous remercier, Pr Taillon, parce que ça a été très éclairant d'avoir
cet équilibre-là dans votre présentation aujourd'hui. Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, M. le ministre. Nous allons poursuivre cet
échange avec le député de La Pinière pour les 10 min 10 s
suivantes. Alors, M. le député, je vous cède la parole.
M. Barrette : Merci, M. le
Président. M. le ministre... Je suis sûr que le ministre est heureux de me voir
aujourd'hui. J'en suis convaincu.
Me Taillon, j'ai lu votre mémoire, j'ai
écouté les échanges qui ont eu lieu ce matin. Et, de votre mémoire, je retiens
une chose qui est assez importante, vous considérez que si on avait à revenir à
imposer... réimposer des mesures d'urgence
telles... qui existent dans la loi, ce serait perçu comme étant un échec. Bon,
moi, je ne suis pas d'accord avec vous, là, parce qu'il y a un élément de temporalité là-dedans que ni vous, ni
moi, ni le ministre ne peut contrôler. Les grippes, là, ça arrive dans certaines saisons. Et, dans l'état
actuel du projet de loi dont on discute, il pourrait très bien, l'hiver
prochain, apparaître un variant z qui serait aussi meurtrier que le
premier. Alors donc, c'est circonstanciel, c'est temporel.
La raison pour laquelle je vous pose cette
question-là, c'est que... Quelle est la justification, selon vous, aujourd'hui,
d'avoir un projet de loi qui nous amène au 31 décembre? Ne trouvez-vous
pas cette date-là comme étant purement arbitraire?
M. Taillon (Patrick) : Je suis
d'accord avec vous que la perception d'un retour en arrière, s'il fallait
déclarer à nouveau l'état d'urgence, relève, là, d'une lecture bien
personnelle, mais, bon, c'est une conviction que je vous partage. Vous pouvez
évidemment... M. le Président, M. le député peut évidemment faire une tout
autre lecture, et je pense que les choses auraient pu en être autrement. Si on
avait fait du va-et-vient depuis le début, ce ne serait pas la même chose que
de le faire après deux ans.
Sur la date de décembre, bien, il me semble
évident que c'est une date qui est un peu... qui comporte le risque suivant,
c'est qu'habituellement c'est une date qui est associée à un recul de la
situation pandémique. Donc, c'est un peu étrange de terminer à cette date-là.
Elle a la sagesse, cette date-là, par contre, de, je dirais, tasser la... de
créer un gel des... que cette Assemblée va décider, durant la période
électorale, hein, elle installe une forme de paix électorale. Donc, il
fallait... il faut régler quelque chose avant l'élection, ça, ça me semble
impératif. On ne peut pas... au début de l'automne, le Parlement et... cette
Assemblée va mourir, elle ne pourra plus être convoquée, elle ne pourra plus se
réunir, donc c'est impossible, début de l'automne. Et donc décembre, novembre,
c'est à peu près les seules dates, court terme, qui me semblent possibles, mais
qui comportent le risque, là, de se retrouver dans une situation où on dit
qu'on va complètement tourner la page sur les outils temporaires dont on a
besoin, et donc on s'évite la réflexion sur les outils permanents qu'on aurait
besoin, les outils modérés, mais des outils néanmoins canalisés, encadrés.
Peut-être que cette discussion-là, elle sera nécessaire en novembre ou en
décembre.
M. Barrette :
Oui, bon, quand on regarde la biologie de la chose, là, la période
d'accalmie, elle est avant l'élection, et la prochaine crise, théoriquement,
biologiquement parlant, elle est après. Le virus, il se comporte comme ça,
essentiellement, il y a un passage d'un hémisphère à l'autre, il y a la
température, la saisonnalité, et ainsi de suite, là. On
aurait très bien pu arrêter ces mesures d'urgence là, très bien pu les arrêter
même au mois d'août. Ça n'aurait rien changé, parce que, s'il n'y avait... s'il
y a lieu de revenir à des mesures d'urgence, ça va être après l'élection.
Alors donc, moi, j'ai
de la difficulté à ne pas voir là un opportunisme, dans le sens temporel du
terme, je ne qualifie pas plus ça de ça, politique.
M. Taillon
(Patrick) : Oui, bien, si les choses étaient à refaire... Moi, j'ai
été surpris par la manière dont... l'habilité du projet de loi n° 28, avec
sa stratégie du cran d'arrêt et du gel, même si j'ai la crainte que je partage
devant vous. Mais c'est sûr que, si c'était à refaire, peut-être que cette
stratégie du projet de loi n° 28, d'identifier rigoureusement les outils
que l'on pourrait encore avoir de besoin et de dire : Bien, laissez-nous
que ces outils-là, et maintenant on va travailler comme avant pour les nouvelles
règles. C'est vrai que c'est une solution qui... moi, je ne l'avais pas vue
venir, mais qui... Elle aurait pu être implantée bien avant, mais je n'en ferai
pas le reproche puisque je n'en ai pas fait moi-même la suggestion à l'époque.
M. Barrette :
Mais, Me Taillon, moi, ce qui
m'intéresse, c'est que, pour vous, c'est vrai, ça aurait pu être fait
avant.
M. Taillon
(Patrick) : Ah! oui, oui, oui.
M. Barrette :
Là, je vais vous poser une question qui est vraiment, vraiment
intéressante, à mon sens, parce que vous l'approchez sous l'angle de : de
quoi allons-nous avoir besoin dans le futur? Puis vous avez raison, on peut
discuter sur la temporalité, on vient de le faire, mais ce dont on aura besoin
dans le futur, on peut aussi l'aborder sous l'angle : qu'est-ce qu'on
évite comme problème actuellement?
Quand vous regardez
les mesures qui sont là, là, ne trouvez-vous pas qu'on se paie un évitement de
problèmes? Et je vais m'expliquer, parce que je n'ai pas beaucoup de temps, ça
va être très clair. Écoutez, là, qu'on prolonge des baux pour des centres de
vaccination, permettez-moi l'expression, «big deal». Par contre, on s'évite
beaucoup, beaucoup de problèmes syndicaux, parce que, comme on a le décret pour
donner des primes qu'on prolonge... c'est correct, les bénéficiaires de primes,
c'est très bien, mais on sait, vous et moi, qu'il y a bien d'autres enjeux
d'ordre syndical là-dedans, et c'est normal.
Alors, revenons à la
temporalité. La période, entre guillemets, d'accalmie biologique, on va la
vivre, là. On va la vivre à partir, essentiellement, de la fin de la session
parlementaire. Alors, de prolonger, essentiellement, on se protège. Moi, je le
vois comme ça. Est-ce que vous avez quelque chose à m'objecter? Parce que,
quand vous regardez les cinq décrets, là, il
y en a au moins quatre sur cinq... trois, minimum, qui sont purement de portée
syndicale, en termes d'impacts, un qui est une espèce d'intermédiaire,
puis l'autre, bon, écoutez, les baux de centres de... tu sais, «big deal», là,
on s'entend, là-dessus, là, il n'y a pas le problème, là.
M. Taillon (Patrick) : Il ne faut pas minimiser
l'importance de l'aspect relations de travail, et c'est probablement le plus complexe parce que, quand je dis que la
sortie de crise implique une pérennisation partielle, pondérée et
encadrée, c'est peut-être un des aspects où le législateur a le moins de marge
de manoeuvre, en raison de la jurisprudence de la Cour suprême du Canada sur le
droit à la négociation collective. Alors, même lorsqu'on fait un cadeau ou une
prime aux travailleurs syndiqués, et encore plus lorsque ça a un caractère
exceptionnel, dérogatoire et restrictif, bien, ces mesures-là sont plus
difficiles et probablement même impossibles d'inscrire dans une nouvelle
normalité.
Et donc il est probablement
plus sage, si ces mesures sont indispensables, de les inscrire dans un état
temporaire et d'exception. C'est probablement une manière plus appropriée de
réussir à les défendre devant les tribunaux. Et, pour le moment, les tribunaux
ont... à l'exception, là, du décret sur le couvre-feu pour les personnes
sans-abri, ont validé toutes les mesures prises. Donc, on reste dans cette
logique qui vise à, probablement, se préserver d'une contestation qui viendrait
si elles étaient... si ces mesures étaient inscrites dans la durée... dans la
longue durée, là, normale.
M. Barrette :
Tout à fait, la longue durée, mais, pour ce qui est de la période en
question, la contestation prend du temps. Ça n'a pas d'effet, mais, dans les
faits, par opportunisme de calendrier, je dirais, là, on s'évite un problème.
Je le dis comme ça puis je pense que vous êtes peut-être en accord avec une
partie de ce que je disais.
Il me reste deux
minutes, Me Taillon, je veux aborder une affaire. Voulez-vous bien me dire...
alors là, ne me reprochez pas ma familiarité, voulez-vous bien me dire, là,
comment ça se fait qu'on n'est pas capable, là, là, dans ce projet de loi là,
là... amener des clauses de désaveu, là? Il existe... ça existe, vous le dites
dans votre mémoire, il y a un modèle au Canada, il est fédéral. Bon, je
comprends que le fédéral, c'est un péché mortel, là, pour certains — j'ai
dit «pour certains» — alors
il me semble que, dans ce projet de loi là, il aurait été possible d'introduire
ça, ça aurait été une espèce de baume au reste. Ça aurait été faisable, là, il
y a... Vous êtes un expert là-dedans, là, alors