Public Finance — 8 June 2020 (42nd Legislature, 1st Session)
CFP 2020-06-08
Quebec — Committees
<R>5369
Le Président (M. Simard) : À l'ordre, s'il
vous plaît! Je constate que nous avons quorum.
Comme vous le savez, la commission
est réunie afin de procéder aux consultations
particulières et aux auditions
publiques sur le projet de loi n° 61, Loi visant la
relance de l'économie du Québec et l'atténuation des conséquences de l'état d'urgence
sanitaire déclaré le 13 mars 2020 en raison de la pandémie de la COVID-19.
Mme la secrétaire,
bonjour. Y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le Président. Alors, M. Derraji (Nelligan)
est remplacé par Mme Thériault (Anjou—Louis-Riel).
Le Président (M. Simard) : Très bien. Alors, comme vous êtes des collègues
fort expérimentés, je ne vous apprendrai pas que nous allons débuter par des remarques préliminaires. M. le
ministre et président du Conseil du trésor, nous allons commencer par
vous.
M. Dubé :
Oui. Je veux juste vérifier, M. le Président, nos collègues des deux autres
oppositions...
Le Président
(M. Simard) : Ils sont en point de presse. Ils se joindront à
nous dans quelques minutes.
M. Dubé : Ah! ils sont en point de presse. O.K., parfait. Parfait, je ne voulais
juste pas manquer... et en profiter pour
vous saluer, tous les deux, les membres de l'opposition officielle. Je suis
content de pouvoir avoir cette occasion-là de retravailler avec vous encore une fois. On l'a fait récemment, dans le
projet de loi n° 37, et je suis convaincu que nous allons avoir beaucoup de plaisir, cette semaine, à
travailler ensemble. Alors, merci d'être là et de vous rendre disponibles pour
cet important projet de loi là.
Je prendrais quelques minutes pour les remarques
préliminaires. Pas besoin d'expliquer aux gens qui nous écoutent aujourd'hui que le ralentissement économique a des
impacts très importants. Même si les activités reprennent, je pense
qu'il est du devoir de l'État de faciliter
la reprise. Alors, ce projet de loi... où nous voulons agir sur plusieurs
fronts pour aider, soutenir, faciliter la relance, et ce, dans toutes
les régions du Québec.
On le sait, quand l'activité économique est bonne,
ça crée de la richesse et ça permet de soutenir les programmes sociaux, de soutenir les individus ainsi que les
entreprises. Par contre, en raison de la pause, le secteur public doit prendre
un peu plus de place pour que le secteur
privé puisse se remettre sur les rails. On veut le faire rapidement parce que
c'est une situation exceptionnelle, mais on ne le fait pas seuls.
Nous débutons les consultations aujourd'hui et,
encore une fois, travaillerons avec toutes les oppositions et avec les
groupes que nous rencontrerons. Ce projet de loi n'est pas une décision du
président du Conseil du trésor. C'est une proposition
à l'Assemblée nationale, et on le soumet, je l'ai dit plusieurs fois, elle est
perfectible. Ce sont des pouvoirs qui sont
importants, mais avec l'opposition, on va s'assurer de maintenir des
contrepoids qui sont solides, pertinents et efficaces.
On peut séparer le projet de loi en deux, à savoir
les mesures qui sont liées aux infrastructures et à leurs projets, mais d'autres mesures, dont je reparlerai un petit
peu plus tard, pour bien comprendre pourquoi nous les avons insérées
dans ce projet de loi là. Les mesures qui
sont liées aux infrastructures dont j'ai parlé, c'est des mesures qui vont nous
rendre plus agiles au niveau de
l'aménagement et de l'urbanisme, des mesures à l'acquisition de biens et aux
expropriations, des mesures liées à
l'occupation du domaine de l'État, c'est-à-dire des terres qui appartiennent au
gouvernement, et des études sur les impacts environnementaux.
Ces mesures
d'accélération, et ça, c'est très important, seront mises en place de
façon temporaire, soit pour deux ans, et ne
pourront en faire bénéficier un projet au-delà de cinq ans. Le projet de loi
permettra d'offrir davantage d'agilité,
comme je l'ai mentionné, et de rapidité d'exécution dans le processus. Il ne
permettra pas d'accélérer des étapes de cheminement de projets d'infrastructure qui sont déjà prévus lorsqu'on
doit le faire. Il s'agit de soutenir la relance et de toute une industrie. Je ne rentrerai pas dans le
détail aujourd'hui, mais on a bien expliqué qu'il y avait des projets qui
étaient en éducation, qui étaient en santé, en transport routier, en transport
collectif et dans d'autres projets.
J'ai dit tout à l'heure qu'il y avait d'autres
éléments dans le projet de loi. Je voudrais en nommer quatre qui sont à l'extérieur des projets d'infrastructure. Par
exemple, en justice, une prolongation de certains délais en matière pénale
pour éviter que des infractions demeurent
impunies en raison des délais provoqués par l'état d'urgence; au niveau des marchés
publics, offrir davantage d'agilité et de
rapidité d'exécution dans le processus d'acquisition des organismes publics
et du monde municipal
tout en préservant l'intégrité, on en
reparlera cette semaine; les restaurateurs, permettre notamment
aux entrepreneurs d'adopter de
nouvelles pratiques en matière de vente et de service d'alcool qui se sont
imposées dans le contexte de la
COVID-19; et particulièrement au
niveau des baux commerciaux, qui
visera à empêcher temporairement toute résiliation d'un bail commercial portant sur un bien immeuble
et toute éviction d'un occupant en raison d'un défaut de paiement.
Nous avons aussi des mesures de contrepoids, et je trouve
que c'est important de le rappeler. Avec le projet de loi n° 61, il n'est pas question de toucher aux
valeurs qui sont chères à la population québécoise ni de revenir en arrière. Au cours des dernières années, le Québec
s'est doté de balises, de règles, et nous entendons les protéger. Éthique, transparence,
rigueur, intégrité peuvent se conjuguer avec
rapidité et agilité. Quelques
articles de contrepoids... quelques éléments, pardon, et différents articles dans le projet de loi,
comme les rapports à l'Assemblée nationale, et la description de
l'allègement lorsqu'elle est appliquée...
L'AMP aura un rôle très important, et toute la question du registre des
entreprises admissibles ou non admissibles sera pleinement respectée.
En conclusion, en terminant, je pense sincèrement
que c'est un projet de loi qui est structurant, qui est bon pour les Québécois et les Québécoises, et j'espère qu'il
bénéficiera d'une bonne collaboration. Vous me connaissez, j'apprécie
les commentaires, je suis à l'écoute et
j'espère que nous saurons travailler de concert pour trouver les moyens et les solutions
appropriées. Les discussions que nous avons
eues la semaine dernière en briefing technique étaient déjà très constructives.
Nous avons déjà réussi ensemble. Je l'ai
mentionné dans d'autres projets de loi, je suis un homme prudent, mais
optimiste. Alors, merci, M. le Président, et nous pouvons commencer.
Le Président
(M. Simard) : Merci à vous, M. le ministre. Je cède maintenant la
parole au porte-parole de l'opposition officielle et député de La Pinière.
M. Barrette : Alors, merci, M. le Président. Alors, au plaisir
de vous revoir en personne. Pas que ça ne vous va pas bien, la télévision, mais en personne, c'est
mieux. Votre mère dirait la même chose. M. le Président du Conseil du trésor,
chers collègues, chers collègues des oppositions.
Alors, je suis accompagné, M. le Président, non
pas par hasard, de ma collègue la députée d'Anjou—Louis-Riel dans ce dossier pour des raisons particulières, puis je vais souligner
ces raisons-là. Ma collègue a été la première personne, dans le projet de loi n° 34, en 2011, à
amener des modifications à l'obtention de permis à la Régie du bâtiment du Québec
pour, justement, des raisons que l'on
connaît. Et elle a été la deuxième... une fois, en 2018, comme ministre de l'Habitation,
elle a mis en place les recommandations à la commission Charbonneau.
M. le Président, aujourd'hui, là, moi et ma
collègue, on est ici pour une raison simple. Nous ne sommes pas contre la finalité du projet de loi n° 61. On
comprend qu'il y a actuellement un enjeu économique. On comprend, M. le Président,
que le président du Conseil du trésor
veuille augmenter l'activité économique. Ce n'est pas un plan de relance
économique. Ça, c'est une autre chose, une relance économique. C'est un plan
d'activité économique.
Et pour le faire, M. le Président, on dépose un
projet de loi sans précédent. Le projet de loi n° 61, M. le Président,
amène des dispositions historiquement
exagérées. Jamais n'a-t-on vu un gouvernement proposer un
article qui sursoit
essentiellement à tout le corpus législatif.
Je parle de l'article 50. Jamais n'a-t-on vu un gouvernement arriver et
dire : Écoutez, ce que vous faisiez en
10 jours, maintenant, vous allez le faire en un jour — et je caricature — et ça va être aussi bon. C'est ça, l'approche de ce gouvernement-là,
M. le Président, l'approche de gouvernement-là qui est, sous le vocable
de l'agilité, de garder les noms des
procédures que nous avons en place en les raccourcissant ou en diminuant leur portée.
C'est ça dans les expropriations, c'est ça
dans le BAPE, c'est ça dans les contrats publics, c'est ça dans la justice, c'est
ça dans tous les points, M. le Président.
Jamais, jamais, jamais un projet de loi avec autant d'ampleur parlementaire n'a
été déposé par un gouvernement.
Alors, M. le Président, là, autant on comprend
l'importance de l'activité économique pour la société québécoise, autant nous sommes en accord avec le fait qu'on doive
la relancer, autant nous allons nous battre, M. le Président, pour que les abus qui sont dans ce projet
de loi là soient enlevés ou balisés.
Je peux vous garantir, M. le Président, qu'il y a
un paquet de monde qui va se présenter aujourd'hui — peut-être pas aujourd'hui, mais dans les consultations publiques — pour nous dire : Bravo, continuez.
D'ailleurs, le président du Conseil du
trésor nous l'a dit lui-même, dans un point de presse, qu'en quelque
part il
souhaiterait que ça continue. Il n'a pas dit qu'il allait le faire, mais il a exprimé son souhait. M. le Président,
l'agilité, là, l'agilité, c'est un vocable qui est un écran de fumée. À la fin, il y a une attaque à notre
parlementarisme, historique, du Québec. Nous allons, au Québec, soustraire,
si ce projet de loi là n'est pas modifié, à l'examen des parlementaires un
paquet de projets. Ce n'est pas normal.
Alors, M. le
Président, il ne me reste que 30 secondes, et je terminerai là-dessus, M.
le Président, là, vous me rappellerez à l'ordre, lorsque vous me verrez
filibuster. Je ne le ferai pas, mais je vais défendre, avec ma collègue d'Anjou—Louis-Riel, jusqu'au dernier souffle les
amendements qu'on va déposer, qui font faire en sorte que, oui, on peut augmenter l'activité économique du Québec, mais
non, ça ne se fera pas aux dépens des processus démocratiques qui sont
actuellement en place. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Simard) : Merci à vous, M. le député de La Pinière. Je
cède maintenant la parole au porte-parole du deuxième groupe d'opposition et député de Rosemont. Bienvenue, cher
collègue. Vous avez deux minutes... une minute, oui, une minute.
M. Marissal : Bien, merci, M. le Président. Heureux de vous
revoir, chers collègues. En une minute, je n'aurai évidemment pas le temps de tout dire, sinon que
j'ai passé des heures fascinantes, en fin de semaine, à lire et à relire le
projet de loi, à l'étudier avec nos recherchistes. Malheureusement, je dois
vous dire que je suis encore moins rassuré aujourd'hui
que je ne l'étais jeudi. Plus on le lit, plus il y a des craques qui
apparaissent. Et ce n'est pas comme les craques de Leonard Cohen, je ne veux pas dire que la lumière s'infiltre, je veux
dire qu'il y a des choses qui pourraient s'y cacher.
Il y a beaucoup de choses dans ce projet de loi,
M. le Président, beaucoup, peut-être trop pour être adopté aussi vite. Alors, je vais redire ce que je viens de
dire devant les médias : Quand un gouvernement arrive en fin de session avec
une telle brique, un tel pavé dans la mare,
qui a des répercussions si larges, c'est au gouvernement de démontrer qu'il en
a réellement besoin.
Le Président
(M. Simard) : Merci, cher collègue.
M. Marissal :
Je vous en prie.
Le Président (M. Simard) : Merci beaucoup. Je cède maintenant la parole au
porte-parole du troisième groupe de l'opposition officielle et député de
René-Lévesque. Cher collègue, soyez le bienvenu.
16 495 M. Ouellet :
Merci beaucoup, M. le Président. Donc, à mon tour de prendre la parole sur ce
projet de loi n° 61. Le président
du Conseil du trésor ne sera pas surpris de m'entendre, tout le long de la
commission, tout le long de l'étude détaillée,
ce qu'on veut voir dans le projet de loi, c'est ce qui sera fait ou ce qui ne
sera pas fait. Les pouvoirs, ils sont vastes, ils sont larges, il n'y a pas beaucoup de garde-fous. On en voudra plus,
mais évidemment, ce que le gouvernement voudra faire, on voudrait le voir inscrit dans la loi, et ce qu'il ne fera pas,
on veut le voir inscrit dans la loi. Il y a plusieurs articles qui ont attiré notre attention :
l'article 36, l'article 15, l'article 50. Évidemment, les gens
en consultation vont nous arriver avec un certain éclairage. On fera
notre travail de façon diligente, mais «if you want it, just write it». Merci.
Le Président
(M. Simard) : Merci à vous, cher collègue. Alors, nous en sommes
maintenant à la période de l'audition comme telle. Je vous rappelle que nous
aurons trois présentations cet avant-midi. Nous allons terminer nos travaux à 12 h 30. Nous commençons par
l'Association de la construction du Québec et la Coalition contre les
retards de paiement. Messieurs, bienvenue.
Vous disposez de 10 minutes, ensemble, hein, en bloc. Auriez-vous d'abord l'amabilité
de vous présenter?
M. Hamel (Pierre) : Oui, M.
le Président. Alors, Pierre Hamel,
directeur des affaires juridiques et gouvernementales de l'Association
de la construction du Québec. Nous représentons 17 000 entreprises du secteur IC/I et c'est
nous qui construisons... donc, nos membres construisent les écoles et les maisons
des aînés. Nous collaborons également avec plusieurs autres associations et regroupements, dont la Coalition contre les retards de paiement, représentée aujourd'hui
par Me Steve Boulanger, directeur adjoint de la Corporation des maîtres
mécaniciens en tuyauterie du Québec.
Je voudrais d'abord
remercier la commission de nous donner l'opportunité de présenter nos
commentaires et recommandations visant le
projet de loi n° 61 et surtout dresser un portrait des besoins de
l'industrie pour favoriser la relance
économique. Comme le hasard fait en sorte que je suis le premier intervenant
physiquement présent à m'adresser publiquement
aux membres de la commission parlementaire depuis la pause, je tiens avant
tout, au nom de l'ACQ, au nom de
notre président M. Arbour, celui de mes collègues et les associations qu'ils représentent, ainsi qu'en mon nom personnel, à remercier
l'ensemble des parlementaires pour leur travail accompli en général, très certainement,
mais tout particulièrement depuis l'état d'urgence sanitaire déclaré le
13 mars 2020.
Notre comparution, ce matin, constitue en soi un
signe important de cette reprise, mais aussi des changements qu'elle annonce. Alors que, généralement, nous étions quatre à représenter l'ACQ dans ce type de comparution, aujourd'hui
je suis seul et partage le temps qui nous
était autrement attribué, démocratie et distanciation physique obligent. Ceci
étant dit, ces mesures conviennent parfaitement pour l'exercice démocratique
auquel nous nous prêtons aujourd'hui.
Elles ont toutefois
un impact fort différent selon l'industrie à laquelle on les applique. Pour l'industrie
de la construction, l'impact de la déclaration d'urgence
sanitaire, suivie de la pause jusqu'au 20 avril pour une
partie du secteur résidentiel puis le 11 mai pour le reste du
secteur IC/I, a eu un impact très fort. Depuis, nos entreprises
s'affairent à assurer la réorganisation de la chaîne d'approvisionnement, prendre
la mesure des règles sur l'organisation du chantier, roulottes, lavabos, savons, ainsi que sur l'organisation du travail tout en favorisant la productivité des employés, compte tenu de la distanciation physique,
travailler à minimiser les coûts de ces nouvelles façons de procéder afin de
pouvoir soumissionner de façon compétitive. C'est ce qu'on fait actuellement.
Afin que l'industrie participe à la relance, nous avons fait quelques recommandations dans notre mémoire, mais l'élément
le plus important est l'accès aux liquidités nécessaires pour compléter les
projets en cours, puis les entreprises doivent disposer des liquidités nécessaires pour
repartir et maintenir leurs activités. Dans le secteur IC/I, pour la majorité
des entreprises, les travaux qui ont été réalisés dans la semaine du 11 mai, au
départ, ne seront payables au plus tôt qu'au début juillet en
vertu des contrats d'entreprise. Je dis au plus tôt car, dans plusieurs cas, les délais et retards iront jusqu'en
août et, dans certains cas, jusqu'en
septembre. Cependant, les salaires sont payés à la semaine, les
remises à la CCQ et à la CNESST au
mois, la TPS et la TVQ devront toutes... les remises devront toutes avoir été
faites, et les fournisseurs, qui de
plus en plus ne font plus de crédit, devront avoir été payés, tout comme
le personnel de bureau et de chantier.
Alors, pour y
arriver, l'industrie ne demande aucun passe-droit, aucune subvention,
ne demande surtout pas au gouvernement de baisser la garde face aux problèmes de
collusion et corruption. L'industrie porte encore les stigmates de la commission Charbonneau, à laquelle elle a
contribué, tout comme elle a contribué à la mise en place de ces recommandations. Aujourd'hui, elle demande simplement d'être payée dans les
délais, comme c'est le cas dans plusieurs pays, plusieurs États américains et en
Ontario, pour les projets privés-publics, incluant les municipalités.
Sur ce, je cède la parole à mon collègue Me
Boulanger.
M. Boulanger
(Steve) : Merci, Me Hamel. M. le Président, M. le ministre, chers membres de la commission, moi aussi, je tiens à vous remercier de nous
accueillir aujourd'hui pour présenter nos observations, faire nos recommandations
sur le projet de loi n° 61. La Coalition contre les retards de paiement dans la construction est
un regroupement d'associations d'entrepreneurs de construction qui a été
mis sur pied en 2013, dans un seul but : réduire les délais de paiement
aux entrepreneurs qui ne cessent de s'accroître. Je suis très fier
aujourd'hui d'avoir été nommé comme porte-parole de cette coalition, parce qu'on représente des dizaines de milliers
d'entrepreneurs en construction au Québec, surtout des petites
entreprises.
À 80 %,
les entrepreneurs de construction au Québec comptent cinq employés et moins, et
ils embauchent tout de même plus de
175 000 travailleurs et travailleuses de
l'industrie de la construction. Et quand est-ce, la dernière fois que l'industrie, du moins tous les entrepreneurs se
sont présentés devant l'Assemblée nationale pour demander quelque chose?
C'est la première fois. C'est une démarche
historique, où tous les entrepreneurs, qu'ils soient entrepreneurs généraux,
entrepreneurs spécialisés, à travers le Québec, se sont regroupés pour demander
une seule chose, être payés à temps, parce qu'il s'agit là d'un dossier qui
transcende tous les autres. Ça menace la survie de l'entreprise. Évidemment,
nos commentaires aujourd'hui, notre intervention se limitera à cet aspect du
projet de loi n° 61.
Si on demandait aujourd'hui au gouvernement
d'investir plusieurs milliards de dollars dans l'industrie de la construction, on serait peut-être malavisés de le
faire, parce qu'il existe plusieurs autres secteurs qui ont besoin d'argent
aussi, et on le comprend dans le contexte.
Une solution qu'on propose au gouvernement, à coût nul pour lui, à coût nul
pour les contribuables, ce serait simplement
de payer ce qui est présentement dû aux entrepreneurs. Sont immobilisés dans les
comptes recevables des entrepreneurs, qui
datent de plus de 30 jours, une somme de 7,2 milliards de dollars
présentement. Ça a été prouvé par une étude
de Raymond Chabot Grant Thornton. Il s'agirait là, si on payait cet argent-là
demain, de l'équivalent d'une foule
de programmes d'aide aux entreprises, alors que ça se fait à coût nul pour le
gouvernement. Alors, ce qu'on recommande aujourd'hui, c'est de réduire
les délais de paiement aux entrepreneurs.
Évidemment,
c'est une recommandation de notre coalition, mais c'est aussi et surtout une
recommandation de la commission
Charbonneau, la recommandation n° 15 de la commission Charbonneau. Les commissaires
l'écrivent noir sur blanc :
«Réduisons les délais de paiement aux entrepreneurs. Demandons au législateur
d'adopter des mesures réglementaires ou
législatives pour encadrer les paiements.» Le gouvernement l'a fait jusqu'à
présent, et on a souligné l'avancée, mais d'une façon partielle.
Tous les
parlementaires ont adopté à l'unanimité, en décembre 2017, le projet de loi n° 108, par lequel on est venu ajouter des articles dans la
Loi sur les contrats
des organismes publics pour permettre des projets pilotes pour accélérer
les paiements aux entrepreneurs. Or, il y a
un arrêté ministériel, 2018-01, qui a été adopté en juillet 2018, qui
vise à tester deux mesures qui
existent dans toutes les législations de paiements, sans délai, à travers le
monde. Il s'agit d'un calendrier obligatoire
de paiement avec des séquences très précises, et aussi un mode de règlement des
différends qui est plus rapide, plus
agile. Alors, c'est ce qu'on teste présentement à l'intérieur de 50 contrats
de construction publics, et la coalition s'est fait demander, il n'y a pas très longtemps, en février dernier, de faire
un bilan préliminaire de cette opération-là. Le bilan est positif. Les entrepreneurs y trouvent leur compte,
ils sont payés plus rapidement. Il y a de l'intérêt à soumissionner de
la part des entrepreneurs et les projets se passent bien. On pourra en
rediscuter avec la commission.
Donc, on
demande aujourd'hui au gouvernement de saisir l'opportunité, par le projet de loi n° 61, pour faire un autre pas en avant, pour aller plus loin. On comprend que le gouvernement peut déterminer des conditions applicables en matière de contrats publics via l'article 50
du projet de loi, ce qu'on salue d'ailleurs, et on espère qu'il va
saisir l'occasion pour y introduire
des mesures de paiement sans délai, et sans réinventer la roue, à l'instar de
ceux qui existent présentement dans l'arrêté ministériel 2018-01.
On espère aussi que le gouvernement va saisir l'opportunité qui lui est donnée
par l'article 50.1 du projet de loi pour déterminer de telles conditions aussi pour
les contrats des organismes municipaux, des municipalités. Là aussi, la
problématique est documentée, la problématique existe.
On attirerait cependant l'attention du législateur
sur le deuxième alinéa de l'article 50 pour s'assurer que des conditions de paiement sans délai puissent
s'appliquer aussi aux sociétés d'État. Et, comme on le mentionne dans notre
mémoire, tel que rédigé, on semble exclure
les sociétés d'État, alors qu'il faudrait absolument le faire, parce qu'au niveau
de la coalition, on dit depuis le début
qu'on devrait couvrir l'ensemble des contrats publics et également les contrats
privés. Et on ne sort pas ça de nulle
part. L'Ontario vient de le faire pas plus tard qu'il y a quelques
mois, où il y a une loi qui est entrée
en vigueur pour un paiement sans délai de l'ensemble des entrepreneurs, que ce
soit au niveau public ou au niveau privé. Alors, c'est ce qu'on demande
de faire aujourd'hui par le gouvernement, donc faire le pas en avant.
Évidemment,
aujourd'hui, c'est un manque criant de liquidités dans le
cadre de la pandémie de la COVID-19, mais les liquidités d'une entreprise, à long terme, c'est toujours
une problématique à laquelle il faut s'attaquer. Donc, c'est une mesure d'équité qu'on voudrait permanente, et on
pense que c'est une solution gagnante pour tous. C'est à coût nul pour
le gouvernement. Les entrepreneurs ne demandent pas d'être payés
plus, ils demandent simplement d'être payés à temps. Et ça va donner de l'oxygène aux entreprises,
qu'elles deviennent plus innovantes, plus compétitives, et ça va justement dans
le sens du projet de loi n° 61 qui veut relancer l'économie. Je vous
remercie.
Le Président (M. Simard) : Bien. Merci à vous, MM. Hamel et Boulanger.
Nous en sommes maintenant rendus à la
période d'échange. Laissez-moi simplement vous rappeler la manière dont le
temps se répartit. Le gouvernement dispose de 16 minutes,
l'opposition officielle, de 10 min 40 s, et les deuxième et troisième
groupes d'opposition disposent de 2 min 40 s. M. le ministre, à
vous la parole.
M. Dubé : Oui. Tout d'abord, merci beaucoup pour votre présentation à tous les
deux. Je pense que vous êtes un bel
exemple de l'objectif que nous poursuivons avec ce projet de loi là. Vous en
avez parlé au niveau de la méthode des paiements et de l'importance pour
l'industrie de la construction.
J'aimerais peut-être
souligner aussi la présence de mes deux collègues députés, dont notamment le
député de Rousseau, qui a fait un travail
avec moi. Je pense qu'il y avait eu des rencontres qui avaient été faites avec
vous sur tout l'impact sur la construction. Puis je me souviens, quand
on a fait cette tournée-là, l'automne dernier, on parlait de la surchauffe dans l'industrie de la construction. Ça
semble très loin, mais les temps ont bien changé, très, très rapidement.
Alors, j'apprécie
beaucoup vos commentaires. Peut-être que je laisserai la parole à mon collègue
député de Rousseau ou mon collègue député de Saint-Jérôme, à l'intérieur des
temps qui nous sont alloués, mais j'aimerais me concentrer sur la question...
parce que vous aviez dit que l'article 50, qui va être débattu, quand on
le débattra cette semaine, mais nous
permettait, justement, de faire des aménagements à la loi pour la
question des paiements. Vous l'avez vu, vous l'avez apprécié par les
projets pilotes qui ont été mis en place.
Parlez-moi de l'aspect... je veux aller dans le
détail un petit peu, là, mais je veux vous entendre sur la question des sous-traitants. Parce que souvent, ce qu'on
entend, c'est que, oui, le gouvernement devrait s'assurer qu'il respecte sa parole
si le contrat a été bien livré puis qu'on
fait les bons paiements, mais souvent, ce que j'entends, c'est que l'argent a
de la misère à se rendre au sous-traitant, et ça, ça peut causer un
problème. Alors, vous avez sûrement une réflexion ou des commentaires que vous allez me faire, parce que,
quand on ira dans le détail du projet
de loi, je voudrais être certain qu'on
tienne compte de certains de ces commentaires-là, si vous me permettez.
Le Président
(M. Simard) : Merci. M. Hamel ou M. Boulanger.
M. Hamel (Pierre) : ...peut-être débuter simplement en vous disant que ce qui est
intéressant avec les projets pilotes qu'on
fait, c'est qu'il y a des dispositions particulières. Steve...
Me Boulanger, pardon, pourra vous en parler peut-être un peu plus, mais ce
que ce... l'arrêté ministériel, les
règles qu'il dispose, règle une partie, règle le paiement au sous-traitant,
mais règle aussi la qualité des documents
pour construire, la qualité des plans et devis. Les problématiques reliées aux
extras, aux ordres de changement, sont
traitées beaucoup plus rapidement dans le cadre des projets pilotes, faisant en
sorte que ce qu'on a constaté, c'est que les
projets étaient mieux ficelés, étaient mieux organisés, les entrepreneurs généraux
étaient payés plus rapidement, les sous-traitants également comme tel. Alors,
pour la mécanique, Me Boulanger.
M. Boulanger (Steve) : Oui. Ce que je peux ajouter, c'est que quand on a
débuté la coalition, c'était surtout un enjeu de sous-traitants. On se disait et on pensait bien naïvement que
le maître de l'ouvrage payait l'entrepreneur général qui, lui, retenait l'argent ou payait plus ou
moins ses sous-traitants. Quand on a fait des consultations, on s'est rendu compte
que le cancer, si je peux l'appeler ainsi,
était généralisé, c'est-à-dire que ce sont tous les entrepreneurs qui avaient
de la difficulté à se faire payer, y compris les entrepreneurs généraux.
Alors, c'est pour ça qu'on a un regroupement
aujourd'hui. Mur-à-mur, l'ensemble de l'industrie fait cette demande. Et quand on a commencé les pourparlers avec le
gouvernement, effectivement, les premières réponses qu'on a eues, c'est
de dire : L'État va contracter
uniquement avec un entrepreneur, l'entrepreneur général, et ce qui se passe en
aval, hein, les autres
sous-traitants, toute la chaîne de construction jusqu'au fournisseur, on ne
s'en occupe pas. Or, on a réussi à démontrer au gouvernement qu'il était important de s'en occuper, et c'est ce qu'il
a fait, et c'est très, très important dans l'article 50. On va pouvoir y arriver, s'il est adopté, parce
qu'on parle des conditions en matière de contrats et de sous-contrats
publics, donc qui visent la chaîne des sous-traitants, ce qui est extrêmement
important aussi parce que c'est vraiment ceux qui bâtissent aussi, dans
certains cas, et qui paient les salariés à la semaine.
M. Dubé :
Très bien. Si je peux continuer, M. le Président...
Le Président
(M. Simard) : Je vous en prie, M. le ministre.
M. Dubé : Je vais revenir de façon un peu plus générale, maintenant, parce qu'on
va parler beaucoup de s'assurer qu'on
ne retourne pas à l'avant-commission Charbonneau. On peut voir, nous, les
efforts qui sont faits par les différents gouvernements, la mise en place de l'AMP, etc., depuis les
recommandations, mais du côté de l'industrie de la construction même, est-ce que je peux vous demander quels sont
les efforts qui ont été faits de votre côté par vos différentes organisations
pour s'assurer qu'on ne retournait pas là?
Puis, après ça, on pourra parler de l'effort gouvernemental, mais j'aimerais vous
entendre, vous, sur les efforts qui ont été faits suite à la commission.
M. Hamel (Pierre) : L'industrie de la construction ne veut pas
retourner en arrière et a été très, très stigmatisée. À l'Association de la construction, on a mis sur
pied un programme d'intégrité en collaboration avec CIRANO, un groupe de
chercheurs universitaires reconnu, qui nous a menés à la mise en place de ce
programme-là, et également c'est un programme
qui est assez long à mettre en place dans une organisation, qui est assez
sérieux. Et, sur une base volontaire, on a évidemment une cinquantaine
d'entreprises qui participent, collaborent et embarquent là-dedans.
Le concept
est à l'effet qu'il faut mettre en place des balises et des règles de gestion
qui sont pour, je dirais, des barrières
ou décisions qui ne sont pas éthiques ou qui ne sont pas intègres. Il y a des
agents en intégrité dans les entreprises. Lorsqu'il y a une décision à prendre qui semble un peu particulière,
bien, on en discute avec l'agent en intégrité, donc les gens ne sont
plus seuls avec la décision qu'ils prennent comme telle.
On a également mis sur pied le Bureau canadien
de certification intégrité, qui est un bureau indépendant pour certifier ces entreprises-là comme telles.
Évidemment, tout ça a des coûts. Pour l'instant, l'association supporte
l'ensemble des coûts et... Mais évidemment,
c'est un des éléments qu'on a mis en place, et on fait partie... on a été
reconnus par les Nations unies, on a
été reconnus aussi par les autres groupes internationaux comme étant un groupe
d'action collective intéressant, entre guillemets.
Donc,
essentiellement, nos membres et l'ensemble de l'industrie ont maintenant des
outils. S'ils veulent mettre en place
des éléments de gestion éthique dans leurs entreprises, ils peuvent le faire,
ce qu'ils ne pouvaient pas faire avant ou ce qui... parce que l'enjeu est beaucoup plus de démontrer son intégrité.
C'est ça qui est important. Les entrepreneurs sont un peu jetés comme le bébé avec l'eau du bain
lorsqu'on parle de la construction. Alors, pour démontrer qu'ils sont intègres,
ils sont obligés de poser des gestes comme
tels et ils ont maintenant des... Ils le sont, intègres, mais on a des outils
pour le démontrer encore plus.
Dubé : Alors, merci
beaucoup. Je pense que, vous le mentionnez, là, on n'est jamais à la
perfection, mais je pense que les
Québécois, en général, apprécient les efforts qui ont été faits par votre
industrie, parce que vous avez été frappés
pour les mauvaises raisons, mais vous avez quand même été excessivement
frappés, puis j'apprécie les efforts qui ont été faits.
demanderais au député de Rousseau, s'il veut peut-être en profiter pour faire
un peu le suivi aux rencontres qui avaient été faites l'automne dernier.
M. Thouin : Merci, M. le Président.
D'abord, bien, je suis content de vous revoir. Effectivement, l'automne dernier, j'ai eu le grand privilège, à la demande
du gouvernement, d'aller rencontrer différents joueurs de l'industrie. J'ai
rencontré une quarantaine de joueurs, là,
sur une période de deux mois et demi environ, et l'objectif était simple, en
fait, là, c'était seulement et tout, d'essayer de comprendre qu'est-ce qui se
passait dans l'industrie, tu sais. Et ce que moi, j'ai rencontré, puis c'est un simple commentaire, là, j'ai rencontré des
gens, dans une industrie, qui ont envie de participer à l'essor
économique du Québec. C'est vraiment ce que j'ai rencontré. J'ai rencontré des
gens qui me disent qu'ils, postcommission
Charbonneau, ont été effectivement très stigmatisés, et maintenant, c'est le
moment qu'on se serre tous les coudes,
et qu'on recommence à se parler comme il faut, puis qu'on recommence à établir
des bonnes relations à tous les niveaux pour qu'on soit capables
d'amener le Québec ailleurs, de faire prospérer le Québec.
Moi, j'ai une
question, parce que, bon, évidemment, je suis conscient, hein, à la lecture du
projet de loi n° 61, que ça
peut créer certaines inquiétudes pour des gens. On a déjà vu des histoires
d'horreur dans le passé. On ne veut pas que ça revienne. Personne n'est pour ça. Je pense que personne n'est pour la
collusion, la corruption dans la vie. Il n'y en a pas de ça, ça n'existe pas. Il n'y a pas un
parlementaire qui souhaite que ça, ça revienne, peu importe le parti, là. Et je
suis convaincu aussi que c'est le
même raisonnement du côté de tous les entrepreneurs. Personne n'a le goût de
repasser une autre fois dans ce genre
de tordeur là puis que tout le monde se fasse lyncher en public encore une
fois. Personne ne veut ça.
Vous avez dit
tantôt que vous avez mis des éléments, des outils en place. Ma question :
Est-ce qu'à votre avis le projet de loi n° 61
menace ces éléments ou ces outils que vous avez mis en place?
M. Hamel (Pierre) : Non, pas au niveau de l'association elle-même comme telle.
Essentiellement, c'est des outils... c'est
un programme privé à adhésion volontaire, donc il n'y aura aucun impact à ce
niveau-là comme tel. Je n'ai pas vu non
plus d'élément majeur. Pour avoir participé à l'ensemble de la réforme, pour
avoir été représentant de l'ACQ à la commission
Charbonneau, pour avoir fait l'ensemble des commissions parlementaires
subséquentes et même précédentes, à partir
du projet de loi n° 1 jusqu'à aujourd'hui, je ne vois pas d'élément
qui attaque directement, là, les dispositions à ce niveau-là comme tel.
Maintenant,
ceci étant dit, c'est important, dans une pièce législative, d'avoir les
contrepoids solides et efficaces que mentionnait
M. le ministre comme tels, et ça, il appartiendra évidemment aux parlementaires
d'en discuter, mais je ne les ai pas...
Je ne vous dis pas qu'il n'y en a pas, je vous dis juste que je ne les ai pas
constatés comme tels et que nous, on a lu le projet de loi en fonction de la relance. Pour nous, c'est la relance, et
la liquidité, c'est maintenant, là. On parle d'aujourd'hui, en juin, en juillet, en août, en septembre, pour
ne pas avoir de mauvaise surprise en octobre, où là on commence à perdre
des joueurs, où on commence à voir des
faillites, ce qui crée des problèmes dans la réalisation des projets et, évidemment, qui diminue la concurrence comme telle. On ne veut pas
être oiseaux de malheur ou pessimistes, mais c'est vraiment
l'écho des commentaires qu'on a des petites entreprises qui communiquent
avec nous.
Le Président (M. Simard) : Merci,
M. Hamel.
M. Dubé : ...s'il nous reste un peu
de temps peut-être.
Président (M. Simard) : M. le ministre, il vous reste
4 min 30 s.
M. Dubé :
Alors, peut-être passer la parole à mon collègue le député de Saint-Jérôme.
Le Président (M.
Simard) : M. le député de Saint-Jérôme.
M. Chassin : Merci, M.
le Président. Bienvenue à tous les
deux. Merci d'être là. J'ai, en fait, deux petites questions courtes. Je ne sais pas si les réponses vont être
courtes. Mais l'étude de Raymond
Chabot Grant Thornton date de février 2015,
donc ça fait plus de cinq ans. Selon vous,
puis là c'est un peu l'économiste, là, qui parle, désolé, mais le
7,2 milliards, depuis cinq ans, est-ce que,
selon vous, il est resté à peu près semblable? Est-ce que les gouvernements successifs se sont améliorés?
Auraient-ils pu diminuer ou, au contraire, les projets étant plus importants,
notamment dans les contrats publics, le
7,2 milliards pourrait être plus élevé? Selon vous, où est-ce qu'on
pourrait se situer?
M. Boulanger (Steve) :
On n'a pas de donnée précise à ce sujet-là. On estime que ça doit être
relativement semblable parce que ça inclut
l'ensemble des projets de construction. Une chose qu'on a pu documenter,
cependant, et on a mis à jour une
donnée de l'étude économique, c'est que la situation ne s'est certainement pas
améliorée, au contraire. Ce qu'on perçoit, c'est qu'elle s'est
détériorée.
Quand on a fait
l'étude, l'écart entre l'industrie de la construction et les autres types
d'industrie, les autres secteurs au Canada,
l'écart de paiement était de 20 jours. On a remis ça à jour, cette
donnée-là, deux ans plus tard, et c'était rendu à 23,7 jours. On l'a refait mettre à jour tout récemment et
on arrive à 26,8 jours d'écart avec les autres branches d'activité économique. Alors, c'est certainement,
au moins, 7,2 milliards, selon notre évaluation, parce que les délais tendent
à s'accroître encore. C'est très insidieux, mais ça tend à s'accroître.
M. Chassin : Merci beaucoup. Et puis, pour M. Hamel, j'ai
un peu une question pour vous, parce que, chez vos membres, dans le
fond, il y a beaucoup d'entrepreneurs qui sont, finalement, très scrupuleux et
même experts, là, en demande de tous les
permis à travers différents ministères, différents organismes, qui comprennent
aussi, généralement, les objectifs
réglementaires derrière ces permis-là, qu'est-ce qu'on cherche à atteindre
comme objectifs de politique publique, que
ce soit la protection de l'environnement ou que ce soit, par exemple, la lutte
à la collusion. Évidemment, à travers tous les processus, puis parfois,
ça peut être, je peux comprendre, là, des fois irritant mais nécessaire, mais,
par rapport à l'ensemble des processus,
est-ce qu'il y a encore une perception, dans l'industrie, que certains délais
sont moins explicables, qu'on les comprend moins?
Hamel (Pierre) : Absolument, absolument. On parle
d'aménagements réglementaires ou allègements réglementaires.
On peut même parler d'allègements administratifs. C'est un chantier qui avait
débuté également avant la pause, avant la pandémie, sur lesquels on
travaillait comme tel. Il y a toutes sortes de façons peut-être d'intervenir ou
d'éviter des pièges avec ces délais-là comme
tels, qui pourraient être présentées. Je ne peux pas... On a fait quand même
une certaine analyse, et c'est beaucoup, au
niveau des processus qui apparaissent, des fois, un peu lourds, un peu inutilement
lourds, tout simplement parce qu'il y a des éléments qui n'ont pas été mis en
place.
Je vous donne un exemple. Si, à tout hasard, une
grande entreprise fait l'erreur de ne pas envoyer son chèque le jour
même à la Régie du bâtiment, il perd sa licence. L'impact de perdre une
licence, en 2020, est immense, alors que, s'ils
avaient permis les paiements préautorisés, bien, la facture aurait été payée,
ils n'auraient pas... Comprenez-vous?
Alors, il y a toutes
sortes de petits éléments comme ça, sur lesquels on travaille, qui pourraient
améliorer puis surtout éviter des pièges aux
entrepreneurs comme tels, là. Alors, effectivement, il y en a. Il y en a
quelques-uns, effectivement.
Chassin : Merci beaucoup.
Le Président (M.
Simard) : Merci. Vous disposez d'encore 20 secondes.
M. Dubé :
Moi, je pense que ça va pour...
Chassin : C'est très clair comme réponse. On apprécie,
d'ailleurs. Merci beaucoup.
Le Président (M. Simard) : Très bien. Merci à vous. Je cède maintenant la
parole au porte-parole de l'opposition officielle. M. le député de
La Pinière.
M. Barrette : Merci. Alors, bienvenue, M. Parent,
M. Boulanger. On est très contents de vous recevoir aujourd'hui.
Bon, nous n'avons que 10 minutes, alors je vais être assez circonscrit
dans mes questions. Ma collègue la députée d'Anjou—Louis-Riel aura sûrement des
questions également.
J'entends bien ce que vous me dites. Je n'ai pas vraiment de critique, au
contraire, je serais de votre bord, hein, ne pas être payé, ça tombe sous le sens, là, on s'entend, là. Je vais vous
poser une question très directement, là. Ici, on est à l'étude du projet de loi n° 61. Je comprends que vous veniez ici saisir
l'opportunité de parler de ça, là, mais en quoi, là, ça, c'est nécessaire
d'avoir 61 pour régler votre problème, là?
M. Hamel (Pierre) : La question n'a pas été posée comme ça, M. le député... M. le Président. Essentiellement, ce qu'on a vu, on a vu le besoin, le besoin qui a été parlé depuis cinq
ans, le besoin qui est présenté aux parlementaires depuis cinq ans. Et là on a un projet de loi dans lequel il y a deux articles qui sont fondamentaux, c'est-à-dire celui qui permet de modifier essentiellement les dispositions de la Loi
sur les contrats des organismes publics
pour y inclure ça pour une période de
deux ans et également quelque
chose qui peut assujettir les municipalités. S'il y a un autre moyen législatif, très certainement, mais on n'en a pas fait le choix. Mais je
comprends bien votre question. Oui, on peut y arriver autrement, mais,
dans ce projet de loi là, on y retrouve ce qu'on a besoin, au moins, pour deux
ans.
M. Barrette : Corrigez-moi si je me trompe, je ne veux pas
mettre des mots dans votre bouche, mais ce que je comprends de votre propos est que vous voyez des
véhicules qui vous permettraient de régler votre problème, mais vous ne voyez pas, dans les véhicules actuellement, exprimée et écrite, l'intention de régler ça, là. Moi, je n'ai pas
entendu une seule fois le président du Conseil du trésor nous dire qu'il allait se servir de ça pour
régler votre problème. Vous souhaitez qu'on s'en serve, mais il n'y rien dans le projet de loi n° 61, là, ou dans les commentaires qui ont été faits précédemment qui
exprime une intention ferme de régler ça.
M. Hamel (Pierre) : Il y a un seul commentaire qui a été fait
lors de la présentation du projet de
loi lui-même, lors d'un point de presse, là, puis je ne pourrais pas
dire la date, là, malheureusement, mais c'est le point de presse de 13 heures,
là, auquel participait M. Dubé, qui a
bien dit que c'était pour les délais de paiement comme tels. Je suis obligé de
dire, j'ai été témoin de ça, mais, au-delà de ça, ce n'est pas écrit
noir sur blanc dans le projet de loi, exactement.
M. Barrette : Très bien. Alors, M. Parent ou M. Boulanger, là,
quelles sont... Avez-vous déterminé spécifiquement ce que vous
recherchez comme dispositions?
M. Boulanger
(Steve) : C'est indiqué à notre mémoire.
M. Barrette :
Oui. Non, je l'ai vu, mais, pour moi, c'était... Allez-y.
M. Boulanger
(Steve) : C'est indiqué à notre mémoire, on réfère directement à
l'arrêté ministériel 2018-01.
M. Barrette :
Est-ce que vous voulez que ce soit ça...
M. Boulanger (Steve) : Alors, on trouvait important de le porter à
l'attention des parlementaires, parce que le travail a été fait en collaboration avec les donneurs d'ouvrage publics,
le Secrétariat du Conseil du trésor, les entrepreneurs. Alors, cet arrêté ministériel là est très complet
et explique en détail la mécanique pour régler les délais de paiement. C'est
à l'image des lois qui existent dans d'autres juridictions, ce qui est contenu
à l'arrêté ministériel.
Hamel (Pierre) : Si vous permettez, le seul élément qui n'y est
pas, c'est les municipalités.
M. Barrette :
Donc, il y a un élément de plus, là, qui n'était pas là.
Hamel (Pierre) : C'est ça. Exactement.
Le Président (M.
Simard) : ...pensez aux transcripteurs qui doivent reconnaître qui
s'adresse à nous. Alors, M. Boulanger.
M. Boulanger (Steve) :
Oui. En fait, on souhaite que les dispositions, les mesures contenues dans
l'arrêté ministériel 2018-01 s'appliquent à
tous les organismes publics, incluant les sociétés d'État et le domaine
municipal, les municipalités également.
M. Barrette :
O.K. Très bien. Le fait que vous soyez payés, mettons, maintenant, là, ça ne
génère pas nécessairement plus d'activité économique,
là. C'est bon pour vous autres, pour votre économie de vos entreprises,
mais, sur le plan de l'ensemble de l'oeuvre, ça ne vient pas générer des
nouveaux projets en soi, là. Ça, on s'entend, là.
M. Hamel (Pierre) : M.
le Président, absolument,
vous avez raison, mais ça me permet d'avoir des entreprises qui pourront avoir des liquidités pour soumissionner
les projets, parce que pour soumissionner les futurs projets... et s'il y a une augmentation de projets, je
dois avoir mes cautionnements, je dois avoir... comme les institutions bancaires qui financent 90
jours et moins et, après 90 jours, j'ai de la difficulté à me financer. J'ai
les compagnies de cautionnement qui limitent mes capacités d'aller soumissionner en fonction de mes opérations et de
la valeur de l'entreprise comme telle. Et tous les contrats publics de
plus de 100 000 $ sont cautionnés, il y a une exigence de
cautionnement.
Alors, c'est tous des éléments qui vont un dans
l'autre, et qui forment une roue, et qui nous permettent de participer
activement à une relance comme telle.
M. Barrette : O.K. Dernière question avant de passer la parole
à ma collègue. Vous avez dit, ça,
c'est une question de curiosité, là,
qu'actuellement les conditions, dans les appels d'offres, étaient abusives.
Vous avez mis ça dans votre projet, là, j'essaie de le retrouver, là.
M. Hamel (Pierre) :
Alors, c'est possible que ça ait été indiqué, oui.
M. Barrette :
Vous voulez dire quoi, ça?
M. Hamel (Pierre) : Dans certains cas... Bien, écoutez, on est dans une situation de
COVID-19, il y a des coûts qui sont
reliés à la mise en place de la distanciation sociale, reliés au retrait, et
les municipalités et les organismes publics qui vont en appel d'offres
maintenant, y incluent des clauses de toute nature, vraiment particulières.
M. Barrette : Ça vient de
Raymond Chabot, là. Vous dites : 70 % des entreprises...
M. Hamel (Pierre) :
Ah! Raymond Chabot, ça, c'est 2015.
Barrette : ...refusent de
donner... de participer à des soumissions en raison des clauses contractuelles abusives
quant au paiement ou politique de paiement. Avez-vous des exemples de cet
abus-là?
M. Hamel (Pierre) : Je peux vous donner... J'en ai quatre, cinq, six clauses, là, ça
pourrait... Il y a toutes sortes de clauses
ici. Il y a des clauses qui disent, par exemple : Nous, on paie
généralement selon tel niveau, mais on paie seulement si vous avez payé
tous vos sous-traitants, etc.
M. Barrette : Vu qu'on n'a pas
beaucoup de temps, pourriez-vous nous faire parvenir...
M. Hamel (Pierre) :
Absolument.
M. Barrette : ...vos exemples, là? Je suis très intéressé
d'entendre ça, de voir ça. Vous pouvez en mettre autant que vous voulez, ça va être encore plus utile. Ça
serait très apprécié. Vous savez comment ça fonctionne, nos communications,
sinon, je passe la parole...
Le Président (M. Simard) : À
l'adresse de la commission.
M. Barrette : Oui, à l'adresse de la
commission.
Le Président (M. Simard) : Bien sûr.
Merci.
M. Barrette : Je passe la parole à
ma collègue.
Le Président
(M. Simard) : Oui. Mme la
députée d'Anjou—Louis-Riel, il
vous reste quatre minutes... 3 min 30 s.
Thériault : Merci, M.
le Président, un grand plaisir de vous revoir, M. Boulanger,
M. Hamel. M. le Président, je
vais corriger les propos de mon collègue. Les premiers à avoir fait des
modifications ont été le député de Louis-Hébert et le député de Frontenac à l'époque, lorsqu'ils étaient tous les deux
ministres du Travail à leur tour. Et j'ai repris le flambeau pour continuer à faire des modifications, je pense
que c'est important de le dire. Si les collègues écoutent, je ne
voudrais surtout pas m'approprier le mérite d'un travail qui a été fait avant,
M. le Président. Je pense, c'est intéressant aussi de souligner qu'au moins
80 % des associations en construction ont pignon sur rue dans le
magnifique comté d'Anjou—Louis-Riel. Donc, vous ne serez pas surpris de
m'entendre dire que je n'ai jamais été aussi proche de l'industrie de la
construction, même si je ne suis pas leur ministre, parce qu'on a un accès
privilégié, ce qui est assez intéressant.
J'ai entendu le ministre dire : Il y avait
une surchauffe à l'automne. Question pour vous : Les chantiers de
construction, au niveau de l'industriel, commercial et l'institutionnel ont été
arrêtés combien de temps?
M. Hamel (Pierre) :
Ils ont été arrêtés du 24 mars au 11 mai.
Mme Thériault : Au
11 mai. Est-ce que vous avez pris beaucoup de retard?
M. Hamel (Pierre) : Oui, il y a beaucoup de retard qui a été pris. Il y a surtout beaucoup
de chantiers qui ne sont pas redémarrés, des chantiers privés
d'importance majeure et il y a beaucoup de contrats qui ont été annulés,
hôtels, cinémas. Vous comprendrez que c'est
quand même des investissements importants, mais qui ne se traduiront pas par du
travail supplémentaire comme tel. Il y a eu
beaucoup de retard, mais il y a aussi beaucoup de travail qui est fait par
les entrepreneurs pour minimiser la perte de
productivité. Quand vous arrivez sur le chantier, puis que vous devez signer
le document, puis ça prend cinq, 10,
15 minutes, ensuite de ça, dans les grands chantiers, vous devez vous
rendre à certains endroits, il y a du
trafic, la gestion du trafic, etc., le temps de s'habituer à ça, là... mais
tranquillement, là, les entrepreneurs reprennent la productivité qu'ils
souhaitaient obtenir pour avoir une productivité proche de ce qu'ils avaient
avant.
Thériault : O.K. Si
on repart les travaux puis qu'il y a un autre épisode de COVID à l'automne,
vous faites quoi, si on arrête encore les travaux sur les chantiers?
M. Hamel (Pierre) : L'impact, si on arrête encore les travaux cet automne, bien, ça devrait
être encore pire, surtout si les paiements n'auront pas été au
rendez-vous.
Mme Thériault : O.K. Donc, en plus des paiements, ce que vous avez de
besoin, c'est la certitude absolue qu'on n'arrêtera pas vos travaux.
M. Hamel (Pierre) : Oui. La prévisibilité, dans le cadre des
opérations d'une compagnie de construction, c'est fondamental. Alors, si tu
t'assures que tes paiements vont être aux 30 jours, etc., qu'il y a du
travail qui va se présenter éventuellement,
les études économiques, les études prospectives sont toutes faites pour
permettre, justement, de voir venir, et s'adapter, et éventuellement
même se moderniser pour faire face aux nouveaux défis.
Le Président (M.
Simard) : 20 secondes.
Mme Thériault :
20 secondes. Est-ce que c'est possible d'avoir un tableau sur les délais, à
partir du moment où vous soumissionnez sur de l'institutionnel
jusqu'à la fin? On a vos tableaux sur les délais de paiement, on a vos délais
sur comment on règle les conflits, mais on
n'a absolument aucune idée à partir du jour 1, jusqu'à tant que vous
commenciez le chantier. Si on veut couper
dans le temps puis réduire, vous rendre plus efficace, ce n'est pas juste
nécessairement ce que le ministre s'apprête à faire dans la loi. On
voudrait savoir où il y aurait possibilité de gagner du temps.
Le Président (M.
Simard) : Merci beaucoup. Merci beaucoup. M. le député de Rosemont, à
vous la parole.
M. Marissal : Merci, M. le Président. Messieurs, bonjour. J'ai
très peu de temps, alors on va faire ça «short and sweet», si possible. De un, est-ce que vous
considérez que la période d'arrêt des travaux décrétée par la Santé publique
était trop rigide?
M. Hamel (Pierre) : M. le Président, je n'ai pas les compétences pour
déterminer ça. Cependant, je peux vous... Je ne croirais pas qu'elles
étaient trop rigides. Je sais que j'ai beaucoup d'entreprises qui ont continué
à opérer pour les hôpitaux, pour... Il y
avait quand même une continuation des opérations qui était faite, mais trop
rigide. Je ne peux pas...
M. Marissal :
Auriez-vous souhaité plus de souplesse?
M. Hamel (Pierre) : Ah! absolument, évidemment. On est une industrie
qui, évidemment, aime opérer en tout temps, comme tel. On a très
certainement... on aurait souhaité avoir plus de souplesse. Et si, à tout
hasard, on devait réarrêter, il y aurait
peut-être d'autres moyens d'y arriver comme tel, mais on a quand même pu, dans
certains cas, continuer nos opérations.
M. Marissal : O.K. On dit souvent qu'on n'est jamais mieux
servis que par soi-même. On ne peut pas vous en vouloir de défendre vos membres, là. C'est pour ça que vous êtes formés
en association, c'est pour ça qu'on vous paie, sauf que vous avez abordé un seul aspect, là, notamment
de l'article 50, qui est très large, là, c'est une autoroute de huit voies,
là, l'article 50, on peut faire bien
des affaires avec ça. Là, vous ne parlez que de la liquidité et le paiement
accéléré. Je n'ai pas d'opinion
là-dessus, je pense que vous devez être payés pour ce que vous faites, là. Ça,
c'est un principe, là. Mais qu'est-ce que
vous pourriez faire d'autres? Avez-vous vu autre chose, dans l'article 50
notamment? Parce qu'il est question de contrat aussi, d'octroi de
contrat.
Hamel (Pierre) : En tout cas, essentiellement, là, on ne voit
pas quelque chose qui est vraiment à réparer, quelque
chose qui est vraiment brisé, autre que ça, là, entre guillemets, c'est
peut-être une mauvaise expression, là, mais pour nous, c'est l'affaire fondamentale, c'est... Si on est capables de
ça et on est capables d'avoir des plans et devis complets pour soumissionner, c'est l'élément fondamental
pour réussir nos projets de construction, que ça soit en phase normale
ou que ça soit en phase accélérée. Que ça
soit de n'importe laquelle manière, il faut qu'en amont les plans et devis
aient été réalisés de façon appropriée et soient vraiment complets.
C'est fondamental.
Le Président (M.
Simard) : Merci beaucoup. M. le député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Merci beaucoup. Moi aussi, mon temps est compté.
Merci à vous d'être ici. Je vais vous poser une question fondamentale. J'enlève l'article 50 du projet de loi, je
vous donne le décret sur la liquidité et je l'applique aux
municipalités, vous êtes heureux?
Hamel (Pierre) : On serait très satisfaits si ça s'appliquait,
oui.
M. Ouellet :
C'est suffisant? Donc, on n'a pas besoin de changer...
M. Hamel (Pierre) : Bien, c'est-à-dire qu'il y a les municipalités,
et les sociétés d'État, et le privé, mais essentiellement, c'est ce
qu'on demande.
Ouellet : On va être clairs,
là. J'enlève l'article 50. Je dépose un amendement au président du Conseil du trésor. J'enlève tous les
pouvoirs de modifier la loi. Je vous donne le décret, tel que demandé dans vos
recommandations. L'association est
satisfaite, est capable de travailler, est capable de mettre son monde à
l'ouvrage, est capable de relancer l'économie. Est-ce que la réponse est
oui?
M. Hamel
(Pierre) : La réponse est oui.
Ouellet : Donc, vous n'avez
pas besoin de tous les autres pouvoirs pour mettre l'économie en marche, pour
mettre les grues en marche, faire de l'asphalte. C'est de ça que vous avez de
besoin?
M. Hamel (Pierre) : C'est généralement tous des processus qui sont en amont de l'appel
d'offres et à l'égard desquels on est moins concernés.
Ouellet : Parfait. L'autre
chose, vous avez fait mention tout à l'heure que, dans le secteur privé, il y a
eu des chantiers qui ont été annulés.
On le comprend bien. Est-ce qu'il y a effectivement un déplacement des
entrepreneurs du privé vers
l'institutionnel ou le commercial? Est-ce que ça se fait comme ça? Est-ce que
les entrepreneurs sont prêts à dire : J'avais un chantier dans le privé, je n'ai plus de contrat, maintenant,
je serais disponible, apte et outillé pour soumissionner sur d'autres
contrats qu'habituellement je ne faisais pas? Est-ce qu'on est capable de faire
ce swap-là rapidement?
M. Hamel (Pierre) : Oui, oui, dans la mesure où
les contrats sont complétés, sont terminés, sont abandonnés, et qu'on peut aller ailleurs, parce qu'il y a des
relations contractuelles, c'est moins, je dirais, simple que ça. Mais oui, ce
n'est pas une question... C'est les mêmes
travaux dans le commercial que dans l'institutionnel, c'est les mêmes équipes, c'est
le même type de travail. Il n'y a pas de...
Les gens font généralement les deux, et, s'il y a beaucoup de travail, bien,
ils vont abandonner le public pour le privé, parce qu'ils ont moins de
problèmes de paiement.
Ouellet : D'accord. Le
projet de loi en question pourrait permettre au gouvernement du Québec de décider
de rendre admissible une entreprise qui ne
l'était pas sur
loi sur les contrats publics, parce qu'elle aurait été
frauduleuse. Est-ce que ça, vous
acceptez ce fait-là, que si on est en surchauffe et qu'on manque
d'entrepreneurs, le gouvernement pourrait dire... malgré le fait que cette entreprise-là était inadmissible,
pourrait le devenir? Est-ce que ça, c'est le genre de chose qui vous
fait peur?
M. Hamel (Pierre) : Ça existe déjà, je pense. Je pense que le Conseil du trésor a le
pouvoir d'autoriser quelqu'un à faire
des travaux comme tels. Ça ne nous sourit pas, mais je ne peux pas dire que ça
nous fait peur, mais ça ne nous sourit pas. Personne ne veut avoir une
pomme pourrie dans son industrie comme telle. Les entrepreneurs...
Président (M. Simard) :
Merci beaucoup. Merci, M. Hamel. Alors, cela met fin à notre période d'échange.
Je vais suspendre momentanément nos travaux.
Messieurs, d'habitude, nous allons toujours vous dire bonjour, vous remercier
de votre présence, mais, pour les raisons que vous connaissez, aujourd'hui on
ne le fera pas.
Alors, nous suspendons nos travaux.
(Suspension de la séance à 10 h 57)
Président (M. Simard) : À l'ordre, s'il vous plaît! Nous allons reprendre
nos travaux. Mme Bourque, bonjour. Vous
représentez l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du
Québec. Auriez-vous, d'abord, l'amabilité de vous présenter ainsi que de
présenter votre collègue?
Bourque (Gisèle) : Alors,
Gisèle Bourque, je suis la directrice de l'Association des constructeurs de routes
et grands travaux du Québec, accompagnée de
M. Sébastien Marcoux qui est le président de notre conseil d'administration depuis janvier
Le Président (M. Simard) : Vous
disposez de 10 minutes, madame.
Bourque (Gisèle) : Alors,
nous vous remercions de l'opportunité qui nous est offerte aujourd'hui de vous présenter le point de vue de l'Association des
constructeurs de routes et grands travaux du Québec à l'égard du projet de
loi n° 61. Alors, je me présentais, j'en fais abstraction.
Nous nous
permettons de vous rappeler que l'ACRGTQ, incorporée en 1944, représente la
majorité des principaux entrepreneurs
et fournisseurs oeuvrant dans la construction de routes, d'ouvrages de génie
civil et de grands travaux. Elle est
la seule représentante attitrée du secteur génie civil et voirie de l'industrie
de la construction. À ce titre, elle représente près de 2 500 entreprises actives au sein de l'industrie de la
construction de routes, d'ouvrages de génie civil et de grands travaux,
lesquelles emploient plus de 40 000 salariés ayant travaillé 34,9 millions
d'heures en 2019.
L'ACRGTQ est en accord avec les dispositions du
projet de loi et son objectif qui consiste à atténuer les conséquences de l'état d'urgence sanitaire déclaré
en raison de la pandémie de la COVID-19. Les membres de l'ACRGTQ travaillent ardemment afin que la relance des
chantiers se fasse dans le respect de la santé et de la sécurité de l'ensemble
des travailleurs. Ils
ont ainsi mis en place sur leurs chantiers des mesures de santé et de sécurité
supplémentaires d'une ampleur inégalée. Rien n'est laissé au hasard.
Toutefois, la
santé de cette industrie est mise à mal si l'ensemble des coûts qui sont
associés à ces mesures reposent sur leurs épaules. La suspension des
travaux de construction, qui a été décrétée le 25 mars dernier, a eu un
impact considérable sur les finances des
entrepreneurs qui s'en trouvent affaiblies. Ainsi, l'ACRGTQ voit avec optimisme
les moyens que le gouvernement entend
se donner afin de trouver des pistes de solution qui permettront la relance efficace
de notre secteur tout en demeurant respectueux des règles d'intégrité des
contrats publics.
Nous désirons aujourd'hui vous soumettre des
recommandations afin d'améliorer et de faciliter la reprise des activités. Premièrement, il est essentiel que des
mesures soient mises en place afin de permettre aux entrepreneurs d'avoir
accès à des liquidités en libérant les
sommes qui leur sont dues. Précisément, les mesures suivantes pourraient être mises
en place sans délai : payer plus
rapidement les montants déjà facturés, libérer les retenues contractuelles
lorsqu'il n'y a pas de différend
quant à l'ouvrage, s'engager à dédommager rapidement les entrepreneurs pour les
mesures additionnelles mises en place
et pour les frais encourus durant la suspension des travaux décrétée par le
gouvernement et payer rapidement les réclamations qui sont exigées sans
attendre la fin des travaux.
Deuxièmement,
des mesures concernant les retards de paiement doivent être adoptées pour les
contrats futurs. Ces retards non
justifiés sont dommageables pour l'ensemble de la chaîne contractuelle et
provoquent d'importants enjeux de liquidités
pour les entrepreneurs. Puisque ce sujet a déjà été abordé par la
Coalition contre les retards de paiement, dont fait
partie l'ACRGTQ, nous n'y reviendrons pas. Nous
désirons toutefois vous préciser qu'il est temps que le Québec implante
des changements législatifs à cet égard, à l'instar de l'Ontario et de plusieurs
autres juridictions dans le monde.
Troisièmement,
considérant le contexte actuel, nous
proposons que les donneurs d'ouvrage paient aux entrepreneurs, avant
le début des travaux, des frais de mobilisation pour permettre à ces derniers
de disposer des liquidités nécessaires dans l'attente de recevoir le
premier paiement du donneur d'ouvrage.
Quatrièmement,
en ce qui concerne les modes d'octroi de contrat, nous sommes d'avis que la
règle du plus bas soumissionnaire
conforme restreint la possibilité, pour les organismes publics, d'avoir recours
à des méthodes d'attribution de
contrat mieux adaptées aux travaux à effectuer. L'adoption de mode
d'adjudication, en fonction des travaux à réaliser, sans nécessairement exclure le mode du plus bas
soumissionnaire, permettrait l'innovation tout en réduisant le temps de conception et de réalisation des projets ainsi que
les coûts de réalisation de ceux-ci. Quelles que soient les mesures mises
en place, elles devront respecter les
critères de la loi afin de ne pas compromettre notamment la confiance du public
dans les marchés publics, l'intégrité des concurrents et la transparence dans
les processus contractuels.
Considérant l'état d'urgence qui sévit
actuellement et les pouvoirs que le gouvernement entend se donner, en matière de contrats publics, afin de favoriser la
reprise des travaux, il est tout à fait opportun de revoir les modes
d'octroi de contrat, pour la durée de deux
ans prévue au projet de loi, en vue d'une analyse pour l'adoption de
changements à
Loi sur les contrats des organismes publics qui se
voudraient permanents et plus que bienvenus.
Cinquièmement,
l'ACRGTQ fait valoir, depuis plusieurs années, que le moment du lancement des
appels d'offres est un élément
critique qui a une grande influence sur la valeur des contrats. Si le contrat a
été publié et attribué plus tôt dans la
saison, il serait plus facile, pour les entrepreneurs, d'anticiper l'ampleur
des travaux qu'ils auraient à effectuer à cette période, ce qui leur permettrait de planifier celle-ci avec plus de
certitude et de soumissionner pour les contrats avec plus de précision. Pour le domaine du germicide et de la
voirie, la majorité des travaux doit s'effectuer du mois de mai au mois d'octobre. Or, une très grande
partie des contrats
publics n'est publiée qu'au mois de juin et octroyée en juillet, ce qui
ne permet pas un étalement des travaux uniforme sur toute la période et crée
ainsi une pression accrue sur l'industrie.
Sixièmement, l'ACRGTQ tente, depuis fort longtemps,
de convaincre le gouvernement ainsi que les donneurs d'ouvrage d'adopter des modes de résolution de
différends, permettant de résoudre les conflits en cours d'exécution des
chantiers. Les entrepreneurs doivent
exécuter les travaux en totalité en finançant, bien souvent,
une
partie de ces travaux, en attendant
le règlement de différends, ce règlement pouvant prendre plusieurs
mois, voire plusieurs années. Conséquemment, le recours aux modes de prévention et de règlement
des différends en chantier, tel l'intervenant expert du projet pilote du
Conseil du trésor, est essentiel. C'est d'ailleurs ce qu'a fait
l'Ontario, ainsi que plusieurs pays qui ont adopté ce mode de règlement
des litiges.
Septièmement, quant au projet ciblé dans
l'annexe 1 du projet de loi, l'ACRGTQ soumet que les travaux de maintien ou d'amélioration des infrastructures
routières devraient aussi être priorisés. En plus d'en avoir grandement besoin,
ce type de travaux est névralgique pour certaines régions du Québec. Aussi,
l'ACRGTQ désire dénoncer les clauses hautement
contraignantes et abusives adoptées par certains donneurs d'ouvrage public dans
le contexte actuel, comme, par
exemple, faire assumer tous les coûts supplémentaires à la COVID-19, incluant
ceux qui sont imprévisibles pour l'entrepreneur.
Le gouvernement se doit d'interdire le recours à ces clauses abusives afin
d'assurer une relance économique du Québec, une reprise efficace du
secteur de la construction, sans risquer la survie des entreprises.
Enfin, nous croyons qu'afin d'assurer une
relance économique efficace du secteur de la construction, le gouvernement doit
saisir l'occasion et élargir à Hydro-Québec la portée du projet de loi,
celui-ci étant l'un des plus importants donneurs d'ouvrage dans ce domaine.
Somme toute, l'ACRGTQ recommande l'adoption rapide de mesures
permettant aux entrepreneurs d'avoir accès rapidement aux liquidités, l'adoption de mesures sur les délais de
paiement, le paiement des frais de préparation de chantier à la signature du contrat, l'amendement du contrat législatif, en ce qui concerne les règles d'adjudication
des contrats publics de construction,
afin de considérer d'autres modes d'attribution, l'adoption de mesures
permettant la réalisation des contrats publics
plus tôt en saison, la sélection de projets de réfection et de maintien des
infrastructures routières, l'adoption de dispositions interdisant l'usage de certaines clauses déraisonnables ou
abusives, l'amendement à l'article 50 du projet de loi afin d'y assujettir
les sociétés d'État telles qu'Hydro-Québec. Nous encourageons le gouvernement à
saisir l'opportunité d'instaurer des
mesures permanentes, telles que celles que nous vous avons présentées aujourd'hui, et ce, pour l'ensemble des donneurs d'ouvrage publics, incluant
les sociétés d'État.
En terminant,
nous tenons à réitérer que la préoccupation constante doit demeurer le maintien
de l'intégrité de l'industrie ainsi
que la protection des entrepreneurs honnêtes et respectueux des lois et
règlements, lesquels représentent majoritairement l'industrie de la
construction. Nous vous remercions de votre attention.
Le Président (M. Simard) : Merci à
vous, Mme Bourque. Merci à vous. M. le ministre, à vous la parole.
Dubé : Très bien. Alors,
premièrement, est-ce que je pourrais vous demander un service, c'est de vous déplacer
un peu vers votre droite, mais pas trop,
parce qu'il faut respecter le deux mètres. Mais déjà, c'est beaucoup mieux. Merci
beaucoup. Merci.
Alors, je
vais entrer dans le vif du sujet. Vous avez parlé de... votre commentaire sur
la façon de procéder par le plus bas
soumissionnaire. Bon, j'aimerais vous entendre là-dessus, parce que vous en
parlez, vous trouvez que c'est important, ça peut... On le sait que, par le passé, ça a pu causer des enjeux où,
pour choisir le plus bas soumissionnaire, on se retrouvait, par la suite, à avoir des extras importants, de ne
peut-être pas avoir la qualité de l'entrepreneur qu'on voulait avoir, etc.
Je ne rentrerai pas dans le détail, mais je
pense que tout le monde connaît un peu le défi du plus bas soumissionnaire, de
cette approche-là.
Juste pour
que les gens comprennent bien, là, c'est n'est pas quelque chose qu'on demande
de changer dans la loi n° 61,
c'est un privilège que le gouvernement a de ne pas toujours utiliser le plus
bas soumissionnaire. On peut procéder d'autres
façons. Il y a des modes de contrats alternatifs que le gouvernement utilise
déjà, peut-être qu'on ne les utilisait pas beaucoup par le passé, on les utilise maintenant de plus en plus. Mais
je voulais bien comprendre votre commentaire sur le plus bas soumissionnaire, parce que je ne voudrais
pas que les gens qui nous regardent aujourd'hui, qu'ils se disent : Ah bon!
c'est ça que le gouvernement veut faire,
c'est de mettre de côté la règle du plus bas soumissionnaire puis donner des contrats
à n'importe qui, à n'importe quel prix. Ça
fait que vous comprenez pourquoi je vais là, parce que le projet de loi
n° 61 ne vise pas du tout à faire ça,
je le répète, là. C'est un privilège que le gouvernement... les appels d'offres
qui vont venir, par exemple, en mode alternatif, doivent passer au
Conseil du trésor pour être approuvés, etc.
Ça fait que
je voulais vous entendre quelle était votre... est-ce que c'est parce que... ma
question va être simple. Est-ce que c'est parce que vous trouvez que le
gouvernement n'en fait pas assez de ce type d'appel d'offres là ou
d'adjudication de contrat? J'aimerais vous entendre là-dessus.
Bourque (Gisèle) : Bien, je commencerais en vous disant qu'effectivement
le mode d'octroi de contrat au plus
bas soumissionnaire conforme est le mode traditionnel, là, le plus souvent
utilisé jusqu'à maintenant, mais il y a de plus en plus de modes alternatifs qu'on trouve très intéressants et qu'on
considère qu'ils doivent être mis de l'avant. Et, à ce sujet-là, je vais céder la parole à notre
président du conseil qui, lui-même, travaille dans une grosse compagnie et qui est
habitué à travailler avec ces modes alternatifs là, ces modes collaboratifs.
Dubé : ...pour bien
comprendre le sens de votre commentaire, pour que les gens voient bien, là, de
quoi on parle ici.
M. Marcoux
(Sébastien) : On pense que
ce qui est important, c'est d'adopter le type de contrat selon les travaux
qui sont à faire. Alors, dans la très grande
majorité des cas, l'approche du plus bas soumissionnaire est la bonne. Par contre,
dépendamment des contraintes, dépendamment
des exigences, dépendamment des priorités, il y a d'autres types de contrat
où, au bout de la ligne, le résultat peut
être plus favorable, hein, autant pour les payeurs de taxes, autant au niveau
de la réalisation des échéanciers, autant de la certitude des estimés.
Alors, il y a toutes sortes de choses qui se
font, autant en Ontario, qui se font dans le monde, qui se font aux États-Unis,
et qui ont été commencées à faire ici, au Québec.
Dubé : ...si vous me
permettez, là, juste... c'est d'être le plus pratique pour que les gens
comprennent. Quand vous dites, pour
la certitude de l'estimé, le fait de travailler dans un mode alternatif, donnez
un exemple, si vous permettez, pour montrer comment ça fonctionne, un
mode alternatif.
M. Marcoux
(Sébastien) : Écoutez,
lorsque, par exemple, vous travaillez... ou vous faites une réfection d'un certain
ouvrage, dans les conditions existantes,
alors, peut-être à la base, lorsque la conception est faite uniquement, c'est très
difficile de connaître les conditions
existantes de l'ouvrage. Alors, lorsqu'on travaille dans un mode de contrat alternatif,
où on va travailler avec les différents partenaires, autant avec le donneur
d'ouvrage qu'avec un entrepreneur, avec le concepteur,
où les trois vont travailler ensemble, on dit : Écoutez, si on regarde, au
niveau du maintien de la mobilité, puis on fait une emphase sur le maintien de la mobilité, au lieu de faire
uniquement regarder la conception
comme telle, bien, dans son ensemble,
c'est bénéfique au niveau du projet. Alors, lorsqu'on a tous les experts autour
d'une table plus tôt dans le projet,
c'est là que c'est bénéfique, c'est de travailler ensemble avec tous les
partenaires. Alors, ça, c'est un exemple, là, lorsqu'on travaille, entre autres,
dans l'existence, parmi d'autres.
M. Dubé : Je vais faire comme mon collègue, parce que je pense que c'est
important, là, je ne veux pas mettre des mots dans votre bouche que vous ne dites pas, mais je veux que les gens
comprennent qu'un des grands enjeux qu'on a, en ce moment, sur le manque de crédibilité de
réalisation d'un projet, entre l'estimé du coût puis le coût final, est souvent
beaucoup peu réalisé en amont, c'est-à-dire lors de l'estimé. Puis si on va avec un processus non applicable, qui
est peut-être moins applicable,
comme, par exemple, le processus du plus bas soumissionnaire, bien,
on se retrouve avec des estimés qui nous
viennent... ou d'un engagement qui est beaucoup plus bas et qui va s'avérer fautif durant le
processus, alors que, si on avait eu un mode alternatif qu'on a le droit
de faire, on aurait eu une meilleure collaboration pour arriver à un estimé beaucoup
plus certain. Est-ce que c'est ce que je comprends que vous dites?
M. Marcoux
(Sébastien) : Absolument.
M. Dubé : O.K. Je veux
que les gens comprennent bien que...
et que ce n'est pas du tout un changement que l'on veut faire ici, parce que le gouvernement a déjà cette latitude-là en ce moment. Bon, je vais passer la parole à
un de mes collègues. Merci pour votre réponse. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Simard) : M. le député de Rousseau.
M. Thouin : ...M. le Président. Donc,
heureux de vous revoir. On a eu le privilège de se rencontrer à l'automne
dernier, lors de ma tournée de l'industrie de la construction. J'ai eu le
plaisir d'échanger avec certains membres de votre organisation.
Revenons rapidement, là, sur la règle du plus bas
soumissionnaire. Ce que je comprends, juste être certain que je comprends bien votre position, c'est généralement
bon, mais pas toujours le meilleur, dépendamment du type de projet, et
que, par exemple, l'ajout d'un facteur qualité pourrait être un exemple ou
aussi les différents modèles, là, IPD et compagnie, là, d'autres types de
réalisations, là, qui existent de plus en plus ailleurs. Mais ici, on est comme
pas mal encarcanés, malgré les autres
options qui existent déjà au gouvernement, mais on travaille à peu près
toujours avec le même type, là... On va au plus bas soumissionnaire
puis... Bon.
Quelques questions. Tantôt, les gens de l'ACQ nous
ont dit que c'était un processus, souvent, qui est inutilement lourd, sachant bien que l'objectif principal, je
dirais, presque exclusif du projet de loi n° 61,
c'est de réduire ces délais indus là.
Corrigez-moi si je ne dis pas la vérité ou les bonnes choses, est-ce que c'est
exact, à votre connaissance, qu'il y a plusieurs
entreprises qui ne font plus affaire avec l'État actuellement? Est-ce que vous
savez ça, s'il y a des entreprises de construction
qui disent : Nous autres, la relation qu'on a présentement... ne serait-ce
que parce que, bon, avec tout le temps d'attente
pour les divers permis, et ci, et ça, là, en plus qu'on va être payé, là, je ne
sais pas dans combien de temps, ça implique qu'il y a plusieurs
entreprises qui ont décidé de ne plus être sur la liste des soumissionnaires?
Mme Bourque
(Gisèle) : Bien, effectivement, il y a... Oui.
Le Président (M.
Simard) : Mme Bourque.
Mme Bourque (Gisèle) : Effectivement, il y a plusieurs... bien, il y a
quelques entreprises qui décident de ne plus soumissionner pour certains donneurs d'ouvrage qui agissent d'une
manière déraisonnable avec des clauses abusives, différents litiges en cours d'exécution des contrats qui ne se règlent
pas, une lenteur déraisonnable aussi à payer ce qui est dû à l'entrepreneur. Alors, il y a des entreprises,
effectivement, qui s'interrogent, qui décident de ne pas soumissionner pour
tel ou tel donneur d'ouvrage. Alors, peut-être, M. Marcoux aurait des
choses à ajouter à ce sujet-là.
M. Marcoux
(Sébastien) : Bien, écoutez, la vérité, là, Me Bourque, vous l'avez
dit, la réponse, c'est oui. Effectivement,
lorsqu'il y a un choix, des fois, entre une entreprise privée où vous allez
soumissionner versus un public, bien,
les gens ont le choix, un versus l'autre. Alors, c'est des décisions d'affaires
et tout ce qu'on a parlé rentre en ligne de compte dans un processus de dire : Écoutez, on a tant de
ressources, on va les mettre où exactement? Alors, c'est certain que
oui, la réponse, c'est oui.
M. Thouin : Êtes-vous d'accord avec l'idée que, quand on réduit la concurrence,
parce que, naturellement, s'il y a moins de joueurs qui sont intéressés
à soumissionner, donc on réduit la concurrence, est-ce que ça peut généralement
entraîner une augmentation des coûts, parce que c'est un incitatif, à un moment
donné, on est moins de joueurs à soumissionner, donc il y a des chances que ça
fasse augmenter les coûts de notre projet?
Mme Bourque (Gisèle) : Bien, écoutez, dépendamment du manque d'octrois
de contrats, évidemment, c'est le plus bas
soumissionnaire conforme. C'est le plus bas soumissionnaire conforme, quel que
soit le nombre de joueurs, les règles de fonctionnement des marchés
publics s'appliquent de toute façon, mais je ne vois pas vraiment en quoi ça pourrait faire augmenter les
coûts, non.
M. Marcoux (Sébastien) : Bien, l'important, c'est d'avoir le juste prix. Je pense que dans... c'est sûr que s'il
y a moins d'entreprises, comme dans n'importe quel domaine, assurément,
ça a un impact, ça pourrait avoir un impact, effectivement.
M. Dubé :
...M. le député de Saint-Jérôme, avez-vous une question, ou je peux...
M. Dubé : Après? O.K. Parce
que je veux revenir, parce qu'on va en parler beaucoup cette semaine, toute la notion de l'intégrité. Je l'ai posée au participant
précédent. C'est une question très ouverte, là, de ce qu'on a déposé dans le projet
de loi. Est-ce que vous voyez des éléments, selon vous, qui mettent
en doute l'intention du gouvernement de questionner l'intégrité? Parce que, comme vous dites, vous, vous faites
partie de
l'industrie qui en a eu, des difficultés avec cette notion d'intégrité, là, au cours des dernières années. Est-ce que
vous voyez, dans notre projet de loi, quelque
chose qui met ça en doute aujourd'hui?
Mme Bourque (Gisèle) : Nous, on ne voit pas de danger, parce que,
de toute façon, les organismes de contrôle vont toujours demeurer en
place dans le cadre de ce projet de loi là.
M. Dubé : Juste pour que les gens comprennent bien, là, avec quel organisme
de contrôle, le plus souvent, vous avez
affaire, pour rendre ça pratique, là, pour que les gens comprennent de quel organisme
on parle, qui sont les fameux contrepoids, là?
Mme Bourque (Gisèle) : On parle de l'Autorité des marchés publics, bien sûr,
mais on parle aussi de la Régie du bâtiment qui décerne les licences aux entrepreneurs. Alors, si un entrepreneur a commis une faute, une entrave à une
règle, un règlement ou une loi de la Régie du bâtiment ou à toute autre loi, il
va se voir se faire retirer sa licence. Et ça va continuer, même avec la mise
en place du projet de loi que vous étudiez présentement. Alors, c'est pour
cette raison que ça ne nous inquiète
pas, parce que la probité, l'intégrité des entreprises va demeurer. L'Autorité
des marchés publics va rester là aussi. Alors, ça ne nous inquiète pas,
non.
M. Dubé : Je pense que c'est important, puis je le mentionne, puis peut-être
que vous pouvez commenter, mais avant
la commission Charbonneau, l'Autorité
des marchés publics n'existait pas,
et c'était une des recommandations les plus
importantes, là. Les gens... on oublie ça, là, mais l'Autorité des marchés publics, ça date... C'est un petit peu plus qu'un an. On
est en train de considérer faire des aménagements, mais... Donc, vos entrepreneurs
savent que c'est là, ça existe, c'est
très actif. Et je pense que c'est important que les gens comprennent que ces
mécanismes-là sont là maintenant, ce qui n'était pas le cas avant la
commission.
Mme Bourque (Gisèle) : Et effectivement l'Autorité des marchés publics
est là pour protéger le public et pour protéger également les
entrepreneurs entre eux, là, de ceux qui...
M. Dubé :
...exemple, quand vous dites : protéger aussi les entrepreneurs.
Mme Bourque (Gisèle) : Bien, si un entrepreneur, un compétiteur qui
n'agit pas correctement, qui agit de façon frauduleuse, qui contrevient à des dispositions de diverses loi, bien,
pour lui, c'est un entrepreneur qui agit de façon intègre, ça lui cause
problème. Alors, c'est inacceptable, donc...
M. Dubé : On oublie, mais vous soulevez un bon point, Mme Bourque, un
entrepreneur qui se sentirait lésé, dans un processus d'appel d'offres, peut référer à l'AMP pour voir. Alors,
vous dites, c'est le public, mais c'est aussi les entreprises.
Mme Bourque (Gisèle) : Exactement. Alors, nous, on est totalement en
faveur de l'Autorité des marchés publics et puis on tient à ce que ça
reste là aussi.
M. Dubé :
Tout à fait. S'il me reste un peu de temps, j'aimerais peut-être passer la
parole à mon...
Le Président (M.
Simard) : 2 min 40 s. M. le député de Saint-Jérôme.
M. Chassin : Merci, M. le Président. En fait, j'ai une
question un peu rapide. Quand vous parliez de l'assujettissement des sociétés d'État, dont Hydro-Québec, j'imagine
que c'est parce que vous voyez un intérêt d'accélération aussi, peut-être
de simplification de processus lourd chez Hydro-Québec ou d'autres sociétés
d'État. Est-ce que vous pouvez...
Mme Bourque (Gisèle) : Oui. Alors, on a plusieurs de nos entrepreneurs qui travaillent pour Hydro-Québec depuis plusieurs années. Et on ne se le cachera pas, et on l'a dit
à plusieurs reprises de
toute façon, et on leur dit même à eux,
c'est très difficile. Les relations sont
difficiles, le règlement des différends est très long, laborieux. C'est
terriblement compliqué pour les entrepreneurs de faire affaire avec
Hydro-Québec.
Chassin : Permettez-moi peut-être de compléter, alors. Est-ce
que, parce qu'il y a une
partie peut-être de processus
internes aux sociétés d'État, puis il y a des mesures d'accélération prévues au
projet de loi n° 61,
est-ce que vous pensez que, spécifiquement, ces mesures d'accélération
là pourraient être intéressantes dans le cadre des contrats des sociétés
d'État?
Mme Bourque (Gisèle) : Nous, on considère que ça devrait être appliqué
aux sociétés d'État, telle Hydro-Québec.
M. Chassin : Puis en terminant, en fait, j'aimerais profiter
de votre expertise. Par rapport aux enjeux de main-d'oeuvre, il y a une volonté de relance économique,
notamment parce qu'on voit potentiellement, dans la construction privée, les
contrats privés. L'ACQ
nous a mentionné, entre autres, certains contrats qui tombaient. Donc, on veut
accélérer certains projets publics pour compenser. Est-ce qu'il peut
quand même y avoir des enjeux de main-d'oeuvre, par exemple des mains-d'oeuvre
spécialisées?
Mme Bourque (Gisèle) : Bien, voyez-vous, nous, sur les 200 projets
visés par le projet de loi n° 61, il y a à peu près 50 projets qui concernent le génie civil et voirie, répartis
dans 10 régions à travers le Québec. Alors, c'est quand même à peu près cinq projets par région, qui étaient
déjà planifiés d'avance et qui devaient être exécutés en 2023, qui sont tout
simplement devancés, alors, conjugués, bien sûr, aux contrats privés, comme
vous l'avez exprimé, qui sont retardés.
Bien sûr, on ne niera pas qu'il y a un problème de
pénurie de main-d'oeuvre. Il y en a un, problème, effectivement, mais, avec la CCQ, on est en pourparlers, les
syndicats et les parties patronales, pour trouver des méthodes pour
solutionner, en partie, ce problème de
pénurie de main-d'oeuvre. Alors, ça devrait être arrêté d'ici l'automne, ces
mesures-là. Ça devrait être concrétisé et mis en place le plus tôt
possible, nous l'espérons.
Le Président
(M. Simard) : Merci. M. le député de La Pinière.
M. Barrette : Oui. Merci, M. le Président. Alors,
Mme Bourque et M. Marcoux, je vais être rapide pour laisser la
parole à ma collègue. J'entends de vous, là,
que, vous aussi, il y a un enjeu de paiement, là, qui n'est pas avec les
contrôles, qui n'a rien à voir avec 50, ça
pourrait être réglé autrement. Disons-nous donc une affaire, Mme Bourque,
là. Ils sont arrivés la semaine dernière au gouvernement avec des
amendements pour les restaurants, ils auraient pu arriver avec un amendement très simple pour mettre, dans la loi,
le décret de 2018, puis ça aurait réglé votre problème, n'est-ce pas?
Très bien. On n'a pas besoin de 61 pour ça. Très bien.
Alors, M. Marcoux, j'ai une question pour
vous, bien simple. Parce que je le sais que, dans le fond, là, et là je prête
des intentions, ce que je n'ai pas le droit
de faire, parlementairement parlant, mais je soupçonne le président du
Conseil du trésor de vouloir beaucoup jouer
dans l'adjudication, là, le prix, le plus bas soumissionnaire. Je soupçonne, je
ne dis pas qu'il veut le faire.
Alors, M. Marcoux, là, je vais vous poser un cas de figure bien simple. Je
ne sais pas lequel de vous deux a une
expérience pratique de la voirie. C'est vous? Expliquez-moi la chose suivante,
M. Marcoux. On construit des routes au Québec, la 20, la 40, qu'on refait, là, par bouts, deux ans après, il y
a des roulières. C'est-u un problème de devis, ça, ou c'est un problème
d'exécution, ou un problème de contrôle?
M. Marcoux (Sébastien) : Écoutez, je n'ai pas travaillé sur ces
projets-là, ça fait que je ne peux pas vous répondre.
M. Barrette : Alors, dans un projet de route où, deux ans
après, il y a des roulières, c'est le devis qui est mal fait, c'est les produits qui ne sont pas les bons
utilisés, c'est le contrôle qui n'a pas été fait? Parce que vous remettez en cause
le problème du plus bas soumissionnaire.
Moi, je vous dis simplement que, si le devis est bien écrit et que les travaux sont
bien contrôlés, il n'y aura pas de roulière
sur nos autoroutes deux ans après, et on ne fera pas, comme sur la Métropolitaine,
remettre de l'asphalte dans les roulières,
comme on fait sur la 20 et la 40. Je suis arrivé hier soir, là, puis j'avais
l'impression de faire du surf, là. Je n'ai
pas hâte à cet été, quand que ça va être de l'aquaplaning, parce que là c'est
des rivières en devenir.
La question que je vous pose, là : Le plus
bas soumissionnaire, quand le devis est bien fait, quand les travaux sont
contrôlés, c'est quoi, le problème?
M. Marcoux (Sébastien) : Bien, on n'a pas dit qu'il n'y avait pas de
problème. Tout ce qu'on a dit, c'est que, dépendamment du type de
travaux à faire, il y a des modes d'adjudication de contrat qui sont
préférables par rapport à d'autres.
M. Barrette : Je vous interromps là-dessus, si vous me
permettez. Lorsque vous prenez l'exemple que vous avez pris, à savoir que, pour maintenir la mobilité, on
fait des appels d'offres qui mettent en cause plusieurs types d'entrepreneur
pour maintenir la mobilité, ça devient une
entité qui peut être traitée comme étant une soumission commune avec un
plus bas soumissionnaire. Ça s'est fait dans d'autres domaines, n'est-ce pas le
cas?
Le Président
(M. Simard) : M. Marcoux.
M. Marcoux (Sébastien) : Là, ce n'est pas tout à fait l'exemple que
j'avais donné, là. C'était plus au niveau d'un soumissionnaire, alors ça n'avait pas rapport avec d'autres entreprises.
Mais alors j'ai de la misère un petit peu à suivre votre question, là.
M. Barrette : O.K. Je vais terminer là-dessus. Est-ce que vous
avez un problème à ce qu'il y ait plus de contrôle des contrats octroyés
par le gouvernement?
M. Marcoux
(Sébastien) : Plus de contrôle au niveau de la qualité?
M. Barrette :
Plus de contrôle à partir des organismes qui ont le pouvoir de contrôler.
M. Marcoux
(Sébastien) : Absolument pas.
M. Barrette : Très bien, merci. Je
passe la parole à ma collègue.
Le Président (M.
Simard) : Mme notre collègue d'Anjou—Louis-Riel.
Thériault : Merci, M.
le Président. À la page 4 de
votre mémoire, vous dites : «La suspension des travaux de construction qui a été décrétée du 25 mars au
11 mai dernier a eu un impact considérable pour les finances des membres
de l'ACRGTQ qui sortent de cette crise affaiblis.»
Ça représente quoi? Combien, s'il vous plaît?
Avez-vous un estimé?
Mme Bourque (Gisèle) : Excusez-moi,
vous êtes à la page 4?
Thériault : Oui, à la page 4, où vous dites que l'arrêt
des travaux a un impact considérable sur les finances de vos membres qui sortent de la crise affaiblis parce que
les travaux ont été arrêtés du 25 mars au 11 mai. Est-ce que vous avez une idée de l'impact
financier au niveau des pertes? Combien ça a été dur pour vos membres?
Mme Bourque (Gisèle) : Un impact
financier, c'est difficile...
M. Marcoux
(Sébastien) : Il y a
certaines choses là-dedans qui sont encore à être calculées. Il faut comprendre
que, quand qu'on arrête un projet pour une
période de cinq ou six semaines, alors, il faut évaluer les impacts, parce que, dans certains cas, on ne les connaît pas tous encore. Alors, on ne peut pas
donner de... Alors, c'est les prochains mois qui vont vraiment le dire.
Thériault : Dans votre mémoire, à la page 6, dans la même
lignée, vous dites : «Qui [est plus], la fermeture abrupte des chantiers de construction décrétée par
le gouvernement a entraîné indubitablement des retards sur plusieurs
chantiers.»
Est-ce que vous savez combien de retard on a sur
les chantiers présentement? Est-ce que c'est simplement le nombre de semaines
qui a été arrêté ou si on peut penser que c'est peut-être plus considérable que
Bourque (Gisèle) : Peut-être
le nombre de semaines, bien sûr, où ça a été arrêté. Puis après ça, bien, c'est
sûr que les chantiers ont repris, mais ça
reprend quand même relativement lentement, parce qu'il y a la mise en place de toutes les mesures sanitaires, il y a aussi qu'il y a des
délais aussi qui se rattachent à tout ça, là, pour l'exécution des travaux.
Thériault : Parfait.
Dans votre mémoire, toujours à la page 6, au même endroit, vous
dites : «...dans plusieurs contrats,
les entrepreneurs en construction sont exposés à des différentes pénalités en
cas de non-respect des échéanciers.»
Est-ce qu'on
doit comprendre que pour les contrats qui avaient déjà été octroyés avant COVID
et ceux qui seront après... au cas où
qu'on resuspende les chantiers encore? Parce que, techniquement, ce n'est pas
le président du Conseil du trésor ni
le premier ministre qui décident, c'est supposé d'être la Santé publique. Ça
fait qu'il y a un fait, c'est qu'on pourrait encore suspendre les chantiers dans quelques mois. Est-ce que vous
demandez que ces clauses-là de pénalité soient enlevées pour ne pas que
vous ayez à payer le prix du retard COVID? On va appeler ça comme ça.
Bourque (Gisèle) : C'est
certain que, dans un monde idéal, ce serait parfait d'enlever les clauses de pénalité,
puisqu'il est à craindre qu'une deuxième
vague survienne ou, en tout cas, on verra... on espère bien que non, mais, si
ça arrivait, bien, il ne faudrait pas revivre toute cette complexité
qu'on a vécue.
Thériault : J'imagine
que, dans le projet de loi, vous aimeriez voir une clause en cas d'arrêt
chantiers COVID pour pouvoir vous protéger? Ça aiderait beaucoup plus la
chose.
Bourque (Gisèle) : C'est sûr
que ça serait d'un grand intérêt pour les entrepreneurs que nous représentons.
Thériault : Parfait.
À la page 8, petite question pour vous, dans le bas, vous dites :
«Nous reconnaissons par ailleurs que
le ministère des Transports du Québec, en collaboration avec l'industrie,
travaille depuis plusieurs mois sur cette question», en parlant de propositions dans le cadre de l'octroi des
contrats publics. Ça veut dire qu'il y a un comité. «Les travaux de ce groupe de travail et les
recommandations qui en découlent devraient être mis en oeuvre dans le cadre du
plan de relance de grande envergure.»
Vous avez travaillé combien de temps à ce
comité?
Mme Bourque (Gisèle) : Excusez-moi,
votre question... la dernière...
Thériault : C'est ça,
vous avez travaillé combien de temps sur ce comité-là qui existe au ministère
des Transports?
Mme Bourque (Gisèle) : Le comité
avec le ministère des Transports?
Bourque (Gisèle) : On a
commencé à discuter avec le ministère des Transports dès le début de l'arrêt des
travaux, et on a discuté sur une base très
régulière, et on a rencontré, vraiment, une très belle ouverture de la part du
ministère des
Transports. Ils ont collaboré avec notre association pour essayer de trouver
des façons de faire équitables et à l'avantage de tout le monde, hein, pas juste à l'avantage des entrepreneurs, mais à
l'avantage aussi du donneur d'ouvrage et, en bout de piste, des
citoyens, qui vont bénéficier de ces travaux-là.
Mme Thériault : À la
page 11 de votre mémoire, vous dites, dans les sélections des projets
ciblés, que vous constatez que «les projets
visés par l'annexe I du projet de loi constituent, pour le domaine du
génie civil et de la voirie, en très
grande
partie des projets pour la construction de nouvelles infrastructures.»
Il y en a à peu près 55, projets. Il y en a qui touchent le REM, le
métro d'Anjou... qui va jusqu'à Anjou, pas le métro d'Anjou, quand même,
il y a plusieurs stations. Il y a des
projets qui vont toucher aussi les voies ferrées, il y a des projets qui
touchent des ponceaux, des autoroutes, il
y en a à peu près 55, grosso modo, là, à peu près 55, je n'ai pas compté les
infrastructures du MTQ, là. On comprend que c'est une bâtisse, donc ça
ne vous touche pas.
Est-ce que
vous avez regardé cette liste-là d'une manière exhaustive pour savoir est-ce que c'est vraiment juste des
nouveaux projets? Non?
Bourque (Gisèle) : Non, non.
Alors, comme je disais tout à l'heure, il y a 55 projets répartis en 10 régions
et, parmi eux, il y en a beaucoup
qui devaient être exécutés en 2023. Donc, ils étaient déjà prévus, c'est simplement qu'ils sont devancés. Alors, il y a quelques gros chantiers
mais il y en a d'autres beaucoup plus petits aussi. On a également
le pont de l'Île-d'Orléans qu'on attend depuis très longtemps, alors on
ne peut qu'applaudir que ça se réalise finalement. C'est un exemple.
Thériault : Par contre, vous dites également
que... vous soulignez que «les travaux des maintiens des actifs, comme
les travaux de réfection de pavage, devraient être aussi priorisés.»
On ne les
retrouve pas là-dedans. Ça serait aussi quelque chose au niveau
de la relance économique, ce n'est pas juste dans les nouveaux contrats?
Mme Bourque (Gisèle) : Oui, les
nouveaux contrats, c'est très beau, c'est très intéressant, mais la réfection, l'entretien du réseau routier, c'est fondamental aussi. Il ne faudrait pas le négliger, il ne faudrait pas l'oublier,
parce que, si on néglige l'entretien,
c'est comme une maison dont on néglige l'entretien, on se retrouve avec des
bris majeurs qui vont occasionner des coûts exorbitants également.
Alors, c'est pour ça qu'on trouve important de le réitérer.
Thériault : On comprend aussi que vous demandez à ce que ce
ne soit pas les entrepreneurs qui vont assumer les coûts supplémentaires liés à la COVID-19, vous aimeriez que le gouvernement mette, dans ses appels
d'offres, une
section COVID et qu'il ramasse la facture. O.K.
Vous terminez
votre mémoire en disant : «Enfin, la préoccupation constante doit demeurer le maintien de l'intégrité
de l'industrie ainsi que la protection des entrepreneurs honnêtes et
respectueux des lois et règlements en vigueur qui représentent majoritairement
l'industrie de la construction.»
Je suis d'accord avec vous. Par contre, vous
savez comme moi... puis je trouve ça particulier, parce que vous l'avez
placé...
Le Président (M. Simard) : En
conclusion.
Thériault : ...le petit dernier paragraphe, bien, vous savez
comme moi qu'une pomme «pourrite» quelque
part c'est facile à arriver,
et il n'y a rien, dans le projet de loi, qui prévoit
accélérer la suspension d'un permis de quelqu'un qui aurait une coche
mal taillée. Il n'y a rien là-dedans.
Le Président (M. Simard) : Merci à
vous, Mme la députée. M. le député de Rosemont.
M. Marissal : Merci,
M. le Président. Merci. Bonjour. Vous
dites, là, que vous souhaitez que des mesures adoptées par 61 pourraient devenir, dans un monde idéal,
permanentes par la suite. Bien, est-ce que ce n'est pas un peu de facto ce qui arrive, puisque la loi, elle aura de facto
plus une portée de cinq ans que de deux ans et qu'une fois franchi le
Rubicon il sera difficile de revenir en arrière?
Bourque (Gisèle) : Bien, écoutez,
si c'est le cas... de toute façon, on va voir à l'usage, hein, les bienfaits
des dispositions qui sont incluses dans ce projet de loi là. Dans l'ensemble, nous, on croit qu'il va y avoir des avantages plus
que des inconvénients. Et, si c'est le cas,
bien, on ne peut qu'applaudir que ça demeurera permanent. Alors, on est bien à l'aise
avec ça, parce qu'il n'y a pas beaucoup de mesures que nous souhaitions qu'elles soient
mises en place déjà. Alors, si c'est le cas, tant mieux.
Marissal : Avez-vous lu,
l'un ou l'autre, ou les deux, le rapport de la Vérificatrice générale, la
semaine dernière, concernant précisément le MTQ? Pas besoin de vous
refaire la lecture. Alors là, il y a quand même un grand nombre d'estimés qui
sont encore, bien, inadéquats, 44 % pour être exact.
Qu'est-ce
qu'on se donne comme outil dans un projet de loi, comme le projet de loi
n° 61, pour que ça, ça change? Parce
que, quand ça part mal à l'estimation, ça se peut... tu sais, c'est comme une
balle de golf, hein, quand tu la tires dans le bois, tu ne peux pas la ramener. Ça fait que, quand ça
part croche, ça
part croche, là. Qu'est-ce qu'on a comme outil? Étant donné
qu'on va accélérer les travaux, qu'on va raccourcir les délais, qu'est-ce qu'on
se donne comme outil dans 61, justement, pour que la balle parte droite?
Bourque (Gisèle) : Je ne
veux pas répondre dans l'ouvrage, qui est le ministère des Transports,
mais, à mon avis, si ce rapport-là m'était destiné comme donneur
d'ouvrage, je prendrais toutes les mesures pour que, justement,
les estimations soient faites de façon
la plus rigoureuse possible. Alors, je mettrais en place peut-être...
j'additionnerais le nombre d'estimateurs, je mettrais des mesures en
place. Mais, tu sais, encore une fois, il faudrait poser la question au ministère
des Transports, mais je suis convaincue que le ministère des Transports prendra
les mesures pour corriger ces lacunes.
Marissal : Mais de votre
position, vous devez en voir, des horreurs, à l'occasion, là. Je comprends
que le MTQ, c'est votre partenaire,
là, puis il faut faire preuve de diplomatie, mais, que d'accélérer et que de
couper ce qu'on appelle parfois le «red tape», est-ce que ce n'est pas justement
faire en sorte qu'on va avoir encore plus de problèmes?
Mme Bourque (Gisèle) : Bien, je
vais... Non. Ce n'est pas la première fois, de toute façon, hein?
Le Président (M. Simard) : Merci,
madame. Merci. M. le député de René-Lévesque.
Ouellet : Merci. Donc, à mon
tour... Merci d'être présents. J'aurai la même question que le groupe juste avant.
Si on enlève l'article 50 du projet de loi, et je vous donne justement les adoptions telles que décrétées pour le délai de paiement, et je rajoute à ça, en plus, le fait que
vous pouviez commencer plus tôt certains contrats, est-ce que
ça, ça serait suffisamment, selon vous, pour remettre l'économie et de
faire travailler notre monde?
Bourque (Gisèle) : Bien, ce
que vous venez d'énoncer, ça ne suffirait pas, parce qu'il y a beaucoup
d'autres éléments que nous, on aborde dans notre mémoire. Vous ne les
avez pas nommés. Alors, il y a d'autres aspects, là.
M. Ouellet : Donc, pour vous, ça
prend tout ça pour construire des routes puis faire des chemins.
Bourque (Gisèle) : Bien, pas
juste des routes, là. Tu sais, les travaux de génie civil, c'est quand même
plus large que les routes.
M. Ouellet : Si je comprends bien,
pour mettre le Québec en marche, vous avez besoin de toutes ces recommandations-là.
Bourque (Gisèle) : Dans un
monde idéal, pour que tout fonctionne le mieux possible sur les chantiers avant,
pendant l'exécution des travaux et après, dans l'intérêt de tous.
Ouellet : O.K.
Donc, si je comprends bien, avant la pandémie, ça fonctionne moins bien, mais,
à cause de la pandémie, si on mettait ça de l'avant, ça fonctionnerait
mieux.
Mme Bourque (Gisèle) : Le projet de
loi?
Mme Bourque (Gisèle) : Oui, bien sûr.
Ouellet : O.K.
Donc, vous avez besoin de tout ça, pas... Tout ce buffet-là, là, est nécessaire.
Parce que moi, j'essaie de circonscrire, là, le «nice to have» à
l'essentiel. Moi, je vous le dis, on a entendu des groupes nous dire : On
a besoin de liquidités. Je vous donne la
liquidité. Vous voulez commencer plus tôt? On commence plus tôt. Vous voulez,
dans certains cas, partager des frais COVID?
Je suis capable de vous l'accorder là-dessus. Mais tout le reste, vous avez
besoin de tout ça pour que ça soit efficient
et efficace? Si vous n'avez pas ça, vous êtes capable de dire aux Québécois,
Québécoises : Vous savez quoi, le milieu de la construction après la
pandémie, ça ne fonctionnera pas?
Mme Bourque (Gisèle) : On pourrait
fonctionner quand même, mais difficilement.
M. Ouellet : Difficilement.
Bourque (Gisèle) :
Difficilement. Et, quand vous me nommez les choses, s'il n'y a pas de projet de
loi n° 61, si
on vous donne ceci et cela, bien, il faut que ça soit tout de même enchâssé
dans un texte législatif. Vous nous donneriez ça de quelle façon? Le
gouvernement nous donnerait ça de quelle façon?
M. Ouellet : Le président du Conseil
du trésor vous a dit : Pour l'adjudication des contrats, il y a déjà des dispositions qui sont déjà existantes. On pourrait effectivement ne pas aller, dans certains cas, sur des plus bas soumissionnaires.
On a déjà cette opportunité-là. En quoi le projet de loi n° 61
irait plus loin?
Mme Bourque (Gisèle) : Bien, avec les difficultés que vivent les entrepreneurs, qu'ils vivaient auparavant, qu'ils vivent de façon accrue avec le
contexte COVID, ce sont des mesures qui...
<5369
Le Président (M. Simard) : Merci, madame. Alors,
merci à vous deux de votre présence.
Nous allons maintenant suspendre nos
travaux quelques instants, le temps de faire place à nos
prochains invités.
(Suspension de la séance à
11 h 43)
Le Président (M.
Simard) : À l'ordre! Alors, nous allons reprendre nos travaux.
M. Boyer, M. Boisjoly, soyez les bienvenus.
Auriez-vous l'amabilité brièvement de vous présenter? Et vous savez que vous
disposez de 10 minutes pour votre présentation.
Boyer (Daniel) : Merci. Donc, Daniel Boyer. Je suis le
président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec.
M. Boisjoly
(Éric) : Éric Boisjoly, directeur général, FTQ-Construction.
Boyer (Daniel) : Et vice-président de la FTQ, quand même.
Le Président (M.
Simard) : À vous la parole.
M. Boyer (Daniel) : Merci,
M. le Président. M. le ministre, Mmes, MM. les députés, on veut d'abord saluer l'effort du gouvernement pour accélérer les projets d'infrastructure, et ce, dans le but de relancer l'économie. Nul doute que certains
projets sont essentiels au développement des communautés, construction ou rénovation d'infrastructures scolaires et de santé,
parachèvement ou développement d'infrastructures de transport, modernisation de certaines voies
de communication, commerce dans des régions ressources éloignées ou en difficulté.
Par contre,
il n'y a aucun projet concernant les CPE. Du travail pour
les travailleurs et travailleuses de la construction, mais pas du travail
pour tous les travailleurs qui détiennent déjà leur carte de compétence, pas de
chômage pour les travailleurs compétents. C'est ce qu'on revendique, entre
autres, en région, s'assurer que les nouveaux travailleurs, nouvelles travailleuses aient accès à la formation
et détiennent les compétences pour effectuer les tâches pour lesquelles
ils sont embauchés.
On embrasse large en termes de projets. On
constate que l'ensemble de ces projets ont des impacts régionalisés
multiples. Mais déjà, le
titre un peu pompeux, Loi visant la
relance de l'économie du Québec... comme si la relance économique du Québec ne dépendait que du béton. C'est vrai que le
secteur de la construction est un secteur important dans l'économie du Québec, mais ce n'est pas le seul
moteur de l'économie et de création de richesse. Ceux et celles qui ont perdu leur job ne travailleront pas tous dans le
secteur de la construction ou comme préposés aux bénéficiaires. Plusieurs de ces projets figuraient déjà au PQI, mais on est en
droit de se demander qui a choisi ces projets-là, comment et surtout pourquoi.
C'est là le coeur du problème avec ce projet de loi. Qui a
été consulté concernant ces projets? Où est la concertation, le dialogue social? Où est la mesure de contrôle publique,
alors qu'on accélère tout, qu'on coupe court aux évaluations, aux processus et aux règles d'attribution de contrats?
Est-ce qu'on va se retrouver avec du n'importe quoi cheap un peu partout, qui va nous péter au visage
dans quelques années? Si ce projet de loi est si important, pourquoi le faire adopter en toute hâte? L'Assemblée nationale
a déjà siégé durant l'été. Si ce projet de loi est fondamental pour la relance de l'économie du Québec, on aurait été en
droit de s'attendre à un processus transparent, permettant une véritable
discussion entre les parties et entre le
gouvernement et la société civile. On rate une occasion de redéfinir sur
quelles bases on souhaite relancer l'économie du Québec.
Je chiale souvent que
les délais pour préparer une réponse adéquate à un projet de loi sont trop
courts. Bien là, bravo, vous avez
battu tous les records. Invitation vendredi 5 juin 2020,
12 h 47, pour être ici lundi 8 juin 2020, 11 h 45. Un gros 7 h 58 min ouvrable pour
préparer une réponse adéquate. C'est pour ça qu'on n'a pas de mémoire, je m'en
excuse. Mais je ne devrais même pas m'en
excuser, mais c'est pour ça qu'il n'y
a pas de mémoire. Puis ce n'est pas l'habitude
de la FTQ, loin de là, vous le savez. Même
pas une semaine pour faire l'étude du projet
de loi. C'est un quasi-bâillon, à la fois pour la société civile que
pour les parlementaires. Ce n'est pas sérieux, compte tenu de l'ampleur du
projet de loi.
On peut juger de la précipitation et de
l'improvisation du projet de loi à l'ampleur des amendements déposés par
le ministre le lendemain du dépôt du projet de
loi. 31 pages, dont des amendements modifiant la
Loi sur les permis
d'alcool, comme si c'était une mesure aussi
structurante pour l'économie que des projets d'infrastructure publique.
D'ailleurs, intégré au projet de loi, on ne retrouve pas d'article aussi
détaillé sur un enjeu aussi particulier.
Bafouer
les droits fondamentaux. Le gouvernement se donne tous les pouvoirs. Curieux
que le gouvernement maintienne l'état
d'urgence sanitaire pour deux ans sans qu'on sache pourquoi il se donne deux ans,
sur quelle base, en consultation avec qui. Je souhaite rappeler au gouvernement que le parti
au pouvoir est majoritaire, très majoritaire, et ce, jusqu'au
3 octobre 2022.
Curieux qu'à
plusieurs reprises le projet de loi s'applique à lever l'imputabilité des
ministres et organismes et à leur conférer une quasi-immunité pour agir,
et décider, et opérer dans la précipitation.
Curieux que
les contestations face aux expropriations ne soient plus possibles, même
celles déjà en cours sont kaput. On
peut s'adresser aux tribunaux que pour se faire rembourser des frais de justice
et des dépenses liées à l'audience, point.
Curieux qu'on réduise la reddition de comptes à
sa plus simple expression, un article. Un article,
article 29,
trois phrases.
Curieux qu'on ratatine les délais de certains
mécanismes réglementaires.
Curieux qu'on scrape le processus d'acceptation
environnementale par une compensation financière en environnement. Quel est le montant, comment est-il déterminé? Ça doit
être une version du XXIe siècle d'une cent la tonne de Duplessis,
une cent du milieu humide.
Curieux, ce
fameux
article 36. Cet
article seul aurait été suffisant pour octroyer
tous les pouvoirs au gouvernement et
à ses ministres. Je lis : «...le gouvernement peut [...] prendre toute
mesure qu'il estime nécessaire afin d'apporter tout aménagement à toute disposition d'une loi, autre
que la présente loi ou d'un règlement, autre qu'un règlement pris en vertu
de la présente loi...»
J'ai employé le mot «curieux», mais il aurait
été plus juste d'employer un mot qui est plus... totalement inacceptable dans
une société démocratique comme le Québec.
Avec ce
projet de loi, on semble confondre déconfinement et relance économique. Je veux
laisser quelques minutes à mon
confrère, là. Mais le déconfinement est nécessaire et doit être opéré avec
prudence et transparence, et vise le court terme. Il peut être
«top-down», compte tenu des pouvoirs conférés par l'état d'urgence.
La relance économique doit être planifiée et
discutée avec les acteurs concernés, rassembleuse, partagée et mobilisée, et doit être conçue en fonction du long
terme, tout le contraire de l'actuel projet de loi. Il va falloir un plan
plus robuste que ça pour qu'on relance
l'économie du Québec. Un plan de relance économique crédible passe nécessairement
par l'implication des partenaires sociaux et
économiques pour repenser à fond le tissu économique et identifier les enjeux
rassembleurs et cohérents.
La relance
nous concerne tous. Un exercice en vase clos ne donne comme résultat qu'un
déficit démocratique. Les Québécois
et Québécoises aspirent à une société plus juste, plus égalitaire et plus
solidaire, puis c'est pour ça qu'il faut qu'on se parle. Éric?
Boisjoly (Éric) : Oui, je
vais faire... j'aurais dit la même affaire, mais pas dans les mots de Daniel.
Non, mais, pour l'industrie de la
construction, nous, c'est sûr qu'économiquement on est contents que la relance
se fasse, mais pas à n'importe quel
prix. J'ai entendu mes confrères patronaux aussi, parce qu'on siège avec
eux sur certains comités, parler du soumissionnaire le plus bas,
parler de la main-d'oeuvre, mais c'est des enjeux...
Puis j'ai rencontré monsieur ici, voilà quelques
mois, concernant la main-d'oeuvre, puis on a dit que l'impact majeur pour la main-d'oeuvre dans l'industrie de
la construction, c'était la planification des travaux. Mais je pense que,
là, on ne parle pas de planification des
travaux. On les garroche puis on les met de l'avant, puis rapidement. Ça, c'est
la crainte, parce que je pense que ça va mettre une pression sur la
main-d'oeuvre... que nous, on dit que c'est une rareté, la main-d'oeuvre de certaines régions. On a eu une
problématique de pénurie avant... après la pénurie de main-d'oeuvre dans
l'industrie de la construction... Nous, on
dit qu'il n'y a pas de pénurie de main-d'oeuvre de la construction, il y a une rareté
dans certaines régions. Puis ce qu'on ne voit pas dans ce projet de loi là,
c'est qu'on parle des travailleurs, on a eu ce discours-là, mais on ne parle
pas des travailleurs de région.
Historiquement,
depuis 1975, dans l'industrie de la construction, c'est de 980 à
1 020 heures par année que les travailleurs, travailleuses de
l'industrie font. Il ne faut pas être fort en mathématiques pour comprendre
qu'il y a une problématique. Même dans un
contexte de pénurie, nos gens, en 2019, 2018, ont quand même fait
1 000 heures de moyenne par
année. La main-d'oeuvre est là dans l'industrie, elle est compétente, elle est
dans les régions. Les conventions collectives permettent d'aller chercher ces travailleurs-là, mais on ne voit pas
rien sortir du gouvernement, de dire qu'on va, dans le fond, privilégier
la main-d'oeuvre régionale, même si on a besoin de l'exproprier dans d'autres
régions.
Il ne faut
pas oublier que, les conventions collectives de l'industrie de la construction,
bien, il y a des lacunes. Puis, tu sais, on veut aller de l'avant avec
des projets de loi rapides, mais il y a des lacunes d'application de
conventions collectives. Puis, quand on
parlait du plus bas soumissionnaire, bien, les lacunes d'application de
conventions collectives... mais
l'industrie de la construction ne peut pas griefer son entièreté des
conventions collectives. Ça, ça met une pression négative. C'est que le plus bas soumissionnaire, bien, qu'est-ce qu'il
va faire? Bien, il va bafouer les droits des travailleurs, il va bafouer les droits des travailleurs en santé
et sécurité au travail pour aller plus rapidement dans les projets, pour
les exécuter plus rapidement. On parlait de qualité de projet, mais c'est tout
un impact négatif de précipiter les choses.
On a des
travailleurs compétents. Présentement, on avait déjà un projet de loi, puis
Mme Bourque tantôt en a parlé, la
Commission de la construction, c'est un projet de rareté de main-d'oeuvre pour
rentrer du monde dans l'industrie. Mais on ne peut pas rentrer du monde compétent sans formation. Ça fait que,
si on va rapidement avec des projets puis on a besoin d'un surplus de travailleurs, il y a un mécanisme qui est déjà là
actuellement, qui est l'ouverture des bassins, mais ça, c'est... on rentre des gens sans compétence dans
l'industrie. Ça fait que comment on va faire des projets pour relancer l'économie du Québec avec des gens qui n'auront
peut-être pas la compétence d'exécuter des travaux qui vont durer?
Ça fait que
c'est plusieurs questions qu'on a à lancer, c'est plusieurs questionnements
qu'on a avec ce projet de loi là. On ne se sent pas à l'aise. On se sent
à l'aise avec la relance de l'économie. Je pense que les travailleurs,
travailleuses de l'industrie ont répondu, mais là... Merci.
Le Président (M. Simard) : Merci. Vous êtes bien aimable. Ça passe vite,
hein? Alors, M. le ministre, à vous la parole...
Le Président (M.
Simard) : À l'ordre, s'il vous plaît! À l'ordre!
Le Président (M.
Simard) : Bien là, on écoute le ministre pour l'instant.
M. Dubé : Alors, M. Boyer, M. Boisjoly, content de vous revoir. Comme
les gens savent, on travaille beaucoup ensemble, en ce moment, sur
d'autres projets, notamment la négociation des conventions collectives. Je suis
certain qu'il n'y a aucun lien entre votre
ton aujourd'hui et la négociation des conventions collectives. Je suis certain
qu'il n'y en a aucun puis j'apprécie toute la justesse de vos
commentaires aujourd'hui.
J'en ferais quelques-uns. J'en ferais
quelques-uns. Je ferais quelques commentaires puis je vous donnerai le choix,
parce que, je l'ai toujours dit, on va finir
par s'entendre même si des fois c'est plus difficile. Alors, mettons les négos de
côté pour une minute.
Vous avez dit tout à l'heure qu'on demande que
l'urgence santé soit reconduite pour deux ans. Ce n'est pas ça du tout que le projet de loi dit. Le projet de loi ne
demande pas de reconduire l'urgence santé pour deux ans. Ce qu'il
dit, c'est que le gouvernement peut décider
de reconduire l'urgence santé pour une période, mais on n'a pas parlé de
deux ans. Je veux juste vous le mentionner. C'est très, très
important, parce que ça a été véhiculé, là, puis je ne mettrai pas de coupable
là-dedans, là, mais il n'y a pas personne qui a parlé de... Juste une
précision.
La deuxième, vous
avez fait un lien en disant que le plan de relance, ce n'est que du béton. Là,
vous allez me permettre de vous dire que le
projet de loi n° 61 qui porte sur des infrastructures, c'est sûr que ça va
porter sur du béton, parce qu'on
parle ici d'écoles, de routes et d'hôpitaux. Mais le plan de relance,
M. Boyer, puis vos membres le savent, que le gouvernement met en place à chaque jour, à chaque semaine a...
Regardez, puis je donne un exemple, parce que vous le savez très bien, l'argent que l'on met, juste avec
nos préposés aux bénéficiaires, les fonds que l'on met en santé sur les
ressources humaines, on parle de milliards par année.
Alors, le plan de
relance du gouvernement, en ce moment, dans ce contexte-là, n'est pas que du
béton. On travaille sur un plan de relance
qui inclut des mesures pour les entreprises, qui est en conjonction avec ce qui
est fait avec le gouvernement
fédéral. Alors, je vais juste faire une précision, là, que le plan de relance
du gouvernement n'est pas que du béton.
Au contraire, on veut travailler sur chacun des éléments, dont celui qui
devrait être le plus important pour vous, à
part la construction, c'est
vos ressources humaines. Ce sont vos travailleurs à qui on veut donner des
augmentations très importantes, notamment du côté de la santé et de
l'éducation. Alors, je trouve ça un petit peu réducteur, mais je vous laisserai
peut-être commenter.
La dernière chose que je voudrais parler, c'est du
principe de sélection. Je n'ai pas encore les mots, là, mais je regarderai le verbatim, parce que des fois j'ai
entendu des commentaires, que les choix des projets ont été arbitraires ou...
je ne sais pas quel mot vous avez utilisé,
là, ce n'est pas important, c'était le message que vous nous passiez, mais
j'aimerais bien vous dire qu'on n'a pas inventé
la roue, là. L'essentiel des projets, qui sont mis dans le projet de loi
n° 61 pour avoir des aménagements législatifs qui nous
permettraient d'être plus agiles, sont essentiellement dans le Plan québécois
des infrastructures, qui a été accepté lors
du budget qui est émis à chaque année. Et c'est même... je le dirais pour ne
pas faire de politique, mais des
projets qui ont été mis par l'ancien gouvernement, qui n'ont pas été réalisés.
Alors, on ne peut pas n