Agriculture, Fisheries, Energy and Natural Resources — 17 September 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CAPERN 2015-09-17
Quebec — Committees
À la lecture de votre
projet de loi, avec toute réserve découlant du fait que nous ne sommes pas
juristes, il y a certaines définitions qui,
selon nous, sont incomplètes, et nous espérons donc que les informations que
l'on vous apporte ce matin vont
permettre de mieux définir les points suivants : la définition actuelle
d'animal domestique, qui est restreinte et exclut la majorité des AAC; la définition d'animal de compagnie, qui, en
se limitant aux définitions d'animal domestique ou d'animal sauvage,
exclut de nouveau la majorité des AAC.
Pour
justifier la modification de ces définitions, nous allons vous détailler la
liste de nos patients et nous vous référons
à notre mémoire pour plus de détails : le furet, dont la domestication
date de 2 000 à 3 000 ans; le lapin, qui est défini comme animal domestique, selon notre
compréhension, en tant qu'animal de production pour sa viande, mais nous
tenons à préciser qu'il est aussi un animal de compagnie bien répandu; le
cochon d'Inde; le chinchilla; le dègue du Chili;
les petits rongeurs, dont le rat, la souris, le hamster, la gerbille; le
hérisson africain à ventre blanc; le phalanger volant; et les cochons miniatures et vietnamiens. Tel
qu'illustré dans notre mémoire, ces mammifères sont tous des animaux qui
ont été sélectionnés par l'homme depuis de
nombreux siècles de façon à répondre à ses besoins, soit pour des fins
d'agrément, de compagnie, d'élevage dans un but de commerce ou de recherche.
Quoique leur niveau de domestication varie énormément,
ils ont en commun le fait de vivre auprès de l'humain, dans son foyer, en tant
que compagnons et pour des fins d'agrément. Nous considérons donc qu'ils
répondent aux définitions d'animal de compagnie et d'animal domestique.
la différence des animaux de compagnie traditionnels, la majorité des
perroquets de compagnie sont des animaux non domestiqués, c'est-à-dire
qu'ils ne bénéficient pas de siècles de sélection humaine et d'évolution
conjointe au comportement humain. Les
espèces gardées en captivité sont encore représentées en milieu naturel,
contrairement au chien ou au chat
domestique, par exemple. La majorité des perroquets de compagnie proviennent
d'élevages domestiques, ils ne tombent
donc pas non plus sous la définition d'animal sauvage. Ils sont retrouvés
couramment en animalerie. En raison de leur
longue espérance de vie, des comportements indésirables qu'ils développent
fréquemment en réponse à des lacunes importantes
au niveau de leurs soins psychosociaux, ils se retrouvent aussi de plus en plus
dans les refuges. Les perroquets, les perruches, les pinsons, canaris,
toucans, toucanets sont en voie de domestication. Bien qu'élevés en captivité,
ils retiennent les impératifs biologiques de leurs congénères sauvages et sont
encore présents de manière inchangée en milieu naturel. Ils vivent cependant
auprès des humains en tant que compagnons.
Nous proposons ici une
nouvelle définition, celle d'animal de compagnie non domestique, soit un animal
qui vit auprès de l'humain, notamment dans
son foyer, en tant que compagnon et pour des fins d'agrément, qui est
reproduit en captivité mais n'a pas subi de
pression de sélection par l'homme et demeure donc inchangé de ses congénères
sauvages. Les oiseaux de basse-cour, dont
les poules, les cailles, les paons, les canards, etc., sont domestiqués depuis
longtemps pour fins d'élevage et font de
plus en plus
partie du groupe des AAC. La garde d'un petit nombre de ces
animaux, même en milieu urbain, voit
une explosion de popularité depuis quelques années. Autrefois soignés par des
vétérinaires en production aviaire,
ces oiseaux, maintenant gardés aux fins d'agrément et de compagnie, sont
traités individuellement, leurs soins tombant
alors dans notre mandat. Les pigeons, colombes et tourterelles tombent
également dans la même catégorie que les oiseaux de basse-cour. Ils sont domestiqués depuis des siècles et sont,
de nos jours, gardés comme animaux de compagnie. Ces oiseaux entrent
dans la définition d'animal domestique et d'animal de compagnie. À l'exception
de la poule, ces espèces ne figurent actuellement dans aucune de ces deux
définitions.
Pour ce qui
est des reptiles et des amphibiens, il y a une évolution significative des
connaissances et du marché depuis
quelques dizaines d'années. Historiquement, les animaux étaient prélevés en
nature et mouraient assez rapidement en
captivité par manque de connaissances. Mais, à l'heure actuelle, de nombreuses
espèces se reproduisent en captivité et ne sont plus prélevées en nature. Les espèces les plus facilement
accessibles au public sont les animaux nés au Québec ou au moins en
Amérique du Nord, achetés pour des humains pour vivre dans leur foyer et
détenus, si ce n'est en tant que compagnon, à tout le moins pour des fins
d'agrément. Ils entrent donc également dans la définition d'animaux de
compagnie non domestiques.
Maccolini (Édouard) : La
deuxième
partie de notre mémoire, elle a pour objectif de vous démontrer la
place de ces AAC, de ces autres animaux de
compagnie dans la société québécoise. C'est une
partie qui a été un petit peu
plus difficile à développer en toute
objectivité, simplement parce
qu'on a un manque de données pour pouvoir vraiment évaluer le nombre de ces animaux au Québec ou au Canada.
Il y a des données partielles qui sont disponibles, et puis, si on fait
un parallèle avec des études plus exhaustives qui sont disponibles dans des
sociétés occidentales auxquelles on pourrait éventuellement
se comparer, donc on parle de données que... donc, on a déduit, à partir de
recensements aux États-Unis, au Royaume-Uni ou en France, par exemple,
on estime qu'il y aurait entre 10 % et 15 % des foyers québécois qui posséderaient un ou plusieurs autres animaux de
compagnie, et puis leur population s'élèverait à plusieurs centaines de
milliers d'animaux, voire même peut-être jusqu'à un million.
Il y a également, chaque année dans la province,
de nombreux événements, de nombreux rassemblements dont l'objectif va être le commerce de ces animaux, mais aussi certains
rassemblements qui n'ont aucun but commerciau, qui vont être pour
l'exposition ou l'éducation du public par des regroupements.
Pour ce qui
concerne les vétérinaires, donc, nous, notre réalité, c'est vraiment... on
soigne 100 % de ces animaux-là, donc
on vit de la médecine de ces autres animaux de compagnie, mais on constate
également que les vétérinaires praticiens généralistes pour chiens et
chats, pour animaux de compagnie, voient de plus en plus de ces petits
mammifères, de ces oiseaux, éventuellement
de ces reptiles, et donc nous, on va le constater parce qu'on a de plus en plus
d'appels de nos confrères et de nos
consoeurs pour recevoir des recommandations ou des conseils ou pour nous
référer des cas quand ça devient en
dehors de leur zone de confort. Donc, au même
titre que les espèces animales
qui sont actuellement incluses dans le mémoire, on considère donc que la
condition de ces autres animaux de compagnie fait
partie de la préoccupation sociétale, que ces animaux contribuent à la
qualité de vie de la société québécoise, et donc que nous avons une
responsabilité individuelle et collective d'être soucieux de leur
bien-être et donc de veiller à leur sécurité.
La dernière
partie de notre mémoire, celle-là, ce n'est vraiment pas la moindre, c'est
vraiment une introduction à un travail
beaucoup plus détaillé et exhaustif qu'on espère on va vous convaincre de
considérer de mener et pour lequel on se tiendra à votre disponibilité pour collaborer. Cette partie, elle va
aborder le fait que ces autres animaux de compagnie, ce sont des êtres doués de sensibilité, qui ont des
impératifs biologiques. Donc, de la même façon que les autres animaux
pour l'instant inclus dans le projet de loi
n° 54, on espère qu'ils vont figurer, là, dans les pages 8 et 9 de votre
projet de loi, aux points 5 et 6, mais surtout au point 8, là, qui
détaille que les chats, les chiens et les équidés doivent bénéficier d'une protection légale concernant leurs besoins de
stimulation, de socialisation, d'enrichissement environnemental
convenant à leurs impératifs biologiques, parce que ça, c'est vraiment un point
qui est déterminant pour nous.
Si je me
permets juste de détailler un exemple, si on prend celui des perroquets de
compagnie, par exemple, ce sont des
espèces qui sont vraiment hautement sociales et intelligentes. Ces animaux-là,
ils ont des besoins biologiques, des comportements
naturels qui sont très spécifiques et qui sont complètement différents des
connaissances générales qu'on a chez
le chien et chez le chat, par exemple. La bonne expression de ces
comportements, elle va passer par leur compréhension et par leurs connaissances afin de justement
pouvoir leur offrir l'environnement qui va être propice et puis nécessaire
à l'expression de ces comportements qui sont
des comportements innés pour ces animaux de compagnie non domestiques.
Il faut se rappeler aussi que ces individus, ils
font seulement
partie des premières générations d'individus nés captifs, donc ils gardent vraiment des
comportements similaires et pour lesquels on va établir des parallèles parce
qu'ils sont identiques à ceux de leurs
congénères qui sont encore présents en état naturel, donc des animaux sauvages.
À l'état sauvage, par exemple, les
perroquets, ils vont vivre en groupes de dizaines d'individus. Ils vont passer leurs
journées à travailler pour rechercher
leur nourriture, ils vont exprimer des comportements de confort, de toilettage,
d'accès à des bains, par exemple, ils
vont développer des liens sociaux et complexes qui vont définir leur colonie.
Pour des espèces aussi sociales et intelligentes, on considère que la
vie captive sans aucune stimulation sociale ou sans la possibilité d'exprimer
ces comportements naturels, ça va entraîner une souffrance qui, malgré le fait
qu'elle soit très difficilement évaluable objectivement,
va être une souffrance qui est autant inacceptable qu'une souffrance physique
comme, par exemple, juste la simple nécessité d'avoir accès à de l'eau
salubre, par exemple.
Donc,
à travers notre mémoire, on demande à la commission d'inclure les autres
animaux de compagnie dans la définition
légale d'animal de compagnie, d'inclure les petits mammifères que Julie vous a
présentés, et donc les oiseaux de
certains ordres spécifiques, donc les poules, les pigeons, etc., dans la
définition légale d'animal domestique et d'inclure les oiseaux de certains autres ordres, donc
notamment les perroquets, les canaris, et puis les toucans et les autres
oiseaux de ces ordres-là, dans une nouvelle
définition qui introduirait un concept d'animal de compagnie non domestique, et
enfin d'inclure, donc, ces autres animaux de
compagnie dans l'application du point 8 de votre projet de loi concernant leurs besoins psychologiques et
comportementaux.
Président (M. Morin) : Merci
pour votre présentation. Maintenant, on va demander au ministre de voir s'il
est d'accord avec tout ce que vous dites ou il va prendre les informations. M.
le ministre.
M. Paradis (Brome-Missisquoi) : Oui, merci
beaucoup. On vous remercie de votre
présence et de votre expertise. Là, on est dans un domaine un peu plus
pointu. On pense l'avoir couvert, mais il n'y a rien comme vérifier si on l'a
vraiment couvert.
J'attire
votre attention sur la définition d'animal de compagnie. Au
chapitre I, «Objet
et champ d'application», de la
présente loi, on définit l'animal de compagnie, et je cite au texte :
«...un animal domestique ou sauvage qui vit auprès de l'humain, notamment dans son foyer, en tant que
compagnon et pour des fins d'agrément.» Je comprends, là, que, lorsqu'on
va à «animal domestique», il n'est pas
listé, mais on ajoute «animal sauvage» également. On pensait l'avoir couvert
à ce moment-là, mais, s'il y a des pré