CRC — 19 January 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CRC 2017-01-19
Quebec — Committees
L'expérience de la dernière année nous
amène à conclure qu'il est hasardeux de légiférer à la pièce en l'absence
d'une loi-cadre. Ce faisant, non seulement
on multiplie les risques d'incohérences et d'oublis, mais on expose le
professionnel au risque de confusion
et d'erreur face à une panoplie de lois à géométrie variable. En l'absence
d'une loi-cadre, le projet de loi n° 115 vient s'ajouter au puzzle
législatif visant à favoriser la dénonciation d'actes répréhensibles.
J'aimerais,
premièrement, vous parler de la portée du projet de loi. Dans sa note explicative, le législateur semble vouloir
s'attaquer à la problématique de la maltraitance envers les aînés et les
personnes vulnérables de façon globale, dans toutes les sphères de la société.
Pourtant, le projet de loi lui-même ne les protège que dans la mesure où elles
reçoivent des services sociaux et de santé. De plus, le mécanisme prévu par le projet
de loi est la dénonciation au commissaire local aux plaintes et à la qualité
des services de l'établissement où la personne reçoit ses services. Si ce mécanisme est adéquat pour la dénonciation d'une situation
de maltraitance survenue ou constatée dans le réseau de santé, il n'est malheureusement d'aucune utilité pour un CPA, un avocat ou un notaire. Nous déplorons
que la portée du projet de loi soit si limitée, alors que le plan gouvernemental d'action pour contrer la maltraitance envers les aînés contenait
une série de recommandations dépassant largement les services de santé et les
services sociaux.
En légiférant encore
une fois à la pièce sans aborder la problématique dans sa globalité, on élude
une
partie importante de la maltraitance que
sont les abus financiers et matériels. Pourtant, l'exploitation matérielle et
financière est l'une des formes de
maltraitance les plus fréquentes et représente, au bas mot, 40 % des demandes d'aide. Par conséquent, l'ordre estime essentiel que la loi
protège l'ensemble des aînés et des personnes vulnérables dans toutes les
sphères de leur vie, qu'elle vise toute
forme de maltraitance, incluant la maltraitance financière et matérielle, et
qu'elle prévoie les mécanismes
nécessaires pour favoriser la dénonciation par des personnes qui ne sont pas
nécessairement liées au réseau de la santé et des services sociaux.
vais prendre maintenant quelques minutes pour vous parler de la problématique
du secret professionnel, qui nous tient évidemment à coeur.
Je dois tout d'abord
vous dire que nous accueillons favorablement l'intention du gouvernement
d'adresser la question du secret
professionnel dans le cadre de l'article 60.4 du Code des professions.
Cependant, si on voit là un pas dans la bonne direction, le législateur
ne répond pas aux préoccupations que nous avons maintes fois réitérées et que l'Office des professions a lui-même faites
siennes, à savoir qu'avant d'adopter des projets de loi visant, entre autres,
des professionnels en exercice, une réflexion en profondeur devait être
menée sur le secret professionnel. Le secret professionnel constitue une valeur fondamentale de la société québécoise et il est au coeur du système professionnel. Je vous rappelle également
qu'au Québec la protection du secret professionnel revêt un
statut quasi constitutionnel, comme l'a précisé la Cour suprême du Canada. Ajoutons que la charte québécoise
des droits et des libertés place le secret professionnel parmi les
droits fondamentaux de la personne.
Dans le contexte du projet de loi n° 115,
comme c'était le cas de la loi concernant la lutte sur la corruption et, plus
récemment, la loi favorisant la divulgation d'actes répréhensibles à l'égard
des organismes publics, on ne se contente pas de permettre à la
cour ou à l'État de prendre connaissance de documents ou de renseignements
protégés par le secret professionnel. En fait, on encourage les professionnels
à dénoncer une situation donnée en passant outre à ce secret professionnel, ce qui peut aller, dans certains
cas, jusqu'à dénoncer son propre client. La relation de
confiance entre le professionnel et
son client, que le législateur cherchait à protéger avec la charte, est ici directement mise en cause. Comme nous
enseigne la Cour suprême, il est essentiel que toute intervention
législative portant atteinte au secret professionnel soit précédée d'un examen scrupuleux mettant en
balance les droits et les valeurs fondamentales en jeu, qu'on n'y ait recours
que s'il
n'y a pas d'autre moyen de protéger
le citoyen et qu'une telle atteinte soit minimale par rapport à l'objectif poursuivi.
projet de loi a par
contre le mérite de préciser que tout
professionnel peut faire une dénonciation nonobstant le secret
professionnel. Il propose également d'élargir la portée de l'exception au secret
professionnel, prévue à l'article 60.4 du Code des professions, en incluant, à la notion de blessure grave, une
blessure psychologique qui nuit d'une manière importante à l'intégrité
physique, à la santé ou au bien-être d'une personne. Malheureusement, ces modifications
ne viennent aucunement clarifier l'exercice du droit ou même du devoir d'un professionnel
de dénoncer une situation de maltraitance
matérielle ou financière dont il serait témoin dans l'exercice de sa profession.
Tout comme la directrice du Groupe de
recherche en droit des services financiers, Me Raymonde Crête, nous pensons que
l'amendement proposé à l'article 60.4 devrait
prévoir clairement la possibilité de dénoncer des situations d'exploitation
matérielle ou financière de personnes vulnérables.
L'ordre
est d'ailleurs préoccupé par l'absence d'indications claires
pour orienter le professionnel confronté à une situation de maltraitance ou
d'abus dont un client est victime ou auteur. Cette lacune risque de dissuader un
professionnel de
s'engager dans un processus dont il ne connaît pas tous les paramètres et
ainsi de négliger d'agir pour protéger une personne vulnérable. Ce
faisant, il pourrait s'exposer à une plainte disciplinaire ou à une responsabilité
civile. Nous recommandons par conséquent au
législateur de s'assurer que le professionnel est adéquatement guidé dans sa
démarche, notamment en modifiant l'article 87 du Code des
professions.
Nous
croyons en effet que le projet devrait prévoir aussi, et enfin, la levée du
secret professionnel pour dénoncer la
situation d'un client qui devient inapte afin de le protéger contre lui-même et
de prévenir les abus potentiels de tiers. Nous sommes d'avis aussi que
toute personne, incluant un professionnel, qui n'oeuvre pas dans un
établissement de santé devrait pouvoir s'adresser au Curateur public si elle
estime qu'une personne majeure a besoin d'être assistée ou représentée dans
l'exercice de ses droits.
Le Président (M.
Matte) : Je vous invite à conclure, madame.
Mottard (Geneviève) : Je termine en assurant à Mme la ministre notre
entière collaboration pour bonifier le
projet de loi, notamment en matière d'abus financier. Les CPA, évidemment, sont
naturellement disposés à participer à tout
exercice de concertation que vous jugeriez utile. Et ça nous fera plaisir,
maintenant, Me Brizard et moi, de répondre à vos questions.
Président (M. Matte) : Je vous remercie et je cède la parole à Mme la
ministre pour le début des échanges.
Charbonneau :
Merci, M. le Président. Bon matin. Bon matin, tout le monde. Troisième journée
fort intéressante. Merci, mesdames, d'être avec nous.
Je vous
dirais que quelqu'un qui nous suit quelque peu se dirait ce matin : Mais
qu'est-ce que l'ordre fait là, hein? On
pourrait se poser cette question. Et, d'emblée, vous avez ouvert sur le fait de
pourquoi vous y êtes, et vous êtes un partenaire
fort intéressant, mais fort important. Je vous le dis parce que, depuis le
début des recherches qu'on fait puis les
échanges que j'ai avec les partenaires, on parle excessivement de l'abus
financier, de cet impact que les gens ont ou du regard qui est porté sur cette espèce de stratégie là qui se développe
de plus en plus. Les aînés connaissent leurs droits par rapport à l'aspect physique, par rapport à la
sécurité des lieux, mais très peu par rapport à cet enjeu-là qui est le fond
de leurs poches, et on a entendu des arnaques qui nous ont fait très peur.
D'ailleurs,
sur ce principe-là, j'irai sur le secret professionnel après, mais je vous
amène tout de suite sur l'axe 5 du
projet de loi n° 115, qui est les ententes sociojudiciaires qu'on aimerait
voir s'étendre partout au Québec. De ce fait, vous savez que — si vous ne le savez pas, je vous le dis — dans notre projet pilote qu'on a mis à
Trois-Rivières, 80 % des cas qui ont été traités — je
dis 80 % parce que j'arrondis, on va avoir plus tard notre spécialiste qui
va nous dire combien exactement — ont été financiers, et l'AMF nous a
accompagnés dans ce principe où on étudie puis qu'on regarde comment on peut
amener l'aîné à trouver des pistes de solution. Donc, quand vous nous
dites : C'est un peu dommage que, dans
le projet de loi n° 115, on ne le voit pas, peut-être que le défaut du
projet de loi n° 115, c'est qu'on ne
titre pas, à l'axe 5,
l'ensemble des inquiétudes et des cas traités par le sociocommunautaire.
Mais ma
première question serait — le pire, c'est que je connais la réponse, mais je vous la pose
pareil — : Est-ce
que l'Ordre des comptables serait à
l'aise d'être un partenaire dans chacun des milieux du Québec, de par ses
représentants, à participer à cette
rencontre-là qui ferait en sorte qu'on accompagne des gens dans une mesure
d'aide pour les sortir d'un imbroglio
financier qui est soit avec quelqu'un de confiance, quelqu'un de sa parenté ou
un simple inconnu qui cherche, par un moyen ou par un autre, à aller
fouiller dans les chiffres de notre personne aînée?
Mottard (Geneviève) : J'espère que ma réponse va être en fonction de
ce que vous pensez qu'elle allait être. Effectivement, je le vois comme
le rôle de notre ordre. Nos membres sont à la table. Ils sont devant tous ces problèmes de maltraitance financière là,
ils sont aux premières loges de cette problématique-là. Alors, l'ordre se ferait un plaisir de vous
accompagner dans quelque table de concertation que ce soit pour traiter de
ces enjeux-là. J'y vois là tout
à fait notre responsabilité de le faire.
Charbonneau : C'était exactement la réponse que j'avais dans ma
tête. Je n'y voyais pas autrement puisque vous avez jusqu'ici toujours répondu présent quand on vous demandait de pouvoir vous avancer sur certains aspects de
cette maltraitance-là.
Dans ce même
principe-là, l'Ordre des notaires, hier, nous disait que, malheureusement,
quelquefois l'information ne se rend
pas jusqu'à l'aîné. Le ministère a sa responsabilité — et j'en conviens — par rapport à la divulgation des choses
puis à l'attribution de documents pour faire en sorte que nos aînés aient de
l'information. On a plusieurs organismes communautaires, hein, qui travaillent
puis qui font en sorte qu'on donne plus d'information, et on a aussi des fédérations — je vais vous en nommer deux, la FADOQ puis
l'AQDR — qui sont
aussi des partenaires importants, qui veulent
donner de l'information à nos aînés. Est-ce qu'au niveau de vos membres, au
niveau de l'ordre comme tel, il y a de
l'information très pointue qui coule jusqu'à eux puis, après, d'eux jusqu'à
leurs clients pour s'assurer qu'on a une bonne connaissance de ce que peut être une arnaque ou une façon de faire qui
fait que nos aînés se retrouvent dans une situation compromettante?
Mottard (Geneviève) : Je vous dirais que nos membres CPA travaillent
avec leurs clients de façon très rapprochée. C'est des gens qui gèrent
des patrimoines, qui font des déclarations d'impôt, qui sont habilités à gérer l'ensemble des actifs financiers de personnes,
incluant les personnes âgées. Alors, moi, je vous dirais que nos membres
sont aux premières loges de cette
information-là. Par contre, je pense qu'on