Institutions — 8 October 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2015-10-08
Quebec — Committees
Moi, je suis toujours étonné... Et souvent,
quand on rédige, on s'attache aux mots, hein? J'ai vu souvent des rédacteurs, et pas seulement des légistes,
s'attacher à... et surtout pas des légistes, je vous dirais, des auteurs en général, de s'attacher à leur rédaction. J'ai vu des ministres le faire aussi. Et,
dans les faits, le but d'une commission
parlementaire, c'est toujours de s'assurer de la meilleure législation possible. Et moi, je crois à ça. Et, quand on est... On peut avoir un
désaccord, surtout quand on fait une
projection dans le temps, là, sur la finalité de la mesure et, de façon
objective, de son utilité. Bien, le
mieux, c'est de trouver une façon où on est capables, de part et d'autre, de
s'assurer que tout le monde atteint son objectif. Dans ce cas-ci, c'est
sûr que, si l'amendement est adopté tel quel, je vous dirais que, sur le principal,
j'en laisserais une bonne partie, mais, sur la finalité dans le temps, j'aurais
un petit gain.
Alors, ce que
j'offre à la ministre, ce n'est pas un gain pour moi, c'est un gain
pour ceux et celles qui vont être appelés
dans six ans à voir si la situation mérite encore qu'on utilise ce procédé ou est-ce qu'on doit y aller autrement. Et je
pense que ça serait correct. En même temps, on préserverait le principe qui a été adopté lors de l'adoption
de cet
article et on réglerait les problèmes à court terme de ce
qui... des problèmes financiers qu'a actuellement le fonds à
réaliser sa mission. Je pense
que c'est une avenue qui est intéressante, qui est pertinente et qui a le
mérite, M. le Président, de soupeser le pour ou le contre des positions, mais surtout, en même temps, de faire une projection qui sera vérifiée dans le temps.
Or, si on choisit une autre avenue, bien, malheureusement, ça va se perdre, il n'y aura pas de ce suivi sur le fonctionnement du fonds.
Donc, c'est
sûr que je vais m'attacher à cet amendement. J'aurais préféré qu'on... je ne vous cacherai
pas... pas que je n'aime pas parler, M. le Président, mais j'aurais aimé, moi, qu'on regarde les autres dispositions de la loi actuelle,
de voir ce qui est bon, ce qui mérite d'être modifié. J'ai même entendu mon collègue
le député de Borduas avoir des propositions d'amendement quant à une disposition de la loi qu'on
traite actuellement, qu'on modifie,
et ça serait profitable à tout le
monde. Mais on va... On m'a dit qu'on allait être patient, donc je serai
patient, la patience étant la mère de toutes les vertus, M. le
Président.
J'avouerais que,
pendant les années où j'ai fréquenté Mme Marois, j'ai appris beaucoup la
résilience et j'ai une résilience,
maintenant, à toute épreuve, ce que je n'avais pas au départ. Alors, des fois,
on dit : On ne change pas, M. le Président,
rendus à une certaine étape de nos vies. Eh bien, il y a des exceptions à cette
règle que je pensais immuable, dans
mon cas, qui n'était pas doté de cette grande qualité qu'est la résilience.
J'ai vu qu'effectivement c'était une vraie qualité. Pour moi, c'était plus un mot qu'on disait dans les
célébrations pour souligner le départ de quelqu'un. À défaut de qualité, on employait la résilience, c'était comme
une qualité passe-partout que tout le monde pouvait invoquer, à la limite, et
ça pouvait bien paraître. Malheureusement, j'ai
constaté qu'il y a de la vraie résilience, puis il y a des gens qui en ont moins,
il y a des gens qui
n'en ont pas du tout. Alors, j'étais dans la catégorie... pas qui n'en avait
pas du tout, mais qui en avait pas mal moins. Et j'ai vu que c'est une
qualité qui mérite d'être encouragée.
Donc, dans le cadre du projet de loi actuel, je
vais l'utiliser avec sérénité, parce que j'ai... Des fois, on a des intuitions, on pense que ce qu'on fait n'est pas
la bonne chose, on y met des mots, mais, au départ, ça
part vraiment d'une
impression qu'on a qu'on prend le mauvais
chemin. Je l'ai expliqué un peu au fur et à mesure, parce que j'avais regardé
l'article, qui me semblait un peu anodin, il
n'y a pas beaucoup, je vous dirais, de représentations par rapport à cette
disposition, mais j'avais une impression, effectivement, que ça n'allait
pas. Et, en général, quand on a une impression, c'est que... Quand on connaît le domaine ou quand ça fait longtemps
qu'on fait ce qu'on fait actuellement, donc on légifère, bien, une impression,
ça se traduit souvent par une réaction, je vous dirais, physiologique où on
constate que ça ne va pas. Et il y a
des gens qui sont très habiles pour y mettre des mots, mais, dans les faits, ça
ne change pas le principe qui est celui
qu'on est convaincu que ce n'est pas la bonne chose à faire. Et, dans les
arguments que j'ai entendus, il n'y a rien qui m'a permis de croire que c'était
la bonne chose.
Donc, à
partir de cette impression que j'écoute, je me suis dit : Il faut
trouver une autre façon. Puis je ne m'attachais pas au principe en tant que tel. À l'époque, quand ça avait été pensé, il y avait
des objectifs qui étaient poursuivis, mais, à écouter les arguments, c'est sûr que j'en suis
venu à la conviction finalement que ce n'était pas le bon choix. Peut-être que
je me trompe, ça peut arriver, une impression et qui se transforme en
conviction par la suite, ça reste quand
même une opinion qu'on peut avoir, et une opinion qu'on se
fait à partir d'éléments qui, eux, sont plus solides, qu'on intellectualise.
Dans ce
cas-ci, j'ai passé au-dessus de cette
impression en me disant : Bon, est-ce qu'on peut trouver une façon d'atteindre des objectifs, puis que la ministre
puisse dire : On a réussi à passer cette disposition, et qu'en même temps,
de notre côté, on puisse y trouver un
réconfort de savoir que d'autres parlementaires, un jour, auront l'occasion
d'avoir la même discussion, puis de voir, au-delà du contexte budgétaire
qui nous est imposé actuellement, est-ce qu'on peut trouver une autre solution? Puis je reste convaincu que ça demande une
réflexion. Avec tout le respect que j'ai pour ceux et celles qui administrent le fonds, je pense que
ça mérite d'être discuté, pas simplement entre parlementaires ou avec le
Conseil du trésor, mais aussi avec ceux et celles qui utilisent ces recours.
Et le fonds
est financé à partir, en grande partie, ce qu'on dit, de reliquats, donc soit
de victimes pour les raisons qu'on connaît, qui nous ont été expliquées
d'ailleurs fort intelligemment, là, et donc de ces victimes qui n'ont pu avoir
cette indemnisation pour différentes raisons. Dans le cas qui nous a été
raconté, évidemment c'est plus... ça soulève d'autres
questions. Mais là ce n'est pas ça, mon but, M. le Président. Et je ne veux pas
remettre en cause l'existence du fonds,
au contraire, je pense que c'est une bonne chose, mais que ce fonds soit
maintenant destiné à financer des activités qui relevaient auparavant de l'État à proprement dit, je pense que ce
n'est pas la bonne voie et que ça conduit directement au désengagement. Voilà. Et ça va faire peser un
risque sur l'existence à long terme de ce fonds et du fonctionnement de
l'organisation.
Si tout le monde s'entend que cette organisation
mérite d'être financée, puis elle a un objectif qui est noble et important pour notre société, bien, il mérite
sûrement d'être financé dans sa totalité. Ce qui peut arriver, par contre,
comme il est arrivé, je vois, dans
les dernières années, où il y a des contraintes budgétaires, oui, on peut pour
un temps dire : Faites un
effort. On en fait tous à un moment donné. Par contre, qu'on dise à long
terme : Maintenant, on change l'orientation, bien là, on tombe dans
autre chose. Puis, si on ne l'a pas fait dans le passé, pendant 35 ans,
pas seulement lors de la rédaction, mais évidemment depuis le temps écoulé,
c'est qu'on avait sûrement de bonnes raisons.
Et, s'il
arrive le meilleur scénario auquel on nous a mentionné que le fonds, à partir
des différents recours qui sont entamés et de ceux à venir, se crée, je
vous dirais, une source de revenus qui est très importante, bien, ça va amener d'autres types de questionnement, ça va amener le
questionnement du prélèvement, tout simplement, de l'utilisation de ces sommes. Et c'est sûr que je pourrais laisser
ça au ministère de la Justice, mais je pense que ça nous revient, comme parlementaires, de déterminer les orientations
qu'on souhaite donner et que ce n'est pas une base strictement budgétaire.
Donc, c'est tout simplement ça que je poursuis avec ces amendements et les autres qui vont suivre. Et ce que j'ai
pour convaincre la ministre, c'est le temps. Alors, vous voyez, il vient un moment donné où on fait le tour des arguments. On a chacun des opinions par
rapport à ce qu'on devrait faire,
puis normalement ce qui s'en suit, c'est : Est-ce qu'on est capables de trouver une
façon d'arriver aux résultats? Moi, je le souhaite. Je le plaide. Je le veux de
toutes les manières. Et c'est pour ça
que j'ai même fait un effort de rédaction. Ça fait longtemps
que je n'avais pas fait d'amendement, d'ailleurs. Et
c'est comme faire le vélo, ça revient vite, finalement, c'est ce que je
vois, là. Donc, c'est comme naturel. Puis je sens dans cet
article qu'il y
a quand même beaucoup
de potentiel à amélioration pour faire
en sorte que cet
article
soit à la hauteur de ce qu'on souhaite comme parlementaires. Mais
j'aimerais honnêtement ne pas en venir là.
Donc, je vais
laisser, dans les prochaines heures, mais après ça les prochains jours, les
prochaines semaines, la ministre réfléchir. Parce qu'il y a d'autres dispositions
pertinentes qui vont sûrement demander, à un moment donné, une application ou soit... Dans certains cas, ils
peuvent même avoir une application budgétaire autre que celle dont on traite actuellement. Donc, ce que je ne souhaite pas, c'est qu'on
arrive, là, qu'on soit obligés, à
partir des événements,
de déterminer un rapport de force qui va nous permettre de trouver la solution.
Moi, j'ai toujours encouragé plutôt la raisonnabilité.
Les rapports de force, je connais ça, parce
que, dans l'opposition, on n'en a pas. On les cherche. On est minoritaires. Alors, on
perd tous nos votes — vous
savez ça, hein, en tout cas, vous avez dû le constater jusqu'à maintenant — qu'on
ait tort ou qu'on ait raison. Alors, ça nous amène à évaluer toujours
à quel moment notre rapport de force va changer. Et ça finit toujours
par changer, c'est étonnant, avec l'effet du temps.
Ça fait que la majorité, c'est sûr qu'elle donne
la possibilité d'imposer, et elle laisse beaucoup peu de place à l'évaluation
de ce qu'est un rapport de force. Je connais bien des avocats dire qu'ils n'ont
jamais perdu de procès. Ça m'inquiète toujours,
M. le Président. Ça, il
y a des fois, effectivement, où tu dois y aller et tu dois perdre. Et ça m'est arrivé comme plaideur, mais ça
m'est arrivé, ici, à l'Assemblée, à quelques reprises, M. le Président. Mais il y a des moments où, au contraire, on doit trouver une façon de faire qui va
valoriser ce qu'on fait actuellement comme travail de législation et en même temps qui va éviter d'aller au bout de ces rapports de force ou d'attendre le
moment qui va faire en sorte que quelqu'un va être obligé de donner quelque chose, pas par l'effet de la raison, mais parce que les événements
lui imposent.
Donc, je vais
le souhaiter. Parce qu'encore une
fois cet article-là n'a pas un caractère fondamental, mais, comme, je
vous le disais tantôt, j'ai cette conviction que la voie qui est empruntée
n'est pas la bonne. C'est sûr que je vais m'y
attacher, parce qu'à part moi qui va s'y intéresser? Très peu de gens, là. Puis
je suis convaincu qu'avec les mandats qui
sont donnés à cette commission, et peu importe la qualité des porte-parole en
matière de justice ou des ministres qui vont nous... soit nous ou ceux et celles qui vont nous suivre, il est
évident que cette question ne sera pas traitée à nouveau dans un horizon que je peux entrevoir. Donc, je
vais m'y attacher, p