Institutions — 16 April 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CI 2019-04-16
Quebec — Committees
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Fontecilla (Laurier-Dorion) est remplacé par M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve) et M. LeBel (Rimouski)
est remplacé par Mme Hivon (Joliette).
Le Président (M. Bachand) : Merci
beaucoup. Nous allons débuter par les
remarques préliminaires, puis nous
allons procéder à une discussion d'ordre
général par bloc d'environ 20 minutes, incluant les questions et les
réponses. La mise aux voix de ces crédits sera effectuée à la fin du
temps qu'il leur est alloué, soit demain, vers 13 heures.
Nous
débutons donc avec les remarques préliminaires. Je cède la parole à Mme la
ministre pour une période de 15 min 47 s. Bienvenue. Je
vous cède la parole.
Mme LeBel :
Alors, merci, M. le Président. Bienvenue à tout le monde pour ce début, mes
débuts d'ailleurs, en crédits
Justice. Je tiens à prendre quelques instants effectivement pour souligner la
présence de plusieurs personnes aujourd'hui.
J'aimerais remercier mes députés, collègues qui sont ici, qui siègent sur la
Commission des institutions avec vous, M. le Président, et qui sont ici pour participer à cet exercice avec moi ainsi
qu'également que mes collègues députés de l'opposition, qui, j'en suis certaine, feront en sorte de faire
des débats constructifs. Je les connais, je les ai vus dans le passé, je n'ai
pas eu à travailler avec eux aux crédits,
mais je sais que les questions sont toujours pertinentes. Et l'objectif, on le
partage, l'objectif commun, c'est de
faire avancer la justice et de faire en sorte que la confiance des citoyens en
la justice soit renforcée. Alors, moi, avec cet objectif en tête, je
suis tout à fait confiante du déroulement de cet exercice, M. le Président.
J'aimerais
aussi remercier les personnes peut-être un petit peu plus immédiates qui m'accompagnent,
mon chef de cabinet adjoint, M. Nicolas Descroix, ainsi que les
autres attachés politiques de mon cabinet qui ont travaillé avec moi d'arrache-pied pour être certaine et certain de
vous apporter les bonnes réponses aujourd'hui. La sous-ministre de la
Justice, M. France Lynch et les sous-ministres associés des quatre
directions générales du ministère de la Justice, Yan Paquette, Pierre Rodrigue, Patrick-Thierry Grenier et Mylène
Martel et tous les intervenants, présidents, directeurs de la Justice
qui sont derrière moi et qui partagent
également le même objectif que moi en Justice, c'est-à-dire s'assurer que les
citoyens ont confiance et que la justice est là pour eux. Donc, merci à
tous. Je ne me lancerai pas dans l'exercice périlleux de les nommer parce que
le risque est d'en oublier, et ce n'est pas ce que je veux faire aujourd'hui.
profite également donc... je suis devant vous ce matin, comme on le disait,
pour l'étude des crédits de Justice, c'est pour moi, donc, l'occasion d'entrée de jeu de faire le point sur les
activités de la dernière année financière mais également pour parler des
réformes et des chantiers qui nous attendent.
Comme annoncé lors du
dépôt des crédits en mars dernier, donc parlons crédits, vu que c'est l'objet
du discours aujourd'hui, les crédits pour le portefeuille de la Justice pour
l'année 2019‑2020 s'établissent à 1,1 milliard de dollars. C'est une augmentation de 27,9 millions, qui
correspond à 2,6 % d'augmentation par rapport à l'exercice précédent.
Cette hausse s'explique, M. le Président,
essentiellement par les investissements majeurs que nous souhaitons poursuivre
pour la modernisation de notre système de
justice et par le transfert de l'Office de la protection du consommateur du
ministère des Affaires municipales,
Habitation à celui de la Justice. Au total, donc, ce sont six programmes qui
sont financés par ces crédits.
programme l'Administration de la justice vise à assurer le soutien
administratif nécessaire au fonctionnement des cours de justice et à la publicité des droits. Il fournit un support
d'ordre juridique, législatif et réglementaire à toutes les activités
gouvernementales. Les crédits sont de 392,1 millions en 2019‑2020, une
hausse de 18,3 millions par rapport aux crédits initiaux de 2018‑2019.
programme Activités judiciaires permet aux tribunaux et aux diverses
juridictions d'exercer le pouvoir judiciaire et les fonctions qui y sont rattachées, de rendre jugement et de
favoriser le règlement de litige au moyen de conciliation judiciaire. Un montant 132,6 millions est
prévu en 2019‑2020 pour ce programme, une hausse de 0,7 million par
rapport aux crédits initiaux de 2018‑2019.
Le programme Justice
administrative, pour sa part, il assure la part du ministère de la Justice au
financement, notamment du Tribunal administratif du Québec et du Conseil de la
justice administrative. Les crédits affectés à ce programme sont de 16,5 millions de dollars en 2019‑2020, en hausse
de 1,4 million de dollars par rapport aux crédits de l'année précédente.
Le programme Indemnisation et reconnaissance permet la compensation financière aux personnes qui ont été
blessées en accomplissant un acte de civisme
ainsi qu'aux victimes d'actes criminels. On prévoit, pour ce programme, donc,
des crédits de 150,6 millions en 2019‑2020.
On note d'ailleurs une baisse de 0,3 million par rapport aux crédits de
2018‑2019. Par contre, cette baisse
ne se traduira pas par une diminution de services aux victimes, je tiens à le
préciser. En effet, ce sont des sommes non
récurrentes qui avaient été accordées en 2018‑2019 pour des projets en
informatique. Ces montants, donc, non récurrents n'apparaissent pas au nouveau budget, ce qui fait qu'ils n'ont pas été
renouvelés, ce qui explique la diminution apparente des crédits à ce
programme.
Autres
organismes relevant de la ministre comprend donc trois entités. La première, la
Commission des services juridiques,
offre des services d'aide juridique aux personnes financièrement défavorisées
ainsi qu'aux enfants et aux familles aux
prises avec certains problèmes sociaux ayant un rapport avec la justice, qu'on
appelle communément l'aide juridique. La deuxième, la Commission des droits de la personne et des droits de la
jeunesse, quant à elle, veille à l'application de la Charte des droits et libertés de la personne. La
troisième, l'Office de la protection du consommateur, qui intervient
auprès des commerçants afin qu'ils
respectent leurs obligations envers les consommateurs en lien avec
l'application de la
Loi sur la protection du consommateur... Ce sont
200,7 millions de dollars qui sont prévus en 2019‑2020, une augmentation
de 4,3 millions par rapport aux crédits initiaux de 2018‑2019.
Enfin, le programme
Poursuites criminelles et pénales assure le financement des activités
du Directeur des poursuites criminelles et pénales, donc du DPCP, et du comité de la rémunération des procureurs aux poursuites criminelles et pénales. Des crédits de 171,9 millions sont prévus en 2019‑2020,
ce qui signifie une hausse de 3,4 millions
par rapport aux crédits de 2018‑2019. Voilà donc, M. le Président, ce
qui complète pour les crédits.
Si vous le permettez, je vais vous parler
maintenant de quelques dossiers qui constitueront mes priorités pour l'année 2019‑2020. J'ai annoncé, ici même, à
l'Assemblée nationale, lors du débat parlementaire sur le discours
inaugural du premier ministre en décembre,
que je souhaitais de faire de la réforme du droit de la famille l'une des
priorités de mon mandat, l'une des priorités de mon mandat, je vais le
souligner. Je suis heureuse de dire que nous avons mis en place rapidement des mesures pour aller de l'avant avec
ce dossier. Donc, depuis décembre 2018, on peut le constater, cette
réforme est plus que nécessaire si nous
aspirons à ce que le droit soit le reflet de la société qui l'encadre. En
effet, est-il besoin de souligner à
nouveau que la dernière grande réforme en la matière date de 1980. Depuis, nos
modèles d'unité familiale ont beaucoup
changé. Or, le droit n'a pas suivi cette évolution. Par cette réforme, nous
voulons remettre l'enfant au centre des préoccupations et ainsi adapter
les règles à la nouvelle réalité québécoise.
Nous le ferons donc en deux temps. Tout d'abord,
nous avons lancé une vaste consultation qui est en cours présentement, une consultation publique pour
aborder les enjeux liés à la conjugalité et à la parentalité. Pour jeter les
bases de la discussion, nous nous sommes
inspirés des recommandations du comité consultatif sur le droit de la famille...
qui a été déposé en 2015, un rapport très
étoffé, d'ailleurs, sur la question. Les citoyens qui le souhaitent peuvent
également répondre à un questionnaire
en ligne sur leur vision du couple et de la famille en 2019 sur le site Web du
ministère. Nous ferons aussi une
grande tournée qui s'arrêtera dans 11 villes du Québec afin de rencontrer
des groupes communautaires, des groupes d'intérêt, mais également des citoyens sur ces questions. Cette tournée
se fera en collaboration avec mon collègue le ministre de la Famille et député de Papineau, ainsi que mon
adjoint parlementaire le député de Chapleau, qui est ici aujourd'hui et
siège également sur cette commission, M. le Président.
Au terme de
cette consultation, j'entends déposer un projet de
loi sur la conjugalité
également afin de mener à bien les
réformes qui seront jugées appropriées. Les questions liées à la filiation, quant
à elles, notamment celles touchant la gestation
pour autrui, seront abordées dans un projet de loi distinct, puisqu'elles
touchent une
partie beaucoup plus restreinte de la population
québécoise.
Par ailleurs, je tiens à préciser qu'un
mécanisme complémentaire de réflexion a été mis en place pour le milieu autochtone afin d'échanger par et pour le milieu
autochtone, afin d'échanger avec ses membres dans le but de s'assurer de
bien répondre aux considérations propres aux communautés des Premières Nations
et aux Inuits.
Par ailleurs, dans les premières semaines de mon mandat comme ministre de la Justice, j'ai formé un groupe de travail non partisan,
composé d'élus de tous les partis représentés à l'Assemblée nationale. Notre
objectif était d'échanger sur l'accompagnement
des personnes victimes d'agression sexuelle et de violence conjugale. Nous
souhaitons également discuter des
services d'aide qui leur seront offerts ainsi que de leur parcours dans le
processus judiciaire. Se sont jointes à moi la députée de Marguerite-Bourgeoys, la députée de Sherbrooke, la députée de
Joliette, que je salue particulièrement, qui est également ici aujourd'hui avec nous, et que je remercie toutes pour leur
engagement au-delà de la politique partisane. Nous avons le devoir envers les personnes victimes
d'entreprendre des démarches pour rebâtir la confiance et celle du
citoyen à l'égard du système de justice. Je
le mentionnais d'ailleurs d'entrée de jeu, M. le Président. Mais nous devons
aussi bonifier les mesures déjà
existantes et en développer de nouvelles pour les accompagner dans leur
cheminement. C'est pourquoi nous avons
annoncé, en mars, la mise en place du comité d'experts. Celui-ci aura pour
mandat de nous conseiller sur les mesures actuelles et potentielles qui permettront de mieux adapter le système de
justice aux personnes victimes de ces crimes et de favoriser leur
compréhension des avenues qui s'offrent à elles.
avril dernier, sur un autre sujet, le ministère annonçait le plus grand projet
de transformation de son histoire, avec le plan pour moderniser le système de justice. Nous maintenons la mise
en oeuvre de ce plan afin de rendre la justice plus innovante, plus
efficiente, encore une fois au bénéfice de tous. Pour moderniser la justice, M.
le Président, nous devons amorcer plusieurs chantiers de front. J'espère pouvoir donner
l'impulsion nécessaire. C'est d'ailleurs mon devoir de donner l'impulsion nécessaire afin qu'il se réalise assez
rapidement et qu'il soit à la hauteur des attentes des justiciables. Nous
sommes dans une ère d'adaptation dans laquelle je vois des occasions à saisir
pour tous, pour tous les acteurs du système de justice, au sens large.
pierre d'assise des réformes que nous aborderons sera un virage technologique.
Nous devons penser, par contre, la
justice du futur et non pas seulement rattraper notre retard. Nous prévoyons
ainsi un véritable changement de culture. Nous misons sur un échange plus fluide de l'information entre les divers
intervenants. Nous visons, par exemple, la tenue de procès entièrement sans papier. Et un jour
d'études de crédits, M. le Président. C'est mon collègue, M. Caire, qui va
être content de ma remarque, je vais la
faire envoyer. Nous voulons offrir plus de services en ligne sécurisés. Les
justiciables pourront, à terme, consulter, à
distance, les papiers judiciaires et le plumitif. L'une des clés d'un meilleur
accès à la justice est également une
éducation juridique de qualité, j'en suis intimement convaincue. C'est pourquoi
un des projets en lien avec la modernisation
de la justice est le virage numérique de la justice. Et SOQUIJ est un
partenaire de choix dans l'évolution de notre système. L'accès à la justice n'est donc pas juste une question
d'accès aux tribunaux. Nous avons le devoir de rendre la justice à la
portée de tous les citoyens et citoyennes du Québec. Trop longtemps, la justice
a été l'apanage d'experts.
possibilité pour les citoyens de faire valoir leurs droits ne devrait jamais
être une question de moyens financiers, ne devrait jamais être une question de connaissances ou de localisation
géographique. C'est pourquoi nous améliorerons l'accès par tous les moyens possible en changeant nos façons de faire,
en visant notamment des modes alternatifs de règlement de conflits, mais
aussi en adaptant le système à ses utilisateurs.
Je parlais des
victimes de violence sexuelle et de violence conjugale à l'instant. Ce sont des
personnes qui demandent une approche
particulière et des services qui sont adaptés à leur situation. C'est dans cet
esprit que nous devons nous soucier
de ceux qui souffrent également de problèmes de santé mentale. Nous poursuivons
les actions annoncées dans la Stratégie
nationale de concertation en justice et en santé mentale, lancée en mai
dernier. Il est de notre devoir de faire en sorte que les personnes qui
sont aux prises avec des problèmes de santé mentale, d'itinérance ou de
toxicomanie soient bien accompagnées durant leur parcours. Il nous faut
reconnaître leurs besoins afin d'éviter ce qu'on appelle les portes tournantes, où ces personnes sont ballottées entre
la cour et la rue. Je l'ai vécu, à
titre d'ex-procureure de la couronne,
M. le Président, on est très conscients de ce phénomène.
faut également penser aux personnes à faible revenu. Les seuils d'admissibilité
à l'aide juridique ont été haussés de 6,67 %
le 31 mai 2018, ce qui correspond à la hausse du salaire minimum. Je vous
rappelle que le service d'aide juridique, dispensé par la Commission des
services juridiques, est également offert gratuitement à ceux qui travaillent
au salaire minimum.
Lancer
une action en justice est souvent un
processus complexe et qui peut être, disons-le, intimidant pour les non-initiés. Pour soutenir les justiciables dans leurs
démarches, l'une des initiatives les plus intéressantes est celle des CJP,
les centres de justice de proximité.
Ceux-ci, financés par le Fonds Accès Justice, accompagnent, de manière tout à fait gratuite, les citoyens. Ils peuvent ainsi mieux comprendre
les rouages du système judiciaire, mais aussi déterminer les lois et les
règlements qui s'appliquent à leur situation et les démarches à suivre.
Les CJP sont la porte
d'entrée par excellence pour tous. Depuis leur ouverture en 2010, ils ont
traité plus de 120 000 demandes d'information. La mise en place des
CJP s'inscrit d'ailleurs dans le Plan stratégique 2015-2020 du ministère
de la Justice.
Dans
la dernière année, nous avons inauguré d'ailleurs trois nouveaux CJP. Un en
Mauricie, un sur la Côte-Nord
et un au Nunavik. Il est important que les
CJP s'adaptent aux besoins des communautés qu'ils desservent. Par exemple,
celui de la Montérégie propose de
l'information sur les modes de prévention et de règlement des différends pour
aider les citoyens à adopter des
solutions alternatives lors de conflits. L'introduction de ces modes dans la
justice civile s'inscrit dans une forte tendance, tant au Canada qu'à
l'international, visant à trouver des mesures de rechange aux tribunaux pour
divers types de problèmes.
Celui
du Nunavik peut être aussi cité en exemple. Mis en place en collaboration avec
la société Makivik, il offre ses services
en tenant compte du contexte particulier de la région, notamment
l'isolement géographique des villages inuits. Son équipe est appelée à circuler de manière
itinérante sur le territoire pour aller à la rencontre de la population. Ce
sont là des initiatives qui, selon moi, sont à souligner et dont nous
pouvons être fiers.
J'ai
beaucoup parlé de technologie depuis le début de cette
présentation, mais nous devons aussi nous attaquer à la réfection de
notre patrimoine bâti, qui est vieillissant. Pour ce faire, nous pouvons miser
sur l'expertise de la Société québécoise des
infrastructures. Je souligne notamment
le fait que les travaux d'agrandissement et de réaménagement du palais de justice de Rimouski vont bon train.
Ceux-ci, qui étaient réclamés depuis fort longtemps, ont commencé en
2017. Au terme du chantier, nous offrirons
un bâtiment à la fois fonctionnel et respectueux du caractère particulier de
l'histoire de la justice sur ce lieu. Nous
inaugurerons, dans les prochains mois, ces nouvelles installations, qui seront
60 % plus grandes que les
précédentes. Le palais de justice de Rimouski répondra aux demandes du milieu
en matière de justice, mais aussi en matière de sécurité. C'est un
projet qui s'inscrit dans l'esprit de la transformation de la justice en
alliant architecture fonctionnelle et technologie à la fine pointe.
Dans
la même année, nous avons également inauguré une
annexe au palais de justice de
Saint-Jérôme. Ce chantier nous a
permis d'améliorer l'offre de services aux citoyens, et ce, afin de traiter les
causes dans un délai plus court. Le bâtiment compte trois salles d'audience civile supplémentaires ainsi que quatre
salles pour la tenue de conférences de règlement à l'amiable, qui
peuvent également être utilisées à des fins d'audience en matière civile.
ailleurs, nous avons annoncé, cette année, que le projet d'agrandissement et de
rénovation du palais de justice de Saint-Hyacinthe avait franchi une
étape importante, soit celle du dossier d'opportunités. Il est primordial pour
nous de répondre aux demandes, mais surtout aux besoins du milieu. Nous
devrons, pour ce faire, aménager un palais de justice temporaire, un projet
pour lequel les modalités seront annoncées ultérieurement.
Je suis également fière de rappeler
que nous avons ouvert un greffe en matière civile et familiale au palais de
justice de Kuujjuaq. Les résidents du
territoire de la baie d'Ungava et du Nunavik, au Nunavik, ont en effet maintenant
des services directement chez eux dans ce domaine.
parlais, tout à l'heure, d'accès à la justice, qui est une de mes
priorités, de mes grands défis. Les mesures que je viens d'annoncer
s'inscrivent dans ce sens.
institutions ont également besoin d'être recadrées parfois après des
périodes de turbulence, ce qui fut le cas de la CDPDJ. Je suis très
heureuse de voir qu'après les tumultes vécus au moment de mon arrivée en poste
cet automne, la Commission des droits de la
personne et de la jeunesse est maintenant entrée dans une nouvelle ère de
stabilité en matière de gouvernance. Pour nous, il est primordial que la
CDPDJ, qui vise à protéger les plus vulnérables soit à la fois active et
moderne. Nous travaillerons d'ailleurs en ce sens dans les prochains mois.
En terminant, je
souhaite souligner le dépôt du premier projet de loi de notre gouvernement, le
projet de loi n° 1, qui renforce sans
contredit la gouvernance de certaines de nos institutions en améliorant la
transparence des nominations à certains postes clés de notre système
judiciaire et notamment, en ce qui me concerne, celui du Directeur des
poursuites criminelles et pénales.
tiens à réitérer, M. le Président, à tous les Québécois et Québécoises que nous
mettrons tout en oeuvre pour que le système
de justice soit à la hauteur de leurs attentes. Les mesures que j'ai évoquées
plus tôt contribueront à accroître la confiance des Québécois envers
cette institution démocratique. Je vous remercie.
Le Président (M. Bachand) : ...beaucoup,
Mme la ministre. J'invite maintenant le porte-parole de l'opposition officielle à faire ses remarques préliminaires
pour un maximum de 10 min 31 s, M. le député de LaFontaine, s'il
vous plaît.
M. Tanguay :
Oui. Merci beaucoup, M. le Président. J'en profite pour vous saluer,
évidemment, saluer la ministre et les
personnes qui l'accompagnent, personnes de son cabinet et également personnes,
je dirais, de l'appareil, du système de justice. Donc, merci beaucoup d'être là et de nous aider à obtenir
réponse à nos questions aujourd'hui, saluer également les collègues d'en face et les collègues de
l'opposition officielle, ma collègue de Notre-Dame-de-Grâce et de la deuxième
et de la troisième opposition.
le Président, la ministre a parlé brièvement, à la fin de son allocution, du
projet de loi n° 1. Je dois lui dire qu'elle nous a beaucoup
manqué, durant le projet de loi n° 1, parce que le DPCP, qui
maintenant — le
débat en
article par
article — a quitté, donc, la Commission des
institutions, sera transposé au salon bleu. On aura l'occasion, j'espère, de l'entendre sur le projet de loi n° 1, parce
que la nomination du DPCP, son indépendance, qui découle du pouvoir de la
couronne constitutionnellement et historiquement et qui relève d'une nomination
de la ministre et qui doit travailler en toute indépendance, mais qui relève du système de justice... Le projet de loi
n° 1 aurait bénéficié, je crois, de l'éclairage de la ministre, et le fait qu'il ait été piloté par la
ministre de la Sécurité publique était un peu, quant à nous, M. le Président,
incongru. On nommait les votes aux deux
tiers... par votes aux deux tiers, le directeur général de la SQ et le
Commissaire à l'UPAC, et de mettre
dans le lot, sans être péjoratif, le DPCP, je pense que c'était un peu faire
peu de cas de la nécessaire indépendance que doit avoir le DPCP. Mais on
continuera le débat au salon bleu.
Alors,
M. le Président, heureux, donc, de retrouver la ministre lors de l'étude
de ces crédits. On a beaucoup, beaucoup de sujets à aborder, et
j'aimerais, donc, transposer mon temps, si vous le permettez, sur le bloc qui
nous sera dévolu.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, M. le député de
LaFontaine. Je cède la parole maintenant au député du deuxième groupe
d'opposition pour ses remarques préliminaires de 2 min 38 s, M.
le député de Leduc... d'Hochelaga-Maisonneuve, désolé, M. Leduc. Désolé.
M. Leduc :
Je ne sais pas si une circonscription sera nommée en mon nom un jour, là. Je
serais bien surpris, je serais bien surpris.
Merci, M. le
Président. Bonjour, Mme la ministre. Bonjour, tous les collègues. On a appris à
se connaître avec plusieurs heures de
travail dans le projet de loi n° 1 récemment, donc heureux de nous
retrouver. Salutations à tout le personnel qui accompagne Mme la
ministre aujourd'hui aussi. Content de vous voir. Toujours apprécié.
Donc, même chose, je
vais garder mon temps également pour la période d'échange. Merci, M. le
Président.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Maintenant, la parole est à la
députée de Joliette pour 2 min 38 s. Mme la députée de
Joliette.
Mme Hivon :
Merci, M. le Président. Alors, à mon tour de saluer Mme la ministre, sa
sous-ministre, toute l'équipe du ministère et, bien sûr, de son cabinet.
sais à quel point la période des crédits est une période intense, intensive et
combien il y a eu d'efforts mis dans la
préparation, donc merci beaucoup. Et, comme je le dis toujours, même si on ne
réussit pas à poser des questions sur tout ce qu'on voudrait, surtout qu'on est la troisième opposition — je vais m'habituer à cette nouvelle
réalité — on lit
tout avec beaucoup d'attention.
veux saluer, bien sûr, tous les collègues du parti ministériel, mes collègues
les porte-parole de l'opposition officielle et de la deuxième
opposition.
Et moi aussi, je vais garder le reste de mes
minutes précieuses pour les débats.
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Je suis maintenant prêt à reconnaître une première intervention
de l'opposition officielle pour un premier bloc d'échange de 20 minutes. M.
le député de LaFontaine, la parole est à vous.
M. Tanguay :
Merci beaucoup, M. le Président. Alors, on voit, dans le budget, que, lorsque
l'on regarde le budget des dépenses
oui il y a une augmentation à la Justice de 1 042 000 000 $
aujourd'hui, qui était partie, donc, de 2018‑2019, de 1 027 000 000 $. Donc, l'an
passé, 1 027 000 000 $, cette année,
1 042 000 000 $, mais le poids relatif diminue, le
poids relatif passe de 1,34 % et
diminue à 1,28 %. Alors, normalement, on aurait espéré que la Justice
conserve son poids relatif quant à
l'importance dans les dépenses de l'État. Surtout, je me rappelle d'un débat au
Barreau, où la collègue de Joliette et la ministre de la Justice étaient là, puis on se disait que ça devrait
plutôt tirer vers le 1,5 %. Alors, comment expliquer cette baisse
de poids relatif?
Le Président (M.
Bachand) : Mme la ministre, s'il vous plaît.
Mme LeBel : Oui. Si on regarde le pourcentage, effectivement,
bon, le portefeuille de la Justice représente présentement un
pourcentage de 1,28 % du budget des dépenses du gouvernement. On a eu, je
pense, pour l'année 2019‑2020, des mesures assez intéressantes.
Il ne faut
pas oublier, naturellement, ce qui a été fait par le gouvernement précédent, je
le salue, j'ai pris la peine de le faire, le 500 millions qui a été
investi en Justice, et là la Justice doit travailler présentement à cette
transformation.
Il y a également, et je n'en suis pas peu fière,
la mesure de 50 millions qui a été accordée sur cinq ans, donc 10 millions
par année, pour supporter les travaux du comité consultatif sur
l'accompagnement des victimes d'agression sexuelle
et de violence conjugale. Ce budget supplémentaire là qui nous a été accordé va nous permettre justement
de pouvoir supporter le comité dans
ses mesures, et c'était pour moi très important, lors de mes représentations
auprès de mon collègue des Finances,
de m'assurer que ces argents-là, que ces crédits-là ne soient pas attribués à
des mesures particulières, parce que l'objectif de travailler avec un comité consultatif est de
lui donner toute la latitude de nous faire des recommandations qui
sont réellement adaptées au parcours des victimes, et c'est pour
cette raison-là que cette mesure budgétaire là a été dessinée, si on peut, ou pensée de
cette façon.
M. Tanguay : Juste pour... Puis je remercie la ministre
de... qu'on puisse respecter, puis elle l'a bien fait, là, la règle de la proportionnalité. Mais, ceci dit,
donc, il y a un manque à gagner, il y a
une diminution du poids relatif. Alors, elle a bien dit, c'est toutes
des belles mesures que l'on salue, mais le poids relatif diminue. Comment ça?
Le Président (M.
Bachand) : Mme la ministre.
Mme LeBel : ...que le budget de cette année, bien, on parle
de beaucoup d'augmentations
en santé, d'augmentations en
éducation. Il faut expliquer la diminution du poids relatif de la Justice par
rapport aux augmentations de budget qui sont énormes dans des domaines qui ont été très bien identifiés pour cette
année par le premier ministre. Mais je peux vous assurer, M. le député, que la Justice, pour les années 2019‑2020,
possède les crédits nécessaires à l'accomplissement de sa mission, et je
ne voudrais pas que ça soit autrement.
Je dois aussi
vous souligner... Je vais en profiter, parce qu'on parle quand même de crédits,
pour souligner une autre mesure
budgétaire, celle qui est dans le but de soutenir davantage les bénéficiaires
de pension alimentaire. Entre autres, ça nous touche à l'aide juridique. On a augmenté les sommes qui peuvent
être exemptées de zéro à 4 200 $ par année par enfant, qui peuvent être... qui sont augmentées pour...
retirées, si on veut, du calcul pour l'accessibilité à l'aide juridique.
Donc, c'est également une mesure d'accès à la justice, je pense, qui est non
négligeable pour cette année.
M. Tanguay : Oui, M.
le Président, alors, je... C'est beau, c'est correct. La ministre est honnête,
il y a eu plus à la Santé et à
l'Éducation, puis, je veux dire, ce sont des choix gouvernementaux que les gens
à la maison peuvent comprendre. Mais,
d'un autre côté, évidemment, on peut voir la baisse du poids relatif de la
Santé dans le budget de 1,34 % à 1,28 %. Mais là je... De la Justice. Et là je tends une
perche à la ministre pour nous aider à — à moins qu'il soit déjà budgété, mais
je ne croirais pas, vu les
négociations — nous
aider à combler ce retard au niveau de l'aide juridique et des négociations
entre la commission, entre le gouvernement
et le Barreau du Québec. Ce qu'il est demandé, c'est 48 millions en
honoraires temps de préparation,
pratique privée et 3 millions pour une période de référence mensuelle. Et
ça, ça avait été très clairement dit par le député de Borduas, leader du gouvernement, et je le cite, avant le 1er octobre :
«Un ultime refus du gouvernement libéral d'investir dans le système judiciaire québécois signifierait qu'il
endosse que certaines personnes moins bien nanties ne peuvent avoir accès à une représentation de qualité, ce
qui brime littéralement l'un de leurs droits fondamentaux. Il est grand
temps de rétablir cette inéquité qui perdure
depuis trop longtemps d'effectuer un rattrapage sur les tarifs afin de redonner
une voix aux justiciables les plus
vulnérables.» Alors, que dites-vous aujourd'hui, Mme la ministre, aux
justiciables les plus vulnérables?
Le Président (M.
Bachand) : Mme la ministre.
Mme LeBel :
Vous comprendrez aussi bien que moi, M. le député, que, présentement, ces
négociations-là ont cours entre le
Barreau, et la commission, et le Conseil du trésor. Par contre, je peux vous
assurer d'une chose : l'objectif de la Justice, mon objectif a toujours été clairement établi,
c'est de favoriser l'accès à la justice. Alors, quand il y a des
représentations à faire en ce sens, je peux
vous assurer que je les fais. Pour ce qui est des négociations particulières,
je vais m'abstenir de tout commentaire, parce qu'elles ont cours
présentement.
M. Tanguay :
Mais je dois partager en commission ici, à l'étude des crédits, à la ministre
que le milieu est inquiet. Donc, le
milieu est inquiet quant à... J'entends la ministre, là, on ne fera pas la
négociation ce matin, parce que toutes les parties ne sont pas représentées et que ça relève d'une négociation qui
doit être faite évidemment de façon constructive et doit avoir, donc, un minimum d'espoir. Mais le milieu
est inquiet, M. le Président, et je tiens à le souligner à Mme la
ministre. Il eut été intéressant de le voir
dans le budget. Donc, ça fait depuis à peu près 18 octobre, date de
nomination du Conseil des ministres,
ça fait à peu près cinq mois. Ça aurait été bien, surtout que c'était un
engagement très ferme du leader du gouvernement,
porte-parole à l'époque, et c'est un 51 millions. Alors, je veux juste partager à la ministre les
inquiétudes. Là, la porte d'entrée du budget, elle est derrière nous. Ils ne
sont visiblement pas là. Je lui souligne l'inquiétude.
Et ça, ça
participe de l'accès à la justice, bien
évidemment. On parle des tarifs des avocats en pratique privée pour l'aide juridique. Et, souvent, sur le terrain, la
ministre le sait, je crois, très bien, sur le terrain, les gens n'ont pas accès
à un avocat ou en région, pour avoir
rencontré des bâtonniers de région, en région, il est difficile, il y en a
juste un qui prend des contrats
d'aide juridique, puis, à cause que les tarifs sont trop bas, bien, il doit
refuser. Alors, on parle d'un accès direct à la justice qui n'est pas
assuré. Alors, je souligne l'inquiétude à Mme la ministre, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Mme la ministre.
Mme LeBel :
Bien, si vous permettez, je partage cette inquiétude-là. Quand on parle d'accès
à la justice, je dois vous dire, M.
le député, vous rassurer que je ne me lave pas les mains de ce dossier-là, même
si ce n'est pas moi qui négocie. J'ai eu des rencontres avec les
intervenants du Barreau, les barreaux de section. J'ai eu l'occasion de
discuter de leurs inquiétudes, de les partager. Les négociations vont
d'ailleurs très bon train. Les enjeux sont compris de part et d'autre.
Naturellement,
je peux peut-être faire un point. Effectivement, vous mentionnez l'absence des
fois ou la pénurie d'avocats en
région, effectivement, peut-être que les tarifs, je pose la question, peut-être
que les tarifs en sont une cause, mais
ce n'est pas la seule cause, hein? Il faut faire en sorte... en région, il y a
beaucoup de problèmes d'accessibilité, on doit travailler sur plusieurs
fronts, les centres de justice de proximité en sont un, naturellement, et on
doit travailler aussi à désamorcer les
litiges le plus souvent possible en amont pour éviter justement d'avoir
peut-être recours à un avocat quand ce n'est pas nécessaire.
Plusieurs rencontres ont d'ailleurs eu lieu
depuis la nomination du Conseil des ministres, le 18 octobre 2018. Il y a eu des rencontres en décembre, en janvier,
en février, quelques rencontres en mars, d'autres rencontres sont
prévues, une prochaine rencontre le 12 avril
également a été fait, a eu lieu. On est dépassés le 12 avril, hein, oui?
Il faut que je m'adapte aussi à mon
calendrier, qui va vite, donc... Mais on est en discussion, ça va bon train, on
comprend les enjeux. Le Barreau, d'ailleurs,
a fait preuve d'ouverture sur la façon aussi de répartir les tarifs, qui ne
sont pas nécessairement une augmentation, je dirais... c'est quoi, le
terme?
Mme LeBel :
Paramétrique. Paramétrique. Donc, je vais m'arrêter là, parce que ce sont des
discussions qui ont cours avec le
Conseil du trésor, mais je veux vous rassurer que je partage les objectifs qui
sont sous-jacents aux inquiétudes que vous nous avez mentionnées.
M. Tanguay :
La ministre, M. le Président, a parlé, à juste titre, des CJP, centres de justice
de proximité, créés en 2010. Quel est
son plan de match pour l'avenir des CJP? Parce qu'effectivement c'était une
mesure qui était intéressante, et elle
parlait un peu plus tôt de prévenir les litiges en amont. Quand on se parle,
des fois, on se comprend, puis qu'on évite d'aller devant une juge ou un
juge. CJP, quel est l'avenir des CJP? J'imagine que c'est plus qu'hier moins
que demain.
Mme LeBel : Je vais juste... je
vais vous demander de répéter. Quand vous parlez des CJP...
M. Tanguay : Quel est
l'avenir des CJP...
Mme LeBel : Je suis désolée, ce
n'est pas délibéré.
M. Tanguay :
L'avenir des CJP, centres de justice de proximité, quel est votre plan de match
quant à leur déploiement? Voilà.
Mme LeBel :
Bon, plusieurs ont été déployés, hein? J'ai participé, d'ailleurs, à
l'ouverture de quelques-uns depuis mon
arrivée. Ils n'ont pas tous été déployés. Je dois vous dire qu'on doit regarder
également les besoins du milieu, hein? Les choses ont changé depuis
quelques années. Les CJP sont une excellente affaire, ils donnent de
l'information juridique. Il y a des milieux
où ça a été extrêmement bien accueilli. Il y a d'autres milieux où il y a des
organismes communautaires qui sont
déjà en place, des centres d'information juridique. Donc, ce qui est important
pour l'accès à la justice, ce n'est pas de multiplier les offres de services qui se
juxtaposent, si vous me permettez l'expression, donc... mais les centres de
justice sont là pour rester.
Maintenant, on doit
procéder à analyser la suite des événements. Ce n'est pas un arrêt, c'est
une... moi, ce que j'appelle ça, c'est arrêter pour mieux... reculer pour mieux
regarder la vue d'ensemble. Et je dois vous dire que, jusqu'à présent, là, les CJP fonctionnent très
bien. 75 %... 82 %, pardon, des usagers ont une satisfaction des CJP.
C'est une excellente mesure, elle est là pour rester. Maintenant, pour la suite
des événements, je pense qu'il faut être responsable et regarder de
quelle façon on va implanter et où est-ce que c'est nécessaire de continuer à
le faire.
Président (M. Bachand) : Merci. M. le député.
M. Tanguay :
À
titre de bilan, à l'heure où on se parle, il y en a combien? Et combien y
consacrons-nous d'argent?
Président (M. Bachand) : Mme la ministre.
Mme LeBel : Ce que je vous lançais... Oui, 10. C'est ça. C'est ce
que je pensais. J'ai dit une dizaine, puis c'est 10, le chiffre. Donc, ça va bien. 10 sont actuellement déployés sur tout le territoire. Le plan
stratégique était de prévoir
12 régions administratives présentement. Je peux vous dire, peut-être,
pour faire un petit bilan, les centres de services emploient actuellement 45 personnes. La majorité des budgets sont consacrés d'ailleurs à des masses
salariales, hein? On parle de services
directs aux citoyens. C'est extrêmement intéressant. La capacité d'accueil, le niveau
d'écoute, la compétence sont les aspects
qui ont été le plus relevés. On a naturellement voulu savoir si ça fonctionnait. C'était
important de le faire. Le panier de
services des CJP comprend essentiellement de l'information, par
contre, juridique, l'établissement des besoins d'ordre juridique, le référencement.
Ce qu'il faut
souligner, puis, je pense, vous le savez déjà, M. le député, les CJP ne donnent
pas d'avis juridique. Ils sont là pour
donner de l'information. Mais déjà l'éducation, l'information, c'est une grande clé, là, pour ouvrir
l'accès à l'information et, souvent, la compréhension des citoyens.
revenus de la clientèle qui sont visés par les CJP sont variés, donc,
complémentaires souvent à l'aide juridique
dans ce sens-là. 29 % ont moins
de 20 000 $, 29 % sont entre 20 000 $ et
40 000 $, 17 % sont entre 40 000 $ et
60 000 $ et 7 % entre 60 000 $ et
80 000 $. Donc, on voit que la masse critique se situe à moins de
40 000 $. Et c'était la masse qui était, je vous dirais, visée par
cette mesure-là de façon plus large.
Président (M. Bachand) : M. le député.
M. Tanguay :
Quel est le budget total qui est consacré aux 10? Et, sous-question, quel est
le plan de match des deux autres? Il était prévu d'en avoir deux autres,
quel... C'est lesquels, les deux autres?
Président (M. Bachand) : Mme la ministre.
Mme LeBel :
Si vous voulez une réponse exacte, vous allez me permettre deux petites
minutes. Bien, pas deux minutes.
M. Tanguay :
Oui. Bien, on pourra revenir plus tard, M. le Président.
Mme LeBel :
Oui? Pafait.
M. Tanguay :
Elle peut la prendre en délibéré, comme on dit dans le jargon.
Mme LeBel :
Sur les Centres de proximité de justice présentement actifs, je vais nommer
Québec, Bas-Saint-Laurent, Montréal,
Outaouais, Gaspésie—Îles-de-la-Madeleine,
Saguenay—Lac-Saint-Jean,
Montérégie, Côte-Nord, Mauricie, et Nunavik.
Ils ont présentement des dépenses de fonctionnement de l'ordre de 502... C'est
des millions, ça, hein? J'imagine.
Mme LeBel :
C'est ça. 502 000 $, 2,6 millions pour la masse salariale et
468 000 $ pour le loyer. Donc, je pourrais vous faire un petit
total, si vous voulez, là, mais...
M. Tanguay :
Les deux autres, qui sont-ils, à venir?
Mme LeBel :
C'est justement à déterminer présentement. On avait dit qu'on couvrirait
12 régions administratives, là. Maintenant, c'est de savoir...
M. Tanguay :
Et les autres?
Mme LeBel :
Mais on est ouverts.
M. Tanguay : Les deux
autres ne sont pas identifiées.
Mme LeBel : Bien, ne
sont pas identifiées parce qu'on est justement ouverts à une espèce d'étude de
marché, si je peux la qualifier ainsi.
Puis on va s'assurer qu'ils sont implantés. Il y a des régions qui en ont fait,
des demandes. Naturellement, on n'est pas contre, mais on veut s'assurer
qu'ils vont être implantés dans des milieux où c'est vraiment nécessaire de le
faire.
M. Tanguay :
Avez-vous un échéancier?
Mme LeBel : Dans les prochains mois, on devra prendre des
décisions. Mais, non, je n'ai pas d'échéancier particulier.
M. Tanguay :
À part dans des meilleurs délais, non?
Mme LeBel :
Non. Dans les meilleurs délais, le plus rapidement possible?
M. Tanguay :
Oui. Ça, c'est moins le fun.
Mme LeBel :
Oui, je le sais, mais c'est parce que c'est vrai.
M. Tanguay :
Espérons qu'ils soient réellement les meilleurs, les délais.
Mme LeBel :
Bien, c'est que ça prend le temps de l'évaluer pour le savoir.
M. Tanguay :
Oui. Non, c'est correct. C'est bien parfait. Pour moi, là, je ne dirai pas
comme le premier ministre, quant aux
engagements de la CAQ d'octobre 2018, que c'était son livre de chevet.
Mais, pour moi, c'est un livre... C'est un document important, ici, mon plan pour modernisation au système de
justice 2018‑2019. Je ne dirais pas que c'est mon livre de chevet, on va essayer de lire d'autres choses,
mais quand même, là-dedans, à la page 14, il y avait des statistiques
quant aux délais. On disait que, les délais,
on était sur la bonne voie. J'aimerais vérifier avec la ministre de la Justice
si on est sur une tendance lourde. On
parlait des délais criminels. Ils ont diminué, sans enquête préliminaire, de
8,3 mois en décembre 2016, à 7,1 mois
en décembre 2017. Il y a une baisse. Criminel avec enquête préliminaire,
26,5 mois en décembre 2016 à 21,3 mois en décembre 2017. Puis je ne veux pas prendre
la ministre, là, sur les statistiques. Je veux juste savoir : A-t-elle...
C'est ma question : Décembre 2017, a-t-elle des statistiques
plus récentes? Et peut-on, donc, y constater qu'il y a une tendance lourde à la
baisse des délais en matière criminelle?
Président (M. Bachand) : Mme la ministre.
Mme LeBel :
Bien, je vais vérifier au niveau des statistiques de décembre. Il y a
effectivement, dans tous les districts judiciaires, une tendance qui va
se maintenir, qui va se poursuivre à la baisse des délais. Je parle avec les
intervenants judiciaires du milieu. J'ai
d'ailleurs eu l'occasion de parler avec le juge en chef de la Cour supérieure
dernièrement, qui m'expliquait qu'effectivement la question des délais
n'est pas derrière nous, mais elle est sous contrôle, je vais le dire de cette
façon-là.
qu'il est important de noter, c'est qu'il faut pérenniser cette tendance-là, M.
le député, hein? Vous le savez, on a ajouté des effectifs. Ajouter des
effectifs, c'est une façon de pallier de façon ponctuelle. C'est ce que
j'appelle un diachylon nécessaire, d'ajouter des effectifs pour pallier de
façon ponctuelle.
Mais
il faut revoir toute la question de l'administration de la justice pour
s'assurer que le mur Jordan, comme
je peux l'appeler, celui que j'ai vécu de
l'intérieur parce que j'étais sur le plancher, en 2016... Et je ne vous
cacherai pas qu'à cette époque on
pouvait, les intervenants du milieu sur le plancher, sentir venir cette situation-là.
Je dois vous rassurer par contre, cette situation-là était particulièrement
critique dans le district de Montréal, elle existait dans les autres districts également.
Oui, cette tendance lourde à la baisse, qui est une tendance positive, on va le
dire, va se maintenir.
Maintenant,
dans le plan de modernisation et de transformation de la justice, dans les moyens alternatifs de
règlement des litiges, dans les mesures de
rechange, dans la justice participative, dans les centres de justice de
proximité, bien, ce sont tous des
moyens, justement, d'accéder à la justice, de faire en sorte aussi de dégager les tribunaux des litiges qui n'ont pas besoin d'être devant les tribunaux. Je
mentionnais, d'entrée de jeu, dans mon discours d'ouverture, les
mesures à l'itinérance, où on voit
les portes tournantes, des gens qui sont remis par les procureurs de la couronne, ce que j'appelle, sur la rue, avec des
conditions, et que nécessairement ils vont briser ces conditions, ils vont se
retrouver dans le système judiciaire.
système judiciaire, il faut le comprendre, criminel, entre autres, est engorgé présentement par une multitude, une masse critique de
petits dossiers et ce qui fait en sorte que ça ne laisse pas de place pour les
litiges qui doivent vraiment, nécessairement, se retrouver devant les
tribunaux.
Alors, oui c'est une
tendance lourde et on va travailler pour l'accentuer et la maintenir.
M. Tanguay : Je salue ça. 27 mars 2018, date du document.
On avait les données pour décembre 2017. Est-ce qu'aujourd'hui, 16 avril 2019... avons-nous les
données de décembre 2018? Sinon, moi, je ne veux pas que la ministre cherche
là, sinon elle veut nous revenir d'ici à demain, là...
Mme LeBel :
De toute façon, on va vérifier pour être sûrs que...
M. Tanguay : Vous pouvez
vérifier? Voir les statistiques?
Mme LeBel : Je
sais qu'on a des données, mais je veux voir si elles correspondent au moment
que vous demandez, oui.
M. Tanguay :
Et donc je demanderais, donc, trois statistiques, les délais moyens. Les
derniers que j'ai en date... sont du
document du 27 mars 2018, ils datent de décembre 2017 pour criminels sans
enquête préliminaire, criminels avec enquête
préliminaire. Et je demanderais, M. le Président... les données que j'ai sont
de janvier 2018 pour les causes pénales, de nature pénale, les délais.
Alors, si elle peut nous revenir d'ici à demain, fin des crédits, là-dessus.
Mme LeBel :
Oui. Je peux peut-être vous donner un élément de réponse, mais on vous
reviendra pour la suite demain. On
a... dans le document de l'opposition officielle, la question n° 76, à la page 272, on vous donne les délais médians des causes criminelles pour l'année 2018‑2019, et
ces données sont au 14 mars 2019, mais on parle, naturellement, de
délais médians. Pour votre question plus précise, on pourra vous revenir.
M. Tanguay : Et, M. le
Président, pour la moins qu'une minute qu'il me reste, j'aimerais poser à la
ministre... Il y avait, dans ce plan, 500 millions additionnels pour
moderniser le système de justice sous trois chapitres : pratiques innovantes, justice à l'heure des nouvelles
technologies et communiquer efficacement. Ce qui était prévu pour 2019‑2020,
respectivement, c'était 21 millions,
34 millions, 11 millions, pour un 66 millions à débourser du 500
en 2019‑2020. Est-ce que nous pouvons reproduire les mêmes chiffres?
Est-ce que ce sera le cas effectivement?
Le Président (M.
Bachand) : Il vous reste très peu de temps, Mme la ministre. En
20 secondes.
Mme LeBel : Oui. Effectivement,
le budget est reconduit, si ça répond à votre question, tel quel.
M. Tanguay : O.K.
Parfait. Merci, M. le Président.
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Je rappelle à Mme la ministre de... si elle était capable de
déposer demain, elle peut toujours déposer
auprès du Secrétariat de la commission les documents qui ont été demandés par
le député de LaFontaine.
Je me tourne
maintenant vers les députés formant le gouvernement pour leur premier bloc
d'intervention, pour une durée de 15 min 40 s. M. le
député de Chapleau, s'il vous plaît.
M. Lévesque
(Chapleau) : Oui. Merci beaucoup, M. le Président. Merci, Mme la
ministre. Donc, j'aimerais en profiter
pour saluer Mme la ministre et l'ensemble de l'équipe qui est présente,
également les collègues députés, également les collègues de l'opposition
et vous, M. le Président.
Donc,
j'aimerais commencer avec une question, du moins, en lien avec le délai de
paiement des comptes à la pratique privée,
en lien avec l'aide juridique. Je me propose, dans le fond, de brosser un
portrait de la situation et peut-être de poser, là, une question ou
quelques questions à Mme la ministre.
Donc, la
Commission des services juridiques, c'est l'organisme chargé de l'application
de la
Loi sur l'aide juridique. Elle
a été créée en 1972, donc, au même moment où le Québec se dotait d'un régime
d'aide juridique mixte. Ce régime a été mis en place pour garantir l'égalité des droits et un accès à la justice
pour tous. Il est basé sur un modèle public et privé. Donc, d'un côté,
il y a la Commission des services juridiques, qui a mis en place des centres
d'aide juridique, dont les bureaux
embauchent des avocats, donc, sur une base permanente. Ces avocats exercent
leur profession en exclusivité pour l'aide
juridique. De l'autre côté, il y a les avocats de la pratique privée, donc le
volet privé, qui acceptent des mandats d'aide juridique et qui sont rémunérés à même les fonds publics, sur une base
individuelle, donc, pour le travail qu'ils effectuent dans le cadre de
chacun des mandats qu'ils acceptent, donc, en lien avec l'aide juridique.
Ce sont,
donc, les centres d'aide juridique
qui permettent et qui coordonnent, pour les personnes admissibles à l'aide juridique qui en font la demande, leur représentation par des avocats qui ne travaillent
pas pour l'aide juridique, mais plutôt pour
la pratique privée, et qui acceptent de tels mandats. Cette balance, donc,
entre les avocats permanents et les avocats de la pratique privée assure aux personnes admissibles à l'aide juridique
le pouvoir de choisir quels avocats vont les représenter dans leur dossier. Donc, ça leur offre le choix,
une possibilité. Le régime d'aide juridique québécois reconnaît donc le
principe du libre choix, qui permet aux
bénéficiaires de l'aide juridique de se tourner soit vers un avocat de l'aide
juridique, donc, dans un bureau, ou
soit vers un avocat de pratique privée qui accepte ce type de mandat, selon les
besoins particuliers. Une
partie importante du mandat à la Commission
des services juridiques consiste ainsi à coordonner le volet privé du réseau
d'aide juridique.
En moyenne, donc, c'est plus de 85 000 factures
qui sont produites annuellement à la Commission des services juridiques par les
avocats de la pratique privée. Si on prend l'exemple de l'année financière 2018‑2019,
c'est plus de 91 000 factures qui
ont été produites à la Commission des services juridiques. Il s'agit d'une
légère diminution de l'année précédente.
Donc, l'article 7 du Règlement
sur la reddition de comptes concernant les services rendus par certains
avocats et par certains notaires prévoit que la commission doit effectuer le
paiement des honoraires et des débours à l'avocat ou au notaire dans les 30 jours
qui suivent, dans le fond, la réception du relevé.
Donc, ma
question pour la ministre, M. le
Président, ça serait... Donc, considérant
que la pérennité de notre régime d'aide
juridique mixte dépend du fait que des avocats de la pratique privée continuent
d'accepter des mandats d'aide juridique, j'aimerais savoir dans quelle
proportion l'obligation établie à l'article 7 est-elle remplie.
Le Président (M.
Bachand) : Mme la ministre, s'il vous
plaît.
Mme LeBel :
Mais on est conscients, puis la Commission des services juridiques est très
consciente que, pour la pratique privée, le
paiement des honoraires est important pour le fonctionnement du bureau et pour la pérennité de la
pratique, effectivement. Donc, c'est un dossier qui semble peut-être, à
première vue, anodin, mais qui est extrêmement important pour les avocats de
pratique privée qui choisissent de prendre des mandats d'aide juridique. Et d'ailleurs,
nous les remercions de le faire. Ils
participent, par leurs actions, à assurer un plus grand accès à la justice et à
assurer un des principes fondamentaux de notre droit, qui est le choix à
l'avocat.
Donc, c'est ce
qui a fait en sorte que le Québec a choisi, à une certaine époque, d'avoir, je
dirais, un régime d'aide juridique double, c'est-à-dire avec des
permanents de l'aide juridique et aussi des avocats de pratique privée en aide
juridique. Vous devez comprendre qu'en moyenne c'est plus de 85 000 factures
qui sont produites annuellement à la Commission
des services juridiques par les avocats de la pratique privée. Donc, pour
l'année financière 2018‑2019, c'est plus de 91 000 factures
qui ont été produites à la Commission des services juridiques. Ce sont ces
factures-là qu'elle doit traiter.
Effectivement,
l'article 7, comme vous l'avez mentionné, cher collègue, du Règlement sur
la reddition de comptes concernant
les services rendus par certains avocats et par certains notaires prévoit que
la commission doit effectuer le paiement des honoraires et des débours à l'avocat ou au notaire dans les 30 jours
suivant la réception du relevé. Alors, je suis fière d'annoncer que la
commission arrive à remplir cette obligation dans la presque totalité des cas.
Les cas où ce n'est pas possible, c'est très
marginal et c'est parce qu'il y a des difficultés particulières, là. Ce n'est
pas une question de délais, là, inhérents au paiement. Parce que je peux
vous dire qu'on peut l'illustrer d'une certaine façon également,
l'article 9 du règlement prévoit
également... le règlement sur la reddition de comptes toujours, prévoit
également le paiement d'intérêts lorsque
le délai de 30 jours n'a pas été respecté par la commission. Et je dois
vous dire que, sur des paiements totalisant, au 25 mars 2015,
60 701 641 $ qui ont été versés aux avocats et notaires, un
montant de 1 164 % d'intérêts a été versé. Donc, 0,002 % d'intérêts. Donc, je pense que ça vous illustre la
célérité avec laquelle ce règlement est respecté et le fait que la
commission remplit, donc, pratiquement à 100 % ses obligations, évitant
ainsi, bon, pour le gouvernement et pour la commission, des dépenses
d'intérêts, et aux avocats des difficultés, là, dans la gestion de leurs
finances de bureau.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Chapleau, s'il vous plaît.
M. Lévesque (Chapleau) : Merci
beaucoup. Donc, on en comprend que ça fonctionne bien.
Donc,
j'aurais peut-être un autre volet, là, dont j'aimerais aborder avec Mme la
ministre, M. le Président, donc, l'accès à la justice en matière
familiale, notamment, donc, en lien avec le service, donc, d'aide à
l'homologation. Donc, la Commission des services juridiques, c'est également
l'organisme chargé d'offrir les services qui sont prévus à la Loi favorisant l'accès à la justice en matière
familiale, donc, soit le service d'aide à l'homologation. Cette loi est en
vigueur depuis le 10 octobre 2013 et a permis la création d'un
nouveau service d'aide juridique en matière familiale.
Donc, le
service d'aide à l'homologation s'adresse à des parents qui s'entendent pour
apporter des modifications à la
garde, au droit d'accès ou à la pension alimentaire d'un enfant ou d'un
conjoint, ou même d'un ex-conjoint, quelle qu'en soit la cause, alors qu'elles ont déjà obtenu un jugement relatif au
préalable à la pension alimentaire pour enfant ou relatif à une pension
alimentaire pour enfant et conjoint.
Donc, la Loi
favorisant l'accès à la justice en
matière familiale a modifié la
Loi sur l'aide juridique et sur la
prestation juridique de certains autres services juridiques, entre autres en y
insérant, après le paragraphe 1° de l'article 4.7, le paragraphe 1.1°. Donc, l'ajout de ce
paragraphe prévoit, donc, je vais le citer, qu'«en matière autre que criminelle
ou pénale, l'aide juridique est
accordée pour toute affaire dont un tribunal est ou sera saisi [...] lorsqu'il
s'agit de fournir à des parties les services
professionnels d'un avocat pour l'obtention d'un jugement relatif à une entente
présentée dans une demande conjointe en révision de jugement et portant
règlement complet en matière de garde d'enfants ou encore en matière de
pensions alimentaires pour enfants seulement
ou de pensions alimentaires pour enfants et pour conjoint ou ex-conjoint». Donc,
la particularité de cette mesure est que,
pour la première fois depuis la création d'un régime d'aide juridique, un
service est accessible à l'ensemble de la population sans égard à leur
situation financière, donc, ce qui est bénéfique et avantageux pour la
population.
M. le
Président, la question que j'aimerais adresser à la ministre, donc :
Est-ce que Mme la ministre pourrait nous dire plus... pourrait nous en dire davantage, c'est-à-dire, sur le
fonctionnement de ce service et également nous dire si celui-ci est populaire et est bien utilisé par des familles
ou des parents qui... ex-conjoints qui ont certains jugements au préalable
et qui aimeraient utiliser ce service-là? Merci, M. le Président.
Mme LeBel :
Merci beaucoup. Merci, M. le Président. Bien, effectivement, puis je pense que
vous allez m'entendre, peut-être de
façon redondante, parler d'accès à la justice, et l'accès à la justice, encore
une fois, c'est une multitude de mesures, et il faut attaquer ça de plusieurs fronts et de façon globale. Donc, ce
n'est pas une mesure unique, une façon de faire unique. Ce n'est pas en
augmentant simplement les effectifs devant les tribunaux, c'est également en
mettant en place de telles mesures comme
celle-ci, que vous venez de mentionner, qu'on appelle communément le SARPA, si
je ne me trompe pas, le service d'administration des rajustements, entre
autres, de pensions alimentaires.
Ce service a ceci de particulier que cette
mesure est, pour la première fois depuis la création du régime d'aide juridique, un service qui est accessible à
l'ensemble de la population sans égard à la situation financière. Donc,
naturellement, pour les gens qui ont accès à
l'aide juridique, c'est gratuit, et, pour ceux qui ne l'ont pas, il s'agit d'un
régime qui est accessible à moindre
coût et qui permet, donc, que, pour les parents qui s'entendent d'ailleurs pour
apporter des modifications à la garde, aux
droits d'accès ou à la pension alimentaire d'un enfant ou d'un conjoint, par
exemple, quelle que soit la cause, alors qu'ils ont déjà obtenu un
jugement, d'éviter de s'adresser aux tribunaux.
Ce service est, oui, très utile, très
apprécié également. 18 734 demandes ont été présentées depuis son entrée
en vigueur en 2012, je crois... en 2014, 1er avril
2014, soit plus de 284 demandes par mois. C'est assez notable. Ce service,
donc... qui est particulier également pour
ce service, c'est que l'avocat est choisi par les parents, il peut être donc...
Comme je le mentionnais tantôt, on
l'a parlé, hein, de notre système d'aide juridique à deux vitesses, et ça,
quand je dis ça, ce n'est pas du tout
une connotation péjorative, au contraire, c'est pour respecter le droit à l'avocat,
et ce service, donc, permet donc de prendre soit un avocat permanent de l'aide juridique, ou il peut s'agir d'un
avocat de la pratique privée qui va, naturellement, accepter de rendre
le service pour le montant qui est établi par le programme.
Pour
les parents qui sont non admissibles financièrement à l'aide juridique, on l'a
mentionné, il en coûte 554 $, donc environ 275 $ ou 177 $ par parent, pour l'ensemble des
services rendus par l'avocat afin d'homologuer l'entente. Donc, vous pouvez bien voir et vous êtes bien en mesure de
constater que c'est un service qui, comme tous les autres services, peut
augmenter de façon significative l'accès à la justice en matière familiale.
Président (M. Bachand) : Merci, Mme la ministre. M. le député
de Chapleau, s'il vous plaît.
M. Lévesque
(Chapleau) : Donc, effectivement, bien, c'est très positif. J'aimerais peut-être amener la ministre
sur un autre sujet, donc, en lien avec les
poursuites criminelles en matière
d'exposition au VIH. À l'échelle mondiale, là, les poursuites pour non-divulgation, exposition ou
transmission du VIH sont souvent liées à des rapports sexuels. Il s'agit
d'au moins 68 pays qui ont des lois qui
criminalisent spécifiquement la non-divulgation, l'exposition ou la
transmission du VIH. Donc, certaines
personnes ont été poursuivies alors qu'elles n'avaient aucune intention de
causer préjudice, qu'elles n'ont pas transmis le VIH et que la
transmission était en soi extrêmement improbable ou impossible.
Cela
suggère que les poursuites pénales ne sont pas toujours guidées par les
meilleures données scientifiques et médicales
probantes disponibles. En effet, les données utilisées pour guider ce type de
poursuites n'ont pas vraiment évolué pour
refléter les nouvelles connaissances sur le VIH et sur son traitement, et elles
peuvent être influencées par la stigmatisation et les peurs qui sont
associées au VIH et qui persistent encore aujourd'hui dans notre société.
Cette
compréhension qui est limitée des données scientifiques actuelles sur le VIH
renforce la stigmatisation et peut conduire
à des erreurs judiciaires. Elle peut également compromettre les efforts déployés pour lutter
contre l'épidémie du VIH.
Le 29 octobre
2018, le Réseau juridique canadien VIH/sida a écrit une lettre ouverte à la ministre
fédérale de l'époque de la Justice
l'exhortant à mettre en pratique les recommandations formulées dans le rapport
fédéral Réponse du système de justice pénale à la
non-divulgation de la séropositivité de décembre 2017. Par la suite, le 8 décembre
2018, la directive 5, donnée au procureur par la ministre fédérale de la
Justice de l'époque, est devenue applicable dans les trois territoires
canadiens.
Donc,
cette directive prévoyait ce qui suit, donc trois éléments : une poursuite
dans les cas de non-divulgation de la séropositivité
avant l'activité sexuelle ne doit pas être intentée lorsque la personne a
conservé une charge virale supprimée. Une
poursuite ne doit pas être engagée lorsqu'un condom a été utilisé. La poursuite
doit être intentée au moyen d'infractions à caractère non sexuel dans les cas où la conduite était moins
répréhensible. Et, en terminant, le procureur doit prendre en
considération si la personne séropositive a reçu des services de l'autorité de
santé publique.
Donc, M. le
Président, j'aimerais adresser une question à la ministre. Donc, au Québec,
c'est le gouvernement provincial qui est
responsable de l'administration de la justice. La directive 5, dont je
viens de vous parler, ne s'applique donc pas ici. J'aimerais alors
savoir si, au Québec, nous avons quelque chose de similaire à cette directive
concernant la non-divulgation de la séropositivité. Merci, M. le Président.
Président (M. Bachand) : Mme la ministre, s'il vous plaît.
Mme LeBel :
Merci, M. le Président. Merci, M. le député. Effectivement, au Québec, nous
avons quelque chose de similaire.
Mais je dois dire qu'il y a quelque chose aussi de particulier au Québec et je
ne pense pas me tromper en disant que c'est encore le cas, entre autres,
si ce n'est pas encore le cas, on n'est pas très nombreux au Canada, c'est le
régime de préautorisation des plaintes qui
sont ici par le DPCP, ce qui fait que le DPCP est en mesure, avant de porter
plainte... doit faire en sorte de
vérifier deux critères, hein, c'est-à-dire de vérifier qu'il y a de la preuve
et vérifier l'opportunité de poursuivre.
Je dois dire que,
entre 1989 et 2016, seulement 27 des 200 plaintes qui ont été portées dans
cette matière-là au Canada appartenaient au
Québec et seulement six dossiers depuis l'affaire Mabior en 2012. Alors que,
contrairement à l'Ontario, où 53 % des dossiers... ils détiennent
53 % des dossiers canadiens en cette matière-là.
qu'il est important de comprendre dans la directive 16 et qui suit,
naturellement, les enseignements de la Cour suprême et l'évolution de la
science, c'est qu'avant de... pour être sûr, là, il faut qu'il y ait une
possibilité réaliste de transmission du VIH.
Et il faut tenir compte de la science. Au Canada, on a précisé que la question
de savoir si une activité sexuelle,
d'ailleurs, entraîne une possibilité réaliste de la transmission doit être
déterminée selon les progrès de la science. Et vous avez fait part, tantôt, de nombreux événements ou situations,
nombreuses situations qui pourraient faire en sorte effectivement de
réduire le risque dans plusieurs situations.
Le régime de
préautorisation des accusations que nous avons au Québec ainsi que le taux de
déclaration de culpabilité avoisinant
93 % démontrent bien, là, qu'au Québec, quand des accusations sont
déposées, bon, je ne dirais pas qu'elles
sont fondées parce qu'il faut encore en faire la preuve, mais que notre régime
de préautorisation assure un certain filtre. Et, dans le cas qui nous
préoccupe, ce filtre, effectivement est primordial pour s'assurer qu'on
n'accuse pas des personnes qui n'avaient pas
l'intention et qu'on n'accuse pas des personnes qui n'ont pas divulgué, alors
que le risque n'est pas une possibilité réelle telle que l'édicte la
jurisprudence.
Pour ce qui est des directives, effectivement,
le DPCP a donc suivi les enseignements et a émis récemment une directive, en
date du 8 mars 2019, une position, donc, institutionnelle concernant les
poursuites criminelles en matière d'exposition au VIH et de non-divulgation, d'ailleurs, de la
séropositivité. Celle-ci est à l'effet que le critère de la possibilité réaliste dont on vient de parler de transmission
du VIH établie dans l'arrêt Mabior n'est pas satisfait lorsque la personne
se livrant à une activité sexuelle sans
révéler sa séropositivité suit un traitement antirétroviral comme prescrit et
maintient une charge inférieure à 200 copies
VIH par millilitre. Donc, c'est très
technique, mais ce sont les enseignements, d'ailleurs, de la science dans cette matière-là. C'est ce que la
Cour suprême nous a demandé de suivre. Alors, on se dit qu'à ce
moment-là il existe un risque négligeable de
transmission et on ne serait pas, d'ailleurs, donc, dans une situation où le
Code criminel s'appliquerait.
Cette
position prise par le DPCP est fondée sur la position ministérielle émise par
le MSSS en octobre 2018 et sur les
recherches scientifiques récentes sur le sujet. L'une des conclusions du
rapport fédéral ainsi que les directives ontariennes et fédérales sont
d'ailleurs au même effet.
Finalement,
en conclusion, je veux rassurer les gens. On n'est pas dans les affaires
d'accuser les gens sans fondement. Et, dans ce cas particulier de la
séropositivité, tous les filtres sont mis en place pour l'éviter.
Le Président
(M. Bachand) : Merci beaucoup, Mme la ministre. Je cède
maintenant la parole au député d'Hochelaga-Maisonneuve,
représentant le deuxième groupe d'opposition, pour un bloc d'échange
16 min 18 s. M. le député, s'il vous plaît.
M. Leduc :
Merci, M. le Président. Rebonjour, Mme la ministre. J'aimerais commencer par la
question de l'IVAC.
M. Leduc :
Oui. Alors, comme vous le savez, en 2016, la Protectrice du citoyen a rendu un
rapport public qui faisait état de
nombreuses défaillances à l'IVAC. Mme Saint-Germain parlait, dans son
rapport, d'accès difficile au régime, de longs délais encourus à la suite des demandes, d'un manque d'empathie à
l'égard des personnes qui faisaient appel à l'IVAC. Et, en juin 2017, la ministre de l'époque
avait annoncé un plan d'action de 54 millions de dollars qui s'échelonnait
jusqu'en 2019. 2019 étant déjà bien amorcé,
on prend pour acquis que ce plan-là va bientôt tirer à sa fin. Je voulais voir
quel bilan vous et votre ministère
faisiez de ce plan d'action. Est-ce que, selon vous, la situation actuelle est
satisfaisante et surtout avez-vous envisagé des mesures supplémentaires
par rapport à l'IVAC?
Le Président
(M. Bachand) : Mme la ministre, s'il vous plaît.
Mme LeBel :
Oui. Merci. Effectivement. Bon, le délai moyen pour rendre une décision
d'admissibilité de l'IVAC en 2017 était d'environ 145 jours. Le
traitement des demandes qui étaient en attente, là, on... Bon, il y avait du
manque d'information, etc. Oui, on a
travaillé pour adresser cette question-là. Il y a plusieurs des recommandations,
je pense qu'il y avait 33... j'y vais
par coeur, là, et vous me permettrez, s'il vous plaît, d'être plus... des fois
plus fixée sur les chiffres, ce n'est
pas ma force, mais il y avait 33 recommandations, si je ne m'abuse, dans
le rapport de la Protectrice du citoyen. Plusieurs, au-delà de 26 recommandations, jusqu'à
présent, ont été jugées adressées de façon satisfaisante, six sont en
évaluation. Donc, on travaille
effectivement à remplir toutes et chacune des recommandations qui avaient été
faites par la Protectrice du citoyen.
J'essaie de
vous trouver les chiffres, parce que vous me parliez des délais, puis je veux
être sûre de vous donner les informations
exactes, là. Mais, effectivement, c'est quelque chose sur laquelle on
travaille. Donc, on travaille sur l'amélioration des délais de traitement. Parce que, naturellement, en matière d'aide
aux victimes d'actes criminels, non seulement les services rendus sont importants, mais, comme vous le savez,
le délai dans lequel ces services sont rendus sont essentiels, surtout
dans le cas de trauma, pour éviter ce qu'ils
appellent la cristallisation du traumatisme, donc, pour s'assurer d'intervenir
dans un délai approprié ou en...
J'avais juste le mot anglais, là, mais dans un temps opportun, si on veut, pour
permettre, justement, d'aider la victime de la meilleure façon possible.
Les délais sont cruciaux.
Alors, oui,
on a ajouté des effectifs. Il y a des directives qui ont été rendues. Les
délais de traitement se sont beaucoup améliorés.
Si vous me permettez, je vais vous trouver les chiffres pour être sûre de vous
les donner de façon exacte. Mais on travaille fortement à remplir les
objectifs qu'il nous reste à remplir au niveau des 33 recommandations qui
avaient été émises par la Protectrice du citoyen.
M. Leduc :
Donc, il n'y a pas nécessairement un nouveau plan d'action qui est en branle
chez vous en lien, toujours, avec les rapports qui avaient été déposés
par Mme Saint-Germain?
Mme LeBel :
Bien, je peux vous dire qu'en matière de délais la réalisation... Des cibles
ont été atteintes, là, et prévues pour
trois ans à ce niveau-là. Mais c'était beaucoup plus large, ce qu'il y avait au
niveau de la Protectrice du citoyen. Puis, oui, il y a... Bien, le plan d'action est de revoir la loi. On est en
train de regarder pour une réforme de l'IVAC. Il y a plusieurs raisons, il y a plusieurs choses qu'il faut faire.
Il y a eu plusieurs doléances dans le rapport de la Protectrice du citoyen,
entre autres, la notion de victime, la
définition de victime, entre autres, la liste des crimes désignés. Donc, oui,
on travaille sur ces sujets-là
également. Je faisais part d'entrée de jeu qu'il y avait plusieurs réformes en
justice. J'ai trouvé plusieurs réformes à faire également dans le
domaine de la justice effectivement. Et c'est une des choses à laquelle je veux
m'attaquer.
M. Leduc :
Vous parlez de la liste des crimes. Ça me permet de rebondir sur une question
qui me touche beaucoup. Vous savez
que, dans la fameuse liste, il y a la... Il y a des absences, bien sûr. Il y a
notamment l'absence du proxénétisme, de
la traite, alors qu'on est en train de préparer une commission sur la question
de la prostitution juvénile, le changement de la
loi, qui a été fait au niveau fédéral en 2014 si je ne me trompe pas. Est-ce
qu'il y a une raison pour laquelle ces deux crimes-là ne font pas
partie de la
liste de l'IVAC, des listes de crimes couverts par l'IVAC?
Mme LeBel :
Bien, je ne serais pas capable de vous répondre pourquoi, historiquement, ces
crimes-là ne faisaient pas
partie de
la liste. Cette liste-là n'a pas été révisée depuis longtemps. Alors, ça va
faire
partie de ce qu'on va regarder avec le ministère. Est-ce que je
vous dis que celle-là de façon particulière... Non, je ne m'engagerai pas
aujourd'hui à nommer des crimes qui vont
être ajoutés à la liste. Ça ne veut pas dire qu'il ne le sera pas. Donc, n'y
voyez pas ni une négation ni une
approbation de ma part. Voyez-y plutôt une intention de revoir ça. Et,
justement, en fonction des commentaires que vous venez de faire, je
pense que c'est pertinent de le faire.
M. Leduc :
Juste pour qu'on prenne un peu la séquence de votre plan de travail au
ministère, là, il y a le droit de la famille
qui s'en vient. Ça va être un gros morceau. Donc, j'imagine que cette révision-là de l'IVAC, ça va être beaucoup
plus tard, là.
Mme LeBel : Bien, ça n'empêche pas d'autres personnes que moi
de travailler sur cette réforme-là, et s'ils ont des propositions à me faire dans l'intervalle... Maintenant,
on verra dans le plan de match de quelle façon on pourra le faire. C'est
un plan... vous savez, quand je dis ça,
qu'il est le plus généreux au Canada, je ne dis pas ça pour faire taire les doléances.
Au contraire, je dis ça simplement
pour souligner que, s'il est le plus généreux au Canada, qu'il donne des sommes
astronomiques à chaque année et qu'il
rencontre encore beaucoup d'insatisfaction, c'est parce qu'il y a quelque chose qu'il faut revoir. Et ce n'est peut-être
pas nécessairement en termes d'investissement, mais en termes d'administration
de ce régime-là.
je pense qu'il faut prendre le temps de le faire. C'est une réforme qui, comme
toutes les autres, date de... et a été peut-être longtemps due, et je ne veux pas faire des choses à la
pièce et apposer des diachylons. Je pense qu'il faut le revoir en profondeur. Et, malheureusement, pour faire de
telles choses, bien, et le faire correctement, et s'assurer de ne pas être obligés de le refaire dans quatre ans, ou dans six
ans, ou dans sept ans, et assurer une nouvelle pérennité à ce régime-là
qui, ce dont on doit être fiers, je dois le mentionner, bien, je pense qu'il
faut prendre le temps de faire les choses.
M. Leduc : Oui, merci, puis vous pourrez compter sur notre collaboration quand on sera rendus à cette étape-là. On espère qu'elle viendra
le plus tôt que tard, bien sûr.
vais rester sur l'IVAC un instant encore. Vous parliez d'indemnisation; on a
constaté que, dans les crédits de cette année, il y a quand même une diminution
des crédits. On a cru comprendre que c'était dû au fait que la suramende compensatoire qui est prévue au Code criminel
avait été jugée inconstitutionnelle. Bien, d'abord, est-ce que c'est notre
bonne compréhension de la chose, pourquoi le
fonds aurait un peu diminué et, surtout, comment vous allez pouvoir assurer
la pérennité du financement du fonds dans un tel contexte?
Mme LeBel :
Je vais commencer à répondre à votre question pendant qu'on me trouve les
chiffres, parce que vous comprendrez que je ne connais pas par coeur,
puis ce serait farfelu de ma part de vous le faire croire, là.
Pour ce qui est de la
suramende compensatoire, pour adresser cette question-là de façon plus
particulière, effectivement, le fonds était
subventionné en grande
partie par cette suramende-là. On sait tous qu'il y a eu
un jugement de la Cour suprême qui
est venu invalider le fait que la suramende compensatoire était maintenant
obligatoire au Code criminel. Donc, c'est la différence entre le «doit»
et le «peut».
une certaine époque, quand je pratiquais, le juge pouvait... devait... pas
devait, mais pouvait imposer une suramende compensatoire, bon, dans le cas d'amendes ou même dans certains autres
cas, s'il le jugeait approprié, souvent en fonction de la capacité financière du contrevenant de payer.
Maintenant, avec la modification qui avait été apportée au Code
criminel, on avait changé cette notion de
«peut» pour le «doit», c'est-à-dire qu'il y avait une obligation de la part...
automatique de la part du juge
d'imposer cette suramende compensatoire là, ce qui a créé des problèmes au
niveau de la charte et de la notion de l'article 12, de la peine
cruelle et inusitée.
Je dois vous dire
qu'il y avait déjà des travaux qui étaient en cours et des pourparlers avec le
fédéral par rapport à C-75, pour faire en
sorte de réintroduire, dans l'article 737 du Code criminel, la notion de
«peut», c'est-à-dire d'évaluation de
la capacité financière de payer du contrevenant, pour ne pas, bon, créer
indirectement une peine d'emprisonnement. Parce que, vous le savez, si quelqu'un est en défaut de payer une amende, bien,
il y a un mandat d'arrestation, et il pourrait ultimement être porté à
purger cette sentence-là dans... devant... nos tribunaux.
Donc,
oui, il va y avoir un impact. Pour l'instant, je vous rassure, le fonds est en
bonne santé pour l'année à venir, mais
il faut travailler là-dessus. J'ai déjà des discussions avec mes homologues. On
avait prévenu le coup, si vous voulez, avant
même l'arrêt de la Cour suprême. L'arrêt de la Cour suprême est venu
malheureusement confirmer la vision des choses qu'on avait en pensant que l'obligation de la part du juge n'était
peut-être pas la meilleure chose à faire. Maintenant, j'ai parlé avec
mon homologue, je lui ai... M. le ministre de la Justice fédéral, M. Lametti,
je l'ai fait de vive voix, je lui ai envoyé une lettre en février 2019 le
réitérant, je l'ai rencontré quelques semaines plus tard en personne pour le
réitérer. Il y a une possibilité,
maintenant, le projet de loi C-75 est au Sénat, il y a une ouverture pour
pouvoir faire, s'il y a une volonté fédérale, mais je pense que le
message est bien compris.
M. Leduc :
Petite question en lien avec l'IVAC, puis juste pour vérifier si ça va être des
choses qui pourront être regardées dans une éventuelle révision de la
loi avec vous. D'abord, dans mon quartier, dans Hochelaga-Maisonneuve, puis il y en a probablement un peu beaucoup
ailleurs au Québec aussi, il y a une femme dont l'enfant est disparu. Elle
n'a jamais réussi à avoir accès à l'IVAC,
parce que l'enfant n'est pas officiellement décédé, il est disparu. Donc, ça,
c'est un enjeu que je voudrais voir si on est capables de discuter dans
une éventuelle révision.
Et, autre chose, les lieux
du crime hors Québec. L'IVAC est assez sévère, quand ce n'est pas un crime sur
le territoire du Québec, ce n'est pas
couvert, alors que, par exemple, je sais qu'à la SAAQ, on indemnise des
victimes d'accidents de voiture hors
Québec. Mais on ne le fait pas pour un meurtre, par exemple, d'une personne qui
serait décédée ailleurs. Il y a eu un
cas en 2015, le cas d'Audrey Carey, décédée en Californie. Donc, est-ce que
c'est des choses qu'on pourrait étudier ensemble sur la révision de la
loi?
Mme LeBel :
C'est des choses qui sont très certainement dans notre spectre de révision, si je peux le dire comme ça, puis ça
va me faire plaisir de discuter avec
vous. Quand on parle de justice, d'accès à la justice ou d'injustice, dans
certains cas... puis je ne ferai pas
référence à des dossiers particuliers parce
que je ne connais pas les détails,
puis c'est toujours difficile,
même si je suis convaincue, vous en faites un compte rendu exact, de commenter
des affaires particulières, vous le comprendrez.
Donc, je ne m'adresse pas à ce dossier-là en particulier, mais je pense
qu'il est important, puis cette notion-là est longtemps comprise, là. Je le réitère, si c'était le fonds
le plus généreux, ce qui est un fait, c'est factuel, et qu'on a encore beaucoup
de difficultés et tant de doléances, c'est parce qu'il faut revoir les façons
de faire, et je pense que de travailler ensemble, ça va me faire extrêmement
plaisir, parce que l'objectif qu'on partage est commun.
M. Leduc : Puis, encore une
fois, je réitère que vous pouvez compter sur notre collaboration plus tôt que
tard, souhaitons-le.
J'aimerais
vous parler du dossier des transfusions sanguines pour les Témoins de Jéhovah.
Vous êtes au courant que la jeune Éloïse Dupuis est décédée, là, suite à
un refus de transfusion sanguine. Vous aviez, je crois, rencontré sa tante,
Mme Manon Boyer, j'ai eu l'occasion de lui parler au téléphone également.
Et puis il y avait eu quand même un certain consensus à l'époque sur le fait qu'il fallait, du moins,
étudier cette procédure-là parce
qu'elle menait, visiblement, à des drames.
Et il y avait eu un engagement de mettre sur pied une commission parlementaire.
Ça n'a pas été possible, peut-être alentour d'un argument technique de
mots, de choix de mots.
Au-delà de la tenue ou pas de cette commission
en particulier, j'aimerais savoir si, au sein de votre ministère, il y a un forum de réflexion ou un comité qui est
prévu au sein de la structure de votre ministère ou du gouvernement pour
traiter de cette question-là.
Mme LeBel :
Bien, merci de le souligner. Effectivement, j'ai rencontré la tante d'Éloïse
et, au-delà du drame humain que ça
reflète et pour lequel j'ai beaucoup de compassion puis j'ai beaucoup
d'empathie puis de sympathie pour elle, je pense qu'il faut étudier
cette question-là de façon sérieuse. On s'attaque ici à quelque chose qui est
quand même extrêmement important,
extrêmement sensible qu'est la possibilité ou le droit pour quelqu'un de
refuser un traitement. C'est un droit qui est important. On comprend
également la position de la tante d'Éloïse quand on pense que ce
consentement-là est vicié pour un tas de raisons, pour lesquelles on
n'élaborera pas, mais qu'on connaît dans ces cas-là particuliers.
Les dérives
sectaires, on va les nommer comme ça ici, sont une préoccupation de longue date
pour la CAQ. Le premier ministre
actuel en a fait part également, il l'a mentionné. J'en ai fait part. C'est
pour cette raison-là que j'ai rencontré... bien que ce soit... je tiens à le préciser, hein, ce n'est pas un
dossier qui touche à la justice dans le sens que ce n'est pas
partie de mon portefeuille, mais c'est un dossier
qui me touche au sens beaucoup plus large, même s'il n'est pas dans mes responsabilités au sens strict. Mais c'est une
préoccupation de longue date, puis je peux vous... je pense que je ne me
trompe pas en vous véhiculant la volonté du gouvernement d'agir sur la
question.
Maintenant,
est-ce que le mandat d'initiative était le bon véhicule ou non? Est-ce que
c'est une question technique ou non?
Peut-être. Je pense que ce n'était peut-être pas la façon de le faire, mais je
ne m'embarquerai pas dans les moyens. Ce qui est important, c'est de dire qu'on va reconsidérer nos options, puis
on n'a pas abandonné cette question-là, on n'a pas mis ça de côté puis
on n'en est pas moins préoccupés.
M. Leduc : ...comité qui se
penche là-dessus en ce moment. C'est ça que je comprends, là.
Mme LeBel :
Oui, oui, on est en train de regarder. Est-ce qu'il y a un comité formel,
là, je n'en fais pas partie, là, mais... Ah! M. Martel, bon. Bien,
Donald, je m'excuse.
M. Leduc : Oui, il faut le
nommer, là.
Mme LeBel :
Vous voyez, je savais qu'il y avait un comité, mais je ne voulais pas
m'aventurer dans les noms parce que je ne suis toujours pas bonne
là-dedans, puis mon collègue le sait.
Mais on va
proposer quelque chose. Ce que je veux rassurer, ce n'est pas parce que le
mandat d'initiative n'a pas eu lieu
que cette question-là est mise de côté, c'est ça que je pense qui est
l'essentiel de mon message, sans m'enfarger encore une fois de plus dans
les détails, parce que c'est toujours là que je m'enfarge.
M. Leduc :
J'ai une question sur la question du cannabis. Vous savez qu'il y a toutes
sortes de problèmes dans le système
de la justice, il y a toutes sortes de... c'est embourbé. Puis on se demandait
si, dans le cadre de la légalisation du cannabis, il y avait, encore aujourd'hui, des causes pendantes pour
possession de petites quantités qui étaient, évidemment, initiées avant le changement de la loi. Et, si
c'est le cas, est-ce que vous entendez, peut-être, agir par rapport à ça, par
rapport à une infraction qui n'est plus le cas? Est-ce que c'est quelque chose
qui est dans votre réflexion en ce moment?
Mme LeBel :
Bien, je n'ai pas la réponse à votre question. Est-ce qu'il y a encore des
causes pendantes, qui ne seraient
pas... qui, compte tenu de la légalisation, là, du projet de loi fédéral,
n'auraient pas été criminalisées à une certaine époque, je l'ignore. Tout ce que je peux vous dire, c'est que
non, je n'ai pas l'intention d'agir, parce que le DPCP est extrêmement
bien outillé, connaît son affaire, est indépendant et saura, j'en suis
convaincue, faire une gestion adéquate de ces cas-là, s'ils existent.
M. Leduc :
On parle beaucoup de pénurie de main-d'oeuvre en ce moment un peu partout au
Québec en fait. Je me demandais si
vous aviez un défi de pénurie de main-d'oeuvre au sein de l'appareil judiciaire
québécois, peu importe, des juges, avocats, etc., et, si oui, comment
vous traitez cette question-là.
Mme LeBel :
Bien, je vous dirais que, bon, comme tout le monde, on a un certain défi de pénurie de main-d'oeuvre,
mais on n'a peut-être pas le même
défi que les entreprises qui demandent souvent de la main-d'oeuvre non spécialisée ou d'une
spécialisation différente. Mais je vous dirais que le défi, présentement, on en a parlé tantôt, c'est le défi de pénurie de
main-d'oeuvre en
matière de justice, c'est celui qui a
trait à notre volonté de faire le virage technologique. Et, en matière technologique,
on ne sera pas les seuls à faire face à ça, tous les ministères qui voudront
faire un virage, et la transformation gouvernementale aussi, il y a un
certain défi, là, de trouver les experts en matière technologique.
Maintenant,
je n'ai pas les chiffres, là, mais je peux vous dire qu'on travaille fort, on y réussit, mais c'est peut-être ça qui va expliquer certains délais, c'est-à-dire, c'est des délais
d'embauche plus que des délais de volonté d'agir, là, si je peux les
résumer de cette façon-là.
M. Leduc : Il reste peu de
temps, je terminerais par une question philosophique pour vous, madame...
M. Leduc : Non, bien, en tout cas, on verra. Ça peut
être politique ou sociologique, c'est à vous de choisir. Je
veux faire une petite question
sur le lien entre la pauvreté et la criminalité. Vous savez qu'il y a
plusieurs auteurs qui se penchent sur la question, justement, qui font ce lien-là entre inégalités, pauvreté,
exclusion sociale, manque de lien social et criminalité. Je me demandais si, au sein de votre ministère,
vous aviez des gens qui avaient déjà fait des études sur cette question-là
et si vous aviez, vous, une vision et, en
fait, si vous pensez qu'il est important pour un gouvernement d'agir sur les facteurs qui sont
criminogènes dans ce sens-là.
Le Président (M.
Bachand) : ...secondes, s'il vous plaît.
Mme LeBel : Je ne sais pas s'il y a des études particulières. Ça ne veut pas dire qu'il n'y en a
pas, là, mais je l'ignore, mais je
peux vous dire que moi, je suis tout à fait consciente que ça fait
partie des
facteurs. Puis, quand on veut agir en accès à la justice... C'est pour ça que, quand on regarde les moyens d'action,
d'information, de briser l'isolement, bien, on regarde beaucoup les secteurs démographiques que vous
venez de nommer, parce qu'effectivement l'isolement... Mais il ne faut pas penser qu'il n'y a pas d'accès à la justice
dans d'autres niveaux, mais vous avez raison, ce sont des secteurs qui
sont plus particulièrement touchés, on en
est conscients. Maintenant, est-ce qu'il y a des études particulières?
Peut-être, mais moi, je n'ai pas eu accès à ça pour l'instant.
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Maintenant, je cède la parole à la députée de Les Plaines pour
un bloc d'échange de 14 minutes, s'il vous plaît.
Le Président (M. Bachand) :
14 minutes.
Mme Lecours
(Les Plaines) : 14 minutes?
Parfait. Merci beaucoup, M. le
Président. À mon tour de remercier
mes collègues, remercier évidemment la ministre, remercier M. le Président ainsi que tous
les gens qui sont ici aujourd'hui
pour cette étude de crédits.
Je vais vous
entretenir, Mme la ministre, M. le
Président, je vais entretenir Mme la ministre sur la transformation de la
justice, parce qu'évidemment c'est un
volet qui est important. C'est un fait qui est de plus en plus établi et
reconnu, le système de justice québécois
fait face à de nombreux et grands défis en matière criminelle et pénale. En
effet, les enjeux d'accès et de délai entravent la confiance que les
citoyens ont envers la justice. Nous l'avons maintes et maintes fois souligné. C'est dans cet esprit que la Cour
suprême du Canada a rendu le très célèbre... moi, je dis tristement célèbre
arrêt Jordan, en juillet 2016, parce qu'il
dénote évidemment d'une véritable problématique. Alors, en effet, l'arrêt
Jordan a marqué les consciences
lorsqu'il a traduit un droit en nombre, neuf des cinq juges de la Cour suprême
ayant fixé des plafonds pour traduire
un inculpé en justice : 18 mois pour les procès induits devant une cour
provinciale et 30 mois pour ceux qui le sont devant une cour
supérieure ou ceux induits devant la cour provinciale à l'issue d'une enquête
préliminaire.
Certes, en
lui-même, le droit conféré à l'alinéa 11(
b) de la Charte canadienne des
droits et libertés, qui garantit à un inculpé
le droit d'être jugé dans un délai raisonnable, implique évidemment la
détermination d'un délai. Mais, plus encore, et ce dont il est question dans l'arrêt Jordan, c'est de déterminer un
nombre auquel correspond ce droit. Ainsi, l'arrêt Jordan impose des délais à respecter entre le dépôt des
accusations et la conclusion du procès, à moins de circonstances
exceptionnelles.
y a des circonstances exceptionnelles, par exemple, dans certains cas de procès
qui résultent d'une enquête pour crime
économique. En effet, les enquêtes pour crime économique sont très souvent
volumineuses et fastidieuses, considérant la quantité de documents comptables saisis qui sont analysés par les
enquêteurs. Pour cette raison, il y a des requêtes en arrêt des procédures qui évoquaient l'arrêt Jordan
qui ont été rejetées par des juges dans le cas d'enquêtes pour des
crimes économiques, notamment celle menée
par Revenu Québec. Toutefois, la quantité des éléments de preuve nécessaires
pour démontrer une infraction, notamment à
l'égard des crimes économiques, introduit un tout autre problème, soit le fait
que nos salles de cour ne soient pas
disposées à entendre des procès de manière électronique, ce dont on a parlé, ce
qui ajoute aux délais déjà très longs.
Pour prendre un exemple de Revenu Québec,
l'ensemble de leurs saisies sont numérisées en totalité suite aux perquisitions qu'ils effectuent, faisant en sorte
qu'ils sont en mesure de faire une divulgation de la preuve à la
partie
adverse de façon totalement électronique.
Une divulgation de la preuve électronique rend par ailleurs la divulgation
beaucoup plus intelligible, ce qui
est particulièrement intéressant. La gestion électronique des choses saisies
effectuée par Revenu Québec leur
permettrait de procéder devant un juge de façon électronique également, ce qui
n'est pas possible actuellement en raison de l'état de nos salles de cour. À cet égard, l'absence
d'investissements notables sur le plan numérique dans le système de
justice québécois au cours des dernières années constitue un enjeu important.
Par ailleurs, un retard numérique significatif
est constaté comparativement à d'autres provinces et d'autres territoires canadiens. Ce retard n'a pas permis de
s'adapter aux nouvelles façons de faire, telles celles de Revenu Québec.
Dès notre arrivée au pouvoir, notre
gouvernement s'est engagé à être efficient et transparent dans la gestion des
finances publiques. Cet engagement est un
processus progressif qui vise notamment à définir de meilleures façons de faire
pour réaliser des gains de
productivité et d'efficience. Nous sommes donc engagés à améliorer la
performance dans la livraison des services. Par conséquent, dans ce souci d'offrir des services de qualité aux
citoyennes et aux citoyens du Québec de manière efficiente, les
ministères et les organismes du gouvernement doivent s'assurer d'avoir à leur
disposition les ressources suffisantes. Ainsi,
notre gouvernement a prévu, dans le budget 2019‑2020, des sommes afin
d'aider les ministères et les organismes à mettre en oeuvre des projets
d'amélioration des façons de faire.
Voici ma question à Mme la ministre, M. le
Président : À ce titre, j'aimerais savoir quels sont les objectifs de
modernisation du ministère de la Justice.
Le Président (M. Bachand) :
Mme la ministre, s'il vous plaît.
Mme LeBel :
Oui, bien, effectivement, je pense qu'on n'est jamais totalement désincarnés de
notre passé, Dieu merci, hein? Et
l'arrêt Jordan a été un électrochoc pour le système de justice canadien et au
Québec également. On l'a vécu, je l'ai vécu
sur le terrain, de voir comme on l'a vu à cette époque-là qui, Dieu merci, ne
se reproduira pas, je l'espère, et on va travailler dans ce sens-là, de revoir des criminels reprendre le chemin
de la rue, criminels potentiels, mais ce, pas parce qu'ils ont été
jugés, mais parce qu'ils n'ont pas été jugés, je pense que c'est un déni de
justice pour la société qu'il faut éviter.
Donc,
effectivement, je reprends la balle au bond pour réitérer, comme... suite à une
question de mon collègue député tantôt,
que, oui, on poursuit l'engagement qui avait été pris par le gouvernement
précédent. Quand c'est une bonne idée, on la maintient, on la développe, on la poursuit, on l'amène plus loin. En
tout cas, c'est ma philosophie, ma façon de faire. Je pense qu'il
fallait investir en innovation.
Donc,
effectivement, le plan de transformation de la justice, on l'appelle
transformation de la justice parce que c'est important de comprendre une chose : ce n'est pas juste la numérisation
de la justice, c'est la transformation de la justice.
Il faut
saisir une occasion, une occasion qui a été une occasion pénible, l'arrêt
Jordan, pour en faire une occasion positive, c'est-à-dire de se
repositionner et de regarder vers l'avant.
Donc, il y a
trois axes pour la transformation de la justice, qui sont, naturellement,
instaurer des pratiques innovantes, les nouvelles technologies, qui en
font partie, indissociablement, et la fluidité de l'information entre les
intervenants, je l'ai mentionnée tantôt.
principaux objectifs qui sous-tendent cette vision-là pour la transformation de
la justice sont la justice innovante, vous
l'avez dit, donc, opérer un changement de culture, et c'est là que la
collaboration avec tous les acteurs du système de justice est
importante. Et c'est là que mon rôle est un rôle de catalyseur, si on veut. Je
dois aider ces gens-là, qui ont déjà commencé à faire un travail exemplaire, je
dois le dire : la magistrature, la pratique privée — je
salue mes anciens collègues de la défense,
la DPCP également, mes anciens collègues du DPCP et la magistrature — tous les acteurs du système de justice travaillent présentement dans un
objectif commun et ne travaillent plus en silo, travaillent ensemble. Donc,
ça fait
partie de la transformation de la justice, parce qu'on a tous
conscience qu'on est là pour une seule et même personne, c'est-à-dire le citoyen. Donc, ça transforme les
façons de faire, ça peut bousculer un peu les façons de faire et les
pratiques qui sont parfois jugées
archaïques, et je ne dirais pas toujours à tort. Naturellement, il y a
certaines pratiques qui sont là pour une bonne raison, il faut les maintenir, et il y en a d'autres qui... on
pourrait... peut-être avantage à être dépoussiérées. Et, non, même si on a tendance à... on aurait peut-être la
tentation de me poser la question, je ne les nommerai pas. Je vais
plutôt travailler à le faire.
Assurer de
façon, donc, sécuritaire l'échange fluide d'information, c'est quand même la
clé, la donnée personnelle, l'accès à l'information. Donc, il y a un
travail à faire de réflexion qui est tout à fait important dans ce cas-là.
La justice
doit être efficiente, hein? Diminuer les déplacements : pourquoi les gens
doivent encore se rendre dans les palais
de justice pour timbrer les procédures avec... pour ceux qui y sont déjà allés,
avec l'horloge, et on timbre la procédure. Pourquoi on ne peut pas l'envoyer par courrier ou par courriel? Bien,
pour ça, ça demande des modifications législatives, parce que le Code de procédure civile, ou nos
codes de procédure, demandent des formes très particulières pour que ce
soit considéré
acceptable par les tribunaux. Donc, il faut travailler pas simplement à
dire : Bien, on va l'envoyer par courriel, mais travailler sur la modification législative. Donc, voyez, c'est une
transformation au sens large, pas juste la technologie, mais les façons
de faire.
Donc, c'est
pour une justice au bénéfice des citoyens, ce qui est le troisième objectif de
cette innovation-là, donc, accroître
la confiance des citoyens envers le système de justice. Encore une fois, je
vais le répéter, ça va être mon mantra, je pense, pour les quatre
prochaines années, et c'est la façon dont moi, je vais m'évaluer dans mon
travail, si j'ai le privilège de le faire pendant encore quelques
années.
Favoriser l'accessibilité à la justice, c'est un
facteur qui est relié à ça.
Simplifier
l'accès des citoyens à l'information juridique. On l'a nommé tantôt, il y a plusieurs
façons de faire. Je ne les renommerai
pas à nouveau, mais on en a parlé. Entre autres, les CJP en sont une
illustration, une illustration parmi tant d'autres.
Favoriser
l'accès à des mesures de rechange en matière criminelle, c'est important, on en
parle également. On en a parlé tantôt
dans le secteur de la pauvreté, la justice réparatrice aussi, c'est peut-être
une façon, l'éducation, aider les gens à
se parler, à se comprendre, à sortir de l'isolement. Les mesures réparatrices,
les mesures de rechange, c'en est une, situation, et une façon d'avoir
conscience, en cette situation particulière là, de la criminalité qui
sous-tend, pour certains aspects, la criminalité.
Donc, je le répète, je le réitère, la
transformation de la justice, ce n'est pas juste un projet technologique, c'est
d'abord un changement de culture et des façons de faire. Ces changements sont,
par la suite, appuyés par les projets technologiques.
Donc, la technologie doit être un soutien, ne doit pas être la seule solution,
parce que, si on ne change pas nos façons
de faire, même si on ramène des nouvelles technologies, on va frapper le mur
dans quelques années, je le pense, là.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, Mme la ministre. Mme la députée, s'il vous
plaît.
Mme Lecours (Les Plaines) :
Peut-être une sous-question par rapport justement aux... Les changements technologiques ne sont certes pas la façon de tout
résoudre les problèmes que le système a actuellement. Par contre, ça va solutionner certaines erreurs qui peuvent se
glisser. Dans les derniers mois, j'ai parlé avec des gens dans ma
circonscription que, justement, ils ont
trouvé des problèmes dans la façon de transcrire les dossiers. Mais est-ce
qu'on peut penser croire que, dans
les prochaines années, on pourrait justement assister ou tenir des audiences
numériques, puis qui éviterait les délais et, justement, la manipulation de papier? On a aussi notre petit souci
environnemental, on va le mettre aussi au profit dans le ministère de la
Justice. Est-ce que ce serait possible de croire ça?
Mme LeBel :
Tout à fait, puis c'est l'objectif, puis merci de me permettre de clarifier mes
propos. Je ne suis pas en train de
dire que le virage technologique, on ne le fera pas, mais je suis en train de
dire que, si on ne fait qu'un virage technologique
sans changer les pratiques, on va se retrouver à frapper, à un moment donné, le
mur, parce que la technologie ne sera
pas suffisante. Exemple : le citoyen pourra consulter à distance le
plumitif judiciaire, et le plumitif... ce qu'on ne peut pas faire présentement, à moins d'avoir
certains postes sécurisés ou de se rendre dans des CJP ou des palais de
justice, ce qui est un peu un non-sens,
mais, encore là, c'est une barrière technologique, pas un manque de volonté;
modifier à distance ses informations
personnelles, par exemple; remplir, et remettre, et transmettre diverses
demandes en ligne telles que les demandes de copies de procédures, ce
qu'on n'est pas capable de faire pour l'instant; être informé de façon électronique du traitement et suivi des demandes
transmises aux services judiciaires; présenter et déposer des pièces,
des preuves de ses dossiers en ligne par un
support technologique et numérique. Donc, les hangars à papier... Le temps où
on transporte les dossiers dans des paniers
d'épicerie, comme on le disait, nous, est révolu. Puis ça aussi, c'était une
cause de délais, hein, parce que,
quand on a tout simplement des copies de dossier papier, bien, qu'il faut
transporter le dossier d'une salle de
cour à l'autre, puis au palais de justice de Montréal c'est d'un étage à
l'autre, que le dossier ne se rend pas à temps, qu'il est perdu, bien, c'est un délai de plus dans la journée. Puis moi,
je l'ai toujours dit, les délais, au palais de justice et dans la
justice, ça se perd en minutes, en secondes puis en heures, ça ne se perd pas
en journées extraordinaires.
Donc, ça, oui, effectivement, on pourra voir. On
en a déjà plusieurs, projets pilotes. La visioconférence en est une dans
plusieurs districts. Mais oui, effectivement, c'est l'objectif, et on espère en
avoir beaucoup de fait dans les prochaines années.
Mme Lecours (Les Plaines) :
Bien, merci beaucoup. Ça nous permet de voir la lueur au bout du tunnel.
Est-ce que j'ai encore un petit peu de temps?
Oui.
Alors, second
volet, l'hommage au civisme. La Loi visant à favoriser le civisme a été mise en
place à la suite d'un acte courageux
accompli en 1973. Afin d'éviter une tragédie, un chauffeur de taxi de Montréal
avait sauté de sa voiture pour prendre
le volant d'un camion-remorque qui roulait sans conducteur rue Saint-Urbain à Montréal.
Il s'était grandement blessé dans cette aventure.
Le 19 décembre 1977, le gouvernement du
Québec adoptait la Loi visant à favoriser le civisme dans le but de souligner le courage et la conduite exemplaire de
citoyennes et de citoyens qui ont porté secours à des personnes dont la
vie était en danger. Cette loi est sous la responsabilité du ministère de la
Justice du Québec.
En effet,
lorsqu'une intervention comporte une
part importante de danger pour le
sauveteur, elle peut, en vertu de la Loi
visant à favoriser le civisme, être reconnue comme acte de civisme exceptionnel
et valoir à son auteur une décoration et une distinction du gouvernement du Québec. Cet acte doit avoir été
accompli dans les circonstances périlleuses ou difficiles qui parfois
ont pu mettre la vie du sauveteur en danger. La loi prévoit également des
indemnités pour le citoyen ou la citoyenne qui a subi des blessures corporelles
ou des dommages matériels en accomplissant un tel acte de civisme.
gens hésitent parfois à porter secours à un blessé par crainte d'aggraver son état
et de faire l'objet de poursuites en dommages. Une disposition particulière au Code
civil du Québec, soit l'article 1471, protège donc contre toute poursuite judiciaire le citoyen
ou la citoyenne qui, de bonne foi, porte secours à une personne
en danger. C'est donc seulement s'il commet une faute intentionnelle ou une faute
lourde qu'un individu peut être tenu responsable d'un dommage causé
alors qu'il portait secours à une personne en danger.
La 33e cérémonie
hommage au civisme a eu lieu le 4 février dernier à l'hôtel du Parlement.
Au nom du gouvernement du Québec, Mme la
ministre a décerné six médailles et
deux mentions d'honneur, dont une médaille à
titre posthume, un acte de bravoure qui a été posé lors
de la tuerie de la grande mosquée de Québec. J'ai moi-même eu l'honneur de pouvoir remettre aussi
très récemment des médailles d'acte méritoire. Et c'est vraiment des beaux événements.
Alors,
ma question pour la Mme
la ministre. Vous avez participé à votre première cérémonie de remise de
médailles en février dernier. Quelles sont vos impressions face à ce type de
cérémonie?
Le Président (M. Bachand) : Malheureusement, le temps est écoulé. Donc, je
dis aux gens de rester à l'écoute. Pour l'instant, je vais passer la parole à la députée de Joliette, représentant
le deuxième groupe d'opposition, pour une période d'échange de
16 min 18 s. Mme la députée, s'il vous plaît.
Mme Hivon :
Merci beaucoup, M. le Président. Je vais inviter Me Murphy, peut-être, à
s'approcher, parce que je vais aborder la question du criminel.
Donc,
évidemment, on le sait, les délais déraisonnables continuent à faire avorter
des procès et, souvent, des procès très importants et donc à faire des
ravages en matière de justice et dans cette confiance si essentielle pour la
justice.
Donc,
juste en faisant une brève revue de presse des dernières semaines, j'ai pu voir
un dossier d'agression sexuelle qui a
avorté, 8 500 dossiers pénaux qui ont été abandonnés. En mars, on a
vu qu'il y a 400 contribuables qui sont poursuivis par Revenu Québec qui ont déposé des requêtes
Jordan. Évidemment, tout récemment, on a vu l'avortement du procès de
l'ex-cadre de SNC-Lavalin, M. Sami Bebawi, qui était poursuivi pour
entrave à la justice, compte tenu de délais déraisonnables.
Et aussi, bien sûr, un autre cas fort médiatisé, mais il y a une réelle épée de
Damoclès au-dessus du procès de l'ex-vice-première
ministre Nathalie Normandeau, qui a déposé une requête récemment à cet égard,
pas une requête Jordan, mais de précision à la Cour suprême.
Donc,
j'entendais fort à propos la ministre dire dans ses remarques préliminaires que
l'information juridique est essentielle
pour savoir où on s'en va. Et je pense que c'est une des clés de la
modernisation. Et donc vous allez comprendre que j'ai été plutôt stupéfaite de constater que le DPCP ne tenait plus
de statistique. Je suis à la page 210 des renseignements que nous
avons demandés. Et ça, ça fait suite aussi, il y avait eu une demande d'accès à
l'information en date du 1er février
qui était allé dans cette piste-là. Donc, le DPCP ne tient plus de données, ne
compile plus de données sur le nombre, donc,
de requêtes Jordan. Et, évidemment, en termes de transparence et d'accès à
l'information, c'est quelque chose qui, selon moi, est déplorable quand on veut voir l'état des lieux. Donc,
j'aimerais comprendre pourquoi on a arrêté cette procédure, alors que,
dans les deux dernières années, on avait toute l'information.
Mme Murphy
(Annick) : Dans les deux dernières années, on avait, M. le
Président...
Le Président (M. Bachand) : Une question technique. Est-ce que, donc, Mme la
ministre, vous demandez que... Alors, ce serait un consentement? Alors,
je vous invite à vous identifier, nom et titre, et pour débuter votre exposé.
Mme Murphy (Annick) : Alors, désolée, M. le Président. Je suis Anick
Murphy, directrice des poursuites criminelles et pénales.
Alors,
effectivement, comme on l'avait mentionné les deux dernières années, le DPCP ne
détient aucun programme informatique
pour produire cette information. Donc, l'information qu'on a produite dans les
deux dernières années est une information
que nous avons colligée de façon manuelle qui, évidemment, comportait des
erreurs, bien entendu. Le travail... Nous
n'avons pas non plus de personnel pour colliger cette information. Cette
information était colligée manuellement, donc par les procureurs qui,
lorsqu'ils le pouvaient, le mentionnaient. Donc, nous avons décidé de ne plus
compiler cette information-là parce qu'elle
est... De compiler cette information-là de manière manuelle, c'est très
exigeant. Et le résultat est très, très peu fiable. Donc, c'est la
raison pour laquelle on ne le fait plus. Nous avons tout de...
Mme Hivon :
M. le Président, oui. Il y a quand même eu une somme après qu'il y ait eu évidemment
tout un branle-bas de combat autour de
l'arrêt Jordan et des pressions qui ont été exercées. La précédente ministre de la Justice avait finalement
débloqué une somme de 175 millions pour faire suite aux conséquences de l'arrêt
Jordan. Il y a un chantier en ce moment de modernisation de 500 millions. Je dois vous
dire que je m'explique mal qu'on ne soit pas capable, et là c'est plus une question à la ministre
peut-être, de dégager une petite somme si c'est ça, le problème de ne pas avoir de ressource qui puisse compiler cette information-là qui
m'apparaît pour le moins essentielle quand on sait l'hécatombe qui s'est
produite à la suite de l'arrêt Jordan. Donc, je ne sais pas si la ministre peut
répondre si elle trouve que c'est une pratique qui a été abandonnée à juste
titre ou si c'est une pratique qui devrait demeurer. Et, si on n'a pas les
ressources, est-ce qu'on ne pourrait pas fournir les sommes qui sont
nécessaires pour faire ce travail-là qui, quand même, doit être réalisable?
Président (M. Bachand) : Mme la ministre.
Mme LeBel :
...savoir si c'est à juste
titre ou non. Je ne commenterai pas cette
situation-là. Par contre, je peux comprendre effectivement que de compiler ces
informations-là de manière manuelle, c'est extrêmement onéreux en termes de temps, puis je pense que, tout comme moi, la
directrice des poursuites criminelles et pénales préfère voir ses procureurs
travailler des dossiers plutôt que de compter les dossiers et de faire des
statistiques.
Est-ce
que cette donnée-là est importante? Très certainement. Mais je suis plus
affairée à travailler à ce qu'on l'évite dans le passé et faire en sorte que... et comprendre, plutôt que de
compiler... c'est-à-dire comprendre pourquoi ces dossiers existent encore. Est-ce que ce sont, et là j'y
vais de façon très large, est-ce que ce sont des dossiers où il y avait des
reliquats, si on veut, de pré-2016? Est-ce
que ce sont des dossiers qui n'ont pas fait la mesure transitoire? Ou est-ce
que ce sont des dossiers qui ont
accumulé des délais depuis 2016, depuis l'arrêt Jordan? Je pense que c'est ça
qui est la statistique importante à comprendre, avec beaucoup de
respect, Mme la députée, plutôt que d'avoir le nombre de dossiers.
je suis confiante que le DPCP a ces informations-là et va faire les
recommandations appropriées à la ministre de la Justice, qui est moi, en l'occurrence, pour qu'on puisse éviter dans le
passé que ça se reproduise. Parce qu'il faut comprendre qu'il y a
plusieurs cas Jordan, hein? On peut avoir les pré-Jordan 2016, ceux qui
étaient dans la transition, vous le comprenez, etc. Donc, ça, je pense que ça
va...
Mme Hivon :
...quand même une question assez importante quand on parle de transparence,
d'accès à l'information justice et
que, là, il y a un recul. Alors, c'est une information qui était compilée. Il y
avait eu des échanges par rapport à ça. Il y avait eu un engagement du DPCP de compiler, c'était une information
qui était rendue publique et je m'explique mal, je suis un peu surprise de la réaction de la
ministre, compte tenu de l'importance qu'elle dit accorder à l'information de
la justice, la transparence, qu'on ne puisse même pas fournir, dans les
175 millions qui ont été dégagés, les 500 millions de la modernisation, les sommes requises pour pouvoir
compiler ces données puisque, en plus, ça s'est fait dans les dernières
années. Donc, ça devait être faisable. Et,
s'il y a un soutien nécessaire de requis, j'ai du mal à m'expliquer que la
ministre ne s'engage pas aujourd'hui à dire que, oui, ces sommes-là, qui
doivent être assez modestes, vont être au rendez-vous.
Mme LeBel :
Écoutez, je ne veux pas qu'on ait compris de mes propos que j'étais
désintéressée par la question. Au contraire,
dans les sommes de 500 millions de la transformation de la justice...
nécessairement, de fournir dans un temps plus ou moins opportun les moyens technologiques pour le DPCP de faire
ce genre de statistiques là dans le futur. C'est certainement un enjeu.
Mais,
vous savez, dans le passé, puis vous le savez aussi bien que moi, en matière
informatique, si on commence à informatiser
à la pièce pour des besoins particuliers, on ne s'en tirera pas, puis on va
dépenser, même si ça semble être, à la pièce,
des sommes minimes, on va finir par dépenser des sommes astronomiques, alors
qu'il faut regarder la transformation numérique ou technologique dans
son ensemble. Alors, oui, ça va faire
partie des moyens qui sont fournis au
DPCP.
Le DPCP, comme le
reste de la justice, devra... je vais dire «informatiser», mais c'est toute
technologie, maintenant, parce qu'on parle d'intelligence artificielle, et tout
ça, donc je ne veux pas réduire.
Mais je vais
peut-être laisser à Mme Murphy, Me Murphy, le soin de s'adresser peut-être
au mot recul, là, que vous avez mentionné.
Mme Murphy (Annick) : En fait, moi, je pense que ce qui est important
de voir, c'est que les dossiers qui ont fait l'objet d'arrêt des procédures sont des dossiers qui ont commencé avant
2016, des dossiers que nous appelons, dans notre jargon, des dossiers
malades, donc qui ont été autorisés à une époque où la culture était
différente.
Aujourd'hui,
les dossiers que nous autorisons depuis 2016 ne font pas l'objet d'arrêt des
procédures. Nous avons, à la main,
c'est-à-dire demandé, puis je pense que c'est une information importante,
demandé au procureur en chef de chacune des régions qui connaissent les procureurs en chef très, très bien
comment ça se passe, la question suivante : Quels sont les délais moyens actuellement pour audition devant la
cour? Quels étaient-ils avant Jordan
et quels sont-ils après Jordan? Bien entendu,
ceci n'est pas scientifique, mais on peut constater que les délais
aujourd'hui sont très... ils nous permettent de faire les dossiers dans un temps en dessous des délais
qui sont prescrits par la Cour
suprême. Donc, aujourd'hui, nous
sommes contents, puis nous sommes confiants que, dans le futur, il en sera de
même.
Alors,
oui, nous avons certains dossiers, vous avez nommé Bebawi tantôt. Effectivement, c'est un dossier qui avait été
autorisé à une époque où les processus étaient extrêmement différents. Par contre, il est important
de dire que nous en avions tiré énormément
d'enseignements et nous utilisons d'ailleurs ces jugements-là
pour changer nos manières de faire.
Je pense
qu'aujourd'hui on peut dire que, en tout cas, en ce qui concerne Jordan, nous avons appris notre leçon. Nous ne sommes pas les seuls, d'ailleurs
les délais ne sont pas que les délais du poursuivant. Les délais sont des
délais systémiques du système
de justice dans son ensemble, et j'estime que tous les partenaires ont fait
les efforts nécessaires. C'est, entre guillemets, notre système, nous y travaillons tous les jours et nous
voulons, effectivement, que ce système-là soit efficace.
Président (M. Bachand) : Mme la députée.
Mme Hivon : Je n'en doute pas, mais je dois vous dire que,
pour une saine administration de la justice alors que c'est encore des
dossiers qui défraient la manchette, qui sont vraiment un gros problème, je
pense, dans le système de justice criminelle,
je pense que nous devrions avoir cette information-là puisqu'il était possible de l'avoir dans les dernières
années. Donc, j'invite la ministre
et peut-être la directrice
des poursuites criminelles et pénales
à trouver les petits montants qui pourraient
être requis pour qu'on puisse continuer à avoir accès à cette information-là, d'autant plus que, bon, on est face à, encore une fois, des dossiers qui ont des
répercussions très importantes et où, malheureusement, on ne semble pas toujours avoir pris les
moyens pour s'assurer que les délais soient endigués, Me Murphy y a fait
référence, donc l'affaire de l'ex-cadre Bebawi.
Vous savez que le DPCP a été blâmé. Je comprends que c'est un dossier qui date
d'avant Jordan, de 2016, mais on vous
a toujours entendue dire qu'il y aurait des mesures
conservatoires. Je suis contente d'entendre dire qu'il y a des enseignements qui sont tirés de ça.
Donc, quand on parle d'enseignements, j'aimerais savoir... Là, on a vu que, dans le dossier de Nathalie
Normandeau... évidemment, vous ne nous commenterez pas un dossier
particulier, je le sais bien, mais on a vu que, tout récemment,
au mois de mars, compte tenu, là, de toute la question des fuites qui ont eu cours et de l'instance de
son coaccusé, Marc-André Côté, qui est rendu, donc, en troisième
instance pour le débat, on a vu, donc, Mme Normandeau qui s'est adressée,
là, récemment, via son avocat, à la cour pour marquer ses préoccupations. Donc, compte tenu qu'il y
a une épée de Damoclès au-dessus de ce procès-là, est-ce qu'il y a des
mesures particulières qui sont envisagées pour s'assurer qu'il n'y aura
pas un avortement de procès pour délais déraisonnables? Est-ce que l'idée de
scinder les procès est une idée qui, par exemple, en théorie, pourrait être
regardée?
Mme Murphy (Annick) : Vous comprendrez, M. le Président, que je ne peux
pas répondre à la dernière portion de la
question, qui est sur, bon : Est-ce que nous avons envisagé ou non de
scinder? Il ne me revient pas de répondre à cette question-là. Ma
réponse pourrait nuire à la réflexion actuelle sur cette question-là.
contre, on a eu une réflexion, effectivement, sur la question de l'arrêt des
procédures dans ce dossier-là et nous, ce
qu'on pense fermement, c'est que, bien que le délai écoulé depuis l'instruction
de la poursuite dépasse le plafond Jordan, au moment où on se parle, on estime être en mesure de démontrer qu'il
s'agit de circonstances exceptionnelles qui justifient le dépassement en raison du caractère inédit, les
questions qui sont soulevées dans le cadre même de la requête en abus,
la requête que nous appelons Babos, qui est
déposée à la cour présentement. De plus, nous sommes d'avis que les
événements qui sont complètement
imprévisibles, lors de l'autorisation du dossier — et là je pense à Projet A, je pense à
l'enquête... du Bureau d'enquête
indépendante, du débat sur les sources journalistiques, qui nous a amenés
jusqu'à la Cour suprême et qui sera débattu, donc, en mai prochain — peuvent
aussi justifier un dépassement du plafond Jordan.
Donc,
en ce qui nous concerne, nous sommes
confiants sur cette question-là, compte tenu de tous les éléments que je
viens de vous mentionner.
Mme Hivon : Vous êtes donc confiants qu'il n'y aura pas de
dépassement de délai qui pourrait justifier une requête Jordan ou
l'accueil d'une requête Jordan.
Mme Murphy (Annick) : Nous sommes confiants de ça. Par ailleurs,
j'aimerais souligner que nous sommes aussi dépendants des requêtes qu'on nous soumet. Donc, les délais qui courent
sont des délais qui sont, entre guillemets, dus au processus
judiciaire. Donc, ça sera au tribunal, éventuellement, à la fin, de déterminer si effectivement les délais ont été déraisonnables
ou non. Mais, compte tenu de ce que je viens de vous énumérer, sans reprendre
tout, là, nous sommes, effectivement, confiants.
Mme Hivon : Est-ce
que le DPCP a des moyens à sa disposition pour s'assurer le plus possible que ça n'arrivera pas? Est-ce
qu'il y a des choses que vous pouvez faire?
Mme Murphy
(Annick) : Nous prenons toutes les mesures nécessaires. C'est
un enseignement que tous les jugements qui...
depuis Jordan, en fait, tous les jugements qui sont venus préciser quels
devaient être les moyens proactifs que le
poursuivant pouvait prendre pour s'assurer que les délais ne soient pas
déraisonnables. Alors, nou