CRC — 16 March 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CRC 2015-03-16
Quebec — Committees
Au cours des deux
prochaines semaines, la commission va procéder à des consultations
particulières et à des auditions publiques
qui concernent le rapport sur la mise en oeuvre du Plan d'action gouvernemental
2008-2013 en matière d'agression
sexuelle, et, au nom du gouvernement et des partis d'opposition, je remercie
les groupes qui prendront part à cet
exercice démocratique. Les travaux qui s'amorcent contribueront à enrichir le
contenu du plan d'action gouvernemental en matière d'agression sexuelle qui est actuellement en préparation.
Nous sommes en mode écoute. Collectivement, nous ne pouvons demeurer insensibles à l'égard des agressions
sexuelles. Leurs conséquences sont considérables et complexes pour les
personnes victimes, pour leurs proches et pour l'ensemble de la société. Aussi,
depuis plusieurs années, le gouvernement du
Québec s'est doté d'orientations claires pour agir de façon concertée et
cohérente. L'exercice qui s'amorce nous permettra de tracer un bilan des
actions réalisées et d'évaluer comment nous pouvons continuer d'améliorer nos
interventions, parce que nous pouvons toujours faire mieux.
Permettez-moi de vous dresser un état
de la situation. Au Québec comme partout ailleurs dans le monde, ce sont
les femmes et les enfants qui sont
majoritairement victimes d'agression sexuelle. Ce pourcentage atteint
97 %, selon des données récentes
du ministère de la Sécurité publique. Ce taux demeure inchangé depuis
10 ans. Les statistiques nous apprennent
également que le nombre d'agressions sexuelles est plus élevé chez les jeunes
filles entre 12 et 14 ans. Par ailleurs,
la grande majorité des victimes connaissent l'auteur présumé, soit près de
85 % des jeunes victimes et 72 % des victimes adultes. Les
statistiques nous révèlent aussi que 97 % des auteurs présumés sont de
sexe masculin. De ce nombre, un agresseur
sur cinq est âgé de moins de 18 ans. Le nombre d'infractions à caractère
sexuel rapportées est en hausse. Le
taux actuel est de 66,4 par 100 000 habitants, c'est 4 % de plus
qu'il y a trois ans, et, je dois vous dire, j'en suis préoccupée. Je
vous fais état ici de ce qui est répertorié, mais combien d'agressions demeurent
encore à ce jour non déclarées? La honte, la
peur, la peur des préjugés, les incompréhensions sont sans doute à la base de
ces agressions qui ne sont pas déclarées.
2001, le gouvernement rendait publiques les orientations gouvernementales en
matière d'agression sexuelle ainsi
que son premier plan d'action d'une durée de cinq ans. Globalement, ces
orientations visent à répondre aux nombreux besoins des personnes
victimes en veillant à leur sécurité et en prévoyant des services d'aide et de
protection plus accessibles et mieux
coordonnés dans l'ensemble des régions du Québec. Elles cherchent également à
favoriser un meilleur encadrement des
agresseurs sexuels afin de réduire le risque de récidive. Ultimement, notre
objectif est d'éliminer les rapports
de pouvoir et de domination à l'endroit des femmes et des enfants, lesquels
sont à l'origine d'un grand nombre d'agressions sexuelles.
avril 2008, le document dévoilait son second plan d'action pour la période
s'échelonnant de 2008 à 2013. Ce plan
a d'ailleurs été prolongé le temps de tenir cette commission et les forums à
venir. Le rapport de mise en oeuvre présente les résultats des 100 engagements portés par 10 ministères et
organismes, pour des investissements de 149 millions de dollars. Ces sommes ont notamment permis le
financement récurrent de services d'aide et de soutien aux personnes victimes,
la tenue d'une campagne nationale ainsi que
la formation et l'accompagnement du personnel enseignant et du personnel
des services de garde éducatifs à l'enfance.
Déjà,
les travaux d'élaboration d'un prochain plan d'action gouvernemental en matière
d'agression sexuelle sont en cours. De premières consultations ont
d'ailleurs eu lieu au cours de la dernière année auprès d'organismes publics,
parapublics, communautaires, associatifs et de recherche.
Le Président (M.
Picard) : En terminant.
Vallée : M. le Président, en terminant, je tiens à vous
remercier, je tiens à remercier les collègues et membres de la Commission des relations avec les citoyens
pour votre écoute. Je tiens à saluer l'appui unanime des parlementaires
pour le forum à venir. À travers cet exercice rassembleur auquel se rallient
tous les partis politiques, nous évaluerons notamment
les dispositifs mis en place par l'État, par les institutions et par les
communautés pour prévenir les agressions, soutenir les victimes et favoriser les démarches. Le mandat est
ambitieux, j'en conviens. Toutefois, à voir la solidarité de ce désir
sincère qui nous anime d'être à l'écoute et en mode solution, je suis confiante
que nous y parviendrons et qu'ensemble nous saurons faire mieux.
Président (M. Picard) :
Merci, Mme la ministre. Pour le bon déroulement, lorsque je vais indiquer «en
terminant», il va vous rester une minute. J'ai essayé 15 secondes, mais ça
a été un peu plus long que prévu. Merci, Mme la ministre. J'invite maintenant
la porte-parole de l'opposition officielle en matière de condition féminine et députée d'Hochelaga-Maisonneuve à faire ses remarques préliminaires. Vous disposez
d'une période maximale de 3 min 30 s.
Poirier : Alors,
merci, M. le Président. Alors, vous me permettrez à mon tour de saluer
la présidence, et le personnel qui
vous accompagne pour la commission,
Mme la ministre ainsi que l'ensemble du personnel, et ainsi que tous
les collègues et tous ceux qui participeront à cette commission.
Alors,
rappelons les faits de cette commission : alors, une motion le
11 novembre demandant une commission spéciale avec mandat d'initiative sur les violences sexuelles contre les
femmes, que j'ai déposée; appui de la Fédération des femmes du Québec et
des regroupements nationaux, des groupes de femmes à la tenue d'une telle
commission; discussion entre la ministre et
les autres parlementaires afin d'en arriver à un consensus et motion de la
ministre pour la tenue de cette
commission sur le bilan 2008-2013 sur le plan d'action en matière d'agression
sexuelle; trois forums, dont nous
attendons les dates et les contenus, qui doivent être organisés en consensus
avec les oppositions et une commission parlementaire,
à la suite des forums, pour faire des recommandations sur l'ensemble du
processus. Alors, une commission spéciale avec mandat d'initiative
aurait remis l'ensemble de ce processus à l'Assemblée nationale et au personnel
de l'Assemblée nationale qui accompagne les parlementaires.
violence sexuelle, elle est féminine et masculine. Elle est juvénile et adulte.
Elle est impunie et punissable. Elle est dommageable psychologiquement
et physiquement. La victime peut devenir agresseur. L'agresseur n'est pas
nécessairement étranger à la victime. L'aide et l'accompagnement ne sont pas
toujours au rendez-vous au moment nécessaire.
Des projets comme Les Survivantes à Montréal doivent être mieux connus et être
importés... exportés dans les autres villes et vers les autres centres
jeunesse, parce que la traite de nos jeunes filles est inadmissible.
Parler d'excision, de mariage forcé, c'est aussi
parler de violence sexuelle. Nous devons aussi discuter de prostitution au Québec. Nous savons, toutes et
tous, que la prostitution est encadrée par les lois fédérales. Cependant, ce sont nos services ici, au
Québec, qui sont réclamés pour aider les femmes à s'en sortir, aider les femmes
dans leur sécurité, soutenir les milieux où la prostitution de rue remet
en question la sécurité publique et le vivre-ensemble, soutenir les femmes prostituées dans leur santé sexuelle.
Pourquoi ne pas discuter ici, au Québec, de ce que nous pensons de l'esclavage
sexuel? Pourquoi ne pas discuter du fait que la prostitution peut être un
milieu dangereux, un milieu de criminalité? Pourquoi
acceptons-nous, comme société, que vendre le corps d'une femme est quelque
chose de banal, d'acceptable, de
négociable? Que, lorsqu'on achète ou loue le corps d'une femme, on peut en
disposer comme on veut, avec ou sans préservatif, dans la violence?
Alors, la violence sexuelle, c'est aussi ça, M. le Président.
Alors,
des cours d'éducation à la sexualité, on a tenu une commission précédemment, on
ne sait toujours pas où s'en vont ces
cours-là. Qu'en est-il des femmes autochtones? Elles ne sont pas seulement que
disparues, elles sont dans la violence,
et il faut aussi y voir. Je demeure convaincue qu'un vaste chantier aurait été nécessaire
pour se donner un véritable plan
d'action. Pourquoi encore autant de cas de violence conjugale, d'enfants
victimes de cyberpornographie juvénile, de sextos? Notre système de justice priorise-t-il les victimes
d'agression sexuelle? Pourquoi ne parle-t-on pas des victimes aussi au
masculin? On parle encore d'images sexistes, de stéréotypes dans nos garderies,
dans nos écoles. Pourquoi n'agissons-nous
pas autour du métro Beaudry et du terminus Voyageur pour arrêter ces dragueurs
de filles qui font de nos filles des
victimes d'agression sexuelle à répétition? Pourquoi ne pas se dire, comme
société : Assez, c'est assez? Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Picard) : Merci, Mme la députée. J'invite maintenant la
porte-parole du deuxième groupe d'opposition
en matière de condition féminine et députée de Montarville à faire ses
remarques préliminaires pour une période maximale de
2 min 30 s.
(Montarville) : Merci beaucoup, M. le Président.
Bien, avant toute chose, je tiens à saluer mes collègues, naturellement Mme la ministre de la Justice, les
collègues du gouvernement, les députés, les députés de l'opposition, sans
oublier, bien entendu, tous les membres de
la Commission des relations avec les citoyens, et naturellement vous saluer
tout d'abord, vous, intervenants qui avez beaucoup à dire. On va vous entendre
sou peu.
Alors,
c'est avec un grand intérêt et un grand plaisir que j'assiste ce matin à la
première audition publique pour faire
le bilan du plan d'action gouvernemental en matière d'agression sexuelle. Et je
suis particulièrement fière de me joindre
à cette démarche non partisane, faut-il le répéter, c'est important et c'est
rare dans une vie parlementaire. Donc, c'est
un sujet de première importance, tous ensemble, nous allons réexaminer
l'épineux problème des agressions sexuelles.
agressions sexuelles constituent un problème de société extrêmement
préoccupant, on l'a vu au cours des derniers mois. Au Québec, une femme sur trois aurait été victime d'au moins une
agression sexuelle à compter de l'âge de 16 ans, et je vous fais grâce des enfants. C'est beaucoup
trop. Ces gestes irréparables bouleversent la vie de nombreux Québécois et de nombreuses Québécoises. Les principales
victimes de ces actes injustifiables sont en grande majorité nos femmes,
mais il ne faut pas passer sous silence les
agressions commises contre des hommes. Il y en a, M. le Président. Au cours
de sa vie, un homme sur six sera victime d'une agression sexuelle.
Selon
les données du ministère de la Sécurité publique, autre sujet, seulement
10 % des agressions sexuelles sont dénoncées aux forces policières.
Le manque de dénonciations est un problème. Autre problème, la banalisation et
la sous-estimation des agressions sexuelles
perpétrées soulèvent encore aujourd'hui des critiques. Il est de notre
devoir...
Le Président (M.
Picard) : En terminant, s'il vous plaît.
(Montarville) : ...nous, élus, de poser des gestes
visant à renverser cette tendance. Il est nécessaire également de déterminer quelles sont les
interventions qui, en prévention, s'avèrent les plus efficaces ou prometteuses
pour contrer les différentes formes
d'agressions sexuelles. Alors, nous serons à l'écoute, à l'écoute des groupes
de femmes, des centres
communautaires, des intervenants des organismes et aussi de tous autres