Institutions — 6 April 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2016-04-06
Quebec — Committees
(Onze heures trente et une minutes)
Le Président (M. Ouellette) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouverte. Je demande à toutes les personnes dans
la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils
électroniques.
La commission
est réunie afin de poursuivre les consultations
particulières et auditions publiques
sur le projet de loi n° 64,
Loi sur l'immatriculation des armes à
feu.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Hivon (Joliette) est remplacée par M. Roy (Bonaventure); M. Leclair (Beauharnois) est remplacé par M.
Bergeron (Verchères); et Mme Roy (Montarville) est remplacée par M. Spénard
(Beauce-Nord).
Président (M. Ouellette) :
Nous entendrons, ce matin, le Service
de police de la ville de Montréal et
le groupe PolySeSouvient, soit le groupe de diplômés de la Polytechnique
pour le contrôle des armes.
Mais d'abord
nous recevons l'inspecteur-chef François Bleau, un collègue
de travail d'il y a plusieurs
années, et l'inspecteur Antonio...
Iannantuoni. J'ai toujours eu de la misère, mais, je veux dire, ça va bien.
Vous avez 10 minutes pour nous
présenter vos observations, et après il va y avoir un échange avec le parti
ministériel et les partis de l'opposition. M. Bleau, à vous la parole.
M. Bleau
(François) : M. le
Président, M. le ministre, députés et membres de la commission, mesdames
messieurs, bonjour. Je me présente, François
Bleau, inspecteur-chef au Service de police de la ville de Montréal. Je suis
accompagné de l'inspecteur Antonio Iannantuoni, également cadre à la Division
du renseignement pour le SPVM.
Tout d'abord,
j'aimerais remercier le ministre de la Sécurité publique ainsi que les membres
de la Commission des institutions
d'avoir invité le Service de police de la ville de Montréal à vous soumettre
ses commentaires à l'égard du projet
de loi n° 64 sur l'immatriculation des armes à feu. Le Service de police
de la ville de Montréal se sent particulièrement interpellé, puisqu'il s'agit là d'un enjeu majeur qui touche directement
la sécurité du public et la sécurité de nos policiers.
Comme
organisation policière, nous appuyons le projet de loi n° 64, qui prévoit
que toute arme à feu sans restriction
présente au Québec doit être immatriculée, comme nous étions également
favorables au Registre canadien des armes à feu. Un registre des armes à feu est, sans conteste, un outil de travail
de très grande qualité, utile pour les policiers, qui ont notamment
comme responsabilités, rappelons-le, de protéger la vie des citoyens et de
prévenir le crime.
Pour bien comprendre l'importance qu'accorde le
SPVM à l'égard du registre des armes à feu, il faut d'abord comprendre dans
quel contexte les policiers montréalais interviennent au quotidien.
L'agglomération
de Montréal englobe près de 2 millions de résidents, ce qui représente,
approximativement, le quart de la
population du Québec. S'ajoutent, à tous les jours, plus de 500 000
personnes qui viennent sur notre territoire pour le travail ou les études. Durant une année, Montréal reçoit
également quelque 2 millions de personnes qui y viennent occasionnellement, pour diverses raisons, ainsi
que 10 millions de touristes que nous accueillons, bon an, mal an,
dans la métropole. D'ailleurs, Montréal est
reconnue internationalement pour ses événements festifs d'envergure, où se
rassemblent des foules significatives.
Les policiers
de Montréal effectuent annuellement environ 1,5 million d'interventions,
et c'est au quotidien qu'ils ont à
intervenir dans des secteurs où la densité de population est élevée.
L'arrondissement du Plateau—Mont-Royal, par exemple, a une
densité de population de plus de 12 000 habitants au kilomètre carré. La
présence d'armes à feu dans un tel
contexte urbain constitue un enjeu pour la sécurité publique. En 2014,
18 600 crimes contre la personne ont été rapportés sur notre territoire. À noter que de ces crimes un
tiers constituent des infractions dans un contexte de violence conjugale
et intrafamiliale.
Pour les policiers de Montréal, la lutte aux
crimes de violence est un enjeu bien réel pour la protection et le sentiment de sécurité de sa population. Qu'elle
s'inscrive dans un contexte conjugal ou intrafamilial ou encore qu'elle
soit reliée à des conflits entre individus
ou des groupes criminalisés, elle demeure pour nous une priorité. Dans ces circonstances, et puisque la sécurité des
personnes est une première préoccupation, il nous apparaît primordial d'avoir
les meilleurs outils possible pour intervenir de façon rapide et sécuritaire.
Un registre est l'un
des moyens qui servent à l'évaluation de la menace lors des interventions
policières et permettent de mieux adapter
nos actions en conséquence. En
effet, que ce soit en matière d'enquête ou lors de réponses aux appels, le registre d'armes à feu est un outil
de référence fort utile pour préparer autant nos interventions
quotidiennes que les
opérations d'envergure. Le Registre canadien des armes à feu est d'ailleurs
largement utilisé par les policiers. En 2009, le registre a été consulté par près de 80 % des policiers
canadiens. Qu'il soit question d'une perquisition ou d'une réponse à un appel de violence conjugale, il est
plus pertinent pour les policiers de savoir s'il se trouve des armes sur
les lieux d'intervention. Il en va non
seulement de leur propre sécurité, mais également de la sécurité des citoyens à
proximité.
2014, à Montréal, 446 armes à feu ont été impliquées dans des incidents
criminels sur notre territoire. De ce nombre,
56 % étaient des armes longues, et 44 %, des armes de poing. En 2015,
un an plus tard, ce sont 284 armes qui ont été impliquées dans
divers dossiers criminels, dont 47 % des armes étaient longues et
53 %, des armes de poing. Conséquemment, au cours des deux dernières
années, la proportion d'armes longues et d'armes de poing confisquées est
similaire.
Nous
avons une responsabilité à l'égard des citoyens et, comme employeurs, à l'égard
de nos policiers également. Le
registre n'est peut-être pas une fin en soi, mais il a très certainement sa
raison d'être. Est-ce que toutes les armes sur le territoire sont enregistrées? Bien sûr que non.
Mais pouvons-nous tout de même mettre toutes les chances de notre côté
pour limiter les crimes avec violence lorsque c'est possible? Le SPVM croit
fortement qu'il faut s'en donner les moyens.
Montréal
a connu son lot de drames commis avec des armes à feu. Pensons à la tuerie de
la Polytechnique, aux événements
survenus à Concordia et à Dawson. Montréal a connu l'apparition de phénomènes
de violence marquants tels que les gangs de rue, la guerre des motards
et maintenant la menace terroriste, qui devient réalité. Légiférer sur
l'immatriculation des armes à feu nous aiderait non seulement à connaître la
provenance des armes, mais aussi à en suivre la trace. Cela contribuerait
également à nous appuyer dans notre rôle de prévention.
Toute
personne n'est pas apte à posséder une arme, soit parce qu'elle présente des
risques potentiels pour elle-même ou
pour autrui. Il faut souligner que nous recevons chaque année plus de
30 000 appels pour des personnes en crise ou dont la santé mentale
est perturbée. En 2015, ce sont près de 4 500 appels que nous avons reçus
pour des suicides ou des tentatives de
suicide. Il faut pouvoir restreindre l'accès aux armes à feu aux personnes non
aptes à en posséder. Nous avons là un
moyen concret de prévention. En 2014 seulement, 805 demandes de permis
d'armes à feu ont été refusées au Canada pour diverses raisons de
sécurité publique, et cela n'inclut pas les armes révoquées.
confiscations et les saisies préventives des armes, tel que prévu au Code
criminel, sont au nombre des
gestes posés par des policiers dans le cadre
de leur travail pour assurer la sécurité des citoyens. Nous n'avons qu'à penser
à la dure réalité de la violence
conjugale et intrafamiliale. Il est primordial que les policiers puissent
savoir, lorsqu'ils interviennent dans un contexte conjugal où le conjoint n'accepte pas la séparation,
s'il s'y trouve des armes. De la même
façon, si les policiers
interviennent auprès d'individus ayant proféré des menaces, ils s'y prépareront
en conséquence et, s'il y a lieu, ils
procéderont à une saisie préventive avant que l'irréparable soit commis. En
2015, ce sont 153 armes à feu qui ont été saisies de cette façon préventive, dont 120 étaient des armes longues. D'ailleurs,
nos données de 2014 et de 2015 sur les ordonnances de retrait d'armes à
feu démontrent que ce sont davantage des armes longues qui sont visées et que
les armes longues représentaient 89 % en 2014, 78 % en 2015... au niveau
des armes confisquées. Il a été démontré aussi qu'il existe une corrélation entre l'accès aux armes à
feu au domicile et le risque de décès. La présence d'une arme à feu dans
un domicile augmente de 2,7 fois le risque
de décès par homicide. Le Comité d'experts sur les homicides intrafamiliaux
a même constaté que l'accès à des armes à feu ou leur possession était un
indicateur associé à l'augmentation du risque de létalité chez les femmes.
L'arme
à feu constitue également un moyen le plus souvent utilisé pour commettre l'homicide suivi d'un suicide. En 2015, 11 homicides commis à Montréal l'ont
été à l'aide d'une arme à feu, dont deux par des armes longues. Selon le
bureau du coroner du Québec, les armes sans
restriction ont été également responsables, en 2010, de 85 % des
suicides par arme.
Dans une ère où tout
est informatisé, centralisé et facile de consultation en temps réel, il ne
devrait être pas autrement pour le registre des armes à feu. L'adoption du
projet de loi n° 64 sur l'immatriculation des armes à feu constituerait
par conséquent un outil d'une grande utilité pour les policiers de Montréal.
SPVM adhère aux principes annoncés aux notes explicatives et à l'article
premier de loi n° 64 à l'effet que toute arme à feu sans restriction doit être immatriculée. Par ailleurs, nous
croyons qu'il pourrait être utile d'en préciser ou d'en bonifier certains éléments. Nous suggérons
notamment, à l'article 1, d'inclure que cette loi vient également appuyer
les policiers dans leur travail de prévention. Quant aux articles 2, 3, 6
et 23, nous serions favorables à ce que des délais soient réduits. À
l'article 21, on ne prévoit la confiscation et la disposition de l'arme à
feu que pour l'infraction de l'article 2. Peut-être faudrait-il prévoir
l'éventualité, notamment en cas de récidive, que le tribunal puisse exercer ses
pouvoirs en cas d'infraction aux articles 3, 6 et 7.
Comme commentaire
général, nous remarquons que le projet de loi ne prévoit pas un accès aux
fichiers, au registre ou aux données pour
les corps de police. Comme il s'agit de renseignements personnels, dans la
majorité des cas, il serait de mise,
selon nous, qu'une disposition législative habilite cette communication de
renseignements et son accès facile pour les policiers et agents de la
paix.
conclusion, le SPVM est favorable à l'adoption de la loi n° 64 sur
l'immatriculation des armes à feu. L'accès à un tel registre faciliterait et accélérerait le processus d'enquête et
d'intervention des policiers. Il permet d'agir de façon plus sécuritaire notamment lors d'une perquisition ou
encore d'interventions auprès d'individus ayant proféré des menaces et aiderait à prévenir les risques par des saisies
d'armes à feu en cas de violence familiale ou de problèmes de santé
mentale, par exemple. Il faut garder en tête
que l'objectif premier d'un tel registre est de prévenir des drames liés à la
possession et à la présence d'armes à feu.
Notre
volonté est de veiller à la sécurité publique et de prémunir les citoyens de
Montréal d'événements de violence en
trouvant des solutions pour agi