Public Finance — 28 September 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CFP 2016-09-28
Quebec — Committees
La création
de l'Autorité des marchés publics, l'AMP, est la recommandation-phare de la
commission Charbonneau. Elle découle
d'un diagnostic clair sur l'origine des problèmes constatés. Selon la
commission, ceux-ci sont le fruit de la combinaison des quatre facteurs suivants : tout d'abord,
l'autonomie accordée aux donneurs d'ouvrage publics en ce qui a trait à l'application des modes et règles
d'adjudication des contrats prévues par la loi et la réglementation, l'absence,
chez certains donneurs d'ouvrage publics, d'une expertise interne suffisante en
mesure d'évaluer les travaux requis et les soumissions
reçues en réponse à un appel d'offres, la possibilité pour les politiciens, particulièrement
au niveau municipal, d'influencer
l'octroi et la gestion des contrats publics et l'absence d'analyse de marché
permettant de détecter des situations problématiques.
Pour pallier ces lacunes, la commission a recommandé la création d'une instance
nationale d'encadrement des marchés publics ayant pour mandat les trois
points suivants : surveiller les marchés publics afin de déceler les problèmes de malversation, soutenir les donneurs
d'ouvrage publics dans leur gestion contractuelle et intervenir auprès
des donneurs d'ouvrage publics lorsque requis.
Le projet de
loi n° 108 est un pas important vers la création de l'AMP, et nous tenons
à féliciter le gouvernement de
l'avoir posé. Cependant, l'AMP, telle que définie par le projet de loi, n'a ni l'indépendance,
ni les pouvoirs, ni la portée nécessaires
pour mener à bien sa mission. Par conséquent, nous estimons que le projet de
loi, dans sa forme actuelle, ne répond pas adéquatement aux
recommandations de la commission. Nous abordons ces trois lacunes
successivement.
Tout
d'abord, la question de l'indépendance de cette nouvelle instance nationale.
Lorsqu'elle définit l'AMP, la commission
Charbonneau insiste sur l'indépendance nécessaire à cette instance nationale.
Nous invitons les parlementaires à se pencher sur le processus de
nomination du président-directeur général de l'AMP. Bien que la commission
n'ait pas jugé bon de
recommander un mode de nomination précis, il ressort clairement de la
recommandation que ce processus de
nomination doit être en mesure d'assurer la compétence et l'indépendance de
l'AMP. Le projet de loi n° 108 prévoit que le gouvernement nomme le
dirigeant de l'AMP à partir d'une liste que lui aura fournie un comité créé
pour les circonstances. Ce processus de
nomination ne nous apparaît pas être le meilleur processus possible. D'autres
modèles existent qui ont fait leurs preuves
et nous semblent plus à même de garantir la compétence et l'indépendance du
dirigeant de l'AMP. Ce dernier pourrait, par
exemple, être choisi par l'Assemblée nationale aux deux tiers des voix ou être
nommé par le gouvernement parmi une liste de
candidats élaborée par un comité de sélection dont la composition est
précisée dans la loi.
projet de loi prévoit également que l'AMP n'a qu'un pouvoir de recommander au
secrétariat du trésor de faire à son
tour des recommandations au gouvernement lorsqu'il s'agit de soumettre la
gestion contractuelle d'un organisme public
à la surveillance de l'autorité ou encore de transférer les responsabilités
d'un processus d'octroi de contrats vers un autre organisme public. Nous
nous interrogeons sur l'utilité d'un tel mécanisme de supervision par le
Secrétariat du Conseil du trésor.
Deuxième
point, la question de l'encadrement, les pouvoirs et modes d'intervention de l'AMP.
La commission Charbonneau décrit
l'AMP comme un organisme dont l'action doit se situer autant en amont qu'en
aval, dans une logique d'intervention graduelle qui comporte trois axes
principaux : la surveillance des marchés publics, le soutien aux donneurs d'ouvrage publics et l'intervention
auprès de ceux-ci lorsque nécessaire. Tel que présenté, le projet de loi
ne crée pas, à l'image de l'AMF, un guichet
unique en matière de surveillance, encadrement et contrôle des contrats
publics. En effet, le projet de loi fait de
l'AMP un organisme dont l'action se situera essentiellement a posteriori. Pour
remédier à cette situation, nous suggérons
les modifications suivantes : confier à l'AMP le rôle de coordonner et
donner les formations en gestion
contractuelle, donner à l'AMP des pouvoirs spécifiques pour obtenir des
informations dans le cadre de son mandat
de veille, et assurer que l'AMP puisse désigner un membre d'un comité de
sélection ou un vérificateur indépendant dès qu'une situation le requiert — le projet de loi prévoit que ce pouvoir ne
peut s'exercer qu'au terme d'une vérification ou d'une enquête, il ne
faudrait pas que ceci limite l'AMP dans l'exercice de ses pouvoirs — et
prévoir également pour l'AMP la possibilité de prendre en charge elle-même un processus
d'octroi de contrats.
L'AMP
ne doit pas être un simple gendarme des marchés publics. Cet organisme doit
être un véritable, et nous y
insistons, pôle d'expertise en en analyse et vérification des marchés publics
en mesure de soutenir tous les donneurs d'ouvrage publics, tel que le recommandait la commission Charbonneau.
Son action doit être large et embrasser toute l'activité contractuelle
sans se limiter à la vérification de la conformité aux seules normes
contractuelles.
Pour
que l'AMP puisse jouer son rôle, il faut limiter les barrières à son action.
Or, nous constatons que le projet de
loi n° 108 impose un cadre restrictif à l'AMP, réduisant d'autant sa marge
de manoeuvre. Ainsi, le gouvernement se réserve le pouvoir de désigner les organismes dont la gestion
contractuelle doit faire l'objet d'une vérification par l'AMP. Pourtant, les déficiences de la gestion
contractuelle ont été au coeur de plusieurs stratagèmes observés par la
commission Charbonneau. Cet aspect du projet de loi devrait être revu.
le troisième et dernier point, la question des contrats publics et la portée et
le champ d'intervention de l'AMP. Les
recommandations de la commission sont claires : le mandat de l'AMP doit
couvrir la gestion contractuelle de tous les donneurs d'ouvrage publics. Or, le projet de loi n° 108 limite de
façon importante le champ d'intervention de l'organisme. En effet, l'AMP est cantonnée aux organismes
publics tels que définis dans la
Loi sur les contrats des organismes
publics, pour les contrats
d'approvisionnement et de services, aux seuls contrats dont la valeur excède
les seuils prévus aux accords intergouvernementaux, à la gestion
contractuelle du MTQ et des autres organismes désignés par le gouvernement.
Contrairement
à ce que prévoyaient les recommandations de la commission, plusieurs sphères
échappent ainsi à l'AMP. Ainsi, les
municipalités ne font pas
partie de son champ d'action. Nous sommes d'avis que
cette lacune devrait être corrigée.
Les contrats d'approvisionnement et de services de gré à gré et dans le cadre
d'un appel d'offres sur invitation ne sont
pas inclus non plus. De même, la gestion contractuelle des organismes autres
que le MTQ et ceux désignés par le gouvernement
ne fait pas
partie du mandat actuel de l'AMP. Or, il nous semble impératif que
l'AMP ait le pouvoir de déclencher de sa propre initiative toute enquête
ou vérification en matière de gestion contractuelle.
Nous
recommandons de modifier le projet de loi n° 108 afin d'étendre le mandat
de l'AMP aux municipalités, incluant
les OBNL et les sociétés paramunicipales financées majoritairement par des
fonds publics, de l'étendre à tous les contrats
également sans distinction de valeur ainsi qu'à la gestion contractuelle de
tous les organismes sous sa responsabilité.
De plus, l'AMP devrait avoir le pouvoir de dicter les règles du Bureau des
soumissions déposées du Québec, comme le recommande le rapport de la
commission.
Évidemment,
des pouvoirs ne sont rien sans les moyens de les appliquer. Il est par
conséquent crucial que l'AMP soit adéquatement financée. Elle doit
disposer des ressources nécessaires pour exercer son important mandat.
créant l'AMP, le gouvernement a posé un geste important. Cet organisme a le
potentiel de devenir un guichet unique pour l'ensemble des marchés
publics au Québec. Pour cela, l'AMP doit jouir de toute la latitude nécessaire
pour jouer efficacement son rôle. La loi qui la constitue doit lui donner les
mandats et les pouvoirs prévus par la commission Charbonneau tels que nous les
avons soulignés aujourd'hui.
Et, aussi importante
soit-elle, la création d'un nouvel organisme ne saura à elle seule résoudre les
problèmes d'intégrité dans les marchés publics. Une révision des lois et
règlements, telle que la commission Charbonneau le recommande, est elle aussi nécessaire pour assurer que les processus
contractuels soient les plus performants et les plus robustes possible. Il s'agit là d'un chantier
auquel nous recommandons aux parlementaires de s'attaquer en priorité
dans la suite de leurs travaux. Merci.
Le Président (M. Bernier) :
Merci, M. Bégin, pour votre présentation. Nous allons passer aux échanges
avec les parlementaires. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Leitão :
Très bien, merci beaucoup, M. le Président. Alors, messieurs, bonjour. Merci
d'être là, merci d'être venus. Et on s'excuse pour la musique
d'ambiance, mais ce n'est vraiment pas de notre...
Le Président
(M. Bernier) : On ne peut que contrôler les cellulaires et
non pas les marteaux-piqueurs.
M. Leitão :
Voilà. Alors, même avec une AMP, je pense qu'on ne serait pas capables de faire
ça. En tout cas, plusieurs choses que
j'aimerais en discuter un peu plus avec vous, surtout cette question que vous
avez soulevée, d'indépendance. Mais,
avant d'y arriver, à l'indépendance, j'aimerais vous dire, d'entrée de jeu,
comme je l'ai déjà dit depuis le
début de ces auditions, que nous sommes tout à fait disposés, presque prêts à
inclure les municipalités aussi. Donc, nous
préparons une série d'amendements qui vont faire en sorte que le monde municipal va être aussi inclus par le projet
de loi n° 108. Donc, vous n'êtes
pas le premier groupe à nous suggérer de le faire, mais j'aimerais aussi
vous dire, comme j'ai dit aux autres, que c'est ce qui va être fait. Ça, c'est
d'entrée de jeu.
Maintenant,
revenons à cette question d'indépendance. Donc, un des aspects de
l'indépendance de l'autorité, c'est que vous souhaiteriez que, donc, le processus
de nomination du P.D.G., donc du directeur de cet organisme, soit fait
directement par l'Assemblée nationale, pendant que nous, ce que nous proposons,
c'est de le faire — donc,
par le gouvernement — à
travers un comité. Une chose que vous avez mentionné, et je pense que c'est
aussi... j'aimerais vous entendre
là-dessus, c'est que, oui, nous allons créer un comité, un comité qui va
proposer des personnes qui seraient des candidats à la direction de cet organisme. Alors, comment est-ce que
vous... Quelles recommandations, quelles suggestions aurez-vous à nous
donner dans la création de ce comité-là? Qui devrait le composer, ce comité-là?
À votre avis, comment le processus devrait se passer?
Le Président
(M. Bernier) : M. Bégin.
M. Bégin (Luc) : Oui, en fait, je répondrai très brièvement, et je reviens sur la
proposition, qui est plutôt... Je me verrais mal vous recommander
quelles personnes ou comment nommer les personnes sur le comité. On s'en tient simplement, nous, à la proposition à l'effet que,
pour garantir au mieux l'indépendance de l'AMP, cette personne devrait être choisie par l'Assemblée nationale au deux
tiers des voix ou encore nommée par le gouvernement parmi une liste de
candidats qui est élaborée par un comité de sélection dont la composition
serait précisée dans la loi.
Donc,
on est sur ces deux options, qui nous semblent les deux modes les meilleurs
pour assurer et garantir cette indépendance, et ce sont d'ailleurs, de
toute façon, ceux qui sont retenus notamment pour le Vérificateur général du Québec, le Directeur général des élections ou
encore, dans l'autre cas, pour le Directeur des poursuites criminelles et
pénales du Québec. Alors, il nous semble que c'est la meilleure voie à suivre,
l'une ou l'autre de ces options.
Le Président
(M. Bernier) : Merci. M. le ministre.
M. Leitão : Oui, écoutez, nous considérons très activement d'inclure, dans le
projet de loi, une telle procédure, donc
de nommer, dans le projet de loi, les membres de ce comité-là et le processus.
Donc, ça va se faire aussi. Mais, restant dans le domaine de l'indépendance, on va un peu plus loin et on parle
aussi... vous mentionnez aussi que vous souhaiteriez que l'autorité puisse jouer aussi un rôle de pôle
d'expertise, enfin, pas seulement de surveiller les marchés, mais d'être
beaucoup plus active, beaucoup plus
présente, beaucoup plus interventionniste, si je peux utiliser un tel terme.
Est-ce que vous pensez que ça
pourrait mener à une certaine confusion, en tout cas, un certain conflit entre
le rôle de surveillant et le rôle de
régulateur, si on veut? Est-ce que le surveillant devrait être aussi le
régulateur ou est-ce que ça ne serait pas mieux peut-être de séparer les
deux?
Le Président
(M. Bernier) : M. Chénard. Oui, allez-y, M. Chénard.
M. Brodeur
(Pierre-Olivier) : Merci. En fait, ce qu'on constate actuellement,
c'est que, par exemple, au sous-secrétariat
aux marchés publics, il y a un peu ces deux pôles-là qui cohabitent. Nous, on
propose, comme vous l'avez très bien souligné, en fait, s'appuyant sur
les recommandations de la commission Charbonneau, de créer un véritable pôle d'expertise qui va réunir toutes les
ressources qui sont actuellement fragmentées. Et, à partir de ce moment-là, ce pôle d'expertise là
devrait bénéficier au plus grand nombre d'organismes possible et avoir l'impact maximal à travers la société et
les activités d'approvisionnement et de marchés publics du Québec. Et donc ça rentre dans
une série de rôles qui pourraient lui être confiés, comme, par ailleurs, de
jouer un rôle d'observation et
éventuellement d'édicter les règles
du BSDQ. Donc, nous, on ne voit pas de conflit entre ces deux fonctions. La
commission n'y voyait pas non plus de
conflit.
Le Président
(M. Bernier) : Merci. M. le ministre.
M. Leitão : Très
bien. Écoutez, on se comprend bien, que cette création d'expertise, d'un pôle d'expertise à l'intérieur du gouvernement, bien
sûr que c'est non seulement important, elle est nécessaire. La question, évidemment : Est-ce que ça devrait être l'AMP qui a aussi ce rôle en plus
de ses activités de surveillance, a aussi le rôle de diffuser
l'expertise, ou est-ce que ça ne serait pas peut-être plus pratique que
cela se fasse par le Conseil du
trésor, le Conseil du trésor où il y a déjà une
bonne expertise, mais qu'on crée davantage un organisme,
un rôle d'expertise pour assister les autres organismes publics dans
leurs contrats?
Attendez un
peu, j'avais aussi une autre question ici avant de passer la parole à mes
collègues. Ah oui! On a parlé, donc,
de financement, de s'assurer que, bien sûr, le gouvernement s'assure que
l'autorité soit adéquatement financée, bien sûr. En même temps on a constaté que la commission Charbonneau
elle-même, quand elle parlait de la création d'une autorité des marchés publics, la commission disait
que ça se ferait à coût nul. Comment est-ce que vous réagissez à ça?
Président (M. Bernier) : M. Ouimet? M. Bégin?
Lequel? M. Ouimet. Bien oui, ça va nous faire plaisir de vous
entendre, M. Ouimet.
M. Ouimet
(Gilles) : Merci. Oui, bien, tant qu'à être venu... Merci, M. le
Président. En fait, je pense qu'il est important
de rappeler une chose. Le comité a pour mandat, comme mission principale,
d'assurer le suivi et la pérennité des recommandations de la commission.
Et il est difficile pour le comité d'aller plus loin, d'aller au-delà de ce que
la commission a proposé. Alors, sur certaines questions, on peut... Bien que
nous ayons tous individuellement dans nos champs
d'expertise des points de vue, collectivement, comme comité, comme organisation
informelle, on s'est donné comme mandat d'assurer simplement le suivi
des recommandations.
Ayant dit
cela, évidemment, la commission avait émis cette idée qu'en regroupant au sein
de ce pôle d'expertise, en créant ce
pôle, cette autorité qui regroupe toutes les expertises... pourrait se faire à
coût nul. Est-ce que c'est le cas? Quand
on regarde... Et la question que posait le ministre, c'était... Dans l'esprit
de la commission, en regroupant tout le monde, donc le rôle de régulateur et le rôle de surveillant, au sein de
cette même organisation, on pouvait penser que ça se fasse à coût nul. Si on doit conserver, à
l'extérieur, des fonctions, là, à ce moment-là, ça devient plus difficile de
réaliser ça, et il y a une injection de fonds qui est nécessaire.
M. Leitão : En effet. Alors, on
a...
Le Président (M. Bernier) :
Merci.
M. Leitão :
En effet, on a regardé ça, bien sûr. Et, oui, on va rapatrier certaines
fonctions qui existent déjà et des personnes, que ce soit à l'AMF ou que
ce soit au ministère des Transports. Mais c'est clair que ce n'est pas
suffisant. Il va falloir ajouter des budgets
supplémentaires. Nous, nous sommes très conscients de cela, et c'est ce que
nous allons faire. Les collègues, si vous avez des questions...
Le Président (M. Bernier) :
M. le député de La Prairie.
M. Merlini :
Merci beaucoup, M. le Président. Merci, messieurs, pour votre mémoire et votre
présence ici ce matin. Vous
mentionnez à la page 1 que le projet de loi, dans sa forme actuelle, ne répond
pas adéquatement aux recommandations de
la commission et vous dites que l'AMP n'aura ni l'indépendance, ni les
pouvoirs, ni la portée nécessaires pour mener à bien sa mission. Mais au sujet du BSDQ, que vous avez mentionné tantôt
aussi dans votre présentation, c'est quoi, les principaux problèmes que vous voyez quant à son fonctionnement? Parce
que de demander à l'AMP de siéger avec des entrepreneurs sur un conseil d'administration risque de nuire justement
à l'indépendance de l'AMP. Alors je vois un peu peut-être une contradiction entre ce que vous souhaitez, qu'elle soit
vraiment indépendante, l'AMP, mais, en même temps, si vous le mettez sur le BSDQ, là, ça complique
les choses, là, par rapport à son indépendance parce que comment
expliquer qu'un vérificateur, à ce
moment-là, pourrait dicter les règles? Alors, j'aimerais vous entendre
là-dessus, s'il vous plaît.
Le Président (M. Bernier) :
Monsieur... Lequel est lequel? Lequel est lequel? Levez la main puis dites-moi
qui est qui.
Des voix : Ha, ha, ha!
Le Président (M. Bernier) :
M. Chénard. C'est beau.
M. Brodeur
(Pierre-Olivier) : C'est Brodeur. M. Chénard, c'est lui. Et moi,
je suis Brodeur. Tout d'abord, il est clair
que, comme a dit Me Ouimet, nous sommes ici pour assurer la pérennité des recommandations
de la commission Charbonneau. Par
rapport au BSDQ, il faut rappeler que le BSDQ, comme vous le savez, d'ailleurs
d'autres intervenants l'ont souligné,
est un acteur de premier plan dans les contrats publics par son rôle
fondamental qu'il joue au niveau des sous-contrats publics. La
commission a étudié le BSDQ et a évalué qu'il pouvait y avoir des problèmes
potentiels à ce niveau-là. Et donc il
fallait qu'il y ait une instance gouvernementale qui soit en mesure d'observer
ça et qui soit en mesure également,
la commission l'explique dans son rapport, de trancher parce que — et je crois que vous avez reçu à la
fois l'Association de la construction du Québec et l'association des
entrepreneurs généraux du Québec — vous avez pu constater que le BSDQ fait l'objet d'un conflit, enfin, entre ces deux associations. Donc, il est important qu'il y ait
une instance gouvernementale qui soit en mesure d'assurer un suivi et éventuellement de dicter des règles. L'AMP est la mieux placée, étant donné qu'elle sera le pôle d'expertise à ce niveau au Québec. C'est elle qui aura le
mandat d'effectuer une veille des
marchés publics, qui pourra détecter des situations problématiques et qui, par
conséquent, pourra formuler des recommandations appropriées et
concrètes.
Par rapport
au conflit entre la vérification, d'une part, et la contribution, que ce soit à
édicter des règles, que ça soit à la
formation, que ça soit au soutien des donneurs d'ouvrage publics, ce n'est pas
un problème que la commission constatait
et ce n'est pas un problème que nous constatons non plus parce qu'actuellement,
si on regarde ce qui se fait, c'est
la situation qui prévaut dans un très grand nombre de situations. Alors, en
vrac, on peut citer par exemple les ordres professionnels, qui sont
chargés de l'accession à la profession, de la formation et de l'inspection
professionnelle. On peut citer le
Secrétariat du Conseil du trésor, dont le sous-secrétariat aux marchés publics
a charge de la formation et de mener
des inspections et des vérifications lorsqu'il est mandaté pour le faire par le
président du Conseil du trésor. On peut citer... Au MTQ, la formation et le soutien à l'approvisionnement sont
effectués par la Direction de la surveillance des marchés et de l'observation
des règles contractuelles, qui est également l'unité administrative qui a le
rôle de mener des vérifications sur les
activités contractuelles. On peut citer l'UPAC. Les formations en prévention de
la corruption et de la collusion qui
se font au Québec sont données par l'UPAC ou en collaboration avec l'UPAC,
l'UPAC ayant également pour mandat
d'enquêter sur de possibles activités de corruption et de collusion. Donc, si
on regarde la situation, je pense que
d'avoir une instance, un pôle d'expertise qui joue à la fois un rôle en amont
et un rôle en aval, c'est plutôt la norme, et c'est le modèle qui
prévaut ailleurs, et c'est le modèle que la commission suggérait pour l'AMP.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de Pontiac.
M. Fortin (Pontiac) : Oui. Merci,
M. le Président. D'abord, bien, je tiens à vous remercier d'être avec nous. Je pense que c'est utile, surtout pour un document
de l'importance que... ce qui nous a été présenté par la commission
Charbonneau, d'avoir des gens comme vous qui s'attardent à ce que le gouvernement
suive bien certaines des recommandations ou l'ensemble, si vous voulez, des recommandations qui sont mises de l'avant. Alors, je vous remercie pour votre travail.
Donc, je veux
rentrer dans une ou deux, là, des recommandations précises que vous nous faites. Comme vous
le disiez à l'instant, ce que vous considérez
à travers le projet de loi, c'est que l'organisme se situe essentiellement, là, a posteriori, donc après
les décisions, et une des recommandations que vous faites, c'est que... prévoir pour
l'AMP la possibilité de prendre en charge elle-même un processus
d'octroi de contrats. Alors là, j'aimerais vous entendre juste pour bien comprendre ce que vous proposez, là. Est-ce que,
si l'AMP prend en charge elle-même le processus, elle se met dans une situation délicate? Qui, à ce moment-là, se retrouve à
s'assurer qu'elle-même fait bien les choses? Est-ce que ça vous pose
problème dans votre analyse ou si c'est quelque chose que vous avez déjà
considéré?
M. Chénard (Gabriel) : Je crois
que...
Le Président (M. Bernier) :
M. Chénard.
M. Chénard (Gabriel) : Oui.
Le Président (M. Bernier) :
Là, je ne me trompe pas. C'est le vrai M. Chénard.
M. Chénard
(Gabriel) : Je crois qu'il s'agissait... Dans l'esprit de la
recommandation, ma compréhension, c'est que c'était une mesure exceptionnelle. C'est certain que, si l'AMP se
met à gérer l'approvisionnement de plusieurs donneurs d'ouvrage, c'est anormal. Il pourrait y avoir des
conflits d'intérêts. Donc, ma compréhension, c'est une mesure vraiment
exceptionnelle.
M. Fortin (Pontiac) : Est-ce que
vous avez...
Président (M. Bernier) : On va devoir passer de l'autre
côté, M. le député de Pontiac. Malheureusement, le temps qui vous est
imparti est maintenant terminé. Mme la députée de Pointe-aux-Trembles, la
parole est à vous.
Mme Léger : Merci, M. le Président. Alors,
bonjour, messieurs. Bienvenue, notre ex-collègue, Gilles. Évidemment,
d'entrée de jeu, je vais vous parler évidemment des municipalités, qui, pour
moi, depuis la semaine dernière particulièrement...
c'est un pan important de la
commission Charbonneau d'inclure les municipalités, autant dans le projet de loi n° 108...
il y a aussi, dans le projet de loi n° 107, les lanceurs d'alerte, il y a
tout un autre pan qui est là, qui est important.
Vous parlez
des municipalités, vous parlez d'OSBL, vous parlez aussi du paramunicipal. On pourra en
reparler, mais, d'entrée de jeu, je dois
quand même vous dire que le ministre nous a dit que le projet de loi
n° 108... il a déposé un projet
de loi devant nous, et les municipalités ne sont pas là. Vous l'indiquez
clairement dans votre mémoire qu'il faudrait que cette lacune soit corrigée. Il nous a dit qu'il était pour
assujettir les municipalités. Alors, on prend sa parole, on attend
toujours parce qu'on n'a pas encore les amendements.
aujourd'hui, il nous a sorti un nouveau mot. Ah! c'est presque prêt. Alors,
c'est presque prêt, on va avoir les amendements.
Par contre, entre autres, la FQM a demandé d'être entendue à la commission, et
je l'ai mentionné plusieurs fois à la commission, et le ministre refuse
de les entendre à la commission parlementaire.
Le Président (M. Bernier) :
Je vais juste ouvrir une petite parenthèse, Mme la députée. C'est que la
demande nous a été faite effectivement à la
commission, et moi, j'ai transféré la demande au niveau des leaders et,
présentement, je n'ai pas encore eu
d'autorisation ou d'entente entre les leaders sur le sujet. Par contre, il y
aura un mémoire qui va être déposé par la FQM. Je veux juste préciser
les choses. Je vous redonne votre temps.
Mme Léger :
Oui, mais moi, je vais vous dire clairement, ce n'est pas à vous... comme
président, vous faites le travail que
vous avez à faire, mais c'est quand même... le gouvernement refuse de les
entendre présentement. Est-ce qu'ils sont
là aujourd'hui? Est-ce qu'ils vont être là demain? Non, ils ne sont pas là
présentement. Et il y a eu discussion avec les leaders, et notre leader nous dit, de notre côté, que le leader du
gouvernement refuse. Donc, le gouvernement n'accepte pas d'avoir les municipalités. Alors, pour moi, c'est
un double discours actuellement, M. le Président, et vous ne pouvez pas m'empêcher de dire cette réalité-là, qui ne vous
concerne pas vraiment directement, je pourrais vous dire, mais indirectement,
évidemment. Alors, on aimerait les entendre ici, mais ils ont besoin d'avoir
les amendements. On ne les a pas, les amendements.
Donc,
c'est presque prêt. Demain, ça va être prêt, j'imagine, parce que, dans la
gradation des éléments... alors, je m'attends à ce que le ministre
puisse déposer les amendements. Je le redemande une autre fois pour s'assurer
que les municipalités y soient.
Maintenant,
vous ajoutez aussi les OSBL et vous ajoutez aussi le paramunicipal. Si je
regarde dans l'article... je pense
que c'est à l'article 19 qu'il faudrait inscrire les municipalités. Est-ce
que vous voyez... parce que c'est probablement au 2.1, j'imagine, les
municipalités selon tel type de loi. Est-ce que vous avez pris le temps de
regarder ça?
Le Président
(M. Bernier) : Bon, lequel est lequel? M. Brodeur.
M. Brodeur
(Pierre-Olivier) : Bien, j'aimerais simplement d'abord réitérer
qu'effectivement l'assujettissement des
municipalités est extrêmement important et qu'il l'est d'autant plus parce que
l'AMP, en tant que pôle d'expertise, doit
être en mesure de jouer un rôle de soutien partout, dont dans le milieu
municipal. La formulation de la recommandation de la commission met
clairement l'accent sur le soutien aux donneurs d'ouvrage, incluant les
donneurs d'ouvrage municipaux. Donc, c'est un organisme qui devrait leur
apporter une valeur.
j'aimerais en profiter pour souligner... tout à l'heure, M. le ministre avait
laissé entendre que le Conseil du trésor pourrait jouer effectivement un
rôle dans le soutien aux donneurs d'ouvrage. J'aimerais simplement soulever une
interrogation. Si jamais les municipalités
sont, elles aussi, assujetties à l'AMP, en fait, est-ce que le Conseil du
trésor serait en mesure de jouer un
rôle de soutien aux municipalités à ce niveau-là? Je soulève l'interrogation
simplement, alors que, si, justement, les municipalités sont incluses,
eh bien, alors il serait tout naturel que l'AMP puisse les soutenir dans leurs
activités contractuelles.
Le Président
(M. Bernier) : Merci. Mme la députée.
Mme Léger :
Les OSBL, paramunicipal?
M. Brodeur
(Pierre-Olivier) : ...découle de la recommandation n° 6 de la
commission Charbonneau, qui suggérait... qui
recommandait, en fait, d'uniformiser les normes et les lois, les règlements en
matière de contracter pour les étendre aux OSBL et aux sociétés
paramunicipales financées majoritairement par des fonds publics afin d'éviter
qu'il y ait des cas où la création d'un OSBL serve à contourner des lois
contractuelles. Donc, c'était l'esprit de la commission, et donc, si on veut assujettir les municipalités à la vérification et
à tout le rôle de l'AMP, aussi bien le faire également pour ces sociétés-là.
Le Président
(M. Bernier) : Merci. Mme la députée.
Mme Léger :
Monsieur, je voudrais... On a peu de temps, alors je suis obligée d'aller à
d'autres sujets. Le BSDQ, vous en
avez parlé un petit peu tout à l'heure. On a rencontré hier des organismes et
particulièrement le BSDQ qui était favorable
à la nomination d'une personne au conseil, là. Ça, c'est une chose. Ils nous
ont dit qu'ils étaient pour le pouvoir d'édicter des règles,
particulièrement... Ils ont réussi, à la fin, de nous dire : O.K. Ça va.
Vous
le dites très clairement dans votre mémoire que l'AMP devrait également
avoir le pouvoir d'édicter les règles du
Bureau des soumissions déposées au
Québec, comme le recommande la commission, mais actuellement ce n'est
pas dans le projet de loi. Alors, dans le
projet de loi, il n'y a pas le pouvoir d'édicter des règles présentement à
l'AMP. Alors, vous insistez fortement, j'imagine.
Le Président
(M. Bernier) : M. Brodeur.
M. Brodeur
(Pierre-Olivier) : Oui, tout à fait. Tout à fait, comme nous
l'inscrivons dans notre mémoire, comme nous l'avons dit, l'AMP devrait avoir le
pouvoir d'édicter les règles du BSDQ, comme le recommandait la commission
Charbonneau.
Le Président
(M. Bernier) : Merci.
Mme Léger : Et
je vais aller aussi sur le pouvoir dans l'article... Vous reveniez sur
l'article 20 du projet de loi où, dans l'alinéa deux, vous dites
particulièrement... bon, le pouvoir d'initiative et d'enquête de l'AMP, mais il
y a un bout qu'il y a une certaine
discrétion du gouvernement. Je pense que vous voulez faire cette distinction-là
entre tout le pouvoir que l'AMP peut
avoir pour faire... avoir un pouvoir d'initiative et d'enquête, mais, dans le
projet de loi présentement, il y a quand même une discrétion du Conseil
du trésor. Est-ce que vous pouvez élaborer sur ça?
Le Président
(M. Bernier) : M. Chénard.
M. Chénard
(Gabriel) : Oui. Je crois que vous parlez de l'assujettissement de la
gestion contractuelle des organismes à
l'alinéa deux. En effet, en ce moment, on dit que seulement le MTQ serait
assujetti et tout autre organisme que désigne le gouvernement.
Nous,
on croit que c'est important que la gestion contractuelle de tous les
organismes soit assujettie par défaut. La
commission a observé beaucoup de stratagèmes qui passaient par des déficiences
dans la gestion contractuelle, qu'on parle
d'approbation d'extras, faux extras de comités de sélection, ce sont des sujets
qui rentrent dans la gestion contractuelle. On croit que ce serait
important que ces sujets-là soient assujettis à l'Autorité des marchés publics.
Mme Léger : Dans le projet
de loi, actuellement, ce n'est pas ça, là. Il y a quand
même... Il faudrait avoir une distinction assez claire entre ce qui appartient
au Conseil du trésor et les pouvoirs qu'on va donner à l'AMP. Là, on le
voit dans la gestion contractuelle, mais
est-ce que vous voyez, dans l'ensemble du projet, cette différenciation-là
assez claire?
Le Président
(M. Bernier) : M. Chénard ou M. Bégin? M. Brodeur.
M. Brodeur
(Pierre-Olivier) : Actuellement, comme vous le soulignez, on a une distinction. D'un côté, on
a les processus d'adjudication que l'AMP
peut examiner, pour reprendre le vocabulaire du projet
de loi, et on a tout ce qui a
trait à la gestion contractuelle. Donc, M. Chénard soulignait bien, par
exemple, tout ce qui est de l'approbation des fameux
extras, par exemple, rentre dans le domaine de la gestion
contractuelle. Et, selon le projet de
loi, actuellement, ce qui relève de la gestion contractuelle des
organismes autres que le MTQ, bien, en fait, c'est le gouvernement qui, comme vous le dites, a la discrétion de demander à l'AMP
d'examiner la gestion contractuelle des autres organismes.
Donc,
nous, notre compréhension, c'est que l'AMP ne pourrait, selon ce projet de loi là, examiner d'elle-même la gestion
contractuelle d'un organisme autre que le MTQ ou qu'un autre organisme désigné
par le gouvernement, qu'elle n'aurait
pas la latitude pour le faire. Et, comme nous l'inscrivons, bien, nous
recommandons de donner à l'AMP d'emblée toute latitude pour procéder à
tout examen de la gestion contractuelle de tous les organismes qui lui sont
assujettis.
Le Président
(M. Bernier) : Merci. M. le député de La Peltrie.
Caire : Merci, M. le Président. Je dois dire que je suis enchanté par votre recommandation que le P.D.G. de l'AMP soit
nommé aux deux tiers de l'Assemblée
nationale. Je m'explique mal votre recommandation de maintenir le comité, même si
on paramètre les profils des gens qui doivent y siéger. Il n'en demeure pas
moins que ce comité-là va être nommé
par le gouvernement, et donc, à partir de là, qu'on mette des gens en
place, il m'apparaît que l'indépendance du P.D.G. serait assurée exclusivement par une nomination aux deux tiers
des membres de l'Assemblée, là. Je ne vois pas en quoi le comité
pourrait satisfaire à ce désir-là, qui est très pertinent, là.
Le Président
(M. Bernier) : M. Ouimet.
M. Ouimet
(Gilles) : Oui. En fait,
comme on l'a souligné dans le mémoire, on reprend ou on... la commission
Charbonneau ne s'est pas aventurée sur ce
terrain, n'a pas offert de recommandation précise. Nous avons, dans l'esprit... puisque
la notion... L'indépendance de l'AMP était au coeur de la recommandation. C'était dans cet esprit que nous avons suggéré que le projet de loi puisse être bonifié, en évoquant des mécanismes,
soit le vote des deux tiers de l'Assemblée, soit le comité qui est prévu par la loi. Donc, il faut faire attention parce qu'on est mal placés, à ce moment-ci, pour
prendre une position ferme dans la mesure où la commission Charbonneau n'est pas
allée de ce côté-là.
Ayant
dit ça, je vais me permettre, pour parler en mon nom personnel, de souligner qu'il
existe des mécanismes, et c'est ce
qu'on fait ressortir, il y en a déjà, des mécanismes qui ont pour but
d'assurer, dans la loi, de fournir des
balises pour appuyer l'indépendance d'un organisme. Notamment, la composition
des comités de sélection est prévue dans la loi. Ça, c'est un élément.
La question du
pouvoir de nomination, est-ce que c'est le gouvernement versus l'Assemblée
nationale, c'est un autre mécanisme... qui peuvent se combiner ou qui
peuvent être utilisés séparément. Alors, nous n'avons fait que pointer ou
indiquer ces mécanismes-là. On peut difficilement aller plus loin, compte tenu
des recommandations de la commission Charbonneau.
Le Président
(M. Bernier) : Merci. M. le député.
Caire : J'entends ça, mais vous avez donné comme exemple le
Vérificateur général, bon, il y a le Protecteur du citoyen, bon, il y a autant d'officiers de
l'Assemblée nationale, comme des garants de leur indépendance. Est-ce que
vous avez observé ailleurs où une
institution semblable, similaire à celle que serait l'AMP, dont les dirigeants
sont nommés par un comité? C'est-u quelque chose que vous avez observé
ailleurs, ça?
Président (M. Bernier) : M. Ouimet.
M. Ouimet
(Gilles) : Peut-être qu'on s'est mal exprimés, mais le comité ne nomme
pas. Le comité, c'est le comité qui
vise à s'assurer d'un bassin, un nombre qui peut être limité, là, deux, trois,
cinq personnes aptes à occuper la fonction. Ça, c'est le processus de
filtrage, là, on s'entend. Ce n'est pas le comité qui nomme, là.
Caire :
Je comprends la nuance, puis je comprends, puis vous avez raison de faire la
nuance.
Ceci
étant dit, on s'entend que ça demeure un processus hautement arbitraire. Je
veux dire, on va désigner les gens qui
vont nous dire qui doit être sur cette liste-là et surtout qui ne doit pas y
être. Alors, moi, je me demandais : Si on va au bout de la logique, est-ce que la meilleure
assurance de l'indépendance du P.D.G. de l'AMP, la meilleure option pour
assurer son indépendance ne serait pas un vote des deux tiers de l'Assemblée
nationale?
là, bien, je vous demande votre opinion personnelle puisque, comme vous le
dites, vous qui avez toujours rêvé de répondre aux questions de l'opposition, est-ce que... On regarde
pour le Vérificateur général, on regarde pour les autres officiers de l'Assemblée nationale. Est-ce que la
meilleure garantie d'indépendance, est-ce que ce n'est pas ça, compte
tenu du fait que, comme vous l'avez dit, la commission Charbonneau laisse de la
latitude là-dessus? Donc, quelle est votre opinion personnelle?
Le Président
(M. Bernier) : M. Brodeur.
M. Brodeur
(Pierre-Olivier) : Oui. Vous avez cité des exemples d'officiers nommés
aux deux tiers. Il existe également
des hauts fonctionnaires dont l'indépendance est cruciale et qui sont nommés
selon un processus de comité, tel que nous l'avons décrit, donc le
Directeur des poursuites criminelles et pénales, et, selon le projet de loi
n° 107, le commissaire à la corruption, donc le commissaire de l'UPAC.
Donc,
pour reprendre les propos de Me Ouimet, nous ne pouvons nous avancer plus loin
parce que la commission n'a pas fait de recommandations précises. Ce
sont deux modèles qui nous semblent valables, mais nous croyons qu'il
appartient vraiment aux parlementaires de définir le mode exact.
Le Président
(M. Bernier) M. le député.
Caire : Merci. Tout à l'heure, vous avez évoqué le fait
qu'il faut élargir la portée du mandat de l'AMP, allant jusqu'à suggérer que l'AMP pourrait éventuellement
prendre en charge un processus d'appel d'offres. Est-ce que j'ai bien compris cette suggestion-là, et, si oui, comment
l'AMP pourrait gérer un processus d'appel d'offres et être le gardien de
l'intégrité du processus en même temps?
Le Président
(M. Bernier) : Merci. M. Brodeur.
M. Brodeur
(Pierre-Olivier) : Oui, je peux... Bien, comme le soulignait
M. Chénard, dans l'esprit de la commission,
on a affaire là à vraiment une mesure de dernier recours. Tel que la
recommandation est présentée, l'AMP se doit
d'intervenir selon une logique d'actions graduelles, donc allant de la
prévention au départ, et puis elle peut faire des vérifications, faire des recommandations,
interrompre des processus d'appel d'offres. Elle peut retirer à un
organisme son pouvoir de contracter pour le donner à un autre organisme.
Ainsi, un cas d'espèce serait, par exemple, une
petite municipalité qui se lance dans la construction d'un amphithéâtre,
par exemple. Donc, l'AMP, devant cette
situation-là, peut déterminer que,
selon elle, la petite municipalité n'aurait peut-être pas l'expertise nécessaire
pour mener à bien ce projet-là et
donc le confier à une autre entité. L'AMP qui pourrait elle-même mener des processus d'adjudication,
c'est donc vraiment le recours extrême, le dernier recours. Et je pense
que, même dans le rapport, c'est assez clair que ce n'est pas une situation qui
serait souhaitable et que ça doit être...
Le Président
(M. Bernier) : Merci aux représentants du Comité public de suivi
des recommandations de la commission Charbonneau. M. Luc Bégin, Pierre-Olivier
Brodeur, Gilles Ouimet, Gabriel Chénard, merci de votre participation à la
Commission des finances publiques.
Je suspends quelques
instants.
(Suspension de la séance à
12 h 16)
Le Président
(M. Bernier) : Donc, à l'ordre, s'il vous plaît! Nous reprenons
nos travaux.
Nous
avons le plaisir de recevoir les représentants de l'Association des constructeurs de routes et grands
travaux du Québec — vous avez vu, les marteaux-piqueurs ont cessé à
votre arrivée — donc représentée par Mme Gisèle
Bourque, M. Roger Arsenault, M. Pierre Tremblay et Mme Émilie
Truchon.
La parole est à vous,
Mme Bourque. Vous m'avez dit que c'était vous qui étiez pour présenter le
mémoire. Donc, vous avez 10 minutes.
Mme Bourque (Gisèle) : Merci.
D'entrée de jeu, nous vous remercions de l'opportunité qui nous est offerte aujourd'hui de vous présenter le point de vue de
l'Association des constructeurs de route et grands travaux du Québec à
l'égard du projet de loi n° 108.
Pour cette présentation, je suis accompagnée, à
ma gauche, de M. Roger Arsenault, président du conseil d'administration de
notre association, M. Pierre Tremblay, à l'extrême gauche, directeur
général adjoint du secteur technique, et Me Émilie Truchon, à ma droite,
avocate.
Nous nous
permettons de vous rappeler que l'ACRGTQ, incorporée en 1944, représente la
majorité des principaux entrepreneurs
et fournisseurs oeuvrant dans la construction de routes, d'ouvrages de génie
civil et de grands travaux. Elle est
la seule représentante attitrée du secteur génie civil et voirie de l'industrie
de la construction. À ce titre, elle représente près de 2 600 entreprises actives au sein de l'industrie de la
construction de routes, d'ouvrage de génie civil et de grands travaux,
lesquelles emploient plus de 35 000 salariés ayant travaillé
26,3 millions d'heures en 2015.
De manière
générale, l'ACRGTQ accueille favorablement le projet de loi n° 108 et la
création de l'Autorité des marchés publics. La mise sur pied d'un tel
organisme spécialisé, entièrement et exclusivement dédié au marché des contrats
publics, est indispensable. L'ACRGTQ désire toutefois formuler ses commentaires
et recommandations à l'égard de certaines dispositions du projet de loi. Vous
trouverez, aux pages 4 et 5 de son mémoire, un
sommaire de ces recommandations.
D'entrée de
jeu, l'ACRGTQ recommande d'assujettir les municipalités et les organismes para
ou supramunicipaux à la
loi sur
l'Autorité des marchés financiers... des marchés publics, excusez-moi ce
lapsus. Le projet de loi actuel exclut de la mission et des fonctions de l'autorité la surveillance des
municipalités et des organismes para ou supramunicipaux. Or, ils sont des donneurs d'ouvrage importants, et leurs
contrats représentent une proportion non négligeable des contrats
publics octroyés chaque année. Ils devraient
donc être soumis au pouvoir de vérification et d'enquête de l'autorité. La
commission Charbonneau en faisait d'ailleurs sa recommandation première.
L'ACRGTQ recommande d'assujettir une fois pour
toutes Hydro-Québec à la
Loi sur les contrats des organismes publics. Dans son état actuel, le projet de loi rate
l'occasion d'assujettir entièrement Hydro-Québec à la
Loi sur les contrats des organismes publics. Il est
urgent et nécessaire de rendre plus transparent le processus
d'attribution et d'adjudication des contrats
par Hydro-Québec. Actuellement, la société d'État agit comme un donneur
d'ouvrage privé, alors qu'elle ne l'est pas, négociant sans cesse le
prix avec les soumissionnaires conformes et refusant de divulguer systématiquement les résultats des appels
d'offres. Bien plus, cette opacité contractuelle est susceptible de rendre
inefficient le processus de plaintes qui
prévoit qu'une plainte peut être déposée lorsqu'un donneur d'ouvrage public ne
se conforme pas au cadre normatif.
Comment un
entrepreneur peut-il se plaindre du non-respect du cadre normatif de ce donneur
d'ouvrage, lequel leur est inconnu? Poser la question, c'est y répondre.
L'ACRGTQ recommande également de confier à
l'autorité une mission d'information et d'accompagnement auprès des organismes publics. De regrouper sous
un même toit formateurs et conseillers pour l'ensemble des donneurs
d'ouvrage publics, incluant les municipalités et organismes para ou
supramunicipaux, permettrait une connaissance appropriée des marchés publics
sur l'ensemble du territoire québécois.
L'ACRGTQ
constate elle aussi que le processus de plaintes s'applique essentiellement à
l'étape précédant l'ouverture des
soumissions. Or, en pratique, la plupart des problématiques surviennent ou sont
découvertes postérieurement à
celle-ci, soit lors du processus d'examen des soumissions ou lorsque
l'organisme public prend la décision de ne retenir aucune des soumissions déposées et d'annuler
l'appel d'offres. Ces décisions sont trop souvent peu ou pas du tout
motivées.
L'article 51
du projet de loi semble conférer un certain pouvoir d'intervention à l'autorité
dans un tel contexte, mais,
contrairement au processus de plainte, celui-ci est discrétionnaire et paraît
plutôt limité. Par exemple, l'autorité ne semble pas disposer du droit de suspendre l'octroi du contrat dans ce
contexte, ce qui constitue, selon nous, un élément essentiel à
l'exercice d'un pouvoir de surveillance et de contrôle efficace.
De plus, bien
que les délais de traitement des demandes d'autorisation de contracter se
soient nettement améliorés depuis
l'adoption de la
Loi sur l'intégrité, une problématique importante demeure au
niveau des délais pour le traitement des
demandes et des renouvellements jugés non urgents. Ces délais seraient en
grande
partie causés par ceux requis aux fins de compléter les vérifications effectuées par l'UPAC. Ce faisant,
le projet de loi devrait prévoir une modification afin que l'avis de
l'UPAC quant à l'entreprise qui demande l'autorisation soit donné dans un délai
précis.
Également,
l'ACRGTQ recommande de définir la notion de cadre normatif prévu dans le
processus de plainte. La plupart des organismes publics se sont dotés de
politiques ou de directives internes dont plusieurs ne font l'objet d'aucune publication et ne sont pas
systématiquement transmises aux personnes appelées à présenter une soumission.
En présumant que des politiques et directives pourraient raisonnablement être
considérées comme faisant
partie du cadre normatif auquel il est fait
référence, celles-ci doivent être connues afin qu'une personne puisse se
plaindre du fait qu'elles n'auraient pas été suivies.
L'ACRGTQ recommande de préciser ce que le
législateur entend par les termes «gestion contractuelle» et «manquements» dans le cadre des pouvoirs de
l'autorité. Le projet de loi confère à l'autorité la fonction d'examiner
la gestion contractuelle du ministère des
Transports et de tout autre organisme public que désigne le gouvernement et
lui accorde le pouvoir de suspendre
l'exécution ou de résilier un contrat public dans le cas de manquements
constatés au regard de la gestion
contractuelle. Or, une telle intervention peut grandement influencer le délai
d'exécution des contrats et porter ainsi préjudice aux parties prenantes. Plus
précisément, la suspension ou la résiliation d'un contrat en cours est
susceptible de causer un préjudice important
à des entrepreneurs ayant respecté les règles, mais qui verraient leur contrat
suspendu ou résilié en raison d'une faute ou d'une erreur commise par
l'organisme public, mais à laquelle ils ne sont pas partie.
L'ACRGTQ
recommande de prévoir à même la loi une procédure uniforme de réception et
d'examen des plaintes pour tous les
organismes publics. Dans le cadre du dépôt d'une plainte à un organisme public,
le projet de loi prévoit que l'organisme
doit se doter d'une procédure portant sur la réception et l'examen des
plaintes. L'ACRGTQ soumet qu'il est nécessaire de légiférer afin de
prévoir une procédure de réception et d'examen des plaintes uniforme pour tous
les organismes publics et afin de prévoir
minimalement un délai de traitement des plaintes, la possibilité pour le
plaignant de présenter ses observations et
celle d'exiger que la décision soit rendue par écrit et motivée. Qui plus est,
les délais actuellement prévus au
projet de loi pour le dépôt d'une plainte auprès de l'autorité sont beaucoup
trop courts pour être efficaces. Il faudrait minimalement prévoir que
les délais se calculent en jours ouvrables seulement.
Enfin,
l'ACRGTQ est en accord avec le principe de l'utilisation d'une forme
d'évaluation de rendement aux fins de l'établissement
d'une cote de rendement pour l'utilisation d'un mode d'octroi différent de
celui du plus bas soumissionnaire conforme.
Toutefois, le problème, et il est majeur, c'est qu'il n'existe
actuellement aucun mécanisme formel et uniforme qui encadre de telles évaluations et permet de la
réaliser de manière impartiale et objective. La seule expérience vécue
par les entrepreneurs est celle des
évaluations de rendement faites par le ministère des Transports, lesquelles
sont malheureusement basées sur des
critères vagues, ambigus et empreints d'une grande subjectivité, ce qui crée de
grandes distorsions entre les évaluations et fait craindre les abus. Et,
joint à l'annexe I du présent mémoire, le formulaire V-2964, utilisé
par le ministère à cet effet.
conclusion, l'ACRGTQ appuie le gouvernement dans ses démarches visant à
surveiller l'ensemble des contrats des
organismes publics par la mise sur pied d'une autorité, considérant le fardeau
législatif et administratif imposé aux entrepreneurs dans ce domaine et
la nécessité de rétablir la confiance du public, des entrepreneurs et des
organismes publics dans les mécanismes d'attribution et d'adjudication des
contrats publics. Toutefois, elle considère qu'il est primordial que l'ensemble
des organismes publics, y compris les municipalités, soient assujettis à la
loi, tel que le recommandait la commission Charbonneau.
Il est
également grand temps d'inclure Hydro-Québec comme organisme public visé par la
Loi sur les contrats des organismes
publics. En effet, il est urgent et nécessaire de rendre plus transparent le
processus d'attribution et d'adjudication des contrats de cet important
donneur d'ouvrage.
Dans le
présent mémoire, l'ACRGTQ tenait aussi à faire part de ses préoccupations et
recommandations à l'égard de
certaines mesures qui y sont prévues en ce qui concerne notamment le processus
de plainte et les délais, le traitement des demandes d'autorisation à
contracter et les évaluations de rendement.
Nous vous remercions de votre attention.
Président (M. Bernier) : Merci, Mme Bourque, de votre présentation. Nous allons donc passer
aux échanges avec les parlementaires. M. le ministre.
M. Leitão : Très
bien. Merci, M. le Président. Alors, bonjour, mesdames, messieurs, d'être là avec nous. Et,
en effet, vous devez avoir les pouvoirs que
nous n'avons pas puisque le bruit à l'extérieur a été éliminé. Donc, c'est
bien, ça.
Maintenant,
avant, j'aimerais discuter avec vous de quelques sujets avant de
passer la parole à mes collègues. Mais, avant
de commencer, je vais aussi vous dire ce qu'on avait déjà dit
au groupe précédent, c'est que nous avons tout à fait l'intention d'inclure les municipalités dans le champ
d'action de la loi créant l'AMP. Les associations représentant les municipalités
seront entendues. Il me semble que ce ne serait pas utile que cela se fasse
avant qu'on dépose les amendements, donc on déposera les amendements
après qu'ils ont fait le parcours des différents comités gouvernementaux.
Une fois que ces amendements auront été déposés, auront été analysés par les
groupes en question, bien sûr que nous sommes
tout à fait disposés et ouverts à trouver un moment dans
notre calendrier pour les accueillir à notre commission.
Président (M. Bernier) : Aussitôt que nous aurons les
ententes, nous allons procéder à établir l'ordre du jour, M. le
secrétaire. Merci.
M. Leitão :
Très bien. Maintenant, passons au sujet de votre mémoire. Bien, il y a
plusieurs aspects, mais j'aimerais peut-être
commencer par le rôle ou, enfin, le lien, si vous voulez, entre l'AMP et
l'UPAC, surtout en ce qui concerne les autorisations de contracter.
Si j'ai bien compris, vous suggérez ou vous
mentionnez que le système actuel, bon, qui est géré d'ailleurs par l'AMF, n'est pas efficace, est trop long, et
peut-être même que l'organisme en question, AMF ou AMP, devrait être
capable elle-même de faire cette analyse-là
sans passer par l'UPAC. Pourriez-vous
peut-être nous donner un petit peu plus de... me
donner à moi, peut-être que j'ai mal compris, un peu plus de clarté là-dessus?
Le Président (M. Bernier) :
Mme Truchon. Oui, la parole est à vous. Mme Émilie Truchon.
Mme Truchon (Émilie) : Merci.
Alors, au niveau du rôle de l'UPAC et de l'AMP, bon, présentement, la vérification, la première vérification est faite
par l'Autorité des marchés
financiers, et par la suite l'UPAC
prend la relève des documents et fait des vérifications ultérieures.
Ce qu'on propose, ce qu'on a comme plaintes de
la part des entrepreneurs, c'est qu'au niveau des délais... présentement, on en est au renouvellement de plusieurs autorisations, et puis, au
niveau des délais, les délais semblent être
très longs en ce qui concerne la délivrance de certaines
autorisations et certains renouvellements. Et puis ce qu'on propose, nous, afin peut-être d'éliminer ces
délais-là, comme on sait qu'il y a une
partie qui est faite par l'autorité
des marchés et qui va être éventuellement faite par l'Autorité des marchés publics et par l'UPAC, c'est de
rapatrier dans un même organisme cette vérification-là, qui est faite à
l'interne, et donc qui est faite par un seul, je dirais, groupe de travail qui serait peut-être formé par des
membres de l'UPAC et par des juristes ou autres personnes, là, compétentes
qui pourraient effectuer ces
vérifications-là, mais qu'une seule entité puisse faire cette vérification-là.
Et donc, nous, ce qu'on propose, comme on a la création aujourd'hui de
l'Autorité des marchés publics, c'est que ce soit cette entité-là qui prenne ce
rôle-là.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le ministre.
M. Leitão : Très bien. Mais, si tel est le cas, si on allait
dans cette direction-là, alors sous quels éléments est-ce que l'AMP,
bon, AMF, l'AMP pourraient s'appuyer pour éventuellement faire ces
déterminations-là? On comprend maintenant que l'UPAC, évidemment, en tant que corps
policier, accepte toute une série d'informations que l'AMF, AMP n'ont
pas. Alors, comment est-ce qu'on pourrait procéder?
Le Président (M. Bernier) :
Mme Truchon.
Mme Truchon
(Émilie) : Bien, si je comprends
bien votre question, c'est en vertu
de quoi elles pourraient faire
cette vérification-là, ultérieure, qui est
faite par l'UPAC. Bien, nous, on propose que ce soit modifié dans le projet de loi, première des choses. Et également ce qu'on pense, c'est que la vérification, il y a
le projet de loi n° 107 qui est présentement déposé en Assemblée sur le rôle de l'UPAC, son
rôle premier qui est justement de faire des vérifications en ce qui
concerne éventuellement des plaintes criminelles et pénales. Et donc on
trouve que c'est l'occasion de justement prévoir, à même le projet de loi qui est présentement
à l'étude, ces pouvoirs-là de l'Autorité des marchés publics.
M. Leitão : Très bien, merci.
Vous avez parlé tantôt de délais, donc de délais qui sont très longs et surtout
maintenant qu'on va rentrer dans une période de renouvellement de ces
autorisations-là. Selon vous, quel pourrait être un délai raisonnable?
C'est quoi, raisonnable? Une semaine, un mois, un an?
Le Président (M. Bernier) :
Mme Truchon.
M. Leitão : Pas un an, c'est
bien trop.
Mme Truchon (Émilie) :
Voulez-vous que je réponde? Oui, merci.
Bien, écoutez, je peux prendre en exemple un
article de loi. Je vais vous le montrer, comme ça, ça sera plus illustratif. Notamment, lorsqu'on parle à
l'article 35 que la plainte — attendez
un petit peu, je vais juste aller lire — doit être déposée avant la date limite de réception des
soumissions, et lorsque l'organisme public, par exemple, va rendre
sa décision, deux jours avant la date limite
de réception des soumissions... ce qui fait que le plaignant a une journée
pour déposer... pour préparer sa plainte et la déposer à l'Autorité des marchés
publics, ce qu'on considère peut-être un peu court comme délai.
Donc, ce
qu'on propose, c'est minimalement un délai de quelques jours ouvrables parce
que, par exemple, si la décision
de l'organisme public arrive un vendredi, ça laisse très peu de temps à
l'entrepreneur pour déposer une plainte à l'Autorité des marchés
publics. Donc, à tout le moins, que ce soient des jours ouvrables ou quelques
jours afin de laisser un délai raisonnable à l'entrepreneur pour préparer ses
documents.
Le Président (M. Bernier) :
Merci.
M. Leitão : O.K. Je
comprends votre explication, mais là
où je voulais aller, c'était un peu différent. Moi, je parle de... donc,
le temps que ça prend pour que l'AMF puisse émettre son certificat de... on
appelle ça...
Une voix : D'autorisation.
M. Leitão : D'autorisation, voilà. Et maintenant
que nous entrons en période de renouvellement de ces certificats-là pour
la première vague, vous avez mentionné que les délais sont un peu longs. Alors,
qu'est-ce que serait un délai raisonnable, à votre avis?
M. Arsenault (Roger) : Si je
peux me permettre, je pense...
Le Président (M. Bernier) :
Oui, M. Arsenault.
M. Arsenault
(Roger) : ...qu'un délai
d'un mois serait raisonnable. Présentement, il y a des délais de plusieurs mois, et ce qu'on entend de la part de l'AMF,
c'est que l'engorgement n'est pas tellement à l'AMF, mais plutôt à l'UPAC. Et peut-être
que les recommandations vont un peu dans ce sens-là, d'un peu désengorger
l'UPAC à ce niveau-là et transférer les pouvoirs qu'elle a, au niveau des
autorisations à tout le moins, à l'AMP.
Le Président
(M. Bernier) : Merci. M. le ministre.
M. Leitão : Très
bien. J'aimerais maintenant
vous amener dans un autre endroit. On a beaucoup parlé ici,
hier surtout, mais depuis le début, du BDS.
M. Leitão : BSDQ, voilà. BSDQ,
excusez-moi, BSDQ. Quelle est votre opinion sur cet organisme-là?
Le Président (M. Bernier) :
Mme Bourque.
Mme Bourque
(Gisèle) : Oui, merci. Le
BSDQ, c'est une organisation contre laquelle nous nous sommes opposé depuis plusieurs années, en fait plusieurs organisations, plusieurs associations, pour la raison suivante : essentiellement,
c'est que le BSDQ résulte d'une entente
privée entre l'ACQ, l'association de la commission... c'est-à-dire
l'Association de la construction du Québec,
et la Corporation des maîtres mécaniciens en tuyauterie ainsi que la
Corporation des maîtres électriciens. Et cette entente privée assujettit
de tierces parties à son application. Alors, essentiellement, ça n'a pas raison
d'être.
Alors, effectivement, le BSDQ, nous nous sommes attaqués dans le passé auprès des tribunaux
eu égard à son existence. La Cour supérieure nous a donné raison. La Cour
d'appel a rejeté notre intervention. Et nous avons demandé une autorisation à la Cour suprême, qui
nous a été refusée. Mais, d'ores et déjà, nous devons tout de même... eu égard
à certaines spécialités, les entrepreneurs doivent se conformer aux
dispositions du BSDQ.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le ministre.
Mme Bourque (Gisèle) : ...nous
nous insurgeons toujours, mais nous n'avons pas le choix.
M. Leitão : Je comprends. Merci. On nous a suggéré hier que,
si le BSDQ n'existait pas, ça serait un peu l'anarchie et le chaos dans l'industrie
de la construction. Je présume que ce n'est pas tout à fait votre avis.
Le Président (M. Bernier) :
Mme Bourque.
Mme Bourque
(Gisèle) : Bien, il serait toujours
possible de créer un autre organisme avec des règles peut-être plus
claires, plus transparentes, qui
résulterait aussi d'un organisme neutre. En fait, la création résulterait d'un
organisme neutre, ce ne serait pas... les
parties concernées ne seraient pas juge et
partie pour l'application des règles
qui s'y rattachent. Alors, on pourrait créer un organisme semblable pour
justement éviter le chaos, mais en circonscrivant les règles de manière
transparente, plus efficace et surtout objective.
Le Président (M. Bernier) :
Merci.
M. Leitão :
Très bien, merci. Une dernière question, et je passe la parole après à mes
collègues, si on a le temps. Peut-être
un aspect un peu... vous ne l'avez pas abordé dans votre présentation, mais je
pense que c'est dans votre mémoire. C'est
en ce qui concerne, donc, la présence d'actionnaires minoritaires dans une
entreprise, et donc tout le processus de vérification d'intégrité, et
tout ça. Et donc vous suggérez, si j'ai bien compris, que ce processus-là ne
devait pas tenir compte de la présence ou non d'un actionnaire minoritaire dans
l'entreprise. Pouvez-vous nous dire pourquoi? Comment vous l'expliquez?
Le Président (M. Bernier) :
Mme Truchon.
Mme Truchon
(Émilie) : Oui, merci. La vérification est faite par rapport au
contrôle de la compagnie de facto. C'est
la raison première pour laquelle nous, on dit que tous les actionnaires
minoritaires dans une compagnie... mais on n'a pas nécessairement le contrôle dans une compagnie. Il y en a
certains qui n'ont aucun droit de vote, aucun droit de regard sur ce que fait la compagnie, et on est
d'avis que d'aller jusque-là, selon nous, ne correspond pas au rôle
premier, qui est de vérifier d'abord le contrôle de la compagnie. C'est la
raison pour laquelle on fait ces commentaires-là.
M. Leitão : Merci. Mes
collègues, si vous avez...
Le Président (M. Bernier) : M.
le député de La Prairie, 3 min 30 s.
M. Merlini :
Merci beaucoup, M. le Président. Mesdames messieurs, merci de votre présence et
votre mémoire que vous avez soumis pour nos travaux.
J'aimerais
aborder le sujet de la résiliation de contrat. Vous dites dans votre mémoire
que la plupart des problèmes en
pratique surviennent à l'ouverture des soumissions. J'aimerais vous entendre
parce qu'un tel pouvoir, si on donnait ce pouvoir-là à l'AMP, risque justement de retarder la réalisation des
contrats. Et je vais revenir là-dessus tantôt parce que vous avez fait aussi un point là-dessus, par
rapport à si le contrat est annulé en cours de réalisation vis-à-vis
l'organisme public. Mais je reviens tantôt. On revient à l'ouverture
des contrats. Dans quels cas estimez-vous que l'AMP pourrait suspendre l'octroi
d'un contrat?
Le Président
(M. Bernier) : M. Arsenault? M. Tremblay?
Mme Truchon. Je vais tous vous nommer.
Mme Truchon
(Émilie) : Je vais vous citer des exemples, des situations. Je pense
que ça va bien répondre à votre question.
première des situations, c'est, par
exemple, un entrepreneur qui se
plaint de l'annulation d'un appel
d'offres. Dans un cas comme ça, dans bien
des situations, les entrepreneurs ne reçoivent pas la raison de
l'annulation. Puis on sait qu'en
cours, en effet, un organisme public ne peut pas annuler, pour n'importe quelle raison, un appel d'offres. Souvent, les entrepreneurs ne reçoivent pas les motifs, et on considère qu'ils
devraient pouvoir se plaindre, notamment d'une attitude comme celle-là, également dans un cas où un soumissionnaire qui est le plus
bas conforme se fait rejeter se soumission.
arrive et il est arrivé des cas où les documents d'appel
d'offres étaient contradictoires par rapport à certaines informations à fournir par les entrepreneurs, ce qui fait que, des fois, l'entrepreneur peut être, si
je peux dire, vu comme étant non
conforme, la soumission de l'entrepreneur être vue comme non conforme, alors
que les documents d'appel d'offres ne sont pas nécessairement clairs.
C'est une autre situation qui arrive post fermeture de l'appel d'offres et
c'est une situation qui ne pourrait pas être réglée par la procédure de plainte
qui est présentement en marche.
Le Président
(M. Bernier) : Merci. M. le député de La Prairie.
M. Merlini :
Merci, M. le Président. Dans le cas de la suspension ou de la résiliation d'un
contrat en cours de réalisation, vous
avez dit tantôt que ça pourrait causer un préjudice envers les entrepreneurs
qui ont respecté les règles. Et vous
avez dit, tantôt dans votre présentation, que, des fois, c'est l'organisme
public qui en est responsable, de la résiliation ou de la suspension du
contrat. Ça cause un préjudice.
Cherchez-vous,
à ce moment-là, comme association, à avoir un dédommagement envers...
Devrait-il y avoir un dédommagement
envers l'entrepreneur, qui, lui, a suivi les règles, a répondu à toutes les
attentes? Tout est conforme, sauf que l'organisme public a failli dans
son processus. Comment voyez-vous ça? Et voyez-vous la nécessité d'avoir, à ce
moment-là, une compensation pour l'entrepreneur, qui, lui, dans le fond, a été
très bien dans tout le processus?
Le Président
(M. Bernier) : Mme Bourque.
Mme Bourque (Gisèle) : Bon, écoutez, c'est certain que... Vous parlez
d'une possibilité de dédommagement. Ce
serait tout à fait légitime et bien accueilli que l'entrepreneur qui n'est pas
responsable du tout du mauvais fonctionnement
ou du mauvais déroulement des événements... ce serait très équitable qu'il
bénéficie d'un dédommagement qui serait déterminé de quelle façon, c'est
à voir, mais d'un dédommagement quelconque, effectivement.
Président (M. Bernier) : Merci, Mme Bourque. Nous
allons donc malheureusement, M. le député, passer du côté de
l'opposition officielle. Mme la députée de Pointe-aux-Trembles.
Mme Léger :
Oui. Bonjour, mesdames. Bonjour, monsieur. Vous avez un mémoire très exhaustif,
précis. On voit que vous êtes très au
fait de ce qui se passe dans l'octroi des contrats, des soumissions, etc. Votre
pratique quotidienne se reflète bien dans toutes les étapes qu'on peut
voir et qui... qu'on fait le lien avec le projet de loi n° 108, là.
veux revenir, on n'en a pas parlé du côté du gouvernement, mais je voudrais
revenir à votre page 7, concernant Hydro-Québec plus particulièrement,
parce que, dans le fond, vous y consacrez un chapitre, je pourrais vous dire,
sur Hydro-Québec. Vous dites que l'«article
19 assimile Hydro-Québec à un organisme public, mais celle-ci n'est pas
définie comme telle en vertu de la
Loi sur
les contrats des organismes publics et [qu'elle] échappe [...] à plusieurs
dispositions». Et, pour vous, c'est
nécessaire que ce soit plus transparent, que le processus d'attribution et
d'adjudication des contrats puis des contacts par Hydro... des contrats,
pardon, par Hydro-Québec...
C'est
toujours embêtant un peu parce qu'on le voit dans différentes situations, où
des organismes, soit par la
Loi sur les
contrats des organismes publics, soit par le Vérificateur général, soit pas
différents types de loi... on voit des organismes qui sont inclus, d'autres ne le sont pas. Pourquoi
on l'exclut dans une telle loi, pourquoi qu'on l'inclut dans une autre
loi? Là, vous faites la démonstration particulièrement à l'Hydro-Québec.
C'est
sûr qu'il y a des questions qu'on posera lorsqu'on regardera de façon
détaillée,
article par article, dans le processus de la loi. Mais là vous nous dites, entre autres, puis ce
paragraphe-là est important aussi : «Bien plus, il est même fréquent que des entrepreneurs doivent répondre à
des demandes de documents ou de renseignements additionnels non prévus dans les documents d'appel d'offres, mais
qui seraient soi-disant requis en vertu de politiques ou directives qui seraient en vigueur au sein d'Hydro-Québec, alors
que la communication de ces politiques ou directives leur est refusée au
motif qu'il s'agirait de documents internes confidentiels.»
Donc,
ça, c'est la résultante, là, dans le fond, que... vous dites qu'Hydro-Québec
devrait être incluse. Alors, je vous donne l'opportunité d'élaborer.
Le Président
(M. Bernier) : Mme Bourque.
Mme Bourque
(Gisèle) : Oui. Alors, effectivement, c'est ce que les entrepreneurs
vivent actuellement et depuis de nombreuses années, cette façon de faire
d'Hydro-Québec, qui, si elle était assujettie à la
Loi sur les contrats des organismes publics,
n'agirait pas de cette façon-là. C'est une façon d'agir que nous trouvons
inacceptable de la part d'un donneur
d'ouvrage important, qui n'est pas transparente. Mais, vous savez, dans les
faits actuellement, la
Loi sur les contrats des organismes publics assujettit Hydro-Québec dans son libellé à cette
loi-là. Il ne manque qu'un décret gouvernemental pour que, dans les
faits, elle soit assujettie à la
Loi sur les contrats des organismes publics.
On a fait de
nombreuses représentations auprès du ministre des Ressources naturelles, auprès
d'Hydro-Québec. Évidemment,
Hydro-Québec n'est pas tout à fait d'accord avec notre position, mais ce fameux
décret gouvernemental tarde à venir.
Ce serait pourtant si simple de le décréter et de mettre en application une
politique qui ferait d'Hydro-Québec un donneur d'ouvrage qui se
comporterait d'une manière beaucoup plus transparente, beaucoup plus
acceptable, beaucoup plus objective.
Actuellement, on se heurte à toutes sortes de refus du côté d'Hydro-Québec, à
savoir dévoiler des informations, des directives, des politiques
internes.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. Mme la députée.
Mme Léger :
Le décret serait sur quoi particulièrement? Parce que, là, Hydro-Québec, elle
est assujettie à la
Loi sur les contrats des organismes publics. Donc,
le type de décret que vous parlez concerne quoi particulièrement?
Mme Bourque
(Gisèle) : Tout simplement
un décret gouvernemental qui dirait : À partir de telle date,
Hydro-Québec, dans les faits, devient
assujettie à cette loi. C'est tout, une formalité, une simple technicalité
parce qu'on voulait, a priori,
permettre à Hydro-Québec de mettre en place, à sa demande, un mécanisme de
transition. Et ce mécanisme de transition, bien, se prolonge dans le
temps.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. Mme la députée.
Mme Léger :
Sur un autre ordre, je veux revenir à l'article 20, où on parle
particulièrement d'examiner la gestion contractuelle
du ministère des Transports et de tout autre organisme public que désigne le
gouvernement parce que vous indiquez, dans votre mémoire,
particulièrement, de mieux définir la gestion contractuelle, mieux définir ce
qui est aussi les manquements.
Alors donc,
la façon qu'il est inscrit, je croyais que c'était plus parce que c'était...
qui désigne le gouvernement, que vous aimeriez que l'AMP puisse avoir
plus de pouvoirs, mais c'est plus, dans le fond, dans la définition, ce que je
comprends.
Le Président (M. Bernier) :
Mme Bourque.
Mme Bourque
(Gisèle) : Parce que,
finalement, «gestion contractuelle» peut faire appel à des critères
subjectifs. Est-ce que ça s'applique à partir
du moment des appels d'offres? Tout au long du processus d'exécution du
contrat? Alors, il faudrait savoir quel est le rôle de l'AMP eu égard,
justement, à l'application ou la mise en application des contrats pour ne pas
que l'AMP s'immisce à des niveaux où ce n'est pas prévu ou que ce n'est pas
souhaitable, par exemple.
Et c'est la
même chose au niveau des manquements. Alors, il faut savoir en quoi consiste un
manquement, où ça commence, où ça se
termine, qu'est-ce qui constitue un manquement aux yeux de la loi pour laisser
le moins de place possible à la subjectivité.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. Mme la députée.
Mme Léger : Et
particulièrement aux pouvoirs de l'AMP, contrairement à celle que désigne
vraiment le gouvernement. Est-ce que vous voyez un conflit à ce niveau-là?
Le Président (M. Bernier) :
Mme Bourque.
Mme Bourque (Gisèle) :
Excusez-moi, j'ai...
Mme Léger : ...article
20, deuxième alinéa, c'est : «...et [...] tout [...] organisme public
[qui] désigne le gouvernement.» Certains
groupes nous ont dit qu'ils voyaient des pouvoirs de l'AMP qui seraient... par
le gouvernement qui désignerait... qui trouvaient que ça pourrait être
en conflit.
Le Président (M. Bernier) :
Mme Bourque.
Mme Bourque (Gisèle) : Bien,
écoutez, on n'a pas regardé sous cet angle-là, mais effectivement ça pourrait
aller jusque-là.
Mme Léger : Vous dites
que les municipalités devraient être incluses. Vous ajoutez particulièrement, à
votre mémoire, le paramunicipal. Voulez-vous nous en parler?
Le Président (M. Bernier) :
Mme Truchon.
Mme Truchon (Émilie) :
Bien, c'est tout simplement tout organisme, finalement, lié aux municipalités,
que ce soient les MRC, que ce soient
également les communautés qui octroient des contrats. Notamment, nous, on est
dans le domaine génie civil et voirie, mais on veut également
que tout, en fait, organisme public qui octroie des contrats publics
soit assujetti à la loi, là.
Le Président
(M. Bernier) : Merci.
Mme Léger : Et pourquoi vous pensez que le ministre...
Là, il a ajouté «municipalités», mais pourquoi il n'a
pas ajouté «supramunicipal», à votre avis?
Le Président
(M. Bernier) : Mme Bourque.
Mme Bourque
(Gisèle) : Pourquoi le ministre n'avait pas ajouté les municipalités a
priori?
Mme Léger : Supramunicipal. Les municipalités n'y étaient
pas, supramunicipaux n'y sont pas, l'organisme
sans but lucratif non plus. Précédemment, on nous a indiqué qu'on
voudrait que l'OSBL y soit, le paramunicipal, évidemment. Pourquoi vous pensez que le ministre...
Là, il va ouvrir ça aux municipalités. Pourquoi vous pensez que le
supramunicipal n'est pas important, pour le gouvernement, de les inclure?
Le Président
(M. Bernier) : Mme Bourque.
Mme Bourque (Gisèle) : Écoutez, c'est difficile pour nous d'y répondre. Il
faudrait poser la question aux gens concernés, n'est-ce pas?
Mme Léger :
Mais vous, vous trouvez que c'est important.
Mme Bourque
(Gisèle) : C'est très important, effectivement, parce que ce sont des
donneurs d'ouvrage avec lesquels les
entrepreneurs font affaire sur une base régulière. Et, si on considère que l'Autorité des marchés publics doit s'immiscer, notamment de par la commission Charbonneau et ses recommandations, si on considère que l'Autorité des marchés publics doit
s'immiscer dans le cadre d'adjudication et de contrôle des contrats publics,
bien, pourquoi pas les municipalités,
le domaine paramunicipal et supramunicipal puisque ce sont également
des donneurs d'ouvrage? C'est tout simplement une question de cohérence
et pour s'assurer d'une gestion efficace, ultimement.
Le Président
(M. Bernier) : Courte question. Non, ça va? M. le député
de La Peltrie.
Caire : Merci, M. le Président. Peut-être juste deux petites questions parce que
vous semblez préoccupés par le fait qu'Hydro-Québec n'est pas assujettie
à la
loi sur les contrats publics. Vous parlez d'inclure les municipalités.
D'autres organismes sont venus nous dire : On devrait inclure tel, ou tel,
ou tel organisme.
Est-ce
qu'au fond on ne serait pas mieux de spécifier que tout contrat qui implique
des deniers publics tombe sous l'autorité
de l'AMP et indépendamment de l'organisme qui transige ou qui signe le contrat?
Dans le fond, ce qu'on veut, c'est protéger le processus d'adjudication de contrat puis les deniers
publics. Donc, plutôt que de viser les organismes pour essayer
d'inclure... de réfléchir à quel organisme on devrait inclure, est-ce qu'on ne
devrait pas juste le spécifier pour les contrats?
Le Président
(M. Bernier) : Mme Bourque.
Mme Bourque (Gisèle) : Effectivement, ce serait tout à fait logique et
conséquent et ce serait une excellente idée.
Caire :
Vous parlez...
M. Arsenault
(Roger) : Si je peux me permettre...
Le Président
(M. Bernier) : M. Arsenault, bien, je vous permets.
Ça me fait plaisir.
M. Arsenault
(Roger) : Pour
ajouter à ce vous dites, par exemple, il y a la Caisse
de dépôt et de placement qui va commencer à octroyer des contrats.
Est-ce qu'elle ne devrait pas faire
partie aussi? La réponse est oui, je pense.
Caire :
Oui, c'est des deniers publics, on s'entend.
Vous parlez de
prévoir des délais raisonnables pour le dépôt des plaintes. Tout à l'heure,
vous avez suggéré peut-être un certain nombre de jours. Est-ce que c'est une
bonne idée de mettre le nombre de jours dans la loi plutôt que de dire : On va le fixer par décret? Je
m'explique. On s'entend que, quand la loi est adoptée, si on veut la modifier
parce qu'on se rend compte que les délais,
finalement, ce n'est pas exactement ce qu'on veut, ça devient plus compliqué.
Il faut repasser par le processus
législatif, alors que, si on a une certaine souplesse, il faut bien l'admettre,
quand on y va par décret, et donc les
représentations à faire suite à l'application de la loi, et donc à l'expérience
de l'application de la loi, est-ce qu'on ne serait pas mieux, à ce
moment-là, de laisser ces délais-là être fixés par décret?
Président (M. Bernier) : Mme Bourque.
Mme Bourque
(Gisèle) : À mon avis, ce serait effectivement beaucoup plus pratique
de procéder par décret puisque, comme vous
le dites vous-même, c'est beaucoup plus rapide. Si on s'aperçoit à l'usage que
tel délai qui a été circonscrit est
vraiment soit trop court ou trop long, bien, il sera beaucoup plus facile de le
faire par décret gouvernemental.
Caire : Il semble y avoir quand même une large diversité
d'opinions sur ce qui est raisonnable comme délai ou non, là.
Mme Bourque (Gisèle) : Et, tant qu'on n'aura pas vérifié à l'usage à
quoi ça peut ressembler, ce sera difficile d'intervenir. Effectivement,
s'il s'agit d'une loi, si c'est inscrit à l'intérieur d'une loi, c'est beaucoup
plus compliqué.
Caire :
Ça complète.
Président (M. Bernier) : Ça va? Donc, merci aux
représentants de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec, M. Roger Arsenault,
Mme Gisèle Bourque, M. Pierre Tremblay et Mme Émilie Truchon,
de votre participation à la Commission des finances publiques.
Je suspends les
travaux jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à
12 h 55)
Le Président
(M. Spénard) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend
donc ses travaux. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien
vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
Nous allons
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet
de loi n° 108, la Loi favorisant la surveillance des contrats des
organismes publics et instituant l'Autorité des marchés financiers.
Je souhaite la bienvenue
au premier groupe... Oui?
M. Leitão :
Autorité des marchés publics.
Le Président
(M. Spénard) : Marchés publics, je m'excuse. Je suis habitué avec
l'AMF. Excusez-moi.
Une voix :
Ça part bien!
Des voix :
Ha, ha, ha!
Le Président
(M. Spénard) : Alors, je souhaite la bienvenue à nos invités, la
Fédération des chambres de commerce du Québec.
Pour les fins d'enregistrement, je vous demande de bien vouloir vous présenter.
Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé. Par la suite, nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission
pour une période de 35 minutes. Alors, la parole est à vous, MM. Forget et
Laureti. Vous vous identifierez lorsque vous prendrez la parole, s'il
vous plaît.
M. Forget (Stéphane) : Merci
beaucoup, M. le Président. M. le ministre, MM.,
Mmes les membres de la commission.
Alors, Stéphane Forget, président-directeur général de la Fédération des
chambres de commerce du Québec. Je suis accompagné de David Laureti,
directeur, Stratégie et affaires économiques à la fédération.
Alors,
brièvement, je pense que vous connaissez bien la fédération, mais j'aime
toujours rappeler les deux chapeaux que
nous portons. Tout d'abord, de fédérer, de regrouper les 140 chambres de
commerce sur le territoire québécois, et aussi notre rôle de chambre de commerce provinciale, de chambre de
commerce du Québec. À ce titre-là, nous avons plus de 1 200 entreprises qui sont membres directement
de la fédération, impliquées dans nos différents comités, ce qui nous
permet d'avoir certaines réflexions, dont celle que nous allons partager avec
vous aujourd'hui.
Alors,
les contrats publics représentent des dépenses de près de 30 milliards de
dollars par année au Québec. À la lumière
de ces chiffres, il nous apparaît essentiel que les marchés publics soient
gérés avec rigueur et que la population ait confiance dans les mécanismes de gestion et de contrôle des processus
d'octroi de contrats publics. Toutefois, les problèmes d'éthique et de corruption mis à jour au cours des
dernières années ont miné cette confiance des citoyens à l'égard de la
gestion des contrats publics.
gouvernement a pris des décisions importantes afin de contrer la collusion et
pour lutter contre toute forme de corruption
dans l'octroi des contrats publics. Nous avons appuyé, au fil des ans, ces
mesures extraordinaires qui devaient normalement
rassurer les citoyens sur la volonté des pouvoirs publics de prendre les moyens
nécessaires pour décourager les tentatives de collusion et de
corruption. Malheureusement, ces mesures ne semblent pas être parvenues à
calmer entièrement la méfiance des citoyens,
et un climat de suspicion semble toujours être présent. Les conséquences de
cette situation sont lourdes et cette situation, évidemment, doit changer.
La fédération n'aurait pas
tendance à appuyer la création d'un nouvel organisme de surveillance des
contrats publics. En toute objectivité, nous
considérons qu'il y a déjà suffisamment d'institutions et de dispositifs de
contrôle et de surveillance. Nous
croyons toutefois qu'il est nécessaire de poser un geste additionnel afin de
rétablir un niveau raisonnable de
confiance dans notre système de gestion des contrats publics. C'est pourquoi
nous appuyons la mise sur pied d'une autorité
des marchés publics. Nous espérons que celle-ci contribuera à assainir le
climat d'affaires, et ce, au bénéfice de tous.
M. Laureti
(David) : Le climat de suspicion qui prévaut actuellement rend les
relations entre le gouvernement et certaines
entreprises problématiques. Ce climat place les élus, les administrateurs et
les entreprises sur la défensive. Les pouvoirs publics ont pratiquement
coupé toute communication avec les entreprises et les entrepreneurs, craignant
à tort d'être accusés d'enfreindre les règles d'éthique et de donner prise à
des apparences de conflit d'intérêts.
Les processus
de règlement des litiges entre les donneurs d'ordres publics et les
fournisseurs sont paralysés. Les délais
de réalisation des travaux et des approvisionnements sont de plus en plus
importants et alourdissent le fonctionnement de l'État, sans compter les
coûts que cela occasionne.
Nous croyons
que les représentants des entreprises doivent être considérés a priori comme
des interlocuteurs de bonne foi. Dans la gestion des contrats publics,
l'État a tout intérêt à consulter les entreprises afin de s'informer de l'évolution des technologies et des innovations.
Il nous apparaît essentiel que ce canal de communication ne doit pas
être rompu. Au bénéfice de tous, il faut que
les entreprises et les entrepreneurs puissent dialoguer et travailler avec
intelligence et efficacité avec les
organismes publics dans un cadre rigoureux de gestion. La crainte excessive
d'être mal perçus amène le législateur,
les élus et la fonction publique à se confiner trop souvent, dans le processus
d'octroi de contrats publics, aux pratiques plus conservatrices et moins
innovantes.
Pour
illustrer notre propos, voici quatre exemples de pratiques qui alourdissent le
fonctionnement du gouvernement. Premièrement, la sélection des
fournisseurs qui continue d'être établie presque partout sur la base du plus
bas prix conforme sans égard à la qualité.
Deuxièmement, le mode alternatif de réalisation des projets, qui demeure encore
très peu répandu au Québec. Troisièmement,
le choix des matériaux non traditionnels est, pour la plupart du temps,
écarté. Et finalement l'étirement des délais
d'approbation dans l'octroi et l'exécution des contrats prive les organismes
publics de solutions innovantes et... deviennent conséquemment moins
efficaces.
M. Forget
(Stéphane) : À la lumière de
ces constats, nous devons trouver des moyens de permettre à l'administration publique de reprendre un dialogue
normal et franc avec les entreprises. La création d'une autorité des marchés publics doit répondre à ce besoin. Nous
établissons un parallèle entre le rôle qu'elle est appelée à jouer et
celui de l'Autorité des marchés financiers, qui, sans éliminer tout risque de
délits d'initiés ou autres malversations, a redonné une certaine confiance aux
investisseurs.
En assumant
avant tout un rôle de coordination et de surveillance, nous comprenons que
l'Autorité des marchés publics
disposera des moyens d'analyse et d'enquête et pourra conseiller les ministères
et organismes sur les pratiques contractuelles. La mise en place de
l'Autorité des marchés publics doit, selon nous, être l'occasion de renforcer
la responsabilité et l'imputabilité des
donneurs d'ordres et des organismes de surveillance qui y sont associés.
L'Autorité des marchés publics sera d'autant
efficace qu'elle pourra compter sur des donneurs d'ordres qui jouent pleinement
leur rôle et qui seront imputables de leurs décisions. Il nous apparaît
cependant important d'éviter de transférer à cette autorité les pouvoirs usuels
de contrôle qui font
partie de la saine gestion d'un organisme public. Chacun
doit assumer ses responsabilités. De même,
nous appuyons les mesures qui favorisent l'accroissement de la transparence des
processus d'attribution de contrats. Il faut
toutefois s'assurer que les personnes et les entreprises chargées de réaliser
des mandats publics puissent
fonctionner avec efficacité et puissent offrir aux organismes publics leurs
meilleures compétences, leur sens de
l'éthique et leur capacité d'innovation. Chacun doit opérer dans un cadre
réglementaire et institutionnel adapté à la réalité d'aujourd'hui. Les contribuables et les
fournisseurs de biens et services bénéficieront de cette clarté et de cette
rigueur.
M. Laureti
(David) : Le projet de loi qui est étudié aujourd'hui stipule que
toute personne ou société peut porter plainte
à l'autorité relativement au processus d'attribution d'un contrat public si
elle est en désaccord avec la décision d'attribution
du contrat d'un organisme public. Nous ne nous opposons pas à ce mécanisme,
mais nous nous interrogeons cependant
sur la pertinence d'accorder le même droit de plainte sans restriction à toute
personne ou entreprise qui est en désaccord
avec la décision de l'organisme public d'octroyer le contrat à un concurrent.
Cette procédure entraînera, selon nous,
des délais importants. Nous ne croyons pas nécessaire de généraliser ce
mécanisme de plainte aux soumissionnaires non retenus.
À l'égard de l'évaluation du rendement des
fournisseurs, la fédération considère pertinente l'évaluation du rendement antérieur des entreprises. Nous
demandons cependant aux ministères et organismes de faire connaître à
l'avance les critères d'évaluation de cette
performance. Enfin, si nous sommes d'accord avec l'intention exprimée par
l'article 126 du projet de loi, qui entend réprimer les communications
entre un éventuel fournisseur et un membre d'un comité de sélection d'un appel d'offres, nous croyons qu'il
ne faudrait pas que cet
article soit interprété de manière à condamner
toute communication antérieure au lancement d'un processus d'appel d'offres. Il
est fréquent que des représentants d'entreprises aillent présenter leurs
technologies, équipements, matériaux ou services à des fonctionnaires et à des
personnes qui pourraient éventuellement être intéressées par l'acquisition de
ces biens et services.
M. Forget
(Stéphane) : Nous croyons que les pouvoirs publics doivent tirer
profit de l'expertise, de l'innovation et de
la flexibilité d'exécution du secteur privé. Les entreprises sont capables
d'offrir les meilleurs services au meilleur
prix. Le processus d'octroi de contrats doit tabler sur la concurrence entre
les entrepreneurs afin de sélectionner les meilleures
entreprises, de pouvoir bénéficier de leur expertise et pouvoir réduire les
coûts à court et à long terme. L'émulation demeure, à notre avis, le meilleur
gage de qualité et de prix.
Aussi,
l'exercice compte deux parties. D'une part, à chaque étape du processus, les
pouvoirs publics doivent faire preuve
de transparence et de probité. D'autre part, les entreprises doivent aussi se
conformer en tout temps aux règles établies.
Nous faisons le voeu que la mise en place de l'Autorité des marchés publics
contribuera à assainir un climat de suspicion
qui génère de lourdes conséquences, comme nous vous l'avons expliqué. Au
bénéfice de tous, il est souhaitable et nécessaire que les entreprises puissent dialoguer et travailler avec
intelligence et efficacité avec les organismes publics dans un cadre de
gestion rigoureux. Merci beaucoup.
Président (M. Spénard) : Alors, merci beaucoup de votre
présentation, MM. Forget et Laureti. Alors, le temps est
maintenant, pour une période de 15 minutes, au parti ministériel. Alors,
M. le ministre, la parole est à vous.
M. Leitão : Très bien. Merci beaucoup, M. le Président.
Alors, messieurs, merci beaucoup. Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous pour nous faire part de vos
conclusions, enfin, votre lecture de la situation en ce qui concerne le projet de loi
n° 108, la création de l'Autorité des marchés publics. J'aurai quelques
questions avant de passer la parole à mes collègues.
aspect que vous aviez mentionné, je pense que c'était vous, M. Laureti, il
y avait plusieurs, plusieurs facteurs que
vous mentionnez qu'on n'était pas à la même hauteur, et un de ces facteurs-là
était le mode alternatif de réalisation des contrats, essentiellement des projets en partenariat public-privé. Pouvez-vous nous parler un peu plus de cela? Et
comment un tel mécanisme, un tel partenariat... Quelle serait l'interaction de
ces partenariats avec la création d'un organisme comme l'Autorité des marchés
publics?
Le Président
(M. Spénard) : M. Forget.
M. Forget (Stéphane) : Merci. Tout
d'abord, évidemment,
cette réflexion-là fait aussi référence à la méthode qu'on utilise beaucoup
du plus bas soumissionnaire conforme, qui n'est pas un gage constant d'obtenir
la meilleure qualité. Je ne dis pas que le
travail effectué par le soumissionnaire qui remporte le prix ne fait pas un
travail de qualité, mais, compte tenu
que le prix est toujours ou très souvent un facteur extrêmement important, ça ne laisse pas toujours la place à, ce
qu'on pourrait dire, une qualité supérieure dans ce qu'on livre.
La différence avec le
mode alternatif, c'est la responsabilité qui vient avec le contrat dans un PPP
où, un, la compétition entre les
soumissionnaires et, deuxièmement, le fait qu'on a de l'entretien à faire pendant
un certain nombre d'années fait en
sorte qu'on a des obligations différentes. Et qu'on ne soit pas vers le plus
bas soumissionnaire conforme fait en sorte aussi qu'on a des marges de
manoeuvre où on peut être un peu plus, je dirais, imaginatifs dans nos
capacités d'innover ou de présenter des produits de qualité. Alors, ça, c'est
pour la réflexion de base.
Ceci
étant dit, évidemment, l'Autorité
des marchés publics pourrait certainement jouer un rôle pour faire en
sorte que les donneurs d'ordres ou les sociétés
publiques puissent mieux comprendre et être peut-être moins craintifs à
l'idée d'aller vers ces modes alternatifs
là. C'est certain, comme on dit dans notre mémoire, la façon la plus simple
d'octroyer un contrat, c'est de prendre les règles en place, le plus bas soumissionnaire
conforme. On est habitués, on est dans ce système-là depuis toujours.
On est capables facilement, avec les règles en place, de regarder ce qui s'est
fait avant, ce qui s'est fait ailleurs. Les modes alternatifs, ça
demande un peu plus, évidemment, de réflexion. Ça demande un peu plus d'audace.
Peut-être, mais on pense qu'à cet égard-là, avec l'Autorité des marchés publics
en place, on pourrait mieux accompagner les
donneurs d'ordres qui seraient intéressés par ces modes alternatifs là, les accompagner...
de les appuyer et de faire en sorte qu'on ait plus d'ouverture à l'égard
de ce type de mode là.
M. Leitão :
Très bien. Merci. Maintenant, évidemment, étant donné notre passé récent,
particulièrement tous les enjeux
soulevés par la commission Charbonneau, les allégations, et pas seulement les
allégations, mais les événements de collusion,
comment voyez-vous le processus? Vous avez parlé tantôt d'une perte de
confiance, un climat de suspicion. Pensez-vous
qu'un organisme comme l'Autorité des marchés publics pourrait rétablir un peu
la confiance dans le marché? On
comprend bien que, oui, il y a toute une série de nouvelles procédures qui sont
nécessaires aussi, mais considérez-vous qu'un tel organisme, une telle
autorité, dans notre réalité, est nécessaire?
M. Forget (Stéphane) : C'est notre souhait. C'est l'espoir qu'on y voit.
C'est aussi une des raisons pour lesquelles nous l'appuyons, comme je le mentionnais précédemment. Il y a évidemment
beaucoup d'organismes de surveillance, de contrôle. On pense que cette autorité-là a une
dimension un peu particulière, et c'est notre souhait fondamental parce que, vous savez, on ne
compte pas beaucoup d'entreprises, et depuis les événements, depuis la commission,
il y a trop d'entreprises qui sont venues nous voir pour nous dire :
La porte est fermée, on n'est plus capables de parler avec l'État.
Alors, comme représentants d'entreprises, on y voit là un enjeu.
Il y a aussi des gens
dans la fonction publique qui nous l'ont dit aussi : On est mal à l'aise
de parler aux gens. Alors, on le voit des
deux côtés, et je vous dirais que, comme contribuables, on
voit aussi l'impact parce que les marchés évoluent, les technologies
évoluent. Et le fait qu'on n'arrive pas à se parler, à dialoguer, bien, fait en
sorte qu'on se prive probablement de plusieurs opportunités qui seraient au
bénéfice de l'État et des contribuables.
Alors,
on a vraiment espoir que cette nouvelle entité là puisse contribuer à assainir
ce climat-là, à redonner confiance et
surtout à faire en sorte que les entreprises, les fournisseurs, les donneurs
d'ordres puissent commencer à se parler ouvertement et à échanger sur
les meilleures pratiques, sur les technologies. Évidemment, on est toujours
précédant... les processus
d'appels d'offres clairs, mais, si on n'arrive pas à se parler, ce
ne sera pas au bénéfice de la société
québécoise, assurément.
Président (M. Spénard) : M. le ministre.
M. Leitão :
Très bien, merci. Je comprends bien, mais, selon vous, quelles seraient vos
suggestions pour que ce dialogue-là reprenne? Parce qu'en effet, oui,
je suis d'accord avec vous qu'il y a une espèce de froid qui s'est installé un
peu. Tout le monde est un peu craintif à parler à tout le monde.
Comment voyez-vous...
Quels seraient des moyens pratiques, là, de repartir le dialogue?
M. Forget (Stéphane) : Bien, je pense que le rôle, si je peux le dire
ainsi, de neutralité de l'Autorité des marchés publics fait en sorte que l'autorité pourrait être le catalyseur, justement,
pour permettre aux deux groupes de se rencontrer, de se réunir. Là, souvent, on est un peu mal à
l'aise. Si on est le fournisseur, on n'ose pas appeler pour toutes sortes
de raisons. À l'inverse, le donneur
d'ouvrage est souvent aussi mal à l'aise pour toutes les raisons invoquées
précédemment. Et on pense que cette nouvelle
entité neutre peut devenir un carrefour, si je peux dire ainsi, ou l'endroit où
les gens pourraient se parler,
disons, plus librement dans un contexte où ils savent, là, qu'il n'y a pas
d'enjeu dans les échanges qu'ils auront. Je pense que ce rôle-là n'est
pas là aujourd'hui et pourrait devenir extrêmement important pour justement
faire tomber ces barrières-là ou ces murs-là.
M. Leitão : Très
bien, merci. Vous avez aussi
mentionné, bon, l'Autorité des
marchés financiers. On
comprend que c'est un modèle un peu
différent pour la réglementation des marchés financiers, mais l'AMF fait aussi
partie du portrait en ce qui concerne
l'établissement de la liste des entreprises conformes ou pas
conformes. Ce mandat-là ou cette activité-là sera éventuellement
transféré à l'AMP une fois qu'elle sera créée.
Comment
vous voyez, vous, ce registre d'entreprises, cette nécessité que les entreprises
soient déclarées au-dessus de tout soupçon et qu'on crée un tel
registre?
M. Forget (Stéphane) : On voit ça de façon positive, on le voit de façon
positive. Je pense que les entreprises, de façon générale au Québec, sont honnêtes, font preuve de probité. Et je
pense que d'avoir un registre qui va s'assurer que les entreprises
le sont... Je vous ai parlé d'émulation tantôt. Il n'y a rien que les
gens... les entreprises, pardon, ne demandent pas mieux que d'être en compétition entre elles,
mais qu'on le soit de façon honnête, cohérente, et que les meilleures
soient en place. Aucun enjeu à cet égard-là pour nous.
si je peux me permettre, on faisait référence à l'Autorité des marchés financiers tantôt, il y a toujours
aussi une question de perception. Je pense qu'on l'a mentionné, l'Autorité des marchés financiers a, je pense, rassuré un peu les
contribuables dans l'exercice de ses fonctions. Dans un deuxième temps, elle
n'est pas non plus toujours en mode coercitif,
elle est en mode promotion, de faire la démonstration qu'on a un système qui
fonctionne au Québec et je pense que l'Autorité des marchés publics pourrait jouer un peu le même rôle en
termes de perception et en termes de promotion de nos processus au Québec.
Le Président
(M. Spénard) : M. le ministre.
M. Leitão :
Très bien, merci. Peut-être une dernière question avant de passer la parole à
mes collègues.
possibilité ou le droit de porter plainte, donc, vous semblez
suggérer qu'il devrait être limité, un peu plus limité aux seules entreprises
qui auraient pu soumissionner. Pouvez-vous élaborer un peu plus là-dessus?
M. Forget (Stéphane) : On a eu quelques réflexions à ce sujet-là, tout d'abord sur les délais. Si, à chaque fois qu'un contrat... un appel
d'offres est octroyé et que l'ensemble des soumissionnaires — j'exagère
un peu pour faire le point — demandent des explications, ou une
vérification, ou autres, et que ça allonge de façon indue les délais
dans l'octroi des contrats, là, il pourrait y avoir un enjeu. Alors, il y a une
question de délai de processus.
Deuxième
élément, on a beaucoup de réflexions, et ça, ce n'est peut-être pas autant sur
la reconsidération de l'appel d'offres
que la nécessité, pour les entreprises qui n'ont pas obtenu le contrat, d'avoir
assez rapidement de l'information qui leur explique pourquoi elles n'ont
pas eu le contrat, pour que ces entreprises-là, dans une prochaine proposition,
comprennent comment elles peuvent
s'améliorer, où elles ont été plus faibles. Et ça, le retour sur les gens qui
n'ont pas acquis ou qui n'ont pas
obtenu les contrats, je pense que ça, c'est un rôle important, et je pense que
ça, il faut le faire pour que nos entreprises puissent s'améliorer dans
leur façon d'obtenir des contrats ou de transiger avec l'État.
M. Leitão : Très
bien, merci. Je passerais la parole à
mes collègues. Juste mentionner que cet aspect-là est déjà
prévu, donc, une espèce de rétroaction.
M. Forget
(Stéphane) : Oui, parce que c'est très important.
Le Président
(M. Spénard) : Merci, M. le ministre. Alors, M. le député de
La Prairie.
M. Merlini :
Merci beaucoup, M. le Président. Merci, messieurs, pour votre mémoire et votre
présence cet après-midi pour les travaux de
la commission. Vous avez parlé dans votre présentation... je pense que je vais
vous citer, là : «Chacun doit
assumer ses responsabilités...» Et quels seraient, selon vous, les moyens pour
renforcer la responsabilité et l'imputabilité des ministères et des
organismes ainsi que les organismes de surveillance?
M. Forget
(Stéphane) : C'est une large
question. Écoutez, je ne suis pas dans le détail de comment fonctionnent
les ministères, mais ce qu'on veut surtout éviter, c'est qu'avec la création
d'une autorité comme celle-ci les donneurs d'ordres
ou les ministères ou organismes se déchargent de la responsabilité en se
disant : Il y a une autorité des marchés publics, puis, s'il y a des enjeux, on va gérer ça à cet endroit-là.
Nous, ce qu'on veut éviter, c'est justement ça.
Quand on dit
«chacun ses responsabilités», c'est que l'arrivée pour nous de l'Autorité des
marchés publics ne vient pas
décharger les ministères et organismes de leurs responsabilités propres. Et
l'idée, c'est d'améliorer le système, ce n'est pas qu'il soit encore plus complexe. Alors, c'est vraiment cet enjeu-là,
pour nous, quand on dit : Chacun sa responsabilité. Et je pense que
l'Autorité des marchés publics peut certainement aider les ministères dans cet
exercice-là.
Le Président (M. Spénard) : M.
le député de La Prairie.
M. Merlini :
Merci, M. le Président. Il y a des groupes, qui vous ont précédés, qui
souhaiteraient voir l'AMP faire de la
formation. Et j'aimerais vous entendre là-dessus parce que, oui, vous
dites : Il ne faut pas que les organismes, et les ministères, et
même les entreprises se déchargent de leurs responsabilités parce que, si je
prends, par exemple, une entreprise qui veut
soumettre soit son produit ou son service et s'aperçoit que l'appel d'offres,
disons, semble favoriser son
entreprise dans le sens qu'on dirait qu'elle est faite sur mesure pour son
entreprise, alors lui aussi aurait une responsabilité. Alors, comment
voyez-vous ça? Est-ce que l'AMP devrait jouer ce rôle?
Nous, on
avait parlé plus tôt... le ministre avait parlé, en réponse aux autres groupes,
d'avoir des pôles d'expertise. Vous, la Fédération des chambres de
commerce, comment voyez-vous ça? Seriez-vous un allié dans ce sens-là aussi? Seriez-vous prêts, justement, à offrir, disons, de
la formation envers vos membres pour, justement... par rapport au rôle
de l'AMP et le rôle, comme vous dites, de quand même assumer ses
responsabilités?
M. Forget
(Stéphane) : La réponse,
c'est oui. Je vous dirai qu'on a eu beaucoup de discussions au sein de
nos comités, chez nous, sur l'appui ou non
de l'autorité. Oui, je vous l'ai dit, de façon normale, on aurait envie de vous
dire : Un organisme de plus, ce n'est pas positif. Cependant, dans le
contexte, dans les circonstances actuelles, finalement, on pense que c'est une bonne idée parce qu'il y a de
la formation à faire assurément auprès des entreprises. Et on pense
aussi qu'il y en a aussi à faire auprès des
donneurs d'ordres. Et je pense que la formation, si elle peut contribuer à
atténuer le climat de suspicion, si
ça peut atténuer le fait qu'on hésite à se parler, à échanger, si on peut aussi
créer des lieux, comme je le disais
précédemment, où les gens vont pouvoir recommencer à se parler ouvertement sans
avoir peur d'être taxés de je ne sais
trop quoi, je pense que toutes ces mesures-là vont définitivement contribuer à
améliorer le climat, améliorer les relations d'affaires entre l'État et
ses fournisseurs.
Président (M. Spénard) : Alors, merci beaucoup. Le temps étant
écoulé pour le gouvernement, alors, nous allons passer à l'opposition
officielle. Et je passerais la parole à la députée de Pointe-aux-Trembles.
Mme Léger : Merci, M. le Président. Alors,
bonjour, messieurs. Bienvenue au parlement, évidemment. Effectivement, je vais continuer un peu dans le même sens, là, de
toute l'atmosphère et le climat que vous... Dans le fond, vous exprimez
très bien dans votre mémoire... vous dites que la fédération «aurait tendance à
s'objecter à la création [de ce] nouvel organisme
[là] parce qu'en toute objectivité, il y a déjà suffisamment d'institutions».
Vous dites par ailleurs : Mais, quand même, pour, dans le fond, assainir un peu le climat, la mise sur pied de
l'autorité trouve quand même sa pertinence. Mais vous faites quand même
la démonstration un peu de tout le climat assez longuement, je pourrais dire,
dans votre mémoire. Donc, vous le faites un
peu par dépit, mais, en même temps, vous trouvez qu'il y a quand même... que
c'est quand même pertinent parce que
l'élément important pour vous, c'est de rétablir la confiance et de pouvoir,
dans le fond, mettre ça derrière nous, je pourrais dire. À moins que
vouliez compléter sur ça, là, mais je pense que c'est l'élément central de
votre mémoire.
Le Président (M. Spénard) :
M. Forget.
M. Forget (Stéphane) : Vous
avez bien saisi.
Mme Léger : Je veux
revenir sur les communications. Vous en avez un petit peu parlé tout à l'heure,
les communications avec le ministre puis avec le député aussi : «Le climat
général de suspicion a placé les élus et les administrateurs sur la défensive.
Les hauts fonctionnaires ont pratiquement coupé toute communication avec les
entreprises.» Vous n'avez vraiment pas tort quand vous dites ça. Moi, j'ai vécu
aussi, comme députée, une situation semblable.
J'en ai quelques-unes, mais une dernière où que des entrepreneurs de ma
circonscription, d'une part, ont voulu parler avec le ministère sur un
enjeu qui, dans le fond, avait besoin d'explications, davantage d'explications,
ou qui voulaient avoir des informations supplémentaires. Il n'y avait pas
nécessairement de contrat sur la table. Il n'y avait nécessairement ce type-là,
mais il y avait quand même une altercation avec une instance plutôt
gouvernementale et municipale particulièrement.
Alors, le contact, ils ne réussissaient pas. On
appelait dans un ministère, un peu dans un deuxième ministère parce qu'il y en avait deux concernés, et là,
bien, ils sont venus voir la députée pour dire : Aidez-nous, on n'est pas
capables de parler à personne. Alors, la
députée a aussi fait ces démarches-là, démarches face au cabinet. Le cabinet a
dit : On ne parle
pas à une entreprise, on ne veut pas parler à une entreprise. Mais il n'y a pas
d'enjeu sur la table, il n'y a pas d'octroi de contrat, il n'y a rien de ça. Mais on sentait cette inquiétude-là.
Elle persiste encore. Je le disais au ministre, qui est avec nous aujourd'hui. Je pense que... Il y a le
ministre des Finances, le président du Conseil du trésor, il y a aussi le
ministre du Développement économique qui
fait
partie des affaires économiques. Je pense que ce climat-là, il est
important d'avoir quand même un mot
d'ordre si on veut aussi ramener une certaine confiance. Il faut que cette
communication-là puisse vraiment être
plus fluide et en se donnant des bonnes balises, en encadrant les choses, je
pense qu'on en convient tous, et vous l'exprimez quand même très bien
dans votre mémoire.
Vous ajoutez, à la page... Oups! Je n'ai pas les
numéros de pages dans votre...
Une voix : Oui, oui, ils sont
là. On voit à droite.
Mme Léger :
On va à droite... Oui! Page 8. Page 8. Alors, en plein milieu, vous dites dans
la moitié de l'autre paragraphe : «...l'État a tout intérêt à
consulter les entreprises afin de s'informer de l'évolution des technologies de
certains marchés. Personne ne réclame un traitement privilégié des entreprises
à l'égard des communications avec le gouvernement, mais des pratiques correctes
et efficaces, comme celles qui ont cours dans les autres administrations
publiques modernes.» Vous avez des exemples précis concernant ça?
Le Président (M. Spénard) :
M. Forget.
M. Laureti (David) : Bien, si
vous me permettez, pas tant d'exemples précis, mais on a...
Le Président (M. Spénard) :
M. Laureti.
M. Laureti
(David) : Merci, merci. On a un contexte québécois, que je n'ai pas
besoin de vous expliquer ici, et ce
contexte-là est probablement à l'origine du projet de loi que nous étudions
aujourd'hui. Dans une carrière précédente, j'étais du côté des... en média, et évidemment il n'y avait pas une
journée où, effectivement, la question de la probité des entreprises n'était pas à l'ordre du jour. Alors,
on a des entreprises qui nous ont dit : Ça suffit! Et c'est pour ça qu'on
dit, nous : Il faut faire confiance aux
entreprises. Il y a certainement des gestes répréhensibles qui ont été commis.
Ces gens-là ont été traduits en
justice ou, bref, il y a des actions qui sont en cours. Mais nous, comme
association, comme fédération, nous
sommes d'avis que les entreprises doivent être considérées a priori de bonne
foi. Il doit y avoir un lieu d'échange. Et c'est pour cette raison-là que nous faisons le voeu que l'Autorité des
marchés publics sera ce lieu d'échange là possible.
Le Président (M. Spénard) :
M. Forget, oui.
M. Forget
(Stéphane) : Deux choses.
Dans la nomenclature des gens que vous avez mentionnés tantôt, il faut
aussi ajouter le rôle du Commissaire au
lobby, qui, lui aussi, dans l'exercice de ses fonctions, a un cadre défini.
Mais il faut ajouter à cela aussi le rôle
du Commissaire au lobby et, par moments, l'incertitude chez les fournisseurs
potentiels de savoir à quel moment
c'est du lobby, à quel moment ça n'en est pas. Et je vous dirais qu'avec le
projet de loi n° 56, qui a été déposé, mais qui n'est pas encore débattu... Et on a demandé, nous et plusieurs
autres, de le retirer, qu'on reparte à neuf. On n'ira pas en
s'améliorant dans ce contexte-là. Première chose.
Deuxième
chose que je veux vous mentionner, c'est que le temps que ça prend actuellement
au gouvernement du Québec entre le
moment où on a une idée et où on dépose un appel d'offres public, les
technologies évoluent tellement vite qu'entre
le besoin initial et le contrat donné l'écart est tellement grand que ce qu'on
va recevoir comme service, ce n'est plus celui qui est nécessaire
aujourd'hui parce que les technologies ont évolué, puis ça, que ce soit dans
les technologies de l'information, que ce
soit dans le domaine de la santé. Et je pourrais vous en nommer une série. Je pense que, si on n'arrive pas à continuer de se parler entre la
définition du besoin et la réalité d'aujourd'hui, l'écart est tellement grand maintenant qu'on n'aura pas au Québec
le service qu'on veut avoir compte
tenu de l'évolution des technologies notamment.
Et ça, pour
nous, on l'entend tellement souvent où des entreprises viennent nous voir
nous en disant : Je viens de voir une proposition, là, qui a été...
un appel d'offres qui a été déposé. Je ne sais pas où on va trouver la technologie.
Il n'y a plus personne qui la produit parce
qu'on n'est plus là. On est rendu ailleurs.
Ou, à l'inverse, ils ont un besoin qui est
défini, puis il y a des entreprises qui viennent nous dire : On serait en
mesure d'aller leur dire : On a une solution à votre besoin, on
n'arrive pas à se parler.
Alors, ça,
c'est le contexte, et vous l'avez bien décrit vous-même tantôt, c'est le
contexte dans lequel on évolue aujourd'hui. Puis après ça on n'est pas sûr si on le fait
sous la forme... s'il faut s'inscrire au Registre des lobbyistes. À d'autres moments, on nous exige de s'inscrire au
Registre des lobbyistes, alors que ce n'est pas nécessaire. C'est le
climat dans lequel les entreprises oeuvrent présentement. Et ça, c'est extrêmement
pénalisant, autant pour elles que pour l'État, à notre avis.
Le Président (M. Spénard) : Mme
la députée de Pointe-aux-Trembles.
Mme Léger : Est-ce
que vous croyez que l'Autorité des
marchés publics peut être... Probablement qu'elle est une réponse, là, à ce que vous dites, mais est-ce que, pour vous, ça
serait particulièrement dans les délais, plus particulièrement dans les communications, évidemment? Est-ce
que, dans le projet de loi que vous voyez, là, vous voyez des avenues que vous trouvez
qu'il faudrait renforcir?
M. Forget
(Stéphane) : Bien, ce qu'on
voit, c'est que possiblement que la mise en place de l'Autorité des
marchés publics va permettre de réfléchir au
cadre dans lequel on évolue présentement. Je reviens à ce que je vous disais
tantôt, là. Le cadre du plus bas
soumissionnaire conforme, personne n'ose y toucher parce que
ça devient un peu sensible de toucher à
ça du point de vue perceptuel, notamment. Est-ce qu'on peut espérer que l'Autorité des marchés publics aura la
latitude, l'autonomie et la neutralité pour
être capable de réfléchir à ces questions-là, par
exemple, et d'amener des propositions
sur la table, comme d'ailleurs
l'a proposé la commission Charbonneau? On pense que la création de l'Autorité des
marchés publics va, nous le souhaitons, pouvoir sortir de ces cadres-là pour
essayer d'avoir des façons de faire qui sont plus innovatrices et plus
contemporaines.
Mme Léger : Parce
qu'actuellement ce n'est pas nécessairement dans sa mission, là, mais ça pourrait
l'être. Ça, on croit que ce pourrait l'être. Merci.
Le Président (M. Spénard) :
Merci, madame. Il vous restait 16 secondes.
Président (M. Spénard) : Alors, sans tarder, je poursuivrais avec
la... représentant de la deuxième opposition. Alors, M. le député de
La Peltrie.
Caire : C'est moi,
ça, la représentant de la deuxième opposition?
Des voix : Ha, ha, ha!
Caire : Bonjour.
Caire :
Oui. On est sur une lancée. Je vous entends sur l'opportunité d'accroître... En
fait, je lis dans votre mémoire
l'opportunité d'accroître l'imputabilité des donneurs d'ordres. Mais, en même
temps dans votre réponse, je ne vois
pas le lien que vous faites avec le projet de loi n° 108. Alors,
j'aimerais ça que vous m'expliquiez ça. De quelle façon on peut se
servir du projet de loi n° 108 pour augmenter l'imputabilité au niveau des
donneurs d'ordres?
M. Forget
(Stéphane) : En fait, je
pense que, pour nous, c'est très clair qu'il ne... C'est l'inverse qu'il ne
faut pas qui arrive, que les donneurs d'ordres, avec la mise en place de
l'Autorité des marchés publics, se sentent moins responsables dans l'octroi, dans le suivi et dans la mise en oeuvre des
contrats. Je pense qu'il faut que les donneurs d'ordres se sentent appuyés par l'Autorité des marchés
publics, c'est ce qu'on pense qu'il doit arriver, et qu'ils se sentent
appuyés, épaulés, et qu'ils assument pleinement les responsabilités parce que
la réalité aujourd'hui, puis on le mentionne dans notre mémoire, c'est que les zones de règlement de conflits, par
exemple, ou règlement de litiges, on n'ose plus y toucher. C'est rendu que les entreprises se disent :
Nous allons aller devant les tribunaux, on va créer une forme de
jurisprudence parce qu'on n'est plus capable, dans des litiges, là, qu'on
pourrait régler hors cour... On est tellement...
Caire :
Avec tout le respect que je vous dois, il n'en demeure pas moins que l'AMP joue
aussi en quelque sorte le rôle d'arbitre
ou de tribunal. Je veux dire, l'AMP doit, dans sa mission, s'assurer que les
processus d'adjudication de contrat
sont suivis correctement. Donc, il y a implicitement un rôle de contrainte, un
rôle de vérificateur qui va amener cette réaction-là de la part des... Et, à l'inverse, je pense que c'est
inévitable que les parties prenantes d'un contrat, dans le cas où il y aurait
un problème, disons-le comme ça, vont s'en remettre à l'AMP. Ça fait
que c'est pour ça que je ne comprends pas exactement.
M. Forget
(Stéphane) : Mais voyons-le
de l'autre côté. Un donneur d'ouvrage se dirait : On a une nouvelle
façon de faire qu'on veut tester. Il y a des choses qu'on veut modifier, un contrat où on
veut être plus flexibles sur telle ou telle chose. Si l'Autorité des marchés publics, dans sa responsabilité, considère que c'est pertinent, que c'est intéressant, que ça vaut la peine, que l'évaluation démontre qu'on
devrait aller dans cette voie-là, vous n'avez pas l'impression que le
donneur d'ordres va se sentir plus courageux
ou plus disposé à innover plutôt que de se retrouver dans une situation
plus fermée? C'est dans ce sens-là qu'on veut imaginer cette chose-là.
Caire : J'entends ce que vous dites, puis ça amène la
question suivante. L'AMP pourrait, à la limite, faire des recommandations,
j'entends ça, dire : Écoutez, il y a une situation particulière. Mais, en
même temps, l'AMP va être tenue de s'assurer qu'on respecte les règles
établies.
M. Forget
(Stéphane) : Absolument. On
n'est pas en train de dire qu'il faut... L'idée, ce n'est pas de dire :
On va contourner les règles. Ce n'est pas ça.
Caire :
Je comprends. Mais admettons, là, on est dans... C'est parce que j'aime
beaucoup l'idée d'accroître l'imputabilité. Je ne suis pas convaincu que
l'AMP peut faire ça, c'est juste ça que je vous dis, dans le sens où elle aura la responsabilité de
s'assurer que les lois et les
processus sont respectés tels que prescrits. Et, si tant est qu'on arrive
en conflit ou si on arrive au bout de
l'élastique, bien, elle aura certainement l'occasion de faire des recommandations. Mais je vois
mal l'AMP dire : Bien, écoute, ce n'est pas tout à fait conforme...
M. Forget (Stéphane) : Non,
non, ce n'est pas...
Caire : ...mais
c'est intéressant, ce que tu nous amènes. Ça fait qu'on va te laisser faire.
M. Forget
(Stéphane) : Ce n'est pas ce
que je dis. L'idée, ce n'est pas de... C'est probablement que les possibilités
sont aujourd'hui plus grandes que
ce que nous mettons sur la table concrètement parce que, dans le climat dans
lequel on vit aujourd'hui, peut-être qu'on pourrait... pas contourner les
règles, pas être à côté de la règle, mais peut-être qu'on pourrait se permettre plus de latitude. Et, compte tenu du climat dans lequel on évolue présentement, il n'y a personne qui ose. On se referme. On dit : On va aller vers
ce qu'on connaît. On est certains, là, qu'il
n'y a pas d'enjeux. On n'aura
pas besoin de parler à personne. Donc, on définit notre besoin, puis on y va.
Comme ça, il n'y a personne qui va nous reprocher quoi que ce soit. C'est le
climat dans lequel on vit aujourd'hui.
Ce qu'on dit,
quand on dit : Plus d'imputabilité, plus de responsabilités, c'est que, dans les règles établies actuellement, il y a certainement lieu d'avoir plus de dialogue, d'avoir plus d'ouverture, de peut-être aller plus vers des modes alternatifs qui sont en conformité avec les
règles. On n'ose pas y aller. Est-ce
que l'Autorité des marchés
publics, en étant constituée, pourrait faire en sorte que les gens se sentent
plus à l'aise? C'est ce que nous souhaitons.
Caire : Bien, à la
limite, elle pourrait dire : Ce que vous faites est conforme ou non conforme.
M. Forget
(Stéphane) : Voilà. Mais, si
c'est conforme, alors allons-y. Puis là on va avoir un allié ou quelqu'un
qui va nous épauler dans cette démarche-là.
Caire : À ce
moment-là, vous le voyez plus comme
une caution morale que comme une façon de renforcer l'imputabilité?
M. Forget (Stéphane) :
Possiblement.
Caire : O.K. C'est bon. Vous dites que ça ne doit pas être l'occasion, puis je résume votre pensée, là,
mais ça ne doit pas être l'occasion de
surmultiplier les contrôles. Est-ce que vous avez l'impression que c'est le cas
avec le projet de loi actuel? Est-ce
qu'il y a des chose