Health and Social Services — 24 February 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2015-02-24
Quebec — Committees
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Le Secrétaire : Non, M. le
Président.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Vous êtes en forme ce matin?
Donc, ce matin, nous allons débuter avec les remarques préliminaires
puis nous recevrons le Regroupement provincial des comités d'usagers, suivi de
l'Association des jeunes médecins du Québec. Je vous rappelle que nous
ajournerons les travaux à 21 h 30.
Alors, sans
plus tarder, j'invite maintenant M. le ministre de la Santé et des Services
sociaux à faire vos remarques préliminaires pour une période de six
minutes.
Barrette : Merci, M. le Président. Alors, permettez-moi de souhaiter
la bienvenue d'abord, évidemment, au regroupement
des comités d'usagers qui sont ici ce matin avec nous, qui sont les premiers à
s'exprimer, à nos collègues de
l'opposition et au public, évidemment, qui nous écoute et qui va suivre, j'en
suis convaincu, avec beaucoup d'intérêt les discussions, les audiences
sur ce projet de loi.
M. le
Président, ce matin, quand je me suis levé, j'ai eu une pensée pour le public
qui nous écoute, parce qu'au Québec
des centaines de personnes, encore une fois, probablement, faisaient la queue à
moins 24 °C, partout au Québec, devant un bureau de médecin pour avoir accès. En quelque part,
aujourd'hui, M. le Président, des centaines de personnes vont aller à
l'urgence dans la journée puis vont peut-être être vues ce soir ou plus tard.
Nous avons, au Québec, une problématique
d'accès qui est significative, et le projet de loi n° 20, qui est un
complément au projet de loi n° 10, est un projet qui vise à régler ou, du moins, à favoriser de la façon la plus
optimale possible l'accès aux médecins de famille et aux médecins spécialistes, et aussi, évidemment, à
apporter des modifications pour ce qui est du financement de la procréation médicale assistée. Ces gens-là, M. le
Président, qui attendent aujourd'hui s'attendent évidemment à ce que des
actions soient prises, et évidemment elles seront prises.
Le projet de loi n° 20 est un projet de
rémunération, d'une part, mais c'est un projet de rémunération qui a deux volets : un volet économique et un volet
conditionnel. Et ce projet-là, là, le projet de loi n° 20, est un projet
de loi qui vise essentiellement à
déterminer ce pour quoi on paie et à quelles conditions. C'est une obligation.
Nous sommes dans une situation budgétaire que les gens connaissent, et
des décisions doivent être prises à cet égard-là.
commencerai donc par la procréation médicalement assistée. La procréation
médicalement assistée a été l'objet d'une
multitude de commentaires dans les médias, le Commissaire à la santé et au
bien-être a parlé à certains égards de dérapage.
Et ça fait
partie de ce qu'on appelle des choix de société. Nous avons choisi,
M. le Président, de déposer un projet
de loi à cet égard, qui fait en sorte que l'implication du public, des impôts
et des taxes des citoyens, se fasse d'une telle manière que le paiement de ces actes-là ne passe plus par la RAMQ
mais par un crédit d'impôt et que le paiement de ces services médicaux là se fasse à condition qu'il y ait des balises de
l'exercice claires. D'ailleurs, les balises que nous avons proposées et incluses dans le projet de loi
sont essentiellement celles qui ont été proposées par le Commissaire à la
santé et au bien-être dans son analyse
exhaustive qu'il a faite de cette situation. Donc, d'un côté, on agit sur le
mode de paiement, tout en le préservant pour les plus démunis, et, de l'autre
côté, on vient encadrer d'une façon claire, nette et précise la pratique
de ce type de services médicaux.
Du côté des
médecins spécialistes, c'est la même chose. Le paiement reste ici public, par
la RAMQ, mais le mode de paiement se
fait à certaines conditions, des conditions qui font en sorte que les médecins
spécialistes auront l'obligation de s'assurer,
dans leur mode opérationnel quotidien, du bon fonctionnement, de la fluidité de
notre réseau de santé, et particulièrement
notre réseau hospitalier, et on y reviendra, à plusieurs égards, sur les
éléments qui seront touchés. Mais essentiellement,
les médecins spécialistes, bien, écoutez, on demande, par exemple, de gérer les
listes d'attente en chirurgie pour faire en sorte qu'il n'y ait plus de
gens — il y en
a 7 000 aujourd'hui au Québec — qui attendent plus d'un an. C'est une
question de gestion, et on veut que les gens se responsabilisent, et ainsi de
suite. On y reviendra, évidemment.
côté de la médecine de famille, évidemment, bien là, on connaît le problème. Il
est extrêmement connu, et il n'y a
pas une semaine où il n'est pas publié une étude, dont la dernière, celle du
Commonwealth Fund, qui considère que le
Canada est presque le dernier de sa cohorte quant à l'accès aux médecins de
famille, particulièrement au Québec, où, encore une fois, je le rappelle, il y a 20 % de plus de médecins
qu'ailleurs au Canada, particulièrement l'Ontario. Que faisons-nous, M. le Président? Il y a des choses
très simples. On dit : Voici, il est possible d'aller chercher une
capacité supplémentaire et, à partir
de maintenant pour avoir accès à une pleine rémunération, il y aura des
conditions à respecter. C'est tout. Notre objectif, M. le Président, est
d'abord et avant tout d'aller exploiter une capacité qui n'est pas offerte
à la population. C'est ça, l'essence, M. le
Président, du projet de loi n° 20, pour ce qui est de la médecine de
famille : d'abord faire le constat qu'il y a une capacité non
offerte à la population.
cet égard, nous avons donné des heures de formation, plus de cinq, près de six,
aux oppositions et pour partager avec
elles tous nos constats. Ils sont aujourd'hui à la même page, au même moment
que nous en termes de connaissance de la base de données.
première question à laquelle il faut répondre aujourd'hui dans ces audiences,
M. le Président, c'est : Faisons-nous le même constat? Et je vois déjà, dans les mémoires qui ont été
proposés, déposés, que, oui, le constat est fait. Maintenant, à partir du moment où on fait ce constat-là, M. le
Président, bien, il doit, ce constat d'une capacité supplémentaire à offrir à
la population... bien, on doit l'organiser, l'organiser, M. le Président. Et,
pour l'organiser, bien, il faut des règles. Et ces règles-là, M. le Président, elles seront définies
et peaufinées à la suite des commentaires qui seront faits ici, en commission
parlementaire. Alors, ces audiences-là,
aujourd'hui, sont extrêmement importantes, M. le Président, pour faire en sorte
qu'après avoir constaté qu'on a de la marge
on puisse l'organiser au bénéfice de tout le monde, incluant les
professionnels, mais surtout de la population qui nous écoute et qui
attend encore inutilement des services.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup, M. le ministre. J'invite
maintenant la porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, d'accessibilité aux soins et députée de
Taillon à faire ses remarques préliminaires pour une durée maximale de
3 min 30 s.
Lamarre : Merci beaucoup, M. le Président. Alors, le Québec est le
détenteur d'un triste record, celui d'être le champion en manque d'accès aux soins de santé. Or, chaque mesure qui
est prise par un gouvernement a des conséquences.
Ces conséquences sont parfois bonnes, mais parfois mauvaises. Pour le ministre,
imposer par la force d'une loi des
quotas aux médecins, en particulier les médecins de famille, ça semble être
quelque chose de facile, mais toute action
ne donne pas les garanties d'un bon résultat et de l'amélioration d'accès
attendue. Dans les faits, il y a des effets néfastes à une loi qui est simpliste, indéchiffrable dans ses
règlements. Donc, elle peut avoir des conséquences désastreuses et
causer l'effet contraire.
est très préoccupés par les personnes qui sont plus malades, les personnes qui
ont des problèmes de santé mentale, pour lesquelles les consultations ne
peuvent s'inscrire dans des colonnes de chiffres. Ces personnes-là, laissées
pour compte dans le carcan du projet de loi
n° 20... Parce que le projet de loi n° 20 veut déterminer des quotas,
il veut mettre un carcan. Alors, on a besoin d'avoir du contenu, de
savoir davantage qu'est-ce que le ministre veut mettre dans les règlements, ces règlements-là seront toujours
bonifiables après les consultations, et le ministre refuse de nous déposer
les règlements, et il nous donne une coquille
vide sur laquelle on va se pencher, sur laquelle déjà des organismes comme
le Barreau du Québec, la FMOQ refusent de se pencher. Parce qu'on ne peut pas
comprendre quel sera concrètement l'impact
sur la population et dans la vraie vie des citoyens si on n'a pas accès, à tout
le moins, au projet de règlements qui sont
déjà en référence pour 36 articles du projet de loi n° 20. Alors,
j'invite le ministre à déposer ces règlements. C'est un souci de transparence, cette transparence nous a
été promise par le gouvernement libéral, et on bonifiera, au besoin, les
règlements à partir des consultations.
projet de loi a un impact direct sur les médecins, et le ministre a aussi fait
un choix, un choix délibéré d'inclure la
procréation médicalement assistée dans ce projet de loi, diluant, à toutes fins
utiles, toute la possibilité de ces gens de pouvoir faire valoir les enjeux qui se rattachent à cette dimension-là.
Le Québec veut des enfants, il veut des bébés. Et on a, dans la procréation médicalement assistée, déterminé
qu'il y avait, comme le Commissaire à la santé l'a dit, des écarts, qu'il y avait des choses à bonifier. Mais entre
bonifier et jeter le bébé avec l'eau du bain, il y a vraiment une différence,
et le fait que le ministre ait choisi
stratégiquement de mettre ce projet dans le même projet que celui des médecins
fait en sorte que toute l'attention médiatique ne porte pas sur cet
enjeu-là.
Alors,
encore une fois, le ministre devra nous montrer un grand souci de transparence, et, s'il est sûr que c'est si bon, s'il est sûr que c'est parfait, cette
mesure qu'il s'apprête à nous offrir, qu'il nous en parle clairement
au complet. Souvent, on l'entend
dire : C'est clair, c'est facile à comprendre. Bien là, ça ne l'est pas
dans le projet de loi général. On a besoin d'avoir du plus concret et on espère que le ministre va nous
donner le plus concret, et ça, ça passe par les règlements. Qu'il les
donne aux groupes qui vont venir présenter.
les remercie d'ailleurs d'accepter de venir dans un contexte qui n'est
pas facile, parce que s'exprimer sur quelque chose qui est aussi général, c'est très difficile de
comprendre comment concrètement on va arriver à la conclusion qu'on
souhaite tous, c'est-à-dire que les citoyens du Québec aient accès à leur système
de santé.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup, collègue députée de Taillon. Je cède maintenant la parole à notre collègue député de Lévis
pour ses remarques préliminaires pour une période maximale de 2 min 30 s.
M. Paradis
(Lévis) : Merci, M. le Président. Il est vrai qu'aujourd'hui la journée est importante,
et, cette portion, en tout cas, de
discussion, nous aurons... et manifestement elle est majeure pour les gens qui
nous regardent et nous écoutent, l'intérêt
est manifeste pour la population. C'est un problème qu'on adresse depuis déjà longtemps : Doit-on aujourd'hui faire autrement? La réponse est oui, mais comment
le faire? Peut-on faire autrement sans passer par le punitif, le coercitif?
Je pense que oui aussi.
De fait, dans
ce projet que nous aurons à analyser par le biais des commentaires qui nous seront faits, il y
a des manquements. Le projet, actuellement, est squelettique, il manque de chair, la chair
étant les règlements qui s'y rattacheront et qui nous permettraient de mieux comprendre ce
qui va se passer pour vous, pour nous, pour ceux qui nous parleront, mais, bien entendu, et je salue les gens qui
viendront ici, les groupes qui viendront nous expliquer et nous proposer des
solutions. Et là c'est important,
nous avons proposé des mesures alternatives qui, nous le pensons, pourraient
faire une différence, notamment
revoir le mode de rémunération des médecins basé présentement sur l'acte, faire en sorte qu'on puisse se baser sur la prise en charge, rééquilibrer le
mode de rémunération.
Ce n'est pas d'hier qu'on en parle, ça fait
40 ans, toutes les commissions sur la santé se sont penchées sur le problème : revoir les activités médicales particulières qui obligent les médecins à rester en établissement, alors
qu'ils sont prêts à aller en cabinet.
C'est une volonté commune, et nous avons suffisamment de médecins, nous le
croyons, pour faire en sorte que la
couverture médicale en établissement soit suffisante. D'ailleurs, cette même
mesure a été applaudie par l'actuel ministre de la Santé, qui en était
en 2012 et qui avait dit, à ce
chapitre : Bravo! On démenotte les
médecins, applaudissons à cette
minirévolution. Nous pensons que ça fait
partie aussi des solutions, sans
qu'elles ne soient coercitives ou punitives, c'est ce que l'on entend
souvent.
Aujourd'hui,
ce que je souhaite, c'est qu'il y ait une ouverture globale, une ouverture de
la part du ministre pour faire en
sorte que ce qui nous sera proposé par les groupes qui viendront nous voir
trouvera une oreille attentive et permettra peut-être de faire différent, de faire différemment, de régler un
problème qui perdure, qui vous inquiète à la maison, de faire en sorte que collectivement on puisse
proposer autre chose. Au-delà de ce qui nous est proposé, sur lequel il manque
beaucoup d'éléments, nous pourrons peut-être
voir d'autres avenues de solution. Je vous le dis et je le répète : Nous
en avons proposé, il en existe, j'ose espérer que nous pourrons en
reparler. J'ai l'impression qu'aujourd'hui... Puis on a l'impression qu'au
cours des prochains jours on partira sur une guerre de chiffres. Ça va au-delà
de ça, la santé de la population. Ce ne sont
pas que des chiffres, ce sont d'abord et avant tout des patients, des usagers,
des humains qui encore aujourd'hui
attendent ou... à l'urgence, ou voient des interventions reportées, ou se
demandent qu'est-ce que sera leur demain en attente d'un examen qui
pourra faire en sorte que le diagnostic oblige un traitement qui manifestera...
Le Président (M. Tanguay) : Merci.
M. Paradis
(Lévis) : ...ébranlera le
patient mais ébranlera aussi son environnement, ceux qui l'entourent. Quand
on parle santé, on ne parle pas seulement d'une personne...
Le Président (M. Tanguay) : Merci
beaucoup.
M. Paradis
(Lévis) : ...on parle de
l'environnement. Nous espérons que nous aurons tous une oreille attentive
pour aller plus loin et trouver des solutions appropriées. Merci, M. le
Président.
Président (M. Tanguay) : Je vous remercie beaucoup, collègue de Lévis.
Je demande maintenant aux collègues le
consentement pour permettre au
collègue de Mercier de faire des remarques préliminaires pour une durée de deux
minutes. Y a-t-il consentement? Il y a consentement. Alors, la parole à
vous, collègue de Mercier.
M. Khadir : Je veux remercier mes collègues.
Pour Québec solidaire, il est clair que nous appuyons l'idée et la volonté exprimées par de nombreux acteurs depuis
des années, qu'il faut absolument une réforme qui puisse améliorer l'accessibilité aux médecins pour la population du
Québec. Et, le ministre actuel, c'est à son honneur d'avoir agi rapidement
pour penser à présenter un projet de loi qui
vient proposer, mettre quelque chose sur la table pour corriger cette
situation.
Cependant, à
l'examen et après avoir entendu à peu près tous les intervenants, tous les
intervenants, y compris ceux qui
appuient du bout des lèvres le projet de loi, s'entendent pour dire que, dans
les moyens, bien que tout le monde soit
d'accord avec l'intention, dans les moyens, le ministre risque d'aggraver le
problème, notamment en favorisant les mauvaises
pratiques, c'est-à-dire quantitatives,
axées sur la production des pratiques qui, aujourd'hui même, ont cours
dans certaines cliniques médicales, où des
médecins qui sont très axés sur la quantité font le maximum qu'ils peuvent
faire dans une semaine et, au bout de trois jours, ferment la clinique. Et ça
donne à leurs activités... Leur pratique est orientée
en fonction de leurs besoins et non pas du besoin de la population.
Et, avec des propositions du ministre, on vient décourager des bonnes pratiques où il s'agit de tenir compte de la
complexité des problèmes des patients et de vraiment aborder
les problèmes dans leur entièreté, ce qui prend du temps,
demande de la patience, et encourager les mauvaises pratiques qui sont quantitatives, qui sont au
volume, qui encouragent une forme de pratique qui néglige la complexité des
problèmes des patients qui se retrouvent ensuite à l'urgence ou en un autre
point de santé, consommant ressources et énergie dans le système de
santé.
Donc,
dans cette optique-là, j'invite le ministre à, disons, attirer, je dirais, l'admiration de
tous les acteurs de la santé, qui lui
demandent plus d'écoute et une collaboration pour trouver ensemble
des solutions, et donc de retirer son projet de loi, et se baser sur des
consensus qui existent dans le réseau pour agir dans le système...
Le Président (M. Tanguay) : Merci.
M. Khadir : ...et améliorer l'accessibilité aux médecins omnipraticiens pour l'ensemble
de la population. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Tanguay) : Merci
beaucoup, collègue de Mercier.
Alors, chers collègues,
nous débutons donc notre période de consultation et d'audition. Nous sommes
heureux ce matin de rencontrer les
représentants du Regroupement provincial des comités d'usagers. Vous disposez
d'une période de présentation de
10 minutes. Par la suite s'ensuivra une période d'échange avec les
différents parlementaires. Pour les fins d'enregistrement, je vous demanderais de bien prendre le temps de vous
nommer, de nous dire également vos fonctions. Et, sans plus tarder, la
parole est à vous pour 10 minutes. Merci.
Ménard (Claude) : Bonjour, M. le Président, M. le ministre, membres de la commission. Je suis Claude
Ménard, président du Regroupement provincial des comités des
usagers, et je suis accompagné du directeur
général, Pierre Blain.
Nous sommes
heureux de voir que ce sont les usagers qui ouvrent cette commission.
Pour nous, tout repose sur le droit
de l'usager à avoir accès à un médecin, ça en est primordial. Avant même
d'entamer son mémoire, le Regroupement provincial
des comités d'usagers du réseau de la santé
et de services sociaux tient à
réitérer son admiration pour le travail des médecins et de tout le
personnel du milieu de la santé et des services sociaux.
L'objet de
cette commission parlementaire ne porte pas sur le dévouement mais sur
l'organisation du travail que tout gouvernement doit mettre en place
pour protéger la santé et la sécurité de la population, plus particulièrement
le travail des médecins. Les différentes
réformes qui se sont succédé au Québec depuis les 20 dernières années
n'ont pas donné tous les résultats
attendus. En effet, aucune n'est allée assez loin pour revoir l'organisation du
travail de ceux qui donnent les soins, les médecins.
M. Blain
(Pierre) : Je vais enchaîner.
Nous avons consulté différentes études qui ont mesuré la performance du réseau de la santé et des services sociaux du
Québec. Malheureusement, dans ce cas-ci, c'est en se comparant qu'on se
désole, car les chiffres parlent.
Il faut
reconnaître que, comparée aux autres provinces canadiennes, la performance du
système de santé québécois est moins
bonne que l'ensemble des provinces. Le Québec se classe malheureusement au
huitième rang des provinces canadiennes
quant à la performance globale de son réseau de santé. Et, au niveau
international, la situation n'est guère mieux. On doit malheureusement admettre que la performance du système
québécois est faible, sinon très faible. Les usagers le savent,
puisqu'ils le vivent à tous les jours.
Les études
nous indiquent que les problèmes viennent tant du dysfonctionnement global que
de l'inaccessibilité aux soins, aux
médecins et aussi, dans certains cas, à la mauvaise organisation des cabinets
de médecins. Mais, pire, la disponibilité
des médecins du Québec a diminué depuis 2007, surtout en ce qui concerne le
nombre d'heures consacrées aux soins directs aux patients. Les chiffres
de la Régie de l'assurance maladie du Québec indiquent que de nombreux médecins pratiquent à mi-temps, malgré les
incitatifs financiers offerts. Nous pouvons même affirmer que les médecins
rendaient, en moyenne, 7 % moins de services médicaux en 2012 qu'en 1990.
Nous allons
maintenant aborder le paradoxe du médecin entrepreneur. Plusieurs usagers du
réseau de la santé et des services sociaux sont outrés lorsqu'un médecin
se présente en tribune publique affirmant : Moi, en tant que petite entreprise. De façon générale, les médecins en
cabinet privé sont ceux qui dispensent les services de première ligne et
ils sont, dans ce cas-ci, rémunérés à l'acte. À notre grand étonnement, aucune
contrainte n'est liée à l'acte dispensé. Ainsi, selon les chiffres du
Collège des médecins, nous aurions 19 500 médecins au Québec, ce
serait donc 19 500 petites entreprises
privées qui offriraient des services au gouvernement du Québec
sans aucune coordination ni aucune exigence de rendement. Pour nous, les
usagers, cela ne fait pas aucun sens.
Il nous apparaît donc clair qu'il est normal que
l'État demande des comptes et du rendement aux médecins omnipraticiens et aux
médecins spécialistes qui font
partie du réseau de la santé et des services
sociaux et qu'il leur demande de suivre un
certain nombre d'usagers. Le RPCU déplore toutefois que l'on en soit venu à
devoir légiférer pour s'assurer que
chaque usager ait accès à un médecin. Le RPCU souhaite la reprise des négociations entre les parties. En effet,
plusieurs de nos membres, dont le comité des usagers du Sud
de Lanaudière, craignent que le projet
de loi n° 20 ne favorise
pas le recrutement en région. Il faut donc les rassurer.
Cependant,
dans notre naïveté d'usager qui ne connaît pas vraiment ce que fait un
médecin et dans l'optique du projet
de loi n° 20, nous avons tenté
d'y voir plus clair en faisant une hypothèse. D'un côté, un travailleur moyen québécois travaille 35,5 heures par semaine pendant
50 semaines, ce qui lui donne 1 770 heures de travail annuel. De
l'autre, nous avons
basé notre analyse sur une semaine de travail de 30 heures pour un médecin
pendant 45 semaines. Cela le fait donc travailler 1 350 heures. Le médecin doit faire 12 heures
d'activités médicales particulières, ce qui représente 540 heures. Le
médecin, selon notre scénario, ne travaillerait donc que 810 heures en
cabinet privé pour chaque année, s'il est à temps plein, bien sûr.
On dit que la
qualité du contact avec le patient est importante et qu'il faut s'occuper des
maladies chroniques et de certaines
catégories de patients qui demandent plus de temps. Nous sommes tout à fait
d'accord. C'est pourquoi, selon notre
hypothèse, un médecin pourrait voir facilement 500 patients pendant une
heure. Ce serait donc au-delà de 5/8 % de son temps en cabinet privé qui serait pour les clientèles
particulières. Il lui resterait donc 310 heures à consacrer à d'autres
patients, et présumons qu'il les verrait aux
15 minutes, comme cela se passe actuellement, ce qui veut dire 1 240 patients de plus. Donc, en ne travaillant que 18 heures par semaine en
cabinet privé, on pourrait facilement voir 1 740 usagers.
Expliquez-moi qu'est-ce qui cloche dans nos
chiffres. Ce qui cloche dans notre raisonnement, c'est que les médecins ne semblent pas savoir comment travailler
ensemble et mettre en commun les ressources que leur offre un groupe de
médecine familiale. Ce qui cloche dans nos chiffres, c'est qu'il faut que le
médecin partage sa tâche avec d'autres professionnels
de la santé, comme les infirmières et les professionnels du milieu.
8 500 omnipraticiens pourraient desservir une population plus grande que le Québec. Et,
aussi, à quand le Dossier santé Québec? Il faut surtout aussi que l'on change
la rémunération du médecin pour mettre en place la rémunération à l'activité.
Un mot enfin
sur la procréation assistée. Cette
partie aurait dû faire l'objectif d'une
législation à part. Cela étant dit, le
RPCU croit que la procréation assistée devrait être réservée aux femmes qui ont
un problème de santé, c'est-à-dire aux femmes qui, sans intervention, ne
pourraient procréer, et elle devrait avoir lieu dans des établissements
publics.
M. Ménard
(Claude) :
Malgré notre
admiration pour le travail des médecins, des états d'âme et des soupirs ne
feront rien changer pour l'accès des usagers
au réseau de la santé et des services sociaux. On comprend que la disponibilité
des médecins du Québec a diminué depuis
2007, surtout en ce qui concerne le nombre d'heures consacrées aux soins
directs aux patients, aux usagers. Le
RPCU croit donc raisonnable que... le projet de loi n° 20. Le droit pour
l'usager d'avoir accès à un médecin
est primordial. Le RPCU déplore toutefois que l'on en soit venu à devoir
légiférer pour s'assurer que chaque usager ait accès à un médecin.
En ce qui a
trait à la procréation assistée, elle devrait être réservée à permettre
l'enfantement par une femme par des moyens d'assistance, sans confondre
procréation assistée et fertilisation artificielle. Merci de votre attention.
Le Président (M. Tanguay) : Merci
beaucoup. Alors, s'enchaîne maintenant une période d'échange avec les parlementaires, et, pour une enveloppe de
20 min 30 s, je cède maintenant la parole au ministre de la
Santé et des Services sociaux.
Barrette : Merci, M. le Président. Alors, M. Ménard,
M. Blain, merci beaucoup de vous présenter ici ce matin, d'abord avec votre mémoire, mais particulièrement
parce que vous, vous avez raison, je suis d'accord avec vous : c'est
vraiment la bonne chose de commencer ces
audiences-là avec les usagers. C'est un projet de loi pour les citoyens et les
citoyennes, et il me semble que la première
personne ou le premier groupe qui devait s'exprimer, c'est vous, et je vous
remercie d'être là, ici, ce matin. Et, comme
vous, là, et j'insiste là-dessus parce que c'est très important, je suis en
parfait accord avec le fait que vous souligniez le fait que nos professionnels,
qu'ils soient médecins, infirmières, préposés, technologues, ils sont là, là, la qualité, elle est là. Et je salue leur
travail, et, comme vous, là, on doit souligner ça. Mais, par contre, on
fait essentiellement le même constat que vous au fil des années, on constate
que les choses ne vont pas nécessairement en s'améliorant.
Vous avez
probablement été surpris comme moi, il y a quelques instants, d'entendre notre
collègue de Mercier affirmer haut et
fort qu'effectivement il y a une problématique de confrontation de besoins, le
besoin du médecin personnel et le
besoin de la population. D'ailleurs, le député de Mercier a pris un exemple
assez patent, là, qui est celui d'un médecin à temps partiel. Vous avez été probablement aussi surpris d'entendre
l'opposition officielle parler beaucoup, beaucoup de procédures et très peu du patient. Parce que
c'est lui qui est au coeur, là. Et ce qui est au coeur, c'est le patient qui
attend. Alors, nous, on vous rejoint
puis on est vraiment très contents de votre présentation, évidemment, et dans
l'esprit de votre présentation. Parce
que vous, vous êtes le récipiendaire des services quand vous avez accès aux
services, puis vous êtes la personne en attente dans la file quand vous
avez besoin de services, et vous représentez les usagers.
J'aurais une
première question à vous poser. Actuellement, là, avant même... On comprend,
là, puis j'ai compris votre point,
puis je suis tout à fait d'accord avec votre point, la situation pourrait être
meilleure. Mais, dans les dernières années, là, ou dans la dernière
année, vous n'avez pas vu de détérioration dans la dernière année?
M. Blain (Pierre) : M. le Président.
Le Président (M. Tanguay) : Oui.
M. Blain
(Pierre) : Effectivement,
nous, le Regroupement provincial des comités des usagers, on est un peu le
comité consultatif, si on peut dire, de la
population, nous recevons énormément. J'étais, la semaine dernière, dans une
résidence pour personnes âgées, ici, Côté-Jardin, et avec des gens formidables
d'un certain âge, et je leur posais la question : Est-ce que vous avez un
médecin? Ils disaient : Bien, on a un médecin dans la résidence. Donc,
pour moi, effectivement, les besoins sont
comblés. Comme tel, je n'ai pas vu effectivement de détérioration, sauf que je
n'ai pas vu non plus d'amélioration.
J'ai consulté aussi plusieurs
personnes parce que... Peut-être, certains d'entre vous le savez, mais j'ai
travaillé dans le milieu du sida
aussi, et c'est des problématiques de santé qui sont multiples. Donc, je me suis
renseigné pour voir avec des gens, des amis, des collègues, et d'autres
personnes, et aussi avec d'autres personnes qui ont des maladies chroniques, et, pour eux, ils disent, quand ils
sont traités par leurs médecins... Parce qu'ils ont un médecin de famille, ils
peuvent le faire. Et, pour eux justement,
quand on parle d'un rendez-vous, j'ai dit : Combien de fois par année
avez-vous un rendez-vous d'une heure
avec votre médecin? Bien, on n'en a pas. Autrement dit, ils ont accès, ça se
fait, et la qualité de l'acte est là.
Maintenant, la différence, c'est qu'il faut que tout le monde le mette de la
même façon et le comprenne.
Barrette : Parfait. Donc, je vous posais la question, évidemment elle
était un peu biaisée, parce que, souvent, bien des gens...
M. Blain
(Pierre) : Je vous connais.
Barrette : ...bien des gens affirment qu'avec les efforts de retour à
l'équilibre budgétaire on coupe des services. Mais vous qui parlez au
nom des usagers, là, vous n'avez pas une recrudescence de plaintes à cet
effet-là?
M. Blain
(Pierre) : Absolument pas.
Barrette : Mais, au fil des années, je comprends que vous avez observé
que l'offre, là, sur une période de 15 ans, n'allait pas en
augmentant, elle allait plutôt en diminuant. Est-ce que je me trompe?
M. Blain (Pierre) : Absolument. Selon nous justement... Et ça, ce sont les chiffres qui
parlent. Comme je vous dis, dans
certains cas, les chiffres, on en fait ce qu'on veut, mais, dans ce cas-ci, je
pense qu'ils sont extrêmement importants. Il y a eu diminution du nombre d'actes. Il y a une tendance qui se
manifeste aussi, et on l'a vu avec des groupes de médecins, des groupes de jeunes médecins qui disent :
Bien, nous, on veut justement, peut-être, avoir une autre qualité de vie qu'on
n'avait pas dans le temps. Mais, pour moi
comme tel, on n'a pas de
détérioration comme telle, mais je pense qu'il faut qu'on améliore.
que vous disiez ce matin, en ouverture, M. le ministre, concernant le moins 24 °C, moi, je dis aux usagers,
quand ils m'appellent puis : «J'ai été obligé d'attendre dehors avec mon
petit bébé», bien, je dis : Allez à l'urgence. J'aime mieux que vous alliez à l'urgence. Comme ça, au moins, vous allez
être assis à l'intérieur puis vous ne serez pas sous la pluie. Mais ce n'est pas ça, un service de première ligne. Un
service de première ligne, c'est de pouvoir avoir accès, c'est de pouvoir organiser ses services pour qu'on
prenne un rendez-vous par Internet. C'est ça, un service de première
ligne, et c'est de ça qu'on a besoin, et c'est comme ça qu'il faut qu'on
l'organise.
Barrette : Et je suis bien d'accord avec vous. Et ce qui
m'impressionne dans ce que vous me dites, c'est que, et ça, je n'ai jamais été vraiment,
nécessairement, conscient de ça parce que... Je suis content que vous soyez là,
parce que souvent vous devez vous
sentir comme oubliés, là, dans tout cet appareil-là, là. Mais on vous appelle,
c'est ça que vous nous dites, là. Il y a plein de citoyens, patients,
citoyennes qui vous appellent parce qu'à toutes les portes qu'ils frappent,
bien, ça ne répond pas.
M. Blain (Pierre) : On reçoit des appels continuellement à nos bureaux, aussi dans des
courriels. Nous sommes justement le haut-parleur de ces usagers quand on
vient ici devant vous. Nous recevons ces plaintes-là. Le nombre de personnes qui sont désespérées : Je n'ai pas
de médecin de famille, qu'est-ce que je peux faire? Bien, je ne peux pas vous
aider, mais peut-être qu'on peut voir
ensemble des solutions. Et, oui, effectivement, il y a des choses à faire, mais
surtout il faut écouter. Mais le
problème, c'est une question d'organisation. On a suffisamment de médecins, on
l'a dit. Moi, j'ai rencontré des
médecins absolument formidables, j'ai eu un petit problème de santé récemment,
mais sauf qu'il y en avait trois. J'aurais peut-être pu en voir un seul
plutôt qu'en voir trois, alors les deux autres auraient pu faire autre chose.
donnais l'exemple aussi d'une personne diététique. En même temps qu'est
arrivé... qu'on a diagnostiqué à un de mes
amis qu'il pouvait être diabétique, pardon, en même temps il y a eu un de mes
employés qu'on disait qu'il pouvait être
diabétique. La différence de traitement entre les deux, c'est que le médecin,
dans un cas, a passé une heure avec lui pour lui dire : «Ne mange pas de tomates, il y a trop de sucre
là-dedans», et, à côté, c'était plutôt une diététicienne qui a donné les
mêmes conseils. C'est là justement, travailler en commun.
parle justement que 70 % des prescriptions des médicaments ne sont pas
respectées. Bien, je pense que c'est aux
pharmaciens à expliquer correctement comment prendre un médicament, et c'est
là, je pense, qu'à ce moment-là les médecins pourraient se concentrer sur
des choses essentielles.
Barrette : Parce que ça, ce que vous dites là, là, les usagers s'en
rendent compte, là. C'est ce que je comprends.
M. Blain (Pierre) : Ce que je vous dis là, moi, M. le ministre, c'est du gros bon sens.
Nous autres, on est plancher des
vaches. Et c'est ça qu'on nous dit et c'est ça que tout le monde nous dit quand
ils nous appellent : Moi, là, achalez-moi pas avec les chiffres, ce que je veux avoir, c'est accès à un médecin.
Et c'est ce qu'on vous demande, le droit d'avoir accès à un médecin. Et je pense qu'on a suffisamment de
médecins, on a suffisamment de médecins dédiés au Québec pour qu'on
puisse y avoir accès.
Barrette : O.K. Je reprends un peu les chiffres que vous avancez.
Vous, vous êtes confortable avec ce que vous avancez comme chiffres, là,
vous considérez que c'est des chiffres qui sont fiables, là.
M. Blain
(Pierre) : Bien, je ne vois pas
comment on peut être autrement. Ces chiffres-là, en passant, parce que plusieurs ont dit : On a été appelé trop tard
pour se préparer pour la commission parlementaire, j'ai présenté ces
chiffres-là, là, le 9 décembre
dernier. D'ailleurs, Mme Lamarre était à la même réunion que moi ici, à
Québec, Je les ai présentés à un journaliste
du Devoir . Donc, autrement dit, moi, déjà depuis le dépôt du projet
de loi, j'ai commencé à me préparer pour venir devant vous, parce que je
savais que j'étais pour être appelé.
Barrette : Vous aviez raison, puis je suis très surpris que d'autres
organisations n'aient pas eu la même certitude, mais ça, c'est une autre
affaire. Mais vous vous êtes préparé, et je vous en félicite et en remercie.
Écoutez, j'ai
envie de vous poser une autre question, mais une question d'usager, là, hein,
puis tantôt, là, vous avez dit, là...
Vous avez fait référence à un patient qui est très malade, qui a une maladie
plus sévère, plus chronique. Parce que
les maladies chroniques, on s'entend, ne sont pas toutes sévères, là, hein?
Parce qu'il y a beaucoup, beaucoup d'emphase mise là-dessus, puis les gens font l'équation souvent, dans, je dirais,
les groupes d'intérêts, là... maladie chronique, sévérité, ça ne va pas
nécessairement ensemble, on s'entend là-dessus, là.
M. Blain (Pierre) : Absolument.
Barrette : Et vous faisiez référence au fait qu'il y a... des
patients — et j'en
suis, là, je suis d'accord avec vous, là — peuvent avoir besoin d'être vus pendant une
heure, on s'entend là-dessus, il y a des patients plus lourds que d'autres.
Mais il y a des patients moins lourds. Vous,
là, dans votre organisation, je vois que les gens sur le terrain vous parlent
et, à la limite, se confient, parce que
probablement qu'il y a des gens qui vous disent des choses qu'ils ne diraient
pas à d'autres, ils n'iraient pas
devant une caméra raconter ça. Est-ce
que vous sentez, là, que, quand on a
un problème mineur, le fait d'être vu pendant 15, 20 minutes, là, c'est un
problème? Est-ce que les gens sortent de là en se disant constamment
insatisfaits, ou on peut conclure que, oui, oui, il y a des problèmes qui
peuvent se régler rapidement?
M. Blain
(Pierre) : Moi, je pense que,
d'abord, c'est une qualité de communication entre un professionnel et un
usager. C'est ça, la chose la plus
importante et c'est ça aussi qu'il faut que les professionnels apprennent à
faire. J'ai vu, malheureusement...
J'ai vécu une expérience extrêmement difficile dans ma vie, quand ma belle-mère
a été... devait avoir une chirurgie
cardiaque et que, le médecin, le chirurgien, de la façon qu'il lui parlait,
j'ai été obligé d'intervenir, et je lui disais : Vous ne parlerez pas à madame de cette façon-là, elle a
84 ans, elle est malade et, demain, elle est opérée, pouvez-vous
être raisonnable aussi dans la façon...
Donc, non, je pense que les médecins peuvent
donner un service de qualité, bien sûr, en comprenant bien la situation.
On a vu aujourd'hui, dans le journal, des problématiques, entre autres, avec une personne qui s'était suicidée. J'ai vécu exactement le même problème avec un de mes amis qui s'est suicidé, qui avait
vu trois médecins, qui était allé chercher des prescriptions partout,
mais c'est tout simplement qu'il y a un manque de coordination. Mais d'abord,
le médecin, il faut qu'il fasse son travail. Il faut qu'il le comprenne bien.
Barrette : Je vais aller toujours
dans cette direction-là, puis je suis content que vous l'abordiez, votre
réponse, je ne pensais pas que vous
alliez aller là, mais ça fait bien mon affaire, parce que, vous avez raison,
j'allais y revenir un petit peu plus
tard, puis vous allez comprendre où je veux aller... La communication, c'est
essentiel. Puis probablement que vous allez être d'accord si je dis que le citoyen,
là, parce que les citoyens ne sont pas tous des patients, là, ils ne se
rendent pas tous à l'hôpital, là, mais appelons-le le citoyen, il a un grand
lien de confiance avec son médecin.
M. Blain
(Pierre) : C'est le plus grand lien de confiance qu'on peut
avoir. Si on n'est pas capable de faire confiance à son médecin, à ce moment-là autant ne pas
remettre nos mains et notre vie, dans beaucoup de cas, à un médecin. Dans certains cas, on veut avoir une seconde opinion, bien sûr,
parce que, quand on arrive dans des problématiques plus
graves comme le cancer, on veut... ce n'est jamais vrai. Mais sauf que
la communication est l'élément essentiel.
Et c'est pour ça que j'ai beaucoup d'admiration
pour ce que l'Université de Montréal a fait avec sa faculté de communication, qu'ils montrent comment communiquer
à un médecin. Pour moi, c'est essentiel. Et d'ailleurs je l'ai vu même, maintenant, dans la communication que les jeunes médecins peuvent avoir. J'ai tombé
à terre, depuis quelques mois, quand je me présente dans un
cabinet de médecin puis qu'il me donne la main quand j'arrive : Bonjour.
Mais, mon Dieu! c'est le monde à l'envers.
Barrette : Alors, je vais
aller... Ah! puis vous avez tout à
fait... Oui, bien, j'ai tendance à
dire que vous avez raison, mais on ne
s'en ira pas là à matin, pas de mon bord. Mais je vais aller un cran plus loin.
Vous savez, dans le projet de loi, il y a
un concept qui s'appelle l'assiduité, et moi, je postule... puis vous me direz
ce que vous en pensez, là, parce
ce n'est pas une question à laquelle probablement vous vous
attendez, là. Il y a des gens qui disent que l'assiduité, ça ne marchera pas, hein? Il y a
des gens qui disent... Parce que nous, on dit : Chers médecins, adaptez votre
pratique à la population, affichez vos rendez-vous, et le patient,
quand il va en avoir besoin, il va venir chez vous. Et les gens disent :
Non, non, non, ils vont aller ailleurs, et
là je vais être pénalisé. Et moi, je postule, puis j'aimerais ça vous entendre là-dessus...
C'est que le citoyen, là, M. et Mme
Tout-le-monde, là, vous, moi, on va aller d'abord chez la personne qui
nous connaît et en qui on a confiance
avant d'aller voir une tierce
partie à qui on va devoir raconter à nouveau.
C'est le contraire : à partir du moment où le lien est là, l'assiduité va se
faire toute seule, à la condition que la disponibilité soit là.
Qu'est-ce que vous en pensez?
M. Blain (Pierre) : C'est pratiquement pareil
comme si j'étais d'accord avec vous tout le temps, ce qui n'est pas tout
à fait le cas, vous le savez.
Barrette : Non, je le sais,
la dernière fois, vous n'étiez pas d'accord avec moi tout le long, au projet de loi n° 10.
M. Blain (Pierre) : Non, mais ce que je veux dire, c'est que vous avez raison, parce que
moi, j'ai la chance d'être dans un
groupe... d'avoir un médecin, une femme médecin qui est dans un groupe de
médecine familiale et, à partir de ce moment-là,
je suis toujours rassuré parce que c'est toujours le même dossier qu'on voit,
peu importe, je n'ai pas besoin de
raconter à chaque fois mon histoire, parce que le dossier est là, et tout est
là. Par conséquent, je vois toujours, dans le fond, mon médecin, qui, elle, si jamais elle n'est pas là, pourrait me
rassurer en me passant à quelqu'un d'autre qui le fait.
Mais
moi, je ne vois pas... Présentement, justement, ce n'est pas la plainte que les
usagers ont. Oui, parfois, la plainte
qu'ils ont, c'est de dire : C'est difficile de voir même son médecin
attitré. Bien sûr, si c'est parce qu'on a une grippe, je pense que ce n'est pas nécessairement là qui
est la chose la plus importante, mais, dans un groupe de médecine familiale,
on est capables de le faire. Mais, quand c'est notre santé comme telle qui a
été diagnostiquée lors d'un rendez-vous d'examen
médical et qu'on a des suivis, je
pense que c'est là justement
l'assiduité qu'on doit avoir dans son médecin, principalement.
M. Barrette :
Et là je vais vous demander une question, je pense, difficile pour vous, là, parce
que ça vous demande un peu de porter un
jugement sur le grand public, là. Moi, je
pense que, si l'offre des services et
les plages de rendez-vous étaient plus grandes — puis c'est ça qui est l'objectif — ce n'est pas vrai que les patients vont se
garrocher pour aller voir le médecin
pour rien. C'est une crainte qui est souvent exprimée par les médecins. Dans le
projet de loi n° 20, ils me
disent : Oui, mais là, là, si vous mettez des plages, là, puis vous nous
forcez à afficher des plages, là il y a plein de monde qui vont se précipiter pour venir, puis ce ne sera pas nécessaire
qu'ils viennent. Qu'est-ce que vous en pensez, de ça?
M. Blain (Pierre) : Moi, je ne vois pas... Effectivement, ça, c'est... De toute façon,
c'étaient des propositions qui ont
été faites par la Fédération des médecins omnis, qui avait dit : On va
ouvrir des plages. Moi, je dis : Ce n'est pas la solution, ouvrir des plages. Ce n'est pas ça, le problème,
c'est d'avoir accès à un médecin de famille. C'est ça, la différence. Ouvrir des plages, c'est d'avoir accès à un
médecin, point. Ce n'est pas avoir accès à un médecin de famille. C'est ça, la
différence. Cependant, il faudrait que le
médecin de famille puisse avoir des plages pour voir ses patients, ses usagers,
ses propres personnes qu'il s'occupe,
quand ils doivent être vus par lui, parce qu'il juge important d'être vu par
son médecin. C'est ça, la plage ouverte.
Barrette : Alors, si je résume, là : Dans votre lecture, vous, de
l'angle de l'usager, là, qui regardez le système, dans votre lecture,
c'est clair qu'il y a de la capacité non offerte.
M. Blain (Pierre)
: Moi, j'ai été un peu renversé quand on a commencé à parler que justement
beaucoup de médecins préféraient travailler
à temps partiel. Et là je me suis rappelé mes vieux cours d'économie, là, la
pyramide de Maslow, là, qui dit
qu'une fois qu'on a comblé les besoins économiques de quelqu'un, après ça, ce
n'est plus ça qui compte, c'est la
qualité de vie, c'est la couleur de la Mercedes, peut-être, ou des choses comme
ça. Ce qui est important, c'est : Ayons
des médecins qui vont vouloir travailler. Et je pense que, même avec des
ouvertures, on est capables d'avoir accès à tout le monde. Mais qu'on ne
vienne pas nous dire : Présentement...
J'ai
lu d'autres choses aussi qui m'ont un peu troublé. D'entendre des médecins, des
jeunes médecins qui disent : Bien,
nous, on ne voudrait pas travailler tout seuls parce qu'on a peur, on n'est pas
capables de consulter... Je pense que tous
les médecins ont toujours consulté, même s'ils étaient en cabinet privé. Je me
souviens du Dr Badeau, quand j'avais 6 ans, puis qui n'était pas
sûr si j'avais une infection, puis qui appelait un de ses collègues, là. Donc,
je pense que ces consultations-là peuvent se faire. Donc, pour moi, c'est un
faux problème.
Barrette : Du côté de la PMA, si on va de l'autre côté du projet de
loi, est-ce que j'ai bien compris votre position à l'effet que vous
voulez... vous êtes en faveur d'une gradation des interventions permises?
M. Blain (Pierre) : Premièrement, pour nous... La première des choses, c'est un problème de
santé. Une femme qui a besoin d'avoir
assistance pour procréer, c'est un problème de santé. Par conséquent, on doit
lui donner des facilités pour qu'elle puisse le faire, c'est certain.
Ensuite
de ça, c'est les experts qui vont pouvoir nous dire l'âge, est-ce qu'il entre
en considération, est-ce que le
nombre, etc. Nous, on n'est pas en mesure de le dire, sauf que, nous, ce qu'on
sait, c'est que les personnes qui veulent avoir un enfant, des femmes
qui veulent avoir un enfant, et je dis bien : Des femmes qui veulent avoir
un enfant, à ce moment-là, devraient avoir la possibilité d'avoir des enfants.
Barrette : Vous n'avez pas pris formellement position quant aux modes
de soutien financier que l'on offre. Et, dans le mémoire, vous n'avez
pas pris...
M. Blain (Pierre) :
Non, on n'en a pas...
Barrette : Est-ce qu'il y a quand même des commentaires que vous
pouvez nous relayer du grand public que vous représentez?
M. Blain
(Pierre) : Oui. C'est bien sûr,
c'est un peu gênant de commencer à parler de gros sous dans ce temps-là,
sauf que je pense que... Si on établit des
balises et qu'on établit le nombre de possibilités, etc., je pense qu'à partir
de ce moment-là on va y répondre, à ces balises-là, et on va pouvoir le
faire. Moi, je pense... je ne sais pas. Je ne veux pas rentrer dans une guerre de chiffres pour savoir : Est-ce qu'on
devrait dépenser 100 millions ou 200 millions? Mais, pour moi,
c'est plutôt... plus général que ça.
Barrette : Sur le principe... En fait, je ne vous demande pas votre
opinion personnelle, je vous demande la perception que vous ressentez
des gens.
M. Blain
(Pierre) : La perception qu'on a reçue, parce que,
ça, on avait... Les commentaires qu'on vous a donnés là, c'est exactement
les mêmes commentaires, parce que nous avions été consultés par le Commissaire
à la santé, et j'ai pratiquement reproduit
textuellement ce que j'avais mis au Commissaire de la santé quand il a présenté
ses balises et qu'il a présenté son
mémoire. Nous, c'est exactement la même chose. Donc, par conséquent, on pense que
ça doit être restreint, ça doit être revu, qu'on doit restreindre
jusqu'à un certain point, et on pense surtout que ça doit être surtout dans des
établissements publics, parce qu'on a investi beaucoup, et je pense que c'est un
service essentiel, bien sûr.
Barrette : Une dernière chose : Est-ce que vous considérez que de
consulter avant d'édicter un règlement, c'est une bonne chose?
M. Blain
(Pierre) : Je ne voudrais pas
rentrer là-dedans. Pour moi, étant donné que j'ai été... Pour moi, chaque
commission fonctionne différemment. Je pense
qu'on est capables de faire valoir des choses et je pense qu'en passant
j'ai mis un peu de balises pour les directives qui devraient être mises en
place. Et je pense que c'est la tâche d'un parlementaire
de faire valoir ces points de vue là. Et je dis aussi : Je pense que, M.
le ministre, vous devriez retourner à la table de négociation avec les
fédérations de médecins.
M. Barrette : J'y suis à toutes les
semaines, mais je suis tout seul.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, je cède maintenant la
parole aux collègues de l'opposition officielle et, en ce sens, je cède
la parole à la collègue de Taillon pour une enveloppe de 12 minutes.
Lamarre : Merci beaucoup, M. le Président. Alors, M. Ménard,
M. Blain, bienvenue. Merci pour votre présentation. Vous savez que la dimension des usagers, des patients est
quelque chose qui est vraiment essentiel. Je suis porte-parole de l'opposition en santé et
accessibilité aux soins, et c'est une priorité pour moi. Dans ma pratique, j'ai
été à même de recevoir au quotidien
des milliers de gens qui, dans toutes sortes de contextes, subissaient des
conséquences d'un manque d'accès à notre système de santé.
Pendant tous
les débats qui ont eu lieu sur ce sujet-là, on a beaucoup fait référence à la
différence entre avoir un médecin de
famille, c'est-à-dire être inscrit auprès d'un médecin de famille, et avoir
accès vraiment à son médecin de famille
quand on est malade. Et on est capable de dire, dans l'accès à son médecin de
famille, d'avoir aussi une vision de
travail d'équipe, c'est-à-dire qu'à l'intérieur d'un groupe de médecins, si mon
médecin habituel n'est pas là mais qu'un autre médecin, qui a accès à mon dossier, à mes antécédents, à mon
histoire familiale, peut avoir accès, ce serait bon. La maladie, ça frappe le
soir, les fins de semaine. À quel endroit dans le projet de loi n° 20
voyez-vous une meilleure garantie d'accès au système de santé les soirs
et les fins de semaine?
M. Blain (Pierre) : À mon point de vue,
ce seront les engagements que les médecins devront prendre. La première des choses, si on parle d'accès à un
médecin de famille, c'est bien sûr accès à un cabinet. Pour moi, c'est... Le
soin primaire est donné d'abord par les cabinets de médecin. Par la suite,
quand on a besoin d'un autre niveau, on a
accès aux spécialistes et on a accès aux hôpitaux. Mais, comme tel, avoir accès
à un médecin de famille, c'est surtout pour prendre soin de sa santé en
général.
Ce que vous me
posez comme question, en réalité, c'est : Accès à un médecin, et, pour
moi, c'est là où, présentement, les
groupes de médecine familiale, même si on dit qu'ils doivent être ouverts de
8 heures le matin à 8 heures le soir, sept jours par semaine, mais je... de 8 heures à midi, ce
n'est par ailleurs pas suffisant pour avoir juste accès à un médecin,
parce qu'à ce moment-là le reste du système devra toujours continuer à
compenser l'accès comme tel à un médecin, pas à son médecin de famille mais à
un médecin.
Lamarre : Alors, je suis bien d'accord avec vous et je pense que
l'augmentation d'un volume d'actes... je
ne suis pas certaine qu'à ce moment-ci ça nous donne la garantie qu'on
recherche de l'étalement de ces actes-là. Et l'étalement de ces actes-là
est probablement une dimension très importante dans le manque d'accès qu'on a
actuellement.
Et je vous
dirais même que, pour tout le monde ici qui avons une préoccupation aussi de
faire que chaque dollar va être
utilisé de façon optimale... Si je prends l'exemple de quelqu'un qui a un zona,
si les symptômes commencent en après-midi, tous les rendez-vous ont été donnés,
et, ce patient-là, sa seule porte d'entrée actuellement, ça va être l'urgence
d'un hôpital, qui n'est pas optimale, parce
que ce n'est pas une priorité P1, P2, P3, P4. Ça va être un P4, P5. Et on a
besoin, par contre, d'avoir un traitement rapide dans cette maladie-là.
Donc, le projet de
loi n° 20, on le voit, il crée beaucoup de mécontentement, beaucoup
d'insatisfactions, avec certains effets où
on entend des médecins qui vont se dire : Moi, je vais prendre ma retraite
plus vite; moi, je vais changer ma pratique, je vais passer du système
public au système privé. Et pourtant, même si on augmente du volume, on n'a toujours
pas les garanties qu'on n'aura pas inutilement recours à l'urgence, qui
coûte très cher, hein, une consultation à l'urgence, ça, c'est 250 $
juste pour entrer puis ouvrir un dossier, alors que c'est autour de 30 $
si on va voir un médecin de famille,
puis ça pourrait peut-être être moins si on voyait une infirmière praticienne
spécialisée ou un pharmacien. Donc, comment
vous voyez, encore une fois, l'amélioration de cette garantie d'accès dans le
projet de loi n° 20? Qu'est-ce qui pourrait être amélioré pour
qu'on ait cette garantie d'accès là, cet étalement des heures?
M. Blain (Pierre)
: Si je peux me permettre, je dois vous donner raison dans beaucoup de
points là-dessus. Pour moi, c'est une
question d'organisation de services. Ça nous prend des cliniques qui sont
ouvertes peut-être 24 heures. Justement,
c'est une organisation autre. C'est aux médecins, peut-être, à organiser quelque
chose, semblable, pour faire en sorte qu'on puisse couvrir plus
largement un ensemble comme ça.
problème que j'ai déjà entendu dans le passé... Parce que j'étais président de
la fondation d'un hôpital, et nous autres,
on avait voulu payer un médecin à l'urgence, mais on disait : Non, vous ne
pouvez pas faire ça, parce qu'on n'est pas
certains d'avoir le volume. Alors, le problème va se reposer encore une fois de
la même façon, c'est-à-dire... Ça va être
encore une fois une question de gros sous : Est-ce que je vais faire assez
d'argent si je reste ouvert 24 heures par jour?, malheureusement. Par conséquent, est-ce qu'il faut aller plutôt vers une
autre forme de rémunération? Est-ce qu'il faudrait plutôt revenir à
l'idée de nos CLSC qui pourraient, eux, être ouverts plus loin?
Moi,
c'est drôle, hein, en France — encore une fois, je vais vous parler de la
France, mais j'ai beaucoup d'amis médecins
français, mais qui sont salariés — ce sont des salariés. Ils ne sont pas des
personnes qui sont traitées à l'acte. Ils
sont salariés. Je ne vous dis pas qu'ils travaillent 24 heures par jour,
là, ce n'est pas ça que je vous dis, sauf qu'on a un accès beaucoup plus facile à partir de ce
moment-là. Mais je pense que c'est une question... Et vous avez tout à fait
raison, peut-être que le projet de
loi ne rentre pas là-dedans, pour cette partie-là, mais, pour moi, c'est une
question d'accessibilité, c'est une question d'organisation.
Mme Lamarre : J'apprécie beaucoup toute la dimension que vous
avez faite au niveau des comparaisons. Vous savez que c'est sûr qu'on a des chiffres. Au briefing technique, le
ministère nous a donné d'autres chiffres. Et on peut vraiment aller dans
des guerres de chiffres et des interprétations de chiffres et d'heures
travaillées, de jours travaillés, inclure
des heures de formation, et tout ça. Il reste qu'un médecin de famille ne fait
pas que voir des patients, il doit aussi analyser des résultats de laboratoire, il doit aussi préparer ses
rendez-vous avec les médecins, il doit faire des suivis, des rappels
téléphoniques de patients le soir, et tout ça.
vois aussi que vous avez regardé... Puis vous êtes le Regroupement provincial
des comités des usagers, donc vous
devez aussi avoir des liens avec d'autres provinces. Par exemple, en Ontario,
les médecins de famille ne sont pas soumis
à des activités médicales particulières à l'hôpital, à tout le moins. Comment
vous voyez ça, comme différence? Et,
quand vous rencontrez des gens en Ontario, qu'est-ce qu'ils vous disent par rapport
à l'utilisation des médecins de famille,
et aux spécialistes aussi, parce qu'il y a un travail qui se répartit? Qui fait
les heures que les médecins de famille font en activités médicales
particulières dans les urgences en Ontario? Qui les fait, ces heures-là?
M. Blain (Pierre) : Je suis sûr que M. le président va me permettre de parler jusqu'à 4
heures cet après-midi sur ce sujet-là.
Le Président (M.
Tanguay) : De consentement, on peut tout faire.
M. Blain (Pierre) : Vous avez tout à fait raison. Et c'est la différence majeure qu'on a
entre le Québec et, peut-être, d'autres provinces. Je ne vous dis pas
que c'est aussi bon, là, en Ontario, ce n'est pas ce que je dis du tout. Il y a
un système d'organisation qui est différent. Les médecins à qui j'ai parlé et
les usagers aussi... Parce que notre système comme
tel est à peu près unique. Effectivement, nous, ici, on a fait le choix de
demander aux médecins de s'orienter... de
faire du travail aussi en centre hospitalier, et, pour moi, c'est un choix de
société qu'on a fait. Est-ce que c'est le bon choix? Bien, c'est à vous de le juger. Mais moi, pour les médecins à qui
j'ai parlé en Ontario — parce que j'ai des amis même
là — ils me
disent : Bien, nous autres, on ne voudrait plus retourner dans le système
du Québec. Parce que plusieurs médecins
du Québec ont été de l'autre côté, parce que, pour eux, ils pensent qu'ils sont
capables de mieux se concentrer sur la problématique de leurs médecins.
C'est
pour ça qu'on a été bien naïfs dans nos chiffres, hein, comme vous le voyez. On
n'a même pas calculé, dans les
heures... On a mis les heures d'activités médicales particulières, mais on n'a
pas calculé si ça devait rentrer dans un décompte. On n'a pas voulu rentrer
là-dedans. Mais, oui, vous avez raison, peut-être
que notre système au Québec devrait être
repensé pour que justement les hôpitaux soient peut-être
desservis différemment. Est-ce que c'est envisageable? Je ne le sais pas, je
ne suis pas un spécialiste là-dedans, mais sauf qu'on voit ailleurs des choses
qui se passent.
Lamarre : Au niveau
de la procréation assistée, qu'est-ce
que c'est, la réaction des usagers? Parce que
vous représentez ces usagers. On
pense souvent aux usagers âgés, mais, dans ce cas-ci, ce sont des usagers
jeunes, des couples qui recherchent à avoir un enfant. Comment ils
réagissent par rapport au projet de loi?
Blain (Pierre) : La peur, oui, effectivement, parce qu'on ne veut pas être restreint dans son choix. La
différence aussi, quand une femme
décide d'avoir un enfant, ça peut se passer peut-être à un âge différent dans
sa vie. Plusieurs femmes maintenant
ont décidé d'avoir des enfants vers la fin de la trentaine, et c'est peut-être
juste à ce moment-là que le problème peut se poser.
conséquent, oui, ce qu'on a entendu, c'est des gens nous dire : Bien, on
ne voudrait pas avoir de restriction. Mais,
pour moi, entre ne pas avoir de restriction et d'avoir juste un bar ouvert, je
pense qu'il y a une marge à faire, et, à ce moment-là, je pense que vous
autres, vous aurez... en mesure de peut-être balancer cette marge-là. Mais,
oui, il y a présentement une peur qui
peut s'établir, mais sauf que je pense que vous pouvez les rassurer facilement
en faisant ça.
Lamarre : On est tout à fait
d'accord, tout le monde, je pense, sur le fait que le projet de loi qui a été
adopté à l'époque, en 2012, par le
ministre Bolduc était un projet de loi qui méritait d'être recadré. Maintenant,
quand on recadre, des fois on cadre
trop petit. Et là on a un peu le sentiment, lorsqu'on entend les gens, de dire
qu'on a créé un désincitatif à la
procréation médicalement assistée et qu'on fait en quelque sorte un obstacle à
l'accès, parce qu'on demande aux gens de
débourser d'avance pour quelque chose qui, malheureusement, ne donne pas un
résultat garanti. Et, même s'il y a des remboursements prévus, il reste qu'il y a un investissement de base à
faire. Est-ce que des gens vous ont parlé du fait que cette situation-là
les empêcherait finalement de demander accès à la procréation assistée, des
usagers éventuels?
M. Blain
(Pierre) : Oui, bien sûr. On veut
s'assurer que, justement, un problème d'argent ne devienne pas une contrainte. Ça, c'est une chose qui est
importante. Si c'est un problème de santé, il ne faut pas que ça devienne une
contrainte pour ne pas avoir
d'enfant, si le diagnostic a été posé et qu'on peut avoir un enfant peut-être
avec des moyens. Et c'est là la différence aussi et c'est là où il faut
revoir peut-être certains aspects du projet de loi.
Président (M. Tanguay) : Ceci met fin donc à la période de temps
dévolu aux représentants de l'opposition officielle. Je cède maintenant
la parole au collègue de Lévis, je crois, pour une période de huit minutes.
M. Paradis
(Lévis) : Merci, M. le
Président. Bienvenue, M. Blain, bienvenue, M. Ménard. Content de vous revoir
également, content de vous entendre. Content
parce que vous représentez ceux pour qui on parle aujourd'hui dans un projet
qui manifestement les touche. Et c'est à travers ce discours-là et cette
vision-là, je pense, qu'on devra prendre des décisions
et qu'on devra surtout travailler. Vous en êtes. Et vous m'avez fait sourire
tout à l'heure, parce que vous me disiez
et vous nous disiez : Vous savez, il y a des gens qui disent qu'on n'a pas
eu le temps de se préparer, mais je l'étais. M. Blain, on vous aurait demandé de vous présenter il y a deux ans,
vous auriez été prêt, hein? Vous êtes toujours prêt à vous présenter,
parce que vous les suivez de près, et j'apprécie.
La perception
du patient, j'y reviens. On a donné beaucoup de chiffres, vous en donnez
également, et il s'est dit des choses
sur la force de travail, le nombre de jours travaillés et puis, bon, le médecin
qui veut en faire moins, le médecin veut
en faire plus. Quelle est la perception de ceux que vous représentez? Est-ce
que les gens ont l'impression que les médecins ne travaillent pas assez?
Quelle est la perception de l'usager et du client sur le système actuel?
M. Blain
(Pierre) : Moi, j'ai l'impression plutôt que ce n'est pas que
le médecin ne travaille pas. Plutôt, c'est qu'il n'y en a pas assez. Et
c'est ça, la différence, je pense. Les médecins offrent des services et, dans
certains cas, l'usager ne sait pas où aller le chercher. Si le
groupe de médecine familiale était vraiment mis en place, si on travaillait en collectivité,
à ce moment-là on saurait qu'on peut se présenter dans notre clinique, et on
pourrait avoir des choses, puis on pourrait
être servi rapidement parce que... Je prends le mot, intentionnellement,
«servi» parce que, pour moi aussi, ça en fait
partie de ça, c'est du
service, et, pour moi, c'est là, c'est une question d'organisation. Donc, non, ce n'est pas que les médecins ne travaillent pas, ce n'est pas ça. C'est qu'on a l'impression
qu'ils ne sont pas là, qu'il n'y en a pas assez. Le médecin imaginaire
plutôt que le malade imaginaire.
M. Paradis (Lévis) : M. Ménard.
M. Ménard
(Claude) : Je vais vous donner un
exemple que j'ai vécu tout récemment. Une bonne amie à moi a besoin d'une réquisition pour une mammographie,
pour une chirurgie quelconque, contacte son médecin de famille, et le
médecin de famille dit : Je veux te voir pour pouvoir signer ta
réquisition. Est-ce qu'il y a obligation, est-ce qu'il y a nécessité? Quand on parle d'organisation du travail, je pense qu'une autre personne aurait pu prendre sa place
puis, un, sous l'autorisation du
médecin, remplir la réquisition sans être obligée de voir cette personne-là.
Quand on parle d'organisation de travail, je pense qu'il faut revoir
certains aspects au niveau de façon de faire.
M. Paradis
(Lévis) : Je m'accroche à ce
que vous me dites là, vous l'avez dit également, M. Blain, vous avez dit «gestion», et vous avez raconté l'histoire de
cette personne qui passe une heure avec le médecin pour avoir des conseils en
diététique, alors qu'on aurait pu faire le
travail autrement. Pourquoi ça ne se fait pas, selon vous, actuellement? Pourquoi on ne délègue pas
comme ça? Est-ce que le mode de rémunération actuellement... Est-ce que la façon de faire fait en sorte qu'on n'a
pas ce réflexe-là?
M. Blain
(Pierre) : Je ne pense pas que ça soit une question
juste de rémunération. Je pense que c'est plutôt une question de
mentalité de certains médecins. On l'a vu, bon, on vient de commencer à vouloir
déléguer les actes à des infirmières, on
vient de commencer de vouloir déléguer des actes à des pharmaciens, et je pense
que c'est ça plus qu'autre chose. C'est un vieux
réflexe, c'est le vieux réflexe justement d'un système de santé qui était paternaliste
puis qui commence à être dépassé.
M. Paradis (Lévis) : Le ministre disait tout à l'heure, il a commencé sa phrase comme ça, il
a dit : «Il y en a qui disent»,
pour amener une situation et vous la faire commenter. Je vais faire la même
chose : Il y en a qui disent que, si on modifiait le mode de rémunération en introduisant le principe de la
prise en charge du patient, et pas seulement l'acte, qu'on s'occupe d'un patient
puis on est rémunéré pour le patient qu'on s'occupe, on se l'approprie, on a un
incitatif de suivre un patient, que,
si on rééquilibrait cette méthode de rémunération là avec une méthode mixte, on
se donnerait une chance. Vous réagissez comment?
M. Blain (Pierre) : Vous avez tout à fait raison. C'est là-dessus qu'on conclut notre
mémoire, à ce niveau-là. On pense que, présentement, ce n'est pas juste le fait
d'avoir de la rémunération à l'acte, il faut maintenant qu'on passe dans
une autre façon de rémunérer, c'est-à-dire à l'activité et peut-être un système
mixte. Certains disent qu'il faut revenir peut-être
au concept même du salariat. Bien, réfléchissons ensemble, mais je pense que la
prise en charge à l'activité, je pense,
pourrait solutionner beaucoup de choses. Et, à partir de ce moment-là, la prise
en charge de l'activité, en passant, c'est
parce qu'un établissement de santé, un hôpital va passer un contrat avec un
médecin pour lui dire : Tu vas le suivre, et on va te rémunérer en fonction de ça, puis ça va être un ensemble. Et
c'est ça, je pense, qui est une chose importante.
M. Paradis (Lévis) : M. Blain, on a parlé de temps de consultation aussi, il y a peu de
temps, vous l'avez abordé dans votre
mémoire. Est-ce que vous sentez là une inquiétude de la population également?
Parce qu'il a été dit... Et les médecins
ont même dit : Écoutez, si on nous met des quotas, si on nous met une
charge supplémentaire... Parce que tous les médecins ne voudront pas travailler de la même façon, ne supporteront
pas de la même façon. Est-ce que vous sentez cette inquiétude d'une personne qui dit : On ne
prend plus le temps de me parler? Parce qu'il y a aussi cette notion importante,
vous l'avez évoquée dans le cas de votre
mère, prendre le temps d'expliquer, de comprendre puis, à l'occasion, bien, de
répéter, parce que l'usager, le patient a besoin de se faire répéter des
choses. Craignez-vous que le projet de loi, tel que décrit, modifie la
façon de faire et inquiète l'usager?
M. Blain (Pierre) : Vous me permettrez d'être poli : Disons que je pense qu'on essaie
de faire peur au monde, malheureusement, et, pour moi, si on fait peur
au monde, ils vont avoir peur, c'est certain.
Oui,
effectivement, le problème, c'est qu'on veut avoir accès à son médecin, on veut
pouvoir lui parler correctement puis
on veut pouvoir comprendre ce qu'il nous dit. Le problème est là. Nous,
présentement, on essaie de donner des outils aux usagers. Je suis en
train de préparer, là, une espèce de petit guide de questions qu'on va donner à
l'usager.
problème, là, c'est quand on sort du cabinet du médecin puis qu'on nous a donné
des grands noms puis toutes sortes d'affaires, on ne sait pas quelle
maladie qu'on a en réalité, et il faut qu'on l'écrive. Je pense que c'est là aussi
qu'il y a une relation qui doit s'établir
avec le médecin. Il faut qu'on travaille avec les médecins pour qu'on puisse
avoir justement des solutions pour
que l'usager comme tel comprenne bien ce qu'on lui dit et aussi puisse suivre
correctement ses traitements. Oui, autrement, il va avoir peur.
M. Paradis (Lévis) : Je saute à une autre question, parce que je ne sais pas le temps qu'il
me reste, et puis je voulais l'aborder également, M. le Président.
Le Président (M.
Tanguay) : Un peu moins... 1 min 30 s.
M. Paradis (Lévis) : Ah! O.K. On va tomber à celle-là. J'en ai tellement à vous poser. Je
reviens sur la procréation assistée,
puis sachant et comprenant que vous n'avez pas nécessairement étudié le phénomène
dans son ensemble, en chiffrant, et
tout ça, mais comprenons bien, à travers vos propos, dans la mesure où on parle
de services offerts aux femmes qui présentent
une condition médicale d'infertilité — c'est un programme jeune, depuis 2010 qu'on
a un programme tel qu'il est là, il a
seulement quatre ans — avez-vous l'impression que, si on se contentait de gérer les abus, de faire en sorte de replacer dans le contexte et
d'éviter qu'il y ait des dérives, dans sa forme actuelle, le système, il est
valable et solide?
M. Blain (Pierre) : Oui, absolument. Et là la différence est le nombre de fois, on peut mettre des balises, est-ce que c'est vraiment essentiel, etc.?
Oui, je pense que vous avez raison, on pourrait peut-être mieux gérer à ce
niveau-là.
M. Paradis
(Lévis) : Oui. Je compléterai...
Le Président (M.
Tanguay) : 40 secondes, 40 secondes.
M. Paradis (Lévis) : Je compléterai, M. le
Président. M. Blain, vous dites que
vous déplorez que l'on en soit venu à devoir
légiférer pour s'assurer que chaque usager ait un médecin de famille. Ce que vous nous dites, c'est qu'il
y a moyen de faire autrement. Écoutons les suggestions, agissons autrement, pas obligé de passer par
un projet de loi qui en inquiète plus d'un.
M. Blain
(Pierre) : C'est une question d'argent, c'est une question de négociation.
M. Paradis (Lévis) : Merci, M.
Blain.
Le Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, nous cédons maintenant
la parole à notre collègue député
de Mercier pour trois minutes.
M. Khadir : Merci,
M. le Président. Messieurs,
bienvenue. Vous avez mis le doigt... En fait, notre système de santé, on en convient tous, a
une maladie qui s'appelle faible accessibilité aux médecins, chez la population. En fait, on est la province canadienne
qui a le plus de difficultés, 26 %. Les meilleures sont la Colombie-Britannique et l'Ontario, par
exemple, avec d'autres petites provinces, qui sont plus petites en termes de territoire. Mais l'Ontario et la Colombie-Britannique,
qui se comparent à nous, ont mis des
réformes en place depuis à peu près 10 ans, mais qui ne sont pas du tout... qui
ne vont pas du tout, du tout dans le sens de ce que propose le ministre
actuellement...
Une voix :
...c'est sûr.
M. Khadir :
...des réformes qui ajustent le financement, agissent en fait sur ce que vous
avez dit, par exemple le partage des
tâches entre les différents intervenants, une... Vous savez que le projet de
loi actuel n'en a pas? Êtes-vous
conscient de ça?
M. Blain
(Pierre) : Oui.
M. Khadir : Vous avez mis le doigt sur le fait qu'il faut
des pratiques plus collectives. Est-ce
que vous avez vu quelque chose
dans le projet de loi qui adresse ce problème-là?
M. Blain
(Pierre) : Non.
M. Khadir :
Non. Vous avez parlé du fait que les 19 000 praticiens au Québec, les
médecins, se considèrent actuellement comme
des entreprises individuelles et qu'il faudrait revoir ça, cette
organisation-là, et pour une meilleure reddition de comptes. Est-ce
qu'il y a quelque chose que vous avez vu dans le projet de loi qui va dans ce
sens-là?
M. Blain
(Pierre) : Présenté comme ça, non, absolument pas.
M. Khadir : Non. Ensuite, vous avez dit qu'on a besoin de
revoir la rémunération. La rémunération à l'acte, telle que pratiquée
actuellement, introduit des problèmes. Vous avez vu des systèmes, par exemple,
où des médecins étaient employés,
recevaient un... étaient au salariat, et ça semblait mieux fonctionner. Est-ce
que vous avez vu quelque chose dans le projet de loi qui va dans ce
sens-là?
M. Blain
(Pierre) : Ce que je vois, c'est possiblement avoir un accès supérieur
à un médecin, alors...
M. Khadir :
Mais, le changement de... tu sais, revoir le modèle de rémunération pour l'équilibrer
autrement, est-ce que vous voyez quelque chose dans le projet de loi?
M. Blain
(Pierre) : Présenté comme ça, non, pas vraiment.
M. Khadir : Non. Vous avez dit que vous pensez, en réponse à
mon collègue, que, pour ce qui est de la procréation assistée, si on évitait les dérives, on pourrait fonctionner avec, disons, le cadre actuel, et ça
pourrait bien fonctionner. Donc, en
fait, vous ne partagez pas parfaitement le point de vue du ministre, dans son
projet de loi, qui veut sabrer de manière assez importante dans
l'accessibilité à la procréation assistée.
M. Blain (Pierre) : C'est que, pour moi, de la
façon que je comprends le projet
de loi, c'est un accès à un médecin, à
un médecin de famille, et, pour y arriver, on y met justement un contrat entre
un médecin et l'État pour qu'il puisse prendre en charge un certain nombre de
personnes. Ce que vous me parlez, c'est d'une organisation autre, ce qui n'est
pas la même chose.
M. Khadir :
Loin de moi, messieurs, l'idée d'essayer de prendre en défaut qui que ce soit, mais je
comprends que vous avez tenté d'être...
Le Président (M.
Tanguay) : Quelques secondes.
M. Khadir : ...courtois avec le ministre,
donc vous avez appuyé le projet de
loi. Mais, pour l'essentiel, pour ce qui est du contenu, vous avez
énormément d'opinions qui divergent complètement...
Le Président (M.
Tanguay) : Merci.
M. Khadir :
...avec le contenu du projet de loi.
M. Blain (Pierre) : Ce n'est pas tant d'opinions qui divergent que des suggestions pour
qu'on puisse solutionner...
Blain (Pierre) : Exact.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, nous vous remercions, bien évidemment, donc vous, les
représentants du Regroupement provincial des comités d'usagers.
J'invite
maintenant nos prochains invités, les représentants de l'Association des jeunes médecins du Québec,
à prendre place. Et nous suspendons quelques instants.
(Suspension de la séance à
11 h 5)
Le Président (M.
Tanguay) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Nous recevons maintenant
les représentants de l'Association des
jeunes médecins du Québec. Alors, bienvenue à votre Assemblée nationale. Vous disposez d'une période de
10 minutes de présentation. Par la suite s'ensuivra un échange avec les parlementaires. Alors, la parole est à vous. S'il vous plaît, bien prendre soin de vous nommer, de nous donner
vos fonctions, et par la suite vous disposez de 10 minutes. Merci.
M. Gladu
(François-Pierre) : D'accord. Donc, François-Pierre Gladu, président
de l'Association des jeunes médecins depuis
quelques années. Je suis médecin de famille à Montréal, en cabinet et en
établissement. Ma collègue...
Mme Dougherty (Élizabeth) : Élizabeth Dougherty, médecin de famille, membre
de l'AJMQ et aussi à l'exécutif de
l'AJMQ, médecin de famille à Saint-Hyacinthe, en établissement et en cabinet, et aussi
professeur d'enseignement clinique à l'Université de Sherbrooke.
M. Gladu (François-Pierre) : On a demandé à des collègues spécialistes de venir
aujourd'hui, de d'autres spécialités,
mais ils ont dit que ça les touchait moins, donc finalement on est deux
médecins de famille ici aujourd'hui.
L'Association
des jeunes médecins, qu'est-ce que c'est? Donc, c'est une association dont la
mission est la promotion de l'équité
intergénérationnelle entre médecins et de l'accessibilité à des services
médicaux d'excellente qualité. Bien oui, c'est dans l'article 4 de notre règlement général. Donc,
contrairement aux autres syndicats, notre but, ce n'est pas seulement
les intérêts des médecins.
Tout
en appuyant très clairement l'objectif du projet de loi d'améliorer
l'accessibilité, l'AJMQ déplore d'abord l'absence de transparence quant aux règlements qui en découleront.
Alors, les parlementaires, en ce moment, vous allez devoir vous forger une opinion sur un projet de
loi qui est, grosso modo, une coquille vide et qui n'a pas les règlements
d'application.
Avec
12 % plus de médecins de famille per capita que dans le reste du Canada,
on note au Québec la plus grande proportion de patients orphelins. Je
vous dirais à ce sujet-là que c'est nous autres qui avons tiré la sonnette
d'alarme en 2005, il y a 10 ans. Donc,
2 millions de Québécois sans médecin de famille, ça vient de nous ça. Ça a
été repris par la suite. Il y a eu un
article scientifique, dans le journal des médecins de famille du Canada, qui a été fait à cette époque-là.
principale cause est la répartition du travail des médecins de famille, caractérisée par un
hospitalocentrisme unique au Canada,
au détriment de la pratique en cabinet. Cette situation découle de plusieurs
décisions non avisées de l'administration
provinciale depuis 25 ans, dont les activités médicales prioritaires — ce qu'on appelle les AMP à partir de
maintenant, pour aller plus vite — la notion du lui-même dans la Loi
médicale — sur
lequel on pourra parler plus tard — les
plafonds de revenus trimestriels qui ont été imposés aux cabinets dans les
années 80, la diminution du nombre d'admissions en médecine dans les années 90, et les plans régionaux
d'effectifs médicaux dont l'application a été très rigide, avec
multiples effets secondaires.
est à noter qu'aucune des mesures coercitives que je viens de noter n'ont été
reprises... il n'y en a aucune qui a été reprise par les autres juridictions,
soit provinciale ou à l'international. Le Québec fait figure de cavalier
seul là-dedans. Ces mesures ont eu comme conséquences l'explosion
des dépenses en deuxième et en troisième ligne hospitalière et des coûts
de gestion accrus à cause d'un contrôle bureaucratique excessif. Autrement dit,
l'argent, au lieu d'aller vers le patient,
s'en va dans les bureaux pour gérer tout ça. En somme, l'implication des
médecins de famille en établissement,
si nécessaire soit-elle, en partie, est devenue
disproportionnée au détriment de l'offre de médecins de famille en première
ligne, dédiés à la prise en charge et au suivi des patients afin qu'ils
n'aillent pas du tout à l'hôpital.
lieu de prendre acte des meilleurs résultats des autres provinces et d'abolir
ces mesures bureaucratiques, le projet
de loi n° 20 en rajoute, notamment
en augmentant contre toute logique l'activité hospitalière obligatoire de 20 à
25 ans.
projet de loi n° 20 repose sur des prémisses erronées tant en ce
qui a trait au nombre de jours travaillés, d'heures travaillées par les médecins de famille qu'à la
hauteur de l'investissement relatif en santé au Québec,
qu'à l'impact des mesures favorisant
la prise en charge qui ont été prises jusqu'ici par l'administration provinciale. En fixant des quotas de patients pris en charge et en pénalisant la consultation d'un médecin
à l'endroit de son patient, le projet
de loi n° 20 va à l'encontre des obligations déontologiques du
médecin — le
Collège des médecins pourra vous en
parler plus tard. Un système de
quotas, on a tous vu ce que ça a donné en URSS dans la fin des
années 90 : ça explose, ça crée des pénuries. Et c'est
exactement ce que l'on vit actuellement.
Le projet de loi n° 20 a aussi
d'autres conséquences. Il incitera à la sélection de patients probablement plus
en bonne santé, plus propices à
l'atteinte des quotas et de l'assiduité voulue par le projet de loi n° 20,
ce qui va mettre la hache dans la qualité de la prise en charge dans,
comme M. Paradis en parlait tout à l'heure, l'écoute, la polyvalence aussi qu'amène
la pratique de groupe en cabinet. En outre, l'application du projet de loi
sonnera le glas de la pratique de la médecine familiale dans des pointes
d'expertise, en soutien aux programmes des établissements de santé, pour les
clientèles vulnérables. On pourra en discuter plus tard, quels types de
cliniques spécialisées.
L'AJMQ... Ah! pardon,
je vais faire un petit quelque chose sur les quotas à nouveau. L'AJMQ propose
plutôt d'abolir les AMP, les contraintes
bureaucratiques qui existent actuellement, afin de permettre aux médecins qui
ont l'intérêt ou les habiletés d'être
à l'hôpital de continuer à conserver une pratique à l'hôpital, mais, pour ceux
qui auraient un intérêt à aller en
cabinet, bien, de revenir davantage vers le cabinet, comme c'est le cas dans
les autres provinces. Pourquoi choisir des
quotas plutôt que l'abolition progressive des AMP? Bien, il faut se rendre
compte que les AMP, ça a été comme un coup
de volant violent à gauche dans les années 90, encore une fois, au
début 2000, et que le p.l. n° 20, c'est un coup violent de volant à droite pour ramener le monde vers les
cabinets. Bien, vous savez, quand vous faites ça en automobile, où vous
vous retrouvez? Vous vous retrouvez dans le fossé, et c'est ce qu'il risque
d'arriver.
Donc,
les solutions que l'AJMQ prône. L'abolition progressive des AMP. Donc, sur deux
ans, à chaque six mois, on libère des cohortes de cinq ans de pratique,
donc les 15 à 20 ans qu'on libérerait d'abord. Six mois plus tard, s'il
n'y a pas de bris de service, si, en effet,
il y a une diminution de la demande hospitalière, comme on prévoit, on passe
aux 10
à 15 ans, etc. Donc, il y a une manière raisonnable, progressive,
sécuritaire de le faire et de revenir vers la normalité de
l'organisation en première ligne qui a cours dans les autres provinces.
Également,
l'augmentation du ratio de médecins de famille par rapport aux autres médecins
spécialistes. Pourquoi c'est
important? Bien, c'est que le médecin de famille a un rôle de coordination.
Donc, autrement dit, quand on a un médecin de famille — et ça,
les évidences scientifiques tant internationales qu'intranationales le
montrent, et vous avez les références à
la fin de notre mémoire — donc ça diminue de 50 % le recours à l'urgence, de 33 %
les hospitalisations et de 33 % les coûts de santé — donc on parle d'imagerie, laboratoire, investigation, etc. — et de 19 % la mortalité. Donc, c'est
quand même majeur comme évidences
scientifiques, et c'est pour ça que c'est important de garder ce rôle de
coordination là devant une médecine qui, autrement, est devenue
hyperspécialisée dans tous les autres domaines.
Finalement,
la rémunération par le médecin de famille de la coordination de ces soins-là.
C'est quelque chose qui n'existe pas,
qui existe en médecine dentaire, qui existe en pharmacie, mais pas pour le
médecin, dans la Loi médicale. Donc, ça, c'est qu'on appelle la notion
du lui-même, qu'il faudrait abolir.
valorisation de la prise en charge des patients dans les enveloppes
budgétaires. Donc, tout ça peut se faire à même les enveloppes actuelles. Il n'est pas question de mettre plus d'argent,
à moins qu'on en ait éventuellement, puis je vais vous expliquer pourquoi après. Mais, dans les
enveloppes budgétaires actuelles, on peut favoriser la prise en charge, par
exemple en rémunérant davantage quand un
patient expose trois, quatre, cinq problèmes dans une visite plutôt qu'un
patient qui est vu pour un problème ponctuel uniquement, ce qui n'est pas
le cas depuis 40 ans.
finalement, bien, je rajouterais la révision complète des plans régionaux
d'effectifs médicaux, qui a donné lieu à
toutes sortes de problèmes, par exemple un médecin qui ne peut pas prendre en
charge la clientèle dans une région X, par exemple Charlevoix, mais qui pourrait y aller faire du dépannage à
hauts frais, à grands frais pour l'État, ce qui est totalement illogique, et le réinvestissement de
l'État en première ligne. Alors, pourquoi? Bien, c'est qu'on s'est rendu
compte... et ça, c'est des statistiques
objectives que l'Institut canadien d'information sur la santé publie, ça, à
chaque année depuis une dizaine
d'années — c'est un
organisme fédéral — et on
s'est rendu compte que le Québec était la dernière province pour ce qui est du financement de la
santé au Canada. Donc, on parle d'un écart de 1 milliard, juste en
première ligne, pour les médecins,
donc les financements de cabinet, et de 2,8 milliards au total en santé,
ce qui est majeur. Alors, on n'est
même pas la cinquième ou sixième province canadienne, on est la dernière
province canadienne de ce côté-là.
Donc,
évidemment, une fois que l'État pourrait y voir son intérêt, un
réinvestissement en première ligne pourrait occasionner un retour sur
l'investissement de 150 %. Comment on le sait? C'est que la
Colombie-Britannique avait les mêmes défis
que nous avons actuellement en 2002-2003. Et ils ont décidé d'investir des
sommes, timides au début, 200,
300 millions, et ils se sont rendu compte, à chaque année, qu'ils ramassaient
450 millions en hospitalisations de moins. Et donc, finalement, en
2007, ils ont doublé les montants investis dans ce qu'on appelle le General
Practice Services Committee. Alors, si les
parlementaires y voient un intérêt, bien sûr, le réinvestissement en première
ligne va rapporter au trésor de l'État et en qualité de soins également,
parce qu'on ne veut pas que les gens aillent à l'hôpital.
Avec
ces mesures ciblées, avec une approche qui rassemble plutôt que de diviser et
un rétablissement du lien de confiance
à l'endroit de la profession médicale, qui a été ébranlé par des affirmations
biaisées et erronées sur lesquelles on
pourra développer, l'Association des jeunes médecins du Québec considère que
l'objectif d'accessibilité aux services médicaux sera atteint de façon
rapide, économique et durable. Merci.
Président (M. Tanguay) : Merci. Alors, ceci met fin à votre
présentation. Alors, nous allons débuter la période d'échange. Je cède
la parole au ministre de la Santé pour une période de 19 minutes.
Barrette : Merci, M. le Président. Dr Gladu et Dr Dougherty,
merci d'être venus ce matin. C'est dommage que vous n'ayez pas de représentant des autres spécialistes, mais, comme
le projet de loi n° 20 est un projet de loi qui touche aussi les
médecins de famille, je peux comprendre que vous n'avez pas raté l'occasion de
venir ici ce matin.
vais reprendre un peu... certains éléments de votre présentation pour mettre
certains éléments en perspective, parce
que, le mémoire, on l'a eu il y a quelques instants. Je viens de le parcourir
en diagonale, et vous reprenez certains éléments. Puis j'aimerais mettre un certain nombre de choses, là, en
exergue pour clarifier la chose pour ce qui est de la population.
Bon. Revenons sur
l'histoire. Vous faites référence souvent à ce qui se passe ailleurs au Canada.
Moi, je vous soumettrai — puis j'aimerais que vous m'en fassiez la
démonstration du contraire si c'est possible — que vous avez raison : le Québec
n'est pas comme le reste du Canada. Mais...
M. Gladu (François-Pierre) : Je ne
vais pas vous contredire du contraire, là.
Barrette : Non, non, mais ce que vous considérez comme étant des
mesures qui étaient, dans votre présentation, comme inappropriées, bien
moi, je pense qu'elles ont été appropriées dans le contexte où elles ont été
posées.
Les mesures
que... On se rappellera, et je pense que... Bien, vu que vous êtes
l'Association des jeunes médecins, peut-être que vous n'étiez pas en
pratique à ce moment-là, et c'est très probable, mais, quand les AMP, les
activités médicales particulières, là... ou
peu importe le p qu'on lui donne, là, quand ça a été mis en place, c'est parce
qu'il y avait un problème, un
problème qui n'existait pas ailleurs au Canada. Et le problème était, encore
une fois... Parce que c'est comme le
péché originel, c'est comme la pomme de l'Adam médical. La pomme, en médecine,
c'est le service, c'est la quantité de services. C'était ça,
initialement, les AMP. Il y avait des problèmes de services qui n'étaient pas
donnés. Ai-je besoin de rappeler Shawinigan?
Non. Est-ce qu'il y a ça dans le reste du Canada? Non. Il n'y a pas eu ça dans
le reste du Canada. On n'a jamais eu,
jamais — et là je
vais invoquer la couleur de mes
cheveux par rapport aux vôtres — de situation dans le Canada où on a eu à mettre en place ce genre de
mesures, parce qu'on n'a jamais eu à vivre des crises provenant du désinvestissement périodique des
médecins face à leur implicite responsabilité sociale. J'aimerais ça vous entendre là-dessus.
M. Gladu
(François-Pierre) : O.K., intéressant. C'est pour ça qu'on vous a mis des éléments de contexte tout à l'heure. Ces incidents-là, premièrement, il y a en eu ailleurs
dans le Canada, mais il n'y a pas eu personne qui est mort
dans le Canada. Mais il y a
eu des urgences à découvert, et les gouvernements de ces provinces-là ont réagi plus rapidement que le Québec en ajustant la rémunération de manière à ce
qu'un quart de travail à l'urgence soit payé plus qu'une journée de travail en cabinet, ce qui est bien normal, parce que,
quand vous êtes de nuit, bien, ça doit être rémunéré un petit peu plus, ce qui n'était pas le
cas au Québec à ce moment-là.
Deuxièmement, les AMP, ce contexte de découverture là à l'urgence a eu lieu justement
dans un contexte où le gouvernement avait pris des décisions de mettre
des plafonds aux médecins à chaque trimestre, ce qui les a incités à diminuer leur temps de travail à la fin des
années 80. Enfin, le gouvernement a également décidé de diminuer les admissions en
médecine, ce qui a eu un impact sept ans plus tard sur la crise de Shawinigan,
en 2002.
Donc, à
chaque fois, le gouvernement a pris des décisions qui ont eu un effet
délétère, et la réaction pour corriger ça temporairement a été
disproportionnée. Par exemple, quand les AMP, au début, ont été imposées, il
s'agissait de 200 médecins qui étaient
assujettis. Maintenant, on est à 3 800 médecins qui sont assujettis, avec une moyenne
d'heures... Alors qu'au contrat, à la
réglementation sur les AMP, on parle de 12 heures, la moyenne actuelle de
ces 3 800 médecins là, c'est
28 heures. Pourquoi? Un ensemble de mesures bureaucratiques qui
s'imbriquent une dans l'autre, par exemple les PREM et les AMP. Les hôpitaux ont le choix entre un médecin qui va leur
offrir 12 heures au contrat, pour respecter la réglementation provinciale, ou 20 heures ou
25 heures. Qu'est-ce que vous pensez qu'ils vont choisir pour combler un PREM? Bien, ils vont prendre celui qui leur en
offre le plus. Et ces heures-là au contrat ne comptabilisent pas les heures
de garde de nuit, de fin de semaine et les comités qui sont obligatoires par la
loi.
Donc, bien
évidemment, vous vous rendez compte que cette législation-là a eu un effet
totalement disproportionné par
rapport à ce qui a été... à ce qui était nécessaire, et, de l'aveu même du
ministre Legault, qui les avait augmentées en 2002, elles étaient supposées être temporaires, ce qui n'a pas été le
cas finalement. Donc, vous comprenez qu'il n'y a aucune autre province
qui nous a suivis dans ces mesures bureaucratiques là, mur à mur.
Barrette : Et je vous
soumettrai que les autres provinces n'ont pas eu à nous suivre parce que
le comportement du médecin moyen dans les autres provinces était
différent de celui du Québec, d'une part.
D'autre part,
d'autre part, et ça, je pense que c'est un élément qui est important,
les AMP qui sont... Je m'excuse, je reviens en arrière. D'autre part, le
Canada entier a réduit ses admissions, entrées en médecine. Ce n'est pas juste
le Québec, là. Le Canada entier, dans les mêmes années, ont diminué leurs
entrées en médecine. Alors, quand vous conjuguez
les diminutions d'entrées en médecine avec les problématiques d'accès dans
les urgences et dans les hôpitaux,
bien, le Canada aussi vivait la même
problématique, là. Vous présentez ça comme si c'était une amplification propre
au Québec. Mais, pas du tout, c'était
comme ça partout au Québec, et le Québec a suivi le même calendrier, le même
calendrier en termes de réduction
d'entrées en médecine et en termes de réaugmentation des entrées en médecine.
Ça, c'est un fait, là, ce n'est pas...
M. Gladu (François-Pierre) : On
s'entend là-dessus.
M. Barrette : C'est un fait.
M. Gladu (François-Pierre) : Ce
qu'on vous a parlé, c'était une conjugaison de facteurs...
M. Barrette : Bien oui, mais c'est
parce que vous avez dit que le...
M. Gladu (François-Pierre) : ...donc,
les plafonds trimestriels, la diminution des admissions...
Barrette : Vous avez dit qu'il y avait un élément qui a amplifié, là.
Mme Dougherty
(Élizabeth) : ...les retraites.
M. Gladu (François-Pierre) : ...les retraites qui ont été données. Ça, c'est unique au Canada. Donc, c'est une
conjugaison de facteurs, Dr Barrette, et vous les connaissez, ces
facteurs-là.
Barrette : Bien oui, mais je
comprends, mais c'est parce que vous dites une chose qui n'est pas vraie, là. Ce
n'est pas la diminution des entrées en médecine qui a amplifié le problème. Tout
le monde a fait la même affaire.
Mme Dougherty (Élizabeth) : On dit que ce n'est pas seulement
les admissions, les entrées en médecine, c'est conjugué aux mises à la
retraite, aux plafonds et suite à d'autres mesures qui ont été prises.
Barrette : Bien oui. Mais ce
que je dis aussi, c'est que, dans le Canada anglais, l'intensité du travail du médecin de famille est différente de celle
du Québec, mais ça, on y reviendra dans un instant.
M. Gladu
(François-Pierre) : On devrait en parler tout de suite.
M. Gladu
(François-Pierre) : Parce que c'est la clé du problème,
Dr Barrette.
Barrette : On va aller aux
quotas. Vous savez bien que, dans des systèmes comme en Angleterre, il y en a un,
quota, il y en a un, et le système fonctionne très bien.
Il y en a un, quota, là. Ce n'est pas une lubie, là. Il
existe, ce quota-là. Et là vous
faites référence à l'investissement que le Québec fait de moins en santé par rapport au reste du Canada et vous le chiffrez à 1 milliard de dollars en médecine
de famille. Et, dans le tableau que
vous présentez dans votre mémoire, vous
faites abstraction de l'actualisation que vous devriez faire pour ce qui est de
la rémunération per capita qui est faite aux médecins, l'argent dépensé per capita pour la rémunération des médecins. Alors, évidemment que, lorsque vous mettez le différentiel qui est dans votre mémoire, bien,
si vous ne prenez pas en considération que, si on payait aujourd'hui ce qui est étalé, ce qui va s'actualiser à un moment donné, la rémunération,
elle est adéquate, d'une part...
Barrette : Bien oui! Mais
c'est parce que l'investissement du milliard qui monte, là, bien, la grande
partie
de ça est dans la rémunération des médecins, qui serait à niveau si on n'avait pas étalé. Voilà un
autre problème dans la présentation que vous faites. Ensuite...
M. Gladu
(François-Pierre) : Me permettez-vous de répondre?
Barrette : Oui, je vais vous
laisser répondre, puis ensuite, si vous n'avez pas d'objection, on va aller sur
le lui-même, parce que je vais avoir une question bien intéressante à vous
poser sur ce point... sur ce plan-là.
M. Gladu
(François-Pierre) : Donc, pour ce qui est de la comparaison avec
l'Angleterre, il faut réaliser que l'Angleterre
a un système totalement différent. En Angleterre, il n'y a pas d'agence
régionale de santé. Les groupes de médecins
de famille reçoivent l'argent de la région et... oui, et, avec ces argents-là,
ils achètent les services hospitaliers. C'est complètement différent. Le
médecin de famille est au centre du système, à tel point, là, M. le ministre,
que les médecins de famille ont un revenu
net plus important que celui des radiologistes, en Angleterre. Vous comprendrez
qu'on n'est pas du tout dans le même système, là...
M. Gladu
(François-Pierre) : Est-ce que je peux continuer et faire ma réponse,
M. Barrette?
M. Barrette :
Mais revenez aux quotas, revenez aux quotas, Dr Gladu, revenez aux quotas.
M. Gladu
(François-Pierre) : Pardon?
M. Barrette :
Revenez aux quotas des Anglais.
M. Gladu (François-Pierre) : Alors, justement, les quotas n'ont pas été
établis à des fins punitives, à des fins d'incitatif, d'une part, et, d'autre part, il n'y a pas d'AMP, donc les
médecins peuvent se consacrer à la prise en charge.
M. Barrette :
Y en a-t-il un ou non?
M. Gladu (François-Pierre) : Je ne
suis pas au courant. Je ne peux pas vous dire.
Barrette : Bien, oui, il y en a, vous le savez très bien, c'est
1 600.
M. Gladu (François-Pierre) : Je ne peux pas vous dire. Honnêtement, je n'ai
pas d'information là-dessus. Ce que je peux vous dire, c'est qu'on est
au Canada... Nous sommes...
M. Barrette :
Dr Gladu, vous êtes un individu extrêmement informé...
M. Gladu (François-Pierre) : Nous sommes au Canada, et il n'y a personne
d'autre qui a utilisé cette méthode-là.
Maintenant, je vais continuer ma réponse, parce
que vous avez soulevé plusieurs
points. Alors, vous avez dit : Le
comportement des médecins de famille est différent au Québec
de celui des autres provinces. Alors, quelles sont les données objectives
que l'on a? Ce qu'on sait, dans les médias, c'est que vous avez avancé le
chiffre de 117 jours. Je pense que
c'est important que les parlementaires comprennent d'où vient ce
117 jours. Alors, le 117 jours, il a été fait en enlevant les demi-journées, en fait tout ce qui était en
bas de sept heures de travail n'a pas été inclus et tout ce qui est en haut de
14 heures de travail n'a pas été compté comme deux journées, premièrement.
Mme Dougherty
(Élizabeth) : En travail rémunéré par la RAMQ, ici, bien entendu.
M. Gladu (François-Pierre) : Uniquement. Deuxièmement, ce 117 jours là,
ça a été une moyenne faite à partir de
tous les médecins, outre les urgentologues. Alors, pourquoi c'est important,
les urgentologues? Parce qu'un urgentologue, c'est comme un pilote d'avion, ça ne travaille pas 220 jours par
année comme un médecin en cabinet, ça travaille environ 150 jours par année. Pourquoi? Parce qu'ils
ont des chiffres qui changent entre le jour, le soir et la nuit. Et donc, eux,
un temps plein, c'est 145, 150 jours. Or, M. le ministre a choisi un quota
de 175 jours et moins, donc tous les 2 000 urgentologues de la FMOQ ne comptent pas là-dedans. À la
FMSQ, il y a environ 100 urgentologues. Donc, vous comprenez que ça
touche beaucoup plus une fédération que l'autre.
enfin tout ce qui est non rémunéré par la RAMQ, donc l'enseignement
universitaire, les appels téléphoniques aux patients, les comités des CMDP, n'est pas inclus, évidemment, dans
les statistiques de la RAMQ, parce que ce n'est pas de la facturation,
c'est fait bénévolement. Ça fait
partie du travail du médecin.
Donc,
vous comprenez que le 117 jours, c'est totalement artificiel. Autrement
dit, il a pris un échantillon rapetissé des médecins, puis il a enlevé les journées partielles, et il n'a pas
compté les doubles journées comme des doubles journées. Quand on pondère ça d'une manière très
conservatrice... et je vais vous l'expliquer, vous l'avez dans le mémoire, là,
mais un quart de journée et moins
compte pour zéro, entre un quart de journée et une demi... pardon, moins d'une
demi-journée compte pour zéro. Entre
une demi-journée et une journée, on compte pour une demi-journée de travail.
Entre une journée et moins de deux
journées de travail, c'est-à-dire moins de 24 heures, on compte... moins
de 16 heures, pardon, on compte encore une journée de travail. Et c'est
seulement en haut de 14, 15 heures qu'on compte deux journées de travail.
Ça, ça correspond aux gardes de
24 heures à l'hôpital. Autrement dit, une pondération très conservatrice,
et les chiffres de la RAMQ, à ce
moment-là, font état de 247 jours, et non pas de 117. Même quand on ne
fait pas cette pondération-là, on a 192 jours pour les médecins de
famille, 193 jours pour les autres spécialistes.
Quand
on veut comparer avec les autres provinces, on n'a pas les données de la RAMQ
pour comparer les jours travaillés. Par contre, on a les heures
travaillées. Dans le Sondage national des médecins, au début c'était à chaque deux, trois ans, maintenant c'est à chaque
année, mais, depuis 10 ans, les statistiques sont stables, les médecins du Québec, les médecins de famille du Québec font
autant d'heures que leurs collègues des autres provinces. On parle de 2 660 heures. Je ne sais
pas si vous avez une idée c'est quoi, là, c'est comme 58, 59 semaines de
40 heures, là.
données-là qui ont été sorties dans les médias étaient malhonnêtes, M. le ministre. Et je pense qu'à tout le moins les parlementaires
devraient pouvoir compter sur des données fiables de la RAMQ, tant pour la
Fédération des médecins spécialistes que
pour la Fédération des médecins omnipraticiens, et des données qui incluent les
pondérations pour les urgentologues
et les pondérations pour les journées de moins de sept heures et les journées
de plus de 14 heures.
Barrette : Bon,
Dr Gladu, on ne fera pas ici des guerres de méthodologie, mais il y a plusieurs
méthodologies.
M. Gladu
(François-Pierre) : Bien, vous l'avez commencée, M. Barrette.
M. Barrette :
Non, mais c'est parce que...
M. Gladu
(François-Pierre) : Vous basez votre projet de loi là-dessus.
Barrette : C'est parce que
vous n'avez pas nécessairement le même accès que nous à certaines données,
et il y a plusieurs méthodes qui sont utilisables, elles ont été
présentées aux oppositions, et toutes les méthodes convergent. Mais on ne fera pas cette bataille-là. Parce que
ça serait trop long à... Il reste 5 min 30 s, là, à peu près,
là, et on ne peut pas régler ça ici.
Par contre,
vous avez présenté comme étant un des éléments qui sont importants le lui-même.
Alors là, vous allez nous expliquer exactement
ce que vous voulez par cette mesure-là. Et avant je vous informe, parce que
manifestement vous avez dit que vous
n'étiez pas informés, l'Angleterre a des quotas, là. Qu'ils soient de
1 600, ou 1 000, ou peu
importe, ils ont des quotas. Ça remonte à Margaret Thatcher, ça fait
longtemps, là.
Gladu (François-Pierre) :
Donc, l'Angleterre, vous dites qu'ils ont des pénalités de 30 % lorsqu'ils
n'atteignent pas ces quotas-là?
M. Barrette : Non, je ne vous parle
pas des pénalités, je vous parle du quota.
M. Gladu (François-Pierre) : Bien,
c'est ça qui est sur la table, là.
M. Barrette : Je vous parle du
quota. Maintenant, parlez-nous...
M. Gladu
(François-Pierre) : Bien, un
quota qui est à visée incitative et un quota qui est à visée punitive, avec
ou sans AMP, c'est complètement différent.
M. Barrette :
Mais oui, mais, il y a un quota. Vous contestez le quota en disant qu'il n'y en
a pas ailleurs, moi, je vous dis qu'il y en a ailleurs.
M. Gladu (François-Pierre) : On joue
sur les mots, là, alors...
M. Gladu
(François-Pierre) : Bien
oui. Je vous dis qu'il n'y a pas d'AMP puis qu'il n'y a pas de punition, ça
fait que...
M. Barrette : Alors là, le lui-même,
voulez-vous nous expliquer votre vision du lui-même?
M. Gladu
(François-Pierre) : Oui.
Donc, le lui-même, c'est ce qui permet, quand vous allez à la pharmacie ou
voir le dentiste, qu'un employé technique
fasse la majeure
partie du travail quand il s'agit d'un acte technique simple,
et la coordination de ces actes-là est faite par le médecin dentiste ou le
pharmacien de manière à ce qu'il puisse se concentrer
sur son expertise. Autrement dit, un employé avec une formation moindre va
faire les actes plus simples, et un
employé avec une formation plus complexe va faire les actes les plus complexes,
dont la coordination et, dans le cas du
médecin, le diagnostic et le traitement, c'est interdit dans la Loi médicale,
et ça amènerait une bouffée d'air frais dans l'organisation des cabinets médicaux, de manière à ce que le médecin
puisse arrêter de prendre les tensions artérielles, prendre la liste des médicaments, etc. Même à
travers les ordonnances collectives, ça encouragerait le développement des
ordonnances collectives une fois que les
actes techniques faits par les employés techniques sont déjà pris en charge par
les employés du médecin. Donc, ça serait une
bouffée d'air frais et ça devrait être utilisé de concert avec le
réinvestissement en première ligne.
Et là j'y reviens, à l'investissement, parce que
vous avez mis en doute les chiffres de l'ISIS. Les chiffres de 2013 — c'est les plus récents disponibles — font état, en ce qui a trait aux dépenses
per capita, que le Québec est la dernière province. Et ce n'est pas en 2013 seulement, là, ça dure depuis au moins
10 ans. À chaque année, c'est ça, le rapport de l'ISIS. L'écart est de 1 milliard. Alors,
1 milliard dans les cabinets, grosso modo, pour les parlementaires, ça
veut dire 1,5 milliard dans les
coffres de l'État en hospitalisation, médicaments et investigations moindres.
Donc, vous comprenez qu'il y a des
intérêts industriels qui ne veulent pas qu'on aille dans cette direction-là,
parce qu'il y a des intérêts industriels qui sont au privé pour l'imagerie et les laboratoires. Donc, vous
comprenez qu'il y a un problème de ce côté-là, des intérêts forts, là.
Oui, exactement.
Barrette : Dr Gladu, je vais vous en donner un, exemple, moi. Je
vais vous donner la clause classique qui a été devant les tribunaux, qui est le tapis roulant fait par une infirmière
dans un bureau de médecin de famille, hein? C'est ça, le par lui-même, que le monde comprenne, qui nous
écoute, là. Vous allez voir le médecin, le médecin demande ou prescrit le tapis roulant, il est fait dans la pièce à
côté, l'infirmière fait le tapis roulant, le médecin, lui, à ce moment-là,
interprète le résultat. Comment voulez-vous payer ça?
M. Gladu
(François-Pierre) :
Évidemment, là, il faut le payer d'une manière moindre que si le médecin
faisait l'acte lui-même, mais il faut
payer une certaine
partie de ça pour encourager le développement de l'offre de
service en cabinet.
Mme Dougherty (Élizabeth) : Puis
encourager le travail en équipe multidisciplinaire.
M. Gladu (François-Pierre) :
Absolument.
Barrette : Alors, c'est très bien. Est-ce que vous êtes au courant que
votre fédération demande à ce que cet acte-là soit payé au même tarif
que si c'est le médecin qui le faisait?
M. Gladu (François-Pierre) : Le jeu
de la négociation, nous, on laisse ça aux fédérations.
M. Barrette : Je comprends, mais
êtes-vous au courant de ça, d'une part?
Mme Dougherty
(Élizabeth) : Oui.
M. Barrette : Et, d'autre part,
avez-vous un estimé du coût du par lui-même tel que vous le proposez?
Dougherty (Élizabeth) : Si
on avait la notion du lui-même, par contre ça aiderait nettement le financement
des cabinets de première ligne en augmentant
l'accessibilité, parce que le temps que mon infirmière passe à questionner
mon patient, commencer l'examen physique avec le poids, la pression, le tour de
taille, alouette...
M. Barrette : ...un estimé.
Dougherty (Élizabeth) :
...puis que j'arrive après, bien, si c'est financé, moi, pendant ce temps-là, je peux voir un autre patient,
je vais voir deux fois plus de patients dans une heure.
M. Barrette : Avez-vous un estimé?
Gladu (François-Pierre) : Honnêtement, vous ne parlez pas aux bonnes personnes pour un estimé des dépenses.
Ce que je vous dis, c'est qu'au niveau du Conseil du trésor il faut avoir une vision d'avenir pour investir cet
argent-là, pour en ramener par la suite en hôpital.
Barrette : Très bien.
N'est-ce pas ce que fait le financement du gouvernement dans les UMF...
pas les UMF, pardon, les GMF? Oui.
M. Gladu (François-Pierre) : Les
GMF, là, il y a plusieurs problèmes.
M. Gladu
(François-Pierre) : Oui.
Vous voyez, c'est que ça a été essayé, hein? Puis d'ailleurs
on va parler des CLSC, des GMF. Les
GMF, là, il faut comprendre que c'est l'agence régionale qui
envoie les employés. Ils sont là, mais ils ne font pas ce qu'on voudrait
qu'ils fassent.
M. Gladu
(François-Pierre) : Alors,
ils ne sont pas coordonnés par le médecin. Dans le fond, ils n'ont
pas de patron. Alors, ils sont en parallèle des médecins, c'est ce qui est à
peu près la pire chose à faire.
M. Barrette : Le médecin a-t-il des
responsabilités à un moment donné?
M. Gladu
(François-Pierre) : Ah! mais
on aimerait ça en avoir, définitivement. Malheureusement, la loi ne le
permet pas.
Barrette : Pouvez-vous nous
parler... Parce que, là, il me reste juste 45 secondes, parlez-moi de
l'accès adapté et pourquoi ça ne se fait pas de façon étendue.
M. Gladu
(François-Pierre) : Je suis
content que vous posiez la question, parce
que de l'accès adapté, ce n'est
pas une distinction des autres provinces,
hein, tout le monde en fait un peu. Mais je vous ramènerais au début
des années 80, fin 80, il n'y avait
pas de notion d'accès adapté, parce
que les médecins le faisaient
spontanément, parce qu'il y avait
assez de médecins en cabinet. Au
Québec, il nous manque 800 ETP, médecins en cabinet, par rapport à
l'Ontario, à cause des AMP. Alors,
bien sûr, quand il y a une pénurie de médecins amenée par des quotas comme les
AMP, là, tout le monde est pressurisé, puis ils essaient de voir les
patients, puis ils ne peuvent pas les voir. Mais, définitivement, dans une
situation de pénurie, vous avez raison, l'accès adapté peut être une solution à
petite dose. Par exemple...
M. Barrette : Mais pourquoi,
pourquoi à petite dose?
M. Gladu (François-Pierre) :
Pourquoi à petite dose? Parce que, dans le fond, la médecine est organisée en rendez-vous et en sans rendez-vous. Les sans-rendez-vous pour les problèmes
ponctuels sont vus par les médecins du même
groupe que le médecin inscripteur, et ça,
c'est efficace pour les problèmes ponctuels. Par contre, ce qui a eu des difficultés,
c'est : comme il manquait de soldats en
cabinet, même les sans-rendez-vous n'étaient plus accessibles, et les gens allaient
faire la file dehors à des moins 20°, moins 30°. Ça a fait les médias
et ce n'était pas une bonne affaire.
Le Président (M. Tanguay) : Merci.
M. Gladu
(François-Pierre) : Juste
terminer sur la réponse. Donc, l'accès adapté, pourquoi en petite dose? Parce
que, si vous mettez 10 plages horaires
de rendez-vous qui sont en accès adapté, dans le fond, ce que vous avez, c'est
un sans-rendez-vous.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, maintenant, je cède la
parole à notre collègue députée de Taillon pour une période de
11 min 30 s.
Lamarre : Merci beaucoup, M. le Président. Alors, bienvenue,
Dr Gladu, bienvenue, Dre Dougherty. Je vous permettrai de terminer votre information, le message que vous nous
transmettez, mais en étant conscients que les minutes roulent pour tout
le monde et qu'il nous reste très, très peu de minutes ensemble.
M. Gladu (François-Pierre) : Alors, ce que je voulais continuer, c'est que
l'idéal, dans ce contexte-là, c'est d'avoir deux à trois périodes d'accès adapté, peut-être trois ou quatre,
dans une demi-journée de 10 à 12 périodes, de manière à ce qu'il y ait
de la flexibilité dans l'horaire du médecin, et ça va, ça aussi, amener une
bouffée d'air frais. Et c'est déjà en place, hein, c'est assez étendu au Québec
actuellement.
Mme Dougherty (Élizabeth) : Les
médecins sont très, très satisfaits, ceux qui procèdent par accès adapté, l'engouement est clairement là, ils sont très
satisfaits. Les patients sont satisfaits de voir leurs médecins de famille
quand ils ont un problème
semi-ponctuel, je pourrais dire, là, sans parler nécessairement de l'otite,
mais non plus d'examen annuel, un
genre d'entredeux pour les demandes de consultation. Les gens sont très satisfaits. Ça fait qu'effectivement il faut pousser vers ça.
M. Gladu
(François-Pierre) : Mais il
ne faut pas tomber dans le piège de transformer la médecine familiale en sans rendez-vous, ce qui est grosso modo la médecine des années 70 et qui
n'apportera pas les bienfaits au
niveau de la diminution des
dépenses. Donc, il faut...
Lamarre : Merci. Alors, écoutez,
moi, je vais à la page 15 de votre mémoire, où vous dites : « Le
nombre minimal d'heures
d'activités médicales devant être exercées .» Depuis le début, on parle d'AMP, d'activités médicales particulières, pour le grand public, ce n'est peut-être
pas très bien connu, mais, au Québec, on demande aux médecins de famille de travailler au moins 12 heures,
12 heures à l'extérieur du cabinet privé, soit principalement en urgence, parfois, dans
d'autres contextes, par exemple avec les personnes
âgées, en CHSLD ou dans des services
comme ceux-là. Et ça, c'est unique au Québec, c'est ce que vous nous
dites, et ce qu'on a entendu, et ce qui est réel.
Et vous avez
des statistiques qui sont assez éloquentes sur ce que ça génère. Parce qu'on comprend bien que, si on demande
à des médecins de faire 12 heures, on n'exclut pas le fait que ces
médecins-là en fassent plus que 12, et ils peuvent
donc en faire 20, 30, 35. Jusqu'à un certain point, ils peuvent consacrer toute
leur pratique médicale à l'urgence et ne
plus être disponibles en cabinet privé pour voir des patients au quotidien et
dans une perspective de suivi et de prise en charge. Et vous avez des statistiques assez importantes, assez
intéressantes à la page 15, vous dites : «70 % des heures
travaillées par les jeunes médecins se font
en établissement et le temps passé en établissement n'a eu cesse d'augmenter;
les [activités médicales prioritaires] existent seulement au Québec et sont en
grande
partie responsables de la piètre performance
en termes d'accès à la prise en charge par un médecin de famille; [et] le
système actuel d'[activités médicales prioritaires]
rend l'atteinte des cibles d'inscription de patients de 1 000 par médecin
inatteignable pour un grand nombre.»
Je pense
qu'il y a énormément, dans ça, d'éléments qui expliquent les disparités entre
le système de santé du Québec et
celui des autres provinces, et c'est un exemple d'une mesure qui a été prise et
qui a amené quelque chose de positif pendant
un certain temps, mais qui a amené quelque chose qui a finalement, en cours de route,
modifié fondamentalement l'accessibilité à la première ligne au Québec.
Et là je
pense qu'on est rendus vraiment à parler des vraies choses et ce que je
comprends du projet de loi n° 20. Est-ce
que votre compréhension, c'est qu'on change les AMP? Moi, j'aimerais ça vous
entendre parler sur votre compréhension de ce qu'on retrouve clairement dans le projet de loi n° 10, pas
des règlements, pas de la conférence de presse que le ministre nous a donnée... dans le projet de loi n° 20.
Qu'est-ce que vous, qui avez fouillé de façon très documentée — et
je vous en félicite — le projet de loi n° 20 et la situation
des médecins, qu'est-ce que vous retrouvez dans le projet de loi n° 20 sur
les obligations en termes d'activités médicales prioritaires?
Mme Dougherty
(Élizabeth) : On change
quatre trente sous pour une piastre, puis même qu'il y a une taxe dessus,
là, parce qu'avec les AMP versus les AMF, activités de médecine de famille, on
augmentait de cinq ans à 25 ans le nombre
d'années nécessaires en établissement puis, en plus, à 35 ans les quotas
obligatoires pour les médecins. 35 ans pour un médecin qui commence à travailler, comme moi, à 26 ans, ça
me mène à 61 ans. 61 ans, ça commence à être un âge général
qu'on peut ralentir.
M. Gladu
(François-Pierre) : Mais tu
es rentrée tôt en médecine, toi. La moyenne des médecins finissent entre
30 et 32 ans. Vous rajoutez 35 ans à ça, c'est toute la carrière, là.
Lamarre : Ce qu'on comprend, c'est que, dans le projet de loi
n° 20, il n'y a pas une diminution de l'impact de ces AMP, il y a
même une intensification, et on va dans un contexte qui nous caractérise, et
qui nous caractérise négativement. Alors, c'est ce que vous nous confirmez dans
votre lecture actuelle.
M. Gladu
(François-Pierre) : Je pense
que ce qu'il faut comprendre, là, c'est que, dans les autres provinces, les
autres médecins spécialistes, donc
l'équivalent de nos 10 000 médecins spécialistes ici, font rouler les
hôpitaux avec l'apport des médecins de famille à hauteur de 20 % de
leur facturation. Ici, pour une raison qui est difficile à comprendre, les médecins spécialistes des
hôpitaux au Québec ont besoin d'un apport de médecins de famille à la hauteur de
40 % de leur facturation.
Comment
on est arrivés là? Bien, à chaque année depuis 1993, les 200,
300 finissants, eux, ils commencent à 70 % à l'hôpital, pour toutes sortes de raisons :
l'intérêt mais aussi les AMP, les primes, l'effet conjugué dont on vous a
parlé. Et donc, du 20 % qu'on
était en facturation à l'hôpital en début des années 90, à chaque nouvelle
cohorte de 300 à 400 étudiants
qui finissaient puis qui étaient à 70 %, eux autres, à l'hôpital, bien, ça
a fait monter le pourcentage global de
l'ensemble des médecins de famille progressivement jusqu'à 40 %. Et, quand
on parlait qu'il manquait 800 ETP en cabinet, ça vient de ça. Donc, il suffirait de diminuer, pas à
20 %, à 30 % de la facturation des médecins de famille en abolissant progressivement les AMP pour que tous
les médecins de famille... pardon, tous les citoyens aient un médecin de
famille et puissent le voir en temps opportun.
Donc,
il ne s'agit pas de jeter le bébé avec l'eau du bain, il faut y aller
progressivement. Et, même si on fait ça, les médecins québécois... les médecins de famille québécois vont être
davantage en hôpital que dans les autres provinces, mais au moins on aura gardé l'expertise hospitalière des
médecins de famille qui est là, tandis que, si on donne un coup de barre comme le projet de loi
n° 20, là, on joue sur des cohortes de plusieurs milliers de médecins, et
on va empêcher les choix de carrière
en médecine familiale, et on va forcer des médecins actuellement à l'hôpital à
aller en cabinet contre leur gré. Ce n'est jamais une bonne affaire
quand vous forcez quelqu'un à aller dans un champ de pratique particulier. Un,
il n'aura peut-être pas la compétence ni l'intérêt.
Mme Dougherty (Élizabeth) : La question de compétence est très importante
ici, parce que quelqu'un qui fait de
l'urgence, des soins intensifs, un médecin de famille... Des médecins de
famille à l'urgence puis aux soins intensifs, là, c'est comme ça, là, dans les hôpitaux régionaux.
Si, du jour au lendemain, vous dites : Bien, non, toi, tu vas aller
prendre 250, 500 patients au
bureau, ce n'est pas la même game, là. Il ne sait plus comment gérer un bilan
lipidique, parce qu'il n'a pas fait
ça depuis cinq ans, 10 ans, 15 ans. Les normes ont changé, ils ne se
sont pas renseignés là-dessus parce qu'ils ont été faire de la formation pointue sur les soins aigus, critiques et
non pas sur le bilan lipidique, l'examen périodique des enfants, etc.
Mme Lamarre :
Vous représentez l'Association des jeunes médecins du Québec, donc vous
représentez des médecins de famille et des
spécialistes. Vous avez signalé qu'il n'y en avait pas, mais est-ce que vous
trouvez que les mesures coercitives
dans le projet de loi n° 20 sont équivalentes pour les médecins de famille
et pour les médecins spécialistes?
M. Gladu (François-Pierre) : Bien, dans le fond, la différence, c'est qu'il y
a des pénalités qui sont prévues pour les médecins de