Public Finance — 16 March 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CFP 2022-03-16
Quebec — Committees
(Onze heures vingt-six minutes)
Le Président (M. Simard, Montmorency) :
Alors, chers amis, bonjour. Nous en sommes à notre deuxième journée de consultations particulières et
d'auditions sur le projet de loi n° 12, Loi visant principalement à
promouvoir l'achat québécois et responsable par les organismes publics, à
renforcer le régime d'intégrité des entreprises et accroître les pouvoirs de
l'Autorité des marchés publics.
Donc, nous
avons... Nous serons toute la journée en visioconférence. Nous débutons ce
matin par la présence de représentants de l'Alliance Switch. Alors,
messieurs, bonjour à vous deux.
Mais, avant de vous laisser la parole, je dois vérifier auprès de notre
secrétaire. Mme Martin, vous êtes nouvelle parmi nous ce matin.
Bienvenue, heureux de vous avoir. Y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Reid (Beauharnois) est remplacé par M. Allaire
(Maskinongé); M. Leitão (Robert-Baldwin) est remplacé par M. Polo
(Laval-des-Rapides); et M. Ouellet (René-Lévesque) est remplacé par
M. Gaudreault (Jonquière).
Le Président (M. Simard, Montmorency) :
Merci à vous. Alors, sur ce, messieurs, auriez-vous d'abord l'amabilité de vous
présenter?
M. Leclerc (Denis) : Avec plaisir.
Alors, bonjour. Je suis Denis Leclerc, le président et chef de la direction
d'Écotech Québec — La
grappe des technologies propres, et aussi coprésident de L'Alliance pour une
économie verte, Switch.
Le Président (M. Simard, Montmorency) :
Bienvenue.
M. Simard (Jean) : Quant à moi — bonjour,
M. le Président, — Jean Simard,
je suis président et chef de la direction de l'Association de l'aluminium du
Canada et membre fondateur de l'Alliance Switch.
Le Président (M. Simard, Montmorency) :
Alors, messieurs, vous disposez de 10 minutes pour faire votre
présentation.
M. Leclerc (Denis) : Merci beaucoup,
Mme la ministre, et également les élus.
Alors, petit mot sur Switch, juste pour rappeler
que Switch, qui est un... qui a été fondé il y a presque 10 ans, en 2013,
on est... c'est une alliance pour une économie verte. C'est-à-dire qu'on est un
organisme à but non lucratif qui est composé de représentants provenant des
secteurs économique, écologique et également financier. Alors, on a des gens d'affaires, des écolos, des investisseurs
ensemble. Et notre objectif est très simple, trouver des façons
d'accélérer la transformation de notre économie pour qu'elle soit plus verte,
innovante et résiliente.
Et, Switch, en 2015, alors il y a sept ans, on a
publié une étude avec plusieurs recommandations pour rendre les marchés publics plus performants et plus
responsables. C'est pourquoi qu'aujourd'hui, bien, on se réjouit de
l'annonce de la publication de la stratégie des marchés publics et du projet de
loi n° 12. Nous avons pris le temps d'analyser, bien sûr, le contenu des
deux documents. Compte tenu de notre mission, bien, vous avez dans notre
mémoire nos commentaires concernant les orientations particulièrement au niveau
des achats écoresponsables.
Nous voulons utiliser nos 10 minutes, il
nous en reste huit, peut-être, là, pour profiter de ces minutes-là pour vous
parler particulièrement ou mettre en perspective quatre aspects spécifiques.
D'abord, parlons du cycle de vie, parlons de
cette notion du cycle de vie. Il y en a qui vont parler du coût total de
possession, ce qui est un élément aussi en parallèle à tout cela. Pour nous,
c'est une notion extrêmement importante, le cycle de vie, pour connaître la
valeur d'un produit, et non pas le prix d'un produit, mais la valeur d'un
produit. Et comment on fait ça? Parce qu'il y a... Ça peut sembler complexe,
mais, si on se base... Il faut se baser sur des paramètres internationaux qui
existent déjà, et ces paramètres vont être extrêmement importants parce qu'ils
vont nous servir de référence comparable au
niveau des différents produits. Il faut qu'on ait une base solide de
comparaison, et on n'a pas besoin de réinventer le velcro, là. Il y a des bases
qui existent déjà. Alors, on peut bénéficier du travail qui était fait par
plusieurs autres intervenants à l'international.
Alors, cette notion de
cycle de vie, pour nous, ça devient un outil de décision pour les achats
publics, et, pour le gouvernement, ça peut devenir un outil de communication,
alors un outil d'aide à la décision puis un outil d'aide à la communication
pour bien exprimer la valeur d'un produit par rapport... au lieu d'un prix,
d'un coût d'un produit.
Alors, c'est la première notion qu'on voulait
vous mentionner. Les deux autres, je vais demander à mon collègue Jean de nous
en faire part.
Le Président (M. Simard, Montmorency) : Merci.
M. Simard.
M. Simard (Jean) : Oui, M. le
Président. Mme la ministre, bonjour, MM., Mmes les députés.
Alors, la
seconde notion qui est très importante dans le contexte de votre projet, c'est
celui des appels d'offres basés sur
la performance plutôt que sur des spécifications. On parle ici, donc, de
prendre en compte la finalité recherchée plutôt que de prendre en compte ou de dicter les intrants requis pour
arriver à livrer une solution qui serait recherchée par un marché public
en particulier.
Je pense qu'un bon exemple de ça, c'est la
différence entre faire un appel d'offres où est-ce qu'on décrit une boîte de
carton en disant : Vous devez utiliser un carton de telle épaisseur, de
tel type, avec une surface x, et... plutôt que de dire : On recherche un
emballage qui permet de conserver de façon étanche un produit ou des produits
qui pourraient avoir un poids allant jusqu'à x.
Alors, ça, c'est un appel d'offres basé sur la
performance. C'est quoi, la différence entre les deux? Bien, c'est que le
second, c'est une façon de libérer l'intelligence pour accéder à l'innovation,
alors que le premier, c'est la meilleure façon de continuer d'avoir toujours la
même chose quand on pose la même question. Donc, si on veut, dans un espace
d'innovation, s'ouvrir à des propositions qui sortent des sentiers battus et
qui ont un mérite, il faut procéder avec des
appels d'offres à la performance, et ça permet d'intégrer dans la démarche des
aspects environnementaux et sociaux qu'on ne peut pas mettre dans des
appels d'offres de spécifications. Alors, ça, c'est le deuxième facteur.
Le troisième
est très, très, très important et c'est plus dans le sens du processus que vous
proposez au fil des ans. On croit qu'il est nécessaire... Une fois que
le gouvernement envoie un signal clair quant à son intention de faire un
changement de cap dans ses appels d'offres, il est important de donner de la
prévisibilité, et on ne retrouve pas la prévisibilité qui est requise pour que
le secteur privé se mobilise sur un parcours pluriannuel pour arriver à livrer
la marchandise. Et ce qu'on propose dans notre document, c'est de se donner des
seuils à atteindre de volume d'achats qui s'insèrent dans cette démarche-là.
Et, dans la mesure où on est capables de remplir ces seuils-là au fil des ans,
on devrait être en mesure d'atteindre la cible finale.
Vous savez,
ce qu'on demande là, c'est ce que le secteur privé a présentement comme
contraintes opérationnelles de plus en plus si on parle des normes ESG
et d'autres façons de travailler pour réduire son empreinte carbone, améliorer
sa performance sociale et environnementale. C'est la demande des investisseurs,
les marchés l'exigent. Et, si l'État a un devoir d'exemplarité, il devrait
mettre en place des outils similaires. Et je repasse la parole.
M. Leclerc
(Denis) : Merci, Jean. Et
finalement, le quatrième point qu'on voulait vous soumettre, bien humblement,
c'est l'aspect qu'on comprend que les deux premières années, ça va être des
années d'apprentissage, également de formation, et qu'on... et qu'au niveau de
la
loi sur les organismes publics, qui prévoit que les organismes doivent contribuer à l'atteinte des objectifs gouvernementaux,
alors comment les organismes vont être en mesure de respecter les
contraintes ou les éléments du projet de loi n° 12 ou de la stratégie du
gouvernement.
Maintenant, ce qu'on suggère, c'est un
inversement de fardeau. C'est-à-dire, au lieu de demander aux gens qu'est-ce
que... lesquels des organismes ont réussi à respecter l'ensemble des
contraintes ou des mesures, pardon, de la stratégie des marchés publics, on se
devrait de savoir pourquoi les autres n'ont pas réussi à le faire. Alors, un inversement
de fardeau pour mieux comprendre quels sont les obstacles, pour mieux
comprendre quels sont les besoins de formation au niveau de la fonction
publique, parce qu'on va tous apprendre, non seulement des succès, mais
également, j'allais dire, des échecs ou des insuccès à ce jour, de façon à
pouvoir accroître le nombre d'acquisitions écoresponsables et, en même temps,
accroître la formation et la sensibilisation de l'ensemble de la fonction
publique.
On s'arrête
là parce qu'on voulait vous donner plus de temps encore pour nous poser des
questions et d'échanger avec nous. Merci.
Le Président (M. Simard, Montmorency) :
Merci à vous, messieurs. Sans plus tarder, je cède la parole à la présidente du
Conseil du trésor.
LeBel : Oui, merci. Merci, messieurs, des... J'apprécie
beaucoup l'aspect fort pratique que vous amenez dans vos exemples et
dans vos solutions quand vous parlez de l'appel d'offres, entre autres, basé
sur la performance. Je vais vouloir y revenir avec vous.
Je vais peut-être vous amener plus dans le
projet de loi parce que je sais qu'on vous a rencontrés, il y a des besoins, il y a beaucoup... bon, en matière
d'aluminium également, on peut y voir effectivement, à première vue,
beaucoup d'avantages économiques et écologiques, disons-le comme ça, là,
juste... je sais que je fais des raccourcis, mais on se comprend. Donc, effectivement, ce sont... il faut apprendre à réfléchir
à d'autres solutions, puis c'est ce que veut le projet de loi, toujours
combiné dans une stratégie, parce que les deux doivent se lire et vivre
ensemble, là, naturellement.
Entre autres, ce que
j'expliquais hier, puis vous avez sûrement suivi les débats, mais je vais me
permettre de le recadrer, là, pour les fins de notre conversation, c'est que c'est
toujours le difficile équilibre entre une rigidité des marchés
publics, qui peut s'expliquer, moi, je parle de rigueur, mais qui peut se... je
dirais que c'est une rigueur qui se traduit dans une certaine rigidité,
disons-le comme ça, mais qui est fondée sur la nécessité et le besoin de
bien... d'avoir une saine gestion des marchés publics. Puis je vous dirais que
je... on avait un débat ce matin au salon bleu, je veux juste m'en servir pour
illustrer, où on nous parlait... c'est un autre débat, mais on nous parlait des
fois de... quand on... quand le gouvernement, donc, ne paie pas... paie plus
cher, c'est l'argent des Québécois, on ne devrait pas faire telle action, parce
qu'au final on paie plus cher. Le débat, c'était situé dans une autre catégorie,
puis je ne veux pas le remettre en place,
mais ce débat-là revient dans les marchés publics également toujours. Et il est
normal, ce débat-là, donc, cette...
et c'est ce qui explique probablement que cette fameuse loi, infâme loi du plus
bas soumissionnaire, qu'on ne peut pas... moi, je pense qu'il ne faut
pas jeter le bébé avec l'eau du bain, là, mais il faut, il faut revoir le
paysage, je le dirais comme ça, a peut-être été si souvent utilisée et même
surutilisée. Je m'explique, parce que là, on est très loin d'un appel d'offres
basé sur la performance, on s'entend.
Donc, c'est un long
laïus, mais on a 16 minutes, on va pouvoir cadrer les choses. Donc, ce
qu'on a essayé de faire, c'est de trouver
l'équilibre entre cette stabilité nécessaire des marchés publics, parce qu'ils
ont besoin d'avoir une rigueur, et les gens, les gens étant les
citoyens, les contribuables du Québec, les citoyens au sens large, ça inclut
les compagnies, ça inclut les citoyens corporatifs, mais tous les citoyens du Québec
doivent comprendre que ce qu'on fait avec nos marchés publics, c'est dans leur
intérêt.
Je viens à l'Espace
d'innovation. L'idée d'avoir créé un espace d'innovation est un peu cette idée
de se dégager un espace où on est capable de dire : Dans cet espace-là, on
se permet d'expérimenter, de tester, de vérifier si, effectivement, quelque
chose comme un appel d'offres sur la performance peut être une bonne chose et
donne des résultats, donc se dégager du genre : Je veux la boîte de carton
avec 2 millimètres d'épaisseur, mais donnez-moi quelque chose qui peut
tenir un poids de deux livres sur une longue... Bon, peu importe, on se
comprend, là. Donc, c'est un peu ça, là, puis s'assurer qu'on a la bonne
solution.
Je vais revenir à
l'appel de performance — je
me tais là-dessus — pensez-vous
que cette idée d'avoir un espace d'innovation là qui, quant à moi, veut garder
un équilibre, est une bonne idée? Et est-ce que vous pensez que ce n'est pas
plutôt... c'est dans cet espace-là, justement, qu'on peut tester ce genre de solution
là sur les devis, sur les mesures durables, là? Alors...
M. Leclerc
(Denis) : Peut-être que je peux répondre en partie, puis je vais
laisser Jean surtout parler des appels d'offres basés sur la performance.
L'Espace d'innovation, bien sûr que c'est un forum essentiel pour partager
l'ensemble de l'information, créer de l'émulation également, puis de tester.
Et, si on revient... je fais un aparté pour le
cycle de vie ou la valeur, c'est sûr que les gens vont vous demander pourquoi
ça nous coûte plus cher. Parce qu'il y a le prix à l'achat puis il y a le coût de l'utilisation. Puis je pense
qu'avec le télétravail qu'on a vu au cours des deux dernières années, il
y en a combien qui ont acheté des imprimantes puis qui se sont aperçus, finalement,
que le coût des cartouches d'imprimante était beaucoup plus cher que la
machine? Ça fait que ton coût d'utilisation dans une année va être beaucoup
plus élevé qu'un coût d'achat de l'imprimante. Alors, je pense que les gens
vont comprendre, au niveau d'un coût ou d'un prix d'achat. Je vous donne cet
exemple-là pour illustrer que je pense qu'il y a bien des gens qui sont rendus
à ce niveau-là.
Maintenant, si on
fait juste un aparté sur l'Espace d'innovation, nous, on lève notre chapeau à
cette idée-là, même on la pousserait davantage, c'est qu'il faut absolument que
les acheteurs publics fassent connaître à l'avance leurs appels d'offres, leurs
besoins et, en même temps, puissent découvrir quels sont les produits, quelles
sont les innovations qui sont déjà disponibles de façon à mieux rédiger, mieux
structurer leur appel d'offres, ce qui va être bon pour le Québec, ce qui va être bon pour les achats locaux. Jean, au
niveau des appels d'offres sur la performance.
M. Simard (Jean) : Bien, je pense que, premièrement, il ne faut pas s'inquiéter, là, ce
n'est pas de l'innovation, ça fait des décennies que ça existe. La
Hollande a amorcé des appels d'offres... l'utilisation de ce type d'appel
d'offres là en 1991. Ils ont amélioré, bonifié. Il y a eu des glissements, il y
a eu de l'errance, ça a été corrigé. Le Danemark en fait. À travers l'Europe,
on utilise ça. Pourquoi? Parce que, justement, c'est un appel à l'innovation
puis c'est la meilleure façon de permettre une plus grande liberté dans la
conception de solutions.
Et le défi que ça
pose, parce que ça pose un défi pour l'administration publique, Mme la
ministre, c'est qu'on passe d'un contrôle
a priori à la nécessité d'un contrôle a posteriori. C'est-à-dire qu'il faut...
Si c'est un appel d'offres sur la performance, il va falloir évaluer
a posteriori que ça livre la marchandise. Ça veut dire que ça prend un
monitoring puis ça prend des évaluations par la suite. Donc, l'engagement est
différent dans le temps puis en termes d'expertise.
Et ça veut dire, il y
a un élément qui est fondamental, puis je pense que vous l'avez assez bien
couvert dans la stratégie, je voudrais vous faire le compliment que c'est
probablement la vision la plus holistique, en termes de stratégie
d'approvisionnement, à ce jour au Canada; l'important, votre grand défi, c'est
la livraison. C'est toujours le grand défi des gouvernements. Alors, le gros
défi, je pense, c'est le renforcement de la capacité institutionnelle au sein
de l'appareil gouvernemental. Ça va être... c'est le plus gros défi que vous
avez, c'est d'amener, de mobiliser les ressources
internes du gouvernement autour de cet engagement-là, d'apporter la formation
requise et aussi l'imputabilité à travers la transparence et la capacité
de mesurer la progression.
Puis un des gros
enjeux que vous avez, c'est qu'il y a beaucoup d'attentes qui vont être créées.
Tous les gens vont vouloir que ça arrive du jour au lendemain. C'est pour ça
que se donner cinq ans, c'est une approche qui est intelligente, sauf qu'il
faut avoir l'imputabilité sur une base annuelle, de mesurer la progression puis
l'engagement des fonctionnaires pour livrer la marchandise.
Mme LeBel : Oui.
Bien, on a peut-être... bon, on peut peut-être voir à améliorer tout ça, mais
je pense qu'on a ces principes-là, effectivement, dans la stratégie, là, sur la
reddition de comptes sur une base annuelle, mais qui est dans l'objectif,
justement, de voir évoluer les choses. Puis c'est important de le préciser, la
stratégie est sur cinq ans, mais les modifications que l'on fait dans le projet
de
loi sur la
loi sur les contrats publics qui instaure, entre autres, l'Espace
d'innovation et différents critères, et on va prendre connaissance de vos
recommandations plus précises, là, naturellement, ne soyez pas inquiets, est là
pour rester.
Donc, je pense que ce qui est important... Et
vous avez peut-être mis le doigt sur une chose, l'idée de le faire
progressivement dans un espace d'innovation qui nous permet, par la suite, de
prendre ce qui en ressort de positif pour l'injecter, par le biais de la
réglementation, dans l'entièreté des marchés publics, je pense que c'est
justement pour se donner les moyens de nos ambitions et les moyens de le mettre
en oeuvre. Parce que je ne suis pas certaine, vous avez raison, que, si, du
jour au lendemain, on passe d'une façon de faire à une autre... Je veux dire,
ça prend de la formation, ça prend de l'accompagnement.
Et ça va me permettre de vous amener peut-être
un peu plus, justement, sur l'approche, bien, sur la performance. On en a
entendu différentes versions au cours des derniers jours. Je sais même qu'en
Europe ça a remplacé, dans certains cas, la notion de dialogue compétitif. Pour
moi, c'est un peu la même chose ou l'autre bout, c'est-à-dire que je vois que,
dans le dialogue compétitif, souvent, on peut avoir ces certains dialogues là
avec les entreprises pour identifier nos besoins... c'est-à-dire faire connaître
nos besoins et leur permettre de nous aider à identifier des solutions, c'est
peut-être comme un appel de solutions, mais en amont, et, par la suite, donc,
permettre à l'industrie de répondre par une offre aux besoins ainsi ciblés, là,
dans la solution. Alors que, dans l'appel d'offres basé sur la performance, ce travail-là se fait... bon, pourrait se faire
avec l'industrie, mais en principe se fait par... pas le donneur
d'ordres, parce que ce n'est pas de la construction, mais l'acheteur,
l'acheteur gouvernemental ou l'acheteur de services ou de biens qui doit, lui,
dire : Bien, voici mon besoin, remplissez-le. Donc, ça ressemble beaucoup
à un appel de solutions avec des nuances, là, c'est-à-dire qu'il faut que je
m'assure que la performance est remplie.
Est-ce que vous pensez que... Moi, je pense
qu'on devrait avoir tous les outils, mais quelle différence vous faites entre le dialogue compétitif qui ressemble
un peu... qui pourrait ressembler un peu à ça et... (panne de son) ...basé sur la performance? Parce qu'on nous a parlé
beaucoup de dialogue compétitif aussi dans les derniers... dans les
dernières consultations. Pour moi, tous les outils devraient être disponibles,
là, mais c'est bon de comprendre où vous voyez, vous, les différences ou les
avantages et inconvénients de l'une ou l'autre.
M. Simard (Jean) : Bien, je
pense que... un, je ne suis pas... je ne suis pas féru sur le dialogue
compétitif dont vous parliez tout à l'heure, parce que ce n'est pas une notion
que je saisis bien, mais je peux vous parler de l'appel d'offres de performance
et surtout de la notion des outils, qui va être fondamentale quand on parle de
renforcement de capacités institutionnelles. Les appels d'offres de
performance, dans la mesure où ils font appel à des notions, par exemple, environnementales et sociales, quant à la
finalité recherchée, devraient... requièrent l'utilisation d'outils tels
que l'analyse du cycle de vie puis le coût total de possession. Puis c'est
fondamental, parce que c'est ça qui permet vraiment de mesurer la valeur
intrinsèque de la proposition qu'on a devant nous sur certains aspects, et elle
donne aussi ouverture à des considérations qu'on n'utilise pas normalement et
qui ont le défaut de renforcer les schèmes traditionnels d'appel d'offres.
Par exemple,
si vous faites un appel d'offres pour un pont, normalement, au Québec, le
ministère des Transports va spécifier l'utilisation de l'acier, plutôt
que de faire un appel d'offres de performance pour exprimer le fait qu'il a besoin de relier deux rives d'un
cours d'eau pour pouvoir supporter un poids x, des charges et des
intempéries, et ainsi de suite, et donc donner ouverture à l'utilisation de
différents matériaux. Ça fait 12 ans qu'on fait des représentations à cet
effet-là. Le seul gain qu'on a, à toutes fins utiles, c'est de procéder à des
études qui suivent d'autres études et d'autres études, plutôt que d'utiliser
des outils d'aide à la décision qui permettraient de mesurer des propositions
dans un espace d'innovation comme vous le proposez, par exemple, et de tester
ça pour pouvoir ensuite tirer dans nos marchés publics des propositions qui
pourraient faire... qui pourraient être dans l'intérêt supérieur de l'économie
québécoise. Encore là, le coût total de possession est fondamental.
L'aluminium, vous avez amené le sujet tout à
l'heure, je vous en remercie, c'est un matériau qui fait appel à
l'intelligence. Il coûte plus cher à l'achat, c'est plus complexe, mais c'est
un matériau qui est moins dispendieux à l'usage. Alors, quand on utilise le coût
total de possession, on en vient à la conclusion, et c'est documenté au niveau
international, qu'une proposition en aluminium, comparativement à une
proposition traditionnelle avec des matériaux
comme l'acier, est moins dispendieuse. Mais on n'est pas capable d'utiliser ce
matériau-là dans des appels d'offres actuels parce que c'est des appels
d'offres sur spécification.
Mme LeBel : Donc, il faut sortir de
ce... Est-ce qu'il me reste quelques minutes? Une dernière?
Le Président (M. Simard, Montmorency) : Il
y a un peu d'écho, cependant. Si on pouvait corriger ça.
Mme LeBel : Oui, je m'entends
moi-même, et c'est... écoutez...
Le Président (M. Simard, Montmorency) : : C'est
doublement plus plaisant.
Mme LeBel : Non, mais moi, je ne le vois pas de même, mais,
en tout cas... Bien, vous parliez d'outil décisionnel, puis il reste peu
de temps, mais je vais conclure avec ça, parce que vous mentionnez, dans votre
mémoire, que, bon... «souhaite vous informer que nous
développons une grille d'analyse», là, et qui pourrait justement alimenter
l'Espace d'innovation. Donc, c'est ce type d'outil décisionnel là dont vous
parlez, là.
M. Simard (Jean) : Oui. On
travaille... Switch a demandé à l'Institut du Québec de développer une grille d'analyse pour être utilisée par les instances
gouvernementales dans deux situations cadres. Il y en a une qui est
l'aide aux entreprises, des aides financières, donc, à travers Investissement
Québec, ainsi de suite, d'avoir une grille qui permet d'internaliser des notions de performance environnementale, sociale, en
se mesurant à des objectifs de développement durable, par exemple, des Nations unies. Et le même outil pourrait être
utilisé justement pour baliser des processus d'appel d'offres, donc une
grille d'analyse qui pourrait être utilisée pour mesurer, accueillir des
propositions autrement que dans des schèmes
traditionnels. Et on vous propose, Mme la ministre, d'assurer la collaboration
des différents ministères avec cette initiative qu'on fait pour le
gouvernement. On aimerait beaucoup que ça fasse... (panne de son).
LeBel : On va en prendre certainement connaissance avec
sérieux. Merci beaucoup de votre intervention, messieurs, c'était fort
apprécié. Merci.
Le Président (M. Simard, Montmorency) :
D'autres interventions du côté gouvernemental? Sans quoi je cède la parole au
député de Mont-Royal—Outremont.
Arcand : Merci. Merci, M. le Président. Bonjour,
M. Leclerc, M. Simard. Un plaisir de vous revoir aujourd'hui.
On sait qu'au niveau gouvernemental, évidemment, il y a quelques joueurs
importants au niveau de la décision d'offrir certains contrats, etc., le Centre
d'acquisitions, le ministère de la Santé, le ministère des Transports, la SQI. Enfin, ce sont les principaux joueurs, là, qui
sont là. D'après vous, quelles sont les plus grandes erreurs qui sont
faites, vous qui surveillez ça depuis nombre d'années? C'est de trop spécifier
dans les appels d'offres? C'est... Quelles sont les erreurs les plus grandes?
M. Simard (Jean) : Bien, c'est
certain qu'on met le mot... l'expression «l'appel d'offres au plus bas
soumissionnaire» est certainement l'expression-valise de tous les maux de la
terre dans les processus, mais je pense qu'on
peut faire quand même un tri. Et certainement, quand on parle d'innovation,
c'est un problème beaucoup plus, comme on l'a exprimé tout à l'heure, de
donner ouverture à travers une façon différente que des appels d'offres. Je ne
pense même pas que c'est une question de plus bas soumissionnaire, c'est
beaucoup plus une question d'appels d'offres de performance, entre autres, pour
permettre l'innovation.
C'est certain que le plus bas soumissionnaire
conforme, on ne se creuse pas trop, trop la nénette, là, pour répondre à un
appel d'offres, on s'assure qu'on a le plus bas coût, qu'on charge le plus bas
prix. En soi, c'est un problème, mais je vous dirais que c'est un problème qui
est très fort au niveau municipal aussi. On a un peu infantilisé, je pense, le
secteur municipal au cours des dernières décennies au Québec. On a perdu une
marge de manoeuvre pour aller chercher de l'innovation, alors que c'est un
milieu qui serait capable, en se coordonnant, de faire émerger des propositions
innovantes. Ils ne peuvent pas le faire, dans la mesure où ils se trouvent
contraints d'utiliser le processus du plus bas soumissionnaire, sauf exception.
Et aussi, au niveau des règles comptables, ce qu'on
comprend, c'est qu'au niveau
budgétaire une municipalité, elle ne
prendra pas en compte le coût total de possession parce que ce n'est pas le même budget, ce n'est
pas la même personne qui est responsable que lors de l'achat initial du bien. Et donc il y a un problème structurel ou
systémique dans ces mécanismes-là qui va à l'encontre de la recherche de
solutions innovantes, dont le coût est différent ou devrait être calculé de
façon différente. Je passe la parole à Denis.
M. Leclerc
(Denis) : Merci. Bonjour. Et j'ajouterais un élément à
améliorer, puis j'en ai parlé très brièvement, c'est le fait de pouvoir,
au niveau des acheteurs publics, informer le marché sur leurs intentions, sur
leurs demandes, ce qu'ils... quels enjeux qu'ils ont. Et, vous savez, en
innovation, c'est très important. Et nous, chez, bon, Écotech Québec, on est
membres de Switch, mais Écotech Québec, on a fait quelque chose, on a fait un
projet pilote l'automne dernier où on avait mis au jeu sept enjeux d'organismes
publics. Alors, en collaboration avec les organismes publics, on avait
identifié sept de leurs enjeux et on a mis au défi l'innovation, l'écosystème
d'innovation au Québec pour leur soumettre des solutions innovantes, des
produits innovants qui existent déjà, là, ou une approche innovante. Ça, c'est
pour leur permettre... permettre aux acheteurs publics de mieux comprendre
qu'est-ce qui existe déjà sur le marché pour mieux rédiger leurs prochains
appels d'offres.
Alors, je ne sais pas si c'est vraiment comme ça
qu'on appelle le dialogue compétitif, mais il reste que l'initiative que l'on a
faite avec les sept enjeux des organismes publics, ça a été un grand succès
parce qu'on a vu qu'il y a ce forum d'échange. Ils appellent ça des vitrines
technologiques inversées. Le gouvernement avait ça uniquement pour les
technologies de l'information. Je pense qu'il faut démocratiser tout ça, là, il
faut en avoir pour de l'innovation, notamment pour les technologies propres,
pour pouvoir soumettre les innovations, les nombreuses innovations qui existent
déjà au Québec que le gouvernement pourrait très bien utiliser.
M. Arcand : Je me rappelle qu'en
2019, je pense que c'est Écotech Québec, là, qui proposait une espèce de carte
Nexus, là, vous aviez proposé... pour les entreprises qui étaient respectueuses
de l'environnement. Parce que moi, la crainte que j'ai, c'est qu'il faut
essayer de faire des choses quand même simples. Et ça, je trouvais ça
intéressant, de dire : On a une carte Nexus qui pourrait faciliter l'accès
au niveau des marchés publics. Et il me semble, en tout cas, que le projet de
loi n° 12 qu'on a devant nous me semble compatible avec ce type de
démarche. Et donc ma question, c'est : Est-ce que
vous pensez que c'est encore quelque chose qui est possible, qui pourrait être
inclus à l'intérieur de ce qu'on propose aujourd'hui?
M. Leclerc
(Denis) : Mais vous avez une bonne mémoire. J'apprécie. Oui, le Nexus
vert, hein, le Nexus est tellement important, lorsqu'on arrive d'un voyage puis
on passe devant tout le monde, c'est parfait. C'est un petit peu ça, le Nexus vert, c'est-à-dire qu'avec la
crédibilité de l'organisation, avec ce qu'on appelle son «track record»,
bien, ça nous permet, à ce moment-là, d'accélérer certaines démarches auprès
des gouvernements. Vous savez, ça pourrait être un excellent moyen d'inciter
des entreprises à faire affaire davantage avec le gouvernement. Il y a ça
aussi, cet enjeu-là. Je pense qu'avec... là, on a la stratégie, sa mise en
application, on pense qu'il va y avoir... on souhaite qu'il va y avoir des mécanismes comme cela pour
faciliter, accélérer cette démarche-là au niveau des marchés publics.
Jean.
M. Leclerc
(Denis) : Non, tu es en sourdine, Jean.
M. Simard
(Jean) : Si vous permettez, M. Arcand, j'aimerais ajouter que de
plus en plus, avec le recadrage des chaînes d'approvisionnement sur le plan
mondial, au niveau nord-américain, au niveau canadien, avec tout le contexte
géopolitique qu'on connaît, il va y avoir des nouveaux paramètres pour accéder
à des marchés très importants. On le voit même dans le secteur privé où est-ce
qu'on va devoir démontrer une conformité à des standards ESG, avoir obtenu des
certifications internationales, et ainsi de suite. Il y a une certification qui
est de plus en plus connue et qui est
globale, donc qui est reconnue partout, puis c'est l'utilisation des objectifs
de développement durable des Nations unies, par exemple. Et chaque
secteur peut cadrer une série de ces objectifs-là pour l'appliquer, par
exemple, à son industrie, à son entreprise.
On pourrait penser à
un processus de préqualification. Vous parliez du Nexus, là, ça pourrait être
une préqualification d'entreprises québécoises. Ce n'est pas nécessaire que ce
soit exigé dès la première année, mais, encore là, le signal pourrait être
donné par le gouvernement, de dire : On se donne cinq ans pour que
50 %, par exemple, des soumissionnaires
obtiennent la certification. La première année, ça va être plus une période
d'apprentissage, de comprendre qu'est-ce que ça représente. La deuxième, il
devrait y en avoir tant de pour cent, et ainsi de suite. Et, un, ça permet de
protéger l'intérêt public, de représenter des valeurs qui sont très
contemporaines et surtout d'amener nos entreprises à se rendre... à se donner
accès à des marchés internationaux qui, de plus en plus, vont exiger ça.
M. Arcand : D'accord.
Vous aviez, d'ailleurs, au niveau de ce que vous avez présenté, vous avez parlé
de cibles qui vont de 15 % de 2022 à 2027 jusqu'à 2048 où vous êtes à
25 %. Expliquez-moi comment vous en arrivez à ces chiffres-là.
M. Simard (Jean) :
C'est un exemple. C'est un exemple. C'est pour montrer l'importance d'avoir
une démarche qui est progressive dans le temps plutôt que de créer un choc,
mais, en même temps, d'en avoir une. C'est nécessaire, mais il faut l'étaler
sur une période de temps donnée. Alors, c'est strictement arbitraire, ce qu'on
a mis là, là, ce n'est pas... La
recommandation, ce n'est pas ces chiffres-là. La recommandation, c'est de se
donner une approche comme celle-là... (panne de son) ...progressive.
M. Leclerc (Denis) :
Et c'est difficile pour nous de mettre des chiffres parce que, même le
15 %, est-ce que c'est beaucoup? Il est de combien en ce moment? Alors,
c'est difficile pour nous de donner une valeur à ce 15 % là. Alors, c'est
pour ça qu'on... Mais, comme l'explique Jean, c'est plus la progression au
cours des prochaines années qu'on voit que ça peut inciter davantage la
fonction publique, les acheteurs publics à respecter les nouveaux critères
d'achat responsable.
M. Arcand : O.K.
Hier, quand on a entendu des chambres de commerce... Et disons que les chambres
de commerce, ce que l'on disait hier, c'est qu'on avait beaucoup, je dirais, de
craintes par rapport, au-delà du projet de loi, à la façon de changer la
culture organisationnelle de l'État, qu'on a beaucoup de craintes. C'est très
figé. Et puis aujourd'hui, ce que vous nous dites, et ça explique d'ailleurs
pourquoi vous avez fait ces projets-là, c'est qu'on dirait que les décideurs ne
sont pas très conscients de ces nouvelles technologies, de ces nouvelles
innovations, ne sont pas très conscients de ce qui se passe. Est-ce que ce
n'est pas là une grande
partie du problème... pas d'effort de marketing, de
faire connaître justement les innovations québécoises?
M. Leclerc
(Denis) : Bien, c'est... le marketing, oui, mais il faut que de,
l'autre côté, il y ait une ouverture, mais il faut qu'il y ait aussi un besoin.
Et, au-delà de l'incitation, il faut qu'il y ait des obligations, hein? Alors,
d'inciter et d'encourager, c'est une chose, mais d'obliger, c'en est une autre.
Alors, c'est pour ça que l'activité que nous avons faite avec les organismes
publics l'automne dernier...
Le Président (M.
Simard, Montmorency) : Merci, M. Leclerc.
M. Leclerc
(Denis) : ...ça nous a permis...
Président (M. Simard, Montmorency) : Merci. Désolé de vous contraindre
dans le temps. On vous a laissé quand même beaucoup plus de temps que prévu
pour la
section dévolue au député d'Outremont. Donc, je cède maintenant la
parole à la députée de Mercier.
Mme Ghazal : Merci. Merci, M. Leclerc, M. Simard.
Vous allez voir, il y a encore moins de temps, là, avec moi,
malheureusement, à peine deux minutes quelque chose. Écoutez, merci pour votre
présentation, pour votre mémoire.
Vous n'êtes pas les
premiers, là, à avoir remis en question la stricte règle du plus bas
soumissionnaire. Et vous parlez d'inverser le fardeau de la preuve dans la
reddition de compte du Conseil du trésor. Et c'est sûr que, bien, on va en
tenir compte, et ça va nous aider dans nos discussions.
Il y a une
proposition, en fait, par rapport au fait... par exemple, vous dites que c'est
important qu'il y ait une marge préférentielle pour... dans le pointage des appels
d'offres, pour s'assurer que les normes environnementales minimales soient respectées
ou avantagées.
Vous parlez de
s'approvisionner en fraises du Québec plutôt qu'en importer du Mexique ou de la
Californie, donc c'est un exemple que vous donnez. Est-ce que vous pensez que
c'est quelque chose de possible dans le marché actuel? Il ne devrait pas y
avoir, par exemple, une tarification carbone? J'aimerais vous entendre.
Qu'est-ce que vous pensez de cette idée-là, qu'il y ait une tarification
carbone pour les produits importés, qui est une idée qui est en train de se
discuter, puis certains pays l'ont mis en place?
M. Simard
(Jean) : Écoutez, je vais me permettre d'amorcer la réponse parce que
c'est un sujet qui touche énormément notre industrie, l'industrie canadienne de
l'aluminium, dont celle du Québec. Le mécanisme carbone, c'est une idée qui est
poussée présentement à l'origine par l'Union européenne. C'est une gestion
nationale. Donc, le Québec n'aurait pas à gérer une telle politique, c'est le
Canada qui serait appelé à gérer ça. Le Canada, et dont le Québec, est en très
bonne position parce qu'on a un mécanisme de tarification carbone.
Une fois qu'on a dit
ça, le gros enjeu pour nous, c'est le fait que notre commerce est vers les
États-Unis, il n'est pas vers l'Europe, en très grande partie. Et, demain
matin, si on se prête à un mécanisme européen, par exemple, ça pourrait forcer
le retrait des allocations de protection de couverture pour les grands secteurs
industriels, qui sont considérés comme intensifs en termes d'utilisation
d'énergie, et exportateurs. Ça veut dire que, demain matin, l'aluminium qu'on
exporte aux États-Unis ne serait plus couvert en termes d'allocation carbone
parce qu'on serait en lien avec l'Union européenne, avec le système européen,
alors qu'on exporte 90 % de ce qu'on produit vers les États-Unis, où on
doit se colletailler avec de l'aluminium qui vient de l'Inde au charbon, du
Moyen-Orient au gaz naturel, de la Chine au charbon. Alors, on serait exposés à
une concurrence qui n'a aucune tarification carbone, alors qu'on perdrait nos
allocations de couverture qui sont là pour nous protéger de la concurrence.
Mme Ghazal :
Là, je sais qu'on est au Québec...
Le Président (M.
Simard, Montmorency) : Mais très succinctement, puisqu'on a déjà
dépassé le temps.
Mme Ghazal :
Ah? O.K. Mais est-ce que, par exemple... J'avais d'autres choses, mais, ce
n'est pas grave, je vais rester là-dessus vu
qu'il ne reste pas de temps. Est-ce que c'est possible, par exemple... Vous
parlez des fraises, pour certains secteurs. Est-ce que ça serait bien
pour le Québec et d'autres, peut-être... Parce que ça nuirait à certaines
industries, laisser tomber...
Le Président (M.
Simard, Montmorency) : Succinctement, s'il vous plaît.
Mme Ghazal :
Comme l'alimentation, la santé.
M. Simard
(Jean) : Oui. Les systèmes visent les grandes familles de matériaux de
base. Ils ne visent pas les produits parce que c'est trop difficile à
contrôler. Alors, ça ne ferait rien pour les fraises.
Le Président (M.
Simard, Montmorency) : Merci, M. Simard. Merci à vous, chère
collègue. M. le député de Jonquière.
M. Gaudreault :
Oui. Merci beaucoup. Quand je vois le secteur économique aussi mobilisé
dans la lutte contre les changements
climatiques, l'économie, et le monde des affaires, il est beaucoup plus en
avance, j'ai l'impression, que le gouvernement, à certains égards.
Vous le savez,
M. Simard, on a un pont en aluminium depuis 70 ans à Arvida qui tient
la route. Si j'avais été ministre des Transports plus longtemps, on aurait
multiplié ce type de pont à travers le Québec.
Maintenant, moi, je
veux vous entendre justement sur l'enjeu des changements climatiques. Vous en
parlez beaucoup, j'aime ça, entre autres, la recommandation 2, la
recommandation 3, votre recommandation 10. Donc, deux questions. Comment
on peut intégrer... Vous le dites quasiment, là, le test climat que le ministre
de l'Environnement n'a pas mis dans sa
loi n° 44, ou, en tout cas, pas suffisamment. Donc,
comment intégrer le test climat et la reddition de compte là-dessus? D'autres nous ont parlé, hier,
de donner des pouvoirs accrus au Commissaire
au développement durable.
M. Simard (Jean) : Bien, pour
ce qui est du test climat, pour nous, ça ferait
partie de toute la notion d'une
grille, une grille d'analyse qui internalise, justement, des facteurs
environnementaux, des facteurs sociaux qui, soit dit en
passant, pourraient être utilisés même au-delà du seuil de 300 quelques mille
dollars que couvre le présent projet de loi, sauf erreur, parce que ce sont des
éléments de référence qui sont admis par l'Organisation mondiale du commerce.
On peut se référer à des balises environnementales et sociales dans le cadre de
nos accords internationaux. Donc, on aurait tout lieu d'utiliser ces
référentiels-là dans une grille d'analyse. Et d'ailleurs la proposition qu'on a
faite à Mme la ministre tout à l'heure, là, le projet qu'on travaille avec
l'Institut du Québec, porte justement sur l'utilisation de ces référentiels-là.
M. Leclerc (Denis) : Et quoi de
plus normal de pouvoir identifier des éléments qui viennent contribuer à
l'atteinte des objectifs du Québec. Que ça soit en matière des émissions de gaz
à effet de serre, la protection des eaux, les matières résiduelles, même sa
politique d'agriculture durable, ce sont des éléments... Si on se donne des
stratégies de cette ampleur-là au Québec, il faut s'assurer que ce que le
gouvernement fait vient appuyer l'atteinte de ces objectifs.
M. Gaudreault : Et le Commissaire au
développement durable qui ferait la reddition de comptes, qu'est-ce que vous en
pensez?
M. Simard (Jean) : Ce n'est pas une
mauvaise idée. Il faut qu'il y ait une reddition de comptes, c'est certain.
C'est très important. Sinon, on n'avancera pas.
M. Gaudreault : Parfait. Donc, vous
dites : Il faut une reddition de comptes, il faut trouver le meilleur
mécanisme. Le Commissaire au développement durable peut en être une. En tout
cas, le G15, hier, le Conseil du patronat également était d'accord. J'imagine
que vous n'êtes pas très aux antipodes, là, de ces groupes-là, là.
M. Leclerc
(Denis) : Absolument pas. Je pense que ça peut être une
avenue à considérer puis de façon très positive.
Président (M. Simard, Montmorency) : Alors, M. Leclerc,
M. Simard, merci beaucoup pour votre contribution à nos travaux ce
matin.
Sur ce, nous allons suspendre momentanément, le
temps de faire place à nos prochains invités. À nouveau, merci à vous deux.
M. Simard (Jean) : Merci. Au revoir.
M. Leclerc (Denis) : Au revoir.
Le Président (M. Simard, Montmorency) :
Au revoir.
(Suspension de la séance à 12 h 11)
Le Président (M. Simard, Montmorency) :
Alors, chers collègues, nous sommes de retour et nous sommes maintenant en
présence de représentants de l'Institut de recherche en économie contemporaine.
Messieurs, bonjour. Auriez-vous d'abord l'amabilité de vous présenter?
M. Rioux (Hubert) : Alors, bonjour.
Hubert Rioux. Je suis chercheur à l'Institut de recherche en économie
contemporaine.
Laplante (Robert) : Robert Laplante, directeur général de l'Institut
de recherche en économie contemporaine.
Président (M. Simard, Montmorency) : Messieurs, vous disposez
de 10 minutes pour faire votre présentation.
M. Rioux (Hubert) : Alors, bonjour à
tous. Merci, effectivement, de nous donner l'occasion d'exprimer le point de vue de l'IREC sur ce projet de loi
n° 12 et plus largement sur la stratégie des marchés publics qui
l'accompagne.
Alors, je vais débuter, d'abord, en rappelant
que cette stratégie et ce projet de loi s'inscrivent, de notre point de vue,
d'abord et avant tout dans un contexte de déstabilisation profonde des chaînes
de valeur manufacturières mondiales, qui a évidemment été accentuée par la
crise géopolitique russo-occidentale, disons, la pandémie de COVID-19 et
l'accélération des bouleversements climatiques, mais dont les racines profondes
remontent au moins à la crise financière de 2008 et aux multiples chocs, là,
qui vont suivre dans les années 2010. Et cette conjoncture historique
particulière a poussé les économies occidentales à reconsidérer l'importance de
l'autonomie industrielle stratégique, puis à mettre en place des politiques de
réindustrialisation et de relocalisation des chaînes d'approvisionnement
manufacturière, dont les mesures préférentielles visant les marchés publics,
qui sont des manifestations centrales. Et conséquemment on souhaite, ce midi,
soulever quelques éléments importants.
D'abord, le gouvernement du Québec doit
s'attendre à ce qu'en particulier, dans la foulée du conflit armé, là, en
Europe actuellement, l'appréciation, l'interprétation et même le respect des
principes de non-discrimination réciproque prévus aux accords commerciaux
internationaux sur les marchés publics soient fondamentalement bouleversés à
court et à moyen terme. Ensuite, et pour cette même raison, le gouvernement
doit s'attendre à ce que les exceptions et les exclusions prévues à ces accords
sur les marchés publics, pour ce qu'on appelle communément les objectifs
légitimes, là, qui permettent de contourner les principes de non-discrimination
réciproque, soient de plus en plus fréquemment invoquées, voire
instrumentalisées par les partenaires commerciaux du Québec. Les objectifs
légitimes liés notamment à la sécurité nationale, à la santé et à la sécurité
des travailleurs et des consommateurs, à la protection
de l'environnement puis à la sécurité des approvisionnements en biens d'intérêt
critique — on
peut penser, par exemple, aux pharmaceutiques, à l'agroalimentaire, aux
technologies de pointe — seront
dorénavant utilisés de manière plus ou moins
systématique afin d'avantager les fournisseurs locaux dans le cadre des appels
d'offres publics, et nous sommes d'avis que le gouvernement du Québec ne
doit pas s'empêcher d'emprunter cette voie également.
Enfin, bien que la stratégie et le projet de loi
englobent à la fois l'approvisionnement en biens, en services et en travaux de
construction, on croit qu'il convient de mettre l'accent, dans le cadre de leur
application, sur le secteur des biens. C'est
très clairement dans ce domaine-là que l'approvisionnement québécois est
déficient, et ça correspond plus largement à la dépendance importante du
Québec envers les importations manufacturières.
Aujourd'hui, pour vous donner une idée, la
demande intérieure québécoise totale en intrants et en produits manufacturiers
est comblée à plus de 65 % par les importations, et, dans ce contexte-là,
la stratégie et ce projet de loi devraient être utilisés sans ambiguïté, de
notre point de vue, comme des outils de substitution des importations. Et c'est
avec ces considérations en tête que j'évoque, pour terminer, quelques points
importants en rafale, en espérant que ça puisse vous permettre de pousser un
peu plus loin votre réflexion.
Premièrement, comme c'est le cas notamment aux
États-Unis dans le cadre des dispositions du Buy American, on pense que la définition du concept de fournisseur québécois
devrait intégrer un seuil d'approvisionnement local afférent à la valeur des intrants ou des composantes des biens
concernés, avec application de marges préférentielles en fonction de ce
seuil.
Deuxièmement, comme ça se fait notamment en
France, il serait envisageable d'intégrer des critères linguistiques aux appels
d'offres publics, favorisant indirectement les entreprises québécoises.
Troisièmement, et comme le projet de loi le
reconnaît déjà en partie, on veut souligner le fait que les critères
environnementaux, sociaux et de gouvernance sont généralement acceptés en droit
des marchés publics et peuvent permettre
d'avantager indirectement les fournisseurs locaux. Il en va d'ailleurs de même
des critères afférents à la création de marchés d'économie circulaire ou
de circuits courts, notamment en matière d'approvisionnement agroalimentaire.
Et finalement, et ça, c'est particulièrement
important de notre point de vue, il est à noter que les organismes sans but
lucratif, dont les coopératives, sont exemptés des principes de
non-discrimination de l'Accord sur les marchés
publics de l'OMC, de l'Accord de libre-échange canadien et de l'accord de
coopération et de commerce Québec-Ontario, et qui plus est, les OBNL et
donc les coopératives sont également exemptées du
chapitre de l'AECG avec
l'Europe sur les marchés publics pour tout ce qui a trait à l'urbanisme.
Donc, considérant l'importance, là, du secteur
de l'économie sociale au Québec, ça offre, de notre point de vue, des
opportunités intéressantes, et je laisse là-dessus la parole à Robert Laplante.
Ton micro est fermé, Robert.
M. Laplante (Robert) : Pardon. Merci
de me donner l'occasion d'attirer votre attention sur une dimension importante
de l'économie du Québec, qui, dans le projet de loi et dans le débat public en
général, est sous-évaluée quant à son
potentiel structurant. Le recours aux marchés publics peut fournir de puissants
instruments de reconfiguration des économies locales et régionales, et
les entreprises d'économie sociale peuvent en fournir, aussi bien par le biais
des achats qu'elles peuvent faire que par la production de biens et services
qu'elles peuvent livrer. Ces entreprises d'économie sociale peuvent fournir de
très puissants leviers, mobilisables partout et rapidement sur tout le
territoire. C'est vrai particulièrement dans le domaine agroalimentaire et de
la sécurité alimentaire.
La stratégie nationale gouvernementale d'achat
d'aliments québécois est une initiative qu'il faut bonifier, c'est un pas dans
la bonne direction, mais il faut ajouter à cette politique une dimension
nettement plus volontariste. Il ne suffit plus d'appeler à la concertation, de
proposer du conseil et des incitatifs, il faut un cadre structurant et des
mesures effectives pour donner du résultat.
Les coopératives de producteurs, de
transformateurs et les agences de distribution peuvent jouer un rôle clé, car
ils ont une masse critique dans plusieurs filières stratégiques pour tout le
secteur de l'agroalimentaire. Le domaine de l'économie sociale couvre
effectivement un très large spectre d'activités de production et de
distribution, et il peut fournir, puisqu'il
est un important gisement d'emplois...
c'est le plus important gisement
d'emplois industriels au Québec. Le secteur agroalimentaire est
particulièrement mobilisable pour l'économie sociale. Il peut fournir une
occasion de réunir la politique commerciale, la politique industrielle et la
sécurité alimentaire, dans la mesure où on comprendra que l'achat local n'a de
portée que s'il est combiné à une stratégie de production locale. L'action
gouvernementale doit rendre ce lien incontournable. C'est le cadre qu'il faut
bâtir.
À cet égard, je
rappellerai une des remarques souvent proférées devant les consultations du
défunt rapport Pronovost d'il y a quelques années, où plusieurs intervenants du
monde de l'agroalimentaire déploraient le fait que le Québec
dépend de trois grands distributeurs, principalement pour l'ensemble de ses
fournitures en agroalimentaire, et qu'un
seul de ses distributeurs est sous contrôle québécois, ce qui fragilise
considérablement l'ensemble du domaine agroalimentaire.
On avait, à ce moment-là, évoqué la possibilité, et même plusieurs acteurs le
soutenaient, la nécessité de faire
naître un réseau de distribution sous contrôle coopératif pour offrir un
contrepoids aux concentrations logistiques imposées par des contrôles
externes de ces grands distributeurs.
entreprises d'économie sociale sont effectivement territorialisées. Elles sont
donc beaucoup plus facilement mobilisables pour la construction de
circuits courts. Elles devraient être normalement prises en considération. Ce sont les fers de lance d'une stratégie de
substitution des importations qui pourrait privilégier à la fois
l'approvisionnement local et une conduite environnementale appropriée à la
lutte aux changements climatiques. L'empreinte carbone pourrait ainsi être
diminuée, et cette empreinte carbone devrait être un des critères incorporés à
tout appel d'offres.
L'approvisionnement
alimentaire devrait être effectivement assorti, dans les appels d'offres, d'une
clause du 150 kilomètres et...
Le Président (M.
Simard, Montmorency) : Très bien.
M. Laplante
(Robert) : Et, à ce moment-là, on pourrait penser que...
Le Président (M.
Simard, Montmorency) : Merci beaucoup.
M. Laplante
(Robert) : Oui. Je compléterai.
Le Président (M.
Simard, , Montmorency) : Ceci étant dit, oui, Mme la ministre.
Mme LeBel :
Oui. Mais je vais vous laisser compléter, M. Laplante, votre
présentation sur le temps qui m'est imparti, puis on pourra peut-être...
j'aurai peut-être quelques questions pour vous par la suite.
M. Laplante
(Robert) : Je vous remercie, Mme la ministre. Rapidement, les
entreprises d'économie sociale, parce qu'elles ont une plus grande longévité
que les entreprises commerciales conventionnelles et des pratiques commerciales centrées sur l'intérêt général,
peuvent fournir des éléments de densification du tissu économique local
et régional. Elles peuvent faciliter la plus
grande efficacité de nos politiques agricoles et de nos politiques
d'approvisionnement.
règle générale, et je conclurai là-dessus, les appels d'offres — tous
les appels d'offres — devraient
comporter une clause de priorité à
l'investissement local — c'est
une clause qu'on retrouve dans beaucoup d'États américains — une
clause qui pourrait s'appliquer à tout soumissionnaire qui... Toute condition
est évidemment satisfaisante, étant égale par ailleurs, la préférence devrait
être accordée à tout fournisseur qui, pour répondre à l'appel d'offres, peut
faire la preuve de son investissement dans
l'économie locale et régionale. Cela est conforme aux entreprises et aux
exigences du commerce et cela faciliterait
grandement l'investissement dans l'économie de chacune des régions. Et
particulièrement cela inciterait les grands pourvoyeurs de services financiers,
les grands créateurs de réservoirs de capitaux, à être plus présents dans les
collectivités qui génèrent leurs profits et leurs encours.
Alors, pour une
politique d'achat, il faut privilégier l'économie sociale, lui faire une place
centrale dans l'approvisionnement agroalimentaire et, plus globalement, offrir,
dans les appels d'offres, la possibilité pour tout soumissionnaire de bonifier sa proposition en manifestant son intérêt à
investir dans l'économie locale et régionale. Voilà.
Mme LeBel : Merci, M. Laplante. Vous avez été très éloquent
sur la place de l'économie sociale, les entreprises d'économie sociale,
donc c'est peut-être pour ça que je vais vous amener un peu plus sur un autre
terrain pour être capable d'en discuter un peu plus... un peu plus en long avec
vous et votre collègue qui vous accompagne.
Je vais tout de suite
donner mes couleurs, puis j'ai l'impression... bon, moi, je pense que les
accords de libéralisation des marchés
publics sont importants. Ils ont leur place. Ils ont des avantages également
pour notre économie, nos entreprises. Mais là où je vous rejoins, c'est
sur le fait que, je vais le dire dans mes mots, probablement, au Québec ou même
au Canada, on a peut-être été beaucoup trop timides dans l'exploitation des
marges de manoeuvre disponibles à l'intérieur de ces accords-là.
Donc, sans mettre à
mal les accords et, encore une fois, de jeter le bébé avec l'eau du bain, parce
qu'il y a un avantage... Et je vous dirais que, dans mes consultations,
beaucoup de gens de l'industrie, les entreprises, ne veulent pas non plus qu'on
mette la hache... même si ce n'est pas nous qui sommes signataires, on se
comprend, là, mais qu'on se comporte comme s'ils n'existaient pas, disons-le
comme ça, compte tenu de la place de notre économie québécoise et sa situation
de force ou non, dépendamment comment on la regarde.
Là où, donc, je suis
d'accord avec vous, je le disais, c'est sur l'exploitation des marges de
manoeuvre disponibles, et c'est ce que se propose de faire la stratégie,
d'ailleurs. Il y a la stratégie, il y a le projet de loi. Dans le projet de
loi, naturellement, on se propose, à
titre d'achat québécois, à
titre
d'exemple, d'exploiter les marges de manoeuvre disponibles. D'ailleurs, on a
commencé avec deux appels d'offres pour le CAG, où on a réservé des lots
minoritaires, mais on a réservé des lots en matière d'approvisionnement de
masques où, là, j'allais dire «l'excuse», l'objectif légitime s'applique
quand on parle de santé et sécurité, entre autres.
Donc, je comprends que vous nous proposez
peut-être d'aller plus loin ou d'exploiter d'autres types de marge de
manoeuvre. J'aimerais juste vous entendre un peu, toujours dans le respect des
accords : Comment on peut exploiter ces marges de
manoeuvre là? Bon, avez-vous d'autres types... d'autres secteurs, d'autres
types de biens, là? C'est ça que... Rapidement, les équipements de protection
individuelle en matière de santé nous apparaissent comme étant une évidence,
là, qui rentrent clairement dans la définition de la marge de manoeuvre. Est-ce
que vous avez d'autres secteurs à nous proposer, qu'on devrait explorer, à tout
le moins, auxquels on devrait songer?
M. Laplante (Robert) : Oui. Bien, je
laisserai Hubert parler plus spécifiquement des domaines industriels, mais je
voudrais rappeler qu'il n'y a pas d'opposition entre profiter pleinement de la
marge de manoeuvre que nous accordent les accords avec la nécessité de
maintenir notre économie dans les marchés internationaux. L'économie du Québec
est une économie d'exportation. Il n'est pas question d'opposer quelque mesure
que ce soit pour en diminuer la portée, mais il est essentiel d'occuper tout le
terrain pour offrir, justement, aux entreprises, des appuis solides dans le
marché national pour leur permettre de mieux compétitionner à l'international.
Et, à cet égard, les exemples que peut apporter Hubert dans le récent rapport
que nous avons versé à la commission sont assez éloquents.
M. Rioux (Hubert) : Absolument,
j'abonde dans le même sens, notre propos n'est évidemment pas qu'il faille
jeter à la poubelle les accords commerciaux internationaux, y compris en ce qui
concerne les marchés publics, là. Ce n'est pas du tout ça. C'est... Un peu
comme l'ont d'ailleurs rappelé plusieurs des intervenants qui sont passés avant
nous, beaucoup de juridictions voisines du Québec ou de partenaires commerciaux
du Québec, effectivement, profitent déjà des échappatoires ou des exceptions
qui sont déjà prévues à ces accords en termes de marchés publics. On peut
penser, par exemple, à la quasi-totalité des États américains qui appliquent
des marges préférentielles pour les entreprises locales, qui sont définies de
différentes manières, soit sur la base du pourcentage d'employés résidant dans
l'État ou sur d'autres bases. Mais une approche intéressante que beaucoup
d'États américains, également, ont adoptée, c'est d'appliquer des mesures de
réciprocité aux appels d'offres publics, qui font en sorte que, lorsque les entreprises étrangères postulent sur des appels
d'offres publics dans un état X ou Y, l'État va appliquer un pourcentage
supplémentaire au prix qui est de... au prix de la soumission de l'entreprise
étrangère en fonction des marges préférentielles qui sont appliquées dans le
pays d'origine de cette entreprise étrangère, de façon à ce que le terrain de
jeu soit égal pour tous. Et donc c'est une manière... ce serait une manière,
pour le Québec, entre autres, d'égaliser le terrain de jeu pour les entreprises
québécoises face aux compétiteurs étrangers pour les marchés publics. On peut
penser, donc, en termes de secteurs, là, industriels à privilégier, vous avez
mentionné les EPI, là, l'équipement médical en général. Bien sûr, on peut
penser aux pharmaceutiques, même s'il y a une certaine complexité à aller de
l'avant dans ce secteur-là, en raison de la relativement faible production
québécoise dans ce secteur, mais ce serait justement une opportunité d'essayer
de la promouvoir. Et on peut penser, bon, évidemment à l'agroalimentaire, là.
Et, dans ce cas-là, il y a beaucoup d'exemples
internationaux intéressants, notamment en Europe et en France, où on encourage
de différentes manières les producteurs locaux, notamment, en France, par
l'entremise d'approvisionnement des cantines scolaires, qui sont souvent donnés
de préférence à des entreprises locales ou à des coopératives locales. Puis, maintenant, ces politiques-là s'appliquent à
l'échelle européenne également avec différents programmes, notamment, le récent programme De la ferme à la fourchette,
là, qui va avantager beaucoup les fournisseurs nationaux des différents
pays membres en termes d'approvisionnement agroalimentaire.
LeBel : Dans le cadre de la stratégie, entre autres, on a
déjà identifié, effectivement, puis, bon, vous l'avez mentionné, ça
découle beaucoup... bien, pas la réflexion, mais la démonstration s'est faite,
pendant la pandémie, de l'importance de sécuriser nos chaînes
d'approvisionnement en matière de santé, donc, au sens large, c'est-à-dire, là,
bon, plus spécifiquement, les équipements de protection individuelle
présentement, mais, de façon plus large, en matière de santé et dans
l'alimentation, dans l'agroalimentaire. Donc, ce sont déjà les deux secteurs
qui ont été identifiés, où on doit, je pense, favoriser les productions
locales, les chaînes de production locale et sécuriser cette production. Est-ce
qu'il y a d'autres secteurs, bon, en partant de la prémisse qu'on ne peut pas
faire... on ne peut pas le faire dans tous les secteurs? Bon, des fois, il y a
des difficultés. Vous avez parlé du pharmaceutique, même si on pense que c'est une bonne idée sur le plan
théorique, sur le plan pratique, ça pose des enjeux, des fois, qui sont plus...
qui sont peut-être plus réglables à long terme, disons. Mais en excluant santé
et alimentaire qu'on a déjà ciblés comme étant les secteurs où on doit
travailler en priorité, est-ce qu'il y aurait un autre secteur que vous auriez
à nous proposer où vous pensez qu'il y a une certaine faisabilité ou une certaine
nécessité de le faire, là?
M. Laplante (Robert) : Écoutez, il y
en a plusieurs autres, mais en particulier celui des technologies propres. Et
je crois que plusieurs intervenants, comme... regroupés, là, chez Écotech, par
exemple, ont souvent insisté sur la nécessité, pour les politiques d'achat
gouvernementales, de prêcher par l'exemplarité, et, de ce point de vue là,
d'aller chercher, dans les appels d'offres, les propositions qui sont à la
pointe de la technologie et qui sont à la pointe
de la technologie développée ici. Et nous sommes, dans ces matières,
particulièrement bien pourvus. Le Québec possède un réseau très important, une grappe industrielle assez
performante en matière des technologies environnementales. On pourrait
aussi dire la même chose, et là-dessus, Hubert pourra donner plus de détails,
sur tout ce qui concerne les technologies de l'électricité, où nous allons, au
cours des prochaines années, avoir à faire des choix stratégiques majeurs.
M. Rioux
(Hubert) : Absolument. Pour compléter sur la question des
technologies propres, là, vous avez entendu, aujourd'hui, et... plutôt hier, bon, les gens de Propulsion Québec, là,
entre autres, là, toute la grappe de l'électrification des transports. Je pense qu'il y a beaucoup
d'opportunités, effectivement, dans ce secteur-là. Un secteur afférent à
celui-là, sur lequel
nous savons déjà que le gouvernement du Québec travaille beaucoup, c'est celui
des carburants renouvelables également, hydrogène, biomasse, etc. Donc,
c'est également un secteur dans lequel on pourrait essayer d'en faire le
maximum pour favoriser à la fois la production et l'utilisation de ces
carburants renouvelables à mesure que nous serons capables de les produire. Et
ça nous permettrait, notamment, d'amenuiser notre déficit commercial qui dépend
beaucoup de l'importation de carburants
fossiles. Et effectivement, sur la question du matériel électrique, ça, c'est
une question importante et intéressante puisqu'on sait que, dans les dernières
années, le déficit commercial, de façon un peu paradoxale considérant les
avantages comparatifs du Québec dans ce secteur-là et les capacités
d'Hydro-Québec, le déficit commercial du
Québec, en matière d'équipement électrique, de matériel électrique, s'est accru
beaucoup dans les dernières années.
Donc, il y aurait beaucoup de travail à faire de ce côté-là. Et je précise
notamment qu'Hydro-Québec est
exemptée des principes de non-discrimination de plusieurs de nos accords
internationaux sur les marchés publics pour une longue liste de biens et de matériel électrique. Donc, vous êtes
déjà au courant, là, mais enfin, bref, je le mentionne, parce
qu'effectivement peut-être qu'il y aurait matière à profiter davantage de ces
exemptions-là dans l'avenir.
Mme LeBel : Bien, merci
beaucoup, messieurs. Merci de votre participation.
M. Rioux (Hubert) : Merci
Le Président (M. Simard, Montmorency) :
M. le député de Mont-Royal—Outremont.
M. Arcand : Merci, M. le
Président. Bonjour, messieurs Laplante et Rioux. Je dois dire que j'ai trouvé
très intéressante votre présentation ce matin, parce que ça nous force
évidemment à réfléchir de façon importante. Et je pense que le projet de loi
qui est devant nous, c'est une façon, justement, de pouvoir remettre en
question un certain nombre de choses. Évidemment, on nous avait rappelé, avec
beaucoup de justesse, jusqu'à quel point nous sommes actuellement dépendants
encore beaucoup trop de certaines importations. Je pense que c'est un des
éléments clés. Vous nous avez donné des pistes de solution. Tout à l'heure, on
avait les gens d'Écotech qui nous disaient, entre autres, qu'il devrait y avoir
une... On a parlé d'une carte NEXUS, là, pour les entreprises qui sont
écoresponsables, qui ont des technologies en matière d'environnement, etc., que
c'était une façon de pouvoir sensibiliser ce qu'on appelle les donneurs
d'ouvrage à ça.
Moi, je suis toujours étonné du nombre effarant,
actuellement, de gens qui perdent les contrats au niveau du gouvernement et qu'ils perdent, évidemment, parce
que, souvent, leurs compétiteurs... Puis je ne veux pas commencer à
faire une attaque contre un pays en particulier, mais la Chine est certainement
un énorme problème à ce niveau-là, parce
que, tu sais, la Chine offre des coûts très bas. C'est clair qu'il y a...
Probablement que, de tous les pays qui peuvent nuire à notre espèce d'autosuffisance, si vous me permettez
l'expression, la Chine est certainement un problème. Est-ce que vous iriez jusqu'à suggérer que certains
endroits... ou que le gouvernement tienne compte quand même de ces
éléments-là? Combien de compagnies m'ont dit : Bien, moi, j'ai perdu
certains contrats gouvernementaux, parce que j'avais
un compétiteur qui faisait venir ses choses de Chine ou d'autres pays à bas coûts,
puis j'ai perdu à cause de ça, etc. C'est quoi, votre vision par rapport
à ça? Qu'est-ce qu'un gouvernement devrait faire dans des cas comme ça? Est-ce
qu'il devrait tenir compte de ces éléments-là?
M. Laplante (Robert) : Bon, on
comprendra qu'il ne s'agit pas de mettre tel ou tel pays au ban sous prétexte
qu'il est capable de produire à plus bas coûts, mais ça remet en question et ça
peut remettre en question la clause du plus bas soumissionnaire dans la mesure
où on peut introduire d'autres critères pour pondérer l'évaluation d'une
soumission et d'une réponse à un appel d'offres en tenant compte, par exemple,
du bilan carbone, en tenant compte de la production locale, de la chaîne des
intrants. Ce sont des critères qui peuvent être utilisés et qu'il est possible
de formuler en tout respect des règles du commerce international et qui vont
permettre une compétition à armes égales, si
on peut dire, en tenant compte de tous les facteurs qui conditionnent la
production. On n'arrive pas à un prix très bas uniquement par des critères de productivité, mais aussi par les
conditions d'externalisation d'un certain nombre de coûts qui font en
sorte que, par exemple, dans l'agroalimentaire, il y a une compétition inégale
qui peut se livrer, parce que les pesticides sont autorisés à certains
endroits, parce que des techniques de production sont tolérées ailleurs, etc.
Donc, il faut à la fois un appel d'offres visant
à privilégier des critères qui vont pondérer le plus bas coût et qui, d'autre
part, vont inciter les producteurs, les répondants aux appels d'offres à se
placer à la fine pointe. Il y a un rôle là important pour privilégier les
technologies de pointe dans lesquelles on peut aller chercher là quelque chose
de structurant pour les entreprises québécoises.
M. Rioux (Hubert) : Je complèterais
peut-être...
Arcand : Oui,
allez-y, allez-y.
M. Rioux (Hubert) : Bien, très
brièvement, je vous laisserais poser d'autres questions. Simplement pour dire
que ce que Robert vient de présenter, effectivement, c'est, on pourrait dire,
l'approche incitative ou la carotte, mais il y a également l'approche du bâton
qui peut être intéressante dans la mesure du raisonnable. Donc, par exemple, en
plus des marges préférentielles qu'on pourrait appliquer à nos appels d'offres
pour les différents critères que Robert vient de mentionner, on pourrait
également penser à différents types de pénalité qu'on pourrait imposer selon
différents critères à nos appels d'offres. C'est une approche qu'utilisent,
notamment, de plus en plus les pays européens, notamment,
pour les problèmes que vous avez identifiés, M. le député, à l'égard des pays en
émergence, et notamment de la Chine.
Donc, par exemple, la France applique des
pénalités pour toutes sortes de critères, mais notamment lorsque le prix de la soumission des entreprises
étrangères est considéré artificiellement bas et qu'on considère qu'il s'agit,
donc, de dumping social ou environnemental, en raison des salaires très peu
élevés ou de la réglementation très peu élevée qui s'applique aux secteurs
d'activité de l'entreprise qui applique sur les appels d'offres. Donc, il y a
les deux approches, je pense, à combiner dans les appels d'offres dans le
futur.
M. Arcand : Donc, la carotte pour
ceux qui sont écoresponsables et qui produisent des choses qui se font selon les normes éthiques et d'autres pour, je
dirais, le dumping social de ce côté-là. Vous avez identifié deux
endroits, principalement... vous avez donné
deux endroits, principalement, où vous trouviez que le Québec se devait d'être
beaucoup plus autosuffisant, si vous me
permettez l'expression, c'était le pharmaceutique et l'agriculture. J'aimerais
juste que vous me donniez... Est-ce
qu'il y a d'autres... Les autres secteurs, on n'en a pas parlé beaucoup, mais
juste que vous nous disiez quels sont les autres secteurs où vous
pensez... dans lequel on a une forte carence, et il faut corriger le tir
là-dessus.
Laplante (Robert) : En réalité, nous avons une nécessité absolue de
soutenir beaucoup plus vigoureusement l'utilisation des technologies
environnementales dans la mesure où nous allons devoir faire des efforts
considérables pour mener la lutte aux changements climatiques. Et il faut, de
ce point de vue là, configurer les appels d'offres en introduisant les critères
discriminants favorisant la conduite écoresponsable pour s'assurer que les
technologies que nous allons privilégier vont soutenir et aller dans le sens
des efforts du gouvernement du Québec, des efforts qu'il a signifiés dans ses
engagements internationaux.
M. Arcand : Il y a également...
Hier, nous avons eu un plaidoyer très important sur l'économie sociale. Nous avions une participante hier qui a vraiment,
évidemment, vanté l'économie sociale. Est-ce que vous avez des
statistiques qui existent par rapport au fait que le Québec donne très peu de
choses, finalement, aux entreprises d'économie sociale par rapport à d'autres
pays? Est-ce qu'on est très mauvais en cette matière? Est-ce que vous avez des
statistiques par rapport à ça?
M. Laplante (Robert) : Je ne les
citerai pas de mémoire. Ce qu'on peut retenir, cependant, c'est que la part de l'économie sociale dans les marchés publics est
en dessous de notre potentiel. Le Québec est une terre d'économie
sociale extraordinairement développée. En fait, il y a peu d'endroits dans le
monde où le spectre des activités prises en charge par l'économie sociale est aussi
large et diversifié, et on peut penser que les quelque
200 000 emplois qui en relèvent pourraient être plus nombreux encore
si on faisait une meilleure place. Et c'est tout à fait conforme aux acquis de
la tradition politique québécoise qui a reconnu, depuis plus de 25 ans
maintenant, que l'économie sociale est une composante à part entière de la
structure économique du Québec. C'est une composante à part entière, mais dont
le potentiel est sous-exploité.
M. Arcand : Il me reste très peu de
temps. Je voudrais juste vous demander, encore une fois, de nous dire, de la
façon la plus claire possible, quelles sont, pour vous, les principales
caractéristiques qui feraient qu'on aurait des marchés publics plus efficaces.
M. Laplante (Robert) : Hubert.
M. Rioux (Hubert) : Bien, plus
efficace, ça dépend ce qu'on entend par plus efficace, là, si nous...
Arcand : Par
rapport au prix, par rapport à la qualité, par rapport à la performance ou par
rapport à la valeur, parce que là on parle aussi de valeur.
M. Rioux (Hubert) : Absolument.
Bien, dans cette perspective-là, je pense que vous avez déjà obtenu de vos interlocuteurs précédents quelques idées
intéressantes. Je pense, la principale, et il y a à peu près consensus là-dessus,
c'est qu'il faille renverser la perspective, évidemment, du plus bas
soumissionnaire conforme pour y réserver un beaucoup plus faible pourcentage de
la note globale dans les grilles d'évaluation. On peut penser à un tiers de la
note, par exemple, qui serait alloué au prix et aux deux tiers pour d'autres
critères environnementaux et des critères qui permettraient effectivement de
promouvoir l'achat local pour un autre tiers.
Le Président (M. Simard, Montmorency) :
Très bien.
Arcand : Très bien.
Merci infiniment.
Le Président (M. Simard) : Mme la
députée de Mercier.
Mme Ghazal : Oui. Merci beaucoup,
messieurs, pour votre mémoire qui est très, très, très complet. Écoutez, vous
parlez beaucoup du fait que les autres États... Puis, dans votre mémoire, là,
vous donnez beaucoup, beaucoup d'exemples, puis dans la présentation et les discussions
d'exemples d'États qui exploitent ces zones grises qui sont dans
les accords internationaux avec toutes sortes de moyens. Puis vous nous avez
donné des exemples, là, dans certains secteurs et... d'exemples de créativité,
je dirais, de certains États, pour le faire. Est-ce que, selon vous, tous ces
États-là respectent les accords internationaux ou ils sont juste... des fois,
ils vont exploiter les zones grises, les limites interprétatives, puis,
d'autres fois, peut-être, qu'ils ne les respectent pas, puis ils prennent une
chance, et ils ne se font pas poursuivre, puis ça bénéficie à leurs économies
locales?
M. Rioux (Hubert) : Bien, ça dépend
évidemment des cas, mais il y a beaucoup d'exemples aux États-Unis où des
entreprises ont poursuivi des États américains, notamment, en raison des marges
préférentielles que les États appliquent, par exemple, pour favoriser les
producteurs et les fournisseurs locaux de leur État. Dans la plupart des cas,
de ce que j'en ai lu dans la littérature, là, les États ont presque toujours
gagné leur cause, parce qu'on arrivait à démontrer que les retombées
économiques et sociales étaient justifiables du point de vue de la marge
préférentielle applicable. Et évidemment on ne parle pas de marges
préférentielles de 75 %, là, on parle de 5 %, 10 % 15 %,
grosso modo, ce qui est prévu au projet de loi, là, ce qui est intéressant de
notre point de vue.
Et, dans d'autres cas, effectivement, on profite
de zones grises ou d'exemptions qui sont prévues aux accords eux-mêmes. On parlait
tout à l'heure, là, des exemptions en ce qui concerne les objectifs légitimes.
Il faut se rappeler que, dans le cadre de l'AECG, par exemple, on prévoit
jusqu'à 10 exemptions, pour objectif légitime, applicables à tous les pays
membres de cet accord, donc...
Mme Ghazal : Mais qu'est-ce qui fait
que nous, on ne le fait pas? Est-ce que c'est parce qu'on ne va pas faire
l'effort, on ne le connaît pas? Parce qu'on n'arrête pas de dire : On a
les mains liées. Puis aussi, ce que je comprends de ce que la ministre nous
dit, c'est que c'est pour les contrats de 100 000 $ et moins, et, en
haut de ça, il n'y a rien à faire. Est-ce que c'est votre compréhension?
M. Rioux (Hubert) : Robert,
veux-tu...
M. Laplante (Robert) : Non, pas du
tout, pas du tout. Les critères peuvent s'appliquer et la règle de base à
respecter, c'est que les critères doivent s'appliquer à tous les
soumissionnaires. Alors là, c'est la ligne qui définit...
Mme Ghazal : Peu importe les...
M. Laplante (Robert) : Oui.
Le Président (M. Simard, Montmorency) : Très
bien. Merci. M. le député de Jonquière.
M. Gaudreault : Merci beaucoup.
Merci beaucoup pour votre présentation toujours très complète, comme on est
habitué de vous connaître. Vous avez sûrement suivi nos travaux depuis le début
des auditions, puis, moi, ce que je constate, c'est que, vraiment, le secteur
des affaires est plus prêt à bouger, pour s'adapter aux analyses de cycle de
vie, aux critères pour lutter contre les changements climatiques, que le
gouvernement qui, pourtant, lui, dans ses prétextes, dit : Ah! le monde
économique n'est pas rendu là, ça fait qu'on va se retarder un peu, on ne peut
pas aller aussi vite. Moi, je sens qu'il y a une forme de décalage. J'aimerais
ça avoir un peu votre analyse plus macro de la situation, parce que vous faites
souvent référence dans votre mémoire à la réindustrialisation, et là vous
dites : Les critères ESG sont de plus en plus acceptés dans le monde de
l'économie.
J'aimerais ça que vous nous fassiez un peu une
analyse un peu plus macro sur là où on s'en va en termes de
réindustrialisation, et là où même le monde économique est prêt à aller et où
le gouvernement ne suit pas finalement. En une minute, tout ça.
M. Rioux (Hubert) : Bien, très
rapidement, puis je laisserai Robert compléter. On a, nous, dans le cadre de
nos précédentes études sur la relocalisation puis la réindustrialisation, mené
un sondage, justement, auprès des entreprises manufacturières et des organismes
de développement économique sectoriels dans le secteur manufacturier, leur
demandant quelles étaient leurs visions des choses à ces égards-là, justement.
Et les réponses ont été absolument claires, le trois quart, grosso modo, des
entreprises manufacturières qu'on a consultées disent que la pandémie de COVID-19,
et ça s'appliquerait évidemment aux tensions géopolitiques en cours, là, a
surtout souligné l'importance du raccourcissement des chaînes
d'approvisionnement et la relocalisation d'activités productives au Québec. Et, quand on leur demande quelles
politiques devraient être mises en place pour accélérer ces mouvements-là,
la première qui ressort, et de façon très claire, encore une fois, par rapport
aux autres, c'est l'approvisionnement public et les marchés publics. Donc, je
pense que c'est un pas dans la bonne direction, qu'est ce projet de loi, et
c'est une opportunité à ne pas manquer.
M. Laplante (Robert) : À la
condition toutefois d'y inclure des clauses qui vont favoriser le passage à
l'acte et pas seulement l'incitatif et l'invitation.
À cet égard, nous allons déposer plus concrètement la série
d'amendements aux divers articles que nous avons analysés.
Le Président (M. Simard, Montmorency) :
Alors, messieurs, merci pour votre participation à nos travaux ce matin.
Sur ce, compte tenu de
l'heure, nous allons suspendre nos travaux et nous nous donnons rendez-vous à
15 heures cet après-midi. C'est à ne pas manquer.
M. Rioux (Hubert) : Merci de nous
avoir entendus.
M. Laplante (Robert) : Merci
beaucoup au plaisir.
(Suspension de la séance à 12 h 57)
Le Président (M. Simard, Montmorency) :
Bon après-midi à toutes et à tous. Nous avons quorum. Nous pouvons reprendre
nos travaux.
Comme vous le
savez, nous sommes réunis dans le cadre d'auditions publiques portant sur le
projet de loi n° 12, Loi visant principalement à promouvoir l'achat
québécois et responsable par les organismes publics, à renforcer le régime
d'intégrité des entreprises et accroître les pouvoirs de l'Autorité des marchés
publics.
après-midi, nous entendrons quatre groupes et nous commençons immédiatement par
la Fédération canadienne de
l'entreprise indépendante. Madame, monsieur, bienvenue parmi nous. Merci
d'avoir accepté notre invitation. Auriez-vous d'abord l'amabilité de vous
présenter, s'il vous plaît?
M. Vincent (François) : Bonjour.
François Vincent, vice-président, Québec, pour la Fédération canadienne de
l'entreprise indépendante.
Mme Joly
(Clémence) : Bonjour. Clémence Joly, analyste des politiques à
la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante.
Le Président (M. Simard,
Montmorency) : Alors, bienvenue. Et vous disposez de
10 minutes pour faire votre présentation.
M. Vincent
(François) : M. le Président, Mme la ministre, Mmes et MM. les
députés, bonjour. La FCEI, c'est le plus grand regroupement de PME au
pays. Elle compte 95 000 membres, dont 20 000 au Québec, qui
sont issus de tous les secteurs d'activité économique et qui sont présents sur
tout le territoire québécois.
D'emblée, nous devons... nous voulons vous
remercier, remercier la Commission des finances publiques, pour cette opportunité de présenter nos
commentaires. Nous voulons également saluer la volonté marquée de la
ministre d'élaborer une stratégie gouvernementale et de déposer un projet de
loi sur l'achat québécois et les marchés publics, qui met au centre la
participation des petites et moyennes entreprises québécoises.
La FCEI remarque que les objectifs du projet de
loi visent à faire de l'achat local une priorité et de rendre plus accessibles les marchés publics à un plus
grand nombre de PME dans toutes les régions du Québec. Ces orientations répondent aux attentes des PME québécoises car
elles sont 53 % à demander que les organismes publics
s'approvisionnent davantage auprès des PME locales, et ce, tout en respectant
les engagements du Québec des accords internationaux.
Bien que nous soyons favorables, nous allons
quand même proposer des améliorations au projet de loi pour permettre surtout
au gouvernement d'atteindre ses objectifs. Avant d'aller plus loin dans ces
recommandations-là, j'inviterais Clémence Joly, qui a rédigé le mémoire avec
moi, à présenter la situation des PME québécoises.
Mme Joly (Clémence) : Merci,
François. Bonjour à tous à nouveau. Donc, les PME, elles ont été fragilisées
par les restrictions économiques. Et, selon les estimations, elles se sont
endettées en moyenne de près de 100 000 $. De plus, la majorité d'entre elles n'ont pas encore retrouvé un niveau
de ventes normal, un niveau de revenus normal. L'action gouvernementale
est de mise pour aider les PME à se relever, et un des axes d'intervention
possibles est l'achat local.
Nous avons sondé les PME sur l'achat local. Nos
données démontrent que les campagnes de promotion ont fait la différence...
Elles ont fait une différence. En effet, ce sont 29 % des PME qui
affirment que cela a contribué à leur survie. Nous leur avons également demandé
quelles étaient précisément leurs attentes à l'égard d'actions gouvernementales à privilégier pour promouvoir
l'achat local. Encourager les ministères et les agences gouvernementales
à s'approvisionner davantage auprès des PME locales tout en respectant les
accords internationaux était la première réponse citée par les PME, donc,
représentant un pourcentage de 53 %. Elles étaient également... Elle était
suivie par l'intensification des campagnes d'achat local, pour 44 %, et
enfin de prévoir une proportion de contenu local dans les appels d'offres
publics et semi-publics, pour 34 % des PME.
Comme le mentionnait François, les données de
notre sondage confirment que l'orientation gouvernementale présentée
aujourd'hui dans le projet de loi n° 12 répond à une demande forte des PME
québécoises. Nous notons que les nouvelles
dispositions n'imposent pas, selon l'analyse d'impact réglementaire, de coûts
de conformité ou de coûts liés à des formalités administratives.
Dès lors, donc, la FCEI
tient à souligner aussi la volonté du gouvernement de diminuer le poids de la
paperasse et souhaite profiter de cette tribune pour inviter le gouvernement du
Québec à poursuivre les efforts à l'égard de la réduction du fardeau
administratif et réglementaire des entreprises afin qu'elles puissent accéder
et répondre plus facilement, plus simplement et rapidement aux appels d'offres
et aux marchés publics.
François, je t'invite à poursuivre la
présentation.
M. Vincent (François) : Bien, pour
pousser plus loin l'analyse de ce projet de loi, on a lancé un sondage spécial
auprès de notre membership mardi dernier pour justement avoir leur point de vue
sur les marchés publics. En deux jours, lorsqu'on a finalisé notre mémoire, on
a eu 627 répondants, soit une marge d'erreur de plus ou moins 3,7 %,
19 fois sur 20. Ce qu'on voit dans les résultats puis ce qui est détaillé
dans le mémoire qu'on a acheminé hier, c'est que les résultats préliminaires
illustrent que c'est 36 % des PME qui affirment qu'ils ont vendu des biens
ou des services à un ou plusieurs organismes publics au cours des cinq
dernières années. Donc, on voit qu'il y a une possibilité d'augmenter ce
pourcentage-là et d'attirer davantage de PME québécoises sur les marchés
publics.
On leur a
demandé quels sont leurs obstacles. On va en parler, des obstacles. Il y en a
48 % qui ont mentionné que les
exigences gouvernementales sont trop lourdes, les cautions, les critères, etc.,
pour que les entreprises y participent ou augmentent leur participation.
Et ils sont 52 % qui ont souligné que la paperasse associée aux marchés
publics diminue leur intérêt d'y participer. C'est la moitié des PME, 51 %
pour être précis, qui affirme que les délais de paiement trop longs freinent
leur intérêt à s'intéresser aux marchés publics. Puis enfin il y a 40 %
des dirigeants de PME qui mentionnent qu'il est difficile de communiquer avec
l'acheteur ou l'utilisateur réel des biens et des services et que ça, ça
complexifie leur volonté ou leur intérêt de faire affaire avec l'État.
Quant aux
propositions, on leur a demandé aussi. Il y en a 61 % qui ont dit que la
simplification et la réduction des formalités administratives des appels
d'offres des marchés publics étaient importantes. Puis, dans un même ordre
d'idées, il y en a 46 % qui demandaient de former davantage les
entreprises aux appels d'offres des marchés publics. Ce dernier point est
traité dans la stratégie gouvernementale, puis on l'a reconnu dans notre
mémoire.
Comme plusieurs intervenants vous ont mentionné
hier, dont la Fédération des chambres de commerce du Québec, le Conseil du
patronat du Québec, la FCEI s'interroge sur la pertinence de conserver les
critères du plus bas soumissionnaire dans l'octroi des contrats publics. En
fait, ce sont 64 % des PME québécoises qui sont favorables et croient que
cela augmenterait la participation aux marchés publics de ne pas aller
seulement avec la règle du plus bas soumissionnaire.
Donc, nous invitons les parlementaires à se pencher sur cette question. On a
remarqué qu'il va y avoir des marges de manoeuvre données aux organismes
quant à l'innovation. Peut-être qu'on peut sortir de la politique du plus bas
soumissionnaire en passant par là, mais force est de constater qu'il faut
bouger sur cette question-là. Puis on vous invite vraiment à vous pencher, lors
de l'étude détaillée, sur cet enjeu pour alimenter la participation des PME aux
marchés publics québécois.
Maintenant, il est important de parler de la
question des délais de paiement. La coalition contre les retards de paiement de
l'industrie de la construction puis le CPQ vous en ont parlé aussi hier. Pour
la FCEI, c'est un élément qui doit être
ajouté au projet de loi n° 12. En effet, c'est six PME sur 10 qui
demandent qu'un règlement soit instauré pour assurer que le paiement de
l'État soit plus rapide pour les entreprises. Puis, pour nous, c'est
névralgique. Pourquoi?
Bien,
d'abord, Clémence en a parlé, les PME sont fragilisées par la pandémie puis
elles n'ont tout simplement pas des
marges de manoeuvre parce qu'elles sont sous leurs revenus normaux puis elles
ont un endettement plus important. Ensuite de ça, elles sont frappées
par l'augmentation des coûts. La FCEI a demandé en début de l'année quels
étaient les plus importants défis pour l'année 2022. Il y a trois PME sur
les... Il y a 74 % des PME qui ont dit que l'augmentation des prix,
c'était leur principale préoccupation pour 2022.
Puis là-dessus il faut ajouter la pénurie de
main-d'oeuvre puis la pression de la pénurie de main-d'oeuvre. Puis on vous
donne encore une fois des résultats les plus à jour quant aux impacts de la pénurie
de main-d'oeuvre de notre sondage qui est en cours de réalisation. C'est
66 % des dirigeants de PME qui doivent travailler plus d'heures pour
compenser le manque de main-d'oeuvre dans leur entreprise et 46 % de leurs
employés qui doivent travailler plus d'heures pour compenser le manque de
travailleurs. C'est 41 % des PME qui sont contraintes à refuser des ventes
ou des contrats à cause de ça.
Donc, si un entrepreneur perd sa rentabilité
parce qu'il y a une augmentation des prix assez importante actuellement puis
qu'il doit refuser des contrats par manque d'employés, est-ce qu'il va
s'aventurer sur les marchés publics, sachant
pertinemment qu'il devra attendre des lunes pour se faire payer? La réponse,
c'est non. Si la stratégie gouvernementale vise à augmenter la
participation des PME, il doit régler une fois pour toutes cet enjeu des délais
de paiement dans le projet de loi n° 12.
Maintenant,
on ne peut pas vous cacher que la FCEI n'est pas favorable aux politiques
économiques protectionnistes car ce n'est pas à l'avantage des PME. De
nombreuses entreprises québécoises peuvent profiter du marché public des autres
provinces, puis fermer des opportunités d'affaires au public... aux entreprises
canadiennes pourrait pousser les provinces à
faire la même chose pour les entreprises québécoises. Ainsi, la FCEI a été
rassurée des articles du projet...
M. Vincent (François) : J'ai entendu
un feed-back dans mes oreilles.
Le Président (M. Simard, Montmorency) : Désolé,
M. Vincent. Alors, si vous voulez poursuivre, cela doit être sur le temps
de quelqu'un, et la ministre propose que ce soit sur son temps de parole à
elle.
M. Vincent
(François) : Ah! c'était ma conclusion.
Le Président (M. Simard, Montmorency) :
Alors, veuillez poursuivre, s'il vous plaît.
Mme LeBel : Oui, c'est
simplement pour partir le chronomètre, mais effectivement vous pouvez
poursuivre, puis on pourra commencer notre discussion par la suite. Ça fait que
je vous laisse compléter votre présentation.
Le Président (M. Simard, Montmorency) :
Merci. Désolé de vous avoir interrompu.
M. Vincent (François) : Merci
beaucoup.
Mme LeBel : Aucun problème.
M. Vincent (François) : Bien,
désolé, je pensais que j'avais... dans 10 minutes.
Donc, à la FCEI, on était rassurés de la façon
que les articles sont rédigés et on parle d'entreprises québécoises puis canadiennes. Je peux référer aux articles 14.1,
14.2 et 14.5, c'est démonstratif. Nous voulions saluer le gouvernement
pour cette rédaction. Maintenant, on pense qu'en habilitant davantage les
entreprises québécoises pour justement aller chercher les marchés publics
québécois, on pourra aller profiter plus largement aussi des marchés publics
canadiens des autres provinces, et on pense que cette stratégie-là est la
bonne, mais qu'il faut s'attaquer aux enjeux importants, notamment les retards
de paiement. Merci beaucoup.
Le Président (M. Simard, Montmorency) : Merci,
M. Vincent. Mme la ministre.
Mme LeBel : Merci. Merci
beaucoup pour votre présentation. D'ailleurs, il y a plusieurs points
importants. J'ai devant moi les résultats, justement, les grandes questions et
les résultats du sondage auquel vous avez fait référence, et c'est fort
important de regarder le projet de loi, mais de le regarder dans un ensemble,
hein, parce qu'on ne peut pas tout faire dans la LCOP. Il y a des choses qui
doivent se faire par le biais d'une stratégie et d'autres choses qui doivent se
faire aussi par le biais de la modification de règlements et de directives.
Donc, une fois que j'ai cadré tout ça, là, naturellement, bon, en commission
parlementaire, on parle d'un projet de loi, mais je pense qu'il faut toujours
situer les actions ou les décisions dans un grand contexte, et la stratégie est
le contexte plus large dans lequel tout ça se situe.
D'ailleurs, je vais voir peut-être quelques-unes
de vos... des questions de votre... des items de votre sondage. Entre autres,
simplifier et réduire les formalités administratives des appels d'offres, pour
nous, dans la stratégie, je pense que vous l'avez vu, il y a plusieurs actions
qui sont de nature à vouloir favoriser l'accès, surtout des PME, aux contrats publics. On est fort conscients, dans les
consultations qu'on a faites, qu'il y a des difficultés, des fois,
d'accès de toutes sortes.
Et je vais
peut-être... Je vais faire du coq à l'âne deux minutes. Je vais fermer tout de
suite la question des retards de paiement comme question, pas pour y
mettre une fin de non-recevoir, mais pour vous dire qu'on a bien entendu. On
travaille avec la coalition, et l'intention est d'aller de l'avant le plus
rapidement possible pour donner des suites au projet pilote. Maintenant, comme
j'ai plein d'impératifs, je ne m'engagerai pas sur le véhicule, le quand, mais
je peux vous dire qu'on y travaille très activement pour trouver des solutions
le plus rapidement possible. Donc, c'est très entendu, parce que vous... je
fais
partie des personnes qui, comme vous, pensent que ça... de toute manière,
de façon... Bon, une... Premièrement, c'est une bonne chose de payer ses
comptes dans de bons délais, mais, outre ça, outre cette... je dirais, outre
cette question-là que... qui fait du sens pour tout le monde, bien, il y a un impact
sur la capacité de soumissionner des PME. Il y a un impact sur beaucoup de
choses, et moi, le corollaire, j'y vois l'impact aussi sur le nombre de PME qui
peuvent soumissionner, donc, la concurrence, etc. Donc, il y a d'autres impacts
que le fait que de respecter le principe qui se veut que, bien, quand tu dois
de l'argent, tu dois le payer le plus rapidement possible. Donc, je simplifie à
outrance, mais on se comprend bien. Donc, c'est pour ça que je ne prendrai pas
plus de temps pour en discuter avec vous parce que le message est bien entendu.
Maintenant, pour ne pas perdre mon idée, oui,
dans la stratégie, il y a plusieurs choses pour accompagner, donc le tremplin, à
titre d'exemple, des équipes
multidisciplinaires, je ne dirais pas la simplification, mais
l'uniformisation ou la standardisation le
plus possible des appels d'offres. Est-ce que c'est des choses que vous pouvez
constater... bon, peut-être que ça ne répond pas entièrement, mais qui
peuvent répondre à certaines des préoccupations, entre autres celles qui se
trouvaient dans votre sondage, là?
M. Vincent (François) : Je
répondrais oui. Puis, dans l'analyse qu'on a faite, d'habitude, tu sais, on
faisait tout le temps une analyse juste du projet de loi, mais là on a analysé
aussi la stratégie puis on reconnaît justement qu'il y a des efforts qui sont faits pour améliorer, justement, là, ce
que vous avez dit, là, diminuer, d'une certaine façon, le fardeau
administratif par un allègement de... par un accompagnement des entrepreneurs.
On a souligné notamment la mesure 9, tu sais, les efforts de communication
puis de sensibilisation, la mesure 13, d'accompagner les PME dans le
processus. On a souligné la mesure 11, les ateliers thématiques, la
mesure 12, le répertoire, la mesure 10, le tremplin, donc, plusieurs éléments qui vont aider puis qui
vont accompagner l'entreprise, qui vont rendre le processus plus simple.
Maintenant, il y a encore des petites choses
qu'il reste à faire, puis on vous demande de rester attentifs à cette question-là
parce que c'est un élément qui fait
partie des préoccupations des
entrepreneurs. Peut-être juste un élément, là, puis ça fait un lien avec les retards de paiement aussi,
là, on a un entrepreneur qui a répondu aux questions du sondage, je ne
sais pas c'est dans quel secteur parce que, là, on n'a pas l'accès à l'ensemble
des données parce que notre sondage est
encore actif, il dit qu'il fait affaire avec le MTQ, la SAAQ et la CNESST puis
qu'il pense qu'il y aurait place à une uniformisation des ministères
pour les paiements directs. Il fait référence à la CNESST puis il dit qu'en
Ontario lui, il a un paiement direct en 10 jours, tandis qu'ici, au
Québec, il reçoit encore des chèques. Donc, voilà, c'est peut-être une façon,
là, de poursuivre une amélioration continue.
Mme LeBel : ...qu'il le reçoit même
par fax. Ça dépend des endroits. Non, mais je fais une blague, mais je
comprends que vous voulez qu'on garde... bien, peut-être plus gouvernemental,
là, mais, oui, c'est noté.
M. Vincent (François) : Il faut
continuer à apporter... Il y a les bonnes... Vous avez les bonnes orientations,
les bonnes mesures, mais il ne faut pas perdre de vue le fait qu'il faut
continuer à trouver une façon d'alléger puis de simplifier l'allègement
réglementaire.
Sur la question des retards de paiement, si vous
me permettez, vous dites que vous avez entendu, le message est bien entendu.
J'espère que ça fait référence à notre recommandation qui stipule qu'on demande
d'introduire un
article habilitant la ministre à adopter un règlement pour
encadrer les paiements rapides dans l'industrie de la construction. Vous avez
dit que c'est quelque chose... que vous allez de l'avant le plus rapidement
possible. Bien, vous habiliter à adopter un règlement, ça vous permettrait de
le faire. La session parlementaire... Il n'y aura pas d'autre projet de loi
nécessairement qui va pouvoir être mis sur la table pour pouvoir vous donner la
possibilité d'adopter un règlement. Moi, ça fait 10 ans que j'entends
parler de ce dossier-là. Il y a eu plusieurs fois où il y a des amendements qui ont été adoptés, notamment pour
les projets pilotes. Là, il y a une place pour le mettre, cet article-là,
puis vous pourrez prendre le temps que vous voulez, mais vous aurez la
possibilité de le faire par voie réglementaire. Donc, on vous incite fortement
de mettre en application notre recommandation.
Mme LeBel : C'était très clair dans
votre document. Peut-être aller sur ce qui est plus de la nature du projet de
loi comme tel, là, bien que ça se lit dans le cadre d'une stratégie, simplement
pour pouvoir avancer dans les travaux de la commission et voir si on peut
pousser peut-être un peu plus loin. Très contente de vous entendre justement
sur les accords de libéralisation du marché, sur le fait qu'effectivement on a
un intérêt à les respecter parce qu'ils sont d'intérêt, disons-le comme ça.
Mais je pense que là où on a également un intérêt, puis ça a été dit à
plusieurs reprises, c'est d'avoir un peu moins de timidité dans l'exploitation
des marges de manoeuvre existantes à travers...
Bon, il y a différents de marge de manoeuvre, dépendamment de quels accords on
fait référence. Donc, je ne m'attacherai pas à des seuils parce qu'il y
a des choses qui peuvent se faire au-dessus, en dessous des seuils, dépendamment des marges de manoeuvre, mais disons
que l'idée générale est d'exploiter les marges de manoeuvre qui sont présentes. Si on parle, entre autres, de l'achat
québécois, est-ce que vous avez peut-être des suggestions ou vous pensez
que ce qui est en place pour nous permettre
d'exploiter ces marges de manoeuvre là... entre autres, l'espace d'innovation,
etc., est-ce que vous pensez qu'on peut... qu'on a les outils en place
pour se permettre de le faire, disons-le?
M. Vincent (François) : Je dirais
oui. Si on outille bien les PME locales, si on crée des listes, si on crée
les... le tremplin, je trouvais ça vraiment intéressant aussi, bien,
nécessairement, on va avoir davantage d'entreprises qui vont aller vers les
marchés publics, il va y avoir davantage d'entreprises qui vont pouvoir fournir
l'État. Les marges de manoeuvre que vous donnez aussi vont permettre cela. Mais
c'est important, pour nous, de ne pas bloquer les entreprises canadiennes, parce qu'en Ontario, par exemple, il peut y
avoir des entreprises qui sont proches des entreprises de l'Outaouais
qui pourraient aller soumissionner et offrir des contrats et qui ont une base
d'affaires au Québec.
Donc, nous, c'est important d'aller chercher la
même ouverture qu'on a aux entreprises canadiennes. Puis, de toute façon, si on
encadre bien aux entreprises, si on les aide bien, si on règle les délais de
paiement, bien, nos entreprises québécoises vont augmenter leur participation,
là. C'est 36 % des PME québécoises qui participent aux marchés publics
selon nos données préliminaires, bien, ça va monter à 40 %, 45 %,
50 %. Puis, après ça, bien, ça va être quoi, le prochain marché? Bien, ça
va être les marchés en Ontario. Ça va être les marchés dans les autres
provinces canadiennes. Puis on va faire croître les possibilités de nos
entreprises d'ici de pouvoir justement faire bénéficier de leurs talents et
faire bénéficier à l'ensemble des Québécois et Québécoises des retombées
économiques.
Mme LeBel : Peut-être sur un autre
critère qu'on se propose à mettre de l'avant, là, donc, et d'avoir, à tout le
moins, une bonne, une grande sensibilité, et de se poser la question de façon
beaucoup plus automatique, c'est de voir comment on peut incorporer dans... bon,
au départ, dans l'évaluation des besoins gouvernementaux, mais également dans
nos appels d'offres à terme, des critères environnementaux, des critères de
développement durable, de voir si on est
capables de... et ça a été discuté dans les derniers jours, de voir si on peut
donner des marges préférentielles ou donner... d'accorder des... je ne
dirais pas des points bonis parce que ce n'est pas comme ça que ça fonctionne,
mais, disons, un avantage aux entreprises qui sont... qui recyclent, ou qui
sont écoresponsables, ou qui ont... bon, qui font de l'économie circulaire, peu
importe, là. Je pourrais avoir une liste de critères. Est-ce que ça...
L'enjeu aussi, c'est d'y aller graduellement le
plus possible pour permettre aux entreprises de s'adapter, parce que ce n'est
pas mieux si l'effet est de réduire le nombre d'entreprises à chaque fois
qu'ils sont capables de soumissionner, là. Donc, c'est de le faire... Qu'est-ce
que vos membres pensent de cet aspect-là? Est-ce qu'ils pensent être capables
de s'adapter? Parce qu'on disait toujours que c'est un peu l'oeuf et la poule,
hein? Si on le met, les compagnies vont s'adapter, et vice versa, donc, mais il
y a toujours un temps où on doit faire cette transition-là pour
permettre aussi aux marchés de réagir. Qu'est-ce que vous avez comme feed-back — feed-back,
c'est très français — là-dessus?
M. Vincent (François) : On n'a pas
posé de question spécifiquement sur les objectifs de développement durable ou
l'adaptation de la politique gouvernementale d'ouvrir les marchés publics aux
entreprises locales en lien avec le développement durable, mais la seule donnée
qui peut être liée à ce que vous avez posé comme question, c'est relié au
concept du plus bas soumissionnaire. Dans la question de sondage qu'on posait,
on demandait si les PME québécoises voulaient privilégier une approche basée
sur des critères touchant la qualité, l'innovation, l'expertise, la durabilité
et à vocation socioenvironnementale plutôt que celle du plus bas prix, puis
c'est 64 % qui ont dit qu'ils étaient en faveur. Donc, c'est la seule
donnée qui pourrait me permettre de répondre à cette question-là. Donc, il y a
une sensibilité des PME, mais, en tant qu'organisation, la FCEI, on ne s'est
pas positionnés plus largement sur cette question-là.
LeBel : Quelle part, dans le 64 %, le critère
socioenvironnemental pourrait avoir, là, mais je comprends très bien
votre réponse. D'ailleurs, sur le concept du plus bas soumissionnaire, vous
avez dit : On s'interroge sur l'opportunité de le conserver tout en
admettant que ça ne devait pas être le seul outil qu'on utilise ou le premier
outil. Donc, je pense que de conserver la règle du plus bas soumissionnaire
dans le coffre à outils, c'est une chose, de penser qu'elle est inutile dans
100 % des cas de figure d'approvisionnement gouvernemental, c'en est une
autre.
Je comprends que ce n'est pas à travers le
projet de loi qu'on voit le signal, vous avez tout à fait raison, c'est à
travers la stratégie et la réglementation qu'on devra ajuster par la suite,
parce que l'écueil... Puis j'aime bien le situer, parce qu'on parle du projet
de loi, mais je disais tantôt qu'on peut agir dans la stratégie, dans le projet
de loi et dans la réglementation. Il faudra donc agir dans la réglementation.
La difficulté se trouve à l'article 10 du règlement qui... Dans ce qu'on doit privilégier comme appels
d'offres. Là, je vais résumer simplement, le prix prend toute
l'importance au détriment du reste. Donc, je pense que vous avez tout à fait
raison que le signal n'est peut-être pas clair dans ce cas-là. Mais donc c'est
à ça que vous faites référence, j'imagine, et pas au fait que la règle du plus
bas soumissionnaire n'est plus du tout, du tout, du tout une règle qui devrait
exister, là. En tout cas, moi, je ne le pense pas, mais je vais vous laisser
l'expliquer.
M. Vincent
(François) : Bien, tu sais,
moi, je ne suis pas un expert dans cette question-là, et notre
organisation n'a pas fait autant de recherches que d'autres comme la FCCQ ou le
CPQ, mais c'est quand même la première réponse que les PME ont donnée pour
pouvoir avoir accès aux marchés publics, c'est de revoir cette règle-là. Donc, nous,
ce qu'on vous dit, c'est assez clair comme message des dirigeants de PME au
Québec.
Maintenant,
comment y arriver? Est-ce qu'on le change tout de suite? On fait un virage à
180 degrés ou on y va par étapes? Nous, ce qu'on avait vu dans
notre analyse, puis peut-être qu'on s'est trompés, là, mais c'est qu'il y avait
certaines marges de manoeuvre qui étaient données pour l'innovation, puis des
organismes doivent avoir un mandat d'en faire au moins un. Je pense, c'est 54,
là, l'objectif, sur un... d'innovation, c'est peut-être qu'on peut tester certains éléments pour voir comment balancer bien
la politique du plus bas soumissionnaire en intégrant des nouveaux critères là-dedans puis, après, adopter une
politique qui va être favorable à l'État puis aussi aux payeurs de taxes, là,
pour... parce que la politique du plus bas
soumissionnaire a quand même un objectif de ne pas augmenter le prix de façon
assez significative puis qu'au bout de la ligne, bien, c'est les citoyens puis
c'est les PME qui vont payer davantage. Mais le message du milieu des affaires
est assez clair à l'égard du fait qu'il faut se pencher là-dessus, puis
rapidement, là.
Mme LeBel : J'imagine... En tout
cas, je conçois que dans... que les entreprises qui sont membres de la FCEI sont
probablement, là, les entreprises... de par le concept de petites et moyennes
entreprises, sont probablement les entreprises qui, quand elles ont accès à des
contrats publics, sont sous les seuils d'autorisation, c'est-à-dire d'aller chercher une autorisation de contracter. Donc, de
par la nature des entreprises et de par la grosseur des contrats, je ne
dis pas qu'il n'y a pas certaines de vos
entreprises qui en ont au-dessus, là, mais, en général, est-ce que vous avez
sondé vos membres sur cette nouvelle
notion qu'on va... se propose de modifier le régime d'intégrité, là, qui va...
qui pourrait affecter, là, ou, en tout cas, cibler, ou, en tout cas,
concerner... le terme adéquat, mais beaucoup de vos membres, là, sur des exigences d'intégrité... la déclaration
d'intégrité, à
titre d'exemple, qui touche tout le monde, peu importe la valeur
des contrats pour lesquels on va
soumissionner au gouvernement? Donc, c'est différent de l'autorisation de
contracter, qui demeure tributaire de
certains seuils, puis, de toute façon, qui dit seuils... On dira toujours...
des gens qui n'y passeront pas, mais la déclaration d'intégrité devrait
toucher tout le monde. Est-ce que vous avez un son de cloche là-dessus?
M. Vincent (François) : Bien, ce
qu'on voyait, c'est peut-être une possibilité d'augmenter la paperasse, là,
parce qu'il fallait avoir un renouvellement annuel, puis etc. Puis, tu sais, je
n'ai pas vu qu'est-ce qu'il avait de l'air, là, ce formulaire-là, puis etc.,
là. Donc, oui, ça peut avoir une...
Mme LeBel : ...principe. Dans le
fond, parce qu'il reste peu de temps, je veux juste résumer votre pensée, vous
me direz que c'est ça, ce n'est pas sur le principe d'être soumis à un régime
d'intégrité, c'est sur comment ça va se faire pour ne pas que ça soit trop
lourd au niveau administratif. C'est ça?
M. Vincent (François) : C'est clair,
oui, quand on regarde aussi... Puis, par rapport aux plus petites, le fardeau
administratif est inversement proportionnel à la grandeur des entreprises puis
la majorité des entreprises au Québec sont petites. Ça
fait que, si vous voulez avoir plus d'entrepreneurs, d'entreprises, c'est sûr
qu'il faut que le fardeau administratif soit le plus bas. On comprend que
l'État peut avoir des mécanismes pour s'assurer de faire affaire avec des
entreprises qui respectent qu'est-ce qui se passe, mais, maintenant, faites-le,
de grâce, en limitant le fardeau administratif des entreprises, parce que,
sinon, on va tourner en rond, là.
Le Président (M. Simard, Montmorency) :
Merci beaucoup. Alors, nous cédons maintenant la parole au porte-parole de
l'opposition officielle et député de Mont-Royal—Outremont.
M. Arcand : Merci, M. le Président.
Alors, bonjour, M. Vincent, Mme Joly. La première question que
j'aimerais vous poser porte évidemment sur le projet de loi n° 12, mais
surtout en rapport avec certains des propos que vous avez mentionnés, qui semblent
vous inquiéter, et particulièrement la relation avec les autres provinces
canadiennes, et est-ce que, d'après vous, dans ce que vous avez vu, vous avez
un
article dans le projet de loi n° 12 actuellement
que vous trouvez, si j'emploie l'expression, d'un protectionnisme un peu
dangereux, que ça peut menacer, d'une
certaine façon, certaines entreprises ou certains autres gouvernements à
dire : Au Québec, ils sont trop protectionnistes, etc., et ça, ça
peut nuire, à un moment donné? Est-ce qu'il y a un
article là-dedans qui vous
apparaît un peu particulier et dangereux?
M. Vincent (François) : Bien, on a
regardé les articles, puis, quand on... ce qu'on a remarqué, c'est... Quand on parlait des définitions, des expressions
«petite entreprise», on parlait aussi d'ailleurs au Canada puis on a
remarqué qu'on parlait d'entreprises québécoises puis d'entreprises
canadiennes.
Maintenant, notre organisation, on n'aime pas
ça, là, quand il y a des politiques de protectionnisme. C'est contre, un peu, notre nature, mais il faut quand
même aussi... Notre leitmotiv, c'est qu'on répond à ce que nos membres
nous disent par sondage. Puis on a fait un sondage sur l'achat local à l'été,
en juillet 2020, pour, justement, évaluer qu'est-ce qui avait été fait au
niveau de l'achat local et surtout qu'est-ce que le gouvernement devrait faire
pour pousser sa politique d'achat local plus loin. Ça, c'est juste des
répondants du Québec qui ont répondu, pas des autres provinces. Puis là on
avait une question qui était ouverte, puis la première réponse a été, bien,
justement, de... en respectant les acteurs internationaux, de... que le
gouvernement s'approvisionne davantage dans les entreprises locales. Donc, ça,
c'est un mandat qui est quand même assez fort. Donc, ça, il faut l'exprimer.
Donc, les PME québécoises, c'est ce qu'elles ont
demandé. Maintenant, il faut que ça se fasse dans un... d'une façon balancée.
Bien, balancée, je ne sais pas si c'est un anglicisme, là, mais, justement,
pour ne pas qu'on parte dans une spirale de protectionnisme puis qu'au bout de
la ligne on ferme le marché... un plus gros marché à nos entreprises d'ici, parce que les autres provinces
vont vouloir faire la même chose. Donc, nous, on a vu qu'il y avait
quand même un certain équilibre puis on a communiqué, là, le fait que c'était
ce que les PME du Québec demandaient.
M. Arcand : Parce que je sais qu'il
y a plusieurs intervenants qui nous ont dit, entre autres, que les marchés
publics, avec, évidemment, l'item du plus bas soumissionnaire aussi pouvaient
faire en sorte que des entreprises avaient tendance à aller un peu plus à
l'extérieur. Il y avait plus de facilité à intégrer les marchés. On a parlé des
États-Unis, de l'Ontario. Est-ce que c'est une réalité que vous avez observée
de ce côté-là?
M. Vincent (François) : Bien, nous,
ce qu'on a observé, dans notre mémoire, là, sur les marchés publics, c'est les
données qu'on... on avait... une autre recherche qu'on avait faite en... je
pense, c'était en 2009, là, puis ça, c'était au niveau des marchés publics au
fédéral. Ça fait que les données les plus récentes quant aux marchés publics,
vous les retrouvez dans le mémoire, là, puis c'est des résultats préliminaires,
là. Quand les résultats vont être finaux, puis ça, on pourra les envoyer à la
commission parlementaire, bien, on va être capable de faire une sectorisation
avec les secteurs d'activité économique, les régions, puis, etc. Là, pour
l'instant, on n'a pas ça parce que c'est vraiment des résultats préliminaires
puis on a commencé ça... on a lancé... j'ai dit mardi dans mon discours
d'ouverture, mais c'est lundi, 8 heures, qu'on a commencé le sondage.
M. Arcand : Comme vous êtes une
fédération qui êtes un peu partout au Canada, est-ce que vous avez une province
qui, à votre avis, semble plus favoriser l'accès des PME aux marchés publics?
Est-ce qu'il y a une province qui est plus modèle que le Québec actuellement?
M. Vincent (François) : Il y a des
provinces qui sont plus modèles en matière des retards de paiement, puis on
incite vraiment le gouvernement et les parlementaires à regarder ce qui se fait
puis à outiller la ministre à adopter un règlement sur les retards des
paiements.
Sur la question des autres provinces, on sait
que l'Ontario est en train de prendre un virage similaire au Québec, mais je vous
dirais que la réaction de la FCEI là-bas était très, très négative. Bien, nous,
elle est plus posée parce qu'il y a 53 % de nos membres qui l'ont demandé.
Donc, on est des démocrates, on va partager sans filtre ce que nos membres pensent et outiller les
parlementaires et les gouvernements à aller de l'avant avec leurs
orientations.
Arcand : Vous avez beaucoup insisté également sur la
simplification des formules administratives. Est-ce que vous avez en
tête quelles sont les formules, là, qui vous dérangent le plus actuellement?
M. Vincent
(François) : On demande au gouvernement de porter une attention pour
ne pas en rajouter. Clémence, elle a parlé à un membre et elle peut peut-être
donner un exemple, là. C'est relié avec la loi 101.
Maintenant, on vient de partir notre sondage. On
a plusieurs commentaires sur le fardeau administratif et réglementaire qui sont
dans le sondage également puis on pourra aller plus en détail là-dessus. Mais
ce qu'on sait, c'est que les membres nous ont dit à près de... à six sur 10, en
disant que, pour améliorer leur intérêt à participer aux marchés publics, bien,
ce n'est pas en alourdissant le fardeau administratif et réglementaire. Donc,
ça, c'est un élément à prendre en considération. On a vu dans la stratégie qu'il
y a des mesures qui sont ciblées par rapport à ça, notamment au niveau du
service à la clientèle, mais c'est un dossier qu'il ne faut pas perdre de vue.
Puis je donnerais peut-être l'exemple de notre
recherche qu'on a dévoilée en février sur le fardeau administratif
réglementaire aux États-Unis puis au Canada, puis on a vu que le fardeau
administratif pour les entreprises a augmenté aux États-Unis, tandis qu'il a
resté stable au Canada. Pourquoi? Parce qu'ici on a continué à avoir des
objectifs gouvernementaux dans chaque province puis au fédéral. Donc, quand on
laisse... quand on enlève la... les yeux sur
le ballon, bien, on peut le perdre rapidement. Et c'est pour ça ici qu'on vous
en parle puis qu'on demande au... à la ministre de prendre des engagements,
puis, ensuite de ça, dans la poursuite de cette stratégie-là puis dans les
règlements, d'assurer qu'il n'y ait pas une augmentation du fardeau
administratif et réglementaire puis même une diminution du fardeau
administratif et réglementaire.
Le Président (M. Simard, Montmorency) :
Mme Joly, souhaitiez-vous ajouter quelque chose? Je semblais voir que vous
souhaitiez parler, non?
Mme Joly (Clémence) : Non.
Le Président (M. Simard, Montmorency) :
Je me suis trompé?
Mme Joly (Clémence) : C'est bon.
Merci.
Le Président (M. Simard, Montmorency) :
Excusez-moi.
M. Arcand : Parfait. Alors, M. le
président, ma question porte sur un aspect de votre mémoire, que je trouve très préoccupant, dans lequel vous dites :
Environ deux tiers des propriétaires de PME ne conseilleraient pas à leurs
enfants de démarrer une entreprise à cause
de la lourdeur du fardeau réglementaire actuel. Et ça, c'est une hausse de
15 points depuis 2017. J'aimerais juste
que vous m'expliquiez : D'après vous, pourquoi c'est devenu assez
inquiétant comme statistique?
M. Vincent (François) : Bien, moi,
je vous dirais que probablement que la pénurie de main-d'oeuvre puis la
pandémie a rajouté une fatigue aux entrepreneurs parce qu'une des principales
raisons... impact qui était non économique du dirigeant d'entreprise durant la
pandémie, c'était qu'il allait... qu'il avait à travailler plus d'heures. Je
pense que c'était quatre sur 10, puis on l'a vu aussi dans le cadre de la
pénurie de main-d'oeuvre. Puis on a les données les plus à jour qui existent au
Québec là-dessus, là, qui sont dans le mémoire, puis c'est... je ne veux pas me
fourvoyer, là, on a beaucoup de pourcentages puis on peut... 66 % des
dirigeants qui doivent travailler plus d'heures, ça fait que... Puis, quand vous prenez aussi la composition économique
du Québec, il y a la moitié des entreprises, 53 %, qui ont moins de 5 employés. Donc, je me
retrouve dans une situation que, moi, comme dirigeant d'entreprise, bien,
je fais... je travaille davantage pour être
capable de répondre aux contrats de mon entreprise. Je dois refuser des
contrat