CAT — 21 April 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CAT 2021-04-21
Quebec — Committees
(Onze heures trente-trois minutes)
Présidente (Mme Boutin) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît!
Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de
l'aménagement du territoire ouverte.
Je vous rappelle que la commission est réunie
afin de poursuivre les auditions publiques dans le cadre des consultations
particulières sur le projet de loi n° 49, Loi
modifiant la
Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités,
la
Loi sur l'éthique et la déontologie en matière municipale et diverses
dispositions législatives.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Mme Lessard-Therrien
(Rouyn-Noranda—Témiscamingue)
remplace M. Fontecilla (Laurier-Dorion).
La Présidente (Mme Boutin) :
Parfait. Merci infiniment. Avant de nommer nos partenaires que nous allons entendre ce matin, je veux simplement vous
rappeler qu'il y a eu une entente pour la répartition du temps. Étant
donné que la deuxième opposition officielle
ne pourra être présente ce matin, le gouvernement aura
16 min 30 s, l'opposition officielle,
13 min 15 s, la troisième opposition, 3 min 15 s.
Et, oui, Mme la députée de Vaudreuil, à vous la parole.
Mme Nichols : Oui. Merci, Mme la
Présidente. À ce moment-ci, j'aimerais aussi que, si le temps alloué n'est pas
utilisé, là... qu'il soit réparti...
La Présidente (Mme Boutin) :
Parfait. Est-ce que nous avons consentement pour la répartition du temps?
Des voix : Consentement.
La Présidente (Mme Boutin) : Merci.
Parfait. Alors, cet avant-midi, nous entendrons la Commission municipale du Québec
et de... la ville de Laval.
Nous avons M. Jean-Philippe Marois et
M. Thierry Usclat. Alors, je vous souhaite la bienvenue.
Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé. Ensuite, nous allons procéder à une période
d'échange avec les membres de la commission. Alors, je vous invite à vous
présenter et à procéder à votre exposé. Alors, la parole est à vous.
M. Marois (Jean-Philippe) : Mme la
Présidente, Mme la ministre, Mmes et MM. les députés, mon nom est Jean-Philippe
Marois. Je suis président de la Commission municipale. Je suis accompagné
aujourd'hui de Me Thierry Usclat, qui est vice-président à l'éthique et à
la déontologie.
Je vous remercie de nous donner l'opportunité
aujourd'hui de vous faire part de nos observations à l'égard du projet de loi n° 49 et, plus spécifiquement, de celles relatives aux
amendements proposés à la
Loi sur l'éthique et la déontologie en matière
municipale, à la
Loi sur les élections et référendums ainsi qu'à la
Loi sur la
Commission municipale.
Avant d'entrer dans le vif du sujet et afin de
mettre en contexte nos observations, laissez-moi dresser un rapide portrait de
la Commission municipale. La commission est l'un des plus vieux organismes
publics de l'État québécois. Son histoire débute en 1932, où on lui demandait
de contrôler et surveiller les finances des municipalités et des fabriques. Sa réalité aujourd'hui est tout autre. La commission dispose de larges compétences
diversifiées, autant administratives que juridictionnelles, et agit à plusieurs
titres.
Dans son rôle de tribunal administratif, la
commission rend des décisions exécutoires qui affectent les droits et
obligations d'une personne ou d'une organisation au terme d'un processus qui
respecte les règles de justice naturelle. Dans le cadre de ses fonctions administratives,
la commission exerce des fonctions exécutives de contrôle, de surveillance,
d'administration ou de conseil. C'est le cas, par exemple, lorsque la
commission est amenée à administrer provisoirement une municipalité ou à agir
comme tuteur. Enfin, afin que ce portrait soit complet, la commission dispose d'une juridiction, depuis
avril 2018, qui lui permet, via sa vice-présidence à la vérification,
d'effectuer des audits de conformité et des
audits d'optimisation des ressources dans les municipalités de moins de
100 000 habitants. Voilà pour le portrait.
D'emblée, je souhaiterais
mentionner que la commission accueille favorablement le projet de loi n° 49. Il contient des dispositions qui sont de nature à
rehausser les standards appliqués par les élus municipaux québécois en matière
d'éthique et donc d'améliorer la confiance du public dans leurs institutions
municipales.
Ainsi, le projet propose de rendre obligatoire
l'inclusion de nouvelles règles déontologiques dans les codes d'éthique et de
déontologie des municipalités. On parle ici de l'honneur attaché aux fonctions
de membre d'un conseil de la municipalité et le respect envers les autres
membres d'un conseil, ses employés et les citoyens. Ces règles permettront de
mieux encadrer la conduite et de donner à la commission le pouvoir d'imposer,
en cas de manquement, des sanctions.
Dans l'état actuel de la loi, la commission ne peut,
par exemple, sanctionner des propos ou des gestes vexatoires d'un élu si la
municipalité n'a pas adopté de règlement l'interdisant. En effet, on retrouve,
encore aujourd'hui, des municipalités qui n'ont pas intégré de règles relatives
au respect dans leur code d'éthique. Dans ces situations, la commission ne peut
donc pas intervenir ni sanctionner les comportements irrespectueux. Ces
nouvelles règles de conduite obligatoires pourraient favoriser l'adoption de
meilleurs comportements en matière de respect des citoyens, des employés
municipaux et des autres élus et renforcer la confiance des citoyens envers
leurs institutions municipales. Ajouter des
dispositions pour rehausser et améliorer le ton des débats constituerait une
avancée importante pour favoriser...
La commission voit également d'un bon oeil la
proposition d'inclure obligatoirement au code d'éthique des municipalités une
règle qui interdirait formellement et explicitement à un élu d'avoir un intérêt
dans un contrat et de le contraindre à divulguer tout intérêt pécuniaire
lorsqu'une question est soumise au conseil municipal.
Actuellement, la loi stipule que le code
d'éthique doit contenir des règles ayant pour objectif de prévenir ce type de
situation de conflit... contreviendrait aux articles 304 et 361 de la Loi
sur les élections et les référendums. Or, la
commission a constaté que des règles interdisant précisément ces situations de
conflit d'intérêts étaient absentes dans quelques municipalités.
Pour éviter ces situations, le projet propose,
d'une part, que l'inclusion de ce type de règles soit obligatoire dans le code
d'éthique et, d'autre part, que l'article... que les règles énoncées à
l'article 6 de la loi soient réputées faire
partie intégrante de tout code
d'éthique des municipalités.
Le projet de loi propose également l'inclusion
d'une règle qui interdirait aux élus, à leur personnel politique, aux employés
municipaux d'accepter tout cadeau, quelle qu'en soit la valeur, de tout
fournisseur de biens ou de services de la municipalité. Rappelons qu'il s'agit
d'une recommandation de la commission Charbonneau.
Lorsqu'un élu a commis un manquement
déontologique, la commission peut lui imposer les sanctions prévues à l'article 31 de la loi. C'est avec
intérêt que la commission a pris connaissance des modifications introduites
dans le projet de loi qui proposent d'autres
types de sanctions, notamment l'imposition d'une pénalité d'un montant
maximal de 4 000 $ ainsi que
l'obligation pour l'élu de rembourser sa rémunération et les autres avantages
reçus pour la durée que la commission détermine plutôt que la durée du
manquement. Actuellement, le remboursement du salaire et des autres avantages
est limité à la durée du manquement, ce qui, dans plusieurs cas, peut se
limiter à une seule journée. La commission accueille favorablement ces
nouvelles mesures.
En matière de
prévention, le projet de loi prévoit l'obligation pour la municipalité de
rembourser les honoraires encourus par un élu pour consulter un
conseiller à l'éthique. Le projet de loi prévoit également la possibilité pour
la Commission municipale d'imposer, dans certains cas, à
titre de sanction à un
élu, l'obligation de suivre une formation en éthique et en déontologie.
En matière de
vérification municipale, le projet de loi n° 49 contient essentiellement
des éléments de clarification. Le projet de loi propose de modifier la
règle relative à la périodicité prédéterminée pour les audits de performance
dans les municipalités entre 10 000 et 100 000 habitants qui
sont sous la responsabilité de la commission en vertu d'un règlement adopté par
ces municipalités. La commission est d'accord avec cette modification,
puisqu'ainsi l'ensemble des projets d'audits réalisés par la commission le
seraient en fonction d'une approche axée sur les risques plutôt que simplement
en fonction d'une période prédéterminée.
À propos des éléments de clarification apportés
aux dispositions législatives actuelles, il s'agit ici de clarifier le moment
où l'auditeur indépendant d'une municipalité entre 10 000 et
100 000 habitants doit transmettre son rapport à la commission. La commission est d'accord avec cette mesure
puisqu'elle permettrait d'assurer une meilleure concordance entre le
moment où la municipalité reçoit son rapport d'audit et sa publication sur le
site Internet de la commission.
Le projet de loi propose également... spécifie également
la compétence de la commission en matière de vérification à l'égard des régies
intermunicipales. Ces dernières ayant été créées à des fins très particulières,
il nous apparaît opportun d'inclure l'ensemble des régies dans le champ de
compétence de la commission.
Enfin, la commission est satisfaite de la modification
apportée dans le projet de loi quant à la période que doit couvrir le résultat
de ses vérifications.
Par ailleurs, dans le cadre de la mise en oeuvre
de sa planification stratégique, la commission avait développé une offre de
services en matière d'accompagnement pour les municipalités faisant face à des
dysfonctionnements. Cette activité est pratiquée en vertu d'une entente-cadre
conclue avec le ministère en 2018. Cependant, cette fonction n'est pas
formellement nommée dans la
Loi sur la Commission municipale. La commission est
donc d'accord avec la proposition de l'article 105 du projet de loi.
Enfin, le projet de loi n° 49 modifie
l'article 70 de la
Loi sur les élections et référendums dans les
municipalités, et prévoit que le président d'élection relèverait dorénavant de
l'autorité du Directeur général des élections du Québec, et permettrait à ce dernier
de demander à la Commission municipale la destitution d'un président
d'élection dont les agissements ne seraient pas conformes à la loi. Nous sommes
d'accord avec ces mesures.
Ceci met fin à ma courte intervention que j'ai
souhaitée la plus rapide possible pour maximiser nos capacités d'avoir des
échanges au sujet du projet de loi. Je vous remercie de votre attention.
Présidente (Mme Boutin) :
Merci beaucoup pour votre exposé. Nous allons maintenant débuter la
période d'échange. Alors, Mme la ministre,
la parole est à vous. Vous disposez, comme je l'ai déjà mentionné, de
16 min 30 s.
Laforest : Oui. Alors, je vais y aller. Bonjour, Me Marois.
M. Usclat, bonjour aussi. Alors, je vais y aller tout de suite avec
une première question. Parce que, depuis deux ans et demi, quand même, on
travaille ensemble, si je peux le dire, même s'il y a une certaine notion
importante d'indépendance, malgré qu'avec le projet de loi n° 49...
Moi, je veux vraiment savoir qu'est-ce que vous pensez au niveau des délais,
comment ça va accélérer les délais avec certaines problématiques dans les
municipalités. C'est une question qui me... qui est souvent posée.
On a été très, très rapides dans le passé avec
certaines municipalités qui avaient des problématiques. Maintenant, avec le
projet de loi n° 49, croyez-vous que ce sera plus
rapide avec les mêmes problématiques qu'on a vécues dans le passé avec d'autres
municipalités? Quand on vit... on a des enjeux particuliers, soit au niveau de
l'éthique ou de la déontologie, comment vous voyez ça au niveau de la
différence avant-après?
M. Marois (Jean-Philippe) : L'enjeu
au niveau de la rapidité, si on peut le qualifier ainsi, c'est qu'il existe
malheureusement des situations où la Commission municipale ne peut pas
intervenir, de sorte que les citoyens s'adressent à la commission pour dénoncer
des situations, et, comme il y a absence de juridiction, et je vais vous
expliquer pourquoi, bien, à ce moment-là, la commission n'est pas capable d'intervenir.
Principalement ici, je fais référence au respect.
Donc, il existe des municipalités qui ont, dans
leur code d'éthique et de déontologie, une obligation, une règle prescrivant
qu'au niveau déontologique les élus doivent, dans le cadre des débats, se
respecter entre eux, agir avec respect, agir avec respect à l'égard de leurs
employés, agir avec respect à l'égard des citoyens. C'est le cas, par exemple,
à la ville de Montréal.
Cependant, il existe malheureusement plusieurs
municipalités qui n'ont pas de règle comme ça. Et, à ce moment-là, il y a
plusieurs citoyens qui, dans ces municipalités-là, font des dénonciations
auprès de la Commission municipale, et,
étant donné que ce qui fonde la juridiction de la commission, c'est le code
d'éthique de la municipalité, bien, à ce moment-là, quand on a des
plaintes, des dénonciations comme ça et que la municipalité n'a pas de règle au
sujet du respect, à ce moment-là, la commission ne peut pas intervenir. Donc,
les délais sont, et de manière évidente, longs et frustrants. La commission ne
peut pas intervenir dans ces situations-là.
Et on parle de plusieurs villes, là. La
commission a fait une intervention dans la dernière année à Saint-Jérôme, ce
n'est pas une petite ville, et il a été constaté par la commission, là, que la
ville de Saint-Jérôme n'avait pas, dans son code d'éthique, une clause sur le
respect. On le voit aussi dans des petites municipalités. On est présentement à
Maddington Falls. Là aussi, il y a un certain climat dans les échanges entre
les élus, et il n'y a pas de clause de respect dans le code d'éthique.
Donc, à cet égard-là, le projet de loi fait
quelque chose qui nous apparaît, à la commission, très important pour rehausser
la confiance des citoyens en obligeant les municipalités à avoir une clause sur
le respect.
Mme Laforest : O.K. Bien,
Me Marois, j'aimerais aussi... Là, vous parlez beaucoup du respect. Est-ce
que, selon vous, on sera en mesure de bien définir la notion du respect? Parce
que c'est sûr que ça peut être très, très large, ça peut être flou. Puis aussi
hier j'entendais la Fédération québécoise des municipalités, qui disait :
Oui, mais il va falloir être prudents, parce que parfois il y a des échanges
où, oui, on s'emporte, mais, tu sais, il va falloir quand même qu'il y ait des
débats, il faut qu'il y ait des échanges dans la mesure du respect aussi des
règles.
Mais est-ce que vous croyez que c'est possible d'avoir
des mesures, comment je pourrais dire, qui ne déborderaient pas au niveau du
respect? Est-ce que ça n'occasionnerait pas trop de... Un, est-ce qu'il y
aurait encore des débats? Parce que, les gens, peut-être qu'ils n'oseront pas
débattre, justement, sur la place publique pendant le conseil municipal si la
notion de respect est très, très sévère. Comment... Dites-moi un peu comment
vous pensez encadrer la notion de respect.
Ça va vraiment aider puis ça va réconforter aussi la Fédération québécoise des
municipalités.
M. Marois (Jean-Philippe) : Oui.
Alors, la réponse courte, c'est que c'est quelque chose qu'on va être capables d'appliquer. C'est quelque chose qu'on
encadre déjà puis qu'on va être capables de baliser. Et, oui,
pour répondre à une de vos questions, une de vos sous-questions, oui, il
va y avoir encore des débats politiques, puis ça va... On va encore permettre
les débats. Ce type de règle là n'empêchera pas les débats. Au contraire, ça va
peut-être rehausser ces débats-là en s'assurant qu'ils soient faits avec
respect. Donc, ça, c'est ma réponse courte.
Ma réponse un petit peu plus longue, un petit
peu plus complète, je vous dirait que, premièrement, chez nous, ces questions-là seront traitées. Celui ou celle
qui aura à en décider, c'est un juge administratif membre de la commission.
Chez nous, c'est des gens compétents, ils sont avocats ou notaires, et c'est
des gens qui ont une expérience dans le domaine municipal. Il y en a qui ont
été greffiers, il y en a qui ont été directeurs généraux, donc c'est des gens
qui ont des expériences de 10, 12, 15 ans dans le domaine municipal, premièrement.
Deuxièmement, le respect existe déjà dans les
codes, donc la commission a été capable, par le passé, de développer des
balises, des critères, là, pour bien dire c'est quoi, le respect, puis comment
elle le traite. Donc, puisque
ça existe déjà, qu'on a déjà développé des critères, des balises, bien, on va
être capables de continuer de les appliquer.
Par exemple, là, et je terminerai là-dessus, là,
il y a une décision très intéressante de la commission, là, pour tous ceux qui
s'intéressent à la question du respect, c'est l'affaire Preissac. C'est une
élue, une dame Derome. C'est une décision que la commission a rendue en 2018.
Et, dans cette décision-là, la juge établit, là, les critères, établit les
balises. Elle vient dire qu'il faut regarder tout ça dans leur contexte, et
elle analyse chacun des manquements, puis elle
dit : Bon, bien, ça, c'est un manque de respect, puis ça, ce n'est pas un
manque de respect. Donc, elle défile chacune des occasions, là, chacun
des faits qui sont en cause. Et c'est une lecture, là, intéressante que je vous
suggère, là, puisqu'on parlera beaucoup de respect dans le cadre de...
Laforest : O.K.
Bref, vous savez déjà que c'est possible. Vous êtes déjà en
mesure de dire qu'on pourra
encadrer, et ce sera applicable. Moi, c'est sûr qu'il faut que ce soit
absolument applicable. Alors, merci, Me Marois.
J'ai une question, parce que je sais que c'était
demandé aussi avec la Fédération québécoise des municipalités, puis je veux vous
entendre là-dessus, puis c'est sûr que la crise sanitaire nous a amenés à
considérer cette problématique. Un dépanneur, dans une petite municipalité,
avec des services, par exemple, d'essence, la municipalité a, qui siège sur son
conseil municipal, un conseiller qui est propriétaire de la station d'essence.
On disait : Est-ce qu'on pourrait quand même être prudents pour pouvoir
considérer que les gens n'iront pas au dépanneur, ou à la municipalité à côté,
ou au village à côté pour s'acheter de l'essence? Est-ce que... Comment vous
voyez ça? Parce que, c'est ça que la FQM disait, il faut comprendre qu'il y a
plusieurs villages qu'il y a une épicerie, il y a un dépanneur ou encore il y a
un entrepreneur en déneigement. Donc, peut-être... Ça arrive, là, je l'ai vu
quand même assez souvent, l'entrepreneur en déneigement siège sur le conseil
municipal. Comment vous voyez un petit peu cette demande-là de la Fédération
québécoise des municipalités?
M. Marois (Jean-Philippe) :
Bien, il faut être prudents. Il faut être prudents parce que... Ici, là, on
fait référence à l'article 305 de la
Loi sur les élections et les
référendums dans les municipalités. C'est un
article qui existe depuis
plusieurs années et qui demande aux élus municipaux de ne pas se placer en situation
de conflit d'intérêts et de ne pas... à partir du moment où ils sont
conseillers municipaux, là, de ne pas être
partie à un contrat avec la municipalité. Donc, ça, c'est quelque
chose qui existe depuis plusieurs années, que nous, on applique, il va de
soi.
Ceci étant, c'est un
article qui comporte des
exceptions jurisprudentielles. Par exemple, la jurisprudence, on l'a déjà
dit... Bien, c'est un
article qui empêche la municipalité d'avoir un contrat
avec une entreprise, par exemple, qui appartient à un élu municipal, parce que
ce ne serait pas conforme aux attentes des citoyens, aux attentes raisonnables
des citoyens eu égard aux situations de conflit d'intérêts.
Cependant, la jurisprudence a dit, par exemple,
il faut distinguer ça de la situation où on a, par exemple, un achat ponctuel au comptoir sans qu'il y ait eu un
contrat préalable. À ce moment-là, il y a une exception
jurisprudentielle qui est prévue pour ça. Autrement dit, là, il n'y a pas un
élu, là, qui va être condamné parce que la municipalité a acheté un sac de
clous dans une quincaillerie qui lui appartiendrait. C'est les contrats qu'il
faut...
Mme Laforest : O.K. Donc, c'est
comme... Pour vous, ce serait peut-être évaluer la situation à la pièce, à ce
moment-là. Parce que, tu sais, je donnais ça comme exemple, il y a des
dépanneurs... ou pas des dépanneurs, mais, encore là, des épiciers ou encore...
en tout cas, bref, qui ont dû fermer, même des dépanneurs, oui, durant la crise
sanitaire. Les gens étaient obligés d'aller
à l'extérieur ou encore... C'était assez problématique durant la crise
sanitaire. C'est peut-être
plus une situation à cause de la pandémie, mais on va en parler ensemble de
toute manière, là, en commission.
Et je vais laisser la parole à mes collègues, évidemment,
je vois que plusieurs ont des questions, mais merci, Me Marois. Ce sera vraiment
un projet de loi très, très intéressant. Je suis très contente, maintenant,
qu'il soit étudié. Parce que vous savez comme moi que ce que je veux, c'est toujours
être très, très... agir rapidement quand on se pose des questions dans
certaines municipalités. Et en plus, quand on a vraiment des événements qui
arrivent puis on n'a pas les moyens pour
agir, bien, tant mieux si on va le faire avec le projet de loi n° 49. Puis
merci, évidemment. Merci.
La Présidente (Mme Boutin) : Merci, Mme
la ministre. Alors, M. le député de Lac-Saint-Jean, à vous la parole. Il
vous reste 5 min 10 s.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Oui.
Merci, Mme la Présidente. Alors, bien, écoutez, bien le bonjour,
M. Marois, M. Thierry. Très content de vous entendre. Je sais que
votre travail n'est pas toujours facile. Puis là on est dans le cadre... on
parle d'éthique, on parle aussi de déontologie, hein? Donc, c'est quand même
deux éléments qui sont distincts.
Moi, j'irais un petit peu plus au niveau
déontologie puis j'aurais... J'aimerais ça vous entendre, là, au niveau des
élus qui sont reconnus fautifs, au niveau des frais d'avocat. Est-ce qu'ils
devraient assumer les frais? Donc, j'aimerais ça avoir votre point de vue là-dessus,
M. Marois ou M. Thierry.
M. Marois (Jean-Philippe) : Je suis
un peu mal à l'aise, parce que ça relève plus ou moins, là, de notre
juridiction. Il y a un
article dans le Code municipal, il y a un
article dans
la
Loi sur les cités et villes qui prévoient, à bon escient puis pour des
bonnes raisons, que les élus doivent bénéficier de protection de frais d'avocat
lorsque, dans l'exercice de leurs fonctions, ils font face à des poursuites. Et
les procès en question, parfois, peuvent être des procès qui ont lieu devant la
Commission municipale, donc vous comprenez mon malaise là-dedans.
Maintenant, tout en
signalant ça d'entrée de jeu, on n'est pas sans savoir, à la commission, que...
faites une... que des frais d'avocat, que le droit à une défense avec des frais
d'avocat payés par la ville devant, par exemple, la Commission municipale, là, ça engendre des frais et qu'il y a des municipalités qui trouvent ça lourd, là. On le sait, là...
Ce qui m'apparaît particulièrement problématique,
ce sont plus les requêtes qui, des fois, là, sont... pourraient être faites,
là, pour aller en contrôle judiciaire, là, en Cour supérieure, là. C'est sûr
que, là, on va rallonger les délais, et on va rallonger les délais avec... en
utilisant une instance, la Cour supérieure, où les frais, veux veux pas, vont
être plus élevés. Et ça, ça peut être un enjeu.
Ceci étant, par ailleurs, à la Commission municipale,
on est... Jusqu'à ce que la loi soit changée, là, et que le statut demeure
comme il est là aujourd'hui, au sujet des frais de défense qui sont assumés par
la ville, frais de défense, en passant, où il est permis par la loi, là... la
ville peut demander une... Si les frais sont déraisonnables, la ville peut
demander un remboursement. C'est ce que la loi...
Ceci étant, nous, on s'efforce, là, de garder
nos procédures simples et nos procédures les plus rapides possible, parce que
ça aussi, ça, c'est de nature à diminuer les frais, et donc le poids que
pourrait devoir supporter une municipalité en défense d'un de ses élus.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : O.K.
Mme la Présidente, j'ai-tu encore du temps un peu?
La Présidente (Mme Boutin) :
...une collègue qui avait une question, pour votre information.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : O.K.
J'aurais une dernière question. Puis moi, dans une ancienne vie, j'ai été
conseiller municipal. J'ai vécu, justement, une situation assez difficile avec
un maire à l'époque. Je ne nommerai pas la municipalité. Par la suite, je suis devenu
maire. Mais ne croyez-vous pas qu'un élu qui est reconnu, là, qui est reconnu
hors de... il n'y a aucun doute, là, tu sais, dans ce cas-là, qu'il devrait
assumer les frais?
M. Marois (Jean-Philippe) : Écoutez,
je suis... Qui serait reconnu... par exemple, qui aurait commis un manquement,
là, selon la Commission municipale?
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Il
est accusé formellement, mettons.
M. Marois (Jean-Philippe) : Écoutez,
je suis un peu mal à l'aise, parce que, là, vous me dites : Comme
président de tribunal, est-ce que vous êtes à l'aise avec le fait que l'élu se
présente chez vous avec son droit à des frais d'avocat puis qu'en bout de ligne
vous le reconnaissez coupable?
C'est vrai qu'il existe de la jurisprudence, y
compris, je pense, de la Cour d'appel — si ce n'est pas la Cour d'appel,
c'est la Cour supérieure — où
il a déjà été dit qu'un élu qui, par exemple, serait poursuivi et reconnu coupable d'un geste criminel, il n'aurait pas droit à ses frais d'avocat. Il y a
une cause, là, qui a dit ça. Je pense que c'est Pepin, de mémoire,
là... Pepin. Donc, dans cette affaire-là, le tribunal a dit : Quelqu'un
qui commet un geste criminel, c'est impossible que le geste criminel, ce
soit dans le cadre des fonctions de l'élu, et, si on n'est pas dans le cadre
des fonctions de l'élu, bien, on ne peut pas
lui donner des frais d'avocat pour assumer une défense de gestes qui auraient
été commis dans le cadre des
fonctions d'élu. Ce n'est pas… Il ne pouvait pas agir dans le cadre des
fonctions d'élu. Donc, les tribunaux ont
déjà dit quelque chose comme ça, ils l'ont dit dans l'affaire Pepin. Et
il y a une certaine analogie avec la déontologie.
La Présidente (Mme Boutin) : Merci
infiniment. C'est tout le temps que nous avions pour ce bloc. Maintenant, je
vais céder la parole à l'opposition officielle, à la députée de Vaudreuil. Vous
disposez de 13 min 15 s.
Nichols : Merci, Mme la Présidente. Merci beaucoup, messieurs, d'être
présents avec nous. Vous le savez, c'est important, mais vous êtes aussi
principalement, là, concernés par le projet de loi n° 49, donc vos
interventions sont, évidemment, importantes.
Moi, j'avais le goût de vous entendre, parce
qu'on sait que la CMQ… puis je ne sais pas si vous avez des données, là, mais
vous êtes de plus en plus interpelés de part et d'autre. Est-ce que vous pouvez
nous dire vous êtes interpelés à quelle fréquence, mettons, dans la dernière
année, là, à quelle fréquence, par qui, puis les principales demandes
d'intervention sont quoi?
M. Marois (Jean-Philippe) : Oui.
Très bonne question. Alors, vous savez, à la Commission municipale, là, il y a
un avant et un après. Il y a avant 2018 puis après 2018, puisque la commission
a eu des nouveaux pouvoirs, puis qu'à compter de 2018 on s'est donné des
enquêteurs puis un système, là, pour recevoir les dénonciations des citoyens
puis un nouveau système pour gérer ces… Donc, je vais vous parler de la période
après 2018, là, qui est la période la plus intéressante.
Donc, depuis le 30 novembre 2018, date
d'entrée en vigueur du nouveau régime, là, la commission reçoit, sur une base annuelle, 600 à
700 dénonciations concernant les élus municipaux en matière d'éthique et de
déontologie, donc, 600, 700. Maintenant, c'est un chiffre auquel il faut faire
attention, parce qu'une situation donnée peut engendrer de multiples
dénonciations. Alors, un maire, par exemple, a fait un esclandre, là, puis
50 citoyens, dans l'heure qui suit, là, vont faire une dénonciation. À ce
moment-là, ça va… dans mon 700 dossiers, ça va compter pour 50, mais, en
réalité, c'est un seul dossier, vous comprenez? Donc, environ 600,
700 dénonciations par année. Les principaux sujets qui font l'objet d'une dénonciation, ce
sont les conflits d'intérêts, les questions de conflits d'intérêts. C'est ça,
le...
L'autre
élément, puis je suis content de pouvoir vous en parler, là, on a beaucoup de
dénonciations concernant le respect et on a, malheureusement, aussi beaucoup de
dénonciations qu'on n'est pas capables de traiter, qu'on doit rejeter, dans
lesquelles on doit dire aux citoyens : Désolé, je n'ai pas de compétence
parce que... je n'ai pas de juridiction parce qu'il n'y a pas de respect dans
le code. Donc, on a beaucoup de dénonciations concernant le respect, et des
dénonciations qu'on n'a pas le droit de traiter parce qu'il n'y a pas de
respect dans le code. Et on est dans un ordre de grandeur, là, de… À peu près
10 %, 12 % de nos dénonciations sont des dénonciations qui concernent le respect puis pour lesquelles on
n'intervient pas parce que le code d'éthique en question n'inclut pas de
clause sur le respect, d'où notre intérêt avoué, là, pour la clause du projet
de loi n° 49, là, qui viserait à rendre ce type de
clause là obligatoire.
Mme Nichols :
Mais, par rapport au respect, je veux juste être sûre de bien comprendre, parce
que, tantôt, moi, j'avais comme compris que vous appliquez déjà le respect, qu'il
y a déjà des clauses de respect, que c'est déjà défini dans des jurisprudences,
dans des... Ça fait que moi, là, je comprends que, d'un côté, vous avez déjà
les balises relativement au respect. Je comprends qu'il y en a qui n'ont pas de
code non plus, là, mais le respect, là, c'est… minimalement, là, ça existe déjà,
là. C'est déjà un critère de civilité, le respect, là. Ça fait que, je pense,
vous pouvez déjà intervenir à cet aspect-là.
Mais là... Puis là je
comprends qu'il y a des clauses qui sont rejetées parce que vous n'avez pas la juridiction
pour le respect. Ça fait que ça, moi, ça me mélange un peu. Pouvez-vous peut-être
nous dire où il faudrait intervenir, plus précisément?
M. Marois
(Jean-Philippe) : Je n'ai pas été assez clair. Je vais essayer d'être
plus clair, puis, si je ne suis pas assez clair, là, faites-moi signe,
coupez-moi, puis je vais tenter de réexpliquer.
Mme Nichols :
Merci, Me Marois.
Marois (Jean-Philippe) : Les
codes d'éthique existent… au municipal, existent depuis 2011. Il y a plusieurs
municipalités qui ont inclus des clauses sur le respect dans leurs codes
d'éthique. C'est le cas, par exemple, de la ville de Montréal, qui a une clause
qui oblige les élus à agir avec respect dans le code d'éthique.
Maintenant, en dépit
du fait qu'il y a un certain nombre de municipalités, voire plusieurs municipalités
qui ont inclus une clause sur le respect, étant donné que ce n'est pas
obligatoire d'inclure une telle clause, il y a, malheureusement, un certain
nombre de municipalités qui n'ont pas une clause de respect. Or, ce qui va
fonder la juridiction de la Commission municipale, c'est le code d'éthique de
la municipalité. On applique le code d'éthique de la municipalité.
Mme Nichols :
O.K. Parfait. Donc, je comprends que…
M. Marois
(Jean-Philippe) : Si la municipalité n'a pas de respect dans son code
puis qu'il y a un élu qui insulte un autre élu, on ne peut pas intervenir.
C'est ça qui est malheureux.
Nichols : Donc, vous pouvez vous prononcer à partir du moment où il y
a une clause dans le code d'éthique.
M. Marois
(Jean-Philippe) : C'est ça.
Mme Nichols :
Parfait. Parfait, c'est très bien. Je comprends beaucoup mieux. Sans quoi vous
ne pouvez pas vous prononcer, parce que c'est… vous ne pouvez pas légiférer sur
quelque chose qui n'existe pas. O.K. Très bien. Moi, ça me va au niveau du
respect.
On a parlé de
conflits d'intérêts, conflits d'intérêts, parce que c'est les sujets, entre
autres, là, sur lesquels vous êtes souvent
interpelés à vous prononcer, là, les fameux conflits d'intérêts. Nous, au
provincial, on a une déclaration d'intérêts à faire. Au municipal, il y
a aussi une déclaration d'intérêts à faire. Donc, quand il y a un conflit
d'intérêts, on est capables de voir venir le conflit d'intérêts.
Là, je vais donner
l'exemple, là, peut-être, que la déclaration, elle n'est pas assez précise.
Nous, ici, au provincial, on en a, là, on en
a, des élus qui sont présentement devant le Commissaire à l'éthique pour des
conflits d'intérêts, même apparence de conflit d'intérêts. Donc,
qu'est-ce qu'il manque? Qu'est-ce qu'il manque pour… Qu'est-ce qu'il manque sur
cet aspect-là?
M. Marois
(Jean-Philippe) : Bien, en fait, vous avez tout à fait raison, là, il
existe, là, un mécanisme de déclaration des
intérêts. Cependant, au-delà de la déclaration d'intérêts, il y a un certain
nombre de règles qui viennent interdire les situations de conflit
d'intérêts, principalement à l'article 304, 305, 361 de la
Loi sur les
élections et référendums dans les municipalités, et là ces articles-là devraient se retrouver dans les codes d'éthique
et de déontologie des municipalités. Ça va empêcher, par exemple, un élu
de voter sur une affaire pour laquelle il a un intérêt personnel, par exemple,
là. Au-delà du fait qu'il ait déclaré, là, il ne sera pas possible pour lui de
voter. S'il vote, il va être en situation de conflit d'intérêts. Et c'est quand
il vote, par exemple, que, là, on va avoir une dénonciation et intervenir. On
va analyser le manquement et possiblement sanctionner.
Mme Nichols :
Quand la commission se prononce, là, sur un dossier où le conflit d'intérêts,
entre autres, là, est soulevé, est-ce que vous tenez compte de la déclaration
d'intérêts ou, si la déclaration d'intérêts n'est pas reliée au code d'éthique,
vous n'en tenez pas compte? Parce que, veux veux pas, ça peut avoir…
M. Marois (Jean-Philippe) : Ce n'est
pas toujours pertinent, oui. Ce n'est pas toujours pertinent. Ça dépend de
l'article du code qui est invoqué, de la situation qui est invoquée. Par
exemple, si un élu vote sur un dossier pour lequel il a un intérêt, là, qu'il
l'ait déclaré ou pas, là, il n'a pas… la loi prévoit qu'il n'a pas le droit de voter,
puis, quand il vote, il est en situation de conflit d'intérêts, c'est
sanctionnable.
Mme Nichols : Merci. Je voulais vous
entendre sur les… On vous demande, là, souvent d'aller dans une municipalité
pour faire de l'administration provisoire ou dans une municipalité où ça ne
fonctionne pas superbien. Mme la ministre avait... était justement, là,
intervenue dans une municipalité chez nous. Moi, je veux savoir : Est-ce
que la commission manque de... Je vais... Excusez le terme, là, mais je vais dire :
Est-ce que la commission manque de dents quand on lui donne ce mandat-là
d'aller dans une municipalité? Parce que, je ne vous le cacherai pas, on
entend, tu sais, beaucoup de commentaires. Puis on l'a vu à Saint-Jérôme, hein?
Il y a eu aussi une administration, quand elle est partie, il s'est passé plein
de choses, puis là on n'est pas capables de revenir en arrière puis intervenir.
Ça fait qu'est-ce qu'il n'y a pas des avenues, peut-être,
qu'on devrait regarder pour donner plus d'outils à la commission pour
intervenir de façon peut-être plus stricte ou...
M. Marois (Jean-Philippe) : Bien, je
dirais qu'il faut distinguer un certain nombre de choses. Donc, la loi prévoit
que, quand une municipalité perd quorum pour une raison ou pour une autre, la Commission
municipale va intervenir et faire une administration provisoire. La loi prévoit
aussi qu'à partir du moment où il y a une élection partielle puis que la municipalité
retrouve quorum l'administration provisoire prend fin. Donc, je vous dirais
que, dans ces situations-là, on intervient durant une période qui est tout à
fait conforme à ce que le législateur a souhaité. Donc, ça, c'est une chose.
Par ailleurs, on a développé, dans le cadre de
notre planification stratégique, j'en ai parlé tout à l'heure, là, et le projet
de loi le mentionne, une approche, là, où on fait de l'accompagnement pour des
municipalités qui ne sont pas en administration provisoire, qui ne sont pas en
situation de tutelle, mais où il y a des dysfonctionnements dans le conseil
municipal. On a établi une entente avec le ministère à cet égard-là au sujet de
l'accompagnement. Et, dans ces
situations-là, la Commission municipale va être appelée, suivant… (panne de
son) …d'une entente avec le ministère, à intervenir dans la municipalité
pour aider la municipalité à rétablir une situation. Ça, on est tout à fait
bien outillés pour le faire, là. Donc, on fait des... dans ce temps-là, on fait
des accompagnements, c'est comme ça qu'on les nomme. Et l'article 105 du
projet de loi vient donner une assise juridique à ce type d'intervention là,
parce qu'on l'avait développé ad hoc, ce n'était pas nommé dans la loi. Là,
dorénavant, c'est nommé dans la loi, donc ça donne une sécurité juridique à
tout le monde.
Mme Nichols : Ça fait qu'il n'y a
pas nécessairement, là, d'outil supplémentaire que ça vous prendrait dans le
cadre des administrations provisoires ou dans le cadre des accompagnements non
plus.
C'est un projet de loi important, puis on fait
souvent, là, référence à vous, là, évidemment, là, dans le monde municipal. On
interpelle aussi souvent, là, souvent la ministre à cet effet-là. Est-ce que
vous avez été consultés, là, préalablement, juste pour savoir où il y avait des
manques, où il y avait des lacunes?
M. Marois (Jean-Philippe) : On a été
consultés. D'ailleurs, il y a des clauses du projet de loi, là, qui sont des
réponses à des demandes qu'on a faites, là. Donc, on a été consultés.
Mme Nichols : Parfait. Dernière
petite question, parce que je sens que le temps file, Mme la Présidente. Quand
on… Qui vous demande d'intervenir dans les dossiers? Parce que, tu sais, il y a
souvent des citoyens qui me disent :
Bien, moi, j'interpelle la CMQ ou… Comment ça fonctionne? Qui vous interpelle
pour intervenir dans des cas?
M. Marois (Jean-Philippe) : En
matière d'éthique et de déontologie?
M. Marois (Jean-Philippe) : En
matière d'éthique et de déontologie, la loi prévoit que toute personne peut
faire une dénonciation auprès de la Commission municipale. Nous, on a ouvert un
département pour ça, là, puis on a mis du monde là-dedans, puis on s'est
équipés, et on reçoit ces dénonciations-là. La loi prévoit que la dénonciation
peut être anonyme, et nous, on prend des dispositions pour qu'elle puisse être
faite par e-mail, avec un formulaire Internet, on peut la recevoir par
courrier, on peut la recevoir par téléphone aussi.
Mme Nichols : Parfait. Puis, l'étape
d'après, après la dénonciation, là, j'imagine qu'on vérifie s'il y a une
possibilité d'enquête ou pas.
M. Marois (Jean-Philippe) : C'est
ça. Donc, il y a des gens qui sont là, puis qui analysent le dossier, puis qui
vont le traiter, qui vont examiner si… par exemple, si ça concerne le respect,
là, si c'est un manque de respect, est-ce qu'on est en
présence d'un code d'éthique qui inclut une clause, par exemple, là, puis ils
vont faire l'analyse du dossier.
Mme Nichols : C'est quoi, le délai à
peu près, là, en éthique et déontologie, là, si quelqu'un décide de faire une
dénonciation? C'est quoi, les délais? Parce qu'on entend souvent dire que…
La Présidente (Mme Boutin) : Merci
beaucoup. Malheureusement, je dois interrompre la conversation et céder la
parole au député de Matane-Matapédia pour 3 min 15 s.
M. Bérubé : Bonjour. Est-ce que vous
m'entendez?
M. Bérubé : O.K. La question de
l'instrumentalisation de la commission, si, par exemple, des opposants se
servaient de plaintes, de signalements à la commission pour créer un tort à un
opposant, surtout dans des moments d'année préélectorale, par exemple,
j'imagine que vous êtes sensibles à ça. Puis comment on départage les choses?
M. Marois (Jean-Philippe) : C'est
une question à laquelle on est très sensibles. Dans le processus d'analyse de
la commission, là, les gens sont formés à cet égard-là, ils sont sensibles à
cet égard-là et ils vont toujours faire attention
à ce type de situation là, là. On s'est aussi donné une politique de
communication avec les médias dans le cadre de laquelle on dit que les dossiers de plainte, là, vont être traités
confidentiellement. Donc, c'est une mesure de précaution, là, qu'on met
en place. Évidemment, ça ne nous protège pas contre le dénonciateur qui,
aussitôt après sa dénonciation, va se dépêcher d'aller devant un micro puis de
dire : J'ai déposé une plainte à la commission. Il y a des limites.
Ceci étant, il y a un
article dans la loi, je ne
me souviens plus lequel, là, je pourrai vous le communiquer après la commission...
mais il y a un
article dans la loi, là, qui prévoit qu'une dénonciation qui
aurait été faite de mauvaise foi, là, juste pour nuire, là... on pourrait
intervenir contre ce type de personne.
M. Bérubé : Avez-vous... Bien,
parlant de ça, est-ce que vous avez une liste de quérulents…
M. Marois (Jean-Philippe) : Non.
M. Bérubé : …donc des gens qui
feraient systématiquement des signalements, puis que ça deviendrait des
plaideurs vexatoires?
M. Marois (Jean-Philippe) : Oui.
Bien, ils sont connus. Ils sont connus, mais il n'y a pas une liste, là. On n'a
pas une liste affichée sur un «board» avec des noms, là, mais on sait. Il y a
des personnages, là...
M. Bérubé : Connus de vos services.
M. Marois
(Jean-Philippe) : Il y en a un, entre autres, là, c'est plusieurs fois
par jour. Alors, cette personne-là, elle est connue, puis on sait ce que
ça veut dire quand il appelle.
M. Bérubé : O.K. Autre question.
Alors, on parle beaucoup des élus, mais, des élus qui seraient témoins d'enjeux éthiques graves, répréhensibles de la
part d'employés municipaux, souvent, les directeurs généraux, par
exemple, souvent, dans des petites municipalités, où les conditions sont moins
bonnes, donc ça les met davantage vulnérables, donc, comment vous... En fait,
vous avez juridiction ou pas sur les employés municipaux?
M. Marois (Jean-Philippe) : On n'a
pas juridiction. C'est une excellente question, parce qu'il y a plusieurs
intervenants là-dedans. Il y a nous, il y a le Commissaire à l'intégrité, il y
a le Protecteur du citoyen, plusieurs intervenants. Puis effectivement, là, un
geste répréhensible commis par non pas un élu mais un employé municipal, à ce
moment-là, le citoyen devra diriger sa demande non pas chez nous mais au CIME.
Ceci étant, je vous rassure, là, on a établi un
canal de communication avec le CIME. Donc, une fois par mois, là, on s'assoit
ensemble puis on échange les dossiers : Ça, ça relève de toi; ça, ça
relève de moi. On se communique les choses.
M. Bérubé : Êtes-vous d'avis qu'il
serait souhaitable que vous puissiez avoir éventuellement juridiction sur les
employés...
La Présidente (Mme Boutin) : Merci
infiniment. Malheureusement, c'est tout le temps qu'on avait pour cet échange.
J'aimerais prendre le temps de remercier Me Marois et Me Usclat pour
votre contribution aux travaux de la commission.
Je vais
suspendre pour quelques instants afin de permettre au prochain groupe de venir
s'installer. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 18)
La Présidente (Mme Boutin) : Alors,
j'aimerais souhaiter la bienvenue aux représentants de la ville de Laval. Je
vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, et
ensuite nous allons procéder à la période d'échange avec les membres de la commission.
Alors, je vous invite à vous présenter et à procéder à votre exposé. À vous la
parole.
M. Boyer (Stéphane) : Merci
beaucoup. Mon nom est Stéphane Boyer, et je suis maire adjoint à la ville de
Laval. Donc, j'aimerais vous remercier, remercier, en fait, tous les membres de
la Commission de l'aménagement du territoire de nous recevoir aujourd'hui. Je
suis également accompagné de madame… en fait, de Me Catherine Bérard,
avocate, cheffe de division au service des affaires juridiques de la ville, qui
va agir à
titre d'experte lors de la période d'échange. Donc, on est très
contents d'être avec vous aujourd'hui.
L'un des objectifs que la ville a, c'est d'avoir
une nouvelle charte, adoptée par le biais d'une loi publique, qui a l'avantage
d'être évolutive, accessible et complète. Pour ce faire, on a adopté, lors du
conseil de ville du 5 février 2019, un projet de charte et on a fait
une demande, là, officielle au gouvernement pour aller de l'avant avec ce
projet-là.
Il faut comprendre que la charte actuelle de la
ville de Laval, c'est une loi privée de 1965 dont le texte original a été
modifié, là, à de nombreuses reprises, qui se retrouve aujourd'hui dans
53 lois différentes. Donc, ce texte n'a jamais été regroupé ni consolidé
dans une seule version facile à consulter. Laval est la seule municipalité de
plus de 100 000 habitants, au Québec, dont la population n'a pas
accès facilement à sa charte. Par exemple, les villes de Montréal, Québec,
Longueuil, Lévis, Gatineau, autres, ont tous une charte consolidée qui peut
être accessible en ligne. Et c'est ce qu'on vise, en fait, avec l'adoption
éventuelle d'une loi publique.
La révision de la charte est un dossier
prioritaire pour nous, à Laval. On a une planification stratégique qui a
d'ailleurs comme orientation de doter Laval d'une organisation agile, éthique,
transparente et plus axée vers les citoyens. On s'est donné l'objectif de
devenir exemplaire en matière de prestation de services aux résidents et aux
citoyens corporatifs, et on croit que les dispositions demandées aujourd'hui
nous aideraient à atteindre cet objectif. À cet
effet, la ville a transmis à la ministre des Affaires municipales un projet de
charte adopté par son conseil municipal.
On est conscients que l'étude d'un projet de loi
public pour la charte va nécessiter temps et efforts de l'appareil
gouvernemental, et c'est pour cette raison, en fait, qu'on profite du projet de
loi omnibus qu'il y a sur la table
aujourd'hui pour demander quelques dispositions qui pourraient nous permettre
d'avancer. Pour ce faire, la ville de Laval a ciblé quelques priorités
que je vais maintenant vous détailler.
La première, nous aimerions rééquilibrer la
répartition des pouvoirs entre le comité exécutif et le conseil municipal. Ça
nous permettrait de moderniser le cadre institutionnel de la ville. Cette
modification permettra au conseil municipal de déléguer ou de retirer un
pouvoir du comité exécutif à une majorité des deux tiers des voix. En ce
moment, les pouvoirs sont délégués ou retirés du comité exécutif par un vote à
majorité simple de la part du conseil de ville. Donc, d'aller de l'avant avec
un vote aux deux tiers permettrait d'assurer une application sans ambiguïté du
cadre normatif puis la délégation de pouvoirs de chacun.
La deuxième priorité qu'on aimerait mettre de
l'avant, c'est la délégation de pouvoirs, mais, cette fois-ci, entre le comité
exécutif et l'administration de la ville, toujours avec le même objectif de
moderniser nos pratiques, à savoir que le
C.E. puisse, justement, adopter un règlement interne qui
déléguerait des pouvoirs. Un tel projet de règlement permettrait, entre
autres, au comité exécutif de donner plus d'autonomie aux fonctionnaires de la
ville, faciliter le déploiement des projets, assurer la responsabilisation et
l'imputabilité et, bien entendu, suivre les enlignements de la ville en matière
de gestion efficiente de données publiques.
À
titre d'exemple, Laval, c'est presque un
demi-million d'habitants, près de 4 000 employés, et aujourd'hui le
comité exécutif doit encore autoriser les embauches de stagiaires non
rémunérés. On doit autoriser, par exemple, l'octroi à
titre gratuit de licences
de droit d'auteur pour utiliser nos archives. Le comité exécutif doit encore
réviser toutes les sanctions disciplinaires aux employés. Donc, à
titre
d'exemple, là, c'est 94
sommaires décisionnels qui ont été acheminés au
comité exécutif dans la dernière année pour ce genre d'intervention là qui, à
notre avis, là, peut très bien être déléguée au niveau administratif. Autre
exemple, c'est encore le comité exécutif qui doit autoriser l'utilisation du
nom ou du logo de la ville.
Donc, à notre sens, d'adopter un amendement, là,
qui permettrait d'avoir un règlement interne pour mieux répartir cette charge
de travail là nous permettrait d'être plus agiles puis plus efficaces et de
s'assurer que ce soient vraiment les bons dossiers qui soient au bon niveau.
Les deux premières priorités que je viens de
mentionner ont déjà été inscrites au projet de loi, et on en est très
satisfaits. On vous remercie. On aimerait également faire une troisième
demande, soit le pouvoir d'obtenir… en fait, le pouvoir de constituer des
organismes à but non lucratif ou des sociétés paramunicipales. C'est d'ailleurs
un pouvoir qui est prévu dans notre projet de charte qui était… qui a été
adopté, là, en 2019. Et ça nous apparaît aujourd'hui essentiel d'aller de
l'avant avec cette mesure. On voit principalement deux champs d'application
dans lesquels ce serait particulièrement pertinent et où il y aurait un
équilibre entre agilité et reddition des comptes.
Le premier, ce serait pour l'exploitation d'un
équipement destiné, par exemple, à la pratique d'activités culturelles,
sportives ou récréatives. On pense à la Place Bell, à des infrastructures
majeures sportives ou autres qui existent aujourd'hui sur notre territoire ou
qui pourraient être à venir.
Deuxième
champ d'application qui serait pertinent pour nous, pour une paramunicipale, ce
serait la création d'une zone d'innovation. On a, à Laval, une immense
propriété de plusieurs millions de pieds carrés, qui appartient à la ville,
qu'on aimerait transformer en zone d'innovation, et on considère que d'avoir
une paramunicipale pour gérer ce grand
projet là permettrait beaucoup plus d'agilité et de rapidité dans le projet.
L'organisme pourrait évidemment... En fait, il y aurait une entente entre la ville et l'organisme pour bien définir,
justement, les droits, devoirs, obligations de chacun.
l'adoption... En fait, aller avec une paramunicipale ou un OBNL, ça ne
signifierait pas pour autant qu'il y aurait moins de redditions de
comptes. Donc, on a déjà un cadre de gouvernance, à Laval, qui est assez bien
garni d'outils. On a, comme les autres villes, une vérificatrice générale, mais
on a également créé... On est une des rares villes au Québec… Nous avons une
commission de la gouvernance. Donc, tous les organismes qui reçoivent des subventions
de la ville doivent donner une reddition de comptes auprès de la ville. C'est
une commission multiparti qui inclut les oppositions et qui nous permet de
s'assurer que les meilleurs cadres de gouvernance et de pratique sont en place.
Et nous avons également constitué, en 2014, le BIEL, qui est, en fait, un
bureau d'investigation en matière d'éthique et d'intégrité. Donc, avec la
vérificatrice générale et la Commission de la gouvernance, on a trois outils en
place qui nous permettraient, même si on délègue certains pouvoirs à une
paramunicipale, de s'assurer qu'il y ait une bonne gouvernance puis une bonne
reddition de comptes de ces organismes-là.
En vous présentant
ces priorités, nous répondons à l'appel du gouvernement, et c'est pourquoi on a
déposé un mémoire qui vise à doter Laval
d'un cadre législatif qui soit moderne puis qui va nous donner les pouvoirs
nécessaires pour répondre aux besoins en constante évolution de nos citoyens.
On veut doter Laval des pouvoirs qui sont à la hauteur de la grande ville
qu'est Laval et, pour y arriver, on a besoin d'avoir des amendements au projet
de loi n° 49 d'ici à ce qu'on puisse, évidemment, là,
éventuellement, aller vers l'adoption d'une nouvelle charte complète.
Donc,
sur ce, je vous remercie beaucoup. Et Me Bérard et moi allons maintenant
pouvoir prendre les questions.
La Présidente (Mme Boutin) : Merci,
M. Boyer, pour votre exposé. Nous allons maintenant débuter la
période d'échange. Mme la ministre, la parole est à vous. Vous disposez de
16 min 30 s.
Mme Laforest :
O.K. Vous dites… Bonjour, M. Boyer. Ça me fait plaisir. Me Bérard,
bonjour à vous également. Vous dites que la Charte de la Ville de Laval
est en place depuis 1965. Est-ce que c'est bien ça?
M. Boyer
(Stéphane) : Exactement.
Laforest : O.K. Donc, il n'y a jamais eu de changement depuis ce
temps-là.
M. Boyer
(Stéphane) : Non, c'est ça. Et, vu que c'est une loi privée, ça rend
ça... en fait, ça rend la simplification, la consolidation de l'information extrêmement
difficile.
Laforest : O.K.
Puis, à part aujourd'hui, avant 2021, il n'y a personne
qui avait demandé de revoir la charte.
M. Boyer
(Stéphane) : Bien, Me Bérard, corrigez-moi si je me trompe, là.
Nous, je sais que c'est un chantier qu'on a entrepris voilà déjà quelques
années à l'interne. On a travaillé durant environ deux ans pour élaborer ce
nouveau projet de charte là, qu'on a terminé, là, en 2019. Je ne sais pas,
Me Bérard, si vous avez des précisions.
Mme Bérard
(Catherine) : Bien, je voudrais peut-être juste ajouter, il y a eu
53 amendements à la charte, là, au cours des dernières années. Le dernier amendement
remonte à 2010.
Mme Laforest :
O.K. Ça fait qu'il y a quand même eu des amendements. O.K. Vous dites... Mon
autre question, c'est à savoir... Au niveau des pouvoirs, vous dites que vous
voudriez que... Si j'ai bien entendu, mais vous allez me corriger peut-être, c'est que vous voulez, au niveau du comité
exécutif, avoir plus de pouvoirs pour travailler avec l'administration
de la ville. Est-ce que c'est bien ça?
Boyer (Stéphane) : En fait,
ce n'est pas tant plus de pouvoirs mais, au contraire, une meilleure
répartition. Donc, on aimerait pouvoir déléguer à l'administration certains
gestes qui sont... en fait, qui prennent beaucoup de temps à la direction
générale, au comité exécutif, en ce moment, mais qui pourraient très bien être
descendus à un niveau décisionnel plus bas.
Donc, je donnais
l'exemple, là, un étudiant qui veut faire un projet et utiliser des images des
archives de Laval. Pour ce faire, présentement, la direction générale doit
produire un serment décisionnel, le faire réviser par le comité de gestion,
l'envoyer au comité exécutif. Donc, ça ajoute à la fois des délais et du
travail pour des choses qui, au final, sont quand même mineures, qui pourraient
être déléguées, là, à une direction précise au sein de la ville.
Donc, ce n'est pas
tant de... Ce n'est pas d'augmenter le pouvoir du comité exécutif mais, à
l'inverse, de pouvoir plus déléguer à
l'administration certaines choses que nous considérons peut-être superflues,
là, à notre niveau.
Laforest : O.K. Comment ça se passe? J'aimerais ça avoir des
informations avec... On voit parfois quelques problématiques avec le directeur
général de la ville ou encore avec le conseil municipal. Est-ce que... Vous,
comment ça se passe au niveau relationnel, au niveau des communications? Est-ce
que ça va bien?
Boyer (Stéphane) : À Laval, on a une très bonne collaboration, une
belle chimie. Donc, on... Je sais que j'ai vu... Des fois, dans d'autres
villes, il y a des affrontements entre la direction générale ou l'exécutif. À
Laval, ce n'est pas le cas. Donc, il y a une belle collaboration en ce moment.
Laforest : O.K. Puis vous dites que vous voulez quand même qu'on
revoie la charte pour assurer une plus grande stabilité. C'est ce qu'on me dit.
Est-ce que vous avez des exemples dans des villes, comme vous dites, là,
500 000 habitants environ, soit de grande taille, des exemples qui,
eux, n'ont pas cette problématique-là parce qu'ils n'ont pas cette
problématique-là de charte? J'aimerais ça avoir des exemples.
M. Boyer
(Stéphane) : Oui. Bien, peut-être, Me Bérard, vous aurez plus de
détails, mais ma compréhension, c'est que la
plupart des grandes villes ont des chartes adoptées via des lois publiques, ce
qui n'est pas notre cas présentement à Laval. Mais je ne sais pas,
Me Bérard, si vous avez des exemples plus précis.
Mme Bérard
(Catherine) : Bien, c'est... En fait, un des éléments, c'est que la
charte, elle a été faite au moment des fusions de la ville de Laval en
1965. Et le cadre législatif a grandement évolué, là, le rôle des municipalités
a beaucoup évolué, puis les pouvoirs de la ville de Laval n'ont pas été mis à
jour avec ceux de Montréal et Québec. L'exemple des paramunicipales en est un,
là. On n'a pas ces mêmes pouvoirs là. Puis même l'article 140, là, du projet de loi n° 49, qui viendrait permettre
au comité exécutif d'adopter un règlement intérieur pour déléguer ses
pouvoirs aux fonctionnaires, est présent dans les chartes des autres grandes
villes.
Donc, c'est par cette
nécessité-là... Ce besoin-là s'est exprimé au cours des années, mais je pense
que, dans toute la transformation de la ville, là, au cours des dernières
années, ça s'est accentué, ce besoin d'agilité là. Puis, à notre avis, il doit
passer par une modification législative.
Mme Laforest :
O.K. Parce que Québec et Montréal, ça se fait comme ça, là, les votes aux deux
tiers. Je vais vous poser une question. Pour constituer des organismes à but
non lucratif, donnez-moi des exemples de projets que vous auriez, si vous en avez...
ou c'est juste pour peut-être prévoir dans le futur?
M. Boyer
(Stéphane) : Bien, je pense que le meilleur exemple, c'est peut-être
pour la création de notre zone d'innovation. Donc, on a, à Laval, un gros
actif, qui est d'environ, je crois, 4 millions de pieds carrés, qui
pourrait être développé, qu'on pourrait
attirer des entreprises, qui est de propriété municipale en ce moment, mais,
tout qu'est-ce qui est la gestion du site, comment attirer des
entreprises, comment est-ce qu'on planifie les droits de propriété, et donc
toute cette mécanique-là, on considère qu'un organisme paramunicipal ou un
organisme... un OBNL pourrait être plus à propos, plus agile que la ville pour
la mise en oeuvre. Donc, ça, ce serait un exemple.
Un autre exemple,
c'est les infrastructures sportives. On a, à Laval, déjà un complexe, entre
autres, là, avec plusieurs gymnases intérieurs, qui est un OBNL distinct, là,
qui a été créé voilà fort longtemps, mais on considère qu'il y aurait d'autres
projets qui pourraient en bénéficier. On a un complexe aquatique en cours de
préparation. On veut aussi créer une grande
bibliothèque avec une centrale de création artistique où est-ce qu'il y aurait
15 organismes du milieu culturel qui
auraient leurs locaux de production et de diffusion sur le site, un projet
auquel on veut intégrer aussi des universités et le cégep Montmorency.
Encore une fois, on
pense qu'il y aurait une meilleure agilité si ce type d'infrastructure là est
géré par un OBNL ou une paramunicipale
plutôt que d'être à l'interne de la ville, parce qu'on est quand même, là,
comme Québec et Montréal... on est quand même des gros appareils
administratifs, là, 4 000 employés, ce qui fait que, quand on gère ça
à l'interne, bien, la lenteur de la prise de décision est beaucoup plus
importante que si c'est un organisme distinct.
Laforest : O.K.
Mais, M. Boyer, qu'est-ce qui vous empêche de gérer des projets comme ça
présentement?
M. Boyer
(Stéphane) : Peut-être, Me Bérard, si vous voulez préciser, là,
disons, les différentes embûches légales qu'on a...
Laforest : Parce que, moi, il me semble... En tout cas, j'aime bien la
ville de Laval. Puis il y a eu énormément de projets dans le passé. C'est sûr
qu'il y a eu une époque particulière, mais, quand même, qu'est-ce qui vous
empêche... Pourquoi on doit, à ce moment-là, vous accompagner dans cette
gestion-là des futurs projets?
Mme Bérard
(Catherine) : Bien, par rapport aux sociétés paramunicipales,
l'avantage de la gouvernance se situerait à trois niveaux, là, la possibilité
de constituer ces organismes-là, de déterminer la gouvernance. Une des
exigences, là, des zones d'innovation, des projets de zone d'innovation, c'est
de travailler avec le milieu, avec des partenaires, avec des entreprises, des
universités, et autres, donc de s'associer à ces... avec d'autres partenaires.
Donc, les sociétés paramunicipales permettent ce partenariat-là.
Aussi, toute la
question du financement, donc la possibilité de prêter mais de recevoir s'il y
a des surplus éventuellement. Comme cette société-là serait amenée à gérer
plusieurs immeubles, on serait probablement dans certaines activités de nature
commerciale.
Puis évidemment toute
la reddition de comptes, et le contrôle qu'on n'aurait pas sur un OBNL qui
serait distinct ou qui serait fait, là, en fonction de la
partie droit des compagnies
actuellement. Donc, c'est vraiment...
Laforest : Oui. Mais, Me Bérard, j'aime mieux tout de suite vous
poser la question, parce que j'ai tout de suite en tête : Qu'est-ce qui
fait que... qui va... Qu'est-ce qui va nous assurer un suivi, vraiment, au
niveau de la gestion des fonds publics à ce moment-là?
Mme Bérard
(Catherine) : Bien, la façon dont on a rédigé le texte nous permet de
s'assurer que la Vérificatrice générale... l'organisme est assujetti à la
Vérificatrice générale, à la surveillance de la vérificatrice, aux règles en
matière d'octroi de contrat également. Et puis c'est la ville qui donne les
mandats spécifiques. Donc, ça inclut aussi une reddition de comptes au conseil
municipal annuellement. Donc, c'est des mesures qu'on a prévues dans le texte
de loi qu'on propose.
Laforest : O.K. C'est bon. C'est bon. C'est sûr que moi, je suis pour
l'évolution, évidemment, mais, en même temps, c'est... il y a une grande
gestion de fonds publics. Parce que, si on parle de zone d'innovation, c'est
quand même un très beau projet.
J'avais
une dernière question, rapidement. Les plénières... Qu'est-ce que vous en
pensez, de rendre les plénières accessibles à la population, les comités
pléniers... de plénière... des comités pléniers, oui?
M. Boyer
(Stéphane) : Oui. En effet,
bien, on a vu que c'est un sujet d'actualité, là, depuis quelques
semaines. Je vous dirais, évidemment,
Laval est toujours en faveur de la transparence, le plus de
transparence. Dans les dernières années, on a mis en place différents processus.
Nos assemblées sont rendues publiques. On a des données ouvertes. Ça inclut
même l'ensemble des contrats qu'on passe. Ils sont rendus en données ouvertes
accessibles à tous. On a fait de plus en plus d'inclusion de différentes oppositions
dans les travaux en comité.
Cela étant dit, je
vous dirais que, les comités pléniers où on retrouve l'ensemble des élus du
conseil de ville pour discuter à huis clos de certains dossiers, moi, je crois
que c'est important, parce que c'est souvent le seul endroit où on a... où on
peut travailler en dehors de la partisanerie. Dès qu'on met des caméras et que quelque
chose devient public, on sent que le jeu
partisan entre... embarque, et là c'est une question de mal faire paraître
l'un ou de bien paraître, se faire... se promouvoir.
Donc, je crois qu'il
serait préférable de garder des lieux où on... où les élus peuvent travailler ensemble,
collaborer ensemble, peu importe le parti, sans que ce jeu partisan là embarque
en bout de ligne.
Mme Laforest : D'accord. J'ai posé plusieurs questions rapides,
mais c'étaient des questions essentielles pour moi. Je vais laisser la
parole à mon collègue... Bien là, ce n'est pas moi, c'est vrai. Je laisse la
parole.
La Présidente
(Mme Boutin) : Merci, Mme la ministre. Alors, M. le député
de Dubuc, à vous la parole. Pour votre information, il reste
5 min 50 s.
M. Tremblay :
Oui. Merci, Mme la Présidente. Bonjour à vous, d'abord. Merci aussi pour la présentation.
Dites-moi, juste pour
bien comprendre, vous parlez d'une charte, d'un document qui date de 1965 au
niveau de ses origines. J'ai compris qu'il y avait eu plus d'une cinquantaine d'amendements
au fil des années. On arrive à un document quand même actuel dans sa version
qui daterait de 2010. On est en 2021.
Il y a aussi... On
s'entend, il y a un contexte de campagne électorale qui est imminent. Avez-vous
prévu un mécanisme, sinon une stratégie avec un échéancier pour s'assurer qu'il
y ait une continuité au niveau de cette volonté-là
politique d'avoir, finalement, une charte qui est révisée puis qui serait
exemplaire? Il y a quelques sous-questions, mais j'aimerais
vous entendre, s'il vous plaît.
M. Boyer
(Stéphane) : En effet,
je pense, c'est un chantier qui est important pour les
Lavallois et les Lavalloises, puis ça, peu importe le parti qui va être
au pouvoir. Donc, c'est un chantier qu'on a élaboré sur environ deux années,
là, à la ville. On a eu des rencontres de consultation et d'échange avec l'ensemble
des élus du conseil de ville. Ce projet-là a été adopté au conseil de ville en
2019. On a bon espoir qu'il puisse... que le projet puisse... les élections, parce
qu'au final... C'est important. Pour moi, ce n'est pas un enjeu sujet à
partisanerie, c'est vraiment une question d'actualiser la ville, d'actualiser
la façon qu'on travaille, les outils qui sont à notre disposition.
Et d'ailleurs
plusieurs des dispositions de la charte, dont une des priorités qu'on vous
demande aujourd'hui, viennent redonner plus de pouvoirs au conseil de ville en
permettant, justement, là, avec un vote aux deux tiers, de retirer ou de donner
des pouvoirs au conseil... au comité exécutif. Donc, à mon avis, ce n'est pas
un projet, là, qui est sujet à partisanerie.
Je crois que c'est une volonté commune, là, de l'ensemble des élus, de pouvoir
actualiser notre charte.
M. Tremblay :
O.K. Merci. Dites-moi, peut-être une autre question, quand vous parlez de la
répartition des pouvoirs qui vont être au
vote aux deux tiers, préalablement, quelle structure... ou comment vous allez
planifier et qui va déléguer ces pouvoirs-là, éventuellement, avant
qu'ils arrivent au vote de deux tiers, pour que ce soit démocratique, évidemment?
Mme Bérard
(Catherine) : Bien...
M. Boyer
(Stéphane) : Oui. Allez-y, Me Bérard.
Mme Bérard
(Catherine) : Si je peux répondre, ce que la charte prévoit actuellement,
c'est que le conseil municipal délègue ses pouvoirs par règlement. Donc, il
doit adopter un règlement. Ce qu'on propose ici, c'est que ce règlement-là,
désormais, soit adopté aux deux tiers de la majorité des membres. C'est
l'appareil municipal, là, évidemment, l'administration qui va préparer les projets de règlement,
qui le soumet au comité exécutif. La charte prévoit que le comité
exécutif soumet les projets de règlement au conseil municipal. Donc, ça suit le
processus décisionnel. C'est le conseil municipal qui va déterminer les
pouvoirs qu'il délègue au comité exécutif.
Quant au comité exécutif lui-même, il pourra,
dans son règlement intérieur, déterminer les pouvoirs qu'il voudra déléguer à
l'administration. Les décisions, au comité exécutif, se prennent à la majorité
des membres. Et là, bien, ce sera une discussion
à avoir entre l'administration et les élus membres du comité exécutif, à savoir
quels pouvoirs pourront être délégués, de quelle façon et avec quelles
mesures d'encadrement ou de reddition de comptes.
M. Tremblay : Merci. Dernière question.
M. Boyer, vous avez parlé de... vous avez évoqué le fait d'avoir besoin de
certains amendements au p.l. n° 49 pour être
capables de procéder, finalement, à insérer la réalité de Laval, qui peut être
différente de celle des plus petites municipalités, mettons. Pourriez-vous
donner les priorités, sinon quel type d'amendement précis serait nécessaire
pour vous aider à concrétiser, finalement, votre volonté politique? Merci.
M. Boyer (Stéphane) : Oui. Bien, si
on résume, aujourd'hui, ce qu'on aimerait, c'est justement pouvoir revoir la
délégation de pouvoirs entre le conseil de ville et le comité exécutif dans un
premier temps, entre le conseil exécutif et l'administration dans un deuxième
temps, et ensuite avoir le pouvoir de création de paramunicipales, entre
autres, pour notre zone d'innovation et pour certaines infrastructures
culturelles ou sportives.
Dans un deuxième temps, c'est sûr que, dans
l'idéal des mondes, il y a d'autres demandes qu'on aimerait pouvoir vous faire,
entre autres, là, tout ce qui a trait au développement économique. Voilà quelques
années, la ville de Montréal, la ville de Québec ont pu avoir des ententes qui
leur donnent certains outils, qui leur permettent de mieux appuyer le développement
économique sur leurs territoires. Donc, c'est sûr que ça, c'est des outils
qu'on aimerait pouvoir avoir aussi à notre disposition, et qu'on aura, là,
certainement le privilège de pouvoir venir vous exposer, là, peut-être, s'il y
a un autre «bill» omnibus ou un projet de loi public, là, pour la charte.
M. Tremblay : Parfait. Ça me va pour
moi. Merci.
M. Boyer (Stéphane) : Merci.
La Présidente (Mme Boutin) : Alors,
s'il n'y a pas d'autre question, je vous remercie infiniment. Je vais céder la
parole à la députée de Vaudreuil. Vous disposez de 13 min 15 s.
Mme Nichols : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, M. Boyer. Bonjour, Me Bérard. Merci d'être parmi
nous pour parler, entre autres, de la charte, là. Mais le projet de loi
n° 49, c'est un peu plus, donc je risque d'aller un peu plus loin que
seulement la charte.
La charte, là, j'ai pris connaissance de votre
mémoire, là, je comprends qu'il y a eu... Vous avez parlé de 59 amendements
dans les... entre autres, là, dans les dernières années. En gros, là, est-ce
que la charte était... la charte est terminée? Est-ce que la charte, là, c'est
une charte qui est complète puis qui est adoptée par les élus?
M. Boyer
(Stéphane) : Je vous dirais,
si elle est terminée, c'est une belle courtepointe. Je ne sais pas,
Me Bérard...
Mme Bérard (Catherine) : Oui. Bien,
en fait, si on voulait l'illustrer, là, la Charte de la Ville de Laval, c'est
la loi de 1965 à laquelle s'est ajouté 53 amendements, dans une multitude
de lois, mais qui ne sont pas regroupés dans un seul document. Donc, si vous
cherchez, comme les villes de Montréal, Québec, Lévis, Gatineau, «Charte de la
Ville de Laval» sur Les Publications du Québec, ça ne s'y retrouve pas. Donc,
on s'est, nous, constitué une codification maison, mais ce n'est pas accessible
au public.
Mme Nichols : O.K. Ça fait qu'il y a
une charte avec laquelle vous travaillez, mais c'est une charte qui n'est pas
reconnue puis qui n'est pas adoptée par les élus.
Mme Bérard (Catherine) : C'est adopté
par les élus, parce que c'est un ensemble de lois privées ou de dispositions
dans des lois omnibus qui ont été adoptées par l'Assemblée, par les
gouvernements, mais qui ne sont pas consolidées dans une loi publique
accessible, là, sur le site des Publications du Québec.
Mme Nichols : Parce que... Je
m'excuse, je suis avocate de formation, là, puis là j'essaie juste de
comprendre la structure légale de la charte. Parce que, tu sais, je comprends
vos demandes. Ça, ça va. Je comprends que, dans le fond... Parce que vous dites
que, tu sais, l'objectif premier, c'est de rééquilibrer les pouvoirs entre le
conseil municipal et le conseil exécutif de la ville de Laval. Parce que vous
avez dit : Contre le conseil municipal et le comité exécutif de Laval,
mais je comprends que c'est plutôt «entre».
Mais c'est pour ça, là. Dans le fond, tu sais,
je ne comprends pas, là, présentement, là, le format, là, tu sais, le format
légal. Tantôt, vous avez parlé de règlement. Vous avez dit : On adopte...
bien, on fait un règlement puis on adopte le règlement, puis le règlement... Ça
fait que je comprends que c'est une courtepointe puis que c'est... Il y a des règlements, il y a des résolutions, il y a des... Ça
fait que c'est pour ça que je ne comprends pas la structure. Je comprends la
demande, mais, tu sais, je ne sais pas, tu sais, je me demande : On
traite-tu ça ou on ne traite pas ça? On est à la bonne place, à la commission,
ou c'est la ministre qui peut traiter ça, là?
Mme Bérard (Catherine) : En fait, la
charte, c'est vraiment une loi publique adoptée par le gouvernement, adoptée
par l'Assemblée nationale. L'ensemble des villes, ce serait régi par la
Loi sur
les cités et villes. La charte est une autre loi qui vient donner des pouvoirs
particuliers ou modifier, à certains égards, des dispositions de la
Loi sur les
cités et villes et d'autres lois pour la ville de Laval. Donc, on est vraiment
au niveau de la loi, avec des compétences particulières pour la ville de Laval,
et à... Donc, c'est vraiment une loi.
Et cette loi-là donne des pouvoirs à la ville de
Laval, entre autres, d'adopter des règlements, là, comme les autres villes,
mais vraiment avec des pouvoirs particuliers. La différence avec les villes
de... les autres grandes villes, là, Montréal, Québec, Lévis, Gatineau,
Longueuil, c'est que cette charte-là, elle n'a pas été... ce n'est pas une loi
publique. Elle a été faite par un ensemble de projets de loi privés qui ont été
adoptés par le gouvernement, donc qui ne sont pas consolidés dans un seul
document.
M. Boyer (Stéphane) : Et peut-être
juste pour la précision, c'est qu'on ne peut pas la consolider, parce que c'est
la Gazette officielle qui a ce pouvoir-là, et que cette consolidation-là
n'aurait pas force de loi, si je comprends bien, si elle est contestée, ce qui
fait qu'on doit travailler avec les différents documents en parallèle.
Mme Nichols : Oui. Ça fait
partie
des règles, là, de publier à la Gazette officielle avec les délais
prescrits. Si on compare... Puis là, soit M. Boyer ou Me Bérard, là,
mais, tu sais, si on compare aux autres villes, parce que vous faites référence
à d'autres villes qui ont des chartes, ces chartes-là ont été adoptées comment?
C'est... Bien, je veux dire, oui, je sais qu'il y a eu publication, tout ça,
mais, je veux dire, tu sais, je ne comprends pas pourquoi, puis je ne veux pas
revenir en arrière, pourquoi on en est arrivés là. Ça fait que je sais qu'il y
a eu des situations, là, particulières, là, à la ville de Laval, mais ça fait
quand même depuis 1965, là, qu'on en est là puis que... Je comprends qu'elle n'est
pas nécessairement complétée. Ça prend des changements.
M. Boyer (Stéphane) : Peut-être, si
je pourrais me permettre... On connaît tous les événements qui se sont passés à
Laval. Quand il y a eu un changement en 2013‑2014, Laval s'est retrouvée avec
une administration publique où ses outils étaient fortement désuets. Notre
règlement d'urbanisme date de 1970. C'est un des plus vieux au Québec. On est
en train de faire une refonte complète. Ça fait deux ans qu'on travaille sur la
refonte. C'est le plus gros chantier réglementaire au Québec. Le schéma
d'aménagement n'avait pas été révisé depuis 25 ans, et on avait une vieille charte de 1965. Donc, pour nous, ce
n'est pas juste la charte, c'est l'ensemble de tous les outils légaux à
notre disposition qu'on doit mettre à jour
et sur lesquels on travaille depuis les dernières années, justement, pour être
d'actualité.
Donc, c'est vraiment, je crois, que, pendant un
très long laps de temps, Laval, malheureusement, n'a pas mis à jour son cadre
institutionnel.
Mme Nichols : Puis, outre la charte,
là... Parce que le fait que vous n'avez pas de charte, là, ça ne vous empêche
quand même pas d'agir, là. On l'a vu dans les dernières années, là, Laval
réalise quand même de belles choses, là. Ça fait qu'outre... Ça va peut-être, là,
faciliter certains points, là, vous nous avez donné des exemples, entre autres, pour la création de la zone
innovation puis du côté... Vous nous avez parlé, là, entre autres, là, des
trois niveaux, pourquoi vous faisiez cette demande-là.
Mais, au niveau de la gouvernance, parce que ça
vient changer quelque chose au niveau de la gouvernance, donc, est-ce que c'est
contesté, ce point-là, au niveau de la gouvernance?
M. Boyer (Stéphane) : Ça ne nous a
pas empêchés de créer, entre autres, certains organes qui s'assurent qu'il y a
une bonne gouvernance à la ville. Comme je vous mentionnais brièvement dans mon
discours, on a créé la Commission de la gouvernance. On est une des rares
villes au Québec qui avons ça. Donc, dorénavant... Parce qu'on l'a vu dans le
passé, des fois, certains cas de corruption passaient par des OBNL, à l'époque,
avec M. Vaillancourt.
Et, ce qu'on a mis en place, on a mis une
commission de la gouvernance où est-ce que, maintenant, tout organisme qui
reçoit des fonds publics de la ville doit faire une reddition de comptes à
cette commission-là. Donc, ils doivent démontrer leurs états financiers, leurs
lettres patentes, etc. Il y a une rencontre en personne avec le directeur et le
président de l'organisme. Et la commission va réviser, par exemple, est-ce que
le conseil d'administration révise le
sommaire des cartes de crédit, qui a les
pouvoirs d'autorisation, est-ce qu'il y a une politique contractuelle. Donc, on
va venir accompagner nos organismes pour s'assurer qu'ils aient tous les bons
outils en main, pour s'assurer qu'il n'y ait pas de dérapage, que la
gouvernance soit bonne.
Donc, on a, au-delà de la charte... Je crois que
la charte va nous permettre de rééquilibrer certains pouvoirs et raffiner un
peu comment la ville fonctionne dans son ensemble, mais, même si on n'est pas
encore aujourd'hui avec une nouvelle charte, on a quand même, par la bande, là,
créé d'autres outils qui nous permettent, là, d'avoir une meilleure gouvernance
de manière générale à la ville.
Mme Nichols : Bien, c'est parce
que... Est-ce qu'on vient reprendre la même gouvernance dans la charte que la
gouvernance que vous appliquez présentement, ou ça va venir l'alléger, ou...
C'est parce qu'on le sait, là, puis on l'a vu dans plein de projets de loi, puis,
quand on vient toucher la gouvernance, ça fait titiller, disons, pas juste les élus, là, pas mal tout le monde. Même nous, au niveau
provincial, quand on dit : Bien, on veut toucher au niveau de la
gouvernance... On l'a fait, là, dans un projet particulier, là, Mme la ministre,
vous vous souvenez, là, le projet de loi n° 67, là,
des programmes d'aide aux entreprises, là, on ne voulait pas toucher à la
gouvernance de Montréal, mais on voulait qu'il y ait une distribution
équilibrée. Bien, ça n'a pas été facile, là, de... puis on n'est pas venus toucher à la gouvernance. Mais c'est un enjeu. Les
gens n'aiment pas ça. Puis, tu sais, pour nous, même au provincial, bien, je ne veux pas me prononcer, là, mais, quand
on vient nous dire : Bien, il y a un... ça va toucher à la
gouvernance... Ça fait que c'est pour ça, c'est ça, ma question, c'est que vous
le faites déjà.
M. Boyer (Stéphane) : Bien, je
pense, vous avez raison, ce n'est jamais facile, ces dossiers-là, c'est toujours
plus facile de rester dans le statu quo, mais je pense que c'est nécessaire. Si
je fais une comparaison avec une entreprise ou un organisme, on a
4 000 employés, et c'est le comité exécutif qui, au final, approuve
l'embauche de stagiaires non rémunérés. À mon sens, là, ça n'a pas de commune
mesure. Donc, c'est certain que ce n'est jamais des chantiers sexys, si je peux
dire, à aborder, mais, pour moi, c'est nécessaire qu'on aille de l'avant.
Mme Nichols : Ce que vous proposez
dans la nouvelle charte, là, c'est une gouvernance comparable aux autres
chartes, disons, mettons, Québec, Gatineau, Montréal.
M. Boyer (Stéphane) : Exactement. Et
d'ailleurs, pour le projet de charte, on a fait le parangonnage. On est allés voir tout ce qui se fait dans les autres
villes. On a pu se mesurer puis se calibrer avec qu'est-ce qui existe
ailleurs.
Mme Nichols : Parfait. J'avais des
petites questions relativement à la ville de Laval. La ville de Laval, les élus
ont un code d'éthique?
M. Boyer (Stéphane) : Oui.
Mme Nichols : Les élus font des
déclarations d'intérêts?
M. Boyer (Stéphane) : Oui.
Mme Nichols : Dans votre code
d'éthique, est-ce que c'est inclus, la notion de respect?
M. Boyer (Stéphane) : Oui. Et, notre
code d'éthique, on l'a révisé en 2014 ou 2015 pour le pousser le plus loin
qu'on pouvait. On est même allés jusqu'à dire, là : Tout élu qui a une
raison de croire que... a l'obligation de faire une dénonciation, soit au
bureau à l'éthique et à l'intégrité de Laval ou à la CMQ. Donc, on l'a mis à
jour, ce code d'éthique là, en effet.
Mme Nichols : Vous parlez, mettons,
d'apparence de conflit d'intérêts, là, quand vous dites que... Vous parlez que,
dès que... s'il y a une apparence de conflit d'intérêts, ça doit être, même à
ce moment-là, dénoncé?
M. Boyer (Stéphane) : Oui.
Mme Nichols : Puis c'est quoi, la
relation avec les élus? Est-ce que ça se passe plutôt bien ou est-ce qu'il y a
des conversations... Puis je ne veux pas savoir en huis clos, là, mais... Je
n'ai pas écouté. Sincèrement, là, j'écoute, ça m'arrive, quand je prends la
route vers Québec, là, j'écoute souvent des assemblées municipales — bien,
c'est comme ça — mais
je n'ai pas écouté la ville de Laval. Comment ça se passe, les interventions
entre les élus?
M. Boyer (Stéphane) : Je vous dirais
que ce n'est peut-être pas différent de la période de questions à l'Assemblée
nationale ou des autres conseils de ville au Québec. Donc, c'est sûr, on vit
dans une réalité politique. La démocratie, c'est le jeu entre les différents
partis, puis ça vient avec son fardeau de confrontation.
Donc, à Laval, je crois que la bonne nouvelle,
c'est que la démocratie est née il y a quelques années. On a aujourd'hui quatre
partis municipaux autour de la table. Donc, évidemment, là, en conseil de
ville, il y a de l'activité, ça bouge, et il y a un débat d'idées, mais, cela étant
dit, je pense que tout ça se fait dans les règles de l'art et de manière
respectueuse.
Mme Nichols : Il y a combien d'élus
à la ville de Laval?
M. Boyer (Stéphane) :
21 conseillers municipaux plus le maire, donc 22 au total.
Mme Nichols : Puis combien d'élus
sur l'exécutif?
M. Boyer (Stéphane) : Quatre élus
plus le maire, donc cinq.
Mme Nichols :
Parfait. Tantôt, la ministre vous demandait, là, pour les diffusions, là... Je
comprends la position, là, relativement aux huis clos, là. Ça, j'ai bien
compris votre réponse, là, à cet effet-là. Je me demandais, à la ville de Laval, là, à
part les assemblées publiques,
est-ce qu'il y a d'autres choses que vous diffusez — je ne sais pas s'il y
a une consultation particulière ou des rencontres de travail publiques — ou
est-ce qu'il y a d'autres choses dont vous faites... vous en faites la
diffusion?
M. Boyer
(Stéphane) : Oui, absolument. Les comités exécutifs sont... Il y a une
partie huis clos, il y a une
partie publique, et donc les comités exécutifs
sont publics. Et nous avons aussi... Il y a quelques années, on a créé un
département des consultations publiques. On a maintenant des experts à
l'interne. Et c'est rendu systématique, tout projet
d'envergure, à Laval, ou qui a un impact à l'échelle d'un quartier va être
systématiquement soumis à la consultation publique.
On a d'ailleurs un
site qui s'appelle repensonslaval.ca, où on peut voir l'ensemble des
consultations publiques en cours mais aussi passées. Et, pour chacune de ces
consultations-là, tous les documents présentés aux citoyens sont publics, les
périodes d'échange sont rendues publiques, les rapports postconsultations sont
publics.
Et, même, dans
plusieurs projets, on a innové, là. On a fait des consultations publiques à
partir d'une page blanche. Donc,
littéralement, on ne venait pas présenter un projet aux citoyens, on leur
disait : Aïe! il y a ce secteur-là à développer, c'est quoi, les
besoins dans le secteur? Puis on faisait de la coconstruction...
La Présidente (Mme
Boutin) : Merci, M. Boyer. Je m'excuse de devoir vous
interrompre. La réponse m'intéressait aussi,
je vous laissais un peu de temps, mais je dois maintenant céder la parole au député de Matane-Matapédia pour 3 min 15 s.
M. Bérubé : Bonjour.
Écoutez, c'était très clair. J'ai bien aimé les questions de mes collègues.
Alors, je vous offre d'utiliser les minutes qui me sont accordées pour préciser
des éléments qui mériteraient de l'être au bénéfice de tous. Alors, je vous
laisse continuer sur votre lancée.
M. Boyer
(Stéphane) : Parfait. Bien, Me Bérard, je ne veux pas prendre
toute la place. Je ne sais pas si vous, vous avez des éléments que vous croyez
qu'on a oubliés ou omis.
Mme Bérard
(Catherine) : Bien, peut-être juste pour revenir sur la question de
Mme Nichols, le code d'éthique des élus précise bien, là, que les... on
parle de respect, de courtoisie, puis que ça doit être exempt de harcèlement, là. Ce que je peux voir, c'est que la
dernière version du code d'éthique des élus a été mise à jour en 2018.
Par rapport aux
demandes, au projet de loi n° 49, aux modifications à la charte qui sont
incluses, peut-être que je préciserais que les dispositions qui sont déjà
incluses dans le projet de loi n° 49 ne viennent pas changer la
répartition des pouvoirs entre le conseil municipal et le C.E. Ça vient plutôt
modifier la façon dont les pouvoirs pourront être délégués au comité exécutif
en augmentant le seuil de vote, donc en s'assurant d'une certaine cohésion de
l'ensemble des membres du conseil, là, par un vote aux deux tiers.
M. Bérubé :
Très bien. D'autres éléments, M. Boyer, peut-être, que vous vouliez
ajouter, ou Me Bérard, ou comme vous voulez?
M. Boyer
(Stéphane) : Oui. Bien, peut-être le dernier petit élément, je vous
dirais, ce qu'on a pu faire sans modifier la charte, on l'a fait. Dans les
dernières années, par exemple, on a délégué tous les déboursés, depuis le
200 000 $, au conseil de ville. Autrefois, c'était le comité exécutif
qui pouvait octroyer des contrats à des montants extrêmement élevés, mais, par
souci de transparence, on a justement délégué, là, toutes ces dépenses-là au
conseil de ville pour que ce soit public, connu de tous, accepté par tous.
Donc, ce qu'on a pu faire sans modifier la charte pour avoir une meilleure
transparence, pour avoir une meilleure gouvernance, on l'a fait. Là, le bout de
chemin qu'il nous reste à faire, on a besoin des modifications.
M. Bérubé :
Très bien. Ça va pour moi, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Boutin) : C'est comme vous voulez. Il vous reste 50 secondes.
M. Bérubé :
Je remercie tout le monde. Je remercie la ville de Laval, qui est une ville
importante, qui peut donner l'exemple à bien des municipalités au Québec. Et je
salue... À travers vous, je salue le maire, Marc Demers, qui a annoncé qu'il ne
ferait pas un nouveau mandat. Donc, à lui et à toute son équipe, mes meilleurs
voeux d'ici la fin du mandat, parce que ce n'est pas terminé. Alors, je veux
saluer le maire de Laval bien humblement.
M. Boyer
(Stéphane) : Merci, M. Bérubé.
La Présidente (Mme
Boutin) : Merci, M. le député. Écoutez, je remercie infiniment
M. Boyer et Me Bérard pour votre temps et votre contribution à nos
travaux.
Sur ce, la commission
va suspendre ses travaux jusqu'à 14 h 30. Alors, merci et bon lunch.
(Suspension de la séance à
13 h 03)
La Présidente (Mme Boutin) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Je vous inviterais à fermer vos micros, s'il
vous plaît. La Commission d'aménagement du territoire reprend ses travaux.
Nous
poursuivons les auditions publiques dans le cadre des consultations particulières sur le projet de loi
n° 49, Loi modifiant la
Loi sur les élections et les référendums dans les
municipalités, la
Loi sur l'éthique et la déontologie en matière municipale et
diverses dispositions législatives.
Alors, cet
après-midi, nous avons la chance d'entendre l'Association des directeurs
généraux des municipalités du Québec, la Corporation des officiers
municipaux agréés du Québec, la Ligue d'action civique du Québec et la
municipalité de Saint-Jacques-le-Mineur.
Alors, nous allons débuter les audiences avec
l'Association des directeurs généraux des municipalités du Québec,
M. Christian Bellemare ainsi que M. Jean Matte.
Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé. Ensuite, nous allons procéder à la période
d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous
présenter et à procéder à votre exposé. À vous la parole.
Oh! votre micro, M. Bellemare.
M. Bellemare
(Christian) : Donc, désolé.
Merci, Mme la Présidente. Je me présente, Christian Bellemare. Je suis le président de l'Association des directeurs
généraux des municipalités du Québec, l'ADGMQ, ainsi que le directeur général de la ville de Saint-Eustache. Est avec
moi également M. Jean Matte, qui est directeur général de notre
association.
Nous aimerions, dans un premier lieu, remercier
la Commission de l'aménagement du territoire de l'occasion qui nous est offerte
aujourd'hui, à l'Association des directeurs généraux des municipalités du
Québec, d'exprimer ses observations concernant le projet de loi n° 49, Loi
modifiant la
Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités et
la
Loi sur l'éthique et la déontologie en matière municipale. L'ADGMQ se
réjouit de contribuer ainsi à l'amélioration de l'encadrement législatif dans
le domaine municipal.
Fondée en 1935, l'ADGMQ a pour mission de
promouvoir l'amélioration des connaissances et le statut de ses membres. Elle
assure une représentation auprès des instances gouvernementales et municipales
et organise des sessions de perfectionnement dans le but d'encourager la
poursuite de l'excellence dans la gestion municipale. L'association favorise
également la coopération entre ses membres, les autres associations et les
organismes. De plus, l'ADGMQ collabore avec plusieurs instances du domaine
municipal, notamment avec le ministère des Affaires municipales et de
l'Habitation, le ministère de la Santé... de la Sécurité publique, le ministère
de l'Environnement et de la Lutte contre les
changements climatiques et l'Union des municipalités du Québec, dans plusieurs
dossiers d'actualité.
L'ADGMQ compte actuellement près de
230 membres répartis dans quelque 175 municipalités. Elle est
constituée exclusivement de directeurs généraux, de directeurs généraux
adjoints, de directeurs d'arrondissement et de directeurs d'arrondissement
adjoints. Les municipalités membres de l'association dans lesquelles oeuvrent
ces hauts fonctionnaires municipaux représentent environ 85 % de la
population québécoise. Si la totalité des directions générales des villes de
30 000 habitants et plus est membre de l'association, précisons que
72 % des villes de 5 000 à 30 000 habitants sont également
membres de l'ADGMQ.
Les commentaires de l'ADGMQ exprimés dans ce
mémoire reposent sur le texte initial du projet de loi n° 49 présenté en
novembre 2019 par Mme la ministre Andrée Laforest et sur le contenu des textes
des lois concernées disponibles en date du 31 octobre 2020. Les
observations de l'ADGMQ concerneront principalement les dispositions prévues en
matière d'éthique et de déontologie, en plus d'en inclure deux, inspirées par
la saine gestion municipale, sur des
dispositions modifiant respectivement la
Loi sur les élections et référendums
et la
Loi sur la fiscalité municipale.
L'ADGMQ est consciente de l'importance de
l'éthique en gestion municipale et sensible à la mise en place d'actions
concrètes. En effet, dès 1973, l'association s'est dotée d'un code d'éthique à
l'intention de ses membres, appelé, à cette
époque, code de déontologie. Au fil des ans, celui-ci a été actualisé, et sa
plus récente version a été adoptée lors de l'assemblée générale annuelle
des membres en juin 2015.
En février 2012, l'ADGMQ présentait, sous
l'initiative de l'UMQ et avec la collaboration de la Corporation des officiers municipaux agréés du Québec, la
COMAQ, et des Gestionnaires en ressources humaines des municipalités du Québec, un nouveau modèle de code d'éthique et
de déontologie des employés municipaux à l'intention des municipalités.
Enfin, depuis 2018, l'association est partenaire
des formations dispensées par l'UMQ aux nouveaux élus et ainsi participe
activement au développement du contenu et à l'animation des rencontres.
L'association est soucieuse de la qualité de la
gestion municipale et du maintien des compétences de ses membres. Annuellement,
l'ADGMQ offre un programme d'activités de formation riche, faisant la promotion
d'une gestion agile, souple et compétente dans le respect des choix des
citoyens et des représentants qu'ils élisent. Ce programme s'inscrit dans un
projet plus ambitieux en cours de réalisation, soit la mise sur pied d'un
programme de certification de nos membres,
nécessitant de participer à des activités de formation en lien avec le
profil de compétence des directeurs généraux des municipalités du
Québec, développé en partenariat avec l'École nationale d'administration
publique, l'ENAP.
Maintenant,
concernant nos commentaires sur le projet de loi n° 49, tout d'abord,
l'ADGMQ salue les améliorations que propose
le projet de loi n° 49 à la
Loi sur l'éthique et la déontologie en matière municipale, notamment par des
modifications à l'article 6 de la loi, qui précisent les règles à prévoir
au code d'éthique et de déontologie des élus pour interdire les comportements
irrespectueux de la part d'élus municipaux envers d'autres élus, envers des employés municipaux ou envers des citoyens en plus
de donner des exemples concrets de tels comportements proscrits. Bien
que nous n'ayons pas d'information recensée sur les comportements irrespectueux
d'élus qui nous permet d'en évaluer
l'étendue, certains membres nous ont sensibilisés au fait qu'il existe
néanmoins des situations difficiles à cet effet.
La modification, aux
mêmes articles de la loi, qui renforce l'obligation pour un élu de déclarer son
intérêt direct ou indirect en lien avec un sujet pour lequel il y a une prise
de décision et l'interdiction de détenir un intérêt direct ou indirect dans un
contrat avec la municipalité, nous croyons que cette mesure va contribuer à
minimiser le cynisme face aux élus, alors que la très large majorité d'entre
eux sont soucieux du respect des règles et méritent le respect de la population
pour leurs engagements.
La modification, à
cet article, pour, notamment... nommément, interdire tout don, toute marque
d'hospitalité ou tout autre avantage offert par un fournisseur de biens ou de
services, sans faire intervenir la notion de «susceptible d'influencer le
jugement de l'élu», clarifie très bien la volonté du législateur de bien préciser
ses attentes en cette matière pour les élus municipaux. Toutefois, nous croyons
que cette modification législative ne devrait pas viser le matériel
publicitaire ou marketing usuel tel qu'un crayon, un calendrier, un calepin de
notes, etc.
La modification
assujettissant le personnel de cabinet aux mêmes règles d'éthique et de
déontologie que pour les élus, et en y apportant les adaptations nécessaires,
il s'agit, selon nous, d'une clarification importante de la loi, qui, jusqu'à
maintenant, est muette sur les règles s'appliquant à cette catégorie de
personnel.
Toutes ces
modifications législatives sont pertinentes, et l'ADGMQ les appuie. Mais
l'association est aussi préoccupée par la prévention des situations
désagréables, et c'est animés de cette volonté que nous formulons des
commentaires au-delà des modifications législatives envisagées.
Tout d'abord, présentement,
la formation obligatoire en éthique et déontologie est dispensée, dans la
majorité des cas, par les deux unions municipales, soit la Fédération
québécoise des municipalités, mieux connue sous le nom de FQM, et l'UMQ.
Toutefois, il est actuellement loisible à une municipalité de convenir de
dispenser elle-même une telle formation à ses élus. Pour assurer une uniformité
dans le contenu et la qualité des formations dispensées, nous croyons qu'il serait préférable que la
formation obligatoire soit dispensée uniquement par les unions
municipales.
En second lieu, la
LEDMM impose à tout membre d'un conseil municipal n'ayant pas participé à une
formation sur l'éthique et la déontologie en matière municipale de participer à
une telle formation dans les six mois suivant
son élection. Toutefois, la loi est muette quant au maintien de la formation
des élus en cette matière au fil des ans. L'ADGMQ croit qu'il serait
pertinent de réfléchir à l'opportunité pour les élus de renouveler
périodiquement, par exemple, aux huit ans, leur participation à une formation
sur l'éthique et la déontologie en matière municipale, leur donnant ainsi la
possibilité d'être informés, le cas échéant, des modifications en la matière et
de réfléchir sur l'application de la loi
dans le cours de l'accomplissement de leurs responsabilités avec d'autres élus,
anciens et nouveaux.
L'association,
soucieuse de la saine gestion municipale, accueille également avec intérêt la
modification à la
Loi sur les élections et les référendums visant la création
d'un fonds réservé aux dépenses liées à la tenue d'une élection et prévoyant
les modalités applicables. Il s'agit d'un outil additionnel pour faciliter la
planification financière des municipalités concernant une obligation
récurrente.
En second lieu,
l'amendement à la
Loi sur la Commission municipale pour y prévoir la
possibilité d'accompagner une municipalité vivant des difficultés sur demande
du ministre constitue un moyen pour prévenir que des situations problématiques
dégénèrent et affectent le bon fonctionnement de la municipalité.
Troisièmement,
l'amendement à la
Loi sur la fiscalité municipale permettant...
La Présidente
(Mme Boutin) : M. Bellemare, excusez-moi, je dois vous
interrompre. C'est le temps qu'on avait pour
votre exposé. Vous allez pouvoir poursuivre la conversation, justement, avec
les membres de la commission. Nous allons débuter avec la ministre, qui
dispose de 15 min 30 s
Mme Laforest :
Oui. Alors, bonjour, M. Bellemare, M. Matte également. Bonjour à vous
deux. Je suis quand même... Je suis très heureuse de vous entendre aujourd'hui,
puis, même, je vais avoir plus de petites questions, puis j'aimerais ça avoir des exemples. C'est sûr que vous êtes bien
placés, parce que, présentement, vous le savez très bien, qu'avec les élus, avec la fonction publique,
vous êtes, comme, central, au niveau des deux fonctions, et très
important.
Maintenant,
j'aimerais que vous nous donniez les exemples les plus récurrents que vous
entendez. Parce qu'évidemment éthique et déontologie, avec les élus, dans le
milieu municipal... Pourquoi on fait ce projet de loi là, évidemment, c'est pour mieux encadrer la fonction
d'élu et en même temps mieux travailler avec la fonction publique. Ça
fait que c'est important pour moi de vous entendre. Parce que, par exemple, ce
matin, je voyais, dans une certaine municipalité, qu'on séparait la fonction
publique des élus, et en même temps le directeur général, normalement, c'est
lui qui est le principal... si je peux dire, le lien principal qui est entre
les élus et la fonction publique.
Maintenant, moi, ce
que je voudrais savoir, parce que je trouve que la communication entre les élus
et la fonction publique est essentielle : C'est quoi, les problématiques
que les directeurs généraux vous ont mentionnées régulièrement, depuis quelques
années, pour qu'on ait une meilleure communication?
M. Bellemare
(Christian) : Bien, vous savez, je ne vous apprends rien en disant que
le monde municipal, c'est large, hein? Et on est plus de
1 000 municipalités, et c'est très difficile de... Ce n'est pas
homogène, le monde municipal, puis on en a de toutes les... On voit de toutes
les situations.
Moi,
par exemple, j'ai eu la chance, au fil des ans — ça fait plus de 20 ans, là, que je suis
à la direction générale de la
ville — d'avoir
des élus, des groupes, des conseils où le respect a toujours été en place et où
il y a eu une bonne... des bonnes
pratiques de fonctionnement. Donc, je n'ai pas eu à connaître des
problématiques difficiles, trop difficiles.
Par contre, on est présentement... À l'ADGMQ, on
a fait un sondage dernièrement, avec M. Gérard Dubé, de l'association
des... de l'ENAP... anciennement de l'ENAP, en fait, là, je devrais dire, et on
essaie de trouver... Bien, en fait, on a sondé les gens sur les problématiques
qui sont soulevées. Les résultats ne sont pas encore connus. Ils devraient
l'être sous peu. Par contre, on sait que, souvent, c'est des problèmes qui sont
liés à de l'ingérence, à trouver où est la ligne de démarcation entre le rôle
du politique d'un côté et le rôle des fonctionnaires de l'autre côté. C'est
souvent sur cette... à ce niveau-là que se situent les problématiques qui
peuvent être rencontrées.
On a chacun des rôles, hein? Le monde municipal,
l'administration, la gestion d'une municipalité, c'est une bête à deux têtes, une tête administrative puis
une tête politique, et chacune est extrêmement importante, là. Et il faut
bien définir les rôles. Et ça demande, je pense, toujours... Les cas où ça va
bien, c'est quand à la fois le maire, qui a un rôle important dans une municipalité, et le directeur général arrivent ensemble à tracer... à former un bon
tandem et à tracer la ligne auquel on
ne doit pas franchir de part et
d'autre, à la fois du côté des élus
et des fonctionnaires aussi, là, parce que la problématique peut
venir également du côté d'employés municipaux qui ne comprennent pas bien leur
rôle.
Donc, souvent, c'est là qui... l'élément clé. Il
faut absolument une bonne entente et des règles claires. En fait, si on se réfère à la loi comme telle, les règles
sont, en principe, claires. Leurs applications sont souvent plus
problématiques. Jean, je t'invite peut-être à compléter si tu...
M. Matte (Jean) : Non. Je pense
que tu as bien résumé la situation. Et on a fait, justement, un sondage auprès
de nos membres. Parce que la question que Mme la ministre posait nous
interpelle aussi. Alors, on a fait un sondage auprès de nos membres, en
collaboration avec l'association des directeurs municipaux, et on a reçu plus
de 350 demandes... réponses, pardon. Et on est en train de faire la
compilation de ces réponses-là et d'en tirer des constats qu'on pourra vous
partager. Mais actuellement ça nous préoccupe assez pour qu'on fasse,
effectivement, un sondage et qu'on analyse la situation pour voir la nature des
problèmes, leur fréquence et leur ampleur.
Mme Laforest : Et, ce
sondage-là, M. Matte, quand est-ce que vous allez avoir les résultats?
M. Matte (Jean) : Nous, on
espère avoir le résultat d'ici la fin mai. Juin, là, on devrait avoir les
résultats. Le sondage est terminé. L'expert qu'on a retenu est en train de
compiler les résultats. Mais il faut vous dire que, cette démarche-là, on la
fait en collaboration avec votre ministère aussi. On a un représentant de votre
ministère auquel on a fait appel pour nous aider à cheminer dans ce dossier-là.
Alors, on va lui partager les résultats. Et on est intéressés à trouver des
solutions, à identifier des avenues d'amélioration.
Mme Laforest :
O.K. J'ai hâte de voir, d'ailleurs, ce sondage-là, là. Je vais... Je l'ai pris
en note. Merci beaucoup.
Puis j'aimerais savoir également, au niveau des
conflits... Comment vous voyez, au niveau des conflits... Encore là, moi, ça me
touche beaucoup, là, les conflits entre élus et la fonction publique. Et en
fait c'est exactement comme le cabinet et les ministères, là. Tu sais, c'est
exactement comme le cabinet et la fonction publique. Parfois, on veut
travailler vraiment en équipe mais...
Ce serait quoi, d'après vous? Est-ce que vous
pensez que ça prendrait un autre... un autre poste en particulier pour faire le
lien entre les élus et la fonction publique, ou les directeurs généraux
seraient... sont à l'aise de faire le lien entre les deux paliers, en fait?
Parce que, moi, ce que je veux savoir...
C'est que, normalement, ce sont les directeurs
généraux qui font le lien. Mais est-ce que vous sentez que les directeurs
généraux voudraient plutôt ne pas prendre cette fonction-là? Parce que c'est
tellement important pour la communication. Mais, en
même temps, donnez-moi le pouls dans
le milieu. Est-ce que les directeurs
généraux sont quand même...
ont beaucoup d'ouverture pour toujours travailler avec les
deux paliers ou la tendance est en train de changer?
M. Bellemare (Christian) : Non.
Je crois... En tout cas, pour ma part, je demeure fermement convaincu que tout directeur...
Les directeurs généraux, là, ils sont aptes et ils désirent jouer ce rôle-là.
Il ne faut pas oublier que le directeur général,
c'est le premier fonctionnaire, là, de la municipalité. En principe, c'est lui
qui voit, comment je dirais bien ça, à donner une impulsion dans son
organisation. Les gens se tournent naturellement vers lui ou, en tout cas,
devraient se tourner vers lui. Je parle de la fonction publique, là. Les
fonctionnaires, toutes les fois qu'il y a une problématique, ils s'attendent à
ce qu'on joue ce rôle-là de paravent, de la même façon qu'on s'attend à ce que
le maire soit aussi le lien entre les élus et la fonction publique.
Moi, chez nous, ici, là, comme je vous dis, j'ai
eu la chance d'avoir, au fil des ans, des maires avec lesquels on a eu... Cette
compréhension-là des rôles était bien comprise. Et, quand il y avait un
problème avec des élus, bien, je me sentais
à l'aise de parler avec mon maire pour lui dire : Il faut que tu règles
cette... Fais ton bout de chemin avec tes gens, puis moi, je vais faire le mien. Ça fait
partie de notre rôle, je
pense, et ça fait
partie du rôle du directeur général.
Je suis convaincu que les directeurs généraux ne
s'attendent pas à ce qu'une tierce personne intervienne dans ce rôle-là. Ce
serait... C'est, à mon sens, à la base même de notre rôle et de notre mandat
comme directeur général, devoir assumer ce lien-là.
Mme Laforest : D'accord. Je
vais vous poser une question directement. Puis je sais que mes collègues sont
très intéressés. Je vais vous poser la question, M. Bellemare. Êtes-vous à
l'aise... Par exemple, si les frais... Les frais des
avocats d'un élu, par exemple, qui est reconnu coupable dans une situation,
êtes-vous à l'aise que ça pourrait être l'élu qui paie les frais d'avocat?
M. Bellemare (Christian) : Tout
à fait.
Mme Laforest : C'est clair.
M. Bellemare (Christian) :
Bien, on s'entend, dans une cause où l'élu est mis en cause pour, je ne sais
pas, un mauvais comportement, là, à
l'éthique, et tout ça. Pour ma part, oui. Je ne sais pas, Jean, si toi, tu as
un autre point de vue.
M. Matte (Jean) : Non, je
partage l'idée de M. Bellemare. Mais, vous savez, pour revenir sur le
sujet de tantôt, nous, en termes de difficultés de relation, c'est évident que,
dans certaines municipalités, il y a des difficultés de relation entre le maire
et le directeur général, par exemple, ou la directrice générale, mais nous, on
essaie d'agir en prévention. On a travaillé beaucoup sur cet aspect-là, de
prévenir les situations de conflit. On a même publié un livre à l'intention de
nos membres sur les relations maire-D.G. et les conditions de succès de ce
tandem-là. Et on est heureux parce qu'on a beaucoup de membres, évidemment, qui
en prennent connaissance, qui l'utilisent, mais on a aussi des élus qui s'en
portent acquéreurs et qui le lisent.
Mais nous, on pense beaucoup agir en prévention,
puis il y a certains éléments, actuellement, du contexte dans lequel opèrent
les directeurs généraux et les maires qui sont un petit peu flous, là. Quand on
pense, par exemple, aux pouvoirs de contrôle et d'enquête du maire,
l'interprétation de ça, d'une municipalité à l'autre, d'un maire à l'autre,
peut varier, peut amener des situations un petit peu plus difficiles. Mais il
faut vraiment travailler à ce qu'il y ait
une bonne connaissance de chacun des rôles et qu'on trouve un moyen de
cohabiter de façon harmonieuse. C'est l'intérêt des citoyens qui le
nécessite.
Mme Laforest : Oui. O.K.
M. Bellemare, est-ce que votre réponse serait la même pour... au niveau de
la fonction publique, quand un directeur général est reconnu coupable, pour les
frais d'avocat?
M. Bellemare (Christian) : Je
vous dirais que oui. Écoutez, pour moi, là, c'est un souhait que... Tu sais, je
dis tout le temps à mes gens, là, qu'on doit... Il y a une fierté à exercer le
métier qu'on fait. En anglais, là, on ne dit pas des... Souvent, le terme
«fonctionnaire», ça a un petit côté péjoratif. En anglais, on va parler des
«civil servants», donc, des gens, là, des serviteurs publics. C'est déjà un
terme que j'apprécie beaucoup plus.
Et les gens nous font confiance. La grosse
différence avec... Les gens, là, ils s'en remettent à nous. On le voit quand
on... Tu sais, à
titre de directeur général, j'ai eu à assumer... Quand on a
des... En mesures d'urgence, le rôle de coordonnateur des mesures d'urgence, et
on le voit, au cours des dernières années, j'ai eu à faire ça à quelques
reprises au niveau des inondations... Enfin, je ne veux pas élaborer là-dessus,
mais tout ça pour dire que, les gens, quand ils sont en problématique, leur
premier réflexe, là, c'est de se tourner vers leur municipalité. Ça n'a rien à
enlever aux paliers supérieurs mais... Je pense, Mme Laforest, vous êtes
bien à même de le savoir, vous l'avez vécu de près. Les gens, dans les
municipalités, on est le premier... comment je dirais bien ça, le premier
endroit vers lequel ils se revirent. Donc, ils nous font extrêmement confiance.
Et ça, ça amène un niveau de responsabilité qui est important.
Mme Laforest : C'est bon.
M. Bellemare (Christian) : Et,
à ce titre-là, on n'a pas le droit de faillir à ce niveau-là.
Mme Laforest : D'accord. Merci.
Alors, je vais laisser la parole. Merci. Très intéressant, mais j'ai... En tout
cas, je trouve ça vraiment important. Merci pour ce que vous faites, en
passant. Je vais laisser la parole à mes collègues. Merci à vous.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Ça
a coupé, Mme la Présidente. Je ne sais pas trop, là, si c'est...
La Présidente (Mme Boutin) : À
vous la parole, M. le député de Lac-Saint-Jean.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) :
O.K. C'est beau. Merci. C'est très intéressant de vous entendre, en passant,
M. Bellemare puis M. Jean, là, vraiment. Puis Mme la ministre a posé
des questions quand même fort intéressantes. Puis c'est toujours la relation de
l'élu avec le haut fonctionnaire.
Puis, moi, dans une ancienne vie, pour avoir été
maire d'une municipalité de moins de 5 000 habitants dans les années 2000...
Bien, tu sais, c'est toute la question aussi de la relation avec le conseil
municipal, et aussi que, des fois, la population, ils ont le réflexe d'appeler
l'élu, hein? Ils disent : Ah! tu peux-tu envoyer quelqu'un réparer ça? Ça
fait que le conseiller va appeler l'employé municipal. Puis, tu sais, il n'y a
pas de mauvaise volonté, mais c'est toujours la question de la hiérarchie, un
peu, qui devient, à un moment donné... qui devient difficile, vous en avez parlé. Puis c'est toute la notion d'établir le
lien avec le maire puis le D.G. ou la D.G., puis la question de la
formation, puis la formation aussi de nos D.G., qui sont
importants. On a vu, par le passé, des D.G., écoutez, malheureusement, ce n'est
pas de leur faute, ils avaient appris, comme on dit, sur le tas, hein? Puis là
je pense que ça change aussi.
Bon, moi, je veux vous amener sur la notion,
exemple... plus la notion de cadeau. Puis je vais faire ça vite. Tu sais, des
fois, un élu va se faire offrir des billets dans une petite municipalité. Puis
il n'y aurait pas lieu de revoir cette notion-là? Tu sais, il se fait donner
une calotte. Il pogne la calotte, donne ça à sa fille ou à son garçon. Tu sais,
des fois, de se faire prendre dans une
affaire à 10 $ ou à 15 $, tu sais, il n'y aurait pas... Comment vous
voyez ça, vous, cette notion-là, là,
dans les plus petites municipalités? J'aimerais ça vous entendre un peu
là-dessus, la notion de cadeau.
M. Bellemare (Christian) : En
fait, comme on l'a mentionné un peu dans notre mémoire, il faut distinguer, je
dirais, la valeur puis le... du cadeau offert, du geste qui est posé. Il y a,
des fois, des choses qui sont symboliques, comme
vous parliez d'une casquette. On s'en va dans un tournoi de balle, puis tu
reçois une casquette. Je pense que ça, là, ça n'a pas d'impact sur une prise de décision quelconque. Recevoir un...
Dans le cadre d'une... Un élu participe à... Un élu ou un fonctionnaire
participe à un événement, puis là il y a des... on distribue un matériel pour
prendre des notes avec un crayon. Je pense
que toute cette notion-là, de petits objets, c'est ce qu'on mentionnait un peu,
puis peuvent être... qui vont être difficiles à appliquer. Parce qu'il
faut bien comprendre que, depuis quelques années... à tout le moins, depuis
qu'on a tous nos... qu'on a bien défini, là, nos règles de déontologie et
d'éthique, tout ça, tout ce qui est cadeau, il y a une obligation de
déclaration. Tout ce qui est... Et on... De façon générale, on n'en voit pas,
là. En tout cas, là, je veux dire, on en voit moins.
Par contre, tous ces menus objets là qui peuvent
être distribués dans le cadre d'activités tout à fait banales et normales, je
pense qu'il faut faire attention à cet aspect-là. Je ne sais pas si c'est un
peu dans ce sens-là qu'était votre question. Nous, c'est un peu comme ça qu'on
le voit, là.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) :
Parfait. Vous êtes les gardiens, de toute façon, de ça un peu. Bien, je vais
laisser... J'avais d'autres collègues, je crois.
La Présidente (Mme Boutin) :
...Saint-Maurice, vous avez le temps de poser votre question.
Mme Tardif : Merci. Donc, merci
beaucoup, messieurs. C'est de la musique à mes oreilles, là, que d'entendre que
vous êtes en faveur de ce beau projet de loi, évidemment.
Vous avez parlé d'un nouveau modèle de code
d'éthique. Vous avez abordé beaucoup le sujet que je voulais amener, c'est-à-dire
le problème d'ingérence des élus par rapport à leurs fonctionnaires, et les
fonctionnaires, là, de différents aussi...
niveaux aussi. Parce qu'on parle beaucoup de D.G., mais parfois les fonctionnaires se font
interpeler, un peu comme Éric expliquait,
là... pardon, comme le député de Lac-Saint-Jean expliquait, se font interpeler non
seulement par le maire, mais par des conseillers municipaux aussi, et ça
devient assez...
La Présidente (Mme Boutin) :
...vraiment désolée, je dois vraiment mettre fin à la... On a dépassé, là. Je
suis vraiment désolée, vraiment. Je dois laisser la parole à Mme la députée de Vaudreuil.
Mme Nichols : Merci. Merci, Mme la
Présidente. Merci, M. Bellemare, M. Matte, d'être parmi nous pour
apporter votre expérience.
Ça me fait toujours rire, parce que moi aussi,
je suis une ancienne élue dans le monde municipal, puis on dit tout le temps
que les élus changent, mais souvent les D.G. restent. Donc, vous connaissez,
là, toute l'importance que... Votre rôle est
définitivement, là, très important pour les élus, important aussi parce que le projet de loi qu'on étudie...
Vous comprendrez que tout le monde est en faveur
du projet de loi n° 49, là. Je n'ai pas entendu personne qui est contre
l'éthique et la... particulièrement contre l'éthique et la déontologie, là,
dans le monde municipal, surtout en 2021, là. Il y a vraiment une importance particulière
à ce projet de loi là. Donc... Mais merci d'être là, merci d'apporter vos
points.
J'ai pris connaissance de votre mémoire et,
évidemment, de votre présentation. J'avais des petites questions ici et là.
Dans le fond, ce que je comprends, là, c'est que vous aussi, vous avez... Vos
membres, là... Parce que, là, j'ai remarqué... Petite question en partant. J'ai
vu qu'il y a 230 membres répartis dans 175 municipalités. Donc, il y
a plus de membres que de municipalités? Je me doute de la réponse. Pouvez-vous
me la confirmer?
M. Bellemare (Christian) : Oui.
Bien, en fait, oui, oui, tout à fait, c'est qu'on a des D.G., des D.G.A., comme
je mentionnais, des directeurs d'arrondissement et des directeurs
d'arrondissement adjoints. C'est des D.G. et les adjoints, leurs adjoints.
Mme Nichols : Parfait. Ça fait que,
dans une municipalité, on peut avoir deux membres de votre association.
M. Bellemare (Christian) : Oui.
Mme Nichols : Parfait. Vous avez...
Donc, ce que je comprends, c'est que vous avez un code d'éthique que vous avez
renouvelé en 2015.
M. Bellemare (Christian) : Oui.
Nichols : Puis... Et vous avez une formation aussi, vous avez une
formation qui vous est donnée relativement à ce code d'éthique là.
M. Bellemare (Christian) : On n'a
pas de formation comme telle. On a des formations en continu qui ont abordé,
surtout à l'époque... bien, il y a quelques années, quand toutes les
municipalités... On a dû adopter, dans les municipalités, des règlements sur
l'éthique et la déontologie. Évidemment, on était aux premières loges, avec nos
greffiers, pour faire adopter tous ces règlements-là. Donc, on a dû, effectivement,
être excessivement, disons, à l'affût puis
de bien former et bien... Mais on n'a pas une formation spécifique qui nous
atteste, là, de ça. Jean, à moins que tu veuilles compléter...
M. Matte (Jean) : Bien, peut-être
vous préciser que, dans le cadre de notre programme de formation, on a
régulièrement des formations sur l'éthique. Lors de notre prochain congrès, il
y a un atelier donné par M. Villemure, René Villemure, sur l'éthique.
C'est une préoccupation qui nous habite.
Mais évidemment notre code de déontologie, qui
est une recommandation à nos membres, il y a aussi... Il faut penser que, dans leurs municipalités, les
directeurs généraux sont assujettis au code d'éthique de leur
municipalité en premier lieu. C'est important de le mentionner. Parce que nous,
on n'a pas un pouvoir de sanction, parce qu'on n'est pas un ordre
professionnel, mais les municipalités, en vertu de leur code d'éthique, là, le
D.G. est, au premier chef, tenu de respecter le code déontologique...
d'éthique, pardon, de sa municipalité.
M. Bellemare (Christian) : Et on est
obligés, comme je disais, au fil des ans, là, de mettre en place ces codes de
déontologie là, donc d'en maîtriser assez bien le contenu et de faire de la
formation par le fait même, là, d'aller s'imprégner de toutes les notions qui y
sont rattachées.
Nichols : Oui, M. Bellemare, vous avez raison, pour vos membres,
là, il y a quand même 230 membres, mais il y a quand même 1 135 municipalités au Québec. Je veux
dire, il y a plus... il y a quand même plus de D.G. que ça, là, qui
travaillent dans les municipalités à travers le Québec, qui adhèrent au code
d'éthique de leur municipalité. Ils ne sont peut-ê