Institutions — 10 December 2025 (43rd Legislature, 2nd Session)
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37e législature, 1re session (4 juin 2003 - 10 mars 2006)
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36e législature, 1re session (2 mars 1999 - 9 mars 2001)
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35e législature, 1re session (29 novembre 1994 - 13 mars 1996)
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34e législature, 2e session (19 mars 1992 - 10 mars 1994)
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32e législature, 3e session (9 novembre 1981 - 10 mars 1983)
32e législature, 2e session (30 septembre 1981 - 2 octobre 1981)
32e législature, 1re session (19 mai 1981 - 18 juin 1981)
31e législature, 6e session (5 novembre 1980 - 12 mars 1981)
31e législature, 5e session (24 octobre 1980 - 24 octobre 1980)
31e législature, 4e session (6 mars 1979 - 18 juin 1980)
31e législature, 3e session (21 février 1978 - 20 février 1979)
31e législature, 2e session (8 mars 1977 - 22 décembre 1977)
31e législature, 1re session (14 décembre 1976 - 23 décembre 1976)
30e législature, 4e session (16 mars 1976 - 18 octobre 1976)
30e législature, 3e session (18 mars 1975 - 19 décembre 1975)
30e législature, 2e session (14 mars 1974 - 28 décembre 1974)
30e législature, 1re session (22 novembre 1973 - 22 décembre 1973)
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29e législature, 2e session (23 février 1971 - 24 décembre 1971)
29e législature, 1re session (9 juin 1970 - 19 décembre 1970)
28e législature, 5e session (24 février 1970 - 12 mars 1970)
28e législature, 4e session (25 février 1969 - 23 décembre 1969)
28e législature, 3e session (20 février 1968 - 18 décembre 1968)
28e législature, 2e session (20 octobre 1967 - 20 octobre 1967)
28e législature, 1re session (1 décembre 1966 - 12 août 1967)
27e législature, 6e session (25 janvier 1966 - 18 avril 1966)
27e législature, 5e session (22 octobre 1965 - 23 octobre 1965)
27e législature, 4e session (21 janvier 1965 - 6 août 1965)
27e législature, 3e session (14 janvier 1964 - 31 juillet 1964)
27e législature, 2e session (21 août 1963 - 23 août 1963)
27e législature, 1re session (15 janvier 1963 - 11 juillet 1963)
26e législature, 2e session (10 novembre 1960 - 10 juin 1961)
26e législature, 1re session (20 septembre 1960 - 22 septembre 1960)
25e législature, 4e session (18 novembre 1959 - 18 mars 1960)
25e législature, 3e session (19 novembre 1958 - 5 mars 1959)
25e législature, 2e session (13 novembre 1957 - 21 février 1958)
25e législature, 1re session (14 novembre 1956 - 21 février 1957)
24e législature, 4e session (16 novembre 1955 - 23 février 1956)
20e législature, 1re session (7 octobre 1936 - 12 novembre 1936)
18e législature, 2e session (10 janvier 1933 - 13 avril 1933)
18e législature, 1re session (3 novembre 1931 - 19 février 1932)
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15e législature, 3e session (10 janvier 1922 - 21 mars 1922)
15e législature, 2e session (11 janvier 1921 - 19 mars 1921)
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43 e législature, 2 e session
(30 septembre 2025 au 8 avril 2026)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
mercredi 10 décembre 2025
Vol. 48 N° 5
Consultation générale et auditions publiques sur le projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
11 h
11 h 30
12 h
12 h 30
15 h
15 h 30
16 h
16 h 30
17 h
17 h 30
Journal des débats
11 h (version non révisée)
(Onze heures vingt et une minutes)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! Bonjour,
tout le monde. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
des Institutions ouverte. La Commission est réunie afin de poursuivre la
consultation générale et les auditions publiques sur le projet de loi n° 1,
Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec. Avant de débuter, Mme la
secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président, M. Lemieux (Saint-Jean) est remplacé par M. Sainte-Croix
(Gaspé), Mme Schmaltz (Vimont) par Mme Bourassa
(Charlevoix—Côte-de-Beaupré), Mme Massé
(Sainte-Marie—Saint-Jacques) par M. Bouazzi (Maurice-Richard).
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, donc on débute, ce matin, avec les
représentantes de la Fédération des femmes du Québec. Merci beaucoup d'être avec
nous, c'est un grand privilège. Alors, vous connaissez les règles de
présentation de votre mémoire, et après ça, une période d'échange avec les membres
de la commission. La parole est à vous, merci.
Mme Arsenault (Sara) : M. le
Président, chers élus. Je me présente, Sara Arsenault, responsable des dossiers
politiques à la Fédération des femmes du Québec et je suis accompagnée de ma
collègue Vé Mikaelian, coordonnatrice à la vie associative. Merci de nous
accueillir. La FFQ est un organisme féministe autonome qui célèbre bientôt ses
60 ans de défense collective des droits des femmes. Nous tenons à préciser que
la FFQ n'a pas de position sur la souveraineté du Québec ou une Constitution
québécoise. Notre intervention porte exclusivement sur la protection des droits
humains, de la démocratie et de l'égalité entre les genres. Notre demande est
claire : le retrait complet du projet de loi 1. Ce projet est
irrémédiablement vicié tant dans son processus d'élaboration que dans son
contenu. En plus de nos groupes membres, nous sommes appuyés, aujourd'hui, par
plus de 65 groupes de la société civile issus de secteurs variés.
Mme Mikaelian (Vé) : Donc,
pourquoi ce projet est illégitime selon nous? Le PL-1 a été rédigé en vase
clos, sans consultations préalables, sans analyses différenciées selon les
sexes, sans co-construction avec les Premières Nations et les Inuits et surtout,
sans mandat démocratique. Le gouvernement n'a jamais annoncé ni obtenu de
mandat pour écrire une Constitution. Ce texte a été conçu en secret, de manière
précipitée et sans débat public préalable. Avec des consultations lancées après
la rédaction du texte, il devient comme impossible d'influencer réellement le
projet ou de réfléchir collectivement à la question centrale : Voulons-nous
une Constitution, au Québec? On se retrouve dans une situation où chaque groupe
invité tente simplement de ne pas perdre ses acquis ou de faire des
recommandations qui sont sectorielles, ce qui nous éloigne d'une réflexion de
fond. Ce n'est pas pour rien que des rapporteurs spéciaux des Nations Unies ont
été interpellés et que le Barreau du Québec nous met en garde contre ce projet.
Même le Barreau parle d'une érosion de l'État de droit. Le PL-1, selon nous, ne
respecte aucun des standards internationaux qui devraient encadrer une démarche
constitutionnelle, et dans un Québec est toujours intégré au Canada, ce projet
dit «constituant» semble davantage relever d'un exercice symbolique, mais dont
les effets sont réels et dangereux. Il restreint des droits et affaiblit la
Charte québécoise des droits et libertés.
Mme Arsenault (Sara) : L'égalité
est, évidemment, au cœur de nos préoccupations. Nous nous intéressons aux
effets des mesures proposées dans le PL-1 sur les femmes dans toute leur diversité.
Or, aucune analyse différenciée selon les sexes n'a été rendue publique. Ne pas
procéder à une ADS+ pour un exercice aussi structurant qu'un projet de
constitution, ça mine la crédibilité du processus, ça marginalise d'emblée les
personnes les plus susceptibles d'être touchées par ces effets, et en plus, c'est
complètement incohérent...
Mme Arsenault (Sara) : ...avec
les intentions pro droits des femmes du projet de loi. Le projet de loi
s'inscrit et inscrit également l'égalité entre les femmes et les hommes, cette
formulation fige une conception binaire complètement contraire à la
reconnaissance gouvernementale et à l'approche féministe inclusive. Ça exclut
les personnes trans et non-binaires de pouvoir bénéficier de l'égalité, comme
c'est le cas actuellement dans la Charte des droits et libertés de la personne.
En effet, actuellement, la Charte et la jurisprudence permettent une
interprétation évolutive et inclusive. Le PL-1 rompt avec cette approche en
figeant une définition binaire et en subordonnant l'interprétation de la Charte
à la Constitution, ce qui priverait les tribunaux de la latitude nécessaire
pour protéger les droits de ces minorités.
Mme Mikaelian (Vé) : Donc
évidemment, il faut aussi parler des risques pour le droit à l'avortement. Le
PL-1 prétend protéger la liberté d'avoir recours à une interruption volontaire
de grossesse, mais en fait, ce qu'il fait, c'est qu'il l'expose plutôt à de
nouveaux risques et, en fait, il en crée le premier de ces risques-là, soit de
limiter la reconnaissance à la liberté d'avortement aux femmes cisgenres
seulement.
De plus, l'article 29 crée une
vulnérabilité juridique. Depuis l'arrêt Morgentaler, la meilleure protection du
droit à l'avortement, bien ce n'est pas la législation, c'est l'accès réel aux
services de ce soin de santé et enchâssant ce droit, le PL-1 ouvre la porte à
des contestations, à des réinterprétations, à des reculs et ça, ça réjouit les
groupes anti-choix et on craint que ce droit ait été instrumentalisé.
Il faut aussi aborder l'aspect de la
laïcité punitive. Le PL-1 constitutionnalise la laïcité telle que
conceptualisée par les lois 21 et 94 dont les effets discriminatoires
envers les femmes musulmanes sont largement documentés. Plutôt que de garantir
la neutralité de l'État, il impose une norme aux individus excluant des femmes
du secteur public en raison de leur expression religieuse. Cette exclusion et
les discours ambiants nourrissent une stigmatisation qui est déjà forte et une
normalisation des discours haineux à leur égard.
Mme Arsenault (Sara) : Le
PL-1 impose une vision rigide et normative de l'identité québécoise en
inscrivant dans la Constitution un modèle d'intégration nationale. Ce modèle
définit de manière prescriptive ce que signifie appartenir à la nation
québécoise en insistant sur la maîtrise du français et de l'adhésion aux
valeurs culturellement jugées centrales par l'État. Cette approche repose sur
une loi,
Loi sur l'intégration à la nation québécoise, déjà critiquée pour son
caractère idéologique et discriminatoire, tout en se reposant sur une politique
qui, à ce jour, n'est pas encore écrite. Le gouvernement souhaite donc qu'on
lui fasse confiance de manière aveugle sur des modalités qui demeurent à être
précisées. Le tout mène vers une logique d'assimilation culturelle où les
personnes immigrantes, racisées et minorisées doivent s'adapter à une identité
nationale très restrictive. Pour nous, ces communautés font pleinement
partie
du nous Québécois. Leur apport à notre nation est une richesse à reconnaître et
à inclure dans toute démarche constituante afin de garantir une société
pluraliste et égalitaire.
Mme Mikaelian (Vé) : Finalement,
on s'inquiète des affaiblissements des contre-pouvoirs. Le PL-1, il modifie la
Charte québécoise en subordonnant les droits individuels aux droits qui sont
collectifs, ce qui vient affaiblir la protection des libertés fondamentales.
Cette approche-là, ce qu'elle risque de faire, c'est de créer un déséquilibre
où les droits de la majorité vont prédominer sur ceux des minorités et ça va
compromettre l'égalité et la justice pour toutes. Le PL-1 affaiblit, entre
autres, l'action des organismes communautaires et des syndicats en limitant
leur possibilité de contester les lois devant les tribunaux s'ils reçoivent des
fonds publics. Donc en constitutionnalisant la souveraineté parlementaire, ça
permet au gouvernement de passer au-dessus de potentielles décisions
judiciaires et de concentrer le pouvoir entre ses mains. Cela réduit
l'indépendance des organismes, ça restreint l'espace démocratique et ça menace
la séparation des pouvoirs.
Mme Arsenault (Sara) : Tels
que de nombreux organismes, nous réclamons le retrait immédiat du projet de
loi 1. Ce ne sont pas quelques amendements qui pourront légitimer ce
projet. À défaut de retrait, la CAQ risque d'alimenter une blessure collective
profonde. Une Constitution ne peut pas être imposée, elle doit être construite
avec, par et pour la population. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Période d'échanges,
M. le ministre, s'il vous plaît.
• (11 h 30) •
M. Jolin-Barrette : Oui,
merci, M. le Président. Mme Milaelian, Mme Arsenault, bonjour. Merci de
participer aux travaux de la commission parlementaire. Je vous dirais que votre
mémoire et votre intervention aujourd'hui sont, je dirais, assumés...
Haut de la page
11 h 30 (version non révisé
e) M. Jolin-Barrette : ...je
dirais ça comme ça, puis vous... vous êtes convaincus de votre point de vue, puis
je respecte ça. Puis, la commission parlementaire sert justement à ça, à entendre
les différents points de vue, à dire ce que les groupes, ce que les personnes
pensent du projet de loi, ce qui peut être amélioré. Alors, on est à l'écoute,
puis on réfléchit suite aux travaux, avec mes collègues, lorsqu'on sera en
étude détaillée aussi. Donc, on vous remercie pour votre participation, puis
vos propositions constructives que vous faites dans le cadre de votre mémoire.
Vous avez dit, tout à l'heure : On
vient subordonner les droits individuels aux droits collectifs, dans le projet
de loi. Pouvez-vous m'expliquer comment vous le conceptualisez? Parce que la
façon dont on a construit le projet de loi, c'est de faire en sorte qu'on
rajoute, supposons, l'égalité entre les hommes et les femmes, puis sur la
question de la liberté de religion, c'est vrai que l'égalité entre les femmes
et les hommes va primer si jamais, pour des motifs religieux, supposons, un
homme refuse d'être servi par une femme, on va dire : Non, au Québec, là,
c'est l'égalité entre les femmes puis les hommes qui prime là-dessus. Mais pour
l'ensemble des autres droits, on a inséré les articles 1 à 38 de la Charte
québécoise des droits et libertés, on leur a donné un statut constitutionnel
dans la Constitution. Même chose pour les droits individuels rattachés à la
Charte de la langue française. Mais en quoi vous voyez que les droits
individuels sont subordonnés aux droits collectifs?
Mme Arsenault (Sara) : Merci
pour la question. En fait, nous, on se base réellement sur la façon dont le
projet de loi a été écrit. Donc, c'est vraiment indiqué que les droits
collectifs de la nation... comment, c'est quoi, le mot?
M. Jolin-Barrette : Concourent.
Mme Arsenault (Sara) : Concourent,
merci. Donc, concourent aux libertés, dans cette façon là de décrire le projet
de loi, on comprend l'intention derrière, OK? Mais le fait de faire un
mécanisme absolu où est-ce que ces droits-là vont toujours être hiérarchisés
par rapport aux droits collectifs de la nation qui, d'ailleurs, sont à définir
un peu mieux, je crois. Et je pense que ces valeurs, justement, doivent faire l'objet
d'un discours, d'une co-construction commune, et le fait, justement, de faire
ce mécanisme absolu là, par rapport à ces droits, bien, en fait, ça vient
vraiment à l'encontre de ce qui est fait normalement, c'est-à-dire, on va
contextualiser, on va prendre en considération plusieurs éléments, et quand je
dis on, c'est les tribunaux. Donc, pour nous, cet... cet aspect de créer ce
mécanisme absolu là, alors qu'il n'y a pas nécessairement d'enjeu particulier,
on trouve ça plutôt... plutôt alarmant.
Mme Mikaelian (Vé) : Bien, je
rajouterais qu'on ne peut pas réellement protéger le droit des femmes si on ne
protège pas de manière égale les autres droits qui composent leur identité,
incluant leur droit d'exercer leur religion ou leur... et leur... ou leur
protection contre la discrimination fondée sur leur couleur de peau, sur leurs
origines, donc de hiérarchiser des droits, pour nous, c'est un risque qu'on ne veut
pas prendre.
M. Jolin-Barrette : OK, alors
pour la Fédération des femmes du Québec, c'est correct qu'un homme, pour des
raisons religieuses, refuse de se faire servir par une employée de sexe féminin
dans un service public?
Mme Arsenault (Sara) : Ce
n'est absolument pas ce qu'on dit présentement, ce qu'on est en train de
dire...
M. Jolin-Barrette : Bien, je
vais juste terminer. C'est parce que là, avec ce que vous venez de dire, si on
laisse tous les droits sur la même situation, là, sur la même égalité, comme c'est
le cas actuellement, c'est ça l'état de la jurisprudence, là. La... les
tribunaux nous disent : Un homme, pour des motifs religieux, on doit l'accommoder
puis on fait passer le droit de la femme en dessous, la liberté de religion
prime. C'est ça, l'état de la jurisprudence.
Mme Arsenault (Sara) : Actuellement,
je ne suis pas convaincue de ce que vous avancez, puis j'aimerais ça, quand
même, qu'on ne mette pas des mots, en fait, dans ce qu'on dit. Nous, ce qu'on a
dit, c'est que par rapport aux droits et libertés et les droits collectifs, il
y a un exercice de contextualisation à faire. C'est sûr, évidemment, là, vous
allez dans un... dans un cas où est ce qu'on va être en accord, évidemment,
mais ce n'est pas ce qu'on vient de dire, c'est juste que ce mécanisme là,
absolu, ne vient pas répondre à un réel besoin, parce que les tribunaux font
déjà cet exercice de pondérer les droits.
M. Jolin-Barrette : Bien, manifestement,
il y a une problématique, parce que si on se retrouve dans une situation où
parfois, on fait passer la liberté de religion avant l'égalité entre les femmes
et les hommes, moi ça me préoccupe beaucoup. Ça me préoccupe.
Mme Arsenault (Sara) : Est-ce
que vous pouvez nous donner un exemple, par exemple?
M. Jolin-Barrette : Bien, le
cas que je viens de vous donner? La question, quand... quand on vient de dire :
Les droits collectifs concourent aux droits individuels, ça ne veut pas dire qu'ils
sont subordonnés aux droits individuels, ça veut dire que les droits
individuels participent aux droits collectifs. C'est une collectivité, ce qu'on
vient rajouter...
M. Jolin-Barrette : ...à
l'article 9.1, là, notamment pour guider les tribunaux, on vient dire,
puis c'est la justification, on vient dire : Écoutez, quand je vais
analyser les droits et libertés, je vais regarder notamment comment est-ce que
l'égalité entre les femmes et les hommes dans la société québécoise s'exerce.
Donc, que ce soit pour n'importe quel type de droit, désormais, le juge, dans
sa grille d'analyse, regarde l'égalité entre les femmes et les hommes pour
rendre sa décision. Vous ne trouvez pas ça normal que ça soit un critère
d'analyse dans notre société de venir indiquer : bien oui, c'est vrai que
l'égalité entre les femmes et les hommes est tout aussi importante que les
autres droits à l'égalité.
Mme Mikaelian (Vé) : Encore
une fois, ce n'est pas ça qu'on dit. On comprend l'intention, on est en train
de dire que ça va avoir des impacts qui sont différents sur les personnes les
plus discriminées. Ça va renforcer... on ne renforce pas le pouvoir des femmes
en affaiblissant les droits des personnes qui sont le plus discriminées, c'est
ça qu'on dit, c'est qu'il va avoir des effets discriminatoires dans la... dans
la société civile. Et ça, ça nous inquiète énormément. On voit déjà les
conséquences de ça en ce moment-là.
M. Jolin-Barrette : OK, donc
je comprends que vous, le droit collectif à la laïcité, à la protection de la
langue française, vous n'êtes pas en accord avec ça.
Mme Arsenault (Sara) : Ce
n'est pas non plus ce qu'on dit. On a des positions qui viennent réitérer à la
FFQ l'importance, en fait, de la langue française. Là où est-ce que nous, on
apporte des nuances, c'est dans la façon de vouloir faire en sorte que des
personnes, par exemple nouvellement arrivées, sont obligées d'apprendre le
français dans des délais extrêmement serrés et qui souvent ne vont pas prendre
en considération le fait que le gouvernement manque de services en termes de
francisation, par exemple, le fait que quand on arrive sur un nouveau
territoire, on veut trouver un logement en premier lieu, un travail pour
pouvoir s'intégrer et quand les... disons les besoins primaux de la personne
vont être remplis, là, on va avoir un contexte qui est favorable à apprendre
une nouvelle langue. Mais la façon dont le projet de loi qui vient justement
constitutionnaliser ce modèle d'intégration nationale-là, il laisse de côté des
femmes qui, par exemple, vont souvent avoir vécu des traumas extrêmement
importants dans leur trajectoire migratoire et de vouloir imposer le français
de cette façon-là, sans prendre en considération l'ensemble des éléments qui
vont toucher justement ces femmes, pour nous, c'est problématique parce qu'on
n'est pas en train de protéger la langue française en essayant justement de ne
pas être dans ce partage et dans cet amour de la langue française, mais plutôt
dans une logique d'assimilation, d'imposition. Donc oui, la langue française,
elle va être importante, mais dans certains contextes, quand il y a des manques
de services publics, bien c'est important aussi à considérer dans la
trajectoire d'intégration des personnes.
M. Jolin-Barrette : Mais le
projet de constitution ne prévoit pas ce que vous dites, là.
Mme Arsenault (Sara) : Absolument.
Vous venez constitutionnaliser le modèle d'intégration nationale, ça fait
référence à la
Loi sur l'intégration... québécoise.
M. Jolin-Barrette : Ah, oui,
bien, est-ce que vous êtes en désaccord avec le fait que dans le cadre de la
Loi sur l'intégration nationale, les personnes immigrantes au Québec, on
souhaite les accueillir en français pour qu'ils s'intègrent en français au
Québec, qu'ils s'intègrent avec leur culture au tissu social québécois qui
contribue à la société, par opposition au multiculturalisme canadien où on a un
modèle de ghettoïsation, de repli sur soi-même. Est-ce que vous êtes d'accord
avec le modèle canadien ou vous voulez qu'on intègre les personnes migrantes en
français au Québec, puis qu'on les fasse adhérer à la société québécoise?
Mme Mikaelian (Vé) : Nous, ce
qu'on veut, c'est que tout ça ne soit pas... on n'instrumentalise pas
l'identité, puis les valeurs québécoises contre la diversité. Puis c'est... on
voit des risques d'aller vers ça en ce moment. Puis, comme ma collègue disait,
on parle de personnes qui arrivent parfois dans des situations vraiment
difficiles, etc., puis pour donner envie à des personnes d'apprendre le
français puis de s'intégrer dans une société, bien il faut que la
communication, elle soit bidirectionnelle et on ne sent pas cette ouverture en
ce moment dans tout ce projet de loi constitutionnelle là.
Mme Arsenault (Sara) : Puis
je me permettrais d'ajouter également, je comprends l'idée de vouloir intégrer
les gens en français, mais s'ils ne parlent pas le français, comment on les
intègre dans une langue qu'ils ne comprennent pas? Dans le sens où je pense que
collectivement, on s'entend que le français c'est extrêmement important, mais
c'est dans la façon dont les mécanismes gouvernementaux sont mis en place qu'on
considère que ça a un effet vraiment disproportionné sur certains types de
femmes, puis on ne peut pas les laisser derrière.
• (11 h 40) •
M. Jolin-Barrette : J'ai de
la difficulté à vous suivre, parce que ce que la
loi sur l'intégration nationale
dit, c'est qu'on intègre les gens qui choisissent de venir au Québec en
français. On leur donne des outils, puis on veut qu'ils s'intègrent au tissu
social québécois. Je suis d'accord avec vous, là, on ne laisse personne
derrière. C'est pour ça qu'on investit énormément d'argent pour intégrer toutes
les personnes qui choisissent le Québec, par opposition au multiculturalisme
canadien. Puis il n'y a rien dans le projet de loi qui dit ce que vous affirmez
en commission par rapport à cela...
M. Jolin-Barrette : ...alors
j'ai de la misère à saisir le point que vous faites, là.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de l'Acadie, s'il vous
plaît.
Morin :
Merci. Bonjour, M. le Président. Alors, bonjour, Mme Mikaelian, Maître
Arsenault. Merci d'être avec nous. Merci pour le mémoire que vous avez produit.
J'aurais... j'aurais quelques questions, puis peut-être quelques
éclaircissements à vous... à vous demander à la page 3 sur 44 de votre mémoire.
Vous soulignez que le projet de loi 1 reproduit une logique coloniale majeure
des Premières Nations inuites n'ont pas fait
partie du processus de conception.
C'est une phrase qui frappe. Pouvez-vous m'expliquer en quoi le gouvernement a
une attitude coloniale?
Mme Arsenault (Sara) : C'est
une excellente question, merci. Évidemment, je pense que vous allez recevoir
des groupes qui sont directement concernés. Donc, on va évidemment inviter la
Commission à tendre l'oreille un peu plus envers ces groupes. Nous, ce qu'on
voit c'est que dans la façon que ça l'a été conçu, il n'y a pas eu de vastes
consultations avec les nations autochtones. On sait qu'il y a eu quelques
rencontres avec des représentants, représentantes par ci par là, qui sont aussi
sortis publiquement pour dire que ça avait été incomplet et dans une logique où
est-ce qu'on essaie d'aller vers une réparation par rapport à notre historique
colonial envers ces peuples, il faut le dire, il y a eu un génocide envers ces
peuples. Quand qu'on considère qu'on veut faire une constitution dans laquelle,
entre autres, on va nommer ces nations seulement dans un préambule, en plus, on
va venir avoir des dispositions qui vont toucher l'eau, le territoire et tout
ça. Bien, le Québec, selon moi, pour être légitime dans sa Constitution, il y a
une importance d'inclure les gens avant qu'on crée ce texte-là. Présentement,
chacun des groupes qui va venir vous parler, comme on l'a dit dans notre
présentation, vont avoir des demandes sectorielles. On va essayer de sauver les
meubles. On va... Puis un processus constituant, ce n'est pas supposé de
revenir en arrière sur certains droits. On est supposé d'établir qu'est-ce
qu'il y a déjà en place et peut-être même de renforcer, mais le fait de revenir
sur certains droits ou... en fait, c'est contraire aux normes internationales.
Donc, dans notre mémoire, il parle de ça, entre autres, et dans cette logique
coloniale-là, c'est que finalement on reproduit des mécanismes coloniaux envers
les premiers peuples.
M. Morin : Et je comprends
que le gouvernement aurait pu suivre finalement la Déclaration des Nations
Unies sur les droits des peuples autochtones, puisque, à l'article 32, il est
écrit que les États consultent les peuples autochtones concernés et coopèrent
avec eux de bonne foi par l'intermédiaire de leurs propres institutions
représentatives. Donc, au fond, si je vous comprends bien, vous dites que ce
projet de loi est en déficit de légitimité parce que d'ailleurs il y a une
motion de l'Assemblée nationale qui reconnaît la déclaration et que le
gouvernement aurait pu s'en... s'en inspirer, ce qui n'a pas été fait.
Mme Arsenault (Sara) : Absolument.
Je pense que vous avez très bien compris...
Mme Mikaelian (Vé) : Puis
on... Je veux dire, on ne peut pas amorcer le plus gros changement que le
Québec n'a jamais connu en faisant le strict minimum. Je veux dire, il faut
absolument... il faut absolument que toutes les parties prenantes soient
impliquées dès le début. Quand on amorce un changement, je veux dire, c'est les
bases mêmes de la... de la gestion du changement, là. Il faut que toutes les
parties prenantes soient considérées, pas juste considérées, mais impliquées
intrinsèquement dans le processus, ce qui n'a pas été fait en ce moment. Comme
ma collègue disait, on se bat en ce moment pour essayer de faire enlever des...
des petites choses puis de ne pas perdre nos acquis. Tu sais, on ne peut pas
travailler comme ça, c'est trop important.
Mme Arsenault (Sara) : C'est
supposé être une démarche qui est émancipatrice, puis j'ai eu un petit bug, là,
donc je vais juste revenir sur l'idée que j'avais en tête. J'ai envie de vous
parler aussi que, tu sais, il y a beaucoup de nations autochtones qui ont
adopté une langue coloniale qui est l'anglais, OK, et dans le contexte du
projet de loi 1, il n'y a pas eu de communications en anglais, entre autres,
qui ont été... qui ont été émises, et dans les espaces de coalition dans
lesquelles on a été, ce qui était rapporté par des groupes autochtones, c'était
justement que l'information ne s'était pas rendu. Et non, pas seulement pour
les personnes anglophones, mais on parle aussi des francophones. Nous, quand
qu'on était sur le terrain, qu'on a mobilisé par rapport au projet de loi 1, la
plupart des gens n'étaient pas au courant qu'il y avait ce projet de loi-là.
Alors que l'ironie, c'est aussi que dans le projet de loi, on dit que la nation
québécoise a cette autorité en fait, finalement, de se... constitutionnaliser,
etc. Mais comment ça se fait que le peuple qui est supposé d'être constitué est
au... n'est même pas au courant? Il y a quelque... Il y a un non-sens complet
par rapport à ça.
M. Morin : Et au fond, le
gouvernement aurait dû suivre une des recommandations du propre rapport qu'il a
commandé, à savoir mettre en place un comité, une commission transpartisane,
qui aurait pu être composé de citoyens membres des Premières Nations pour aller
consulter l'ensemble de la...
M. Morin : ...québécoise,
êtes-vous d'accord qu'en fait, faire une constitution, c'est... normalement,
là, c'est comme ça que ça aurait dû commencer?
Mme Arsenault (Sara) : Absolument,
puis ça fait vraiment référence aux normes internationales du Haut-Commissariat
des Nations Unies. Puis, une des choses qui est extrêmement importante, oui,
c'est d'avoir des discussions en amont, mais une des choses qui est importante,
aussi, c'est d'inclure tous les groupes les plus minorisés, parce qu'on
s'entend, on vient... on vient statuer, un peu, sur les pouvoirs de l'État à
travers ce projet de loi là, et je suis convaincue qu'il y a des groupes qui ne
seront pas entendus dans le cadre de ces consultations ici, aujourd'hui. Et
j'aimerais mentionner, quand même, une chose très importante, c'est que notre
présence à la commission, aujourd'hui, ne vient pas entériner ou cautionner le
texte, nous, on considère, on vient ici par devoir démocratique pour alerter,
justement, sur les effets potentiels. Nous, on représente les femmes, donc
évidemment, c'est notre... c'est notre lunette, mais on est profondément
inquiètes.
M. Morin : Je vous... je vous
comprends très bien, il reste peu de temps. Dernière question, à la page 26,
vous dites que la laïcité de l'État, c'est une vision punitive, anti féministe
et contraire aux droits. Il nous reste 35 secondes, j'aimerais vous entendre
là-dessus.
Mme Arsenault (Sara) : Oui,
bien, la FFQ a, quand même, des positions comme dirait le premier ministre,
assumées par rapport à ça. Nous, ce qu'on s'intéresse, c'est vraiment l'effet
des lois sur les femmes et notamment, dans ce cas-là, on va parler plus des
femmes musulmanes. Nous, on rencontre, dans le cadre de notre travail, des
femmes qui ont dû se réorienter au niveau professionnel, qui ont subi une
énorme pression dans leur cadre de leur travail parce qu'elles sont toujours
comparées à une norme identitaire québécoise. Elles vont perdre des
opportunités d'emploi si elles sont amenées à vouloir, par exemple, changer de
milieu en milieu éducatif, là, présentement, on est là-dedans, bien, elles vont
perdre certains... certains droits acquis, au final. Puis pour nous, c'est
extrêmement inquiétant parce qu'avec les discours ambiants aussi, parce qu'on
va se le dire l'islamophobie, c'est du racisme, et avec ces discours ambiants
là, présentement...
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, désolé mais je
dois...
Mme Arsenault (Sara) : ...il
y a des femmes qui...
Le Président (M.
Bachand) : Désolé, merci beaucoup. Le
député de Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci. Merci, j'ai
très peu de temps, merci beaucoup pour la clarté de vos propos. Je partage, et
ça arrive rarement, cet... cet adjectif que le ministre vous a... vous a donné.
Parlant du droit à l'avortement, vous avez la même position, à peu près, que
tous les groupes féministes qui sont venus avant vous en nous disant : Ne
le mettez pas, s'il vous plaît. Et une des positions, c'est de dire : En
fait, le droit à l'avortement est protégé, justement, grâce aux décisions des
tribunaux, ne rajoutons rien là-dessus. Sachant qu'il y a des clauses
dérogatoires qui peuvent être invoquées et que donc, justement, cette
protection du droit à l'avortement, est ce que vous pensez que l'utilisation de
clauses dérogatoires sans avoir à donner le moindre motif, est-ce que ça met un
risque, en fin de compte, possiblement dans l'avenir, le droit à l'égalité
entre les hommes et les femmes?
Mme Arsenault (Sara) : Oui,
puis permettez-moi de répondre de manière complète à cette question. On parle
beaucoup de potentielles limitations, OK, à la liberté d'avortement, mais le
projet de loi, la façon qu'il est écrit, quand on lit l'article 28 et 29, puis
qu'on reconnaît simplement l'égalité hommes-femmes, il y a une première
limitation dans l'interprétation qu'on y donne parce qu'on reconnaît la liberté
d'avortement pour les femmes, et dans cette conception-là, c'est les femmes
cisgenres seulement. OK, donc on est déjà dans une première limitation avec ce
projet de loi là. Deuxièmement, il y a eu quand même des.. des... je pense,
quelques enjeux, là, au niveau de... d'informations qui ont été partagées à la
Commission. La jurisprudence actuelle, au Canada, protège ce droit-là, OK? Tous
les groupes pro-choix ou qui vont avoir l'état du droit à cœur, l'égalité entre
les genres, disent unanimement, c'est le consensus : Il ne faut pas
toucher à ça. Présentement, nous, on voit les groupes anti-choix se réjouir
sincèrement, là, de cet ajout-là. Puis, éventuellement, il n'y a rien qui
empêche qu'on va pouvoir modifier cette loi-là. Rien n'empêche qu'on va pouvoir
déposer d'autres lois pour venir limiter encore, puis ça réouvre tout un... un
débat qui politise, finalement, un soin de santé.
M. Bouazzi : Donc... donc
merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, merci beaucoup.
Désolé, M.... Mme la députée de Terrebonne, s'il vous plaît.
Mme Gentilcore : Oui, merci.
Écoutez, comment vous voyez l'impact du fait de la non-consultation, parce
qu'il y a votre groupe, évidemment, mais vous avez sûrement parlé, j'en suis
certaine, avec d'autres groupes qui sont autour de vous, de quelles... quelles
répercussions vous craignez, par rapport à ça? Puis qu'est-ce qui... qu'est ce
qui manque au contexte, là, de cette loi-là.
• (11 h 50) •
Mme Mikaelian (Vé) : Bien, on
crée... on craint d'abord que les personnes les plus impactées, qu'elles
n'aient pas été consultées, bien, en fait, elles vont se sentir un peu
déconnectées de ce projet-là et elles ne se l'approprieront pas. Donc, et ce
n'est pas quelque chose dont toute la nation au complet va pouvoir
s'approprier, il y a des gens qui vont être laissés pour compte. C'est sûr
qu'on s'inquiète de ça, on pense que c'est un changement massif, puis...
Mme Mikaelian (Vé) : ...chaque
personne, chaque groupe a besoin d'être entendu, a des considérations à
apporter, parce qu'une nation, c'est quelque chose qui se construit, un
sentiment nationaliste, ça se construit, ça se co-construit avec toutes les
personnes qui font
partie de cette nation-là. Ce n'est pas... ce n'est pas du
«top-down» qui va... qui va apporter ce sentiment identitaire duquel on fait
tous partie.
Mme Arsenault (Sara) : Puis je
me permettrais aussi de nommer tu sais, nous, on va vraiment s'intéresser aux
effets des lois sur les groupes minoritaires et sur les femmes. Puis une des
choses qu'on voit avec ce projet de loi là, c'est qu'il y a quand même des
reculs, on l'a déjà nommé quelques fois, mais il y a aussi un enjeu... Quand on
ne consulte pas des gens puis qu'on fait des projets de loi constituants, c'est
un peu difficile, après ça, de faire confiance au gouvernement, tout
simplement.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, merci beaucoup. Merci beaucoup d'avoir été
avec nous. Ça a été très, très, très apprécié. Et, sur ce, je vais suspendre
les travaux quelques instants pour accueillir notre prochain invité. Merci
beaucoup.
(Suspension de la séance à 11 h 51)
(Reprise à 11 h 53)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend
ses travaux. Il me fait plaisir d'accueillir M. Dwight Newman, professeur de
droit, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les droits, les
communautés, les droits constitutionnels, de l'Université de Saskatchewan.
Alors, Pr Newman, merci beaucoup d'être avec nous. Alors, je vous cède la
parole pour votre présentation.
M. Newman (Dwight) : Merci
beaucoup, et c'est un honneur d'être ici avec vous. Je ne viens pas à la
communauté pour présenter des valeurs pour le Québec. Évidemment, je ne... je
ne viens pas du Québec, je viens d'une autre entité fédérée. Mais je suis ici
pour parler de quelque chose... plusieurs choses techniques envers ce projet de
loi. J'aimerais dire principalement trois choses envers ça. Et je suis désolé
que je ne parle pas parfaitement en français, mais je ferai de mon mieux.
Premièrement, j'aimerais parler brièvement
du processus. C'est un processus juridique tout à fait légal qui correspond à
l'article 45 de l'Acte constitutionnel du Canada de 1982 de faire cette
chose ici. On a des analogies avec d'autres modifications des constitutions
provinciales qui.... Cela est peut-être intéressant, peut-être... Le plus
intéressant, c'est la modification et l'adoption de l'Acte constitutionnel en
Colombie-Britannique en 1996. C'est un acte constitutionnel qui a été adopté comme
ça. On a eu d'autres modifications avec d'autres entités fédérées au Québec et
sur d'autres pendant des années récentes. La Saskatchewan aussi a utilisé
l'article 45 pour faire de telles modifications. Ici, évidemment, c'est
quelque chose d'un peu plus grand, avec un texte plus... plus large, mais c'est
la même chose, en effet, et c'est légal comme ça.
C'est aussi un projet de loi, une
constitution éventuellement, qui envisage autres changements au cours des
années et des décennies. Il y a des articles qui sont spécifiques pour la
possibilité des autres changements. C'est quelque chose qu'on... Alors, ça me
semble, premièrement, un processus de perspective juridique et légale tout à
fait légal...
M. Newman (Dwight) : ...et
évidemment, vous avez beaucoup de participants dans ce processus, et c'est
quelque chose d'important. Deuxièmement, j'aimerais parler brièvement de la
conciliation des droits collectifs et les droits individuels. C'est quelque
chose de normal et nécessaire d'avoir respect pour les deux et d'avoir un
processus pour la conciliation entre les deux et d'avoir une conciliation entre
des droits collectifs et des droits individuels, ce n'est pas une question de
subordonner l'un ou l'autre, c'est une question de reconnaître les deux espèces
de droits et de les reconnaître et des concilier comme c'est nécessaire. Ceux
qui disent, s'il y en a des gens comme ça, qui... des droits individuels, c'est
une erreur de nos perspectives aujourd'hui, ça serait la même mentalité que
certains qui s'opposaient aux droits des autochtones pendant des discussions
avec la déclaration des Nations Unies sur les droits des autochtones et c'était
un avis qui était vraiment présent pendant ces discussions, qu'il n'y a que des
droits individuels, mais ce n'est pas notre théorie. Pour le monde
d'aujourd'hui des droits, nos théories des droits humains pour accommoder
l'idée des droits collectifs... perdre des droits individuels et c'est quelque
chose d'important à reconnaître, il est même nécessaire de reconnaître des
droits collectifs même pour avoir respect pour tous les aspects de l'être
humain. Et cet... ce projet de loi avec cette Constitution offre une
reconnaissance des droits collectifs, c'est quelque chose d'important. Il y a
une grande philosophe québécoise Charles de Koninck pour qui l'édifice de
l'Université... à l'Université de Laval a été nommé qui a écrit beaucoup à
propos de ça, et les relations entre les droits collectifs et les droits
individuels. L'idée d'avoir un modèle qui peut concilier les deux, pas d'avoir
une opposition entre les deux. Alors, c'est quelque chose sur lequel je voulais
dire quelque chose très bref. Évidemment, il y a des questions compliquées
là-bas, mais je voulais dire que la conciliation des droits collectifs et des
droits individuels dans la Constitution, qui est quelque chose de normal, est
nécessaire. Et c'est une constitution assez moderne qui est offerte... qui est
offerte ici.
• (12 heures) •
Troisièmement, j'aimerais parler
brièvement du Conseil constitutionnel dans ce projet de loi. C'est un exemple
de mécanisme assez spécifique pour refonder un peu les relations entre le
Québec et le gouvernement fédéral, d'avoir quelque chose qui va prononcer sur
des questions avec une perspective spécifiquement québécoise, c'est quelque
chose qui peut refonder un peu ces relations, et c'est quelque chose qui a
beaucoup de potentiel pour offrir ces choses. C'est fondé sur des idées d'avoir
un autre tribunal, on a certains parallèles avec un mécanisme à la Saskatchewan
qui a été adopté, the Saskatchewan Economic Assessment Tribunal dont le
Saskatchewan First Act a des parallèles avec ça, c'est un tribunal pour
harmoniser des lois fédérales et leur impact sur la Saskatchewan et on a construit
un tribunal comme ça. La seule petite modification qui m'arrive en versant ce
projet de loi est une petite suggestion d'avoir un peu plus d'alignement entre
les buts de ce tribunal et l'expertise totale là-dedans. Mais l'idée d'avoir un
tel tribunal, c'est quelque chose qu'on a... où on a des parallèles avec le
nôtre...
Haut de la page
12 h (version non révisé
e) M. Newman (Dwight) : ...entités
fédérées et des choix là-dedans. Et on utilise ça pour reconstruire un peu les
relations avec le gouvernement fédéral et ce sont des trois choses que je voulais
dire. Et je serais très content de parler avec vous sur ces choses ou peut-être
même d'autres choses.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, Professeur
Newman. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui,
merci, M. le Président. Alors, Professeur Newman, bonjour. Merci énormément de
participer aux travaux de la Commission. Donc, c'est intéressant d'avoir quelqu'un
qui est professeur de droit titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur
les droits, les communautés et le droit conditionnel à l'Université de la
Saskatchewan. Donc, on apprécie beaucoup que vous partagiez votre expertise
avec nous. Je pense que vous dites dans votre résumé : J'ai publié plus de
200 articles, dont 15 livres, et mes écritures ont été citées dans de nombreuses
décisions judiciaires. J'ai également été chercheur invité dans des institutions
internationales telles que Cambridge, Oxford, Princeton, ainsi que dans des
établissements québécois, notamment McGill, l'Université Laval, l'Université de
Montréal. Alors, merci d'être présent. Je voulais vous entendre sur les droits
collectifs parce que dans la loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, on
vient insérer certains droits collectifs, notamment l'égalité entre les femmes
et les hommes, notamment, le fait également que les droits collectifs de la
nation québécoise doivent être interprétés largement et de faire en sorte qu'ils
soient prises en considération dans l'interprétation des droits individuels. Qu'est-ce
que vous pensez de tout ça? Et je vous dirais une sous-question : est-ce
que la nation québécoise est titulaire de droits collectifs?
M. Newman (Dwight) : Je crois
évidemment que la nation québécoise a... est titulaire des droits collectifs. Des
nations ont des droits collectifs et c'est nécessaire de le reconnaître comme
ça. L'idée de l'inscrire dans le texte, pour moi, c'est simplement
reconnaissance de quelque chose qui corresponde aux droits des nations. Ça peut
être quelque chose qu'on peut considérer, et avec lequel on peut trouver en
conciliation avec des droits individuels pour n'avoir pas une interprétation
des droits individuels qui va être contre les droits de la nation qui sont
aussi importants. Mais ça ne dit pas qu'on va avoir des... le dimunation des
droits individuels, ça va interpréter... ça va influencer l'interprétation des
droits individuels... certains contextes. Mais on peut avoir une telle
conciliation entre les deux.
M. Jolin-Barrette : OK. Tout
à l'heure, dans votre présentation, vous avez dit : Les droits collectifs
sont nécessaires et normaux, OK? Parmi les gens qu'on entend ici en commission
parlementaire, il y en a certains qui disent que ça n'existe pas, les droits
collectifs, que c'est dangereux et que ça va empêcher l'exercice des droits
individuels. Qu'est-ce que vous pensez de tout ça pour le Québec? Est-ce qu'on
va enlever des libertés individuelles parce qu'on met en place des droits
collectifs, puis à quoi ça sert un droit collectif?
M. Newman (Dwight) : Un droit
collectif ça sert à appuyer et à reconnaître une collectivité qui est une
partie des droits... qui est une
partie de la vie des êtres humains, vraiment.
Les êtres humains n'existent pas comme des... les individus atomistes. Des
individus existent comme des êtres humains dans une société, dans une nation,
et il faut avoir une conciliation entre les droits collectifs et les droits
individuels pour respecter tous les aspects de l'être humain, pour respecter les
conditions de vie pour devoir... pour devenir quelqu'un. C'est normal, à mon
avis, d'avoir une telle conciliation entre les deux. L'idée d'avoir une langue,
on ne peut pas travailler d'une langue comme une... un chose dans une société
sont des droits collectifs de promouvoir cette langue, de protéger cette langue
et...
M. Newman (Dwight) : ...je
dirais simplement comme un exemple des droits d'une nation d'avoir une langue
et un... un visage linguistique qui correspondent à ça. Je dirais de plus,
simplement, que ceux qui disent qu'il n'y a pas de... qu'il n'y a pas de droits
collectifs, ils rejettent essentiellement des droits des autochtones. Quand il
dit quelque chose comme ça, et... ça, ça ne correspond pas vraiment à une
interprétation des droits acceptable à notre... à notre époque.
M. Jolin-Barrette : Merci beaucoup,
professeur Newman. Vous avez abordé, également, au début de votre présentation
que ce que le Québec est en train de faire présentement, le fait de doter le
Québec d'une Constitution, bien, on utilise le mécanisme prévu à l'article 45
de la loi constitutionnelle de 1982 pour formaliser, dans un document, la
constitution interne de l'État québécois. Donc vous, tantôt, vous avez
dit : C'est un processus qui est légal et qui est légitime, donc
l'Assemblée nationale peut très bien procéder de la façon dont elle procède
présentement en vue de doter l'État québécois de sa Constitution formelle,
parce que la Constitution québécoise, elle existe déjà, mais elle n'est pas
dans un seul et même document, mais le processus que nous utilisons
actuellement, il est légal, constitutionnel et légitime.
M. Newman (Dwight) : Je
dirais simplement que c'est la même chose que des autres entités fédérées ont
fait, pas exactement le même évidemment, le projet de loi contient une
constitution plus large un peu. Mais la Colombie-Britannique a adopté un acte
constitutionnel sur certaines choses et c'était avec l'utilisation de... de
certains articles par la législature là-bas. Il y a d'autres entités fédérées
comme la Saskatchewan, qui ont fait des changements, des modifications récentes
aux... aux Constitutions des entités fédérées avec l'article 45. Et alors, le
Québec peut faire la même chose, c'est un acte de l'Assemblée nationale qui...
qui fait ça selon l'acte constitutionnel de 1982 à l'article 45.
M. Jolin-Barrette : OK.
Pouvez vous nous parler de l'expérience de la Saskatchewan avec le Saskatchewan
First Act et le tribunal, également, je pense que vous l'appelez Assessment
tribunal par rapport à... au Conseil constitutionnel qu'on souhaite mettre
en place? Est-ce que le Conseil constitutionnel qu'on souhaite mettre en place
est légitime?
M. Newman (Dwight) : Je
dirais que oui. Le Conseil constitutionnel a des bouts un peu différents que le
tribunal à la Saskatchewan. C'est normal d'avoir des choix politiques un peu
différents aux... aux diverses entités fédérées qui sont différents. La
Saskatchewan a adopté ce tribunal pour analyser des lois fédérales,
principalement sur leurs... leurs impacts économiques. Le Conseil
constitutionnel, au Québec, on y va... on l'envisage comme un tribunal qui peut
analyser des impacts sur l'identité québécoise, des choses comme ça. Les droits
collectifs du Québec, c'est un tribunal tout à fait parallèle et, selon moi,
c'est... c'est légal et légitime d'avoir un tribunal comme ça pour offrir le
perspective de... du Québec en... et selon les... les éléments de la
Constitution, de ce Conseil constitutionnel, oui.
M. Jolin-Barrette : Je vous
remercie beaucoup, professeur Newman, je vais céder la parole à mes collègues,
mais un immense merci pour votre contribution aux travaux de la commission.
M. Newman (Dwight) : Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, Mme la députée
d'Anjou-Louis-Riel, il reste 1 min 15 sec, question réponse.
• (12 h 10) •
Mme Boivin Roy : Bon, alors
on va y aller rapidement. Merci beaucoup, professeur Newman, bonjour à vous.
Merci de votre présence en commission, vous avez certainement une feuille de
route qui est fort impressionnante. Je vais vous poser une question
générale : Est-ce que, pour vous, c'est important que notre Constitution
soit facile à faire évoluer?...
M. Newman (Dwight) : ...c'est
bien d'avoir la capacité de modifier une constitutionnelle... une constitution,
c'est nécessaire d'avoir la possibilité d'avoir des modifications. Ici, on a
des articles qui l'envisagent et alors on peut avoir plus de changement à
l'avenir. Je ne sais pas si je comprends bien la question parce que c'est la
Constitution du Canada qui a eu des problèmes avec des changements et c'est
nécessaire d'avoir des changements à la Constitution du Canada, éventuellement
pour reconnaître le Québec et avoir une place pour le Québec au Constitution du
Canada qui a été niée en 1942 dans un... 42, oui... dans un certain sens, c'est
nécessaire d'avoir des modifications, oui.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, je cède
maintenant la parole aux députés d'Acadie, s'il vous plaît.
Morin :
Merci, M. le Président. Alors, bonjour, professeur Newman. Merci de vous
joindre à nous aujourd'hui, c'est très apprécié. Merci également pour le
document que vous avez produit à la Commission. Dans le projet de loi du
gouvernement, la place qui est réservée aux Premières Nations, c'est deux
considérants et il ne semble pas y avoir aucun élément relativement à, par
exemple, des consultations préalables qui auraient pu avoir lieu avec les
Premières Nations. J'aimerais vous entendre là-dessus, vous n'abordez pas
vraiment cette question-là dans votre... dans votre document. Est-ce que ça
correspond à l'esprit de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des
peuples autochtones?
M. Newman (Dwight) : Je
dirais simplement qu'on pourrait avoir plus de consultation. On peut avoir
maintenant la consultation ici à la comité, mais c'est toujours préférable
d'avoir plus de concertation. Il faut avoir un engagement continuel avec des
Premières Nations et cette Constitution envisage la possibilité d'avoir des
discussions qui continuent, on a un mécanisme pour avoir une discussion, des
modifications de la Constitution chaque année essentiellement. Et alors, si on
commence avec un certain texte ici, ce n'est pas la fin de la Constitution du
Québec, c'est une ouverture constitutionnelle. Et je parle là-bas, je ne sais
pas si j'ai l'article... tous ici, mais en tout cas on a des articles qui
envisagent ça.
Morin : D'accord. Dans votre document... je vous remercie. Vous
parlez du Saskatchewan First Act et particulièrement de l'Economic Impact
Assessment Tribunal. Et vous faites un parallèle, en fait, si je vous comprends
bien, entre ça et le Conseil constitutionnel, qui est finalement dans la loi
sur le Conseil constitutionnel. Ce que vous appelez en Saskatchewan le
Tribunal, est-ce que c'est... est-ce que c'est un tribunal? C'est une cour de justice
ou c'est un comité consultatif?
M. Newman (Dwight) : C'est un
tribunal administratif, essentiellement. Alors, ce n'est pas simplement
consultatif, mais ce n'est pas une Cour de justice reconnue par le gouvernement
fédéral. Ce n'est pas une Cour supérieure, une entité fédérée comme la
Saskatchewan ne peut pas établir une cour supérieure comme ça, mais c'est une
tribunal administratif essentiellement, et le Conseil constitutionnel au Québec
deviendrait la même chose un peu, je crois. C'est ma compréhension de ça.
Morin : Et au sein... alors là, vous dites que c'est un tribunal
administratif, est-ce que, à la suite d'une évaluation, il est possible de
faire appel à une des décisions du tribunal qui évalue les impacts économiques
en Saskatchewan?
M. Newman (Dwight) : Il n'y a
pas de mécanisme pour des... pour des appels de ça, mais ça donne un avis, une
opinion, un jugement d'une sorte et c'est au gouvernement de la considérer et
de faire quelque chose avec...
M. Newman (Dwight) : ...ça,
s'il veut, mais c'est une recommandation plutôt qu'une jugement final. Et en
théorie, peut-être il y aurait des circonstances avec des «judicial review»,
tout ça, mais on n'imagine vraiment pas ça en ce moment. On a... On a reçu une
rapport de ce... de ce tribunal et on pourrait voir plus à l'avenir. Il y a
quelques... plusieurs choses qui sont là-bas maintenant.
M. Morin : Et quand un avis
est demandé à ce tribunal en Saskatchewan, il y a... il y a combien de membres
qui y siègent? Est-ce que c'est un membre unique? Est-ce que c'est une
formation de trois ou quatre personnes?
M. Newman (Dwight) : Je crois
que ça soit cinq... Mais je ne me souviens pas exactement le nombre, mais je
crois que ça soit environ cinq.
M. Morin : Et est-ce qu'un
membre du tribunal pourrait exprimer sa dissidence?
M. Newman (Dwight) : Je crois
que ça soit possible... circonstances, mais ce n'est pas nécessairement quelque
chose qui va arriver. On va avoir un... consensus avec ce tribunal, le premier
rapport a été avec une consensus. Je ne sais pas s'il y a une
article
spécifiquement sur cette question, mais ma compréhension serait que ça soit
possible, mais ça va être rare.
M. Morin : Qu'est-ce que vous
pensez de la disposition dans la loi, le projet de loi québécois, qui
dise : Ces avis — en parlant de l'avis du Conseil —sont
rendus à la majorité des membres et sans motif de dissidents. Comme si le motif
d'un dissident ne pourrait pas aider à l'évolution, par exemple, d'une
constitution.
Le Président (M.
Bachand) : Très rapidement, Professeur
Newman, s'il vous plaît.
M. Newman (Dwight) : Pardonnez-moi?
Le Président (M.
Bachand) : Rapidement, parce que le...
M. Newman (Dwight) : Oh,
rapidement.
Le Président (M. Bachand) :
Oui.
M. Newman (Dwight) : Les
opinions dissidents peut être utiles de temps en temps, certainement. Mais on
peut avoir des modèles... sont des raisons. Il y a des modèles européens, des
modèles françaises qui sont un peu plus comme ça, et je ne sais pas tous les
origines du modèle ici, exactement. On peut avoir des avis qui diffèrent sur le
rôle des raisons du tribunal ou d'une constitution...
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Merci beaucoup, M. le député de l'Acadie. M.
le député de Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Vous parlez des droits collectifs et des droits individuels. Est-ce que vous
pensez que les droits collectifs peuvent être en contradiction avec les droits
individuels?
M. Newman (Dwight) : Moi, je
crois qu'il est nécessaire de chercher un conciliation entre les deux plutôt de
parler d'une opposition entre les deux ou d'avoir une contradiction entre les
deux. Il est vraiment... Il y a des circonstances où des individus cherchent
une interprétation plus large des droits individuels et ils vont dire que les
droits collectifs sont en contradiction avec ça. Mais c'est préférable de
parler d'une conciliation entre les deux.
M. Bouazzi : On est d'accord
que les lois... droits collectifs, vous avez parlé de droits collectifs des
Premières Nations sont des droits qui non seulement sont en accord avec les
droits fondamentaux, mais en fait améliorent le droit à l'égalité. Et on espère
que les droits collectifs ne sont pas en contradiction, mais bien
complémentaires avec les droits fondamentaux des Québécoises et Québécois. Dans
ce projet de loi-là, le gouvernement se donne le droit de décider qu'un certain
nombre des décisions du Parlement ne peuvent plus être contestées. Et donc, les
droits fondamentaux des Québécoises et Québécois ne peuvent pas être invoqués
devant les cours. Est-ce que vous êtes d'accord avec ça?
M. Newman (Dwight) : Je ne
sais pas si je comprends bien cette
partie du loi. À mon avis, ça semblait être
plutôt que ce n'était... ce n'est plus possible d'utiliser des fonds publics
pour monter des questions devant les cours, les organismes non... pourraient
poser des causes, non?
• (12 h 20) •
M. Bouazzi : Bien, ça, c'est
l'article 5 qui est en soi problématique, mais l'article 9 dit que le Parlement
au Québec peut...
M. Bouazzi : ...lorsqu'il le
juge important inclure une position de souveraineté parlementaire d'office en
réponse à une décision, etc., sans la justifier, ce qui... ce qui fait en sorte
qu'il n'y a pas d'appel possible devant les tribunaux. Donc, en toute
honnêteté, je suis un peu étonné que vous n'ayez pas remarqué cette affaire-là.
Est-ce que vous êtes d'accord avec le fait qu'on ne peut plus invoquer les
tribunaux avec une majorité parlementaire?
M. Newman (Dwight) : Ah, OK.
OK. La clause de souveraineté parlementaire existe à la Charte canadienne, par
exemple, on va avoir...
M. Bouazzi : Mais est-ce que
vous êtes d'accord?
M. Newman (Dwight) : ...de
temps en temps des utilisations de ça, à mon avis peut-être...
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Merci, professeur Newman, je dois... je dois
céder la parole... à la députée de Terrebonne, s'il vous plaît. Merci.
Mme Gentilcore : Merci
beaucoup. Merci, M. Newman, c'est très intéressant tout ça. Écoutez, moi,
j'aimerais savoir, de mon côté, outre le fond de la question, puis le contenu
de la Constitution, normalement, quand on met en place une constitution,
qu'elle est un processus viable et acceptable pour arriver à produire une
constitution dans une nation?
M. Newman (Dwight) : Ça
dépend des circonstances, vraiment. J'ai vu des mémoires qui parlent de ça, qui
envisagent des pays tout à fait indépendants et des constitutions là-bas. Le
Québec comme une entité fédérée a utilisé l'article 45 de la loi
constitutionnelle de 1942 et cet
article envisage l'adoption d'une Constitution
avec une majorité dans l'Assemblée nationale comme dans une législature d'une
autre entité fédérale. Évidemment, on peut avoir beaucoup de discussions sur
une Constitution plus large comme ceci et il y a beaucoup de témoins qui
viennent à le comité pour avoir des discussions. C'est une bonne chose d'avoir
beaucoup de discussions sur une constitution, mais on peut avoir des méthodes variées
aux diverses circonstances où on adopte une constitution.
Mme Gentilcore : Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Alors sur ce
professeur Newman, merci beaucoup d'avoir été avec nous, c'est très apprécié.
Et sur ce, je suspends les travaux de la commission quelques instants pour
accueillir nos prochains invités.
(Suspension de la séance à 12 h 23)
(Reprise à 12 h 25)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, sil vous plaît, la commission reprend ses
travaux. Il nous fait plaisir d'accueillir M. Jean-Sébastien Barriault et M.
Gaétan Lelièvre. Alors, merci d'être avec nous. Alors, je pense que vous avez
une présentation individuelle et commune en même temps, donc je vous cède la
parole immédiatement et après on aura une période d'échange avec les membres de
la commission. Merci.
M. Barriault (Jean-Sébastien) : Oui,
bonjour, vous m'entendez bien?
Le Président (M.
Bachand) : Oui, très bien.
M. Barriault (Jean-Sébastien) : OK,
donc, et bien, bonjour. Tout d'abord, j'aimerais remercier la Commission des
institutions de nous entendre aujourd'hui. Si vous me le permettez, j'aimerais
également prendre quelques instants pour présenter les membres de notre groupe,
des citoyens engagés qui ont à cœur les régions. Il s'agit de M. Yvon Leclaire,
ancien président de l'association des CLD du...
M. Barriault (Jean-Sébastien) : ...du
Québec, M. Normand Chouinard, ex-vice-président aux investissements au Fonds de
solidarité FTQ, M. Pierre Berthelot, historien, auteur et rédacteur principal à
la Fondation Lionel-Groulx et M. Gaétan Lelièvre, ex député de Gaspé et
ministre délégué aux Régions et conseiller en développement régional, ainsi que
moi-même, Jean-Sébastien Barriault, ex-maire des Méchins, ex-conseiller politique
et consultant en développement de projets chez JSBC. Donc, si nous sommes ici
aujourd'hui, c'est pour demander à ce que l'État intègre les 17 régions à la
Constitution du Québec, car si le Québec possède une Capitale nationale, comme
le rappelle l'article 31 de la
partie 1 du projet de loi, il possède également
une métropole et 15 autres régions. Nous voulons que l'ensemble de ces régions
soit reconnu comme acteur politique, économique et social, car après tout,
c'est ce qu'elles sont.
Au même
titre que le fleuve ou que notre
drapeau, le fleurdelisé, les régions s'inscrivent dans le paysage laurentien et
agissent comme lieux d'ancrage. Elles singularisent l'expression de notre
identité collective qui se décline à travers ces territoires d'appartenance
sous la forme de terroirs culturels, économiques mais également politiques.
Jusqu'à aujourd'hui, ces rôles multiples joués par les régions n'ont pas
bénéficié d'une juste reconnaissance de la part de l'État québécois. Cependant,
le projet de Constitution nous offre l'occasion de corriger cette lacune. C'est
la raison d'être de notre présence ici aujourd'hui, nous demandons que cette
reconnaissance soit enchâssée dans la Constitution et qu'elle s'accompagne de
pouvoirs et de leviers permettant aux régions d'agir en véritable
partie
prenante et partenaire de l'État québécois. Nous croyons que cette
reconnaissance permettra de contrer les politiques mur à mur et qu'elle
outillera les institutions locales et régionales frappées de plein fouet par
les... les bouleversements démographiques, économiques et environnementaux.
Nous pensons également que cette reconnaissance sera bénéfique à l'ensemble du
Québec en permettant d'assurer un meilleur dialogue entre les régions et l'État
québécois. Donc, maintenant, j'aimerais laisser la parole à mon collègue, M.
Gaétan Lelièvre.
M. Lelièvre (Gaétan) : Oui,
bonjour, merci, M. le Président, M. le ministre, Mmes, MM. les députés des
différentes formations politiques, merci de nous accueillir aujourd'hui, puis
de nous permettre de s'exprimer sur le projet de loi n°1, un projet
extrêmement... un projet de loi extrêmement important. Comme mon collègue vous
l'a mentionné, notre objectif, ce matin, est de démontrer, tenter de démontrer
la grande importance que revêtent les régions dans l'histoire du Québec, mais
aussi dans l'avenir du Québec. Dans le projet de loi, vous mentionnez
l'importance de la Capitale nationale, qui est Québec, on pourrait également
mentionner l'importance de notre métropole, Montréal, mais également l'importance
et le rôle... le rôle ultimement essentiel que joue l'ensemble des autres
régions qui composent le Québec. Le Québec est un immense territoire au plan
géographique, avec une densité de population extrêmement faible, mais malgré
tout ça, on a toujours réussi à faire ressortir l'ensemble des... des forces
que le Québec peut démontrer, tant au niveau national qu'international, très
souvent, en intégrant la participation des différentes régions dans les enjeux
majeurs qui ont touché le Québec au cours de son histoire. Puis on pense que
la... le moment, le momentum actuel est excellent, profiter de l'occasion de la
mise en place d'une Constitution pour reconnaître le rôle important de
l'ensemble des régions au développement de notre coin pays, bien, ça s'avère
une occasion privilégiée puis c'est ce qu'on aimerait discuter avec vous
aujourd'hui.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Alors on va
débuter la période d'échange, on va ajuster les temps un petit peu, M. le
ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui,
alors, bonjour, M. Barriault, bonjour, M. Lelièvre. Donc, très content de vous
voir, content de vous revoir, de revoir un ancien collègue ici, à l'Assemblée.
Écoutez, merci pour votre mémoire. On a juste 5 min, ça fait que je sais que le
député de Gaspé veut... veut poser des questions, mais je vais... je vais lui
céder la parole tout de suite, mais peut-être dans votre réponse à la suite de
sa question, aussi, je voulais vous demander ce que vous pensez, notamment, de
la décision du DGEQ sur la carte électorale pour la Gaspésie aussi. Donc, en
complément de réponse, aussi, vous pouvez répondre, mais je cède la parole au
député de Gaspé.
Le Président (M.
Bachand) : Le député de Gaspé, s'il vous plaît.
• (12 h 30) •
M. Sainte-Croix : Merci, M.
le Président. Bonjour, MM., à mon tour de vous, de vous saluer et de vous
remercier pour votre contribution à nos travaux. Écoutez, M. le ministre me...
me vole les mots de la bouche. Ma question, ma première question serait pour M.
Lelièvre, concernant le récent arrêt Lalande de la Cour d'appel. Celui-ci est
en directe contradiction avec la volonté exprimée par le Parlement du Québec
quant à la représentativité électorale de la Gaspésie...
Haut de la page
12 h 30 (version non révisé
e) M. Sainte-Croix : ...Croyez-vous
que les tribunaux devraient toujours être l'arbitre désigné pour ce genre de
débat démocratique? Qui devrait avoir le dernier mot? Je vous écoute, M.
Lelièvre.
M. Lelièvre (Gaétan) : Bien,
c'est évident d'emblée que je vous dirais que les impacts éventuels de l'application
de la décision des tribunaux sur la composition des deux circonscriptions de
Gaspé et Bonaventure sont extrêmement néfastes pour les intervenants de la
région. Donc, ce serait vraiment... ce serait vraiment errer au sens politique,
mais aussi au sens social et économique, parce que ça mettrait en péril la
viabilité d'une
partie de la région de la Gaspésie. Ce serait un territoire qui
serait extrêmement grand, avec beaucoup de diversité, vous le savez, M. le
député, pour le représenter... en représenter une
partie aujourd'hui. Je l'ai
fait pendant six ans, donc je suis en mesure de vous dire que ce serait
principalement les citoyens et citoyennes des deux circonscriptions qui
seraient les grands perdants. Et je pense que le débat doit avant tout être un
débat qui devrait se dérouler au plan de l'Assemblée nationale et non pas au
niveau des tribunaux. Donc, j'espère que la loi va être modifiée afin d'éviter
une situation que je qualifierais de désastreuse pour la Gaspésie.
M. Sainte-Croix : Merci, M.
Le Lièvre. M. Barriault, vous proposez la création d'une Chambre des régions
regroupant les 45 députés issus des listes régionales. Pouvez-vous nous en
parler davantage? Comment cette Chambre des régions va-t-elle interagir dans le
processus parlementaire et législatif? Je vous écoute, M. Barriault.
M. Barriault (Jean-Sébastien) : Bien,
écoutez, en fait, ça, c'est... ça fait l'objet d'un autre mémoire que j'ai
déposé aussi. Quand j'ai... Mon idée derrière ça, c'était de reprendre qu'est-ce
qu'il y avait dans la réforme du mode de scrutin, notamment. Il y avait
justement cette idée-là de proposer la création de 45 comtés de région avec des
listes régionales. Toutefois, l'enjeu que je voyais là, c'était qu'on se
retrouvait avec un parlement hybride, avec des députés de listes et de députés
de circonscriptions comme on les connaît actuellement qui auraient siégé
ensemble. Donc, c'était une idée que je suggérais. Mais moi, ce que j'aimerais,
c'était surtout d'apporter ça à l'attention des gens qui siègent au Parlement
et qu'il aille un débat là-dessus, parce que comme un peu M. Lelièvre l'a dit
tout à l'heure, l'idée qu'on se ramasse en Gaspésie avec un comté qui va faire,
si je ne me trompe pas, je pense c'est 31 fois la superficie de l'île et non
pas de la ville, mais de l'île de Montréal, ça pose un enjeu. Comme vous savez,
on avait déjà fait le calcul et avant même qu'on agrandisse le comté, le député
de Gaspé allait avoir passé une année dans sa voiture. Ça, c'était avant qu'on
agrandisse le comté. Si on le double, j'espère que le député ne va pas passer deux
ans dans sa voiture. Donc, il y a des enjeux là, à mon avis, qu'il faut considérer,
et ça serait bien que le Parlement en prenne note et qu'il trouve une solution
à cet égard.
M. Sainte-Croix : Merci, M. Barriault.
M. Lelièvre, vous parlez de remplacer volontairement la terminologie «occupation
du territoire» par le concept de «digne occupation du milieu de vie». Pouvez-vous
développer davantage sur ce concept-là?
M. Lelièvre (Gaétan) : Oui,
avec plaisir. On entend depuis de nombreuses années l'appellation, là, «occupation
de territoire». Bon, c'est une expression qui circule dans plusieurs
organisations, plusieurs ministères et je trouve que c'est... c'est
restricteur, dans le sens qu'on n'est pas juste un territoire, les régions. On
n'est pas juste un lieu de prélèvement des ressources naturelles. Nous sommes
des milieux de vie dans lesquels réside depuis très longtemps différentes
communautés et je pense que si on amenait, si on humanisait un peu le terme «territoire»,
bien, ça pourrait peut-être faire prendre conscience plus facilement à certains
décideurs que des conséquences énormes de certaines décisions sur justement le
milieu de vie, le territoire sur lequel des gens habitent et veulent continuer
à habiter. Dans le fond, mon objectif serait d'humaniser un peu, là, le terme,
là, «territoire» pour rappeler qu'il y a des gens qui vivent sur ces territoires-là
et que ce ne sont pas strictement des lieux de prélèvement de ressources
naturelles.
M. Sainte-Croix : Merci, M.
le Lièvre. Ma prochaine et dernière, M. le Président, serait pour M. Barriault.
M. Barriault, voyez-vous d'autres moyens, dans le cadre du projet actuel, de
reconnaître davantage les différentes régions du Québec? Si oui, lesquels?
M. Barriault (Jean-Sébastien) : Bien,
je crois que dans notre mémoire, on proposait trois mesures, notamment, là, de
recréer des lieux de concertation comme on avait...
M. Barriault (Jean-Sébastien) : ...sur
le modèle des conférences régionales des élus qui ont permis quand même des
belles réussites au niveau... en tout cas, je peux témoigner pour le niveau de
la Gaspésie, on a l'alliance de l'énergie de l'est, entre autres, la société du
chemin de fer de la Gaspésie, ce sont toutes des initiatives qui ont émergé un
peu de cette concertation-là, qui étaient permises au niveau régional, que
malheureusement aujourd'hui n'existe plus dans la forme qu'il y avait
auparavant, et ça pourrait être une des mesures qui pourrait permettre
justement de redonner un peu corps aux régions, de permettre aux régions aussi
de s'exprimer parce que les régions ont besoin d'une tribune pour s'exprimer et
pour collaborer davantage avec l'État central.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de l'Acadie pour
4 minutes 25 secondes, s'il vous plaît.
Morin :
Merci, M. le Président. Alors, M. Barrialt, Lelièvre, bonjour. Merci d'être...
d'être avec nous. J'aimerais continuer un peu dans la ligne de question du
député de Gaspé relativement à la Chambre des régions que vous soulignez à la
page trois de votre mémoire, juste pour comprendre un peu comment ça
fonctionnerait parce que vous dites que vous ne voulez pas que l'Assemblée
nationale devienne une chambre hybride composée de deux catégories de députés.
Cependant, vous voulez qu'on accorde à cette Chambre des régions les mêmes
pouvoirs législatifs que l'Assemblée nationale. Donc, est-ce qu'il y aura un
partage des pouvoirs entre les deux chambres? Est-ce qu'elles vont pouvoir
légiférer sur les mêmes sujets? Alors, j'aimerais vous entendre là-dessus, s'il
vous plaît.
M. Barriault (Jean-Sébastien) : Bien,
écoutez, tout d'abord, merci pour la question. Je tiens à préciser que ça,
c'était l'objet d'un autre mémoire, ce n'était pas le mémoire sur la
décentralisation vers les régions. Cela dit, si vous me permettez, je voulais,
avec cet argument-là surtout mettre de l'avant l'aspect qu'on allait se
retrouver avec deux catégories de députés dans la composition de l'Assemblée
telle que prévu dans l'ancien projet de loi qui créait 45 députés de
liste. Donc, à mon avis, pour éviter justement qu'on se retrouve avec une
chambre hybride, c'était l'idée de les dissocier, les deux catégories de
députés, mais écoutez, ça faisait l'objet d'un autre mémoire. Et pour... je
crois qu'il y a d'autres manières aussi de donner voix davantage aux régions,
notamment avec les propositions qu'on a proposées avec M. Lelièvre et nos
collègues dans le projet de mémoire sur la décentralisation vers les régions.
Morin : Je vous remercie. Puisqu'on parle de différentes
chambres, qu'est ce que vous pensez de... quelle devrait être la place que les
Premières Nations occupent là-dedans? Parce que je comprends que dans trois
considérants, on mentionne les Premières Nations, on n'en parle pas dans le
projet de loi, il ne semble pas y avoir eu de consultation non plus. Comment on
pourrait... Bien, bien sûr, j'imagine qu'il faudrait leur en parler d'abord,
mais comment on pourrait assurer de leur représentativité?
M. Lelièvre (Gaétan) : Bien,
c'est sûr que c'est une question qui est extrêmement pertinente. Il est reconnu
de plus en plus que les Premières Nations doivent jouer un rôle prépondérant
dans les différents enjeux qui touchent le Québec, autant... à divers niveaux.
Maintenant, les modalités peuvent être diverses, mais je vous dirais qu'autant,
à mon humble avis, on reconnaît de plus en plus l'importance, voire la
nécessité de consulter et d'impliquer les Premières Nations dans différents
enjeux de la société québécoise, autant notre objectif c'est de tenter de
démontrer l'importance également de considérer les régions dans les enjeux qui
touchent le Québec, qui concernent le Québec. Donc, notre objectif aujourd'hui,
c'est davantage d'insister sur l'importance également de considérer, de
consulter les intervenants en région de plus en plus les moyens le permettent,
technologiques, etc. On peut décentraliser efficacement, on peut régionaliser
et on on pense que de cette façon-là, il y aurait un gain majeur, substantiel
au niveau de l'efficacité de l'action gouvernementale si on pouvait
décentraliser vraiment différentes responsabilités, tant au niveau local,
territorial, MRC que régional.
• (12 h 40) •
Morin : Je vous remercie parce qu'en fait, la façon dont vous
nous parlez, évidemment, on sent toute l'importance des régions du Québec.
Justement, est-ce qu'il n'aurait pas été préférable pour le gouvernement de
mettre sur pied une commission transpartisane composée de tous les partis, de
différents citoyens, qui auraient fait justement le tour des régions? Parce
qu'on vous remercie, vous avez pris de votre temps, vous nous parlez
aujourd'hui, mais je veux dire, on n'a pas beaucoup de temps, vous le voyez là,
est-ce que c'est un processus qui aurait davantage à être...
Morin : ...à unir, justement, le Québec.
M. Lelièvre (Gaétan) : Bien,
écoutez, en termes de consultation, on trouve... tout le monde trouve qu'on
n'en fait jamais assez. Est-ce que les moyens qui ont été retenus par le
gouvernement sont suffisants? Je ne crois pas que c'est... je ne me sens pas à
l'aise de répondre à votre... à votre question, là, bien objectivement, parce
que c'est une situation qui est extrêmement complexe, c'est un projet de loi
qui est, oui, effectivement, relativement important. Puis c'est sûr qu'en
termes de consultation, on peut se déplacer sur le territoire, ça aurait pu
avoir un impact positif, mais bon, vous voyez, on est en Gaspésie par la magie
du web qui nous évite un déplacement de 16 h, on peut quand même être avec vous
pour vous transmettre nos préoccupations. Je vous dirais que c'est ce que j'aurais
le goût de vous répondre là pour le moment.
Morin : Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Merci. M. le député de
Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Merci beaucoup pour votre proposition. Vous poser une question essentielle qui
est la question de notre système démocratique. C'est un sujet qui a été, vous
le dites dans votre mémoire, mis de l'avant à un certain moment par plusieurs
partis politiques. Vous parlez de la proportionnelle de la place des régions,
vous rappelez que le premier ministre actuel en 2018 avait, avec d'autres
partis, appelés à cette élection proportionnelle mixte. Est-ce que vous avez
proposé cette... est-ce que vous avez été consulté et donné cette proposition
au gouvernement avant de recevoir le projet de loi 1?
M. Lelièvre (Gaétan) : En ce
qui me concerne, la réponse est non. Ce n'est pas un élément que je... où je
m'étais prononcé officiellement. Je ne sais pas si M. Barriault, lui,
s'était prononcé de son côté.
M. Barriault (Jean-Sébastien) : Non,
même chose pour moi. Encore une fois, je tiens à dire que c'est... la
proportionnelle, ça fait
partie d'un argument qui était dans un autre mémoire.
Tout ça aussi, c'était dans l'idée aussi de toujours assurer une place aux
régions dans le système québécois. Et je crois qu'avec le mémoire pour laquelle
aujourd'hui on avait été convoqués, on a... on mettait de l'avant des bons
éléments, des bonnes mesures, parce que moi, j'étais un maire justement à l'époque
où il y avait la CRÉ, ce n'était pas parfait la CRÉ, mais ça nous permettait
justement d'avoir une tribune, de faire entendre plus facilement la voix des
régions. Et on... aussi, il y avait une expertise qui se créait autour des
conférences régionales des élus, on accompagnait l'État aussi dans le... dans
le processus, quand il y avait, par exemple, des budgets qui étaient attitrés à
des projets de développement régional... ce regroupement d'élus là permettait
justement de donner une opinion, un avis, donc c'est un peu cet esprit-là qu'on
aimerait retrouver pour encore une fois mettre de l'avant les régions dans le
système québécois.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée
de Terrebonne.
Mme Gentilcore : Oui, merci.
Qu'est-ce que vous pensez du fait que le projet de loi vise à restreindre, en
fait, le pouvoir des municipalités de contester des lois devant les tribunaux?
Est-ce que vous voyez ça comme... comme un recul, dans le fond, pour la
gouvernance des régions du Québec?
M. Lelièvre (Gaétan) : Bien,
ce que j'aurais le goût de vous dire par rapport à ça... les municipalités,
pour avoir oeuvré pendant plus de 35 ans dans le domaine municipal,
régional et local, on nous a enseigné dès les premiers moments où je suis
arrivée en fonction que les municipalités étaient des structures du
gouvernement du Québec, hein, donc relèvent directement du ministère des
Affaires municipales et d'habitation. Donc, je crois que les municipalités sont
habituées, à tort ou à raison, d'oeuvrer dans un contexte-là où il y a une très
grande emprise de l'intervention gouvernementale sur leur action. On dit que ce
sont des gouvernements de proximité, c'est un terme intéressant à première vue,
mais je pense que c'est un terme qui est un petit peu galvaudé, en tout
respect, parce que les municipalités ont très peu d'autonomie. Maintenant, si
le projet de Constitution leur enlève encore plus de marge de manœuvre, je
trouverais ça déplorable, honnêtement là, parce que déjà l'action des municipalités
est très, très fortement guidée par les décisions gouvernementales, notamment
du...
Mme Gentilcore : Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, donc,
M. Barriault, M. Lelièvre, merci infiniment d'avoir participé aux
travaux de la commission. Sur ce, la commission suspend ses travaux jusqu'à 15
h. Merci, à tantôt.
(Suspension de la séance à 12 h 45)
Haut de la page
15 h (version non révisée)
(Reprise à 15 h 20)
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
La commission reprend ses travaux. Alors, cet après-midi, nous entendrons six
présentations et échanges. Et je souhaite la bienvenue à M. Dominic Courtois et
M. Paul Germain. Vous disposez chacun de quatre minutes pour votre exposé.
Après quoi, nous procéderons à la période d'échange...
La Présidente (Mme Boivin Roy) : ...échange
avec les membres de la commission. Je vous cède la parole pour vos exposés.
M. Germain (Paul) : Je peux...
je peux bien commencer. Bon, Paul Germain, maire de la ville de Prévost. Mmes,
MM. les parlementaires, une Constitution n'est pas qu'un texte d'organisation
des pouvoirs, elle exprime ce que l'État juge fondamental, ce qu'il place au
sommet de sa hiérarchie normative. Aujourd'hui, je vous invite à poser un geste
clair, c'est reconnaître le droit à un environnement sain et un climat stable,
comme un droit constitutionnel. À l'échalle... à l'échelle mondiale, le trois
quarts des juridictions qui possèdent des constitutions reconnaissent
totalement ou explicitement ce droit-là. Le Québec se veut un État moderne,
responsable et tourné vers l'avenir. À l'occasion de combler ce... il a
maintenant l'occasion de combler ce retard historique. Il s'agit... plus qu'un
symbole, il s'agit d'un enjeu de sécurité sociale, économique et démocratique.
Sur le terrain, les municipalités sont en
première ligne de la crise climatique : inondations, vagues de chaleur,
pression sur les réseaux d'eau, infrastructures fragilisées et, surtout,
protection du territoire. Mais elles agissent sans véritables remparts
constitutionnels, souvent avec des ressources limitées, une instabilité
jurisprudentielle et un risque juridique courant... constant. Une
reconnaissance constitutionnelle changerait profondément leur cadre d'action.
On parle beaucoup d'adaptation, mais sans atténuation réelle, l'adaptation
devint... devient un exercice inutile. Au-delà de 1,2... 2 degrés de
réchauffement, les coûts exploseront, les infrastructures deviendront désuètes
et la pression sur les finances publiques sera insoutenable. C'est pourquoi
l'atténation... l'atténuation et l'adaptation doivent être juridiquement liées
au plus haut niveau du droit.
Le Québec dispose déjà d'une
loi sur le
développement durable, mais cette loi n'a pas de primauté juridique, n'impose
ni aux lois ni aux règlements et ne crée aucun droit... opposable. Or, le cadre
constitutionnel existe précisément pour imposer ce qu'une politique seule ne
garantit pas.
En France... en 2005, la France a intégré
sa charte environnementale à son bloc constitutionnel. Depuis, le Conseil
constitutionnel français peut censurer des lois incompatibles avec la
protection de l'environnement. Prenons un exemple tiré de l'actualité récente,
celui des tentatives de déréglementation portées par le sénateur Duplomb en vue
de réintroduire certains pesticides interdits en agriculture en France.
L'argument est toujours le même : réduire les coûts, alléger les
contraintes, augmenter la production. Or, dans ce dossier précis, ce sont les
principes constitutionnels issus de la Charte de l'environnement française qui
ont permis au... au Conseil constitutionnel de censurer les dispositions
autorisant la réintroduction de l'acétamipride. Sans protection constitutionnelle,
une réglementation peut être démantelée par simple changement politique. Avec
une protection constitutionnelle, elle devient un rempart durable contre les
reculs. L'Environnement et le climat ont toujours besoin de ce verrou
juridique.
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
M. Germain, je vais vous inviter à conclure, merci beaucoup.
M. Germain (Paul) : En fait,
ce que je vous propose donc, c'est d'inclure le texte suivant dans la future
Constitution du Québec : Toute personne a le droit de vivre dans un climat
stable, un environnement sain, respectueux de la biodiversité. L'État a le
devoir, dans la mesure de ses moyens, d'assurer la protection, la préservation
et la défense de ses conditions dans un esprit de responsabilité intergénérationnelle
du bien commun. Merci.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci
beaucoup. M. Courtois, la parole est à vous.
M. Courtois (Dominic) : Merci,
Mme la Présidente, distingués membres de la Commission, c'est un honneur d'être
reçu parmi tant d'organisations et de personnes qui sont les piliers de notre
société civile. Je salue d'ailleurs et j'appuie la présentation de M. Germain.
C'est un grand privilège de participer à ce moment historique pour le Québec.
Je m'appelle Dominic Courtois, je suis professeur de géographie au collège
Bois-de-Boulogne. Mon objectif aujourd'hui est de communiquer...
M. Courtois (Dominic) : ...l'importance
d'inscrire l'universalisme dans la constitution. Il est important de le faire
pour trois raisons.
D'abord parce que l'universalisme est un
cadre normatif qui permet d'arbitrer les conflits entre nos droits,
particulièrement nos droits individuels et nos droits collectifs. Deuxièmement,
parce que ce cadre normatif permet de faire vivre la liberté et l'égalité, quelles
que soient nos origines. Troisièmement, parce qu'inscrire l'universalisme dans
la constitution aiderait à affirmer et définir notre contrat social pour
favoriser le vivre ensemble. Le cadre normatif universaliste repose sur un
grand principe, à savoir le choix de la raison et des faits empiriques pour
déterminer ce qui est valable en société, à l'opposé de tout dogme, qu'il soit
coutumier, religieux ou idéologique.
Concernant la justice, deux principes
découlent de ce premier. D'abord que tous les êtres humains sont égaux en
dignité et en droits. Ensuite, que le droit doit promouvoir une moralité qui
soit la plus universaliste possible, c'est-à-dire la protection des vulnérables
et la promotion du bien commun. C'est cet universalisme qui est à l'origine des
droits promus dans la Déclaration universelle des droits de l'homme de l'ONU de
1948. Ce cadre normatif permet non seulement d'affirmer le droit individuel à
l'égalité et à la liberté, mais aussi les droits collectifs tels que le droit à
l'autodétermination des peuples, les droits des minorités et les droits des
peuples autochtones.
En ce qui concerne le droit à
l'autodétermination, j'invite le ministre à intégrer les recommandations de
l'Institut de recherche sur le Québec à propos de la création d'une nationalité
québécoise, comme pour la création d'un cadre constitutionnel qui permettrait
aux nations autochtones de déterminer les modalités de leur propre nationalité.
Il existe de nombreux exemples concrets de l'importance d'enchâsser
l'universalisme dans la constitution québécoise. Au Québec, le consensus
universaliste établi pendant la Révolution tranquille a permis de rejeter les
dogmes catholiques dans notre justice, de promouvoir l'égalité hommes-femmes,
tout comme le respect des minorités, notamment sexuelles, et d'assurer la
laïcité de l'État. De même, ce consensus a aussi permis d'affirmer notre droit
à l'autodétermination face au Canada et le droit de protéger notre langue et
notre culture. Le devoir de protection des personnes vulnérables issu des
principes universalistes contribue à expliquer le revirement complet des
indicateurs sociaux par rapport au Québec d'avant la Révolution tranquille. En
effet, le Québec est aujourd'hui l'État nord-américain avec la meilleure espérance
de vie, le plus haut taux d'emploi des femmes, un des plus bas taux de
criminalité et de pauvreté. Le Québec possède, entre autres, une des meilleures
structures pour favoriser l'accès aux études supérieures et lutter contre la
pauvreté infantile. Opter pour le multiculturalisme, qui réduit l'importance
d'une culture civique commune et favorise le traitement différent des individus
en fonction de leur statut conduit plutôt à des situations telles que celle
mentionnée dans mon mémoire, où les droits individuels de la jeune Yasmine
Mohammed ont été bafoués puisque la violence de son père a été minimisée au
regard des coutumes traditionnelles. Il est à noter, d'ailleurs, que le
préambule de la Charte canadienne des droits et libertés se réfère à la religion
comme cadre normatif affirmant la suprématie de Dieu et la primauté du droit.
Ainsi, reconnaître l'universalisme dans la Constitution du Québec, c'est
assurer le respect de la raison et des faits empiriques de l'égalité et de la
liberté.
En conclusion, inscrire l'universalisme
dans notre conscience protégerait nos droits individuels et collectifs et
clarifierait le contrat social au cœur de la Révolution tranquille pour que
dans notre démocratie, l'égalité reste un fondement inviolable, qu'aucun droit,
statut ou croyance ne peut dénaturer. Merci.
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Je vous remercie beaucoup, M. Courtois. Alors merci pour votre exposé.
Nous allons maintenant débuter la période d'échange, M. le ministre, la parole
est à vous.
M. Jolin-Barrette : Merci,
pour une période de?
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Vous avez 10 min... 10 min 45 sec.
M. Jolin-Barrette : Merci
beaucoup. Alors, M. Courtois, M. Germain, merci beaucoup de participer aux
travaux de la commission. On est heureux de vous entendre dans le cadre de
l'étude du projet de loi 1, la Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec.
Alors, peut-être, M. Courtois, dès le départ, là, sur la question des droits
collectifs, là, je crois comprendre que vous dites qu'ils sont fragilisés par
le multiculturalisme. Est-ce bien ça?
M. Courtois (Dominic) : Oui,
ou les droits collectifs sont fragilisées par le multiculturalisme dans le sens
où le droit individuel à l'égalité et la liberté est contraint par un cadre
communautaire et aussi, dans le fond, si on regarde le droit collectif de la
culture québécoise, on peut concevoir les cultures dans le monde comme un
écosystème. Et il faut voir que chaque culture dans le monde est égale et
contribue à faire vivre cet écosystème-là. Dans un contexte multiculturaliste
où, dans le fond, la culture québécoise n'a pas plus d'importance ici que
n'importe quelle autre culture, bien, on réduit l'espace de cette culture-là et
c'est une perte pour l'ensemble de l'humanité parce que la culture québécoise
n'a que cet environnement-ci pour vivre, alors que les autres cultures ont
d'autres environnements. Que ce soit la culture chinoise, indienne ou
marocaine, par exemple.
• (15 h 30) •
M. Jolin-Barrette : OK...
Haut de la page
15 h 30 (version non révisé
e) M. Jolin-Barrette : ...peut-être
une autre question puis ensuite, je vais passer à M. Germain, là. Dans un texte
du Devoir du 25 avril dernier, Un droit à la différence québécoise , vous
disiez ceci : Interdire l'usage préventif de la disposition de dérogation
comme le souhaite Mark Carney ferait pencher la Constitution canadienne encore
davantage en faveur des droits individuels selon la perspective centralisée de
la Common Law anglo-canadienne et au détriment de la pensée juridique
civiliste et distincte du Québec.
C'est un peu ça, ce qu'on souhaite faire
avec la Constitution du Québec, justement, protéger à la fois les libertés
individuelles mais aussi les droits collectifs de la nation, puis aussi, faire
en sorte que, en vertu du principe de souveraineté parlementaire, ça demeure le
Parlement du Québec, des élus québécois qui vont déterminer de quelle façon les
rapports s'exercent. Donc, vous êtes d'accord avec le fait qu'on assure
davantage de souveraineté parlementaire puis qu'on reconnaît ce principe-là
dans la Constitution québécoise?
M. Courtois (Dominic) : Tout
à fait, et je pense que l'universalisme, si on l'affirme dans la Constitution,
on va aider à, justement, donner un cadre normatif qui permet de comprendre les
limites des droits individuels. Par exemple, dans la campagne contre la loi 96,
M. Carney disait qu'un droit est un droit, et c'est un fait, un droit est un
droit, mais qui doit être limé... limité lorsque les répercussions socioculturelles,
économiques ou environnementales de cette liberté individuelle causent un
préjudice aux droits collectifs de la société, par exemple.
M. Jolin-Barrette : D'où l'importance
d'inscrire dans la Constitution québécoise qu'il existe des droits collectifs
pour la nation, notamment la laïcité, le français, l'égalité entre les femmes
et les hommes. Pourquoi c'est important d'indiquer l'égalité entre les femmes
et les hommes dans... dans la constitution comme droit collectif?
M. Courtois (Dominic) : Bien,
parce que dans le cadre de l'évolution de ce qu'on voit mondialement, dans le
fond, le droit des femmes est remis en question au nom des libertés
individuelles religieuses, entre autres, mais ça peut être au nom de d'autres
idéologies, des idéologies masculinistes, par exemple. Et donc, c'est très
important de protéger le droit collectif des femmes à l'égalité avec les hommes.
M. Jolin-Barrette : Pensez-vous,
parce qu'on a eu des groupes, là, qui sont venus nous dire, là : Ne faites
pas ça. Ça restreint les libertés individuelles des femmes de faire ça. Pensez-vous
qu'ils ont raison?
M. Courtois (Dominic) : Je ne...
de...
M. Jolin-Barrette : De venir
dire, exemple : L'égalité entre les femmes et les hommes prime sur la
liberté de religion. Il ne faudrait pas faire ça. Moi, ça m'apparaît normal qu'au
Québec, ce qui est en haut de la liste, quand on interprète nos droits, puis
quand les tribunaux vont prendre en compte une évaluation de deux droits, si
jamais ils se retrouvent dans une situation où la liberté de religion est
invoquée face à l'égalité entre les femmes et les hommes, mais que nous, comme
société, on se dise : Wow, minute. L'égalité entre les femmes et les hommes
va primer sur la liberté de religion. Êtes-vous d'accord avec ça?
M. Courtois (Dominic) : Ça me
semble aussi une évidence, mais pas seulement une évidence. Ça me semble
quelque chose d'absolument nécessaire puisqu'on voit le recul du droit des femmes
dans plusieurs démocraties à travers le monde et donc, c'est plus important que
jamais de l'affirmer.
M. Jolin-Barrette : OK, je
vous remercie. Si vous permettez, je vais passer à M. le Maire. Donc, vous êtes
maire sur la rive nord de Montréal, ville de Prévost dans les Laurentides.
Votre mémoire est beaucoup sur l'environnement, qu'on devrait l'écrire. Déjà, à
46.1 de la Charte, là, des droits et libertés de la personne, on dit :
Toute personne a droit, dans la mesure et suivant les normes prévues par la
loi, de vivre dans un environnement sain et respectueux de la biodiversité. Est-ce
que ça atteint ce que vous souhaitez?
M. Germain (Paul) : Bien, au
même
titre que la
Loi sur le développement durable, puis on peut voir, je n'ai
pas vérifié, là, mais les deux dispositions, je pense, datent de 2006, ça fait
que cette modification là, à la Charte, a été faite, je crois, en même temps
que la
Loi sur le développement durable. C'est resté des dispositions interprétatives,
ça... ça n'a pas donné le pouvoir à un citoyen d'invoquer ce droit-là. Ça fait
qu'à mon avis, ça devrait, le droit à un environnement sain et un climat stable,
ce devrait être au plus haut niveau du droit, et c'est non seulement à être au
plus haut niveau du droit, mais une constitution c'est... oui, c'est des
notions de droit, mais c'est aussi des symboles, et je pense que c'est la
conjonction des symboles et du droit, et je pense qu'au XXIᵉ siècle, si on est
lucides, raisonnables, ce droit-là doit être dans la Constitution et être là
pour pouvoir, aussi... une constitution, c'est là, aussi, pour pouvoir
inspirer.
M. Jolin-Barrette : Puis,
juste une précision là, pour les gens qui nous écoutent, quand vous parlez de
climat stable, vous parlez du climat environnemental, là, les degrés, la pluie,
la...
M. Jolin-Barrette : ...météo,
les tornades, de tout ça. Vous ne parlez pas du climat social, là?
M. Germain (Paul) : Vous avez
tout à fait raison....
M. Jolin-Barrette : OK.
M. Germain (Paul) : ...pour
moi c'est une évidence, mais vous faites bien de le préciser.
M. Jolin-Barrette : OK.
Est-ce que pour vous, là, le droit à un environnement sain, là, supposons, je
vais l'appeler comme ça, là, est-ce que pour vous c'est un droit collectif ou
c'est un droit individuel?
M. Germain (Paul) : C'est
une... c'est une bonne question. Je pense que c'est sûrement les deux, à savoir
qu'un citoyen qui habite à côté d'une usine extrêmement polluante pourrait
avoir un droit individuel à avoir un climat, pas un climat, mais un
environnement sain. Par ailleurs, je pense que collectivement, particulièrement
les générations futures, ont le droit à avoir un environnement sain et un climat
stable. Dans cette proposition-là, il y a deux aspects. Un climat simple, c'est
pour maintenant, mais un environnement stable, c'est pour le futur. En fait, je
me suis mal exprimé, mais je suis certain que vous avez compris.
M. Jolin-Barrette : Oui. Je
vais céder la parole à mes collègues. Peut-être une dernière question
là-dessus. Dans le fond, vous venez de nous dire que la nation québécoise est
titulaire de droits collectifs, notamment le droit à l'environnement, puis un
peu comme la laïcité, de votre perspective, bien, elle peut être invoquée
individuellement, ce droit-là, mais c'est un droit collectif. Dans le fond, les
droits collectifs concourent à la protection de droits individuels, comme on
l'a indiqué dans la... dans la Constitution?
M. Germain (Paul) : C'est
certain que les droits... les droits individuels doivent... Une constitution
est là pour donner des paramètres aux législateurs et de respecter certains
droits individuels et certains droits collectifs. Un... Je ne pense pas qu'un
soit un obstacle à l'autre.
M. Jolin-Barrette : OK, je
vous remercie.
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
...secondes.
M. Jolin-Barrette : Ah, bien,
je suis désolé. Je vous remercie beaucoup pour votre passage en commission
parlementaire, c'était éclairant. Et surtout, je trouve ça intéressant que vous
soulevez cette question-là de droit à l'environnement, notamment...
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci,
M. le ministre. Merci. Alors, je cède maintenant la parole au porte-parole de
l'opposition officielle, le député de l'Acadie, pour 5 minutes 31 secondes.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. Alors, M. Courtois, M. Germain, bonjour. Merci d'être là, merci
pour vos exposés respectifs. Pour vous, M. Courtois, dans votre document à la
page 14, vous faites référence à la réduction qu'on devrait faire des déficits
auxquels font face les peuples autochtones. Avec le projet qu'on a devant nous,
le type de consultations qui ont été faites, pensez-vous que c'est suffisant? Est-ce
que c'est digne des relations qu'on devrait avoir avec les peuples autochtones
ou s'il faudrait faire beaucoup plus? Parce que je comprends que les références
aux Premières Nations se retrouvent dans trois «Considérant» et pas dans le
texte.
M. Courtois (Dominic) : Effectivement,
je suis d'avis qu'une plus grande consultation auprès des nations autochtones
servirait à la fois le projet de... le Contrat social universaliste et le
projet de Constitution.
M. Morin : Bien, à moins que
je fasse erreur, je pense que vous avez écrit dans un texte en septembre, je
crois, un référendum les plus essentiels à la souveraineté. Mais là-dedans,
vous parlez des relations qu'on devrait avoir avec les peuples autochtones.
C'est bien vous qui avez écrit l'article?
M. Courtois (Dominic) : Absolument.
Oui, oui.
M. Morin : Excellent. Et vous
dites qu'entre autres, l'auteur Vincent Vallée offre une piste de
solution : créer une Chambre des régions des Nations aux côtés de
l'Assemblée nationale pour servir le Sénat électif. Ça s'organiserait comment,
puis est-ce que c'est une idée que le législateur doit poursuivre?
• (15 h 40) •
M. Courtois (Dominic) : Bien,
je vous remercie de me donner l'occasion de parler de ce texte et de ses idées.
Oui, je suis d'avis que le Québec a l'occasion de nouer un partenariat avec les
nations autochtones beaucoup plus intéressant que celui qui est proposé
actuellement par le fédéral. Et donc, je serais d'avis que ce serait très
intéressant d'explorer toutes les avenues possibles pour vraiment avoir un
partenariat qui permettrait d'avoir une souveraineté partagée avec les nations
autochtones. Donc, l'idée d'une deuxième Chambre, une Chambre des Nations dans
lesquelles les populations autochtones...
M. Courtois (Dominic) : ...un
peu l'équivalent, là, d'un Sénat dans lequel les nations autochtones pourraient
participer à notre souveraineté commune serait, à mon avis, une des façons,
justement, d'exploiter le plein potentiel, là, de nos pouvoirs juridiques pour
faire un partenariat qui soit vraiment significatif avec les nations
autochtones.
Morin : Parfait, je vous remercie beaucoup. Maintenant,
M. Germain, maire de la ville de Prévost, dans votre document, vous parlez
beaucoup évidemment, d'environnement. Dans le projet actuel, à
l'article 20, il y a une référence à l'eau, en fait, qui est dans un
article qui traite de la protection du patrimoine commun et le législateur dit
l'eau... l'exécutif, l'eau est une ressource collective faisant
partie de ce
patrimoine commun. On parle d'une ressource, on ne parle pas de son usage.
D'après vous, on devrait aller plus loin dans le texte constitutionnel?
M. Germain (Paul) : Bien
définitivement, parce que l'eau, c'est un aspect important de l'environnement,
mais c'est très loin d'être le seul. Et puis je pense que, juste au niveau...
ça serait un peu extrêmement décevant de ne pas voir ce droit-là, le droit à un
environnement sain, un climat stable reconnu, alors que dans le trois quarts
des constitutions du monde se l'est, premier argument. Deuxième argument, c'est
un message qu'on envoie aux générations futures. Je pense que c'est important
pour les plus jeunes de voir que l'État dans lequel ils vivent, le corpus
légal, reconnaît leur avenir, d'une certaine façon. Donc, la mention pour
l'eau, vous le dites là, je me rappelle l'avoir vaguement vue, mais ça n'avait
pas porté... je n'avais pas accroché dessus.
Morin : D'accord. Donc au fond, vous souhaiteriez qu'on
garantisse ou que l'État garantisse un environnement sain à toutes les
personnes, finalement, qui sont... qui sont sur le territoire?
M. Germain (Paul) : Et
puis ce que je dis dans... effectivement, puis ce que je dis dans mon mémoire,
ça serait bon que le Conseil constitutionnel qui est proposé ait un pouvoir
préalable d'examiner les lois a posteriori aussi, en plus d'avoir un pouvoir de
consultation parce que le pouvoir de consultation, à partir du moment où on a
un gouvernement majoritaire, il peut bien le consulter... je trouve que le Conseil
constitutionnel n'a pas assez de pouvoir, là, pour... et ça permettrait à un
citoyen ordinaire de venir s'attaquer a posteriori à une loi et puis ça
forcerait le gouvernement a validé ses lois au niveau de l'environnement avant
de les adoptés.
Morin : Je vous remercie. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Boivin
Roy) : Il vous reste encore 36 secondes.
Morin :
C'est vrai? Ah bon? On va... on va continuer, donc merci. Donc, vous
souhaitez que ce soit plus le Conseil constitutionnel qu'un tribunal par
exemple, qui puisse valider dans le cadre de renvoi si une loi est conforme à
la Constitution ou pas?
M. Germain (Paul) : Écoutez,
c'est sûr qu'il y a toujours le processus du Conseil constitutionnel qui va
siéger là-dessus. Souvent, ce n'est pas toujours, on le voit en Europe, ce
n'est pas toujours... des fois c'est des opinions un peu conservatrices, mais
le gros avantage, c'est que ça permet à un citoyen avec peu de moyens
d'enclencher un processus judiciaire.
La Présidente (Mme Boivin
Roy) : Merci, M. Germain. Merci.
Morin :
Merci.
La Présidente (Mme Boivin
Roy) : Alors, je cède maintenant la parole au député de Maurice
Richard pour une période de deux minutes 11 secondes.
M. Bouazzi : Merci
beaucoup. Merci beaucoup pour vos exposés qui sont très différents et je dois
quand même avouer ma colère, honnêtement, de vous avoir jumelés plutôt que vous
avoir chacun séparément pour pouvoir avoir des vraies conversations, surtout
que je n'ai que deux minutes, 11 secondes, ça fait que je vais avoir droit
à une question chaque. Pour vous, M. Germain, je comprends qu'une
constitution est une occasion de pouvoir obliger des règles du jeu qui
garantissent un avenir viable, tout simplement, pour les prochaines générations
qui vont habiter ce territoire.
M. Germain (Paul) : Bien,
la réponse courte c'est oui et ça me semble... comme je l'ai dit tout à
l'heure, ça me semble essentiel. Ce n'est pas de l'idéologie, là, c'est de la
lucidité. Il faut qu'on se donne les bases...
M. Germain (Paul) : ...collective
pour les prochaines années pour aller dans la bonne direction au niveau de nos
lois, au niveau de nos règlements, au niveau de notre gouvernance.
M. Bouazzi : Excellent, sachant
qu'on a des lois qui nous empêchent de faire des déficits pour les prochaines
générations, ça serait pas mal qu'on ait des lois qui nous obligent à avoir des
politiques qui nous obligent à survivre. J'ai une question pour vous, cher
professeur Courtois, vous avez parlé de la tradition universaliste, vous avez
fait référence à là... à la Déclaration des droits de l'homme de l'ONU, c'est
bien ça?
M. Courtois (Dominic) : Oui.
M. Bouazzi : Vous savez comme
moi, probablement que c'est venu à la suite du terrible génocide qu'il y a eu
en Occident.
L'article 19 dit que tout individu a droit à la liberté
d'expression et implique le droit à ne pas être inquiété pour ses opinions,
celui de chercher, de revoir ou prendre ses considérations, etc., etc.
L'article
18 parle de liberté de penser, liberté de religion. Est-ce que vous pensez que
ce genre d'article, on devrait en faire fi et utiliser des clauses dérogatoires
par rapport à cette approche universaliste?
M. Courtois (Dominic) : Par
rapport à l'utilisation de clauses dérogatoires pour... pour des lois qui
traitent de laïcité...
M. Bouazzi : Ce n'est pas ma
question, là, c'est plus général, ça c'est une déclaration universelle. Elles
sont universelles ou elles ne sont pas universelles?
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Malheureusement,
je m'excuse, c'est tout le temps que nous avons. M. Germain, M. Courtois, je
vous remercie pour votre contribution aux travaux de la commission. Je suspends
les travaux quelques minutes afin qu'on puisse accueillir notre prochain
invité.
(Suspension de la séance à 15 h 47)
(Reprise à 15 h 48)
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Je
souhaite la bienvenue à M. François Chapleau, professeur émérite, département
de biologie de l'Université d'Ottawa. M. Chapleau, vous disposez de 8 min pour
faire votre exposé. Après quoi nous procéderons à la période d'échange avec les
membres de la commission. Alors, je vous cède la parole pour votre exposé.
M. Chapleau (François) : Alors,
M. le ministre, Mme la Présidente, mesdames et messieurs les députés, je suis
François Chapleau, je suis professeur émérite au département de biologie de
l'Université d'Ottawa. Merci de m'offrir l'occasion de présenter mon mémoire
dans le cadre de l'étude du projet de
loi sur la Constitution du Québec. C'est
un honneur de pouvoir contribuer à cette réflexion qui touche à nos droits
collectifs, nos valeurs communes et aux fondements de notre nation. J'adhère
aux principes fondateurs proposés dans le projet de loi.
• (15 h 50) •
Par ailleurs, je m'inscris en faux face
aux remarques de certains groupes qui considèrent que le concept d'égalité
entre les femmes et les hommes n'est pas assez inclusif. Ces remarques sont
fondées sur une définition sociale du sexe qui fait référence au genre et qui
met en danger le droit à l'égalité fondée sur le sexe, pourtant protégé par nos
chartes. D'abord, permettez-moi de rappeler ce que la biologie dit à propos du
sexe : Le sexe est défini par le type de cellules sexuelles ou gamètes
qu'un individu peut potentiellement produire. Il n'y en a que deux types :
un petit gamète, comme les spermatozoïdes chez les animaux ou le pollen chez
les plantes, et un gros gamète comme les ovules, les oeufs, les ovocytes, chez
les femelles. Cette observation s'applique à toutes les espèces animales et
végétales sexuées, incluant la nôtre. Cette définition du sexe est simple,
inclusive, riche en informations et universelle. Chez l'humain, la femme est
donc la femelle de l'espèce, alors que l'homme est le mâle de l'espèce. Cette
binarité sexuelle existe depuis plus d'un milliard d'années et elle persistera
bien après l'extinction de notre propre espèce. Il s'agit donc d'une réalité,
d'une vérité factuelle indépendante de notre volonté...
M. Chapleau (François) : ...et
sur laquelle aucune loi ou aucun ressenti n'a d'emprise.
Aussi, les différences entre les sexes
sont le résultat de l'évolution de nos rôles reproducteurs respectifs. Cette
évolution s'est étalée sur des milliers de générations. Évidemment, s'ajoute à
ces traits héréditaires l'influence de l'environnement et de la socialisation.
Mais d'un point de vue morphologique, la distinction femme-homme devient
particulièrement apparente à la puberté, lors de la formation des caractères
sexuels secondaires. Il est alors possible de voir clairement des différences
de taille, musculature, ossature, de voix, de pilosité et de plusieurs autres
traits. Ainsi, dans les sports, certaines de ces différences deviennent ce
qu'on appelle «l'avantage physiologique masculin». Cet avantage confère aux
hommes, en moyenne, une force, une puissance, une endurance supérieures. C'est
donc par souci d'équité et de sécurité que les catégories sportives féminines
ont été créées.
De surcroît, les différences physiques et
psychologiques entre les femmes et les hommes influencent les interactions
sociales. Elles sont au cœur même des discriminations que les femmes subissent.
C'est pour cette raison que les femmes revendiquent encore, pour leur
protection et leur bien-être, des espaces non mixtes, dans certains contextes.
Je pense ici aux toilettes, vestiaires, prisons, refuges, etc. Donc, dire qu'il
existe deux sexes n'est pas une opinion, c'est un fait. Pourtant, depuis plus
de trois décennies, des socioactivistes ont tenté d'imposer un discours non
binaire à propos du sexe. Comme je l'explique dans mon mémoire, ce discours
n'est pas motivé par une quête objective de la vérité, mais par une volonté
d'inclusion de minorités dites sexuelles et par un rejet idéologique du concept
social de la binarité jugé oppresseur et porteur d'exclusion. Ce qui en ressort
est que toutes ces notions non binaires du sexe ne visent qu'à forcer
l'acceptation d'une définition sociale plutôt que biologique du sexe. Or, nier
la réalité binaire du sexe revient, par analogie, à refuser de reconnaître que
la terre est ronde simplement parce que certains considèrent l'idée de rondeur
comme offensante.
Alors, je me permets d'insister sur un
point. Le sexe comprend deux catégories reproductives strictes, bien définies et
solidement ancrées dans la biologie et la réalité. Ainsi, comme chez tous les
humains, les personnes transgenres et non-binaires sont dès leur conception des
mâles et des femelles puisque... ou des femelles. Puisque le sexe est définitif
et immuable chez les humains, il est impossible pour cette personne de changer
de sexe ou même de renier leur sexe. Il est donc important de ne pas confondre
cette réalité avec l'identité de genre. Par ailleurs, la reconnaissance de la
réalité biologique du sexe lorsqu'il est question d'égalité entre les femmes et
les hommes