Institutions — 28 November 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CI 2013-11-28
Quebec — Committees
La commission est réunie afin de procéder aux consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi
n° 61, Loi visant principalement le recouvrement de
sommes payées injustement par des organismes publics relativement à
certains contrats dans l'industrie de la construction.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire :
Oui, M. le Président. M. Tanguay (LaFontaine) est remplacé par M. Ouellette
(Chomedey).
Le Président (M. Ferland) : Alors, merci,
Mme la secrétaire. Ce matin, nous allons débuter par les remarques
préliminaires puis nous entendrons le Directeur général des élections. En
soirée, nous recevrons la Corporation des entrepreneurs… En soirée, c'est
impossible... On va arrêter…
Le Président (M.
Ferland) : Non, on finit après-midi.
La Secrétaire :
Non, en soirée, oui, oui.
Le Président (M. Ferland) : O.K. En
soirée, oui, nous recevrons la Corporation des entrepreneurs généraux…
M. St-Arnaud :
M. le Président, moi, je n'aurais même pas de problème à ce qu'on finisse ce
matin.
Le Président (M. Ferland) : Et voilà.
Non, j'allais vous ouvrir la porte et je l'ai fait, je pense, hein? Alors, sans
plus tarder, je vous invite, M. le ministre
de la Justice, à faire vos remarques préliminaires. Vous disposez d'un temps de
six minutes.
M. St-Arnaud : Oui. Merci, M. le
Président. Bien, heureux de vous revoir, M. le Président, à nouveau aujourd'hui
sur un autre dossier. Heureux de revoir les
membres de la commission. Je salue député de Chomedey, qui s'est joint aux
membres habituels de la Commission des institutions.
M. le Président, nous sommes donc aujourd'hui, comme vous le
mentionniez, réunis pour procéder aux consultations
particulières… en fait, pour entamer les consultations particulières et
auditions publiques relativement au projet
de loi n° 61, Loi visant principalement le recouvrement de sommes payées
injustement par des organismes publics relativement
à certains contrats dans l'industrie de la construction. Ce projet de loi, M.
le Président, que j'ai présenté à l'Assemblée
nationale le 13 novembre dernier est une suite logique du premier geste posé
par notre gouvernement au début de la
législature, soit la présentation d'une loi pour enrayer la corruption et la
collusion dans le processus d'octroi des contrats publics, la loi n° 1, dont le véritable nom est la
Loi sur
l'intégrité en matière de contrats publics. Nous poussons maintenant, M. le Président, plus loin notre
démarche en présentant le projet de loi n° 61, qui vise, lui, à récupérer
les sommes dues aux organismes publics
en raison d'opérations malhonnêtes telles la fraude ou des manoeuvres
dolosives.
Sommairement, M. le
Président, le projet de loi n° 61, si je peux l'expliquer en quelques
mots, comporte deux volets. Le premier volet
vise à inciter les entreprises à rembourser les organismes publics avant que
des recours soient entrepris. C'est
ce qu'on prévoit, M. le Président, aux articles 12 et suivants du projet de
loi. Et le second volet vise, lui, à faciliter
les recours civils devant nos tribunaux au nom des organismes publics. On
retrouvera ça aux articles 3 et suivants.
Aussi, rapidement, M. le Président, je reprends les deux
volets. Donc, le premier volet, inciter les entreprises à rembourser,
articles 12 et suivants, ce projet de loi prévoit, entre autres, M. le
Président, que le ministre de la Justice pourra
donc créer un programme de remboursement afin qu'une entreprise puisse remettre
les sommes qui ont été obtenues à la
suite de manoeuvres dolosives ou frauduleuses. Ce programme permettra notamment
aux entreprises ayant posé des gestes
répréhensibles de démontrer une volonté de changer leur culture
organisationnelle, en plus de démontrer qu'elles sont
de bonnes citoyennes corporatives. Toujours dans le but d'optimiser
l'utilisation des ressources mises à notre disposition
et de réduire ainsi le fardeau des Québécois, une telle mesure permettrait et
permettra aux entreprises concernées d'éviter une judiciarisation
inutile des litiges, avec les désagréments et les coûts qui s'y rattacheraient.
Il est entendu, M. le Président, que la quittance que pourrait obtenir une
entreprise suite au remboursement sera limitée aux seules divulgations faites par elle, et le résultat de
tout règlement sera rendu public, de sorte que les Québécois pourront constater
les résultats de toute négociation.
Pour s'assurer du bon fonctionnement du programme de
remboursement, une personne neutre et impartiale serait désignée afin de tenter d'amener les parties à
s'entendre — on parle
ici, par exemple, d'un juge à la retraite accompagné d'une équipe de juricomptables — ce qui offrira à ce processus de
remboursement une garantie d'intégrité. Et les sommes qui seront perçues, M. le Président, tant via ce
programme de remboursement que via
les recours civils seront redistribuées aux ministères et aux organismes
publics en fonction du préjudice subi
par chacun, déduction faite d'une somme correspondant à 20 % des sommes recouvrées pour payer les frais
liés à la mise en application de la loi n° 65. Alors, ça, c'est le premier volet, M. le Président,
donc l'encadrement législatif pour créer un programme de remboursement des
sommes payées injustement.
Et le
deuxième volet, M. le Président, c'est le volet plus juridique. Donc, on
prévoit un deuxième volet, qui vise, cette
fois, à faciliter les recours au nom des organismes publics. Ce sont donc,
comme je le disais, des dispositions qui sont aux articles 3 et suivants, qui permettront, donc, et qui auront
pour objet, quant à elles, d'établir des règles particulières et, je dirais même, costaudes, applicables à ces
recours judiciaires. Le projet de loi permet ainsi au ministre de la Justice
d'intenter, pour le compte d'un organisme
public, un recours contre une entreprise qui a commis une faute, par exemple
une manoeuvre dolosive, dans le cadre de
l'adjudication, de l'attribution ou de la gestion de contrats publics dans
l'industrie de la construction.
Le projet de
loi établit également une présomption à l'effet que le préjudice causé par une
faute correspond à un certain
pourcentage, déterminé par décret du gouvernement, du montant payé par
l'organisme public concerné pour un contrat
visé. Il appartiendra, le cas échéant, à une entreprise de démontrer au
tribunal que le préjudice causé était moindre que le pourcentage qui
sera fixé.
D'autres
règles sont également prévues afin que soient recouvrées ces sommes injustement
payées, M. le Président, lorsque
seront intentés des recours judiciaires, tel allonger le délai de prescription
à cinq ans, permettre la prise de recours pour des actes fautifs commis dans les 15 ans précédant l'adoption du
projet de loi et transiger au nom d'un organisme public. Ces mesures, M. le Président, permettront une utilisation
efficace des ressources des ministères et des organismes publics, telles les municipalités, si des
procédures judiciaires devaient être intentées pour récupérer les sommes payées
injustement.
Alors, en
conclusion, M. le Président, je suis convaincu que ce projet de loi n° 61
ainsi que les démarches entreprises par
notre gouvernement en matière de contrats publics permettront que soit rétablie
la confiance de la population, d'une part,
envers ses institutions publiques et, d'autre part, envers l'industrie de la
construction et les entreprises d'ici qui ont adopté au cours des
derniers mois plusieurs mesures pour assurer leur bonne gouvernance et qui
servent, on le sait, M. le Président, de moteur au développement économique du
Québec.
Alors, sur
ce, M. le Président, je pense que nous pouvons poursuivre les remarques
préliminaires avant d'entendre un
premier groupe. Mais il s'agit d'un projet de loi, je pense, important qui va
nous permettre, comme son
titre l'indique, de recouvrer des sommes qui
ont été payées injustement par des organismes publics, par des municipalités,
par le gouvernement du Québec, par des sociétés d'État relativement à certains
contrats dans l'industrie bien précise qu'est l'industrie
de la construction. Je pense que c'est un pas en avant, un pas de plus, M. le
Président, sur cette ligne que nous avons
adoptée depuis le début de notre mandat eu égard à la collusion et à la
corruption. Je vous remercie, M. le Président.
Président (M. Ferland) : Alors, merci, M. le ministre. Alors, j'invite maintenant le porte-parole de l'opposition officielle,
le député de Fabre, à faire ses remarques préliminaires. En vous indiquant que vous avez une durée de
six minutes, M. le député.
Ouimet
(Fabre) : Merci, M. le Président. Alors, bonjour à tous, tous
les membres de la commission, et les gens
qui nous regardent, et les gens qui vont venir devant nous pour éclairer nos
travaux. C'est toujours très apprécié, ces auditions-là, c'est très
utile.
Et vous me
permettrez, M. le Président, de revenir sur un thème que j'ai eu l'occasion
d'aborder à plusieurs reprises depuis le début de la 40e législature,
depuis que je suis membre de cette commission, c'est la question des délais de convocation,
du respect qu'on doit témoigner à l'égard des groupes qu'on veut entendre.
Et, dans ce cas-ci, je prends la peine de… parce
que je pense qu'on est confrontés à une situation un peu particulière, vu les délais serrés, où des groupes
se sont désistés et où, malheureusement, la commission pourrait ne pas avoir le privilège d'entendre certains groupes
parce que les délais de convocation sont très serrés. Certains groupes — et on
les remercie infiniment — ont respecté l'échéancier qui leur a été imposé, mais je réitère,
M. le Président, des commentaires que
j'ai faits à plusieurs reprises déjà, que j'ai de la difficulté à concevoir
qu'on espère ou qu'on s'attende, par exemple, du Barreau du Québec qu'il
puisse, à quelques jours d'avis, se présenter devant la commission pour nous
fournir un éclairage, particulièrement à
l'égard du projet de loi n° 61, que j'estime absolument essentiel. À mon
point de vue, ce serait irresponsable de la part de la commission de se
pencher sur l'examen… faire des consultations particulières sur le projet de loi sans que
nous ayons l'éclairage du Barreau du Québec parce que le ministre y a fait
référence tantôt, il a même utilisé les termes «mesures costaudes»,
effectivement, ce sont des mesures costaudes, ce sont des mesures qui
bouleversent, qui changent les règles du jeu habituelles.
Dans
notre société, M. le Président, nous sommes une société fondée sur la règle de
droit, la primauté du droit, c'est-à-dire que tout le monde est soumis
au contrôle de la loi. Et ce qu'il y a d'inhérent dans cette notion, une des caractéristiques essentielles du respect de la
règle de droit, de la primauté du droit, c'est la stabilité de la règle de
droit. On ne peut pas changer les
règles du jeu à la légère, et là c'est ce qu'on propose de faire, de changer…
Et je ne dis pas que c'est à la
légère. Ce qu'on fait ici, c'est qu'on propose des changements aux règles de
droit pour permettre des poursuites judiciaires
dans certains cas, et il me semble, M. le Président, qu'il est essentiel que nous
ayons le regard détaché du Barreau, le
regard indépendant du Barreau quant à ces mesures-là parce que le Barreau est
bien placé pour mettre en perspective ce
changement par rapport aux règles usuelles. Est-ce qu'il est opportun de le
faire? Est-ce qu'il est souhaitable de le faire? Est-ce que le moyen proposé est optimal? Est-ce que c'est la meilleure
façon de procéder? Ce sont les questions que les parlementaires devront
se poser pour éventuellement voter sur le projet de loi.
Alors,
tout le monde s'entend sur la nécessité de récupérer les sommes injustement
payées. Il n'y a pas de débat sur
cette question-là, tout le monde est d'accord. Là où il y a une question,
c'est : Est-ce qu'il est nécessaire d'adopter une loi? J'ai déjà dit à quelques reprises, je me
répète — en fait,
on pourrait même dire que je radote — qu'on a quelquefois l'habitude de dire : Il faut adopter une loi.
Il faut adopter une loi. Quelquefois, M. le Président, nous avons les outils,
nous avons les lois, il s'agit juste
de les appliquer de façon différente, et c'est peut-être un exemple où, je
pense… Et, quand je regarde le programme de remboursement qui est
proposé dans le projet de loi n° 61, à ma première lecture de ces dispositions-là je me suis dit : Ah! je
pensais que nous avions déjà ces moyens-là. Qu'on décide de les encadrer dans
une loi, c'est peut-être souhaitable,
mais je ne pense pas qu'on réinvente la roue en créant ce programme de
remboursement, ce qui amène à la
question… Il me semble que, cet outil-là de la tentative de négociation pour en
arriver à un remboursement, on peut se poser la question : Est-ce
qu'on n'aurait pas dû le faire avant?
Ceci
dit, et je ne veux pas… Je sais que le temps file et qu'on veut entendre les
témoins. Sur la question du timing, là,
alors, si le fait qu'on décide de déposer le projet de loi à la fin de la
session fait en sorte, M. le Président, qu'on ne pourra pas entendre des organismes comme le Barreau, je
pense qu'on se place dans une situation où on ne se rend pas service et on ne rend pas service à la société en
procédant de cette façon-là. Alors, j'espère… Et je sais, M. le Président, que
vous êtes sensible à cette
question-là. On a eu des discussions sur la possibilité d'accommoder le Barreau
pour les entendre en commission, mais,
à mon point de vue, si nous complétons ces consultations sans entendre le
Barreau — et il y
a d'autres organismes peut-être qui
ont été dans la même situation — je pense que nous n'aurons pas rempli le
mandat que l'Assemblée nationale nous a confié en procédant à ces
consultations. Mais je vous réitère la volonté de l'opposition officielle de
collaborer à nos travaux pour que nous puissions mener à terme ce mandat.
Merci, M. le Président.
Président (M. Ferland) : Merci, M. le député de Fabre, pour ces
remarques. J'invite maintenant le porte-parole du deuxième groupe
d'opposition officielle, le député de Saint-Jérôme, à faire ses remarques
préliminaires. En vous mentionnant que vous disposez d'un temps de trois minutes.
Duchesneau : Merci beaucoup, M. le Président. Alors, je veux
remercier le ministre, mes collègues députés, le secrétaire et le personnel de la commission. Je suis heureux
d'entreprendre les consultations particulières et je profite aussi de l'occasion pour remercier tous les
groupes qui ont pris le temps d'étudier ce projet de loi, de faire un mémoire
et de venir nous faire part de leurs
recommandations comme vous le faites si bien aujourd'hui. Votre expertise,
vraiment, est un atout inestimable
pour notre démocratie, et c'est surtout avec impatience et enthousiasme que
j'aimerais vous accueillir.
Ce projet de loi tend
à répondre à une demande de la population, demande qui est formulée depuis déjà
très longtemps et dont nous nous sommes fait
l'écho ici, à l'Assemblée nationale. Les organisations et les personnes qui
nous ont volés doivent nous
rembourser, aussi simple que ça. Ceci fait
partie d'une réhabilitation et d'une
réconciliation nécessaires suite aux
actes de corruption des dernières années dont nous entendons parler
quotidiennement à la commission Charbonneau.
processus doit, par contre, s'effectuer adéquatement. Justice, équité et discernement devront nous guider :
justice pour les citoyens
et les entrepreneurs honnêtes qui ont été floués; équité pour les travailleurs honnêtes des firmes fautives qui
pourraient perdre leur emploi, pour les dénonciateurs qui se retrouvent souvent
la cible de réprimandes, alors que ceux qui ne disent rien se protègent; et discernement pour jeter les bases
d'une nouvelle façon de faire, afin de mettre un frein à la corruption et considérer l'importance des
firmes de génie et de construction dans l'économie du Québec.
Le remède que nous proposons ne doit pas être plus dommageable que le
mal auquel nous tentons de remédier. Nous visons une société où les gens de pouvoir doivent être justes et où la population
pourra se sentir en sécurité. Merci,
M. le Président.
Le Président (M.
Ferland) : Merci. Merci, M. le député de Saint-Jérôme. Maintenant,
nous allons aller sans plus tarder aux
auditions. Je souhaite donc la bienvenue à M. Jacques Drouin, Directeur général des élections, et vous mentionne que vous disposez d'un
temps de 10 minutes pour votre exposé, qui sera suivi d'une période d'échange avec les différents groupes de parlementaires, et je vous demanderais peut-être de présenter les personnes qui vous
accompagnent.
M. Drouin (Jacques) : Merci,
M. le Président. M. le ministre, Mmes, MM. les députés, je tiens, tout d'abord, à vous
remercier, remercier les membres de la Commission
des institutions de leur invitation à
prendre part à l'étude du projet de
loi n° 61, Loi visant principalement le recouvrement de
sommes payées injustement par des organismes publics relativement à certains contrats dans l'industrie
de la construction. C'est toujours un privilège et un honneur pour notre
institution de contribuer à l'amélioration de nos lois en général et du système
électoral en particulier.
Je suis accompagné aujourd'hui de la
directrice des affaires juridiques, Me Lucie Fiset, de Me Benoît Coulombe,
qui est notre légiste, et deux autres
personnes m'accompagnent derrière, au cas où on en aurait besoin, donc Mme
Catherine Lagacé, qui est secrétaire
du Directeur général des élections et adjointe au président de la Commission de
la représentation, et mon adjoint et directeur du financement des partis
politiques, M. Denis Lafond.
voudrais, d'entrée de jeu, réaffirmer mon appui à l'égard de toute mesure
propre à assurer une plus grande cohérence entre les dispositions législatives
aux différents paliers électifs et entre celles des différents ministères et organismes. Il en va de l'efficacité et de
l'efficience de notre système. C'est d'ailleurs dans cette optique que je me
présente devant vous aujourd'hui.
Avant
d'aborder les modifications proposées par le projet de loi n° 61, je
souhaiterais rappeler certaines dispositions
des lois électorales portant sur les contrats publics que je considère
pertinentes au contexte de la présente audition.
Ces dispositions se ont été introduites dans les lois électorales en décembre
2010 et s'inscrivaient dans la foulée de
l'adoption de différents projets de loi pour mieux faire respecter les lois
électorales en matière de financement politique et visant à renforcer la
confiance de la population envers notre système démocratique.
Certaines dispositions de la Loi
électorale, de la
Loi sur les élections et les référendums dans les
municipalités et de la
Loi sur les
élections scolaires prévoient l'interdiction de conclure un contrat public avec
une personne physique ou morale
reconnue coupable d'une infraction pénale visant le versement de contributions
politiques illégales. Ces dispositions
prévoient également que le Directeur général des élections doit tenir un
registre des personnes non admissibles à l'obtention d'un contrat
public, d'où notre intérêt pour les modifications législatives proposées. Voici
celles qui nous interpellent plus directement.
Le
chapitre VI du projet de loi
n° 61 prévoit des modifications législatives à la
Loi sur les contrats des
organismes publics visant
principalement la suppression de l'interdiction automatique à contracter d'une
entreprise reconnue coupable de l'une des infractions mentionnées à
l'annexe I de la loi.
La
Loi sur les contrats des organismes
publics prévoit présentement deux registres : le Registre des entreprises
non admissibles aux contrats publics, le
RENA, et le Registre des entreprises autorisées, le REA. Le RENA indique la
liste des entreprises ayant été déclarées
coupables, en vertu d'un jugement définitif, d'une infraction énoncée à
l'annexe I de la LCOP. Les
infractions visées proviennent notamment
des lois suivantes : Code criminel,
Loi sur la concurrence, Loi de l'impôt
sur le revenu, Loi de l'administration fiscale.
Je voudrais dès
maintenant porter à votre attention un premier élément qui affecte la cohérence
des lois. Les dispositions actuelles des
lois électorales prévoyant une interdiction de conclure un contrat public à la
suite d'un jugement de culpabilité ne
sont pas mentionnées à l'annexe I de la LCOP, puisque le cadre législatif
applicable en matière électorale se
retrouve en totalité dans celles-ci — donc, dans les lois électorales — et est totalement indépendant des
dispositions de la LCOP.
me permets d'ajouter — et ça constitue un second élément — que la LCOP énonce des critères différents
de ceux stipulés aux lois électorales
au regard de l'interdiction des contrats publics. À
titre d'exemple, précisons
l'interdiction de conclure un contrat
public avec toute personne physique ayant commis une infraction aux lois
électorales concernant le versement
d'une contribution illégale. Au niveau de la LCOP, les contrevenants visés par
l'interdiction de contrat public sont
des personnes morales de droit privé, des sociétés en nom collectif, en
commandite ou en participation et les personnes physiques qui exploitent
une entreprise individuelle.
Toujours
selon la LCOP, une entreprise qui désire conclure un contrat avec un organisme
public d'une valeur égale ou
supérieure à 40 millions de dollars — on comprend que ce montant va être abaissé à
10 millions à compter du 6 décembre 2013 — doit
détenir une autorisation de l'Autorité des marchés financiers et être inscrite
sur le REA. Selon l'article 21.26 de cette
même loi, cette autorisation ne peut être accordée notamment si l'entreprise a
été déclarée coupable d'une infraction prévue à l'article 1 ou d'une
infraction prévue aux lois électorales.
Nous
comprenons que l'objectif des modifications législatives proposées par le
projet de loi n° 61 est de donner toute
la latitude à l'AMF pour éviter l'application automatique de l'interdiction de
conclure des contrats publics et d'accorder une prédominance au processus d'habilitation de l'AMF. Nous verrons plus
loin comment cet objectif pourrait être compromis si les lois
électorales ne sont pas modifiées selon ce que je proposerai plus loin.
L'Assemblée
nationale s'est prononcée positivement sur l'opportunité d'éliminer le RENA par
le biais de l'article 9 de la
Loi sur
l'intégrité en matière de contrats publics. L'orientation qui semble donc se
dessiner serait de permettre à une firme
de poursuivre ses activités auprès des organismes publics à la suite de
l'obtention d'une autorisation à ce
titre de l'AMF. Celle-ci doit alors s'assurer de l'intégrité de cette entreprise,
et ce, peu importe si elle fait l'objet d'une déclaration de culpabilité pour une infraction prévue à l'annexe
I. Précisons que l'AMF peut, en tout temps durant la période de validité
d'une autorisation, effectuer des vérifications quant à la validité de celle-ci
en vertu de l'article 21.32 de la loi.
projet de loi n° 61 propose de modifier la LCOP afin d'accorder le pouvoir
à l'AMF de délivrer une autorisation : que l'infraction reprochée soit déjà commise et que l'entreprise soit
inscrite au RENA; que l'infraction soit commise en cours de processus d'une demande d'autorisation ou
qu'elle ait été commise après l'obtention d'une autorisation. Évidemment,
l'entreprise devra alors répondre aux
critères d'intégrité énoncés à la loi et apporter les correctifs nécessaires
pouvant être demandés par l'AMF.
Dans
les suites du dépôt du projet de loi n° 61, nous avons procédé à une
analyse des dispositions actuelles de la LCOP en lien avec les modifications législatives à cette même loi
proposées dans le projet de loi n° 61 et les dispositions des lois
électorales concernant l'interdiction des contrats publics. Cette analyse nous
a permis de conclure ce qui suit.
Malgré
l'obtention d'une autorisation auprès de l'AMF et l'inscription au REA d'une
entreprise, donc après une enquête quant à l'intégrité de l'entreprise
et après des correctifs, le cas échéant, requis par l'AMF aux fins d'obtenir l'autorisation, un seul jugement de culpabilité à
la suite d'une poursuite pénale intentée par le Directeur général des élections
contre cette même entreprise entraînerait le
retranchement de cette inscription au REA et éliminerait, par conséquent, la
possibilité pour cette entreprise de conclure tout contrat public pour une
période de trois ans.
On comprend
des modifications législatives proposées au projet de loi n° 61 que le
processus d'habilitation de l'AMF prend une plus grande importance. En
effet, vu les pouvoirs qui lui sont accordés quant à la délivrance d'une autorisation malgré la commission
d'une infraction énoncée à l'annexe I de la LCOP, il nous apparaît davantage
essentiel de proposer des modifications
législatives afin que les contraventions visées aux lois électorales reçoivent
le même traitement.
Advenant le maintien des dispositions actuelles
aux lois électorales à la suite de…
Le Président (M. Ferland) :
…environ une minute, monsieur le… pour conclure, oui.
M. Drouin (Jacques) :
Parfait. Merci, M. le Président. Seules les infractions énoncées à la Loi
électorale…
Le Président (M. Ferland) :
Ah! bien, on me dit qu'il y a consentement si vous voulez déborder.
M. Drouin (Jacques) : Ça ne
débordera pas beaucoup, mais un petit peu, sûrement.
M. St-Arnaud : Vous pouvez
finir votre mémoire.
M. Drouin
(Jacques) : Merci.
Donc, advenant le maintien des dispositions actuelles aux lois électorales à la
suite de modifications législatives
engagées à la LCOP, nous ferions face à la situation suivante. Seules les
infractions énoncées à la Loi
électorale, à la
Loi sur les élections et les référendums dans les
municipalités et à la
Loi sur les élections scolaires constitueraient un obstacle absolu et
incontournable à l'obtention d'une autorisation de l'AMF, sans oublier une
interdiction totale de conclure tout contrat public, peu importe le type
de contrat ou les montants en jeu.
De même, alors que le législateur a cru opportun
de confier à un organisme particulier les pouvoirs d'évaluer l'intégrité d'une entreprise, qu'il a accordé à
cet organisme les moyens pour ce faire et lui a confié la responsabilité de voir à délivrer une
autorisation aux seules entreprises rencontrant ces exigences, la discrétion de
poursuivant public du Directeur général des élections mettrait en péril
tout ce processus d'autorisation et affecterait les pouvoirs de l'AMF.
Dans le cadre
de sa réflexion, le DGE ne peut, par
ailleurs, écarter le fait que les
emplois d'un nombre important de
travailleurs québécois peuvent être mis en péril pour les agissements
d'une ou de quelques personnes oeuvrant au sein d'une entreprise, d'autant plus que l'AMF peut notamment
exiger le départ de ces dirigeants aux fins d'obtenir une autorisation.
Je souscris entièrement à l'idée que la
réhabilitation d'une entreprise est une orientation préférable à celle de sanctionner les comportements antérieurs de
certains dirigeants de la firme. Les modifications législatives de la LCOP
en sont une démonstration. Il ne fait cependant
aucun doute pour nous que le maintien des dispositions actuelles des lois
électorales ne permettrait pas d'atteindre cet objectif.
Afin de
s'inscrire dans la même logique que les orientations gouvernementales proposées
au projet de loi n° 61 et ainsi favoriser une cohérence législative
au regard de l'interdiction de conclure des contrats publics, je soumets à la commission que des modifications législatives
devraient être apportées aux lois en cause. La conséquence de ces
modifications, que j'entrevois positive, serait, en définitive, de
confier à une seule et même autorité, soit l'AMF, la responsabilité de
l'application des mesures ayant trait à l'interdiction des contrats publics.
Donc, les
modifications seraient notamment les suivantes : l'abrogation d'un certain
nombre d'articles dans les différentes
lois électorales, municipale, scolaire et la Loi électorale; et l'abrogation de
certains paragraphes de l'article 21.26 de la LCOP; certains ajouts créant les infractions aux lois électorales
pour des contributions illégales à l'annexe I de la LCOP.
J'ai terminé
ma présentation. Je vous remercie de m'avoir accordé ces quelques minutes.
Alors, je suis disponible, avec mes collègues, à répondre à vos
questions.
Président (M. Ferland) : Alors, merci, M. Drouin. Maintenant,
je cède la parole au ministre pour un temps de huit minutes.
St-Arnaud : Excellent. Merci, M. le Président. Bien, bonjour,
M. Drouin. Bonjour aux gens qui vous accompagnent.
Merci d'être là et merci de nous avoir transmis votre mémoire, à tout le moins,
hier. En tout cas, moi, j'ai eu l'occasion de le lire hier et de le lire
attentivement.
Ce que je
comprends de votre intervention, c'est que vous dites : Présentement, il y
a comme un dédoublement entre
certaines dispositions qui sont aux lois, notamment à la Loi électorale,
Loi sur les élections et les référendums dans
les municipalités,
Loi sur les élections
scolaires et la loi n o 1. Et vous nous dites : Maintenant
qu'on a donné des moyens à l'AMF pour agir et que c'est elle qui, vraiment,
fait tout ce travail eu égard à ce qu'on pourrait appeler l'intégrité des entreprises, vous nous dites, il faudrait mettre
de la cohérence dans notre système. Et, finalement, vous… Parce
que vous, vous avez un registre, vous aussi, là, c'est ce
que je comprends, et vous proposez donc d'abolir votre propre registre, là,
ce faisant. C'est bien ça?
Drouin (Jacques) : Le transférer dans l'autre registre, oui.
St-Arnaud : Qu'il y
ait un seul registre, qu'il soit géré par l'AMF et que les infractions à la Loi
électorale, vous les envoyiez dans
l'annexe I, où la Loi électorale et les autres lois à caractère électoral ne
sont pas. Mais finalement vous dites : Plutôt qu'il y ait un
dédoublement puis qu'éventuellement
il y ait des problèmes d'application, envoyons tout ça du côté de l'AMF, mettons les lois électorales
dans les lois à l'annexe I de la loi n° 1, et le Québec sera mieux servi.
Est-ce qu'essentiellement c'est ce que vous nous dites? Est-ce que j'ai bien
compris la lecture de votre mémoire?
Drouin (Jacques) :
Oui, vous avez bien compris, mais il
y a aussi toute la question
de la cohérence dans les critères, hein, la durée de l'interdiction, les
organismes visés. Il y en a un certain nombre, les infractions visées, les contrevenants visés. Il n'y a
pas tellement de cohérence. Je demandais tantôt,
à la blague, à Lucie de me donner dans une phrase courte la différence entre les organismes publics dont on parle
dans les lois électorales et ceux dont on parle dans la loi n° 1 ou la
loi sur… et ils m'ont répondu que ce
n'était pas possible, mission impossible. Donc, il y a vraiment
un travail, quant à moi, de cohérence à faire.
St-Arnaud : O.K. Parce que,
si ce travail-là ne se fait pas, on pourrait se retrouver dans des situations
où l'AMF, qui a entamé un processus
de réhabilitation de certaines entreprises, pourrait, à un moment donné, être
bloquée seulement par un
élément dans une des lois électorales. Est-ce que c'est un peu ça? Pouvez-vous
élaborer là-dessus?
M. Drouin
(Jacques) : Oui, tout à fait. Puis, la condamnation, on
s'entend qu'elle est faite par un tribunal de première
instance en matière électorale. Et,
deuxièmement, ça pourrait être pour un montant minime, hein, ça pourrait
être pour quelqu'un qui a aidé à faire une
contribution autrement qu'à même ses propres biens pour une valeur de
500 $, et l'entreprise se voit rayée pour trois ans, et c'est
automatique.
M. St-Arnaud : Peut-être juste là-dessus, là, je ne suis pas un
spécialiste de toutes les lois à caractère électoral, mais ce que vous
nous dites, peut-être pour élaborer là-dessus, une personne qui... Vous donner
des exemples d'une infraction, là, un peu ce
que vous venez de faire, il y aurait une infraction à caractère électoral
relativement, là… C'est toujours une
infraction pénale, mais j'allais dire relativement mineure, et vous
dites : Cette infraction-là, si elle avait été commise par un dirigeant d'une entreprise,
pourrait faire en sorte que l'entreprise elle-même, malgré tout le processus
de l'AMF puis malgré le fait que l'AMF, elle, pourrait considérer que
l'entreprise a avancé dans son processus de réhabilitation,
est prête à lui donner ce que j'appellerais son certificat de bonne conduite…
Mais, s'il y avait une infraction… en
fait, une condamnation pénale pour
une infraction mineure liée à un des dirigeants de ladite entreprise, selon la
loi actuelle cette entreprise-là serait sur votre registre pendant
trois ans. C'est bien ça? Est-ce que vous pouvez élaborer un peu là-dessus pour
être sûr qu'on saisit bien la problématique, là, des deux registres et que...
Donc, ce que vous nous dites, c'est : Mettez donc de l'ordre là-dedans,
envoyez tout ça à l'AMF, qui semble avoir fait ses preuves depuis un an
là-dessus, qui a plus de moyens. Et l'élément des critères aussi, là. Vous
dites : S'il y a des critères différents d'un côté ou de l'autre... Alors,
je vous écoute là-dessus.
M. Drouin
(Jacques) : Si vous permettez, M. le Président, je donnerais la
parole à Me Fiset.
Le Président (M.
Ferland) : Allez-y, Me Fiset.
Mme Fiset
(Lucie) : Merci beaucoup, M. le Président. Donc, effectivement, les
lois électorales prévoient des dispositions pénales qui visent autant, donc, une personne
physique qu'une personne morale. La disposition dit «quiconque contrevient aux dispositions de la loi qui concernent les contributions politiques». Donc, vous avez, effectivement, un dirigeant — un
exemple qu'on pourrait donner — qui
aurait remboursé un de ses employés aux fins des contributions politiques.
Donc, nous sommes en présence d'une contribution illégale, évidemment, parce que
non faite à même les propres deniers du supposé donateur. Donc, je pourrais, effectivement,
poursuivre le dirigeant en soi. De par la poursuite contre le dirigeant, il se retrouverait automatiquement, effectivement, sur le registre du Directeur général des élections. Maintenant, il est
possible également que je poursuive la compagnie, hein, lorsque je
suis capable de démontrer que le dirigeant a agi au profit de la compagnie. Alors, si je poursuis la
compagnie, encore une fois, automatiquement, le nom de la firme est inscrit sur le
registre du Directeur général des élections.
Autre possibilité que
le législateur nous accorde, qui est particulière dans notre cas, c'est que, si
je poursuis exclusivement le dirigeant et
que j'obtiens un jugement de culpabilité contre le dirigeant — et, encore une fois, comme l'a dit M. Drouin, peu importe le montant de la
contribution visée, donc ça pourrait être, effectivement, une contribution
de 500 $ ou même présentement une
contribution de 100 $ au niveau provincial — donc, dès le moment où j'obtiens un jugement de culpabilité contre le dirigeant, je
peux, à ce moment-là, demander à la Cour supérieure d'obtenir un jugement
contre la firme. Et il y a une présomption dans la loi présentement qui dit que
le dirigeant est présumé avoir agi dans l'intérêt
de la firme, donc il y a un renversement du fardeau de la preuve, et c'est à la
firme à démontrer qu'elle ne devrait pas se retrouver sur le registre du
Directeur général des élections.
autre particularité qu'on y retrouve, dans notre loi, c'est que, dès le moment
où le jugement est rendu en Cour du
Québec, chambre criminelle et pénale, l'interdiction, elle est automatique,
donc sur le registre du Directeur général des élections automatiquement, tandis que, dans la loi n° 1, on
parle d'un jugement définitif, donc une fois que les recours en appel ont été exécutés. Ça fait que, pour nous
aussi, on voit là une importance, on y accorde une importance parce qu'on
dit : Dès le moment où le jugement est
rendu en première instance, peu importe s'il y a des… une intervention en appel,
auprès de la Cour supérieure et ultimement la Cour d'appel, voilà. Donc, on
voit une problématique reliée à cela.
Président (M. Ferland) : 30 secondes.
St-Arnaud : En fait, ce que vous nous dites, c'est que, si on
suit votre recommandation et qu'on envoie tout du côté de l'AMF, vous dites : Cet élément-là, par exemple, la
condamnation pour 100 $, là, elle serait évaluée par l'AMF à son mérite dans le portrait global, et ça
n'empêchera pas, ça pourrait… L'AMF, en tout cas, fera son travail, puis elle
le considéra à sa juste valeur ou… C'est un peu ça, là.
Mme Fiset
(Lucie) : Tout à fait. Parce que, présentement, dans la loi…
Président (M. Ferland) : …parce que, malheureusement, le temps…
Et je dois le respecter parce que la salle est prise à 13 heures,
et je ne peux pas déroger,
Mme Fiset
(Lucie) : Oui, d'accord.
Le Président (M.
Ferland) : Alors, je vais céder la parole au…
St-Arnaud : Excellent. Merci beaucoup, on va regarder ça avec
attention avec les membres de la commission.
Le Président (M.
Ferland) : …porte-parole de l'opposition officielle, le député
de Fabre, pour 5 min 30 s.
Ouimet (Fabre) : Merci, M. le Président. Alors, bonjour.
Merci encore une fois. C'est toujours un plaisir de recevoir les représentants du Directeur général
des élections. C'est toujours des commentaires utiles à notre réflexion et
c'est encore le cas ici. Je note… en fait, je n'ai pas pu m'empêcher parce que
le mot qui m'est resté à l'esprit en vous écoutant,
c'est la question de la cohérence, la cohérence de nos lois, et je pense que
ça, c'est… nous sommes tous préoccupés, à
titre de parlementaires, M. le Président, par cette idée que nous
voulons des lois qui sont cohérentes les unes avec les autres. Et, d'entendre ce message-là, je me dis :
Est-ce que ce n'est pas l'illustration que, malgré tout le soin qu'on apporte à
nos lois, de temps en temps on
l'échappe? Et ce qui me ramène à mon dada, de bien prendre le temps, lorsqu'on
adopte une loi, de s'assurer qu'on a
couvert tous les angles. Parce que, là, je me dis : On a adopté une loi,
la loi n° 1, l'an passé, puis là vous
venez nous dire : Bien, écoutez, peut-être qu'on a oublié d'attacher les
fils parce que, dans la Loi électorale, il y a des dispositions qui
prévoient des sanctions différentes. Et là j'utilise le terme «sanctions» au
sens large.
Alors,
je comprends que vous nous rappelez, là, que la Loi électorale avait été
modifiée en 2010 — décembre
2010, je pense — et qu'on
avait prévu à ce moment-là... le gouvernement de l'époque avait proposé des
sanctions, disons, très sévères dans le respect de la Loi électorale, et des sanctions
qui amenaient l'interdiction de conclure des contrats pour une période de trois
ans de façon automatique. C'est ce que vous avez dit. Alors, je comprends que
la sanction qui était prévue en 2010 était plus sévère que ce qu'on prévoit
maintenant, avec un régime où il y a une certaine souplesse. C'est ce que je
comprends également.
note aussi que vous, dans votre sagesse, vous nous proposez que l'approche avec
une certaine flexibilité est peut-être
plus appropriée que l'approche automatique, la sanction automatique. C'est le
message que j'ai perçu. C'est ça?
M. Drouin
(Jacques) : Oui. Oui, tout à fait.
Ouimet (Fabre) : En fait, j'ai compris que, puisque votre
loi s'applique de façon automatique avec les montants qui peuvent être
minimes, c'est ce qui vous encourage à aller dans cette direction-là. C'est ça?
M. Drouin
(Jacques) : C'est ça.
Ouimet (Fabre) : Maintenant, est-ce que j'ai raison de dire
que la Loi électorale a une portée plus vaste au niveau des contrats
visés que la LCPO?
M. Drouin
(Jacques) : Plus vaste dans quel sens?
Ouimet (Fabre) : Dans le sens : L'interdiction de
contracter vise tout contrat, et non pas des contrats d'un certain
montant.
Drouin (Jacques) : Tout contrat et tout montant. Il n'y a pas
de seuil de montant, c'est à partir de zéro, là, à partir de 10 $,
là, l'interdiction de contrat, effectivement.
Ouimet (Fabre) : Alors, non seulement il y a une incohérence
entre le mécanisme proposé par la
loi sur les élections, c'est-à-dire l'automatisme, mais il y a également une
différence dans le sens où la Loi électorale, elle, n'impose pas de montant minimum au contrat visé, tous les
contrats publics sont susceptibles d'être visés, donc l'entreprise ne peut
conclure un contrat avec le gouvernement pour quelque montant que ce soit pour
trois ans.
M. Drouin
(Jacques) : Tout contrat et de toute nature.
Ouimet
(Fabre) : Alors, ça me semble être une différence non
négligeable. Les parlementaires auront à réfléchir
sur la sagesse à laquelle vous nous appelez, d'envisager un mécanisme qui
permet la souplesse. Mais je tenais, M. le Président… Et c'est grâce au DGE qu'on constate
qu'il y avait une incohérence dans l'approche entre les deux lois, et qu'en 2010 l'approche était plus sévère que
l'approche que nous envisageons maintenant. Alors, je ne sais pas si mes
collègues de l'opposition officielle ont des questions. Pour moi, ça complétait
les points.
Le Président (M.
Ferland) : Il reste environ une minute si vous avez…
Ouellette :
Ah! bien, pour une minute, oui.
Le Président (M.
Ferland) : Une minute, pas plus. Allez-y.
Ouellette :
J'ai l'impression, M. le Président — bonjour, M. Drouin — de
revivre un mauvais film. J'ai l'impression
d'être dans le film des discussions de la loi n° 1 et je suis surpris
qu'on n'ait pas pensé, ou qu'on n'ait pas arrimé, ou qu'on n'ait pas,
effectivement, réfléchi, à ces choses-là, puis que le DGE vienne nous dire à
matin : Aïe! Oubliez-moi pas parce que,
là, votre affaire, ça ne marchera pas. Normalement, je le sais qu'on veut aller
vite puis je sais qu'on avait le même
problème avec la loi n° 1, puis je trouve ça assez particulier. Merci
d'être venu juste lever la main pour
nous dire : Excusez, là, mais il y a ça. Parce que, tous les jours, ça
fait l'objet, médiatiquement, de commentaires, de quolibets puis de toutes sortes de choses. À chaque fois qu'il y a
des accusations qui sont déposées par le DGE, là, ça part toutes sortes
d'allégations, ça fait qu'il faut, définitivement, que ça soit dans la loi.
Président (M. Ferland) : Alors, merci, M. le député.
Malheureusement… Ce n'était pas une question. C'est ce que j'ai compris,
hein?
Ouellette :
Non, c'était un commentaire. Merci.
Président (M. Ferland) : Alors, je cède la parole au député de
Saint-Jérôme pour 1 min 30 s. M. le député.
M. Duchesneau :
Je vais au moins prendre 30 secondes pour faire un commentaire, moi aussi.
Le Président (M.
Ferland) : Allez-y.
Duchesneau : Je trouve ça déplorable qu'on ait un document
réfléchi et qu'on soit obligés de pousser ça à l'intérieur de 35 minutes. Je me
demande si on ne devrait pas les reconvoquer, ça a des conséquences
importantes. Moi aussi, j'ai encore
de travers la loi n° 1 de l'an passé. Là, on va avoir un impact direct sur
la loi n° 1 avec les recommandations qui nous sont faites, et on ne peut même pas interroger l'AMF. Je trouve
ça un non-sens puis je veux que ça soit enregistré.
Drouin, vous bâtissez généralement votre preuve contre des personnes qui
auraient commis des actes dérogatoires ou
des actes répréhensibles à partir des documents que vous fournissent les partis
politiques et aussi, maintenant, avec l'enregistrement qu'un citoyen
peut faire directement. C'est ça?
M. Drouin
(Jacques) : L'Agence du revenu aussi.
Duchesneau : Mon expérience m'a prouvé que ce n'est souvent pas
là qu'on va être capables de trouver les gens qui font vraiment des problèmes à la démocratie dans laquelle on
vit parce que ce n'est souvent pas sur l'écran radar. Est-ce que vous avez maintenant des moyens d'aller
au-delà de la seule preuve documentaire qui vous est fournie de façon
volontaire, sur laquelle on peut avoir des doutes?
M. Drouin
(Jacques) : Oui.
M. Duchesneau :
O.K. J'aimerais ça, vous entendre là-dessus.
Le Président (M.
Ferland) : …secondes, à peu près, oui. Il ne reste…
M. Drouin
(Jacques) : Oui, on en a, mais, en 15 secondes, ça va être
difficile.
Le Président (M.
Ferland) : …pas le choix.
Drouin (Jacques) : Mais notamment la passerelle avec le Revenu,
qui nous donne, qui nous fournit beaucoup d'information et nous permet
d'entreprendre des poursuites, c'est…
M. Duchesneau :
Je suis fier de l'entendre. Je vais être obligé de vous couper.
Le Président (M. Ferland) : Je
m'excuse…
M. Duchesneau : M. le
Président…
Le Président (M. Ferland) :
Non, je m'excuse…
Duchesneau : …est-ce que je peux revenir avec ma
recommandation?
Président (M. Ferland) : Oui. Je vous remercie, mais
malheureusement… Je vais vous expliquer quelque chose. O.K.? Parce que j'ai bien entendu vos commentaires, vos
recommandations, mais je ne fais et je ne peux qu'appliquer les règles. Alors, si on veut déroger à ça, il va
falloir que les bureaux des leaders se parlent et reconvoquent le Directeur
général des élections. Je n'ai aucun problème avec ça.
M. St-Arnaud :
Leur mémoire est clair.
Le Président (M.
Ferland) : Alors, sur ça, je vais céder la parole au député de
Blainville pour 1 min 30 s.
M. Ratthé :
Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Ferland) : Allez-y.
Ratthé : Écoutez, je voulais juste faire un constat. Et je
pense que ce que vous nous apportez aujourd'hui, M. Drouin, c'est un
constat important. Ce que vous nous dites, c'est, d'une part — mes
collègues l'ont dit : Soyons cohérents.
Mais, d'autre part aussi, moi, je suis très sensible au fait que vous avez
mentionné que, pour une contravention commise
ou une infraction commise par un seul individu, une entreprise complète
pourrait être radiée pendant trois ans de
temps, ce qui a des implications majeures pour des employés. On voit
actuellement certaines entreprises, de grandes firmes d'ingénierie chez nous qui ont fait déjà des mises à pied
importantes, et d'autres firmes, et je pense qu'il va falloir vraiment se pencher là-dessus parce qu'en quelque
part je pense que les individus concernés doivent payer, mais les gens
qui ne sont pas concernés ne doivent pas être pénalisés.
Et je pense que ce
que vous nous apportez ce matin, c'est un éclairage drôlement important dans
cette cohérence-là, de faire en sorte que la
personne qui a commis l'infraction est la personne qui devrait être punie, et
non pas celle qui ne l'a pas commise, et encore moins l'entreprise, qui aurait des conséquences, mais tout à fait désastreuses sur
des employés qui, eux, n'ont aucun contrôle
sur ce qu'un ou des dirigeants ont fait. Alors, c'est ce que je retiens, moi.
Et je pense que l'éclairage que vous nous
apportez aujourd'hui est drôlement important, ça va
sûrement orienter nos travaux. Merci, M. Drouin.
Une voix : Voyez-vous,
on en veut plus…
Le Président (M.
Ferland) : Alors, merci. Merci, M. le député.
Alors,
la commission suspend ses travaux jusqu'à 15 heures, où elle entreprendra un
autre mandat. Alors, sur ce, bonne période de repas.
Le Président (M.
Ferland) : Malheureusement, c'est tout…
(Suspension de la séance à
13 h 1)
Je vous rappelle que la commission est
réunie afin de poursuivre les consultations particulières et auditions
publiques sur le projet de loi
n° 61, Loi visant principalement le recouvrement de sommes payées
injustement par des organismes publics relativement à certains contrats
dans l'industrie de la construction.
Puis
je voudrais souhaiter la bienvenue aux représentants de la Corporation des
entrepreneurs généraux du Québec. Je
voudrais mentionner aux membres que les représentants de la corporation m'ont
demandé de dépasser légèrement leur
temps de présentation. Alors, sur consentement, vous savez, tout est possible
dans ce Parlement. Alors, vous avez l'autorisation
de tous les parlementaires. Je vous demanderais de vous présenter et de nous
indiquer qu'est-ce que vous faites dans cette corporation, et, ensuite,
vous pouvez commencer votre laïus. Merci.
Martin (Luc) : Bonjour. Alors, merci. Merci de nous avoir invités. Mon nom
est Luc Martin, je suis le vice-président
exécutif de la Corporation des entrepreneurs généraux. Et je suis accompagné de
Benoît Lussier, vice-président du conseil d'administration de la
corporation, et M. Lussier va vous lire le document qu'on vous a préparé.
M. Lussier (Benoît) : Alors, merci beaucoup, M. le Président. M. le
ministre, Mmes, MM. les députés, nous vous remercions de l'opportunité qui nous est offerte aujourd'hui de vous
exprimer la vision des entrepreneurs généraux qui oeuvrent dans les bâtiments institutionnels,
commerciaux et industriels sur le projet de loi n° 61. La CEGQ est fière
de regrouper les entrepreneurs
généraux les plus actifs au Québec. Nos membres se voient d'ailleurs confier la
majeure
partie des travaux en entreprise générale des bâtiments publics.
Depuis plusieurs mois, l'ensemble des entrepreneurs est
victime de la mauvaise réputation faite à l'industrie de la construction, causée principalement par la
faiblesse et l'incapacité de nos règles de marché public à identifier et à
contrer la corruption et la
collusion. Force est de constater que nos marchés publics sont perméables aux
influences, aux infiltrations et exposés à des malversations de toutes
sortes.
Ici et ailleurs dans
le monde, de nombreux fournisseurs s'intéressent aux marchés publics.
Toutefois, certains d'entre eux tentent d'en
réduire la concurrence dans le but de s'avantager. C'est ce qui, manifestement,
s'est déroulé au Québec, où plusieurs organismes publics ont payé injustement des
sommes à la suite de fraudes ou de manoeuvres dolosives dans le cadre de
l'adjudication, de l'attribution ou de la gestion de contrats publics.