Public Finance — 3 September 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CFP 2013-09-03
Quebec — Committees
Alors, il y a moins
de deux semaines, nous avons mis un terme, ici même, au cours des travaux de cette
commission, à l'audition de 43 groupes,
à l'occasion des auditions publiques dont je parlais tout à l'heure, sur le
rapport D'Amours. À n'en pas douter, nous deviendrons bientôt des experts en
matière de régimes de retraite. Nous pourrons peut-être ainsi commencer à
rejoindre la compétence du député de Verdun, qui a été un… qui a développé
cette spécialité au fil de ses années de vie parlementaire.
Nous allons étudier
le projet de
loi sur les régimes volontaires d'épargne-retraite. Pas moins de
16 groupes et associations pourront se faire entendre à partir d'aujourd'hui
et jusqu'à mercredi, c'est-à-dire il y a quatre journées consacrées à cette fin. Je vous souligne, d'entrée
de jeu, que 12 de ces 16 groupes se sont récemment donné la peine
de venir nous exposer leurs points de vue sur le rapport du comité d'experts
présidé par M. D'Amours. Donc, on va voir des visages connus, quelques nouveaux venir nous parler de ce projet de
loi sur les régimes volontaires d'épargne-retraite. Certains… en fait,
plusieurs d'entre eux nous ont d'ailleurs commencé à émettre… ont commencé à
émettre leurs commentaires lors des auditions précédentes.
Nous
en parlons depuis longtemps, de ces régimes volontaires d'épargne-retraite. Je
vous le rappelle, je m'étais engagée
à ce que nous fassions l'étude de ce projet de loi lors du dépôt du rapport D'Amours
en avril 2013. Ce projet de loi, donc, a été présenté à l'Assemblée
nationale le 8 mai dernier. Il suivait le dépôt du projet de loi
n° 80, qui avait été déposé par l'équipe précédente, le gouvernement
libéral, mais auquel nous avons apporté quelques modifications.
J'en profite pour
vous rappeler qu'à la page 185 du rapport D'Amours la recommandation
n° 18 est libellée comme suit :
«Le comité d'experts recommande une mise en oeuvre rapide des régimes
volontaires d'épargne-retraite, tel qu'annoncé dans le budget
2013-2014.» Donc, une des recommandations du rapport D'Amours nous disait que
les régimes volontaires d'épargne-retraite n'empêchaient
pas de mettre… ne nuisaient pas à la mise en place de nouveautés en
matière de régimes de retraite, d'une modernisation des régimes de retraite,
tel que prévu dans le rapport D'Amours.
Les régimes
volontaires d'épargne-retraite ne régleront pas tous les problèmes reliés aux
régimes d'épargne de retraite, mais c'est un
outil de plus dans le coffre. Or, c'est la diversité de ce coffre à outils des
régimes de retraite qui fait, paraît-il, la force
des régimes québécois. Trop de travailleurs n'ont pas accès à un régime de
retraite. On parle de 2 millions de
travailleurs qui n'ont pas accès à des régimes de retraite, ils n'ont que les
régimes publics, qui offrent, faut-il rappeler, des revenus de base.
Alors, les régimes volontaires d'épargne-retraite que nous proposons aujourd'hui
sont collectifs, volontaires et permettent des économies d'échelle.
moins de 90 000 entreprises d'au moins cinq employés sont concernées
par ce projet de loi. Je sais que nous discuterons
sûrement du nombre d'employés qui devraient être touchés par ces régimes
volontaires d'épargne-retraite. Beaucoup de mémoires en parlent,
beaucoup de gens nous ont parlé aussi de cela lors des auditions sur le rapport
D'Amours.
régimes volontaires d'épargne-retraite, nous les voulons facilement
accessibles, simples, peu coûteux — il faut baliser cela — déductibles du revenu imposable et adaptés
en fonction de l'âge du cotisant, et ainsi c'est ainsi qu'ils pourront
faire une différence appréciable pour ces travailleurs.
souligne aussi que ces régimes se veulent simples et faciles à mettre en place
et à gérer pour les employeurs.
terminant, j'en profite pour remercier mes collègues, les élus de tous les
partis qui ont entendu notre appel pour faire, de façon non partisane,
les débats sur notre système de retraite. C'est une question trop importante
pour qu'elle fasse l'objet de considérations
partisanes. Nous devons travailler au nom de l'intérêt général de tous les
Québécois, et de toutes les
Québécoises, et de tous les travailleurs, et de toutes les travailleuses. Alors,
voilà, M. le Président, pour mes remarques préliminaires.
Le Président (M.
Pelletier, Rimouski) : Merci, Mme la ministre. Et je cède la parole
maintenant à M. le député de Verdun.
Gautrin :
Je vais remonter ça pour qu'on puisse m'entendre. M. le Président, je
commencerais mon intervention en étant hors d'ordre. Lorsque nous avons quitté
cette commission, un de nos collègues, qui d'ailleurs avait demandé de nous quitter plus rapidement parce qu'il avait un train
à prendre, a non seulement pris un train, mais a démissionné comme député,
ce qui arrive dans une carrière, surtout lorsqu'on peut avoir des aléas qui
sont liés, en quelque sorte, à des courses à
la chefferie. Donc, je pense qu'il serait de bon ton… Et, si vous le permettez,
je pense que ma collègue la ministre,
et les autres collègues, et probablement le collègue de... vous tiendrez à
présenter ici une motion pour le remercier pour tout le travail qu'il a
fait sur cette commission. Bon, je pense particulièrement au député d'Outremont,
enfin monsieur... Excusez-moi, il n'est plus député. Est-ce qu'il est encore
député?
Gautrin : Alors donc, je parle du député d'Outremont. Mais
enfin, pour une fois, vous me permettez de dire Raymond Bachand, puisqu'il
était... c'était Raymond Bachand. Donc, je voudrais simplement, M. le
Président, que la commission lui témoigne
son... pour le travail qu'il a fait, et que la secrétaire, au nom de la
commission, soit en mesure de lui faire
valoir toute l'appréciation, et que vous puissiez signer en notre nom, M. le
Président, une lettre dans ce sens-là.
Maltais : Je pense que mes collègues voudront peut-être
exprimer de vive voix leurs commentaires, mais nous nous joignons avec
plaisir à cette motion, parce qu'effectivement le député d'Outremont a fait
partie de ces députés qui ont travaillé d'une belle façon, non partisane, comme
nous le voulions. Voilà.
Gautrin : Alors, je vous remercie. Maintenant, M. le
Président, je vais rentrer dans l'ordre et je vais faire aussi quelques
remarques préliminaires.
est clair, après que nous ayons passé ces 15 jours ensemble sur l'amélioration
des régimes de pension, il y a un certain nombre de choses qui sont
ressorties sur lesquelles il y avait un consensus. C'est que, globalement, les
Québécois et les Québécoises n'épargnent pas assez pour leur retraite. Et donc
il y a lieu d'améliorer les véhicules qui
existent déjà — et je
crois qu'on aura la chance d'en discuter lorsque nous serons en mesure de faire
lesrecommandations — ou d'utiliser d'autres véhicules. Le RVER
est un véhicule qui avait été pensé par l'équipe précédente au
gouvernement, qui a été reprise par l'équipe actuelle et qui est un nouveau
véhicule pour permettre, dans des entreprises de petite taille, de pouvoir
avoir un moyen pour, en quelque sorte, favoriser l'épargne.
Lorsqu'on
aura la chance… Moi, j'ai lu à peu près les mémoires qui étaient devant nous.
Il y a une convergence aussi sur
certains articles, certaines questions qui sont posées, je pourrai vous en
parler, par exemple sur les règlements, sur le concept d'un coût qui
soit un coût raisonnable. Et c'est une question… Parce que c'est toujours
relatif, le coût raisonnable, dans une stratégie de placement. Sur la question
qui touche, par exemple, les employés à temps partiel, il va falloir qu'on réfléchisse aussi à cet effet-là sur les frais de
gestion, sur la nécessité aussi non seulement d'avoir un véhicule, mais
qu'il soit compris par les gens, c'est-à-dire de faire en sorte qu'il y ait une
forme de conseil ou d'institutionnaliser le conseil aux personnes qui
investissent.
Alors, M. le
Président, on... Et évidemment il y a une position diamétralement opposée,
comme vous l'avez vu. D'un côté, il y a des
mémoires qui nous disent qu'il est important qu'il y ait une contribution
patronale, et d'autres qui disent :
Il est absolument fondamental qu'il n'y ait pas de contribution patronale. Nous
aurons, évidemment, à débattre de ces questions entre nous.
Alors, M. le Président, je pense qu'on fait ici
un travail sur lequel il y a au moins un consensus sur la nécessité d'avoir de nouveaux véhicules pour que
les petites entreprises puissent aussi permettre un véhicule d'épargne à
leurs employés.
Maintenant, je n'entre pas... on aura la chance de débattre sur comment ça doit
être fait. Je ne sais pas si mon collègue d'Outremont voudrait ajouter
quelques mots ou...
Une voix : De Mont-Royal.
Gautrin : De
Mont-Royal, excusez-moi, M. le Président, il faut que je m'habitue.
Arcand : Merci, M. le député
de Verdun. Essentiellement, je pense que, sur le principe, évidemment,
comme ce projet de loi auquel nous discutons aujourd'hui reprend
essentiellement les grandes lignes d'un projet de loi que nous avions présenté, il est clair que nous voyons avec
beaucoup d'intérêt l'établissement de ce régime. La seule chose, c'est qu'un certain nombre de questions demeurent, d'après
les différents commentaires que nous avons eus, c'est-à-dire on a beaucoup parlé, je dirais, de façon générale, de l'efficacité
du régime, que ce soit au niveau d'une efficacité au niveau des contributions, une efficacité au niveau de
certains règlements qui vont suivre. Et donc ce sont des questions sur
lesquelles nous voudrons certainement intervenir et poser un certain nombre de
questions là-dessus.
Quant au
principe général, il est clair qu'il n'y a pas assez d'épargne au Québec. Il
est important que les travailleurs soient
mieux protégés et qu'on trouve des façons de les aider en ce sens-là. Et moi,
particulièrement, je serai intéressé aussi, beaucoup, à discuter des coûts, parce qu'un des éléments importants, ce
sont les coûts associés à ces régimes volontaires d'épargne, et donc il
est clair que c'est un des éléments sur lesquels on voudra aussi poser beaucoup
de questions.
Alors, voilà, M. le Président, c'étaient
quelques-uns de mes commentaires.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
Merci, M. le député de Mont-Royal. Suite à la motion du député de Verdun et
devant le consentement que j'ai senti unanime, nous ferons parvenir une lettre
au député d'Outremont lui témoignant notre
reconnaissance vis-à-vis le travail qu'il a effectué à notre commission, mais,
pour ça, on va attendre qu'il ne soit plus membre, officiellement, de la
commission.
Gautrin :
M. le Président, si j'ai compris notre secrétaire, il est toujours membre de la
commission, mais c'est une question de jours, simplement.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
Il est toujours membre de la commission. Nous, on n'enlève pas un nom à notre
commission suite à une publication dans le journal ou à la télévision, ça prend
une démission officielle. M. le député de Lévis.
M. Dubé :
Oui, merci, M. le Président. Alors, on s'est quittés, à cette commission, il y
a une dizaine de jours, puis on parlait des régimes de retraite, et on
revient, et on parle encore des régimes de retraite. Et, comme je l'ai fait la dernière fois, je veux remercier le parti
gouvernemental, particulièrement la ministre, pour respecter sa parole. On
avait dit que c'était une urgence et on le
sent, on est encore ici ce matin sur ce sujet. Je veux la remercier de tenir l'échéancier
serré.
Je serais
rapide parce qu'en fait il y a eu… On s'entend tous que les régimes de
retraite, c'est majeur, c'est un problème
complexe, et les solutions sont souvent multiples. Il y a eu, à l'intérieur de
la dernière commission qui a porté sur le
rapport D'Amours, quand même certains consensus où il fallait s'assurer que
nous aidions les Québécois et Québécoises à favoriser l'épargne. Et je pense que, dans un de ces consensus-là,
même si les RVER ne sont pas une solution parfaite, ils font
partie de
la solution. Parce que, comme je le dis, à tout problème complexe,
habituellement les solutions sont multiples,
et je pense que tous entendent… D'ailleurs, mes collègues, ici, de l'opposition
officielle l'ont bien dit, ils avaient présenté
un projet. Je pense que les gens s'entendent que les RVER, à quelques
modifications proches apportées par le gouvernement,
vont faire rapidement consensus. Alors, je pense que ce n'est pas la solution
parfaite, mais ça fait
partie de la solution, et à ce moment-là…
On a eu quand même plusieurs commentaires,
durant le rapport D'Amours, de gens qui sont venus nous dire qu'il y aurait des
petites améliorations. Je salue les gens qui vont venir nous en parler, parce
que je pense qu'on n'est pas très loin d'une
entente, et je remercie encore la Commission des finances publiques de la
diligence qu'elle fait sur ce dossier-là,
et on va y participer avec toute notre énergie pour en arriver à une des
solutions qui fait
partie de ce problème complexe là. Alors, merci
beaucoup.
Président (M. Pelletier, Rimouski) : Merci, M. le député de Lévis. Je ne sais pas s'il y a d'autres
députés qui voudraient rajouter quelque chose. Ça va?
Alors, nous
passons… Là, c'est vraiment à votre tour, MM. Fortin et Faribault, vous
avez la parole pour une dizaine de
minutes. Par la suite, il y aura 50 minutes d'échange qui seraient
réparties entre… 24 minutes par le parti gouvernemental, 20 minutes par l'opposition
officielle et six minutes par le représentant du deuxième groupe d'opposition.
Vous avez la parole.
M. Fortin
(Daniel) : Bien, merci, M.
le Président. Mme la ministre, MM., Mmes les députés. Bon, tout d'abord,
nous vous remercions de nous permettre de
comparaître dans le cadre des auditions publiques sur le projet de loi
n° 39, la
Loi sur les régimes volontaires d'épargne-retraite, on y réfère
aussi sous le nom de RVER.
Mon nom est
Daniel Fortin. Je suis Fellow de l'Institut canadien des actuaires et directeur
adjoint chez Bâtirente, responsable des produits et de la distribution.
Je suis accompagné de Me Christian Faribault, avocat pour Borden Ladner
Gervais.
Bâtirente est
un système de retraite qui propose aux syndicats affiliés à la Confédération
des syndicats nationaux, la CSN, des
régimes de capitalisation, que ce soient des régimes simplifiés, des RRS, des
REER collectifs, des RPDB, et autres, pour leurs membres actifs et des
régimes de prestations de revenu de retraite, FERR, FRV collectifs, incluant un
service d'accompagnement individualisé pour la planification des revenus de
retraite, à leurs membres retraités.
Nous existons
depuis plus de 25 ans, et, à ce jour, plus de 350 syndicats affiliés,
provenant d'une grande diversité de secteurs économiques, ont institué l'un
de nos régimes de capitalisation et négocié avec leurs employeurs les cotisations salariales et patronales qui y sont
versées. Ces groupes locaux réunissent présentement plus de
18 000 cotisants, et, en comptant les adhérents inactifs, notre
effectif total s'élève à plus de 21 000 membres.
Chacun de nos
régimes est institué sur une base exclusive à Bâtirente et fait l'objet d'un
enregistrement distinct auprès des régulateurs concernés, que ce soit la
Régie des rentes, que ce soit l'Agence du revenu du Canada ou le Bureau du Surintendant, pour un régime sous
juridiction fédérale. En confiant l'administration de nos régimes à une
société d'assurance, ces derniers sont constitués en contrats de rentes
collectives au sens de la Loi des assurances.
Les fonds
Bâtirente, qui sont les instruments de capitalisation de ces régimes de
retraite, constituent également des entités
distinctes instituées pour notre compte exclusif par la société d'assurance à
qui nous confions l'administration des régimes.
En vertu des conventions intervenues avec l'assureur, Bâtirente assume les
responsabilités relatives à l'embauche des sociétés de gestion et du
dépositaire de valeurs auxquels sont confiés les actifs des fonds, à leurs
politiques de placement ainsi qu'au suivi de l'ensemble des activités qui en
découlent. Au 31 juillet 2013, les actifs sous gestion du système de retraite Bâtirente s'élevaient à
près de 460 millions. À cet actif s'ajoutent les actifs provenant de
partenaires externes, pour un total de 1,6 milliard.
D'abord
promoteur du système de retraite, Bâtirente est également inscrit auprès de l'AMF
à
titre de cabinet de services financiers. C'est à ce
titre qu'il prend
charge de la distribution de son offre de services auprès des syndicats affiliés
à la CSN.
En résumé, le
modèle d'affaires qu'a développé Bâtirente au cours des années consiste à
fédérer le plus grand nombre de
régimes de retraite établis au bénéfice de membres de syndicats affiliés à la
CSN dans le secteur privé et, en regroupant leur épargne collective, de
tirer parti d'une capacité économique accrue dans le but de négocier de bonnes ententes avec les fournisseurs dont les services
sont requis, tels qu'assureurs, gestionnaires de portefeuille, actuaires-conseils
et autres professionnels, et tout cela en
préservant une grande indépendance à l'égard de ces institutions, en assurant
une gouvernance fiduciaire centrée sur la
promotion des intérêts des membres et en développant l'expertise
professionnelle propre à assurer la réalisation de ses objectifs.
Le modèle d'affaires
de Bâtirente a fait ses preuves. Les fonds Bâtirente affichent des performances
ajustées pour le risque d'un très bon
niveau. Nous développons des stratégies adaptées à nos effectifs, dont
Trajectoire, notre stratégie de placement
clés en main qui s'ajuste d'année en année avec l'approche de la retraite, et
Planirente, notre service d'accompagnement des futurs retraités. D'ailleurs,
à cet égard, contrairement aux pratiques actuelles du marché des régimes de capitalisation, nous proposons une
approche inclusive où les retraités demeurent membres de leur groupe et
continuent de participer au système de retraite en profitant du même taux de
frais de gestion que leurs collègues encore actifs.
Quant aux frais de gestion, avec la croissance
de nos actifs totaux et ceux de nos groupes individuellement, nous réussissons
à les faire baisser d'année en année. Ainsi, en 2013, le taux de frais moyen d'un
groupe s'établit à 1,13 % et le taux
moyen de l'ensemble de nos participants, incluant les inactifs, à 1,25 %,
et nous comptons bien les faire baisser encore. Plus de détails, d'ailleurs,
sont disponibles dans notre rapport annuel, dont j'ai un certain nombre de
copies disponibles ici, ou sur notre site Internet.
Ayant présenté Bâtirente, permettez-moi de
parler un peu plus du projet de loi n° 39 maintenant. Alors, nous suivons bien sûr avec attention les discussions
qui entourent le projet de loi n° 39, comme nous l'avions fait pour le
projet de loi n° 80 qui l'a précédé l'an dernier. Nous sommes actuellement
préoccupés de l'impact qu'aura son entrée en vigueur dans notre environnement
et en particulier des risques qu'il pourrait faire courir à notre modèle d'affaires.
Parmi ces sujets
de préoccupation, mentionnons les suivants : tout d'abord, la notion d'exclusivité
du RVER et la notion d'administrateur. Comme nous l'avons mentionné plus
haut, notre système de retraite repose sur un partenariat avec une compagnie d'assurance québécoise qui
administre nos divers régimes de capitalisation et de prestations de
revenu et qui établit les fonds Bâtirente, lesquels constituent le coeur de
notre système de retraite.
Or, selon l'article 11
du projet de loi, l'administrateur de RVER ne pourrait enregistrer qu'un seul
RVER. Ainsi, ne pouvant enregistrer
un RVER réservé à Bâtirente et donnant accès aux fonds Bâtirente comme il le
fait actuellement pour notre RRS ou notre REER collectif, cette
disposition empêcherait Bâtirente d'opérer dans un environnement d'égalité des conditions
de concurrence lui permettant d'offrir un RVER aux syndicats affiliés qui
auraient convenu de ce type de régime
avec leurs employeurs. Notons que notre assureur nous indique être prêt à
administrer notre RVER pourvu que la loi le lui permette.
En ce qui
concerne la notion d'administrateur, par ailleurs, tel que libellé, l'article 13
nous interdirait d'obtenir l'autorisation d'agir à
titre d'administrateur
de notre RVER, puisqu'au sens du libellé actuel nous ne sommes ni un assureur, bien que l'essentiel des opérations
administratives requises par nos régimes soit accompli par un assureur,
ni une société de fiducie ou un gestionnaire de fonds d'investissement inscrit.
En ce sens, les amendements suggérés à l'article 13,
ci-annexés, visent à ce qu'une entité comme Bâtirente puisse prétendre au statut d'administrateur d'un RVER dans la mesure où
l'administration de ce RVER est accomplie de concert avec une société d'assurance,
une société de fiducie ou un gestionnaire de fonds d'investissement.
Ce que nous
proposons équivaut à ce que permet déjà la
loi sur les normes de prestation de
pension du fédéral en vertu de laquelle Bâtirente peut agir à
titre d'administrateur
de régime de retraite interentreprises, tout en confiant ses opérations
administratives à une institution financière. Notons aussi que la
Loi sur les
régimes de pension agréés collectifs, le RPAC, l'équivalent du RVER au fédéral,
ne réserve pas le statut d'administrateur des RVER aux trois catégories de
personnes décrites à l'article 13.
Nous
souhaitons donc qu'il soit permis d'ajouter le RVER à notre gamme de produits
afin que les syndicats affiliés à la CSN, dont les membres auront l'obligation
de cotiser à un RVER ou qui auront négocié avec leurs employeurs le versement de cotisations salariales et patronales
à un RVER, puissent le faire en participant à la mise en commun mise de
l'avant par notre système de retraite syndicale.
En résumé,
nous recommandons au législateur d'amender
l'article 13 de manière à permettre au représentant d'une pluralité
de preneurs de régimes de capitalisation d'agir à
titre d'administrateur d'un
RVER, pourvu qu'il le fasse de concert avec l'une des personnes morales
désignées au paragraphe a, b ou c.
Parlons maintenant des rapports collectifs de
travail, donc comment adapter le RVER à cette réalité. Dans le contexte du RVER où les salariés assumeront tous
les risques liés à la capitalisation de leur retraite, il ne serait que
normal que, dans un milieu de travail
syndiqué, il revienne au syndicat, seul représentant des salariés selon le Code
du travail, de choisir le RVER qui s'appliquera
à ses membres. Or, tel que rédigé, le projet de loi ne permet aucunement au
syndicat accrédité d'un milieu de travail de
se constituer en preneur du contrat de RVER, comme il peut pourtant le faire
pour un régime de retraite simplifié ou même un REER collectif.
En effet,
comme prévu aux actuels articles 16 et 41 à 49 du projet de loi
n° 39, ce droit est strictement réservé à l'employeur. Notons que, selon une étude que nous avons conduite avec
les fédérations du secteur privé de la CSN, environ 30 % de leurs
syndicats n'ont pas encore réussi à négocier un régime de retraite auquel
contribuent leurs employeurs.
C'est pourquoi nous recommandons que la loi
oblige la consultation du syndicat d'un milieu de travail où le RVER doit être offert et qu'elle permette au
syndicat de souscrire le contrat avec l'administrateur de RVER de son
choix quant aux salariés qu'il représente.
De plus, il
est à prévoir que, dans les milieux syndiqués où s'imposera un RVER, un
syndicat représentant les salariés cherchera à négocier une
participation de l'employeur. Lorsque l'employeur aura accepté de verser une
telle cotisation patronale au RVER en vertu d'une convention collective, il devrait
être privé de pouvoir modifier unilatéralement sa cotisation dont il
bénéficierait selon le deuxième alinéa de l'article 52.
Nous croyons donc que l'article 52 devrait
être modifié afin que le droit de l'employeur de modifier unilatéralement sa contribution au RVER ne s'applique
pas lorsque cette cotisation est établie par convention collective.
Finalement, un dernier commentaire de nature
plus générale, nous l'avons intitulé Déshabiller Pierre pour habiller Paul . Alors, nous souhaitons conclure nos représentations par une légère
mise en garde. Celle-ci porte sur la notion de faible coût traitée à l'article 26 du projet de loi. Nous voyons
un grand risque dans l'approche sous-tendue par l'énoncé d'intention qui s'y trouve. Non pas que nous
soyons contre la baisse des coûts, nous nous employons continuellement à
obtenir de meilleurs prix, tant pour les services administratifs que pour la
gestion des portefeuilles. Toutefois, nous souhaitons rappeler le leitmotiv
lancé par le comité D'Amours sur la vérité des coûts.
Les échos que
renvoie actuellement le marché indiquent que les institutions financières
susceptibles d'instituer des RVER craignent que ceux-ci ne soient
difficiles à rentabiliser en raison notamment de la faible taille des comptes attendue et des faibles taux de participation qui
pourraient y être observés. Nous partageons en effet les craintes
voulant qu'en l'absence de cotisation
patronale obligatoire au RVER le taux d'«opting out» — pardonnez-moi cette expression — surpassera
les prévisions du gouvernement.
Si ces
craintes se matérialisent, nous appréhendons que les autres régimes de
capitalisation actuellement administrés par ces institutions financières — le nôtre, par exemple — ne se retrouvent dans la situation de devoir
faire face à des conditions financières détériorées lorsque viendra le
temps d'établir ou de renégocier leurs ententes financières avec ces
institutions qui chercheront, tôt ou tard, à équilibrer les comptes de leurs opérations
en régimes de capitalisation en refilant la facture à leurs clients non
réglementés.
C'est
pourquoi nous recommandons au législateur qu'afin de ne pas nuire aux régimes
de capitalisation existants, la protection accordée aux participants de
RVER par l'article 26 quant aux frais et coûts que l'administrateur d'un
RVER peut leur charger soit étendue à tous les promoteurs de capitalisation qui
ne sont pas des RVER.
Nous remercions les membres de la commission d'accorder
considération à nos représentations. Les enjeux stratégiques à propos desquels nous vous invitons à modifier le projet de
loi n° 39 sont susceptibles d'entraversignificativement notre capacité de développer le système de retraite
collectif Bâtirente en l'améliorant, tout en continuant de faire
diminuer les frais assumés par nos membres.
Nous
soumettons que nos propositions sont de nature à bonifier le projet de loi sans
entraver le développement des RVER
mais en évitant qu'il ne nuise aux promoteurs comme nous qui poursuivent le même
objectif, à savoir de répondre le plus efficacement possible et
économiquement aux besoins des travailleuses et des travailleurs en matière de
capitalisation des retraites. Merci bien.
Président (M. Pelletier, Rimouski) : Merci beaucoup. Vous avez dépassé de quatre minutes, alors nous
allons diminuer les échanges de deux minutes
de chaque côté, et puis on pourra récupérer le temps. Merci de votre
présentation. Mme la ministre.
Maltais : Merci.
Bonjour, M. Fortin, bonjour, M. Faribault, qui vous accompagne, je crois.
Bienvenue à cette commission parlementaire.
Merci d'avoir accepté de présenter ce mémoire ce matin. On sait qu'on a été… On
a fait une modification d'horaire, et vous avez accepté de venir ce matin. On
apprécie.
Vous ouvrez
cette commission parlementaire avec quelques bonnes questions, je dois dire. Il
y en a certaines, je vais vous dire
tout de suite, que la régie et nous allons étudier sérieusement. Je pense, par
exemple, à qu'est-ce qu'on fait avec
Bâtirente. Devrait-il être un administrateur de RVER? Dans quelles conditions
cela pourrait-il se faire? Je vous le dis tout de suite, je pense qu'avec la régie on va étudier ça. Je vous
demanderai, par contre, de peut-être plaider encore ou de m'expliquer bien comment ça pourrait fonctionner,
parce que, nous, les RVER, c'est… il n'est pas question qu'il y ait
plusieurs RVER par employeur. C'est un régime RVER par employeur, c'est
important que… par administrateur. Or, vous en avez plusieurs, donc ça va être
un peu compliqué.
Consultation
du syndicat, on va examiner ça. Ça aussi, j'aimerais ça vous entendre
là-dessus, comment ça pourrait se
passer, quels pourraient être les délais, est-ce qu'il pourrait y avoir… On ne
veut pas qu'il y ait de droit de… Entre consultation et décision, il y a
une différence. Vous demandez donc consultation.
Et l'autre, c'est
l'exclusion des conventions
collectives. Si jamais une convention collective prend le pas sur le RVER, c'est évident,
pour moi en tout cas, qu'une convention collective étant une entente négociée,
c'est elle qui... normalement, c'est la
dernière signée... La dernière entente signée est celle qui fait foi. Alors, ça
devrait être la convention collective,
mais c'est une bonne question à laquelle on va s'attarder. Je vous le dis tout
de suite, là, on a bien, bien, bien écouté vos remarques, puis il y a
des questions intéressantes.
Maintenant, Bâtirente, revenons-y. Bâtirente
administrateur, comment est-ce que ça pourrait fonctionner? Est-ce que vous n'auriez
pas des modifications à faire chez vous? Quel serait le type d'amendement qu'on
pourrait introduire? J'aimerais ça que vous nous expliquiez un peu mieux
comment ça pourrait fonctionner.
Faribault (Christian) : Oui.
Mme la ministre, merci beaucoup pour votre question. Christian Faribault.
En fait, les administrateurs sont prévus actuellement au projet de loi, à l'article 13,
ce sont les assureurs, les sociétés de fiducie, les gestionnaires de fonds d'investissement.
Puis nous comprenons que la raison pour laquelle ces trois types d'entités sont
présentés à ces administrateurs, c'est parce qu'elles sont régies par une
réglementation qui encadre leurs activités, ce qui est tout à fait louable.
Maintenant, dans chacune des ces
réglementations-là, mais en particulier pour les gestionnaires de fonds d'investissement,
ils sont régis par la
Loi sur les valeurs mobilières, qui, elle, prévoit des
dispenses lorsque le régime d'inscription n'est
pas nécessaire dans les circonstances, c'est-à-dire que le régime d'inscription,
par exemple, en vertu de la
Loi sur les valeurs mobilières, vise à
assurer la compétence, l'intégrité, la solvabilité des acteurs de l'industrie. Toutefois, le législateur, dans la
Loi sur les
valeurs mobilières, prévoit des dispenses lorsque ces protections ne sont
pas nécessaires étant donné les
circonstances, par exemple lorsque l'entité qui rend les services est elle-même
déjà régie par un autre cadre réglementaire qui offre les mêmes
protections.
Dans notre
cas, ce qu'on propose, c'est que Bâtirente, sous son modèle actuel qui délègue
ou en partenariat avec une société
qui, elle, serait déjà titulaire du permis d'administrateur, puisse devenir l'administrateur
de son propre régime de retraite. Ce
que je veux dire par là, c'est que Bâtirente, qui délègue l'essentiel des
fonctions administratives reliées au... enfin, à ces régimes de
capitalisation à un assureur, serait certain d'avoir la protection voulue par l'intention
qui est recherchée par l'article 13 actuellement. Donc, Bâtirente, qui
délèguerait à un assureur, tel qu'il le fait actuellement, l'essentiel des fonctions reliées à ces régimes de
retraite, assurerait que le régime de retraite soit régi par une entité
qui est sous l'égide d'un cadre réglementaire qui assure la protection au
régime ainsi qu'aux épargnants.
Maltais :
Écoutez, vous êtes un peu un intermédiaire entre l'assureur et les employés. C'est
un peu le rôle que vous faites, c'est-à-dire vous faites la promotion du
régime. Vous négociez avec le patron? Qui négocie avec le patron, s'il y a
cotisation du patron?
M. Faribault (Christian) : Ce sont
les syndicats.
Maltais : Ce sont
les syndicats.
M. Faribault (Christian) : Ce sont
les syndicats.
Maltais : Donc, ce
n'est pas vous qui faites ça.
M. Faribault (Christian) : Pas du
tout, pas du tout.
Maltais : Qui vous contacte pour vous dire : Il y a ici
une entreprise qui voudrait établir un régime?
Faribault (Christian) : Bien, c'est le réseau CSN dans son ensemble,
donc à travers les conseillers syndicaux qui sont rattachés à des fédérations, dans des milieux de travail, qui
parle aux exécutifs syndicaux puis qui suit ça de près.
Maltais : Ce que j'essaie de savoir, c'est donc... c'est
véritablement... c'est le syndicat qui vous contacte parce qu'il a
négocié avec le patron. Vous n'entrez pas en contact avec l'employeur.
Faribault (Christian) : Occasionnellement. Occasionnellement, on...
Notre clientèle est essentiellement les syndicats et les conseillers syndicaux qui les accompagnent. Ce sont
eux, les maîtres d'oeuvre. Si eux nous disent : Nous aimerions que
vous fassiez une présentation à l'entreprise XYZ, on va le faire. Mais ce
n'est pas notre rôle d'aller négocier en aval.
Maltais : O.K. C'est parce que les régimes volontaires d'épargne-retraite
sont présentés aux employeurs qui
doivent mettre en place le régime volontaire d'épargne-retraite. C'est les
individus qui peuvent utiliser leur droit de sortie, une option de
sortie. Alors, la relation se fait avec l'employeur.
Dans
votre cas, la relation se fait surtout avec le syndicat. Mais je ne dis pas que
c'est mauvais, mais je cherche à voir, là, vraiment les différences,
comme les différences qui pourraient faire l'objet de discussions ou des
différences qu'on pourrait occulter, si nécessaire.
Mais normalement le régime volontaire d'épargne-retraite, on le… on veut
faire adhérer les gens qui n'ont pas de
régime, qui sont complètement dans le vide, et souvent il y a
une concordance avec le fait
que ce sont des gens qui sont non syndiqués. Donc, vous, ce serait pour la
partie syndiquée CSN simplement.
Vous ne voulez pas commencer à devenir des promoteurs de RVER de façon large.
M. Fortin (Daniel) : Ce n'est pas du tout notre mission, ce n'est pas du tout notre mission.
Je vais peut-être donner l'exemple suivant : présentement, dans le
milieu syndical CSN, alors des syndicats discutent avec leur employeur. Ils ont des choix, ils peuvent mettre sur pied des
REER collectifs, des régimes de retraite simplifiés ou d'autres
véhicules collectifs. Et à partir de 2014 va
s'ajouter un nouveau véhicule qui va s'appeler RVER. Alors, les syndicats et
l'employeur vont discuter des différentes
options : Est-ce qu'on met en place un RVER? Est-ce qu'on met en place un
REER? Parce qu'il va y avoir une obligation, là, qui va tomber, là, sur
une période de temps donnée, et ils vont… Vous pouvez imaginer que tout ce monde-là vont se poser la question : Est-ce qu'on
va vers les RVER ou on met enfin un REER? Parce qu'on ne s'était pas badré d'en mettre un avant, mais là la loi oblige
de mettre un véhicule collectif, et, nous, ça ne sera pas… parce qu'ils
ont la possibilité de le faire, puis ce sera même un CELI, s'ils le veulent.
Mais il va y avoir une discussion entre les parties syndiquées… les parties
syndicales et les employeurs sur le type de véhicule.
Présentement,
s'ils choisissent un CELI, s'ils choisissent un REER, s'ils choisissent un
régime simplifié, ils peuvent faire
affaire avec Bâtirente, s'ils le veulent, comme ils peuvent faire affaire avec
une autre institution financière, parce qu'avec Bâtirente et son
association avec une institution financière ils accomplissent la même chose. Et
tout ça se fait très, très bien, dans la transparence.
ce qu'il risque d'arriver, c'est que demain matin on va rajouter un produit qui
s'appelle RVER à la liste : Est-ce que c'est un REER? Est-ce que c'est
un RVER? Est-ce que c'est un CELI? Et là, s'ils choisissent le RVER, oups, là, Bâtirente, ça ne fonctionne plus. Mais Bâtirente
fonctionnait pour tous les autres. Mais là Bâtirente ne fonctionnerait
plus pour le RVER, puis on s'est dit : Bien, ce serait bête, parce qu'on
accomplit de belles choses avec nos travailleurs.
modèle, j'en parlais tout à l'heure, le modèle Bâtirente est le seul à mettre
beaucoup d'emphase sur l'aspect retraite.
Nous accompagnons, parce que, comme ce sont des régimes d'accumulation de
capital, ce sont des comptes de banque, les gens arrivent à la retraite,
et, dans la plupart des cas, ils vont partir avec leur argent, puis ils ne
savent pas trop quoi faire avec. Bâtirente a
développé un modèle où on les accompagne dans la retraite. Donc, on les éduque
à ce que ce régime d'épargne soit
véritablement un régime de retraite et on fait tout ce qu'il faut pour pouvoir
les accompagner une fois qu'ils sont
à la retraite, en leur permettant, entre autres, de profiter des mêmes taux de
frais comme s'ils étaient encore membres de leur groupe.
Alors,
c'est un modèle unique au Québec, et on trouve ça dommage que, si demain matin
un nouveau véhicule collectif prend place, qui s'appelle RVER,
soudainement on n'ira pas… on ne pourra pas en faire la promotion.
Maltais : Une autre question, sur les coûts. Vous dites que,
dans l'ensemble, les frais moyens de Bâtirente sont de 1,25 %. Ce que j'aimerais savoir, c'est… Vous avez un
fonds, je pense, le fonds diversifié Bâtirente qui a le plus d'actifs, hein, dans… Est-ce que les… Quels sont
les frais d'administration de ce fonds-là? Quand c'est un gros fonds, autrement dit, est-ce que véritablement les fonds
sont… les frais sont moins bas? C'est quoi, le… Est-ce qu'il y a une
grosse variation, dans vos fonds, dans les frais d'administration?
M. Fortin
(Daniel) : Bien, nous avons une stratégie de tarification qui pourrait
se comparer à celle de plein d'autres
institutions financières, donc il y a un certain secret qui entoure ça. Mais la
tarification, présentement, va aller en fonction de certains critères
propres aux groupes et non pas propres aux fonds. Nous avons… Vous parlez d'un
fonds en particulier. Vous savez, nous
offrons une douzaine de fonds en plus de la stratégie Trajectoire, qui est une
approche cycle de vie, là, qui est très populaire dans le marché et qui
simplifie énormément les décisions de placement des membres parce qu'ils n'ont
pas à prendre de décision au cours de leur carrière ni même à la retraite.
Mais, en ce qui concerne la tarification,
présentement cette tarification-là est modulée selon certains critères propres
à chaque groupe : taille du groupe, taille de l'actif ou de l'épargne,
volume de cotisations de ces groupes.
Maltais : Dans le projet des RVER, on a des articles qui sont spécifiquement… qui voient à
contrôler les coûts, les frais de
gestion. Alors, je me demandais si, dans votre expérience… Ce que j'essayais de
vous soutirer, ce n'était pas une
information confidentielle, mais bien d'essayer de voir si vous aviez réussi à
limiter les coûts puis quels sont les gestes qui nous permettent de
limiter véritablement les coûts de frais… les frais de gestion.
Je sais que,
pour l'ensemble de vos fonds, on nous parle… vous nous dites que c'est à peu près
1,25 %, ce qui est beaucoup moins bas que d'autres. Alors, c'est
juste que je me disais que vous aviez une pratique intéressante. Je ne sais pas
quelle
partie vous pouvez nous donner pour nous amener à voir comment on peut
contrôler les coûts, si c'est efficace, si c'est faisable. Parce que vous-même,
dans votre mémoire, vous nous dites que le fait de contrôler les frais de
gestion inquiète le marché. Alors, je me demandais… Autrement dit, est-ce que c'est
réaliste, ce qu'on propose?
M. Fortin (Daniel) : Ah bon! Ce que
vous proposez au niveau du RVER ou ce que Bâtirente fait comme…
Maltais : Je
pense que c'est réaliste, parce que
vous le faites, dans votre cas, mais, moi, c'est… Nous, on propose des
frais de gestion qui se situent autour de 1 %.
M. Fortin
(Daniel) : Le problème des
frais de gestion dans le projet RVER, dans mon esprit à moi, le défi,
puis on l'a mentionné un petit peu, c'est l'inégalité entre les produits
offerts, c'est-à-dire que vous allez avoir, sur le marché, un produit RVER qui
va être réglementé, alors que les autres produits, REER, RRS, RPDB, CELI, ne
sont pas réglementés au niveau des frais, ce qui est très dangereux à ce
moment-là.
Parce que
j'imagine que vous ne voulez pas que les gens déplacent leurs épargnes du REER collectif
vers le RVER. Ce n'est pas le but recherché. Le but recherché, c'est que
les gens épargnent davantage, hein, d'abord, puis aller rejoindre ceux qui n'épargnent pas. Et c'est ça, le danger. C'est que,
si vous avez un produit dans le marché… Parce que le RVER, là, il ne
faut pas se cacher, il va se comparer au REER, il va se comparer au CELI. Les
gens vont comparer, ils vont dire : C'est quoi, les conditions du
RVER? Quelles sont les conditions pour retirer mon argent? Quelles sont les conditions
dans le REER? Quelles sont les conditions dans le RRS ou dans le régime à
cotisation déterminée, plus traditionnel? Et là, quand ils vont regarder les
frais, bien, s'il y a un déséquilibre, c'est certain qu'il risque d'y avoir un
déplacement. Et nous craignons énormément ce déplacement d'épargnes vers d'autres
produits.
Bâtirente à l'avantage
d'être un organisme sans but lucratif, premier point. Bâtirente, également,
utilise… Comme on l'a mentionné dans
notre document, nous fédérons les régimes de nos groupes, c'est-à-dire qu'au lieu d'avoir un groupe, dans une usine, qui a son régime d'épargne
et qui négocie avec une institution financière des conditions x, bien, avec Bâtirente,
ce groupe-là est mélangé avec 350 autres groupes dans un effort de
négociation auprès des institutions financières. Alors, imaginez, moi, je m'en
vais voir des institutions financières, là, pour faire administrer les régimes
que nos syndicats réussissent à négocier et j'ai tout un pouvoir d'achat. J'ai
21 000 membres, j'ai 350 groupes que je représente auprès des institutions financières, que je représente auprès
des gestionnaires de portefeuille, ce qui me permet d'aller chercher des
conditions financières incroyablement basses. Et c'est exactement ce que nous
faisons, ce qui fait que certains de nos
groupes présentement paient des frais nettement inférieurs à 1 %,
nettement inférieurs à 1 %. Mais, de
la même façon, nous accommodons des petits groupes très, très modestes, parce
que c'est notre mission, où, là, le niveau de frais est un peu plus
élevé.
Maltais : Merci
pour moi.
Président (M. Pelletier, Rimouski) : M. le député de Dubuc, il reste environ huit minutes à votre
formation.
Claveau : Bonjour,
monsieur. Merci pour votre présentation. Peut-être une petite question par
rapport à votre expérience. On sait que plusieurs Québécois n'ont aucune
épargne en vue de leur retraite, puis le RVER, bien, ça va prendre un geste pour se désinscrire au départ, du RVER, si on ne
veut pas participer. Mais, selon votre expérience, pensez-vous que la venue d'un RVER va faciliter l'épargne
des Québécois, entre autres ceux qui n'ont aucun régime, là, de retraite? Parce que votre modèle, vous, c'est avec
les syndicats, et déjà les gens… vous avez déjà une sensibilisation qui
est faite auprès des travailleurs.
M. Fortin (Daniel) : Je ne crois pas
que la solution pour convaincre les Québécois d'épargner réside dans un nouveau produit. Si je ne suis pas capable de
convaincre les Québécois à l'intérieur d'un REER collectif, un
arrangement aussi simple qu'un REER
collectif, qui échappe aux législations, aux législations provinciales,
malheureusement… Si on n'est pas
capables avec un REER collectif, pourquoi serions-nous davantage capables avec
un RVER? En mettant des chaînes, en
obligeant… mais on peut obliger, quant à ça, dans un REER, là. Mettons-nous
des… Définissons-nous des règles au niveau des REER ou au niveau des CELI. On peut accomplir la même
chose. Est-ce qu'on a besoin de définir quelque chose d'autre
qui s'appelle RVER? Je n'en suis pas convaincu. Premièrement.
Deuxièmement, le 2 millions de Québécois
qui est visé ici, il faut se rappeler qu'il y en a 1 million, c'est des
travailleurs autonomes. Les travailleurs autonomes, de toute façon, ne sont pas
associés à aucune organisation. Ils se prennent en main, par leur définition,
de par la nature même de leur travail, et ce sont des individus qui gèrent
leurs avoirs tout seuls. Est-ce qu'ils ont
besoin d'un RVER? Mon impression, c'est que non. Les travailleurs autonomes, je
pense, de par le choix qu'ils ont fait, plus
souvent qu'autrement, vont s'organiser eux-mêmes avec leurs REER et autres. Il
reste le million de très, très petites entreprises. Celles qui sont, en tout
cas, dans un milieu syndical, nous travaillons très, très fort pour poursuivre
notre démarche, à les inviter à mettre en place des régimes.
Est-ce
qu'on a besoin d'un RVER? Pas du tout. Oui, on a besoin qu'au Québec il y ait
davantage de pression pour obliger les gens et les organisations, les
employeurs à participer à ça. Est-ce qu'il faut que ce soit par un nouveau
véhicule? Je ne suis pas sûr, je n'y crois pas plus.
Claveau :
Mais les travailleurs autonomes, c'est 300 000 et non 1 million qu'il
y a au Québec, là. Donc, des gens,
des travailleurs sans régime, c'est plus que la moitié, là, des 2 millions
que vous faites part. Et vous ne croyez pas que la venue d'un RVER, qui, au départ, demandera un geste du travailleur de
se désinscrire… donc, c'est une étape supplémentaire dont il devrait y
avoir une conscientisation, au départ, à prévoir pour sa retraite. Mais vous n'êtes
pas d'opinion, vous, que ça va nécessairement inciter le travailleur à…
M. Fortin
(Daniel) : Oui. L'expérience
américaine concernant ces approches d'adhésion automatique, là — en
anglais, d'«autoenrollment» — s'est avérée relativement positive, mais le
contexte est peut-être un petit peu différent, là il faut penser ici que, malgré cette adhésion automatique,
il est tellement facile de s'en retirer, compte tenu en plus que les
employeurs n'auront aucune obligation de verser un seul sou là-dedans. Tout ce
qui risque d'arriver, c'est que soit, par
automatisme, les gens vont tout de suite se retirer ou ils vont régler le
problème : pour éviter d'être sujets à la loi, ils vont mettre sur pied un REER. C'est très facile,
hein? Demain matin, vous mettez un REER collectif, il n'y a aucune loi
provinciale qui va venir les embêter, l'employeur n'est pas obligé de cotiser,
les employés ne sont même pas obligés de
cotiser non plus, puis on vient de régler le problème. Il n'y aura personne
dans les RVER. Si, demain matin, en réponse au RVER, tout le monde se
dirige vers un REER collectif ou un CELI collectif, on vient de régler la
question.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
Mme la ministre.
Maltais :
M. le Président, simplement une petite… en tout cas, juste… Je ne voudrais pas
faire une guerre de chiffres, mais les chiffres que j'ai du ministère
des Finances quant au nombre de travailleurs autonomes, c'est que, sur les 2 millions de personnes à qui s'adressent
les RVER, il y a 600 000 personnes qui se qualifient comme étant
soit travailleurs autonomes, propriétaires ou associés. Alors, si on diminue
puis qu'on resserre à travailleurs autonomes, on est sûrement en bas du
demi-million puis on est peut-être aux alentours de 300 000 à
400 000. Je voulais juste ramener, peut-être, le chiffre dans des
proportions plus exactes, si vous permettez.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
Ça va, pour…
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
M. le député de Verdun.
Gautrin : Je vous
remercie et je vous souhaite la bienvenue à cette commission. Je dois dire,
pourtant, je connais assez bien ce qui se passe dans les régimes de retraite,
je ne connaissais pas Bâtirente, je vous le dis. Donc, j'apprends des choses ce matin. Et la difficulté que j'ai avec vous, c'est
que vous êtes les premiers qui témoignez sur les RVER, alors que j'aurais aimé, après avoir entendu les autres
témoignages, pouvoir vous questionner si la manière pouvait être
intégrée dans le projet de loi.
Là, si j'ai
compris, vous êtes — je vais
essayer de voir ce que j'ai compris de votre mémoire — un organisme à but non lucratif, j'imagine,
avec des liens structurels avec la CSN…
Une voix : Tout à fait.
Gautrin : …tout à
fait, quant à votre conseil d'administration, j'imagine. Mais votre avantage
par rapport aux personnages, à vos clients, en quelque sorte, est double. Vous
fédérez… il y a un mécanisme de fédération des régimes à contributions… c'est-à-dire à capitalisation, ce qui vous
donne un pouvoir de négociation auprès de l'assureur qu'individuellement
les gens n'auraient pas eu, premièrement.
Deuxièmement,
je voudrais savoir : Est-ce que vous faites de l'éducation auprès des
travailleurs et des travailleuses de
manière à les inciter à mieux comprendre quel est l'avantage d'avoir un tel
mode, un mécanisme de capitalisation?
M. Fortin
(Daniel) : C'est au coeur de
notre mission. Nous avons… Je parle, dans notre document, du système qu'on
appelle Planirente, qui consiste…
Gautrin : Oui, je veux
bien essayer rapidement, là… Je l'ai justement, aussi, sur votre site Internet.
M. Fortin
(Daniel) : C'est ça. Alors,
Planirente, c'est une approche que nous proposons aux groupes qui sont
membres chez nous, une approche d'accompagnement en trois étapes. Alors, les
travailleurs dans la cinquantaine, nous
organisons des formations de groupe auprès de ces travailleurs pour les
sensibiliser à la retraite qui s'en vient dans 10 ans, dans cinq ans, leur faire prendre conscience de là où ils sont,
de l'urgence, s'ils n'ont pas assez épargné encore, d'accélérer la
cadence, de les sensibiliser sur les régimes publics. Alors, ça, c'est la
première étape.
La seconde étape,
nous organisons des sessions de formation en plus petits groupes, qui s'adressent
à ceux qui sont à un an ou deux ans de la retraite — ils viennent avec
leurs conjoints — en
collaboration avec des collèges que vous connaissez peut-être, que ce soit le collège Marie-Victorin ou
ici, à Québec. Et là, à ce moment-là, ce sont des sessions de fin de
semaine où les conjoints viennent, et là on leur parle de ce que ça peut
représenter, la retraite, pour eux dans la réalité de tous les jours, autant le
volet psychosocial, le volet santé, le volet financier, également.
le troisième élément de notre concept Planirente, c'est l'accompagnement
individuel, où, là, nous avons des planificateurs
financiers, des gens qui vont s'asseoir avec… On va aller dans la cuisine, on
va aller voir nos travailleurs chez
eux, dans leur cuisine, puis on fait le tour de ce qu'ils ont comme avoirs,
comme épargnes, et on les aide à structurer leurs revenus de retraite en
fonction de l'épargne dont ils disposent.
Gautrin : Et, je ne sais pas, les régimes de capitalisation
que vous gérez, est-ce qu'ils sont individualisés? Parce que, dans les
RVER comme tels, il y a la possibilité d'avoir une stratégie de placement — bien
conseillée, bien sûr — différente si vous avez 20 ans ou
25 ans que si vous avez 50 ou 55 ans ou, disons, l'âge de retraite
moins epsilon suivant l'âge de la
retraite, qu'on considère… Je ne voudrais pas faire le débat sur l'âge de la
retraite ici, avec vous ou avec, bon, mes collègues. Mais est-ce que,
là, il y a une possibilité aussi d'avoir une stratégie de placement? C'est
individualisé aussi?
M. Fortin
(Daniel) : C'est totalement individualisé. C'est totalement
individualisé. Vous savez, les REER collectifs, les régimes de retraite
simplifiés, chez nous, c'est une approche collective au niveau de la
négociation, des conditions de participation, de taux de cotisation, soit, mais
la décision de placer son argent, la décision de quand la décaisser en fonction des lois existantes, ce sont
des décisions individuelles qui sont prises par les membres, et nous les
accompagnons là-dedans.
Gautrin : Parce que, si vous… Vous n'avez pas eu la chance
peut-être, mais, si vous écoutez cette session, ici, de la commission, vous allez voir que, dans la majeure
partie des
mémoires, on insiste sur l'importance, réellement, de l'information et de la formation. Ils mettent ça
absolument... Et les mémoires qu'on va recevoir, bien sûr, nous
disent : La loi n'intègre pas assez cette dimension actuellement, qui
doit… d'accompagnement entre quelqu'un de… celui qui choisit d'aller vers un
RVER, etc. Là, vous avez un modèle que moi, je voudrais peut-être mieux
connaître, et, à ce moment-là, je vais me renseigner.
M. Fortin (Daniel) : Oui. En fait, votre commentaire est extrêmement intéressant, parce qu'un
des dangers qu'on voit du RVER, c'est ce que j'appellerais le
nivellement par le bas, c'est-à-dire que, si on réglemente un produit au détriment des autres en obligeant les institutions
financières à garder un frais très bas, alors que ce qu'on entend dans
le marché, c'est que ce genre de produit là
risque d'être coûteux pour les institutions financières… Parce que, les
institutions financières, tout est question de volume, de volume de
cotisations, de montants d'argent accumulés. Et, si les RVER sont condamnés à être l'enfant pauvre des produits
d'épargne puis qu'on empêche les institutions financières de moduler le
taux de frais, ce qui risque d'arriver, c'est que, puis on se l'est fait dire,
ils vont enlever les services.
Gautrin :
…je comprends ça.
M. Fortin (Daniel) : Ils vont dire : Le RVER, étant donné qu'on ne peut pas charger un
frais raisonnable, parce que la loi nous l'empêche, on va limiter les
services au maximum. Il n'y a presque aucun service. Accès Internet par
toi-même, mais demandes-en pas plus. Et ce qui est dangereux, le danger que
moi, je vois là, c'est que des groupes, même
des groupes syndiqués, qui opèrent un REER ou un RRS à un taux de frais
peut-être un peu plus élevé, parce que la
loi ne plafonne pas le frais de ces produits-là, ah, soudainement, bien, on va
choisir le produit le moins dispendieux. Et voilà pour les services, ils
disparaissent.
Gautrin :
Et sans accompagnement, qui est absent au coeur même du projet.
Vous
connaissez… Vous avez lu la loi qui est devant nous actuellement. Est-ce qu'il
y a possibilité de fédérer, dans les articles tels qu'ils sont, l'approche
de… Parce que, dans ce que vous faites, vous obtenez des coûts qui sont des
coûts intéressants. Parce que le fait, j'imagine, de faire affaire avec vous
dans un régime de capitalisation, c'est que vous avez des coûts de… vous
arrivez à avoir des coûts de gestion plus bas que d'autres, à l'heure actuelle.
Et vous vous rappelez
que… Si vous avez lu le rapport D'Amours — que je suis sûr que vous avez
lu dans vos temps libres — vous avez vu, à l'heure actuelle, que,
lorsqu'ils comparent les régimes à prestations déterminées et les régimes à cotisation déterminée… C'est qu'ils
disent que, lorsque quelqu'un gère son propre régime, REER par exemple,
il arrive avec des coûts de gestion qui sont
extrêmement importants et des coûts de rentabilité qui sont relativement
faibles par rapport aux autres. Mais, vous, le fait de fédérer permet d'avoir
des coûts beaucoup plus bas, d'après ce que je comprends. Et ça, je comprends
M. Fortin (Daniel) : Tout à fait. Puis j'irais même une étape plus loin. Vous savez, dans la
plupart des régimes d'accumulation de
capital, lorsque les gens arrivent à la retraite, ils travaillent pour une
organisation donnée, ils s'en vont à la
retraite, ce qui se passe dans toutes ces organisations-là, on dit à l'individu :
Bien, voici ton pot d'argent, voici ton compte de banque, bonjour, fais
ce que tu veux avec. Et là la personne se vire de bord, va voir une institution
financière, et là elle est toute seule. Et
donc elle va voir son institution financière, et là, à
titre de membre
seul — tu n'es
plus attaché à un groupe, là — bien là, le taux de frais, généralement, va
monter à 2,5 %, 3 %, peut-être plus. Alors que Bâtirente est le seul modèle où on dit à nos
travailleurs : Non, non, non, quand vous partez à la retraite, là, vous
pouvez demeurer dans votre groupe. Et là le taux de frais est
incroyablement plus bas.
Gautrin :
Ça, ça a été une demande qui nous a été faite par ceux qui sont venus témoigner
devant nous, dans le cadre de la
commission qu'on a eue sur le rapport D'Amours, de pouvoir permettre aux gens
de demeurer à l'intérieur.
Question :
À l'heure actuelle, dans la loi actuelle qui est devant nous, est-ce qu'on peut
fédérer les différents RVER pour
avoir ce que vous avez, vous aussi, cet avantage lorsque vous négociez avec une
compagnie d'assurance? Est-ce que la…
Moi, j'ai l'impression que la loi ne le permet pas. Et est-ce que… ou à moins
que j'aie mal compris la loi. Est-ce que vous, qui êtes des experts dans
la fédération, si je puis dire…
M. Fortin (Daniel) : L'élément de fédération, il s'exerce chez nous par le fait que nous
regroupons le pouvoir de… Chaque
groupe est autonome, hein? Parce que chaque organisation a négocié ses
conditions. La fédération se fait à notre niveau lorsqu'on se retourne
de bord, puis on regarde les institutions financières, puis on leur dit :
Bien, en faisant affaire avec toi, je te propose 350 organisations, je te
propose 25 000 membres. C'est là où la fédération se fait, mais
chacun…
Gautrin :
Et je m'adresse à… Excusez-moi.
M. Fortin
(Daniel) : …a son régime, hein? Chacun a son REER, chacun a son RRS.
Gautrin : J'ai compris ça. Mais je m'adresse à votre
collègue aussi, qui est à côté : C'est le concept d'administrateur
qui ne permettrait pas d'avoir cette approche-là. Est-ce que je comprends bien,
à l'heure actuelle?
M. Faribault
(Christian) : Vous avez tout à fait raison, M. le député, c'est
exactement ça. C'est qu'en ce moment la
ministre Maltais a bien indiqué que ce qui était recherché par l'actuel projet,
c'était qu'on ait un régime par administrateur. Donc, le modèle, tel qu'il
est, existe actuellement chez Bâtirente et, tel qu'on le propose par les modifications à l'article 13, permettrait
cette fédération-là qui n'est pas en ce moment possible sous l'actuel projet de
loi.
Gautrin : Merci, on aura bien… M. le Président, est-ce que
vous auriez l'amabilité de passer la parole à mon collègue le député de
Mont-Royal, qui a certainement des questions pour vous?
Le Président (M.
Pelletier, Rimouski) : M. le député de Mont-Royal, est-ce que vous
désirez la parole?
Arcand :
Certainement.
Le Président (M.
Pelletier, Rimouski) : Vous avez la parole.
Arcand :
Merci, M. le Président. M. Fortin, M. Faribault, bienvenue. J'aimerais
simplement, premièrement, vous poser comme question, évidemment
la question qui touche les frais : Que ce soit le 1,13 %,
1,25 % ou encore vous me dites 1 %, autour de
1 %, est-ce que ce sont, lorsque quelqu'un investit, les frais? Parce que
vous êtes quand même un intermédiaire
entre la compagnie d'assurance et le travailleur qui veut... Alors, je veux
juste m'assurer. Est-ce qu'il y a d'autres frais qui entrent dans ça, ou
si vous prenez à charge ces frais-là et vous négociez avec l'assureur, ou,
enfin, le groupe auquel vous voulez faire face, ou s'il y a d'autres frais pour
le travailleur?
M. Fortin
(Daniel) : Il n'y a pas d'autres frais pour le travailleur. Vous
comprendrez que c'est un de nos chevaux de
bataille, la transparence des frais. Ça fait
partie aussi des pratiques de
bonne gouvernance. Alors, pour nous, il est extrêmement important que, quand on dit à un groupe : Ton frais
sera 1 % ou ton frais sera 1,25 %, ce n'est pas 1 % plus
quelque chose ou 1,25 % plus quelque chose. Alors, ce qu'on donne comme
taux de frais à nos groupes, c'est ce taux-là qu'ils paient, uniquement.
J'ajouterais
à cela que nous avons une politique qui fait en sorte qu'à chaque année nous
révisons le taux de frais de nos membres. Donc, nos membres... nos
groupes et leurs membres savent qu'en évoluant à l'intérieur du système Bâtirente, d'année en année, en améliorant leur
position, en bâtissant leur épargne, ils contribuent à faire diminuer
leur propre taux de frais à eux aussi. Donc, à chaque année, nous révisons l'ensemble
des taux de frais pour chacun de nos groupes.
Arcand :
J'imagine que... Évidemment, vous me dites : Ce sont... Ce que nous
administrons fait suite, évidemment, à la
négociation de convention collective. Et donc, dans tout ce que vous
administrez, il y a une contribution de l'employeur.
M. Fortin (Daniel) : Pas nécessairement. Nous allons administrer les programmes qui vont
avoir été négociés. Alors, si c'est
un REER sans cotisation de l'employeur, ça pourrait être un REER collectif
volontaire, par exemple, ce sera un
REER collectif volontaire. Si ça doit être un RRS... Parce que nous faisons la
promotion des RRS, nous croyons énormément dans le produit qui est le
régime de retraite simplifié, on se bat depuis plusieurs années pour convaincre
nos organismes, nos syndicats de négocier
une amélioration des conditions en transformant le REER en RRS, parce qu'on
croit davantage au RRS. Mais ça demeure le
choix stratégique qui est conséquent aux négociations entre les
syndicats et leurs employeurs.
Arcand :
Depuis un certain nombre d'années, évidemment, il y a le compte d'épargne libre
d'impôt. Si j'avais à vous dire… Pour un travailleur
qui n'a pas nécessairement des sommes phénoménales à investir chaque
année en impôt... c'est-à-dire pas en impôt,
mais en cotisation et en épargne, par rapport à un CELI, quels seraient vos
avantages pour vous actuellement? En quoi moi, je serais mieux d'aller chez
vous plutôt que de prendre un CELI?
M. Fortin
(Daniel) : Vous pouvez venir
chez nous avec un CELI. Nous offrons le CELI. Alors, il n'y a pas de problème. À savoir... Si votre question est à l'effet :
Devrais-je prendre un CELI plutôt qu'un REER?, bien, la réponse est étroitement liée au niveau de revenus. Plusieurs
vont vous dire que, pour les travailleurs à revenus extrêmement
modestes, l'épargne d'impôt dans le REER ne vaut pas la peine, d'autant plus
que l'argent dans le CELI est accessible sans imposition à terme.
Évidemment,
du côté syndical, nous offrons tous ces véhicules-là. C'est certain que les
syndicats travaillent très fort pour
améliorer les conditions de travail des travailleurs et faire en sorte qu'ils
soient à des niveaux de salaire pour lesquels ça devient intéressant d'avoir un REER et non pas d'être condamnés à avoir
un CELI. Faire la promotion des CELI, ça serait accepter que nos
travailleurs vont toujours avoir un niveau de rémunération très bas, et ce n'est
définitivement pas ce pour quoi les syndicats se battent.
Faribault (Christian) : Juste pour compléter là-dessus, la réponse, c'est :
Vous pouvez venir chez Bâtirente avec
votre CELI, mais vous ne pourriez pas venir chez Bâtirente avec votre RVER tel
que proposé dans le projet de loi. Puis,
dans le fond, tout ce qu'on demande, c'est de se faire accorder le statut d'administrateur
lorsqu'on le fait conjointement avec une autre société qui a déjà le
statut d'administrateur, qui a déjà son permis titulaire octroyé par l'Autorité
des marchés financiers, pour que Bâtirente ait son propre RVER vers lequel il
peut diriger l'épargne des contribuables dans
les fonds Bâtirente, tel qu'il le fait actuellement. Et c'est tout à fait
conséquent avec l'ensemble de la réglementation sur les régimes de
retraite ainsi que les objectifs du projet de loi.
Arcand : D'ailleurs, je crois
comprendre, c'est ce que la ministre a accepté un peu de regarder, j'imagine,
à l'intérieur du projet de loi comme tel. Je pense que mon collègue de Verdun
avait une autre intervention.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
Il resterait 1 min 30 s, M. le député.
Gautrin :
Alors, brièvement, en une minute. Je vais rentrer sur le concept d'immobiliser,
autrement dit, vous savez que, là, on
est… dans le RVER, les contributions patronales sont immobilisées, les
cotisations des employés ne sont pas
immobilisées, c'est-à-dire peuvent être retirées pour toutes sortes d'objectifs,
qui est strictement la retraite. Dans ce que vous gérez par rapport à ce concept d'immobilisation… Parce que vous
parlez d'un fonds de retraite, mais est-ce qu'on peut le retirer, par exemple, pour toutes sortes de raisons ou pour des
raisons bien particulières? Il y a des régimes dans lesquels vous ne pouvez seulement les retirer que
si vous êtes malade, ou vous voulez retourner aux études, ou vous voulez
acheter une première maison, enfin des… Quelle est la situation parmi ceux que
vous contrôlez?
M. Fortin
(Daniel) : Comme je le
mentionnais, nous mettons en place ce que les syndicats ont négocié avec
leurs employeurs. Chose intéressante, chez
nous, quand les syndicats négocient, mettons, un REER collectif, où on sait
que, dans un REER, on peut accéder à notre
argent en tout temps, la pratique courante, c'est qu'à l'intérieur du monde
syndical on va se doter de règles interdisant les retraits. Donc, ça n'a
rien d'une loi qui impose des choses, mais ce sont des règles administratives
que les syndicats, moralement, essaient d'insérer, d'interdire à leurs membres,
même à l'intérieur d'un REER, l'accès à leur argent trop facilement.
Par contre, si c'est un RRS, bien, vous savez,
dans un RRS, il y a différentes options possibles. Ce que nous encourageons, nous, c'est l'interdiction de retirer
son argent en cours d'emploi. Si on peut gagner ça… Parce que vous savez, dans le monde des travailleurs, d'avoir
accès à son argent, c'est très important, et nous nous battons
continuellement sur ce point-là pour les éduquer.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
Merci beaucoup, et ça termine le temps qui vous était alloué. M. le député de
Lévis.
M. Dubé :
Merci beaucoup, M. le Président. Alors, MM. Fortin, Faribault, merci beaucoup.
Premièrement, je dois vous féliciter, parce qu'on l'a bien dit, même si
on croit des fois qu'on a beaucoup d'expérience dans ce secteur-là, c'est
quelque chose que je connaissais moins, le produit que vous proposez. Donc,
encore une fois, je pense que c'est intéressant — ce que je trouve
malheureux, c'est que vous êtes en début de commission. Donc, on va peut-être
avoir d'autres questions qui vont être soulevées ou que vous avez commencé à
soulever puis on aura des réponses.
Il y en a une
de celles-là qui m'intéresse beaucoup, sur cette notion d'administrateur là,
les propositions que vous présentez à
l'article 13. On va avoir d'autres de vos collègues, là, je pense au Fonds
de solidarité, par exemple, qui vont venir
plus tard dans la semaine. Je vous demanderais : Est-ce qu'ils vont avoir
la même demande de qualifier? Parce que je vais écouter avec beaucoup d'intérêt.
Est-ce qu'ils ont le même problème que vous à la demande de savoir s'ils
peuvent être administrateurs selon les… ou des modifications que vous suggérez?
Faribault (Christian) : O.K., c'est une excellente question. En fait,
je n'ai pas la réponse exacte, parce que je ne connais pas l'identité
des intervenants qui vont se présenter devant la commission. Ce que je peux
vous dire, c'est qu'actuellement…
Puis ce qui est un peu surprenant dans le projet de loi n° 39, c'est que les
personnes, les entités qui peuvent se qualifier à
titre d'administrateur
sont circonscrites à trois types…
M. Dubé : Oui, je comprends
Faribault (Christian) : Ce qui est surprenant, parce que, dans l'ensemble
de la réglementation québécoise et canadienne, il y a toujours une porte
de sortie qui dit : Ou toute autre entité prévue par la réglementation, ou
une personne dispensée, ou telle personne…
M. Dubé :
Je m'excuse d'être un petit peu brutal, je n'ai pas beaucoup de temps, moi,
alors donc j'écouterai… Votre point a été très bien soulevé. On
regardera avec les autres intervenants. Parce que je pense que ce que vous avez fait en termes d'éducation — puis notamment j'ai été très intéressé par
votre notion de coûts — je pense qu'on a avantage à, en tout cas, au moins entendre
votre demande. Je pense que la ministre l'a bien prise en note. On verra.
J'ai une
deuxième préoccupation, cependant. C'est que, pour attirer les gens à épargner,
je pense qu'il faut aussi s'assurer d'une
certaine flexibilité. Puis vos recommandations 3 et 4, qui associent le
syndicat à la convention collective puis
à ces produits-là, moi, je vais vous dire honnêtement, ça m'inquiète quant à la
flexibilité du travailleur de pouvoir changer d'emploi ou changer de
syndicat. Parce que — vous
me suivez — on
le sait maintenant que les employés changent
plusieurs fois d'emploi maintenant, ce qui était différent… Puis,
malheureusement pour la CSN et les
autres, des fois il y a
des changements de syndicat aussi. Alors, ça, cette notion-là que vous
recommandez en 3 et 4 m'inquiète un peu. Je voudrais vous entendre
là-dessus.
M. Fortin
(Daniel) : Bien, vous savez,
nous, parmi les 350 groupes qui sont membres chez nous, un certain
nombre d'entre eux ne sont plus
nécessairement syndiqués CSN et ils demeurent à bord. Alors, on a cette
possibilité que quelqu'un qui quitte son emploi puisse garder son
épargne chez Bâtirente. Alors, Bâtirente accommode ce genre de situation là. Bâtirente ne fait pas la promotion de son système
auprès des organismes hors CSN, mais
il va arriver très bien qu'une organisation qui, à un moment donné, est
syndiquée CSN, pour diverses raisons quitte la CSN, son régime de retraite peut
très bien demeurer à l'intérieur de Bâtirente.
M. Dubé :
Je comprends ça très bien. Puis, comme je vous dis, on n'a peut-être pas
beaucoup de temps en cette commission-là, puis peut-être que je vous
reposerai des questions par la suite, mais moi, je veux bien comprendre comment…
Si des gens sont restés avec vous, même s'ils ont quitté un employeur, est-ce
que c'est parce que c'est compliqué? Est-ce qu'ils l'ont fait parce qu'ils
aimaient les coûts? C'est ça…
M. Fortin (Daniel) : Exact.
M. Dubé : O.K. Mais ça, ça
serait intéressant de voir…
M. Fortin (Daniel) : Parce qu'ils
voyaient dans le système de Bâtirente trop d'avantages pour…
M. Dubé :
Puis ma dernière question : Vous avez 21 000 membres, là, c'est
ce que vous dites dans votre mémoire, c'est combien sur un pourcentage
des gens qui sont associés avec la CSN, sur un groupe? Est-ce que ça représente
10 %, 5 %? Et je veux voir, moi…
Dans le fond, ce que je demande, c'est : Ce pourcentage-là, il est quoi?
Puis qu'est-ce que vous pensez que
les RVER viendraient apporter pour justement inciter nos travailleurs à mieux
cotiser à des régimes de retraite?
M. Fortin
(Daniel) : Le nombre de
membres à l'intérieur de la CSN, je n'ai pas le chiffre. Ça se compte
sûrement en centaines de milliers, là. Par contre, une proportion fort
importante est associée au secteur public, et ces centaines de milliers de membres là du secteur public sont
très bien servis. Alors, nous, le potentiel dans le secteur privé,
puisque la mission de Bâtirente, est dans le secteur privé…
M. Dubé : C'est ce qu'on
vise, d'ailleurs.
M. Fortin (Daniel) : …on a peut-être
un taux de pénétration, si on peut utiliser l'expression, là, d'autour,
présentement, de 50 %, là, qu'on voit, là. Alors, il y a encore beaucoup
de potentiel pour nous.
M. Dubé :
C'est peut-être quelque chose à développer, à voir si ce nouveau produit
là — vous l'avez
bien dit, ça serait un produit supplémentaire — viendrait
aider avec l'épargne.
M. Fortin (Daniel) : Vous savez, ce
qui est important pour nous, là, c'est qu'on voudrait… Il serait vraiment
regrettable que les 350 groupes qui sont chez nous, ils voient demain
matin arriver un RVER à un taux de frais très, très bas, avec des conditions de
souplesse totale, décident d'abandonner tout ce qui est Bâtirente, puis se
diriger vers des RVER.
M. Dubé : ... d'administrateur.
Fortin (Daniel) : Ça, ça serait la catastrophe.
M. Dubé :
On va écouter les autres, mais merci d'avoir soulevé le point si clairement au
début. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) : Merci, M.
le député de Lévis.
Messieurs, vous nous faites une comparaison entre le RVER et puis des
REER collectifs, des CELI collectifs qui sont volontaires aussi. N'est-il pas vrai
qu'il existe des REER collectifs, des CELI collectifs dont les conditions
imposées par l'institution financière font
ombrage à la volontarité de la cotisation? Exemple, l'institution financière va
dire : Oui, je vais reprendre votre
régime collectif, mais à condition que; je vais vous charger 1 % ou
1,1 % à la condition que 100 % de vos employés y participent.
M. Fortin (Daniel) : Tout est possible, là. Ça, là, là vous parlez d'un environnement
compétitif, vous parlez d'un environnement où la législation n'est pas
nécessairement là pour appuyer beaucoup. On peut voir de tout dans le marché, hein? Mettre un REER collectif pour une
petite PME à condition que tu me donnes ton programme d'assurance, ou à
condition que je puisse assurer le président de la compagnie, ou des choses
comme ça, tout se fait, là. Il y a un lien direct.
Vous devez voir un lien direct entre les programmes d'épargne pour des employés
et d'autres programmes offerts par des institutions financières. C'est
des vases communicants, là. Alors, j'accepte de te donner un REER à un taux de frais moindre, mais par contre tu vas me donner
ton programme d'assurance collective. Ça, c'est payant pour moi. Mais
nous, on n'offre pas ça, là, mais les institutions financières sauront mieux
que moi en parler.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) : En fait, ça pourrait altérer la volontarité par
le fait… par une question de solidarité.
Par exemple, si, dans une entreprise, il y a 10 employés puis il y en a un
qui ne veut pas participer, les autres vont lui dire : Bien, c'est
de ta faute si on… Alors, c'est de l'obligation par solidarité.
Fortin et Faribault, merci beaucoup de votre participation à notre commission.
Et je suspends nos travaux une minute ou deux pour permettre aux
représentants de l'Institut canadien des actuaires de prendre place.
(Suspension de la séance à 10 h 50)
Le Président (M.
Pelletier, Rimouski) : Alors, nous reprenons nos travaux pour
souhaiter la bienvenue à MM. Lafrance,
Simard et Savard, de l'Institut canadien des actuaires. Messieurs, vous avez une dizaine
de minutes pour vous présenter, présenter votre organisme et surtout
votre mémoire. Et par la suite nous procéderons à une période d'échange. Vous
avez la parole.
M. Simard (Michel C.) : Merci, M. le Président. Bonjour. Rebonjour mesdames et messieurs. C'est
un plaisir pour nous de se retrouver
parmi vous. Nous y étions il y a environ deux semaines et demie, trois semaines
pour commenter le rapport D'Amours.
suis Michel Simard, directeur général de l'Institut canadien des actuaires, l'organisme
national de la profession actuarielle au Canada.
Regroupant
plus de 4 600 membres, l'ICA sert l'intérêt du public en veillant à
ce que les services et les conseils actuariels
fournis par la profession soient de la plus haute qualité. Notre premier
principe directeur est à l'effet que, dans la conduite de ses activités et programmes, l'institut fait primer le devoir de la profession
envers le public sur les besoins de la profession et de ses membres.
J'ai
à mes côtés M. Jacques Lafrance, qui est le président de l'institut et qui
oeuvre principalement dans le domaine des régimes de retraite,
et M. Jérôme Savard, directeur principal en épargne-retraite collective chez
Desjardins, qui a fait
partie du groupe de travail de l'ICA ayant analysé les dispositions
du projet de loi n° 39.
M. Lafrance (Jacques) : De façon
générale, l'institut appuie les changements à la réglementation offrant un
plus large éventail d'options favorisant l'épargne-retraite et la constitution
d'un revenu à la retraite. Pour cette raison, nous
appuyons le projet de loi pavant la voie à la mise en oeuvre des régimes
volontaires d'épargne-retraite. Ce nouvel instrument constituera un
outil additionnel incitant les travailleurs à épargner pour la retraite. Nous
sommes donc favorables à ce que le… Nous sommes favorables à ce que la loi
entre en vigueur dans un court délai. Jérôme.
M. Savard (Jérôme) : Merci. De façon plus spécifique, nous comprenons les objectifs
visés par l'obligation, pour un employeur, d'offrir le RVER. Par contre,
nous sommes préoccupés par la lourdeur administrative que ça pourrait
représenter pour les employeurs, en particulier ceux de plus petite taille.
Ceci étant dit, on comprend aussi que d'augmenter
le nombre minimum de cinq employés pourrait nuire à l'objectif principal, qui
est de couvrir un maximum de travailleurs québécois.
Nous sommes aussi d'accord avec les exemptions proposées,
incluant celles applicables si l'employeur offre un CELI. Et d'ailleurs, par
rapport au CELI, pour limiter les impacts fiscaux non souhaitables pour
travailleurs à plus faibles
revenus, on vous invite à considérer un CELI de masse ou un cadre réglementaire
similaire pour un CELI qu'on pourrait appeler de masse.
finalement, à notre avis, un des aspects les plus importants du succès des RVER
sera le maintien de frais peu élevés. Pour y arriver, ceci va nécessiter
un cadre réglementaire simple et idéalement l'harmonisation avec les autres provinces. D'ailleurs, l'harmonisation avec les
autres provinces est aussi importante pour un employeur qui oeuvre ou
qui a des employés actifs dans plusieurs provinces.
Lafrance (Jacques) : Nous
tenons à féliciter le gouvernement du Québec pour son leadership au Canada
dans la progression du dossier des régimes volontaires d'épargne-retraite. Nous
espérons qu'il exercera également un fort leadership pour la mise en place d'un
cadre réglementaire renouvelé favorisant le maintien et l'épanouissement des régimes de retraite parrainés par les employeurs.
Avec un encadrement approprié, les régimes volontaires d'épargne-retraite
représenteront un élément efficace contribuant à une plus grande épargne-retraite.
Ils répondront aux besoins, surtout pour les travailleurs des petites
entreprises.
Par contre, nous ne croyons pas que ce
changement sera suffisant. Comme nous l'avions indiqué à la commission il y a trois semaines, lors des
auditions portant sur les recommandations du comité D'Amours, nous
croyons que le gouvernement devra toujours
veiller à accorder une place privilégiée au régime de retraite à prestations
déterminées, car, dans de nombreux cas, c'est
l'employeur et non les participants qui est le plus apte à assumer les risques
de fluctuations financières liées à la protection à la retraite. Nous
souhaitons aussi que soient rapidement adoptés des changements autorisant la
mise en place d'autres genres de régimes de retraite, comme les régimes à coûts
partagés et les régimes à prestations cibles.
Maintenant, nous serons heureux de répondre à
vos questions. Merci de votre attention.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
Merci beaucoup. Et, Mme la ministre, vous avez la parole.
Maltais :
M. le Président. M. Lafrance, bonjour. Rebienvenue, en effet,
M. Simard. M. Savard, bienvenue à cette commission
parlementaire. Effectivement, dans le mémoire et dans les débats autour du
rapport D'Amours, vous nous avez parlé de
votre position sur les régimes volontaires d'épargne-retraite; je vous en
remercie. Mais aujourd'hui ça va nous
permettre, comme on l'avait dit, de bien, bien, bien nous concentrer sur cette
partie du débat sur la modernisation de nos régimes de retraite.
Une des questions
importantes qui va... Il y a deux... Pour moi, il y a deux questions
importantes : Tendance à la baisse
ou tendance à la hausse que ces RVER? Est-ce que ça va introduire un facteur
de… qui va faire que les... comme nous
l'ont dit tout à l'heure, par exemple, les gens de Bâtirente, qui… pour inciter
les travailleurs à aller vers des régimes de retraite moins
contraignants, moins coûteux, donc une diminution, finalement, des conditions
de retraite, ou c'est véritablement une
tendance à la hausse, c'est-à-dire on vise les 2 millions d'employés qui n'ont
pas de régime de retraite et qui,
tout à coup, auront une formule retraite? Et il y a même des organisations qui
disent — je pense
que le Conseil du patronat l'a dit publiquement — que
ça pourrait même amener ensuite les employeurs à cotiser, donc c'était une tendance à la hausse. Qu'en pense l'ICA? Est-ce qu'il
y a des dangers de tendance à la baisse? Comment est-ce qu'on pourrait
faire face à ces tendances? Est-ce que vous avez une opinion là-dessus?
Lafrance (Jacques) : Notre
opinion là-dessus, c'est : Quand vous êtes une entreprise ou... Et là vous
avez une boîte à outils, là, et, avec le RVER, on va rajouter un outil. Est-ce
que ça va faire en sorte... Oui, il va y avoir des employeurs qui vont
certainement changer un outil pour un autre. Est-ce que c'est mauvais? Pas
nécessairement. Ça peut être meilleur aussi.
Si, en bout de ligne, effectivement, les RVER constituent un instrument
abordable, où les frais sont moins
élevés qu'un autre régime d'accumulation de capital, en bout de ligne, ça
pourrait inciter tant les travailleurs et l'employeur à cotiser plus.
Alors, ça, ça serait un aspect positif.
L'autre
aspect positif, c'est effectivement pour les PME qui ne sont pas intéressées
nécessairement. Ils n'ont pas de régime, aucun régime de retraite, même
pas de REER collectif, d'avoir... Ils vont probablement subir la pression de
leurs travailleurs en disant : Écoutez... Bien là, ils vont être obligés
de l'offrir de toute façon. Alors, ça, ça va être positif. Ils vont être obligés d'offrir un instrument d'épargne-retraite.
Et, comme vous l'avez dit, une possibilité, c'est que ces travailleurs-là, ensuite, demandent et mettent
de la pression sur l'employeur pour dire : Écoute, toi, M. l'employeur,
tu devrais aussi faire ta part. Donc, de ce côté-là, il va y avoir un aspect
positif.
Oui, il va y
avoir probablement certaines entreprises qui vont dire : Mon régime de
retraite que j'ai présentement, c'est
lourd à administrer. Là, il y a un nouvel instrument qui arrive, le RVER, alors
tournons-nous vers le RVER, et ça va faire en sorte que peut-être que,
de ce côté-là, il y aura moins de cotisations pour certains employeurs.
Maltais :
Est-ce que vous pensez que les coûts, fardeau administratif sont raisonnables,
déraisonnables? Il y a même... Tout à l'heure,
on a entendu des gens nous dire : Ils sont tellement bas que le marché est
en train de se dire : On va le
transposer sur d'autres. Quelle est votre position sur les coûts? Puis est-ce
qu'il y a des choses qu'on pourrait faire pour améliorer la gestion des
coûts?
M. Savard (Jérôme) : Certainement.
Du point de vue, peut-être, des institutions financières, ce qu'on pense, c'est
que ce qui va être important, c'est de limiter ou de… pas de limiter mais d'harmoniser,
en fait, avec les autres provinces. Il faut
que le régime reste simple et il faut, pour cette simplicité-là, étant donné qu'il
y a beaucoup d'entreprises qui sont dans plusieurs provinces, qu'on ait
un maximum d'uniformisation, pour éviter qu'on lance plus qu'un RVER. Dans la mesure où on n'est pas uniformisés, les
institutions vont devoir lancer un programme québécois et, dépendamment de l'harmonisation
qui se fera dans les autres provinces, un ou plusieurs autres programmes ou produits différents. Ça pourrait avoir un impact
sur le maintien de frais peu élevés, c'est certain. Donc, la simplicité
du produit puis l'harmonisation sont importantes, à notre avis, pour les institutions
qui vont offrir le produit.
Maltais : Je suis
quand même étonnée que vous me parliez de régimes interprovinciaux, parce que
ça s'adresse surtout à la très petite
entreprise, là, vraiment à la petite entreprise et non pas à des entreprises
qui se situeraient dans plusieurs provinces; puis notre modèle semble assez
proche du RPA. Alors, qu'est-ce qu'on pourrait introduire qui... Qu'est-ce
qui manque, pour vous, pour l'harmonisation? Ça nous semble harmonisé, pour
nous.
M. Savard
(Jérôme) : Mon commentaire
était plus au niveau de la personne... des administrateurs du produit, qui, eux, pour administrer, vont devoir avoir un
produit qui s'appelle RVER pour répondre à un besoin au Québec, mais vont devoir aussi avoir des produits qui vont s'appeler
RPAC version x pour les autres provinces. Donc, c'est vrai que, pour un
petit employeur au Québec, ce n'est pas... Je ne parlais pas de l'enjeu de l'employeur
mais bien au niveau du marché, là.
M. Lafrance (Jacques) : Moi, je
parlais du... Moi, je suis dans le domaine du conseil et je traite avec des employeurs et des travailleurs peut-être plus
souvent que Jérôme. On entend le commentaire... Effectivement, là, si
vous visez la PME, l'enjeu est moins
important, de l'harmonisation avec les autres provinces. Et on doit constater,
heureusement, que, présentement, le projet de loi est quand même assez bien
harmonisé avec ce qu'on voit ailleurs au Canada, le RPAC. Donc, de ce côté-là,
on s'enligne vers une assez bonne harmonisation.
Notre
message, c'est : Continuez. On sait que, souvent, ce qu'on voit dans... l'histoire
nous démontre, c'est que les provinces s'entendent pour avoir des lois
assez uniformes, mais au fil des ans on s'éloigne, on s'éloigne, et là chacune met sa petite particularité qui fait en
sorte que ça devient difficile à administrer du point de vue des
employeurs. Je dois remarquer cependant,
effectivement, qu'il y a des PME, quand même, qui oeuvrent dans plusieurs
provinces. Si on pense à la région de
Gatineau, par exemple, c'est assez fréquent qu'il va y avoir aussi des employés
dans... qui traversent la frontière.
Maltais :
D'accord. Le nombre minimal, il en a été question dans le rapport D'Amours, ça
a été soulevé. Plusieurs groupes vont passer puis nous dire : Cinq,
c'est trop petit, cinq employés, pour avoir l'obligation d'imposer un RVER, c'est trop petit, vous devriez monter.
Certains disent 10, certains disent 20, d'autres disent examiner… J'aimerais
avoir une opinion là-dessus, si vous en avez une. Ça va être un enjeu... Moi,
je pense que c'est un des articles où il va y avoir un débat pendant le projet
de loi. Il faut vraiment peser cet article-là pour vérifier… n'avoir ni un
impact économique important sur nos entreprises, mais c'est d'aller... ni de
rater l'objectif du projet de loi, qui est d'aller chercher un maximum d'employés et de leur offrir une sécurisation du
niveau de retraite. Quelle est votre opinion là-dessus?
M. Lafrance (Jacques) : Notre
opinion? Bien, évidemment, le chiffre cinq, ce n'est pas un chiffre magique. C'est certain qu'on comprend très… fort bien l'objectif
du gouvernement, c'est, en fin de compte, d'imposer l'offre d'un régime… d'un RVER pour la plupart des employeurs
et d'exclure vraiment les petits employeurs pour lesquels ce serait
vraiment une lourdeur administrative trop énorme.
Ce qu'on
entend... Et on comprend l'objectif. Effectivement, il faut qu'il y ait un
équilibre. Puis par contre il faut qu'on...
Nous, ce qu'on entend de nos membres… Certains de nos membres sont des petites
entreprises, effectivement, puis ils
disent : Oh! S'il faut que je rajoute
une fonction de retenue salariale supplémentaire, c'est une lourdeur, ou
communiquer exactement aussi à mes employés la nouvelle offre de régime, de
RVER, ça va être une lourdeur supplémentaire. Et nous, on vous transmet le message. On n'a pas, à proprement dit, une
opinion à savoir si, oui ou non, c'est cinq ou 10ou 15,
20, ainsi de suite, mais ce qu'a… Effectivement, on comprend que
vous avez un certain dilemme, puis c'est de trouver le bon équilibre
entre ce qui va être raisonnable pour un employeur et ce qui… on veut aussi une
couverture maximale.
Maltais : Parce que
j'ai devant moi les chiffres de la Régie des rentes, qui viennent des Finances,
du ministère des Finances, puis c'est vraiment… il y a
vraiment des différences entre cinq, 10, 20. Je vais vous dire, on va…
il va falloir sûrement débattre de ce chiffre, nombre d'employés qu'on va
viser.
L'autre chose, je me demandais si on ne ferait
pas comme pour l'équité salariale, c'est-à-dire une séquence d'introduction. Mais quel sera l'impact? On a beaucoup
de discussions à avoir aussi avec les gens qui vont administrer ces
RVER. Mais il faut qu'on ait un marché suffisant pour que les frais de gestion
demeurent petits, parce que c'est là la… C'est
toute la difficulté : plus on rétrécit le marché, plus on risque d'avoir
un impact sur l'augmentation des frais de gestion. C'est la délicatesse
du débat qu'on a actuellement. Merci.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
M. le député de Sanguinet.
Therrien : Bonjour et heureux de vous revoir à nouveau.
Écoutez, j'aurais deux petites questions. Il y
en a une, d'ailleurs, que vous avez partiellement répondue, mais je vais vous relancer la question.
Je vais vous parler, entre autres, d'entreprise… non, de frais… non, non plus, par rapport — si je
me retrouve dans mes papiers, là — au
fait que ça serait plus facile si les autres provinces emboîtaient le
pas et que vous nous félicitiez d'avoir été, là, une province pionnière à ce
niveau-là, juste vous entendre là-dessus. En quoi les autres provinces, si
elles embarquent, ça faciliterait notre démarche, à nous?
Tu sais, parce que vous avez effleuré un peu ce sujet-là sans trop développer,
juste vous entendre là-dessus, si c'est… s'il y a des choses à rajouter.
Lafrance (Jacques) : Je vais
commencer, encore là, du point de
vue, peut-être, des entreprises.
Si vous êtes une entreprise qui avez… qui comptez environ… je vous donne
comme exemple 50 employés, et vous en avez 30 au Québec et 20 en Ontario,
là vous êtes obligé, au Québec, pour les 30, d'offrir un RVER. Là, vous
dites : Bah! Moi, comme employeur, tant qu'à faire, j'aimerais ça l'offrir
aussi à mes 20 employés ontariens. Mais là la réglementation est tout à fait
différente. Vous ne pouvez pas avoir un seul régime qui va couvrir les deux
groupes d'employés. Mais là moi, si j'étais employeur, peut-être que je
penserais ça : On va l'offrir seulement aux Québécois à ce moment-là. Bon,
est-ce qu'on peut dire que, du point de
vue du citoyen québécois,
c'est mauvais? Probablement pas. Mais, du point de vue de l'ensemble de la population canadienne, ça serait
meilleur que d'avoir…
Vous pouvez avoir l'inverse aussi, dans le sens
que vous pouvez avoir la majorité qui est en Ontario, puis l'employeur dit : Écoutez, là, j'ai… il faut
que je l'offre aux Québécois, mais ça représente un fardeau
supplémentaire, peut-être, à ce moment-là… Il y a des moyens plus ou moins
subtils de décourager les employés de participer.
Therrien : O.K. Alors, c'est pour ça que vous disiez que les
frais seraient moins élevés dans ce cas-là, là?
M. Lafrance (Jacques) : Une chose que
je voudrais rajouter sur les frais, c'est un enjeu critique, il ne faut pas se le cacher : On a eu des débats il y a quelques
années dans le cadre de nos commentaires sur les RPAC, on n'a pas de
pronostic à savoir est-ce que ça devrait être 100 points de base ou
50 points de base, et ainsi de suite, là. On peut avoir de… On a eu beaucoup de débats là-dessus, on n'a pas eu de
consensus, mais effectivement c'est un enjeu clé. Puis il faut
essayer de trouver les moyens pour que ça fonctionne, les RVER, de réduire
toutes les petites virgules ou tous les accrocs qui feraient en sorte qu'on
pourrait… qui pourraient hausser les frais de ces régimes-là.
Therrien : O.K. J'aurais
peut-être une petite question supplémentaire, M. le Président, j'ai le temps,
oui?
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
Oui, oui. Amplement.
Therrien : Écoutez, bon, on sait tous, l'objectif
ultime du RVER, c'est d'amener une culture de l'épargne-retraite, là, de faire en sorte que les gens
puissent plus aisément, là, se construire une retraite adéquate. Tantôt,
vous en avez parlé, mais juste peut-être
répondre… Je trouvais que, ma question que j'ai en tête, vous aviez plus ou moins répondu, mais ce n'est pas de votre faute, parce que
ce n'était pas la question, mais c'est de savoir : Si on met les RVER et
qu'on s'aperçoit qu'il y a
des… que les gens apprécient, embarquent à moyen ou à long terme, est-ce que
vous pensez que ça va ouvrir des portes pour les entreprises pour dire tout
simplement : Bien, moi, je pense qu'il serait temps aussi que je cotise,
il serait temps de construire… Je sais que vous en avez parlé tantôt, mais qu'en
est-il, d'après vous, là, de vos prévisions,
là, sur justement la possibilité que les entreprises emboîtent le pas puis offrent un régime de
retraite plus costaud à leurs
employés afin de les garder, d'être plus compétitifs aussi par rapport au reste du marché du travail? Pensez-vous que c'est une belle
porte qu'on ouvre?
M. Lafrance (Jacques) : Les
actuaires sont bons dans les prévisions, mais on n'a pas de boule de cristal.
Je peux vous dire, de façon… Pour répondre honnêtement à votre question, c'est :
On ne le sait pas. Par contre, il est des
bonnes possibilités, effectivement, si ça fonctionne bien et que les employeurs… les
employés embarquent et cotisent, qu'à
ce moment-là l'employeur va se
sentir, lui aussi, obligé, soit moralement ou tout simplement pour une bonne
raison d'affaires, de, lui aussi, faire sa part et de cotiser.
Ce qu'on a vu dans les dernières décennies, si
on prend les années 60, 70 et 80, c'est que les employeurs ont embarqué
dans le régime de retraite parce qu'ils se sont dit : C'est une bonne
chose que… en fin de compte, c'est un risque,
la retraite; le risque, en fin de compte, que mon travailleur, s'il n'a pas une
bonne protection, va rester — en bon québécois — sur la
job trop longtemps. À un moment donné, tu sais, c'est bon pour les entreprises
aussi de favoriser une sorte de
remplacement de la main-d'oeuvre et aussi d'avoir… d'augmenter la productivité.
Alors, si je cotise à un régime de retraite et ça fait en sorte que les
employés… mes employés arrivent à la retraite et peuvent se permettre une
retraite, c'est une bonne chose pour l'employeur.
Donc, de ce côté-là, il ne faut pas… Et, si on a des instruments efficaces
pour arriver là, bien, oui, effectivement, les employeurs vont… devraient
embarquer plus.
Therrien :
Donc, à partir de la réponse de la popularité du RVER, ça va peut-être motiver
les patrons d'aller davantage offrir
ce genre de service, surtout qu'on considère que, quand on met de l'argent dans
les régimes de retraite, c'est un peu un salaire reporté, là. Ça fait
que vous pensez que ça pourrait, selon la réponse des particuliers, s'il n'y a pas trop d'«opting out», là, ça pourrait motiver
les entreprises à aller dans ce sens-là. C'est ce que j'ai compris, là.
Bien, vous n'êtes pas… Évidemment, vous n'avez pas… mais, à partir de votre
expertise, on peut avoir…
M. Lafrance (Jacques) : On s'en
reparlera dans 20 ans.
Therrien : Oui, ça
marche, O.K. Bien, je vous remercie beaucoup.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
Ça va? M. le député de Verdun.
Gautrin : Oh! Merci, M. le Président. Alors, je dois d'abord
vous dire que vous êtes parfaitement cohérents dans votre témoignage d'aujourd'hui
avec ce que vous aviez déjà dit dans le mémoire que vous aviez présenté il y a deux semaines. Alors, je vais vous poser une
question sur un point que je n'avais pas pu aborder avec vous à l'époque,
parce qu'il y avait tellement de choses à
couvrir dans votre mémoire qu'on ne pouvait pas l'aborder, que vous
reprenez ici. Vous dites… Le lien entre les
CELI et les RVER — ça
va? — à un
moment, vous dites : Il serait souhaitable, lorsqu'il y a un CELI qui existe, collectif, dans une petite
entreprise, qu'il n'y ait plus d'obligation du RVER. Et vous dites…
Après, une phase supplémentaire, vous dites qu'il serait même intéressant que
les RVER soient intégrés dans un CELI ou puissent être intégrés dans un CELI. J'aimerais
que vous nous expliquiez comment ça pourrait être fait, comment ça
fonctionnerait et comment… qu'est-ce qu'il faudrait qu'on… Parce que je trouve
que l'idée est intéressante, elle pourrait…
Je peux vous faire référence à la phrase que vous avez dite, si vous vous
rappelez, mais vous voyez… comment ça pourrait se faire, etc., parce que
c'est assez intéressant.
M. Savard (Jérôme) : En fait, ce qu'on dit, c'est qu'on vous invite à
analyser cette situation-là — puis il y a un besoin pour les
travailleurs à plus faibles revenus de bien les servir, entre guillemets, en
termes d'épargne — étant
donné les enjeux fiscaux qui peuvent arriver
à la retraite, REER ou épargne-retraite classique versus CELI. Donc, on
n'a pas la suggestion précise de comment ça pourrait être fait, mais, dans la
mise en place du RVER, peut-être regarder comment on pourrait, justement,
intégrer le CELI pour…
Gautrin : Je ne
veux pas vous couper la parole, mais vous êtes des experts aussi, on s'attend
un peu à une espèce de… Parce que l'idée est
intéressante, mais il faut voir comment on pourrait le faire, puis là vous
dites : Bien, réfléchissez-y,
comment on peut le faire. C'est pour ça que je vous pose un peu la question.
Vous êtes quand même… Officiellement, l'ICA, c'est quand même notre
expert sur la question.
M. Savard
(Jérôme) : En fait, comme il
s'agit plus de réglementation ou de loi, c'est de regarder : Est-ce
que ça peut être fait dans le cadre de la loi qui est proposée présentement, ou
de la réglementation, ou encore ça nécessite un nouveau projet? Mais la
réflexion, on pense qu'elle devrait quand même s'étendre à la méthode d'inclusion,
donc.
Gautrin :
Disons qu'on pourrait avoir à échanger avec vous hors de la commission pour
savoir comment on pourrait aller dans cette direction-là.
Lafrance (Jacques) : Il faut
aussi réaliser que, si on veut intégrer une sorte de CELI dans le… ou faire
une sorte de CELI collectif, si on veut, il faudrait changer aussi la
réglementation fiscale, parce que, présentement, les changements à la loi de l'impôt
fédérale qui ont été faits pour accommoder le RVER ou le RPAC, c'était vraiment
dans un cadre que l'argent est à l'abri de l'impôt.
Mais nous, on n'est pas des légistes, on n'est pas des avocats, mais…
Gautrin : Vous avez
certaines notions, quand même.
M. Lafrance (Jacques) : …il nous
semble très possible de faire des modifications législatives qui pourraient accommoder le même encadrement, un encadrement
très simple qui viserait justement des frais le plus bas possible, qui ferait
en sorte que, les gens à plus faibles revenus, au lieu de mettre ça dans un
REER, ça serait dans un CELI où, à ce moment-là, le grand avantage, c'est
qu'il n'y aurait pas de crainte que leur supplément de revenu garanti plus tard
serait touché, réduit à cause de leur épargne-retraite.
Gautrin : Vous avez fait un jugement de Salomon dans votre
mémoire, vous dites : Il serait souhaitable qu'il y ait des
cotisations patronales, néanmoins on comprend que, pour les petites
entreprises, ça serait une lourdeur pour les…
Donc, vous restez réellement sur ce que j'appellerais le jugement de Salomon, c'est-à-dire : ça serait bien, mais c'est peut-être que ce n'est pas faisable,
etc. Je comprends bien votre position, c'est à peu près celle-là. Et vous nous
dites que les RVER seraient le seul régime de retraite dans lequel il n'y
aurait pas une obligation de cotisation patronale, à
part les REER individuels,
bien sûr.
Lafrance (Jacques) : Oui, c'est
parce que les régimes de retraite qui sont, en fin de
compte, sous la juridiction d'une loi obligent des cotisations
patronales. Alors là, on a un autre cadre réglementaire qui s'appliquerait au
RVER. Alors, ce cadre réglementaire là, lui,
par contre, n'oblige pas de cotisation patronale. Donc, c'est
comme… Ça fait une différence. Puis,
tu sais, ça peut être tout à fait acceptable, là. On ne dit pas… Ce n'est pas un
jugement que, non, il faut absolument que, mais c'est un cadre. Par contre,
il faut réaliser que le cadre qui s'applique au RVER est quand même pas mal différent du cadre qui s'applique
aux régimes de retraite d'employeurs.
Gautrin : J'ai une
dernière question avant, peut-être, M. le
Président, qu'on puisse… peut-être est-ce que mon collègue
de Mont-Royal aura des questions. Sur la question d'immobilisation, qui est
dans la loi qu'on est en train de faire, la
partie des contributions patronales
serait immobilisée, la
partie des contributions des participants serait non immobilisée. Quelle est votre position par rapport à l'immobilisation? Je vais vous dire, une des grandes craintes
qu'on a eues dans l'épargne pour… dans les REER, c'est bien souvent… Puis, vous
regardez, les gens ont utilisé les régimes, les REER, pour d'autres fins,
autrement dit, d'autres fins qui sont ludiques ou qui étaient… Je comprends
que, dans des cas graves — et
souvent ce qui arrive dans les conventions collectives… — achat
d'une maison, par exemple, retour aux études, chômage prolongé, etc., on puisse être
amené à avoir un droit de prendre… Mais quelle est votre position par
rapport à ce qui est dans la loi, c'est-à-dire que la
partie des contributions
de l'individu soit non immobilisée?
M. Lafrance (Jacques) : Nous avons eu, au fil des ans, et là je peux
reculer de 10, 20 ans, l'enjeu de l'immobilisation. C'est un enjeu
qui date de très longtemps.
Gautrin :
Mais qui reste toujours présent, hein?
M. Lafrance (Jacques) : Est toujours présent, effectivement, et a suscité beaucoup de débats avec les
différentes provinces, les gouvernements du Canada. Puis ce que vous pouvez… on
peut constater, c'est que, dans l'Ouest, par exemple, il y a eu un vent de désimmobilisation même pour les
régimes de retraite à cotisation déterminée, qu'on n'a pas vu dans l'est
du pays, mais je sais qu'on en a parlé il y a quelques années, puis, dans la
même enceinte, on pensait… on réfléchissait sur la question : Est-ce qu'on
devrait plutôt être plus souples sur la désimmobilisation? Alors, c'est un
enjeu qui va rester là longtemps, qui ne fait pas de consensus, et je peux vous
dire qu'il ne fait pas de consensus parmi nos membres.
Gautrin :
Merci. Je pense que, mon collègue de Mont-Royal, vous êtes vraiment seul au
monde.
Le Président (M.
Pelletier, Rimouski) : M. le député de Mont-Royal.
Arcand :
Merci, M. le Président. Je voudrais revenir encore sur la question du… Est-ce
que je doiscomprendre… Est-ce que j'interprète
mal? Mais, d'après ce que vous dites, c'est qu'à partir du moment où il n'y a
pas de législation qui pourrait éventuellement intégrer un CELI dans un RVER,
quand je lis ce que vous dites, dans un RVER dans lequel il n'y a pas de
contribution de l'employeur prévisible, finalement… vous semblez indiquer qu'un
CELI semble une meilleure forme d'épargne. Est-ce que j'interprète mal?
M. Lafrance (Jacques) : Je ne vous dirai pas ça comme ça, là. Mais ce n'est pas tout à fait ce qu'on dit,
dans le sens que, pour certains
travailleurs, un CELI, ce serait un meilleur instrument qu'un RVER. Disons,
pour les travailleurs avec des
revenus moyens ou des revenus élevés, un RVER, probablement, constituerait un
meilleur instrument. Alors, ce qu'on
vous dit, c'est : Pourquoi ne pas aller une étape plus loin et donner
encore un autre outil disponible aux gens, qui serait une sorte de CELI-RVER, là, alors, qui serait le même genre d'instrument
qu'un RVER mais, plutôt, fonctionne, au point de vue fiscal, comme un
CELI? Donc, ce serait un outil supplémentaire.
M. Simard (Michel C.) : Et la raison, si je peux me permettre, pour
laquelle on tend à être Salomon, comme le disait votre collègue, est à l'effet qu'on a pris acte de la volonté du
gouvernement, en fin de compte, d'inclure une culture de la retraite
dans des endroits où il n'y en a pas. Alors, si on fait ça puis qu'on prend
acte de ça, bien, à ce moment-là, qu'on donne, en fin de compte, le maximum d'instruments
possible pour favoriser cette culture, puis peut-être que ça nous amènera à des formes, en fin de compte, de
régime de retraite… Là, une fois qu'on y goûte, on peut peut-être, en
fin de compte, vouloir améliorer son sort au
sein de l'entreprise. Mais ça sera, à tout le moins, un départ, puis ça sera
l'inclusion, en fin de compte, d'une philosophie d'épargne de la retraite, qui
n'existe pas à l'heure actuelle dans certains milieux.
Arcand :
Sur la question des coûts, des frais, en fait, vous semblez très préoccupés. Et
évidemment c'est toujours une question de
marché, les gens établissent leurs coûts en fonction, évidemment, du volume, et
ainsi de suite. Vous, vous allez
quand même beaucoup plus loin en disant que le gouvernement devrait surveiller
la tendance dans les coûts et
devrait, s'il y a lieu, jusqu'à légiférer dans ce domaine. Ma question, c'est
que… Vous voyez quand même beaucoup de régimes qui existent un peu
partout, est-ce que les différences dans les coûts sont à ce point importantes?
M. Lafrance (Jacques) : Je ne peux pas vous dire si les… Oui, il y a des
écarts, mais ce que les études démontrent, c'est que, de façon générale au Canada, ils sont très… ils sont élevés
par rapport à ce qu'on a dans d'autres pays. Donc, il y a probablement quelque chose… il y a un
symptôme, là, qu'il faut corriger. Est-ce qu'on a la solution? La
réponse, c'est non.
Par contre, comme je
l'ai dit tantôt, c'est un enjeu clé. On s'entend tous, probablement, que c'est
un enjeu clé, le niveau des frais. Alors, ce
qu'on vous suggère comme route à suivre, c'est : adoptons le projet de
loi, surveillons comment ça va se… l'évolution
des frais, et, si en bout de ligne on s'aperçoit qu'on n'a pas vraiment réduit
les frais par rapport à des REER
collectifs ou aux instruments qu'on connaît présentement, à ce moment-là il y a
peut-être quelque chose qu'on a manqué, et à ce moment-là d'analyser les
répercussions… les causes du fait que les frais ne diminuent pas autant que
prévu, et à ce moment-là, à la limite, effectivement, de légiférer.
Arcand :
Mais, à court terme, vous ne voyez pas actuellement quelque
chose qui pourrait être simple,
que le législateur pourrait faire actuellement, pour essayer de contrôler ça?
M. Lafrance
(Jacques) : De contrôler ça? La réponse, on s'entend, pour… Dans le
cas des RVER, ça va être nouveau. Alors, ce
qu'on vous dit : Pour garder les frais le plus bas possible, ayons un
cadre le plus simple possible et le plus
harmonisé possible au Canada. Alors, ça, c'est nos conseils. Une fois qu'on
aura le cadre simple et le plus harmonisé possible qui est en place,
surveillons et à ce moment-là régissons s'il le faut.
Arcand :
Vous dites également que la mise en oeuvre, c'est une bonne étape mais que les
gouvernements doivent faire davantage. Est-ce que vous pourriez m'expliquer
pourquoi? Parce que, quoi, le niveau d'épargne est à ce point bas au Québec et
dans le Canada?
M. Lafrance (Jacques) : Ça, c'est
une position, une position ferme qu'on a depuis plusieurs années. C'est que c'est bien beau, l'épargne individuelle, ça
répond à un besoin, et, il ne faut pas se le cacher, pour des petites
entreprises, la seule façon d'inciter les
gens à épargner, c'est par des instruments comme un RVER ou un REER collectif.
Par contre, pour l'entreprise moyenne
ou la grande entreprise, nous croyons que le meilleur régime de retraite, c'est
probablement un régime à prestations déterminées, qui, lui, garantit une
prestation à la retraite, parce qu'à ce moment-là on transpose le risque du dos des participants sur le dos de l'employeur,
et souvent l'employeur est beaucoup plus apte à assumer les risques de
fluctuations financières et aussi le risque de longévité. Parce que, ça, vous l'avez
probablement vu dans les dernières semaines,
nous avons publié un nouveau projet de table
de mortalité qui démontre que les gens vivent plus longtemps
que prévu. Alors, si vous transposez ça sur une personne… Si moi-même,
j'épargne pour la retraite, puis là des actuaires me disent que je vais
vivre plus vieux que prévu, oh là là!, ça veut dire que soit que je vais mettre
encore plus d'argent à la retraite ou soit il faut que je reporte ma retraite
encore plus loin. Alors que, si vous avez bénéficié d'un régime d'employeur, bien, c'est l'employeur qui, s'il est bien
conseillé par son actuaire, va avoir déjà prévu le coup et aura mis de l'argent de
côté pour justement prévoir l'augmentation de la longévité. Donc, c'est plus…
Un régime à prestations déterminées donne une meilleure protection pour les
gens que s'ils sont laissés à eux-mêmes.
Donc, ce qu'on
vous dit, c'est : Faisons en sorte qu'on améliore le cadre qui s'applique
aux régimes de retraite d'employeurs pour qu'ils continuent et même qu'ils
s'épanouissent encore plus.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
Ça va? M. le député de Lévis.
M. Dubé : Oui, merci, M. le
Président. Alors, j'aurais plusieurs, plusieurs, plusieurs questions. Je vais
aller peut-être sur l'élément du nombre. Tout à l'heure, Mme la ministre disait : Bon, c'est un gros enjeu pour la
rentabilité. Si on avait notre souhait ou notre baguette magique puis qu'on
avait des RVER qui pouvaient s'appliquer à un individu, c'est-à-dire un
individu qui aurait le choix d'avoir un… de pouvoir avoir accès à un RVER mais
qui serait dans un pool ou administré par quelqu'un… Parce qu'on pense de
plus en plus aux travailleurs autonomes. Tout à l'heure, vous étiez là, j'ai parlé de flexibilité de changement d'employeur. Est-ce qu'il y a des mécanismes auxquels on pourrait penser qui ne feraient pas… qui feraient abstraction du nombre
ou des limitations au nombre? Est-ce
que vous avez pu réfléchir à
M. Savard (Jérôme) : Bien, en fait,
notre compréhension du projet de loi actuel, c'est que c'est déjà prévu que, même si l'employeur n'offre pas de RVER, un
individu pourrait adhérer à un RVER d'une institution financière
et que, même pour un employé qui adhère à un
RVER de son employeur, qui quitte cet employeur-là, le droit de demeurer
dans le RVER existe pour l'employé. Donc, il y a
une forme de continuité, au niveau du RVER, qui est déjà prévue, selon
nous.
M. Dubé : Donc, l'enjeu du nombre, selon vous, de ce qu'on
propose par le projet de loi n'est pas un enjeu en autant que ça soit
bien paramétrisé, si je comprends bien ce que vous dites.
M. Lafrance (Jacques) : C'est un
enjeu pour savoir si l'employeur est obligé de l'offrir.
M. Dubé : D'accord. Là, je
comprends votre point. Je comprends très bien la distinction que vous faites. D'accord. Parce que, là, à ce moment-là, c'est lui qui
est associé au coût… en tout cas, ou c'est… Je comprends très, très bien votre point. Puis ce n'était
pas l'objet de ma question, mais votre précision est importante.
Le deuxième,
peut-être, plus important, c'est toute la question de l'aspect fiscal. Vous
avez dit tout à l'heure, puis je veux juste bien préciser ce que j'ai
entendu, qu'on peut mettre en place assez rapidement les conditions d'un RVER, mais il y a peut-être des éléments — vous avez mentionné celui du CELI — où on pourrait regarder qu'est-ce que
l'accompagnement fiscal peut aider, justement… le rendre encore plus attrayant,
parce que l'objectif, c'est d'attirer plus de gens vers l'épargne.
Est-ce que vous avez déjà considéré, soit pour
vous-mêmes ou pour les gens que vous conseillez, à ce qu'une déduction fiscale
pourrait être plus importante que le montant contribué, qui aiderait à
accélérer un peu… Je me souviens… On peut
comparer ça à ce qu'on avait avant avec les régimes d'épargne-actions, qui
faisaient qu'on contribuait 100 $,
mais on avait 150 $ de déduction avec certaines catégories qu'on… Est-ce
que ça a déjà été pensé, déjà considéré?
M. Lafrance (Jacques) : On ne l'a
pas considéré. Je peux vous dire que…
M. Savard (Jérôme) : Non. Pas dans
ce cadre-là.
M. Dubé :
J'essaie de dire : Est-ce que l'aspect fiscal qu'on pourrait faire dans
une… Parce que c'est deux notions complètement différentes mais qui
viendraient, je dirais, contribuer ou bonifier ce qu'on fait en ce moment.
Est-ce que ça a été déjà discuté, ça?
M. Lafrance (Jacques) : Ça a été
discuté dans notre groupe il y a longtemps, mais, comme on croyait qu'il n'y aurait pas beaucoup de succès — parce qu'il ne faut pas se le cacher, c'est
qu'il y a des coûts fiscaux pour la province, là, de faire ça — on s'est dit : On ne le proposera pas.
Honnêtement, on s'est dit : Ça ne vaut pas la peine de gaspiller de
notre temps là-dessus parce qu'au fond on sait qu'on n'aura pas de succès de ce
côté-là.
M. Dubé :
Mais je vais juste pousser ça un petit peu plus loin. Est-ce qu'il y a déjà eu
des analyses du côté de l'employé
mais aussi de l'employeur? Parce que je pense qu'un des éléments qu'on veut, à
terme, aider, c'est de trouver une façon pour l'employeur aussi de venir
compléter la contribution de l'employé, pour toutes les bonnes raisons, qu'on
comprend. Est-ce que ça, ça a déjà été regardé parmi ces études-là? Savez-vous?
Lafrance (Jacques) : Nous ne
faisons pas d'étude de style macroéconomique des histoires de l'impact. Par contre, de façon générale… Est-ce qu'on
a discuté de l'obligation de l'employeur de cotiser?
M. Savard
(Jérôme) : On a discuté de l'obligation
de l'employeur à cotiser un peu à la façon Salomon, comme on l'a dit tout
à l'heure, là, dans le sens où on
peut souhaiter que ça arrive mais sans ajouter à ça les aspects fiscaux.
Donc, dans le cadre du RVER tel qu'il est là, on s'est limités à souhaiter que
ça se produise mais sans aller au-delà de qu'est-ce qu'on pourrait faire pour
que ça arrive.
M. Dubé : …excusez-moi, vous avez été assez clairs en
disant : Il faudrait regarder la complémentarité avec les CELI. Pour l'aspect fiscal, je me demandais s'il y avait d'autres éléments fiscaux que vous recommandiez. Parfait. O.K.
Merci beaucoup. Merci, M. le Président.
Président (M. Pelletier, Rimouski) : Merci, M. le député de Lévis. Est-ce qu'il y a d'autres
interventions? Parce que, là, je pense qu'à peu près tout le monde a un petit
peu de temps encore. Ça va?
Alors, merci beaucoup, messieurs, de votre
participation à notre commission.
Et je suspends nos travaux une à deux minutes
pour permettre aux représentants de Force Jeunesse de prendre place.
(Suspension de la séance à 11 h 31)
Président (M. Pelletier, Rimouski) : Alors, nous reprenons nos travaux, et il me fait plaisir de souhaiter
la bienvenue aux représentants de Force Jeunesse, à qui je laisse une dizaine
de minutes pour se présenter eux-mêmes, présenter leur organisme et leur
mémoire. Vous avez la parole.
Lafontaine-Beaumier (Éloi) : Bonjour. Merci, M. le Président. Mme la
ministre, MM. les députés, comme vous avez vu, on vous a déposé un
document, séance tenante, qui, en gros, détaille un peu plus ce qui se
retrouvait dans le mémoire déposé sur les suites à donner au rapport D'Amours.
Donc, voilà,
j'aimerais d'abord vous remercier, remercier les membres de la commission de
nous avoir invités aux présents travaux entourant le projet de loi
n° 39 sur l'implantation des RVER. Il nous fait plaisir de contribuer à
nouveau à la réflexion sur le système de retraite québécois.
À l'instar de notre présentation préalable sur
les suites à donner au rapport D'Amours, celle-ci sera assez courte. Nous n'entrerons
pas dans les technicités du projet de loi, cependant la date de mise en vigueur
des RVER prévue par le projet de loi est,
selon nous, mal positionnée dans la séquence stratégique qui devrait être
déployée en réponse aux défis posés par le système de retraite dont
bénéficieront les prochaines générations.
Finalement, d'autres groupes, dont l'expertise
dépasse largement la nôtre en la matière, contribueront à la réflexion sur ces enjeux plus techniques. Notre
propos portera davantage sur le contexte politique plus large dans
lequel s'insère inévitablement l'implantation des RVER, qui représente tout au
plus qu'une composante complémentaire au défi de la retraite des prochaines
générations.
Dans notre mémoire déposé dans le cadre des
consultations particulières sur les suites à donner au rapport D'Amours, nous y
appuyons l'implantation des RVER. Cette position s'appuie sur deux
justificatifs. D'abord, ces régimes offriraient des mécanismes d'épargne
intéressants aux travailleurs autonomes, qui représentent près de 13,8 %
des travailleurs québécois. Ensuite, ils offriraient des possibilités d'épargne
intéressantes pour les travailleurs des microentreprises.
Ceci étant dit, nous avons de nombreuses
réserves quant à la mise en place rapide de cette nouvelle forme d'épargne
individuelle. Pour Force Jeunesse, la mise en place des RVER est indissociable
du débat plus large sur le système de
retraite au Québec. En effet, il est impératif que les mesures législatives
votées par l'Assemblée nationale en réponse
aux nombreux constats établis par le comité D'Amours s'inscrivent dans une
démarche cohérente et structurante.
Selon nous,
cette démarche devrait respecter les principes suivants : premièrement, l'amélioration
du système de retraite du Québec
passe par une composante plus forte de la couverture publique. La rente
longévité est une proposition en ce
sens. Deuxièmement, nous devons privilégier la couverture complémentaire par
des régimes collectifs à prestations déterminées.
Ces régimes sont reconnus comme étant les plus rentables et sécuritaires.
Finalement, toute mesure d'épargne individuelle
additionnelle ne peut se substituer aux deux premiers principes et devrait s'implanter
en même temps que les mesures plus
structurantes. En effet, précipiter l'implantation des RVER enverrait un
message aux organisations et aux
travailleurs à l'effet de privilégier ce modèle d'épargne, alors que d'autres
répondent mieux au déficit d'épargne des Québécois et à la précarité des
futurs retraités.
Nous avons proposé une alternative à l'épargne-retraite
complémentaire dans notre mémoire : les régimes sectoriels. Ce modèle mérite d'être étudié avec sérieux. Nous ne le
réitérons pas assez, pour Force Jeunesse, les RVER ne sont pas plus qu'un
complément, et leur mise en place doit s'insérer dans une réponse globale qui
vise à accroître la couverture des régimes collectifs à prestations garanties.
Il y a urgence d'agir dans le dossier des retraites, mais cette urgence ne justifie pas une démarche qui aurait
pour conséquence de favoriser des comportements d'épargne définitivement
moins rentables pour les travailleurs. Le message qui doit être envoyé aux
employeurs et employés est le suivant : Au Québec, privilégions les formes
d'épargne les plus rentables et sécuritaires et misons sur les modèles
collectifs.
Nous avons donc deux propositions dans
lesquelles… dans le mémoire que nous avons déposé aujourd'hui. D'abord, nous appuyons l'implantation des RVER.
Par contre, nous croyons que l'implantation ne devrait pas procéder
avant qu'un plan complet des suites qu'elle entend donner au rapport D'Amours
ne soit dévoilé. Alors, voici nos deux propositions et notre présentation. Je
vous remercie beaucoup.
Le Président (M. Pelletier, Rimouski) :
Merci, messieurs. Mme la ministre, c'est à vous la parole.
Maltais :
Merci, M. le Président. Alors, bonjour. Bonjour, M. Lafont