Health and Social Services — 19 February 2014 (40th Legislature, 1st Session)
CSSS 2014-02-19
Quebec — Committees
Nous soutenons
l'importance et l'urgence de prendre charge de la santé buccodentaire des
adultes en CHLSD. Nous constatons que
la santé buccodentaire ne faisait pas
partie des orientations ministérielles de
2003 et qu'elle n'est pas encore
spécifiée dans le document de consultation ayant mené à vos travaux. Cet état de fait doit
changer. L'ordre fait de la promotion de l'accès aux soins buccodentaire
un objectif principal. On constate l'état de santé buccodentaire plus pauvre chez certains groupes dans les clientèles
âgées en perte d'autonomie, l'accès aux soins buccodentaires pour ces
personnes reste très limité. 49,3 % des résidents ayant au moins une dent
présentent de la carie dentaire; 21.8 % des résidents ayant au moins une
dent ont besoin d'un traitement dentaire; 49,3 % des résidents ayant au
moins une dent nécessitent un détartrage
dentaire ou un traitement chirurgical à la gencive. Ces statistiques datent de
2006, la situation s'aggrave.
Peu de
dentistes visitent des clientèles en centre d'hébergement notamment en raison
des restrictions imposées par le
système. Les dentistes qui veulent contribuer n'ont pas aisément accès aux
établissements et les dentistes des réseaux ne sont pas généralement remplacés lorsqu'ils prennent leur retraite.
Les CHLSD disposent par ailleurs de peu d'équipements pour les besoins d'une équipe dentaire. Les soins
d'hygiène dentaire sont rarement inclus dans des plans d'intervention en
CHLSD, sinon carrément absents. Les bénéficiaires n'ont pas d'examen
buccodentaire à l'admission. Plusieurs résidents ont des problèmes latents liés
aux caries et aux maladies de la gencive; d'autres, en développement. Bien que les hygiénistes dentaires puissent faire les
dépistages, enseigner des principes d'hygiène et brosser les dents,
elles sont presque absentes des CHLSD et des domiciles.
L'importance
de la santé dentaire a été approuvée par des études qui démontrent sa relation
avec la cause de nombreuses maladies. De plus, chez ces clientèles, la prise
des médicaments engendre une sècheresse de la bouche qui provoque des caries de
la racine dentaire. L'absence des caries et des maladies de la gencive est
essentielle. Une mauvaise hygiène permet la
plaque d'accumuler, durcir. La plaque se transforme en tartre, qui favorise une
perte osseuse et de l'infection. Ne
pas se préoccuper de ces conditions, c'est accepter la perte des dents,
l'augmentation des risques et des problèmes de santé, dont la
dénutrition et d'autres plus importants comme la pneumonie par l'aspiration.
médecin et le dentiste doivent donc collaborer pour assurer une prise en charge
adéquate. Le dentiste est le docteur
qui veille sur votre bouche. L'accès aux soins buccodentaires est un droit au
même
titre que l'accès des soins qui concernent les autres parties du
corps. Toute personne a donc un droit à un diagnostic et un plan de traitement
établis par un dentiste. Un suivi et
l'exécution de certaines des composantes de plan de traitement pourront être
réalisés par des professionnels
formés pour le faire. Une ordonnance faite par un dentiste est un outil
privilégié. Les services des dentistes doivent
être favorisés dans des institutions publiques. Il est nécessaire de former des
préposés et le personnel soignant aux techniques
de brossage quotidien des dents. La clientèle est lourde, il s'agit souvent
même de lui procurer des soins de fin de vie ou palliatifs.
Nous sommes prêts à nous investir dans des
solutions. Des initiatives sont déjà mises en place. Des recommandations
seront faites au printemps 2014 au terme du
travail du comité de l'accès sur les soins buccodentaires pour favoriser
l'accès pour les clientèles les plus vulnérables. Un projet sera présenté pour
soutenir les bienfaits des soins buccodentaires en CHLSD, nous serons en mesure
de vous présenter les détails au printemps.
Certaines
solutions sont à notre portée, dont l'implantation des infrastructures propices à recevoir des patients. Aucun de ces voeux ne serait vraiment
porteur sans une volonté politique claire de votre part. Regardez à gauche, à
droite, c'est presque garanti qu'au moins un d'entre nous va vivre l'expérience
de vivre dans un CHSLD. L'absence de soins
buccodentaires n'est pas un dossier qui concerne les autres. Des décisions
législatives importantes doivent être prises pour inclure la santé buccodentaire dans chaque dossier de santé. Ces
changements doivent être des pierres angulaires de l'amélioration des services pour les personnes en perte d'autonomie. C'est une responsabilité que vous avez et que nous avons tous envers les citoyens québécois.
Merci.
Présidente (Mme Proulx) : Merci beaucoup pour votre présentation, Dr Dolman. Nous allons
maintenant débuter la période d'échange avec
le groupe formant le gouvernement. La parole est à la députée des
Îles-de-la-Madeleine.
Richard
(Îles-de-la-Madeleine) : Merci, Mme la Présidente. Bonjour à
chacun de vous, Dr Dolman, Dr Lavallière, Dr Caron et Me Daoust. Bienvenue à
cette commission parlementaire qui discute de la situation des personnes hébergées en CHSLD. Vous apportez évidemment
un dossier très important, qui est la santé buccodentaire pour les
personnes qui sont hébergées. Merci beaucoup de votre mémoire et de vos
explications que vous nous apportez.
J'aimerais
tout d'abord essayer de voir pour quelle raison il y a
peu de dentistes qui vont en CHSLD, peut-être
élaborer davantage là-dessus.
Et vous dites aussi que c'est difficile pour les patients d'aller en clinique
privée ou aller visiter le dentiste,
ça prend un accompagnateur, souvent c'est assez difficile. Maintenant,
pourquoi on ne réussit pas à augmenter le nombre de
soins qui sont donnés, là, à nos personnes hébergées en CHSLD?
La Présidente (Mme
Proulx) : Dr Dolman.
M. Dolman (Barry) : Je pense que je vais passer la parole à Dr Lavallière, qui a beaucoup
plus d'expérience à l'intérieur du système, peut-être qu'il peut
répondre.
La Présidente (Mme
Proulx) : Dr Lavallière.
M. Lavallière (André) : Il y a plusieurs obstacles à l'organisation des services
dans les centres d'hébergement. De déplacer
les bénéficiaires en cabinet privé devient de plus en plus complexe. On
sait que l'alourdissement des clientèles dans les centres d'hébergement
rend les déplacements plus difficiles. À l'occasion, le transport adapté,
accompagné d'un auxiliaire du personnel de l'établissement… D'offrir les services au sein de
l'établissement serait beaucoup plus facile, non seulement des services ponctuels, mais des services organisés de
façon plus systématique au niveau de l'ensemble de la clientèle.
le passé, la majorité de la clientèle hébergée était complètement édentée, les
gens avaient des dentiers. Ça fait qu'en
termes de besoins dentaires dans les centres d'hébergement les besoins étaient
quand même réduits au minimum. Il y avait
des denturologistes qui se déplaçaient, à l'occasion quelques dentistes. Mais
actuellement les nouvelles clientèles qui arrivent dans les centres d'hébergement ont des dents. Environ 40 %
des gens actuellement dans les centres d'hébergement ont des dents. Bien sûr, ils n'ont pas la totalité
de leurs dents, mais les dents qu'ils ont en bouche doivent être
maintenues en bonne santé.
souvent, dans le processus de la perte d'autonomie, les gens cessent les
visites régulières chez leur dentiste. Et, lorsqu'ils arrivent en
hébergement, des fois ça fait cinq, 10, 15 ans qu'ils n'ont pas vu le dentiste.
Et c'est la raison pour laquelle on dit
qu'environ la moitié de ces gens-là ont besoin de soins dentaires soit parce qu'il y a des caries qui sont très grosses, des abcès, des dents qui
sont cassées, qui génèrent de la douleur, de la souffrance, des infections dans
la bouche. C'est des situations qui sont inacceptables. Comment une personne
peut bien s'alimenter si elle n'a pas une condition buccodentaire adéquate?
Maintenant, pourquoi qu'on n'a pas plus de
dentistes dans les centres d'hébergement? D'offrir des services dentaires nécessite des conditions minimales pour
pouvoir les offrir, c'est-à-dire, ça nécessite des équipements, de l'instrumentation, un
espace. Mais il y a un préalable à tout ça, c'est de sensibiliser les
gestionnaires à la problématique qui
existe, sensibiliser les gestionnaires qu'il
y a un problème important en termes de santé dentaire et que ces problèmes de santé dentaire là, on
doit s'en occuper au même
titre que tous les autres problèmes de santé. Si un
bénéficiaire a un problème au niveau du coeur, de l'estomac, au niveau
dermatologique, au niveau orthopédique, on va s'en occuper. Pourquoi on ne
s'occupe pas d'une
partie du corps? C'est comme si on avait exclu la bouche du
corps humain.
On a un système de santé mais excluant la bouche, et c'est
une situation qui est un peu inacceptable. Et souvent, dans notre système de santé, au niveau des gestionnaires, ce que j'ai perçu,
moi, c'est qu'ils doivent offrir des services de santé, mais souvent, quand on pense services de santé, on pense à des
services médicaux, des services infirmiers, mais on oublie qu'il y a des services dentaires aussi qui
sont nécessaires pour maintenir une bonne santé. Ça fait que la sensibilisation, je pense, des directives
claires de la part du ministère que les soins dentaires sont tout aussi importants
que les autres soins médicaux, infirmiers, qui sont nécessaires, est un
préalable.
Par la suite,
au sein des établissements, c'est certain que la question de la formation… et Dr Caron pourrait
en parler, ça nécessite une formation
particulière. La majorité des dentistes sont formés pour offrir d'excellents
services en cabinet privé, mais le
fait d'offrir une formation complémentaire en gérodontologie permet de
développer des compétences qui
permettent de mieux s'intégrer à l'équipe de soins. Mais progressivement on va
devoir déployer ces services-là parce que le besoin est en croissance très, très rapidement
actuellement, au Québec, pour des services curatifs, mais aussi
pour des services préventifs. C'est bien de
rétablir la condition buccodentaire, mais, si on mettait en place des services
préventifs dès la perte d'autonomie — on
a présenté lors des audiences sur l'assurance autonomie — si
on agissait de façon plus précoce, on limiterait énormément les besoins
en services curatifs lors de l'hébergement par la suite. Je pense que la
réflexion que le ministère
de la Santé devrait avoir serait de prendre un peu de recul et de préparer une politique
ou une réflexion sur des services
véritablement bien intégrés dès le début de la perte d'autonomie jusqu'à
l'hébergement et même jusqu'en fin de vie.
La Présidente (Mme Proulx) : Mme
la députée des Îles-de-la-Madeleine.
Richard
(Îles-de-la-Madeleine) : Oui. Merci beaucoup. On a parlé aussi d'hygiène buccodentaire,
c'est très important. On a parlé, hier, avec les nutritionnistes, et
tout ça, qui voyaient aussi justement toute la région de la bouche qui est très, très importante et qui est négligée
parfois, et que l'hygiène buccodentaire devrait être systématiquement
vérifiée.
Vous parlez
aussi, dans votre mémoire, qu'on devrait moderniser le cadre réglementaire par rapport à tous les professionnels, justement, qui interviennent dans ce
dossier, entre autres pour les hygiénistes dentaires. Nous avons reçu en commission,
ici, à un moment donné, les hygiénistes dentaires, qui réclament de pouvoir
faire plus d'actes de prévention, entre
autres de nettoyage, qu'ils puissent le faire sans avoir la supervision d'un
médecin parce que ça leur permettait,
avec de l'équipement mobile, d'aller en CHSLD et justement de prévenir des
problèmes qui vont, après ça, nécessiter l'intervention des dentistes. Qu'est-ce
que vous pouvez nous parler par rapport au cadre réglementaire? Et aussi
comment vous voyez d'élargir le cadre de compétence des hygiénistes dentaires?
La Présidente (Mme Proulx) :
Dr Dolman.
M. Dolman (Barry) : Je pense que
c'est très important d'éclaircir un petit peu la désinformation qui se propage autour de cette question.
D'abord, présentement, il y a quasi-absence des hygiénistes dans les CHSLD.
Pourquoi? À l'intérieur des compétences
présentes de dépistage, de faire instruction d'hygiène, des choses qui peuvent
améliorer l'état de ces citoyens, on peut faire ça demain matin, sans aucune modification
de cette législation. Ça, c'est une chose.
Deuxième
chose. À l'Ordre des dentistes du Québec, on est prêts dès demain de travailler avec des
ordonnances pour encourager un autre futur et une autre modernisation. On n'est
pas contre, mais il faut qu'on ait une solution beaucoup plus globale, parce que,
quand on regarde, par exemple, juste en Ontario, où ils ont eu
certains actes élargis, depuis plusieurs années les tarifs n'ont pas
descendu, l'accès n'a pas augmenté. Alors, ce n'est pas juste une question d'augmenter, par exemple, par législation,
des actes que les hygiénistes peuvent faire parce que la réalité, c'est la
formation de travail avec cette cible de population,
c'est très difficile. Je suis en pratique 35 ans, même si je rentre, demain
matin, dans le CHSLD, ce n'est pas tout à fait facile de travailler avec ce
genre de clientèle. Et c'est des patients hautement médicaments, c'est des
patients qui prennent des... un genre de collaboration.
Mais l'Ordre
des dentistes est en faveur de faire une collaboration
interdisciplinaire avec les hygiénistes. On a fait une proposition il y
a plusieurs années, ça a été rejeté par l'Office des professions. On va aller
de l'avant encore pour voir si on peut
avancer ce contexte d'ordonnances. On a déjà eu des projets dans
Sherbrooke, et Dr Caron peut aussi parler de son expérience personnelle. On est ici pour les solutions. Mais
comment est-ce qu'on peut avoir une solution de base si, tout au début, avant d'ouvrir la porte, le patient
n'est pas examiné, il n'y a pas un diagnostic, il n'y a personne qui
regarde la bouche? Pour moi, c'est une pierre angulaire d'avoir un diagnostic
chez le dentiste avant de réagir. Après ça, tout le reste du voyage peut être
fait facilement.
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme la députée des Îles-de-la-Madeleine.
Richard (Îles-de-la-Madeleine) : Merci,
Mme la Présidente. Effectivement, vous avez affaire à une clientèle qui est quand même difficile, différente de ce que vous voyez en
clinique privée, parce que ça prend la collaboration puis ce n'est pas évident que les gens vont vouloir
collaborer. Surtout s'il y a de la douleur ou quoi que ce soit, ce n'est pas évident que vous pouvez
avoir la collaboration. On en entend parler aussi pour tous les soins
que… pour les personnes qui sont en
perte d'autonomie, mais aussi en déficit cognitif. J'aimerais peut-être
avoir un aperçu de la formation qui est donnée aux dentistes pour cette clientèle particulière, si vous pouvez nous parler de formation spécifique pour
les personnes aînées.
La Présidente (Mme
Proulx) : Dr Caron.
M. Caron
(Christian) : Oui. Moi, je voudrais commencer par vous dire que ce
n'est pas seulement les dentistes qu'il faut former, il faut former l'ensemble
des gens qui entourent la personne âgée, y compris les proches aidants, pour le suivi quotidien des soins à faire
pour la bouche. Je ne réponds pas à votre question, mais je vais y
venir.
Ce qui est important
dans… Ça, au niveau des dentistes, présentement, dans les facultés dentaires,
on essaie d'instaurer de plus en plus des
parties de cours et des contacts directs avec cette clientèle parce qu'une des
réalités, c'est que c'est une
clientèle qui est quand même peut-être plus difficile à traiter puis,
présentement, à cause du manque de structure qu'on a dans l'offre des
soins, c'est plus difficile pour un dentiste ou un jeune dentiste qu'on forme
de voir comment pourrait être son avenir en traitant cette population-là.
Donc,
ce qui manque, dans le fond, comme je l'ai dit, c'est une structure à laquelle
le dentiste pourrait s'intégrer pour
offrir les soins. Ça devient extrêmement difficile pour eux. Il y a des
exemples épars de petites cliniques dentaires mobiles qui se forment, il y en a quelques-unes au Québec, mais c'est
très peu. Et, si on veut régler le problème d'une façon plus définitive, la formation doit être amplifiée,
mais il faut aussi voir aussi quel genre de carrière on peut offrir à ces
gens-là qui vont se dédier à cette
population-là qui est plus difficile. Ça leur prend une infrastructure à la
fois fixe dans certains endroits,
mais aussi mobile, parce qu'il y a des gens qu'on ne pourra pas atteindre avec
un cabinet traditionnel. Même si on en
mettait dans les CHSLD publics, on sait combien qu'il y a des petites
résidences privées, semi-privées conventionnées qui ont quand même moins
de lits et qui ne pourraient pas voir une clinique dentaire.
Donc,
on a besoin d'un modèle qui est diversifié pour aussi structurer, qui fait que
les jeunes dentistes, une fois formés,
vont pouvoir voir : Où est-ce que je peux m'intégrer, moi, dans ce système
de santé là, et aussi comment est-ce que
je vais pouvoir aussi, en faisant ça, être capable de gagner ma vie
honorablement?, dans le sens où cette clientèle-là, comme vous l'avez dit, nous demande beaucoup plus
de temps à traiter, et souvent on a des gens qui ne coopèrent pas. Présentement, le système de rémunération à l'acte
fait en sorte que, lorsqu'on traite un patient et qu'il ne coopère pas,
bien l'acte ne se fait pas et donc il n'y a pas de facturation possible.
Donc,
c'est un ensemble d'éléments qui fait qu'au niveau de la formation on l'accélère,
mais il faut aussi qu'on voie ce qui
va venir après. Présentement, on a fait un programme de deuxième cycle, nous,
donc on forme des spécialistes en gérodontologie qui justement
apprennent tous les problèmes de comportement associés à des gens qui sont
atteints de démence, la gestion de ces
patients-là, toute la question du patient qui est médicalement compromis.
Alors, chez le patient gériatrique,
c'est aussi ça, c'est un patient qui est en perte d'autonomie, mais qui a une
panoplie de médicaments et de problématiques
médicales qui fait que la pratique du dentiste devra être modifiée, si ce
n'est, par exemple, que, lorsqu'on extrait une dent, il faut vérifier
qu'il n'y a pas d'anticoagulants pour ne pas mettre à risque le patient.
Et, dans cette
optique-là, je reviendrai un peu sur ce que Dr Dolman a dit, et c'est pour ça
qu'on insiste aussi autant pour dire qu'avant qu'un patient soit traité par
d'autres professionnels de la santé pour leur bouche, il faut qu'il y ait en
premier lieu un diagnostic et une évaluation du patient pour sa sécurité aussi.
Donc, c'est aussi dans cette optique-là qu'on amène cette venue-là. On pense
que les autres professionnels vont pouvoir venir nous aider à endiguer ce
problème, qui est important, là, sauf que, comme je vous dis, il faut qu'il y
ait, préalablement à ça, une évaluation qui soit faite.
Pour ce qui est de la
formation des autres intervenants que je dis, c'est très important qu'on forme
les gens qui sont en CHSLD, les infirmières. Les infirmières, c'est tellement
important qu'elles reçoivent une formation sur la santé buccodentaire parce que
c'est elles vraiment qui coordonnent les soins dans les résidences, c'est elles
qui…
La Présidente (Mme
Proulx) : M. Caron, désolée, le premier bloc est épuisé. Vous
allez peut-être pouvoir poursuivre dans les échanges avec la députée de
l'opposition officielle. La parole est maintenant à la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Blais :
Merci, Mme la Présidente. Dr Dolman, Dr Lavallière, Dr Caron, Me Daoust, vous
pouvez poursuivre sur ce que vous parliez, là…
M. Caron
(Christian) : Je vais y aller brièvement.
Blais :
…concernant la formation, parce qu'hier on a reçu l'Ordre des infirmières, et
elles nous parlaient comment c'était
important, et la différence entre une infirmière et un préposé, et comment,
quand l'infirmière faisait l'acte de
nourrir la personne, il y avait toute une évaluation. Donc, vous êtes en train
de dire : Il faut aller plus loin aussi pour la formation
buccodentaire.
M. Caron (Christian) : Ce que je disais, c'est que les infirmières,
c'est une personne pivot et c'est elle qui gère les gens qui vont prendre soin au quotidien de la
personne. Il y a un plan de soins qui est fait, le plan de soins
buccodentaire doit être intégré et plus
suivi que ce l'est présentement. Et ça, ça va venir par la formation de ceux
qui disent aux autres qu'est-ce que vous devez faire avec ce patient-là.
Donc,
dans mon élan tout à l'heure, ce que je disais, c'est que les infirmières, on
doit les former pour deux choses
principalement. Un, détecter les anormalités rapidement pour qu'il y ait une
référence rapide. Nous, les dentistes, c'est beaucoup plus facile de traiter une petite lésion
qu'une grosse lésion d'une dent ou une dent qui est détruite. Donc, on veut intervenir précocement. Deuxième chose, elles
doivent comprendre un peu qu'est-ce qu'il y a dans une bouche, parce
qu'il y a toutes sortes de types de
prothèses maintenant. Maintenant, il y a des implants, il y a des prothèses
fixes, il y a des prothèses amovibles. Il faut qu'elles connaissent un
peu ce qui se passe, les principales pathologies qu'on retrouve dans la bouche, mais vraiment dans un but pas de
diagnostic, mais de détecter l'anormalité de la normalité pour qu'on ait
une référence rapide, donc, toute, aussi, la prise en charge au quotidien pour
qu'elle puisse elle-même, après ça, au niveau
de ses préposés, faire une certaine formation, un suivi, etc. Donc, on a aussi
à former ces gens-là, et c'est beaucoup par eux, par ça qu'on va réussir à intégrer de la prévention puis de
réduire la force de caries comme on le voit présentement. Donc, il y a
Les proches
aidants, c'est la même chose, il faut aussi qu'on ait un programme. On le fait,
nous, avec la société d'Alzheimer, où on a introduit un programme de formation
pour les aidants. Pour les infirmières, on a un cours qui va se donner ici, à l'Université Laval, qui va
être de 45 heures, pour justement préparer les infirmières à cette tâche-là.
La Présidente (Mme Proulx) :
Dr Dolman.
M. Dolman (Barry) : Juste pour un
complément. Je peux dire que moi, j'ai passé cinq ans avec le président présent de l'Ordre des infirmières dans un CHSLD quand j'ai suivi une
longue maladie de ma mère qui est finalement décédée d'Alzheimer. Alors, j'ai vu toute la détérioration d'elle et
aussi des personnes sur l'étage. J'ai eu beaucoup de conversations avec le président de l'Ordre des
infirmières du Québec, et c'est évident qu'on ne peut pas nécessairement
juste cibler ou le dentiste, ou les hygiénistes, ou de changer un petit peu de
législation, il faut avoir le portrait de cette situation et essayer d'agir avec un programme interdisciplinaire pour
voir, avec des préposés, des infirmières, tout le monde qui travaille à
l'intérieur de… pour aider ces citoyens, pour donner une vie avec un petit peu
de dignité.
J'ai écouté
un petit peu l'histoire, il y a à peu près une demi-heure, vis-à-vis la
question d'être capable d'avoir un bain
dans un CHSLD. Ça, c'est des choses qui sont vraies. Alors, tu peux voir que la
bouche devient quelque chose d'un petit
peu oublié. Mais c'est tellement important pour le futur des citoyens, parce
que, pour revenir à la conclusion,
les citoyens qui vont rentrer dans des CHSLD, c'est nous.
La Présidente (Mme Proulx) : Mme
la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Blais : Vous me direz si je me trompe, mais j'ai comme
l'impression qu'en quelque
part il y a peut-être
une difficulté d'accès. Moi, par exemple, si je vais chez le dentiste, je dois payer si je
n'ai pas d'assurance. Et, à un
moment donné, quand on se retrouve, les personnes plus âgées, en CHSLD, et même les
personnes en situation de handicap, plus jeunes… Comment êtes-vous rémunérés? Comment ça fonctionne? Je veux
comprendre ça. C'est peut-être une des raisons pour lesquelles c'est beaucoup
plus difficile d'avoir des dentistes en CHSLD ou si je me trompe?
La Présidente (Mme Proulx) :
Dr Dolman.
M. Dolman
(Barry) : …de rémunération, je pense que Dr Lavallière peut répondre, mais c'est selon
le même barème que le patient va payer pour l'hébergement.
La Présidente (Mme Proulx) :
Dr Lavallière.
Lavallière (André) :
Actuellement, au Québec, il y a
des services assurés par la Régie de
l'assurance maladie du Québec pour les enfants de zéro à neuf ans, pour les
prestataires de l'aide de dernier recours. Mais, pour les personnes, les
adultes qui ne sont pas sur l'aide sociale ou les personnes âgées, il n'y a
aucun service assuré.
Pour les
clientèles qui sont en hébergement,
il y a une directive administrative, il y a une politique pour les
besoins spéciaux, c'est-à-dire que la personne qui est hébergée, si elle est
admissible au supplément de revenu garanti, à ce moment-là, il y a un budget au sein de l'établissement qui permet de
contribuer aux honoraires qui sont demandés pour ces traitements.
En Estrie, on
a réussi à développer des services en centre d'hébergement où est-ce que le
dentiste est rémunéré par la Régie de
l'assurance maladie du Québec, rémunéré à salaire. Le dentiste n'est pas
rémunéré à l'acte. Et, à ce moment-là, lorsque les services sont rendus
au sein de l'établissement, les honoraires, vu que les services ne sont pas
assurés par la Régie de l'assurance maladie
du Québec, l'établissement doit facturer le bénéficiaire pour les services qui
sont rendus. Ça fait qu'à ce
moment-là il y a une facturation qui est faite, mais l'argent appartient à
l'établissement. Et cet argent-là peut permettre
de payer l'assistante dentaire, l'hygiéniste dentaire, les fournitures, les
matériaux, ce qui fait que les services, lorsque le dentiste est rémunéré à salaire par la Régie de l'assurance
maladie du Québec, de développer des services au sein d'un établissement
de santé, les services peuvent presque s'autofinancer.
Ce ne serait pas une charge financière très,
très, très importante pour des établissements. Les gens qui ont des revenus
paieraient pour leurs services, les gens qui sont vraiment à très, très faibles
revenus, la politique pour les besoins spéciaux vient améliorer beaucoup
l'accessibilité, Et, à l'occasion, pour certains clients, les tarifs sont
réduits vraiment pour favoriser
l'accessibilité. Ça fait qu'en hébergement la contrainte financière, elle est
relativement atténuée. Pour les
clientèles qui sont en perte d'autonomie à domicile, et tout ça, là il y a un
problème majeur en termes de barrière financière,
sur lequel on devrait se pencher. C'est la raison pourquoi on s'était
présentés, lors de l'assurance autonomie, pour essayer d'atténuer cette
barrière financière là.
Mais, au niveau des établissements,
actuellement il y a des modalités. Une des grosses difficultés qu'on a,
c'est d'obtenir l'autorisation du ministère
de la Santé pour rémunérer un dentiste à salaire ou à tarif horaire. Ça, il y a
un obstacle majeur qui est là depuis 10 ou 15 ans. Et, à chaque fois
qu'au sein d'un établissement on demande des heures pour rémunérer un dentiste à tarif horaire ou à
honoraires fixes, on doit se battre avec le ministère de la Santé. Et ça ne
devrait plus exister en 2014. Le besoin, il
est là, il est énorme, et il devrait nécessairement y avoir un assouplissement
de la part du ministère pour
attribuer beaucoup plus d'heures pour que les établissements puissent organiser
beaucoup plus facilement les services au sein de leur établissement.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Blais :
On se rend compte de l'importance de cette commission parlementaire, parce que,
si on veut améliorer les conditions
de vie des personnes, des adultes qui sont dans les CHSLD… et, quand vous venez
nous dire qu'en 2003, quand il y a eu
les orientations ministérielles favorisant les milieux de vie, puis que vous
n'étiez pas là, puis que vous n'êtes à peu près pas là ou un peu, puis
que là vous faites un projet pilote à Sherbrooke, ça veut dire que ce n'est pas
rendu partout à travers le Québec.
J'aimerais que vous nous parliez de votre projet pilote à Sherbrooke et comment
ça pourrait changer la qualité de vie des gens.
La Présidente (Mme
Proulx) : Dr Lavallière.
M. Lavallière
(André) : C'est plus qu'un projet pilote. Les services dentaires en
hébergement existent depuis 30 ans à
Sherbrooke. La fusion des établissements a fait en sorte qu'on a pu étendre les
mêmes services dans les autres installations, ce qui fait que les quatre
installations en hébergement à Sherbrooke sont desservies. On a installé des équipements fixes au niveau
du CSSS-IUGS. Il y a des équipements fixes dans chacun des établissements avec des lève-patients. Si
le patient arrive en chaise roulante, en fauteuil gériatrique ou même sur
une civière, on peut soulever le patient
avec un lève-patient qui est sur rail au plafond. Le patient est déplacé au-dessus de la chaise dentaire et déposé
en toute sécurité.
On a deux dentistes
qui desservent les quatre installations, et ça fonctionne très, très bien.
C'est un mode qui fonctionne bien, mais il
ne faudrait pas se limiter à ce mode-là. Il pourrait y avoir de la rémunération
à l'acte ou d'autres modes de
rémunération. Je pense qu'on doit s'asseoir, au Québec, il y a un problème qui
est là, qui est identifié, il faut s'asseoir
et collectivement trouver des solutions. Les ordres professionnels, le
ministère, ça interpelle plusieurs partenaires, ça implique de la formation. Il faut s'assurer que le brossage des
dents… qu'il y ait au moins un brossage de dents de fait quotidiennement.
On sait qu'il y a des bénéficiaires qui n'ont pas eu les dents brossées depuis
plus d'un mois, O.K.? Il y a des situations…
Il y a des bénéficiaires qui sont en situation de dépendance et même de
situation de négligence en termes
d'hygiène. On pense beaucoup à l'hygiène corporelle, mais l'hygiène de la
bouche doit se faire quotidiennement aussi, et ça fait
partie de la
problématique.
fait que, oui, c'est possible d'organiser les services, mais moi, je souhaite
beaucoup plus que des petits projets pilotes à gauche et à droite. Je
pense que ça nécessite une réflexion, au niveau national, de bien se pencher
sur la problématique, de bien planifier les
services, de bien coordonner les services en question. La dentisterie au
Québec, c'est une multitude de cabinets privés, mais sans coordination
au niveau national, c'est-à-dire qu'un système de santé, c'est la
responsabilité de l'État de s'assurer que les services de santé rejoignent les
gens qui en ont le plus besoin.
on sait qu'au niveau de la santé dentaire, ce qu'on offre en cabinet privé,
c'est très, très bien, mais on sait qu'il y a des clientèles qui sont
complètement oubliées au Québec, dont la clientèle en hébergement. Et il faut
se pencher sur cette problématique-là au niveau collectif et arriver avec
quelque chose qui est… pas une multitude de petits programmes à gauche et à droite et une multitude de petits projets
pilotes. Je pense qu'on doit vraiment s'asseoir et aller vers une politique de santé dentaire qui pourrait
inclure la fluoration, les services dentaires pour les enfants, les services
en cabinet privé, mais aussi tous les services qui sont nécessaires pour les
clientèles les plus vulnérables.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Blais :
Je voulais dire «initiative», j'ai dit «projet pilote». Et, vous me corrigerez
si je me trompe, mais j'ai comme
l'impression que, dans les ordres professionnels, ça se heurte beaucoup et
c'est ça qui fait en sorte que parfois on a beaucoup de difficultés à avancer, là. À un moment donné, j'ai entendu que
l'ordre des professions rejetait l'idée
d'alliance avec les hygiénistes dentaires. Vous pourriez, je ne sais pas, faire
un front commun aussi avec l'ordre
des nutritionnistes, des diététistes. Je pense que ça va ensemble, ça. Plus
vous serez d'ordres ensemble pour faire avancer le dossier, je pense que vous pourriez défoncer des portes. Mais
j'ai comme l'impression que c'est cloisonné puis que tout le monde
travaille en silo. Est-ce que j'ai raison ou si je me trompe?
La Présidente (Mme
Proulx) : Dr Dolman.
M. Dolman (Barry) : On essaie beaucoup d'ouvrir les portes et d'avoir un dialogue
respectueux avec tous les intervenants parce que c'est la seule façon
qu'on peut déclencher un processus à travers le Québec. La réalité, c'est, en bureau privé, les dentistes, les hygiénistes,
les denturologues, tout le monde travaille en collaboration tous les
jours. Et je pense qu'il y a une façon de
faire le même geste pour essayer de trouver des solutions pour les citoyens.
Mais il ne faut pas nier le fait qu'à
l'intérieur de toutes les démarches on parle toujours de la santé de la bouche,
de la santé. Il y a quelque chose qui ne marche pas. La santé, c'est la
santé de la bouche, la santé des yeux, la santé des oreilles, des poumons.
faut déclencher un processus important, que chaque fois, parmi vous autres en
train de regarder une législation, des plans
d'action pour la santé, que ce n'est pas une question de faire un plan, un
diagnostic et, après ça, de regarder :
Bon, la bouche. Il faut que la santé ça va englober la santé de la bouche, des
oreilles, les yeux, le coeur parce
que l'intégration de la santé, c'est une pierre angulaire vis-à-vis la
médecine. Et le dentiste est un docteur. Et, si on quitte cette salle et on commence à oublier cet objectif
principal de l'Ordre des dentistes du
Québec, c'est difficile d'entraîner un futur qu'ensuite, si c'est le
DSQ, l'accès, le diagnostic… C'est complètement normal, si, par exemple, tu vas
chez le médecin, que le médecin va regarder
en bouche, même s'il n'est pas dentiste. C'est la même chose par exemple, dans
le CHSLD. Quand tu regardes, par exemple,
l'évaluation à la porte, je pense que c'est tout à fait normal que quelqu'un
regarde la bouche, pas juste les yeux pour voir si le patient si a une
cataracte, pas juste les oreilles, pas juste de regarder si le patient a une
haute pression, pas juste si le patient a un diabète. Il faut regarder
l'ensemble, et ça, c'est la clé pour les actions dans le futur.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Blais :
Il me reste un petit peu de temps encore. On va recevoir la fédération des
sociétés Alzheimer du Québec. Quand vous êtes confrontés à soigner une personne
atteinte de la maladie d'Alzheimer — puis on sait qu'il y a une évolution — comment vous faites? Comment vous vous y
prenez pour traiter cette personne qui n'est pas toujours volontaire à vouloir? Écoutez, moi, je n'aime pas
bien ça aller chez le dentiste, vous vous imaginez, des fois, des
personnes qui sont en déficit cognitif.
Le Président (M.
Bergman) : Dr Dolman.
M. Dolman (Barry) : J'étais avec ma mère pour cinq ans, j'ai vu une détérioration à travers
les années. C'est une situation qui prend beaucoup de patience, beaucoup
de patience de toutes les personnes qu'ils ont encadrées à l'intérieur du système : le dentiste, l'infirmière, le préposé. C'est quelque
chose, c'est un défi énorme. C'est un défi énorme pour les familles, pour l'institution et pour l'État. Et c'est difficile à dire, mais ça va
augmenter avec les années qui vont venir.
Parce que, si vous êtes entourés avec tous les spécialistes du monde, des fois le patient ne veut
rien savoir, et ça prend beaucoup de courage à tout le monde. Mais
peut-être Dr Caron peut donner un petit peu son idée.
Le Président (M.
Bergman) : Dr Caron.
M. Caron (Christian) : En complément, ce que je pourrais dire, c'est
que… rapidement, c'est que, ces gens-là, là, on peut les segmenter
aussi en diverses clientèles. Tu as
les gens qui, plus en début de maladie, ont besoin de stimulation, d'autres qui ont besoin de stimulation et d'aide,
par exemple, au brossage quotidien, et ceux qui sont plus loin dans la maladie, où, là, eux ont vraiment de la difficulté
de coopération, tant pour les soins quotidiens que pour les nôtres, nos
soins.
Mais
le jeu dans ça qui est important, c'est qu'il ne faut pas attendre à l'entrée
des CHSLD pour faire quelque chose.
Il faut que, dès que les gens sont sur un programme de soutien à domicile,
qu'on commence, à ce moment-là, la prévention pour réduire le fardeau
des caries qu'on va avoir lorsqu'ils vont être hébergés.
Donc,
si déjà on endigue une
partie du problème avant qu'ils rentrent en hébergement
par… Par exemple, il y a des infirmières de soutien à domicile qui y
vont, on peut penser à des visites à domicile pour être capables d'engendrer une prévention plus agressive, pour que, quand on
arrive au niveau de l'hébergement puis qu'on a fait un bon examen à l'entrée, après ça on ait un suivi qui va demander
moins d'interventions. Et ça, c'est important
parce qu'il faut agir en amont
de l'hébergement, au moment où la perte
d'autonomie commence à se développer, et ça, là, c'est un message très
important de prévention qui coûte beaucoup moins cher à l'État que d'offrir des
soins et de structurer toute une machine pour donner des soins.
Donc,
c'est important que vous réfléchissiez à ça, même si on parle ici, là, de la
qualité de vie en hébergement parce que c'est un corollaire, si on
commence à l'avance à avoir cette qualité de vie là… parce qu'une bonne qualité
de vie… aussi, une santé buccodentaire, c'est synonyme d'une bonne qualité de
vie pour le patient.
Président (M. Bergman) : Malheureusement, le temps s'est
écoulé. Dr Dolman, Me Daoust, Dr Lavallière, Dr Caron, merci d'être ici
avec nous, partager votre expertise avec nous.
je demande aux gens de la Fédération québécoise des sociétés Alzheimer pour prendre place à la table et je
suspends pour quelques instants seulement.
(Suspension de la séance à
12 h 20)
Le Président (M.
Bergman) : À l'ordre, s'il vous plaît! Alors, on souhaite la
bienvenue à la Fédération québécoise des
sociétés Alzheimer. Bienvenue. Vous avez 10 minutes pour faire votre
présentation, suivie d'un échange avec
les membres de la commission. Pour les fins d'enregistrement, on a besoin
de vos noms et vos titres. Et le prochain 10 minutes, c'est à vous.
Mme Lalande (Lise) : Merci. Merci, M. le Président. Bonjour à tous. Je me présente, mon nom est Lise
Lalande et je suis la directrice générale de la Société Alzheimer Laval et de
sa Maison Francesco Bellini. Je suis accompagnée aujourd'hui de Geneviève
Grégoire, qui est directrice générale de la Société Alzheimer de la Rive-Sud et de la Maison
au Campanile, elle est également
membre du conseil d'administration de la Fédération québécoise des sociétés
Alzheimer; et de ma collègue
Ginette Labrosse, qui est une conseillère spécialisée à la Société
Alzheimer Laval et responsable de la formation professionnelle.
collègues et moi représentons aujourd'hui la Fédération québécoise des sociétés Alzheimer et ses 20 sociétés
régionales. Nous vous remercions de nous avoir invitées à participer à cette
importante réflexion sur les conditions de
vie des adultes hébergés en centre d'hébergement et de soins de longue durée. La mission commune de nos organismes est d'alléger les conséquences sociales et
personnelles de la maladie d'Alzheimer et des maladies apparentées,
d'aider les personnes atteintes, les proches aidants, ainsi que de promouvoir
la recherche.
Nous
souhaitons représenter aujourd'hui les personnes touchées par la maladie d'Alzheimer, défendre leur cause et leurs droits. Notre intention n'est pas tellement
de porter un jugement sur ce qui se fait ou ne se fait pas en centre d'hébergement et de soins de longue durée, mais plutôt de partager avec vous notre philosophie
d'intervention et notre expérience en matière d'accompagnement et d'hébergement de
personnes atteintes de troubles cognitifs. Notre expertise vise une majorité d'adultes qui résident en CHSLD,
soit les personnes qui présentent des déficits cognitifs. J'aimerais
aussi ajouter que notre philosophie
d'intervention est pertinente à tout être humain et correspond tout à fait aux
orientations et aux sept principes
directeurs du ministère de la Santé et des Services sociaux quant à la
philosophie et aux pratiques qui doivent prévaloir en CHSLD.
Depuis
plus de 30 ans, le Mouvement Alzheimer québécois met en pratique et préconise
l'approche humaniste centrée sur la
personne dans l'aménagement et la prestation de services de soutien et de
soins. Nous recommandons cette approche
parce qu'elle continue de faire ses preuves au quotidien en permettant une
meilleure qualité de vie aux résidents, en favorisant la présence et la participation des proches et parce
qu'elle permet aux divers membres de l'équipe soignante de se sentir appréciés et valorisés, ce qui contribue
de façon importante à une meilleure rétention du personnel. Par exemple,
à la Maison Francesco Bellini, nos résidents sont accompagnés par 20 employés
permanents, et la moyenne d'eux ont 4,6 années d'ancienneté.
L'approche humaniste,
centrée sur la personne, reconnaît l'individualité de chaque être humain, son
droit à la dignité et au respect. Elle mise sur les ressources et les capacités
de la personne et n'est pas guidée par les déficits. Elle exige une souplesse organisationnelle qui s'adapte à la personne.
Tous les membres du personnel — et là j'inclus la direction — doivent apprendre à connaître chaque
résident, ce dernier étant considéré comme l'expert de sa routine et de
ses besoins. Lorsque la personne n'est plus
en mesure de le faire elle-même, les proches jouent un rôle crucial en
relayant les informations pertinentes.
s'appuyant sur cette philosophie, les cinq maisons d'hébergement des sociétés
Alzheimer du Québec offrent des milieux de vie où les résidents, le
personnel et les familles sont appréciés et respectés et où ils sont traités
comme des partenaires égaux dans la planification et la coordination des
activités quotidiennes et des décisions en matière d'accompagnement et de soins. C'est à partir d'une vision différente des
personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer que l'implantation d'une
approche centrée sur la personne peut se concrétiser. Elle n'est ni utopique,
ni irréalisable, mais elle exige de changer les façons de penser et, bien sûr,
de faire.
Les sociétés
Alzheimer du Québec souhaitent que l'approche centrée sur la personne devienne
la norme non seulement dans les centres d'hébergement et de soins de longue
durée, mais également dans toutes les résidences et établissements de soins de santé au Québec. Le respect de notre approche
d'intervention repose sur l'engagement de chacun des membres du personnel, qui doivent tout d'abord être recrutés non
seulement pour leur savoir-faire, mais tout autant pour leur savoir-être. Ils doivent bien connaître
chaque résident, être sensibles à leurs besoins spécifiques.
L'accompagnement de la personne doit
toujours avoir priorité sur les tâches à accomplir. La relation de confiance
qui est établie entre l'intervenant et
le résident permet de mieux comprendre la personne atteinte, ce qui diminue les
frustrations reliées aux pertes cognitives et qui peuvent mener à des
comportements déroutants.
qualité de vie est soutenue par un environnement souple où la personne est
maître de son horaire, encouragée à collaborer et à participer aux
activités de la vie quotidienne. Dans nos maisons, chacun se lève et se couche
à l'heure qui lui convient, peut choisir ce
qu'il veut pour le petit déjeuner, reçoit sa famille sans restriction d'heures,
etc. Notre modèle d'hébergement permet une transition aussi beaucoup
plus douce entre le domicile et le milieu d'hébergement, qu'elle se rapproche
du milieu familial. Nous croyons qu'il est important d'aménager des milieux de
vie qui accueillent un maximum de 12 personnes et qui permettent la poursuite
d'activités de la vie quotidienne telles que se faire un petit déjeuner, un
goûter, faire du jardinage, avoir des espaces aussi pour recevoir nos proches.
Chacun de nous a une
définition bien différente et personnelle de ce qu'est la qualité de notre vie.
Il y a toutefois des critères qui sont
communs à tout le monde : le besoin d'intimité, l'importance de contrôler
sa vie quotidienne et de faire des activités qui nous intéressent. Tous
ceux qui participent à la vie des personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer ou d'une maladie apparentée doivent
savoir ou apprendre que ces personnes sont capables d'éprouver du plaisir, de la satisfaction, peu importent les
changements et les pertes de facultés. La maladie d'Alzheimer ne
dépossède pas la personne de sa capacité
d'apprécier, de réagir, de ressentir des sentiments comme la colère, la peur,
l'amour, la tristesse, la joie. Reconnaître les capacités, les intérêts
et les compétences permanentes de la personne aide à conserver le plus
longtemps possible ses habiletés et à améliorer sa qualité de vie.
Le personnel
des centres d'hébergement et de soins de longue durée doit reconnaître qu'il
joue un rôle majeur dans la qualité de vie de la personne atteinte de la
maladie d'Alzheimer et de celle de ses proches et rechercher les stratégies
d'accompagnement et de soins qui permettront à tous une meilleure qualité de
vie. La qualité de vie doit servir de point de mire dans
l'accompagnement et les soins prodigués à la personne. Enfin, il est possible
d'apprendre à faire autrement et ainsi d'atteindre un meilleur équilibre entre
l'accompagnement et les tâches à accomplir.
Les sociétés
Alzheimer du Québec travaillent déjà avec les instances locales et régionales
du ministère de la Santé et des
Services sociaux. Il est évident que les orientations ministérielles en matière
d'hébergement sont en accord avec celles
de la Fédération québécoise des sociétés Alzheimer et de nos 20 sociétés
régionales. C'est pourquoi nous souhaitons étendre ce partenariat à notre programme de formation professionnelle,
sur l'approche humaniste centrée sur la personne et à l'accompagnement des équipes de travail à l'intérieur des CHSLD. La
mise en pratique de notre philosophie promet un impact positif majeur sur la qualité de l'accompagnement et des soins
offerts aux résidents qui présentent particulièrement des déficits
cognitifs. De plus, nous savons qu'elle permet de contrer les problèmes de
recrutement, de rétention et de valorisation du personnel.
En terminant,
on a un petit exercice très simple pour évaluer la condition de vie dans un
CHSLD. On se demande : Est-ce qu'on travaille chez nos résidents ou
est-ce qu'ils vivent dans notre milieu de travail? Merci.
Président (M. Bergman) : Merci, Mme Lalande. Maintenant, pour
le bloc du gouvernement, Mme la députée de Sainte-Rose.
Mme Proulx :
Merci, M. le Président. Bonjour, Mme Lalande. Bonjour, mesdames qui accompagnez
Mme Lalande. Je pense que votre
dernier commentaire est assez percutant. Je pense que l'image est très forte.
Je trouve ça extrêmement intéressant.
On aura beaucoup de questions, là, sur votre présentation, mais moi, j'en ai
une pour vous, à
titre de Société Alzheimer de Laval. Vous savez, dans
mon comté de Sainte-Rose, il y a un CHSLD, qui s'appelle Sainte-Rose-de-Lima,
que vous connaissez probablement, sûrement, que j'ai eu l'occasion d'aller
visiter et dans lequel ils ont implanté ce
qu'on appelle une salle multisectorielle, selon l'approche, là, Snoezelen, et
j'ai été vraiment impressionnée de
voir ça. Il y avait là une douzaine de personnes avec des graves problèmes
cognitifs, et on nous disait : Ces
personnes-là sont là, ici, parce qu'elles ont beaucoup de problèmes de
comportement, elles font de l'errance, elles sont très agitées, tout ça,
et il y régnait un calme, un apaisement dans cette salle-là. J'aimerais ça que
vous me parliez un peu de… Vous, comme
société Alzheimer, est-ce que vous avez analysé un peu cette approche-là?
Est-ce que vous pensez que l'implantation
de ces salles multisectorielles… multisectorielles! pardon, multisensorielles
peuvent être quelque chose d'intéressant, là, à implanter un peu
partout?
Le Président (M. Bergman) :
Mme Lalande.
Lalande (Lise) : Oui,
effectivement, je pense que c'est certainement un plus, un positif, d'avoir des
activités de ce type-là dans les résidences,
mais toute la vie, tous les jours de la semaine et non pas à des heures
précises. On doit quand même avoir un regard sur la qualité de vie des
gens qui vivent là, ils doivent choisir eux-mêmes. Et, si on est bien dans notre milieu de vie, si on se sent bien
accompagné, en sécurité, mais aussi maître de notre quotidien, il y a
moins de frustration. Alors, je pense que,
oui, toutes ces activités sont intéressantes, mais la base de la vie, l'heure à
laquelle on se lève, ce qu'on mange, comment on véhicule nos activités, comment
est-ce qu'on vit notre journée, c'est ce qui va contribuer beaucoup à notre
bonheur et puis possiblement à moins de stress et de frustration.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Sainte-Rose.
Mme Proulx :
Oui. En fait, ce dont je vous parlais, c'est… il y a cette salle
multisensorielle, mais c'est beaucoup plus toute une approche où il y a
un étage vraiment complètement dédié à des personnes qui sont plus atteintes et
qui fait en sorte que ces personnes-là ont
une liberté. Si ça leur tente de se promener toute la nuit, elles peuvent
déambuler. Si ça leur tente de manger à
trois heures de l'après-midi, elles ont l'opportunité de le faire. Alors, c'est
vraiment une approche centrée sur les personnes et ça rejoint un peu
votre approche humaniste, là.
Mme Lalande (Lise) : Exactement. Et
c'est ce qu'on promouvoit, de permettre à ces gens-là de vivre à leur rythme.
Ce n'est pas très compliqué. C'est plus compliqué à faire dans un système, mais
ce n'est pas si compliqué.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Sainte-Rose.
Mme Proulx : En fait, il
suffit de s'organiser en fonction de ça.
Lalande (Lise) : Exactement.
Et puis il y a beaucoup… Bon, souvent on va dire : Mais comment on
peut organiser le matin si on ne lève pas tout le monde à la même heure? Mais,
justement, c'est beaucoup plus simple de les
accompagner à leur rythme. Chez nous, bien, il y en a qui vont se lever à 7
heures, d'autres, 7 h 30,
d'autres, 9 h 30, 10 heures. Alors, l'équipe a le temps
d'accompagner chaque résident dans sa petite routine du matin. Il y en a qui
préfèrent déjeuner en robe de chambre puis d'autres qui disent : Bien,
moi, j'aimerais ça faire ma toilette, m'habiller avant d'aller déjeuner. Mais on a le temps de le faire parce qu'on n'a
pas un système rigide, on a une souplesse dans notre horaire. Et nos intervenants, ils ont une
souplesse dans leur possibilité de faire autre chose. Ils ne font pas que
donner des bains, qu'accompagner une personne
à une activité, ils vont accompagner la personne, c'est ce qu'elle veut faire,
on la suit, on est là pour l'accompagner, l'aider.
Président (M. Bergman) : Mme la députée de Sainte-Rose.
Mme Proulx :
Oui. Je vais laisser ma collègue députée des Îles-de-la-Madeleine…
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée des Îles-de-la-Madeleine.
Richard (Îles-de-la-Madeleine) : Merci, M. le Président.
Bonjour, mesdames, ça me fait plaisir de vous rencontrer. Puis c'est un
dossier qui me tient vraiment à coeur. Je suis la porte-parole pour la société
Alzheimer des Îles-de-la-Madeleine… c'est
Gaspésie—Les
Îles-de-la-Madeleine, je suis la porte-parole pour la Marche de la
mémoire aux Îles-de-la-Madeleine. Alors, je
marche fièrement, en juin, avec toutes les personnes qui veulent bien le faire
pour amasser les sous. Ça fait que c'est un dossier qui me tient à coeur
aussi de façon personnelle. Maintenant, alors, bienvenue.
j'aimerais savoir de votre part qu'est-ce que vous pensez, en CHSLD, les
personnes qui sont hébergées, qui ont
la maladie, qui sont atteintes de la maladie d'Alzheimer, comment vous percevez
la vie de ces gens-là en CHSLD, étant
donné que c'est le but de notre commission d'essayer de voir la situation des
personnes hébergées, les personnes qui sont
atteintes d'Alzheimer puis voir vos recommandations, peut-être voir un peu un
état de situation, vu qu'on n'a pas vu, là, exactement votre perception
de ce qui se passe dans les CHSLD, et vos recommandations par rapport à la vie
des personnes qui sont hébergées.
Le Président (M.
Bergman) : Mme Lalande? Mme Grégoire.
Mme Grégoire (Geneviève) : Bien, écoutez, je
pense que, dans le milieu des CHSLD, je pense
qu'il y a de plus en plus le souhait de créer des milieux de vie justement,
pas nécessairement juste pour les personnes atteintes de la
maladie d'Alzheimer, mais pour tous les
résidents de la maison, donc je pense qu'il y
a un souhait qui… Et je le dis assez
fièrement parce que je suis aussi sur le conseil d'administration du CSSS
Pierre-Boucher, alors je sais ce qui se passe dans les sept CHSLD de mon CSSS. Donc, je peux dire que c'est une vision qui
apparaît clairement dans plusieurs endroits, de créer des milieux de vie
avant de créer des milieux de travail pour les gens qui y sont.
Alors donc, je crois
que, si on pouvait multiplier cette philosophie-là dans les CHSLD, c'est sûr
qu'en termes d'organisation du travail c'est
une chose, je pense que ça prend des gestionnaires qui ont la vision de vouloir
un peu changer les choses et d'axer
évidemment les responsabilités des gens sur les personnes plutôt que sur les
tâches, ça demande un revirement un peu de situation ou, en tout cas, on
change la direction, mais je pense que le souhait de vouloir donner une qualité de vie à nos aînés et surtout aux gens
qui sont atteints de la maladie d'Alzheimer, elle est présente dans nos CHSLD. C'est un soutien et une formation qu'il
faut leur donner par rapport à l'approche que nous, on prône évidemment
dans nos sociétés Alzheimer où on a de l'hébergement.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée des Îles-de-la-Madeleine.
Richard (Îles-de-la-Madeleine) : Merci. Mais est-ce que, la
situation, d'après vous, à travers le Québec, est-ce que vous avez une vision un peu plus générale? Quelle serait la
situation à travers le Québec? Est-ce que ça répond justement à
l'approche humaniste, centrée sur la personne, ce qui est magnifique? Et
quelles recommandations avez-vous à apporter?
Le Président (M.
Bergman) : Mme Grégoire.
Mme Grégoire (Geneviève) : Je pense que, en fait, ce vers quoi les CHSLD
devraient tendre, c'est d'aller vers
une approche centrée sur la personne, donc de donner la formation à leur
personnel dans ce sens, pour moi, ça, c'est important. On peut connaître
le savoir-faire… le savoir-être, c'est une chose, mais le savoir-faire, c'en
est une autre, et, quand on parle de la
maladie d'Alzheimer, c'est un contexte particulier d'approche. Évidemment,
chaque personne est différente,
chaque personne est atteinte différemment, donc, je pense que c'est important,
tous les gens qui sont en lien direct
avec les gens qui sont atteints de la maladie d'Alzheimer devraient avoir une
formation appropriée, surtout quand on parle
de comportements déroutants. L'idée, ce n'est pas de frustrer la personne qui
est devant nous, c'est le contraire, c'est d'essayer de s'ajuster à ses besoins plutôt que, nous, essayer d'ajuster
la personne aux besoins, évidemment, soit de la tâche ou de la journée. Donc, je pense que le souhait et, en fait, ce
qu'il devrait être important de véhiculer à travers les CHSLD, c'est
cette approche-là, cette formation-là. Je ne sais pas si vous voulez…
Mme Labrosse
(Ginette) : Je veux juste rajouter quelque chose.
Le Président (M.
Bergman) : Mme Labrosse.
Mme Labrosse
(Ginette) : Merci. Je veux juste rajouter que l'idée générale, en
fait, c'est vraiment de voir la personne
derrière la maladie. Et c'est important d'avoir des connaissances sur la
maladie d'Alzheimer et sur l'évolution de la maladie d'Alzheimer aussi, comment ça se déroule un petit peu. Au
niveau aussi affectivement, des comportements déroutants, c'est important vraiment d'avoir des connaissances pour
pouvoir mieux intervenir auprès des personnes atteintes et mieux les
accompagner.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée des Îles-de-la-Madeleine.
Richard (Îles-de-la-Madeleine) : Merci. Je pense aussi que,
dans votre présentation, vous avez parlé qu'il
y ait maximum 12 personnes, que ce soient des regroupements de clientèles, je
pense que vous favorisez que les gens soient
regroupés mais en plus petits îlots, aussi qu'on ait des départements plus
petits, à ce moment-là, pour accueillir les personnes et avoir des soins
plus personnalisés.
Ensuite,
je voulais un peu vous entendre sur… On a reçu les spécialistes en éducation et
les loisirs en institution hier. Par rapport aux loisirs qui sont
offerts, et tout ça, qu'est-ce que vous auriez comme recommandation, là, pour
la commission?
Le Président (M.
Bergman) : Mme Lalande.
Mme Lalande (Lise) : Merci. Bien, tout d'abord, les loisirs, c'est certain que c'est
extrêmement important, pour les gens qui ont moins à faire dans leurs
journées, d'avoir des activités intéressantes sur lesquelles ils peuvent… bon, s'amuser, se divertir. Mais il ne faut pas oublier
aussi que la vie est une activité. Et, si on est dans un petit milieu, un
milieu qui répond mieux à l'attente des gens
qui ont passé leur vie dans une maison, dans leur propre domicile, bien c'est
de leur permettre de participer aux
tâches, de faire des choses normales qu'ils feraient à la maison, alors de se
faire une petite collation s'ils ont
faim, de participer. Alors, oui, ça prend des activités structurées, et on peut
les encourager à participer, mais il
ne faut pas négliger l'aspect général
de la routine. Parce qu'on dit : Bien là, il y a
deux activités, une l'après-midi, une le
soir, ça va être merveilleux. Toute la journée... La vie est une activité.
Alors, c'est un peu ça, là, je pense qu'il faut faire attention de ne pas
combler un par l'autre.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de Sainte-Rose, il vous reste deux
minutes.
Proulx : Oui,
j'aimerais vous entendre sur votre vision, là, du rôle des familles et des...
Ceux qui étaient des proches aidants, ils sont toujours des proches
aidants une fois que la personne entre en CHSLD. C'est souvent une période extrêmement difficile, là, pour les familles qui ont à faire
des choix et à en arriver à cette solution-là. Vous, comme fédération, est-ce que vous avez des programmes...
ou comme société, plutôt, pardon, est-ce que vous avez des
programmes ou est-ce que vous avez des
initiatives, des activités pour accompagner, expliquer comme il faut la
maladie, accompagner, en fait, les
familles et les proches? Comment vous intervenez auprès des proches?
Le Président (M.
Bergman) : Mme Lalande, dans une minute.
Mme Lalande
(Lise) : D'accord. Alors, bien, les sociétés Alzheimer offrent un
accompagnement tout au long de la maladie
tant à la personne atteinte qu'aux proches. Alors, c'est certain que nos
conseillers spécialisés vont faire le cheminement
avec les proches, les préparer : Voilà ce à quoi vous devez vous attendre
quand votre proche va être hébergé, et tout ça.
Mais,
il y a toujours un bobo. Quand les gens arrivent en maison
d'hébergement, souvent on se fait dire : On va vous expliquer comment ça marche chez nous. Et souvent ils nous
reviennent puis ils disent : Mais ils ne m'ont jamais demandé comment mon conjoint... lui, c'est quoi,
sa routine, qu'est-ce qu'il a besoin, qu'est-ce qu'il veut.
C'est : On va vous dire comment
ça marche chez nous. Alors, ça, c'est un gros problème de l'accueil, de
pouvoir tout d'abord donner la
place au client, dire : Mais on doit
apprendre, nous, à connaître votre conjoint. Et bien sûr on va expliquer un
fonctionnement, là. Mais ça, je pense que c'est primordial.
Président (M. Bergman) : Malheureusement, le temps s'est écoulé. Maintenant, pour le bloc de l'opposition
officielle, Mme la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Blais :
Merci, M. le Président. Mmes Lalande, Labrosse, Grégoire, merci d'être ici. Je
tiens à vous féliciter, tout d'abord, parce que j'ai beaucoup
d'admiration pour les sociétés d'Alzheimer du Québec. Vous faites un travail remarquable et je voulais vous le dire. Je marche
avec la Société Alzheimer de Montréal et, quand j'ai eu le privilège… parce que c'est un privilège d'être ministre, on a
été capables de soutenir plusieurs sociétés qui avaient des projets pour
aider les aînés, puis j'ai même découvert qu'il y avait des personnes de 40 ans
atteintes de la maladie d'Alzheimer, là.
Moi,
ma première question, c'est… Je privilégie beaucoup les petits milieux et je
suis une amoureuse un peu de la Maison
Carpe Diem, mais j'ai aussi découvert la maison Bellini. Et c'est une question
très technique et économique : Ça coûte
combien à opérer par année, un petit milieu de vie comme la maison Bellini?
Combien ça coûterait au gouvernement pour opérer ça? Et est-ce que vous
recevez de l'aide gouvernementale pour vos cinq maisons actuellement?
Le Président (M.
Bergman) : Mme Lalande.
Mme Lalande (Lise) : C'est certain… Oui, merci. Notre édifice a été un cadeau de la communauté
lavalloise, alors on n'a pas d'hypothèque,
c'est un gros plus. Alors, je ne peux pas mettre ça dans l'équation, mais ça
nous coûte à peu près 750 000 $ par année. On reçoit une
subvention pour à peu près 380 000 $. Alors, le reste, c'est de
l'autofinancement. Nos clients ont aussi un loyer à payer, les résidents, les
10 résidents ont un loyer.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Blais : C'est une
approche assez similaire à celle de Carpe Diem, finalement, là…
Mme Lalande
(Lise) : Mais oui, c'est la…
Blais : …c'est
cette approche-là, là.
Mme Lalande (Lise) : C'est cette
approche, exactement.
Blais : Est-ce que vous auriez
dans la tête… Est-ce que ce serait quelque chose qu'on devrait
multiplier plutôt qu'à un moment donné de
juste avoir de très grands endroits qu'on doit transformer, comme la députée de
Sainte-Rose parlait, là, de son CHSLD Rose-de-Lima,
où on doit transformer, où c'est parfois très difficile? Est-ce qu'on
aurait intérêt à avoir des agents multiplicateurs de petites maisons comme ça
un peu partout?
Le Président (M. Bergman) :
Mme Lalande.
Lalande (Lise) : C'est certain
qu'il y a un plus à avoir une plus petite résidence. Notre jardin, bien,
c'est un jardin de maison, on vit une vie
normale d'une maison normale. Alors, c'est certain que plus petit est le
milieu, plus tout le monde est près. Les
familles arrivent, vont venir dans le jardin, on va, bon, cultiver des plants
de tomates ou… C'est peut-être moins
possible dans un grand édifice, CHSLD où il y aurait 300 personnes, même si
elles sont dans des petits milieux à
l'intérieur, de pouvoir avoir cette espèce d'atmosphère. Nous, les résidents
peuvent sortir dehors, aller prendre
le café sur la terrasse, là, c'est… Ils ouvrent la porte puis ils sortent,
c'est fini. Ce n'est pas la même chose. Alors, c'est certain que les
plus petits milieux…
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Blais : Parce
qu'il reste encore beaucoup
de tabous. Moi, évidemment, je suis très sensibilisée à toute la question
de la maladie d'Alzheimer, mais, dans le public en général, est-ce qu'il reste beaucoup de tabous, par exemple un membre d'une famille qui commence à être atteint de
la maladie d'Alzheimer, la négation qui est autour de ça, la difficulté, à un moment donné, de la personne à vouloir accepter d'être placée parce qu'on ne veut pas quitter le domicile, toute cette problématique-là
qui est autour d'une personne qui peut développer la maladie d'Alzheimer?
Le Président (M. Bergman) : Mme
Lalande.
Lalande (Lise) : Il y a
moins de tabous qu'il y en avait, c'est certain. Mais il y a combien de
maladies graves pour lesquelles on fait encore des blagues? Il n'y en a
pas, sauf qu'on dit souvent : Ah! Je dois faire de l'Alzheimer.
Blais : On a les
sourds. On fait beaucoup de blagues sur les sourds.
Mme Lalande (Lise) : Alors, c'est
certain qu'il y a, dans la population en général, une méconnaissance de la gravité, ils vont dire : Bien, regarde, il
perd la mémoire, ce n'est pas grave. Ou les familles aussi ont une pudeur face
à la condition de leur proche qui est
atteint, donc on va plus dire : Bien oui, il ne me reconnaît pas. C'est
quand même assez anodin, «il ne me reconnaît pas», mais on ne dit pas
tout ce que ça implique derrière. Ce n'est pas juste de ne pas reconnaître la
famille. C'est tellement complexe, c'est tellement une maladie qui affecte
toutes les facultés, toutes les capacités.
Alors, oui, on a vraiment besoin de faire connaître ce qu'est la maladie
d'Alzheimer, et aussi ça permettrait à des gens d'arriver à des services
plus rapidement, parce qu'ils sont mal à l'aise, gênés, ils sont…
Une voix : Je peux-tu
rajouter?
Mme Lalande (Lise) : Oui.
Le Président (M. Bergman) :
Mme Labrosse.
Labrosse (Ginette) : Oui. Je
rajouterais peut-être… Bon, dans l'animation, par exemple, du groupe des
personnes qui ont moins de 65 ans et qui ont
un diagnostic de maladie d'Alzheimer, c'est une des principales
difficultés, ils trouvent que l'entourage
s'éloigne, les amis, les anciens collègues de travail, ou quand, au début, ils
vont les aider ou les amener dans certaines activités ou venir les
rencontrer. Mais c'est une des premières choses qu'ils trouvent difficiles,
c'est que les amis, les connaissances
s'éloignent. Je voulais rajouter quelque chose, mais là j'ai perdu mon
idée… Ah oui! L'utilisation…
Une des
premières questions que les gens vont nous… Les proches aidants et les
personnes atteintes, en début de maladie,
une des premières questions qu'ils nous posent : Est-ce que la maladie
d'Alzheimer, c'est de la démence? Parce que c'est un mot encore utilisé naturellement dans le milieu médical, et
c'est un mot qui, pour eux… nous disent que ça leur fait beaucoup peur
parce que c'est comme si les gens nous voient comme si on n'avait plus de
contrôle de nos actions, comme si on était
vraiment déments. La démence réfère à quelqu'un qui est fou. Alors, ça, ils
trouvent ça difficile. C'est un tabou aussi, pour ça.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Blais : Mme Grégoire, vous êtes membre du conseil d'administration
de votre CSSS Pierre-Boucher. Est-ce que
vous avez vu une évolution au niveau de la façon d'agir dans le CHSLD, les
CHSLD sur votre territoire? Je pense que vous en avez un ou deux.
Mme Grégoire
(Geneviève) : On en a sept.
Blais :
Vous en avez sept. Est-ce que vous avez vu une évolution au niveau de… Dans les
CHSLD, est-ce que vous constatez que
c'est davantage des milieux de vie qu'auparavant? Je veux que vous me parliez
de ça.
Le Président (M.
Bergman) : Mme Grégoire.
Mme Grégoire (Geneviève) : Merci. Oui, de plus en plus, il y a une volonté
pour le CSSS Pierre-Boucher de rendre
les CHSLD plus… un milieu de vie plus qu'un CHSLD ou, en tout cas, un centre de
soins. C'est sûr qu'on ne peut pas
tout changer. Ça reste qu'il y a des… Quand on parle de maladie d'Alzheimer,
bon, bien, chez nous, par exemple, dans nos sociétés, on a les gens en début et en milieu de maladie. Quand on
arrive vers une période plus avancée de la maladie, on va les transférer en CHSLD. Et ce qu'on voit,
c'est qu'on essaie de préserver un peu le souci du milieu familial. Et
on voit aussi certaines transformations, ça, je l'ai vu à travers la
Société Alzheimer Rive-Sud, où on a des résidences privées aussi qui
aujourd'hui décident de modifier des étages.
Si je prends, par
exemple, la résidence Bois-de-Boulogne, dans le nord de la ville, c'est une
résidence qui a carrément transformé son deuxième étage en milieu de vie,
changé la décoration, camouflé les racks pour les soins ou des choses, c'est plus camouflé, la salle à manger, c'est plus feutré.
On a l'impression de rentrer vraiment dans le domicile de quelqu'un. Alors, je pense qu'il y a vraiment une volonté de s'approprier cette philosophie-là à
travers les CHSLD et à travers les
résidences privées, de créer ce milieu de vie là. C'est pour ça qu'on le fait
dans les sociétés Alzheimer.
Il ne faut pas
oublier que plus on va créer ou recréer le milieu de vie le plus familial
possible, le plus souple possible, on va
garder les repères le plus longtemps possible aux gens qui sont atteints de la
maladie d'Alzheimer. Ça, c'est important
de le souligner, aussitôt qu'on en voit… Et ça, c'est une crainte. En fait,
c'est ce qu'on entend souvent de la
part des familles, quand les gens sont transférés en CHSLD, il y a comme une
déchirure qui se fait parce qu'ils savent qu'entre le milieu de vie qui est chez nous… Nous autres aussi, on a un
grand jardin thérapeutique, on a le plus grand au Québec, sur la Rive-Sud. Mais de quitter ce
milieu-là vers le CHSLD, c'est vraiment une déchirure pour les familles,
c'est d'une tristesse de les voir partir
parce que les familles se sentent qu'elles n'auront pas la même chose au niveau
familial, au niveau petits groupes. C'est
pour ça qu'eux ils sont 12, nous, on est 23, mais, dans nos 23 résidents, on a
trois secteurs, on a trois maisons
dans notre maison, donc c'est neuf personnes, neuf personnes, cinq personnes.
Même à travers 23 personnes, on a
voulu recréer un plus petit milieu justement pour faciliter… en tout cas,
s'apparenter à un peu plus le milieu familial. Alors, quand on transfère une personne de chez nous à un CHSLD, c'est
une crainte de voir qu'on ne retrouvera pas ce milieu-là feutré ou ce milieu-là familial qu'on a chez nous. Mais de
plus en plus, dans la résidence privée ou dans certains CHSLD, on voit
les transformations.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne, il vous reste
cinq minutes.
Blais :
J'aimerais qu'on parle d'une réalité assez méconnue, les personnes beaucoup
plus jeunes atteintes de maladie
d'Alzheimer. On pense souvent que ce sont des personnes très âgées, il y en a,
c'est majoritaire, mais il y a aussi… Je
me souviens, aux Petits Frères des pauvres, je voyais cette personne beaucoup
plus âgée qui était avec une personne plus
jeune, puis il dit : Je suis avec mon fils, il est atteint de maladie
d'Alzheimer. Il avait 40 ans. Alors, c'est aussi une réalité, puis je
veux vous entendre sur cette réalité plutôt méconnue.
Le Président (M.
Bergman) : Mme Labrosse.
Mme Labrosse (Ginette) : Merci. Les personnes de 65 ans et moins qui ont
un diagnostic de maladie d'Alzheimer, nécessairement
leurs besoins ne sont pas les mêmes que des personnes qui étaient déjà à la
retraite. Souvent, eux, ils étaient au
travail, ils ont commencé à remarquer des difficultés, alors… Et généralement
le diagnostic se fait quand même assez
sur un long terme parce que, bon, les personnes sont jeunes justement, mais ça
peut créer aussi des difficultés
financières, hein, parce que, quand on travaille tous les deux, bien, quand le
conjoint malheureusement perd son
emploi parce qu'il a un diagnostic de maladie d'Alzheimer, eh bien ça peut
créer des difficultés au niveau financier.
C'est sûr aussi,
comme je le disais tantôt, ils se sentent un petit peu abandonnés parfois, pas
par la famille immédiate, mais par l'entourage. Il y a 5 % à 7 % des
personnes qui ont moins de 65 ans qui sont atteints de maladie d'Alzheimer, mais… Donc, c'est ça, leurs besoins
sont vraiment différents, comme par exemple, au niveau de l'évolution de la maladie, à un moment donné, ils viennent
dans nos groupes de soutien, au début, seulement pour un après-midi,
mais éventuellement, quand la maladie
évolue, qu'ils seront en phase modérée, si le conjoint continue de travailler,
bien, à ce moment-là, ils viennent au
centre d'animation-répit passer la journée pour justement pouvoir être en
activité, continuer d'avoir des liens sociaux avec les gens, pour
continuer d'avoir une vie, là.
Le Président (M.
Bergman) : Madame… M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bergman) : Il vous reste trois minutes.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président. Bienvenue à notre
commission. Vous faites beaucoup de travail
à la maison avec les familles, vous leur offrez du support. Ce que je
comprends, vous avez également des endroits où ils peuvent aller demeurer lorsqu'ils ont une perte d'autonomie.
Est-ce que ça peut être une perte d'autonomie aussi forte que celle en
CHSLD ou c'est plus comme ressource intermédiaire?
Mme Lalande
(Lise) : Plus ressource intermédiaire.
Bolduc
(Jean-Talon) : Ressource intermédiaire. Et après ça, si la personne se
détériore, elle peut être appelée à transférer
en CHSLD. Est-ce que vous faites le suivi depuis le domicile, la ressource
intermédiaire jusqu'au CHSLD ou, lorsqu'ils sont en CHSLD, à ce
moment-là ils sont pris en charge plus par l'établissement CHSLD?
Le Président (M.
Bergman) : Mme Lalande.
Mme Lalande (Lise) : Oui, exactement. On les accompagne dès qu'ils arrivent chez nous
avec un diagnostic. Et, une fois
qu'ils quittent notre résidence, ils sont relocalisés parce qu'on n'a aucun… On n'a pas d'équipement
pour pouvoir lever les personnes.
C'est leurs meubles dans leur chambre, c'est leur maison, on travaille chez
eux. Alors, c'est certain, quand ils arrivent à nécessiter à peu près,
on dit, trois heures-soins personnels par jour chacun, bien, à ce moment-là, on fait une demande de
relocalisation. Le temps que ça prend pour qu'ils soient relocalisés, c'est
certain qu'on accompagne les gens qui
sont plus avancés dans la maladie. Mais, par contre, une fois qu'ils
s'en vont en CHSLD, on les visite, les familles continuent d'avoir des
contacts avec nous, mais on n'a plus de juridiction sur les soins qu'ils
reçoivent.
Le Président (M.
Bergman) : M. le député de Jean-Talon, il vous reste deux
minutes.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président. Et puis est-ce
que ça peut arriver que les gens
décèdent dans vos maisons?
Mme Lalande (Lise) : Chez nous, on a eu une résidente qui est décédée, ça a été la seule
depuis l'ouverture en 2006. Elle a
fait une crise cardiaque, elle est décédée dans son sommeil. Mais, des suites
de la maladie d'Alzheimer, ça ne va pas jusque-là.
Le Président (M.
Bergman) : M. le député de Jean-Talon, il vous reste 1 min
30 s.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président. Donc, autrement
dit, vous êtes seulement
une place de transition. Puis, comme
modèle de services, est-ce que vous trouvez que c'est un modèle qui est intéressant? Parce que, si vous ne les preniez pas, je suppose que ces gens-là s'en iraient soit directement en CHSLD ou dans une ressource
intermédiaire peut-être moins adaptée pour les gens qui ont la maladie
d'Alzheimer.
Mme Lalande (Lise) : Les gens qui arrivent en hébergement… Parce que, nous, en tout cas, à
Laval, on est un petit peu différent
que Rive-Sud, là, mais on fonctionne avec le système régional d'admission.
Alors, ce n'est pas nous qui décidons de qui est sur notre liste
d'attente et qui arrive en hébergement chez nous, ça se fait avec l'agence.
C'est comme : Bon, c'est un miracle, la
prière a fonctionné, notre conjoint va arriver et va venir demeurer à la maison
Francesco… Les gens adorent, on a une longue liste d'attente. C'est ce
que les gens recherchent, un milieu de vie comme le nôtre.
Président (M. Bergman) : Malheureusement, le temps s'est
écoulé. Mme Lalande, Mme Labrosse, Mme Grégoire, merci d'être ici avec
nous aujourd'hui et partager votre expertise avec nous.
collègues, compte tenu de l'heure, je suspends les travaux de la commission jusqu'à
15 heures cet après-midi. Et vous devez prendre vos dossiers avec
vous.
(Suspension de la séance à
12 h 57
Président (M. Bergman) : À l'ordre, s'il vous plaît! Alors, collègues, la commission reprend ses
travaux. Je vous rappelle que la commission
est réunie afin de procéder à des consultations
particulières et auditions publiques
sur les conditions de vie des adultes hébergés en centre d'hébergement et de
soins de longue durée.
Alors,
on a le privilège de recevoir maintenant le Protecteur
du citoyen. Merci d'être ici avec
nous, bienvenue. Vous avez 10 minutes pour faire votre
présentation, suivie d'un échange avec les membres de la commission. Pour fins d'enregistrement,
on a besoin de vos noms, vos titres. Et les prochaines 10 minutes, c'est à
vous.
Saint-Germain (Raymonde) : Merci, M. le Président. Alors, je suis Raymonde Saint-Germain,
Protectrice du citoyen. Et je suis accompagnée, à ma gauche, de M. Michel
Clavet, qui est conseiller expert, et, à ma droite, de M. Nicolas Rousseau, qui est délégué pour les enquêtes en Soutien à
l'autonomie des personnes âgées. Mes deux collègues pourront aussi
compléter et répondre à vos questions terrain.
Alors,
M. le Président, Mmes,
MM. les députés membres de la
commission, j'apprécie votre invitation à contribuer à ce mandat
d'initiative et je vous en remercie. Le mémoire que nous avons adressé à la commission respecte l'angle
que vous avez choisi, c'est-à-dire celui de l'hébergement en CHSLD. Avant de
vous présenter certains de nos constats et suggestions, toutefois j'aimerais
vous formuler trois remarques.
première remarque concerne
l'importance de considérer l'hébergement et les soins aux personnes âgées
dans un continuum de services qui inclut des
services de soutien à domicile, l'accès aux hôpitaux et l'hébergement de
transition. Le mémoire, d'ailleurs, de la
commission y fait référence en introduction. En adoptant cette vision
d'ensemble, on constate que les personnes âgées qui le requièrent ne
sont pas toutes hébergées dans un CHSLD, faute de place. L'impact de cette réalité sur l'organisation et la qualité des
services ainsi que sur le respect des droits des personnes âgées ne doit pas
être occulté ni en CHSLD, ni en ressource intermédiaire et ni en résidence pour
personnes âgées.
deuxième remarque concerne le travail en CHSLD et plus particulièrement le
personnel qui y oeuvre.
Malgré les
lacunes qui peuvent être observées dans le cadre de nos enquêtes, je tiens à
souligner que nous constatons souvent la bonne volonté, l'expertise et
le dévouement du personnel des CHSLD. Plusieurs des enjeux que nous soulevons
dans notre mémoire dépassent leur seule capacité et leur bon vouloir, et nous
constatons aussi qu'ils travaillent dans des conditions difficiles et avec des
personnes qui ont des besoins et des exigences très intensives.
troisième remarque concerne les constats et analyses contenus à notre mémoire.
Ils s'appuient principalement sur des problématiques que nous avons
identifiées lors de nos enquêtes. Le Protecteur du citoyen ne conclut pas sur les
seules allégations et sur le ouï-dire, mais à la suite d'une enquête méthodique
qui aura permis de vérifier les faits allégués.
Au cours des cinq dernières années, le Protecteur du citoyen est intervenu dans
128 des 202 CHSLD du Québec, c'est-à-dire
dans 63 % d'entre eux. Au total, 75 % des plaintes et signalements
que nous avons conclus fondés portaient sur la qualité des soins et des services, l'environnement et le milieu de
vie ainsi que le respect des droits. Pour la seule année 2012-2013, 56
CHSLD du Québec ont été visés par une ou des plaintes et signalements fondés.
Notre mémoire couvre
chacun des défis qu'a retenus la commission. Compte tenu du temps qui m'est
imparti maintenant, je vous ferai part de
quelques observations en lien avec trois de ces défis : l'accessibilité,
les services, les soins et le suivi de leur qualité.
Relativement au défi
de l'accessibilité aux CHSLD, il est documenté que le vieillissement de la
population s'accentue et que l'attente est déjà démesurément longue pour y
accéder. Compte tenu que le nombre de places est stagnant, voire en diminution, nous nous interrogeons sur
l'accessibilité réelle des places en CHSLD pour la prochaine génération. Nous formulons trois suggestions à la
commission. Elles concernent les modalités d'accès à l'hébergement, y inclus transitoire, la qualité et la clarté des
communications à ce propos avec les personnes âgées et leur famille, et
enfin l'impact de l'augmentation prévisible de la demande d'hébergement public
sur l'offre de services.
Relativement
au défi des services et des soins, l'assistance aux activités de la vie
quotidienne constitue la source la plus
importante d'insatisfaction des résidents hébergés dans les CHSLD. Alors que le
maintien et le renforcement des capacités des personnes hébergées sont
l'un des principes directeurs des orientations ministérielles pour un milieu de
vie de qualité, nos enquêtes révèlent que le
plan de travail quotidien des préposés laisse peu de marge de manoeuvre
pour respecter ces conditions pourtant à la base d'une réponse adéquate aux
besoins.
Dans
plusieurs CHSLD ayant fait l'objet d'une enquête, nous observons, par exemple,
que le personnel n'est pas en mesure de prendre le temps de s'asseoir
pour aider les résidents durant les repas ou pour interagir avec eux de façon
personnalisée à un moment qui est opportun. Nous faisons le même constat pour
les soins d'hygiène et le seul bain hebdomadaire.
Des résidents déplorent aussi le long délai d'attente que l'on met à répondre à
leurs appels en utilisant les cloches
d'appel. Des aménagements dans l'organisation du travail ne sont pas toujours
faits pour favoriser un maximum de présence du personnel aux périodes de
pointes. Pour soutenir l'implantation d'un milieu de vie adapté aux besoins particuliers des résidents hébergés, on ne peut
faire l'économie d'une meilleure organisation du travail et d'une
mobilisation accrue du personnel afin qu'il adapte ses façons de faire pour
mieux répondre aux besoins de base des résidents.
J'aborde
maintenant le défi du suivi de la qualité des services et des soins. Dans son
document de consultation, la commission
s'interroge sur la suffisance et sur la capacité des sept mécanismes qu'elle
identifie pour assurer des services et des
soins de qualité dans les CHSLD. À notre avis, ces mécanismes sont
théoriquement adéquats et certes assez nombreux. Ce qui nous préoccupe, c'est le manque de proactivité, de constance
ainsi que des lacunes dans le suivi des recommandations pourtant
acceptées par les instances à qui elles ont été adressées. De plus, lorsque des
problèmes sont identifiés dans ces mécanismes, les délais sont beaucoup trop
longs pour les corriger.
J'en
prends pour exemple les difficultés que nous observons dans le contrôle de la
qualité lorsqu'il y a achat de places d'hébergement transitoire dans le contexte d'ententes conclues
entre les CSSS ou les agences et des ressources privées. Le phénomène est
d'ailleurs croissant en raison des délais d'accès aux CHSLD. Le Protecteur du
citoyen a à maintes reprises identifié des lacunes dans ces ressources
d'hébergement transitoire quant à la formation de la main-d'oeuvre
et à l'encadrement clinique sur place. Ces lacunes ne permettent pas
d'assurer une prestation de soins adéquate et sécuritaire pour les résidents en toutes circonstances et en toutes
ressources. Or, l'usager a besoin et a droit à la même qualité des soins
et des services, peu importe le type d'hébergement où le réseau public le
réfère en attendant qu'une place en CHSLD, celui de son choix, se libère.
Protecteur du citoyen n'a pas en soi de réserves quant au principe des
ententes d'achat de places. Cependant, il a marqué et continue de marquer son inquiétude envers le contrôle
insuffisant du suivi de la qualité que nous constatons. Plusieurs CSSS
et agences ne se dotent pas de procédures adéquates pour favoriser un choix
éclairé et judicieux d'un partenaire privé. À notre avis, les éléments suivants liés à l'organisation du travail méritent d'être mieux
considérés : les critères d'évaluation et d'embauche du personnel de ces ressources, les habiletés et les
compétences de ce personnel en fonction
du profil de la clientèle, les ratios de personnel par rapport au nombre de
résidents dans ce milieu particulier et les outils d'encadrement
clinique.
Nous
attendons avec intérêt les suites concrètes de la révision en profondeur qu'a
entreprise le ministère de la démarche
des visites d'évaluation dans les CHSLD, qui se feraient dorénavant sans
distinction à l'égard du statut public ou privé d'une instance et en considérant les achats de places dans des
ressources privées. La mise en oeuvre de cette nouvelle approche est
prévue pour ce printemps.
Dans le
contexte où les ressources aux partenaires privés iraient en s'accroissant, il
est d'autant plus essentiel que les CSSS et les agences assument leurs
responsabilités de suivi de la qualité des services dispensés aux usagers
qu'ils dirigent vers ces partenaires privés.
C'est pourquoi nous suggérons à la commission de demander au ministre de la Santé et des Services sociaux d'instaurer une politique d'assurance qualité assortie d'un plan d'action à la lumière de la présente consultation et d'inclure dans ses préoccupations l'examen de procédures qui favoriseront le choix éclairé d'un
partenaire incluant les mécanismes de contrôle de qualité auxquels il serait
assujetti.
En conclusion, relever les neuf défis qu'a retenus la commission exige une vision
d'ensemble, un plan d'action
intégré incluant un contrôle adéquat de la qualité et une action soutenue. Pour
ce faire, l'adhésion et l'appropriation concrète du concept de milieu de vie par
tous les acteurs du réseau, notamment les dirigeants d'établissement, est essentielle. Leur leadership fort doit faire la
différence, car les problèmes à solutionner et leurs causes sont bien
connus, un leadership centré sur la résolution
de problèmes et qui ne perd pas de vue la dimension humaine, de loin la plus
primordiale que doivent considérer tant les
gestionnaires que les membres du personnel à tous les niveaux. Je vous remercie, M. le Président.
Le Président (M. Bergman) :
Merci pour votre présentation. Maintenant, pour le bloc gouvernemental, Mme la
députée de Sainte-Rose.
Mme Proulx : Merci,
M. le Président. Bonjour, messieurs,
Mme Saint-Germain. Ça me fait plaisir d'échanger avec vous. Plaisir, oui et non. Je vous avoue que,
quand on vous entend, on a une impression, là, qu'il y a énormément de problèmes à régler dans notre système.
Vous mentionnez dans votre mémoire, là, qu'au
cours des cinq dernières années le Protecteur du citoyen est intervenu dans 128 CHSLD et qu'il y avait
51 % des plaintes qui étaient
fondées, comparativement à 43 % dans le reste du système de santé. Est-ce que vous pouvez expliquer
cet écart? Avez-vous une explication par rapport à cet écart en termes de
niveau de plaintes fondées qui paraissent plus élevées dans les CHSLD?
Le Président (M. Bergman) :
Mme Saint-Germain.
Mme Saint-Germain (Raymonde) :
Merci. Alors, M. le Président, effectivement cette explication, nous, on l'oriente beaucoup vers le fait que, dans les
CHSLD, il y a une demande qui est plus grande que la capacité actuelle
de satisfaire les besoins, d'une part, et que, d'autre part, des alternatives
ont été prises, qui devaient être prises mais qui en soi entraînent aussi un certain nombre de difficultés, et j'en ai
fait état dans ma présentation. Notamment, souvent, on a nécessité de
désengorger les hôpitaux. On doit donc utiliser des ressources de transition
mais qui ne sont pas toutes adaptées ou qui
n'ont pas toutes en temps opportun le personnel en mesure de prendre charge
adéquatement personnes. Donc, délai
d'attente important et, je dirais, offre de services qui n'est pas toujours
adaptée aux besoins de la clientèle.
Vous me
permettrez, M. le Président, vous dites que c'est un peu, comment dire, ce
n'est pas le mot que vous avez utilisé, mais je vais dire «décourageant»
d'entendre le Protecteur du citoyen. Je vous dirais que non, au contraire, parce qu'il faut bien voir que d'une
part nous faisons la part des choses, nous reconnaissons aussi qu'il y a
des bonnes pratiques, qu'il y a du personnel dévoué, et surtout il faut
regarder qu'une plainte pour laquelle on trouve une solution, c'est un intrant pour améliorer la qualité. Donc, il faut
regarder aussi les choses constructivement. Je reconnais que ce qui est positif, ce qui est une bonne nouvelle
ne fait pas nécessairement les manchettes, mais je tiens quand même à
vous dire que le Protecteur du citoyen fait la part des choses.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Sainte-Rose.
Mme Proulx : J'aimerais, de
votre point de vue, savoir si vous constatez plutôt une amélioration ou une
dégradation de la situation si on prend comme indicateur les plaintes et non
seulement le nombre, mais la sévérité. Est-ce
que vous voyez un changement dans les dernières années? Est-ce qu'on a tendance
à voir des situations plus graves qui
sont la cause, là, des plaintes que vous recevez ou si, au contraire, vous
constatez une amélioration de la situation?
Le Président (M. Bergman) :
Mme Saint-Germain.
Mme Saint-Germain (Raymonde) :
Alors, nous constatons que la situation comme telle est plus complexe à gérer qu'elle ne l'était il y a 15 ans, il y a
20 ans. Votre document de consultation y fait aussi référence, c'est que
les besoins des
personnes sont de plus en plus complexes, et l'adaptation du réseau n'est pas
encore parfaitement au niveau. Et, sur
ce point, M. Rousseau, qui m'accompagne, M. le Président, est un délégué qui
est spécialisé dans les enquêtes auprès des personnes âgées, et j'aimerais qu'il vous donne des exemples très
précis de ce qu'on constate sur le terrain et qui est justement une
illustration… pas exceptionnelle, mais une illustration probante de situations
vécues dans ce contexte d'aggravation.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Sainte-Rose.
Mme Proulx : Oui. Bien, je
laisserais monsieur nous donner ses exemples.
Mme Saint-Germain (Raymonde) :
M. Rousseau.
Mme Proulx : M. Rousseau.
Le Président (M. Bergman) :
M. Rousseau.
Rousseau (Nicolas) : M. le Président, la question qui nous est posée, c'est : L'évolution, au cours des dernières années, de la situation, est-ce qu'il y a une
détérioration, une amélioration? C'est sûr qu'au cours des dernières
années il y a eu des bouleversements dans la
clientèle qui était accueillie en CHSLD. Aujourd'hui, 85 % de la clientèle
qui est reçue en CHSLD, ou environ,
aura des déficits cognitifs. On remarque une augmentation des gens qui, avec
ces problèmes cognitifs là, ont des
troubles de comportement, agressivité, d'autres troubles de comportement. Et
nous, notre préoccupation de sécurité
par rapport à ça, c'est surtout une préoccupation sur les agressions qui
surviennent entre les résidents de plus en plus.
Il y a beaucoup de familles qui s'adressent à
nous en se plaignant, dans le fond, que d'autres résidents entrent dans la chambre de leur parent, en se plaignant
que leur parent est pris par les poignets par d'autres résidents qui ont
des troubles de comportement, qui sont devenus agressifs, pas parce qu'ils sont
agressifs, mais parce qu'ils sont malades, dans
le fond, des gens qui rentrent dans leur chambre, qui crient des vulgarités,
qui disent des obscénités. Donc, souvent, c'est la préoccupation qu'on a par rapport à l'évolution de la
clientèle. C'est, dans le fond, l'accentuation de la présence de
troubles de comportement qui crée, sur les unités d'hébergement régulières, des
frictions entre des types de clientèles qui ne sont pas toujours compatibles.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Sainte-Rose.
Mme Proulx :
J'aimerais ça que vous nous donniez peut-être encore, M. Rousseau, si vous avez
des exemples, ou Mme Saint-Germain,
par rapport aux mesures transitoires, parce que vous n'êtes pas les premiers à
nous soulever cette question, cette
préoccupation, là, par rapport aux mesures transitoires, et j'aimerais ça que
vous puissiez nous illustrer la nature des plaintes… en fait, la nature
des difficultés que rencontrent les personnes âgées avant de pouvoir arriver
réellement dans un milieu qui répond à leurs besoins.
Le Président (M. Bergman) :
Mme Saint-Germain.
Saint-Germain (Raymonde) : M. le Président, avant de laisser la
parole au délégué qui effectivement va dans
les CHSLD, là, directement, notre préoccupation dans ces situations-là, elle
est aussi en amont du transfert, et
des recommandations sont faites précisément. Il est important que ces
ressources-là soient choisies à la fois pour leur capacité d'accueillir
des personnes qui normalement devraient être en CHSLD mais pour lesquelles on
n'a pas encore de place. Et là est une
partie des difficultés qu'on rencontre, c'est que, malgré toute la bonne
volonté… encore une fois ce n'est pas
un blâme, mais il y a un choix de ressources qui ne répond pas toujours aux
standards qui sont ceux du ministère de la Santé, qui sont des standards
adéquats : personnel insuffisamment qualifié, insuffisamment formé pour
composer avec des personnes qui exigent un comportement particulier du
personnel pour bien les encadrer, bien travailler
avec eux. Alors, ce sont toutes sortes de dimensions. Je vais demander à M. Rousseau de vous illustrer des
cas concrets, qui ne sont pas, encore une
fois, des cas d'exception, mais qui sont représentatifs des plaintes que nous
concluons... nous constatons.
Le Président (M. Bergman) :
M. Rousseau.
M. Rousseau (Nicolas) : Merci, M. le
Président. Par rapport à l'hébergement de transition, nous, ce qui nous inquiète le plus et ce qu'on nous reflète le plus
comme insatisfaction chez les familles, c'est... Parce que, présentement, avant d'accéder au centre d'hébergement que les familles ont choisi comme lieu permanent d'hébergement, bien il y a une transition qui est imposée, un hébergement de transition dont la durée varie mais qui est presque
systématiquement imposé avant d'accéder, dans le fond, au centre d'hébergement
de notre choix.
Ça, ça
implique nécessairement que toutes les personnes âgées ou à peu près
ont à vivre au moins dans deux CHSLD différents avant d'accéder dans
celui-là qu'ils ont choisi. À ça, des fois il faut ajouter un centre d'hébergement
où ils ont été évalués pendant 30 jours ou
45 jours. Donc, on peut compter trois CHSLD. Et à ça s'ajoutent les autres
transitions que la personne a vécues avant
d'arriver en CHSLD : quitter son domicile, aller en résidence privée,
aller en ressource intermédiaire, et ainsi de suite.
C'est
sûr que nous, ce n'est pas rare qu'on reçoive des... La plupart de nos
dossiers, les personnes âgées
qu'on rencontre dans nos dossiers ont
souvent vécu cinq, six déménagements dans les deux ou trois dernières années
précédentes. C'est souvent plus de
déménagements que tout ce qu'ils ont vécu dans leur vie de 90 ans souvent et
plus, là. Donc, c'est sûr que c'est
une préoccupation qu'on nous reflète souvent, la question
des transitions, surtout que le lieu de la transition n'est pas choisi,
c'est imposé.
Le Président (M. Bergman) : Mme
la députée de Sainte-Rose.
Mme Proulx : Oui. Et toujours en lien avec cette question, est-ce que
vous pouvez nous dire si la situation
que vous décrivez, on la rencontre particulièrement dans les régions ou en région urbaine, Montréal, Québec? Est-ce que vous pouvez nous faire le
comparatif, là, de ces situations-là?
Saint-Germain (Raymonde) : On peut vous faire un comparatif qui est relatif. On a fait cet
exercice de documenter nos plaintes
en proportion par les régions, et il est bien évident que plus il y a
de population, plus il
y a de CHSLD, plus le nombre de plaintes était important. C'est presque
une question de logique mathématique. On s'est donc rendu compte qu'il y a une conclusion qui n'est pas liée aux
régions, mais qui est plus liée aux établissements. Il y a des
établissements qui sont plus performants et qui vont, par exemple, prendre des mesures qui sont liées à l'organisation du travail, prendre des mesures qui sont liées à un
personnel davantage formé, davantage axé vers la réponse aux besoins des usagers, et ce sont ces expériences-là qui sont,
je dirais, les plus probantes. Et on en trouve dans différentes régions,
mais on ne peut pas dire qu'elles sont concentrées dans une région plutôt que
dans une autre. On voit, par exemple, au niveau des plaintes, Montréal est surreprésentée. En d'autres termes, c'est 36 % de nos plaintes qui proviennent de
Montréal, alors que la proportion de la population de Montréal est de
30 %. Je me retourne vers le statisticien, là.
Le Président (M. Bergman) :
M. Clavet.
M. Clavet
(Michel) : Oui, M. le
Président. Mme, MM. les députés. C'est 39 %, en fait, le chiffre qu'il
fallait...
Mme Saint-Germain (Raymonde) :
39 % de nos plaintes, c'est ça.
M. Clavet (Michel) : Voilà, mais il
compte pour 30 % des établissements, mais on n'a pas encore réussi à comptabiliser le nombre de places d'hébergement
qu'il y a dans ces établissements-là. Donc, on s'attend, une ville comme
Montréal, que les CHSLD soient de plus grande amplitude que ce qu'on retrouve
en région qui n'est pas urbanisée de cette façon-là.
Saint-Germain (Raymonde) : Donc, pour répondre à la question,
il faudrait qu'on ait compté le nombre de places par région. Mais on pense que, même si on le faisait, ce ne
serait pas si probant parce que c'est beaucoup la question de l'initiative d'un directeur d'établissement, du
directeur ou de la directrice des programmes, qui fait en sorte que,
dans ces ressources-là qui sont... ou pour
lesquelles on a moins de plaintes et où on trouve un plus grand degré de
satisfaction des résidents, tout est
axé en fonction du service, je dirais, de la souplesse aussi. Par exemple,
pourquoi les bains sont tous le matin? Dans les exemples réussis qu'on
a, on trouve des situations où le bain est donné le soir. Il y a des personnes
pour qui c'est mieux comme ça. Pourquoi le travail n'est pas organisé en
conséquence?
On a trouvé
des situations — moi-même,
j'ai de la difficulté à accepter ça — où l'organisation du travail fait en
sorte qu'une
partie du personnel va prendre ses repas en même temps que la
clientèle. Il faut organiser autrement le travail.
Et, je dirais, ça, ce n'est même pas une question d'argent, là. Dans tout ce
qu'on vient de donner comme exemples de réussite, il n'y a pas, encore
une fois, une question d'argent, il y a une question d'être tourné vers ce
service à la clientèle, le respect du milieu de vie, le respect des besoins de
la clientèle.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Sainte-Rose.
Mme Proulx : Vous soulevez
quelque chose d'extrêmement important et, encore une fois, ce sont des commentaires… ou des constats plutôt qu'on a
entendus de d'autres intervenants qui sont venus témoigner. Toute cette
question, en fait, c'est une question, comme vous le dites, d'organisation du
travail où — tu
sais, tout dépend de la vision et du point de vue — ou bien on adapte la
personne bénéficiaire à l'organisation du travail de l'institution ou, au
contraire, on adapte les services aux besoins de la personne.
Et, avec les
visites que vous faites, là, pour les enquêtes que vous faites sur les plaintes
que vous recevez, quel constat vous faites, de façon générale, au
Québec, dans l'ensemble des CHSLD, de cette vision et de cette volonté d'organiser les services autour des besoins des
personnes? Est-ce que c'est quelque chose que vous trouvez qui est
présent ou qui n'est encore pas vraiment développé et que ce sont uniquement
quelques initiatives ici et là, ou si c'est de plus en plus généralisé?
Le Président (M. Bergman) :
Mme Saint-Germain.
Saint-Germain (Raymonde) : En fait, notre angle, bien sûr, est
toujours celui d'une plainte, hein? Ce qui déclenche notre intervention, c'est une insatisfaction. On constate que
les orientations ne sont pas suffisamment implantées de façon
généralisée, elles sont implantées à
certains endroits, mais il y a encore beaucoup de place à l'amélioration.
Et ça, c'est un constat qui est décevant, parce que ces orientations-là, elles
datent quand même d'une dizaine d'années. Et, au-delà
des orientations, quand on est à la direction d'un établissement qui a pour
mission d'accueillir des personnes âgées, de les accueillir sur une période de relative longue durée — moi, quand on me dit 18 mois, c'est
presque des soins palliatifs, je suis en total désaccord avec ça —je pense
qu'on n'a même pas besoin d'orientation pour réaliser que ces vers ces
personnes-là, vers la satisfaction de leurs besoins qu'il faut se tourner.
Alors, ce
qu'on constate, je dirais, il y a de la bonne volonté, mais il y a encore un
tour de roue très important à donner
dans les CHSLD mais aussi dans les partenariats, dans les ressources qui sont
partenaires des CHSLD pour que partout les personnes soient vraiment
prises en compte et mieux considérées. Et, encore une fois, c'est une question
d'organisation du travail, de formation du personnel.
Et c'est une
question de leadership de la part des directeurs d'établissement. Il faut
qu'ils soient sur le terrain aussi, et,
dans nos enquêtes, on ne les trouve pas tous dans les corridors, sur le
terrain. On trouve beaucoup plus de personnel… et de plus en plus, d'ailleurs, du personnel qui est
du personnel de… des préposés aux bénéficiaires, des infirmières
auxiliaires. Ils forment de plus en plus la
majorité du personnel qui s'occupe le plus des personnes hébergées en CHSLD.
Alors, c'est un constat qu'il faut faire : formation adéquate du
personnel, encadrement adéquat du personnel et prise en compte des besoins des
usagers.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Sainte-Rose.
Mme Proulx :
Si je comprends bien ce que vous dites, quand vous parlez de c'est une question
de leadership, c'est vraiment une question de vision, là, c'est une
question de volonté, parce que, sinon, on peut difficilement expliquer les disparités entre les centres autrement que par
une question de volonté et de vision, et d'assumer un leadership, et de
centrer les services sur la personne.
Le Président (M. Bergman) :
Mme Saint-Germain.
Mme Saint-Germain (Raymonde) :
…de prendre quand même des initiatives. M. Rousseau le soulignait notamment, il y a de plus en plus de situations où
des personnes âgées qui sont en perte cognitive vont vivre des
difficultés de… par exemple, qui vont les
rendre agressives, ou encore une mixité de clientèles où il y a des personnes
qui avaient des problématiques de santé mentale toute leur vie et, bien
sûr, qui les ont encore à cet âge-là. Et pourquoi il n'y a pas plus d'étages qui sont réservés ou de chambres qui
sont réservées avec ces personnes-là avec, à ce moment-là, un ratio de personnel qui soit suffisant? Dans certaines
situations, on va en trouver qui sont parsemés un peu partout sur les
étages. Alors, il y a encore place, à mon avis, à de l'initiative.
Et, si vous
permettez, je pense que M. Rousseau serait en mesure de donner encore des
exemples de situations vraiment
concrètes et, encore une fois, je le redis, qui ne sont pas des cas
d'exception, mais qu'on trouve dans différents CHSLD dans différentes
régions.
Le Président (M. Bergman) :
M. Rousseau.
Rousseau (Nicolas) : Oui. Merci, M. le Président. Dans le fond, ce qui
ressort pas mal de nos dossiers, des situations
qu'on voit dans nos enquêtes, c'est justement, comme Mme Saint-Germain vient de
dire, l'approche milieu de vie qui
est encore incomplète, qui est encore implantée de manière partielle dans
beaucoup d'établissements, pas par mauvaise volonté, mais c'est ça.
Par exemple, le moment du repas, on sait que
c'est un moment important, un moment crucial dans la vie des personnes qui vivent en CHSLD. C'est l'activité
principale pour certains d'entre eux, pour plusieurs d'entre eux. Or,
nous, on voit, dans nos enquêtes, souvent
des lacunes sur l'approche, sur l'ambiance des repas, sur… Par exemple,
beaucoup de membres du personnel restent
encore debout, qui nourrissent les personnes âgées debout plusieurs à la fois,
soit parce qu'ils n'ont pas eu la
formation qu'il faut, soit ils ne sont pas assez nombreux pour suffire à
répondre à tout le monde. On voit aussi
des délais d'attente pendant les repas qui ne sont pas animés, où les personnes
attendent leurs repas toutes installées mais que ça attend longtemps
sans être stimulées. D'autre fois, on voit aussi, après que le repas soit
terminé et que la personne a fini son assiette, on voit que des gens sont
laissés pendant un bon moment à eux-mêmes. Il y en a même qu'on voit s'endormir
devant leur assiette, avec leur tablier encore puis de la nourriture au coin
des lèvres.
Donc, c'est dans des trucs concrets comme ça que
nous, on dit que l'approche milieu de vie n'est pas encore implantée
complètement et que, si on voulait le faire, c'est de résoudre des situations
comme ça. On pourrait aussi parler de soins
d'hygiène, qui, dans beaucoup d'endroits encore, malheureusement, le personnel
y va un peu machinalement, n'a pas le
temps ou ne prend pas le temps de créer un lien personnel avec le résident pour
justement avoir ce qui est à la base d'une approche milieu de vie.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Sainte-Rose, il vous reste trois minutes.
Mme Proulx :
Est-ce que vous pourriez nous parler un petit peu de votre vision, là, du
mode de financement des CHSLD et quels sont les constats que vous êtes à même
de faire?
Le Président (M. Bergman) :
Mme Saint-Germain.
Mme Saint-Germain (Raymonde) :
Merci, M. le Président. Au niveau du financement, d'une part, la contribution ou la hauteur de la contribution de
la personne hébergée ne fait pas l'objet de plainte chez nous. Jusqu'à maintenant, on n'a pas reçu de plainte en disant
que c'était un montant qui était trop élevé par rapport aux personnes, et cela — notre
interprétation — est
dû au fait qu'il y a notamment un programme qui est géré par la RAMQ, qui permet de tenir compte de la situation
particulière de certaines personnes et de donner des exonérations, bon, totales ou partielles.
contre, sur cette question-là, il y a la dimension, je dirais, plus globale du
financement, pour laquelle je laisserais mon collègue M. Clavet, qui a examiné particulièrement nos plaintes et
les solutions qu'on préconise dans ce volet-là, là, de votre… pour ce
défi-là, pardon.
Le Président (M.
Bergman) : M. Clavet.
M. Clavet
(Michel) : Oui, merci, M. le Président. Oui, c'est un important défi,
en effet, comme Mme Saint-Germain l'indique.
La hauteur, en effet, de la tarification, la répartition ou la hauteur de la
contribution maximale qui est demandée aux usagers ne fait pas l'objet
de plaintes chez nous. Cependant, les plaintes se portent particulièrement sur le Règlement d'application de… — je vais vous le nommer avec son
titre
officiel — Règlement
d'application de la
Loi sur les
services de santé et les services sociaux pour les autochtones cris,
chapitre
S-5, r.1. Mais, en fait, c'est dans ce règlement d'application là que
sont déterminés les paramètres puis les exemptions qui sont permises au niveau
de l'allocation financière maximale qui est
permise, qui est encore de 2 500 $, qui est reliée au règlement d'application
de l'aide sociale qui date de 1983. Et ces
hauteurs de financement là qui sont accessibles aux usagers, elles n'ont pas
été modifiées depuis ce temps-là. Ça cause un problème. Ça, c'est un
premier problème.
L'autre problème
qu'on rencontre, c'est que les autorités administratives en place, elles ne
peuvent pas… elles ne disposent pas d'un
pouvoir d'exception dans des cas qui sortent de l'ordinaire. Il y en a qui ont
été médiatisés. Par exemple, c'est le
cas d'une mère de famille avec trois enfants, qui était, bien entendu, en bas
de 65 ans, et qui avait une maladie
de dégénérescence, qui a fallu habiter en CHSLD, et son conjoint n'était pas
exempté parce que sa conjointe était
considérée comme une personne à charge puisqu'ils étaient mariés. Les conjoints
de fait ne sont pas assujettis à
cette particularité-là. Donc, à ce moment-là, ça a pris une décision
discrétionnaire du ministre pour que les versements soient ajustés en conséquence. Nous, on considère qu'il y a
un problème là, au niveau du règlement, et on a écrit au ministre pour
l'aviser de ça. Puis le ministre même reconnaît le problème et aussi dit… Oui…
M. Clavet
(Michel) : Merci.
Le Président (M.
Bergman) : …le temps est écoulé pour le côté ministériel.
Maintenant, pour l'opposition officielle, M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président.
Bienvenue à notre commission puis félicitations pour votre travail. Puis j'ai beaucoup aimé votre
commentaire. Les gens voient une plainte comme étant une question de
qualité, mais il faut voir aussi, dans le
réseau de la santé, une plainte comme étant une façon de s'améliorer et de
l'amélioration continue. D'ailleurs, dans
les établissements, il y a des programmes où on encourage les gens à dire leurs
insatisfactions, de façon à ce qu'on puisse savoir c'est quoi qu'il y a à
améliorer.
fait que c'est triste parce que souvent, la perception de la population, une
plainte égale avec mauvaise qualité, alors qu'il faut voir aussi une
plainte comme étant un processus d'amélioration. Et, lorsqu'on voit ça juste
comme étant un jugement qui est mauvais,
c'est le contraire, les gens ont tendance à diminuer le nombre de plaintes.
Puis un des constats qu'on fait dans
le réseau de la santé, c'est, des endroits où est-ce qu'il y a beaucoup de
plaintes, ce n'est pas parce que c'est mauvais, c'est souvent parce
qu'ils s'en occupent et, plutôt que de dissimuler les plaintes, ils les
traitent, ils les déclarent comme il faut. Je ne sais pas si c'est le constat
que vous avez vu également, là.
Le Président (M.
Bergman) : Mme Saint-Germain.
Saint-Germain (Raymonde) : Il y a deux volets dans les constats
qu'on fait au niveau du traitement des plaintes.
Souvent, ce sont des plaintes individuelles ou avec un effet collectif, disons,
dans un CHSLD, une insatisfaction sur
la façon dont les repas sont servis, et effectivement, pour une plainte, si
c'est bien pris en charge, ça va prévenir 10, 12, 20 plaintes. Ça, ça va
bien et ça se règle bien dans ces situations-là.
Mais ce qui est plus
difficile, c'est lorsque ça va toucher des problèmes systémiques, des
modifications à des règlements, à des
pratiques ou des ententes qui sont, comment dire, mal... une organisation du
travail qui est inadéquate et qui ne
se corrige pas au fur et à mesure des plaintes. Il y a beaucoup d'enjeux qui
sont liés à une organisation du travail qui est déficiente, et moi, je
redis que ce n'est pas, dans ces cas-là, une question d'argent. On dit
souvent : Ça coûte cher, hein, régler ces problèmes-là, mais, dans
plusieurs situations qu'on observe, on n'est pas à des solutions qui ont une
incidence financière.
Le Président (M.
Bergman) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) :
Merci, M. le Président. Et je suis entièrement d'accord avec vous. Et même,
souvent, quand on fait les correctifs, quand
vous regardez au financier, ça peut coûter moins cher parce que les gens se
donnent la peine de revoir les processus et de corriger la défectuosité ou
encore la méthode de travail. Vous avez eu combien de plaintes concernant les
CHSLD au cours d'une année comme l'année dernière?
Le Président (M.
Bergman) : Mme Saint-Germain.
Saint-Germain (Raymonde) : Alors, sur cinq ans, le nombre
concernant les CHSLD strictement, c'était 831, et l'année dernière
spécifiquement, nous sommes à...
M. Clavet
(Michel) : Entre 125 et 150 par année.
Saint-Germain (Raymonde) : Mais je dois préciser que le
Protecteur du citoyen est le dernier recours, hein? Sans qu'il traite les plaintes, il y a quand
même... Nous, on encourage beaucoup le rôle des comités d'usagers pour
faire de la prévention. Il y a aussi, bien
sûr, le commissaire local aux plaintes et à la qualité des services, qui
reçoit, lui, beaucoup plus de plaintes que nous parce que c'est quand
même en premier niveau. Nous, c'est le dernier recours.
Alors,
c'est quand même significatif comme nombre de plaintes, compte tenu aussi du
fait que les personnes qui se plaignent ou leurs proches sont dans des
situations assez particulières. Et, pour se plaindre, il faut vraiment, là,
avoir essayé les autres recours, avoir essayé autrement de régler le problème,
et, si ça ne s'est pas réglé, donc on vient au dernier recours qui est le
protecteur.
Le Président (M.
Bergman) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Oui. Merci, M. le Président.
Moi, j'allais vous faire décrire, justement, ce processus-là, où il y a des plaintes qui peuvent être déposées
au niveau de l'établissement. Chaque établissement de santé au Québec a
un responsable de la qualité et des
plaintes, et puis, après ça, il y a un recours à votre niveau lorsque les gens
sont insatisfaits. Mais il reste
que... Je suis d'accord que c'est significatif, mais il n'en demeure pas moins…
puis je ne veux pas diminuer l'importance des plaintes, mais il n'en
demeure pas moins que c'est 40 000 usagers que nous avons à chaque année
dans le réseau de la santé. Donc, c'est 125 pour 40 000 usagers que nous
avons dans le réseau de la santé.
Le Président (M.
Bergman) : Mme Saint-Germain.
Saint-Germain (Raymonde) : ...M. le Président, c'est une
approche... Si on dit ça comme ça, on laisse de côté toutes les
personnes vulnérables ou toutes les lacunes d'un système qui, malgré tout, a
encore des lacunes. Et, comme on le disait
tout à l'heure, l'important, c'est de considérer, là où il y a eu des
dysfonctionnements, les causes de ça — parfois, c'est simple à
régler, parfois, ça l'est moins — et qu'on ait justement un plan de match
pour que ça ne survienne plus.
Et j'ajouterais même,
il y a une
partie de ces plaintes-là que l'on considère non fondées et pour
lesquelles le Protecteur du citoyen motive
aux usagers ou à leurs proches pourquoi l'établissement a bien agi, en fonction
de quels droits, de quels programmes,
de quels services c'était adéquat de fonctionner comme ça. Alors, ça amène
autant, je dirais, au niveau des
usagers, à une plus grande confiance dans les établissements et dans le
traitement adéquat qui a été donné qu'à une correction, auprès des
établissements, de dysfonctionnement. Et c'est étonnant de voir combien de
représentants d'établissement, que ce soient
des commissaires, des directeurs généraux, même des présidents de conseil
d'administration, qui nous remercient, quand
on a fait des enquêtes, de la manière respectueuse dont on a fonctionné,
impartiale aussi, et ils sont
d'accord avec nos recommandations et ils les mettent en place. Donc, il faut le
voir constructivement, effectivement.
Le Président (M.
Bergman) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : D'ailleurs, c'est comme ça que
je le vois, parce que toute plainte mérite d'être traitée, et ce qui est important, c'est qu'on ait confiance
dans le traitement des plaintes. Et puis moi, ce que j'ai vu dans le
réseau, parce que j'ai participé, justement,
à la mise en place de la loi, puis je donnais la formation sur les plaintes…
Puis je peux vous dire que le fait
d'avoir des gens qui s'occupent des plaintes, ça permet de dire aux gens :
Au moins, je sais que je peux aller
cogner à une porte. Parce qu'il y a eu une époque, tu allais voir le directeur
général, tu allais voir le directeur, tu ne savais pas où aller, tandis que là il y a une porte d'entrée qui est
unique, qui est le responsable des plaintes, qui par la suite a
l'obligation de traiter la plainte.
Moi,
je pense que ça a beaucoup augmenté
la confiance dans le réseau, mais surtout ça a beaucoup augmenté la qualité, parce
que, si on se donne la peine de
traiter la plainte, surtout dans la perspective de mettre en place un système
qui fait que ça ne se reproduira pas... Parce que 90 % des gens, quand
vous leur demandez : Pourquoi vous faites une plainte?, regarde, on ne veut juste pas que les autres vivent la même
chose, c'est souvent ça qu'ils vont dire. Ça fait que je veux vous féliciter pour le travail avant de
passer la parole à nos collègues. Et vous êtes essentiels dans notre réseau
de la santé pour s'assurer de la qualité puis surtout d'établir une confiance
avec les usagers.
Le Président (M.
Bergman) : Mme Saint-Germain, voulez-vous faire un commentaire?
Saint-Germain (Raymonde) : M. le Président, je pense que ces
propos-là vont faire plaisir à mon équipe, qui travaille vraiment très,
très fort. Alors, je les accepte et je les accepte en leur nom. Ils le méritent
vraiment.
Et je dirais
qu'il y a aussi le comité des usagers. Vous cherchez souvent, et nous
aussi, des exemples de bonnes
pratiques. Les directeurs d'établissement, les conseils d'administration, qui
travaillent de près avec les comités des usagers, c'est souvent ceux qui ont les plus grands succès parce qu'ils
font plus de prévention puis ils sont capables de faire vraiment la part
des choses. Et les comités des usagers sont sur le terrain. Alors, c'est
vraiment important aussi de les considérer.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Blais : On veut tous vous
poser des questions, alors je serai succincte. Une question 1 avec a et b.
Vous savez, pendant la consultation publique
sur les conditions de vie des aînés, qui s'est déroulée en 2007, et par la
suite, les gens m'ont souvent demandé
un ombudsman pour les aînés. Nous avons résisté parce qu'on se disait : Il
y a le Protecteur du citoyen, la Commission des droits de la personne,
commissaire aux plaintes, commissaire local aux plaintes. À un moment donné,
une multiplication de structures, je trouvais que c'était trop. Est-ce que vous
considérez qu'il y aurait de la place pour un ombudsman ou si ma résistance
était la bonne décision?
Le Président (M. Bergman) :
Mme Saint-Germain.
Saint-Germain (Raymonde) : Moi, je vous réponds, M. le
Président, que je suis l'ombudsman des aînés, comme je suis l'ombudsman
des contribuables, comme je suis l'ombudsman correctionnel, «je» étant
l'institution du Protecteur du citoyen.
La Commission
des droits de la personne a un mandat très particulier en matière de
discrimination au sens de la charte.
Ça, c'est un enjeu très précis. Il n'y a pas de dédoublement entre nous,
d'ailleurs, parce que, lorsque nous avons — et c'est très rare, d'ailleurs — des plaintes de cette nature, nous les
référons à la Commission des droits de la personne. Mais autrement, avec
ce régime à deux niveaux, donc un premier niveau local ou régional, et le
Protecteur du citoyen, qui est une
institution indépendante de l'Assemblée nationale, je pense qu'il y a matière à
bien canaliser ces plaintes-là. Et ça
créerait, je trouve, si on... D'abord, en plus d'entraîner des coûts
additionnels, ça créerait, je crois, un dédoublement, et, à mon avis,
les citoyens ne seraient pas mieux servis.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Saint-Hen