Public Finance — 15 September 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CFP 2016-09-15
Quebec — Committees
L'argent, par
la suite, va être transféré en Irlande. Donc, ça, ici, vous comprenez que ça,
c'est le prix de transfert. Cette
situation est vraiment encadrée dans nos lois, mais c'est très difficile
d'établir le véritable prix d'un coût parce qu'un brevet, c'est un bien intangible, et là c'est très
difficile de trouver des comparables pour bien établir le prix. Ici, la
Commission européenne, dans la
décision Apple, elle a très bien fait d'aviser les pays membres de l'Union
européenne, de dire : C'est à vous,
dans votre législation, de d'abord vérifier si vous êtes capable de changer
quelque chose dans votre législation pour vous assurer d'asseoir correctement les ventes où est-ce qu'elles sont
réellement générées. C'est-à-dire, une vente qui est générée dans un
magasin Apple Store en France devrait être taxée en France.
Là-dessus, la commission a fermé la porte et est
revenue juste ici, en Irlande. Qu'est-ce qu'on a regardé? La deuxième phase pour venir réduire les impôts,
c'est-à-dire les ententes secrètes avec le gouvernement irlandais, ces fameux
«tax rulings», qu'on appelle des «Advance Pricing Agreements». Ces «Advance
Pricing Agreements» permettent de s'asseoir
avec le gouvernement et de prévoir notre situation fiscale. Généralement, on
peut prévoir notre situation fiscale avec
un APA pour trois à cinq ans. Les «Advance Pricing Agreements» avec l'Irlande
n'ont pas de date d'expiration. Donc, une
fois que vous avez votre entente secrète avec le gouvernement, elle est bonne
jusqu'à tant qu'on vous prenne la main dans le sac. C'est ce qui est
arrivé pour Apple.
Apple,
qu'est-ce qui est arrivé? 16 milliards de profits générés en Europe ont été
transférés en Irlande. Sur ces 16 milliards
de profits, Apple s'est entendue d'avance pour savoir combien qu'elle paierait
d'impôt. Le taux nominal d'impôt en
Irlande est de 12,5 %. Apple a décidé que c'était beaucoup trop. Donc,
0,05 %, c'est qu'est-ce qu'ils ont établi. Par la suite, ça a été
0,005 %, c'est-à-dire 50 millions. Sur 16 milliards de dollars,
50 millions ont été rendus en recettes fiscales
à l'Irlande. Pour vous donner une certaine perspective, imaginez, vous gagnez
1 million de dollars, et votre facture fiscale est de 50 $. Ça
vous donne une petite perspective du congé de taxes que vous venez d'avoir.
Certains parleront d'optimisation fiscale pour
défendre ce stratège fiscal. Moi, je vais vous dire, l'évitement fiscal et l'évasion fiscale ont non seulement un
dénominateur commun qui s'appelle un paradis fiscal, mais aussi, à quelque
part, la complicité des gouvernements. Je me permets aussi de dresser un
parallèle pour répondre à ceux qui parlent d'évitement
fiscal comme de l'optimisation fiscale. Lorsque vous roulez sur l'autoroute
entre 120 kilomètres-heure ou 140
kilomètres-heure, vous commettez quand même une infraction. On ne vous mettra
pas en prison, vous ne serez pas poursuivi en manière criminelle, mais
vous avez quand même un constat d'infraction. Donc, c'est illégal.
Quand vous
roulez à plus de 220 kilomètres ou plus de 200 kilomètres-heure et que vous
faites des dépassements, vous risquez
de vous faire arrêter pour conduite dangereuse, et là on parlera sûrement
d'évasion fiscale, si on veut faire le parallèle,
parce que, là, ça, au niveau de la société, faire des dépassements, rouler à
plus de 200 kilomètres-heure, c'est ce
qu'on trouve un acte dangereux, donc conduite dangereuse. L'évasion fiscale,
souvent, pourrait référer à ça, alors que l'évitement fiscal, on va peut-être le mettre dans la catégorie de
rouler à 140 kilomètres-heure, un excès de vitesse. Ça, c'est quand on
parle des MNE, des «multinational enterprises».
Apple, ce
n'est ni l'un ni l'autre. Apple n'a pas fait d'excès de vitesse, n'a pas fait
de conduite dangereuse. Apple a carrément demandé une voie de
contournement au gouvernement, a demandé, au fond, l'équivalent d'un Autobahn européen. Un Autobahn, c'est des voies
super-rapides où est-ce qu'il n'y a pas de limite de vitesse, où est-ce que
vous seulement savez que cette
autoroute existe. Cette autoroute est souterraine, et les autres n'y ont pas
accès. C'est ça que la commission est
venue dire. Les ententes secrètes qui sont seulement données à ceux qui sont triés
sur le volet et qui se font derrière les regards indiscrets sont
illégales. C'est des actes d'État illégaux.
Et là-dessus
ça m'amène à mon autre point. L'Irlande
n'est pas classée par l'OCDE de paradis
fiscal. La Commission
européenne a aussi condamné, dans la même année, la Belgique pour des pratiques
sensiblement pareilles, le Luxembourg,
le Pays-Bas. En fait, ces trois pays, qu'on appelle le Benelux, ont été
condamnés pour des pratiques fiscales illicites.
Pourtant, ces quatre pays, le Benelux ainsi que l'Irlande, ne font pas
partie
de la liste des paradis fiscaux. Alors, vous allez me demander :
Mais, Marwah, si ce ne sont pas des paradis fiscaux, ils sont quoi?
La liste des paradis fiscaux a beaucoup évolué, elle est passée de 47 pays... À l'origine,
ces quatre pays que je viens de vous
nommer, l'Irlande, le Luxembourg, le Pays-Bas ainsi que la Belgique, faisaient
partie de la liste officielle de paradis fiscaux. Ils ont été retirés de
cette liste suite à des engagements qui ont été pris de respecter des accords d'échange de renseignements ainsi que de
signer des conventions fiscales. Malheureusement, plusieurs auteurs-chercheurs pensent, et je signe avec eux, que ces retraits
sont plus pour des considérations politiques, des considérations qui, en fait, font fi de la réalité. Ces pays, lorsqu'ils
signent des accords d'échange de renseignements, doivent en quelque part faire
preuve d'honnêteté et jouer franc jeu. C'est le principe sous-jacent de signer
des conventions fiscales ainsi que des accords d'échange de renseignements.
Lorsqu'on
fait des ententes secrètes, on n'en parle pas à nos parties signataires. On
n'en parle pas au Canada, on n'en parle pas avec la France, on n'en parle
pas avec l'Espagne ni l'Italie. C'est très malhonnête. Et, lorsqu'on
regarde les critères de paradis fiscaux, il y a un critère qui s'appelle
le manque de transparence, le manque de substance. Vous conviendrez bien avec
vous que, lorsque tous les profits qui ont été vraiment réalisés en Europe ne
sont pas taxés en Europe et lorsqu'on
les attribue à l'Irlande et que, par la suite, on s'entend avec le gouvernement pour créer de toutes pièces une
structure où est-ce qu'il y aura un siège social fictif fantôme, un siège
qui n'existe pas, et que le gouvernement comprend aussi que ce siège fictif est
fantôme, on est en quelque part très complice de cette structure.
Et je me permets aussi de rappeler que
l'Irlande, c'est elle qui est poursuivie par la Commission européenne, ce n'est pas Apple. Alors, c'est la Commission
européenne qui dit à l'Irlande : Vous avez droit à 13 milliards de dollars plus intérêts,
presque l'équivalent de 18 milliards d'euros, alors, si on transpose en
dollars canadiens, c'est presque 25 milliards
de dollars, et que l'Irlande, sa réponse à la Commission européenne, dit :
Non, je n'en veux pas, je vais en appel.
Imaginez, si nous, l'ARC, la Cour d'appel fédérale, l'équivalent de la Cour
d'appel fédérale, rendrait la décision de dire que l'ARC a droit à
20 milliards de dollars puis que l'ARC dit : Non, je n'en veux pas,
ce serait très surprenant.
Président (M. Bernier) : Effectivement, ça nous surprend
aussi. Ça nous surprend grandement, cette attitude-là.
Mme Rizqy (Marwah) :
Effectivement. Et j'aimerais aussi rappeler qu'en 2010 l'Irlande a eu recours
au Fonds monétaire international pour
la somme de 17 milliards. Ce pays signe beaucoup d'accords d'échange de
renseignements.
Pour
revenir en fiscalité canadienne, le Canada a signé 92 conventions fiscales. 22
conventions d'accord d'échange de
renseignements fiscaux avaient, pour la plupart des pays qui ont été... et je
vous invite à prendre le mémoire et aller à l'annexe I. J'ai dressé la liste complète de nos accords d'échange de
renseignements en vigueur ainsi que ceux qui sont signés mais pas encore en vigueur et ceux qui sont
en cours de négociation. Vous constaterez que la très grande majorité
figurait sur la liste des paradis fiscaux.
Lorsqu'on
signe un accord d'échange de renseignements, on s'attend à recevoir des
renseignements. Quand on a signé avec
le Panama, je ne sais pas qu'est-ce qu'on s'attendait de recevoir, étant donné
que le Panama n'a pas une très grande
fonction publique. Ils n'ont pas l'équivalent de l'ARC ou de Revenu Québec pour
aller collecter de l'information. Qui
plus est, ils n'ont même pas de registre d'entreprises. Alors, comment que nous
faisons pour recevoir des informations? Vous constaterez avec moi que
ces accords, souvent, manquent de substance et de consistance.
suis contente d'être ici aujourd'hui avec vous. Je sais qu'on parle d'Apple, on
parlera sûrement du Panama. J'ose espérer qu'on parlera du commerce
numérique parce que c'est l'enjeu d'aujourd'hui et de demain...
Le Président
(M. Bernier) : Parlons-en quelque peu.
Mme Rizqy
(Marwah) : Déjà? Le commerce
numérique. Vous voyez, si vous me permettez, je vais reprendre ce schéma. Si j'aimerais contourner davantage
ce schéma, j'enlèverais tous mes magasins Apple Store et je ne ferais que
de la vente en ligne. Et à ce moment-là je n'aurais aucun établissement stable, j'utiliserais des distributeurs.
J'inviterais, un peu ce qu'Apple fait
aussi au Canada... vous remarquerez que, pour la vente du nouveau
iPhone 7, vous pouvez l'acheter en
prévente en ligne. Il serait intéressant de voir, lorsque vous concluez la transaction, où
est-ce qu'elle est réellement conclue.
J'imagine
que vous allez sûrement nous parler des applications numériques du style qui
qui voudrait se déplacer pour se
rendre au point a au point b en commandant un taxi, mais qui n'est pas réellement
un taxi, mais qui finalement
est un taxi. Alors, parlons-en.
Lorsqu'une
personne conclut, par exemple, avec Uber une transaction en ligne via une application, il y a un montant qui est
facturé et remis au chauffeur, mais un autre montant qui est facturé et qui est
remis à Uber B.V. Uber B.V., il n'est pas
incorporé au Canada. Uber B.V. est incorporé aux Pays-Bas ainsi
qu'aux Bermudes, Uber B.V. International. Ce 20 %, il ne sera pas imposé au Canada
parce que l'application en ligne permet justement de s'assurer qu'il
n'y a pas de présence physique de
cette société étrangère, pas en territoire canadien,
nonobstant qu'Uber Canada existe, nonobstant qu'elle a des
chauffeurs en territoire québécois ou canadien. Alors, nos conventions
fiscales, c'est ce qui le permet.
Là-dessus,
tous les pays ont le même défi. Dans un premier temps, ce serait très impératif
de modifier la législation actuelle.
La loi de l'impôt, doit être modernisée pour faire face à l'ère numérique.
Quand je dis qu'elle doit être numérisée, on doit s'assurer que toute transaction en ligne accessible en
territoire canadien soit en fait une présence au Canada... avoir une exploitation d'entreprise au Canada,
même si c'est une transaction en ligne. Par la suite, on doit s'entendre avec
nos pays signataires de conventions
fiscales pour venir s'assurer que le profit reste au Canada,
où est-ce que la transaction a réellement été générée, où est-ce qu'aussi le service a été
performé. Il a été performé au Canada. Donc, là-dessus, il
faut vraiment s'assurer de changer
nos conventions fiscales. On en a 92, je suis convaincue qu'on est capable de
le faire. Vous me direz que j'ai beaucoup d'ambition. Mais oui, j'en ai beaucoup.
Je suis encore assez jeune pour rêver et je sais...
Président (M. Bernier) : C'est pour ça qu'on vous a invitée. On sait que vous avez beaucoup
d'ambition sur ce sujet.
Mme Rizqy
(Marwah) : Bien, tant mieux.
Et je pense qu'on est capables... Et je trouve que le climat est parfait
pour le faire. La réflexion... Puis là-dessus
j'aimerais vraiment m'assurer... je ne vise pas ni l'Irlande, ni le
Benelux, ni le Panama. Je pense que
c'est important aussi de ne pas vous parler juste d'une
entreprise ni d'Uber ni de seulement Apple parce que c'est un problème qui est vraiment colossal et où est-ce
que plusieurs multinationales s'adonnent à la même pratique.
je me permets une petite recommandation, présentement, la Commission européenne regarde 1 000 dossiers sur le même stratagème, dont 200 multinationales
immenses. Et on parle de compagnies pharmaceutiques, on parle de compagnies de haut savoir, de haute technologie,
on parle de ce Google de ce monde. On parle de Starbucks, on parle de Fiat. C'est toutes des entreprises qui font
affaire au Canada. Alors, pourquoi que le Canada
ne prendrait pas la peine d'appeler
ses homologues européens pour avoir accès à cette information, pour pouvoir s'assurer que les entreprises qui sont nommées... Et d'ailleurs
la Commission européenne fait le travail à notre place. On aurait juste besoin d'avoir un échange de renseignements avec eux pour vérifier
si la pratique qui est faite en Europe est aussi faite en territoire canadien.
Et, habituellement, une entreprise,
lorsqu'elle trouve une recette gagnante, elle l'applique à l'ensemble de sa
pratique. Là-dessus, je suis prête à répondre à vos questions.
Président (M. Bernier) : Merci. Merci de votre
présentation. Nos parlementaires sont impatients d'échanger avec vous.
Donc, sans plus tarder, M. le député de Sainte-Rose.
M. Habel :
Oui, merci, M. le Président. Très heureux de vous retrouver en commission
parlementaire. J'en profite aussi pour saluer mes collègues ainsi que la
personne qui nous a présenté un excellent document, sincèrement. Merci beaucoup
pour cet éclairement au niveau de l'évasion fiscale et de l'évitement fiscal.
première question se dirigerait vers le commerce électronique. Vous en avez
parlé un peu en dernier. Dans la
conclusion de votre rapport, vous mentionnez que «le grand enjeu d'aujourd'hui
et de demain réside dans le commerce [électronique].
En effet, le marché numérique est devenu un vecteur central de croissance des
transactions transfrontalières.
Puisque les lois actuelles ne sont pas adaptées à l'ère numérique...»
Quelle loi ou
quelle mesure en premier lieu devrait être adoptée ou pourrait être
améliorée au point de vue de notre juridiction pour pouvoir contrer
ce phénomène?
Le Président (M. Bernier) :
Mme Rizqy.
Mme Rizqy
(Marwah) : Merci de votre question.
Alors, lorsque vous avez fait la Commission d'examen sur la
fiscalité québécoise, présidée par mon ami
et collègue Luc Godbout, j'ai participé à ses travaux par
l'intermédiaire de la Chaire en
fiscalité puis en finances publiques, où est-ce
que je suis également
chercheuse. J'ai publié, ainsi que d'autres collègues, Lyne Latulippe et
Gilles Larin, un volumineux rapport sur la fiscalité internationale. Là-dessus, j'explique tout ce que le Québec peut faire et les pouvoirs constitutionnels du Québec,
et là-dessus je vais répondre clairement à votre question.
Au niveau de la Loi de l'impôt sur le revenu, l'article
253 prévoit que l'exploitation d'entreprise, ça prend un mandataire ou un
intermédiaire. Un mandataire ou un intermédiaire... Une application n'est ni un
mandataire ni un intermédiaire. Il faudrait
prévoir spécifiquement le cas des applications. Il va falloir
aussi prévoir spécifiquement qu'un site
Web transactionnel équivaut à une exploitation d'entreprise. Évidemment,
il faudra mettre un seuil parce que quelques personnes qui font quelques transactions,
ça pourrait donner beaucoup plus de problèmes que d'autres choses pour l'administration fiscale. Mais là-dessus je suis convaincue que c'est la première étape,
s'échanger notre corpus législatif. Et
l'OCDE a regardé effectivement cette recommandation, et c'est un constat : la première étape pour
tous les pays pour le commerce
numérique, c'est de d'abord changer sa législation pour prévoir que
le commerce numérique, un site Web transactionnel,
occasionnera une présence assez importante dans l'économie pour être sujette à l'impôt, soit exploitation
d'entreprise en territoire canadien.
Le Président (M. Bernier) :
Merci.
M. Habel : J'ai déjà entendu, de la part, je crois, de quelques
collègues, de quelques experts, que certains pourraient se référer, par exemple, à l'émetteur de
carte de crédit pour charger, par
exemple, la TPS ou la TVQ. Qu'est-ce que vous pensez de cette alternative?
Mme Rizqy
(Marwah) : Bien, la personne
concernée, c'est celle qui a rédigé la thèse dans ce projet. Alors, j'ai
rédigé, en 2012, ma thèse de doctorat là-dessus.
J'ai regardé toutes les avenues possibles et impossibles pour être en mesure
de recevoir les TPS, TVQ, parce que,
présentement, une société étrangère, puisqu'elle n'a pas de
présence physique, c'est très difficile pour Revenu Québec d'aller la
collecter.
Certains
ont dit : On va demander aux services frontaliers de percevoir les taxes.
Le problème des services frontaliers, le
Vérificateur général a regardé, et, vous savez, on a acheté des
scanners à coût de 2 millions chacun, et ils fonctionnent à 20 %
de capacité parce que, trois fois sur cinq, ils sont en problème de maintenance
ou... jusqu'à quatre fois sur cinq, ils sont en problème de maintenance. Donc, ce n'est pas efficace, et la priorité
des douaniers n'est pas nécessairement le commerce en ligne.
Au niveau de
Postes Canada aussi on a regardé cette solution, et l'OCDE constate que les
postes, le service postal, pourraient
jouer un jeu... pourraient jouer, en fait... un acteur très important dans la
collecte de taxes et devrait le faire. Mais le problème, c'est qu'ils ne
le font pas tout le temps. Alors, il faudrait vraiment s'assurer que Postes
Canada est outillée parce qu'UPS et FedEx le
font parce qu'au passage ils se prennent une petite cote. Alors, si UPS et
FedEx sont capables de le faire, je
pense que Postes Canada, qui d'ailleurs regarde présentement sa situation
financière et cherche de nouvelles sources de revenus... ça pourrait
être une avenue possible.
Pourquoi que
je ne suis pas certaine que c'est la meilleure solution, c'est que les biens
tangibles qui vont être livrés, il y
en aura de moins en moins. Il y aura de plus en plus de biens intangibles. Les
applications mobiles ne passent pas par... aux frontières. Donc, il n'y aura pas besoin d'intermédiaire pour venir
livrer la marchandise. Donc, c'est pour ça que moi, je suis convaincue
que la meilleure source pour s'assurer de recevoir les recettes fiscales, ça
demeure les institutions financières. C'est
elles qui sont au coeur de 99 % des transactions conclues en ligne. C'est
en fait la porte d'entrée, c'est la porte
de sésame de toutes les transactions en ligne. Donc, elles sont capables de
recevoir, elles sont souvent capables de percevoir ces taxes, elles connaissent le montant, où est-ce que
l'individu est situé. Et d'ailleurs, à d'autres endroits, elles sont capables, dans certains pays, de collecter et
remettre les taxes de vente. Alors, c'est pour ça que je suis convaincue qu'encore, et je persiste et je signe, les
institutions financières sont les mieux placées pour percevoir des taxes de
vente en ligne.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de Sainte-Rose.
M. Habel :
Merci. J'aimerais aborder un autre sujet, soit peut-être une alternative que
certains ont apportée, le «reporting»
par pays pour, par exemple, afficher le pays dans lequel une personne opère,
les noms sous lesquels elle exerce et
les résultats financiers par pays. Est-ce que vous croyez que ce «reporting»
pourrait être une alternative intéressante pour contrer le phénomène de
l'évasion et des paradis fiscaux?
Le Président
(M. Bernier) : Mme Rizqy.
Mme Rizqy
(Marwah) : Bien, le «reporting» existe déjà, hein? L'OCDE n'a pas
vraiment réinventé la roue. On a
regardé les pratiques qui existent partout dans le monde, incluant dans le
Canada. Donc, nous aussi, au Canada, on a déjà des obligations de déclaration et des formulaires à remplir, ce
qu'on appelle le fameux feuillet T106. L'ARC en reçoit à profusion. Le problème, c'est comment gérer toutes ces informations et s'assurer
aussi que la main-d'oeuvre est qualifiée, à l'agence, pour traiter ce
genre d'information.
Le problème,
c'est que l'information émane de la multinationale. Il faut qu'elle soit
conséquente avec qu'est-ce qu'elle a
déjà signé comme entente secrète. Est-ce qu'elle va réellement le remplir
conformément? On a vu qu'avec Apple
ça n'a pas donné de suite. Le feuillet aurait
dû être rempli pour venir dire c'est quoi réellement, le coût. Tout
l'enjeu, en fait, va être de s'assurer, en quelque part, d'être capable
de bien identifier chaque transaction puis, entre les groupes interreliés, quel est le véritable prix de transfert.
Et c'est là l'enjeu d'aujourd'hui puis de demain. Là-dessus, il va falloir former les fonctionnaires à l'agence, tant à Revenu Québec qu'à l'ARC, d'ailleurs, pour
s'assurer qu'ils soient capables de bien identifier correctement un prix
de transfert.
Le Président (M. Bernier) : M.
le député de Pontiac.
M. Fortin
(Pontiac) : Oui. Merci, M. le Président. J'en profite pour saluer les
collègues, saluer leur retour ici, à Québec.
J'espère que tout le monde a passé un bel été. Merci d'être avec nous,
Mme Rizqy. Merci de partager ce que vous nous avez soumis aujourd'hui. C'est plaisant d'avoir des gens avec nous
qui veulent être avec nous, qui veulent partager de l'information, qui
veulent nous dire ce qu'ils ont à dire sur le sujet des paradis fiscaux.
Mon collègue, ici, de Sainte-Rose a parlé un
petit peu plus de vente en ligne. Moi, je veux vous ramener peut-être aux exemples concrets que vous avez mis
devant nous. Je pense qu'on va s'entendre que, s'il y a des paradis fiscaux, c'est parce qu'il y a des pays qui
pensent qu'ils y trouvent leur compte en quelque part, qui pensent qu'ils y
trouvent un certain avantage. Mais je
vous écoutais avec l'exemple que vous avez mis devant nous, l'exemple d'Apple,
et vous avez parlé de
16 milliards de profit, si je ne me trompe pas, déclarés en Irlande, pour
lequel l'Irlande ne faisait que 50 millions en perception. Le stratagème que vous nous avez expliqué disait
qu'essentiellement on y facturait toutes les dépenses de marketing, les dépenses juridiques, les dépenses
typiques de siège social. Là, on s'entend que siège social n'est pas là.
Donc, s'il n'y a pas les emplois rattachés
au marketing, aux services juridiques, aux sièges sociaux, s'il y a très peu
d'argent qui revient au gouvernement de l'Irlande, c'est quoi
l'avantage, pour l'Irlande, de faire ça?
Le Président (M. Bernier) :
Qu'est-ce qu'ils retirent de tout ça?
Mme Rizqy
(Marwah) : Humblement, si je peux me permettre, 50 millions de
dollars de taxes sans rien faire, pour
une écriture comptable tout simplement, pour inscrire que vous avez une
succursale qui équivaut à un siège social, c'est quand même beaucoup recevoir pour une simple écriture comptable.
De plus, je rappelle qu'au départ lorsqu'il y a 30 ans ils se sont installés en Irlande, Apple n'avait que quelques
emplois. L'Irlande avait des problèmes économiques qui persistent
toujours et n'avait peut-être que 80 employés à Cork, où est-ce qu'il y a
l'entreprise qui est installée là. Aujourd'hui,
c'est 6 000 emplois, 6 000 emplois en haute technologie. C'est quand
même considérable pour un petit pays. Mais je ne veux pas tirer de
conclusions hâtives.
Le Président (M. Bernier) :
Merci.
M. Fortin (Pontiac) : Selon...
Le Président (M. Bernier) : M.
le député.
M. Fortin (Pontiac) : Merci.
Merci, M. le Président. Il faut que je me réhabitue à la formule.
O.K., je peux
comprendre ce que vous êtes en train d'avancer en théorie, mais le risque pour
l'Irlande? Donc là, on a parlé de ce qu'ils peuvent gagner. Vous nous avez
expliqué aussi exactement ce qui se passe. On a parlé d'un cas où la
Commission européenne leur a dit : Bien, vous devriez aller chercher pas
mal plus. Est-ce que l'Irlande risque quelque chose? Est-ce qu'il y a une
pénalité d'associée à ce que vous nous expliquez, ce qu'ils sont en train de
faire, essentiellement? Ils reçoivent
50 millions, c'est bien, ils ont des emplois, c'est bien. Mais c'est quoi
qu'ils risquent en faisant ça, parce qu'en même temps ils retirent un
certain avantage fiscal, vous l'avez dit, là, à l'Espagne, à la Grèce, à toutes
sortes d'autres pays où Apple fait des ventes? Donc, est-ce qu'il y a mécanisme
par lequel l'Irlande peut être vraiment pénalisée pour ce qu'ils sont en train
de faire?
Le Président (M. Bernier) :
Mme Rizqy.
Mme Rizqy
(Marwah) : Ils sont un peu déjà pénalisés au niveau des autres pays
parce que l'Union européenne, présentement, je ne pense pas que tout le
monde est très content de qu'est-ce qu'il se passe en Irlande ni d'ailleurs en
Belgique ou ni même au Luxembourg. Mais c'est quand même une onde de choc.
faut comprendre que la première entente qu'il y a eu entre l'Irlande et Apple
date de 1991. Alors, imaginez, pendant
plus de 20 ans, vous eu un congé de taxe. Je ne pense pas que l'Irlande et
Apple pensaient qu'un jour on serait en
train de se parler de ça. C'est une entente qui était secrète. Il y a eu une
fuite d'information. La fuite d'information est arrivée au Luxembourg puis aux Pays-Bas. Des employés d'une firme comptable ont eu accès à de l'information, l'ont remise aux médias. D'ailleurs,
ces deux employés ont été condamnés à de la prison avec sursis et non pas
remerciés avec louanges pour leur acte de bravoure.
D'ailleurs, je vais me permettre aussi une autre parenthèse, le scandale de UBS, l'Union de Banques suisses. Celui
qui a parlé a fait de la prison. Oui, par la
suite, on l'a remercié avec un chèque de 104 millions, mais ça a été grâce
à la pression médiatique, qui a
dit : Ça n'a pas de bon sens que quelqu'un qui dénonce une situation, qui
apporte la preuve au FBI, c'est lui qui fait 40 mois de prison.
Le Président (M. Bernier) :
Un lanceur d'alerte.
Mme Rizqy
(Marwah) : Tous les sonneurs d'alerte font face au secret et font face
à plusieurs sanctions ainsi que le journaliste
qui a été poursuivi puis finalement blanchi. Ça, c'est très inquiétant, de
savoir qu'un journaliste qui reçoit de l'information peut être aussi
accusé pour avoir violé le secret commercial.
Mais, pour
revenir à votre question, quel est le coût pour l'Irlande d'aller chercher
20 milliards de dollars, un, ce
serait de dire et d'avouer en quelque part qu'elle est fautive. Je ne pense pas
que l'Irlande veut être fautive aux yeux des autres pays membres de l'Union européenne. Donc, c'est pour ça
qu'ils vont en appel. Mais aussi Apple s'installe là-bas, négocie. Sûrement que quelque part... et
là c'est de la spéculation, ce que je fais. Est-ce qu'on peut tirer la
conclusion qu'Apple a mis plus
d'emplois en Irlande en échange de faveurs fiscales? Peut-être que, oui, on
peut tirer cette conclusion. Mais ça
ne fait pas l'objet de la décision qui a été rendue par la Commission
européenne, c'est une conclusion que je pense que, oui, on peut en
tirer.
Le Président (M. Bernier) :
M. le député.
M. Fortin
(Pontiac) : Merci. Si demain
matin, là, Apple ou une compagnie multinationale quelconque est en train de
nous écouter en ce moment et dit : Ah! bien, vous savez, Mme Rizqy,
elle connaît ça, les paradis fiscaux, elle semble bien connaître ce qui
se passe, comment utiliser les règles en place pour le meilleur avantage fiscal
possible. Vous nous avez expliqué la
situation d'Apple, comment ils font pour réduire leur taux de taxation.
Qu'est-ce que vous leur recommanderiez,
comme consultante externe, pour en tirer encore davantage des différentes
législations en place?
Le Président (M. Bernier) :
Là, on vous demande de passer de l'autre côté de la clôture.
Mme Rizqy
(Marwah) : Avec beaucoup, beaucoup de respect, j'ai fait un choix très
conscient lorsque j'ai décidé de quitter la pratique privée pour aller
vers le secteur public. Et ce n'était pas parce que j'étais une dernière de
classe, loin de là. J'ai non seulement une
maîtrise en fiscalité internationale, j'ai étudié aux États-Unis, j'ai fait ma
maîtrise en fiscalité américaine internationale. J'ai aussi fait un
doctorat en fiscalité et, oui, j'ai aussi fini première pour les planifications fiscales internationales dans un
cours en fiscalité internationale. Et j'ai été capable de non seulement faire
une facture fiscale de zéro, mais en plus de recevoir un remboursement pour des
crédits remboursables.
Donc, je me permettrais de ne pas répondre à
votre question pour le simple souci que ma démarche à moi a toujours été de s'assurer que tout le monde paie
cette juste part. Et tout le monde va me dire : Mais c'est quoi, cette
juste part? Mais la règle du gros bon sens, elle vient d'une certaine
équité en traitement fiscal. Il faut s'assurer que, sur un spectrum, ceux qui sont plus nantis, bien, ils
vont en payer un peu plus. Et il faut aussi se rappeler que toutes ces grandes
multinationales dont on parle aujourd'hui,
en quelque part, lorsqu'elles ont commencé, c'étaient des petites entreprises
qui ont eu souvent des subventions
gouvernementales. Le gouvernement, c'est qui? Bien, c'est nous. C'est nous tous
ici puis c'est le citoyen.
Prenons
juste, par exemple, Google. Google n'a pas été créé du jour au lendemain avec
de l'argent uniquement privé, elle a
été subventionnée par le gouvernement américain. Et aujourd'hui Google aussi se
retrouve sur la sellette pour son téléphone Android pour avoir fait
aussi une pratique sensiblement pareille à Apple.
Alors, je
pense que, oui, il y a d'autres avenues possibles pour ne pas payer des impôts,
mais je pense que ce serait peut-être plus préférable d'en parler avec
mes homologues aux autorités fiscales dans un endroit plus privé.
M. Fortin
(Pontiac) : J'aime beaucoup votre réponse. D'accord, connaissant votre
parcours et le travail que vous faites pour gagner votre vie, le choix
que vous avez fait d'être une personne qui veut comprendre ce système-là pour l'améliorer pour le bienfait de tous les
citoyens... et je vous en félicite. Vous l'avez dit, dans le premier paragraphe
de votre mémoire, que ce qui est en
train de se passer alimente l'indignation du public, des bons payeurs de taxes,
des gens qui le font de façon honorable et honnête.
Qu'est-ce que
vous pensez de l'attitude... et, si vous avez écouté, disons, les travaux soit
de notre commission ou du comité
parlementaire fédéral, qu'est-ce que vous avez entendu de la part des certains
des témoins qui sont venus, comme les
banques, disons, qui étaient les premiers témoins, qui sont venus nous parler?
Est-ce que vous pensez qu'ils nous
ont dit tout ce qu'ils avaient à nous dire pour vraiment améliorer le système?
J'aimerais savoir votre perception par rapport au système bancaire
canadien. Est-ce qu'ils font vraiment tout ce qu'ils peuvent pour améliorer la
situation?
Le Président
(M. Bernier) : Mme Rizqy.
Mme Rizqy
(Marwah) : C'est une très bonne question. Je ne veux pas généraliser,
mais, si on regarde certaines planifications,
il y a non seulement le gouvernement, mais il y a aussi les banques qui sont
impliquées. L'argent ne dort pas sous
un matelas. L'argent est réellement quelque part dans des banques. Vous savez,
nous, on a mis en place... bon, on a
d'abord retiré les billets de 1 000 $ parce que c'était facilitateur
d'évasion fiscale. On a mis en place un mécanisme pour que, dès lors que
les transactions ont plus de 10 000 $, les banques fassent un signal.
Tout ça, c'est des très bons mécanismes.
Mais, dans les faits, la voie de contournement — quand je vous dressais le parallèle avec les
autoroutes — elle
existe pour de vrai, et cet argent-là va
quelque part. Mais, présentement, nos lois actuelles... les banques, c'est vrai
qu'elles appliquent nos lois
actuelles parfaitement. Elles répondent aux exigences des lois actuelles. Mais
le problème, c'est que nos lois, on ne les a pas adaptées pour s'assurer
de répondre à une nouvelle réalité.
Et là-dessus
je vais aussi me permettre de défendre les banques. Avec l'arrivée du bitcoin...
Le bitcoin, là, ça permet aisément de
faire de l'évasion fiscale, et même de la fraude fiscale, et même des
détournements de profits de certains États. Donc, là-dessus, il y a beaucoup d'enjeux, mais je ne doute pas que nos
banques canadiennes font des efforts. Mais je pense que certaines
pratiques sont douteuses et qu'on devrait regarder.
M. Fortin (Pontiac) : Il me
reste du temps, M. le Président?
Le Président (M. Bernier) :
Non, malheureusement, le temps est déjà écoulé. Nous allons passer du côté de
l'opposition officielle avec M. le député de Rousseau.
M. Marceau : Oui, merci,
M. le Président. Alors, bonjour, tout le monde. Bonjour, les collègues, chers
amis. Bonjour, madame, merci d'être là. J'ai
une question essentiellement qui porte sur les conventions fiscales. En fait,
c'est sur la capacité du Québec à agir unilatéralement dans ce dossier
parce qu'en fait la commission va devoir faire des recommandations, éventuellement, et on ne voudrait pas que les seules
recommandations qu'on puisse faire soient des recommandations d'attendre qu'un autre acteur, dans l'ordre
constitutionnel canadien, bouge. Alors, on aimerait bien que le Québec
lui-même puisse agir.
J'ai lu votre
texte. J'avais déjà lu aussi le texte précédent que vous aviez écrit avec
Gilles Larin, entre autres, là, pour
la commission Godbout. Donc, je reviens sur les conventions fiscales. Bien,
écoutez, plusieurs éléments, puis je vous laisserai répondre, puis tout en laissant un peu de temps pour mon
collègue aussi, de Rosemont, qui avait aussi une question.
Alors, en
fait, si j'y vais dans l'ordre, bon, est-ce que, d'après vous, le Québec
pourrait agir unilatéralement et se retirer?
Je sais qu'en principe il peut le faire, mais quels seraient les impacts de ça,
quelles seraient les conséquences? Et,
bon, bien sûr, le gouvernement canadien, lorsqu'il signe une convention,
renonce à son pouvoir de taxation dans certains cas ou plutôt il choisit
d'aller vers des taux d'imposition réduits. Mais la question que ça pose au
plan purement mécanique, là,
c'est : Quand on renonce, est-ce que le gouvernement canadien renonce
aussi à l'information qui permettrait de taxer?
Autrement
dit, si le gouvernement canadien renonce, dans une convention fiscale, à son
pouvoir de taxation et donne ça à l'autre pays, est-ce qu'il reçoit
malgré tout l'information qui lui permettrait de taxer puis qui pourrait être refilée au Québec, qui, par la suite, pourrait,
lui, choisir de ne pas appliquer un taux d'imposition de zéro? Je pense que
vous voyez un peu l'affaire, là. Je pense
que, moi, la difficulté, telle que je la comprends, c'est que le Québec
n'aurait pas accès à l'information même s'il n'adhérait pas à la
convention fiscale. En tout cas, je vous laisse élaborer sur ces questions-là.
Voilà. En gros, c'est ça.
Le Président (M. Bernier) :
Mme Rizqy.
Mme Rizqy (Marwah) : D'accord.
Alors, si je comprends bien votre question... Dans un premier temps, voulez-vous que je réponde pour le pouvoir
constitutionnel du Québec au niveau des conventions fiscales? Je pense que
ça pourrait être pertinent.
M. Marceau :
Ce n'est pas le constitutionnel, là. C'est vraiment plus au plan pratique, là.
Est-ce que c'est faisable? Est-ce que
ça... Moi, je sais que le Québec peut décider de ne pas adhérer, mais, si en
pratique on n'est pas capables de le faire de toute manière parce qu'on n'a pas
l'information... Bien, c'est bien beau de dire : Le Canada taxe 0 %,
moi, je vais taxer 20 %, mais,
si je ne suis pas capable d'avoir l'information sur les revenus et les dépenses
de l'entreprise parce que ce
transfert d'information se fait entre le fédéral puis le pays en question,
bien, en pratique, je ne suis pas capable de taxer, de toute manière.
Alors, c'est plus sur ces aspects-là que j'aimerais que vous élaboriez.
Mme Rizqy (Marwah) : Parfait.
Je vais le décortiquer, si vous me le permettez.
M. Marceau : O.K. Oui,
oui, allez-y.
Mme Rizqy
(Marwah) : Alors, par exemple, dans mon schéma, je parlais de
redevances. Nous, au Canada, on a l'impôt
de la
partie XIII, mais vous n'avez pas l'équivalent au Québec. Alors, ça cause
problème parce qu'au Canada l'impôt de
la
partie XIII, les redevances, il y aurait une retenue de 25 %, mais là,
oui, effectivement, la convention fiscale vient le réduire. Mais c'est sûr qu'en venant le réduire à 0 %, nous, on
a abdiqué notre pouvoir de taxation. Et ces redevances peuvent être majorées de façon très importante
artificiellement aussi pour s'assurer qu'il n'y a plus de recettes fiscales
taxables au Canada.
L'impact pour le Québec, c'est que, même si c'est un pouvoir uniquement
fédéral, mais c'est toute l'assiette
fiscale canadienne qui s'en trouve privée, de ces recettes, et, oui, il y a un
impact pour nous au Canada, surtout au Québec, parce que nos transferts
sont quand même importants, ceux qui viennent du fédéral.
Pour le
Québec, ce serait peut-être pertinent de regarder comment s'assurer que ces
recettes peuvent demeurer taxables au
Canada. Tantôt, lorsqu'on parlait de l'exploitation d'entreprise, on a une
disposition au Québec pour l'exploitation
d'entreprise, on devrait la modifier. D'ailleurs, c'est ce que je recommandais
avec mes collègues dans le rapport
qui a été présenté. C'est d'abord s'assurer que les recettes qui sont
réellement générées ici demeurent taxées. Puis, oui, on est capables de faire abstraction des conventions fiscales qui
ont été signées par le Canada au Québec. Est-ce que c'est souhaitable de
le faire? Ça, c'est une autre question.
Toutes les
entreprises ne sont pas toutes dans le même panier, et c'est pour ça qu'il faut
s'assurer que le cadre fiscal soit, un, normalisé et, deux, aussi stable pour
nos entreprises parce qu'il y a un impact. Mais il va falloir qu'on ait une discussion très sérieuse avec les homologues
fédéraux pour s'assurer que, lorsqu'ils prennent une décision et que cette
décision a un impact immédiat dans la
recette fiscale du Québec, mais qu'on doit s'assurer que le Québec ait aussi
son mot à dire et que les
considérations du Québec soient vraiment prises en compte pour s'assurer qu'à
la fin de la journée l'ARC puis
Revenu Québec communiquent directement ensemble lorsqu'il est question de prix
de transfert, mais ainsi que d'exploitation d'entreprise et la notion
d'établissement stable, qui est appliquée dans nos conventions fiscales.
Votre troisième élément de question, c'était
l'échange de renseignements. Non, ils ne sont pas automatiques présentement. Il y a une disposition qui est
prévue dans la convention fiscale, mais il faut la demander. Mais comment
qu'on fait pour demander quelque chose qui
n'est pas censé exister, qui est souterrain? On ne peut pas demander quelque
chose qu'on ne sait même pas qui existe.
Alors, c'est pour ça qu'il faudrait s'assurer que toutes nos informations et
que nos signataires de conventions
fiscales... lorsqu'on a une entreprise étrangère qui me demande, par exemple,
une réduction de taxes parce qu'elle dit qu'elle paie ses impôts, on va dire,
en Irlande, je devrais recevoir tout le dossier fiscal en entier, incluant le «tax ruling», l'«advance pricing
agreement». Mais, là encore, on prend pour position que notre homologue
est honnête à 100 % et qu'il joue franc jeu. Et là l'histoire nous démontre
que, pour quatre pays, ça n'a pas été le cas.
Le Président (M. Bernier) :
Merci.
M. Marceau : Je vous remercie.
Le Président (M. Bernier) :
Allez-y, M. le député de Rosemont, la parole est à vous.
M. Lisée : Merci. Merci, madame, pour la clarté et la
profondeur de votre réflexion. Je sais aussi que vous avez participé ces dernières années à la réflexion du Parti libéral du Canada sur ces questions-là. Vous étiez candidate. Je vous en félicite. Mais êtes-vous aussi déçue que moi de
la timidité des gestes qui ont été posés depuis l'élection de M. Trudeau?
Et, dans le dernier budget, pourquoi est-ce qu'il n'y a pas eu un grand coup de dénonciation des conventions fiscales, au
moins de proposition d'ouverture d'un
chantier? Comment expliquez-vous la timidité du gouvernement actuel, parce que nous,
on essaie de trouver des façons d'agir malgré, autour ou en plus, mais c'est
sûr que ça nous faciliterait le travail si le gouvernement Trudeau était
actif dans ce dossier-là.
Le Président (M. Bernier) :
Mme Rizqy.
Mme Rizqy
(Marwah) : Malheureusement, je n'ai pas été élue. Écoutez, je comprends votre propos, et effectivement vous remarquerez que j'ai
glissé une petite ligne, hein, à la fin de mon rapport, et que j'indique que la
commission d'observation sur la fiscalité canadienne, par nos Canadiens, c'était l'objet qui
a été lancé par le gouvernement
fédéral en réponse, en fait, au scandale de
KPMG. Pour moi, l'évasion fiscale, tout
le monde est d'accord,
l'évasion fiscale... j'ai fait
l'exemple où est-ce qu'il y avait quelqu'un qui ne déclare pas son compte de banque à
l'étranger, puis les intérêts, les
revenus générés sur le compte de banque, ça, c'est ce qu'on appelle la fraude,
l'évasion fiscale. Oui, c'est un problème qui est important,
mais le véritable problème, c'est l'évitement fiscal qui est commis par les
sociétés non canadiennes en territoire canadien. C'est ça, le
véritable enjeu. Oui, je pense que c'est ça qu'on devrait parler principalement,
pas uniquement, mais, oui, principalement. Et je pense que...
M. Lisée : ...dans votre
compréhension, que des gens de bonne volonté, progressistes, qui, de toute
évidence, aimeraient que ça n'existe pas, n'agissent pas? Qu'est-ce qui empêche
le gouvernement libéral actuel fédéral d'agir là-dessus?
Mme Rizqy
(Marwah) : Là, présentement, ils viennent de se saisir du dossier.
Tout comme vous, là, il y a à peu près
deux ans, on parlait encore d'évasion fiscale au Québec. Avec la commission
Godbout, tout le monde a commencé à parler
davantage d'évitement fiscal. On a arrêté de juste de parler d'évasion fiscale, d'évasion fiscale. Il
faut comprendre ces deux concepts.
Une fois qu'on a compris ces deux concepts puis le mécanisme que je vous ai
parlé, le prix de transfert et, après ça, les APA, effectivement, oui,
on est capable d'agir.
M. Lisée : Mais vous savez que les gens qui suivent ça de
près comprennent la différence depuis plusieurs années. Vous leur avez expliqué, M. Deneault nous l'a expliquée, je veux dire, ça fait longtemps qu'on est là, là.
Moi, lorsque je dis : Si j'étais
élu, là, dès l'automne 2018 dans la mise à jour fiscale, je dénoncerais les
conventions fiscales canadiennes pour commencer à dire à ces gens-là : Vous savez,
votre argent, là, maintenant, il est imposé au Québec. Ça fait qu'appelez
votre fiscaliste parce que vous allez tomber dans l'illégalité si vous ne le
déclarez pas.
Ça aurait pu
se faire dans le premier budget du gouvernement
libéral fédéral. C'est très facile à
faire, en fait à défaire ce que Paul Martin avait fait lorsqu'il était
là. Et ça n'a pas fait ou défait, et j'essaie de savoir pourquoi.
Mme Rizqy
(Marwah) : M. Lisée, je
vous rappelle que je viens à
titre de professeure chercheuse, aujourd'hui, et non à
titre de candidate libérale.
M. Lisée : Non, mais
vous connaissez bien, vous suivez ça de près.
Mme Rizqy (Marwah) : Mais je
vais me permettre de vous rappeler...
M. Lisée : Alors, en tant qu'analyste de ces choses et des
rapports de force politique qui font qu'on bouge ou qu'on ne bouge
pas...
Mme Rizqy
(Marwah) : En fait,
j'analyse la fiscalité et non la politique. Mon rôle est de chercher et de comprendre
des faits, et c'est ce que je fais. Et
présentement je comprends votre propos et votre ardeur et j'ai la même ardeur
et la même conviction que vous. Je
vous assure que, même moi, je saute d'un cran lorsque je vois des pratiques
aussi dommageables pas juste pour le Canada,
mais pour tous les citoyens du monde, parce
que lorsqu'une entreprise
devient une supranationale, c'est-à-dire qu'elle opère partout puis
qu'elle n'est responsable nulle part, elle devient en fait une société fictive,
mais seulement sur papier. Oui, ça m'enrage, moi aussi.
j'aimerais, moi aussi, dire : Bien, demain matin, on change tout ça. J'ose
espérer que ce sera fait. Mais 92 conventions fiscales, tantôt j'ai dit : J'ai beaucoup d'ambition, c'est
vrai que c'est ambitieux, comme projet. On doit commencer la réflexion. Et ça ne veut pas dire que ce que moi,
j'avance, c'est la bonne solution. Il
y a d'autres personnes, d'autres
parties prenantes, vous le savez, puis il y a aussi la courtoisie internationale
qui exige de discuter avec nos homologues et de s'assurer de trouver un terrain
d'entente.
J'ose espérer
que la réflexion sera uniquement sur l'évitement fiscal pour les deux
prochaines années, et qu'on trouve rapidement
un terrain d'entente, et que, oui, on revoit nos conventions fiscales et surtout
nos accords d'échange de renseignements fiscaux, qui, vous le savez, ne
valent pas grand-chose présentement.
Mme Rizqy (Marwah) : Ça me fait
plaisir.
Président (M. Bernier) :
Merci. Nous allons passer du côté de la deuxième opposition. Donc, M. le député de Beauce-Nord.
M. Spénard : Merci,
M. le Président. Alors, bienvenue aux
confrères en ce retour de l'été. Bienvenue, madame. J'ai bien apprécié
votre mémoire, qui a la qualité d'être clair et d'être très concis, contrairement
aux mémoires de certaines institutions financières, qui étaient très évasifs.
Là-dessus, on
parle beaucoup de l'impôt. Et je pense que vous avez un confrère, à
l'Université de Sherbrooke,
qui nous en a parlé longuement voilà à peu près
une couple d'années. Alors, on parle beaucoup de l'impôt
sur les produits, mais on reste au
point de vue impôt. Moi, j'aimerais savoir s'il n'y a pas des études qui ont
étudié le sens de dire : Écoutez, pour
les multinationales, il n'y a plus d'impôt, mais il y a une taxe sur les
produits qui sont vendus dans le pays. Est-ce qu'il y a eu des études? Autrement dit, on revient à taxer l'activité
économique dans le pays dans lequel ils font des affaires. Est-ce que cette option-là a été envisagée par
vous ou des recherches dans votre centre universitaire? Je ne sais pas comment
vous voyez ça, vous. Au lieu de parler
d'impôt, on va parler de taxes directes sur le produit vendu. Ça toucherait en
même temps le commerce en ligne. Ça
engloberait tout le monde. Alors, comment voyez-vous cette avenue de solution,
vous?
Mme Rizqy
(Marwah) : Oui, effectivement, il y a eu toute une réflexion.
Particulièrement, moi, j'ai fait la réflexion pour le commerce en ligne.
J'ai fait impôt sur le revenu et taxe de vente.
Au niveau des
taxes de vente, il y a aussi le rapport Godbout qui préconisait une hausse de
la TVQ basée sur le modèle européen.
J'ai émis, moi, des réserves, et mon collègue est très au courant de mes
réserves. Lorsqu'on compare le
système européen, c'est parfait parce qu'il opère en vase clos en Europe. Au Québec, nous, notre réalité
est totalement différente. On est vraiment confrontés à des
réalités économiques différentes. On a non
seulement les provinces qui nous
font compétition, et, si vous regardez sur les publicités en ligne, ça dit
clairement que, lorsqu'ils achètent, il y a une économie de taxe et qu'ils ne
paieront pas le même pourcentage qu'au Québec, même s'ils sont situés au Québec.
Et d'ailleurs vous avez aussi les compagnies américaines qui font de la publicité
agressive en territoire canadien qui invitent nos consommateurs à
acheter en ligne pour ne pas payer la TPS, TVQ.
Si on
augmente la TVQ, même de 1 %, les gens vont continuer d'acheter en ligne parce
que ça coûte zéro taxe de vente.
Alors, c'est sûr qu'il y a quelques études là-dessus qui préconisent une
hausse. Moi, je me mets encore des réserves. La taxe de vente, veux veux pas, pour une personne qui gagne moins de
revenus, elle est plus difficile à être absorbée qu'une personne qui
gagne plus de revenus. Là-dessus, je pense qu'il faut d'abord s'assurer que la
taxe qui existe présentement, le 15 %, soit collectée puis, présentement,
n'est pas collectée.
M. Spénard : Je m'excuse de vous interrompre, mais on s'est
mal compris. Moi, je ne vous parle pas d'augmenter la taxe pour les
individus. Je vous demande de taxer le produit vendu par les compagnies aux
compagnies.
Le Président
(M. Bernier) : Avant qu'il n'entre.
M. Spénard :
Pardon?
Le Président
(M. Bernier) : Avant qu'il n'entre.
M. Spénard : C'est ça. Je ne parle pas d'augmenter la taxe de
vente «at large» pour tous les citoyens du Québec,
je parle juste de... On sait très bien que, je ne sais pas, moi, il y a eu
3 millions d'Apple vendus au Québec. Bien, écoutez, Apple,
3 millions de Apple vendus, voici ce que ça coûte ici. Bonjour. Vous ne
payez pas d'impôt, mais vous payez la taxe sur le produit.
est capable d'avoir ces données-là. D'ailleurs, on les a toutes. Même les commerces en ligne, on
pourrait toutes les avoir si on
faisait affaire avec les compagnies de crédit, avec les cartes de crédit, et
tout. On pourrait tout savoir ça, quelle compagnie qui a vendu ici. On
taxe directement la compagnie.
Mme Rizqy
(Marwah) : Le problème...
M. Spénard :
Ce n'est pas plus simple, ça?
Le Président
(M. Bernier) : Mme Rizqy.
Mme Rizqy
(Marwah) : Non, malheureusement, ce ne serait pas plus simple parce qu'au contraire vous allez
accentuer le problème parce que la filiale canadienne vient d'augmenter son
coût d'acquisition. Donc, vous avez encore moins d'impôt sur le
revenu... son coût d'acquisition du bien.
M. Spénard :
Oui, mais on n'aurait plus d'impôt. On aurait juste la taxe sur le produit.
Mme Rizqy
(Marwah) : On n'aurait plus d'impôt corporatif?
M. Spénard :
Du tout.
Mme Rizqy
(Marwah) : Ah bien...
M. Spénard : Parce que l'impôt corporatif est trop facile à
contourner. Alors, si on avait directement la taxe sur le produit, qui compense
largement l'impôt qu'ils devraient payer, alors, on vient de régler le
problème. Comment pourraient-ils contourner ça? À chaque produit vendu, vous
nous devez tant.
Mme Rizqy
(Marwah) : C'est ce que Tim
Cook, le président d'Apple, aussi soutient, d'enlever l'impôt corporatif,
mais il n'y a pas d'étude là-dessus,
mais il y a beaucoup lobbyistes là-dessus pour éliminer
partout dans le monde l'impôt corporatif.
Je ne sais pas si moi, j'adhérerais à cette proposition. Et, non, je n'ai pas
étudié la question d'enlever l'impôt corporatif.
J'ai plutôt étudié la question de comment s'assurer que l'impôt corporatif et
la taxe de vente, la taxe de consommation, soient récupérées et taxer au
bon endroit, c'est-à-dire asseoir correctement nos revenus.
Le Président
(M. Bernier) : M. le député.
M. Spénard : On sait que la taxe de vente est facilement
identifiable parce que c'est l'acheteur qui la paie. Tu sais, on se concentre beaucoup
plus sur l'acheteur au lieu de se concentrer sur les corporations et les
multinationales. Alors, moi, est-ce
qu'on peut revirer ça, se concentrer sur les multinationales, les grosses
entreprises, pour dire que, écoutez, on
s'aperçoit que l'impôt sur le revenu, là, l'impôt des corporations, c'est
détourné, c'est soit de l'évasion, soit de l'évitement? Bien, souvent, c'est de l'évitement fiscal avec les KPMG de
ce monde, comme vous l'avez dit, et les Deloitte, puis amenez-en tant que vous voudrez. Mais, si on
taxait directement le produit vendu aux compagnies, pas augmenter
la taxe de vente, là. Moi, je vous parle, écoutez,
là, vous sortez un produit, vous voulez en vendre, au Québec?
Voici ce que ça coûte par produit. C'est tout. Ça ne serait pas plus
simple?
Le Président
(M. Bernier) : Mme Rizqy.
Mme Rizqy
(Marwah) : Je ne sais pas si
ça ne serait pas plus simple et j'ai peur de vous décevoir parce que ma
réponse est encore la même. Et je ne veux pas non plus gaspiller votre temps à
vous dire que je n'ai pas plus étudié la question sur cet aspect. Je ne
voudrais pas m'avancer, vérifier si, oui ou non, ça serait plus simple.
Le Président (M. Bernier) :
Merci.
Mme Rizqy
(Marwah) : Désolée.
Le Président (M. Bernier) :
M. le député, il vous reste environ une minute.
M. Spénard : O.K. Je reviens à la question de mon confrère de Rousseau.
En ce qui concerne les conventions fiscales,
vous marquez dans votre rapport qu'il y a 92 conventions fiscales de signées
avec le Canada, et il y en a une seule que le Québec a signée avec la France. Et vous dites que c'est
difficile parce que les conventions fiscales, le gouvernement fédéral... les conventions fiscales signées par le gouvernement fédéral peuvent influer sur l'assiette fiscale du Québec.
Mais, d'après vous, à l'heure actuelle dans
un système fédéral, qu'est-ce qui nous empêche de ne pas
respecter les conventions fiscales canadiennes
qu'ils ont signées, sauf celles-là qu'on signe nous-mêmes étant donné que nous
faisons notre propre rapport d'impôt au Québec?
Le Président (M. Bernier) :
Mme Rizqy.
M. Spénard :
Qu'est-ce qui nous empêcherait ça?
Mme Rizqy
(Marwah) : Si je comprends
bien votre question, qu'est-ce
qui empêche le Québec de faire abstraction des conventions fiscales
signées par le Canada?
M. Spénard :
C'est ça, exactement. Dans un système canadien, là. Je ne veux pas faire de
politique avec ça, là.
Mme Rizqy
(Marwah) : Il n'y a absolument rien qui empêche le Québec de faire fi
des conventions fiscales, mais c'est
une question de courtoisie et aussi une question d'harmonisation, de s'assurer,
pour nos contribuables, d'avoir un
même régime qui est assez similaire, un même traitement. Le problème, ce n'est
pas que Québec devrait agir seul. Est-ce qu'il a la capacité d'agir seul? Parfaitement, il a la capacité d'agir
seul. Mais est-ce que c'est souhaitable dans le monde actuel, où est-ce que toutes les économies... en
fait, les frontières n'existeront presque plus en matière d'économie? Alors,
ce serait très difficile pour le Québec de
faire fi des conventions fiscales. Il faudrait que lui-même, par la suite,
commence à signer d'autres conventions fiscales pour s'assurer qu'il n'y
a pas de problème de double imposition.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de Mercier.
M. Khadir :
Merci, M. le Président. D'abord, je tiens à féliciter la professeure Rizqy pour
sa présentation. Vous savez,
Mme Rizqy, depuis son existence, Québec solidaire dénonce ces phénomènes
d'évasion et d'évitement fiscal. Nous sommes
contents... moi, sincèrement je salue l'activité de notre commission. Je prends
pour acquis l'engagement, je dirais, sincère,
de bonne foi, de tous les parlementaires à essayer de trouver des solutions et
je pense que votre contribution va certainement nous aider.
Je vous
signale — comme
vous aviez eu des ambitions politiques avant, vous pourriez en avoir dans le
futur — il ne faut quand même pas être naïf, l'Irlande a
appliqué une recette néolibérale. C'est l'idéologie néolibérale qu'on est tous
en compétition les uns contre les autres,
que c'est la guerre de tout le monde contre tout le monde en matière
économique. En fait, ils ont utilisé
les moyens qu'on utilise dans la guerre, c'est-à-dire le secret, les ententes,
les manoeuvres pour tirer l'assiette
de leur côté. C'est tout. C'est une recette néolibérale, malheureusement, qui,
aujourd'hui on se rend compte, détruit
nos économies de manière... sur une large échelle. Et je suis content que tout
le monde le reconnaisse aujourd'hui. Je pense qu'il faut en convenir.
Mais je ne
vous apprendrai rien en disant qu'il me semble qu'un gouvernement n'a pas
d'autorité morale, n'a pas vraiment moyen d'agir si sa parole est mise en
doute. Si nous, on dit ici qu'on lutte contre l'évasion fiscale puis ensuite
on conclut des ententes avec des fugitifs
fiscaux, avec des évadés fiscaux, je pense que la population ne nous prendra
pas au sérieux, et les entreprises
elles-mêmes ne prendront pas notre volonté au sérieux. Je vous en parle parce
que le gouvernement a conclu une
entente avec Uber. Uber, vous l'avez dénoncé, fait
partie de cet ensemble des
fugitifs fiscaux qui veulent échapper
à tout impôt et qui sont constamment en manoeuvre pour ne pas payer leur impôt.
Est-ce que c'est la bonne manière
d'agir? Parce que vous avez dénoncé une autre entente secrète, vous
dites que ça n'a pas de bon sens quand
on offre quelque chose de souterrain à des gens qui ne veulent pas payer
d'impôt comme Apple. Est-ce qu'on peut dire ça d'Apple puis agir avec
une entente avec Uber pour lui donner des avantages?
Le Président (M. Bernier) :
Mme Rizqy. Question difficile?
Mme Rizqy
(Marwah) : Toutes les questions sont toujours difficiles. Je vais
commencer avec les fleurs, et le pot viendra par la suite.
Les fleurs.
Dans un premier temps, c'est sûr qu'aller chercher pour le gouvernement du
Québec déjà les taxes de vente, c'est un immense pas, considérant la
situation actuelle d'Uber partout dans le monde.
Au niveau de
l'impôt sur le revenu, le 20 % dont je vous parlais, je ne parle pas de
l'impôt des chauffeurs parce qu'Uber
va devoir donner de façon, je pense, trimestrielle les données sur les
chauffeurs pour l'impôt sur le revenu, l'impôt sur le revenu corporatif,
celui qu'Uber B.V. perçoit, ça a été une très belle opportunité. Et je n'étais
pas
partie des discussions ni des
négociations. Donc, je ne sais pas si, durant les négociations, il y a
quelqu'un quelque part qui a allumé puis
qui s'est dit : Ah! bien, le 20 %, qu'est-ce qu'on fait avec ce
20 %? Et je ne sais pas si quelqu'un a allumé pour dire : Est-ce que, dans nos lois
fiscales québécoises, on est capable d'aller chercher ce 20 %, d'avoir
même une petite portion de ce 20 %? Je ne sais pas, mais je n'ai
pas la réponse.
M. Khadir :
Mais, Mme Rizqy, on peut l'avoir parce qu'on doit avoir les recettes pour
pouvoir calculer l'impôt, les taxes
de vente et l'impôt des chauffeurs. Donc, on connaît le 20 %. D'ailleurs,
je vous signale qu'ailleurs quand Uber prend
le contrôle du marché ça monte jusqu'à 40 %. Donc, ça va être de gros
montants. C'est des centaines de millions de dollars.
Mme Rizqy (Marwah) : Je suis
d'accord qu'on connaît leur recette, mais je... mais ma question...
M. Khadir :
Non, il n'y en a pas eu, je peux vous l'assurer. Il n'y a rien dans l'entente
parce que le gouvernement l'aurait
dit. Nous avons quand même les grands termes de l'entente. Il n'y a rien qui a
été prévu pour qu'Uber paie ses impôts.
Alors, à ce moment-là, est-ce que ça peut marcher, un gouvernement qui
dit que je lutte contre l'évasion fiscale puis conclut des ententes ici avec Uber, ensuite on donne des contrats à
des gens qui sont sur la liste des Panama Papers, on les soutient financièrement? C'est-à-dire, on
démontre qu'on n'a pas vraiment de volonté réelle d'agir en cohérence.
Est-ce que ça peut marcher quand même?
Président (M. Bernier) : Si vous n'avez pas de réponse, le temps
est maintenant écoulé, Mme Rizqy. Vous avez l'opportunité d'une
courte réponse. Allez-y.
Mme Rizqy (Marwah) : Je peux
répondre?
Le Président (M. Bernier) :
Oui, oui, oui.
Mme Rizqy
(Marwah) : Bon, parfait, merci. J'aime ça répondre. Alors, à la
question qui m'a été posée. Il faut être
conséquent, et, oui, effectivement, si vous parlez aujourd'hui d'évasion
fiscale et d'évitement fiscal et que vous avez vraiment un intérêt sur cette question... Et, malgré l'entente qui a été
conclue avec Uber, je pense qu'il est encore temps de changer certaines dispositions de la loi de
l'impôt du Québec pour s'assurer que l'argent qui est vraiment généré au
Québec par Uber ou par n'importe quelle société qui opère dans le même type
qu'Uber, c'est-à-dire l'ère numérique, s'assurer
que ces impôts soient vraiment perçus et collectés au Québec parce que les
activités réellement générées sont au Québec.
Et je me
permets aussi de conclure, et je fais de longues conclusions, qu'aujourd'hui on
parle d'Uber. Demain, on parlera
d'une autre entreprise. Si on n'agit pas aujourd'hui sur cette question, quand
allons-nous agir? Quand est-ce qu'on va s'assurer que les activités
réellement générées au Québec soient restées et taxées au Québec au niveau de
l'impôt corporatif? Oui, il y a la loi, oui,
il y a les conventions fiscales, mais on est capable de faire les petites
modifications pour s'assurer, du
moins pour le Québec, d'avoir nos recettes fiscales. Et, une fois qu'on va le
faire, on va s'assurer que ce congé de
taxe... Parce qu'en fait c'est de ça qu'il est question, hein? C'est un congé
de taxe. Ces entreprises ont pris non seulement un congé de taxe, un
congé de moralité, d'éthique et, à quelque part, de conscience sociale.
Président (M. Bernier) : Merci infiniment de votre
présentation, Mme Rizqy. Ça a été très, très intéressant. Je pense
que les parlementaires ont pu en bénéficier.
Mme Rizqy (Marwah) : Merci.
Le Président
(M. Bernier) : Je vais suspendre quelques instants afin de
permettre à notre prochain invité de prendre place. Je suspends.
(Suspension de la séance à 10 h 37)
Président (M. Bernier) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Donc, nous reprenons. Donc, je souhaite la
bienvenue à M. André Lareau, qui
vient nous rencontrer ce matin. Merci de votre participation à la Commission des finances publiques sur ce
sujet extrêmement important.
M. le
secrétaire... Je vous invite donc, M. le secrétaire, à procéder à
l'assermentation du témoin, conformément
à l'article 52 de la
Loi sur l'Assemblée nationale, et je vous demande de vous lever et de lire à
haute voix la déclaration qui
vous sera fournie.
M. Lareau (André) : Je,
André Lareau, déclare sous serment que je dirai toute la vérité et rien que la
vérité.
Président (M. Bernier) :
Je vous remercie. Donc, vous bénéficiez donc de l'immunité pour votre
témoignage et vous pouvez maintenant nous présenter votre présentation.
Vous avez 15 minutes.
M. Lareau (André) : Je
vous remercie de l'aimable invitation.
Je n'ai pas
préparé de document puisque c'est une pensée évolutive qui, en fait, m'habite
et puis qui fera l'objet de mes
propos. Et cette évolution, ma foi, elle est alimentée... en fait, elle a été
alimentée jusqu'à ce matin. Donc, somme toute, il n'y a aucun document.
Voilà.
En résumé,
Laurent Laplante m'a déjà dit il y a une vingtaine d'années, lors d'une conférence
fiscale que j'avais organisée, il
dit : On ne peut contrôler ce qu'on ne voit pas. C'est ça, la fiscalité internationale, et c'est ça, les paradis fiscaux.
Si je vous
disais que le
titre d'Apple, depuis la décision de la Commission
européenne, est passé de 105 $ à
115 $ avec une dette de
13 milliards de dollars? Si je vous disais que l'article 6 de l'accord
d'échange de renseignements entre le Canada
et le Panama, l'État de Panama... l'accord entre le Canada et le Panama est le
seul qui ne contient pas d'article 6, qui,
lui, se retrouve dans les 21 autres accords, qui prévoit, cet
article 6, que le
Canada peut faire la demande de se rendre sur place pour investiguer, pour poser des questions et être
physiquement sur place? Le Canada, dans son accord avec le Panama, ne contient pas cet
article 6. C'est le
seul. On peut se poser des questions. Pourquoi, avec le Panama, il n'y a
pas de tel article? Enfin!
Je ferai un
début, hein, un essai, finalement, portant, au départ, sur les distinctions
qu'on doit faire, malgré ce que M. Lisée
disait ce matin, sur la différence entre l'évasion fiscale, puis l'évitement
fiscal, et l'optimisation. Je ne suis pas convaincu qu'on soit dans la
bonne voie avec notre notion d'évitement fiscal.
Je vous dirai effectivement que, quant
à moi, la question
des paradis fiscaux, de l'évitement fiscal et de l'évasion fiscale... Je ne parle même pas de l'évasion
fiscale des voleurs qui cachent ça sous le matelas. Ça, c'est autre chose.
Quand on cache, on ne voit pas puis on ne peut pas découvrir. Je parlerai
davantage de techniques visant à en arriver à ces résultats-là. On a une responsabilité partagée ici, responsabilité partagée, et ma collègue qui... Pre Rizqy, tout à l'heure... Rizqy disait tout à l'heure, effectivement, que la législation est en cause, donc problème législatif,
un problème de tribunaux aussi. Les
tribunaux ont froid. Les tribunaux, finalement, sont frileux. Les tribunaux refusent de parler de
moralité fiscale et les tribunaux le disent clairement que la moralité fiscale
n'a rien à voir avec l'interprétation de la fiscalité. Et, bien sûr, le
troisième acteur important dans la cause des paradis fiscaux, ce sont les
grands cabinets, les organisateurs, bien
sûr, de stratégies fiscales qui se bousculent de façon à recruter une clientèle
qui va permettre d'engranger davantage de profits pour ces cabinets.
L'évasion
fiscale, bien sûr, est la notion d'ignorer délibérément une disposition de la
loi, l'optimisation fiscale, à
obtenir des avantages fiscaux de façon légitime en organisant ses affaires de
façon correcte. Et l'évitement fiscal, et c'est là où est le problème, il y a des dispositions
spécifiques dans la loi qui traitent d'évitement fiscal en matière
internationale, en matière interne,
et il y a une disposition générale qui existe maintenant, l'article 245, au
niveau fédéral, notamment. Et
l'article 245 vient définir l'évitement fiscal. Et il y a une définition, donc,
de l'évitement. Et puis on nous dit que c'est une opération... donc, l'opération d'évitement est une opération... et c'est
dans la loi qui est ici, là, c'est la Loi de l'impôt, hein, donc s'entend de l'opération dont découle
directement ou indirectement un avantage fiscal. Bon, un avantage fiscal.
Donc, toute opération dont découle
l'avantage fiscal, c'est une opération d'évitement, «sauf s'il est raisonnable
de considérer que l'opération est
principalement effectuée pour des objets véritables — je continue la lecture de la loi — l'obtention de l'avantage fiscal
n'étant pas considérée comme un objet véritable».
Alors, le
contribuable a le fardeau de démontrer ici qu'il y a un objet véritable, un
objet d'affaires, un objet d'entreprise.
Et donc, dans cette affaire-là, qui a donné lieu à l'article 245, on réfère à
l'affaire Stubart, la Cour suprême en
1985. Et là-dedans le problème, c'est que la cour a eu à interpréter la loi
actuelle, et l'Agence du revenu, le ministère du Revenu, à l'époque, tentait de dire au tribunal : Regardez bien,
nous autres, on a un problème, là, parce que la Loi de l'impôt ne permet pas... en fait, on voudrait que
vous, le tribunal, nous disiez, à l'agence, que les transactions effectuées
pour des fins fiscales seulement sont des transactions qui ne passent pas le
seuil, qui sont incorrectes au sens fiscal.
Et le tribunal, qu'est-ce qu'il a dit? Le
tribunal a dit : On va évaluer ça parce qu'aux États-Unis il y a un test
d'«economic substance». Il faut qu'il y ait une substance économique à cette
réalité-là. Et le tribunal, donc, a étudié deux
auteurs, Ward et Cullity, qui sont des fiscalistes de renom, qui, eux, Ward et
Cullity, ont dit dans leur texte que la fiscalité faisait
partie de la vie courante des... on disait des hommes
d'affaires à l'époque, on ne disait pas des gens d'affaires, mais des gens d'affaires, et donc la réduction de
l'impôt est une dépense commerciale légitime, disait-on. Puis la Cour suprême ayant dit ça, elle a dit... bon, elle
dit : Ceci étant la réalité des gens d'affaires, donc, que la fiscalité
constitue une dépense commerciale
légitime, bien, nous, la Cour suprême, on n'ira pas conclure aujourd'hui qu'il
faut avoir un objet autre que fiscal
puisque la fiscalité est un objet commercial véritable. Et au surplus la cour a
dit, elle dit : Si effectivement on
pouvait mettre de côté des transactions pour des raisons fiscales, et c'est là
la folie de cette décision-là, la cour a dit : Si on pouvait mettre de
côté des transactions qui ont un objet fiscal, ça voudrait donc dire qu'on
pourrait mettre de côté des transactions
qui ont été effectuées à la lumière d'une disposition de la loi où le
contribuable, corporatif ou autre, a dit : Moi, je voudrais profiter d'une disposition de la loi qui permet... par
exemple, crédits de recherche et développement, c'est permis par la loi. Mais
la Cour suprême a expressément dit : Nous pourrions alors, s'il y avait un
test, donc, d'objectif autre
que fiscal, mettre de côté les transactions qui visent la recherche et le développement.
Ça ne se
tient pas. Ça ne se tient pas. Et donc la Cour suprême, voyant ça, a
dit : Bien, il n'est pas nécessaire, dans notre
loi, d'avoir un objectif commercial véritable. Et toutes les transactions qui
ont été faites, même pour des objets fiscaux, sont valables. Et, si le législateur veut agir, c'est à lui à agir, ce
n'est pas à nous, les tribunaux. On a donc créé l'article
245 à la suite de cette décision-là, qui est tout à fait aberrante.
Traitons un peu de
l'assujettissement à l'impôt canadien et québécois. Bon, on prend le canadien
puis on fait l'harmonisation québécoise.
Un contribuable, c'est la notion de résidence qui est importante ici, au Canada
et au Québec. L'assujettissement
se fait par la résidence. Donc, le résident fiscal est imposé sur son revenu
mondial, corporatif ou non.
La corporation de la société par actions, elle,
sera résidente du Canada dans deux circonstances : si elle a été constituée au Canada depuis 1965, donc une
société constituée aujourd'hui ici, au Canada, est résidente, ou bien si des décisions importantes se prennent ici. Alors, les décisions importantes
qui se prennent ici, ça fera en sorte
qu'elle sera donc résidente ici. Et,
si elle est résidente, elle doit payer de l'impôt au Canada, donc sur son
revenu mondial. Bien, payer, donc, de
l'impôt sur le revenu mondial, ça veut donc dire que, peu importe qu'on fasse
des affaires aux Bahamas, à la Barbade
ou en Italie, on va payer de l'impôt ici. Mais les décisions importantes,
jusqu'à maintenant, les tribunaux nous disent :
Bien, allons voir où le conseil d'administration se réunit. C'est facile de
prendre l'avion puis d'aller à la Barbade, prendre les décisions là-bas une journée puis on revient ici. On
pourrait aussi modifier ce test de résidence pour en arriver à une conclusion un petit peu semblable à ce que
la Cour suprême a dit dans l'affaire St. Michael Trust, l'affaire Garron,
il y a quelques années, à l'égard d'une
fiducie où on est allé voir... parce qu'il y a des Canadiens qui avaient créé
une fiducie à la Barbade, et on est allé voir exactement ce qui avait
été fait là-bas et qui prenait les décisions. Alors, les décisions étaient prises par des Canadiens qui étaient
bénéficiaires de la fiducie, alors que les fiduciaires étaient à la Barbade. On
a dit : Bien, les décisions sont prises en réalité par ces
Canadiens-là. Donc, la fiducie est résidente canadienne.
Les tribunaux
ont de la difficulté à franchir le pas à l'égard des sociétés par actions et
d'en arriver à une conclusion comme
celle-là ou bien c'est simplement que l'agence du revenu ait de la difficulté à
cerner qui est le vrai preneur de décision. Mais il y a un problème,
donc, au niveau de la résidence.
Pour les sociétés, le problème, c'est qu'elles
ont une espèce de don d'ubiquité, ce que le particulier n'a pas, l'individu n'a pas.
La société, elle, peut être
résidente ici, mais, bien sûr, elle va se constituer des filiales à l'étranger.
Or, il n'y a pas d'impôt canadien sur
le revenu d'une filiale étrangère, sauf, bien sûr, dans des circonstances où on
parle des règles de FAPI, donc du
revenu passif. Alors, si une société A, canadienne, crée une filiale aux
Bahamas, bien, il n'y aura pas
d'impôt canadien pour sa filiale B des Bahamas sauf si le revenu des Bahamas
est un revenu davantage d'ordre passif : revenus d'intérêts, revenus de placements. Puis, même encore là, les
revenus d'intérêts pourraient effectivement se qualifier par d'autres
façons. Mais, si c'est simplement pour aller faire du stationnement d'argent
aux Bahamas, pour faire du placement, à ce
moment-là, il y aura bien sûr l'application des règles de FAPI et imposition
pour la société mère canadienne.
Mais,
autrement que ça, la société des Bahamas pourrait très bien faire des affaires
aux Bahamas et, dans le cadre d'une
entreprise, ne pas payer un sou d'impôt au Canada. Et ceci, on ne parlera pas
de fraude fiscale, on ne parlera pas d'évitement fiscal, on va parler
d'optimisation fiscale. Pourquoi? Parce que la loi le permet.
Mais où est
le problème? Mais le problème, c'est que le Canada a signé, et, ma consoeur
l'indiquait tout à l'heure, il y a 22 accords d'échange de renseignements
signés entre le Canada et les diverses juridictions, qui, la plupart,
étaient... en fait, sont encore, donc sont des paradis fiscaux, bon.
Ça a
commencé, ça, ici en 2007, à la suite du budget Flaherty, où il y a eu une pression
de l'OCDE, où l'OCDE a dit aux États qui étaient davantage sur une liste grise
ou même noire : Signez 12 accords d'échange de renseignements pour sortir de cette liste grise ou noire. Alors,
les États, bien sûr, davantage paradis fiscaux étaient à la recherche d'accords
d'échange de renseignements pour se rendre
au chiffre 12, le chiffre magique. Et le Canada a levé la main puis le Canada
a dit : Aïe! On est là. On veut signer
avec vous. Les paradis fiscaux étaient enchantés
de signer avec le Canada. Le Canada
a dit : Non seulement on va signer
avec vous, on va vous donner un bonbon. On va vous donner, finalement, la possibilité à vous, États
étrangers avec qui on va signer un accord d'échange de renseignements, pas une convention fiscale, un
simple accord d'échange de
renseignements, on va vous donner l'avantage fiscal que nous donnons à tous nos
pays, aux 92 pays avec lesquels on a signé une convention fiscale, on va
vous donner la possibilité de créer des sociétés mères dans cet État étranger et de rapatrier les sommes ici, au
Canada, sans impôt canadien s'il y a exploitation d'entreprises dans ce
pays-là. Et c'est ce qui a été fait.
La notion de
«surplus exonéré», qui se retrouve au paragraphe 5907, donc, des règlements de
la Loi de l'impôt, prévoit que les sommes gagnées dans une entreprise
exploitée dans un pays avec lequel le Canada a signé un accord d'échange de
renseignements se qualifient, ces sommes se qualifient, comme surplus exonéré
et bénéficient donc du rapatriement au
Canada sans impôt. Résultat des courses : zéro impôt généralement là-bas,
et la somme revient par voie de dividende, zéro impôt canadien.
Qu'est-ce
qu'on fait du cordonnier qui est ici, qui a constitué sa société par actions et
qui paie 15 % fédéral, bon, 10,5 % s'il a droit à la déduction
des petites entreprises, il paie son 11,8 % ou un peu moins au Québec,
selon les circonstances, peut-être 8 %
au Québec? Donc, il paiera une somme d'impôt québécoise et canadienne, alors
que l'autre, qui a décidé d'aller faire affaire aux Bahamas, au Panama,
hein, bon, dans un des 22 pays, il n'y en aura pas, d'impôt canadien. Moi, j'ai
de la misère à expliquer ça à quelqu'un sans dire : Il y a un problème à
quelque part, il y a un déséquilibre, il y a une injustice flagrante. Et donc
il y a un coût important ici pour le Québec et pour le Canada.
L'OCDE a
bien sûr produit son rapport du BEPS. Bon, vous avez entendu parler du rapport
du BEPS, je ne reviendrai pas
là-dessus aujourd'hui. Il y a de l'ouvrage qui est fait de ce côté-là. C'est bien.
C'est un effort concerté des pays, mais il faut regarder nous autres mêmes qu'est-ce qu'on peut faire, et
qu'est-ce qu'on a fait, et qu'est-ce qu'on devrait faire.
Avec les
accords d'échange de renseignements, bien sûr, bon, c'est un problème, mais il
y a aussi le problème de la Barbade.
Le problème de la Barbade, il est bien, bien simple. Depuis 1980, 1981,
convention fiscale, ici, avec la Barbade, entre le Canada et la Barbade,
l'article... et puis, bon, on prévoit bien sûr... convention fiscale, donc on
peut rapatrier les profits sans impôt. Puis, vous le savez, donc, il y a eu,
bien sûr, l'ancien premier ministre du Canada, Paul Martin qui y était. Et Canada Steamship Lines n'était pas à la
Barbade au départ, il était au Liberia. Cette société était au Liberia
en 1991. Quand le Vérificateur général du Canada a dit : Aïe! Un instant,
là! Le règlement 5907, paragraphe
11, là, dans notre loi, ici, prévoit simplement qu'on peut rapatrier des
profits au Canada d'une société qui était... d'un pays indiqué au
paragraphe 11 du règlement 5907. Et le Liberia faisait
partie de cette liste-là
à l'époque. Et le Vérificateur général du Canada a dit : Bien, il y a un
problème. Le Liberia, ce n'est pas vraiment un pays ami avec le Canada, notamment, entre autres, au sens fiscal,
notamment. Donc, il faut enlever ça. Et donc CSL International était résidente
du Liberia, a dit : Il y a un problème.
Donc, on ne pourra plus rapatrier les profits sans impôt au Canada. On déménage
à la Barbade.
déménagement à la Barbade pour s'apercevoir, et bien sûr, que les
«international business companies» créées à la Barbade n'étaient pas des sociétés qui se qualifiaient en vertu de
la convention fiscale Canada-Barbade.
L'article 30 de cette convention-là excluait alors les «international
business companies», les IBC. Or donc, il y a un problème parce que les dividendes ne pouvaient pas entrer en
franchise d'impôt. Paul Martin, alors ministre des Finances, modifie le
règlement. C'est un règlement qui est
modifié, ce n'est pas la loi, donc le ministre fait le changement de règlement,
et 5907.(11.2) est modifié pour
ajouter simplement que, si la société est résidente d'un pays qui a conclu une
convention fiscale, mais qui, compte
tenu de cette convention fiscale, exclut expressément la société, bien, à ce
moment-là elle sera réputée être valide au sens de la convention fiscale. Donc, on a ramené les IBC à
l'intérieur de la convention fiscale, et puis tout était beau.
Président (M. Bernier) : Nous allons passer aux échanges,
M. Lareau, avec les parlementaires. Vous êtes fort intéressant. Vous aurez l'occasion de
poursuivre, mais on va débuter nos échanges avec nos parlementaires. M. le
député de Pontiac, la parole est à vous.
M. Fortin
(Pontiac) : Merci, M. le Président. Merci, M. Lareau. Merci de
votre enthousiasme lors de votre présentation et de votre évidente passion envers ce sujet-là. Je pense qu'on apprécie
des gens comme vous, des gens comme Mme Rizqy, qui était ici avant
vous, et qui n'hésitent pas à nous dire ce qu'il se passe vraiment.
Moi,
j'ai une question. Je veux approfondir certains des sujets, là, que vous avez
amenés. Le tout premier sujet que vous
avez touché, c'est le Panama. Vous avez dit : Le Canada ne peut pas se rendre au Panama. Il y a une clause qui n'est
pas incluse, là, dans l'accord. J'aimerais
ça vous entendre là-dessus. Et je veux savoir concrètement, dans les pays où
on est capables d'aller, qu'est-ce qu'on a comme avantage par rapport au
Panama?
Le Président (M. Bernier) :
M. Lareau.
M. Lareau (André) : Bien, la
capacité de déceler l'information, de se rendre sur place, ce qu'on n'a pas avec
le Panama. Notamment, avec la Barbade,
j'ai fait le test. Je suis allé à la Barbade et je suis allé voir une société qui
s'appelle Summit Asset and
Management, qui était la Summit Bank. À l'émission Enquête l'année
passée, on en avait parlé. Je suis moi-même
allé voir, j'ai frappé à la porte, je voulais parler aux gens là-bas. Et, bien sûr, l'Agence du revenu pourrait faire exactement la même chose parce qu'on permet effectivement, bon, cette visite-là. Et j'ai demandé d'avoir
des informations sur la
Summit Asset and Management, qui est supposée finalement gérer 1 milliard de dollars de fonds pour une banque. Et puis j'ai demandé de voir les gens, puis
j'avais des questions à leur poser, et je suis resté quatre jours ou
cinq jours sur place, à la Barbade, en attendant leur coup de téléphone.
J'ai fait deux demandes et je n'ai jamais eu, donc, l'accès à l'information.
Et donc moi, je
voulais savoir qu'est-ce qui fait que cette banque privée, qui gère finalement
les sommes qui proviennent de Développements
Iberville, vente de centre d'achats ici, Galeries de la Capitale, Dix30, etc.,
là, que ça a généré 700 quelques millions
de dollars de revenus ou 100 milliards de dollars de revenus, on a donc
pris les profits sans impôt... et
donc décision récente de la Cour du Québec du mois de juin dernier, du juge
Bourgeois, où justement, dans une stratégie fiscale de KPMG, le juge Bourgeois
a tassé ça et a dit : Ça n'a pas d'allure. Il y a de l'évitement fiscal,
il y a de l'abus de droit ici qui se fait. Bon, et cette même somme-là était
allée à la Barbade dans une banque privée.
Moi,
quand j'ai une banque privée, j'ai une banque qui gère 1 million de
dollars en argent, là, je m'attends à avoir une banque avec quelque
chose, une espèce de cachet particulier. Alors, c'est le deuxième étage d'un
édifice, j'ai les photos de l'endroit, avec
le classeur en avant, trois petites chaises à l'entrée. Pour moi, ce n'est pas
une banque privée. Or, si vous saviez
que, depuis 1995, la Loi de l'impôt canadienne permettait justement que les
banques privées soient créées à l'étranger dans la mesure où elles se
qualifiaient comme banques dans ce pays étranger... La loi n'a été modifiée qu'au 1er janvier 2015, 20 ans plus tard. C'était
connu de tout le monde qu'il y avait cette stratégie-là. La loi, ça a pris
20 ans avant qu'elle soit modifiée. Et, dans
les notes fiscales, le ministre le dit bien, il y a des gens qui utilisent ceci
pour leur «banking» personnel. Ce n'est pas pour faire de la banque pour
les autres, c'est pour leurs affaires à eux.
Moi,
j'invite l'Agence du revenu à utiliser toutes les stratégies pour se rendre sur
place, pour aller voir ce qui se fait à la Barbade. C'est très simple.
On a accès aux dossiers fiscaux de toutes les sociétés, le dossier papier, on
vous le donne, prenez-le, travaillez avec
ça, allez lire. Et, quand on peut aller sur place, on trouve une mine
d'information. Et j'invite bien sûr,
à l'égard de Summit Asset Management maintenant, l'Agence du revenu d'aller
voir encore ce qui se fait là parce que, quant à moi, finalement, il y a
encore un petit problème fiscal majeur à cet égard-là.
Le Président (M. Bernier) :
M. le député.
M. Fortin
(Pontiac) : Merci. Est-ce que vous avez trouvé l'information que vous
cherchiez? J'ai cru comprendre que, même en passant quatre, cinq jours
là, vous n'avez pas eu l'information que vous vouliez quand même.
M. Lareau
(André) : Moi, je
voulais simplement m'assurer que c'était une banque en bonne et due forme, que
je pouvais faire des dépôts bancaires. Et, quand j'ai posé la question, on m'a
dit : Non, non, c'est une banque privée. J'ai dit : O.K., je veux avoir davantage
d'information, et on m'a dit : On va vous rappeler. «Don't call us, we'll
call you». Et j'ai attendu quatre jours.
M. Fortin (Pontiac) : O.K. Et
vous l'avez fait parce que c'est quelque chose qui vous intéresse, vous vouliez
connaître le dossier, vous vouliez savoir ce
qui se passait. Est-ce que le gouvernement utilise sa prérogative de pouvoir
aller sur place et de faire ces enquêtes-là, si on veut? Est-ce qu'ils le font?
Avez-vous des statistiques? Est-ce que le gouvernement vous dit publiquement :
Oui, on a visité x nombre de banques dans les Barbades?
M. Lareau
(André) : Je n'en ai
pas la moindre idée. Tout ce que je sais, c'est qu'en 2004, il y a 12 ans,
j'étais allé aussi dans l'affaire de CSL International et je sais que
Radio-Canada était passé avant moi pour avoir une visite auprès des autorités
fiscales. Les autorités fiscales ont dit : Non, non, regarde, là, on ne
peut pas vous rencontrer. J'ai accompagné
Radio-Canada à ce moment-là et je suis allé le lendemain, et on m'a dit :
Aïe! Si vous saviez, hier, on a eu la visite
de Radio-Canada. Vous, on peut vous parler, vous êtes prof d'université, eux
autres, on ne leur parle pas. Bon, tu sais,
c'est ça qu'il m'a dit. Mais les agences du revenu du Canada et du Québec,
j'aimerais bien qu'ils aient des visites de faites. C'est une mine d'or
à trouver là et dans les autres pays aussi.
Le Président (M. Bernier) :
Merci.
M. Fortin (Pontiac) : O.K.
Parlons des accords d'échange de renseignements...
M. Lareau
(André) : Et
j'ajouterais aussi là-dessus, bien sûr, l'île de Man avec KPMG, là. Il y a
aussi bien de l'information à aller
trouver chez KPMG. Je suis moi-même allé, entre autres, chez KPMG, à l'île de
Man. Je n'ai pas pris rendez-vous, je
suis allé frapper à la porte. Je voulais rencontrer un fiscaliste là-bas. Et je
suis allé voir, j'ai demandé de
parler à un fiscaliste, j'ai exposé la situation, j'ai dit : Est-ce que
vous autres, vous feriez ça, ici, chez KPMG, à l'île de Man? Ah! c'est
de la fraude, ça, ici...
Président (M. Bernier) : ...un peu plus général sans pointer
directement, là, des... ce genre de choses là. Oui, allez-y.
M. Khadir : Est-ce que je peux vous demander la raison de cette réserve? Parce que
je me l'explique mal, c'est une entreprise qui est au centre de beaucoup
plus... plusieurs stratagèmes...
Président (M. Bernier) : Oui. Regardez, là, je laisse la présentation se faire comme elle doit
se faire, mais il y a d'autres cas aussi qui peuvent être ciblés par rapport à ça. C'est ce qu'on veut, on veut avoir le plus d'information possible sur l'ensemble des activités parce
qu'on a eu l'occasion
de rencontrer ces firmes-là et, malheureusement, on a eu peu
d'information qui nous a été livrée. Je sais que vous êtes un
expert et que vous pouvez nous donner une foule d'informations sur plusieurs
entreprises. C'est le but que je vise, tout simplement. Oui, allez-y.
M. Fortin
(Pontiac) : Parlons des
accords d'échange de renseignements. Je peux comprendre, et vous nous l'avez
expliqué, Mme Rizqy nous l'a expliqué aussi avant vous, l'amélioration de
l'image publique d'un pays qui signe un tel
accord d'échange de renseignements avec un pays comme le Canada
ou d'autres pays à travers le monde. Mais, pour nous, ici, au Canada, concrètement, qu'est-ce qu'on reçoit d'un
tel accord avec un pays comme la Barbade? C'est quoi, notre motivation à
nous? C'était quoi, la motivation du gouvernement fédéral à l'époque, quand ils
ont signé des tels accords?
M. Lareau
(André) : J'ai tenté
de trouver la motivation principale en 1981, quand ça a été signé avec la
Barbade, et, au-delà d'avoir accès, pour les gens d'affaires et les sociétés,
à une juridiction à très faible taux d'imposition, qui était alors, pour les
IBC, d'un maximum de 2,5 % et un plancher à 1 %, qui est descendu à
0,5 % et qui est descendu maintenant à
0,25 %, et, malgré 0,25 %, CSL International est parti aux Bermudes
six mois après l'accord d'échange de renseignements
signé avec les Bermudes... Donc, quel
est le motif pour avoir signé avec la Barbade? De donner accès aux gens d'affaires canadiens à une plateforme, une
juridiction à très faible taux d'imposition certainement à la demande de
la communauté d'affaires, mais maintenant, au-delà de ça, c'est du politique
qu'il faut voir.
M. Fortin
(Pontiac) : Mais là vous
parlez de la Barbade spécifiquement. Mais, pour d'autres pays, est-ce que vous voyez des avantages concrets? Est-ce que, par exemple,
est-ce qu'on sait qu'il
y a de... C'est un accord d'échange
d'information. Est-ce qu'on sait que... Eux nous envoient de l'information. Est-ce que nous, on leur envoie de l'information? Est-ce qu'ils demandent de l'information au gouvernement
fédéral? Le savez-vous?
Le Président (M. Bernier) :
De quelle façon l'échange se fait, là?
M. Lareau
(André) : Je ne suis pas dans ces secrets-là, je n'ai pas
la moindre idée. Ce que je peux vous dire, c'est qu'en 2007 le ministre n'avait pas l'obligation de donner ce
bonbon-là de la possibilité de rapatrier les dividendes quand il a signé ça. Et je sais aussi que, le lendemain, effectivement, de l'annonce du ministre dans les grands feuillets des cabinets comptables, tous les grands de ce monde, on
disait : Wow! Il est arrivé quelque
chose d'extraordinaire, là, ici. On
peut rapatrier les profits sans
impôt. C'était à la suite, en 1998... non, pas en 1998. En 2007 et 2008, il y avait
eu effectivement ici une demande de la
part d'un comité — 2007 — en fiscalité internationale qui a fait cette
demande-là. Le fédéral a adhéré à cette thèse-là, mais les grands
cabinets comptables, certainement, criaient de joie, là. C'est sûr, c'est sûr.
Le Président (M. Bernier) :
Merci.
M. Fortin
(Pontiac) : Et donc votre recommandation par rapport à ces accords-là,
ce serait quoi? Est-ce que le gouvernement
fédéral peut les annuler, les canceller? Est-ce que c'est souhaitable? Est-ce
qu'il y a des effets qu'il faut mesurer par rapport à une telle...
Est-ce qu'il y a des clauses pour l'annulation? Qu'est-ce que vous nous
proposez concrètement par rapport à ces
accords-là, qui... Vous êtes ici, vous nous dites : Ça ne marche pas. On
n'y retrouve pas notre compte. Tout
ce qui se passe, c'est qu'il y a des sociétés qui trouvent encore plus moyen de
ne pas payer d'impôt. Alors, qu'est-ce que vous suggérez?
M. Lareau
(André) : De faire comme... certains pays commencent à
penser de modifier... Au lieu d'avoir des dividendes qui rentrent ici en franchise d'impôt, changer la mécanique
pour donner un crédit d'impôt au
Canada pour prendre en compte l'impôt étranger. Il y a eu 10 % payé
à l'étranger, on va réduire, donc, notre facture fiscale pour prendre en compte
ce qui a été payé à l'étranger. Il y a 0 % payé à l'étranger, il y a donc
une réduction de zéro parce qu'il n'y a rien
eu de payé à l'étranger. Donc, un crédit d'impôt canadien pour simplement
prendre en compte ce qui est payé à
l'étranger plutôt que simplement de recevoir un congé fiscal sans égard à l'impôt payé à l'étranger. C'est ça,
la différence.
M. Fortin
(Pontiac) : Nous, est-ce qu'on y trouve plus notre compte à une solution comme ça? C'est quoi,
l'avantage pour le gouvernement canadien? Je comprends pour...
La société
finit par payer un impôt, j'imagine, mais c'est quoi, l'avantage?
M. Lareau
(André) : Oui, c'est
ça, d'aller chercher l'impôt.
L'avantage, c'est d'aller chercher un impôt, alors que, présentement, on
perçoit zéro.
M. Fortin (Pontiac) : Même si
c'est payé à l'étranger. C'est ça que vous dites?
M. Lareau
(André) : Bien, s'il
y a un impôt payé à l'étranger. Présentement, là, dans tous les pays avec
lesquels le Canada a conclu ou bien
une convention fiscale ou encore un échange de renseignements, quand les
dividendes entrent ici, au Canada,
qu'ils proviennent d'une entreprise extérieure, les dividendes rentrent sans
impôt canadien, zéro. Moi, ce que je vous
dis : Changeons ça, ayons un système de crédit d'impôt pour faire en sorte
qu'il y ait un impôt canadien, mais qu'il soit diminué du montant payé à
l'étranger. Il a eu un impôt à être payé à l'étranger, aux États-Unis, qui est
plus élevé que le nôtre, il n'aura
pas d'impôt canadien. Mais il a eu zéro d'impôt payé à l'étranger, ayons un
impôt canadien à ce moment-là.
M. Fortin
(Pontiac) : Là, vous me dites qu'il y a des pays qui sont en train de
prendre cette démarche exacte là? Est-ce que vous avez des exemples
concrets?
M. Lareau (André) : Dans
les pays européens. Écoutez, même, je parlerais du Luxembourg, je parlerais des
Pays-Bas, on parle de clauses antiabus en
2016 dans ces mêmes pays là. Et on parlera donc d'abus... Et donc la mentalité
même, c'est surprenant, de ces pays-là est
telle qu'on commence à penser aux abus, effectivement. D'où provient l'argent?
Est-ce que ça provient d'un pays... Puis je ne vous dis pas, là, que c'est la
solution qui est trouvée. Je vous dis simplement qu'on pense à une clause antiabus. D'où provient l'argent?
Est-ce qu'il provient d'une juridiction sans impôt? Tout ça
fait en sorte qu'il doit revenir ici, au Canada, pour nous habiter dans notre
conscience législative ici, oui.
M. Fortin
(Pontiac) : Dernier sujet, je
pense que mon collègue a aussi des questions, la divulgation volontaire. Je
sais que mon collègue d'en face en a parlé ce matin. On a entendu, de la part
de certains groupes, que ça permet de régler
un problème, que ça permet de rapatrier de l'argent, qu'il y a plusieurs
particuliers, là, qui retournent leur... bien, leur fortune, si je peux utiliser ce terme-là, mais leurs
investissements au pays à cause de ce mécanisme. D'après vous, est-ce que ça fonctionne? Et il y a-tu encore
beaucoup d'argent, à travers ce simple mécanisme là, à ramener ici, au pays?
M. Lareau
(André) : Bon, pour
ce qui est des sommes, on voit qu'il y a pas mal d'argent qui est rentré depuis
une couple d'années. Mais ce n'est pas la
solution. C'est une prime, finalement, à la fraude, la divulgation volontaire.
Président (M. Bernier) : Bon, expliquez-nous ça, là, parce
qu'il y a beaucoup de folklore autour de ça, là. C'est important, ce que
vous nous dites là.
M. Lareau
(André) : Oui. Donc,
la divulgation volontaire permet à un contribuable, pour au moins une fois dans
sa vie, d'aller voir l'Agence du revenu et
dire : Aïe! Je n'ai pas déclaré. Parfait. Pas de pénalité, et les intérêts
généralement négociés à la baisse,
comme on a vu avec KPMG, c'est exactement ce qui s'est passé, bon. Et, dans les
circonstances de la divulgation volontaire, lorsque ça provient de
l'étranger, les gens, simplement, craignent maintenant, craignent parce qu'il y a des accords d'échange de renseignements.
Ils vont avoir un effet, ces accords-là, bien sûr. Il y a le LuxLeaks, il y a Panama Papers, il y a SwissLeaks, et tout
ça, ce qui fait en sorte que les gens craignent davantage de se faire prendre.
Et donc on leur
dit : C'est correct. Vous avez fraudé le système. Tu sais, il n'y en a
pas, de problème. On va accepter, finalement,
que vous ne payiez pas de pénalité et que vous n'allez payer à peu près pas
d'intérêt, vous n'allez payer que vos
impôts, bon. Puis même qu'effectivement auparavant on négociait les impôts...
M. Mulroney payait la moitié de la facture en impôts, bon.
Ceci,
effectivement, à mon avis, doit être modifié. Les États-Unis ont trouvé un
système qui s'appelle le «streamline». Le
«streamline» fait en sorte que les divulgations volontaires sont autorisées
sans pénalité, à peu près, bon, pour les petits montants, les cas de bonne foi. Mais, si on parle des... Et, par
exemple, ça peut être quelqu'un qui vit en... un immigrant qui arrive au
Canada, vient d'un pays étranger, ne connaît pas le système, il devait
1 200 $. O.K., ça va, ça, mais pas le fraudeur qui avait caché son argent, hein, au Panama et qui, maintenant,
parce qu'il craint, bien, il va me divulguer. On ne le permettrait pas
en vertu du «streamline» aux États-Unis. Donc, ayons un système semblable.
Le Président
(M. Bernier) : Les successions?
M. Lareau (André) : Les successions. Bien, effectivement. Là, souvent, ça
arrive de parents décédés qui avaient 10 millions
à l'étranger.
Malgré que ce soit une succession, malheureusement, si le parent
a fait erreur, a fait la fraude, la
succession doit payer, point à la ligne, et la pénalité doit s'appliquer. Tu
sais, c'est... L'alter ego est là avec la succession.
Le Président
(M. Bernier) : Merci. M. le député de Portneuf, vous avez
une question?
M. Matte :
Merci, M. le Président. Bien, je voudrais souhaiter un bon matin aussi à mes
collègues. Nous sommes privilégiés ce matin. Je pense que nous sommes
favorisés aussi de recevoir des gens d'une compétence, mais d'une passion
aussi. C'est clair, mais il y a beaucoup de profondeur dans vos présentations.
J'ai
un peu de difficultés quand vous nous expliquez, là, que, lorsque le Canada
accepte, là, des ententes d'échange d'information,
qu'on permet à des entreprises de se qualifier, d'exonérer et... leurs profits,
de payer des impôts. Ce n'est pas
dans la nature d'un gouvernement de faire en sorte de laisser sur le carreau
des montants d'argent. Tous les gouvernements essaient d'aller chercher
le maximum, là, de revenus d'impôt.
Comment
expliquer ça, là, pour les gens qui nous écoutent, qui disent : Écoute,
là, c'est-u possible qu'on permette à des
entreprises, pour x raisons, qui ont fait de la fraude puis qui n'ont pas
déclaré leurs revenus de pouvoir se qualifier, de revenir ici sans payer
aucune pénalité et même sans payer d'impôt? Comment vous répondez à cette
question-là?
Le Président
(M. Bernier) : M. Lareau.
M. Lareau (André) : Écoutez, la trame actuelle est un peu différente. Je ne
parle pas des gens qui ont commis de
la fraude, je parle d'entreprises exploitées à l'étranger, dans un pays
conventionné ou dans un pays avec lequel on a un accord d'échange de renseignements. Je ne parle pas de questions de
fraude, je parle des... donc, profits tirés d'entreprises. De la fraude, ça ne se qualifie pas pour ça. Bon,
bien sûr, si on camoufle de l'argent dans l'entreprise étrangère puis on le
ramène ici, c'est donc... bon, on verra si
on est capable de camoufler ou non, là. Mais ça se limite à ça. Mais c'est
suffisamment important pour que ce soit dénoncé.
c'est le lobby, c'est le lobby. Écoutez, ce n'est pas compliqué, il y a un
lobby d'affaires qui voulait avoir accès à une plateforme juridique avec
peu d'impôt payable, et ça a fonctionné. Leur lobby a fonctionné. On les a
écoutés et on leur a donné cette
plateforme-là. Et le ministre nous disait : Bien oui, ça nous a permis,
ça, ici, de signer des accords d'échange
de renseignements avec ces juridictions qui ont accepté de signer avec nous.
C'est le prix qu'on a payé. Le Canada
n'avait pas à payer ce prix-là. Ce sont eux, ces pays-là, qui étaient en
demande pour signer avec nous pour arriver au nombre 12. On n'avait pas
à donner ce bonbon-là et on l'a donné, malheureusement.
Le Président
(M. Bernier) : Merci. M. le député de Rousseau.
M. Marceau : Ah! merci. Bonjour, monsieur. Merci beaucoup pour votre présentation. Je vais commencer par une question
plutôt large, très simple, en fait. Je l'ai déjà posée, d'une certaine
manière, à Mme Rizqy, qui vous a précédé. Moi, je pense, pour revenir à ce que je disais plus tôt, un des
grands enjeux pour nous, c'est : Qu'est-ce que le Québec peut
faire de manière unilatérale sans attendre que d'autres agissent? Et, dans le fond, je vous pose une question, donc, très ouverte, très large :
Vous, si vous aviez à nous faire des recommandations, quels sont les gestes
que, de manière unilatérale, là, sans attendre après les autres, vous poseriez?
Le Président
(M. Bernier) : M. Lareau.
M. Lareau (André) : Oui. Donc,
accord d'échange de renseignements... pardon, divulgation volontaire. Divulgation
volontaire, on balise, on modifie, pour
faire en sorte que ce soit très limité justement aux situations de bonne foi, l'argent qui ne provient
pas de l'international, des montants qui sont faibles et de bonne foi. Bon, O.K.
Ça, ici. Pénalités. Des pénalités beaucoup
plus importantes. La privation de la liberté est la seule chose
qui pourrait arrêter les grands cabinets de ce monde qui décident de monter les structures qui sont utilisées dans
les pays étrangers et qui sont davantage utilisées pour camoufler de l'argent. Donc,
privation de liberté. Exemple, KPMG, 450 millions de dollars
payés en pénalités aux États-Unis en 2005, ça ne les a pas empêchés de
continuer. Privation de liberté, c'est important.
M. Marceau :
Donc, dans le contexte plus général, là, pas strictement sur la divulgation
volontaire. Vous dites : Dans le
cas où on attrape quelqu'un et qu'on peut faire la démonstration qu'il y a eu
évasion fiscale, fraude, dans ce cas-là, des sanctions pécuniaires ne sont pas suffisantes, il faut avoir des
sanctions qui vont jusqu'à l'incarcération. C'est ce que vous suggérez.
M. Lareau (André) :
Exact. Exact.
M. Marceau :
O.K. Parfait. Donc, deux choses, effectivement, que nous pouvons faire. Je vous
laisse continuer. Si vous avez d'autre chose dans votre liste,
j'aimerais bien vous entendre.
M. Lareau
(André) : Oui. On
pourrait avoir notamment exactement ce que le Luxembourg et les Pays-Bas font
présentement, en 2016, maintenant. Lorsqu'il
y a des dividendes qui sont reçus ici, au Canada, sans impôt en provenance
de l'étranger, ces juridictions ont décidé
que, lorsque le payeur du dividende... en fait, de la somme pouvait déduire le
paiement dans le calcul de son revenu,
puisque c'était perçu, pour eux, comme un intérêt payable, et ici, c'est un
dividende, je réfère à Bombardier
avec le Luxembourg, hein, les «mandatorily redeemable preferred shares», le
Luxembourg paie la somme... Pour le
Luxembourg, c'est considéré comme un intérêt payable. Réduction du revenu, donc
réduction de l'impôt payable.
Bombardier reçoit la somme ici, c'est un dividende non imposé. Donc, et les
Pays-Bas et le Luxembourg ont modifié
leur loi qui fait en sorte qu'un pays qui reçoit un tel dividende, il sera
imposé, ce dividende, puisqu'il a servi à réduire le revenu de l'autre
côté.
Donc, tous les instruments hybrides, il faut
regarder les instruments hybrides et se demander effectivement : L'avantage fiscal qui a été conféré ici, est-ce
que ça correspond à une fiscalité qu'on veut avoir? Donc, faire la lecture de
tous les instruments hybrides en matière fiscale, c'est, entre autres, ça ici.
C'est, entre
autres, aussi l'impôt de la
partie XIII, comme disait ma collègue tout à
l'heure ici. Donc, par exemple, l'article
105 des règlements au fédéral, quant à moi, permettrait au gouvernement fédéral
d'aller voir chacun des utilisateurs d'Uber.
J'ai pris Uber, j'ai payé 20 $ de taxi, je suis redevable d'une somme au
gouvernement fédéral parce que j'ai retenu les services d'un
non-résident pour un contrat. Le règlement 105 prévoit que je dois payer un
impôt fédéral.
M. Marceau :
Là-dessus, est-ce que le Québec peut le faire? Parce que, moi, attendre après
Ottawa, je pense que vous connaissez mes convictions là-dessus, puis,
bon, connaissant aussi les volontés politiques qui s'y expriment.
M. Lareau (André) : Si
on avait...
M. Marceau : Donc, dans
votre exemple, est-ce le Québec, tel qu'il est présentement, là, avec les
contraintes inhérentes à notre statut de province...
M. Lareau
(André) : Écoutez,
là, sous réserve, là, je pense que le règlement 105, il y a une contrepartie
québécoise à ça ici, hein, et qui nous permettrait — mais
sous toutes réserves, là, il faudrait que je vérifie, je n'ai pas ma loi
québécoise avec moi — donc
d'avoir effectivement une espèce de pendant de
partie XIII pour ce qui est de l'impôt
québécois, pour nous permettre d'aller chercher des impôts québécois sur les
sommes payées, donc, à l'étranger.
M. Marceau : O.K. Puis, spécifiquement
sur les conventions fiscales, que le Québec s'en retire de manière unilatérale,
pouvez-vous nous dire comment vous voyez les choses?
M. Lareau
(André) : Bien, s'en
retirer, moi, je ne voudrais pas qu'on perde de bénéfices dans la capacité
d'obtenir notamment de l'information parce que les conventions fiscales
permettent aussi d'avoir de l'information. Donc, je ne veux pas qu'on perde ces informations-là. Et donc les conventions
fiscales, dans la mesure où on est d'accord, ça va, mais dans la mesure
toutefois où il y a des situations comme, par exemple, le paiement de royautés
entre le Canada et l'Irlande, quand
on paie une royauté à un résident d'Irlande et que l'Irlande... bon, auparavant
ne percevait pas les royautés. Donc Plamondon
s'en va en Irlande, ne paie pas d'impôt à l'Irlande. Nous, au Canada, on ne
perçoit rien ici, bien, je trouve, le
Canada est perdant ici, notamment. Donc, d'avoir, effectivement, la possibilité
de sortir de cette convention ou certaines dispositions de conventions,
certainement, au bénéfice, donc, du Québec, oui.
Le Président (M. Bernier) : M.
le député.
M. Marceau : Il me reste
combien de temps, M. le Président?
Le Président (M. Bernier) :
4 min 30 s.
M. Marceau :
Ah! O.K. Sur le commerce électronique, avez-vous des préférences quant à la
solution qu'on devrait mettre en oeuvre?
M. Lareau
(André) : Je pense
que la solution que préconise notre collègue est effectivement institutions
financières. C'est une bonne solution. Et c'est pour ça qu'avec le FATCA
aux États-Unis, là, le système qui fait en sorte que les États-Unis vont chercher de l'information partout
dans le monde, ils sont passés par les institutions financières. Ils ont compris que c'est là que ça se passe. Bien, je pense qu'avec
le commerce électronique ça peut se passer à l'égard des institutions
financières. Et moi, j'adhère à cette thèse-là.
M. Marceau :
O.K. Comment, dans ce cas-là, expliquer le fait que ça ne soit quand même pas
très, très répandu présentement parce
que, bon, vous savez qu'aux États-Unis ce n'est pas véritablement mis en oeuvre
pour l'instant, là? Évidemment, les
institutions financières résistent de toutes leurs forces, et, dans le cas
canadien, ça va être encore plus fort
parce qu'on a vraiment très peu de banques, et puis donc ils sont de puissants
intervenants à Ottawa, là, sur la colline Parlementaire. Mais, quand
même, ce n'est pas le cas partout.
M. Lareau
(André) : Non, c'est
vrai. Peut-être une question, puis, bon, volonté politique, bien sûr, de temps.
C'est l'Internet, hein? C'est la capacité
Internet de gérer tout ça qui va faire en sorte qu'on pourra avoir
l'information. Je pense qu'on y arrive, là, et, bon, c'est la volonté
politique. Plus de volonté politique et on est là. C'est juste ça.
M. Marceau : Et donc, au plan
technologique, d'après vous, il n'y a pas d'enjeux?
M. Lareau
(André) : Je ne suis
pas assez connaissant. Excusez, non. J'ai mon téléphone, mon ordi, puis le
reste, là, non. Ça se limite à ça.
M. Marceau :
O.K. Bien, peut-être... oui, peut-être... Écoutez, vous avez d'autres
recommandations, je vais vous laisser là-dessus. En fait, dernière chose
que vous auriez... que vous ajouteriez.
M. Lareau
(André) : Donner des
outils aux tribunaux parce que, dans mes premières remarques, là, hier, je
parlais des tribunaux, là, donner
davantage d'outils aux tribunaux, et je réfère seulement à une décision qui a été rendue il y a quelques semaines à peine, dans décision Gerbro, Gerbro
comme dans Gerald Bronfman. Et puis il y avait des montants
qui ont été investis par la société
Gerbro, qui venaient du décès de M. Bronfman, et finalement
investis dans des fonds étrangers. Et ces fonds étrangers là, donc, on
s'est demandé : Est-ce que c'est visé par 94.1 de la loi? 94.1 nous dit simplement : Si vous avez des argents dans
des fonds étrangers, là, vous serez imposés immédiatement, vous, comme
résident canadien, même si ce sont des actions de fonds étrangers que vous
avez, que vous ne rapatriez même pas, un peu comme
les règles de FAPI, dans la mesure où vous avez investi dans ces fonds-là pour diminuer
votre impôt, diminuer votre masse fiscale canadienne. Il y
avait un témoin important,
qui était la présidente de Gerbro,
là-dedans. La juge l'a entendue. Les cinq fonds dans lesquels Gerbro
investissait étaient les cinq fonds dans les paradis fiscaux, et la juge a néanmoins conclu que... la preuve a démontré que
les fonds choisis étaient choisis pour la capacité du gestionnaire de fonds à réaliser de bons rendements. Et donc la
juge a dit : C'est la raison principale. La fiscalité est accessoire, et
je crois le témoin, qui est la présidente de cette société-là. Et donc l'aspect
fiscal n'est pas primordial. Cinq investissements dans cinq sociétés qui sont dans les paradis fiscaux
seulement, et là c'est la conclusion. Donc, donner des outils aux tribunaux
pour rendre des décisions autres que celle-là.
Le Président (M. Bernier) :
Merci.
M. Marceau : Très bon, merci. Merci,
monsieur.
Le Président (M. Bernier) : Merci.
M. le député de Beauce-Nord, la parole est à vous.
M. Spénard :
Merci, M. le Président. Alors,
bienvenue, M. Lareau. Au début, je vous perdais un petit peu, là, dans les affaires d'avocats puis de règlements, mais là, finalement,
vous m'avez rattrapé, et ça a été bien.
Maintenant,
le Panama et l'article 6, ça on va passer. Vous avez parlé des grands cabinets.
Moi, pour vous, juste pour mon idée personnelle, là, comment vous voyez le rôle
des cabinets et le rôle des institutions financières? Est-ce que c'est intimement lié, ou bien ce sont les grands
cabinets qui font en sorte qu'il y a tant d'évasion fiscale et d'évitement
fiscal au Canada, ou si les banques sont plus responsables que les grands
cabinets, d'après vous?
M. Lareau
(André) : Oh! écoutez, les banques ou les grands cabinets... Les
banques et grands cabinets, je vous dirais
que c'est comme un peu manger des hot-dogs puis des hamburgers, hein, c'est
comme du fast-food tous les deux. Et
puis les deux vont travailler de pair au bénéfice d'une clientèle d'affaires.
Et je ne dénigre pas la nécessité, bien
sûr, d'avoir de l'entreprise,
d'avoir de la création de richesse, d'avoir des institutions financières
solides, d'avoir des grands cabinets
qui font du bon travail. Et c'est parfait, ça, ici. Mais, quand on en arrive à
des situations comme celle de l'île de Man, où un
cabinet va charger 100 000 $ pour une planification fiscale qui vise
simplement à dire : Tu mets ton argent à l'île de Man, tu renonces à cet
argent-là et tu auras la capacité de demander des dons... Et c'est ce qui est
fait ici.
Les frères Cooper, notamment — la
Cour canadienne de l'impôt va entendre la situation bientôt — avaient
la capacité de demander des dons à cette
société à laquelle ils ont donné 20 millions de dollars. Le
20 millions de dollars placé
tellement habilement, donc, croît à chaque année, il y a du rendement
là-dessus, personne n'est imposé au Canada parce que l'argent a été
donné par les Cooper. Et les Cooper disent à un moment donné : Hé! j'ai
besoin d'argent. Les Cooper, donc, demandent
des dons, et, au hasard, la société donne de l'argent aux Cooper, qui reçoivent
un don. Pire que
ça, les Cooper, entre les années visées, 2003 à 2010, ont eu, pour les fins
fiscales canadiennes, là, entre un dollar et 15 000 $ de revenus. Qu'est-ce qui se passe... de revenus en
matière fiscale. Et qu'est-ce qui se passe quand on a peu de revenus? On a des crédits de TPS, accordés aux
plus pauvres de la société. Les Cooper, qui entrent 20 millions de dollars
à l'île de Man, ont bénéficié de crédits TPS. Donc, ceci parce qu'un cabinet
les a aidés à obtenir ceci.
Donc,
moi, ce que je vous dis c'est qu'il y a des agissements qui sont très bien dans
les cabinets, grands cabinets, petits
cabinets, mais des agissements comme ceux-là, ça ne fonctionne pas. Et pourquoi
ça ne fonctionne pas? C'est, entre autres,
parce que des juges, notamment, vont dire : La moralité n'a rien à voir
avec la fiscalité. Les tribunaux le disent, les tribunaux à la Cour fédérale d'appel le disent, le juge Rossiter, le
juge en chef de la Cour canadienne d'impôt, a prononcé une conférence il n'y a pas longtemps pour
dire : La question de la moralité fiscale est une affaire de profs
d'université, et nous, les tribunaux,
on n'a rien à faire avec la moralité fiscale. Quand un tribunal nous dit ça,
qu'est-ce que les cabinets vont
faire? Ils vont dire : Hé! la moralité n'existe pas. On va aller voir dans
la loi. C'est-u permis? Ce n'est pas permis. On va y aller, go! Il n'y
en a pas, de limite. Et c'est ça le problème. L'exemple n'est pas donné.
M. Spénard :
Vous parlez de mieux équiper la justice un peu, mais avez-vous des choses
concrètes pour mieux équiper la
justice? Passer des lois plus sévères sur l'incarcération des individus qui se
prêtent à l'évitement fiscal, ou, je ne le sais pas, moi, alourdir les peines, ou faire des règlements pour
dire... faire d'autres lois qui vont toucher les évasions fiscales?
M. Lareau (André) : Donc, bien sûr,
alourdir les peines, j'en ai parlé.
L'article 245, règle générale antiévitement,
à qui appartient le fardeau de preuve
ultime? L'Agence du revenu, via Justice Canada, doit démontrer l'abus
de droit. La preuve appartient à l'agence de démontrer qu'il y a un abus
ici.
M. Lareau
(André) : La preuve de l'abus, bien...
M. Spénard :
...si je ne m'abuse, on est le seul pays au monde où la...
M. Lareau
(André) : La preuve de l'abus ne doit pas être faite ici?
M. Spénard :
...preuve incombe à l'accusé.
M. Lareau
(André) : Bien, la preuve de l'abus en matière de règle
générale...
M. Spénard :
La preuve d'innocence incombe à l'accusé
M. Lareau (André) : La preuve, en
matière fiscale, incombe toujours au contribuable, toujours, sauf dans la règle
générale antiévitement, la preuve de l'abus
incombe à l'autre côté. On transfère le fardeau de preuve en matière d'abus.
Et parce que, donc, l'article de la règle
générale antiévitement ne sera applicable que s'il y a un abus, et l'abus, la
preuve, appartient à l'autre côté.
C'est pour ça qu'il y a peu de gains de la part de l'Agence du revenu en
matière de 245, parce que, justement,
la preuve est tellement difficile à faire, parce que les tribunaux,
finalement, sont généralement frileux, parce
que la moralité fiscale n'est pas prise en compte en matière fiscale, donc
c'est pour ça qu'on a un problème. Mais, vous avez raison, la cotisation est réputée valide, le contribuable a toujours
le fardeau de démontrer. En matière d'abus, toutefois, c'est différent.
Le Président
(M. Bernier) : O.K., en matière d'abus au niveau des
tribunaux, c'est ce que...
M. Lareau
(André) : Pardon?
Le Président
(M. Bernier) : Au niveau des tribunaux.
M. Lareau
(André) : Oui. Oui.
Le Président
(M. Bernier) : O.K.
M. Spénard :
C'est vrai, nous avons un président qui a déjà travaillé à Revenu Québec, c'est
Est-ce
que le Canada pourrait modifier ses ententes avec d'autres pays
pour hausser ses revenus fiscaux? Si les autres pays ne le font pas, vous ne craignez pas la concurrence? Vous ne craignez pas que la concurrence
serait très, très forte?
M. Lareau (André) : La fiscalité internationale, ça se tient. C'est pour ça
que le BEPS est là, avec l'OCDE, pour tenter,
donc, bon, de gérer ça. Le Québec, bien sûr, peut faire cavalier seul, mais il
y a des difficultés à ça. Si le Québec décide,
demain matin, de modifier, par exemple, la notion de surplus exonéré, qui
permet de recevoir les dividendes en franchises d'impôt, le Québec seul,
alors que l'Ontario ne modifie pas, bien, il y a un problème.
Mais,
à un moment donné, là, il va falloir que quelqu'un décide de mettre ses
culottes là-dedans. À un moment donné,
il y a quelqu'un qui va devoir agir comme chef de file. Il va y avoir un prix à
payer puis il va y avoir des exemples à donner aussi. Et on est rendus à une croisée,
là, des... Cette notion de surplus exonéré cause problème. Il faut dire que
plusieurs États ont ce qu'ils appellent les
«participation exemptions» en matière de dividendes, donc les dividendes sont
souvent reçus en franchises d'impôt quand ça
provient d'une société étrangère, souvent et très souvent. Les États-Unis,
c'est l'inverse. Les États-Unis, eux, quand
il y a un dividende qui est reçu par une société américaine, ça fait
partie de
son revenu. Ça crée un autre problème, ça a créé les inversions fiscales. Ça a
créé, justement, le... Burger King avec Tim Hortons, là, bon, ça a créé ça ici,
et les pharmaceutiques qui quittent les États-Unis. Bon, ils ont comme réglé le
problème un peu, là, tout récemment aux
États-Unis, mais tout ça pour vous dire qu'il y a des problèmes, effectivement,
avec les deux systèmes, mais le Québec,
néanmoins, doit réfléchir : Qu'est-ce qui est bon pour lui? Puis à quelque
part, bien sûr, il y aura une
concurrence avec les autres États, les autres provinces. Il y a un choix à
faire à quelque part, il y aura un choix à faire.
Le Président
(M. Bernier) : Merci. M. le député de Mercier.
M. Khadir :
Merci, M. le Président. Ça nous amène, en fait, à notre propos. Mon collègue de
Rousseau, à deux reprises, a mentionné
qu'est-ce que le Québec peut faire, puis on en est là un peu. On connaît un
certain nombre de contraintes. Mais
c'est sûr qu'on peut, à la fin, même si nous-mêmes, nous ne pouvons pas agir,
envoyer des messages, faire des
recommandations, à l'issue de nos travaux, au gouvernement du Québec pour que
le gouvernement du Québec demande au
gouvernement fédéral de modifier un certain nombre de dispositions en matière
de la
Loi sur l'impôt, mais aussi en
matière pénale et criminelle, parce que la Dre Rizqy en a fait mention, la Pre
Rizqy. Vous, vous avez fait mention...
Bon, il y a des
considérations de moralité, c'est-à-dire la morale fiscale, qui, à mon avis,
est à la base de tout équilibre social
depuis le début de l'humanité, en fait. Quand il y a une fiscalité qui
s'introduit, qu'on paie pour l'effort collectif,
on réduit la violence, on réduit les problèmes. Et, quand cette notion — c'est important — s'effrite, il y a toutes sortes d'anomalies qui surviennent, il y a toutes
sortes de problèmes. Mais la Pre Rizqy a mentionné que, pour les grands excès
de vitesse, habituellement, on emprisonne, on confisque, etc. Vous, vous dites
qu'il faut vraiment une privation de liberté
parce que vous avez donné l'exemple de KPMG, qui, malgré 450 millions de
pénalités en 2005, ils ont continué à opérer de toutes sortes de
manières qui sont fiscalement inacceptables, d'accord?
Alors,
est-ce que ça veut dire que vous seriez d'accord avec le fait que le
gouvernement... parce que ça, on a ce moyen-là,
là. Mon collègue se demandait quels moyens on a. C'est le gouvernement qui
donne des contrats, qui donne des subventions, qui donne des mandats.
Aujourd'hui, le gouvernement du Québec donne des mandats à KPMG. Aujourd'hui, le gouvernement du Québec a conclu
une entente avec Uber, qui est un fugitif fiscal, grand fraudeur. D'ailleurs,
en France, on a emprisonné... il y a des
mandats d'emprisonnement contre deux de ses dirigeants pour de la criminalité
économique.
Est-ce
que vous seriez d'accord, donc, que nous, on fasse des recommandations en ce
sens, un, que le gouvernement fédéral
change les dispositions de la loi criminelle pour faciliter des peines
d'emprisonnement pour ce genre de fraude là et, deux, que le gouvernement du Québec montre l'exemple moral que,
quand une entreprise est fugitive, est un évadé fiscal — moi,
j'utilise ces deux termes-là — qu'aucun contrat, aucune entente ne soit
conclus avec cette entreprise, qu'elle soit exclue du domaine des
contrats de l'État où on donne des milliards de dollars de contrats?
Le Président
(M. Bernier) : M. Lareau.
M. Lareau (André) : Bien, un genre d'AMF, effectivement. Et ce serait une
excellente idée. Moi, j'adhère totalement à cette thèse-là.
Pour
ce qui est des peines, donc, ce n'est pas la loi criminelle, ce n'est pas le
Code criminel qu'il faut changer, quant à moi. Il faut que ce soit
inscrit dans la Loi de l'impôt. Les f