Institutions — 27 April 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CI 2021-04-27
Quebec — Committees
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. L'étude de ce portefeuille sera divisée en parties pour permettre la présence en salle des représentants et des
organismes visés par cesdits crédits. Ce matin, de 9 h 30 à midi, le
ministre sera accompagné des représentants
de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, de la
Commission des services juridiques et de la
direction des poursuites criminelles et pénales. Et, cet après-midi, de
15 h 30 à 16 heures, il sera accompagné des représentants
de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.
Ce matin,
nous allons procéder aux échanges entre les groupes d'opposition et le ministre
par blocs d'environ 20 minutes pour permettre à chaque groupe
d'écouler graduellement son temps de parole. Je vous rappelle que la mise aux
voix de ces crédits sera effectuée à la fin du temps qui leur est alloué, cet
après-midi, donc vers 16 heures.
Donc, je suis maintenant prêt à reconnaître une
première intervention. M. le député représentant l'opposition officielle,
M. le député de LaFontaine, s'il vous plaît.
M. Tanguay : Merci beaucoup,
M. le Président. Pour 21 min 14 s, je crois?
Le Président (M.
Bachand) : Exactement, 21 min 14 s.
M. Tanguay : Merci beaucoup.
Bien, d'abord, vous saluer, merci de présider nos travaux, saluer le ministre
et les collègues également, et toutes les personnes qui accompagnent, qui
gravitent autour du ministère de la Justice. Merci d'être là, pour votre
présence pour cet important exercice ce matin.
Décembre 2020, rapport Rebâtir la
confiance, rapport extrêmement important en matière d'agression sexuelle et de
violence conjugale, recommandation 178 : Bureau de l'ombudsman
québécois des victimes d'actes criminels. 23 mars 2021, le premier
ministre : On va appliquer les 190 recommandations. Une porte... une
fenêtre d'opportunité était disponible au ministre pour mettre en application
cette importante recommandation-là, parmi les 190. J'aimerais savoir, parce
qu'il n'a pas saisi l'occasion à ce moment-là, quand... pas savoir si... À
moins qu'il me détrompe. Est-ce que le ministre en est à l'étape de la question
s'il va le mettre en application? Mais moi, j'aimerais savoir quand, dans la
prochaine année, parce qu'il reste deux sessions parlementaires, va-t-il mettre
cette importante recommandation-là en application.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui. Alors,
bonjour, M. le Président. Salutations à mes collègues également. Salutations
également au député de Chapleau qui m'accompagne pour l'étude des crédits. M.
le Président, d'entrée de jeu, je voudrais faire quelques remarques en lien
avec l'intervention du député de LaFontaine. Juste vous souligner que
m'accompagnent Me Drouin, qui est sous-ministre à la Justice, ainsi que
les quatre sous-ministres associés, les représentants de la Commission des
droits de la personne, du Directeur des poursuites criminelles et pénales ainsi
que de la Commission des services juridiques ce matin.
Alors, M. le Président, l'exercice des crédits,
c'est un moment qui est important. C'est un moment où les oppositions peuvent
poser des questions en lien avec l'ensemble des crédits budgétaires qui sont
consacrés au ministère de la Justice. On parle de plus d'un milliard de dollars
par année, avec différents organismes.
Et donc, sur le point
précis du député de LaFontaine relativement au rapport Rebâtir la confiance, M.
le Président, 190 recommandations et nous sommes déjà, M. le Président, en
action. Le député de LaFontaine fait référence aux travaux que nous avons eus
dans le cadre du projet de loi n° 84, donc, qui vise à réformer le programme... la
Loi sur l'indemnisation des
victimes d'actes criminels. Alors, on a terminé l'étude détaillée jeudi
dernier, et je remercie mes collègues. Et, dans le cadre de ce projet de loi
là, M. le Président, on a eu l'occasion de discuter d'un ombudsman. Et ce que j'ai dit, c'est que... Et ça venait de la
députée de Joliette, cette intervention-là relativement au fait est-ce
qu'il va y avoir un ombudsman. Alors, j'ai dit que, présentement, on étudiait
le rapport Rebâtir la confiance et que j'avais l'intention de donner suite aux
190 recommandations, comme le premier ministre l'a dit.
Dans le cadre du projet de loi n° 84, M. le
Président, ce que nous avons fait, c'est donner davantage de droits aux
personnes victimes, et surtout dans la première
partie de la loi qui reprenait
la
loi sur l'aide aux victimes. Et, alors là, ce qu'on a fait pour l'instant,
M. le Président, c'est qu'on a créé, à l'intérieur du Bureau d'aide aux
victimes d'actes criminels... on a élargi son mandat, actuellement, pour
pouvoir accompagner et soutenir les victimes. Et, par les amendements que nous
avons effectués, ça vise à faire en sorte que, maintenant, tous les organismes
publics et privés qui offrent des services
aux personnes victimes vont devoir se doter de déclarations de services et de
processus de plaintes, toujours dans
l'optique de servir le mieux possible les personnes victimes, notamment
d'agression sexuelle, de violence
conjugale, pour faire en sorte qu'elles soient accompagnées dans le cadre de
leurs démarches à travers la justice.
Et, M. le Président, je dois vous dire que notre
gouvernement est fortement mobilisé pour les victimes d'agression sexuelle et
de violence conjugale, parce que, depuis qu'on est arrivés au gouvernement, M.
le Président, on a aboli la prescription en matière civile pour les victimes en
matière d'agression sexuelle, de violence conjugale, violence subie pendant
l'enfance, on a déposé le projet de loi n° 84, M. le Président, un quart
de milliard de dollars qu'on a consacré, un projet de loi que ça faisait
50 ans qu'il était en place, 30 ans qu'on demandait sa réforme.
Alors, on l'a fait, et j'ose espérer qu'il sera adopté par l'Assemblée au cours
des prochaines semaines.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de LaFontaine.
M. Tanguay : Merci beaucoup,
M. le Président. On ne pourra pas continuer de même. Puis je ne veux pas me
chicaner avec le ministre, là. J'ai appris... Je l'ai découvert durant le 84.
Je pense, ça va bien, mais on ne pourra pas continuer de même. Ma question
était à peu près une minute, puis ça a pris trois minutes pour me faire... me vanter le projet de loi n° 84. Je l'ai déjà
entendu, ça. Ma question... Puis, je l'en remercie, en toute franchise, il
dit : On a l'intention de donner suite aux
190 recommandations. Parfait. Ça, c'est le bout clair. Le reste, je
l'avais déjà entendu.
Il doit le faire par loi. Il lui reste deux
sessions. Va-t-il déposer un projet de loi pour mettre en application la
recommandation 178, créer un bureau de l'ombudsman? Va-t-il déposer un projet
de loi à la session d'automne ou à la dernière session d'hiver prochain?
M. Jolin-Barrette : Mais, M. le
Président, vous savez, le député de LaFontaine, souvent, me critique parce que
je vais dans la précipitation. Donc là, il m'invite à agir de façon précipitée,
à me commettre déjà, d'entrée de jeu, à quelle session parlementaire un
éventuel ombudsman se retrouverait dans un véhicule législatif. M. le Président,
ce que je peux vous assurer, c'est que le ministère de la Justice, le ministère
de la Sécurité publique, de la Santé et des Services sociaux, tous les ministères
qui sont interpelés par le rapport Corte-Desrosiers, le rapport Rebâtir la
confiance, M. le Président, tous les ministères sont à l'oeuvre pour donner
suite aux recommandations.
Alors, comme je l'ai dit dans le cadre de
l'étude du projet de loi n° 84, certaines mesures
vont devoir être mises en vigueur par voie législative, M. le Président. On en
a déjà fait une
partie avec le projet de loi n° 84. Écoutez, on a donné suite à plusieurs
recommandations de Rebâtir la confiance. La semaine dernière, M. le
Président, la vice-première ministre,
ministre de la Sécurité publique, a annoncé du financement additionnel pour les
maisons d'hébergement. Et, notamment, ça faisait suite à certaines
recommandations du rapport Rebâtir la confiance, M. le Président. Il y a des volets administratifs... En fait, il y a des
recommandations qu'on peut donner suite par voie administrative. Et là-dessus, M. le Président, ce qu'il est important de
savoir, c'est que, parmi les 190 recommandations qu'il y a dans le rapport, il y en a plusieurs qui étaient déjà en
vigueur et déjà en fonction à travers différents organismes, notamment
le DPCP et le ministère de la Justice. Alors, on va continuer, M. le Président,
de travailler pour les personnes victimes.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de LaFontaine, s'il vous plaît.
M. Tanguay : Justement, M. le
Président, le ministre nous habitue à agir dans la précipitation. Donc, quand
il n'agit pas dans la précipitation : drapeau jaune, c'est justement sur
ce point-là où on a des préoccupations. Alors, je n'ai pas eu de réponse
claire. Je vais passer à une autre recommandation, deux recommandations
importantes du tribunal spécialisé, recommandations 156 et 157 :
«Instaurer un Tribunal spécialisé en matière d'agressions sexuelles et de
violence conjugale au sein de la Cour du Québec» et «déployer le tribunal
spécialisé à l'échelle provinciale pour desservir toutes les régions...» Pour
faire ça, question très précise, le ministre a-t-il besoin d'un projet de loi,
oui ou non?
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait,
M. le Président, oui, ça prend un projet de loi pour modifier la
Loi sur les
tribunaux judiciaires. Et, M. le Président...
M. Tanguay : ...déposer à
l'avant-dernière ou à la dernière session?
Jolin-Barrette : Bien, écoutez, déjà, dès le 8 février dernier,
j'ai annoncé la création d'un groupe de travail
pour voir de quelle façon est-ce qu'on peut mettre en oeuvre un tribunal
spécialisé, M. le Président. Alors, il y a plusieurs partenaires qui sont sur le comité, notamment le Directeur des
poursuites criminelles et pénales, le ministère de la Justice, la
Commission des services juridiques, le ministère de la Sécurité publique ainsi
que la Cour du Québec. M. le Président, il est de la volonté ferme et claire du
gouvernement du Québec d'instaurer un tribunal spécialisé en matière de
violence conjugale et sexuelle. Il ne fait aucun doute pour les parlementaires
élus du gouvernement de cette volonté.
Il va falloir, M. le
Président, que tous les acteurs du système de justice, tous les acteurs sans
compromis, mettent du sien, M. le Président, et s'assurent de répondre à la volonté du comité d'experts, du rapport
Corte-Desrosiers, des victimes de violence conjugale et sexuelle
d'appuyer et de mettre en oeuvre... et d'avoir l'ouverture d'esprit de changer
nos façons de faire, M. le Président. Et ça doit passer notamment, M. le
Président, par un tribunal spécialisé pour les victimes de violence conjugale
et sexuelle.
Alors, à la question
précise, oui, j'ai l'intention de mettre en place un tribunal spécialisé. Et je
demande le concours de tous les acteurs du système de justice pour mettre en
oeuvre un tribunal spécialisé. Et l'État québécois accompagnera, à juste titre,
les victimes de violence sexuelle et conjugale.
Président (M. Bachand) : M. le député de LaFontaine.
M. Tanguay :
Ah tiens! Une folie, je vais essayer la question. Qui, dans le système de
justice, est le plus réfractaire? C'est délicat de répondre à ça. Vous pouvez
ne pas répondre, mais il y a des gens visiblement qui sont réfractaires à ça.
Jolin-Barrette : M. le Président, ma volonté en tant que ministre de
la Justice, c'est de mettre en oeuvre ce tribunal-là. Et je vais demander le
concours et j'aurai besoin du concours des collègues de LaFontaine, de Joliette
et de Gouin de nous appuyer dans cette démarche qui, je pense, est hautement importante
pour la société québécoise, pour, notamment, les victimes d'agression sexuelle
qui ne se sont pas senties à l'aise à travers le système de justice. Alors, il
faut moderniser nos institutions, et il va falloir travailler ensemble pour le
mettre en place.
M. Tanguay :
J'ai devant moi, donc, le communiqué de presse du 8 février 2021 par
lequel le ministre constituait le groupe de travail. Quel est son échéancier?
Vous vous attendez à avoir le rapport quand?
Jolin-Barrette : J'ai demandé, je crois, un rapport préliminaire au
mois de mai, si je ne me trompe pas. Donc, je devrais avoir un rapport
préliminaire au mois de mai.
M. Tanguay :
Et en vue d'avoir un rapport final autour de?
Jolin-Barrette : Écoutez, dépendamment de l'avancement des travaux
relativement à ce groupe de travail là. Je vais prendre acte du rapport
préliminaire. C'est possible qu'uniquement avec le rapport préliminaire le
travail soit bien engagé et qu'on puisse donner suite assez rapidement.
Mon objectif — et je
pense que ça fait part du rapport Corte-Desrosiers : de dire quelle est la
mesure la plus structurante qui va influencer sur l'accompagnement des personnes
victimes, quelle est cette mesure-là. Et je crois que ce qui a été identifié
dans le rapport, c'est la mise en place d'un tribunal spécialisé. Alors, pour
arriver au tribunal spécialisé, il y a toutes sortes de mesures à mettre en
place dans les différentes organisations, de l'accompagnement. On parle
beaucoup d'accompagnement, mais, ultimement, ce que le rapport nous dit, c'est
il faut avoir un lieu pour les personnes victimes d'agression sexuelle et
conjugale.
Tanguay : Le ministre s'engage-t-il à rendre public le rapport préliminaire puis, le cas échéant, le rapport
final?
M. Jolin-Barrette :
Bien, écoutez, je ne sais pas si je peux le rendre public. Je vais en prendre connaissance.
Et vous comprendrez que ça va guider l'action gouvernementale, notamment, mais
je vais en prendre connaissance dans un premier temps, puis je vais évaluer si
je peux le rendre public.
M. Tanguay :
Oui, oui. Mais j'invite le ministre, il fera ce qu'il voudra, là, dans le sens
où on ne peut pas l'obliger, là, par un subpoena duces tecum, là, mais à le
rendre public, parce que, je veux dire, il n'y aura pas de renseignements
personnels là-dedans, c'est des acteurs centraux, puis, je pense, ça
participerait, justement, au débat public. Alors, je l'invite évidemment, dans
les jours qui suivront le préliminaire et, le cas échéant, le final à nous
rendre ça public, qu'on puisse en débattre.
Autre recommandation
importante, M. le Président, et ma question est sous l'angle : Est-ce
qu'actuellement les crédits alloués au ministère de la Justice permettent la
mise en oeuvre des mesures suivantes — alors, j'en aurai trois — la recommandation 25 du rapport Rebâtir
la confiance : «Octroyer à toutes les personnes victimes
d'agressions sexuelles ou de violence conjugale le droit à quatre heures de
conseils juridiques gratuits, dans tous les domaines du droit, et ce,
indépendamment de leur revenu.» Alors, est-ce qu'actuellement les crédits
alloués au ministère de la Justice lui permettent de donner suite à cette
recommandation?
M. Jolin-Barrette :
En fait, pour pouvoir donner suite à cette recommandation-là, je vais devoir
obtenir des sommes supplémentaires dans le cadre du budget de la Justice. Et on
a passé le premier cycle budgétaire et on travaille présentement à donner suite
à chacune des recommandations du rapport. Alors, ça fera
partie des demandes
budgétaires que j'aurai, M. le Président.
M. Tanguay : Est-ce que
le ministre a en sa possession une évaluation de ce que représente cette somme
supplémentaire là, nécessaire?
M. Jolin-Barrette : Pas, à ce
stade-ci, en termes de montant. Mais, vous savez, on travaille sur chacune des mesures. Donc, au fur et à mesure... Vous savez,
on a passé beaucoup de temps ensemble, avec bonheur, dans le cadre du
projet de loi n° 84, de nombreuses heures ici. Donc, je me suis concentré
sur l'IVAC, et à partir de maintenant je vais me consacrer sur le rapport
Rebâtir la confiance pour donner suite à chacune des recommandations.
M. Tanguay : Est-ce que
le ministre a une sorte de tableau, parce qu'on ne peut pas lui faire grief de
ne pas tous les faire d'une seule journée, toutes en même temps, un tableau de
son échéancier des 190 recommandations? On
vient d'en parler... On vient de parler de quatre recommandations. Est-ce que
le ministre a un tableau, dire : O.K., ça, on pourrait faire exécution par voie législative, tel calendrier, par
voie administrative, demande de budget pour celle-là? Est-ce que le
ministre a un tableau qu'il pourrait nous partager quant à carte routière pour
la mise en application des 190 recommandations?
M. Jolin-Barrette : Bien, il
faut comprendre, dans un premier temps, dans le rapport Rebâtir la confiance, la
majorité des recommandations relève du ministère de la Justice, mais il y en a
plusieurs aussi qui relèvent du ministère de
la Santé et des Services sociaux ou du ministère de la Sécurité publique. Donc,
on travaille en collaboration avec les collègues ministres, et notre
objectif est de donner, le plus rapidement possible, suite aux recommandations.
Je donne un exemple. J'ai annoncé, peut-être il
y a un mois ou un mois et demi, avec Mme Dufour, je crois, du CAVAC de
l'Outaouais, Mme Kathleen Dufour, le Programme enfant témoin qui
allait être élargi à la grandeur du Québec. Alors, dès que j'ai le financement
requis et que la mesure est complète et travaillée, je peux annoncer la mesure,
elle est financée. Alors, ce que ça fait, ce programme-là, c'est que, dans
toutes les juridictions, les victimes d'agression sexuelle mineure, notamment,
vont avoir un soutien, un accompagnement d'une trentaine d'heures pour être
préparées à aller témoigner par rapport à des agressions sexuelles, notamment,
par des enfants... qui ont été commises sur des enfants. Alors, on a donné
suite à ça.
Et aussi on a donné le mandat, justement, de
développer le même type de programme, et le financement est attaché également,
pour faire en sorte que les personnes vulnérables qui ont à témoigner dans des
contextes de violence sexuelle ou de violence conjugale puissent le faire, de
la même façon que les enfants ont ce programme-là, le Programme enfant témoin.
Donc, on est train de... les CAVAC sont en train de développer ce programme pour
faire en sorte qu'une personne qui a un handicap physique ou mental ou une
personne qui a des dépendances ou une personne qui a été victime d'agression
sexuelle, ça soit adapté, qu'on puisse l'outiller pour bien... bien, en fait,
que son environnement à la cour, elle
connaisse l'environnement et qu'elle puisse être à l'aise pour le processus
judiciaire.
M. Tanguay : On va revirer ça
de bord. Les 190 recommandations, est-ce qu'il y en a, que le ministre
pourrait nous identifier, ou peut-être la réponse... dire : Non, il n'y en
a aucune, qu'il trouverait très difficile de mettre en application d'ici la fin
du mandat, peu importe la raison?
M. Jolin-Barrette : Est-ce qu'il y
en a qui sont très difficiles?
M. Tanguay : ...à mettre en
application techniquement, sur le plan législatif, administratif, budgétaire,
ou, aujourd'hui, il peut nous affirmer que non, avec... d'ici la fin du mandat,
il n'y a pas d'écueil majeur pour certaines recommandations quant à leur mise
en application?
M. Jolin-Barrette : Bien, je vous
dirais, pour celles qui relèvent du plan législatif, M. le Président, je
retournais la question au député de LaFontaine : tout dépendamment de la
collaboration que j'aurai des collègues des oppositions lorsque je déposerai un
projet de loi pour donner suite aux recommandations qui nécessitent un aspect
législatif. À ce moment-là, ça ne relève pas de moi ni de ma précipitation, M.
le Président, ça relève de la précipitation des collègues. Il y a certaines
recommandations, exemple la recommandation 64 relativement au Code
criminel, ça, c'est de juridiction fédérale. Alors, il y a des enjeux
relativement à ça, parce que, modifier le Code criminel, supposons, ça relève
du fédéral. Mais, d'entrée de jeu, notre objectif est de donner suite le plus
rapidement possible à toutes les mesures prévues dans le rapport.
Je voudrais juste faire un point également. J'ai
annoncé, avec mon collègue le ministre responsable des Affaires autochtones, au
mois de février ou mars, également des mesures, M. le Président, pour les
communautés autochtones, notamment davantage d'intervenants, des
parajudiciaires autochtones, davantage de personnes pour faire des rapports
Gladue aussi, qui font suite également aux recommandations du rapport, aussi,
dans le contexte autochtone, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
Tanguay : En rafale, deux recommandations. La 28 :
«Assurer dans les organismes d'aide aux victimes, une présence régulière et
suffisante d'avocats, avocates dédiés de l'aide juridique et de procureurs
dédiés du DPCP afin de combler les besoins de formation des intervenants et de
répondre à leurs questions juridiques spécifiques, de même qu'à celles des
personnes victimes.» Cette recommandation-là... Le ministre a-t-il l'intention
de mettre tout son poids derrière cette
recommandation-là afin qu'elle voie le jour de façon substantielle, partout au
Québec, rapidement?
Jolin-Barrette : Oui. La réponse à cette question-là, c'est oui. On
est déjà en discussion avec le Directeur des poursuites criminelles et pénales
ainsi qu'avec la Commission des services juridiques. Notre objectif, là, c'est
vraiment d'outiller les personnes victimes, qu'elles se sentent le plus à
l'aise possible à travers le processus judiciaire. Donc, ça signifie, dès le
moment, là, où elles ont été victimes d'une infraction criminelle, qu'elles
puissent consulter un avocat, qu'elles puissent être accompagnées par le
Directeur des poursuites criminelles et pénales pour faire en sorte qu'elles
sachent dès le départ qu'est-ce que représente le système de justice, quelles
sont les règles, démystifier aussi les opinions qu'on peut avoir par rapport au
système de justice.
Et ça, je tiens à le
dire et à faire un point, M. le Président, ce n'est pas parce qu'une
victime de violence conjugale ou d'agression sexuelle ou de violence sexuelle
ne porte pas plainte à la police, M. le Président, qu'elle n'est pas sans
ressources. La démonstration, c'est qu'on a fait le projet de loi n° 84 et
le fardeau de preuve n'est pas le même. Alors, j'encourage toutes les victimes
de violence sexuelle et conjugale à... dans un premier temps, de consulter les
ressources qui leur sont offertes, notamment par l'IVAC, notamment d'être
indemnisées, d'obtenir le soutien pour qu'elles puissent retrouver une vie
normale, M. le Président. Dans un deuxième temps, aussi, M. le
Président, les acteurs du système de justice, les avocats au DPCP, les
techniciens juridiques, les membres du personnel judiciaire sont là pour
accompagner les personnes victimes à travers le processus. Il y a de
l'excellent travail, déjà, qui est fait. Je pense que c'est important de le
souligner.
y a de l'amélioration à faire. Il y a eu des vagues de dénonciation au cours
des dernières années. Le fardeau de preuve en matière criminelle et
pénale, il est élevé, c'est hors de tout doute raisonnable. Il arrive que des
personnes victimes soient déçues des résultats. Cela étant dit, l'État québécois
est là pour soutenir les personnes victimes.
Président (M. Bachand) : Merci. M. le député de LaFontaine.
M. Tanguay :
Et la dernière recommandation à laquelle j'aimerais attirer l'attention du ministre,
29 : «Constituer une
section spécialisée en matière d'agression sexuelle
et de violence conjugale au sein des bureaux d'aide
juridique.» J'imagine, à moins qu'il dise le contraire, que ses réponses
précédentes vont aller dans le sens également de son application.
le ministre a raison quand il dit : Les victimes d'agression sexuelle, violence conjugale ne sont pas totalement sans ressource.
Mais l'on voit, encore une fois, jusqu'à tout récemment, qu'il manque des
outils, qu'il manque des leviers, que la confiance, là, rebâtir la confiance...
Elles ne sont pas sans ressource, mais on a énormément de choses à faire. Le
temps nous est compté, et j'invite le ministre, donc, à y aller de façon la
plus diligente possible, parce que, visiblement, on est très loin d'être
parfaits quant à l'accompagnement et à rebâtir cette confiance-là.
Président (M. Bachand) : Très rapidement, M. le ministre.
Jolin-Barrette : Bien, M. le Président, on est en action depuis qu'on
est arrivés au gouvernement : projet de loi n° 55,
projet de loi n° 84. On a consacré des centaines de
millions de dollars pour les personnes victimes, chose qui n'a été pas faite
par les gouvernements successifs. Puis, à ce que je sache, M. le Président, les
vagues de dénonciation ne datent pas de cette année. Alors, nous, on agit, M.
le Président. On va continuer à agir pour les victimes de violence sexuelle et
conjugale. Puis, M. le Président, vous le savez, c'est un dossier qui me tient particulièrement
à coeur, et j'ai bien l'intention, M. le Président, de continuer à travailler
dans cette ligne.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Je cède maintenant la parole au porte-parole du deuxième groupe d'opposition en
matière de justice, M. le député de Gouin, pour 21 min 9 s. M.
le député, s'il vous plaît.
Nadeau-Dubois : Merci, M. le Président. Salutations au ministre, aux collègues
députés, à l'ensemble de nos invités, au personnel politique également.
Il y a quelques
sujets que je souhaite aborder aujourd'hui. J'ai une vingtaine de minutes. Je
vais y aller en rafale. D'abord, pour le ministre, lors de sa nomination comme ministre
de la Justice, il s'est montré particulièrement enthousiaste, voire empressé de
réformer le droit de la famille. On avait eu un échange lors des crédits
budgétaires du mois d'août dernier. Il était... il nous disait être... il nous
plaçait ce projet de loi ou ces projets de loi en haut de sa liste des
priorités. On est au mois d'avril. Comme l'indiquait le député de LaFontaine,
il reste deux sessions parlementaires, deux périodes de travaux. J'aimerais...
Et, depuis ce temps-là, en fait, le 1er avril dernier, il y a la loi fédérale
sur le divorce qui est entrée en vigueur. Ça comporte des avancées, des
protections supplémentaires pour les enfants qui sont exposés à la violence
conjugale, par extension, leurs mères aussi, dont les parents divorcent. Tout
ça, ça représente une occasion, là, un momentum, là, d'harmoniser le Code civil
avec la loi fédérale notamment. J'aimerais connaître l'échéancier de travail du
ministre, savoir quand est-ce qu'il entend déposer les projets de loi visant à
modifier le droit de la famille au Québec.
Jolin-Barrette : Bon, c'est une question importante, M. le
Président. J'ai l'intention de déposer deux projets de loi, donc, en
deux phases distinctes. Le premier projet de loi, M. le Président,
que j'ai l'intention de déposer sera sur la filiation, la gestation pour
autrui, la connaissance des origines, M. le Président, et pour donner suite
également au jugement sur le Centre de lutte contre l'oppression des genres qui
nous impose de modifier la loi d'ici décembre 2021. Ça, c'est le premier
volet.
Le deuxième volet, la deuxième loi que j'ai
l'intention de déposer sera sur la conjugalité, qui fait suite, notamment, au
rapport sur le droit de la famille qui a été déposé en 2015. Alors, quand je
suis arrivé comme ministre de la Justice, M. le Président, j'en ai fait une
priorité, et on travaille activement sur la réforme du droit de la famille.
Et mon objectif, et pourquoi est-ce que je
débute par la filiation, M. le Président, et par la gestation pour autrui,
la procréation assistée, M. le Président, c'est parce qu'on veut s'assurer
que tous les enfants soient égaux devant la loi, et on ne veut pas qu'il y ait
de vide juridique, M. le Président, en termes de protection des enfants. Et ça
va de pair, M. le Président, avec, éventuellement... Vous savez que le rapport
Laurent va sortir, éventuellement, M. le Président. Je pense qu'au Québec on
doit s'assurer que, peu importe, pour un enfant qui naît sur le territoire
québécois, qu'il soit né en mariage, hors mariage ou qu'il soit issu d'une gestation
pour autrui, M. le Président, il faut que cet enfant-là ait les mêmes
droits. Et c'est la première des priorités en matière de droit de la famille.
C'est l'intérêt de l'enfant qui va guider nos actions.
Alors, pour savoir à quel moment je vais le déposer,
écoutez, je travaille activement là-dessus. J'ai été pris sur le projet de loi
n° 84 un bout de temps, mais c'est ma prochaine priorité.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Gouin.
M. Nadeau-Dubois : Donc, le ministre
s'engage à déposer ces deux projets de loi avant la fin du mandat.
M. Jolin-Barrette : Oui,
certainement.
M. Nadeau-Dubois : Donc, il y aura
dépôt de deux projets de loi de réforme du droit de la famille avant qu'on s'en
aille tous en élection en 2022.
M. Jolin-Barrette : Bien, je ne peux
pas vous dire que les deux projets de loi seront déposés. Dans le fond,
présentement, je travaille sur la phase I de la réforme du droit de la
famille qui touche la filiation, qui touche la connaissance des origines, qui
touche la procréation assistée.
M. Nadeau-Dubois : Donc, ça, donc,
la phase I sera déposée assurément avant la fin du mandat. Pour ce qui est
de la phase II, c'est encore à voir. Est-ce que je comprends bien?
M. Jolin-Barrette : Bien, mon
souhait, ça serait de faire les deux phases avant la fin du mandat, mais,
matériellement, je vais commencer par la phase I, tout dépendamment la
rapidité et la vitesse à laquelle les travaux se déroulent ici, en cette
Assemblée.
M. Nadeau-Dubois : Oui. On sait que
ça tient beaucoup au leader au gouvernement, la rapidité avec laquelle les
travaux se déroulent. Bien, merci, ça répond à mes questions. Avec le
consentement des collègues, j'aurai des questions pour M. Tessier de la
Commission des droits de la personne et de la jeunesse.
Le Président (M.
Bachand) : Est-ce qu'il y a consentement? M. le ministre,
est-ce que vous êtes...
M. Jolin-Barrette : Sous
réserve de la question, M. le Président.
Le Président (M. Bachand) : O.K., merci. Alors donc, M. le député de Gouin.
M. Nadeau-Dubois : Toutes mes questions sont pertinentes. Le leader
du gouvernement, ministre
de la Justice le sait bien. Donc, je n'ai aucun doute qu'il va consentir
à ce que j'interroge notre invité sur un sujet qui est important.
On est en pleine crise sanitaire. Il y a un état
d'urgence sanitaire à l'heure actuelle qui a été mis en place par décret par le gouvernement du Québec. C'est
un décret qui donne au gouvernement des prérogatives assez importantes. La Loi
sur la santé publique permet au gouvernement de prolonger cet état d'urgence
par décret ou par vote de l'Assemblée nationale.
Il y a des voix qui se sont élevées dans la communauté
juridique, dans les réseaux de défense des droits et libertés, des gens qui
s'intéressent à l'État de droit puis à l'importance du respect des droits et
libertés dans la société québécoise qui ont questionné, des gens très
crédibles, très sérieux, là, on va placer les affaires tout de suite, là, pas
des gens qui nient l'existence d'une pandémie ou qui pensent que ce n'est pas
grave, que c'est une grippe, des gens très sérieux, très compétents, qui ont
exprimé certaines inquiétudes à l'égard de la manière de fonctionner du gouvernement,
c'est-à-dire de prolonger ce décret d'état d'urgence strictement par des votes
au Conseil des ministres plutôt que de passer par un vote de l'Assemblée
nationale.
La commission, comment dire, s'est vu confier, à
sa création, le mandat d'examiner les différentes lois, les différents règlements
au Québec puis d'examiner leur conformité ou non avec la charte des droits et
libertés. Puis la question plus générale du respect des
droits et libertés, c'est au coeur du mandat de la commission. J'aimerais
savoir : Est-ce que la commission a un avis sur la situation actuelle? Est-ce
qu'elle se pense sur les modalités de prolongation de l'état sanitaire? Est-ce
que ça fait
partie de vos préoccupations?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. Juste,
un premier temps, avant de céder la parole à Me Tessier, la
Loi sur la
santé publique, à l'article 123 notamment, prévoit que l'état d'urgence
peut être déclaré soit par un vote à l'Assemblée nationale pour une période de
30 jours, soit par un décret renouvelable aux 10 jours. Le gouvernement
a fait le choix de renouveler par décret l'état d'urgence, M. le Président. Et
cette décision-là a été contrôlée par les tribunaux judiciaires, notamment la Cour
supérieure dans l'arrêt Bricka, M. le Président. Et je crois que c'est le juge
Riordan qui a rejeté les arguments relativement à la contestation du fait qu'on
aurait dû passer par l'Assemblée nationale, par un renouvellement à
l'Assemblée. Et le juge confirme la légalité de l'utilisation des décrets aux
10 jours pour renouveler l'état d'urgence sanitaire. Alors, je voulais
juste placer ça, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Donc,
Me Tessier.
M. Tessier (Philippe-André) : Merci,
M. le Président. Merci pour la question. Effectivement, la question de la
situation sanitaire a occupé beaucoup la commission dans la dernière année.
Dans un premier temps, peut-être juste rappeler, ça fait déjà un an, mais, au
début de la crise pandémique, la commission a mis sur pied un comité de veille
stratégique présidé par la vice-présidente charte de la commission,
Mme Myrlande Pierre, qui m'accompagne aujourd'hui. Et, dans le cadre de ce
comité, la commission a émis une quantité assez importante de lettres, d'avis
tant... publics, également auprès du gouvernement, pour s'assurer puis bien
baliser, parce que ce qu'on avait constaté à l'origine de la pandémie, c'est
que les personnes en situation de vulnérabilité étaient doublement vulnérables,
les aînés, les populations marginalisées, les... donc, et certaines communautés
aussi qui occupent des... qui font du travail dans le milieu de la santé, des
communautés racisées. Donc, la commission était initialement très préoccupée
par ça, et on a fait beaucoup, beaucoup de démarches en ce sens-là.
Par la suite, si vous vous souvenez, l'été
dernier, le débat, c'était sur le port du masque obligatoire. La commission a
émis un avis de conformité, au sens de l'article 9.1 de la charte, de
l'obligation du port du masque. Donc, et puis là, depuis l'automne et
dernièrement, c'est sûr et certain que nos représentations... Vous vous
souviendrez également qu'il y a eu contestation judiciaire du décret par
rapport à l'application du couvre-feu sur les personnes en situation
d'itinérance. La commission a interpelé directement le premier ministre à cet
égard-là, lui a demandé de modifier le décret pour le rendre conforme à la
situation de vulnérabilité des personnes en situation d'itinérance. Évidemment,
cette lettre-là a trouvé application dans le jugement qui... et le fait que le
Procureur général n'a pas appelé de cette
décision-là. Donc, la situation s'est régularisée de ce point de vue là. La
recommandation de la commission a été suivie, mais par la voie des tribunaux.
Donc, c'est sûr et certain que tous ces éléments-là, nous, on est en... on
travaille là-dessus.
Maintenant, c'est toujours la même chose en
situation pandémique, en situation de crise sanitaire, puis ça a été l'exercice qu'on a fait dans la dernière
année, c'est de concilier, oui, les droits prévus à 1 à 9 de la charte, les
balancer avec 9.1, qui est la disposition qui fait en sorte que l'intérêt
public, l'intérêt collectif doit aussi être pris en compte quand on regarde ces
éléments-là puis ces dispositions-là, pour s'assurer, évidemment, que les gens
ne décèdent pas de la COVID-19.
M. Nadeau-Dubois : Je me demandais
si la commission avait un avis spécifique sur la question des modalités de
prolongation de l'état d'urgence sanitaire. Parce qu'il y a un débat
actuellement, et ce n'est pas un débat juridique, hein, par ailleurs, les
tribunaux ont été clairs, c'est un débat politique du point de vue de la
légitimité entre des modalités de reconduction strictement au Conseil des
ministres ou à l'Assemblée nationale.
M. Tessier (Philippe-André) : Je
vais répondre très simplement à votre question. Lors de l'adoption de la Loi
sur la santé publique, c'était en 2000-2001 si ma mémoire est bonne, je n'étais
pas là, mais il me semble que c'est à peu près ça, la commission n'avait pas
pris de position. Donc, on a regardé à l'intérieur de la commission, là, dans
les avis, dans les mémoires, la commission n'avait pas pris position sur cet
élément spécifique. Alors, je vous dirais que c'est un élément qui nous
préoccupe pour la suite. Dans la mesure où la
Loi sur la santé publique serait
révisée, c'est sûr et certain que la commission regardera cette question-là
attentivement.
M. Nadeau-Dubois : J'aimerais vous
entendre sur le couvre-feu, parce que vous venez de parler de l'impact de la
pandémie sur les populations plus vulnérables ou marginalisées. Vous aviez pris
position. J'allais... Bien, vous en avez vous-même parlé quand est venu le
moment d'appliquer ou non le couvre-feu aux personnes en situation
d'itinérance. Vous avez pris une position courageuse et juste, celle de
dire : On ne peut pas demander à des gens qui n'ont pas de chez-soi de
rester chez soi après 20 heures. Les tribunaux et l'opinion publique, je
pense, vous ont donné bien raison là-dessus. Le couvre-feu est une mesure, et
les voix commencent à se lever du côté des organismes de défense de droits, qui
a des conséquences différenciées selon le statut socioéconomique.
Bon. Moi, par exemple, j'ai une petite maison à Montréal, assez confortable, j'ai une petite cour, le
couvre-feu ne m'incommode pas trop, je peux sortir à l'extérieur. Il y a
des gens en situation de vulnérabilité, en situation de pauvreté
qui n'ont pas de balcon, pas de cour, peuvent être dans des appartements
surpeuplés, il y a des gens qui ont des problèmes de toxicomanie, il y a des
gens en situation de marginalité. Il y a des organismes en réduction des
méfaits, par exemple, qui ont témoigné à l'effet que la fréquentation de leurs
organismes a considérablement diminué depuis l'imposition d'un couvre-feu.
Donc, il y a vraiment, encore une fois, des gens très respectables, là, on est
dans ce domaine-là, qui émettent des préoccupations sur les conséquences du
couvre-feu sur les populations vulnérables ou marginalisées.
Je sais que, le 22 janvier dernier, vous
aviez demandé au gouvernement de collecter plus de données sur les conséquences
de la pandémie sur les catégories de la population les plus vulnérables au Québec.
Avez-vous obtenu ces données-là? Avez-vous des données sur l'impact du
couvre-feu sur les populations plus marginalisées? Est-ce que c'est un enjeu
qui vous interpelle? Est-ce que vous travaillez là-dessus? Est-ce que vous avez
l'intention de prendre position sur cette question-là?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Bien, simplement
rappeler, M. le Président, sur la question du couvre-feu, là, les questions du
député de Gouin sont légitimes, mais ça serait important, M. le Président, que
toutes les formations politiques appuient les mesures qui sont mises en place, M.
le Président, pour s'assurer de limiter la propagation de la pandémie. Et le
couvre-feu est une des mesures, M. le Président, qui permet de s'assurer de faire
en sorte qu'on réduit le nombre de cas au Québec,
qu'on réduit la transmission. Alors, mettre en doute les mesures de santé
publique qu'on met en oeuvre, M. le Président, pour s'assurer de protéger la population
du Québec, M. le Président, je vous le soumets, c'est un terrain glissant. Mais
je peux céder la parole.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Gouin, allez-y,
oui.
M. Nadeau-Dubois : Bien, je vais
profiter de mon temps. Moi, j'essaie d'avoir une conversation intelligente,
ici, avec quelqu'un d'intelligent, au sujet de l'impact des mesures sanitaires
sur les populations les plus vulnérables. Si le ministre souhaite faire
descendre le débat dans le caniveau, je ne le suivrai pas. Ça fait que
j'aimerais avoir une discussion intelligente avec une personne très
intelligente dont l'expertise et le rôle dans la société québécoise, c'est de
se pencher sur l'impact des décisions gouvernementales sur les populations les
plus vulnérables. Moi, je crois que, dans une institution comme la nôtre, on
est capables d'aspirer à ces débats-là sans faire redescendre le débat dans les
plus bas étages. Ça ne me tente pas d'aller là. On appuie toutes les mesures
sanitaires à Québec solidaire, on invite tout le monde à les respecter. On
pense juste qu'il y a des choses dont il faut discuter, notamment l'impact de
ces mesures-là sur certaines parties de la population québécoise. Je suis sûr
que le ministre est capable, avec nous, d'avoir cette conversation-là.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Alors, M. le
Président, ça dépendra de l'évaluation que le député de Gouin fait de mon
intelligence, mais je vais essayer de m'insérer dans le débat quand même, M. le
Président. Tout au long de l'année qu'on a connue, au niveau de la pandémie, M.
le Président, les collègues des oppositions ont soulevé des doutes à de
multiples reprises, M. le Président, sur les règles demandées par la Santé
publique pour limiter la propagation de la pandémie. Alors, mon propos, M. le
Président, va en ce sens : Nous souhaitons la collaboration et l'adhésion
de chacun des parlementaires ici, en cette Chambre, pour faire en sorte, M. le
Président, de soutenir les mesures qui sont mises en place pour limiter la
propagation de la pandémie et surtout pour lutter efficacement. Mais, d'entrée
de jeu, je laisse la discussion au niveau intellectuel entre le député de Gouin
et Me Tessier.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Me Tessier, s'il vous plaît.
M. Tessier
(Philippe-André) : Oui.
Alors, pour ce qui est de la question du couvre-feu et de son impact, il est certain que, et je
pense que c'est une des préoccupations de notre commission, on voulait... vous
avez fait référence à certaines démarches que nous avons entreprises, nous
avons effectivement demandé à la Santé publique, à M. Arruda, Dr Arruda, le directeur national, de procéder à une
collecte de données, parce
qu'effectivement il est très difficile présentement
de savoir quel est l'impact et s'il y a impact disproportionné non seulement de
la pandémie mais également des mesures visant corriger la pandémie sur
certaines populations plus vulnérables. Ça, c'est pour ce qui en est.
Maintenant, peut-être ajouter un élément qui
est, je pense, important dans la considération. Puis je l'ai dit d'entrée de
jeu, l'exercice qui est celui de la Commission des droits de la personne et des
droits de la jeunesse, comme fiduciaire de la charte, est aussi de s'assurer
que le débat se fasse de façon sereine dans la population. Et un des éléments
que nous avons trouvé malheureux, comme commission, c'est que certaines
personnes — puis
ce n'est pas celle dont vous parliez, M. le Président, ce n'est pas celle dont
le député parlait, évidemment — se sont approprié un discours en
disant : C'est mes droits ou mes libertés, et en faisant, disons, une
interprétation quelque peu exagérée des principes prévus à la charte, qui, eux,
étaient... mettait à mal, si on veut, les protections et les garanties. Parce
que, quand on exagère un droit, bien, on vient nuire à l'équilibre et à
l'ensemble de ces droits-là, et c'est aussi de la préoccupation de notre
commission de s'assurer de ne pas jouer non plus dans ce discours et de jouer
un rôle équilibré, ce qu'on a tenté de faire tout au long de la dernière année.
Et, en conclusion, ce que
je voudrais juste ajouter, c'est que c'est sûr et certain que, la question du
couvre-feu, il y a plusieurs exceptions qui sont prévues par décret, il y a
plusieurs modalités qui sont prévues par décret. Ces modalités-là méritent
d'être bien connues. Le parallèle que je fais, c'est pour le port du masque. À
la commission, puis je le soumets à l'attention des députés, je pense que c'est
important que vous le sachiez, la plupart des plaintes que nous avons reçues
dans la dernière année en lien avec l'application des mesures sanitaires sont
celles avec le port du masque, parce qu'il y a une incompréhension, chez
plusieurs dans la population, sur les exceptions prévues au décret même. Et
donc on a un... nous, on fait un travail, à la commission, lorsque les plaintes
rentrent, pour dialoguer avec les mis en cause, donc les personnes qui refusent
l'accès, pour leur expliquer les exceptions qui sont prévues noir sur blanc au
décret. Donc, on a aussi ce travail-là qu'on a fait dans la dernière année.
Le Président
(M. Bachand) : M. le député de Gouin.
M. Nadeau-Dubois : Est-ce que
vous trouveriez pertinent que la Direction générale de la santé publique et/ou
l'INSPQ documentent les impacts du couvre-feu sur les populations plus, disons,
marginalisées ou vulnérables dont on discute vous et moi?
M. Tessier (Philippe-André) :
C'est une de nos demandes.
M. Nadeau-Dubois : O.K. C'est
aussi une demande de ma formation politique. Je suis content de savoir qu'on
partage cette proposition-là. Mais combien de temps est-ce que je dispose, M.
le Président?
Le Président
(M. Bachand) : Un peu plus de trois minutes.
M. Nadeau-Dubois : Un peu plus
de trois minutes. Bien, merci d'avoir... pour vos réponses à mes questions. Je
pense qu'en effet c'est important qu'on documente l'impact d'une mesure quand
même musclée comme le couvre-feu sur les gens les plus vulnérables de notre
société.
J'aurais une question pour le ministre de la
Justice. Il y a, au Canada et au Québec, une épidémie de surdoses, et ça a fait
prendre position beaucoup de gens en faveur d'une décriminalisation de la
possession simple de drogues. Je sais que
c'est un enjeu... le Code criminel est de compétence fédérale, mais le ministre
est un nationaliste, donc je suis sûr qu'il a des opinions quand même
sur ces choses-là. Il y a la Direction de la santé publique de Montréal, le
SPVM, l'Association canadienne des chefs de police, l'OMS qui ont fait cette
proposition d'aller vers une décriminalisation de la possession simple de
drogues. Qu'est-ce que pense le ministre de la Justice du Québec de cette question-là
puis de cette proposition-là qui vient de ces acteurs-là?
M. Jolin-Barrette : Bien, dans
un premier temps, M. le Président, je crois que l'on doit être prudents relativement
à la possession de stupéfiants, M. le Président, parce que, oui, il y a
certaines organisations qui font des recommandations relativement à la
déjudiciarisation et par rapport à certaines substances, il faut aussi garder
en tête, M. le Président, qu'il y a une
multitude de substances aussi pour lesquelles les gens sont accusés, et tout
dépendamment, notamment, M. le Président, de la nature de la substance aussi.
Alors, c'est un travail qui mérite réflexion, et on réfléchit, au ministère de la
Justice, relativement à ce sujet,
mais je pense que, comme dans tout débat aussi fondamental que celui-là,
il faut qu'il y ait un débat de société. Il faut que la population réfléchisse
aux conséquences d'amener une décriminalisation ou une déjudiciarisation. Il y
a certains États dans le monde qui l'ont fait, et c'est à géométrie variable,
les résultats rattachés à la décriminalisation de la possession simple aussi, M.
le Président. Alors, c'est un sujet très sérieux, et je pense qu'on doit être
prudents avec ce sujet.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Gouin, s'il vous plaît.
M. Nadeau-Dubois : L'équivalent au
fédéral du DPCP a déjà, lui, donné une directive de ne plus entamer de
procédures pour possession simple de drogues. Je suis sûr que le ministre de la
Justice ne qualifie pas le DPCP au fédéral d'imprudent. Est-ce que c'est
quelque chose que le ministre de la Justice envisage au Québec?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : De
décriminaliser, non. De déjudiciariser, peut-être que c'est une avenue qui
pourrait être envisagée éventuellement. Mais il faut toujours se rappeler, M.
le Président, qu'il y a plusieurs composantes à cette problématique qui est
complexe : il y a des questions de dépendance, il y a des questions de
personnes vulnérables qui consomment, il y a des questions de crime organisé,
il y a la question de la santé de la population aussi. Alors, c'est un dossier
fort complexe qui mérite une réflexion approfondie, et je suis présentement
dans le cadre d'une réflexion, le ministère de la Justice travaille sur cette
réflexion-là, mais je crois que... et ça devient une question de société,
aussi, fort importante. Alors, certains États l'ont fait, certains États également...
Le Président (M.
Bachand) : ...s'il vous plaît.
Jolin-Barrette :
...durcissent la possession, la criminalisation aussi. Alors, ça mérite une
réflexion approfondie.
Le Président (M. Bachand) : Merci. Merci beaucoup, M. le ministre. Merci, M.
le député de Gouin. Maintenant, le député de LaFontaine, s'il vous
plaît.
M. Tanguay : Pour combien de
temps déjà?
Le Président (M.
Bachand) : C'est 21 min 10 s.
M. Tanguay :
21 min 10 s, parfait. Merci beaucoup. J'aimerais que le ministre
puisse peut-être nous redonner, s'il vous plaît, la phase I, droit
de la famille, quels sont les sujets. Je vais vous laisser les dire,
phase I.
M. Jolin-Barrette : Donc, dans la phase I,
j'ai l'intention de traiter de la filiation relativement à l'intérêt de
l'enfant, la connaissance des origines, la gestation pour autrui, et notamment
de donner suite au jugement de la Cour supérieure relativement au jugement, là,
centre de l'oppression des genres, qui nous invite... en fait, qui oblige le
législateur à modifier son corpus législatif. Et ce dossier-là, d'ailleurs, il
y a un des points qu'on a portés en appel, relativement aux enfants de plus de
14 ans de consulter un professionnel.
M. Tanguay : Ça, ce sera
l'entièreté de la phase I. La phase II, est-ce qu'il peut répéter les
sujets, phase II?
M. Jolin-Barrette : Donc, au
niveau de la phase II, c'est la conjugalité, donc tout ce qui concerne les
rapports entre conjoints.
M. Tanguay : O.K. Là, je
parle au ministre de la Justice, je parle au leader, puis j'interpelle mes
collègues également, qui ont beaucoup d'expérience, autour de la table. Je dis
une chose excessivement importante au ministre. Il y a une obligation de donner
suite au jugement de la Cour supérieure d'ici décembre prochain. Ne mettez
pas... Cet impératif, ce couperet-là, ne le mélangez pas avec des questions qui
touchent tous les Québécois — puis je vous vois avec votre sourire de
leader efficace : filiation, gestion pour autrui, connaissance des
origines. Je ne veux pas — je
vous envoie le signal, c'est clair — qu'on soit pressés, avec
fusil sur la tempe, pour adopter tout ça en décembre, parce qu'il y a
x nombres d'articles que l'on doit absolument adopter d'ici décembre. Je
vous le dis, là, ça, on n'achètera pas ça. Alors, si vous voulez déposer un
projet de loi qui donne suite au jugement, on va l'adopter de façon
excessivement efficace et efficiente, mais ne mettez pas cet ingrédient-là pour
après ça nous dire : Ah! bien, vous êtes... vous retardez l'adoption de
toute cette enveloppe-là. Puis je vois mon collègue de Chomedey qui a déjà
présidé quelques heures, là, des commissions parlementaires. Je vous le dis,
là. Comment vous recevez mon commentaire? N'allez pas mélanger les deux choses,
parce qu'on ne veut pas d'échéancier puis de «gun» sur la tempe d'ici décembre
pour des questions qui touchent tous les Québécois. Alors, j'aimerais savoir
comment vous recevez mon commentaire.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, M. le Président, je prends le commentaire du député de LaFontaine
comme une mise en garde. Alors, je vais tenter de me gouverner en conséquence,
M. le Président. Mais, vous savez, mon travail n'est pas de faire plaisir au
député de LaFontaine. Mon travail est de répondre aux demandes des Québécois
d'avoir une réforme du droit de la famille, réforme qui aurait dû avoir lieu
sous l'ancien gouvernement libéral, parce que le rapport date de 2015. Et, je
me souviens, on lisait dans les journaux qu'au bureau du premier ministre, le
premier ministre Couillard, on disait : On ne sait pas par quel bout le
prendre, la réforme du droit de famille, M. le Président.
Alors, durant des années, il y a des enfants qui
n'ont pas eu la même protection juridique parce qu'ils étaient nés hors
mariage. Et on va s'assurer que tous les enfants au Québec, qu'ils soient nés
dans le mariage ou hors mariage ou qu'ils soient nés en gestation pour autrui,
M. le Président, ils puissent bénéficier des mêmes droits, d'avoir notamment
droit à la filiation, d'avoir notamment droit à la connaissance de ses origines
aussi. Et surtout je crois que c'est important de donner suite au jugement de
la Cour supérieure aussi.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup.
M. Jolin-Barrette : Alors, la
mécanique, le véhicule législatif, le député de LaFontaine pourra la critiquer.
Je ne dis pas qu'on va aller là, mais on travaille tellement bien ensemble, M.
le Président, que les délais, pour moi, je ne pense pas que ça va être un
enjeu.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de LaFontaine.
M. Tanguay : Merci beaucoup.
Alors, effectivement, heureux de souligner qu'on travaille très bien ensemble.
Ne mettez pas cette épée de Damoclès là au-dessus de nos têtes pour qu'on ait
le temps. Puis, être le ministre, je prendrais garde, à la place du ministre,
de comparer les délais de l'administration précédente. Le rapport Roy est de
2016, ce qui laissait deux ans au mandat. Le rapport Roy, il a cinq ans, ce qui
fait en sorte qu'il y a déjà trois ans de passés sur leur mandat, alors... puis
là on va y aller en phase I, phase II dans les deux dernières
sessions parlementaires. Puis là j'invite le ministre à faire
en sorte que, la phase I, là, on ne bâcle pas ça, qu'on ne bâcle pas ça
d'ici décembre.
M. Jolin-Barrette : Juin 2015, M. le
Président, juin 2015, le rapport d'Alain Roy.
M. Tanguay : Bon, il a
raison, trois ans-trois ans. Trois ans-trois ans, un, de deux, ça fait six ans.
M. Jolin-Barrette : Bien, écoutez, M.
le Président, moi, je sais que je suis ministre de la Justice depuis juin, et ça
va être déposé.
M. Tanguay : Ah! O.K. Ce
n'est pas gentil pour sa prédécesseure, mais c'est correct. M. le Président,
avec le sourire dans la voix et sur les lèvres, j'aimerais maintenant me
tourner vers le nouveau DPCP, Me Patrick Michel. Félicitations pour votre...
Est-ce qu'il y a consentement à lui adresser la parole, M. le Président?
Le Président (M.
Bachand) : Est-ce qu'il y a consentement?
M. Jolin-Barrette :
Sous réserve de
la question, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Il y a consentement, et, M. le
ministre...
M. Tanguay : Ça fait la
première fois que j'entends ça :
Sous réserve de la question.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député.
M. Tanguay : O.K. Alors, j'étais en train de féliciter
Me Michel. Félicitations... votre nomination à l'unanimité de l'Assemblée
nationale. Vous avez des défis, évidemment, importants.
J'aimerais vous entendre au niveau de
l'importante présence médiatique du DPCP. Le DPCP, je crois, on peut le
reconnaître, doit être davantage présent. Je ne suis pas en train de dire...
Vous le savez mieux que quiconque, on le voit à votre C.V., vous connaissez
l'historique du DPCP, la nécessité d'avoir une juste réserve, mais aussi de
faire oeuvre pédagogique, d'expliquer les choses. Comment, Me Michel, vous
comptez faire en sorte que le DPCP soit plus présent, toujours en gardant, évidemment,
son rôle, mais plus présent dans les médias, puis qu'un matin on vous entende à
la radio, vous ou votre représentant, représentante? Puis, dans des cas... puis
on a eu des cas récents, là, où on aurait aimé que le DPCP vienne expliquer
certaines choses, remette en contexte, ainsi de suite. Alors, comment vous
allez mettre en application ce désir-là?
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Me Patrick
Michel, s'il vous plaît.
M. Tanguay : C'est-u correct? Il peut-u répondre?
Le Président (M.
Bachand) : C'est beau. Me Michel.
M. Michel (Patrick) : Merci, M. le
Président. Merci, M. le député de LaFontaine, pour votre question. Je prends un
petit deux secondes pour remercier tous les représentants des différentes formations
politiques qui ont appuyé ma nomination. J'en suis honoré, et je vous remercie
de votre confiance.
Pour ce qui est de votre question... de la
question, pardon, de M. le député de LaFontaine, M. le Président, évidemment, j'étais bien conscient, en postulant sur le poste, en soumettant ma candidature, qu'il y a
des attentes élevées, plus élevées
que jamais en matière d'imputabilité
personnelle, de façon générale, à l'égard des dirigeants d'organisme en
général, en particulier, peut-être, à l'égard du DPCP. Alors, j'en ai la pleine
conscience, j'en prends la pleine mesure.
Et, oui, il y aura... il y a certainement des
situations dont, disons, la gravité ou l'importance va commander que le
Directeur des poursuites criminelles et pénales s'adresse à la population.
Maintenant, la direction du Directeur des poursuites criminelles et pénales,
dans mon esprit, ce n'est pas seulement moi seul qui incarne cette
direction-là. Cette direction-là est incarnée aussi par le directeur adjoint,
par les différents procureurs en chef du Directeur des poursuites criminelles
et pénales, qui seront aussi appelés à prendre la parole lorsque la situation
le commandera. Alors, oui, j'ai l'intention d'être plus présent dans les
médias, et je le serai dans les prochains jours d'ailleurs.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de LaFontaine.
M. Tanguay : Oui. Bien,
heureux de savoir, effectivement, que vous allez être, dans les prochains jours...
Effectivement, peut-être une petite tournée des médias, ce n'est pas à moi à
vous dire comment remplir votre mandat, mais ça pourrait déjà établir les
bonnes lignes de communication. Donc, heureux de vous entendre que, dans les prochains jours, vous aurez l'occasion,
peut-être, de faire une petite tournée des médias pour qu'on vous
connaisse mieux, «on» étant la population en général, et que les médias aient
le réflexe DPCP. Puis il y a des fois que vous ne pourrez pas du tout
commenter, mais des fois que vous pourrez faire oeuvre pédagogique. Ça, je suis
heureux de vous l'entendre dire.
Deuxième volet que
j'aimerais aborder avec vous : la nécessité d'améliorer — c'est
moi qui parle, là, c'est de même que je le
qualifie — les
relations, la collaboration entre le DPCP, les procureurs et les corps
policiers. Quelle est votre évaluation de ce défi-là? Et comment
entendez-vous modifier la situation, bonifier cette collaboration-là?
Le Président (M.
Bachand) : Me Michel.
M. Michel (Patrick) : Oui. Alors,
merci, M. le Président. Je vous dirais que c'est clairement une priorité, en
fait, pour moi, d'établir, disons, les ponts, les relations avec les directeurs
des différents corps de police. J'ai commencé à le faire. Malheureusement, en
72 ou 80 quelques heures, je n'ai pas encore réussi à m'adresser à chacun
des directeurs de corps de police. Le message que j'envoie, en fait, c'est que
le DPCP est dans un esprit de collaboration avec eux. Il a pu y avoir des
tensions qui ont surgi dans les rapports entre les corps de police et les
procureurs. Je tiens à voir, à explorer cette situation-là, à comprendre
quelles sont les origines de ces tensions-là et... parce qu'au bout du compte
nous avons des rôles différents, des responsabilités différentes à assumer,
mais nous faisons équipe ultimement. Si on ramène les choses à leur plus simple
expression, nous faisons équipe avec nos partenaires policiers dans la lutte au
crime.
Le Président
(M. Bachand) : Merci. M. le député de LaFontaine.
M. Tanguay : Donc, de
façon un peu plus tangible, comment vous abordez ce défi-là dans les prochains
jours, semaines? Comment vous allez réaliser ça de façon un peu plus tangible?
M. Michel (Patrick) : Bien, il
faut que je commence par établir des contacts. J'ai commencé à le faire avec
des collaborateurs que j'ai fréquentés, ou, disons, avec lesquels j'ai eu
l'occasion de travailler, la Sûreté du Québec, au SPVQ, dans mon passé. Je n'ai
pas eu le temps d'établir cette communication-là avec tout et chacun des corps
de police. Je ne pourrai probablement pas le faire avec tous les corps de
police, mais j'ai l'intention de communiquer avec le nouveau président de
l'ADPQ prochainement.
Et, très concrètement, je crois qu'on est dus,
entre la police et la couronne, pour, je dirais, un lac-à-l'épaule, une
réflexion, une mise au point sur l'état des relations, bien comprendre. Nous,
on a des choses à expliquer aux corps de police quant à nos exigences. Il y a
une perception que nos exigences sont plus importantes en termes de qualité de
dossiers, qualité d'enquêtes, qualité de preuves. Il y a des raisons. Je vous
en... Ça serait fastidieux de toutes les exposer. Il y a des raisons juridiques
et opérationnelles qui justifient ces nouvelles exigences-là. Il faut peut-être
les expliquer. Les expliquer davantage, c'est déjà un début pour atténuer les
perceptions qu'il y aurait tension entre nous et la police.
M. Tanguay : O.K. On
pourrait peut-être même dire que les effets de l'arrêt Jordan se font sentir en
amont aussi, parce que, quand vous déposez un dossier, l'horloge part. Donc,
jadis, j'imagine qu'on pouvait avoir un petit peu plus de lousse, si vous me
permettez l'expression, puis parfaire la preuve, mais là, dans notre jeu, là,
si l'atout est en coeur, il faut avoir l'as, la dame, le 10, puis un chien de
coeur, là. Autrement dit, je comprends qu'il peut y avoir, là aussi, une certaine frustration chez les corps
policiers, dire : Bien, c'est le fruit de mon travail, puis tu me renvoies
à mes... Donc, il y a ça aussi. Je pense qu'en ayant une discussion honnête et
franche sur cela... je pense que ça va être important.
Puis j'aime votre expression, lac-à-l'épaule, et j'imagine aussi — j'aimerais vous entendre là-dessus — qu'il
n'y a pas juste dans les hautes sphères, mais dans tous les niveaux
hiérarchiques des organisations également.
Le Président
(M. Bachand) : Me Michel, oui.
M. Michel (Patrick) : Oui,
merci. Bien, tout à fait. Comme vous le dites, alors, la collaboration, ça se
manifeste et ça se vit au quotidien sur le terrain entre les procureurs et
entre les policiers qui oeuvrent en première ligne, mais il faut comprendre que
l'esprit de ces communications-là et de cette collaboration-là, bien, ça doit
être convenu entre les dirigeants, et les messages doivent descendre dans les
organisations.
Par rapport à la question des exigences, oui, il
y a la qualité du dossier, ou, en fait, ce que nous, on appelle le dossier
complet, là, pour éviter qu'on s'enlise dans des débats de divulgation de la
preuve avant d'arriver au coeur du procès
puis à la détermination de la crédibilité, mais on tente aussi, autant que
faire se peut, d'anticiper et d'éviter des débats juridiques par rapport...
en matière d'admissibilité de preuve,
débats dans lesquels on pourrait s'enliser inutilement. Alors, il est possible aussi que, dans nos
conseils auprès des corps de police, on soit, disons, plus prudents, pas parce qu'on craint de plaider une requête ou
d'affronter une requête à la cour, mais parce qu'idéalement on
souhaiterait l'éviter pour bien contrôler nos délais et s'assurer que le procès
soit toujours focussé sur la question ultime : la culpabilité.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de LaFontaine.
M. Tanguay : Quelle est votre
réflexion au niveau du rassemblement de plusieurs causes, là, des procès, là,
avec un intimé, deux intimés, trois intimés, 20 défendeurs... pas des
défendeurs, mais des parties poursuivies, les mégaprocès, et tout ça? Est-ce
qu'on a une réflexion... Avez-vous une réflexion à avoir là-dessus, sur
l'efficacité de la justice quand on veut regrouper différentes causes ensemble
et qu'on va toujours à la vitesse de la plus lente? Je ne sais pas quelle est
votre réflexion là-dessus.
Président (M. Bachand) : Me Michel.
M. Michel (Patrick) : Oui, merci, M.
le Président. Alors, bien, on a fait une grande réflexion sur cette
question-là, et le mérite ne m'en revient pas, mais à mes prédécesseurs, suite
à l'arrêt des procédures dans le procès... dans le dossier SharQc. Vous le
savez, il y a eu un examen conduit par Michel Bouchard, un ancien
sous-procureur général qui a été procureur de la couronne, qui nous a fait des
recommandations. On a intégré la plupart de ces recommandations-là dans nos
pratiques. Je vous dirais que la formule des mégaprocès classiques, là, comme
on a pu le concevoir à l'époque de SharQc, même à l'époque de Printemps 2001,
au début des années 2000, c'est un peu révolu. On s'enligne vraiment
autrement depuis quelques années.
Maintenant, on ne peut pas écarter que certains
dossiers... On ne peut pas écarter complètement, là, les dossiers à multiples
accusés, parce que, des fois, on peut imaginer que la preuve est tellement
interreliée, c'est vraiment une aventure commune. Ça va être difficile de
dissocier l'intervention de tout un chacun des intervenants et, au contraire,
ça pourrait être de nature à multiplier les procédures puis l'utilisation des
ressources judiciaires que de diviser de multiples procès... de créer de
multiples procès pour un dossier qui repose essentiellement sur la même preuve. Alors, c'est vraiment une analyse de
coût-bénéfice qu'on doit faire au moment où on élabore l'acte
d'accusation, notre stratégie d'accusation.
M. Tanguay : Merci beaucoup.
On va parler, évidemment, de votre... de la force de travail, qui sont les
procureurs. Vous avez pris connaissance de la lettre du 22 mars 2021
du président de l'Association des procureurs aux poursuites criminelles et
pénales, qui parle, évidemment, de problèmes de santé mentale criants, d'un
manque de ressources, tenir le système de justice à bout de bras, mais à bout
de force, approche budgétaire un peu pas mal rigide qui participe à ça
également, on parlait du temps supplémentaire, et ainsi de suite. Bref, santé
mentale, procureurs aux poursuites criminelles et pénales ne sont pas
désincarnés de la population en général, où on voit qu'il y a des problèmes de
santé mentale.
Mais une fois qu'on a dit ça, c'était déjà, même
avant la pandémie, un enjeu. J'ai devant moi, ici, le rapport
d'avril 2019, Enquête sur la santé des procureurs de la couronne du Québec.
45 % ont signalé des niveaux élevés d'épuisement professionnel. Ça, c'est
un an avant la pandémie. Alors, j'aimerais vous entendre là-dessus. Quel est
votre plan de match, à l'interne, pour que l'on ait des procureurs qui puissent
être évidemment moins sous la pression et moins en détresse psychologique? Mais
il y a un épuisement professionnel, et la santé mentale... leur santé mentale
en est clairement affectée, et la lettre de mars dernier était un cri du coeur,
là. Alors, à court, moyen terme, j'aimerais savoir comment vous abordez cet enjeu
interne là, majeur.
Le Président (M.
Bachand) : Me Michel.
M. Michel (Patrick) : Merci,
M. le Président. Merci pour votre question. J'ai déjà, d'entrée de jeu, en
fait, communiqué avec un représentant de l'association, de l'exécutif de l'Association
des procureurs aux poursuites criminelles et pénales pour convenir qu'il
fallait s'asseoir assez rapidement pour faire le point sur le contenu de cette
lettre-là. Je me garde une réserve, je ne voudrais pas m'engager dans un débat
public, là, point par point, sur le contenu de cette lettre. Je la prends très
au sérieux.
Évidemment, lorsqu'on parle de santé mentale, en
général, dans la société, mais chez nous, au DPCP, c'est une priorité, cette priorité-là, elle se manifeste
dans nos programmes d'aide aux employés, elle se manifeste aussi dans
les formations que nous demandons à nos gestionnaires de suivre en matière de
santé mentale pour être capables d'identifier en temps opportun et intervenir
en temps opportun auprès des employés qui en souffrent. Alors, ça va... c'était
une priorité et ça va demeurer une priorité.
Maintenant, sur l'ensemble de ce qui se trouve
exposé, des problématiques qui se trouvent exposées dans la correspondance de l'association, je vous dirais
que, personnellement, pour avoir dirigé un bureau de 25 procureurs — c'est
sûr que c'est un petit échantillon, mais c'est quand même un échantillon assez
représentatif — en
tout respect, la situation ne m'apparaît pas
aussi sombre et aussi généralement sombre qu'on le dépeint dans cette correspondance-là. Alors, c'est pour ça que je veux prendre le temps
de faire le point avec l'association, point par point. Moi aussi, j'ai
des choses à leur dire sur certaines perceptions qu'ils peuvent avoir de la
charge de travail, de la santé des procureurs.
Et je profite aussi de l'occasion pour vous
exprimer que, disons, la personne que l'on dépeint dans cette
correspondance-là, en la personne de mon collègue, Me Martinbeault, je le
fréquente, comme gestionnaire, depuis huit ans, nous avons été collègues, il a
été mon patron, nous sommes à nouveau collègues, et ce qui est dépeint par
l'association, en tout respect, ça ne correspond pas à la perception que j'ai
de Me Martinbeault.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de LaFontaine.
M. Tanguay :
Et je vous réfère encore une fois au rapport d'avril 2019 de
Dre Nathalie Gagnon et Dre Lisa Kitt, là, qui donnait des
statistiques, là : 28 % des participants remplissaient les critères
de dépression, 61 % ont des résultats élevés concernant au moins la
dépression, l'anxiété généralisée, symptômes de stress post-traumatique et
épuisement professionnel. Donc, avant la lettre, avant la pandémie, il y avait
ça. C'est votre défi aujourd'hui.
Pour les quelques secondes qui restent,
computation des requêtes Jordan, le DPCP collabore avec le ministère de la
Justice. On va-tu avoir un jour l'information quant au nombre de requêtes d'accusés
libérés à la suite d'une requête Jordan? Est-ce que les statistiques seront
disponibles bientôt?
Président (M. Bachand) : Me Michel.
M. Michel (Patrick) : Oui. Merci, M.
le Président. Alors, on parle bien des arrêts de procédures judiciaires?
M. Tanguay : Exact. Autrement
dit... Je croyais... je vais... il me reste une minute, je croyais qu'il
restait quelques secondes, je vais prendre le temps de formuler comme du monde
ma question. Statistiques sur le nombre d'accusés libérés à la suite d'une
requête Jordan, requête en arrêt des procédures, ce n'était pas disponible,
c'était compliqué pour avoir les chiffres, tout ça. À la fin de la réponse,
page 86, là, des renseignements particuliers : «Le DPCP collabore à
des travaux menés par le ministère de la Justice Québec, qui devraient lui
permettre à terme de colliger cette information relative aux arrêts Jordan.»
Donc, on parle, à terme, de quand on va avoir cet outil-là? Et jusqu'où
sera-t-il fiable et complet pour tout le Québec?
Le Président (M.
Bachand) : Rapidement, Me Michel, s'il vous plaît.
M. Michel (Patrick) : Quelques
secondes, oui. Alors, je ne veux pas vendre la mèche de mes collègues du
ministère de la Justice qui vont probablement me suivre, mais nous avons effectivement
collaboré à des travaux avec le ministère de la Justice pour que des
modifications soient apportées au plumitif afin qu'on soit en mesure de
compiler les arrêts de procédures prononcés suite à une requête. On m'informe
que ces travaux-là aboutissent prochainement. Ils vont permettre la compilation
des arrêts de procédures, mais pas nécessairement la compilation des requêtes,
mais uniquement... En fait, on va savoir combien il y a eu d'arrêts de
procédures prononcés par le juge pour un motif de délai suite à une requête de
la défense.
M. Tanguay :
O.K. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée de Joliette, s'il
vous plaît.
Hivon : Merci
beaucoup, M. le Président. À mon tour de saluer le ministre, toute son équipe,
les dirigeants d'organismes et mes collègues.
Donc, je vais
y aller sur le rapport Rebâtir la confiance , je pense
que c'est un enjeu extrêmement important. Depuis quelques années, on
entend à quel point il y a une désaffection des victimes à l'égard du système
de justice, du système policier, donc, dans son ensemble,
particulièrement dans les crimes d'agression sexuelle et de
violence conjugale.
Donc, première question en lien avec différentes
recommandations du rapport : Est-ce que le ministre peut nous dire...
Tantôt, je l'ai entendu affirmer, donc, qu'il allait commencer sa réforme du
droit de la famille avec la filiation plutôt que la conjugalité. Mais est-ce
qu'il peut tout de suite prendre l'engagement de faire en sorte que, dans sa
réforme du droit de la famille, l'élément de la violence, de la présence de
violence conjugale va être pris en compte quand on parle du meilleur intérêt de
l'enfant, notamment dans les ordonnances de garde?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui. Dans le
cadre de l'intérêt de l'enfant, à l'article 33 du Code civil du Québec,
j'ai l'intention de faire référence à la violence familiale. Alors, on veut
donner suite aux recommandations du rapport. Et, vous savez, ça constitue un
enjeu bien souvent dans le cadre de la garde des enfants, dans le cadre d'un
litige entre parents, entre conjoints qui se divorcent ou des conjoints de fait
qui se séparent. Alors, très certainement, on va faire écho aux recommandations
du rapport à l'article 33, l'article qui fait part de l'intérêt de
l'enfant.
Hivon : Puis juste
pour être certaine, quand le ministre parle de violence familiale, il inclut bien
sûr de la violence entre conjoints, qui, évidemment, se répercute sur la vie
des enfants, et non pas uniquement de violence à l'égard des enfants.
M. Jolin-Barrette : Effectivement, parce
que ça fait part, dans le fond, de l'environnement familial. Donc, on veut...
Et on a entendu toutes sortes de situations que, à
titre d'exemple, certaines
femmes victimes de violence conjugale qui étaient en instance de séparation,
supposons, disaient : Bien, je ne veux pas alléguer la violence conjugale
que j'ai subie parce que je ne veux pas que ce soit retenu contre moi par le
tribunal pour ne pas avoir la garde de mes enfants. Ça, c'est horrible, et il
ne faut pas que ça se produise.
Dans le fond, si une personne est victime de
violence conjugale, il faut qu'elle puisse dénoncer. Il ne faut pas que ça ait
d'impact sur la garde des enfants dans l'évaluation du juge pour consacrer la
garde, et, au contraire, ça devrait être pris en considération dans le portrait
général. Je crois qu'il ne doit pas y avoir d'éléments qui doivent être cachés
au tribunal. Et je pense que nos règles... puis l'intérêt de l'enfant doit
militer en faveur du fait que ça soit pris en considération pour le juge et où
l'enfant est en sécurité et où va son intérêt.
Hivon : Dans cette
même foulée là de la question, je dirais, de la prise en compte de toute cette
réalité-là liée notamment à la violence conjugale, il y a un
chapitre complet
qui est dédié, le
chapitre 11, qui est d'assurer la cohérence du système
judiciaire. Parce qu'on sait à quel point quelqu'un qui est aux prises avec de
la violence conjugale, il peut y avoir des impacts en chambre
criminelle, en chambre de la jeunesse, et il y a deux recommandations
très précises. Donc, l'idée d'un projet pilote «une
famille, un juge», pour faire en sorte que le même juge puisse s'occuper autant des aspects de jeunesse,
protection de la jeunesse, que criminelle, puisque c'est à l'intérieur de la Cour du Québec,
est-ce que le ministre entend avoir des discussions pour un tel projet pilote et, si oui, dans quel échéancier?
Et la deuxième, c'est la recommandation 153
qui recommande, de manière, selon moi, centrale, de créer des postes de
coordonnateurs pour faire la liaison, non seulement à l'intérieur des chambres
de la Cour du Québec, mais avec les instances de la Cour supérieure pour les
litiges familiaux, le cas échéant, dans ces circonstances-là de violence
conjugale. Est-ce que le ministre peut nous dire s'il va donner suite et avec
quel échéancier?
M. Jolin-Barrette : La réponse à la question,
c'est oui, j'ai l'intention de donner suite. En ce qui concerne l'échéancier, écoutez,
ça, ça fait part de discussions qu'on doit avoir notamment avec la cour, avec
la magistrature. Alors, tout le monde travaille dans la... bien, en fait, le ministère
de la Justice, et je travaille dans la direction de donner suite aux recommandations
du rapport.
Et il faut comprendre qu'une personne, là, qui
vit une séparation avec des enfants, là, là, on est dans une situation, M. le
Président, où, si vous êtes marié, vous vous retrouvez à la Cour supérieure. Si
vous êtes... S'il y a la DPJ, vous vous retrouvez à la chambre de la jeunesse à
la Cour du Québec. Puis si, en plus, il y a des voies de fait ou de la violence
conjugale, vous vous retrouvez à la Cour du Québec chambre criminelle et
pénale. Donc, voyez-vous, il faut simplifier.
Hivon : C'est exactement
le sens de la demande, donc, c'est d'être sûr que le ministre va agir. Et je
veux savoir si ces dispositions-là, ces recommandations-là ont fait l'objet, à
ce jour, de discussions avec la cour.
M. Jolin-Barrette : Dans le fond, ça
va faire
partie notamment du tribunal spécialisé, parce que ça fait part de ça.
Il y a l'aspect également en droit de la famille aussi. Il faut se pencher sur
la recommandation du rapport Corte-Desrosiers, qui fait part du tribunal unifié
en droit de la famille. Moi, j'envisage positivement une telle instance pour
simplifier le processus judiciaire des familles, notamment, mais il faut
s'assurer qu'un tribunal unifié se fasse à la Cour du Québec et ne se fasse pas
à la Cour supérieure. Ça, c'est fondamental.
Hivon : On se
comprend toutefois, M. le Président, que c'est deux choses très différentes,
tribunal unifié versus tribunal spécialisé,
bien qu'il puisse y avoir des liens, là. Un tribunal spécialisé, on parle bien
d'un tribunal spécialisé violence conjugale, violence sexuelle, qui pourra avoir des liens, et donc une meilleure
circulation de l'information, mais ce sont deux choses différentes. Je veux juste un oui ou non, là,
pour être sûre qu'on se comprend bien sur ça.
Jolin-Barrette : Bien, oui,
ce sont deux choses distinctes, sauf... ce sont deux recommandations
distinctes du rapport Corte-Desrosiers, et là on me demande, M. le Président,
de donner suite à toutes les recommandations. Alors, j'ai l'intention de donner
suite à toutes les recommandations. Puis, dans le fond, la recommandation 149,
c'est un tribunal unifié en droit de la famille. Alors, oui, c'est deux choses
distinctes, mais je souhaite donner suite à tout ça.
Hivon : Oui. Le
défi, M. le Président, c'est d'essayer d'avoir des échéanciers. Alors donc, je
vais continuer. Le tribunal spécialisé, vous savez que c'est une idée pour
laquelle je milite depuis maintenant plus de trois ans. Et donc j'entends ce
que le ministre nous dit ce matin, mais j'ai quand même été déçue de lire, quand
il a émis son communiqué, qu'il allait former un comité de travail sur la
question, de lire que c'est une idée qui mérite d'être étudiée. Donc, ça ne
donnait pas du tout le caractère d'engagement auquel on aurait pu s'attendre de
la part du ministre de la Justice. Donc, je
veux comprendre pourquoi ce choix de mots et est-ce que les choses, depuis, ont
changé. Donc, quand il s'y engage aujourd'hui, est-ce à dire que ça a évolué
depuis deux mois? Et par ailleurs est-ce qu'il peut nous dire, ce comité-là, combien
de fois il s'est réuni depuis sa création en février?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. Pour le
nombre de fois — on
va me donner la réponse — il
y a eu cinq rencontres, M. le Président, depuis la formation du comité, je
crois, qui a... qui s'était formé le 8 février dernier, je crois. Pour ce
qui est de votre deuxième question...
Hivon : «Mérite
d'être étudiée», dans le communiqué, au lieu de dire «s'engage à implanter».
Jolin-Barrette : Moi, j'ai
l'intention de donner suite à la recommandation. Donc, la volonté
ministérielle, elle est claire, nette et
présente. Ceci étant dit, ça prend le concours de tous les intervenants du
système de justice, parce que je crois... et le gouvernement croit que
le tribunal spécialisé pour la violence sexuelle et conjugale doit être mis en
place. Alors, tous les acteurs doivent se rallier au rapport Corte-Desrosiers.
Et, comme je l'ai dit, je crois qu'il s'agit de la recommandation-phare du
rapport Corte-Desrosiers.
Alors, si on veut être en mesure d'accompagner
tout au long du processus les victimes de violence conjugale et sexuelle, bien,
on les accompagne à travers le système. Mais l'institution que représentera le
tribunal spécialisé, c'est la colonne vertébrale de la démarche
d'accompagnement. Donc, je pense que si on a le tribunal spécialisé, ça va
permettre de mobiliser tous les acteurs du système de justice à travers ça.
Hivon :
Est-ce que le ministre peut nous dire pourquoi il n'est pas prêt à dire que ça
va voir le jour? D'où vient cette résistance qu'il semble indiquer sans la
nommer?
M. Jolin-Barrette : Bien, écoutez,
ce que je peux vous dire, c'est qu'il y a une volonté ferme ministérielle de
mettre en place un tel tribunal. Puis moi, à
titre de ministre de la Justice,
je trouve ça important de mettre en oeuvre un tribunal spécialisé pour les
victimes de violence conjugale et sexuelle. Alors, je travaille dans cette
direction-là et puis je sollicite le concours de tous les partenaires. Et donc
je peux vous assurer que le ministère de la Justice... Et les directives que
j'ai données sont très claires, c'est la mise en vigueur d'un tribunal
spécialisé.
Hivon : Si le ministre
nous dit qu'il sollicite le concours, c'est qu'il n'a pas encore le concours de
tout le monde, et je pense que ce serait important, d'un point de vue transparence,
parce que, oui, comme il l'a dit lui-même,
c'est une recommandation, selon moi aussi, la recommandation-phare, parce que ça amène toute une philosophie et un changement de regard sur la place des
victimes dans le système. Donc, est-ce
qu'il est en train de nous dire qu'il ne sera pas en mesure de le faire
du manque du concours de certains partenaires? Et, si oui, lesquels?
M. Jolin-Barrette : Moi, je pense
qu'on travaille bien avec le groupe de travail. Il y a un rapport préliminaire
qui va m'être déposé au mois de mai. C'est important de partager une vision
commune. C'est important de prendre en
considération les visions des différents partenaires du système
de justice. C'est important de prendre en considération aussi les commentaires
des organisations qui défendent les victimes. Donc, vous savez, il y a plusieurs... on en a entendu, dans le cadre du projet de loi n° 84, plusieurs organisations qui sont là pour
les personnes victimes, alors on va prendre tous leurs points de vue en
considération.
Mais, moi, mon objectif, il est clair : de
mettre en place un tribunal spécialisé. Alors, on travaille bien avec les
différents acteurs du système de justice, et il va falloir que tous les acteurs
du système de justice se rallient à la proposition du ministère de la Justice
de mettre en place un tribunal spécialisé.
Hivon : Je pense
que je n'aurai pas ma réponse, M. le Président, mais je vais continuer à suivre
ça avec beaucoup d'intérêt. Et j'invite le ministre à déployer toutes ses
énergies. Et je peux l'assurer, pour avoir été
partie prenante du travail
Rebâtir la confiance, que tous les partenaires qui étaient autour de la table,
tous les représentants étaient convaincus de l'opportunité de la mise en place
d'un tribunal spécialisé, ce qui en a fait une recommandation unanime, même si
c'est une idée très novatrice.
Je voulais par ailleurs revenir sur le fait que,
dans le dernier budget, il n'y a pas eu d'argent comme tel de déployé, de prévu
pour la mise en place du rapport Rebâtir la confiance . On a vu vendredi
les deux collègues du ministre sortir pour la question des fonds pour les
maisons d'hébergement pour femmes victimes de violence conjugale. Elles ont
laissé entendre qu'il y avait des annonces qui s'en venaient pour les ressources
pour les hommes et quelques autres éléments en lien avec la violence conjugale.
Mais on sait que le rapport est très large, il
touche aussi toute la question de la violence sexuelle, le tribunal spécialisé,
les formations, la spécialisation. Je ne ferai pas le tour de tout ce qui est
contenu dans les 190 recommandations. Mais il y a une grande inquiétude, à
savoir, c'est beau d'entendre le ministre nous répéter qu'il va mettre en place
les recommandations, mais, s'il n'a pas de moyens, peut-être que c'est dans 10 ans
qu'il espère les mettre en place, même si, M. le Président, je ne gagerais pas
qu'il va toujours être ministre de la Justice pendant 10 ans, mais ça, on
pourra en redébattre un autre jour.
Alors, je veux juste savoir si le ministre peut
nous dire comment expliquer qu'il n'y a pas de sommes dédiées aux aspects
justice du rapport Rebâtir la confiance dans le dernier budget. Est-ce
qu'on doit comprendre que, dans la prochaine année, il n'y aura rien, dans le
fond, d'implanté des recommandations, outre ce qui a été annoncé par ses
collègues vendredi?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : La réponse à
cette question-là, c'est non. Il va y avoir... au fur et à mesure qu'on avance,
qu'on est capables de répondre à une des recommandations, les mesures vont être
annoncées. La démonstration de cela, c'est le Programme enfant témoin, puis le
fait de bâtir également un programme pour les victimes vulnérables, qu'on a
annoncé au mois de mars dernier. Mais, déjà, ça, je pense, c'était
3 millions ou 2 point quelques, on l'a annoncé. Donc, c'est une des recommandations, je pense, ça répondait à
deux recommandations, on l'a annoncé, on l'a fait.
Également, il
y a des recommandations qui se font à l'interne également, qu'on met en place
aussi. Ça fait que, parfois, ça ne
nécessite pas des sommes supplémentaires. Lorsque ça nécessite des sommes
supplémentaires, je donne un exemple, avec l'IVAC, dans le cadre de la
réforme de l'IVAC, bien, on a répondu à plusieurs des recommandations du
rapport Rebâtir la confiance . Donc, ça, on l'a fait, on a investi un
quart de milliard, ça ne touche pas juste Rebâtir la confiance , mais
c'est en grande partie, notamment.
Puis il faut le rappeler, là, maintenant, toutes
les femmes qui ont été agressées sexuellement dans le passé, après 1972, n'auront pas de délai pour présenter
leur demande et être indemnisées et soutenues, M. le Président. Alors,
ça, je pense, c'est important. Alors, ce que je veux dire, c'est qu'au fur et à
mesure qu'on va avoir des mesures, bien, on va pouvoir les faire financer, et
le gouvernement va donner suite au rapport.
Le Président (M.
Bachand) : Mme la députée de Joliette.
Hivon :
Donc, même s'il n'y a pas de sommes prévues dans le budget de cette année, le
ministre est en train de nous dire que, finalement, ce n'est pas vraiment si
fondamental. Le budget, on l'a vu vendredi dernier, il y a eu un
200 millions qui est sorti comme ça, puis ça va être la même chose pour
les autres recommandations, donc il va y avoir des dizaines de millions
nécessaires à l'implantation, probablement des centaines de millions qui vont
pouvoir être déployés dès cette année.
M. Jolin-Barrette : Bien, écoutez...
Hivon : Même s'ils
n'apparaissent pas au budget, là. Je veux juste comprendre comment on marche,
maintenant, en termes de finances au gouvernement.
M. Jolin-Barrette : Bien, écoutez,
l'État québécois dépose un budget, mais, en cours d'année, vous savez, c'est
comme un budget familial, il y a certaines situations qui arrivent. Donc, le ministre
des Finances et la présidente du Conseil du trésor administrent le budget, M.
le Président, et, lorsqu'il y a des besoins, bien, il y a des ajustements qui sont faits, comme on a fait la
semaine dernière, où est-ce qu'il y a plus de 200 millions qui ont été
annoncés pour répondre aux besoins des maisons d'hébergement pour femmes
violentées, et on s'ajuste, M. le Président.
Alors, il faut comprendre aussi qu'afin de
pouvoir mettre dans le budget certaines mesures, il faut que la mesure soit livrable au moment de constituer le
budget, notamment. Alors, on est dans un travail constant pour donner
suite au rapport. Il a été déposé en décembre. On a déjà répondu à plusieurs recommandations.
On continue de travailler là-dessus et, au moment opportun, on dépose le tout
au Conseil du trésor qui nous accorde les sommes.
Hivon : Je vais
maintenant avoir des questions sur le même rapport, mais pour le Directeur des
poursuites criminelles et pénales, que je félicite à mon tour de sa toute
récente nomination. Vous ne pouviez pas demander un meilleur début de mandat
avec l'étude des crédits, j'en suis certaine.
Donc, vous savez qu'il y a plusieurs
recommandations qui vous concernent. Il y en a une qui parle... donc, aux
recommandations 55 et 56, c'est toute la question, et on a eu énormément
de témoignages à cet effet-là, que les victimes, souvent, ne sont pas
rencontrées avant le jour même de leur témoignage dans des causes de violence
conjugale, d'agression sexuelle. Est-ce que c'est quelque chose qui va être
changé? Et quelle est la perspective de l'accompagnement qui est vu en amont du
jour du procès? Parce que c'est quelque chose qui, selon nous, ne tient pas la
route qu'une victime ne puisse pas, donc, être préparée en conséquence avant
même la journée de son procès.
Le Président (M.
Bachand) : Me Michel, s'il vous plaît.
M. Michel (Patrick) : Oui. Merci, M.
le Président. Merci, Mme la députée de Joliette, pour votre question. Alors, il
y a lieu de... je vais essayer de faire court, mais il y a lieu de distinguer,
vous le savez, les victimes de violence conjugale des victimes de violence
sexuelle.
En matière de violence conjugale, ce qu'on fait
déjà, en fait, ce qu'on s'efforce de faire, c'est une rencontre
postautorisation qui arrive le plus tôt possible après le dépôt des accusations
pour créer le lien de confiance avec la victime puis, évidemment, le maintenir
jusqu'au procès.
En matière de violence sexuelle, alors on parle
d'une rencontre préautorisation où on a établi ce premier contact là. En
matière de violence sexuelle, vous le savez, nous sommes en poursuite
verticale, pour les gens qui nous écoutent, donc ça signifie essentiellement
que c'est le même procureur qui va suivre le dossier à toute et chacune des
étapes des procédures jusqu'à la fin. Et on impose, en fait, on souhaite qu'il
y ait une rencontre préparatoire au procès qui vienne s'ajouter à la rencontre
initiale. Et on souhaite que cette rencontre-là, c'est notre volonté — nos
directives, nos politiques sont élaborées de cette façon-là — que
cette rencontre-là survienne avant, évidemment, le matin même du procès, alors,
en fait, le plus tôt, le plus près du procès, mais idéalement pas le matin même
du procès ou la veille du procès.
On est conscient que, bon, c'est un objectif qui
est louable qu'on poursuit. On est conscient, parce que j'ai entendu, comme Mme
la députée de Joliette, que ce n'était peut-être pas toujours possible d'y
arriver dans tous les cas à cette rencontre
préparatoire avant la journée du procès, mais c'est un objectif qu'on poursuit.
On se le donne dans notre plan stratégique 2019-2023 avec des
indicateurs clairs qu'on va mesurer. Alors, voilà, un début de réponse.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée de Joliette, s'il vous plaît.
Hivon : J'entends
que c'est un objectif, que c'est un souhait, mais est-ce que le directeur peut
prendre l'engagement d'en donner la directive claire à tous ses procureurs et
que lui s'engage à ce que ce soit une pratique obligatoire, pas juste une
volonté?
Le Président (M.
Bachand) : Me Michel.
M. Michel
(Patrick) : Oui. Merci, M. le Président. Alors, je suis prêt à prendre
cet engagement, mais dans la mesure où j'aurai eu un petit moment pour faire,
disons, l'état des troupes, l'état des ressources pour m'assurer que... et là
je ne parle pas nécessairement en termes de ressources au DPCP en général,
mais, disons, dans l'organisation des ressources, dans la distribution des
ressources, il y a peut-être un point à faire là avant de prendre cet engagement-là. Et, si jamais je réalise que nous ne sommes
pas en mesure d'y arriver et de le garantir, bien, j'aurai des représentations
à faire en matière de ressources.
Hivon :
O.K. Moi, je veux juste rappeler au directeur, puis je pense qu'il en est
conscient, mais à quel point on a eu des témoignages qui arrachent le coeur de
victimes qui étaient terrorisées à l'idée de leur journée de procès et qui
n'ont pas réussi à voir le procureur avant d'être amenées devant la cour, et je
pense que c'est complètement inadmissible. Je suis sûre que le directeur va
être d'accord avec moi. Donc, si on veut rebâtir la confiance, c'est le cas de
le dire, c'est quelque chose qui m'apparaît absolument incontournable. Alors,
j'espère que le directeur va pouvoir, dans sa tournée médiatique à venir, dire
qu'il en prend formellement l'engagement après avoir fait le tour de ses
équipes.
Je veux continuer
aussi sur le rapport Rebâtir la confiance qui parle beaucoup de
l'importance de la spécialisation... de la formation et de la spécialisation.
Ça procède aussi de la philosophie d'un tribunal spécialisé. On comprend qu'il
y a certaines équipes spécialisées dans les grands centres. Les défis peuvent
être plus importants à l'ensemble du Québec. Ceci dit, ça ne veut pas dire que
parce qu'un procureur est formé et spécialisé qu'il ne va faire que des crimes
de violence sexuelle ou de violence conjugale, mais au moins les victimes
sauraient que ces personnes-là, ces procureurs-là sont spécialisés. Ça ne veut
pas dire qu'ils ne peuvent pas faire 25 % d'autres choses.
Est-ce que
c'est un engagement que le nouveau directeur est prêt à prendre que tous les
procureurs qui vont, donc, faire des dossiers de violence conjugale et de
violence sexuelle vont être formés et spécialisés dans le domaine? Parce que la formation, ce n'est pas
juste de la formation juridique, c'est de la formation sur le trauma, sur
la connaissance des conséquences sur la
victime de ce type d'agression. Est-ce que c'est un engagement qu'il peut
prendre?
Président (M. Bachand) : En 20 secondes, Me Michel.
20 secondes, s'il vous plaît.
M. Michel
(Patrick) : En 20 secondes, oui, dans la mesure où on fait, comme
Mme la députée de Joliette le fait, la distinction entre spécialisé, qui passe
par la formation, et dédié. Oui, on s'y attarde déjà depuis un moment, et ça va
rester un objectif que tous nos procureurs qui font de la violence conjugale ou
de la violence sexuelle reçoivent des formations spécialisées. On a continué à
en donner au cours de la pandémie, à distance, même si on était plus limités,
mais, oui...
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, Me Michel. Merci beaucoup
à la députée de Joliette. M. le député de LaFontaine, s'il vous plaît.
M. Tanguay :
...35, quelque chose comme ça, 20, 35.
Président (M. Bachand) : 35, oui.
M. Tanguay :
Parfait. Merci beaucoup. C'est mon dernier bloc. Triste de l'apprendre au ministre.
Je vois dans ses yeux derrière son masque la tristesse, mais qu'il se fasse une
raison, nous avons déjà rendez-vous dans les prochains jours, semaines, et nous
pourrons renouveler ce bonheur-là.
Je devrai quitter
parce qu'il nous reste deux blocs, M. le Président, et j'aurai... vous aurez
l'occasion d'échanger, M. le ministre, et les personnes autour de la table,
avec notamment le collège de Jacques-Cartier dans le dernier bloc ce matin et
cet après-midi avec la collègue de Westmount—Saint-Louis, qui aura des questions
plus particulières, entre autres, à la CDPDJ.
Alors, merci. Et,
après mon dernier bloc, quand je quitterai, n'y voyez pas là un
mécontentement... l'expression d'un mécontentement sur la dernière réponse qui
m'aura été donnée. Ce n'est pas le cas, mais il faut qu'on se partage. Puis,
vous voyez, il y a beaucoup de dossiers, ça fait qu'on essaie d'être efficaces
là-dedans.
J'ai quand même une
question pour Me Tessier, Commission des droits de la personne et des
droits de la jeunesse. Puis je trouve ça intéressant, des fois, dans les
crédits, on trouve des petites choses intéressantes. Alors, page 347 des
renseignements particuliers de l'opposition officielle, il y a une lettre
écrite le 24 février 2021, 24 février 2021, page 347, à la toute
fin : lettre relative à la réforme parlementaire et — ça,
c'est un sujet, là... je vois le ministre — aux délais accordés pour la préparation
des auditions dans le cadre de consultations parlementaires. Serait-ce possible
d'avoir copie de la lettre, Me Tessier? Et j'aimerais savoir quelle a été
jusqu'à maintenant la réponse accordée par le ministre, incidemment leader du
gouvernement, quant à cette lettre-là.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Juste avant de passer
la parole à Me Tessier...
Président (M. Bachand) : On est en train de rénover le
parlement, on entend le marteau cogner. Juste informer qu'effectivement il y a
eu consentement pour que la députée de Westmount—Saint-Louis remplace la députée de
Laporte pour le volet Justice cet après-midi. Juste pour...
Le Président (M.
Bachand) : Me Tessier, pardon, allez-y.
M. Tessier
(Philippe-André) : Oui, merci. La réponse est très simple, c'est une
lettre qui visait... parce qu'il y a eu des
dépôts, tant par le président de l'Assemblée nationale que par le leader
parlementaire, de projets de réforme, et donc c'était pour indiquer
l'intérêt de la commission à travailler et à collaborer à ces questions-là et
par le fait même, également, sensibiliser
les parties au fait que les délais en situation aussi pandémique, pour les
commissions parlementaires, imposent aussi des contraintes pour les
organismes qui passent en commission parlementaire et qu'il faut tenir compte
de ça quand on fait ce genre de réflexion sur le parlementarisme québécois.
M. Tanguay : Est-ce qu'on
pourrait avoir copie de ladite lettre?
M. Tessier (Philippe-André) : Moi,
je n'ai pas de problème à vous fournir copie de la lettre.
M. Tanguay : Ça vous
appartient.
M. Tessier (Philippe-André) : Oui,
tout à fait.
M. Tanguay : Oui, vous allez
la transmettre au secrétariat?
M. Tessier (Philippe-André) : Oui,
sans problème.
M. Tanguay : Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : ...à faire parvenir la lettre à
la commission?
M. Tessier
(Philippe-André) : Oui. Je
m'excuse. Je ne vous entendais pas bien. Oui, oui, tout à fait, je m'engage.
Le Président (M.
Bachand) : Parfait. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de LaFontaine.
M. Tanguay : Est-ce que vous avez une réponse à cette lettre-là?
Avez-vous une réponse? Avez-vous eu une réponse?
M. Tessier (Philippe-André) : Il y a
eu des échanges, mais il n'y a pas eu de réponse formelle. Ce n'était pas une
lettre qui appelait une réponse formelle.
M. Tanguay : Je comprends. Parfait. Bien, merci,
Me Tessier. Donc, ma collègue, entre autres, cet après-midi, aura beaucoup de questions pour vous. Puis je vous
remercie de votre passage ce matin.
J'aimerais
maintenant me retourner, M. le Président, avec le consentement de la
commission, vers Me Niquette, de la Commission des services
juridiques.
Le Président (M. Bachand) :
Merci. Est-ce qu'il y a consentement? M. le ministre, vous consentez?
Le Président (M.
Bachand) : O.K. Me Niquette, s'il vous plaît.
M. Tanguay :
Me Niquette, merci d'être là. Bonjour. Avec le temps qui m'est imparti, il
y a une question au niveau budgétaire qui m'interpelle. Et j'aimerais connaître
la raison, en 2019-2020, donc pas le dernier budget mais le précédent, le
budget total de la Commission des services juridiques est passé de
180 millions à 175, donc une réduction
de 5 millions. J'aimerais savoir pourquoi cette réduction-là. Il y a
sûrement une explication. Et, dans le dernier budget, vous êtes
passés... plus 1 million, 175 millions à 176 millions. Vous
pouvez m'expliquer les deux variations, s'il vous plaît?
Le Président (M.
Bachand) : Me Niquette, s'il vous plaît.
M. Niquette (Yvan) : Merci. Merci,
M. le Président. Merci pour la question.
Dans un premier temps, je bénéficierais de la
tribune rare qui m'est offerte en cette période de pandémie pour féliciter tous
les avocates et les avocats d'aide juridique pour leurs efforts, leur talent et
leur créativité en cette période de pandémie où ils offrent les services, et
maintiennent les services de qualité, juridiques, auprès des plus démunis, des
plus vulnérables de la société. Salut à ces 400 quelques personnes là.
Vous
savez, M. le Président, que le budget
de la Commission des services juridiques se décline non seulement en termes de crédits, mais en termes également de
revenus autonomes et de recours aux surplus accumulés, donc une année
donnée, les crédits peuvent être d'un certain montant. Et la variation peut
s'expliquer du fait qu'on est en mesure d'anticiper des
revenus autonomes plus importants, sans tomber dans le détail, là, des chiffres
que le député de LaFontaine vient d'avancer. Et aussi on peut avoir recours à
nos surplus accumulés d'une année à l'autre, qui fait en sorte que... Et ça, c'est rare dans... Ça fait
depuis sa création que la
Loi sur l'aide juridique prévoit que la
Commission des services juridiques et les centres communautaires juridiques ne
peuvent, dans une année financière, accuser de déficit. Et, à chaque année, le
défi est relevé grâce à ces trois composantes là.
M. Tanguay :
Ah bon. Parfait. Donc, il n'y a pas, malgré la variation, aucun impact sur le
niveau de service?
M. Niquette
(Yvan) : Il n'y a pas des compressions budgétaires, si vous voulez...
M. Tanguay :
C'est ça.
M. Niquette
(Yvan) : ...M. le Président, si je peux répondre à la question du
député.
M. Tanguay :
Parfait. Bien, merci beaucoup, Me Niquette. Au niveau du nombre de
procureurs, au niveau de votre organisation, Commission des services
juridiques, quels sont vont principaux défis, là, dans la prochaine année, là?
On espère, on touche du bois, comme la personne derrière moi depuis tantôt,
sortir de la pandémie dans les meilleurs délais, mais on est encore pris avec.
Et quels sont vos principaux défis, dans la prochaine année, en termes, notamment,
peut-être d'effectifs, de qualité de services? J'aimerais vous entendre là-dessus.
M. Niquette
(Yvan) : Il est évident qu'on reconnaît, puis je l'ai fait d'entrée de
jeu, là, dans mon introduction, la charge de travail qu'ont les procureurs à
l'aide juridique, les avocats de l'aide juridique. Il y a aussi des enjeux ponctuels, et vous en avez fait mention
aujourd'hui, là. On est fiers d'être interpelés dans les
grands enjeux d'actualité, là, en
matière de communautés autochtones. Il y a des défis grandissants pour nous,
là, de déployer le nombre d'effectifs suffisants pour que les services
soient améliorés et accélérés, surtout principalement dans le Grand Nord.
Il y a toute la
composante jeunesse. On attend, nous aussi, le dépôt du rapport Laurent, là.
Vous savez qu'en matière jeunesse les avocats de l'aide juridique ont la
référence automatique des jeunes de 14 ans et moins. Donc, tous les dossiers
qui se judiciarisent pour les enfants de 14 ans et moins sont des
bénéficiaires du système d'aide juridique.
Nous sommes donc les procureurs qui y sont affectés, la voix de ces enfants-là.
Et le rapport Laurent viendra sûrement concrétiser les besoins qu'on
constate déjà, là, en matière de ressources. Pendant la période de pandémie,
là, on a constaté, nous, statistiquement, que, dans l'ensemble des champs de
pratique que nous couvrons, il y a eu une baisse qui était de 24 %. Selon
une lecture, là, statistique qui a été faite avant-hier, on est rendus à pas
loin de 18 %, mais, en matière
jeunesse, en période de pandémie, 0,6 % de variation, uniquement. Ça fait
que vous comprenez que la charge de travail est énorme, qu'en termes de
ressources en matière jeunesse c'est clair que la Commission des services
juridiques, au bénéfice des centres communautaires, va faire des demandes à cet
effet-là.
En matière de
violence sexuelle, violence conjugale, tant le plan d'action du Secrétriat de
la condition féminine, là, le groupe transpartisan, a fait une recommandation,
l'action 1, qui concerne l'aide juridique, et il y en a sept, dans le
rapport Corte-Desrosiers ou Rebâtir la confiance , où nous sommes
directement interpelés. Et on travaille là-dessus, actuellement.
Nécessairement, encore là, il y aura des ressources supplémentaires qui devront
être allouées pour qu'on puisse faire l'exercice avec le professionnalisme
qu'on reconnaît aux avocats d'aide juridique.
Tanguay : Et, pour mettre en application, quel est votre
échéancier? Au niveau des ressources supplémentaires, vous allez les
chercher où, ces ressources supplémentaires là?
M. Niquette
(Yvan) : C'est des démarches qui sont près... qui sont faites auprès
du ministère de la Justice afin que soient reconnus, là, selon le budget qui
est alloué au ministère, les besoins spécifiques à la Commission des services
juridiques. Mais il faut comprendre, là, il y a un élément central dans l'exercice.
Et, quand on nous demande de préciser à quelle hauteur sont les besoins en
ressources au niveau du système d'aide juridique, nous ne sommes pas les
initiateurs des recours, nous sommes, nous, en fin de parcours. C'est-à-dire
que, s'il y a ajout de juges, il y a ajout de termes, il y a ajout de salles
d'audience ouvertes, s'il y a ajout de poursuivants, tant chez le DPCP que chez
la Direction de la protection de la jeunesse, nous, on arrive à la toute fin où
on est devant le fait accompli qu'il y a une nouvelle contrainte de temps pour
notre personnel, qu'on doit, à ce moment-là, acheminer directement au ministère
de la Justice pour avoir l'écoute nécessaire à jouer le rôle qui revient aux
avocats d'aide juridique.
M. Tanguay :
O.K. Alors, vous allez avoir l'occasion, dans les meilleurs délais aussi,
j'imagine, donc, de chiffrer et d'exprimer vos demandes budgétaires. Est-ce
qu'il pourrait y avoir, là, dans notre État québécois... Jusqu'à quel point
cette discussion-là pourrait être transparente? Ça, ça va se faire derrière des
portes closes avec vos discussions avec le ministère de la Justice, mais, pour
les crédits supplémentaires, la mise en application des recommandations,
comment vous abordez ça? On va avoir le fruit final, mais le processus? Il
n'est pas dans votre intention ou même dans votre mandat, puis vous pouvez me
le préciser, de faire des demandes publiques, là, ça va se faire réellement à
l'interne, puis vous allez vous déclarer satisfaits de ce qu'on vous aura donné,
là. Je ne veux pas être réducteur mais j'essaie d'aller au plus court, là.
M. Niquette
(Yvan) : Il faut comprendre encore l'organisation du système d'aide
juridique au Québec. L'aide juridique, au Québec, est dirigée par
12 conseils d'administration composés de 12 membres qui offrent leurs
services gratuitement, là, des administrateurs dans
chacun des centres communautaires juridiques, qui, eux, sont nommés sur ces conseils d'administration là,
justement, pour leurs connaissances spécifiques des régionalités. Ça fait
que, nous, à la commission, notre premier rôle, c'est de consulter ces gens-là
en toute discrétion et faire le départage des besoins qui sont plus
prioritaires d'une région à l'autre. Et là, il faut distinguer aussi des
centres urbains puis des régions un peu plus éloignées, là, les composantes
sont différentes. Par la suite, on achemine le résultat de notre analyse et de nos travaux dans des revendications,
des demandes qui sont faites au ministère. Mais sachez que, lorsque les
ressources sont insuffisantes, on ne devient pas muets pour autant, là, et
qu'on doit quand même manifester notre désapprobation ou notre incapacité de
donner suite à certains mandats qui pourraient nous être confiés.
M. Tanguay :
Et, le cas échéant, on accueillera vos commentaires, qui pourront être tantôt
très... ils sont toujours constructifs, tantôt glorifiants, mais tantôt
inquiets. On accueillera toujours, évidemment, vos commentaires. Votre voix est
importante pour donner suite, entre autres, à ces nombreux rapports là. Vous
parliez du rapport qui s'en vient. Alors, bravo, merci pour ce que vous faites.
Je me tourne vers le
ministre maintenant. On parlait, justement, que vous étiez davantage en aval
qu'en amont. En matière civile... J'en suis à la page 306 des renseignements
particuliers de l'opposition officielle, 306. En matière civile, on voit
l'évolution du nombre de dossiers ouverts. Oui, il y a la pandémie, l'éléphant
dans la pièce. 2019‑2020, en chambre civile,
Cour du Québec, c'était, j'arrondis, 57 000 dossiers, 2019‑2020,
57 000 dossiers, 2020‑2021, 34 000 dossiers. Alors,
il y a eu une baisse majeure du nombre de dossiers, ce qui n'a pas empêché les
délais d'augmenter. On comprend le contexte, mais, écoutez, de 57 000 à
34 000, baisse du nombre de dossiers, mais les délais sont passés de
169 jours, pour une cause d'un jour, à 195 jours, et ainsi de suite,
là. Les causes de deux jours et les causes de plus de deux jours, il y a une
augmentation.
Le ministre, dans la
page E-46, parle d'un objectif de rattrapage judiciaire, parle de
15,7 millions de dollars. Ici, j'en suis en matière chambre civile.
J'aimerais savoir quel est son plan de match, quelles sont les sommes,
spécifiquement, ou s'il peut me le ventiler pour toutes les chambres, là, en
matière de budget et en matière de juges suppléants. On semble approcher la
stratégie d'y aller par juges suppléants, comment va-t-il répondre à cela, là?
Quel est le plan de match?
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Bien, dans un premier temps, c'est vrai de dire qu'on fait face à des défis
relativement aux délais. Et, au fur et à
mesure qu'on avance il faut toujours être vigilants par rapport aux délais dans
les trois volets, là, autant en jeunesse, en criminel et pénal qu'en
civil. Alors, on a accordé un budget pour avoir 30 juges suppléants, donc,
pour, justement, aider à diminuer les délais pour que ces juges soient
affectés.
Les juges suppléants,
il faut comprendre, c'est des juges qui sont désormais à la retraite. Et donc,
contrairement aux juges surnuméraires de la Cour supérieure ou de la Cour
d'appel, dans le fond, c'est des juges qui sont payés à la journée qu'ils vont
siéger. Donc, lorsqu'ils atteignent... à la Cour du Québec, lorsque vous atteignez
l'âge de 70 ans, c'est la retraite
obligatoire. Puis la juge en chef peut nous faire une demande pour des juges
suppléants. Donc là, on a débloqué un budget pour avoir 30 juges
suppléants pour, justement, rattraper le retard, qui est dû notamment à la
pandémie.
Autre point aussi, on
est en train de transformer le système de justice. Modernisation, donc
davantage de recours aux outils technologiques. Et on travaille avec les
partenaires sur la Table Justice-Québec, également, pour faire en sorte de réduire
les délais. Vous savez, on a certains enjeux au niveau des petites créances, en
matière de la jeunesse, également, dans certains districts, alors, notre
objectif, c'est de réduire le plus possible les délais. Mais, c'est une
coordination, que ça nécessite, entre les différents acteurs, parce que, vous
savez, les délais, ils sont causés parfois, bon, par la disponibilité des
parties, par la disponibilité des avocats en matière civile, en matière
criminelle et pénale, parfois, c'est les avocats de la défense, parfois, c'est
la disponibilité du juge aussi. Donc, c'est complexe, les délais, mais on
travaille sur plusieurs mesures.
M. Tanguay :
Est-ce qu'il serait possible, si ce n'est pas déjà disponible, par engagement,
au ministre de communiquer au secrétariat de la commission une ventilation puis
un échéancier par rapport à l'action de ces 30 juges suppléants là? Autrement
dit, quand vont-ils être en fonction, en termes de nombre, là? Je ne sais pas
s'il y en a présentement, si les 30 juges... Est-ce que les 30 juges
sont déjà en action?
Jolin-Barrette : C'est ça. Dans le fond, les juges suppléants, j'ai déjà
autorisé le...
M. Tanguay :
Les fonds?
Jolin-Barrette : Les fonds. Donc, à partir du moment où les juges sont
autorisés, c'est la Cour du Québec qui les assigne, donc...
M. Tanguay :
Quel est le délai, selon le ministre, qu'il s'est fait dire?
M. Jolin-Barrette : Qu'ils peuvent
siéger?
Tanguay : Oui, qu'ils seront effectifs? Est-ce qu'ils sont
identifiés, les 30 juges?
Jolin-Barrette : Bien, en fait, oui. Dans le fond, la façon que ça
fonctionne, c'est que la juge en chef nous fait une demande par rapport à des
besoins, on a accordé le financement pour les 30 juges. Alors, moi, j'ai
signé les autorisations, ils peuvent être assignés à n'importe quel moment.
M. Tanguay :
Ils sont déjà identifiés, là? Il n'y a pas de recrutement, entre guillemets, à mettre
en place?
M. Jolin-Barrette :
Bien, en fait, annuellement, je resigne, dans le fond, les demandes qui sont
effectuées par la juge en chef. Donc, il y a un bassin de... Combien de juges environ
on a, de juges suppléants qui sont à la retraite, annuellement?
Jolin-Barrette : Donc, c'est un bassin de juges. Dans le fond, c'est à
la discrétion... La majorité, je vous dirais, acceptent de prolonger leur
carrière et, dans le fond, poursuivent, et, à partir de ce moment-là, ils sont
assignés. Donc, dans le fond, vous comprendrez qu'en vertu de l'indépendance
judiciaire je n'ai pas de pouvoir d'assigner les juges, M. le Président,
donc ça relève de la Cour du Québec et donc c'est la cour qui assigne dans les
matières où elle voit des besoins.
M. Tanguay :
Je ne lui demanderai pas il y en a combien qui sont bilingues là-dessus.
Quel est
l'échéancier, dans les discussions qu'il a avec la juge en chef, quel est
l'échéancier de rattrapage, je dirais, du retard? On peut espérer quand?
M. Jolin-Barrette :
Bien, je vous dirais, ça dépend des chambres. Mais, le plus rapidement où on
peut réduire les délais, ça, c'est avantageux. Le premier élément qu'on doit
dire, supposons en chambre criminelle et pénale, les partenaires sont guidés, notamment,
par les délais de Jordan, entre autres. Ça fait que, l'idée, c'est de ne pas
échapper de dossiers. Moi, mon objectif, c'est d'avoir une justice efficace et
efficiente. On a fait ensemble le projet de loi n° 75, qui a donné des
outils, notamment, technologiques, qui a donné... qui a modifié aussi des
façons de faire pour rendre ça plus efficace. Donc, ça, c'est une chose qu'on a
faite ensemble, vous vous souviendrez sûrement, au mois de décembre. Et ça
demande une vigilance constante, les délais judiciaires. Donc, en matière
criminelle et pénale, on reste à l'intérieur des dossiers, il n'y a pas eu beaucoup
de nolle l'année passée ni de requête en
arrêt des procédures. Là, en matière civile, vous savez, la pandémie, ça a fait
en sorte que ça a suspendu, donc il y
a du retard à reprendre. En jeunesse aussi, c'est important aussi de mettre les
efforts en jeunesse pour faire en sorte qu'avec la DPJ, bien, les dossiers
procèdent rondement devant les tribunaux, mais encore faut-il fédérer l'ensemble
des partenaires, notamment la Direction de la protection de la jeunesse, sur
les différentes mesures. Puis, vous savez, dans des dossiers comme ça, vous
avez la DPJ, des fois, vous avez le PG, vous avez l'avocat du parent, l'avocat
de l'enfant, le juge, donc, des fois, c'est des questions de disponibilité.
L'autre point que je
pourrais dire aussi, on met en place, là, des programmes de prémédiation, de
médiation pour, justement, essayer de régler des dossiers qui peuvent être
réglés avant d'aller devant le juge.
Président (M. Bachand) : ...
M. Tanguay :
Oui. Merci beaucoup, M. le Président. Le ministre pourrait-il nous...
prendre l'engagement, parce que ça a été refusé par Accès à l'information, de
rendre publique la correspondance qu'il a avec la juge en chef? On a soulevé l'article 34 :
«Produit pour le compte d'un membre de l'Assemblée nationale». Mais pourrait-il
prendre l'engagement, en toute transparence, de rendre publique sa
correspondance avec la juge en chef?
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
Jolin-Barrette : Non. Les discussions que j'ai avec la juge en chef
sont confidentielles. Et, entre le ministre de la Justice et la juge en chef de
la Cour du Québec, je crois que les discussions que nous avons sont confidentielles
et doivent le demeurer ainsi pour la bonne marche des deux institutions.
M. Tanguay :
On aura essayé, M. le Président.
Rapport
Lise Verreault, Autorité centrale du Québec, quel suivi tangible a été apporté à l'ACQ? Il y a combien d'employés, puis quel est
l'état des lieux à l'heure où on se parle?
Jolin-Barrette : Oui. Alors, suite au rapport Verreault, il y a plusieurs
mesures qui ont été mises en place. Et peut-être je pourrais céder la parole à
Me Drouin, comme sous-ministre de la Justice, parce que ça relève vraiment
d'un aspect administratif sur les mesures qui ont été mises en place suite au
rapport Verreault.
M. Tanguay :
Il ne nous reste que quelques secondes. On avait fait une question au
feuilleton. Puis là, on avait toutes les questions. On va entendre Mme la
sous-ministre, mais, si on peut donner suite, par engagement, à toutes les questions, on l'apprécierait, via le
secrétariat, oui. Puis maintenant entendons, écoutons Mme la sous-ministre.
Le Président (M. Bachand) : Est-ce qu'il
y a consentement?
Des voix :
Consentement.
Président (M. Bachand) : Consentement, M. le ministre.
Mme la sous-ministre, quelques secondes. Je suis désolé.
Mme Drouin
(Line) : Oui. Effectivement, à la suite de... voyons, des faits qui
ont été rendus publics, on comprend que le ministère a mandaté Mme Lise
Verreault pour mener une enquête au sein du ministère. Et elle a rendu des
recommandations afin d'élaborer et adopter un cadre de gestion, ce qui a été
fait, clarifier les rôles et responsabilités en regard de l'ACQ, ce qui a été
fait aussi en grande partie, respecter les champs de compétence reliés à ces
fonctions et mettre en place